ARQ, 1 mai 2004, Mai
[" 3?gSr Ji :kt# «.\u2022\u2022 «¦iiifeue 127 MAI 2004 **JW PROPOS SUR LE MAUSOLÉE DU BOISÉ DE L\u2018EST DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME-DES-NEIGES BNQ LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE minis -:!?\u2019 \" - JJJ :\t.T- f^Z mm.«T Le nouvel art de construire Le système ExpanproMC offre une solution efficace et économique pour ériger rapidement un édifice multirésidentiel.Il permet de fermer la coquille d\u2019un édifice de 30 000 pieds carrés sur six étages en moins de cinq semaines.Il est conçu pour satisfaire toutes les exigences architecturales et esthétiques et se prête bien à l\u2019utilisation de finis extérieurs variés, donnant toute l\u2019élégance et la durabilité voulues au bâtiment.Le mur porteur est constitué d\u2019une paroi structurale légère faite d\u2019acier galvanisé et d\u2019écrans pare-feux et pare-air, auxquels s\u2019ajoute un isolant en polystyrène à haute densité.Assemblé en usine dans des conditions idéales, il peut ^ être livré recouvert de béton polymère ou sans finition extérieure.Pour en connaître davantage sur ce produit, composez dès aujourd\u2019hui le 1-888-836-9807.Le Groupe Canam Manac est titulaire d'une licence délivrée en vertu de la Loi sur le bâtiment du Québec.Licence RBQ : 2634-2030-18 Projet :\tDomaine Duvernay Laval, QC Promoteur : Cholette et Morin Architecte : Antoine Chaloub EXPAN PRO Solutions créatives de construction 740, avenue Guy-Poulin Saint-Joseph-de-Beauce (Québec) GOS 2V0 Téléphone : (418) 397-1000 Télécopieur : (418) 397-1001 www.expanpro.com 51978 \t\t Sommaire\t\tÉDITORIAL \t5\tLA MONTAGNE A-T-ELLE UNE COULEUR ?Pierre Boyer-Mercier \t7\tLE VÉRITABLE CARACTÈRE DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME-DES-NEIGES Pierre-Richard Bisson \t19\tNOTES SUR LE PROJET TENACE DE CONSTRUIRE UN MAUSOLÉE ARCHITECTURÉ DANS UN PAYSAGE SACRÉ ET COMMÉMORATIF D/nu Bumbaru \t2G\tLES OBJECTIFS CONCEPTUELS ENCADRANT L'IMPLANTATION ET LE TRAITEMENT DU MAUSOLÉE DU BOISÉ DE L'EST DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME-DES-NEIGES Paul Faucher \t24\tMÉMOIRE PRÉSENTÉ LORS DES AUDIENCES DE L'OFFICE DE CONSULTATION PUBLIQUE DE MONTRÉAL CONCERNANT LE PLAN DIRECTEUR D'AMÉNAGEMENT DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME-DES-NEIGES Georges Adamczyk et Pierre Boyer-Mercier \t26\tCONSACRER OU CONSTRUIRE, LE CIMETIÈRE NOTRE-DAME-DES-NEIGES CONTRE LE MONT ROYAL ?Luc Noppen et Lucie K.Morisset \t34\tHOMMAGE À JEAN 0UELLET \t\t Editeur: Pierre Boyer-Mercier Membres fondateurs de la revue: Pierre Boyer-Mercier, Pierre Beaupré, Jean-Louis Robillard et Jean-H.Mercier.Membres du comité de rédaction: Georges Adamczyk, David Covo, Emilien Vachon, Borkur Bergman, Luc Noppen.Production graphique: Côpilia design inc.Directeur artistique: Jean-H.Mercier.Représentants publicitaires (Sales Representatives) : Jacques Lauzon et associés.¦\tBureau de Montréal: 100, Alexis Nihon, bureau 592 / Ville Saint-Laurent, Québec /H4M 2P1.Téléphone: (514) 747-2332 / Télécopieur: (514) 747-6556.¦\tBureau de Toronto : 1-800-689-0344.ARQ est distribuée à tous les membres de L'Ordre des architectes du Québec et de la Société des Designers d'intérieur du Québec Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada.© Art et architecture Québec: Les articles qui paraissent dans ARQ sont publiés sous la responsabilité exclusive de leurs auteurs.ISSN: 1203-1488.Envois de publications canadiennes: contrat de vente #40037429 ARQ est publié quatre fois l'an par Art et architecture Québec, organisme sans non-lucratif.Les changements d'adresse et les demandes d'abonnement doivent être adressés à: Art et architecture Québec / 86, rue Morin, Sainte-Adèle, Qc / J8B 2P7 / Tél.rédaction: (514) 523-7024; administration (450) 229-0551 Abonnements au Canada (taxes comprises): 1 an (4 numéros): 36,81 $ / 57,51 $ pour les institutions et les gouvernements.Abonnements USA 1 AN: (4 numéros) 50,00 $ / Abonnements Autres pays: 60,00 S.ARQ est indexé dans «Repères». Architect:.Zeidlèr Gannett (MUSlî .'EHBE iifro' VlSKE fi rr Mi w n CPÏ gig /t nx n n MHÎ rr mb cmm /urn: ~\"!\"P giEMiTi R RSi IR SK Eli T~FXS Préfabriqué \u2014 Une enveloppe e bâti nt durable Lorsqu il est question de protéger I intérieur de votre bâtiment contre l\u2019infiltration de l\u2019eau et de l\u2019air, le béton préfabriqué procure une enveloppe qui résiste aux rigueurs de la nature à travers le temps.Avantages fonctionnels du béton préfabriqué \u2022\tEnveloppe de bâtiment efficace \u2022\tPalette de couleurs et de textures \u2022\tPropriétés thermiques avantageuses \u2022\tIsolation acoustique Resistance au feu Durabilité - peu ou aucun entretien Capacités structurales Avantages pour le chantier Possibilité d un seul intervenant responsable Economie de temps Economie de frais d\u2019installation Fermeture rapide Programmation des corps de métier Niveau de bruit peu élevé 100-196 avenue Bronson, Ottawa, Ontario, Canada KIR 6H4 Tel: (613) 232-2619 Fax: (613) 232-5139 Sans Frais: 1-877-937-2724 E-mail: info@cpci.ca > Contactez-nous pour plus de renseignements Localisez le préfabricant le plus près de chez vous en consultant le site www.precastsearch.com mm www.cpa.ca INSTITUT CANADIEN DU BÉTON PRÉFABRIQUÉ ET PRÉCONTRAINT Lê Béton Préfabriqué.Votre Alternative! www.ri N OX I NC COM wr _L .&èu, ' «ma ST'* ¦*/« HH T' A AVANT-GARDISTE, RINOX INNOVE GRACE A SA GAMME DE PRODUITS A L'ESTHÉTISME EXCLUSIF QUI SAURONT VOUS INSPIRER DANS VOS PLUS BELLES RÉALISATIONS INTÉRIEURES ET/OU EXTÉRIEURES.LAISSEZ LIBRE-COURS À VOTRE IMAGINATION AVEC DES PRODUITS QUI SURPASSENT LES NORMES DE QUALITÉ DE L'INDUSTRIE.HT RINOX RIVE-NORD 450.477.4669 Montréal 514.990.9377 EXTÉRIEUR 1 888.855.9999 TÉLÉCOPIEUR 450.477.0999 3200 BOUL.DES ENTREPRISES, TERREBONNE (QÇ) J6X 4J8 LA CRÉATION LES CREATEURS DES PRODUITS RINOX VOUS PROPOSENT LE FRUIT DE LEUR TALENT DANS LES DOMAINES DE L\u2019AMENAGEMENT att rrr>\\ nr^r nr ta nf attp atttau paysager, de la maçonnerie et du revêtement AU jhKVICh Uh LA KLAL1NV1IOJN mural décoratif. EXTREMA RESISTENZA ESTREMA, INTENSA EMOZIONE JleA.GoUectio*ui porcelaine, céramique, vinyle, tapis montréal : 514.336.4311 québec : 418.653.5267 La montagne a-t-elle une couleur ?Pierre Boyer-Mercier «à quoi sert-n à un peuple Une question pour le moins pertinente suite à la pa- Pour faire la lumière sur la vraie nature du cime-de protéger son patrimoine rution d\u2019un entrefilet dans La Presse de mercredi le\ttière Notre-Dame-des-Neiges et sur la concordances s'il n en produit plus?»\t24 mars dernier qui annonçait dans une déclaration\tinhérente des mausolées, nous reproduisons inté- Pierre Perreault laconique que «les projets de mausolée du boisé de\tgralement dans les pages qui suivent, une partie de l\u2019est (du cimetière Notre-Dame-des-Neiges) ne rece-\tla réponse de Pierre-Richard Bisson au rapport de vront jamais l\u2019assentiment d\u2019une majorité de citoyens\tla Commission des biens culturels du Québec sur et de représentants de la société civile peu importe\t«L'avenir du mont Royal».Un rapport qui a sans doute les efforts consentis pour intégrer le bâtiment à la to-\tconsolidé la position des opposants et de «la majorité pographie locale ».Un communiqué qui confirme l'at-\t(non démontrée.) de citoyens», titude inflexible de l\u2019Office de consultation publique de Luc Noppen et Lucie K.Morisset, deux autres Montréal (formé de conservationistes reconnus) dont\thistoriens parmi les plus réputés du Québec, préco- «la stratégie est simple, écrit Paul Faucher, l\u2019architecte\tnisent dans leur article «Consacrer ou construire / du projet du mausolée «l'évolution patrimoniale sur\tle cimetière Notre-Dame-des-Neiges contre le mont la montagne doit cesser à partir de MAINTENANT,\tRoyal», une caractérisation encore plus pointue que point à la ligne».\tcelle de Bisson, déclarant le cimetière «typiquement L\u2019ambiguïté de l\u2019argumentation des opposants au\tmontréalais».Tous les trois dénoncent la confusion mausolée se situe, à notre avis, entre une position\tdes genres entre le concept de parc et de cimetière incontournable d\u2019immobilisme et une incapacité à re-\tvéhiculée par le rapport de la Commission des biens connaître qu\u2019une intervention sensible puisse enrichir\tculturels du Québec et reconnaissent unanimement un contexte tel que celui du cimetière, voire du mont\tla compatibilité inhérente des mausolées au cime- Royal lui-même: ils n\u2019ont, de fait, jamais critiqué la\ttière Notre-Dames-des-Neiges.Plus encore écrivent qualité du projet soumis étant plutôt prédisposés à lui\tpertinemment Luc Noppen et Lucie K.Morisset, la tourner le dos à priori.Pis encore, s\u2019ils s\u2019en réfèrent\tconservation du cimetière passe d'abord par le main- au fond du problème, leurs démonstrations s\u2019écha-\ttien de ses activités.À un conservatisme à outrance faudent souvent (consciemment ou pas) sur des im-\ts\u2019oppose parfois le bon sens, précisions favorables à leur cause : la caractérisation du lieu, celle de «cimetière-jardin», avancée par la Commission des biens culturels du Québec et retenue avantageusement par l\u2019O.C.P.M., ne soutient pas, au préalable la thèse d\u2019une implantation de mausolée.L\u2019O.C.P.M., même instruite de l\u2019expertise antinomique du regretté historien de l'architecture, Pierre-Richard Bisson, n\u2019a pas jugé bon de se raviser.Inquiétant et choquant acharnement de la part d\u2019une nécessaire vigie qui devait savoir faire la part des choses.À une résistance opiniâtre, tous les arguments sont bons, même les plus fallacieux.On voit ce que l\u2019on veut bien voir et on détourne opportunément les yeux de bien plus malignes tumeurs; le scandaleux stationnement devant la maison Smith, où logent les Amis de la montagne, en est un exemple probant : un stationnement d\u2019où la visibilité des mausolées, a-t-on dit sans rire, créerait un impact visuel trop important sur un territoire fragile.JEAN OUELLET 1922-2004 La rédaction de la revue transmet des plus sincères sympathies à la famille de Jean Ouellet, décédé le 6 mars dernier.Jean, un collaborateur de première heure de la revue avec qui il entretenait une correspondance régulière, a toujours pratiqué l\u2019architecture comme une vocation, une démarche qui nous inspire et nous soutient.ARQ, LA REVUE DARCHITECTURE, MAI 2004 5 Bientôt me deuxième amme Sous peu, Hanson mettra en opération son deuxième four de briques d'argile à La Prairie.La disponibilité de ce produit de qualité, l'expérience et le service auquel vous vous attendez du seul manufacturier de briques d'argile cuites au Québec en seront alors accrus.Allez-y, enflammez votre imagination - nous allumerons bientôt le four.Pour de plus amples informations, composez 1-877-HANSON8 aujourd'hui même ou visitez notre site Internet www.hansonbrick.com pour découvrir notre collection complète.2004 Briques Hanson.Tous droits réservés.\":Hanson Le reflet d'une brique \u201dc LE VÉRITABLE CARACTÈRE DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME DES NEIGES Pierre-Richard Bisson\tLE VÉRITABLE CARACTÈRE DU CIMETIÈRE UN ÉMULE DU CIMETIÈRE DU PÈRE-LACHAISE, À PARIS Un article paru dans le journal La Minerve le 14 décembre 1852, c\u2019est-à-dire, à un moment où la création d\u2019un nouveau cimetière est déjà décidée, dit clairement que la Fabrique de la paroisse Notre-Dame est «disposée à ne rien épargner pour le rendre tout à fait convenable pour le but auquel il est destiné .(et) à en faire un second Père Lachaise».La chose n\u2019est pas surprenante: a)\tparce que le cimetière parisien, inauguré en 1804, avait à cette époque acquis une réputation internationale, b)\tparce que Jean-Baptiste Bréguier, dit Saint-Pierre, le Curé de la paroisse Notre-Dame qui préside aux assemblées de la Fabrique et qui est par surcroît Supérieur du Séminaire de Saint-Sulpice, est surtout natif de France, susceptible non seulement d\u2019avoir une connaissance directe du cimetière du Père Lachaise, mais aussi de connaître le riche débat qui avait agité son pays d\u2019origine pendant près d\u2019un siècle avant l\u2019ouverture de celui-ci quant à la forme souhaitable pour les futurs cimetières.LE CIMETIÈRE DU PÈRE LACHAISE N\u2019EST PAS UN CIMETIÈRE-JARDIN Plusieurs auteurs ont dit que le cimetière du Père Lachaise avait inspiré les cimetières-jardins américains.C\u2019est vrai, mais il faut voir à quel égard.Comme on le dit très clairement dans le Plan directeur du cimetière Mount Auburn, ce n\u2019est pas au niveau de l\u2019aménagement du paysage, pour lequel son créateur Dearborn «had turned to the English ideals» (Mount Auburn Cemetery Master Plan, vol.II, p.12).C\u2019est surtout le culte des grands hommes, très fort en France depuis le Siècle des Lumières, les Encyclopédistes et la Révolution, ainsi que la beauté des monuments du Père Lachaise qui ont intéressé les Américains anxieux d\u2019immortaliser leurs héros au lendemain de leur guerre Indépendance.D\u2019autres auteurs précisent que Mount Auburn .«.lance la mode du cimetière paysager qui se démarque ostensiblement du modèle français.» (Vovelle, Michel.«A la croisée des mémoires», dans: Healey, Catherine, Bowie, Karen et Bos, Agnès (éd.).Le Père-Lachaise, Action artistique de la Ville de Paris Paris 1998, p.30) «.defined a new kind of «romantic» cemetery landscape, replete with winding paths and deep forest shade in a natural setting.initially planned as an arboretum» (Jackson, Kenneth T.et Vergara, Camilo José, Silent Cities.The Evolution of the American Cemetery, p.18-20), ce qui n\u2019était pas le cas du cimetière du Père Lachaise, même s\u2019il a été établi sur les terrains de la villa du confesseur de Louis XIV, qui était comme le roi, un grand amateur de jardins .à la française.Mieux, plusieurs visiteurs américains se sont plaints au XlX'siècle du caractère trop formel du cimetière du Père Lachaise.Un certain D.W.Chever trouve dans les années 1860 que «the hand of man was too evident» (cité par Jackson & Vergara, op.cit., p.17).Son avis est corroboré par l\u2019auteur anonyme qui publie l\u2019article «Burial» dans The North American Review en 1861: «Artificial landscape, prime parterres and mathematically clipped bowers give it too much that stiff and constrained aspect which is the failure of Versailles.Ostentatious monuments .are laid on streets, instead of scattered about the grounds.» (Ibidem) Si on regarde les premiers plans (voir illustration 1) que l'on possède du Père Lachaise - ceux de son premier concepteur Alexandre-Théodore Brongniart, un architecte de formation classique, élève de Blondel et de Boullée - on constate une dualité d\u2019esprit frappante: a)\td\u2019une part, de grandes avenues rectilignes bordées d\u2019arbres rigoureusement alignés et des projets de grands monuments, dont celui d\u2019une énorme pyramide (voir illustration 2), correspondant dans les deux cas au désir d\u2019établir le cadre solennel qui convient à la gravité du passage de la vie à trépas ainsi qu\u2019à la pompe des cortèges, b)\td\u2019autre part, des allées piétonnes, serpentines et plus étroites, situées à l\u2019intérieur des îlots découpés par les grandes avenues, et des plantations aléatoires destinées à ombrager de manière romantique les ouvrages funéraires et à créer un refuge pour la douleur et le recueillement des proches des défunts.N.D.L.R.Suite au rapport * de la Commission des biens culturels du Québec sur le caractère du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, nous publions intégralement une étude du regretté historien de l\u2019architecture, Pierre-Richard Bisson, sur le véritable caractère du cimetière et ses conclusions sur l'opportunité d\u2019y implanter un mausolée * L\u2019avenir du mont Royal, mars 2003 1.Plan du cimetière du Père-Lachaise à Paris par Alexandre-Théodore Brongniart 1813 (Tiré du catalogue de l'exposition Alexandre-Théodore Brongniart 1739-1813.Architecture et décor, tenue au Musée Carnavalet à Paris en 1986, p.286.).2.Plan du cimetière Notre-Dame-des-Neiges par Henri-Maurice Perrault, 22 octobre 1854.Transcription par Pierre-Richard Bisson, situee par rapport aux limites actuelles de la propriété.(Tirée du Plan directeur du cimetière vol 1 d 56 Montréal, déc.1999).\t\u2019\t'\t\u2019 \u2022* - - r-ir1\t*.EVT VI Chemin Remembrance 3ÊÊÈ mm mmm immun! mg®!® Y*\"/* MAI 2004 7 LE VÉRITABLE CARACTÈRE DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME DES NEIGES Il s\u2019agit là d\u2019une synthèse équilibrée des deux courants qui s\u2019affrontaient à Paris depuis les dernières années du régime monarchique.a)\tLe mouvement «classique-romantique» qui proposait en réaction aux formes gracieuses du style Louis XVI, des volumes austères et grandioses, hors d\u2019échelle sinon à celle de la Nation, où l\u2019architecture domine et où même la nature est assujettie à cette vision monumentale.Boullée, Ledouxet Le-queu ont été les principaux exposants de ce mouvement (voir illustration 3).On trouve chez eux comme dans de nombreux projets de cénotaphes ou de cimetières élaborés par divers architectes à titre privé, ou lors de concours organisés (entre 1765 et 1787) par l\u2019Académie royale d\u2019architecture (voir illustration 4), plusieurs exemples de pyramides funéraires qui sont les modèles de celle du cimetière du Père-Lachaise, laquelle a été mise en chantier mais discontinuée après le retour des Bourbons, pour des raisons économiques mais aussi parce qu\u2019elle projetait beaucoup trop une image égypto-napoléonienne.b)\tLe mouvement «naturaliste-romantique» qui proposait plutôt des aménagements bucoliques inspirés par la philosophie de Jean-Jacques Rousseau, par la vision de peintres de paysage comme Hubert Robert et par les jardins à l\u2019anglaise comme ceux du Hameau de Trianon et de Bagatelle.Dans le domaine funéraire, deux réalisations très prisées du public peuvent à coup sûr être considérées comme les modèles directs des bosquets du Père-Lachaise.La première est le jardin paysager que le marquis de Girardin a aménagé à partir de 1766 sur sa propriété d\u2019Ermenonville avec le secours du poète anglais William Shens-tone (propriétaire et concepteur des jardins de Leasowes qui étaient internationalement réputés à cette époque) et du peintre de paysage alsacien Jean-Marie Morel.Ce jardin est célèbre pour les tombeaux ou cénotaphes que Girardin y a implantés à partir de 1778 et surtout pour celui de Jean-Jacques Rousseau sur la petite île des Peupliers qui devint un véritable lieu de pèlerinage (voir illustration 5) : Louis XVI et Marie-Antoinette, l\u2019empereur d\u2019Autriche Joseph II et le roi de Suède Gustave III, l\u2019ambassadeur américain Benjamin Franklin, Mirabeau, Saint-Just, Danton, Robespierre et Napoléon y sont entre autres venus s\u2019incliner sur le sarcophage à l\u2019antique du philosophe, entouré d\u2019un cercle de peupliers de Lombardie.Au passage, il faut noter que ce type de tombeau, hors du giron de l\u2019Église ne pouvait guère être pratiquée que par, ou pour, les libres penseurs auxquels le clergé aurait de toute manière interdit la sépulture ecclésiastique.La seconde est l\u2019Élysée, ce jardin d\u2019art funéraire créé en 1796 par le peintre Alexandre Lenoir dans le cadre du premier Musée des monuments français, où les tombeaux soustraits au vandalisme révolutionnaire étaient disposés de façon capricieuse au milieu de plantations aléatoires et offerts à la contemplation du public (voir illustration 6).Ce faux cimetière-jardin, qui a eu le mérite de sauver quelques œuvres d\u2019art remarquables, de provoquer les recherches historiques d\u2019Arago et de Michelet, et d\u2019inspirer plusieurs artistes et écrivains (David, Ingres, Théophile Gauthier, Victor Hugo,.) était toutefois loin défaire l\u2019unanimité.Vertement décrié par l\u2019Eglise catholique, par le sculpteur Deseine et par l\u2019Académicien Quatremère de Quincy, il a finalement été fermé par le roi Louis XVIII et les sculptures qu\u2019il contenait ont été dispersées.Si maintenant on regarde le cimetière du Père-Lachaise à l\u2019époque de la création du cimetière Notre-Dame-des-Neiges (1854), on constate d\u2019abord qu\u2019il a été agrandi à 5 reprises (1824,1829,1832,1842 et 1850) de façon à pouvoir répondre à l'engouement qui n\u2019avait pas été prévu à l\u2019origine pour les «concessions à perpétuité».On remarque surtout que le dernier agrandissement de 17 hectares - une surface aussi considérable que le territoire initial - a été structuré par une grille sévère d\u2019avenues orthogonales.Les concessions, qui s\u2019y alignent de manière absolument régulière, révèlent un changement d\u2019attitude fondamental: on cherche maintenant une gestion optimisée de l\u2019espace, basé sur un véritable cadastre et une densité maximale (voir illustration 7).Projet de cénotaphe par Étienne-Louis Boullée.