ARQ, 1 août 1998, Août
[" A-W BNQ LA BIBLIOTHEQUE .EN PROJET REVUE D'ARCHITECTURE ÜS| ; ÎL'&iz AOUT 1998 MTS iwm ;Tn:V ! SSI®» 'mmmm SOMMAIRE \t\t \tÉDITORIAL\t 5\tARCHITECTURE ET BIBLIOTHÈQUE Georges Adamczyk et Philippe Lupien\t 7\tLA BIBLIOTHÈQUE: ENJEU POLITIQUE ET SYMBOLE DÉMOCRATIQUE Silvie Delorme\t 10\tLA BONNE BIBLIOTHÈQUE Jean-Louis Robillard\t 1 2\tDU CONCEPT AU PROGRAMME DEUX QUESTIONS POUR LA GRANDE BIBLIOTHÈQUE DU QUÉBEC Georges Leroux\t 17\tLA BIBLIOTHÈQUE ET LA VILLE Georges Adamczyk\t 1 8\tCYBER- ARCHITECTURE, LA 4e DIMENSION Hervé Fischer\t 1 9\tLETTRE À L\u2019ARCHITECTE INCONNU Renée Lavaillante\t \tLIRE À L'OUEST, LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE DE VANCOUVER Guy Besner\t \tPETIT MANIFESTE POUR UNE NOUVELLE BIBLIOTHÈQUE Anne Bordeleau, Louis Brillant, Sonya Jensen\t 20\tLA GRANDE BIBLIOTHÈQUE DE MONTRÉAL Jacques Dufresne\t 21\tLE MURMURE DES LIVRES Marc Chevrier\t \tJE RÊVE.Rober Racine\t 24\tET SI CE N\u2019ÉTAIT PAS L\u2019EXEMPLE À SUIVRE?Jean-Claude Marsan\t \t\t^3 En page couverture: San Girolamo nello studio (1474, 1475] Antonello da Messina (London National Gallery] Éditeur: PIERRE BOYER-MERCIER Membres fondateurs de la revue: Pierre Boyer-Mercier, Pierre Beaupré, Jean-Louis Robillaro et Jean-H.Mercier.Membres du comité de rédaction: Georges Adamczyk, Jean Beaudoin, Anne Cormier, Philippe Lupien, Pierre Boyer-Mercier.Production graphique: CûPlLlA DESIGN INC.Directeur artistique: Jean-H.MERCIER.Représentants publicitaires (Sales Representatives) : JACQUES Lauzon ET ASSOCIÉS.¦\tBureau de Montréal: 100, Alexis Nihon, bureau 592 / Ville Saint-Laurent, Québec /H4M 2P1 Téléphone: (514) 747-2332 / Télécopieur: (514) 747-6556.¦\tBureau de Toronto : 1-800-689-0344.ARQ est distribuée à tous les membres de L'ORDRE DES ARCHITECTES DU QUÉBEC Dépôt légal: BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU QUÉBEC et BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DU CANADA.© ART et ARCHITECTURE Québec: Les articles qui paraissent dans ARQ sont publiés sous la responsabilité exclusive de leurs auteurs.ISSN: 1203-1488.Envois de publications canadiennes: contrat de vente N° 0472417.ARQ est dorénavant publié quatre fois l'an par ART ET ARCHITECTURE QUÉBEC, corporation à but non-lucratif.Les changements d'adresse et les demandes d'abonnement doivent être adressés à: ART ET ARCHITECTURE Québec / 1463, rue Préfontaine / Montréal, Qc / H1W 2N6 / Tél.rédaction: (514) 523-7024; administration (514) 523-4900.Abonnements au Canada (taxes comprises): 1 an (4 numéros): 36, 81 $ / 57,51 $ pour les institutions et les gouvernements.Abonnements USA 1 AN: (4 numéros) 50,00 $ / Autres PAYS: 60,00 $.ARQ est indexé dans «Repères». SUPREME QUALITE eur, ** Le gamme Chateau ultra ombragé forêt et ardoise «harvard».\tT - Touble, brun double, cèdre «earthtone> L\u2019art de plaire, l\u2019art de durer.OMB arflmrTfraano-» \" \u2022:\t.Ill Ml Ml II SA 14BÜS8S8 r&iSÊBïmï \t\ta»\t L\t\t\tA,; Flextek, le tout nouveau panneau de gypse Westroc pour les surfaces courbes.Comme sur des roulettes! Par Westroc Spécialement conçu pour épouser les surfaces courbes, douces comme prononcées, le panneau flexible Flextek de BPB Westroc est idéal pour les arches, murs, plafonds, escaliers en rond et colonnes décoratives.Fini les panneaux de gypse prémoulés, renforcés de fibre de verre et les travaux salissants de plâtrage, d\u2019entaillage ou de mouillage*.Flextek offre la vitesse d\u2019exécution à prix abordable : installation, finition et décoration plus rapides, et moins d\u2019énergie à dépenser.Fabriqué avec soin en usine, Flextek est facile à trouver et prêt à utiliser.Et il résiste au feu.Sur la route de la construction ou de la rénovation, Flextek est le seul panneau qui puisse prendre solidement les courbes et se plier à toutes vos exigences.^ Westroc www.westroc.com McAdam (N.-B.) 1 800 273-2533 Montréal 1 800 567-9513 Toronto 1 800 268-5425 Winnipeg 1 800 665-4868 Calgary 1 800 661-3120 Vancouver 1 800 242-9604 COLLOQUE LA COMMANDE PUBLIQUE EN ARCHITECTURE, EN ART ET EN DESIGN Transversalités et singularités ÉCOLE D'ARCHITECTURE DE LYON, FRANCE THÈME 7, 8 el 9 décembre 1998 États, collectivités et organismes publics sont des commanditaires puissants qui participent activement au déve-_\t.\t,\t, ^\t_\tloppement de la création dans les domaines qui touchent à notre environnement familier : l'architecture, l'art, le , r t ,\t/\u2014 .\u2022 du~ ai * desiqn.A travers la commande de batiments ou d équipements publics, d oeuvres d artistes disséminées sur le du Centre Jacques Cartier Khone-Alpes\t3\t,\tAr\tr, territoire, d objets ou de creations utilitaires qui peuplent notre quotidien, leur pouvoir est grand dans le soutien aux créateurs.Leur responsabilité dans l'affirmation d'une culture de la qualité et de l'innovation l'est tout autant.En France, la puissance publique a traditionnellement été, et demeure encore aujourd'hui, l'un des plus gros commanditaires des architectes, des artistes et des designers.Marquée par de profondes mutations de sa commande publique, désormais atomisée après avoir été centralisée à l'extrême, la France est aujourd'hui à l'heure du bilan.Au Québec, la commande publique est un phénomène récent.Après l'ère de la commande «objective» , on voit se profiler une commande «qualitative» .Explorée dans les années quatre-vingts dans le domaine de l'art public, une pratique nouvelle du concours d'architecture et du concours de design se met en place.Le thème de la commande publique concerne toutes les disciplines de la création qui contribuent au façonnage de notre environnement quotidien.Architecture, aménagement urbain, design et art partagent des enjeux communs, mais ils ont aussi des logiques qui leur sont propres et des fonctionnements distincts qu'il convient de garder en mémoire pour éviter les amalgames.Ce colloque vise à mettre en commun des expériences françaises et québécoises, à les évaluer également à la lumière de certains éclairages européens et internationaux.Il permettra de s'interroger de manière transversale sur les démarches et les outils les plus à même de nous assurer un environnement de qualité qui donne sa place à la création.PUBLIC Les débats, organisés dans un double souci de transversalité (interdisciplinaire et franco-québécoise), s'adressent aux acteurs et aux bénéficiaires de la commande publique en architecture, en design et en art : ¦\tcréateurs professionnels et étudiants (architectes, designers, artistes) ¦\tconseillers pour l'architecture, l'art ou le design auprès des administrations ¦\torganismes de promotion de l'architecture, du design et de l'art public ¦\tacheteurs publics de produits, services ou équipements ¦\tmaîtres d'ouvrage et gestionnaires d'équipements publics ¦\tindustriels RESPONSABLES SCIENTIFIQUES Québec \u2022 Marie-Josée LACROIX, commissaire au design, Service du développement économique, Ville de Montréal ¦\tDenis LEMIEUX, architecte, Direction de l'action stratégique, Ministère de la Culture et des Communications du Québec France ¦\tAnne-Marie BOUTIN, présidente et Jacqueline FEBVRE, responsable des projets, APCI - Agence pour la promotion de la création industrielle ¦\tYves NACHER, architecte, critique d'architecture ¦\tDaniel VALLAT, professeur, directeur de l'École d'architecture de Lyon INFORMATION ET PROGRAMME DISPONIBLES ¦\tMarie-Josée LACROIX, coordonnatrice Téléphone ¦\tGuy BESNER, assistant à la coordination Téléphone SUR DEMANDE (514) 872-2179 Télécopieur (514) 872-2773 Télécopieur (514) 872-6249 (514) 872-6249 * Créé en 1984, à Lyon, centre d'études, d'échanges et de recherches, le Centre Iacques Cartier rassemble les forces vives scientifiques, économiques, politiques et culturelles de la région Rhône-Alpes et favorise la coopération entre le Québec, la francophonie, le Canada et l'Europe.Il organise annuellement les «Entretiens» , des colloques auxquels participe la communauté internationale.4 ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE EDITORIAL Architecture et bibliothèque GEORGES ADAMCZYK ET PHILIPPE LUPIEN Dans quelques semaines sera annoncée la tenue d'un concours d'architecture pour la Bibliothèque Nationale du Québec.La revue ARQ propose à ses lecteurs habituels : architectes, designers, urbanistes, passionnés d'architecture et, dans ces circonstances particulières, à tous les autres lecteurs intéressés : usagers, chercheurs, gens des métiers du livre ou simples citoyens que la chose interpelle, un dossier sur le thème de l'architecture des bibliothèques.Ce numéro de ARQ réunit des réflexions et des documents qui pourront accompagner ceux, plus officiels, qui seront préparés par le Ministère de la Culture et des Communications pour le concours d'architecture de la nouvelle Bibliothèque Nationale du Québec.Plusieurs articles reviennent sur les enjeux du programme et ainsi que le montre Silvie Delorme dans son article d'introduction, il faut convenir que l'architecture des bibliothèques reflète nos conceptions de ia lecture dans une société donnée.Georges Leroux, dans un texte très documenté associe le programme au concept et nous fait redécouvrir les grandes questions qui marquent l'histoire de la typologie des édifices.Les Grandes bibliothèques de Londres, Paris et Alexandrie sont celles où jean-Louis Robillard nous convie à examiner la relation parfois illusoire entre programme, image et usage alors que Guy Besner commente celle qui a présidé à la réalisation de la bibliothèque de Vancouver.Plusieurs textes sous forme d'articles et de lettres complètent ce numéro.Nous avons invité des philosophes, des journalistes, des créateurs à nous offrir leur point de vue.Pour la part du rêve, plusieurs écrivains ont accepté de nous laisser quelques pensées sur l'architecture et la bibliothèque.D'une politique du livre à une politique de l'architecture, voilà une manière de prendre au mot Victor Hugo, lui qui, de façon romanesque, il va sans dire, voyait dans l'un la perte ultime de l'autre.En fait, en extrapolant un peu, nous encourageons les lecteurs à imaginer que l'édification de la Bibliothèque Nationale, qui renoue avec la tradition des grandes commandes d'État, sera la pierre angulaire du renouveau architectural, tant discuté et toujours tant attendu. SOLUTIONS ET SERVICE POUR VOTRE SUCCÈS CAREI 1-800-972-2732 PRENEZ LE VIRAGE AVEC LES PANNEAUX ARCHITECTURAUX CAREA Cet édifice au centre-ville est un des rares monuments de la modernité à Québec.Le système modulaire CAREA, par la pureté de ses lignes, l'éclat de son fini et la simplicité de son assemblage nous a permis de conserver le caractère industriel de la façade et de rencontrer les critères de faisabilité du projet.Nous sommes heureux d'avoir donné un nouveau souffle de modernisme à cette architecture des années 1940.YVES ET NADIA CAGNON, ARCHITECTES I i i I I I 1 LU i INSTITUT AVIRON Boulevard Charest, Quartier Saint-Rock \t\t\t\t\t\t\t\t\t \t\t\t\t\t\t\t\tiL »\t La bibliothèque: enjeu politique et symbole démocratique SILVIE DELORME Comprendre l'histoire des bibliothèques et les ancrer dans leur évolution permet déjà de mieux comprendre ce qu'elles sont devenues d'aujourd'hui.En retraçant les liens entre sociétés, religions et bibliothèques, elles émergent comme le reflet et le miroir des sociétés d'où elles sont issues.Malgré le fait que les services de bibliothèques à travers le monde partagent maintenant des fondements communs, on constate néanmoins de grandes différences qui s'affichent parfois haut et fort.L'histoire nous apprend que leur rôle s'est teinté des croyances, des dogmes, des intérêts du pouvoir dominant selon les époques et les sociétés.Les services offerts se sont arrimés aux idéaux démocratiques véhiculés: démocratisation du savoir, éducation de la population.L'évolution des bibliothèques est également intimement liée au développement du livre et de l'éducation.Elles ont d'abord été des collections privées de documents consignant le savoir sous forme de tablettes d'argile, de rouleaux, de codex et enfin plus tardivement de livres dans la forme que nous leur connaissons aujourd'hui.L'APPORT DE LA TECHNOLOGIE CONJUGUÉ AUX IDÉAUX DÉMOCRATIQUES Gutenberg modifia entièrement le monde du transfert des connaissances.L'imprimerie, en offrant des livres au format plus petit (les portables de l'époque!), produits plus rapidement et ce, en plus grand nombre, permettait à tous (du moins ceux qui savaient lire) d'avoir accès à l'information, à la science, à la littérature.Chacun pouvait s'éduquer, développer son esprit critique et affiner sa compréhension du monde.Aldo Manuzio, humaniste italien de la fin du XVe siècle fut le premier «éditeur» comme on l'entend aujourd'hui.Professeur de grec et de latin, il développa des collections de classiques en petits formats et ce, dans la langue originale afin de permettre l'accès direct aux auteurs.Cette vision de l'éducation traçait déjà le chemin à la création d'une institution entièrement dédiée à la démocratisation du savoir et à l'universalité d'accès à l'information.Les bibliothèques ouvertes au public ont voulu répondre à des idéaux démocratiques: elles étaient le fait de gouvernants érudits, curieux, éclairés et soucieux de l'éducation du peuple.Les premiers souverains à ouvrir leur bibliothèque à tous agissait avec un idéal de partage du savoir.Charlemagne fit également de même.Plus près de nous, au XIXe siècle en Angleterre, les bibliothèques d'associations d'ouvriers avaient pour objectifs d'éduquer leurs membres, de leur donner accès au savoir, d'en faire des citoyens responsables et avertis.RELIGIONS ET BIBLIOTHÈQUES Les pays protestants ont été les premiers à développer et généraliser la création de bibliothèques publiques ouvertes à tous.Les idéaux protestants impliquaient la lecture personnelle et régulière de la Bible parce que les gens avaient le droit de lire pour eux-mêmes la parole de Dieu, sans témoin ni intermédiaire.Il importait, par conséquent, de se doter d'institutions permettant, tant aux adultes qui n'allaient plus à l'école qu'aux enfants qui la fréquentaient, l'accès à la lecture et au savoir stimulant par le fait même la lecture de la Bible et la compréhension des règles de vie prescrites par celle-ci.Dès lors, la bibliothèque devient un lieu d'acquisition de sa propre liberté: liberté d'adhérer à la foi, bien sûr, mais aussi liberté de penser, liberté de comprendre, liberté de critiquer.La mission de l'institution se dessine.L'utilité civique et économique de la bibliothèque prend le pas sur la connotation culturelle et lettrée du monde méditerranéen.A contrario, les milieux catholiques ont toujours protégé, défendu et prescrit ce qui devait être lu et l'accès à la Bible, qui devait demeurer un mystère, ne se faisait que par le mandataire de Dieu, i.e.le prêtre.Il est facile de saisir comment ces attitudes orientent déjà le développement des bibliothèques: bibliothèques paroissiales ou cabinets de lecture rattachés à l'église, livres à l'index.La bibliothèque n'est pas ici un lieu de démocratisation du savoir, elle devient un instrument de contrôle du développement d'une société.Elle ne peut prendre son essor.Elle est étouffée.Au Québec, au milieu du XIXe siècle, l'Institut canadien de Montréal a dû combattre l'intrusion du clergé dans le développement des collections de la bibliothèque.En 1890, paraît dans les statuts de la Province de Québec l'acte donnant pouvoir aux corporations de cité, ville et village, d'aider au maintien de bibliothèques publiques.Fin XIXe siècle, début XXe, en raison des pressions des ultramontains et du clergé, la Ville de Montréal se voit dans l'obligation de refuser une subvention de 150,000$ pour la construction d'une grande bibliothèque municipale laïque, demandée à la Fondation Carnegie des États-Unis qui avait déjà contribué à la construction de centaines de bibliothèques aux États-Unis et en Ontario.Fondée en 1902, la bibliothèque de Montréal est finalement érigée et l'édifice de la rue Sherbrooke inauguré en 1917.Ce n'est iiiiiiisiïii I il B&- La bibliothèque de Montreal, coupe transversale, dessin de Eugène Payette, 1914 qu'en 1959 que le Québec se dote d'une première loi sur les bibliothèques publiques.Dans les années soixante, les bibliothèques existaient encore dans les sous-sol d'églises.Cette libération de la tutelle de l'Église et du clergé fut longue et au Québec, la bibliothèque ne fut pas spontanément un lieu de liberté.Aujourd'hui, le monde occidental s'entend sur la définition préconisée par l'UNESCO et en essence les grands principes sont intégrés: rôle d'éducation, d'information, de culture et de loisirs.L'internationalisation du modèle joue.La réalité amène cependant son lot de contradictions et de paradoxes.Malgré l'importance accordée aux États-Unis à la mission de la bibliothèque comme instrument social de libération et d'éducation des citoyens, les bibliothécaires sont de plus en plus confrontés à des comités de censure où les dirigeants politiques, comités de citoyens, choisissent les documents selon leur vision du monde et leurs idéaux politiques.Les lecteurs sont toujours apparus subversifs aux yeux de certains pouvoirs.L'Europe n'est pas en reste.L'an dernier, en France républicaine, dans une municipalité en banlieue de Marseille, une bibliothécaire démissionnait pour s'opposer à l'intrusion impertinente du nouveau pouvoir politique d'extrême droite élu à la mairie dans l'acquisition des documents.ENJEUX POLITIQUES ET MISSIONS Symbole de la liberté du peuple grâce au savoir, la bibliothèque, par sa mission, a donc souvent été au coeur d'enjeux politiques.Décision politique s'il en est, la création d'une bibliothèque publique et le rattachement de celle-ci à un réseau sur un territoire donné dépend du projet de société dont on désire se doter.Un réseau national comporte différents éléments et paliers: d'abord une politique de la lecture publique AOUT 1998 rrrrn; : ' ^ ¦\u2019ïr~^T'!r ¦ \u2022 - !|-r.\u2018:V.i 1+r; .1.\tPerspective du projet, version finale, concours pour la bibliothèque Saint-Sulpice, Eugène Payette, 1912, MCCQ.2.\tFaçade du projet lauréat, concours pour la bibliothèque Saint-Sulpice, Eugène Payette, 1911, MCCQ.3.\tPlan du premier étage du projet de Eugène Payette, MCCQ.