Le Canada-français /, 1 mai 1946, Les Madelinots dans l'Île Nepawa
Un essaim de Madelinots Dans l’ile Nopawa Nous avons dit, ici même, dans des articles déjà lointains, que deux groupes de familles des Iles de la Madeleine avaient été conduits en Abitibi sur des terres de colonisation: quatorze familles en 1941 et treize en 1942; que la plupart, soit vingt et une, y avaient été groupées sur l’Ile Nepawa ou dans la paroisse voisine, Ste-Anne de Roquemaure.Avant l’arrivée des Madelinots dans Pile, six familles y étaient déjà établies et depuis lors, d’autres s’y sont ajoutées, qui ont rempli l’espace disponible.Quarante établissements agricoles ne sont pas suffisants pour former une paroisse.Pourtant, l’isolement de ce groupe, éloigné des villages et des églises les plus proches, posait toujours le problème municipal, scolaire et religieux.La difficulté des communications et le défaut des moyens de transport chez les insulaires exigeaient la venue d’un prêtre et la tenue d’une mission dans l’école temporaire.Le curé le plus proche, se faisant vieux, ne pouvait venir assez souvent, surtout au temps de la préparation des enfants à leur première communion, pour satisfaire la dévotion des Madelinots.Son Excellence Mgr Aidée Desmarais se rendait parfaitement compte de la situation et s’en préoccupait.L’évêque avait rêvé d’y amener une communauté de Pères qui y établirait un orphelinat agricole et desservirait en même temps la colonie; mais les diverses communautés approchées, n’avaient pas, jusqu’à 1945, accepté cette charge.Il fallait donc chercher et trouver une autre solution au problème religieux de ce groupement.Depuis 1943, les insulaires, dirigés et organisés par des spécialistes du Minisère de la Colonisation, s’étaient adonnés à la culture maraichère, et les succès obtenus s’avéraient de plus en plus fructueux.En 1944, certains colons avaient retiré jusqu’à $500.et même $600.de la vente de leurs légumes.Ces résultats encourageants, joints aux dispositions manifestées par ces colons, déterminèrent leur vocation de jardiniers.vol.XXXIII, n° 9, mai 1946. 674 IE CANADA FRANÇAIS Profitant de conditions climatériques particulières, dues à l’environnement de l’eau, et des avantages d’un sol riche et meuble comme des marchés locaux, nos Madelinots sont donc devenus des horticulteurs.C’est un commencement de solution à leur problème religieux et civil.Pour la culture intensive des légumes, en effet, point n’est besoin de grandes aires, 25 à 30 acres de bonne terre suffisant pour faire vivre une famille moyenne.Les bons lots de 80 à 100 acres pouvaient donc être divisés en deux pour faire vivre deux familles au lieu d’une et augmenter d’autant la population du goupement.Un projet de division rationnelle et de redistribution des terres fut donc préparé par le Ministère et soumis à l’approbation des propriétaires terriens, qui ouvrait des possibilités à l’établissement d’au moins 60 familles, sans compter l’apport des villageois.C’était assez aux yeux de l’ordinaire pour justifier la création d’une mission avec prêtre résident.A l’automne de 1945, Mgr Desmarais érigeait L’Ue et son prolongement en mission, à laquelle il donnait le nom de Ste-Madeleine, en l’honneur des Madelinots qui fourniraient la majorité du groupement.Un curé fut nommé qui commença la construction d’une chapelle-presbytère avec l’aide bénévole des paroissiens et l’aide financière du Département de la Colonisation.La chapelle sera terminée à l’été et la paroisse sera un fait accompli.Les vœux tant de fois exprimés par les insulaires seront exaucés, puisque le bon Dieu et son Ministre résideront en permanence sur l’Ile Nepawa.Entre l’arrivée des contingents et leur fixation au sol, il y eut des hésitations, des tâtonnements.Habitués pour la plupart à pêcher ou à travailler comme journaliers, nos Madelinots manquaient d’adresse et d’initiative dans la conduite de leur propre affaire.Non entraînés aux travaux de coupe de bois et au défrichement de la terre, ils étaient portés à se décourager.N’eut été la volonté, bien affirmée d’un Azad Poirier et de sa famille de vivre et de mourir sur leur lot, quoi qu’il advienne, nul doute que nous aurions assisté à un exode considérable.Le Canada Français, Québec, UN ESSAIM DE MADELINOTS 675 En 1943, le prix du bois n’était pas encore très