(Tiré de: Colvin, Howard.Architecture and The After-Life.New Haven and London, Yale University Press, 1999.P.357, fjg.340).Projet d\u2019Élysée ou cimetière public avec cryptes sur deux niveaux et de vastes coupoles par Guignet, 1799.Elévation et coupe.(Tiré de: Remerand, Pierre.«Projets de cimetières» dans Healey, Catherine; Bowie, Karen et Bos, Agnès.Le Père.Lachaise.Paris, Action artistique de la ville de Paris, 1998, p.49.?Qûû ¦DœonMHl ifiiSiliH Dans la partie initiale du cimetière, les tombeaux s\u2019étaient multipliés, entassés de façon irrégulière, empiétant toujours un peu plus sur le végétal.Les chapelles funéraires ou édicules donnant accès aux caveaux familiaux, qui dans le projet de Brongniart, étaient limités à la périphérie ou à certains points-repères du site, étaient devenus monnaie courante (voir illustration 8).Les visiteurs y venaient toujours en promenade, à la recherche de célébrités mais l\u2019aménagement plaisait de moins en moins, principalement en raison de l\u2019évolution du goût dans la première moitié du XIXe siècle.Le romantisme qui prévalait encore dans les années 1830 avait cédé le pas au néo-classicisme.On commence à trouver que le cimetière du Père-Lachaise manque d\u2019ordre, de caractère et de dignité.Dans un mémoire au Conseil municipal de Paris, un certain A.de Saint-Yon écrit en 1849 que les monuments sont «jetés çà et là sans ordre et sans symétrie», qu\u2019ils «offrent à la vue un pêle-mêle désagréable» et souhaite que l\u2019on construise près de Paris «un Campo Santo», qu\u2019il voit comme un «amphithéâtre régulier de galeries couvertes et espacées entre elles» (cité par Pierre-Émile Follacci et Astrid Hervieu, dans .«Les agrandissements successifs», in: Healey, Catherine, Bowie Karen et Bos, Agnès: op.oit, p.71).PARIS, PHARE DES SULPICIENS DE MONTRÉAL Tout cela se passe avant la création du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Paris, qui est toujours le phare des Messieurs de Saint-Sulpice, lesquels dirigent les destinées du Séminaire et de la Paroisse Notre-Dame.À ce propos, on lira avec profit la biographie de Mgr Jean-Jacques Lartigue, premier évêque de Montréal(publiée en 1980 chez Fidès par Gilles Chaussé) et l\u2019article de Raymond Montpetit intitulé «La construction de l\u2019église Notre-Dame: quelques pistes pour une interprétation socio-historique», paru dans les Actes du Colloque organisé par la Société historique de Montréal, publiés en 1990 chez Leméac sous le titre Montréal au XIXe siècle.Des gens, des idées, des arts, une ville.On y lit que: 5.Tombeau de Jean-Jacques Rousseau par Hubert Robert à Ermenonville, 1788 Gravure par Donnet.1824.(Tiré de Linden-Ward, Blanche.Silent Citv on a Hill.Landscapes of Memory and Boston\u2019s Mount Auburn Cemetery.Columbus, Ohio State University Press, 1989.P.70).ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE V7; *>' #\t'}J \u2022 \u2014 «Le Séminaire, grâce à l\u2019arrivée inespérée de Sulpiciens français de 1793 à 1802 .devint, par la force des choses, pour longtemps une communauté de 'Français' «(Chaussé, p.55), et que «en 1833 par exemple, sur vingt-trois prêtres agrégés au Séminaire, huit seulement sont Canadiens» (Montpetit, p.155) et aussi que, dans le cadre de la rivalité entre les Sulpiciens et l\u2019évêque de Montréal, la logique amenait les premiers à «recruter en France le plus grand nombre possible de prêtres; restreindre l\u2019admission de sujets canadiens; réserver enfin aux Français les charges importantes de la Maison, telles le supériorat du Séminaire et la cure de l\u2019église paroissiale» (Chaussé, p.103) Il faut aussi rappeler que même les Sulpiciens d\u2019origine canadienne étaient imprégnés de culture française, non seulement au contact de leurs collègues français, mais parce qu'ils faisaient eux mêmes au moins leur «Année de Solitude» dans leur maison d\u2019Issy-les-Moulineaux, en banlieue de Paris.LE PAYSAGE DES ÉTABLISSEMENTS SULPICIENS Quand on regarde les aménagements réalisés par les Sulpiciens sur leurs propriétés, on est frappé par la récurrence des dispositions axiales ou symétriques, des jardins formels et des grandes allées rectilignes marquées d\u2019arbres à haute tige régulièrement espacés.Pour s\u2019en convaincre, nous présenterons ici huit (8) exemples: les jardins du Séminaire de Saint-Sulpice dans le Vieux-Montréal, ceux du Fort des Messieurs, du Grand Séminaire et du Collège de Montréal sur la rue Sherbrooke, les aménagements du Séminaire de Philosophie et de la Ferme sous les Noyers sur les flancs du mont Royal, ceux du Collège Grasset, du Presbytère d\u2019Oka et du Camp Olier.Bien qu\u2019à des degrés divers, ils sont tous empreints du même esprit classique.a) Les jardins du Séminaire de Saint-Sulpice, dans le Vieux-Montréal.6.Le Jardin Elysée du Musée des Monuments Français, par Alexandre Lenoir, 1794.Toile de Hubert Robert (Tiré du catalogue de l'exposition Jardins en France 1760-1820 Pays d'illusion.Terre d\u2019expériences, tenue en 1977 à l\u2019Hôtel de Sully à Paris.P.149).PLACE/ GAMBEÇÜ Entrée /\t83 'ôurqet ZONE 'principale 7.Plan du cimetière du Père-Lachaise, après les 5 agrandissements.(Tiré de: Pérouse de Montclos.Jean-Marie (dir.).Le guide du patrimoine - Paris.Paris.Hachette - Caisse nationale des monuments et des sites, 1994.P.394-395).MAI 2004 9 VÉRITABLE CARACTÈRE Les plans du XVI IIe siècle indiquent que les jardins étaient alors composés de douze (12) parterres réguliers, divisés par des allées rectilignes.Par la suite réduits à neuf (9), notamment à cause de l\u2019implantation de la nouvelle église Notre-Dame et d\u2019autres bâtiments dans l\u2019enclos du Séminaire, ils ont néanmoins toujours conservé, et présentent encore malgré leur réaménagement au XIXe siècle, le même caractère formel où la nature est régie par la géométrie.A leur propos, on pourra consulter avec intérêt le rapport d\u2019étude (inédit) préparé par Marie-Claude Robert et associés intitulé Séminaire de Saint-Sulpice.Aménagement des jardins (Montréal, juin 1995) et I\u2019 Étude de mise en valeur du Séminaire de Saint-Sulpice, vol.2: Les bâtiments, les cours et le jardin réalisée en novembre 1998 par M.Jacques Des Rochers, b) Les jardins du Fort des Messieurs, au Domaine de la Montagne Les Sulpiciens ont commencé à développer leur Domaine de la Montagne dès 1666, alors qu\u2019il leur servait essentiellement de réserve de bois.Dix ans plus tard, ils y ont implanté une mission pour évangéliser les Indigènes et certains d\u2019entre eux y résident dès 1677.Venu de France en 1680 pour «s\u2019occuper des sauvages sédentaires de la Montagne» le sulpicien François Vachon de Belmont - qu\u2019OIivier Maurault décrit comme un «homme supérieur, d\u2019une éducation raffinée, tout à fait \u2018grand siècle\u2019 « (Marges d\u2019histoire, vol.Ill, p.31, Montréal, 1930) y construisit une chapelle et une maison pour les missionnaires, ornée d\u2019un perron en fer à cheval, «souvenir de Fontainebleau» .aligna les cabanes des sauvages en un ordre harmonieux .et fit jaillir une fontaine.» (Ibidem) Monsieur Louis Tron-son, Supérieur du Séminaire Saint-Sulpice de Paris, à qui Vachon de Belmont décrit les travaux qu\u2019il a accompli, lui répond que « S\u2019il ne fallait point passer la mer pour y aller, je crois que M.le Boiteulx, qui est maintenant le grand fontai-nier d\u2019Issy et qui y a découvert une nouvelle source, se résoudrait aisément d\u2019aller voir votre belle fontaine, et qu\u2019il vous donnerait le moyen de la faire jeter comme les nôtres.Car on dit que ce serait un grand sujet d\u2019admiration pour les sauvages et qu'ils iraient tous voir cette merveille.» (Id, p.33) Ce qui tend à démontrer que la filiation entre la France et la Nouvelle-France pouvait être souhaitée aussi bien par la métropole que par la colonie, et que le modèle disponible est bien celui des jardins à la française.Des aménagements antérieurs à 1694, on sait encore, soit par les dessins qui en sont restés ou par les descriptions qu\u2019on en a donné, que le bâtiment était du genre petit manoir symétrique, que la palissade qui l\u2019entourait était régulière et marquée de quatre tours d\u2019angles - dont deux subsistent encore aujourd\u2019hui sur la rue Sherbrooke -.que le jardin qui se trouvait à l\u2019intérieur de cette enceinte était un jardin formel sur plan carré, possédant sa propre clôture, et divisé en quatre parterres par des allées rectilignes perpendiculaires l\u2019une à l\u2019autre.c) Les alignements de la «Ferme sous les Noyers» On désigne sous ce nom une autre portion du Domaine de la Montagne que les Sulpiciens ont aménagée entre 1803 et 1807, à la fois comme jardin d\u2019utilité et comme jardin d\u2019agrément.La résidence qui y fut construite a servi de maison de campagne aux étudiants du Petit Séminaire (l\u2019ancien Collège de Montréal, rue Saint-Paul) puis aux Sulpiciens du Grand Séminaire après la démolition de l\u2019ancien Fort des Messieurs.Vue du cimetière du Père-Lachaise (Tirée de Jackson, Kenneth T.et Vergara, Camilo José, Silent Cities.The Evolution of the American Cemetery.New York.Princeton Architectural Press.1989.P.16).Vue de la Ferme sous les noyers, à Montréal, vers 1925.Archives du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, Fonds René Marinier, p.s.s.(Tiré de: Des Rochers, Jacques.La ferme sous les noyers .11).v ¦\tvL ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE mm ¦ma .- \u2022 mm ; -L - - x'Z.fd-'ï- .\u2019T\u2014?\u2018lc.; L».rd 8&É: \u2022\u2022\u2022' ¦ ¦ >>?\u2022 .?¦¦¦>'¦ h *4.KK ¦Hen -r-c-IZSS^ 2^sr^ '¦*.:\\y 2*jT*i V*H-3V>i> * en 1700.(Olivier Maurauit, op.cit., p.53).Ce «lac» - qui, comme l\u2019ancien étang du cimetière l\\lotre-Dame-des-Neiges, a longtemps contenu une petite cabane pour des canards - est entouré par une agréable promenade jalonnée d\u2019arbres à haute tige régulièrement espacés (voir illustration 10).Les cours de récréation des élèves du Grand Séminaire et du Collège de Montréal étaient aussi dotées d\u2019aménagements d\u2019esprit classique (terrasses, alignements réguliers d\u2019arbres) qui sont contemporains des aménagements faits par la Fabrique de la Paroisse au cimetière Notre-Dame-des-Neiges (voir illustration 11).e) Les jardins du Séminaire de Philosophie La photo aérienne publiée dans La Compagnie de Saint-Sulpice au Canada 1657-1957révèle clairement la présence d\u2019aménagements paysagers distincts, et notamment des Le plan de Sitwell et Jervois, réalisé en 1868-1869 à titre de relevé des fortifications de ITIe de Montréal, nous y montre plusieurs alignements d\u2019arbres sur la terrasse située devant la façade sud du bâtiment et le long de l\u2019allée d\u2019accès depuis la rue Sherbrooke.Par ailleurs, deux photographies provenant du Fonds de René Marinier p.s.s.conservé aux Archives du Séminaire de Saint-Sulpice de Montréal, nous en montrent l\u2019apparence vers 1905, et vers 1925 respectivement (voir illustration 9).Alors qu\u2019une allée double jalonne l\u2019accès à la ferme, deux autres sont respectivement plantées sur la terrasse servant de promenade et sur le talus en contrebas de celle-ci.(Pour plus d\u2019information sur cet aménagement, on consultera l\u2019étude réalisée en juin 1999 pour le Ministère de la Culture et des Communications par Monsieur Jacques Des Rochers, La ferme sous les noyers.Évolution du site: Forme et usages du paysage.) d) Les aménagements du Grand Séminaire et du Collège de Montréal s\u2019agit cette fois des aménagements paysagers qui se trouvent sur les côtés nord et ouest de ces institutions, érigées au XIXe siècle à l\u2019emplacement du Fort des Messieurs.L\u2019élément le plus remarquable est «une pièce d\u2019eau, un canal pavé en pierre .lac aux lignes géométriques» qui aurait été creusé par M.de Belmont lors d\u2019une crise de chômage, MAI 2004 11.Cour de récréation du Grand Séminaire et du Collège de Montréal, à Montréal.(Tiré de: La Compagnie de Saint-Sulpice au Canada.1657-1957).12.Vue aérienne du Séminaire de Philosophie, à Montréal, vers 1957.(Tiré de: La Compagnie de Saint-Sulpice au Canada.1657-1957).10.Jardins du Grand-Séminaire, à Montréal.Vue du bassin surnommé «le lac».(Tiré de- Grand Séminaire de Montréal, album du centenaire 1840-1940.P.79 VÉRITABLE CARACTÈRE allées régulièrement plantées d\u2019arbres, principalement des peupliers de Lombardie, à l'ouest du bâtiment et en périphérie de la propriété (voir illustration 12).f)\tLe Collège André-Grasset A l\u2019origine, la voie d\u2019accès à cette maison d\u2019enseignement était bordée sur sa face sud d\u2019une majestueuse allée de peupliers (voir illustration 13).g)\tLes jardins du presbytère d\u2019Oka Situés en bordure du lac des Deux-Montagnes, ces jardins s\u2019inscrivent dans la continuité de l\u2019esprit qui était déjà celui des jardins du Séminaire de Saint-Sulpice dans le Vieux-Montréal: parterres orthogonaux et allées rectilignes (voir illustration 14).h)\tLe camp de vacances au lac Olier Cet aménagement temporaire n\u2019a en soi que peu d\u2019importance.Il est par contre extrêmement révélateur de l\u2019esprit de rigueur formelle qui a toujours marqué les aménagements des Sulpiciens.Comme les cabanes des «sauvages» étaient alignées «dans un ordre harmonieux» au Fort de la Montagne, de même les tentes des campeurs sont ici disposées selon un carré rigoureux qui définit le lieu des activités collectives.Il procède manifestement des campements militaires romains (voir illustration 15).Aucun des aménagements des Sulpiciens n\u2019a dérogé à ce goût de l\u2019ordonnance régulière, classique, simple mais empreinte de grandeur.Les zones naturellement boisées sont laissées à leur «désordre» mais les parties aménagées, obéissent à un ordre géométrique et à la logique environnementale.Les arbres que l\u2019on plante en bordure des allées appartiennent toujours à des espèces locales, sans recherche de diversification, encore moins d\u2019exotisme comme c\u2019est le cas dans un arboretum.Comme dans le parc de Versailles, la majesté vient de l\u2019ordonnance, du rythme répétitif, du port aristocratique des arbres aux troncs droits et élancés.Admirables en eux-mêmes, il ne constituent qu\u2019un cadre et ne cherchent pas à voler la vedette aux sculptures, bassins, fontaines, et constructions qui jalonnent le parcours ou peuplent les bosquets,.et encore moins aux gens qui s\u2019y promènent.L'HERITAGE D'UNE LONGUE TRADITION CLASSIQUE CONSACRÉE PAR LA FRANCE Les Grecs ont connu par l\u2019intermédiaire de Xénophon les jardins géométriques des Perses, souvent divisés en «quartiers» poursymboliser les régions du monde.Ils ornaient les abords de leurs temples d\u2019arbres fruitiers plantés symétriquement.Leurs philosophes aimaient deviser en déambulant dans les allées plantées attenant à divers bâtiments publics, qu\u2019il s\u2019agisse du gymnase de l\u2019Académie pour Platon ou du Lycée d\u2019Aristote et des «Péripatéticiens».A partir de la période hellénistique (IVe siècle avant J.-C.), ils ont été préoccupés par le dialogue et l\u2019équilibre entre l\u2019architecture et la nature.Les Romains ont par la suite doté leurs villas de péristyles formels et de jardins extérieurs (appelés xystus), dont l\u2019axe correspondait à celui de l\u2019édifice.Des nymphées ou autres petites constructions ornaient les jardins alors que des fresques reproduisant des paysages agrémentaient souvent l\u2019intérieur des maisons (par exemple celle de l\u2019impératrice Livia, à Prima Porta).Le mode de vie que nous décrit Pline le Jeune dans son Histoire Naturelle, avec ses trois prome- 13.Le Collège André-Grasset, à Montréal, vers 1957.(Tiré de: La Compagnie de Saint-Sulpice au Canada.1657-1957).14.Vue aérienne des jardins du presbytère d'Oka, vers 1957.(Tiré de: La Compagnie de Saint-Sulpice au Canada.1657-1957).15.Vue aérienne des jardins du presbytère d\u2019Oka, vers 1957.(Tiré de: La Compagnie de Saint-Sulpice au Canada.1657-1957).ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE 'S 4.^: WWs J/j; Willi1- i|*Ék ccupéspar nature.imtes s que des et suives! f* ¦: : b prome- nades quotidiennes, explique l\u2019importance des allées et des portiques dans les jardins de plaisance romains.Le Moyen-Age a surtout valorisé le «hortus conclusus», jardin emmuré, mais lui aussi régi par une stricte géométrie cartésienne.La Renaissance italienne a redécouvert le jardin antique par l\u2019intermédiaire des écrits laissés par les Grecs et les Romains, (notamment par Cicéron, Varron, Vitruve et Palla-dius) ou par l\u2019étude des traces laissées par quelques glorieux exemples (par exemple les jardins de Lucullus à Rome et ceux d\u2019Hadrien à Tivoli).C\u2019est sur cette base que Pirro Ligorio a conçu les jardins de la Villa d\u2019Este, en 1550 et qu\u2019Alberti a développé les théories de l\u2019aménagement des jardins et des villes qui figurent dans son «De Re aedificatoria».C\u2019est en outre le point de départ des villas médicéennes à Florence.Le goût de la géométrie et des allées de promenade y est frappant (voir illustration 16).16.Deux schémas relatifs au plan et à l'organisation de ('espace dans les jardins italiens de la Renaissance.Détails du jardin de La Petraia, près de Florence et du jardin de la villa d'Este.à Tivoli.(Tiré de: Mader, Gunter et Neubert-Mader, Laila.Jardins italiens.Fribourg, Office du Livre, 1987.P.20, fig.28, g et h).La riche tradition classique qui est celle des Sulpiciens a semble-t-il été introduite en France à l\u2019époque de François 1er et d\u2019Henri II grâce à des jardiniers italiens comme le napolitain Pacello da Mercogliano qui aurait créé vers 1500 une allée près du château de Blois, ou certains autres de la suite de Catherine de Médicis auxquels seraient imputables les jardins de Fontainebleau (allées plantées de plusieurs rangées d\u2019arbres en bordure du Grand Étang, et du canal, entre 1528 et 1565).C\u2019est encore sous l\u2019impulsion de Catherine de Médicis que furent réalisés à partir de 1564 à Paris, les parterres réguliers des jardins des Tuileries (voir illustration 17).Le rôle particulier des arbres à hautes tiges, plantés pour encadrer les parterres ou jalonner les allées, a été théorisé dès l\u2019année 1600 par Olivier de Serres, sieur du Pradel (1539-1619), dont l\u2019ouvrage intitulé Le théâtre d\u2019agriculture etMesnage des champs a été réédité sept fois avant sa mort.Il y dit que l\u2019ensemble du parterre ainsi bordé ressemble «à un tableau enrichi de sa carnice (corniche), dont l\u2019eslève-ment (la hauteur) donne lustre à ce qu\u2019elle enferme» (Cité par Ehrenfried Kluckert dans Parcs et jardins en Europe de l\u2019Antiquité à nos jours, Kônemann, 2000, p.47.17.Plan des jardins des Tuileries, à Paris, publié par Jacques Androuet du Cerceau dans Les Plus Excellons Bastimens de France.Paris, 1576-1579.