^££faaaiaBB3ssi 2 0 C C DO O n co p a o q\tc cT Q p o i o d b a b o o e b o p q_ p q_D a_c è b 8 et de l'information établit comment se répartissent les responsabilités.Une bibliothèque nationale qui a charge d'acquérir par le biais du dépôt légal la documentation produite sur le territoire; les bibliothèques publiques qui ont pour mission de donner accès au citoyen à l'information et à la culture\u2014elles peuvent, selon les pays, être de responsabilité régionale ou municipale; les bibliothèques académiques répondant aux besoins des curriculum : bibliothèques scolaires, collégiales ou universitaires et finalement les bibliothèques de recherche gouvernementales ou privées qui répondent aux besoins très spécifiques des chercheurs.Ce réseau, qu'on nomme aussi système, encadre la diffusion de l'information et la lecture publique sur un territoire donné.Selon les continents, ces réseaux sont plus ou moins développés et efficaces.Qui dit réseau national, dit donc vision du rôle de l'institution, vision du développement d'une société.Les bibliothèques nationales illustrent particulièrement ce lien entre enjeux politiques et mission de bibliothèque puisqu'elle tiennent lieu de mémoire de la nation.Le Québec en est un exemple éloquent.La création de la Bibliothèque nationale du Québec en 1967 le démontre clairement: le gouvernement québécois marquait de manière symbolique son désir et sa volonté de s'identifier comme État et nation.Le Canada est l'un des seuls pays au monde à accueillir plus d'une bibliothèque nationale\u2014avec l'Espagne où la Catalogne possède sa bibliothèque nationale, l'Italie avec des bibliothèques nationales à Florence et Rome, la Grande-Bretagne avec les bibliothèques de l'Écosse, et du Pays de Galles.Ce geste d'affirmation des cultures nationales entraîne le dédoublement des missions, la redondance des fonctions et la double obligation du dépôt légal pour les éditeurs.LA GBQ A l'instar de toute institution similaire, la mission de la Bibliothèque nationale du Québec, avant la création de la GBQ (Grande bibliothèque du Québec) en juin 1998, consistait à acquérir par dépôt légal, traiter, conserver et diffuser les livres, revues, journaux, estampes, affiches, cartes, disques, documents électroniques.publiés sur son territoire, ou publiés à l'étranger et relatifs au Québec ainsi que le développement de collections universelles.(La BNQ n'eut cependant jamais les ressources financières à la mesure de ce volet du mandat).La venue de la GBQ a modifié cette mission en retirant à la Bibliothèque nationale du Québec la responsabilité de la diffusion de la production québécoise et la vocation régionale à titre de soutien au réseau des bibliothèques publiques du Québec.À ces fonctions, s'ajoute la mission de bibliothèque centrale municipale de la Ville de Montréal.Le mandat amputé de la BNQ consiste donc maintenant à acquérir, traiter et conserver les documents produits au Québec.Mais qu'est-ce qu'une bibliothèque sans mandat de diffusion?Qu'est-ce qu'une Nationale délestée de son mandat de diffusion?La GBQ deviendra-t-elle à brève échéance LA bibliothèque nationale du Québec, absorbant la fonction conservation de la BNQ?Que devient la bibliothèque de Montréal amputée de sa centrale?Quelle mission municipale pour la GBQ en remplacement de la bibliothèque centrale de Montréal?Comment s'inscrit la mission de la GBQ dans le réseau québécois des bibliothèques?À quels enjeux politiques répond la GBQ?MISSION: USAGER Les questions de mission et de structure sont importantes, mais dans la mesure où elles nous permettent de clarifier quelle est la solution optimale pour servir l'usager.À qui s'adressent ces services?Que veut-on comme institution?Quelle structure dessert le mieux les besoins des usagers?L'histoire nous ramène à la multiplicité des usagers des bibliothèques et à leurs multiples besoins.Même si les bibliothèques nationales ont des mandats de développement des collections de recherche, elles s'adressent par définition à l'ensemble de la nation et par conséquent leur mission comporte un volet de service au grand public.La GBQ, qui intègre la mission de bibliothèque municipale de la Ville de Montréal et la mission de bibliothèque nationale pour la diffusion des collections québécoises, innovera et devra définir son offre de service en fonction de ces différents mandats peu fréquemment reliés et des besoins des diverses clientèles impliquées.Au-delà des institutions existantes, au-delà des mandats et des structures actuelles, au-delà des querelles,! la GBQ ne devra jamais oublier les idéaux qui doivent la guider, ce pourquoi elle existe: diffuser le savoir, offrir au public une institution où il se sent accueilli, reçu et qui lui permet de parfaire ses connaissances, d'affiner sa pensée, de développer son sens critique et également de se divertir.La bibliothèque n'existe pas pour elle-même, pas plus que pour ses dirigeants, seule l'existence de l'usager justifie sa création.I W Lesprerr kcollect Mo km* P\u201d%oi M Ctm.toairia.fefçdlli.V jûfljçjv l\u201ct n LES DEFIS CONTEMPORAINS MONDE DE CONTRASTES ET DE DIFFÉRENCES Les bibliothèques n'échappent pas à la complexité du monde contemporain et doivent trouver des convergences et des équilibres qui leur permettent d'arrimer des aspects de leur mission souvent contradictoires.La bibliothèque et l'autoroute de l'information Comment en effet concilier un rôle d'institution publique et un accès à l'information de plus en plus privé et de plus en plus efficace?Le niveau de pénétration, ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE encore faible, d'Internet dans les foyers justifie-t-il la présence des bibliothèques?Quel usage fera-t-on des documents numérisés, comment et à quel coût seront-ils accessibles?La gratuité d'accès et le partage des ressources demeureront-ils les principales raisons d'être des bibliothèques?Comment les bibliothèques répondront-elles à ces défis technologiques?Sauront-elles intégrer les technologies et en permettre l'accès au plus grand nombre malgré les coûts souvent très élevés de certaines banques de données accessibles sur Internet ou sur CD-ROM?Réussiront-elles à réduire l'écart entre les information rich et les information poor qui s'accroît avec la prolifération des nouvelles technologies de l'information?Le mythe de l'exhaustivité: Alexandrie Les premières bibliothèques étaient le fruit de collectionneurs, érudits, savants qui, pour assouvir leur propre soif de connaissance accumulaient, recherchaient et collectionnaient les livres de leur époque.On voyageait, on échangeait les livres.Peu s'en fallait pour que ces collections en arrivent à une exhaustivité quasi certaine, puisqu'avant l'imprimerie, les livres étaient peu nombreux, écrits à la main et reproduits par les copistes des monastères ou des commerçants spécialisés.A l'origine de ce mythe, la Bibliothèque d'Alexandrie, fondée par Ptolémée au IVe siècle Av.J.-C, était reconnue pour l'exhaustivité de ses collections: elle était la mémoire du monde.Par décret royal, tout bateau qui accostait au port de la ville devait remettre les livres qu'il transportait afin qu'ils soient copiés.Ce mythe perdure tant chez les bibliothécaires que chez les usagers qui désirent trouver cette mémoire du monde en un seul lieu.Les bibliothèques contemporaines doivent s'en défendre.L'accès à l'information se doit d'être universel, les collections, par contre sont restreintes en nombre en raison des espaces disponibles réduits et la pratique de l'élagage qui maintient les collections à un niveau de développement proportionnel à l'espace.Conservation versus utilisation intensive Plus près de la mission actuelle des bibliothèques, la conservation de la documentation et la diffusion intensive de l'actualité telle qu'exigée par le public accentue ce sentiment de paradoxe.La première comporte des exigences qui vont dans le sens de la restriction, de la réserve, de la sécurité, de l'obscurité alors que la seconde oppose ses espaces clairs, invitants, son utilisation intensive de la documentation et la détérioration qui s'ensuit.Paradoxes également dans les usages de la bibliothèques: usage public, usage privé.Usage public par sa fonction même d'ouverture à tous et usage privé par l'utilisation qu'on fait de ses ressources.De plus en plus, l'utilisateur désire, recherche des outils sophistiqués de diffusion de l'information en raison de leur efficacité, de leur rapidité cependant ceux-ci ne sont pensés qu'en fonction d'un usage privé et l'équipe- ment pour y accéder est individuel.Dans sa structure même, la bibliothèque doit de plus en plus répondre à des impératifs contradictoires: d'une part refléter la culture locale du milieu auquel elle appartient et d'autre part s'ouvrir au monde par le biais du réseau et se développer en fonction d'objectifs plus globaux répondant aux besoins du réseau.Répondre au petit, intégrer et donner accès au plus vaste.Double défi.Dans ce contexte, l'intégration à un réseau devient donc une nécessité à laquelle les bibliothèques modernes ne peuvent échapper: traitement partagé des documents, prêts entre bibliothèques, développement de collection concerté, numérisation, transmission à distance.Défi pour les gestionnaires de bibliothèques, défi pour les architectes qui définissent les espaces et les mobiliers rencontrant ces usages, besoins et pratiques contradictoires.Vision globale de la mission de l'institution pour l'architecte mais aussi compréhension fine et aiguë de l'utilisation des ressources disponibles par les usagers.Ces défis ne pourront être dûment relevés que si le dialogue établi entre Phèdre et Eupalinos ne s'élargit à Callimaque1 ou Borges.NOTE 1.Premier bibliothécaire de la bibliothèque d'Alexandrie à établir un catalogue des ouvrages.Bibliothécaire et historienne d\u2019art, Silvie Delorme a oeuvré dans les bibliothèques municipales et universitaires.Directrice-générale adjointe de la Bibliothèque nationale du Québec durant quelques années, elle a également travaillé dans le milieu de l'enseignement universitaire au rectorat de IVQAM.Elle est actuellement consultante dans le domaine des bibliothèques et des arts.Le premier défi de la Bibliothèque, surtout d'une Grande Bibliothèque, d'une très Grande Bibliothèque, c\u2019est de classer.Imaginez une bibliothèque sans système de classification.Impossible! Comment trouver ce qu\u2019on veut?La Bibliothèque est donc habitée par une race d\u2019êtres, comme ces poissons aveugles et blêmes des grandes chambres souterraines, toute affairée à inventer des rayons pour ranger les oeuvres les plus récalcitrantes, les moins soumises.C\u2019est un travail semblable à celui du dompteur de lion, et avec les mêmes risques.Rares sont les faiseurs de livres qui s\u2019y aventurent.S\u2019ils ne sont pas chaussés par cette armée de classeurs, férue d\u2019ordre, il seront vite découragés par ta présence accablante de leurs concurrents \u2014jusqu\u2019à ce qu\u2019ils s'aperçoivent que la même poussière pèse sur leurs volumes.David Hamel, auteur d\u2019Un singe à Moscou et deux autres romans, vit à Montréal.AOÛT 1998 ¦-T.'-'-g'I illIDKI mmmïmm Façade principale du projet de J.Orner Marchand, concours pour la bibliothèque Saint-Sulpice, 1911, MCCQ.Coupe transversale du projet de J.Orner Marchand, MCCQ.Perspective intérieure de l'entrée, projet de J.Orner Marchand, MCCQ.aiBi/iomaoua Fubi-ioub, iffionrasw:* fl aoure 'mr?3YGB5*kH.fclijieatr- 'rgjil* O \u2018S'/V ÀJe.9 LA BONNE BIBLIOTHEQUE * |ean-Louis Robillard A-t-on à choisir entre créer un bâtiment spectaculaire, à la programmation hybride et à i'image monumentale ou bien concevoir une bonne bibliothèque qui puisse rayonner par l'innovation de ses services et la qualité de son accueil?Nous parlerons de l'image et de l'usage en architecture et comment elles pourraient guider le concours à venir.«Lire, ce n'est jamais que fixer un point pour ne pas se laisser séduire, et détruire, par la fuite incontrôlable du monde.On lit pour ne pas lever les yeux vers la fenêtre, voilà la vérité.» Alessandro Baricco, Châteaux de la colère, Albin Michel éd., 1991.Une salle de lecture est une pièce, généralement grande, séparée ou non en petites alcôves, qui crée l'ambiance d'être seul à découvrir le mystère d'un livre.C'est une action éminemment intime, égoïste, feutrée, qui, dans notre monde échevelé, ne peut trouver place ailleurs que dans une bibliothèque (je sais qu'on peut lire partout mais il est plus facile de le faire dans un environnement propice à l'isolement.) Il y aura donc un type de bâtiment qui saura répondre à la nécessité de partager le livre public (qui ne nous appartient pas) entre les mains de tous.Cela exprime une volonté de rendre accessible la collection la plus grande possible du savoir imprimé ou manuscrit, dans des espaces qui favoriseront une consultation singulière.La catégorisation de ce savoir pourrait s'accommoder du temps, ou de la discipline, par exemple.Mais chaque livre est un destin ou le parcours d'une destinée, qu'elle soit scientifique, sociologique, philosophique ou purement poétique.Une architecture ne saurait facilement en faire le partage.L'ARCHITECTURE ET L'IMAGE Il y a, en cette fin de siècle, un courant, une mode à rassembler de plus en plus de documents en un même lieu.C'était le but de la Grande Bibliothèque de France.De là cette image de quatre tours inaccessibles qui les contiennent.Permettez-moi de ne pas douter que cette image puisse se répéter au Québec alors que nous avons adopté la même appellation de Grande Bibliothèque.Mais c'est aussi par concours que les architectes devront répondre à cette commande et créer une image (gouvernementale?) qui corresponde à cette nouvelle institution, déjà vénérable, en même temps qu'à nos désirs les plus incongrus de rassembler les hommes plutôt que les livres.Ce qui est marquant dans cette mode des grandes bibliothèques, c'est qu'elles sont conçues comme des « monuments » culturels au temps où l'imprimé est en voie de disparition.Cela donne une impression de « cimetière du livre ».On sait bien que cela est faux car le livre est toujours vivant malgré l'avènement des communications électroniques.Et si c'était vrai, on retrouverait des ordinothèques plutôt que des bibliothèques.La Grande Bibliothèque d'Alexandrie avait la mission de rassembler «tout le savoir» du monde avant qu'elle ne brûle en 47 avant Jésus-Christ.Papyrus et tablettes (c'était les supports du temps) qui contenaient la somme des écrits philosophiques et religieux, les traités de mathématiques ou d'astronomie etc.Qu'on la reconstruise aujourd'hui devient une mission ou un rêve qui ne retrouvera jamais l'importance d'antan.Le nouveau projet d'Alexandrie, qui est à l'image du soleil levant ne pourra contenir que les documents qui font référence à l'Égypte et au monde méditerranéen.En plus, elle contiendra un planétarium, un musée des sciences, un centre de formation et un atelier de restauration et de conservation.C'est à se demander si le public ne fréquentera pas le musée des sciences au détriment de la bibliothèque.La Grande Bibliothèque de France, pour sa part, devait représenter la métaphore du livre ouvert (les tours-dépôts).La rencontre du livre et du lecteur se passe sous terre.L'esplanade aux quatre vents et une forêt de quelques arbres en son centre constitue le plan horizontal qui donne du tout l'image d'une table Parsons.renversée La bibliothèque de Londres «s'est imposée des règles de prospect, de volumétrie, des accords stylistiques draconiens mettant la New British Library à la merci des hauteurs des immeubles sociaux mitoyens et de l'ampleur de la gare Saint-Pancras qui la jouxtent C>.Les dépôts de livres occupent les quatre étages en sous -sol.L'image est remplacée par le contexte.L'ARCHITECTURE PAR L'IMAGE 1 2 3 La photographie est actuellement le moyen de décrire précisément l'architecture, celle qui nous apparaît comme un langage visuel et verbal.Cependant, l'action du photographe, nettement et selon le rôle qu'on veut lui faire jouer, est de « vider » l'architecture de ses occupants.La monnaie la plus utilisée en architecture contemporaine est celle de l'image de la photographie, pas le bâtiment.La photo raye ou édite les contradictions d'une architecture de façon à présenter l'œuvre « décontextualisée », prête à être appropriée à travers le monde.L'exemple du pavillon d'exposition (Mies Van der Rohe) à Barcelone est utile à cette argumentation.Il fut construit et déconstruit la même année (1929).En li slog I I }Hita I team I P I fece I fl H I ffoiogi |i I II;- I\t\"»*« J lit; II I bie coi I fr; ' I ^CHl I T.;; I\thob II\tl:hii-I C'est I\tfri; Iteo- |!iite II K.1 l;fri K -»\u2022' {'A] h* * ¦¦i; ' T1 O vrv SÜ5BS .A ARQ.LA REVUE D'ARCHITECTURE 1.\tL'image.Le pavillon de Barcelone, 1929-1986.2.\tLa table renversée.La T.G.B.de Paris, Dominique Perreault.3.\tLe contexte.La Brisitsh Library, Londres, Colin St.John Wilson & Partners. 1986, il fut reconstruit à l'aide de photographies (et de plans).Sur la couverture de la revue Blueprint, publiée à cette occasion, une pièce appartenant à la technologie du XXe siècle, un joint d'expansion caoutchouté, ressort d'entre les murs de travertin.Pour ajoutera l'ironie, une construction en béton de l'après-guerre a été érigée de l'autre côté de la rue, assombrissant les relations originales avec le contexte.Peut-on imaginer les photographes essayant d'exclure ce bâtiment des angles de vue?C'est dans la période de 1929-86, alors qu'il n'existait plus, que le « Barcelona Pavillion » fut le plus copié.On copiait la photographie.L'œuvre a fait le tour du monde en tant qu'imagé, ce qui confirme la prédominance du visuel sur le matériel en architecture contemporaine.La photographie architecturale suggère un monde immatériel vidé de ses occupants.L'absence de gens dans les photographies est la manifestation d'une grande anxiété et d'une incertitude concernant le rôle des utilisateurs et de la technologie en architecture 3.L'ARCHITECTURE ET L'USAGE Au Québec l'ensemble de la profession est prêt à tout pour obtenir la plus imposante commande de ces dernières années qui sera attribuée par concours.C'est sur le plan de l'image que se livrera la bataille du siècle entre les jeunes et les plus vieux architectes parce que le gouvernement en désire une «de taille ».La nouvelle présidente et directrice générale, Lise Bissonnette, le rappelle au moment d'énoncer l'un des objectifs important de cette institution :« Avoir une présence physique forte 4 ».Qu'est-ce que ça signifie ?Faudra-t-il des volumes consistants, des échappées mirobolantes, une fenestration compliquée pour résoudre l'apparence contiguë des espaces publics et des espaces privés, des locaux de recherche et des salles de lecture, des pénétrations à l'échelle des foules attendues ?En tous les cas, il sera facile d'avoir cette présence forte vu le contexte qui est assez banal : la gare routière Voyageur, la façade et l'entrée obscure de l'Uqam (coin Berri), les arrière-cours des commerces de la rue Saint-Denis, etc.Mais il faudra une dose de courage et une ouverture d'esprit de la part des architectes pour créer un bâtiment ou une architecture qui « soit définie par les actions dont elle est le témoin autant que par les espaces qu'elle crée.L'architecture peut encourager diverses formes d'occupation et peut accommoder des usages imprévus5».