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Titre :
Le Canada-français /
Revue de l'Université Laval qui traite de philosophie, de théologie, de questions sociales, de linguistique, d'arts et de littérature.
Éditeur :
  • Québec :Université Laval,1888-1946
Contenu spécifique :
Montesquieu et l'étude du milieu en sociologie
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Prédécesseurs :
  • Parler français ,
  • Nouvelle-France
  • Successeurs :
  • Bulletin du parler français ,
  • Nouvelle-France ,
  • Revue de l'Université Laval
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Le Canada-français /, 1946-06, Collections de BAnQ.

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La contribution de Montesquieu \ a I étude du milieu en sociologie La sociologie est une science relativement récente.Dans la classification méthodologique, sans cesse à reviser, des sciences, elle a gagné droit de cité après que Comte lui eut donné son objet et son nom, que Durkheim lui eut octroyé des méthodes et des lois.Il fut long et pénible ce travail de gestation qui permit à la sociologie de se constituer en science autonome.On partait des premières constatations d’évidence.Il y a des hommes vivant en société, ou plutôt, pour obéir à un postulat durkheimien ,des sociétés composées d’hommes.L’objet de la nouvelle science ne saurait être la société envisagée in abstractOy mais telle ou telle société, ou, si vous le voulez, comme une société actualisée, pour dans le temps et dans l’espace.Pour la situation dans le temps, on n’avait qu’à s’en rapporter aux recherches historiques qui supposent l’archéologie, l’éthnographie et les sciences auxiliaires de l’histoire.Mais il fallait aussi situer la société dans l’espace.L’étude de l’influence du milieu physique sur l’élaboration des types de sociétés s’imposait tout de suite.Pouvait-on prendre la mesure de cette influence?N’y avait-il pas inter-pénétration de deux influences, du milieu sur la société et de celle-ci sur celui-là ?Les réponses, au début, furent timides, très incomplètes, comme on se l’imagine.A vrai dire, on ne vivait que sur de l’acquis.Bien avant que la sociologie se fût constituée comme science, que la théorie de 1’((Environmentalism » (1) ait pris corps, des écrivains, dès l’antiquité, avaient essayé de découvrir dans le climat et la configuration géographique d’un pays des caractères distinctifs de ses habitants.Tel 1.Mot à peu près intraduisible; d faudrait employer la circonlocution « théorie de l’influence du milieu physique, social, psychologique, biologique sur la constitution du type humain ».Certains ont suggéré (( mi-lieusisme », barbarisme affreux qui deviendra peut-être, un jour, très acceptable.Le Canada Français, Québec, LA CONTRIBUTION DE MONTESQUIEU 707 Hérodote qui attribue à la géographie de l’Egypte l’état de de civilisation de ce pays; Hippocrate qui assigne au climat et aux zones atmosphériques la cause de plusieurs maladies; Thucydide qui s’efforce de dégager, dans la civilisation hellénique, l’action de la terre et du climat grecs.Tel aussi Aristote qui, dans le climat idéal de sa patrie, moins froid que celui d’Europe et moins chaud que celui d’Asie, décou-vie la supériorité des Grecs sur les Barbares d’Europe et d’Asie.C’est encore un géographe comme Strabon, un historien comme Diodore de Sicile, un conquérant comme Jules César, qui, par l’exactitude du détail géographique, nous permettent de mieux situer dans un contexte local les sociétés qu’ils observaient.En pleine Renaissance, il faut signaler une contribution précieuse, celle de Jean Bodin.Les six livres de la République ouvrent sur le sujet des avenues nouvelles, annonçant déjà Montesquieu ( qui, d’ailleurs, s’en est largement inspiré), et, à travers Montesquieu, Hippolyte Taine.Bodin accorde aux zones climatériques, localisées par degrés de longitude, de latitude, et, à l’altitude des terres habitées, une importance déterminante dans la formation des innéités individuelles et ethniques.Montesquieu pillera Bodin et la plupart des auteurs de l’antiquité.On peut même dire que se trouve dans l’Esprit des Lois la somme des notions relatives au milieu physique, connues et admises à cette époque.Sans doute, Montesquieu exagérera; il voudrait tant, par le climat, tout expliquer! Par l’amplitude et la modernité de ses vues, Montesquieu transforme ces éléments, qui, avant lui, n’étaient qu’épars et empiriques, même dans Bossuet et chez Fénelon, en une thèse considérablement élargie.Cet apport, qui demeure précieux aujourd’hui encore, nous commande de nous y arrêter un peu plus longuement.Il faut le préciser dès le début de ces notes, Montesquieu parle souvent du climat.Les livres XIV, XV, XVI, XVII de l’Esprit des Lois ont pour titres: Des lois dans le rapport qu'elles ont avec la nature du climat.Comment les lois de Vesclavage civil ont du rapport avec la nature du climat.vol.XXXIII, n° 10, juin 1946. 