La vie des communautés religieuses /, 1 mai 1977, Mai
MAI 1977 la VI© des communautés religieuses la vie des communautés religieuses publiée par les Franciscains de la Province Saint-Joseph du Canada Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m., René Baril, o.f.m., Pierre Bisaillon, o.f.m., Laurent Boisvert, o.f.m., Odoric Bouffard, o.f.m.Responsable du secrétariat : Rita Jacques, s.p.Rédaction et administration : LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 5750, boulevard Rosemont Montréal H1T 2H2 Canada Téléphone : 259-6911 La revue paraît dix fois l'an Abonnement: surface : $ 7.00 par avion : $10.00 Impression : Imprimerie L'Éclaireur Ltée, Beauceville, P.Q.Courrier de la deuxième classe — Enregistrement n° 0828 la Vie des communautés religieuses Mai 1977 Vol.35 — No.5 Jacques Lewis, s.j.Henri Holstein, s.j.Jean Galot, s.j.Cueillir la joie.130 La joie nous sort de nous-mêmes.Elle nous pousse vers autrui dans la communication, le partage, le don.Elle fait chanter, courir, danser.Elle habite Dieu au point qu’il «danse de joie», qu’il trouve sa joie à faire miséricorde.L’Évangile note plus fréquemment la joie venant par Jésus que la joie de Jésus, même si cette dernière sous-tend l’ensemble de son message.Disciples de Jésus-Christ, sommes-nous joyeux et source de joie?Servir le Christ lui-même dans ses membres.140 L’A.précise les incidences que peuvent avoir les mutations actuelles sur la vie personnelle et apostolique des religieux.Après avoir rappelé ces mutations, il distingue trois moments dans l’accueil, par les religieux, des orientations du Concile et des directives des chapitres généraux: la responsabilité personnelle du religieux, l’attention prédominante accordée aux exigences de l’apostolat, le discernement individuel et communautaire sous la conduite de l’Esprit.Le prophétisme essentiel à la consécration religieuse.148 Le prophétisme appartient à la vie même de l’Église et, sous un mode particulier, à la vie religieuse.Après avoir apporté certains critères permettant de reconnaître le véritable prophétisme, l’A.signale quelques manifestations actuelles de ce même prophétisme et dessine le visage d’une vie religieuse ayant une excellente qualité prophétique.Les livres CUEILLIR LA JOIE On peut hésiter à préférer la joie au bonheur, ou le bonheur à la joie.On peut même préférer franchement le bonheur à la joie, ou la joie au bonheur.Le choix entre les deux n’est sans doute pas simple affaire de mots.Il tient au tempérament qu’on a et aux expériences qu’on a vécues.Pour ma part, je m’attache plus à la joie qu’au bonheur.Il me semble possible de percevoir le bonheur comme une possession, au mauvais sens que ce mot implique parfois.Assez facilement le bonheur, ou un certain bonheur, est senti comme un trésor que l’on choie précieusement; on est porté à le garder au chaud, par crainte de le perdre; on redoute que d’autres ou que les dures réalités de la vie ne viennent le dissiper.Il ne saurait en être ainsi de la joie, à mon avis, la joie ne nous replie aucunement sur nous-mêmes.Au contraire, elle nous sort de nous-mêmes.Notons les verbes qui sont employés avec le mot «joie».On dit: «être transporté de joie», «tressaillir de joie», «bondir de joie», «surabonder de joie», «sauter de joie», «exulter de joie».Ces verbes signifient clairement que la joie nous dégage de nous-mêmes, nous emporte hors de nos limites, produit une extase (terme qui veut dire se tenir en dehors ou au-dessus).Lajoie vient d’ailleurs et nous loge ailleurs.En outre, elle nous pousse vers autrui spontanément, dans la communication, le partage, le don.On ne garde pas une joie pour soi-même; la joie porte à la rencontre, tout comme elle fait chanter, ou courir, ou danser.Elle est énergie et contagion.Elle est mouvement.Et l’on se sent dépassé, voire enlevé à soi-même, proprement «ravi», dans un moment miraculeux.C’est un alléluia et une fête dont on n’est pas soi-même la mesure, ou du moins la cause.C’est une jubilation qui nous arrache à l’existence ordinaire, nous fait appeler parents, amis et voisins pour leur faire part de ce qui nous arrive.Pour tout dire, la joie est un élan d’amour: quand elle est donnée et cueillie, on aime la nature, la vie, les autres et Dieu; et inversement quand on aime on est soulevé de joie.Par souci d’honnêteté, je dois reconnaître cependant que le bonheur, s’il est profond, n’a rien d’égoïste ou d’égo-centriste lui non plus.