(Tiré de: Hautecoeur, Louis.Paris des origines à 1715.Paris, Fernand Nathan, 1972.P.184).18.Le Mail de l\u2019Arsenal à Paris.Détail du plan de Gomboust.(Tiré de: Hautecoeur, Louis.Paris des origines à 1715.Paris, Fernand Nathan, 1972.P.220).Lr\u201e» TMVIU.EMII un *mn 32 .-üstnsii MAI 2004 rsM- ~ LE VERITABLE CARACTERE DU CIMETIERE NOTRE-DAME DES NEIGES Entretemps en 1594, le Mail de l\u2019Arsenal, première promenade de plaisance réservée aux piétons, avait été créé en bordure de la Seine à Paris, par Sully, le Grand-Maître de l\u2019artillerie (voir illustration 18).La même année le grand-duc Ferdinand 1er de Toscane entreprenait sur les bords de l\u2019Arno, à Florence, la promenade des Cascine, réservée à sa famille et à ses invités, mais où l\u2019on pouvait circuler aussi bien en voiture qu\u2019à pied.Cette réalisation a par la suite servi de modèle à sa nièce et pupille Marie de Médicis qui, devenue reine de France et Régente du royaume, entreprendra en 1616 ce que l\u2019on connaît aujourd\u2019hui comme le Cours-la-Reine (de l\u2019italien «corso»), en bordure de Seine au-delà du jardin des Tuileries.C\u2019est ainsi que les premiers 1500 mètres de l\u2019ancien chemin de Chaillot furent aplanis, plantés de 4 rangées d\u2019ormes, bordés de fossés et fermés par une grille à chaque extrémité.Au milieu du parcours, un rond-point permettait aux carrosses de changer de direction (voir illustration 19).C\u2019était encore là une modeste transposition d\u2019un aménagement de jardins au plan de l\u2019urbanisme.Cela change après la période troublée de la Guerre de Trente Ans (1618-1648) et de la Fronde (1648-1653), alors que la «Grandeur» de la monarchie, patiemment poursuivie par Richelieu et Mazarin devient une réalité: les Protestants ne représentent plus une menace, la Noblesse est matée, l\u2019hégémonie de la France en Europe est assurée et Louis XIV décide en 1661 de «régner seul».Au plan de l\u2019aménagement, il entreprend dès 1656 l\u2019embellissement de sa capitale en supprimant une partie du mur d\u2019enceinte de Charles V et en y traçant le «boulevard» du Temple, qui une fois planté de 5 rangées de grands arbres, deviendra dans les dernières années de son règne, une promenade très populaire de quelque 527 mètres de long.Cette opération a été à partir de 1670 et jusqu\u2019en 1705, menée de front avec la création des «Nouveaux Cours».Il s'agissait là de promenades analogues, abondamment plantées et toutes très fréquentées, qui ont été substituées au reste de l\u2019enceinte de Charles V et à celle de Louis XIII: elles correspondent à la séquence actuelle des Grands Boulevards, de la Madeleine à l\u2019Arsenal (voir illustration 20).On peut encore citer l\u2019amorce des Champs-Elysées et l\u2019actuelle avenue Montaigne, le Cours de Vincennes et les belles avenues ombragées du quartier de l\u2019Hôtel des Invalides.La réparation et la construction de nouvelles bastides aux frontières du royaume ont permis de faire de la capitale une «ville ouverte» et le nouvel urbanisme qui s\u2019y développe devient la marque personnelle du Roi Soleil, et celle du Grand Siècle.À Versailles, les avenues qui conduisent au château sont évidemment conçues selon la même vision de grandeur (voir illustration 21).La popularité de ces avenues majestueuses a provoqué leur multiplication à travers tout le pays.À la fin du XVIIle siècle, Arras, Besançon, Bordeaux, Dijon, Grenoble, Marseille, Nancy, Nantes, Nîmes, Montpellier, Saint-Germain-en-Laye, Toulouse, Tours avaient toutes créé les leurs et cherché dans le même temps à se doter d\u2019instruments de contrôle de l\u2019architecture (alignement, hauteur,matériaux,saillies,.).Cette recherche d\u2019unité et d\u2019harmonie urbaine est la préoccupation des Parlements et des États provinciaux, des gouverneurs, des intendants et des commandants, de l\u2019Académie royale d\u2019architecture et des professionnels, mais aussi de simples «individus éclairés», comme le révèle Jean-Louis Harouel dans son excellent ouvrage intitulé L\u2019embellissement des villes.L\u2019urbanisme français au XVIIIe siècle, paru chez Picard à Paris en 1993.Il faut noter ici que les Sulpiciens appartiennent incontestablement à cette élite éclairée.Plusieurs d\u2019entre eux appartiennent à l\u2019aristocratie et ont leur entrée à la Cour, voire même l\u2019oreille du Roi, qui les protège.Ce fût entre autres le cas pour François de Salignac de la Mothe-Fénelon, - frère aîné du célèbre orateur, également Sulpicien et archevêque de Cambrai - que Frontenac n\u2019aimait pas, mais auquel Louis XIV donna raison contre le gouverneur de la Nouvelle-France.D\u2019autres Messieurs de Saint-Sulpice comptent parmi les plus grandes fortunes de France, comme Alexandre Le Rageois de Bretonvilliers, qui a joué un rôle déterminant dans la nomination de François-Marie Perrot au poste de Gouverneur de Montréal.Ils sont aussi extrêmement raffinés et cultivés, possédant de larges collections de livres, comme celle du Séminaire Saint-Sulpice de Montréal, d\u2019ailleurs.Après la Révolution, les travaux d\u2019urbanisme à Paris s\u2019inscrivent dans le droit fil de la tradition classique.Le Premier Empire a parachevé l\u2019aménagement des Champs-Elysées et amorcé la «Traversée de Paris», avec un segment de l\u2019actuelle avenue de Rivoli.Cette dernière opération marque le début d\u2019entreprises plus audacieuses encore que celles de l\u2019Ancien Régime.Alors que les réalisations de la monarchie se situaient presque toutes à la jonction des faubourgs ou sur des terrains périphériques, et comme telles n\u2019entraînaient pas de fortes dépenses d\u2019expropriation, celles du XIXe siècle, et spécialement celles de la Ile République et du Second Empire trancheront dans le vif du tissu urbain existant et finiront par couvrir l\u2019ensemble du territoire de la capitale.En conclusion, on retiendra qu\u2019il y a une continuité de pensée de François 1er à Napoléon III, de Colbert au baron Haussmann et de Le Nôtre à Alphand - l\u2019ingénieur en chef des promenades et plantations de la ville de Paris sous le Second Empire.Cet urbanisme d\u2019esprit classique français a même perduré jusqu\u2019au XXesiècle et essaimé à travers le monde.On le retrouve entre autres dans les travaux du major Pierre-Charles L\u2019Enfant à Washington, d\u2019Ernest Hébrard en Indochine, et de Jacques Gréber, à Philadelphie et à Ottawa.Le rayonnement de ce type d\u2019urbanisme ne doit pas nous faire oublier quelle tradition culturelle l\u2019a engendré.C\u2019est bien ce qu\u2019ont compris Patrick Abercrombie (Townplanning Review, II, p.216) et Pierre Lavedan (Histoire de l\u2019urbanisme, II, 353) quand ils s\u2019entendent pour reconnaître que: «la particularité de Paris et.une de ses principales différences avec Londres - c\u2019est, à côté de ces espaces libres plantés d\u2019arbres, mais soustraits à la circulation générale que sont les jardins, l\u2019existence de grandes avenues-promenades s\u2019insérant dans le plan de la ville.» (Lavedan) ma t?- > r- ^ m-r- N\\ \u2022V* 4* im 19.Le Cours-la Reine à Paris.Détail d'un tableau de Grevenbroek au Musée Carnavalet.(Tiré de: Hautecoeur, Louis.Paris de 1715 à nos jours.Paris, Fernand Nathan, 1972.P.342).20.Les «Nouveaux Cours» à Paris.Détail du plan de Gombousfc (Tiré de: Hautecoeur, Louis.Paris des origines à 1715.Paris, Fernand Nathan, 1972.P.220).14 ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE De même, l\u2019accoutumance que l\u2019on peut en avoir à la suite de la multiplication des alignements d\u2019arbres dans nos villes, ne doit pas nous empêcher d\u2019apprécier les valeurs d\u2019harmonie et de majesté qui s\u2019y attachent.LE PAYSAGE AU CIMETIÈRE NOTRE-DAME-DES-NEIGES ET AU MOUNT ROYAL CEMETERY Quand on compare les sections du plan de Sitwell et Jervois qui concernent les deux principaux cimetières du mont Royal, on se rend compte que dès 1868-1869, il existait une très grande différence dans leurs aménagements respectifs: a)\til n\u2019existe aucune avenue rectiligne dans le cimetière protestant, ni aucun alignement régulier d\u2019arbres en bordure des allées, contrairement d\u2019ailleurs à la «Mount Royal Avenue» qui y mène; b)\tau cimetière Notre-Dame-des-Neiges, une grande partie des allées et des plantations procède de l\u2019esprit monumental français (voir illustration 22).Les avenues qui relient l\u2019entrée à la chapelle-bureau-résidence sont symétriques l\u2019une par rapport à l\u2019autre.Leur parcours sinueux s\u2019explique: dans le premier segment par la volonté de circonscrire et mettre en valeur une Grande Croix plantée dès 1855; dans le second, en partie à cause de la déclivité du terrain entre la plaine et le plateau, et en partie pour mettre en valeur le charnier public.Elles sont ensuite pour la plupart rectiligne dans la partie nord-ouest de l\u2019ancienne terre Beaubien, et sinueuses dans la partie sud-est de celle-ci.Cela se justifie parce que l\u2019une est pratiquement plate alors que l\u2019autre est accidentée.Sauf SjgrÿirSvl TH8R (' .'SSSTa À*-*' y -v lüs mm .A Z7-\tr ï#Sr^ r » '.¦\u2018U ir-rGTÆ.i :** ~ -y,1 /.\u2022\u2022v.,; dans ce dernier cas, le tracé des chemins peut difficilement être très fantaisiste.La propriété est encore fort étroite et partiellement inutilisable pour la fonction funéraire (bâtiments de ferme conservés dans la plaine, et étang sur le plateau).Pour les fosses communes, il faut des îlots rectangulaires, alors que pour atteindre le fond de la terre, il faut développer les circulations en fonction d\u2019un axe dans le sens de la profondeur.Enfin, la raison répugne à faire trop de sinuosités en terrain plat, comme d\u2019ailleurs l\u2019a fort bien dit par la suite le théoricien de l'esthétique italien Pietro Selvatico qui trouvait que le cimetière-jardin était un modèle fascinant mais toutefois peu approprié dans les plaines.(Selvatico, Pietro.Sul futuro cimitero della città di Padova Padoe, 1860, p.4, cité par Ornella Selvafolta dans «Le jardin et l\u2019enclos: cimetières italiens du XIXe siècle», in: Healey, Catherine; Bowie Karen et Bos, Agnès, op.cit., p.171-173).Au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, cette logique a été respectée, non seulement dans les secteurs d\u2019origine, mais aussi bien dans les territoires acquis ultérieurement: ce n\u2019est que dans la zone du sommet d\u2019Outremont que l\u2019on retrouve un aménagement capricieux.Quant aux arbres, ils respectent la dualité d\u2019esprit des allées: rigoureusement alignés et espacés dans la partie «cartésienne» du cimetière, ils sont placés aléatoirement dans sa partie accidentée (voir illustration 23).Il faut préciser que l\u2019on peut se fier à ce que montrent Sitwell & Jervois puisque leurs «Fortification Surveys» est ni plus ni moins une carte d\u2019État-Major, extrêmement précise.D\u2019ailleurs, on n\u2019a qu\u2019à se promener dans ces deux cimetières pour se rendre compte que la réalité actuelle est toujours en accord avec celle de 1868-1869.Il n\u2019y a toujours pas d\u2019allée rectiligne ni de plantations régulières au cimetière protestant, alors qu'il y en a en abondance au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.Ce contraste fondamental entre les deux nécropoles découle de substrats culturels complètement différents.Il a été d\u2019autant plus facilement maintenu que les terrains acquis par la Fabrique avaient été presque tous largement déboisés MAI 2004 par les entreprises agricoles ou horticoles qui occupaient précédemment les lieux, alors que les terrains du cimetière protestant étaient demeurés boisés, étant donné qu\u2019ils se trouvaient dans les parties hautes des terres montagneuses du Docteur McCulloch et de William Tait Jr.Par ailleurs, le cimetière Mount Royal a constamment bénéficié des services de professionnels du paysage alors que les archives du cimetière Notre-Dame-des-Neiges ne révèlent rien de tel avant la fin du XXe siècle.a)\tLe cimetière protestant a été planifié par l\u2019Américain Andrew Jackson Downing, architecte, paysagiste, théoricien du paysage, éditorialiste de la revue The Horticulturist et admirateur du cimetière Mount Auburn (Cambridge, Mass.).Il a ensuite été aménagé par son collègue et compatriote James C.Sydney qui avait précédemment travaillé à l\u2019agrandissement du cimetière-jardin Laurel Hill (Philadelphie).Il a de plus été peaufiné pendant 61 ans par l\u2019horticulteur québécois Ormiston Roy, avec la collaboration du surintendant du Jardin botanique de Montréal Henry Teuscher, un architecte de paysage, botaniste et horticulteur d\u2019origine allemande.Pendant cette période, on y a importé des essences d\u2019arbres rares et exotiques, savamment disposées pour susciter la curiosité ou la rêverie.Il n\u2019est pas étonnant qu\u2019il soit devenu un véritable arboretum et c\u2019est à juste titre qu\u2019on le considère comme un bel exemple de cimetière-jardin.b)\tLes archives du cimetière Notre-Dame-des-Neiges ne révèlent rien de tel.L\u2019architecte et arpenteur Henri-Maurice Perrault, qui a été chargé d\u2019en dresser les plans initiaux en 1854 a effectué un voyage aux Etats-Unis cette même année pour y visiter des cimetières à New York et à Boston, mais on ne sait pas exactement à quels aspects il s\u2019est intéressé.De toutes manières, ses services semblent ne plus avoir été requis à partir de 1858.Dix ans plus tard, et jusqu\u2019en avril 1870, il est de nouveau a l\u2019œuvre, mais ses travaux portent en partie sur d\u2019autres choses (le relevé du vieux cimetière Saint-Antoine que la Fabrique 21.\tLes grandes avenues menant au château de Versailles.Plan de Contant de la Motte, 1783.(Tiré de : Lavedan, Pierre.Histoire de l'urbanisme - Renaissance et temps modernes.Paris, Henri Laurens, 1959.P.245).22.\tCarte de Stillwell & Jervois, dite des «Fortification Surveys», 1868-1869.Détail montrant le secteur du cimetière Mount Royal à Montréal.(Tiré de Bisson, Pierre-Richard.Le Patrimoine d'Outremont, février 1993, P.74).23.\tCarte de Stillwell & Jervois, dite des «Fortification Surveys», 1868-1869.Détail montrant le secteur du cimetière Notre-Dame-des-Neiges à Montréal.(Tiré du Plan directeur du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, Vol 1 : Les fondements du Plan Directeur, décembre 1999, P.66) y Sè.% rtfpà y 15 LE VÉRITABLE veut alors vendre en lots d'habitation, et celui des environs du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, que l\u2019on se préoccupe déjà d\u2019agrandir).On le retrouve une fois de plus au cimetière en 1875-1877, alors qu\u2019il dresse le plan général de développement de la terre récemment acquise de William Tait.Peut-être a-t-il continué à établir le lotissement parcellaire des concessions jusqu\u2019en 1881, mais pas après puisque la tâche a alors été confiée aux étudiants de l\u2019École Polytechnique sous la direction de l\u2019architecte et arpenteur Joseph-Émile Vanier, et plus tard au surintendant du cimetière.Les dernières contributions de Henri-Maurice Perrault à l\u2019histoire du cimetière ont été d\u2019établir les plans et devis de l\u2019actuel Pavillon administratif (1877) et de parachever la porte monumentale sur le chemin de la Côte-des-Neiges après le décès de son collègue Victor Bourgeau (1888-1889).Sa correspondance, le tracé des chemins dans les secteurs accidentés et le lotissement parcellaire des rares îlots qui sont à coup sûr de lui, montrent qu\u2019il avait une réelle compréhension du caractère des cimetières-jardins qu\u2019il a dû visiter aux Etats-Unis.Toutefois, l\u2019intermittence de son travail au cimetière révèle une influence somme toute limitée.Le cimetière ne semble pas avoir eu d\u2019architecte du paysage à son service avant la fin du XXe siècle.Seuls les fleuristes successifs qui s\u2019occupent des serres, construites à partir de 1886, ont un rapport avec le paysage.Compte tenu de ce que nous avons montré précédemment sur l\u2019ensemble des établissements sulpiciens au Québec, on peut émettre l\u2019hypothèse que les aménagements paysagers du cimetière sont - en dehors des parties où l\u2019on reconnaît la main de Perrault - une fois de plus, l\u2019application des principes traditionnels du paysage français, ici et là simplifiés par les surintendants en fonction d\u2019impératifs fonctionnels ou économiques.Il n\u2019en demeure pas moins qu'ils présentent un caractère «monumental» même s\u2019il s\u2019agit d\u2019éléments naturels.Ils cadrent parfaitement dans la «catégorie esthétique» du monumental, telle que définie par Étienne Souriau: «MONUMENTAL - Qui a les caractères d\u2019un monument, surtout par ses vastes dimensions.Le monumental est en plus une catégorie esthétique; un style, une oeuvre, une forme d\u2019art, relèvent du monumental quand ils joignent à l\u2019ampleur matérielle un éthos de grandeur, d\u2019imposant ou même de majestueux, avec des lignes larges et robustes créant l\u2019impression d\u2019une solidité défiant le temps, et quand les formes d\u2019ensemble y sont plus importantes que les détails du décor.» (Souriau, Étienne: Vocabulaire d\u2019esthétique, Paris, Quadrige-Presses Universitaires de France, 1999 (1990), p.1026).Au passage, il est intéressant de noter que ce «défi au temps» est particulièrement signifiant quand il s\u2019agit d\u2019éléments figurant dans un cimetière.LES CARACTÈRES ANGLO-SAXON ET PROTESTANT DU CIMETIÈRE-JARDIN Cette partie de notre mémoire s\u2019inspire largement de l\u2019excellent ouvrage de Blanche Linden-Ward intitulé Silent City on a Hill.Landscapes of Memory and CARACTÈRE DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME DES NEIGES Boston\u2019s Mount Auburn Cemetery, publié en 1989 à Columbus par l\u2019Ohio State University Press, et tout particulièrement du chapitre 2: «English Gardens: Models of Melancholy, Nature and Design» (pages 35 à 63).Avec force exemples tirés de la littérature et des arts, l\u2019auteur montre d\u2019abord que dès le XVIIe siècle, la Grande-Bretagne se distinguait du reste de l\u2019Europe par ses «rural churchyards» pittoresques et qu\u2019on y trouvait souvent des arbres, tels des sorbiers au pays de Galles et des ifs, symboles d\u2019immortalité en Angleterre et en Écosse.Elle démontre ensuite que les îles Britanniques ont à partir du XVIIe siècle connu un véritable engouement pour les paysages suscitant la mélancolie et la méditation sur le thème de la brièveté de la vie.Dans son poème «Il Penseroso», écrit vers 1635, l\u2019écrivain John Milton fait carrément l\u2019éloge de la mélancolie, qui selon lui ne doit plus être vue comme une maladie.De même, son collègue John Evelyn parle de «religious melancholy or pious sadness», et rappelle dans son «Silva, or A Discourse of Forest-Trees» (1664) à quel point les grandes forêts de chênes et les temples entourés d\u2019arbres constituaient dans l\u2019Antiquité des sites «sublimes et sacrés» pour le culte.Il se réclame de Platon qui plantait des arbres pour ombrager la dernière demeure des disparus.Il souligne aussi le fait que le tombeau du Christ se trouvait dans un jardin.Le même John Evelyn, et l\u2019architecte Sir Christopher Wren, se sont faits, après l\u2019épidémie de peste de 1665 et le grand incendie de Londres de 1666, les promoteurs d\u2019un nouveau cimetière, unique et non confessionnel pour l\u2019ensemble de la capitale britannique, dans lequel ils réclamaient la commémoration individuelle des défunts.Cela correspond au récent développement du culte de la mémoire des disparus, qui est documenté en Angleterre à partir des premières décennies du XVIIe siècle, et aux Etats-Unis à partir des années 1650.Pour le XVIIIe siècle, qui influencera directement l\u2019invention des cimetières-jardins, on peut également mentionner deux poèmes fameux: «The Complaint of Night Thoughts on Life, Death and Immortality», publié en 1742 par Edward Young et «An Elegy written in a Country Churchyard», publié en 1750 par Thomas Gray.Tous deux célèbrent le cimetière agreste, le jardin peuplé de stèles et d\u2019autres monuments.C\u2019est sous leur influence directe que les architectes paysagistes se mirent à créer, dès la deuxième moitié du XVIIIe siècle, des lieux de contemplation mélancolique sur certains domaines privés, avant que l'on ne crée les premiers cimetières-jardins.Blanche Linden-Ward démontre enfin l\u2019origine protestante de ce goût pour la mélancolie et pour les paysages naturalistes qui semblaient les plus appropriés pour commémorer les défunts, humbles ou célèbres.