708 LE CANADA FRANÇAIS Comment les lois de Vesclavage domestique ont du rapport avec la nature du climat.Comment les lois de la servitude politique ont du rapport avec la nature du climat.Les livres XVIII et XIX s’intitulent: Des lois dans le raport qu’elles ont avec la nature du terrain.Des lois dans le rapport qu’elles ont avec les principes qui forment l’esprit général, les mœurs et les manières d'une nation.Et déjà Montesquieu, en élargissant son champ d’observation, nous intéresse davantage.Il ne fait pas mystère de ses intentions.Au chapitre I du livre XIV, il indique clairement l’idée générale des développements qui suivront.« S’il est vrai que le caractère de l’esprit et les passions du cœur soient extrêmement différents dans les divers climats, les lois doivent être relatives et à la différence de (es passions et à la différence de ces caractères ».Cette indication nous empêche d’oublier que Montesquieu est un juriste, et non un sociologue ou un anthropologue.Ainsi donc, aux dires de Montesquieu, ce qui rend les hommes différents, c’est le climat, ou, avec plus de précision, c’est « l’air froid (qui) resserre les extrémités des fibres extérieures de notre corps: cela augmente leur ressort, et favorise le retour du sang des extrémités vers le cœur .» et « l’air chaud (qui), au contraire, relâche les extrémités des fibres et les allonge: il diminue donc leur force et leur ressort ».Les peuples des pays froids sont plus vigoureux physiquement, moins sensibles aux plaisirs (1), plus courageux et entreprenants que les peuples des pays chauds.La morale de ces peuples est consécutive à leurs traits physiques généraux.« Vous trouverez, dans les climats du nord, des peuples qui ont peu de vices, assez de vertus, beaucoup de sincérité, de franchise.Approchez des pays du midi, vous croirez vous éloigner de la morale même: des passions plus vives multiplieront les crimes; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions ».Mais il y a une complication si l’on observe les peuples des pays tempérés qui sont « inconstants dans leurs manières, dans leurs vices mêmes, 1.« Il faudra écorcher un Moscovite pour lui donner du sentiment ».Le Canada Français, Québec, LA CONTRIBUTION DE MONTESQUIEU 709 et dans leurs vertus: le climat n’y a pas une qualité assez déterminée pour les fixer eux-mêmes ».Et Montesquieu n’indique pas que la tâche du législateur devient alors beaucoup plus difficile: les pays civilisés sont pourtant dans la zone tempérée.Mais ici se présente une objection: comment se fait-il que les peuples des pays chauds, v.g.les Indiens, qui « sont naturellement sans courage », se soumettent à des « maux incroyables », à des « pénitences barbares » P « Voilà bien de la force pour tant de faiblesse ».La raison est bien simple: « La nature, qui a donné à ces peuples une faiblesse qui les rend timides, leur a donné aussi une imagination si vive que tout les frappe à l’excès.Cette même délicatesse d’organes qui leur fait craindre la mort sert aussi à leur faire redouter mille choses plus que la mort.C’est la même sensibilité qui leur fait fuir tous les périls, et les leur fait tous braver ».Cela n’indique que de l’ignorance, qu’une absence d’éducation; ce n’est pas le climat qui est en cause; et, pour eux, s’impose davantage la nécessité d’une législation sage.Ce qui accentue encore ce paradoxe apparent, c’« est qu’une certaine paresse dans l’esprit, naturellement liée avec celle du corps .fait que les lois, les mœurs et les manières, même celles qui paraissent indifférentes, comme la façon de se vêtir, sont aujourd’hui en Orient comme elles étaient il y a mille ans » .Les bons législateurs doivent s’opposer à ce que Montesquieu appelle les « vices du climat ».Ainsi, aux Indes et au Siam, les lois sont mauvaises parce qu’elles consacrent, par un « système de métaphysique (qui) paraît naturel » la paresse native des habitants.Les législateurs chinois qui « firent leur religion, leur philosophie, et leurs lois, toutes pratiques », furent plus sages.Il faut poser en principe que « plus les causes physiques portent les hommes au repos, plus les causes morales les en doivent éloigner ».La religion et la législation doivent exciter au travail et surtout à l’agriculture qui « est le plus grand travail des hommes ».Enlever le droit de propriété aux « particuliers » pour le bénéfice des princes, comme on le fait aux Indes, augmente «les mauvais effets du climats, c’est-à-dire la paresse naturelle ».Pour vaincre la paresse du climat, il faudrait que les lois vol.XXXIII, n" 10.juin 1946. 