À la limite, il est la jouissance de tous les biens; il est béatitude, celle du face à face avec Dieu et de la communion totale avec les autres.Il est la «paix» biblique.130 Un Dieu de joie Si la joie est l’exultation ou le frémissement de la vie, de l’admiration et de l’amour, il faut affirmer qu’elle habite Dieu éminemment.Dieu est un abîme de joie.Il chante un hosanna ineffable, dont les allégresses de Bach ou de Haendel ne sont qu’un balbutiement ou un faible écho.Dieu éprouve infiniment la joie d’aimer et de créer (qui ne connaît pas la joie d’une création?).Le Père se réjouit de contempler son Fils qui l’égale, le Fils se réjouit d’être porté vers son Père dont il surgit sans cesse.Leur puissance de communication dans l’amour est le Saint-Esprit qui, par rapport à nous, est le dynamisme de Dieu, donc sa joie, lui qui est souffle, fontaine, fleuve d’eau vive.Il n’est pas étonnant que la Parole inspirée mentionne expressément la joie de Dieu.Elle va jusqu’à dire, chez le prophète Sophonie, que Yahvé «danse de joie».Donneur de joie Dans la citation qui vient d’être faite, Dieu est dans la joie au moment où il comble Sion.Sa joie, il ne la garde pas pour lui-même, il la partage avec son Peuple, avec nous; plus exactement, il met sa joie à nous sauver, à créer pour nous une immense nouveauté, et ainsi à faire déborder sur nous le trop-plein de sa joie, comme au jour de sa Création initiale, et mieux encore.Il déclare par Jérémie: «Je trouverai ma joie à leur faire du bien» (Jr 32:41), et dans Isaïe il associe sa joie à son amour: «Comme le mari se réjouit de son épouse, ton Dieu se réjouira de toi» (Is 62:5).Si j’ose parler ainsi, il ne tourne pas en rond dans la joie de sa vie trinitaire; il se complaît à nous tirer de la misère où nous avons sombré, on dirait qu’il prend plaisir à nos fautes parce que son amour puissant peut et veut nous en délivrer, parce que le Rédempteur en lui fait de plus grandes merveilles que le Créateur.Au début du second Isaïe, il nous lance un message de consolation: «Consolez, consolez mon peuple!» (Is 40:1).Cette consolation n’est pas un maigre apaisement, mais la grande joie du salut, de la délivrance, du retour au pays de Yahvé.Elle est aussi la joie qu’apporte le Messie.À propos de ce dernier, Dieu dit à son peuple: «Exulte de toutes tes forces, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem!» (Za 9:9).Ou encore: «Pousse des cris de joie, fille de Sion! une clameur d’allégresse, Israël! Réjouis-toi, ris de tout ton cœur, fille de Jérusalem!» (So 3:14).Sur un mode moins grandiose, le Nouveau Testament dira en toute netteté que Dieu trouve sa joie à faire miséricorde.Il se réjouit de retrouver la 131 drachme perdue, la brebis égarée, le prodigue déchu.Avec ce dernier il fait la grande fête (pourquoi notre pratique du sacrement du pardon est-elle morose?).D’abord il «courut se jeter à son cou», puis il lance: «Mangeons et festoyons!» Le pardon baigne dans la réjouissance du Père et celle du pécheur.Dieu sauve dans la joie, la sienne et la nôtre.Son amour peut-il attrister son cœur ou le mien?Un salut, comme un sauvetage, ne fait pas des visages mornes, ni d’un côté ni de l’autre.Dans sa miséricorde, Dieu n’éprouve pas une fierté hautaine, comme pourraient le faire certains sauveteurs; il se contente de la joie qu’il donne à qui il arrache de la mort; il est joyeux d’aimer, c’est tout.Nul héroïsme, seulement de la joie.La joie de Jésus L’Évangile ne mentionne pas souvent, d’une façon explicite, la