«The taste for melancholy, or pleasure drawn from subtle sadness cultivated in a naturalistic setting, grew as a variation on and an outgrowth of Calvinist theology of Election .a Calvinist finds signs of personal grace through meditation .England's graveyard poetry and evidence of the cult of the melancholy in landscape garden design were natural outgrowths and adaptations of trends originating in seventeenth century Protestantism.» (op.cit., p.36).Elle ajoute que ces lieux paysagers que les Calvinistes considéraient comme les plus appropriés pour réfléchir à la mort étaient justement le type de lieu que décriait le clergé catholique à partir de la Contre-Réforme, parce que davantage panthéistes ou animistes que chrétiens.D\u2019autres auteurs confirment le caractère schismatique que la fascination du cimetière-jardin pouvait avoir pour les Catholiques: «As Gary Wills notes in Lincoln at Gettysburg, ideological factors provided an important impetus for rural cemeteries: \u2018an escape from the theological gloom of church-yards, a return to nature, a pantheistic identification of dissolution with initiation.\u2019 Much of the doctrine shaping the rural cemetery was derived from Transcendentalism.Led by Ralph Waldo Emerson, the Transcenden-taiists believed that God, a benevolent and mystical force, was present in nature.Nature allowed essential goodness, not outdated concepts of hell and damnation, to come to the fore,» (Richman, Jeffrey I.Brooklyn's Green-Wood Cemetery.Brooklyn, 1998, p.8).Né à Boston en 1803, Emerson a été quelque temps pasteur de l\u2019église unitarienne mais il s\u2019en est retiré en 1832 à cause de divergences doctrinales sur l\u2019Eucharistie.Établi à Concord (New Hampshire), il a exposé sa théorie du transcendantalisme dès 1838 dans un ouvrage intitulé Nature.Sa doctrine visait à atteindre, par un effort d\u2019introspection méthodique, le moi profond, l\u2019esprit universel commun à toute l\u2019espèce humaine.Ce qui nous mène à conclure sur ce point en disant qu\u2019il n\u2019est pas étonnant que les traits d\u2019un cimetière-jardin n\u2019aient jamais été plus marqués au cimetière Notre-Dame-des-Neiges.Non seulement il eût fallu déclasser la longue tradition classique française, mais encore s\u2019affranchir de l\u2019esprit de l\u2019Église catholique romaine, alors que le clergé québécois était au XIXe siècle l\u2019un des plus aigus fers de lance de l\u2019ultramontanisme.On n\u2019a donc admis les allées sinueuses et les plantations aléatoires que dans les zones où la topographie les justifiait.On peut certainement reconnaître plein de qualités au cimetière-jardin et admirer le cimetière Mount Royal.Il n\u2019y a toutefois pas lieu de regretter que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges soit différent: ce serait mépriser les mérites du paysage classique français et trahir les racines culturelles des francophones du Québec.Au plan de la conservation des cimetières de la montagne, il ne faut surtout pas les englober dans un même phénomène, ni chercher à les faire se ressembler, ni imposer la logique de l\u2019un à l\u2019autre, ou vice-versa.AUTRES MANIFESTATIONS D'UNE COMPOSANTE MONUMENTALE À NOTRE-DAME-DES-NEIGES La recherche d\u2019une certaine prestance au cimetière Notre-Dame-des-Neiges ne se limite pas l\u2019emploi d\u2019un paysage d\u2019inspiration classique française, et n\u2019est pas nouvelle non plus en ce qui concerne les autres aspects de l\u2019aménagement.a)\tDès 1855, quand on plante une première Grande Croix de bois à l\u2019entrée du site sur le chemin de la Côte-des-Neiges, on le fait «pour donner à l\u2019entrée de notre cimetière cette grandeur qui le distingue» (Lettre de L.Villeneuve, p.s.s., président du Comité du nouveau cimetière au Supérieur des Sulpiciens, non datée, mais d\u2019après le contexte, vers 1857.- C\u2019est nous qui soulignons).b)\tDe 1876 à 1879, on a mis en place 14 édicules d\u2019esprit néo-classique pour abriter les haut-reliefs en terre-cuite polychrome d\u2019un Chemin de Croix commandé chez Maréchal & Champigneulle à Bar-le-Duc en France.Supprimé en 1985 parce qu\u2019en trop mauvais état, ce Chemin de Croix et le Calvaire qui le terminait (et demeure toujours en place) ont pendant plus d\u2019un siècle constitué des éléments structurants du paysage du cimetière, depuis la chapelle de la Résurrection jusqu\u2019au sommet d\u2019Outremont.c)\tDe 1878 à 1949, on a projeté de construire au sommet, dans le secteur du Calvaire, une «basilique» suffisamment vaste pour y accueillir les fidèles au terme du Chemin de Croix, où l\u2019on avait pris l\u2019habitude d\u2019y célébrer des cérémonies.Ce n\u2019est qu\u2019après la deuxième guerre mondiale, alors que les offrandes que l\u2019on avaient recueillies à cette fin se sont faites moins substantielles et que d\u2019autres nécessités se sont faites sentir, que l\u2019on a renoncé à ce projet.qui n\u2019était certainement pas d\u2019esprit «naturaliste».d)\tEn 1888-1889, on a remplacé la première porte d\u2019entrée (que l\u2019on avait toujours considérée comme temporaire) par une nouvelle porte en pierre, plus monumentale.Le projet élaboré par l\u2019architecte Victor Bourgeau et modifié par Henri-Maurice Perrault était plus imposant qu'il n\u2019apparaît aujourd\u2019hui\u2019.Il n\u2019avait pas à l\u2019origine les rotondes qui ont été ajoutées pour donner plus de commodité aux deux maisonnettes flanquant la porte, et qui, malheureusement n\u2019ont pas reçu un traitement d\u2019égale qualité.Par contre, il comportait un trumeau et un fronton central qui ont du être supprimés en 1926 après qu\u2019ils soient devenus périclitants.e)\tEn 1891, on a projeté de changer la Grande Croix par une nouvelle en granit ou en métal, et de l\u2019entourer par une série de caveaux familiaux.Le projet n\u2019a pas été réalisé, mais il montre bien la permanence d\u2019une vision majestueuse du cimetière.f)\tEn 1901, la Fabrique a adopté un amendement à ses règlements, en vertu duquel les concessionnaires ont du cesser de placer les monuments là où bon leur semblait, afin de garantir leur bon alignement,.toujours dans le même esprit classique français.g)\tEn 1901 encore, le projet soumis par l\u2019architecte Joseph-Émile Vanier pour la reconstruction du charnier collectif, n\u2019est pas assez «monumental» aux yeux de certains marguilliers, compte tenu «de l\u2019importance que prend progressivement le cimetière» ainsi que des monuments «artistiques et dispendieux» 16 ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE qu\u2019y érigent les concessionnaires (par exemple le gigantesque monument de la famille Valois, surmonté par l\u2019Angle de gloire de Louis-Philippe Hébert qui a été présenté au Musée du Québec lors de la grande rétrospective de l\u2019œuvre de ce grand artiste en 2001).Le Comité permanent de construction insiste pour un traitement monumental, «sobre d\u2019ornements», mais avec des façades en granit.Les soumissions s\u2019étant avérées trop élevées, on a dû se replier sur des façades en pierre grise de Montréal.Le résultat a toutefois été jugé suffisamment impressionnant pour que l\u2019on pense en faire parvenir des photographies à certains cimetières américains.h)\tEn 1928-1929, plusieurs projets de grilles monumentales, (dont certains véritablement grandioses en style néo-baroque soumis par la maison Vinant de Paris) sont examinés par la Fabrique pour remplacer la porte de Bourgeau et Perrault.La crise économique engendrée par le crash de la bourse de New York a empêché de les réaliser.i)\tEn 1929, alors que la Fabrique a fait préparer par un architecte - qui n\u2019est pas nommé mais qui est sans doute son architecte habituel, probablement A.-H.Lapierre ou E.Saint-Jean - deux projets de charniers familiaux à offrir aux concessionnaires pour les lots situés dans les pentes du sommet d\u2019Outre-mont, elle en fait reprendre un qu\u2019elle ne trouve pas suffisamment orné, en demandant qu\u2019on en calcule le coût avec des façades en granit ou en pierre artificielle.C\u2019est encore un souci de monumentalité qui s\u2019exprime.j)\tEn 1938 puis en 1950, par deux fois, on a procédé à des interventions qui tendent à monumentaliser la Grande Croix de l\u2019entrée principale: on installe d\u2019abord sur deux hauts socles les deux Anges de la Résurrection que l\u2019on avait conservés des parties démolies de la porte de Bourgeau et Perrault; on fait ensuite refaire le corpus du Christ en métal.k)\tDe 1993 enfin, date la réalisation de la grande cascade d\u2019eau devant la façade sud de l\u2019ancien charnier collectif, dont le fonctionnement a été suspendu parce que les feuilles mortes engorgeaient constamment les canalisations.Il DE LA COMPATIBILITÉ DES MAUSOLÉES DES CATACOMBES AUX MAUSOLÉES COMMUNAUTAIRES Les galeries funéraires composées d\u2019enfeus ou de niches cinéraires superposés, telles qu\u2019on les trouve dans les mausolées et columbariums modernes dérivent manifestement des cimetières que l\u2019on trouvait dans le monde romain de l\u2019Antiquité, lesquels étaient tantôt à ciel ouvert, tantôt souterrains, et dans ce dernier cas désignés sous le nom de catacombes ou d\u2019hypogées.(Voir Leclerq, Dom H.Manuel d'archéologie chrétienne, Paris, Librairie Letouzey et Ané, 1907, Vol.1, ch.II.Les catacombes et les cimetières, p.217-334).Ces types de cimetières ont été utilisés aussi bien par les paiens, les juifs et les chrétiens.On en trouve depuis au moins le IIIe siècle avant Jésus-Christ, non seulement à Rome, mais ailleurs en Italie, en Grèce, en Libye, en Égypte,.Au IIe siècle après Jésus-Christ, l\u2019usage de la crémation a été progressivement abandonné par tout le monde, et particulièrement par les Chrétiens en raison de leur crainte que l\u2019incinération n\u2019amenât l\u2019anéantissement du corps et ne détruisît l\u2019espoir de la résurrection.Le columbarium est en conséquence disparu dans le monde catholique jusqu\u2019en 1964, comme nous l\u2019avons déjà mentionné.Par contre, l\u2019usage des enfeus (ou arcosolia) s\u2019est maintenu dans les églises que l\u2019on avait pris l'habitude de construire sur ou à proximité de la sépulture des martyrs et près desquels on voulait de préférence attendre le Jour de la Résurrection, pour une meilleure garantie d\u2019être sauvés: ce fut ce que l\u2019on a appelé les cimetières «ad Sanctos», qui se trouvaient généralement à l\u2019extérieur des zones habitées.Les conditions d\u2019insécurité qui ont agité le Bas-Empire romain et le Haut-Moyen-Age, ont ensuite favorisé l\u2019introduction des enfeus dans les églises paroissiales et le développement de sites d\u2019inhumation en périphérie de celles-ci, au sein même des villes et des villages: ce fût dès lors ce que l\u2019on a désigné comme les cimetières «apud ec-clesiam», qui se sont maintenus jusqu\u2019au XIXe siècle.(Voir Arès, Philippe: L\u2019homme devant la mort, Paris, Seuil, 1977).Le dépôt des corps dans les églises ou chapelles du Québec Bien que nous n\u2019ayons pas effectué de recherche exhaustive sur ce point, nous pouvons facilement énumérer un bon nombre de bâtiments religieux où l\u2019on a recueilli des dépouilles mortelles.Pour s\u2019en tenir à la région montréalaise, on peut mentionner: les chapelles successives de l\u2019ancien Hôtel-Dieu du Vieux-Montréal, la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours, la chapelle du couvent de la Congrégation de Notre-Dame et la chapelle de l\u2019Hôpital Général des Sœurs Grises, la première église Notre-Dame, l\u2019actuelle église Notre-Dame, la chapelle des Récollets, la chapelle Notre-Dame-des-Anges, l\u2019ancienne cathédrale Saint-Jacques, l\u2019actuelle cathédrale Marie-Reine-du-Monde, la chapelle du Grand Séminaire, l\u2019église Notre-Dame-de-Grâces, l\u2019ancienne église de Saint-Laurent, etc.Cet usage s\u2019est maintenu au-delà même de l\u2019ouverture du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, et ne concernait pas seulement les membres du clergé et des communautés religieuses.Les notables ou les personnes pieuses tenaient à y reposer, le plus près possible de l\u2019autel, ou sous le banc de leur famille.Il s\u2019agissait souvent d\u2019inhumation dans le sol situé sous la crypte, mais parfois aussi de véritables enfeus dans la crypte, voire même dans la nef ou la sacristie (comme ce fut le cas pour les restes de Marguerite-Bourgeoys au couvent de la Congrégation de Notre-Dame, dans le vieux Montréal.(Voir Lahaise, Robert: Les édifices conventuels du Vieux-Montréal.Aspects ethno-historiques.Montréal, Cahiers du Québec-Hur-tubise HMH, 1980).Évidemment, les chapelles que l\u2019on a construit dans les cimetières hors de la ville ont été parti- MAI 2004 culièrement désignées pour loger des dépouilles mortelles.Comme nous l\u2019avons dit précédemment, c\u2019était le cas à la chapelle du cimetière du faubourg Saint-Antoine: en 1811, cela coûtait 300 livres, en comparaison des 96 livres demandés pour un emplacement de 8 pieds par 12 pieds dans le cimetière même (Maurault, Olivier.La Paroisse, Montréal, 1929, p.280 etsuiv.).Mausolées familiaux La typologie du mausolée existe depuis la plus haute Antiquité, précédant même de beaucoup le monument funéraire du satrape de Carie d\u2019où dérive son nom.On la retrouve dans un grand nombre de civilisations et un peu partout sur la planète, toujours associé aux sépultures des riches et des puissants.On peut en distinguer deux grandes variantes: a)\tl\u2019édicule hors sol servant de chapelle commémorative implantée au-dessus d\u2019une chambre funéraire souterraine, et b)\tle charnier hors-sol ou à demi-enfoui servant directement de chambre funéraire.L\u2019architecte Brongniart avait dès l\u2019origine prévu de tels mausolées familiaux au cimetière du Père-Lachaise, principalement sous la forme d\u2019édicules en rangée en bordure d\u2019une grande partie de l\u2019enceinte périphérique, et secondairement quelques mausolées isolés pour des personnages importants, et décrits comme des «petites chapelles à céder pour des sépultures particulières».À la mort de l\u2019architecte en 1813, il n\u2019y en avait encore qu\u2019une seule, la chapelle Greyfullhe, qui fut toutefois rapidement imitée, même si le coût de sa construction (50 000 F) avait d\u2019abord été jugé exorbitant.Les mausolées familiaux se sont multipliés dans les cimetières américains dès la première moitié du XIXe siècle, surtout après que des malfaiteurs se soient emparé des dépouilles de quelques notables et aient demandé des rançons pour leur restitution.Le phénomène a provoqué un débat pour établir quelle était la forme de sépulture la plus salubre, l\u2019inhumation étant décriée par les uns parce qu\u2019elle risquait d\u2019empoisonner les sources d\u2019eau potable alors que le dépôt des corps dans des mausolées était considéré par les autres comme polluant l\u2019air.Les fondateurs des cimetières-jardins ne favorisaient pas les mausolées familiaux mais ils ont tout de suite compris qu\u2019ils ne pouvaient pas les interdire.«Rural cemetery founders discovered that they could restrict, but not prohibit, the practice», Sloane, David Charles, The last great necessity.Cemeteries in american history.The John Hopkins University Press, Baltimore and London, 1991, p.221).On doit noter aussi que les cimetières catholiques et juifs se sont tout de suite démarqués des cimetières protestants sur la question des mausolées familiaux: «Mausoleum were particularly popular in non-Protestant cemeteries.Catholics did not agree with the restrictions on tomb burial.Catholic cemeteries were dotted with small and large mausoleums.Prominent Jewish cemeteries.were filled with private mausoleums of various dimensions.» (Ibidem) Ce trait distinctif des cimetières protestants et catholiques se retrouve aussi sur le mont Royal.On trouve quelques mausolées familiaux au cimetière Mount Royal mais proportionnellement beaucoup moins qu\u2019au cimetière Notre-Dame-des-Neiges, malgré la richesse des élites marchandes et industrielles anglophones de Montréal.La popularité des mausolées familiaux, qui a connu son apogée entre 1875 et 1920, a par la suite diminué en raison de l\u2019augmentation des coûts de leur construction.Apparition des mausolées communautaires Dès les années 1870, l\u2019engouement pour les mausolées familiaux a amené les directeurs de nombreux cimetières américains à offrir les mêmes avantages aux citoyens moins fortunés qui ne pouvaient pas assumer le coût d\u2019une construction particulière.(Sloane, op.cit., p.222, citant Dowd, Quincy.Funeral Management and Costs: A World Survey of Burial and Cremation, Chicago, 1921, p.134-138).Le début du XXe siècle a vu apparaître des compagnies spécialisées dans la conception et la construction des mausolées communautaires, comme The New Mausoleum Corporation de New York quia construit des «campo santos» - ainsi qu\u2019on les désignait aussi - dans plusieurs grandes villes américaines.Les premiers projets de mausolées au cimetière Notre-Dame-des-Neiges En ce qui nous concerne, nous avons déjà mentionné que la Loi du 5 avril 1869 a autorisé la Fabrique à déposer des corps dans la chapelle du cimetière Notre-Dame-des-Neiges.Comme à ce moment la chapelle servait également de bureau et de logement au gardien du cimetière, on s\u2019est d\u2019abord demandé s\u2019il valait mieux construire une nouvelle chapelle ou une nouvelle résidence-bureau.On semble avoir d\u2019abord privilégié l'idée d\u2019une chapelle-mausolée.On a déjà mentionné et montré le projet élaboré vers 1875 par l\u2019architecte Napoléon Bourassa : on y voit clairement des enfeus superposés.Un second projet de mausolée a été proposé en 1934 par la Canada Mausoleum Co.Ltd «pour accomoder certaines familles».Il est intéressant de noter qu\u2019il apparaît en plein cœur de la crise économique qui a suivi le crash de la bourse de New York en 1929.La formule du mausolée communautaire a sans doute semblé plus économique que l\u2019achat de multiples concessions et l\u2019érection de plusieurs monuments.Quoi qu\u2019il en soit, la Fabrique a alors choisi de ne pas donner suite au projet parce qu\u2019il pouvait être pour elle I\u2019 «occasion de dépenses trop hasardeuses».Un troisième projet de mausolée a été proposé en 1936 par Monsieur Holliday et son agent d\u2019immeuble Monsieur D.W.Ogilvie, qui espéraient le construire en bordure du chemin de la Côte-des-Neiges sur LE VERITABLE CARACTERE DU CIMETIERE NOTRE-DAME DES NEIGES l\u2019ancienne terre Robert, achetée en 1921, mais que la Fabrique voulait alors vendre en raison de la situation économique angoissante qui prévalait encore.Le projet a achoppé à cause de la ligne d\u2019homologation décrétée par la Ville de Montréal pour le raccord de la rue Decelles au chemin de la Côte-des-Neiges (réalisé en 1951 seulement).En 1962, un quatrième projet de mausolée a été suggéré à la Fabrique par un certain Monsieur Blair, expert en gestion de cimetière de la région de Chicago, que le Curé de Notre-Dame avait rencontré lors d\u2019un voyage dans la capitale de l\u2019Illinois.On peut ajouter, en marge de ce projet, que ce n\u2019était certainement pas la première fois que les exemples américains étaient portés à l\u2019attention de la direction du cimetière Notre-Dame-des-Neiges.a)\tLe Secrétaire de la Fabrique avait déjà fait en 1871 un voyage à New York et à Boston pour étudier les méthodes administratives de nos voisins du sud.b)\tLe Surintendant du cimetière avait fait de même en 1890.c)\tEn 1927, le vérificateur avait visité les 7 cimetières catholiques du diocèse de Chicago.d)\tEn 1949, le Directeur et 2 marguilliers avaient visité les cimetières de Syracuse, Buffalo et Rochester.La même année ou peu après, la Fabrique avait adhéré à l\u2019Association américaine des cimetières, dont le siège était à Columbus (Ohio) ainsi qu\u2019à la Fédération des cimetières catholiques (Chicago, Illinois) et à la National Cemeteries Conference.e)\tDe 1927 à 1962, les dirigeants de Notre-Dame-des-Neiges, les marguilliers ou le Curé de la paroisse Notre-Dame avaient assisté à au moins 6 congrès d\u2019administrateurs de cimetières aux États-Unis (Cleveland, 1927; Kansas City, 1957; Toledo, 1958; Washington, 1959; Chicago, 1960; Détroit, 1961).Ils ont d\u2019ailleurs continué à le faire après 1962.En 1969-1970, un cinquième projet de mausolée est mis de l\u2019avant par un membre de la communauté italienne, mais n\u2019aboutit pas, bien que l\u2019on trouve l\u2019idée intéressante pour utiliser les zones du cimetière qui ne se prêtent pas à l\u2019inhumation.En avril 1976, des particuliers proposent de réaliser un mausolée à leurs frais, ce à quoi la Fabrique répond que si l\u2019utilité s\u2019en confirme, elle préférera assumer elle-même la responsabilité de la construction.