«Une bibliothèque pour demain, ou après demain, se doit donc d'inclure dans son programme l'instable, la transformation 6.» Ce qui veut dire que la profession doit absorber de nouvelles idées ou tout le moins expandre les termes avec lesquels elle construit son discours.LA FUTURE PROGRAMMATION J'entends, entre les roseaux, qu'une pléiade de personnes se préoccupe de concevoir la programmation de cette bibliothèque.Des architectes du Ministère de la Culture et des Communications, des conseillers spéciaux ou non spécialisés, et d'autres peut-être, se battent pour avoir le haut du pavé dans cette énorme tâche.Cette programmation reflétera une variété de « besoins » qui nous ramène à la bibliothèque d'Alexandrie, un caravansérail d'activités qui risquent de restreindre le rôle principal de la bibliothèque.Le deuxième objectif de Lise Bissonnette est de créer « un lieu de rassemblement à Montréal7 ».Cela se pourrait que la fréquentation corresponde à une idée de rassemblement mais ce ne saurait être le Festival de jazz tous les jours.Je crois que l'objectif de «donner des services de la plus grande qualité possible» reste trop vague et ressemble à la norme ISO 9000.Innovation dans les ser- ¦V AR.i! msidiwj'i \u2022Jmàil IIIIIIIIM iâüisiiiü\" 3 AOÛT 1998 vices voudrait dire engendrer de nouveaux espaces.Exemples : 1) créer un atelier de lecture pour les plus jeunes qui, par d'autres media, pourraient atteindre ce but.2) créer un hall d'accueil qui pourrait en partie devenir un lieu de lecture de poésie ou de conférence qui attirerait les visiteurs qui ne prévoyait pas cette activité.B) une variété d'espaces de lecture qui correspondrait à différents mode musicaux.4) créer un centre de journaux et magazines internationaux complet qui pourrait être un lieu de découverte, hors les limites ou contrôles de la bibliothèque et qui serait un espace d'attente et de détente.Etc.Si la Bibliothèque de Montréal sait inventer ce genre de services, elle connaîtra le rassemblement qu'elle cherche.Donc, pas nécessairement « Grande » la bibliothèque, mais plutôt « Bonne », la bibliothèque.Celle-ci doit favoriser la lecture et engendrer le goût de lire.Est-il possible que la conception de ce bâtiment commence par cet ordre d'idée?Le reste est superfétatoire.Et n'est-il pas plus nourrissant de préférer une B.B.Q.à une G.B.Q.?NOTES ET RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES 1.\tTechnique et Architecture, no 384, Juin-Juillet 1989, pp.128-131.2.\tQuaderns-no 217 Avril 1997- Tan real, so real-Jonathan Hill Les trois paragraphes qui suivent ont été empruntés au texte cité et traduits par l'auteur.3.\tTony Vidler- The building in pain-AA files, 1991.4.\tLe Devoir- 7 août 1998 -Des défis concrets.5.\tBernard Tschumi- Manhattan Transcripts ( préliminaires).6.\tTechnique et architecture, déjà cité.7.\tLe Devoir, déjà cité.LE VOYAGEUR Ce pourrait être le scénario dun road movie, en quelque sorte L\u2019histoire d\u2019un garçon (22 ans peut-être) passionné de romans d\u2019aventure qui parcourt l\u2019Amérique en autobus (Greyhound) parce qu\u2019il trouve dans ces périples le vrai plaisir de lire.Les autoroutes, les paysages, les villes qu\u2019il traverse nourrissent son imaginaire déjà enflammé par les récits qu\u2019il transporte dans une malle (Rerouac, Vonnegut jr, bellow, Roth, Labro, Poulin, Céline, etc).Il ne s\u2019arrête de lire qu'aux étapes qu\u2019impose le chauffeur.Pipi.Café.Ne mange que dans les bouis-bouis des gares, il a trouvé le bonheur intégral: un bon fauteuil inclinable, l'air climatisé, le mouvement du véhicule-moteur, les variations de la lumière, un arbre au loin.Il lit, pendant des milliers de kilomètres, du sud à l\u2019ouest, puis vers le nord, dans la pluie et la neige.Un jour, il arrive à Montréal et découvre, en face du terminus, la Grande Bibliothèque.Il est saisi de vertige, s\u2019y engouffre.Est-ce la fin de son voyage?Le reverra-t-on jamais.Jacques Godbout Deux questions pour la Grande Bibliothèque du Québec LU O O eu Q Georges Leroux Département de Philosophie Université du Québec à Montréal Tout espace public est le lieu de tensions particulières qui le structurent de l\u2019intérieur.Les bibliothèques n\u2019échappent pas à cette loi d\u2019airain, qui interdit de les concevoir sur le modèle toujours déjà trop simple d\u2019une identité déjà donnée, ou d\u2019une représentation idéale.Chacune constitue en effet une réponse particulière à une situation complexe, où la rencontre du programme architectural et des exigences du point de départ peut requérir beaucoup de temps avant de parvenir à une certaine stabilité.Tout le processus de conception de la Grande Bibliothèque du Québec ne peut que tirer les leçons, déjà claires, d\u2019une époque très riche de mises en chantier de grandes bibliothèques à travers le monde.Quand on recense les analyses consacrées à ces grands projets, on ne peut que constater l'importance de la réflexion sur le concept de départ.Quelles sont les finalités?Quels sont les publics?Les missions imposent-elles un cadre strict ou laissent-elles place à des reconfigurations dictées par le développement à venir?L\u2019histoire de plusieurs grandes bibliothèques contemporaines montre que la fluidité dans le développement et une certaine liberté dans l\u2019invention progressive ont été garantes du succès de ces institutions.C\u2019est le cas, pour citer deux exemples situés aux antipodes, de la Bibliothèque Warburg et de la Bibliothèque d\u2019information publique du Centre Georges Pompidou Dans le premier cas, le concept est entièrement dominé par un thème intellectuel qui veut s\u2019identifier à la démarche de découverte de son lecteur idéal.Sa structure doit donc être mobile et son histoire montre qu\u2019elle le hit entièrement.La collection fut en conséquence souvent redistribuée selon une configuration épistémique renouvelée, dans une recherche quasi infinie d\u2019un ordre idéal.Dans le deuxième cas, aucun modèle ne préside à la lecture idéale, de sorte que l\u2019organisation est entièrement centrée sur la fréquentation et l\u2019usage.On peut donc parler de la différence entre une bibliothèque qui incarne une finalité interne, qui la rend disponible à la métamorphose, et une autre qui sert le projet public d\u2019une finalité externe et diversifiée et demeure attachée à un ordre figé, mais selon une structure d\u2019accès modifiable.Même si ces deux exemples, extrêmes en raison de la polarité qu\u2019ils illustrent entre le privilège de la collection organisée et le privilège de l\u2019accès universel, finissent ultimement par se rejoindre, la plupart des institutions contemporaines cherchent à atteindre un équilibre et cette recherche impose des choix.Une réflexion sur la bibliothèque contemporaine doit donc s'amorcer à compter de cet équilibre toujours particulier entre plusieurs pôles, dont l\u2019expérience récente montre qu\u2019il doit demeurer souple et fluide.La diversification des publics lecteurs, la croissance exponentielle des documents, la variété des supports, l\u2019évolution spectaculaire de l\u2019ingénierie électronique de recherche et la variation dans le soutien financier constituent les facteurs les plus, importants qui influencent cet équilibre 2.En fait, ces facteurs le surdéterminent et dans leur exceptionnelle mobilité, ils introduisent des variables qui ne peuvent pas toujours être analysées de manière exhaustive.Néanmoins, ces facteurs ne sont pas à proprement parler constitutifs des tensions de base qui se trouvent au point de départ d\u2019une réflexion sur les bibliothèques.Ils n\u2019en forment que l\u2019armature matérielle et même si on parvenait à les analyser avec toute la rigueur nécessaire, on n\u2019obtiendrait pas encore la structure fondamentale de l\u2019équilibre visé.Dans l\u2019essai qui suit, j\u2019ai tenté d\u2019aller en-deçà de ces facteurs, pour tenter d\u2019exposer des polarités qui semblent plus essentielles.Parmi toutes celles qui se présentent à la réflexion, je me suis concentré sur celles qui me semblent les plus déterminantes pour l\u2019architecture: les structures de la collec- tion et les structures de l\u2019accès.J\u2019ai laissé de côté des aspects très importants, en particulier la convivialité et l\u2019insertion dans la ville, et notamment la question de la monumentalité, deux aspects qui en général sollicitent les architectes et qui, dans l\u2019essai que je propose, sont intimement liés aux enjeux de base que je discute.Chacune de ces polarités devrait faire l\u2019objet d\u2019une réflexion élaborée, mais dans la mesure où ces tensions sont indétachables Tune de l\u2019autre, j\u2019ai choisi de les présenter dans leur ensemble au risque d\u2019un traitement qui pourra paraître rapide.ENTRE DEWEY ET WARBURG Le premier registre où ces tensions s'exposent est celui de la collection.Une bibliothèque qui tenterait d\u2019accéder à la pure virtualité, s\u2019annulerait comme bibliothèque et deviendrait un poste de recherche, une station de veille informatique.Dans le langage actuel des théoriciens de l\u2019heuristique informatique, on parle de \u2018gates\u2019 c\u2019est-à-dire de portes d\u2019entrée dans le savoir universel3.Le concept de bibliothèque suppose que, quel que soit le degré de complexité arborescente des instruments d\u2019entrée dans l\u2019information, cette information existe au moins partiellement dans un lieu et est accessible.La collection identifie donc la bibliothèque comme son noyau réel et un privilège incontestable revient aux bibliothèques qui permettent l\u2019accès libre aux rayons, par comparaison avec les bibliothèques qui réservent la collection en magasins.Il convient de partir de là et de faire l\u2019hypothèse que les collections ne sont pas engagées dans un processus d\u2019auto-annulation électronique, mais au contraire de sédimentation sélective et de résistance à la redondance.La nature du document importe peu,\u2014livres, périodiques, disques, cédéroms, etc\u2014la question posée à chaque collection demeure la même partout: quel sera le rapport entre l\u2019organisation matérielle de la collection et son système de classification?Tant que l\u2019oeil sniïtp nloi ÏÎOÜlüii fc!) le K iÇÎVcr fojft ÿ-v 'L\u2019.[V| ¦ 1 : rü ¦¦¦ Pts Plfjj R '\"cl !?' TîTF* in m u gpifii iiiiySiliMiiiiligviiiJi müiiîilii ÏIIIISM MWS iijïyiiii iïiiim mill IMp Illlllll llll wmm ¦MliiS.jmijiiH iiinMiiam Éi M: ÜJlÜlfi Si!\tIlilIffiLl HH iiwiit L-m ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE sera requis pour lire, il devra y avoir un support et la collection est l'ensemble classé de tous ces supports, qu\u2019ils soient imprimés ou non.Il n\u2019y a pas de thème plus creux que celui de la fin du livre: le livre imprimé se transforme certes, mais la lecture demeure.Les déterminations provenant de la nature des supports sont matérielles; il est en effet question, par exemple, d\u2019espaces différents pour une collection de périodiques imprimés et pour une collection microfilmée ou sur cédérom, mais chacun voit que cette détermination ne permet pas de progresser vers le concept de bibliothèque équilibrée que nous recherchons.Pour le discuter, partons de ce simple exemple, qu\u2019on pourra ensuite généraliser.Les périodiques, quel que soit leur système de classification, devraient-ils être regroupés en un lieu unique, une salle des périodiques, ou ne devraient-ils pas être distribués selon des organisations thématiques ou tout simplement selon leur classification?Cette question, très banale, mène à une problématique d\u2019une exceptionnelle complexité, quand on considère l'ensemble d\u2019une collection.L\u2019ordre choisi pour la classification de la collection peut en effet riser d\u2019abord l\u2019accès direct et simple au document.Il suppose alors une porte d\u2019entrée préliminaire: un système de recherche bibliographique, avec des moteurs de recherche diversifiés (auteurs, titres, sujets, mots du titre, etc.).Cet ordre pourrait être aléatoire, par exemple par ordre d\u2019entrée dans la collection, comme cela est le cas dans plusieurs grandes bibliothèques.Mais cette classification ne permet aucun regroupement disciplinaire, encore moins une proximité thématique favorisant la découverte.L'histoire des systèmes de classification (Dewey, Cutter, Library of Congress pour ne citer que les plus connus) montre bien que ces systèmes ont tenté de structurer un exposé universel du savoir, mais qu\u2019ils se sont heurtés aux limites naturelles de toute classification.Cette visée appartient à l\u2019entreprise que représente l\u2019histoire de la biblio- thèque depuis la Renaissance.Pour les périodes antérieures, nous ne disposons pas d\u2019informations suffisantes pour étudier leur système de classement.Mais dès la fin du Moyen Âge, la bibliothèque apparaît comme une représentation du savoir, dont la finalité est d\u2019exposer cet ordre non seulement de manière logique, mais pour ainsi dire métaphysiquement.Les matières et les disciplines découlent d\u2019un principe suprême, ce qui fait placer la théologie et la philosophie en premier.Les connaissances particulières, dans leur diversité ou dans leur concrétude, ne sauraient être que plus éloignées du principe, conférant de la sorte à ces systèmes une tonalité néoplatonicienne d\u2019une grande richesse.«Si la bibliothèque constitue ainsi, à la façon du savoir qu\u2019elle évoque, un monde continu de l\u2019unité à la complexité, du Principe à la diversité des manifestations, elle est un moyen de réintégration, de la pratique à la réflexion, et de là, à la contemplationf» Cette remarque de Jean Roudaut illustre avec clarté le principe immanent qui est actif dans tout système de classification, dès qu\u2019il est question d\u2019y introduire un ordre théorique ou épistémique.Les grandes bibliothèques contemporaines n\u2019ont guère la liberté de poursuivre dans le détail une finalité de cette nature, tant elles sont déterminées par la masse des documents qu\u2019elles doivent gérer.Elles ne peuvent guère encore se fonder sur une hiérarchie métaphysique, dont le développement du savoir montre depuis longtemps l\u2019extrême relativité.Tout point d\u2019entrée dans le savoir constitue une ouverture potentielle sur la totalité, rendant ainsi entièrement aléatoire le projet d\u2019une hiérarchie disciplinaire.Cela signifie-t-il que les bibliothèques doivent se contenter de constituer des grilles d\u2019accès indifférenciées et purement utilitaires et renoncer à tout concept susceptible d\u2019articuler le rapport du lecteur à l\u2019univers du savoir?La disposition de leurs collections est-elle d\u2019emblée assujettie aux classifications qu\u2019elles choisissent d'implanter?ISS5SSSSSI ppppppppppppppp ppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppppm i i t jJJSlt 1.\tSalle de lecture de l'Institut de Warburg, Hambourg, 1926.2.\tCentre Georges-Pompidou, façade Est, 1971-1977, Piano et Rogers.3.\tBibliothèque Royale, Paris, France, coupe transversale, 1785, Étienne-Louis Boullée 4.\tBibliothèque nationale, Paris, France, coupe, 1868-1869, Henri Labrouste.La bibliothèque de Aby Warburg, qui est devenue l\u2019objet de tant de belles études5, ne saurait certes constituer le modèle d\u2019une grande bibliothèque publique, mais on ne peut éviter d\u2019y trouver l\u2019inspiration d\u2019une articulation toujours à inventer.Par ses origines et par son programme, elle visait en effet à la fois une saisie unifiée du monde de la pensée, de la littérature et de l\u2019art, et un accès favorisant la découverte par la juxtaposition de documents unis par une proximité thématique.Elle devait représenter, selon les mots du fondateur, une science de la culture.Lorsqu\u2019il y pénétra pour la première fois, Cassirer en fut émerveillé et on rapporte qu\u2019il avait dit craindre de ne plus pouvoir en sortir, tant la disposition par proximité lui semblait riche et stimulante.Il écrivit plus tard: «Dans sa construction et sa structure spirituelle, cette bibliothèque a personnifié la pensée de l\u2019unité et de la cohésion méthodique de tous les domaines et de toutes les tendances de l\u2019histoire de l\u2019esprit 6».On a beaucoup étudié comment le concept de Vlârburg avait évolué, en suivant les divers bâtiments dans lesquels sa bibliothèque fut logée, d\u2019abord à Hambourg, puis à Londres où elle devint le coeur du 'Kârburg Institute 7.Ce concept était en fait l\u2019héritier de concepts philosophiques antérieurs, et au premier rang de ceux-ci, de la pensée de Francis Bacon dans son Advancement of Learning de 1605 8, repris par Gabriel Naudé dans son célèbre Advis pour dresser une bibliothèque 9.Warburg avait travaillé dans la bibliothèque du séminaire de Strasbourg, et il avait pu voir le mérite d\u2019une collection articulée selon des noyaux thématiques répartis dans des espaces identifiés et distincts.Si le concept de Bacon avait été de distribuer la bibliothèque selon les registres de la Mémoire (Histoire), de l\u2019Imagination (Littérature et arts) et de la Raison (Philosophie et sciences), celui de Warburg allait être un schéma évolutif mais contraignant pour l\u2019architecture.Une grande salle de forme elliptique, en hommage à Kepler, était reliée à un système de magasins thématiques.On y distinguait quatre étages: l\u2019Image, le Mot, l\u2019Orientation et l\u2019Action, permettant de classifier l\u2019art, la littérature, la religion et la métaphysique et finalement l\u2019histoire et les sciences humaines10.Entre les classifications universelles de Melvil Dewey et de Charles Cutter et les principes de Warburg se développe donc tout un spectre de possibilités d\u2019organisation de la collection, qui toutes sont susceptibles d\u2019avoir un effet sur le programme architectural.La puissance des systèmes informatiques ouvrant les portes de l\u2019information est telle qu\u2019on est facilement tenté de leur confier toute espèce de représentation du savoir et de s\u2019en remettre à eux pour guider le lecteur dans la collection.Cette attitude, faut-il y insister, constitue déjà un choix, et non pas une nécessité.Une grande bibliothèque nationale n\u2019est pas nécessairement un gigantesque magasin, rendu accessible par une ingénierie sophistiquée; ce pourrait être une disposition organique et réfléchie, pensée selon une distribution justifiée et fluide, c\u2019est-à-dire modifiable.L\u2019équilibre recherché entre une collection figée et une collection distribuée pourrait lui-même être considéré au point de départ comme un concept en mouvement, rendant possible des reconfigurations ultérieures.Prenant pour acquis que la Grande Bibliothèque du Québec privilégiera les missions de la lecture publique et de la recherche, qu\u2019elle associera selon le concept de ses promoteurs aux missions de con- «La bibliothèque n\u2019est point un aboutissement.Elle appartient à l\u2019ordre des pierres, celui de la matière perpétuelle dont la recension obstrue la compréhension.5a fini-tude n\u2019est que simulacre de l\u2019univers.Créé par l\u2019éclosion primordiale, elle ne disparaîtra qu\u2019à la fin des temps.Ainsi raisonna Alexandre quand il mit le feu à celle de Persépolis.Devenu Dieu mourant, savait-il sans doute que l\u2019univers périrait avec lui».