joie de Jésus.Celle-ci n’en sous-tend pas moins l’ensemble de son message, de son action, de son mystère, et surtout de sa Pâques.Il est joyeux dans l’émerveillement qu’il éprouve quand il rencontre la foi, quand il guérit des malades ou délivre des possédés, quand il nourrit la foule, quand il pardonne les péchés, quand il révèle son Père ou transmet l’Esprit.Mais aussi sa joie est relevée à quelques reprises par les évangélistes.Après le retour des soixante-douze disciples partis en mission, Jésus «tressaillit de joie sous l’action du Saint-Esprit» (Le 10:21).Dans son discours après la Cène, il déclare aux siens: «Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite» (Jn 15:11); puis, dans sa prière sacerdotale, il dit à son Père: «Je dis ces choses pour qu’ils aient en eux-mêmes ma joie en sa plénitude» (Jn 17:13).Voilà qui parle beaucoup.Toutefois, l’Évangile note plus fréquemment la joie qui vient par Jésus.L’ange de Noël annonce aux bergers «une grande joie» (Le 2:10) et les mages, «à la vue de l’astre, éprouvèrent une très grande joie» (Mt 2:10).À Nazareth, la foule est «en admiration devant les paroles pleines de grâce qui sortaient de la bouche» de Jésus (Le 4:22).Après la révélation faite à la Samaritaine, celle-ci, «laissant là sa cruche, courut à la ville» (Jn 4:28).Jésus guérit une femme courbée, et alors «la foule entière était dans la joie de toutes les merveilles qu’il accomplissait» (Le 13:17).Parmi les évangélistes, c’est particulièrement Luc qui souligne la joie que suscite Jésus.Bien sûr, la plus comblée de joie fut Marie, comme il est facile de le voir par les deux premiers chapitres de Luc.Sa joie se traduit par de la «hâte» (Le 1:39), comme d’ailleurs celle des bergers (Le 2:16).Comment Jésus pouvait-il ne pas être joyeux et ne pas faire des joyeux 132 lui qui annonçait une «bonne nouvelle»?Et lui qui était «rempli d’Es-prit Saint» (Le 4:1)?Et lui le Sauveur qui a fait chanter à Marie qu’elle «exultait de joie»?En Marie culminait l’allégresse donnée par Dieu aux croyants anciens: «Merveilles que fit pour nous le Seigneur, nous étions dans la joie» (Ps 126:3).Reconnaître une merveille, c’est cueillir la joie.Et la joie chante louange à Dieu.Joie chrétienne Toute la Révélation sur la joie, à peine esquissée ci-dessus, nous dit assez combien nous sommes appelés à la joie, combien nous sommes littéralement faits pour la joie, à tel point que sans elle nous ne sommes pas nous-mêmes.Lajoie est de l’essence du christianisme; on doit dire qu’elle définit le chrétien.On connaît la sentence de saint François de Sales: «Un saint triste est un triste saint.» Nous vivons dans la nouvelle création et la nouvelle alliance apportées par Jésus-Christ: comment porter alors, pour employer une formule d’un prophète, une «robe de tristesse»?Il nous est donné, au contraire, de revêtir la joie.Saint Paul nous exhorte ainsi: «Réjouissez-vous sans cesse dans le Seigneur; je le répète, réjouissez-vous» (Ph 4:4).Si donc nous vivons vraiment dans le Seigneur, la joie surgit de notre être; elle lui est aussi naturelle que la lumière l’est au soleil.Dieu est en nous, avec toute la ferveur et le rayonnement de sa joie: pouvons-nous être tristes?Ne serait-ce pas que la tristesse n’est possible que dans la mesure où nous échappons au Seigneur, où nos racines ne puisent pas leur sève en lui, où nous sommes étanches à la fontaine de l’Esprit, où nous ne communions pas effectivement au Dieu de joie qui resplendit sur nous?Jésus est le Soleil levant: nous ne saurions dépérir dans les ténèbres, fenêtres closes.Le Seigneur viendra dans sa puissance et sa gloire à la fin des temps-; nous en «tressaillons de joie» dès maintenant (lPi 1:6).