À la fin novembre, alors que le marbrier et sculpteur Sebastiano Aiello propose à son tour la construction de deux mausolées, la Fabrique réalise qu\u2019une telle construction «répondrait à des demandes de plus en plus souvent exprimées».Finalement le 28 novembre 1977 la Fabrique a décidé de concrétiser le projet dont il était question depuis tant d\u2019années, et le 2 mai 1978 elle a choisi le projet soumis par la compagnie Milne Mausoleum (Canada) Ltd, après avoir réalisé que les projets de recyclage de la grotte de Lourdes ou de la chapelle de la Résurrection n\u2019étaient pas viables (capacité insuffisante, problèmes d\u2019étanchéité,.).La compagnie choisie, qui avait 26 ans d\u2019expérience dans le domaine, avait son siège social à Portland, Oregon et plusieurs succursales à New York, dans le New Jersey, le Connecticut et la Pennsylvanie.Comme pour le crématorium, dont les équipements avaient été fournis par la compagnie 18 Industrial Equipment d\u2019Orlando (Floride), les modèles sont manifestement nord-américains.On ne peut donc absolument pas soutenir que la question des mausolées communautaires est un phénomène nouveau, ni même récent, ni non plus qu'il résulte d\u2019une vague d\u2019immigration de citoyens d\u2019autres cultures.L\u2019évolution de l\u2019architecture des mausolées à Notre-Dame-des-Neiges On peut facilement reconnaître trois temps dans la réalisation des mausolées communautaires à Notre-Dame-des-Neiges.a)\tLe premier temps, entre 1978 et 1980, constituait une période expérimentale.Les bâtiments de cette période se trouvent tous dans les pentes du sommet d\u2019Outremont.Orientées vers le creuset intérieur du mont Royal, ils sont à peu près invisibles depuis la ville, même depuis la voie Camillien-Houde.Conçus par une firme américaine, ils présentent un esprit minimaliste, aussi bien en termes d\u2019équipements (absence de chauffage et d\u2019éclairage artificiel) que de design.Bien qu\u2019ils soient agrémentés de vitraux, on ne peut pas dire qu\u2019ils traduisent une grande recherche de monumentalité.b)\tLe second temps, entre 1982 et 1990, constitue une période de transition pendant laquelle 3 bâtiments ont été construits dans les pentes du plateau à la jonction du secteur Decelles de la plaine.La conception et la réalisation des deux premiers (les mausolées Marguerite-Bourgeoys et La Pietà) a impliqué la participation de professionnels québécois, mais toujours sous la direction de la compagnie Milne Mausoleum (Canada) Ltd.Seulement le troisième (le mausolée Saint-Pierre et Saint-Paul) a été entièrement réalisé par des firmes québécoises.Étant donné sa proximité des deux précédents, on a maintenu un design analogue.Les trois bâtiments bénéficient de meilleurs équipements et d\u2019une recherche plus grande de monumentalité (finis intérieurs et œuvres d\u2019art).Ils souffrent toutefois d\u2019avoir été planifiés un à un, et à cause de cela ne constituent pas un véritable ensemble.Par ailleurs, leur masse compacte et leur matérialité contraste trop fortement avec le cadre naturel.Ils sont de plus très visibles depuis le chemin de la Côte-des-Neiges.C\u2019est pourquoi des correctifs sont envisagés dans l\u2019actuel Plan directeur du cimetière au niveau des plantations environnantes.c)\tLe troisième temps, depuis les douze dernières années, constitue une période de plus grand raffinement.Le mausolée Sainte-Claire d\u2019Assise résulte d\u2019un recyclage de l\u2019ancien charnier, et conséquemment ne modifie en rien le paysage du cimetière.Le mausolée Sainte-Marguerite d\u2019Youville, semi enfoui, constitue un véritable dialogue entre la Nature et l\u2019architecture, en plus de s\u2019inscrire heureusement dans un secteur où les mausolées familiaux datant de l\u2019origine du cimetière ont suggéré l\u2019échelle et le rythme de la composition.Les mausolées actuellement projetés à Notre-Dame-des-Neiges Depuis 1995, il n\u2019est plus question de construire quoi que ce soit qui ne soit pas longuement réfléchi dans le cadre d\u2019un Plan directeur élaboré par une équipe de professionnels particulièrement sensibles à la protection du patrimoine naturel ou bâti.Ce Plan directeur, que nous avons déposé en 2000, et qui a depuis fait l\u2019objet de 5 Addenda explicatifs, suit: a)\tune importante recherche sur l\u2019histoire du développement du cimetière, laquelle visait à comprendre les raisons qui expliquent l\u2019état actuel du site, b)\tun long examen du site et de ses aménagements successifs, aussi bien au niveau du paysage que des constructions (topographie, hydrographie, faune, flore, réseau routier, bâtiments et monuments), c)\tl\u2019analyse des unités de paysage qui composent le cimetière, d)\tl\u2019analyse de la demande pour les divers types de sépulture et de la capacité ultime du site, tel que demandé par les autorités municipales, et dans la mesure où bien sûr, on peut le prévoir, e)\tl\u2019identification des éléments qui sont significatifs pour la culture montréalaise, québécoise et canadienne, ainsi que pour l\u2019environnement local (le mont Royal) et qui doivent être protégés.Les projets de construction qui y figurent: a)\ts\u2019inscrivent dans la continuité logique des caractères essentiels, particuliers et authentiques du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, et conséquemment ne peuvent en rien être considérés comme incompatibles avec le lieu, qui n\u2019est pas et n\u2019a jamais été un cimetière jardin, ni un produit de la culture anglo-saxonne protestante, b)\tont été situés dans les secteurs encore non qualifiés de la propriété et n\u2019altèrent en rien les éléments significatifs du patrimoine naturel ou culturel, c)\tont été coordonnés avec les caractères spécifiques de leurs lieux d\u2019implantation, d)\tont déjà fait et feront encore l\u2019objet d\u2019une recherche de la plus haute qualité de design, aux plans symbolique, formel et constructif, e)\taspirent en même temps à être des interventions originales et authentiques de notre temps, f)\tseront le moins visible possible depuis les zones limitrophes de la montagne, qui n\u2019ont jamais eu les mêmes caractères essentiels, particuliers et spécifiques à l\u2019intérieur de l\u2019environnement général de la montagne, g)\tne seront pas du tout visibles depuis les angles de vision périphériques de la montagne, h)\tsont nécessaires à la survie du cimetière, et partant, à la conservation du patrimoine naturel ou bâti qui s\u2019y trouve.Ill QUELQUES OBSERVATIONS INCIDENTES Certains autres passages du rapport de la Commission des biens culturels à la Ministre de la Culture et des Communications nous ont étonné.Par exemple, dans les parties 5.3.2 et 5.3.3 traitant des ensembles conventuels et hospitaliers ainsi que des ensembles universitaires, on parle de la «barrière anthropique qu\u2019ils constituent entre la première voie de ceinture et l\u2019espace public du mont Royal, et on souhaite que «leur système viaire» soit intégré au domaine public .et c\u2019est à peu près tout.On se préoccupe de donner aux futurs pavillons de l\u2019Université de Montréal une façade et une adresse sur une voie publique .mais on ne parle aucunement de l\u2019impact de toutes ces constructions sur l\u2019apparence de la montagne depuis les différents points de la ville et de l\u2019île.On ne parle pas des dimensions, et notamment de la hauteur des constructions envisagées (ou déjà en construction) qui vont occulter une partie du profil de la montagne à partir du nord-ouest de celle-ci, en dépassant la cime des arbres! (Le bâtiment qui sort actuellement de terre entre le Pavillon principal et l\u2019École Polytechnique compte déjà 5 niveaux hors sol.Dans le même temps, on s\u2019inquiète du caractère «construit» des futurs mausolées (semi-enfouis et en comparaison, d\u2019une hauteur insignifiante).Cela ne semble pas procéder de la même logique, pour ne pas dire davantage.EN CONCLUSION Nous espérons avoir surtout démontré: a)\tque le cimetière Notre-Dame-des-Neiges n\u2019est pas un cimetière-jardin au même titre que le cimetière Mount Royal, b)\tqu\u2019il est au contraire un hybride possédant à la fois des dimensions naturalistes et monumentales, c)\tque son caractère monumental est au premier titre exprimé par les alignements de grands arbres le long des chemins et en bordure des îlots, d)\tque ce caractère monumental se rattache à une longue tradition classique, consacrée par l\u2019art des jardins et de l\u2019urbanisme français depuis le XVIe siècle, e)\tque le cimetière Notre-Dame-des-Neiges s\u2019inscrit dans le droit fil des aménagements paysagers des Sulpiciens au Québec depuis le XVIIe siècle, et qu\u2019il a comme tel une très grande signification et de très grandes valeurs culturelle et patrimoniale pour la société québécoise, f)\tque la faiblesse de la composante naturaliste au cimetière Notre-Dame-des-Neiges s\u2019explique par l\u2019origine anglo-saxonne et protestante du cimetière-jardin, g)\tque les mausolées ne constituent pas un phénomène nouveau et n\u2019ont pas été introduits par une quelconque vague d\u2019immigration de citoyens dont la culture serait étrangère à la notre, h)\tque les mausolées ont été acceptés dans les cimetières-jardins depuis fort longtemps, et n\u2019y sont pas nécessairement incompatibles, si l\u2019on prend soin d\u2019en choisir soigneusement l\u2019emplacement et les caractéristiques architecturales, i)\tque les mausolées sont encore moins incompatibles dans les cimetières qui sont à la croisée des courants naturaliste et monumental.Conséquemment, nous espérons aussi que la Commission des biens culturels du Québec: a)\tcontribuera à faire reconnaître les caractères essentiels, spécifiques et authentiques du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, b)\tprendra, ou suggérera aux autorités compétentes, les moyens appropriés pour sauvegarder toutes les valeurs patrimoniales en jeu sur le mont Royal, l\u2019authenticité de chacune de ses composantes, ainsi que la riche diversité de celles-ci, c)\tnuancera les commentaires qu\u2019elle a inclus sur les mausolées dans son rapport à la Ministre d\u2019État à la Culture et aux Communications sur l\u2019avenir du mont Royal.Notre-Dame-des-Neiges, Vol.I: Les Fondements du Plan directeur, décembre 1999.P.66).ARQ, LA REVUE D\u2019ARCHITECTURE «fcu Un mausoiée au cimetière Notre-Dame -des-Neiges Notes sur le projet tenace de construire un mausolée architecture dans un paysage sacré et commémoratif, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, à Montréal sur le mont Royal.\" ¦ »â(t:| ^11:1 - - : : - ¦ rtm - : .il1.1 isskrt : turaliits 3!) ItilM JS 11# üsparK «SM iiislsf : I [01P»1* iis il®1' ili mis* Dinu Bumbaru, Directeur des programmes Héritage Montréal Avril 2004, carré Saint-Louis, Montréal.Les ouvriers finissent d\u2019arracher les panneaux de tôle cannelée qui revêtaient l\u2019Institut de tourisme et d\u2019hôtellerie du Québec (ITHQ), étape dans la métamorphose de cet édifice public dont l\u2019une des gloires fut d\u2019avoir reçu, il y a 30 ans cette année, le premier Prix Citron attribué à l\u2019époque par la Société d\u2019architecture de Montréal.Il y a quelques années, le gouvernement du Québec accordait près de 20 millions de dollars pour réhabiliter physiquement et socialement ce bâtiment, étiquetant curieusement ces millions comme une aide au patrimoine.Faut-il croire que l\u2019ITHQ était considéré comme un bien patrimonial ou était-ce au carré Saint-Louis qu\u2019on pensait?L\u2019histoire de ce monument qui éveilla une conscience civique de l\u2019architecture reste à écrire.Pourquoi parler de l\u2019Institut d\u2019hôtellerie en traitant d\u2019un projet de mausolée sur la montagne?Non, il ne s\u2019agit pas d\u2019explorer comme le font l\u2019Angleterre, l\u2019Australie ou la Finlande, la valeur architecturale de ces constructions des années 1970 comme l\u2019ITHQ ou le bureau du Premier ministre, objets usuels de moqueries.Il ne s\u2019agit pas plus de comparer deux programmes qui n\u2019ont guère en commun que le repos, l\u2019un moins passager que l\u2019autre.Pourtant cet ITHQ et le projet de complexe sépulcral évoquent la relation entre d\u2019une part, un projet d\u2019architecture, son programme, son client, ses mots et sa logique et, d\u2019autre part, le lieu où il se propose d\u2019exister longtemps puisque l\u2019architecture crée moins des événements que des environnements culturels.Cette question de la pertinence - du pourquoi plutôt que du comment - est au cœur du débat autour de la proposition de construire de nouvelles grandes cryptes collectives sur le mont Royal.Ce type de proposition du cimetière Notre-Dame des Neiges n\u2019est pas récent.Les premières cryptes collectives, élégamment appelées «mausolées» en rappel des somptueux tombeaux de grands personnages, furent construits en 1978 au fond du cimetière.La construction de la muraille de complexes sépulcraux du côté du chemin de la Côte-des-Neiges contribua aux demandes de protection efficace de la montagne, répétées depuis 1986.Si la réflexion sur la reconnaissance et la protection des valeurs emblématiques et paysagères du mont Royal auquel participe le cimetière a fortement progressé au cours des dernières années, celle sur la construction de complexes sépulcraux dans de nouveaux secteurs du cimetière a surtout porté sur leur solution architecturale sans les rendre plus pertinentes pour autant.La ténacité du promoteur - l\u2019historique Fabrique de Notre-Dame - dans sa volonté d\u2019accroître ainsi les biens d\u2019église en construisant des mausolées, a eu l\u2019heureuse conséquence de mieux connaître de l\u2019histoire et du paysage de cet extraordinaire cimetière, le plus vaste au Canada, quia 150 ans.La proposition de Plan directeur du cimetière comporte des éléments intéressants en terme de conservation des monuments ou des arbres et de qualité d\u2019aménagement.Cet exercice mené par la direction du cimetière et ses professionnels offre un contraste réjouissant dans un monde où l\u2019on juge si souvent un bâtiment par quelques dessins ou une photocopie de catalogue, en se contentant d\u2019écrire «paysagement à venir» pour les abords.À ce titre et sans le prétendre parfait, il serait utile d\u2019en exposer la méthodologie aux architectes et aux étudiants et il y a lieu d\u2019espérer qu\u2019une publication, malheureusement à titre posthume, donnera aux recherches menées par Pierre-Richard Bisson dans ce dossier, une pérennité et une diffusion qu\u2019elles méritent.Mais, on ne peut endosser un projet parce que les études qui justifient les ambitions de son promoteur sont d\u2019une lecture intéressante ou que son expression architecturale est savamment arguée, alors qu\u2019il pose des problèmes fondamentaux de pertinence dans un lieu comme le mont Royal.Sans être un édifice, la montagne est un monument qui construit l\u2019espace de la ville.Sa nature complexe réunit en un équilibre qu\u2019il est légitime de considérer comme satisfaisant en plusieurs endroits dont le cimetière, tant le bâti, le paysage, l\u2019archéologie, l\u2019écologie ou les éléments commémoratifs.Les cimetières sont avant tout des œuvres d\u2019architecture de paysage dont la vocation commémorative et sacrée première peut trouver son avenir dans l\u2019architecture de l\u2019espace paysager, malheureusement mal reconnue car au confluent du bâti et du sauvage.S\u2019il est vrai que certains voient dans la construction de complexes sépulcraux des projets absolument incompatibles avec la nature de ce lieu ou, du moins, soulignent l\u2019hypothèque que constituera pour la Fabrique la charge importante associée aux besoins futurs de maintenance de telles structures, la plupart s\u2019entendent pour rappeler qu\u2019il faut éviter la prolifération de constructions dans un site dont l\u2019architecture est avant tout celle du paysage.Certes, à première vue, l\u2019idée d\u2019enfouir les mausolées peut sembler un compromis séduisant.En 1996, on inaugurait ainsi le mausolée souterrain Sainte-Marguerite d\u2019Youville dont on promettait l\u2019invisibilité mais qui offre désormais la vue d\u2019une cohue de fenêtres, de ventilateurs et de puits de lumière qui jonchent les pelouses entourées de tombes sculptées.Pourquoi faut-il mener ses expériences aux endroits vulnérables et sensibles comme ce cœur vert du mont Royal, alors qu\u2019il y a tant de lieux insignifiants qui seraient grandis par de tels gestes?En avril 2004, l\u2019Office de consultation publique de Montréal publiait son rapport de consultation sur la proposition de plan directeur du cimetière Notre-Dame des Neiges (voir www.ocpm.qc.ca).Rigoureux, ce rapport fait état des avis des comités et des commentaires reçus du public.Il s\u2019ajoute à la liste trop courte des témoins d\u2019un débat civique sur la relation entre l\u2019architecture et l\u2019espace qui l\u2019entoure.Trop souvent condamnés pour les torts des maîtres de leurs projets, les architectes participent à la définition de la culture à Montréal et au Québec d\u2019une manière qui passe souvent après les impressions passagères de phénomènes effervescents ou quantifiables comme les festivals qui s\u2019accaparent de plus en plus l\u2019espace urbain au risque d\u2019en faire un lieu inféodé à leurs besoins et médiocre entre deux programmations.Ce rôle créateur des architectes doit être reconnu et défendu mais la cité ne peut se permettre de reconnaître un autre «droit de créer» dont ses détenteurs seraient seuls juges et maîtres.Se surprendrait-on si, ayant le choix en 2004, on préférerait dire non à la construction de l\u2019ITHQ au nom du carré Saint-Louis?Ce projet de construire, dans un vaste jardin voué à la mémoire, un édifice qui en appellera d\u2019autres au détriment de la montagne, pose la même question.co# irderW® I#* list# MAI 2004 19 7 iiy i l\u2014 M ! \\ Les objectifs conceptuels encadrant l'implantation et le traitement du mausolée du Boisé de l'Est du cimetière Notre-Dame-des-Neiges Il est à noter que ce mur ne sera jamais perceptible depuis l\u2019espace public au dessus du poste de police, son couronnement étant caché par le faîte du toit de ce bâtiment municipal.il est à noter également que, pour consolider la masse existante d\u2019une superbe rangée d\u2019érables de Norvège naturels implantés entre la clôture et l\u2019emplacement du mausolée, une deuxième rangée d\u2019arbres de même essence et de taille raisonnable sera plantée entre le mur et les arbres existants pour assurer dans le moyen terme une présence végétale additionnelle de remplacement suffisante et, dans le long terme, la possibilité cyclique d\u2019assurer le remplacement de la rangée devenue obsolète.La même mesure de doublage végétal s\u2019appliquera à l\u2019alignement existant au sud du bâtiment projeté (la face nord, voisine du boisé de l\u2019Est ne requiert par une telle mesure.L\u2019alignement ouest des façades en gradin est largement atténuée par l\u2019effacement des plans des trois niveaux différenciés et par la végétalisation importante des terrasses.Il est à noter que deux mesures se composeront pour réduire l\u2019impact des façades périphériques.La première mesure, concerne la texture des panneaux de béton préfabriqués de l\u2019enveloppe: a) la texture des panneaux mimera les plissements géologiques montrés par la pierre découpée des falaises longeant la voie Camillen-Houde et le chemin Remembrance: plus marquée près du sol, elle s\u2019affaiblira progressivement vers le haut; b)le coloris des panneaux, d\u2019un rouge terreux à la base, s\u2019éclaircira au fur et à mesure de sa montée.LES TRAITEMENTS INTÉRIEURS L\u2019intention majeure consiste à faire réaliser au visiteur qu\u2019il pénètre dans un espace différent de celui du monde des vivants qui est celui du «dessus» des choses.Dès l\u2019entrée principale et le passage à travers un mur de verre descend une construction d\u2019acier dont les planches et les degrés sont formés de dalles de verre dépoli.Cette construction d\u2019acier se développe dans un espace ouvert, sorte de faille séparant le monde des vivants du monde des morts.