* * Djamschid al-Chirazi : la fin de la bibliothèque éternelle, traduit du persan par Geoffrey Sandbury, Londres, Hourglass Press, 1Ô97 (texte français établi par Fred A.Reed).AOÛT 1998 13 r ( t : ,i ¦ i: i r.-aSinaHtuairauanJii mimwaastamBmiirnma-^ !iiurï^a»iMïï.iasri|iiCîii[n:itiiimtJraiDinj^ «EU\t- \u2022vJP* BEST ¦ llilavi uliiui 1 ItHDlllBIftl'fclU I - «ynur {¦¦ -gii JDuintiiiiKitiü» tu liMiBUil m * i: \u2022 linn bid h; mai; it-1in Munxinri1 u i i «H# twemasssiem s^»»* i .ai,-, i.-.t»nmm/*.imiLJÊJM*ir'.i[i|n! BMI?S Id î\u2019ssatin-ttiïi./î /urüniiiü V «\t- ¦ V.- ¦¦¦¦¦, ' 1 l I ni sri ni ir ¦h in II ill 1 \u2022 i:\\-.3 y ¦ » T *: » *n.-«fcrrij 'mj iüai^ servation du patrimoine national, on peut penser que l\u2019accès aux rayons sera universel La première question qu\u2019on peut poser sera donc celle de l\u2019équilibre de sa configuration.Donnons un exemple: des salles ou des aires identifiées pourraient être consacrées à des domaines du savoir.Un espace «arts», un espace «histoire», un espace «sciences», un espace «administration», un espace« vie pratique», un espace «jeunesse» semblent des configurations plausibles, à l\u2019intérieur desquelles des distributions pourraient être pensées.Et que dire d\u2019un espace «\u2018écritures au Québec», d\u2019un espace «actualités»?Il y a beaucoup d\u2019arguments pour la présentation d\u2019une collection distribuée et organisée.On peut en évoquer deux principaux.D\u2019abord la formation d\u2019un espace qui, correspondant à une forme de champ, rend l\u2019accès plus simple et plus convivial.La bibliothèque faite d\u2019immenses couloirs, où le savoir universel déroule ses kilomètres linéaires, est facilement oppressante et empêche la formation d\u2019un monde de lecture pour le lecteur.En second lieu, on peut faire le projet de rendre ces découpages mobiles, faisant ainsi du principe des alvéoles de la ruche un principe fluide et dynamique, chacune étant équipée de puissants outils de recherche.Les salles de lecture immenses, qui correspondent aux grands halls de gare du dix-neuvième siècle, tout comme les salles gigantesques de terminaux, semblent un concept du passé.La bibliothèque qui vient est une bibliothèque pensée, qui sans proposer un modèle idéal inspiré d\u2019une philosophie toujours contestable, prend néanmoins le risque d\u2019une articulation, d\u2019une mise en perspective, d\u2019un traçage de chemins de lecture.Bref; d\u2019une géométrie de la pensée proposée au lecteur.Cette bibliothèque est une bibliothèque concrète et libre, mais ce concept n\u2019interdit nullement le renforcement d\u2019un fort secteur de références et l\u2019élaboration de portes d\u2019entrée générales très raffinées.La réflexion proposée ici vise plutôt à esquisser comment on peut dépasser un modèle qui est en train de s\u2019installer partout dans le monde: la collection gigantesque et invisible, inarticulée, accessible par une ingénierie sophistiquée.Ce concept n\u2019est pas inévitable et on peut faire le pari d\u2019un équilibre supérieur.Je cite de nouveau Jean Roudaut: «Toute bibliothèque, avec en elle des objets entre les livres, est un reflet de la conception collective du savoir; mais également une critique de ce savoir par la révélation de correspondances cachées entre des éléments que leur lieu habituel de classification isole 12».DE WARBURG À BORGES En introduisant ici la grande figure de Borges, on veut d\u2019abord mettre au rang des tensions formatrices de la bibliothèque à venir l\u2019idéal spéculatif de la bibliothèque universelle.Nul mieux que lui n\u2019a exposé ce que cet idéal a de provocateur pour l\u2019esprit, en identifiant la fiction d\u2019un monde pensé et connu dans sa totalité à l\u2019utopie de la bibliothèque universelle.Chaque fragment de savoir est pour ainsi dire déposé dans un morceau d\u2019écriture, et cette fragmentation est en mouvement perpétuel vers sa reconstitution infinie et impossible.Toute bibliothèque constitue à cet égard une sorte de thérapie primitive, un premier échafaudage où la construction de l\u2019encyclopédie montre à la fois ses fissures et son intolérable arrogance.Chaque livre n\u2019est jamais qu\u2019un effort limité, partiel, de produire un savoir ou une interprétation, et la bibliothèque introduit la première compensation de cette partialité; elle indique que cette partialité n\u2019est pas définitive ou irrémédiable.En ce sens, la bibliothèque introduit dans la civilisation la conviction concrète que l\u2019entreprise du savoir et de la connaissance est une entreprise en cours dans l\u2019histoire, donnant ainsi tout son relief à la phrase de Pline le jeune: «N\u2019était l\u2019existence des livres, la culture humaine tomberait dans l\u2019oubli aussi rapidement que l\u2019homme lui-même.13» La fiction borgesienne n\u2019est peut-être plus une fiction.En un sens, l\u2019introduction du concept de bibliothèque virtuelle lui donne un relief inattendu, dans la mesure où des instruments électroniques de toutes natures se présentent comme le remplissage des lacunes insupportables de toutes les collections réelles.La discussion technique des structures de cette bibliothèque virtuelle, dont le principe repose sur la numérisation d\u2019un nombre croissant de documents et de la croissance exponentielle des réseaux d\u2019hypertextes, alimente actuellement un grand nombre de revues spécialisées.L\u2019accès à l\u2019information sera, de toute évidence, démultiplié par la croissance de toiles et réseaux de toutes sortes u.La bibliothèque qui vient ne peut donc éviter de rechercher sur ce registre de la virtua- Bibliothèque Exeter, USA, vue intérieure, 1967-1972, Louis Khan.Bibliothèque Exeter, USA, coupe.Bibliothèque municipale, Stockholm, Suède, coupe, 1918-1927, Cunnar Asplund.Bibliothèque municipale, Stockholm, Suède, vue intérieure.Projet pour la bibliothèque de jussieu, Paris, 1993, Rem Koolhaas.4898 \t lité un équilibre particulier.Les profonds bouleversements dont nous sommes témoins sont comparés à juste titre à l\u2019invention de l'imprimerie et même de l\u2019écriture; nul ne peut prévoir comment le concept même de lecture va évoluer, et en particulier le rapport au support.Des problématiques aussi complexes que celles de l\u2019acquisition et de la conservation dans une bibliothèque nationale comme celle de la France se trouvent redoublées du fait de l\u2019introduction de cette perspective virtuelle 15.On verra en effet se multiplier des supports non imprimés, dont on affirme parfois qu ils constitueront l\u2019objet essentiel des bibliothèques du prochain siècle.Cette discussion, pour l\u2019instant, semble immaîtrisable16.Les meilleurs experts émettent des opinions contraires, rendant à proprement parler prématurée toute décision qui choisirait d\u2019investir un pôle ou l\u2019autre du développement en fonction de cet idéal de virtualité.Mais ce concept de virtualité est lui-même en évolution, et plusieurs domaines d\u2019application semblent en voie d\u2019être précisés: on parle de virtualité dans l\u2019accès de recherche, de virtualité dans le support.Dans le premier cas, c\u2019est l\u2019heuristique qui est virtuelle, c\u2019est-à-dire virtuellement exhaustive et parfaite; dans le second cas, il s\u2019agit de l\u2019information elle-même, rendue disponible par un transfert électronique de son site réel à sa destination virtuelle.Aucune bibliothèque ne peut en conséquence faire l\u2019économie d\u2019une réflexion sur l\u2019équilibre entre le choix dans l\u2019acquisition et les ressources accordées aux instruments de la virtualité.Cette tension se superpose à la précédente et vient en quelque sorte la troubler: tout investissement dans le virtuel ne peut que s\u2019opérer au détriment d\u2019une organisation concrète, d\u2019un chemin réel tracé dans la collection et seule l'expérience progressive de la lecture pourra indiquer si la virtualité infinie de 1 accès et du support trouve ses limites dans les capacités du lecteur.Ce lecteur concret n\u2019est pas le lecteur virtuel de l\u2019ingénierie de recherche; il cherche à lire ce dont il a besoin, ce qui l\u2019intéresse et éventuellement ce qui est le meilleur sur un sujet donné.11 ne peut espérer lire tout ce qui existe, mais seulement ce qu\u2019il peut absorber et qui contribuera au projet qu\u2019il forme pour lui-même.Quand on écrit, par exemple, que «c\u2019est au carrefour des machines à lire, des machines à penser et des bibliothèques numériques que se préparent les configura- 40 tions de lecture-écriture de demain et que se redéfinissent parallèlement les missions des bibliothèques17», on ne fait que placer un cadre très vaste dans lequel aucun lecteur fini n\u2019a encore circonscrit sa place.Les masses virtuelles d\u2019information sont pour lui précisément cela, des masses; à plusieurs égards, on peut les comparer à la nourriture qu\u2019il pourrait ingérer, mais qu\u2019il devra choisir.Il faut d\u2019abord avoir faim, et ensuite pouvoir ingurgiter et digérer.Un accès virtuel, une disponibilité infinie n\u2019existe donc qu\u2019abstraitement pour un lecteur virtuel et infini, pour Dieu peut-être, mais pas pour le lecteur concret et fini.Dans une grande bibliothèque publique, qui ne saurait s\u2019identifier à une bibliothèque universitaire ou à une bibliothèque spécialisée, cette tension présente la forme d\u2019une polarité entre le concret et l\u2019abstrait.Chaque lecteur représente le projet individuel d\u2019un chemin dans la connaissance et dans l\u2019écriture qui sera le projet particulier de son existence de lecteur.La vie de lecture et d\u2019étude constitue certes une visée élevée dans l\u2019existence fortement turbulente du médiatisme généralisé, et le rôle de la bibliothèque n\u2019est certainement pas de contribuer à cette agitation en investissant dans le projet illusoire d\u2019une animation reposant sur une quincaillerie13.Nous aurions alors des arcades videos pour citoyens désœuvrés.La bibliothèque est au contraire l\u2019instrument progressif de la formation du citoyen libre et réfléchi.La bibliothèque lui est nécessaire non seulement parce qu\u2019il ne dispose pas des moyens d\u2019acquérir pour lui-même tous les livres qu\u2019il voudrait lire, mais d\u2019abord et avant tout parce qu\u2019elle les lui fait connaître et les lui présente concrètement et réellement.Ce qu\u2019on dit ici des livres vaut évidemment de tous les autres supports concrets.Par rapport à cette existence dans la lecture, une vie de culture que la bibliothèque a pour mission de renforcer, quel est le rôle du support abstrait?Ce support met en présence de l\u2019infini autant qu\u2019il opère la confrontation avec l\u2019inaccessible.Les littératures nationales de pays lointains, souvent non traduites, les savoirs spécialisés produits dans des langues qu\u2019on ne lit pas ou dans des langages pour lesquels on riest pas formé ne sont que les exemples les plus patents de ce qui est virtuellement accessible, mais uniquement de manière abstraite.La réconciliation avec la finitude de l\u2019existence de AOÛT 1938 lecteur dans une culture donnée se trouve donc invinciblement mise en tension avec l\u2019ouverture universelle, et la fonction de l\u2019instrument virtuel est d\u2019abord et avant tout de déployer l\u2019horizon sur lequel une culture concrète peut espérer se développer, et non pas de l\u2019écraser dans un tout indifférencié qui ne peut que la déprimer.Les conséquences pour l\u2019architecture de cette polarité sont certes moins apparentes que celles qui découlent de la classification, mais elles me semblent néanmoins considérables.Il est en effet question ici de l\u2019importance relative des espaces consacrés à l\u2019informatique, aux activités purement heuristiques, aux transferts de l\u2019électronique à l\u2019imprimé.Ces espaces, dont les qualités de convivialité ont été accentuées dans plusieurs projets récents 19, doivent également comprendre des espaces de formation et d\u2019interaction avec le lecteur servi à son domicile par un serveur internet.Donnons un exemple: plusieurs bibliothèques ont investi dans des collections de périodiques archivées sur microfilm, ou encore sur microfiches.Ces supports vont décliner et être remplacés par des supports encore plus légers, et accessibles sur un terminal.Comment prévoir et gérer, dans une bibliothèque publique, le développement de ce type d\u2019accès?Comment renforcer, dans l\u2019espace de la bibliothèque, la qualité de la lecture d\u2019un document transférable?Comment assurer enfin la transition de la bibliothèque vers la médiathèque généralisée, où tous les supports auront leur égale légitimité, sans déstructurer le concept même de la bibliothèque, c\u2019est-à-dire le concept de la lecture pour la culture, du livre et de l\u2019imprimé pour l\u2019information et la réflexion?Chacun sait comment naviguer sur internet ne s\u2019apparente pas toujours, ni même souvent avec la lecture, mais personne ne se sent capable d\u2019effectuer un clivage strict entre l ordre des livres et l\u2019ordre des nouvelles représentations de l\u2019information et du sens.Chacun sait cependant que la médiathèque généralisée risque de se transformer en salle d\u2019amusement généralisée.La décision architecturale apparaît donc ici aussi cruciale que dans le monde concret de l\u2019imprimé lui-même: il est question de produire cet équilibre entre le livre et ce qui émerge de lui, entre l\u2019imprimé et le digital, entre le concret et l\u2019abstraction virtuelle.La limite de cette polarité est évidement vertigineuse puisqu\u2019elle atteint, en son principe, le passage de l\u2019information à la pensée.t nÜ.A' ^ÜUIHI 8\t9 15 1 Faisant retour sur ces deux polarités de structure, que j\u2019ai présentées comme des tensions qui engagent l'architecture, on ne peut que constater à quel point il s'agit d\u2019enjeux réflexifs, et pas seulement d\u2019attention au développement technologique 20.Certes, la bibliothèque contemporaine est l\u2019objet de contraintes financières importantes, qui lui interdisent d\u2019entretenir le rêve de l'universalité.Mêmes les plus grandes y ont renoncé, et à cet égard l\u2019introduction de la virtualité vient compenser cette finitude incontournable.Mais même si une grande bibliothèque pouvait disposer de crédits rendant possible l\u2019acquisition universelle, elle devrait encore décider de sa structure et de la place qu\u2019elle veut donner à la virtualité heuristique, c\u2019est-à-dire à l'exposition de tous les liens possibles d\u2019un hypertexte généralisé.On pourrait, en un sens, se féliciter de ne pas disposer de ces moyens-là et de se trouver placés dans une situation mieux définie.La bibliothèque publique sert le public, en même temps qu\u2019elle le forme: elle n\u2019est donc pas qu'un entrepôt, elle n\u2019est pas qu\u2019un instrument.Dans les domaines de la connaissance, elle constitue une proposition particulière, celle de la culture qui lui donne naissance.On peut se prendre à rêver pour la Grande Bibliothèque du Québec d'une collection pensée et articulée, offrant précisément ce chemin formatif de la lecture.Des espaces déterminés et fluides, des aménagements conviviaux où ce chemin formatif pourra trouver aussi bien le silence solitaire que la conversation et le partage, aussi bien l\u2019accès universel que le guide dans le texte général de la culture, autant l\u2019instrument que la formation, autant la mémoire et l\u2019archive que les semences du futur.inBRiiiuaQiiir ' lIlfïlIQOt ifliRiiœii pÎMUII InIHIBSB IHIHnilDIfllIII fini imiir i iriii il UBUHMIIII' imiiMiBiri ii [mu mini i t uiiiii un uimil min nul uni i ¦' '1 imiiimiiiiii iiiii il ni m: iniiiliijMiiiiiiimiii 1 IHHIIt 111IIINBII?iM'n ! mltii in ni iiiii mn iiiii ni U mu mm mini mm Il nmi ni ill.mini un iiiii un imnnniiinl iiiiiiniiin I ¦¦¦¦¦¦¦¦¦\u2022\u2022 ÎWIIIIf I 10.\tBritish Library, Londres, Angleterre, maquette montrant la relation entre l'entreposage et les salles publiques, Colin St John Wilson & Partners.11.\tBibliothèque nationale, Paris, France, coupe transversale, Dominique Perreault.NOTES 1.\tBilan présenté dans l'ouvrage publié sous la direction de Michel Melot, Nouvelles Alexandras: les grands chantiers de bibliothèques dans le monde.Paris, Éditions du Cercle de la librairie, 1996, 399p.Ce recueil présente une quinzaine de grands chantiers, notamment ceux d'Alexandrie, de Copenhague, de la British Library, de Pékin et de Paris.2.\tVoir l'étude de Martine Blanc-Montmayeur, La Bibliothèque publique d'information vingt ans après, dans le Bulletin des Bibliothèques de France 41(1996) 32-35, numéro spécial «Architecture et bibliothèques».La discussion très riche qui a eu cours en France depuis une dizaine d'années à l'occasion de la mise en chantier de la Bibliothèque de France a donné lieu à plusieurs publications, notamment dans la revue Le Débat; voir le numéro 48 (janv./févr.1988), pour le dossier Sauver les bibliothèques, où les questions de politique de la lecture publique croisent celles de la collection nationale; également les numéros 51(1988) et 55 (1989).3.\tLes études réunies par J.Roelants Abraham (La Bibliothèque universelle.Défis technologiques.Actes du Colloque international de Bruxelles, février 1996.Bruxelles, Centre de lecture publique de la Communauté française, 1996) donnent un bon aperçu des paramètres technologiques qui doivent être pris en considération et de l'évolution vers une technologie de l'environnement de recherche.Voir également, sous la direction de Michèle Rouhet, Les nouvelles technologies dans les bibliothèques.Paris, Éditions du Cercle de la libraire, 1996.Voir par exemple Lawrence Dowler.Gateways to Knowledge.The Role of Academie Libraries in Teaching, Learning and Research.Cambridge, Mass, MIT Press, «Digital Libraries», 1996.Également David McKitterick, La bibliothèque comme interaction: la lecture et le langage de la bibliographie, in Marc Baratin et Christian Jacob, Le pouvoir des bibliothèques.Paris.Albin Michel, 1996; pp.107-121.Ce sujet a été l'occasion de plusieurs riches études; on pense par exemple aux travaux recueillis dans l'ouvrage préparé par Marc Baratin et Christian Jacob.Le pouvoir des bibliothèques.La mémoire des livres en Occident.Paris, Albin Michel, «Bibliothèque Albin Michel Histoire», 1996, 338p.