710 LE CANADA FRANÇAIS cherchassent à ôter tous les moyens de vivre sans travail »; et Montesquieu ajoute, ce qui sent bien son XVIIIe siècle: «maisdans le midi de l’Europe, elles font tout le contraire; elles donnent à ceux qui veulent être oisifs des places propres à la vie spéculative, et y attachent des richesses immenses.Ces gens qui vivent dans une abondance qui leur est à charge, donnent avec raison leur superflu au bas peuple: il a perdu la propriété des biens; ils l’en dédommagent par l’oisiveté dont ils le font jouir; et il arrive à aimer sa misère même».C’est en honorant le travail manuel qu’on pourrait « tourner l’effet contre la cause, et détruire la paresse par l’orgueil ».La plus ou moins grande sobriété des peuples est elle aussi un effet du climat.« Dans les pays chauds, la partie aqueuse dü sang se dissipe beaucoup par la transpiration: il faut donc substituer un liquide pareil .Dans les pays froids, la partie aqueuse du sang s’exhale peu par la transpiration; elle reste en grande abondance: on peut donc user des liqueurs spiritueuses sans que le sang se coagule ».Cela est tellement vrai, que « passez de l’équateur jusqu’au pôle, vous y verrez l’ivrognerie augmenter avec les degrés de latitude ».D’où il suit que la sévérité des lois concernant l’ivrognerie doit obéir à un rapport inverse.Il y a aussi « des lois qui ont du rapport aux maladies du climat », comme la lèpre, la peste, et la syphilis — que Montesquieu ne nomme pas — qui attaque « la nature humaine jusque dans la source de la vie et des plaisirs ».Montesquieu trouve qu’un « moyen admirable » d’en circonscrire la contagion est de former une « ligne de troupes autour du pays infecté, qui empêche toute communication ».Mais il y a des maladies d’une tout autre espèce, comme celle qui sévit en Angleterre et qui porte ceux qui en sont atteints au suicide.« Elle tient à l’état physique de la machine, et est indépendante de toute autre cause ».« L’état phy- sique de la machine » est en étroite dépendance du climat.« Il est clair que les lois civiles de quelques pays ont eu des raisons pour fléchir l’homicide de soi-même; mais en Angleterre, on re peut pas plus le punir qu’on ne punit les effets de la démence ».Pour Montesquieu, le juste concept de la morale est donc ur e fonction directe du climat; cela a quelque chose de rigoureux et de nécessaire.Ainsi, chez les nations Le Canada Français, Québec, LA CONTRIBUTION DE MONTESQUIEU 711 germaniques, « il semble que la loi mesurait la grandeur des outrages faits à la personne des femmes comme on mesure une figure de géométrie; elle ne punissait point le crime de l’imagination, elle punissait celui des yeux ».Mais si une nation germanique émigre vers d’autre cieux, comme les Wisigoths, qui s’installèrent en Espagne, les lois de cette même nation changent: « La loi soupçonna tout pour un peuple qui pouvait tout soupçonner.» C’est un autre effet du climat que les lois dans certains pays, v.g.au Japon, soient extrêmement sévères et n’accordent que peu de confiance aux citoyens, et que, dans d’autres, v.g.aux Indes, elles soient débonnaires et accordent une liberté très grande.Montesquieu va jusqu’à s’exclamer: « Heureux climat, qui fait la candeur des mœurs, et produit la douceur des lois! » Dans le livre XIV, Montesquieu a parlé des lois en général.Dans ceux qui vont suivre, il précise.Le livre XV annonce qu’il s’agira des « lois de l’esclavage civil ».En bon esprit libéral, Montesquieu s’en prend à l’esclavage comme tel.Il affirme qu’on ne croirait jamais que c’eût été la pitié qui eût établi l’esclavage .» Et dissertant sur les trois manières d’après lesquelles, la pitié aidant (1), l’esclavage s’est établi, il conclut que l’esclavage « est aussi opposé au droit civil qu’au droit naturel ».Montesquieu verrait plutôt le droit d’un peuple d’asservir un autre peuple dans le
de

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