À l\u2019extrémité est de cet espace haut de trois étages et dans chacun des deux pavillons se trouvera une chapelle funéraire entourée de cryptes et d\u2019enfeux et dotée d\u2019un éclairage approprié à la fonction.Vers le sud pour le pavillon sud, vers le nord pour l\u2019autre pavillon se développe perpendiculairement à la faille de l\u2019entrée trois corridors de desserte des chambres funéraires intérieures, ces chambres funéraires sont conçues comme autant d\u2019entités indépendantes ou la matière du sol, des murs et du plafond est traitée en monochromie.Un éclairage de base de faible intensité et de.haute économie sera constant alors qu\u2019un éclairage progressif plus intense sera déclenché par l\u2019entrée d\u2019un visiteur.De manière générale tous les lieux de passage seront définis par l\u2019utilisation comme plafonds d\u2019une membrane ondulatoire de plastique tendu servant soit de réflecteur, soit de diffuseur d\u2019éclairage.Les objectifs plus vastes du plan directeur, le choix du site du mausolée, l\u2019élaboration des critères matériels ayant défini l\u2019enveloppe et ses rapports à ses voisins naturels et construits, ont tous été développés dans le volet II du plan directeur et dans les annexes à ce volet portant sur l\u2019expression architecturale de «falaise végétalisée», marquant l\u2019identité géomorphologique du mont Royal, de même que sur le très faible impact visuel des démarches envisagées et sur les précautions de tous ordres ayant mené aune insertion exceptionnelle de ce bâtiment dans «l\u2019esprit même de ce lieu» (aucun bâtiment construit à ce jour sur le mont Royal fut-il résidentiel privé, municipal ou universitaire ne peut prétendre à un tel respect de l\u2019environnement).Il y manque cependant des informations plus spécifiques sur l\u2019aménagement spatial et matériel de l\u2019intérieur d mausolée qui se situe pour nous en continuité du narratif défini par l\u2019enveloppe extérieure L\u2019ENVELOPPE EXTÉRIEURE Le bâtiment se définit par une déchirure centrale (dictée par l\u2019implantation oblique d\u2019une voie de desserte est-ouest en rupture avec la trame orthogonale environnante entièrement vitrée permettant un apport de lumière naturelle important à l\u2019intérieur des deux pavillons ainsi établis en vis-à-vis.Le mur extérieur «est», parallèle à la clôture voisine redéfinit et qualifie le caractère sacré et serein du cimetière en opposition avec la médiocrité irrévérencieuse de l'arrière-cour du poste de police voisin.Les murs nord et sud expriment le caractère de superposition progressive des niveaux intérieurs, s\u2019inscrit naturellement dans la montée progressive du terrain où il s\u2019implante et vient en coiffer et confirmer la crête naturelle.Paul Faucher, architecte 20 ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE MAI 2004 WSM $3- ^ \u2018 S-T J ¦¦ '\" fi-S.-¦%?.« .-3>\"*: v ^¦4'Vfe- ; \\ ft \u2018¦;.'A Jm.*- * \u2022- ÔOn-, \u2022 iGc L'IMPLANTATION © O ®©0 P ©0® © © ©0© P P : « 1 .v oeocoQoJo 6 GO Ô Ô0Ô © COUPC mm gfljgi in nui il «ni! ni ni il iij h y .ai PLAN DE LA TOITURE MAUSOLÉE DU BOISÉ DE L'EST DU CIMETIÈRE NOTRE-DAME-DES-NEIGES p p ppp p P©P P PP P PPP P P ¦ ÜŒ llllllllll Hllllllllll llllllllll lllllllll iiiiiïîîiïBS iiiiiiiii iiiiiiim» Hllllllllll lllllfllNRi EShiiiiiiiiii llllllllll» Hllllllllll IIIIIIIIIIBI Hllllllllll llllllllll» Hllllllllll IIIIIIIIIIK Hllllllllll llllllllll» Hllllllllll IIIIIIIIIIR Hllllllllll llllllllll» .MIS lllllllll BMil lllllllll ik « üii M33i 0 C0 Ô 00Ô © Ô ©Ô© Ô ©Ô 0 Si Hllllllllll ¦ Hllllllllll llllllllll» lllllllllll llllllllll» üü ARQ.LA REVUE D'ARCHITECTURE PLAN DU 3° NIVEAU 2 \t©\t6 ô ô © ê ô êô ôô\tô ô ô ô ô © ©ô 0 0 QOQ O GO 0 00® © G® p p 0 0 a m LILÜIL1I llllllllllfy Tïïïïïïïïl Jllllllllll rnTTtttnl ü ii?« llllllllll niiiiiïïi «un [f¦ \u2014 ___\t?Il.I llllllllll iiiiiiiiiinliiiiiiiii llllllllllBllllllllll llllllllll 1111111111x1111111111 Il llllllllll llllllllll iiimmi llllllllIlBllllllllll llllllllll^ 1111111111 1111111111 uiiiiiiiii: llllllllllK llllllllll Bllllllllll miming ü 1111111111 IIIIIIIIIIXllllllllll iiiiiiiiiiii iiiiiiiiii» iiiiiitin viiiniiiii llllllllllB llllllllllxllllllllll niiiiiiiiii llllllllll^ llllllllll iiiiiini iRSM IMIIIMI ILV'£>JiWilli!K£r,j a@is ii- iitfitmitti 311 1BS3 0© © G© 0 © 0© © © 0 lire\u2014: rtSM S;i'.Sî»is SÆÉI iimiMiiK 111111111» llllllllll BIIMIIMM 11111111118 llllllllll llllllllll» MAI 2004 PLAN DU?NIVEAU 0® 0 © © 0 © ©©0®©® 0 00© 0 0 00 P G 00© G G© 0© © iin|Mh^mmiiL| iiimM ¦ A ¥ \\ n ¦ i i* -\u2022 ni mm mu il h i à\"\"(i)è© ô éô 0 00® © c® © ©6© © llllllllll Hllllllllll llllllllll HMIMIMM llllllllll1 llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll MIIIIMM llllllllll lllllllll llllllllll MIIIIMM llllllllll I lllllllll llllllllll ISSHlil llllllllll llllllllll MIIIIMM llllllllll llllllllllll MIIIIMM IIIMIMM llllllllll IIMIIMM llllllllll UHnai:| llllllllllll llllllllll MIIIIMM llllllllll llllllllll !:S'\u2018S!Silllll ijiii! ¦¦¦¦ lin ïw^S S5Ë1 Elll mm MMiiMM IIMIMIMM llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll MIIIIMM llllllllll MIIIIMM IIMMIMMI MMIIMM Il llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll llaana»: iilliil \t llllllllllll niiiiiiiiii iscatHKl fTiiïiTïïi iBîiiiüfi ii lllllllll !K!5m5m ÜOTHnffilBMi Ji il lie llllllllll llllllllll MMIIIIII iiillilili iiiiiiiiii MMMMII llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll MMMMII llllllllll llllllllll llllllllll MMIIMM llllllllll llllllllll llllllllllll MMIIIIII llllllllll llllllllll llllllllll llllllllll MMIIIIII llllllllll lIMIÜ'll liiBBaw ¦ ¦¦¦¦ MMIIIIII IIIMIMM, llllllllll n-ir;: missiliI ÉLÉVATION NORD ÉLÉVATION OUEST Mémoire présenté lors des audiences de l'Office de consultation publique de Montréal concernant le plan directeur ddménagement du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges INTRODUCTION Ce court mémoire a pour objet de donner un avis sur la proposition de plan directeur d\u2019aménagement du Cimetière Notre-Dame-Des-Neiges, proposition préparée par l\u2019équipe de professionnels dont les services ont été retenus par la Fabrique de Notre-Dame de Montréal.C\u2019est au titre de professeurs d\u2019architecture et de personnes engagées professionnellement dans la pratique et la critique de l\u2019architecture en tant que projet culturel que nous souhaitons émettre nos commentaires dans le cadre des audiences tenues par l\u2019Office de consultation publique de Montréal sur cette proposition.Nous comprenons que ces audiences mèneront éventuellement à l\u2019approbation d\u2019un plan directeur pour le développement de la propriété, à des règlements pour cadrer les interventions de restauration, de mise en valeur, de construction et d\u2019aménagement ainsi qu\u2019à des ententes de développement avec la ville dans le cas des projets conjoints.Sachant qu\u2019il s\u2019agit là d\u2019un long processus et à ce point du cheminement de cette proposition, nous nous limiterons à quelques considérations générales.Nous tenons aussi à souligner les études remarquables de notre regretté collègue Pierre Richard Bisson, qui ont soutenu ces travaux et en particulier sa contribution personnelle au débat typologique qui a émergé autour du classement de ce cimetière dans la famille canadienne des cimetières ruraux ou des cimetières jardins.La spécificité de ce territoire vient de son développement par période.Ce développement est analogue à celui du développement de la ville qui s\u2019est fait par l\u2019agrégation successive de ses quartiers.Ceci est tout à fait évident, même pour les néophytes en histoire de l\u2019art urbain.Montréal n\u2019est pas plus une forêt que le cimetière n\u2019est un jardin.C\u2019est un lieu urbain avant tout, un lieu historique où s\u2019imbriquent des formes diverses et parfois contrastées où cohabitent le naturel et le construit.C\u2019est le mérite des auteurs de ces documents de nous faire saisir les particularités temporelles du territoire du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges et d\u2019en avoir fait le socle culturel de leurs idées pour dessiner son développement futur.LES DOCUMENTS SOUMIS PAR LA FABRIQUE DE NOTRE-DAME DE MONTRÉAL Nous voulons ici souligner la qualité des documents préparés par l\u2019équipe de professionnels pour le plan directeur d\u2019aménagement du Cimetière Notre-Dame-Des-Neiges.Le parti est direct et franc.L\u2019information est compréhensible par tous et ce parti répond bien aux exigences et aux conditions souhaitées par la Ville pour préciser le développement du cimetière au cours des 25 prochaines années.Il tient compte du caractère architectural, historique, paysager et naturel du mont Royal pour toutes les réalisations projetées afin de mettre en valeur et de rendre accessibles ces lieux dans le respect de leur caractère sacré.Il est évident que la quantité et la diversité des réalisations prévues requerront plus de détails, mais à ce stade il faut noter que la vision proposée est claire et suffisamment précise.Elle repose sur une stratégie où s\u2019équilibre très bien la conservation et le développement, traduisant ainsi une conception du patrimoine dont les valeurs sont inscrites dans le mouvement de la culture urbaine.Georges Adamczyk PROFESSEUR D'ARCHITECTURE Pierre Boyer-Mercier ARCHITECTE ET PROFESSEUR D\u2019ARCHITECTURE Ecole d'architecture de L\u2019UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL LE PLAN DIRECTEUR ET LE SITE DU MONT ROYAL Ce qui ressort d\u2019emblée de l\u2019observation et de l\u2019expérience de ce site unique qu\u2019est le mont Royal, c\u2019est moins une figure urbaine : le parc, que le fait géographique : la montagne.En réalité n\u2019est-ce pas ainsi que l\u2019on décrit Montréal: un fleuve, une île, une montagne ?Dans un deuxième temps, une lecture plus sensible permet d\u2019en saisir les caractéristiques particulières : sa position centrale sur le territoire, sa masse végétale, ses trois sommets, les grandes institutions qui se sont progressivement établies sur ses flancs, les cimetières, l\u2019ensemble résidentiel de Westmount qui domine les quartiers du canal de Lachine, le chemin de la Côte-Des-Neiges au tracé si singulier.Au cœur de cet ensemble composite se trouve le parc du mont Royal, un havre de paix d\u2019où l\u2019on peut surplomber le centre de la ville ou se retrancher du tintamarre urbain en choisissant de se recueillir dans la grande clairière du Lac des castors.Parcourir le mont Royal, c\u2019est traverser cette diversité des formes d\u2019occupation de ce territoire qui en ont façonné la morphologie au cours du temps : l\u2019habitat pavillonnaire, les édifices monumentaux, les campus universitaires, les grands hôpitaux, les cimetières et le parc.Au sein de cet ensemble, le cimetière Notre-Dame-Des-Neiges constitue en quelque sorte, une entité distincte.Mais celle-ci n\u2019en est pas moins hétérogène car sa composition n\u2019est pas une, mais plusieurs à l\u2019image de la ville contemporaine.On pourrait dire que sa composition spatiale ne démontre pas une unité de caractère et qu\u2019en terme de convenance ses diverses parties répondent plus à l'esprit du temps où elle furent mise en œuvre.Ainsi son caractère, car il faut le reconnaître pour ce qu\u2019il est, tient de cette relation paradoxale : Bien que chacun des éléments fasse sa loi, ces éléments sont liés entre eux par la géographie, par le paysage.De visu, nous sommes sensibles à la prédominance de la végétation et aux représentations culturelles qu\u2019elles émulent, alors que in situ mus sommes confrontés aux faits architecturaux et à l\u2019histoire avec ses logiques sociales et ses expressions esthétiques successives.Un peu comme ce qui fait que les uns voient la brique et les autres la pierre grise comme trait matériel caractérisant Montréal.vttsm LES PRINCIPALES PROPOSITIONS DU PLAN DIRECTEUR d\u2019aménagement Wlü TV ¦ | La plaine\t\\ Un remarquable espace propice au recueillement, à la contemplation et accessible à tous, n Le chemin de ceinture (piste cyclable) Une interface nature remarquable avec le domaine public.El Le patrimoine architectural Un ambitieux programme de restauration pour préserver la mémoire architecturale et historique des lieux.n Les boisés Un programme de reboisement est prévu, qui ajoutera aux quelque 10 000 arbres qui agrémentent déjà le site, fifl La maison Jarry-dit-Henrichon (entrée Decelles) La redécouverte de l'histoire du Cimetière sera possible grâce au centre d\u2019interprétation qui sera aménagé dans cette demeure historique.ra Les mausolées Un instrument qui permettra au Cimetière de maintenir sa vocation première dans le plus grand respect de l\u2019environnement.K® Le chemin de traverse Un nouvel axe de circulation piétonnière, qui constituera un véritable pont entre deux quartiers.m Les sentiers et les allées Piétonnières ou routières, les voies de circulation conserveront leur caractère actuel et continueront à se fondre dans l\u2019environnement naturel du Cimetière.89911 Les activités d\u2019interprétation À différents endroits, un programme complet proposera diverses activités d\u2019interprétation du Cimetière.Patrimoine et architecture Une étude patrimoniale et architecturale des bâtiments sera réalisée, qui permettra d\u2019accroître le niveau de connaissance des Montréalais à ce sujet.Un inventaire des arbres Le programme de reboisement se doublera d\u2019un inventaire complet des arbres du Cimetière, dans le but de planifier minutieusement l\u2019activité en matière arboricole.Un plan de signalisation Le Cimetière compte pas moins de 55 km de routes, allées et sentiers.Un système simple et discret de signalisation permettra aux visiteurs de trouver plus facilement leur chemin.ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE I I : lllf:®!.I :: I I was I bijpaî I ipositese I pro Itli* I | djir\u2019 huit, ires, les ' jdiSf jestl* .: ; IKIjlIlJ Oil!®'.jpaifs miff®; I Bill!!® I i#l i# I jaino® 0 0 N:i.reviem I I Le mérite du plan directeur est de prendre en considération ces paradoxes.Ainsi, il est significatif d\u2019y voir l\u2019attention que I on porte autant à préserver les valeurs paysagères de La Plaine que les valeurs architecturales des monuments.Il est tout autant significatif de constater que la conception du Mausolée du Boisé de l\u2019Est s\u2019écarte d\u2019une construction recherchant ie contraste comme principe d\u2019édification et la position dominante comme principe de composition.Les concepteurs ont plutôt choisi une approche menant à la figure d un bâtiment-jardin en terrasse en relation mineure par rapport à l\u2019ensemble et relativement autonome dans sa composition.Tout comme le front bâti du campus de l\u2019Université de Montréal renforce déjà le grand dégagement visuel du cimetière et permet d en affirmer son identité.Les interventions minutieusement prévues par le plan directeur, en particulier le chemin qui le traverse, auront un effet sur la reconnaissance des spécificités de son voisin : le parc du mont Royal.C\u2019est à ce dialogue fructueux entre les parties et le tout, entre le passé et l\u2019avenir que nous invite la proposition du plan directeur et ce sont ces qualités et cette sensibilité particulière que nous lui reconnaissons.LA NÉCESSITÉ DE LIEUX QUALIFIÉS DANS UN PLAN D\u2019ENSEMBLE : LE MAUSOLÉE DU BOISÉ DE L\u2019EST En partant de I axiome selon lequel le tout se compose de parties, il est normal de conclure que la qualité du tout dépend de celle de ses composantes.La question se pose alors ainsi : remplacement désigné pour l\u2019implantation de I éventuel mausolée contribue-t-il dans sa présente condition à la valorisation du cimetière voire de l\u2019ensemble patrimonial du mont Royal ?Dit autrement : est-ce que ce lieu, laissé en jachère, ne constitue pas un maillon faible de l\u2019ensemble ?En corollaire, il faut aussi se poser la même question sur la valeur de ce qui est proposé en substitution.Le projet de ce mausolée est-il bénéfique à l\u2019ensemble du cimetière ?Au-delà de sa typologie propre, garante de la fusion fonctionnelle du bâtiment à la définition du lieu, en l\u2019occurrence un cimetière, la proposition du mausolée dans son aspect formel présente-t-elle une intégration conceptuelle de valeur pour le cimetière ?En d\u2019autres termes, contribue-t-elle à son enrichissement en lui apportant une plus grande valeur architecturale ?EXAMINONS LES ASPECTS SUIVANTS: 1.\tLa topographie du lieu Il est évident que la considération de la topographie existante fait partie intégrante des prémisses formelles du bâtiment.Par son déploiement sous forme de terrasses en cascades vers le bas, le projet garantit le plus fondamental des liens avec l\u2019endroit de son implantation.Mais cet écho formel, aussi élémentaire fut-il, ne peut pas constituer à lui seul et d autorité une caution qualitative.2.\tDiscrétion et modestie La présence d un aussi imposant bâtiment pourrait disqualifier d emblée le projet et annihiler toute relation métaphysique de l\u2019intervention avec ce lieu sacré.Or, l\u2019enfouissement d\u2019une importante partie du bâtiment élimine tout effet de dominance, tant du point de vue intra-muros qu\u2019extra-muros, MAI 2004 sur l\u2019environnement.Dans sa volonté d\u2019effacement pour donner une ambiance de silence et de respect au bâtiment, le traitement en toute simplicité de la volumétrie convient au caractère serein du cimetière.3.\tLien phénoménologique Le projet architectural agrémenté de plantations, de passages, de points de vue, transcende toute notion de construit en harmonisant de façon phénoménologique l\u2019architecture et le site.Lexpérience sensorielle du lieu se vit ainsi en continuité avec celle des autres composantes naturelles et bâties du cimetière.La qualité architecturale essentielle du projet réside dans sa fusion matérielle avec le lieu.4.