Également G.H.Barnett, Histoire des bibliothèques publiques en France de la Révolution à 1939.Paris, Promodis, 1987; Bruno Blasselle et Jacqueline Melet-Sanson.La bibliothèque nationale, mémoire de l'avenir.Paris, Gallimard, «Découvertes» ,1990; et parmi les nombreux travaux de Roger Chartier, Culture écrite et société.L'ordre des livres (XIVe-XVIIIe siècles).Paris, Albin Michel, 1996.Enfin, sous la direction de Claude jolly Histoire des Bibliothèques françaises: les bibliothèques sous l'Ancien Régime, 1530-1789.Paris, Promodis-Éditions du Cercle de la Librairie, 1988.6.\tJean Roudaut, Les dents de Bérénice.Essai sur la représentation et l'évocation des bibliothèques.Paris, Deyrolle éditeur, 1996; p.26.Dans le beau livre de Alberto Manguel, A History of Reading.New York & Toronto, A.Knopf, 1996, on trouvera de nombreuses réflexions sur cette question de l'expressivité.7.\tAu premier rang, le mémoire de Fritz Saxl, The History of Warburg's Library (1886- 1944), in E.H.Gombrich, Aby Warburg.An Intellectual Biography.Oxford, Phaidon, 1986; pp.325-338.Salvatore Settis, conservateur du Musée Getty, travaille à l'édition du Nachlass de Warburg et il a reconstitué la généalogie du principe de la bibliothèque; voir son étude, Warburg continuatus: description d'une bibliothèque, in Marc Baratin et Christian Jacob, Le pouvoir des bibliothèques.La mémoire des livres en Occident.Paris, Albin Michel, 1996, pp.122-173.Raymond Klibansky, dans son entretien publié avec Christian Jacob, évoque de manière synthétique l'héritage de Warburg; voir Regagner Athènes à partir d'Alexandrie?, dans Alexandrie.IIIe siècle av.).-C.Tous les savoirs du monde ou le rêve d'universalité des Ptolémées.Autrement, Novembre 1992, série Mémoires, no.19; pp.231 -245.Voir enfin un essai introductif intéressant, Giorgio Agamben, Aby Warburg et la science sans nom, dans son livre Image et mémoire.Paris, Hoebeke, 1998, pp.9-43.8.\tErnst Cassirer, Individu et cosmos dans la philosophie de la Renaissance (1927).Traduction de Pierre Quillet.Paris, Éditions de Minuit, 1983.9.\tL'étude la plus récente et la plus complète demeure celle de T.von Stockhausen, Die Kulturwissentschaftliche Bibliothek Warburg.Architektur, Einrichtung und Organisation.Hamburg, 1992, qui recense l'évolution précise de tous les sites.10.\tFrancis Bacon.Du progrès et de la promotion des sciences.Traduction de Michèle Le Doeuff, Paris, Gallimard, 1991.11.\tGabriel Naudé, Advis pour dresser une bibliothèque, Précédé de l\u2018Advis, manifeste de la bibliothèque érudite par Claude lolly, directeur de la Bibliothèque de la Sorbonne.Paris, Aux amateurs de livres, 1990(1644), 164 p.12.\tVoir l'étude minutieuse de Settis, op.cit., pp.1 32-147, qui retrace l'évolution du concept selon les architectures que ce concept commandait.13.\tVoir le texte du Rapport du Comité pour le développement d'une très grande Bibliothèque, Une grande bibliothèque pour le Québec.Québec, 1997; pp.89-91.Dans la discussion finalement assez courte qui a entouré le concept, l'essentiel s'étant concentré sur le choix du site, je retiens principalement l'intervention de l'historien Yvan Lamonde (Le Devoir, 10 novembre 1997) qui a critiqué sévèrement l'ambiguïté du mandat.Je ne me prononce pas ici sur cette question, qui ne peut qu'avoir des conséquences pour l'architecture, mais je dois constater que les arguments de Lamonde sont demeurés sans réponse.14.\tJean Roudaut, op.cit., p.48 15.\tJorge Luis Borges, La bibliothèque de Babel, dans Fictions.Traduction Ibarra.Gallimard, 1957; pp.97-108.16.\tHistoire naturelle, XIII, 68.1 7.Voir par exemple l'ouvrage de Walt Crawford et Michael Gorman, Future libraries: dreams, madness and reality.Chicago, American Library Association, 1995.Également, sous la direction de Charles R.McLure, et alt.Libraries and the Internet: perspectives, issues and challenges.Westport, Mecklermedia, 1994.18.\tVoir par exemple Bruno Blasselle et Jacqueline Melet-Sanson.La bibliothèque nationale, mémoire de l'avenir.Paris, Gallimard, «Découvertes» , 1990.19.\tUne excellente introduction peut être trouvée dans la section «Navigations hypermedias», regroupant un ensemble de contributions au catalogue de l'exposition Tous les savoirs du monde.Encyclopédies et bibliothèques, de Sumer au XXIe siècle, publié sous la direction de Roland Schaer.Paris, Bibliothèque nationale de France et Flammarion, 1996; pp.460-481.20.\tJean-Didier Wagneur, De la numérisation à la bibliothèque virtuelle, dans Roland Schaer, op.cit., p.461.21.\tDans son livre sur l'État culturel (Paris, de Fallois, 1991), l'historien Marc Fumaroli dresse un portrait caricatural de la Bibliothèque publique d'information, en opposant précisément le lecteur studieux et le misérable en mal de divertissement.Ce portrait se i montre peu sensible aux missions de formation d'une 1 bibliothèque publique, en I, particulier au passage du statut de non-lecteur à celui de lecteur ( voir pp.201 ss).Pour un plaidoyer en faveur de la lecture publique, voir les I écrits de Noë Richter, en particulier La conversion du mauvais lecteur, suivi de La naissance de la lecture publique.Marigné (France), 1992.22.\tVoir les exemples étudiés dans le dossier Architecture et bibliothèques.Paris, «Bulletin des Bibliothèqu j de France», 41(1996).23.\tVoir l'essai de Pierre Franqueville, Contre la bibliothèque idéale, dans le numéro Architecture et bibliothèques du Bulletin des Bibliothèques de France 41 (1996) 36-42, qui insiste à juste titre sur l'importance pragmatique de l'usage et sur la nécessité d'une mission de sociabilité urbaine soutenant I la mission d'information.16 ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE La bibliothèque et la ville Georges Adamczyk Le couloir Berri, Gauthier Guité, Roy, architectes et Cardinal, Hardy, Lestage inc., 1988.L'avenue Métropolitaine, la rue (eanne-Mance, Alan Knight étal., UDM, 1996.Archéologie et reconstruction du boulevard Berri, Annie Lebel, 1987.Le projet de construire un édifice tel que celui d\u2019une grande bibliothèque à vocation municipale et nationale dans la métropole du Québec appelle immédiatement à se pencher sur sa localisation dans l\u2019espace urbain.Un immeuble de 30 000 mètres carrés, visible et accessible, exige au préalable ou du moins en parallèle à la définition de son programme, d\u2019en peser tout l\u2019impact sur la culture bâtie d\u2019une tille, en terme d\u2019architecture, d\u2019art urbain, de paysage et de stratégie urbanistique.La seule recherche d\u2019un terrain vacant bien placé et bien desservi par les réseaux de transports ne fait pas un site au sens premier du terme.En fait, la bibliothèque fera son site.Ainsi le choix proposé entre l\u2019îlot Balmoral près de la Place des Arts et l\u2019îlot du Palais du Commerce dans le Quartier Latin ne nous dit rien d\u2019autre que ce que nous savons déjà sur la condition de quasi abandon de ces deux voies urbaines que sont la rue Jeanne-Mance et la rue Berri.De la terrasse Sherbrooke, jusqu\u2019au Vieux-Montréal, ces deux tracés urbains demeurent problématiques malgré les propositions issues de l\u2019établissement d\u2019un plan d\u2019urbanisme et les nombreuses études qui lui ont succédé.Il est cependant évident que ces deux rues, vues un court moment comme «rues de prestige», ne peuvent être reconnues comme figures urbaines sans les aborder virtuellement comme des parcours continus.Répondre à l\u2019arrière du Musée d\u2019art contemporain ou à la bordure de la gare des autobus ne peut suffire à la tâche.Ces rues ne s'arrêtent pas aux intersections de Sainte-Catherine ou de De Maisonneuve.De plus, la pré-/ \\ sence de la bibliothèque ne sera pas sans effet sur les /h>> transformations possibles des édifices auxquelles elle fera face.Ces observations élémentaires conduisent à plusieurs points qui nous apparaissent importants et qui interpellent une diversité d\u2019acteurs qui ne semblent malheureusement pas avoir été mobilisés autrement que pour des études très sectorielles sur la réunion des programmes des bibliothèques pour en faire une et pour quelques consultations publiques où peu de considérations ont été accordées aux enjeux urbains d\u2019un tel projet.Aucun programme d'accompagnement n\u2019a été envisagé concrètement, que ce soit pour l\u2019aménagement des rues proprement dit ou pour des éléments programmatiques susceptibles d\u2019apporter la dimension publique et chique attribuée à ce futur édifice.A titre d'exemple, on pourrait évoquer des activités complémentaires au niveau de la rue : expositions, librairies, auditorium, cafés, services publics (Éditeur du Québec, Bureau de tourisme, associations d\u2019écrivains et de bibliothécaires, etc.) Par ailleurs, on n\u2019a pas fait mention des projets en cours.D\u2019un côté, le quartier de la fourrure, Pilot Anderson, l\u2019agrandissement du Palais des Congrès.De l\u2019autre, le faubourg Saint-Laurent, la «station centrale», le Carré Viger et la porte de Québec.Envisager la Bibliothèque dans son contexte urbain, c\u2019est aussi saisir les changements susceptibles de se produire sur ce contexte et offrir d\u2019y contribuer positivement en tant qu'institution publique.Cela dépasse de loin le souci d'être branché sur le réseau du métro et le choix entre une TGB présidentielle ou un Centre Georges-Pompidou.D\u2019ailleurs, soyons logiques.Pour répondre à Si -O O ¦:Q:Q: {Q'0 :O~'.0z-C : Q : 0 V: O\ten ¦ Q: AOÛT 1998 l\u2019article de Marcel Fournier paru dans Le Devoir du 8 mai 1998, l\u2019îlot Balmoral se prête plus volontiers à l\u2019image d\u2019un projet monumental associé à la «haute culture» et aux rêves désuets d'un Québec en voie de disparition tandis que le Quartier Latin représente bien le Québec contemporain tel qu\u2019il s\u2019exprime à Montréal et non pas ce Québec traditionnel que croit encore y voir le sociologue de la Montagne.Ce «Marais», c\u2019est déjà Beaubourg aujourd\u2019hui.Il suffit d\u2019y aller faire un tour.En fait, ce choix restreint à deux terrains nous invite à une lecture trop sommaire de la ville, comme si tout se passait entre l\u2019est et l\u2019ouest.Montréal, c\u2019est bien entendu une ville qui s\u2019étend du fleuve vers la montagne, du Vieux-Port vers les quartiers populaires qui gravissent les côtes pour occuper le flanc est du mont Royal et y fabriquer ce Plateau qui porte si bien son nom.Pour une histoire de l\u2019architecture de la ville, c\u2019est sur les rives du fleuve que tout débute.Ainsi, on aurait pu, en premier lieu, s\u2019interroger sur la possibilité d\u2019établir la Grande bibliothèque sur les quais du Bassin de l\u2019Horloge, à l\u2019emplacement actuellement occupé par le hangar n°l6, à proximité d\u2019une nouvelle station de métro.Voilà un grand projet.Mauvaise idée sans doute, car trop de juridictions aux intérêts contradictoires auraient à se rallier autour d\u2019un tel projet.Cependant, convenons qu\u2019il s\u2019agit bien ici d\u2019un site, d\u2019un paysage, d\u2019un lieu riche en mémoires et significations et ouvert sur l\u2019avenir.En limitant la «vision urbaine» du projet et en réduisant le nombre des intervenants, on fait l\u2019économie de tout un pan de la culture du projet tel que mené depuis près d\u2019une décade par l\u2019ensemble des métiers de la ville : ingénieurs, urbanistes, architectes de paysage, designers, architectes, gestionnaires, groupes de citoyens, universitaires et étudiants.La liste est longue quand vient le temps de faire le compte de tous ceux et celles qui ont contribué à façonner une stratégie pour l\u2019avenir de Montréal.Tout ceci ne peut se jouer sur le seul choix d\u2019un «site» et l\u2019espoir d\u2019un concours d\u2019architecture.La ville, c\u2019est beaucoup plus que des terrains à bâtir dans l\u2019attente de quelque génie du crayon.Ainsi, on s\u2019étonne de se trouver à ne pouvoir discuter que de deux emplacements sans même se questionner sur le fait qu\u2019il ne suffit pas qu\u2019ils soient en milieu urbain pour devenir propices à l\u2019urbanité.En effet, ces deux emplacements résiduels souffrent de l\u2019incapacité à configurer clairement le dessin des deux rues qui les jouxtent et qui sont dédiées massivement à la circulation automobile.Les parcelles unifiées favorisent plutôt la frontalité que la latéralité, ce qui contredit l'idée même d\u2019une rue.On pourrait y voir des fragments de boulevards ou d\u2019avenues.En fait, dans les deux cas, on réalise sans peine qu\u2019il s\u2019agit de projets abandonnés en cours de route et dont il convient aujourd\u2019hui de se reposer la question de la pertinence et de s\u2019interroger sur la figure latente générée par ces vides.C'est sans doute pour cette raison que la ville de Montréal s\u2019est dotée de cet instrument qu\u2019est le plan d'ensemble pour orienter son développement futur et en particulier celui de ces secteurs : la Place des Arts et la Place Berri.On peut donc s\u2019étonner de l\u2019absence de références à des études urbaines statuant sur les espaces publics, telles que celles qui ont été élaborées au fil des ans par le service d\u2019urbanisme et ses consultants pour divers quartiers (Faubourg Québec, Faubourg des Récollets, Faubourg Saint-Laurent, Canal de Lachine, Marché Atwater, etc.) L\u2019un comme l\u2019autre, écartés du centre des affaires, orientés en façade vers le nord-est, ces deux emplacements n\u2019ont pas su répondre aux études de marché qui voulaient les consacrer tantôt à des usages de bureaux, tantôt à des usages d\u2019habitations.Le projet d\u2019une grande bibliothèque peut donc apparaître comme une aubaine immobilière, une occasion de foire disparaître le vide terrifiant et le sentiment d\u2019un espace urbain totalement désarticulé.A priori, le besoin d\u2019une intervention majeure s'impose plus sur l\u2019axe Jeanne-Mance.Plusieurs projets sont en discussion et tout se prête à un projet urbain cohérent de la rue Saint-Jacques à la rue Sherbrooke.La proposition développée par le groupe de recherche lUillijillü ! ! h WSS y/\\A wmm d\u2019Alan Knight jette les bases d\u2019une stratégie et d\u2019une vision urbaine qui méritent d\u2019être réactualisées.L\u2019insertion d\u2019un grand équipement sur le terrain Balmoral est cependant loin d\u2019être la réponse aux problèmes soulevés.Au contraire, ne risquerait-on pas, en allant de l'avant, de compromettre un projet plus modeste mais plus structurant dont les effets sur la forme de la ville seraient plus profonds que l\u2019apport d\u2019une architecture exceptionnelle vis-à-vis la triste façade arrière du Musée d\u2019art contemporain.Le terrain occupé par le Palais du Commerce et les stationnements extérieurs pourraient bien demeurer tel quel.Bien entendu, il appelle des soins particuliers : plantations, éclairages et mobilier, bref autre chose que ces grandes enseignes de publicité mises à l\u2019essai le long d\u2019une piste cyclable peu attrayante.Déjà conçu et reconçu comme un vain boulevard (voir les études de Cardinal, Hardy et Lestage), l\u2019axe Berri, appuyé par les rues Saint-Denis à l\u2019ouest et Saint-Hubert à l\u2019est, lien entre le Carré Viger et la Place Berri, parvis du Plateau Mont-Royal, foyer urbain du centre est, se prête plus facilement à une transformation car l\u2019impact d\u2019un grand projet y sera évident.Une telle intervention pourrait enfin changer tout le développement de ce secteur dans le futur.Ce qui apparaît saisissant ici, c\u2019est le caractère hétérogène des objets en présence : tunnel Berri, sous-station électrique, terrains de stationnement, gare d'autobus à ciel ouvert, forteresse de l\u2019UQAM, Radeau de la Méduse du Square Berri, clubs de nuit, etc.D\u2019emblée, on voit clairement que le projet d\u2019une très grande bibliothèque pourrait osciller entre un autre méga objet replié sur l\u2019actuel Palais du Commerce ou bien une superstructure urbaine, une «œuvre ouverte», liant Ontario à De Maisonneuve mais agissant au delà, jusqu\u2019à Sherbrooke et Sainte-Catherine.C\u2019est donc probablement là l\u2019enjeu urbain du futur concours d'architecture puisque c\u2019est ce terrain stratégique qui a été retenu, au risque de s\u2019y perdre.Pour conclure ces observations débridées sur la bibliothèque et la ville, et ce petit plaidoyer pour les relations d\u2019échelle et le respect des métiers de la ville, je crois nécessaire d\u2019imaginer être un de ces futurs usagers dans ce nouvel édifice.Ainsi, assis à mon poste de lecture, avec une vue intérieure sur l'architecture inattendue du bâtiment et une autre sur la ville en chantier, chaque petit détail conçu par un designer attentif à mes besoins sera ainsi en mesure de me rappeler que je suis bien là dans un quartier contemporain, au coeur d\u2019un milieu où se joue, dans le plus grand désordre inventif la carte sociale et culturelle de demain. Hervé Fischer Co-président de la Cité des Arts et des Nouvelles Technologies de Montréal.