La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1943, Novembre
.Vol.II, n.3.MONTRÉAL Novembre 1943 SOMMAIRE LA VOIX DE ROME Adrien Malo La paix durable.65 BILLET MENSUEL Une Sœur de la Providence La grâce de la vocation.71 SPIRITUALITÉ Nérée-M.Beaudet La charité, coeur de l'enfant de Dieu.76 DROITS DES RELIGIEUX Moïse Roy Les processions.81 CATÉCHÉTIQUE Jogues Massé Aux petits du royaume.85 LITURGIE Jean-Joseph Deguire La décoration florale.87 DOCUMENT Cardinal Villeneuve La Charte du royaume chrétien 89 Consultations — Chronique — Comptes rendus.ADMINISTRATION: C.P.7 ."T.:, •.-.-.¦-¦V 1515 (PL.D'ARMES) - RÉDACTION: 3113 AVE.GUYARD MONTRÉAL La VIE des COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Publication des RR.PP.Franciscains du Canada Paraît le 15 de chaque mois, de septembre à juin, en fascicule de 32 pages.Abonnement: $1.25 par année.Cette revue est imrritr.ée en vertu du certifkat No 164 de la Commission des prix et du commerce en temps de guerre.Enregistré au Canada comme matière postale de seconde classe.m Rédaction : 3113, avenue Guyard, Montréal.Administration : C.P.1515, Place d'Armes, Montréal.Directeur : R.P.Adrien-M.Malo, O.F.M.Conseil de direction : S.E.Mgr J.-C.CHAUMONT, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr Ulric PERRON, vicaire délégué pour les communautés religieuses.Mgr J.-H.CHARTRAND, vicaire général.Secrétaire : R.P.Jogues MASSÉ, O.F.M.Administrateur-gérant : M.J.-Charles DUMONT.Avis concernant les Consultations.1.— Le service des consultations ne tiendra compte que des lettres qui porteront une siqnature.2.— La revue ne publiera que les consultations réunissant les conditions suivantes: Présentations par les supérieurs, sauf les consultations par les prêtres ; Utilité pour le bien général de la revue ; AbsQnc- d'ooposition du consultant.Nihil obstat : Imprimatur : Hadrianus MALO, O.F.M.t Josephus CHARBONNEAU Censer ad hoc Arch.Marianopolitanus Marianopoli, die 10a novembris 1943. LA VOIX DE ROME Lfl PAIX DURABL6 Dominant le tumulte de la guerre, de Rome nous vient le cri de la paix.Il fait vibrer les aspirations les plus saines de tout être humain.Il n’y a que les monstres à se délecter dans l’horreur indicible d’une guerre meurtrière.Mais qui dira les conditions capables d’assurer la stabilité de la paix ?Les idées accusent sur ce point un manifeste désarroi.Une mère m’exprime sa peine profonde et sa continuelle inquiétude au sujet de ses deux fils luttant là-bas sur les champs de bataille.A mes encouragements, elle ne répond qu’un mot : Surtout, mon Père, priez que la guerre finisse au plus tôt ! Dans une rencontre avec un professionnel de la loi, la conversation porte sur les faiblesses du traité de Versaille.Il m’exprime ainsi son avis : J’espère cette fois que les vainqueurs concevront un traité si bien fait que la guerre ne recommencera pas de sitôt ! Je suis invité à une réception en l’honneur d’un militaire revenu du front.Avec une verve inépuisable il parle de ses expériences, du nombre, de l’équipement, de la force, des ruses inqualifiables, des engins diaboliques des ennemis.A l’en croire, la paix la paix restera a jamais impossible tant qu'ils ne seront pas écrasés pour toujours.Je ne veux pas vous laisser croire un seul instant que ces mots spontanés expriment le fond d’une pensée, mais comme ils manifestent assez nettement des mentalités qui existent, pesons-en la valeur pour la paix durable.— I — Sans tomber dans les excès d’un pacifisme qui prône la paix a tout prix, la voix de Pie XII réclame une paix qui permette à l’humanité de vivre normalement dans la tranquillité de l’ordre.