\tAccessibilité et présence En réponse à un climat particulièrement inhospitalier en hiver, le concept de mausolée permet un accès en toute saison aux sépultures dans des conditions qui favorisent la sérénité et le recueillement.Ainsi les visiteurs de tous âges et de toutes conditions pourront y prier et y méditer en toute liberté ce qui infuse au mausolée une valeur humaine des plus appréciables.Conséquemment à son accessibilité, le mausolée assurera une présence humaine chaleureuse et quotidienne à un lieu qui est actuellement désolé et sans aucun intérêt réel.Pour toutes ces raisons, nous affirmons que le mausolée, tel qu il est proposé, s\u2019intégre harmonieusement au site et auquel il confère une plus-value architecturale et paysagère évidente et nécessaire.CONCLUSION À l\u2019instar des divers comités qui ont exprimé leur avis sur la proposition du plan directeur pour le Cimetière Notre-Dame-Des-Neiges, nous appuyons ce plan, les valeurs qui le sous-tendent et les ententes de développement qu\u2019il prévoit ou prévoira.Nous appuyons également la proposition d\u2019édifier le Mausolée du Boisé de l\u2019Est dans sa nouvelle version pour les qualités et les usages qu\u2019il offrira et pour son rôle dans la composition d\u2019ensemble qui viendra consolider l\u2019identité du Cimetière sur le site du mont Royal.Nous sommes convaincus que le Plan directeur d\u2019aménagement du Cimetière Notre-Dame-Des-Neiges constitue une base et un instrument qui, bien que perfectible, contribueront à faire du mont Royal un des grand projets de Montréal.25 Consacrer ou construire Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges contre le mont Royal ?À l\u2019horizon du débat entourant la construction dans le cimetière l\\lotre-Dame-des-l\\leiges d\u2019un mausolée, œuvre de l\u2019architecte Paul Faucher, une sombre silhouette se profile: celle de «LA Montagne», pour laquelle le gouvernement québécois vient d\u2019inventer un nouveau statut: celui «d\u2019arrondissement historique et naturel2».Ce n\u2019est pas-loin de là-la première aventure du patrimoine dans le rôle de l\u2019obstacle à la construction, voire à la création architecturale; pourtant, «l\u2019irrépressible envie de vouloir tout garder» pourrait, si elle prévenait ici l\u2019édification d\u2019un nouveau mausolée -et le développement du cimetière- conduire moins à garder qu\u2019à perdre.L\u2019article qui suit a été élaboré à partir d\u2019un mémoire que nous avons déposé à l\u2019occasion des consultations publiques sur le Plan directeur d\u2019aménagement du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges» tenues en novembre et en décembre 2003, consultations qui, selon les commissaires auteurs du Rapport de l\u2019Office de consultation publique3 «auraient permis de confirmer, une fois de plus, l\u2019attachement des Montréalais envers le mont Royal [et] mis en évidence à quel point la construction de mausolées n\u2019est pas acceptée par la société civile en raison de difficultés d\u2019intégration dans le paysage culturel de la montagne» (I).Le Rapport évoque aussi une position qui serait la nôtre, selon laquelle le travail de caractérisation du patrimoine réalisé par la direction du cimetière «n\u2019aurait pas fait l\u2019objet d\u2019un consensus au plan patrimonial», ce qui pourrait laisser penser qu\u2019une sorte de «vérité patrimoniale», ici devrait être prise en compte envers et contre la construction d\u2019un mausolée.Or, plutôt qu\u2019envisager la bataille entre un cimetière et une montagne (ou entre David et Goliath), nous croyons que «l\u2019attachement des Montréalais envers le mont Royal» sert de façon fallacieuse (intentionnellement ou non) à contrer le projet architectural.Tout en considérant justement, comme les commissaires, que «le statut d\u2019arrondissement historique et naturel introduit l\u2019obligation de considérer l\u2019ensemble des éléments relatifs au patrimoine dans la planification des interventions sur le territoire du cimetière», nous proposons (au contraire des commissaires) que le patrimoine et l\u2019évolution ne soient pas antinomiques.Dans le cas de l\u2019aménagement du Cimetière Notre-Dame-des-Neiges et de la construction du mausolée que son plan directeur prévoit, voici pourquoi.le sacrifice, que nous avons évoqué, qui confère une valeur absolue et une nature inviolable au lieu sacré voué à l\u2019au-delà; d\u2019autre part, le lieu sacré tient d\u2019un renoncement volontaire qui le fait inaliénable.En effet, en amont de toute sacralisation -comme celle des attributions patrimoniales modernes-, le bien d\u2019Église constitue, depuis le Moyen Âge, le «patrimoine des pauvres», par opposition au «patrimoine» qui, au sens juridique, décrit plutôt les possessions des familles nobles et riches.Or, ce patrimoine substitué, formé de l\u2019ensemble des biens d\u2019Église, est par essence indivis et incommutable.Il résiste à la dispersion et à la dilapidation précisément grâce au principe de substitution: dans le registre des croyances qui l\u2019ont constitué et qui en définissent l\u2019usufruit, les collectivités désignées comme héritières -étant entendu que la dichotomie «pauvres/nobles» de la doctrine médiévale se réfère au couple «citoyens/gouvernement» du monde moderne-n\u2019en ont pas davantage la libre disposition que les collectivités légataires n\u2019en avaient l\u2019entière possession.Ancrée au «culte chrétien de la trace5» qui donna naissance au sens moderne du «patrimoine» (par exempte celui qu\u2019au Québec on accorde aux «biens culturels»), cette notion très ancienne s\u2019est inscrite dans la culture occidentale.C\u2019est elle qui a inspiré 1e régime des concessions superficiaires des cimetières, équivalent devant l\u2019au-delà du régime féodal des concessions seigneuriales.C\u2019est aussi cette notion de propriété collective, inscrite dans la logique de gestion des propriétés des «Églises établies» -c\u2019est-à-dire celtes auxquelles l\u2019État accordait un droit de pratique sinon exclusif, du moins prépondérant- qui fonde toutes tes fabriques paroissiales du Québec (dont, évidemment, la Fabrique de la paroisse Notre-Dame de Montréal), créatures hybrides à la jonction du droit canon et du code civil.C\u2019est, enfin, cette même notion qui défend aux autorités religieuses de céder, par exempte, 1e terrain d\u2019un cimetière, à tout 1e moins sans un protocole complexe de déconsécration, justement, puisque la valeur absolue du lieu sacré s\u2019articule à sa nature inaliénable.D\u2019ordre fonctionnel, la sacralisation -par opposition à la consécration qui est, elle, d\u2019ordre naturel- prive ainsi 1e lieu sacré, non seulement de sa destination -en l'occurrence, celte du cimetière de rester un «patrimoine»-, mais de son sens.Dans cette situation, la sacralisation patrimoniale d\u2019un cimetière chrétien est contradictoire en elle-même, puisqu\u2019elle va de surcroît à l\u2019encontre des traditions millénaires du lieu sacré et de la mémoire qu\u2019il porte, tant de l\u2019ici-bas vers l\u2019au-delà que du passé vers l\u2019avenir.C\u2019est 1e cas, a fortiori, pour un cimetière catholique au Québec.Car, au fil des ans, 1e modèle chrétien s\u2019est articulé de façon spécifique au Québec.Ainsi, nos cimetières sont plus québécois que catholiques, tout comme le sont nos églises.Sans élaborer outre mesure sur la vernacularisation et la caractérisation des paysages cultuels au Québec, force est de constater que 1e cimetière -nommément 1e cimetière Notre-Dame-des-Neiges- s\u2019y révèle dans la perspective totalisante de son étendue temporelle et spatiale, au sens maintenant considéré par l\u2019Unesco depuis la toute récente Convention internationale pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (octobre 2003).Si la fermeture d\u2019un cimetière par arrêt des inhumations signe l\u2019arrêt de mort d\u2019un patrimoine vivant, fait de coutumes, de croyances, d\u2019usages et de savoir- Luc Noppen et Lucie K.Morisset 1 LE LIEU SACRE ET L'ENSEMBLE PATRIMONIAL Peu de cimetières actifs ont été reconnus comme sites patrimoniaux au point d\u2019être inscrits dans un périmètre de protection juridique.Au Québec, si on excepte tes cimetières de quelques enclos paroissiaux anciens (ceux de l\u2019île d\u2019Orléans et de quelques églises classées), on ne compte guère que tes cimetières Mount Flermon (protestant) et St.Patrick (catholique), inscrits dans l\u2019arrondissement historique de Sillery depuis 1964, qui offrent quelque parenté avec ceux du mont Royal.Mais ces deux cimetières sont dédiés à la communauté anglophone de Québec qui n\u2019a cessé de décliner au XXe siècle.De vastes plages de leur territoire sont donc encore disponibles à des fins d\u2019inhumation en pleine terre.Au départ, notre position sur te cimetière Notre-Dame-des-Neiges est la même que celte que nous exprimons au sujet de toutes tes composantes du corpus du patrimoine.Ce qui garantit te mieux la pérennité d\u2019un site ou d\u2019un bâtiment d\u2019intérêt patrimonial est te maintien, autant que faire se peut, de son usage initial.Le maintien du lieu de culte est la meilleure garantie de la survie d\u2019une église patrimoniale et personne ne contestera que la meilleure chose qui puisse arriver à un cimetière est de rester en fonction.Ce maintien de l\u2019usage est d\u2019autant plus crucial dans te cas de la conservation du patrimoine religieux puisque tes églises, tes chapelles et tes cimetières sont au départ des lieux dits «sacrés» et que leur réaffectation requerrait une double aliénation, par voie de déconsécration.La consécration de ces lieux est en effet beaucoup plus signifiante que quelque forme de sacralisation patrimoniale, d\u2019essence juridique ou autre.Voici pourquoi.Par opposition au «sacral» qui se réfère à l\u2019attribution (la sacralisation) d\u2019un caractère sacré, tes lieux de culte et d\u2019inhumation sont en Occident, des lieux «sacrés»; cet adjectif qualifie depuis la nuit des temps la nature sépârée, interdite et inviolable qui, par la consécration, confère une valeur absolue en vertu de croyances dominantes ou acceptées comme telles.Les cimetières du mont Royal sont « sacrés» en ce sens depuis longtemps (depuis 1854), alors que leur sacralisation patrimoniale est assez récente (dans l\u2019opinion publique et selon te législateur).Même te caractère sacré du mont Royal lui-même, de plus en plus évoqué au titre de son hypothétique usage précolonial (te mont Royal serait un ancien site amérindien), est un argument récent qui témoigne surtout au plan épistémologique: il signale l\u2019évolution de l\u2019archéologie historique, maintenant attirée par te potentiel sémantique d\u2019un lieu vierge au centre d\u2019une agglomération dense.Avant d\u2019être sacraux, tes cimetières du mont Royal sont donc reçus comme sacrés, particulièrement par tes communautés judéo-chrétiennes de Montréal.Mais justement, ce caractère sacré, dans la tradition judéo-chrétienne, est te fait d\u2019un double sacrifice qui étend au-delà d\u2019une seule communauté tes significations de la consécration4.D\u2019une part, ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE «ÉSSfcsI \u2022SsXiiW rnÆà ¦w mmà ,ê às in mm Ü-V MO» iiiti L\u2019allée plantée du site destiné au nouveau mausolée sera conservée et divisera le bâtiment en deux !;!;!$#! faire ancrés en un lieu, elle est d\u2019autant plus antinomique par rapport à ce patrimoine que ie cimetière recèle des monuments très anciens et très récents qui, ensemble, forment un catalogue éloquent de l\u2019évolution des pratiques d\u2019inhumation, révélateur aussi de la composition sociale et ethnique de la ville.Il y a en effet dans les cimetières du mont Royal autant de «petites patries» que Montréal en a connu, que Montréal en recèle aujourd\u2019hui.Le cimetière Notre-Dame-des-Neiges est un véritable palimpseste d\u2019un rite de passage essentiel (d\u2019ailleurs considéré par plusieurs théologiens et historiens comme central) et, à ce titre, en dépit des prétentions en ce sens, ce cimetière n\u2019est pas plus européen (Père-Lachaise) qu\u2019étasunien (Mount Auburn): il est bien typiquement montréalais.De ce point de vue.il faut rejeter l\u2019épithète « hybride» que plusieurs ont utilisé jusqu\u2019à maintenant pour qualifier un paysage qui ne serait pas totalement ou suffisamment authentique en vertu de quelque modèle au demeurant exogène.La montréalité est autre chose qu\u2019une somme de reproductions, ici, de représentations fabriquées ailleurs.Sans même prendre en compte que sa consécration en définit l\u2019essence patrimoniale, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges est donc un patrimoine authentiquement montréalais; il l\u2019est d\u2019autant plus qu\u2019il est actif, comme tout Montréal l\u2019est.Fermé, ce cimetière deviendrait à terme un monument historique figé (dans le sens d\u2019un lieu qui témoigne, qui évoque un quelconque passé) que les opérations de conservation et de mise en valeur au raient tôt fait de débarrasser de nombreuses pierres tombales, caveaux funéraires et mausolées de construction fragile ou jugés peu intéressants devant l\u2019Histoire ou au nom de l\u2019Art.Et puisque l\u2019on n\u2019y a pas collectionné les célébrités avec autant d\u2019intensité que le cimetière du Père-Lachaise le fit, on n\u2019y reconnaîtrait dès lors, pour l\u2019essentiel, qu\u2019un ancien cimetière abandonné, absorbé par le parc du mont Royal.DISTINGUER SAUVEGARDE ET IMMOBILISME Selon notre vision des choses, la création d\u2019un site du patrimoine par la Ville de Montréal et le classement prochain du nouvel arrondissement historique et naturel du mont Royal avec le même périmètre sont, quant au dossier du cimetière Notre-Dame-des-Neiges plus anecdotiques qu\u2019opérationnels, notamment à l'égard de l\u2019immobilisme du patrimoine qui affleure dans le débat.Voici pourquoi.Si la notion de patrimoine substitué, inhérente au lieu sacré, milite en faveur du maintien des activités du cimetière, l\u2019option de ses gestionnaires -d\u2019assurer la pérennité du lieu et des activités d\u2019inhumation à très long terme- mérite d\u2019être saluée.Et cela d\u2019autant plus que le plan de développement prend en compte non pas le seul état originel des lieux, mais l\u2019inscription d\u2019une lecture prospective de l\u2019évolution des pratiques d\u2019inhumation.Un exemple comparable peut être évoqué: celui du Vieux-Montréal.Alors qu\u2019il semblait assez évident que l\u2019intention du législateur dans la déclaration d\u2019arrondissement historique, en 1964, était d\u2019en assurer une conservation et une mise en valeur statique, la diversité des bâtiments et la variété des activités qui faisaient le génie du lieu ont eu tôt fait de prendre le dessus sur les velléités d\u2019immobilisme.De façon assez spectaculaire, en même temps que les monuments les plus anciens et les plus reconnus ont été habilement restaurés et mis en valeur, le Vieux-Montréal a vu se métamorphoser ses places et ses jardins et se construire, en son sein même, une quantité impressionnante de nouveaux bâtiments.Le nombre de résidants a augmenté de façon significative, notamment grâce à l\u2019implantation de nouvelles typologies résidentielles.Les représentations du lieu qui avaient cours au moment de son classement se sont évanouies au profit d\u2019images collectives plus fortes, mieux arrimées à la sensibilité et aux valeurs de notre époque et plus volontiers proposées en partage à tous ces Autres qui nous visitent et continuent à contribuer à la construction de notre vision de ce que nous sommes6.Il apparaît que l\u2019appropriation collective dont a fait l\u2019objet le Vieux-Montréal peut servir à démontrer le potentiel du mont Royal et de ses cimetières, pour peu que l\u2019on accepte d\u2019arrimer la mise en valeur du lieu à un développement ouvert aux nouveaux procédés funéraires.L\u2019enfeu du mausolée n\u2019est-il pas au cimetière ce que le loft ou le condo est au Vieux-Montréal?Il va de soi que sa situation sur le mont Royal, site au potentiel identitaire considérable, est à la fois un atout pour le cimetière, au plan économique, certes, mais aussi au plan culturel, puisque ce potentiel identitaire impose au cimetière un développement de qualité, logé à l\u2019enseigne de l\u2019excellence et de l\u2019ordre de l\u2019investissement symbolique qu\u2019appellent, l\u2019un dans l\u2019autre, ces deux hauts lieux.Tâchons cependant d\u2019éviter que les cimetières du mont Royal ne deviennent les paillassons du parc comme certains prétendent que le Vieux-Montréal résidentiel soit devenu le paillasson du Vieux-Port.En fait, y a-t-il quelqu\u2019un qui songerait sérieusement à limiter ou à supprimer la fonction résidentielle dans le Vieux-Montréal sous prétexte qu\u2019elle est une entrave au développement d\u2019un Vieux-Port encore plus festif ?On pourrait enchaîner avec le Plateau, le Quartier chinois etc.Qui oserait affirmer que ces lieux actifs, ancrés en ce sens dans l\u2019imaginaire collectif et parties intégrantes de l\u2019attractivité montréalaise, pourraient survivre sans l\u2019activité La portion est du site destiné au nouveau mausolée.Vue vers l\u2019ouest.