À la veille de l'an 2000, au moment où va renaître aussi la fameuse Bibliothèque d'Alexandrie, il faut souhaiter que la nouvelle « Grande Bibliothèque » du Québec soit de fait TRÈS grande, beaucoup plus grande que son bâtiment, fut-il immense.Et elle sera GRANDE comme le monde, rien de moins, si elle est « branchée » sur le web, le réseau des réseaux.Cela suppose d'investir considérablement, non seulement sur la numérisation de ses ouvrages, mais aussi sur la qualité du concept architectural du bâtiment lui-même, et sur l'architecture de son site web.Et ces deux architectures, l'une matérielle et l'autre virtuelle, devraient entrer en résonance esthétique et fonctionnelle.On aimerait voir confier à des entreprises québécoises créatives les contrats requis pour concevoir à cette occasion cette 4e dimension de la cyber-architecture.De fait, l'architecture n'a-t-elle pas été toujours NUMÉRIQUE?Cette 4e dimension fait partie du concept même de l'architecture publique et de son histoire, que celle-ci renvoie au transcendantal ou au social.La grande architecture évoque toujours le symbolique et il faut savoir choisir son symbole, quand on assume la responsabilité publique d'un tel projet.L'occasion ne s'en présente pas tous les jours! Aujourd'hui, le signal qui s'impose me paraît être la cyber-dimension.C'est un défi difficile, qui devrait exclure les recours stéréotypés aux modèles anciens, tels la pyramide, la tour, la cathédrale, le temple, le château, l'usine, le centre commercial, la vitrine, l'entrepôt, le block-haus, le parc d'attractions, le bureau paysage et j'en passe; rejeter l'enflure monumentale ou sculpturale, les esthétiques abstraite, lyrique, géométriste, fasciste, baroque, néo-classique, fonctionnaliste ou anecdotique.Il faut inventer un nouveau langage métaphorique fort, mVer5Ë n'e5t Pas nécessairement vrai Toi\t^ \"V aVait Pas * I 'ois, car ils ajoutent aux problèmes ^stants^Hsne^ntÎam'^0^^6 m^me ^es Pour une bibliothèque digne de ce nom il f / J V* changer le mal « cela devrait être aussi facile à réaNser qu'à im ^\timmeUble ProPr^nt ^ ^ \u2014ux.hanté de qui, pl Zor* T** ^ ^ ^ mais ou se trouve la forêt elle-même Appuvé J\t** 5aV0ir\u2022 \"°\" pas où lui s 4,1\u2014 François Hébert 18 à l'image de notre monde contemporain.je le perçois, ce monde, en cette fin de millénaire qui s'ouvre sur la révolution numérique, comme un moment charnière, un temps de transition fascinant entre la mémoire d'un passé tantôt fleur bleue, tantôt cauchemardesque, qu'il ne faut pas laisser s'effacer, et le rêve d'un futur aussi magique qu'incertain et dangereux, qu'il faut tenter de comprendre et maîtriser.Cette Grande Bibliothèque pourrait donc évoquer la métaphore du passage, par exemple le passage du papyrus enroulé au livre ouvert et du livre au web : la « toile » se développe en rhizome, qui n'a ni centre ni hiérarchie et prolifère par arborescence circulaire et hyperliens.On pourra y rechercher un modèle architectural.Le projet de la Grande Bibliothèque du Québec nous donne l'occasion de développer un parti pris architectural novateur, qui prenne valeur historique de référence pour notre temps.Nous connaissons tous trop de bibliothèques à l'architecture ennuyeuse, symétrique, passéiste, institutionnelle et figée comme des temples académiques, trop respectueux du passé et de l'ordre établi pour attirer le grand public et les jeunes, et pour s'inscrire dans le présent.Nous connaissons aussi à l'inverse le succès de la Grande Bibliothèque Publique du Centre Pompidou à Paris, qui a su rompre avec cette tradition d'ennui.Je rêve donc d'une très grande bibliothèque qui donne l'exemple international de notre volonté et de notre savoir-faire dans ce domaine.Ce parti pris concerne tout à la fois l'architecture du bâtiment, de son site web, de son réseau virtuel et ses contenus eux-mêmes.Car il faut réaffirmer l'incontournable urgence de numériser notre culture québécoise et de nous relier à la culture francophone, ainsi qu'aux autres cultures du monde.« GRANDE comme le monde », cela signifie aussi une bibliothèque pour TOUT LE MONDE.Une bibliothèque populaire - telle qu'elle est annoncée - , devrait encourager l'accès de tous les Québécois à l'internet, leur donner l'occasion de se familiariser avec l'usage des nouvelles technologies d'information et de communication.C'est une extraordinaire «fenêtre» sur le monde, sur les cultures des autres, et qui appartient au mandat public de cette bibliothèque.Le livre est un medium de communication, le plus sophistiqué techniquement à l'époque de Gutenberg,.Aujourd'hui il a gagné en « charme », le charme des media vieillissants; mais le medium numérique de l'internet, qui prend maintenant la relève du medium mécanique qu'est le livre, a exactement les mêmes objectifs sociaux d'information, de communication, de diffusion et de stockage de la culture et de l'information.Fils de la même culture, ce ne sont pas deux media qu'il faut opposer comme des frères ennemis, car ils sont complémentaires.Le numérique permet un stockage illimité, une diffusion immédiate et mondiale des livres.Et il vient au secours du mandat de conservation des livres rares et fragiles, en rendant les originaux accessibles virtuellement à tous, tout en les mettant à l'abri de tous.La Grande Bibliothèque du Québec devrait donc innover en prenant en compte également ces deux media, l'ancien et le nouveau.Tous y reconnaîtront un beau symbole du passage à l'an 2000 et un important positionnement international pour le Québec, qui semble vouloir affirmer tous les jours davantage la priorité qu'il donne aux nouvelles technologies de communication.La Grande Bibliothèque pourrait par exemple intégrer dans ses locaux et y développer le concept de Café Électronique que nous avons initié avec le succès que l'on sait en 1995 dans le Vieux Montréal.Car la convivialité est un élément essentiel à la culture populaire.J'ai déjà eu l'occasion de le recommander dans un projet de Centre Multimedia de Montréal que j'avais soumis à la Ville et au gouvernement en 1997.La « conversion » personnelle à cette nouvelle culture numérisée en réseaux que Lise Bissonnette nous avouait récemment en titre d'un de ses éditoriaux dans Le Devoir nous donne bon espoir à cet égard., Enfin, cette Grande Bibliothèque devrait faire place à la magie fort efficace du multimedia, notamment en prévoyant une grande salle publique consacrée aux cédéroms et aux dvd.Il y en a de plus en plus, d'excellente qualité, consacrés tant aux Beaux-Arts et à la grande culture, qu'aux ouvrages de référence, à l'éducation, à l'apprentissage des langues étrangères ou à des jeux.Ce serait en outre un soutien significatif à un marché émergeant au Québec.Permettez-moi d'insister pour que cette Grande Bibliothèque donne aussi à la culture scientifique et technique la place qui lui revient désormais, mais que le soutien public à l'édition, nos institutions et nos mentalités négligent encore, dans un monde pourtant de plus en plus scientifique et technique, où nous évoluons dangereusement comme des analphabètes.La cyber-architecture de la Grande Bibliothèque pourra jouer un rôle pédagogique important à cet égard par son exemple même, en faveur d'une culture scientifique pour tous.À l'inverse de toutes les bibliothèques de ce monde, exclusivement tournées vers le passé, la Grande Bibliothèque du Québec pourra ainsi se tourner vers le futur tout en cultivant notre mémoire - deux valeurs d'égale importance -, assumer plus efficacement son rôle éducatif, populaire et démocratique, développer le réseau des bibliothèques en régions, soutenir nos industries québécoises de multimédia et renforcer notre rayonnement international.ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE Lettre à l'architecte inconnu LIRE A L'OUEST LA BIBLIOTHÈQUE PUBLIQUE DE VANCOUVER Petit manifeste pour une nouvelle bibliothèque Renée Lavaillante Guy Besner Anne Bordeleau, Louis Brillant, Sonya Iensen Voici quelques notes rapidement jetées, qui font état de mes réflexions quant aux conditions qui favoriseraient le plaisir et la stimulation qu\u2019on peut rechercher dans une bibliothèque.SALLES DE LECTURE Que les plafonds soient hauts! Rien de pire qu\u2019un plafond bas comme à l\u2019UQAM.Et ces murs en parpaings! Ça fait dormir, tout comme les néons.Que les salles de lecture utilisent au maximum les ouvertures sur la ville, la montagne, les ponts?Le fleuve?Avec des jeux de miroirs?(ceci pour contourner les édifices voisins).Que les sections non fenestrées des salles de lecture prévoient de nombreux espaces pour des oeuvres d\u2019art non permanentes.Que les oeuvres d\u2019art permanentes soient réservées aux lieux de passage, et qu\u2019à l\u2019inverse, dans les lieux où l\u2019on travaille, elles changent périodiquement.Sinon, parfois on ne les voit plus, elles perdent leur effet stimulant.Il faut du silence.Que les bureaux où le personnel converse ou répond au téléphone soient à l\u2019écart, ou spécialement insonorisés.Il faut une ambiance, de la chaleur, que ça n\u2019ait pas l\u2019air d\u2019un grand bureau à aires ouvertes, mais d\u2019un endroit où on a envie de rester.MOBILIER Pas de quincaillerie genre Maisons de la culture! Du bois, comme à la BM.Mais là les fauteuils sont trop bas, on a le nez sur la page.Deux ou trois hauteurs de sièges, Ça pourrait être intéressant.Et des coins avec tables hautes et tabourets.Ça travaille bien dans certains cas.Et des tabourets devant les ordinateurs, essentiel! Et ces ordinateurs: de grâce, moins frustrants que ce foutu système où il faut réécrire Merlin à toutes les 5 minutes.Merlin ou autre, ils vont tous (Municipale, UQAM, U de M., Maisons de la culture) comme des tortues qui font des détours, et les claviers touchent comme des cordes à linge.Le système de McGill, ai-je ouï de bonne source, est le plus pratique et encourageant pour la recherche.Il y a aussi souvent des problèmes d\u2019éclairage aux tables de lecture, du moins à la Municipale.C\u2019est crucial, chaque lampe devrait être orientable.Il faut mettre l\u2019argent à mon avis pour les petits et grands détails qui valoriseront les moments de lecture.J\u2019espère que les modestes fonds ne seront pas rendus carrément chétifs par des dépenses sans rapport, comme par exemple des stationnements.S\u2019il y a des problèmes de ce côté, ce sera l\u2019affaire d\u2019autres instances il me semble.(Des emplacements sécuritaires pour vélos, par contre, c\u2019est utile et pas ruineux.) Voilà.Sans être spécialiste, j\u2019ai voulu énumérer quelques problèmes qui font que je ne reste pas toujours aussi longtemps que je voudrais dans les bibliothèques.En mai 1995, la ville de \\fincouver s\u2019est dotée d\u2019une toute nouvelle bibliothèque centrale publique consttuite au coût de S107 million, the biggest capital project ever undertaken by the city.Le projet gagnant du concours, celui des architectes Moshe Safdie & Associates et de l\u2019agence locale Downs/Archambault & formers, a suscité controverses et critiques.Sur ce projet beaucoup d\u2019encre a coulé.À la lecture de l\u2019énorme couverture de presse, on remarque surtout la dénonciation de la réminiscence du Colisée de Rome comme un mauvais choc; pour une bibliothèque publique à l\u2019aube du XXIe siècle.Aussi, au-delà des réactions que suscite le parti architectural de l\u2019édifice, mon bref propos se résume à partager mes réflexions sur les véritables enjeux architecturaux qu\u2019un tel projet engendre afin d\u2019en tirer des leçons en vue de la construction de la future Bibliothèque Nationale du Québec (BNQ).En 1903, est construite la première bibliothèque centrale de \\hncouver ( W.Grant, architecte) grâce au don du philanthrope Andrew Carnegie.De style Néo-Georgien, l\u2019édifice représentait des valeurs élitistes en matière de culture.En 1957, est érigée la seconde bibliothèque centrale de Vancouver (1953-1957, Semmens Simpsons, architecte), un superbe édifice de Style International conçu à une période où \\imcouver devenait un lieu important d\u2019interprétation de la théorie et de la pratique modernistes de l'architecture.À l\u2019époque, la bibliothèque publique avait comme principal objectif l\u2019accessibilité de tous les citoyens à la culture par l\u2019empiunt de livres.Le parti architectural de cet équipement pour la communauté définissait une nouvelle idée de la monumentalité en combinant l\u2019accessibilité et le fonctionnalisme et dont l\u2019art était partie intégrante.Dès lors, la culture défendait l'équité sociale.À l\u2019heure de la révolution électronique et informatique, l\u2019objectif est plus complexe.Les programmes et les nouveaux lieux de l\u2019information et du savoir se veulent le symbole de cette révolution.Centre d\u2019archives, centre linguistique, centre audiovisuel, centre des communications et des nouvelles technologies de l\u2019information, centre d\u2019expositions, centre culturel et éducatif lieux de débats, d\u2019échanges, de rencontres et de collectivités, accessibilité pour tous, expression de la mémoire collective et de la démocratie du savoir et de l\u2019information, ces nouvelles tours de Babel embrassent tout, mais ne définissent rien.C\u2019est dans cette confusion programmatique et par la globalisation de l\u2019information que la nouvelle bibliothèque centrale de Mmcouver (1993-1995), Library Square comme on l\u2019appelle, a été conçue.Par voie d'un référendum municipal tenu en novembre 1989,70% de la population a soutenu favorablement le programme et la construction d\u2019une nouvelle bibliothèque centrale.Les architectes du Library\u2019 Square ont été sélectionnés par un concours restreint constitué en deux étapes.A partir de vingt-huit soumissions regroupant agences locales, nationales et internationales, dix consortiums ont été retenus.De cette liste, trois équipes ont été invitées à produire «l'expression d\u2019une vision» pour cette bibliothèque: fiiwabara Payne McKenna Blumberg Architects avec James K.M.Cheng Architects et Musson Cattell Mackey Partnership; Hardy Holzman Pfeiffer Associates avec Vfiaisman Dewar Grout Carter Inc.; Moshe Safdie & Associates et Downs/Archambault formers.En 1992 la soumission gagnante a été annoncée par le Conseil de la ville de \\kncouver.Library Square occupe tout un quadrilatère dans un quartier du centre-ville qu\u2019on cherche à revitaliser Son programme à usage mixte comprend la bibliothèque centrale, une tour à bureaux de vingt et un étages destinée au gouvernement fédéral, des commerces et services sous forme d'un mail public et un parking souterrain pour plus se 700 voitures.À elle seule, la bibliothèque occupe 32, 236 m.c., soit le double de l\u2019ancienne bibliothèque devenue depuis un immense disquaire HMV.Le pavillon central consiste en une boîte rectangulaire en verre de 7 étages qui contient stockage et services.Le point fort du projet est un mur libre de forme elliptique qui contient les aires de lectures et d\u2019études accessibles par des ponts à partir du pavillon central.Un deuxième mur libre intègre le mail et y greffe la tour à bureaux à l\u2019extrémité.Le toit sera éventuellement aménagé en un grand jardin public.Dans sa phase des grandes commandes institutionnelles, Safdie a dessiné plusieurs projets dont le défi était un renouveau symbolique ainsi qu\u2019une intégration architecturale à leurs contextes: agrandissement du Musée des Beaux-Arts de Montréal, Musée de la Civilisation de Québec, La Galerie Nationale d\u2019Ottawa.Library Square était l'occasion de concevoir un symbole glorieux pour le XXIe siècle qui exprime le progrès, la culture, les préoccupations environnementalistes et le nouveau cosmopolitisme de la métropole du focifique Nord.Quel message renvoi Library Square à propos de \\hncouver et de l'époque dans laquelle nous vivons?Au-delà des défauts, des problèmes et des critiques, la nouvelle bibliothèque centrale de Yàncouver nous donne l\u2019occasion de réfléchir sur la conception et la construction de la future BNQ.Retenons surtout de la procédure et de l\u2019étonnant résultat, le besoin toujours présent d\u2019une «vision» civique claire et forte, d\u2019un consensus symbolique pour tous dans un monde où, hélas, la culture de l\u2019image sature tout.Aussi, face à la révolution électronique et informatique que nous traversons, la raison d\u2019être de l\u2019architecture est de créer des espaces symboliques signifiants pour la collectivité.L\u2019objectif premier d\u2019une véritable bibliothèque centrale est celui de diriger et de guider intelligemment les utilisateurs variés, confrontés à la quantité presque infinie d\u2019informations.La future BNQ devra être l\u2019expression bien concrète de cette volonté.Pour une visite virtuelle de la Bibliothèque centrale de \\kncouver : www.vpl.vancouver.bc.ca 1.Rhodri Windsor Liscombe, The New Spirit : Modem Architecture in Vancouver, 1938-1963, Montréal/Vancouver, Canadian Centre for Architecture / Douglas McIntyre, 1997, 208 p.La construction d\u2019une bibliothèque aujourd'hui est un anachronisme.Le savoir serait maintenant disponible à tous uniformément, simultanément, totalement, et indépendamment du livre.Ou ne s\u2019agit-il que d'information?Qu\u2019est-ce que le savoir sans ordre?Quels sont les faits de l\u2019histoire?Au travers des livres en tant qu'objets tangibles, la bibliothèque témoigne de l\u2019histoire de la relation à l\u2019ordre: c\u2019est un endroit où on touche du doigt le besoin d\u2019orientation.Les collections de la bibliothèque témoignent d\u2019une richesse culturelle, d\u2019une histoire, et son architecture doit en témoigner; la bibliothèque est un lieu ou les «grandes relations» sont tangibles.La bibliothèque est un outil diachronique qui s'inscrit au cœur de la relation privilégiée entre les générations: ses utilisateurs regroupent autant ceux qui veulent savoir que ceux qui cherchent à transmettre ce savoir.Le bibliothécaire agit comme gardien, entremetteur, et concierge.Dans sa relation avec l'histoire, depuis l\u2019échelle des générations, la bibliothèque assume sa monumentalité et rejoint ainsi la culture architecturale.Avec Dédale, le constructeur du labyrinthe, nous avons l'architecte originel qui règle le chaos, qui s\u2019attaque au programme simple et pernicieux de l\u2019orientation.Son fils Icare incarne la loi du savoir et l\u2019assume jusqu\u2019à sa perte: l\u2019élévation d\u2019abord, et la destruction par l\u2019effet du feu de l\u2019astre solaire.Ceux qui savent sans souffrir doivent mourir, Le descendant de Dédale, Socrate, présente le dilemme qui demeure après ces deux archétypes; une fois orienté et ordonné, la spirale du savoir infini peut entraîner la perte de l\u2019individu; alors, pourquoi savoir et surtout comment agir lorsqu\u2019on sait?Est-il possible de se dégager des conséquences du savoir de la même façon qu'Arendt le suggère pour les actions répréhensibles?Le pardon peut-il s'appliquer dans les cas du savoir?Et face au pouvoir, la bibliothèque n\u2019as-sume-t-elle pas de nos jours une certaine neutralité?La mise en réseau des bibliothèques et la réalisation effective des systèmes de prêts inter-bibliothèques ne remplaceront jamais la capacité de déterminer ce qui doit être trouvé, et celle de le trouver ensuite.Si la chance a droit de cité dans la bibliothèque, Walpole en 1754 aurait décrit le flair qu\u2019on y observe parfois en créant le néologisme: «Serendipity».Alors, doit-on savoir ce que l\u2019on vient y chercher?L\u2019expérience de la lecture se trouve grandie dans la mesure où l\u2019on fait confiance au lecteur potentiel et où on lui laisse la chance de découvrir à son rythme, à sa manière, l\u2019ordre sous-jacent et parfois même, l\u2019ordre inespéré.En favorisant la rencontre fortuite entre le lecteur et le livre, le bibliothécaire assume la dimension maïeutique de son labeur.La bibliothèque est une pédagogie: trop souvent on voudrait en faire une propédeutique.La Grande Bibliothèque ne remplace pas la culture: elle peut l\u2019exalter ou l\u2019enterrer.Elle ne se constitue que de peines et de labeurs, au creuset du projet de société d\u2019une nation, en s'inspirant de l\u2019apport des générations.Déjà en 1930, Walter Benjamin, si proche des bibliothèques et ami de Georges Bataille le bibliothécaire, notait que pour se constituer, les bibliothèques devaient de plus en plus se fier aux héritages.