À celui qui aura fait fructifier les talents reçus, il sera déclaré: «Entre dans la joie de ton maître» (Mt 25:21); mais le Maître n’attendra pas la fin pour nous introduire dans la joie qui le caractérise.N’est-ce pas idéaliste de prétendre à cette joie sur terre?Davantage, n’est-ce pas nous leurrer, et n’est-ce pas tricher avec la souffrance, échapper à la Croix?C’est là que se trouve tout le paradoxe de la joie chrétienne, celui qu’a vécu saint Paul qui disait surabonder de joie au milieu des tribulations, celui qu’expérimentent des malades, des infirmes, des handicapés dont les yeux luisent contre toute attente.Bien sûr, il est normal qu’une personne éprouvée ressente de l’affliction; mais celle-ci, portée dans la foi, se tourne plus ou moins tôt en 133 joie divine, car Dieu est proche des coeurs brisés.La douleur accablante a été vaincue sur le Calvaire, elle est devenue ce qui nous «élève» avec Jésus en croix, selon le mot cher à saint Jean.La croix n’est pas simplement douloureuse, elle est glorieuse aussi, elle est une victoire, et toute victoire produit la joie.Le Serviteur souffrant d’Isaïe 53 et le juste persécuté du Ps 22 sont passés de la douleur au triomphe et à la fécondité.Cela n’est vrai dans nos souffrances qui si nous laissons le Seigneur porter notre croix lui-même en nous, au lieu de nous débattre avec elle.Lui seul peut rendre notre douleur pascale.Là, peut-être plus que jamais, notre joie ne peut qu’être cueillie; il nous est impossible de nous la donner nous-mêmes.Concrètement, notre affliction nous soulève dans la joie si nous la prenons avec action de grâces, si difficile que ce soit au début, voire même si peu prometteur que ce soit après un certain temps (sauf si le Seigneur a tout de suite dressé notre être dans sa joie).L’action de grâces possède la vertu de nous sortir de nous-mêmes, de nous loger dans la puissance de Dieu, de laisser à l’Esprit toute chance d’agir en nous pour que Dieu ressuscite notre douleur.Par elle-même notre douleur est dénuée de sens et elle nous diminue, pour ne pas dire qu’elle nous détruit.Portée sous le regard du Père et associée à Jésus en croix, elle nous glorifie, elle se métamorphose en joie, même si elle dure encore.La croix du Christ est salut, et donc joie, en même temps qu’elle donne du fruit en abondance, comme le grain de blé tombé en terre.De même la nôtre, si elle est portée dans la foi et la louange.La souffrance n’a jamais le dernier mot, même ici-bas.Unie à celle du Seigneur et vécue par lui en nous, elle est libératrice et joyeuse.Le sommet de la spiritualité des Psaumes est qu’on soit «auprès du Seigneur» et qu’on le loue pour autant, y compris dans la détresse.«Vivez dans l’action de grâces», dit saint Paul (Col 3:15).Plus tôt, Tobie disait à son fils: «En toute circonstance, bénis le Seigneur Dieu» (Tb 4:19).Oui, en toute circonstance vraiment.Il y a réellement une joie à souffrir, qui n’a rien à voir avec du masochisme.C’est la joie du chaos transformé par le Créateur en harmonie lumineuse, en splendeur de vie, et c’est la joie du Crucifié qui s’écrie glorieusement: «Tout est consommé!» Dans le Christ Jésus, nos joies nous consomment; nos douleurs aussi, pourvu que nous les déposions sur ses épaules ou dans son cœur pour qu’il s’en charge (c’est jusque-là que va l’offrande que nous lui faisons de nos peines).Prenons à la lettre l’affirmation de saint Paul: «Je suis fixé à la croix avec le Christ» (Ga 2:19): pas seulement pour lui, mais avec lui, dans sa force et son Esprit.Nous ne commettons pas le bel exploit d’offrir au Seigneur nos souffrances, nous les 134 lui remettons, les rendant ainsi supportables et surtout rédemptrices.Il prend sur lui notre douleur, comme il prend nos péchés, dans sa vie donnée.Alors seulemet il y a croix, non simple souffrance, et alors on peut parler de joie dans l’affliction.Cette joie ne vient que de Jésus.Pourquoi, sur le Calvaire, Marie se tenait-elle «debout» et pourquoi Jésus était-il «élevé»?Parce qu’ils aimaient, parce qu’ils étaient épris d’amour.Au moment où approchait sa Passion, Jésus, «ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, les aima jusqu’au bout» (Jn 13:1).Lajoie naît de l’amour, elle en est le chant.L’égoïsme tue