- ; V ¦vy~£\u2019-4;r- bien affirmée qui les caractérise ?Comme dans les cimetières, la sacralisation patrimoniale ne devrait pas émasculer l\u2019exceptionnelle valeur d\u2019usage qui détermine justement la signification de ces lieux7.Pour convenir en ce sens de ce que le Quartier chinois n\u2019est ainsi pas un tombeau et le Vieux-Montréal n\u2019est pas plus un musée, il faut aussi admettre que le cimetière n\u2019est pas un parc.L\u2019idée voulant que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges soit une partie du parc du Mont-Royal est d\u2019ailleurs assez récente; certainement confortée par l\u2019adoption du périmètre d\u2019un «arrondissement historique et naturel» qui englobe à la fois le parc et les cimetières, elle n\u2019est probablement pas étrangère à la confusion latente d\u2019un «arrondissement historique et naturel» qui oppose un patrimoine «naturel» (c\u2019est-à-dire propre au monde physique et excluant l\u2019homme et ses œuvres) à un patrimoine «artificiel», fait quant à lui de main d\u2019homme et inscrit dans un temps historique.Il conviendrait à cet égard de souligner que le parc du Mont-Royal, en ce sens, n\u2019est pas plus «naturel» que le cimetière (l\u2019un et l\u2019autre relèventtout autant de l\u2019œuvre humaine); mais sans même aborder la méfiance du futur que révèle cette extension protectionniste d\u2019une «nature» que l\u2019on cherche à tout prix -nous y reviendrons plus loin-, on peut s\u2019emboîter dans la définition même de l\u2019arrondissement et proposer que les nécropoles soient des plages «urbaines», par opposition aux plages «naturelles».Les cimetières appartiendraient ainsi bien plus au volet «historique» qu\u2019au volet «naturel» de la déclaration d\u2019arrondissement.LA VRAIE NATURE DE CE PATRIMOINE-CI La confusion entre le cimetière et un parc tient ici d\u2019une méprise historique, guidée par une perception essentialiste du patrimoine elle-même soutenue par l\u2019idéal d\u2019un patrimoine de proximité.Instrumentalisé par les luttes populaires des années 1960 et 1970 qui l\u2019ont érigé en outil d\u2019empowerment CIMETIÈRE Consacrer Notre Dame Neiges Royal construir des CONTRE MON WÊmm iSiMBBa Le site du nouveau mausolée depuis le bas, vers le sud-est.de la citoyenneté, le patrimoine s\u2019est à la fois étendu (en champs d\u2019application) et contraint (en communautés d\u2019appartenance et de référence).Le «petit patrimoine», comme l\u2019ont désigné certains théoriciens, constitue maintenant le patrimoine en «cadre de vie»; les principales oppositions évoquées lors de la période des questions des consultations publiques dernier tiennent à cette perception d\u2019un patrimoine de proximité.Sans revenir sur le différentiel sacré/ sacral que nous avons exposé précédemment, il faut en effet constater que la sacralisation patrimoniale revient alors, comme l\u2019écrivait récemment l\u2019historien français François Hartog, à «une opération visant à produire du territoire et de la continuité pour ceux qui habitent là aujourd\u2019hui8» (inutile ici de préciser que les «habitants» du cimetière ne sont pas en cause, mais plutôt leurs voisins).Le patrimoine de proximité est l\u2019environnement urbain immédiat et signifiant pour chacun d\u2019entre nous, maintenant: un patrimoine rendu proche dans l\u2019espace et dans le temps9.D\u2019où la dérive du sens et la position essentialiste qui la guide, en supposant d\u2019une part que l\u2019identité (du cimetière, en l\u2019occurrence) soit inscrite génétiquement et invariablement dans la structure initiale des objets et des paysages et d\u2019autre part que cette essence prévale sur l'évolution de ces objets et de ces paysages.Motivé par le «vouloir de parc» d\u2019un patrimoine de proximité et aveuglé par la surface des choses («l\u2019apparence de parc» qu\u2019on voudrait voir), l\u2019essentialisme s\u2019oppose ici à la reconnaissance et à la valorisation de la nature accidentelle et existentielle des objets et des paysages (la montréalité10, par exemple), en rapportant toujours l\u2019exemplarité d\u2019une origine déterminante (les «modèles» européens ou étasuniens, dans ce cas).Or, tout en niant le rôle des populations et des dynamiques locales dans la spatialisation de l\u2019identité qui «fait» le patrimoine (puisque l\u2019essence patrimoniale serait inscrite dans l\u2019objet), la position essentialiste qui voudrait garder le lieu d\u2019un développement conforme à l\u2019évolution des pratiques d\u2019inhumation condamne le patrimoine en question à ne représenter qu\u2019une fraction de sa réalité, oblitérant son actualité et son devenir.Mais que l\u2019on considère la fraction dite structurale du lieu (la plus ancienne et la plus pittoresque) ou l\u2019idéal de parc d\u2019un patrimoine de proximité, l\u2019essentialisme conduit ici à une erreur, qui affecte aussi bien la compréhension du dit patrimoine que la valorisation qu\u2019elle sous-tend.Cela, sans même arguer que, pour qui s\u2019en tiendrait à l\u2019essence, celle du mont Royal pourrait aussi bien (mieux?) être mise en lien avec le tumulus funéraire préhistorique qu\u2019avec la fréquentation festive d\u2019un parc.Qu'il soit ou non intégré à un «arrondissement naturel», un cimetière n\u2019est pas un parc.Le visiteur d\u2019un cimetière adopte un comportement déférent et sa visite est motivée par le deuil, le souvenir ou encore une quête de calme matinée d\u2019introspection.Peu y jouent au frisbee où y font un pique-nique en famille; les grandes fêtes occasionnant des rassemblements monstres y sont interdites, tout comme, de façon évidente, toute construction éphémère.Un cimetière est en effet un lieu de permanence où les constructions requièrent la mise en œuvre de matériaux durables.En cela il s\u2019oppose au parc qui est avant tout une structure végétale qui évolue au gré des saisons et au fil des ans.L\u2019arrêt des inhumations sous prétexte d\u2019appropriation collective pourrait, certes, mener à une mutation d\u2019un cimetière en ce sens.Mais il y a plus: ce cimetière-ci n\u2019est pas un parc, non plus qu\u2019il serait le «cimetière rural» auquel on créditerait la vision romantique de quelque promeneur solitaire.L\u2019argument confondant cimetière et parc à travers la lecture d\u2019un «cimetière rural» ressortit à une méprise de la lecture des qualités paysagères et de l\u2019évolution historique des cimetières.En Amérique du Nord (dans la foulée d\u2019un modèle britannique développé plus tôt), les parcs ont été créés à la périphérie des territoires urbanisés en vue d\u2019y attirer de nouveaux résidants tout en y haussant la valeur foncière.Les «jardiniers» du XVIIIe siècle sont alors devenus des «paysagistes», experts dans l\u2019art de naturaliser ces nouveaux domaines urbains en fonction de l\u2019esthétique romantique contemporaine; c\u2019est à eux, aussi, qu\u2019on confia la planification et la végétalisation des nouveaux «cimetières ruraux», puisque, à la même époque, la prise de conscience collective des nécessités de l\u2019hygiène publique -la même qui proposait aux habitants de s\u2019éloigner des miasmes de la ville- a chassé les cimetières des territoires urbanisés et requis l\u2019ouverture d\u2019autres cimetières, en périphérie plus éloignée.Les nécropoles de l\u2019Europe continentale, véritables «cités» densément peuplées, ont ainsi fait place en Amérique au «cimetière rural», qui partageait l\u2019esthétique de son cousin, le parc pittoresque: artifice d\u2019une idée de la nature sauvage composée en atmosphères suggestives où tombeaux, comme ruines, évoquent la toute-puissance d\u2019un domaine naturel ayant repris ses droits.Si la faible densité des banlieues cossues se répercutait dans ces cimetières, puisque l\u2019espace était disponible, les cimetières ruraux des métropoles, tout comme la banlieue proche, se sont au fil des ans densifiés.De nouveaux types d\u2019inhumation y sont apparus, figures équivalentes du bungalow et de l\u2019immeuble d\u2019appartements.L\u2019image paysagère rurale a mieux été conservée dans certains cimetières, grâce à deux procédés: l\u2019ouverture de nouveaux cimetières pour les classes moins fortunées et/ou la construction de mausolées, deux mesures qui permettent de baisser la pression sur l\u2019importante consommation de terrain que représente l\u2019inhumation en pleine terre, surtout de celle accompagnée d'un droit perpétuel à la concession.Voisin du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le Mount Royal Cemetery est l\u2019un de ces cimetières ruraux qui ont pu, ainsi, préserver l\u2019atmosphère de la figure originelle qui incite aujourd\u2019hui à ce qu\u2019on les confonde -du fait de leur époque de création ou de leur esthétique- avec des parcs, empreints qu\u2019ils sont d\u2019un idéal naturaliste que notre société tend à rejoindre (nous y reviendrons plus loin).D\u2019autres cimetières, même s\u2019ils se sont établis en milieu rural, ont adopté dès le départ une figure urbanisée dont on pourrait dire aujourd\u2019hui qu\u2019elle rend leur lecture plus complexe.C\u2019est le cas du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, dont cette figure «urbanisée» incrustée dans un environnement naturel, peut aujourd\u2019hui inciter à la confusion: le cimetière Notre-Dame-des-Neiges a en effet évolué comme la plupart des cimetières nord-américains, par une densification peu contrôlée qui y juxtapose aujourd\u2019hui des monuments funéraires et des mausolées de qualité formelle inégale, ajoutant à l\u2019effet d\u2019encombrement qui domine dans plusieurs secteurs.Toutefois, cette équivalence des apparences, tout comme celle que pourrait évoquer, à son origine, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges, ne doit pas nous induire en erreur: comme la plupart des cimetières catholiques, le cimetière Notre-Dame-des-Neiges n\u2019est pas et n\u2019a jamais été un cimetière rural.Un cimetière rural est l\u2019œuvre d\u2019un jardinier, et les monuments funéraires y sont des ornements paysagers; les plans des cimetières catholiques sont, à l\u2019opposé, le fait d\u2019architectes, qui imposent d\u2019emblée à l\u2019ensemble une figure urbaine, miroir non pas de l\u2019idéel, mais du réel d\u2019ici-bas.On peut ainsi décoder le cimetière No-tre-Dame-des-Neiges comme la nécropole d\u2019une métropole où de «beaux quartiers» pittoresques et vallonnés côtoient des «quartiers ouvriers» de duplex et triplex.C\u2019est en lien avec l\u2019évolution de l\u2019urbain, non avec celle de l\u2019art paysager (et encore moins de la nature) qu\u2019il faut lire la genèse et les transformations d\u2019un cimetière catholique, a fortiori celui de Notre-Dame-des-Neiges.Aujourd\u2019hui, au moment où se pose la question de l\u2019état complet, le cimetière, tout comme la ville elle-même, appelle à ce qu\u2019on imagine des formules de densification plus originales et surtout de meilleure qualité non seulement pour assurer la pérennité de son image paysagère globale, dominée par des temps forts (les «beaux quartiers») et marquée par de vastes secteurs plus vernaculaires (les «quartiers ouvriers»), mais aussi pour répondre -si possible perpétuellement-aux besoins en matière de dernier hébergement.Au moment où l\u2019on entrevoit que le cimetière pourrait dans un horizon prévisible être rempli à pleine capacité, il serait déraisonnable et irresponsable de laissertoutes les plages vertes du cimetière se semer de sépultures individuelles, souvent dotées de monuments de peu d\u2019intérêt, comme le sont déjà des secteurs entiers du site.Si les autorités du cimetière ont le droit strict de peupler leur site à ras bords de sépultures banales relevant à plusieurs égards de pratiques sinon archaïques du moins lourdement mimétiques, il faut applaudir au fait qu\u2019elles optent pour une intervention de qualité qui contribuera à la mise en valeur et à la notoriété du lieu.Sans même évoquer la question du réinvestissement symbolique d\u2019un lieu dont le caractère sacré surdétermine le caractère sacral, on doit néanmoins mettre en perspective «l\u2019urbanisme fonctionnaliste» qui a présidé au développement du cimetière, comme à celui de la ville, et les tendances plus récentes d\u2019un urbanisme sensibilisé à la signification et à la mémoire des lieux.Lors du Sommet de Montréal, tous les intervenants ont convenu ARQ, LA REVUE D'ARCHITECTURE Leret îeiitiir Wli win sia |ÜOi(É conçoit ( mont Ro «fa seulemen mais iis 'A ÊMr '¦ ¦ - ?v- .\u2022*&&?¦ *** '/ \"i-r - \u2022 La portion «est» du ¦.vr.' mpi JOUÉS .'ji'i:;.j.:j':r.rtijisa Ml* (jlOl3|OSS lusoléesde rlMltp yivaipncg évopr.à ¦ÉBS if ¦v: ;;: - : :: ::: lit* if* Mitt \u2019sst aim rtpaysager jalrt lit®1 ftipjdi (Slip' Hjrsssuiw .j ihpuf® ^nt-jiK KlKfltW 0ft \u2022ÿjît : de mettre en valeur le patrimoine, mais aussi de faire de la ville un lieu d'excellence et design et aménagement urbain.Il n\u2019y a aucune raison pour que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges soit extrait de cette logique; comme dans la métropole qui l\u2019entoure, les plages vacantes doivent y être envisagées à l'enseigne d\u2019un développement meilleur, grâce auquel la pérennité de la fonction puisse être assurée.Le recours aux mausolées -celui de l\u2019Est et, éventuellement un autre dans une vingtaine d\u2019années- devrait alors viser une activité d\u2019inhumation perpétuelle sur les lieux.Sans être actuaire, on peut imaginer que si le Cimetière peut contenir la pression via les mausolées dans les cinquante prochaines années, l\u2019abandon des concessions anciennes ou leur non renouvellement au terme des baux pourrait créer suffisamment de place pour répondre à une demande qui, quoiqu\u2019on en dise, deviendra forcément plus sélective.On conçoit que, dans un avenir prévisible, l\u2019inhumation sur le mont Royal puisse être valorisée à un point tel que la demande se stabilise devant une offre dont le prix refléterait non seulement le coût des fonctionnalités d\u2019inhumation offertes mais aussi la valeur symbolique du lieu auquel il faudrait imputer la conservation des composantes paysagères et patrimoniales.PRÉSENTISME ET PATRIMOINE S\u2019il apparaît ainsi que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges doive être considéré comme une composante urbanisée de la métropole, et non pas comme une enclave naturelle, sa «patrimonialisation», comme nous venons de l\u2019évoquer, ne devrait pas non plus être confondue avec une «muséifica-tion» qui y préviendrait tout développement-en l\u2019occurrence la construction d\u2019un nouveau mausolée.L\u2019idée de certains intervenants, évoquée lors de la période des questions, selon laquelle le cimetière pourrait se développer ailleurs, voire même sur des friches industrielles, ressortit à une telle muséification de l\u2019existant; semblablement inspirée, celle voulant que le maintien en activité du cimetière (grâce à la construction du mausolée) équivaille à la gentrification du domaine collectif relève d\u2019un corollaire de la «patrimonialisation galopante» contemporaine.Ce corollaire a un nom: le présentisme qui, défini par François Hartog, «porte un regard muséal surtout ce qui nous environne [et nous pousse à] préparer le musée de demain comme si c\u2019était déjà aujourd\u2019hui et réunir les archives d\u2019aujourd\u2019hui comme si c\u2019était déjà hier11».Imbriqué dans le patrimoine de proximité, ce «cadre-de-vie-signifiant-pour-nous-maintenant», le présentisme se coince entre le passé et le futur, plus insidieusement que la haine du progrès jadis associée par Cari Gustav Jung (1875-1961) au misonéisme: le présentisme craint l\u2019avenir, contre lequel il faut se prémunir.C\u2019est à cette enseigne que le cimetière Notre-Dame-des-Neiges devrait, non seulement arrêter d\u2019évoluer, mais aussi s\u2019inscrire plus adéquatement dans le cadre d\u2019un «patrimoine naturel» qui gonfle ici le débat.MAI 2004 De nombreux historiens ont analysé la «prolifération patrimoniale» et l\u2019avènement du «tout patrimoine» dont le patrimoine de proximité est un révélateur, tout comme l\u2019est, d\u2019ailleurs, l\u2019idée d\u2019un «arrondissement historique et naturel».Nous ne l\u2019évoquerons que par ces chiffres: en 31 ans, la liste des sites du patrimoine mondial (créée en 1972) s\u2019est emplie de 754 «biens», «culturels», «naturels» ou «mixtes»12.Dans le paysage québécois, on dénombre plus de 750 monuments, biens, sites ou arrondissements classés ou reconnus en vertu de la Loi sur les biens culturels.À Montréal, une demi-douzaine de lieux détiennent le statut de «site du patrimoine» accordé par la municipalité au mont Royal.Puis, la récente CMM s\u2019empresse elle aussi de dresser l\u2019inventaire de plages de son territoire qui deviendraient du «patrimoine métropolitain».Si plusieurs ont identifié cette extension du patrimoine qui nous incite à tout garder comme symptôme de l\u2019accélération du temps, la sacralisation du patrimoine naturel, extraite du tableau statistique et partie prenante à ce débat-ci, illustre éloquemment la teneur et les conséquences du présentisme dressé contre pareille accélération.Dans la mesure où l\u2019avenir n\u2019est plus espoir mais menace, le patrimoine (a fortiori le patrimoine naturel) de richesse qu\u2019il représentait, bâtit maintenant la prison de notre confinement volontaire.Le «monument national», pour prendre cet exemple, transmettait un héritage à travers le temps; tournée vers le futur, la sacralisation visait alors à protéger cette représentation de nous-mêmes du passage du temps.La sacralisation du patrimoine naturel tient d\u2019une tout autre finalité, puisqu\u2019il s\u2019agit, dorénavant, de protéger ici et maintenant de nous (à tout le moins de la représentation que nous avons de nous-mêmes) un patrimoine qui se représenterait en lui-même.D\u2019où l\u2019importance, convaincus que nous semblons être de notre propre nocivité devant l\u2019avenir, de «tout arrêter»; l\u2019idée de faire d\u2019un cimetière un parc plutôt que de considérer que le patrimoine puisse, comme nous, continuer d\u2019évoluer, est celle de ce statu quo ante, seule voie qui, à défaut de retrouver le paradis perdu, nous garderait de plonger en enfer.Appropriation du cadre de vie, (re)naturalisation d\u2019un parc, interdiction de construire.Si le principe de précaution à l\u2019oeuvre dans le débat soulevé par le Plan directeur d\u2019aménagement du cimetière Notre-Dame-des-Neiges est si symptomatique de cette crise du présentisme, c\u2019est que la question n\u2019est peut-être pas tant de savoir si le sacré peut être patrimoine, ou d\u2019identifier de quel type de patrimoine, «naturel» ou «historique», il s\u2019agit.Plutôt que celle d\u2019une autre démission, l\u2019occasion de ce premier arrondissement historique et naturel pourrait être celle, pour peu qu\u2019on la saisisse, de franchir le mur opaque élevé par tant de patrimoines conjugués dans un présent muséifié qui nous paralyse.Mieux, sans doute, que quelque lieu sacral, le lieu sacré et le réinvestissement symbolique qu\u2019il appelle convergent alors en une unique question: envisager comment notre patrimoine peut tracer le chemin de notre passage à l\u2019avenir.Bien plus que les typologies du patrimoine ou les définitions de la propriété, le Plan directeur d\u2019aménagement du cimetière Notre-Dame-des-Neiges interpelle alors, comme l\u2019écrivait Françoise Choay en 199213, notre compétence d\u2019édifier.LES QUALITÉS DU PROJET DE MAUSOLÉE Si nous entrevoyons que l\u2019occasion soit ici donnée de faire du patrimoine un tremplin vers l\u2019avenir en inscrivant la préservation à l\u2019enseigne d\u2019une continuité salutaire, c\u2019est que notre appréciation des qualités du projet architectural au cœur du Plan directeur d\u2019aménagement du cimetière Notre-Dame-des-Neiges, le mausolée de l\u2019Est, nous laisse croire qu\u2019il soit à la hauteur de cette double ambition.Voici pourquoi.Comme nous l\u2019avons écrit précédemment, le Cimetière peut, sur le territoire où il propose d\u2019ériger le nouveaux mausolée, continuer à pratiquer l\u2019inhumation en pleine terre, comme cela a été le cas dans les dernières années, dans plusieurs secteurs.Or, comme la plupart des aménagements récents -incluant certains mausolées et monuments importants- ces vastes plages anonymes (le vernaculaire contemporain du cimetière) ne contribuent aucunement à densifier une lecture «patrimoniale» des lieux.Au lieu de cette lourde densité au sol (entait, un étalement urbain), on s'attendrait plutôt à une planification plus serrée qui permettrait de lire les milliers de sépultures comme un grand tout, comme cet «espace urbain» auquel la nécropole se réfère.Or c\u2019est précisément ce que le mausolée proposé permettra.Ce monument, le design urbain de sa périphérie, de ses perspectives et de ses points de vue engendrent un «temps fort», équivalent, pour notre regard du XXIe siècle, de l\u2019effet obtenu par la somme des plages anciennes, urbanisées selon les critères issus du XIXe.Pour comprendre ce geste architectural et son potentiel, il faut rappeler que le fonctionnement du cimetière, comme lieu sacré, est moins de l\u2019ordre du fonctionnel -bien que le mausolée garantisse effectivement le fonctionnement du cimetière dans la durée- que de l\u2019ordre de l\u2019investissement symbolique.Les qualités formelles et spatiales du mausolée sont de cet ordre symbolique, de nature à soutenir la préservation d\u2019un site sacré par sa réinscription dans le temps.Posé avec déférence sur une terre sacrée, à l\u2019orée d\u2019un parc emblématique, le mausolée de Paul Faucher «prend son site» avec respect et assurance.Le projet fait la démonstration d\u2019un parfait contrôle des effets dans l\u2019espace; rien n\u2019y laisse entrevoir quelque débordement ou perspective masquée.Le mausolée proposé s\u2019inscrit aussi de façon attentive dans le cadre naturel, végétalisé qu\u2019il est sur son pourtour, en son centre et sur son toit; jamais encore n\u2019avait-on vu au Québec un projet tout entier faire place à une haie d\u2019honneur d\u2019arbres encadrant un sentier et imposer sa géométrie comme parti d\u2019ensemble à une recomposition plus cohérente de l\u2019environnement.Plus encore, après exploration des caractères du cimetière, des falaises du mont Royal, l\u2019équipe de design a imaginé des parois qui font écho au génie 29 SMS fsjjjSSi Consacrer Notre Dame Neiges Royal CONSTRUIRE CIMETIÈRE DES CONTRE MONT Les plages récemment occupées par des sépultures individuelles dans la partie sud-ouest du cimetière : la banalisation du lieu.> \" ï
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