À Montréal, la présence d\u2019une université aussi jeune que l\u2019Université du Québec juxtaposée à la Grande Bibliothèque permet de réaliser en partie cet héritage.Bien sûr la Grande Bibliothèque saura avoir d\u2019autres ambitions qu\u2019universitaires mais la juxtaposition n\u2019est pas fortuite pour autant.Au cœur de ses ambitions sûrement, la mémoire de notre culture et la mise à la disposition de tous du savoir.Pourtant, si la Grande Bibliothèque ne pourra jamais être tenue responsable du piètre étant des nombreuses bibliothèques d\u2019écoles ou de l\u2019absence de bibliothécaires, l\u2019occasion qui se perd dans ces endroits ne pourra jamais non plus être compensée par cette Grande Bibliothèque aussi somptueuse soit-elle.Les souvenirs les plus chargés d\u2019émotions qui demeurent des bibliothèques sont ceux des incendies ou ceux de l\u2019impossibilité d\u2019y appréhender des repères.Autour de ces souvenirs règne un certain fatalisme.Est-ce parce que l\u2019arche de Noé n\u2019a pas été coulée qu\u2019il a fallu brûler la bibliothèque d\u2019Alexandrie?Il faut défendre cet anachronisme : la mémoire ne ressuscite pas un passé qui aurait été présent; elle engage l\u2019avenir (Derrida).La bibliothèque n\u2019a pas à être nostalgique.AOÛT 1998 19 La grande bibliothèque de Montréal Jacques Dufresne Éditeur de la revue L'Agora La lecture d\u2019un texte, de même que la découverte d'un paysage, ne se limite pas au travail des yeux.Si attentivement qu\u2019on le regarde, on ne découvre pas vraiment un paysage devant lequel on passe à 100 kilomètres à l\u2019heure.C\u2019est seulement quand le corps par ses cinq sens et l\u2019âme avec toutes ses facultés ont participé à toutes les étapes de l\u2019aventure conduisant vers un lieu, qu\u2019on peut se flatter de l\u2019avoir découvert.Ainsi en est-il des livres.L\u2019aventure qui nous conduit vers eux, c\u2019est notre vie elle-même.Chaque livre lu ou relu est une rencontre qui introduit une nuance nouvelle dans les sentiments et les pensées marquant nos rapports avec nous-mêmes, avec autrui, avec le monde.Une rencontre qui parfois infléchit le cours de notre vie dans un sens nouveau: certaines lectures sont des conversions.D\u2019autres sont des chocs qui nous obligent à réorganiser nos pensées autour d\u2019un nouveau centre de gravité.Quel amoureux des chats a donc dit qu\u2019on ne les caresse pas, ce sont eux qui se caressent à nous! Il y a aussi des livres qui se caressent à nous.Ces livres éphémères et sentimentaux, je les exclus du royaume de la lecture dont je parle ici.La rencontre des auteurs, par l\u2019intermédiaire de leurs livres, exige un lieu et une liturgie appropriés.Certes nos livres peuvent nous suivre partout, être abandonnés pendant un certain temps dans un endroit exoüque pour eux, mais il leur faut un domicile fixe où on peut les saluer au passage, une adresse qui permette de les retrouver et des voisins qu\u2019ils auront plaisir à fréquenter.J\u2019ai vu des dizaines de bibliothèques, dans des maisons modestes comme dans des maisons riches.Les plus belles d\u2019entre elles, les plus proches de l\u2019archétype, n\u2019ont pas nécessairement suscité les lectures les plus fécondes.En observant une cuisine, on peut se faire une idée assez juste de la nature et de la qualité des plats qu\u2019on y prépare.L\u2019observation d\u2019une bibliothèque ne conduit pas à des jugements aussi sûrs.J\u2019ai vu aussi des bibliothèques qui étaient de véritables temples de la lecture, au centre d\u2019une vaste maison remplie d\u2019objets d\u2019art, qui nous invitait à nous retirer dans le lieu sacré pour y découvrir le sens des choses.J\u2019en ai rot d\u2019autres, isolées de la maison elle-même, petite tour sur un rocher, nid d\u2019aigle.Sur la lecture, je ne connais pas de récit plus attendrissant que celui des années d\u2019enfance du romancier Yves Beauchemin.Nous sommes à Clova, petit village forestier aux confins de l'Abitibi: «Quand je ne jouais pas, je Usais.Ma mère m\u2019avait inoculé le virus de la lecture.L\u2019île mystérieuse, Michel Strogojf Les bijoux de la princesse, Sirjerry et l'affreux Léonard, Les Naufragés du Sirius, je dévorais tout avec un appétit de requin, à mille milles des savanes et des forêts de sapins, des dédales de lacs et de rivières, des parties de base-bail sur la grand-rue recouverte d\u2019un sable poudreux.C'est ce qui me permettait d\u2019obtenir de bonnes notes pour mes compositions françaises.J\u2019étais sourd à tout ce qui n\u2019était pas cette voix intérieure qui faisait apparaître dans mon esprit des images si intenses et si vives que j\u2019en oubliais l\u2019heure des repas et du coucher.» Chez les Beauchemin, étant donné la passion de la mère pour les livres, c\u2019est toute la maison qui devait être une bibliothèque, ou plutôt une maison de lecture, mot emprunté à Ivan Illich et que j\u2019emploierai dans cet article, même à propos de la grande bibliothèque de Montréal.La grande culture livresque est dans un état d\u2019extrême précarité.Son avenir est aussi menacé qu\u2019il pouvait sembler l\u2019être dans plusieurs régions du Québec pendant les années cinquante.À Montréal comme à Paris, à Londres ou à Los Angeles, il lui faut, pour reprendre vigueur et couleur, une maison tenue par une femme farouchement déterminée, comme l\u2019était madame Beauchemin mère, à faire triompher la culture en milieu urbain électronique.La grande bibliothèque de Montréal a déjà une femme déterminée à sa tête et il se trouve que cette femme est née en Abitibi.C\u2019est Ivan Illich qui m\u2019a fait prendre conscience du fait que la grande culmre livresque est menacée par toute la civilisation actuelle.Cette activité aristocratique suppose en effet du temps libre (ce luxe) et un œil actff créateur, un œil qui soit autre chose que la pointe enregistreuse d\u2019un magnétoscope.Songez qu\u2019au temps de Hugues de Saint-Victor, au XIIe siècle, où l\u2019on inventa la page découpée en remplacement du parchemin roulé, et donc le livre tel que nous le connaissons, on considérait la vision comme analogue au toucher.On croyait qu\u2019un cône invisible, mais bien réel, prolongeait l\u2019œil et que sa pointe touchait l\u2019objet regardé.L\u2019œil semblait fait pour toucher la présence réelle dans les livres comme dans le monde.Lire est à l\u2019origine un acte religieux lié au salut de l\u2019âme.On lit d\u2019abord dans les monastères pour accéder à l\u2019autre Royaume, dont l\u2019enluminure est le symbole.Plus tard, après la Réforme protestante, l'imprimerie mettra le Livre, la Bible, à la portée de tous les fidèles.En Occident, et je serais bien étonné qu\u2019il n\u2019en n'ait pas été ainsi en Inde ou en Chine, l'histoire de la lecture se confond avec celle du salut.George Steiner, auquel je faisais allusion, est juif.En matière de lecture il faut prêter la plus grande attention à ce que disent les Juifs, ils sont le peuple du Livre.Passions impunies dont le sous-titre pourrait être L\u2019agonie de la culture livresque, commence par une longue et subtile analyse du tableau de Chardin Un philosophe occupé de sa lecture.Tout ce qui distrait, y compris le bruit ambiant, éloigne de la lecture.Le lecteur est le héros du quant à soi.Au silence autour de lui doit correspondre l\u2019identité en lui; d\u2019où l\u2019importance d\u2019un lieu à soi pour lire.L\u2019auteur ne sera au rendez-vous que si le lecteur y est lui-même tout entier.La lecture n\u2019est pas une distraction.C'est une attraction vers l'auteur, qui suppose une extraction de soi.Cette attraction, et le prix dont elle se paie, Steiner l\u2019a trop parfaitement décrite pour qu\u2019il soit nécessaire d\u2019y ajouter ou d'en retrancher quoi que ce soit.Il ne me restera plus après qu\u2019à préciser les conditions dans lesquelles une bibliothèque pourrait être ce qu\u2019elle doit être désormais: un lieu protégé et inspiré pour permettre à la culture livresque de survivre à la traversée de l\u2019Internet! «Le philosophe (dans le portrait de Chardin) a revêtu un habit de cérémonie, car la lecture est un acte de courtoisie à l\u2019égard du texte, entrée en commerce du lecteur avec un auteur et ses mots; il s\u2019est entouré de dictionnaires et d\u2019autres volumes, car les mots lui arrivent chargés de tout ce que leur histoire contient en puissance; il a préparé sa plume, car la lecture est réponse à un texte, grâce aux annotations marginales, aux notes prises, aux citations relevées.Dans le silence de son étude, il va apprendre des passages par coeur, sur lesquels, devenu lui-même écrivain, il fera fonds, comme les grands écrivains d\u2019Occident qui n\u2019ont cessé de reprendre quelques thèmes uniques et singuliers - telles les deux cènes, du Christ et de Socrate -, imposant la littérature comme réseau de résonances.Dans le monde numérique de demain, que restera-t-il de ces passions impunies qui forgèrent la vieille Europe au parapet du monde, de ces lectures bien faites, pour reprendre la formule de Péguy, qui venaient véritablement achever, accomplir les grandes oeuvres des grands hommes, nous imposant, à nous, lecteurs, un «effrayante responsabilité»?«A l'heure où l\u2019on nous invite à décharger notre mémoire vive sur celle, morte, des supports numériques, où la mort du livre est annoncée, sommes-nous inéluctablement appelés à n\u2019être plus que des lecteurs à temps partiel, des lecteurs au rabais?Pourtant, toute l\u2019histoire de notre Europe est marquée par ces passions impunies qui virent, il n\u2019y a guère, les nazis organiser des autodafés, Staline condamner un poète pour avoir cité Shakespeare, la police pragoise tuer un philosophe parce qu\u2019il avait clandestinement enseigné Pla- ton.Mourir plutôt que d\u2019abandonner, dans sa cité livrée au pillage, une déduction géométrique, tel avait été, aux origines de notre continent, le choix d\u2019Archimède.La culture, réponse à la barbarie, est notre destin.Ce destin, il se trouve encore à Syracuse - Syracuse en Sicile plutôt que dans 1\u2019 Etat de New York.» La lecture est une activité aristocratique.On construit une bibliothèque pour élever le peuple jusqu\u2019à Platon, non pour abaisser les livres de Platon jusqu\u2019à lui.Il suffit pour cela d\u2019en tirer des vidéo-clips qu\u2019on mettra en vente dans les magasins ad hoc, juste à côté du super marché.Ne serait-ce que pour cette raison, il faut éviter que la bibliothèque soit elle aussi à côté du super marché.Mais ne la construisons pas trop vite.Il faut d\u2019abord trouver quelques personnes qui aspirent à la culture livresque et d\u2019autres qui peuvent leur servir de guides.Si on en trouvait à Montréal une centaine de la première espèce et une vingtaine de la seconde, la grande bibliothèque vaudrait peut-être la peine qu'on se donnera pour la construire! On mesure aujourd\u2019hui la qualité d\u2019une culture au nombre de révolutions accomplies par le tourniquet des bibliothèques.Platon seul ne justifie pas la construction d\u2019une bibliothèque! Pour des raisons d\u2019ordre strictement administratif - on n\u2019est même pas au niveau de la politique et de sa démagogie - la grande bibliothèque de Montréal court le risque de n\u2019être pas un lieu pour le philosophe occupé de sa lecture, mais une annexe des arcades, des discothèques et des cafés électroniques, voisinage auquel on semble la destiner.Mais pourquoi n\u2019y a aurait-il pas à l\u2019intérieur, sur un ou deux étages, un lot qui serait une véritable maison de lecture, où les passions impunies de quelques-uns forgeraient le nouveau Québec?Le lieu de culture le plus vivant de Montréal, c\u2019était, il y a quelques années, la maison où se rassemblaient pour lire et discuter de leurs lectures, les étudiants les plus curieux et les plus sérieux de l\u2019Université Concordia.Inscrits dans un programme spécial de Liberal Arts, ces étudiants avaient tous une seconde résidence, où ils rencontraient les meilleurs professeurs de leur université.Cette maison de lecture - qui avait sa propre bibliothèque - existe toujours, je présume, sur la rue Stanley ou sur une rue voisine.Morte ou vive, elle devrait servir de modèle aux artisans de la grande bibliothèque.Et l\u2019on devrait s\u2019empresser de recruter parmi tous les professeurs d\u2019université montréalais à la retraite des bénévoles qui en assureraient l\u2019animation.Dans ce lieu haut et fermé, des femmes du peuple comme madame Beauchemin mère, seraient admises au même tire que les doctorants polyglottes.La maison de la lecture de Montréal deviendrait par là une institution démocratique, ce qui justifierait sa création.Ailleurs, dans la bibliothèque, on ferait tout, sauf lire, mais au moins certains petits Beauchemin pourraient-ils rêver de culture livresque en tournant leurs regards et leurs espoirs vers les étages supérieurs.On n\u2019échappera pas aux écrans cathodiques, même à l\u2019intérieur de la maison de lecture.Mais dans ce sanctuaire tout au moins, on devrait ranger les appareil électroniques dans des cabinets en bois de pin, et seuls devraient être accessibles des sites Internet invitant au recueillement nécessaire à la lecture.On reconnaît ces sites à l\u2019usage réfléchi et modéré qu\u2019on y fait des couleurs, des sons et des procédés graphiques.Ces moyens sont destinés, non à retenir l\u2019attention par eux-mêmes et pour eux-mêmes, mais à mettre en relief les documents de qualité et à orienter ainsi le regard vers la réalité qu'ils évoquent.Il faudra bien les civiliser ces nouvelles techniques de commu-nicadon et d\u2019information.On pourra le faire si, en quelques îlots, comme la future maison de lecture de la bibliothèque de Montréal, la culture livresque est demeurée assez authentique et vivante pour servir de modèle.1.STEINER, Georges.Passions impunies, NRF Essais, Gallimard, 1997, 312p.tWlH «lit lu wàsà 'àstfcbnÉ feiibfe Null Ms, tlt \" PSii KlBn % N s V S ARQ, LA REVUE ?'ARCHITECTURE mûr, 20 LE MURMURE DES LIVRES Marc Chevrier L\u2019écomusée du Fier monde du centre-sud de Montréal montre au cours de l\u2019automne 1998 une série de photographies témoignant du passé industriel de ce quartier.L\u2019une d\u2019elle, où l\u2019on voit des ouvriers s\u2019affairant autour de leurs machines, vient accompagnée de ces commentaires du poète Gérald Godin : ce que ces photos ne disent pas, c\u2019est le bruit infernal que faisaient ces machines.Il n\u2019y a pas que les photographies qui taisent les bruits.Les plans et les devis d\u2019architecte aussi.Ils auront beau dessiner les plus belles perspectives, séduire l'oeil par quelque artifice de géométrie, ils ne sauraient nous dire si les lieux ainsi projetés sont vraiment habitables.En tant que simple usager des constructions modernes, je me suis souvent heurté à une désagréable réalité : le bruit.L\u2019architecture moderne, me semble-t-il, est bruyante.Souvent, elle génère elle-même ses bruits parasites, elle isole mal le bâtiment contre les bruits de son environnement.La qualité sonore des bâtiments est-elle une préoccupation des architectes d'aujourd\u2019hui?Je rien sais que trop.Les exemples d\u2019édifices bruitogènes ne manquent pas : les grands hôtels, avec leur système de climatisation qui vous condamne à une belle nuit d\u2019insomnie, les centres commerciaux, avec leurs escaliers mécaniques au grincement lancinant, les tours à bureaux, avec leur ventilation qui siffle sur vos têtes, etc.Les bibliothèques n\u2019échappent pas à ce fléau.Prenons l\u2019exemple de la bibliothèque des lettres et des sciences humaines de l\u2019université de Montréal, une des plus grandes du genre au Québec.En apparence, elle possède toutes les qualités que requiert sa fonction.Eclairée, spacieuse, équipée de toutes les commodités nécessaires à la recherche.Néanmoins, il y a quelque chose qui rend cette bibliothèque peu hospitalière à la lecture, à la flânerie et à la méditation.Ce sont ces petits bruits parasites qu\u2019elle secrète, tel un venin insidieux qui pénètre dans l\u2019oreille du lecteur et trouble ainsi l\u2019attention qu\u2019il devrait porter à ses livres.N\u2019ayons crainte d\u2019entrer dans les détails, nommons les coupables : un vilain système de ventilation au ronronnement sans fin, dont le bruit de soufflerie et de pompe envahit tous les étages; le grésillement des tubes fluorescents, dont la plainte obsédante fait une atmosphère de vieux hangars et de quais désaffectés; les indiscrets bruits de chasse d\u2019eau qui s\u2019échappent des toilettes et qui s\u2019épandent sur l\u2019étage.Petits détails sans importance, me direz-vous.Petits détails, oui, mais assassins, de l\u2019ordre de ceux qui font la différence entre une bibliothèque hospitalière à la lecture par un heureux agencement d\u2019espace, de lumière et de silence, et une autre qui emmagasine les litres.Après tout, Dieu est dans les détails, disait Mies van der Rohe.S\u2019il faut dédier une bibliothèque nationale à la culture et à la préservation de l\u2019écrit, sachons faire descendre les divinités que nous invoquons dans les moindres recoins de cette Grande Bibliothèque du Québec.On connaît les tâches dévolues aux bibliothèques : sauvegarder la mémoire écrite, réunir en un même lieu tous les savoirs pour leur transmission et leur avancement, rendre la culture accessible au plus grand nombre et favoriser la lecture chez le public.Il en est une, fort ancienne, que l\u2019on néglige de nommer : créer un lieu qui mette l\u2019Homme à l\u2019abri du bruit et de la fureur du monde.Il n\u2019y a pas de lecture féconde sans silence qui délivre le lecteur des bruits, des soucis et des distractions de la vie ordinaire.Ainsi, les bibliothèques procurent au lecteur un double délivrance : elles lui restituent une parole passée, léguée par plusieurs générations d\u2019auteurs, que le lecteur décode par un dialogue secret et intime; elles assurent des conditions propices à la lecture, un lieu de paix où par convention tacite, les lecteurs concourent au respect du silence.Encore faut-il que ce silence puisse naître, dans un bâtiment qui ne vienne pas l\u2019entamer ou l\u2019anéantir.En cette fin de siècle, plaider le silence des bibliothèques n\u2019est peut-être pas la cause la plus populaire.La tentation pourrait être forte de consacrer en la Grande Bibliothèque du Québec un lieu d\u2019animation culturelle et de transit, un carrefour d\u2019inforoutes, une kermesse permanente du livre qui remporte des succès de foule ( et non de lecture.Bien sûr, la GBQ devra offrir des lieux d\u2019échanges et de sociabilité, salle de conférences, auditorium, café, car toute bonne lecture pousse tôt au tard le lecteur à prendre la parole.Il ne s\u2019agit pas d\u2019ériger une bibliothèque pour un monastère ou une abbaye.Le silence inspire, il est vrai, une certaine terreur, comme s\u2019il était associé à la non-vie.Quiconque fréquente les grandes bibliothèques sait qu\u2019il n\u2019en est rien.Une fois atteint un certain seuil de silence éclosent soudain toutes sortes de bruissements doux à l\u2019oreille : le froissement des pages que l\u2019on tourne, le chuchotement des conversations à voix basse, les pas qui se font légers, et quand par bonheur des fenêtres s\u2019ouvrent sur l\u2019extérieur, les feuilles qui s\u2019agitent et les oiseaux qui chantent.La GBQ ne prendra toutefois pas place au milieu de la campagne.Le site du Palais du Commerce est au coeur d\u2019un des quartiers les plus bruyants de Montréal, avec les grandes artères qui le traversent et les festivals qui l\u2019animent l\u2019été.Comment construire un havre de paix dans de telles conditions?Voilà un beau défi d\u2019architecture.Ce serait certainement une erreur que de vouloir blinder la GBQ contre son environnement urbain.Un blockhaus de livres donnerait une image austère et distante de la culture.A l\u2019inverse, une bibliothèque trop perméable à son environnement urbain laisserait la ville s\u2019infiltrer au milieu d\u2019elle.11 faut donc un juste équilibre - une certaine ouverture, jointe à une forte ossature, qui préserve pour longtemps un patrimoine et puisse créer en son sein, sans y nuire, un silence nourricier.