la joie, le refus d’aimer l’étouffe.Elle n’a pas sa place dans une solitude qui nous emprisonne en nous-mêmes, ni dans une indifférence qui nous tient à distance des autres, ni assurément dans une haine qui durcit et enténèbre le cœur.Lajoie de Dieu est dans la communion aimante; la nôtre, de même.L’amôur réjouit parce qu’il dégage nos forces vives, parce qu’il est plénitude de vie.Il n’y a pas d’amour sans fête, sans ravissement, sans noces.L’amour jubile.Cela est vrai de l’amour conjugal, mais aussi de la charité fraternelle cordialement vécue.La charité est heureuse, et elle fait des heureux.Et la charité difficile, qui rencontre des obstacles ou se heurte de la part d’autrui à une froideur ou à de la méfiance, est appelée à une joie très profonde.L’amour gratuit, qui ne trouve pas de réciprocité, est une puissance qui mobilise ce qu’il y a de meilleur dans notre être, et par conséquent il est promis à la joie.Le plus profond ou le plus sain crucifiement est là.Un pareil amour évacue toute considération de soi-même, tout souci de satisfaction personnelle, tout désir de se complaire, même légitimement, comme dans une amitié.Au surplus, cette purification n’est pas tout: l’amour est positif aussi, il met en branle notre intime puissance d’aimer soutenue et surélevée par l’énergie divine de l’Esprit.Et alors se produit en nous une merveille: la participation à la Passion aimante et à la transfiguration de Jésus.La charité pure nous crucifie, au sens le plus élevé ou le plus complet de ce mot.Par elle, nous vivons le sommet du mystère de Jésus-Christ: sa mort pascale.Nous aimons dans l’amour qui a conduit Jésus à sa Passion glorieuse, selon qu’il nous l’a commandé: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.» Ce n’est pas un hasard si Paul, parlant du «fruit de l’Esprit» (Ga 5:22), mentionne d’abord l’amour et aussitôt après, comme signe de l’amour, la joie.Joie dans la consécration religieuse Se consacrer au Seigneur dans l’état religieux, c’est se donner à lui, se laisser séduire par son appel, vivre auprès de lui.Or un psaume 135 affirme: «À ta droite, la joie ne finit pas.» La consécration nous place à la droite de Dieu, c’est-à-dire dans son intimité et sa puissance.Elle nous donne part à sa propre joie.C’est, beaucoup plus qu’un sacrifice, une communion.On se consacre moins par esprit de renoncement que par un élan impérieux du cœur.On s’offre, dans l’amour, comme le font l’un à l’autre des fiancés au jour de leur mariage.On obéit à un attrait intense pour Celui qui invite.On rencontre son Dieu.À certaines périodes, on peut sentir les exigences de la vie religieuse ou les privations qu’elle implique.Alors il faut retrouver la joie des fiançailles avec le Seigneur.Cela peut supposer une conversion qui recourt au sacrement du pardon, une pratique du jeûne ou de quelque mortification, une réflexion nouvelle et mieux avertie sur le sens de la consécration religieuse.Toujours cela suppose la prière.Une prière surtout contemplative.Une prière qui fasse redécouvrir le Bien-Aimé: «Cherchez ma face».Du même coup, la prière fait remonter en surface, et sans doute l’intensifie, la puissance d’amour qui avait déclenché auparavant la consécration.La prière est le terrain où regerme la consécration, où renaît l’amour, où l’éclipse passagère cède à la présence radieuse ou du moins ferme.Bienheureusement, la prière nous lance à la poursuite de Celui qui paraissait caché parce qu’on ne regardait plus guère vers lui ou parce qu’il voulait susciter un désir plus profond et plus brûlant.Il suffit d’un peu d’expérience de la vie religieuse pour savoir que la consécration et sa joie se nourrissent de prière.La prière vivante ravive le contact avec le Seigneur et le don joyeux qu’on lui fait de soi-même, surtout si elle est action de grâces et louange.Si elle n’est que résignation et demande de courage, comment produira-t-elle la joie?L’amour fraternel, engendreur de joie, a sa place privilégiée dans l’état religieux.En communauté, la vie donne assez facilement prise à l’indifférence, à la rancune, voire à une certaine animosité ou aversion.Autant l’existence communautaire sait nous unir ensemble, autant elle sait nous séparer les uns des autres ou nous tenir dans rien de plus qu’une cœxistence pacifique, si l’on peut appeler cela de la paix.