(( Le Créateur suprême et le Législateur universel, dit-il, n’a pas créé l’homme pour combattre son semblable ».Or cette paix durable peut-elle résulter de la simple cessation de la guerre ?Je veux bien reconnaître que Je retour des soldats au foyer et des cœurs à la joie, la fermeture des usines de guerre et des champs de bataille, l’extinction des incendies dévastateurs et des instincts de carnage apporteront à l’humanité un bienfait 66 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES réel.Et quand retentira la nouvelle de la fin de la guerre, quel Te Deum ne chanterons-nous pas pour donner libre cours à l’allégresse qui soulèvera l’humanité ?Malgré son indiscutable réalité, ce bienfait perd sa valeur si la cessation de la guerre laisse entrevoir que les feux simplement recouverts recèlent des tisons enflammés qui dans 50 ans, 20 ans ou même 10 ans vont provoquer une nouvelle conflagration mondiale.Il prend le sens d’une intermission dans une série de guerres plus meurtrières les unes que les autres qui finiront par conduire le monde à la ruine.Non ! une simple fin de guerre ne saurait combler nos vœux.Ces vœux trouveront-ils leur compte dans la confection de traités prévoyants ?Le traité de Versailles a fait naître les plus beaux espoirs.Et depuis, combien d’accords, d’ententes, de pactes, de chartes, conclus pour dissiper les nuages menaçants amoncelés sur le monde agité ! Jamais il ne s’est rencontré d’époque plus féconde en alliances de toutes sortes, jamais aussi on a vu époque plus féconde en divisions et en conflits.Dans le développement culturel du monde civilisé les traités ont joué un rôle considérable.Il ne manquerait pas d’intérêt de montrer par l’histoire leur influence sur la civilisation.Mais en un temps qui voit s’introduire un prétendu système de morale où l’obligation ne vaut que dans la mesure où elle ne contredit pas l’intérêt, où des chefs renient la parole donnée, déchirent les engagements les plus fermes, foulent aux pieds les serments les plus sacrés, les traités ne sauraient par eux-mêmes fournir une suffisante garantie de la paix.Bien naïf qui croirait sceller ainsi le bien de la paix.Faudra-t-il alors recourir à l’anéantissement d’un peuple ?Je n’oserais pas poser la question si certains ne voyaient dans l’extermination le seul remède à nos maux.Dans le partage des responsabilités, ils font peser sur des individus qu’ils nomment, sur un peuple qu’ils désignent toute la faute du présent conflit.De là à demander l’écrasement absolu de ces individus, de ce peuple, il n’y a qu’un pas.L’anéantissement d’un peuple, y songez-vous sérieusement ?Quand en 1918 fut signé le traité de Versailles, les vainqueurs chérissaient la conviction que l’état où se trouvait réduit le peuple allemand assurait la paix pour longtemps.En moins de 25 ans, ce peuple s’est relevé ; son vouloir-vivre poussé au paroxysme par des misères sans nombre s’est développé en une mystique de conquête, ses énergies de réaction ont été polarisées vers un plan de vengeance et de domination qui ont produit le LA PAIX DURABLE 67 cataclysme de notre siècle.Pour permettre l’exécution de ses plans providentiels Dieu a commandé dans l’Ancien Testament 1 extermination de certains peuples.A scruter les lois de sa providence, il ne semble pas vouloir user de ce grand moyen pour établir la paix.Il y a pourvu abondamment et il ne tient qu’à nous de mettre en œuvre les ressources de salut qu’il nous offre avec libéralité.La paix stable ne saurait donc venir ni du bienfait trompeur et passager de la cessation des hostilités, ni de l’assurance fragile et précaire des traités savamment préparés, ni de l’entreprise cruelle et antichretienne de la destruction d’un peuple.Cependant il ne faut pas désespérer de voir jamais fleurir une ère de prospérité et de paix si nous voulons exploiter les ressources inépuisables de paix que nous apporte le Christ.— II — Dans le Christ tout prend valeur de paix.Les prophètes ont prédit qu’il supprimerait la guerre.