élevé et sa vente n’était pas organisée; la culture par ailleurs n’était pas encore avancée et partant la récolte peu rémunératrice.Si on ajoute à cela la difficulté d’avoir des institutrices pour prodiguer l’enseignement aux enfants de la colonie, et surtout la déficience des services religieux, on comprendra le découragement qui s’empara de quelques familles.C’était au temps où les industiies de guerre étaient le plus prometteuses, où enfin tout payait mieux que les travaux de la terre.La mortalité dans deux familles, certaines difieultés administratives rencontrées chez une autre furent l’occasion, attendue sans doute par les moins courageux, d’un départ assez considérable.Dans l’automne de 1943 et au cours de l’hiver suivant, 11 familles quittèrent lot et région pour aller chercher aisance et fortune en ville.De ces 11 départs, 5 étaient attendus, 3 même étaient désirés, mais leur concordance fut regrettable.Tous les partants heureusement n’avaient pas vendu leur propriété et le Ministère s’est bien gardé de remplir immédiatement les vides créés, dans l’espoir de retours désirés.Cet espoir ne fut pas vain, puisque dès l’année suivante sept d’entre eux exprimaient le désir de revenir à leurs frais reprendre leur lot, et y continuer leur exploitation agricole.Cinq furent acceptés et sont maintenant réinstallés au milieu des leurs, satisfaits de l’expérience faite en ville.Ils apprécient mieux maintenant leur petite maison pas riche, mais ensoleillée et bien à eux, et leur lopin de terre qui leur assure au moins la nourriture et la sécurité sociale, en même temps que la tranquillité sur le sort de leurs enfants.C’est dire que sur les 27 familles amenées, six seulement ont déserté définitivement la terre et ceci répond à des appréhensions exprimées, que cet essai serait une faillite, et qu’en fait la plupart des familles amenées étaient retournées à leur ancienne occupation ou ailleurs.Mais qu’est-il advenu me direz-vous des enfants de ces familles ?Mon information sans être complète et récente me permet d’affirmer qu’au moins cinq filles et garçons étaient mariés en 1944 et s’étaient établis près de leurs parents.La faculté donnée à chaque propriétaire de lot vol.XXXIII, n° 9, mai 1946. 676 LE CANADA FRANÇAIS divisé, de disposer de l’autre partie en faveur d’un garçon ou d une fflle avait facilité et va accentuer ces établissements de jeunes au milieu de leurs parents.Cette politique va du coup contribuer à stabiliser les plus vieux après avoir justifié la réalisation de la paroisse.Grâce donc à la ténacité de quelques Madelinots, des familles Poirier en particulier, grâce à la direction suivie du Ministère et à la nouvelle orientation donnée à la colonie, grâce enfin à la sollicitude parternelle de Son Excellence Monseigneur Desmarais, l’Établissement des Madelinots en Abitibi est un fait assuré avec l’érection de la mission Ste-Madeleine.Sans être érigée en municipalité civile, la colonie a maintenant un bon chemin gravelé et un traversier qui mènent sur l’île.Au printemps, un pont sera érigé qui en facilitera l’accès comme la sortie des produits en tous temps.Trois écoles, deux sur l’île, une sur la terre ferme sont à la portée des quelques soixante enfants qui les fréquentent.Une église en bois qui va aussi comprendre le presbytère est en construction au milieu de l’île.D’ici à ce quelle soit terminée, le curé réside au presbytère voisin, mais vient chaque semaine y faire la mission dans un école.Pour mesurer la satisfaction de ces nouveaux paroissiens, il faut dire que certains d’entre eux, bien que pauvres, ont donné jusqu’à 30 journées de travail gratuit à la construction de leur temple.C’est avec un pareil esprit de foi et un tel dévouement qu’on fait de la colonisation et qu’on fonde des paroisses de « canayens », pas autrement.Eugène Gagné, I.F.Asst-Chef du Service de l’Établissement.Les livres Mme Dussane.Reines de Théâtre.Un ouvrage de 240 pages.Prix: $1.25, par la poste, $1.35.Aux Éditions Variétés, 1410, rue Stanley, Montréal.L’histoire, à peine romancée des artistes françaises: la Marquise du Parc, La Champmeslé, Clairon, Rachel et Sarah Bernhardt, gloire du théâtre français, gloire humaine, gloire friable mais qui a duré (Pour adultes).C.E.B.Le Canada Français, Québec,
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