«Il est bon et agréable d’habiter fraternellement dans l’unité»; mais cette concorde dans l’amour ne va pas de soi, elle ne se déclenche pas du seul fait qu’un groupe vit en commun.Si elle ne se produit pas, la joie s’envole.On cherche des joies ailleurs.Si, au contraire, chaque personne aime vraiment chaque membre de la communauté, celle-ci devient un paradis, une fraternité où tous «n’ont qu’un cœur et qu’une âme» (Ac 4:32).Il est juste, je crois, d’affirmer que la profession religieuse nous consacre au Seigneur, mais aussi nous consacre à nos sœurs ou à nos 136 frères.Et, on le devine, je prends ce mot «consacre» au sens fort: nous appartenons à la communauté comme nous appartenons au Seigneur, nous cherchons les intérêts des autres comme nous cherchons ceux du Seigneur, nous donnons notre vie à notre entourage comme nous la donnons au Seigneur.La joie est à ce prix.Ce n’est pas une raison, bien sûr, pour nommer dans une même maison des personnes dont les caractères sont sérieusement incompatibles, ou bien une seule personne qui soit lourdement à charge aux autres.Il reste que certains frottements sont inévitables.Alors on a la joie du dépassement dans l’amour, on a l’occasion d’une charité qui est celle du Sermon sur la montagne, on est «fils du Père qui est aux cieux», on est «miséricordieux comme le Père est miséricordieux».On partage la joie du Père qui pardonne inlassablement.Faut-il dire que la joie dans la vie communautaire ne tient pas seulement à l’indulgence et au pardon?Elle est échange en bien des domaines et elle est unité des cœurs.L’amour fort et délicat répand la joie dans un groupe.Si la vocation communautaire ne procurait pas la joie, l’Église aurait-elle approuvé son institution?Une vraie communauté religieuse donne de cueillir la joie les uns chez les autres et chacun dans l’ensemble du groupe.Elle est cellule d’Église vraiment.Enfin, toute vie religieuse, même cloîtrée, est ouverte sur le monde.La consécration nous livre au Seigneur, à la communauté, et aussi à l’humanité entière.Là encore il y a une source de joie: la joie de la charité universelle et la joie de la fécondité.La joie de Jésus qui s’écrie le cœur gonflé: «Mais moi je vous dis: levez les yeux et regardez; déjà les champs sont blancs pour la moisson!» (Jn 4:35).En s’offrant à son Père sur la croix, Jésus a eu les bras ouverts pour envelopper le monde.Il en est de même de la consécration religieuse, elle qui nous donne à Jésus mais encore nous unit à lui.Sur le Calvaire, Jésus s’est appliqué le Ps 22 qui, après des versets de détresse, devient un chant de triomphe dans un regard sur l’humanité: «J’annoncerai ton Nom à mes frères, en pleine assemblée je te louerai.Que vive leur cœur à jamais!».Donner sa vie à Dieu, c’est donner la vie au monde; c’est se réjouir d’avoir engendré par le cœur une «race» qui servira le Seigneur (Ps 22:31).Quel gage de joie que la persuasion qu’on répand de la vie divine sur toute la terre! Comment ne pas consentir à plein aux difficultés de la vie personnelle, de l’existence en commun, de l’action apostolique, si l’on est convaincu dans la foi que l’on atteint une quantité de personnes, même inconnues?Cette conviction est celle de Jésus qui, profondément joyeux, déclare à Gethsémani: «Oui, Père!» Il ne voulait pas dire: C’est bon, j’accepte, il le faut; il voulait dire: Bien sûr, 137 Père, accomplis en moi ta volonté de sauver les hommes, réalise ton projet de salut; c’est ma joie.La croix était par elle-même un gibet; avec Jésus, elle est devenue un «étendard», comme le chante la liturgie, un étendard royal.Conclusion Les pages qu’on