« Il sera l’arbitre des peuples et le juge des nations nombreuses.Les peuples forgeront leurs épées en socs de charrue, et leurs lances en faucilles.Une nation ne lèvera plus l’épée contre l’autre, et l’on n’apprendra plus la guerre » Is 2,4.Il a choisi de naître chez nous a un moment où le monde jouissait d une paix universelle.Sur son berceau les chœurs angéliques ont entonne 1 hymne de la paix pour les hommes de bonne volonté.Il a béatifié tous ceux qui s’emploient à propager la paix.Il a preche la justice et la charité, les deux fondements les plus solides de la veritable paix.Il reste indiscutable que le premier qui ait instruit l’humanité à voir le prochain en chaque homme et à aimer chaque homme, c’est Jésus.N’eût-il prononcé que ces mots, ils suffiraient à le placer au-dessus des philosophes et de tous les bienfaiteurs de l’humanité.En quittant cette terre il a laissé au monde sa paix, cette paix que les puissances terrestres ne peuvent donner.Par toutes ses institutions il continue d’exercer cette bienfaisante influence.Si je voulais en signaler les traces au cours des siècles, c est toute 1 histoire qui y passerait à partir de la paix constantinienne jusqu’à la guerre de 1914. 68 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES Un fait entre mille.Au début du siècle une question de frontières divise le Chili et l’Argentine : impôts écrasants, production intense d’armements, construction de navires, importation d’Europe du stock de canons et de mitrailleuses, tout prépare la guerre.Pendant la semaine sainte une veillée d’armes est célébrée avec ferveur au cours de laquelle Mgr Benavente à Buenos-Ayres et Mgr Jara à Lima lancent un appel vibrant à la paix du Christ.Mouvements d’opinion, signatures de pétitions, organisation de propagande, pression croissante forcent les autorités à négocier la paix.Dans son enthousiasme le peuple réclame que le souvenir de cet événement soit perpétué à l’aide d’un symbole permanent : mitrailleuses, canons, matériel de guerre, munitions affluent à l’arsenal de Buenos-Ayres, y sont coulés en un gigantesque Christ qui le 13 mars 1904 est installée au sommet des Andes.A 13,000 pieds d’altitude, la main droite dessinant une bénédiction, la main gauche soutenant une croix, le Christ des Andes proclame a tout le monde l’infrangible paix puisée par ces deux peuples dans son Évangile : « Ces montagnes s’écrouleront et se réduiront en poussière avant que les peuples du Chili et de la République Argentine oublient leur solennel serment échangé aux pieds du Christ.Celui qui nous a réconciliés est notre paix ».Le Christ nous fait l’honneur de nous associer à son œuvre de paix et veut que notre part consiste à adhérer de tout notre être à sa religion.Insuffisante l’adhésion nominale qui se contente de l’inscription dans les registres du baptême ! Insuffisante aussi parce que dépourvue de sincérité l’adhésion qui se borne a des attitudes religieuses commandées le plus souvent par une routine machinale ou un conformisme extérieur ! Insuffisante enfin parce que tronquée dans son extension naturelle l’adhésion qui s’exprime par des actes sincères mais qui soustrait à son influence tout le domaine des activités appelées protanes ! La seule adhesion qui vaille ouvre l’intelligence à toutes les lumières de la révélation chrétienne, fait accepter à la volonté les principes qui commandent le fidèle accomplissement des devoirs chrétiens et prolonge son influence dans toutes les activités familiales, professionnelles, économiques, sociales, politiques et culturelles.Normalement un catholique doit se distinguer d’un protestant et surtout d’un païen dans toutes les sphères d’activité où il intervient, tout comme dans les affaires un homme qui suit sa conscience se distingue d’un homme sans conscience. LA PAIX DURABLE 69 C’est à cette condition seulement que le christianisme produira ses fruits de paix.C’est en ce sens que Pie XII voit à l’origine de la guerre actuelle l’abandon des enseignements de l’Evangile.On l’a justement reconnu.Le triomphe social des ennemis du Christ résulte des capitulations que lui imposent les individus dans leur vie sociale.Il est alors facile de comprendre que selon le mot de Péguy nos fidélités deviennent des citadelles.Ne nous faisons point d’illusion, c’est le point difficile.Nous subissons encore 1 influence d’une époque qui s’est organisée en marge de la révélation et s’est liguée contre les droits de Dieu pour la défense des droits de l’homme.Imbue des principes qui proclament l’autonomie des professions sociales, elle a distingué individus et groupements.Tandis qu’elle laissait aux premiers le choix et la gouverne de leur attitude religieuse, elle soustrayait les