(Pourrait-on imaginer que des fènêtres s\u2019ouvrant sur une cour intérieure laissent entrer une lumière douce et oblique?) Bref) cette bibliothèque ne devrait être ni une huître repliée sur elle-même, ni une éponge ballottée par les courants.L\u2019équilibre dans la conception de la bibliothèque dépendra aussi du choix des matériaux.11 serait trop simple que l\u2019architecte se contente de calculer la courbe de son de chacun des matériaux qu\u2019il emploie, en consultant quelques gros digestes.Avant tout, il devra penser à la composition sonore d\u2019ensemble des salles de la bibliothèque, à l\u2019impression sensorielle qu\u2019elles laisseront au lecteur.C\u2019est là une équation complexe à résoudre, qui fait entrer la variable humaine, psychologique, dans le savant dosage de matière et de géométrie que l\u2019architecte devra trouver notamment pour la conception d'une salle de lecture.Faut-il imaginer cette salle vaste et panoramique, avec de hauts plafonds et des rayonnages de livres, ou au contraire, plus modeste en proportion, avec des alcôves, des coins et des paravents, ultime refuge du lecteur solitaire?Aucun des choix que fera l\u2019architecte de la GBQ ne sera sans conséquence.sonore.De sa conception de la culture et de la lecture découlera l\u2019architecture d\u2019une bibliothèque offerte à une jeune nation.Quand le lecteur entrera dans la salle de lecture de la GBQ, dès les premiers instants il saura quelle divinité aura inspiré l\u2019architecte, suivant qu\u2019il entende le murmure des livres ou autre chose.AOÛT 1998 Je rêve.Rober Racine Je rêve d'une grande Bibliothèque-jardin où il y aurait tous les livres pour tous les lecteurs.Envelopper le silence de livres et de lumière.Des tables en bois, longues et chaudes.Des plantes.Les essences de tous les bois, leurs lumières, leurs teintes, leur chaleur.Tous les papiers, les encres, les tissus utilisés pour créer un livre.Évoquer la poésie, la sonorité, la musicalité de ces matières.Des couleurs chaudes, douces, vivantes.Des plafonds hauts, immenses.Un grand ouvert.L'impression de survoler la terre en montgolfière.Doucement, lentement, dans un silence frais, calme, libre, naturel.Si parfois la bibliothèque donne le vertige, toujours, elle apaise le lecteur.Une Grande Bibliothèque où les rayons du soleil tombent parfois sur la page que nous lisons.Des lignes qui soient celles de grandes typographies classiques.Un lieu où l'architecture et le design s'effacent, s'oublient pour laisser place aux livres, à la lecture.Un lieu où on aimerait vivre toujours.La Bibliothèque comme un grand livre où chaque volume est un caractère imprimé.Chaque salle, une page; chaque lecteur, chercheur, visiteur, un signet, un regard qui lit, une pensée qui s'éveille.L'aménagement intérieur de la bibliothèque serait une mise en page soignée, classique, sobre, parfaite.Pas de verre, pierre, granit, plastique, néon et autres matériaux froids.Une bibliothèque où on n'entend jamais le cliquetis des souris, claviers d'ordinateurs et autres machines électriques, électroniques, virtuelles, etc.Il y aurait des espaces où l'on pourrait s'étendre, sommeiller, dormir sans que ce soit scandaleux ou dérangeant.Plusieurs grands écrivains s'allongeaient pour rêver pendant l'écriture : Flaubert, Proust, d'autres.Il faudrait créer un plancher où le lecteur puisse demeurer debout s'il le désire plusieurs heures sans être épuisé.Des grands écrivains écrivaient debout : Hugo, Hemingway, Claude Cauvreau, d'autres.Une Grande Bibliothèque qui serait ouverte au public vingt-quatre heures sur vingt-quatre, trois-cents soixante quatre jours par année.L'autre journée serait pour se souvenir de la bibliothèque.Créer une invitation à la lecture, à l'écriture, à la recherche, à la réflexion, à la découverte, à la rencontre.Une bibliothèque où on puisse flâner.Une bibliothèque acoustique où le silence respire calmement, humainement.Une Grande Bibliothèque qui serait une amie, une compagne avec qui on chemine, on se transforme.Une Grande Bibliothèque qui serait le bible de toutes les Bibliothèques.La plus belle bibliothèque que j\u2019aie vue se trouvait à Newport, aux Etats-Unis.Elle était logée dans un bâtiment ancien, entouré de fleurs.À l\u2019intérieur régnait, me semblait-il, un certain désordre, ou du moins une aimable négligence.Dans la salie de lecture, fréquentée par des habitués aussi âgés, peut-être, que la bibliothèque elle-même, étaient disposés de journaux, de périodiques, quelques revues de bonne qualité.J\u2019ai lu, si je me souviens bien, un article dans une de ce s revues.Je ne suis pas resté longtemps, car je n\u2019étais que touriste, mais je crois que je ne serais venu régulièrement dans cette bibliothèque si je vivais à Newport, chaque jour possible.Si j\u2019avais une suggestion à faire, pour ta Grande Bibliothèque du Québec, ce serait qu\u2019on la fasse vieille, au départ, peut-être même légèrement poussiéreuse.Je ne suis pas sûr d\u2019avoir envie de fréquenter un immense mausolée de livres, fut-il orné des ordinateurs les plus performants.J\u2019aime lire, voyez-vous.Gilles Marcotte 21 Ouverture de chantier sur le web : www.z-1.org / Page blanche et Ecran noir LE GRAND VIDE DE LA PROBLÉMATIQUE DE LA BIBLIOTHÈQUE SANS LIVRE ¦fin «Du changement des concepts naît le constant renouvellement de l\u2019architecture.Un homme avec un livre se dirige vers la lumière.Une bibliothèque commence comme cela.» Louis Kahn L\u2019écran noir est la nouvelle réalité du lecteur.Le cyber-espace est un nouveau territoire de l\u2019architecture.L\u2019internaute devant son écran fuit la lumière.Le concepteur de bibliothèque, aujourd\u2019hui, doit considérer cela.22 Une meilleure technologie.de meilleurs codes.pour de meilleurs bâtiments.Codes natii instruction Pour accroître votre compétitivité et celle de vos clients Mettant à contribution les nouvelles technologies, l'édition 1995 des codes nationaux de construction du Canada vous assure des bâtiments plus sécuritaires, plus efficients et plus confortables.Les concepteurs, les constructeurs et les 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national\tNational Research de recherches Canada Council Canada ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE Mettez vos énergies à la bonne place.Appelez-nous.PENSER pour les entreprises 1-877-722-6600 (sans frais) http://www.rncan.gc.ca/ es/erb/reed Canada Votre entreprise pourrait recevoir jusqu\u2019à 50 000 $ pour l\u2019achat et l\u2019installation d\u2019un système de chauffage des locaux à l\u2019énergie solaire ou de chauffe-eau solaire, ou d\u2019un système de combustion de la biomasse à haut rendement énergétique et à faible taux d\u2019émission.Le Programme d\u2019encouragement aux systèmes d\u2019énergies renouvelables (PENSER) offre aux entreprises admissibles un remboursement de 25 % des coûts d\u2019achat et d\u2019installation, jusqu\u2019à concurrence de 50 000 $.\t^ est tout nature^ Grâce à la technologie des énergies renouvelables, vous pouvez non seulement économiser, mais réduire les émissions de gaz à effet de serre et contribuer à relever le défi du changement 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La biomasse : un trésor d\u2019énergie verte Installation de chauffage à l'énergie solaire sur une usine ¦ Ou ¦\tRessources naturelles\tNatural Resources I T U\tCanada\tCanada -ÏÜKog-; jemen~ar~ ,ne Service ent canadiens vaille Confer* '*** Board of ,nc* Board du Consultez nos «tortillons de produits d\u2019information sur notre en direct CH Mas Sa-MLoC Canadian Housing Markets Online Service Service en direct-Marchés du logement canadiens Venez visiter notre page maison! Notre site, une source supplémentaire de données et d\u2019analyses sur les marchés du logement canadiens Composez le 1-888-246-6763 Partenariat entre la Société canadienne d\u2019hypothèques et de logement et Le Conference Board du Canada http://www.chmos-sd-mloc.ceds.com Et si ce n\u2019était pas l\u2019exemple à suivre?Jean-Claude Marsan O.C.Professeur titulaire Responsable Maîtrise en conservation de l'environnement bâti Faculté de l'aménagement, de l'Université de Montréal.Dans un article paru dans Canadian Architect («A Silk Purse from a Sow's Ear», mai 1998) à l'occasion de l'inauguration du projet de rénovation et d'agrandissement de l'édifice de la Faculté de l'aménagement de l'Université de Montréal, l'architecte Odile Hénault fait de ce projet un exemple à suivre dans cette période marquée principalement par le besoin d'adapter de vieilles structures à de nouvelles fonctions.S'adressant aux étudiants inscrits à la Maîtrise en conservation de l'environnement bâti, elle conclut sa critique par cette exhortation: «this project represents a unique example which should serve as inspiration for their whole careers».Audace surprenante de la part d'une personne qui, à en juger par l'analyse qu'elle fait de la démarche conceptuelle des architectes Saucier et Perrotte, semble tout ignorer de ce champ de connaissance et de pratique qu'est la conservation de l'environnement bâti.Cela fait plus d'un siècle que se poursuit une réflexion dans ce domaine, réflexion menée notamment par des organismes internationaux sous le parapluie de l'UNESCO et marquée par des temps forts tels que la Charte de Venise en 1964 et la Déclaration d'Amsterdam en 1975.Celle-ci s'est traduite par des énoncés de doctrine et des principes qui sont maintenant acceptés et appliqués à travers le monde.Oh! on peut bien ignorer ces directives, comme on l'a fait dans le cas de la restauration de la Place Royale à Québec.Sauf que l'on passe, sur le plan international, pour des colons! Mme Hénault serait mieux avisée de prendre connaissance de ces principes que de s'en prendre aux architectes montréalais qui les appliquent, souvent avec intelligence, comme en témoignent la Maison Alcan, le Centre Canadien d'Architecture et le Centre de commerce mondial.LA RECETTE VERSUS LA RECHERCHE Odile Hénault expose dans son article la démarche conceptuelle suivie par les architectes.Que ce soit au Théâtre d'aujourd'hui, au Théâtre du Rideau Vert, à l'Usine C ou à la Cinémathèque du Québec, cette démarche est toujours identique, à savoir: «dramatisation of the entrance lobby, introduction of a major discrete object (auditorium or staircase) and finally a clue on the exterior to indicate the changes occuring within».Il s'agit en somme d'une «signature», voire d'une «recette», que les architectes s'ingénient d'appliquer projet après projet, quel que soit par ailleurs le type de bâtiment ou son caractère.Même démarche à la Faculté de l'aménagement: la partie centrale de l'ancien couvent des Soeurs de l'immaculée Conception a été vidée de l'intérieur, en détruisant notamment la chapelle, pour y aménager un vaste hall, un grand escalier et un auditorium peint rouge-noir pour rappeler «un cœur en pulsation» .L'intervention est également signalée à l'extérieur: comme à l'Usine C, un écran Corten souligne l'entrée principale, chemin de la Côte-Sainte-Catherine, tandis que de grandes baies verticales ont été ouvertes sur toute hauteur de la façade pour souligner la présence de l'auditorium.24 Un des principes de base fondamental en conservation architecturale stipule qu'il faut, avec esprit critique et sensibilité, respecter la conception originelle de l'édifice de façon à en préserver l'intégrité et le caractère, notamment de ses façades.Cet ancien couvent ne constitue pas une oeuvre patrimoniale exceptionnelle.Néanmoins, compte tenu de son histoire, de son architecture et de la place qu'il occupe dans son environnement urbain, il possède une personnalité qui ne peut être assimilée à celle du Théâtre du Rideau Vert ou de l'Usine C.La démarche conceptuelle d'un architecte formé dans ce domaine consiste d'abord à identifier et à analyser les valeurs culturelles portées par un immeuble puis d'essayer d'atteindre la meilleure adéquation possible entre les nouveaux besoins à satisfaire et le bâti existant à valoriser.Pour prendre l'exemple du couvent, celui-ci possédait déjà un cœur: la chapelle, vaste volume ouvert sur deux étages, et situé au milieu du bâtiment.Il aurait été logique d'y loger l'équipement collectif le plus symbolique de la Faculté, à savoir la bibliothèque, en laissant intactes les façades.En appliquant leur recette sans égard à la typologie et au caractère de l'édifice, les architectes y ont greffé un nouveau cœur, frappant et efficace du point de vue des circulations, mais plus approprié à un théâtre qu'à une maison d'enseignement et engendrant des problèmes fonctionnels sérieux.Par exemple, l'importante salle du décanat et des études supérieures est privée de ventilation et d'éclairage naturel tandis que les corridors peu fréquentés entourant l'auditorium en jouissent abondamment! Quant à la bibliothèque, elle a été reléguée à une extrémité de l'édifice, dans des locaux sans grand intérêt.Cette approche de rénovation, basée sur le respect de l'intégrité d'un bâtiment et privilégiant des interventions cohérentes et intégrées, constitue également celle qui a le plus de chance de s'avérer la moins coûteuse.Les sommes substantielles qui ont été dépensées pour la destruction de la chapelle et pour les interventions inutiles sur les façades, lesquelles ridiculisent l'édifice existant par leur brutalisme, auraient été mieux employées à rénover les salles de cours, dont Mme Hénault dénonce l'état déplorable.UN PAVILLON DE VERRE VIDE Le problème du nouveau pavillon de verre qui rejoint les deux ailes arrières du bâtiment existant et loge les ateliers n'en est pas un d'expression ni d'intégration architecturale (sauf qu'il n'était pas nécessaire, là encore, d'empiéter sur les façades existantes, rue Darlington).Dans le cas d'un ajout du genre, il est parfaitement légitime de recourir à une expression contemporaine pour témoigner des valeurs de notre temps.Cependant, son concept d'ateliers ouverts n'est pas adapté aux usages pédagogiques prévus.Ce pavillon qui devait, selon les architectes, «refléter l'énergie créatrice des étudiants sur le campus et sur toute la ville», produit plutôt un effet anémique puisqu'il est déserté par ces derniers.Scandale: les étudiants en architecture ne devraient-ils pas être les premiers à être sensibles au plaisir sensoriel de l'espace sans cloison et des lignes pures?Cela prend plus que le plaisir visuel pour rendre une architecture appropriable.Dans un ouvrage ré- I cent portant sur l'évaluation des environnements de I travail, G.N.Fischer et J.C.Vischer identifient sept élé- r ments nécessaires au confort fonctionnel: le confort spatial et thermique, le contrôle des bruits des gens et de l'immeuble, la qualité de l'air, de l'éclairage et de la privacité.Le pavillon de verre ne répond d'une façon satisfaisante à aucun de ces critères.Est-il surprenant dès lors que les étudiants ne manifestent guère de respect pour son architecture, comme le déplore David Rose1.Le respect de l'architecture va de pair avec le respect des usagers.Les problèmes reliés à ce concept d'ateliers ouverts étaient prévisibles et les professeurs rompus à ce type d'enseignement ont multiplié les mises en garde, mais en vain.Se réfugiant derrière les règles dogmatiques du concours de l'OAQ, les responsables du projet et les architectes ont préféré sacrifier le bien être de générations d'étudiants plutôt que de questionner la pertinence de recourir à des modèles rigides des années 1950-60 (projets de Mies van der Rohe et de john Andrew, nous confirme Hénault), peu adaptables à l'enseignement tel qu'il a évolué depuis, notamment avec le développement de l'informatique.Cette approche du design «recette» ou «signature» peut être valable pour certains projets d'architecture.Mais elle n'a guère d'avenir, pour deux raisons évidentes, concernant la restauration, la rénovation et le recyclage des édifices, domaine appelé à fournir désormais la majorité du travail aux architectes québécois.En premier lieu, le Québec ne peut pas se vanter de son patrimoine bâti comme d'un trait dominant de sa culture et se comporter en fossoyeur lorsqu'il s'agit de le recycler.En second lieu, désireux d'adapter efficacement leurs bâtiments à de nouvelles affectations, ce ne sont pas tous les clients qui vont se laisser anesthésier par des métaphores creuses d'architectes et dépenser des sommes considérables sans obtenir les résultats recherchés.Dans cette période de reconstruction, accompagnée d'une diversification de la profession, il est important de reconnaître qu'il existe d'autres façons de faire de l'architecture, plus appropriées à la réalité contemporaine.Celles-ci n'évacuent pas l'excellence du design : mais la mettent au service de la culture matérielle et de la qualité d'usage et non de l'ego des architectes.Il faut avoir enfin l'intelligence d'investir dans la connaissance et dans des expertises variées, en étant ouvert aux réflexions qui se font au niveau planétaire dans le domaine de la mise en valeur de l'environnement bâti.NOTES 1.Gustave-Nicholas Fischer et Jacqueline C.Vischer, L'évaluation des environnements de travail: la méthode diagnostique., Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal et De Boeck Université, 1998.2 .David Rose, «A covent conversion» , The Gazette, April 25, 1998.ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE \u2019 ¦ \u2022 ¦ *'¦¦¦\u2022 À-.: .PARAITRA DORENAVANT 4 FOIS PAR ANNEE "]
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