seconds à toute influence religieuse.Du coup, le champ de la vie sociale, les activités professionnelles, les fonctions économiques furent fermées à la religion et apparut même chez les chrétiens le monstrueux, le mot est de Pie XI, le monstrueux phénomène du dédoublement.Alors qu’ils affirment des lèvres leur croyance à la vie éternelle, dans l’exercice de leur métier ils se comportent comme si rien n’existait que cette vie terrestre.Alors qu’ils chantent à l’église leur foi à la communion des saints, dans leurs relations professionnelles ils violent avec un sans-gêne déconcertant les droits les plus sacrés de la justice et les fermes prescriptions de la charité, liens vitaux de cette communion des saints.Alors qu’ils professent leur adhésion à une Eglise une, sainte, catholique et apostolique, ils supportent de mauvais gré les justes interventions de la même Eglise dans les questions qui tombent légitimement sous l’emprise de sa divine mission.Ce qui est plus alarmant, c’est qu’il s’est levé de faux docteurs qui, sous les étiquettes variées de la morale indépendante, de l’autonomie de la profession, de l’homme économique, de la religion, affaire privée., ont prétendu justifier des attitudes radicalement entachées de contradiction.En dénonçant le mal j’ai indiqué le remède.En attendant d’en connaître les éléments retenez que le christianisme possède seul le secret de la paix stable et désirez devenir par votre vie chrétienne des instruments de paix.A cette fin, je vous rappelle la prière si touchante de saint François d’Assise. 70 LA VIE DES COMMUNAUTES RELIGIEUSES Seigneur, faites de moi un instrument de paix.Là où se trouve la haine, que je mette l’amour ; Là où se trouve la discorde, que je mette l’union ; Là où se trouve l’offense, que je mette le pardon ; Là où se trouve l’erreur, que je mette la vérité ; Là où se trouve le doute, que je mette la foi ; Là où se trouve le désespoir, que je mette l’espérance ; Là où se trouvent les ténèbres, que je mette votre lumière ; Là où se trouve la tristesse, que je mette la joie O Maître, que je ne cherche pas tant à être consolé qu’à consoler, à être compris qu’à comprendre, à être aimé qu’à aimer.Car c’est en se donnant qu’on reçoit, C’est en s’oubliant qu’on trouve, C’est en pardonnant qu’on est pardonné, C’est en mourant qu’on ressuscite à l’éternelle vie ' Cote-des-Neiges, Montréal Adrien Malo, O.F.M.COMPTE RENDU Justin de Montagnac, O.F.M.Cap., Le P.Alexis de Barbezieux de l'Ordre des Frères-Mineurs Capucins 1854-1941.Montréal, La Réparation, Pointeaux-Trembles, 1943.Front, portr.21.5cm.61pp.Cette notice nécrologique, parue déjà dans Y Echo de Saint François, fait connaître la vie et les œuvres du Père Alexis de Barbezieux, O.F.M.Cap., décédé le 9 avril 1941 à l’âge de 86 ans.Rien de plus attrayant que cette figure de moine et d’apôtre.L’A.nous le montre tour à tour fondateur, missionnaire, prédicateur et écrivain.Il a rayonné le Christ dans tout ce qu’il a fait.Aussi son nom est-il connu de tous.Ce livre n’est toutefois qu’une ébauche.Chacun des titres et des sous-titres se prêteraient à de longs développements.Espérons que l’A.nous présentera bientôt une biographie complète.Côte-des-Neiges, Montréal Jogues Massé, O.F.M.Panneton, Chan.Georges, Vous qui souffrez.2e éd.Montréal, Éd.Fides, 1943.ill.20cm.112pp.35s.Beaucoup de malades, mais peu qui souffrent bien.Alors qu’est-ce donc que de savoir souffrir ?Répondez d’abord à cette question : Pourquoi subir une opération ?Pour empêcher le mal de progresser et ainsi obtenir la guérison.Eh bien ! la souffrance est un remède et a une fin bien déterminée par la Providence : elle détache des biens de la terre et oriente vers le ciel.L’A.dont l’ouvrage connaît un succès révélateur dit la cause de la souffrance et la manière de souffrir en aimant.Côte-des-Neiges, Montréal Eucude-Marie Riopel, O.F.M. BILLET MENSUEL LA GRAœ D€ LA VOCATIOI1 R€LIGI€US€ L’apôtre saint Paul nous assure que de toute éternité il existe pour nous un décret divin plein d’amour qui contient notre appel à la sainteté.
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