vient de lire n’avaient pour but que de rappeler notre vocation à la joie.Puisque je m’adresse à des membres d’instituts religieux, je me fais l’apôtre plus particulièrement de la joie que le Seigneur propose aux personnes qui se consacrent à lui.Ici et là dans l’Évangile, on constate qu’une invitation faite par Jésus à le suivre éveille une grande joie, et une joie qui n’est pas la flambée d’un moment.Quand André a suivi Jésus avec un autre disciple, il s’empresse d’aller voir son frère Simon et il s’écrie: «Nous avons trouvé le Messie!» (Jn 1:41).Jésus dit au publicain Lévi: «Suis-moi»; notre homme «quitte tout, se lève et se met à le suivre», puis «il fait à Jésus un grand festin dans sa maison» (Le 5:27-29).On voit entre les lignes que Simon est enchanté de recevoir un avenir merveilleux, inespéré, quand Jésus très significativement lui donne le nom de Pierre (Jn 1:42), puis lui annonce qu’il sera pêcheur d’hommes (Le 5:10).Lejeune homme riche fait l’expérience inverse de celles qui viennent d’être rapportées: il n’a pas accepté le «suis-moi» de Jésus et «à cette parole, il s’assombrit et il s’en alla tout triste» (Mc 10:22).On n’a la pleine joie que si l’on quitte tout; seul celui qui s’allège de ses possessions peut s’élancer dans la joie, puis aller de joie en joie, ou du moins connaître dans le cœur une braise de joie qui dure.C’est dire que la joie n’est pas le fruit d’un avoir, ni le résultat d’un effort, même si une préparation y est utile, voire nécessaire.La joie tient de la chance ou du miracle, elle a quelque chose de gratuit.Aussi faut-il se contenter de la saisir; disons mieux: de la cueillir.Voici quelques exemples: des conditions idéales, un jour de congé, pour aller faire du sport; la rencontre inattendue d’une personnalité qu’on admire beaucoup; les indices de la naissance d’un premier enfant chez un jeune couple; la nouvelle soudaine d’un armistice après une longue guerre.Cela vient comme d’un autre monde.Que dire si la cause vient effectivement d’un autre monde, du monde de Dieu?Les surprises, les attentions, les appels du Seigneur ont de quoi faire jaillir dans le cœur une allégresse qui dépasse de beaucoup nos bonnes chances d’ici-bas.Si on les a expérimentés, on comprend un peu la joie qui a saisi Madeleine quand elle a dit «Rabbouni» en reconnaissant près d’elle Jésus 138 ressuscité.On ne se procure pas une pareille joie, on la cueille, avec une gratitude qui n’oublie jamais.S’il en était ainsi de l’appel que nous avons reçu à la vie religieuse?Notre joie est le thermomètre de notre vie consacrée, comme elle en a été le premier pas.Si nous nous convertissions toujours à la joie?987, bout.Joliet Jacques Lewis, s.j.Hauterive (Saguenay) Qué.Si vous désirez poursuivre individuellement ou en groupe votre réflexion sur les thèmes du présent numéro ou des numéros antérieurs, vous pouvez vous procurer un ou plusieurs exemplaires de la revue à l’adresse et aux prix suivants: — 5750 boulevard Rosemont, Montréal.Tél.: 259-6911.— $0.70 l’exemplaire; $0.50 pour dix exemplaires et plus.Est également disponible en tiré-à-part l’article de Laurent Boisvert, o.f.m., L'homme, un pauvre devant Dieu, à $0.35 l’exemplaire.139 «SERVIR LE CHRIST LUI-MÊME DANS SES MEMBRES» Cette expression, dans le décret conciliaire Perfectae caritatis, est, au plan existentiel, la définition même du projet des Instituts que le Concile reconnaît comme «voués, par vocation, aux diverses œuvres d’apostolat» (n°8).Cette vocation leur donne un visage, dont le décret marque, d’un trait léger, les traits essentiels: «Dans ces Instituts, à la nature même de la vie religieuse appartient l’action apostolique et bienfaisante, comme un saint ministère et une œuvre spécifique de charité à eux confiés par l’Église pour être exercés en son nom.C’est pourquoi toute la vie religieuse de leurs membres doit être pénétrée d’esprit apostolique et toute l’action apostolique doit être animée par l’esprit religieux» (n° 8).Or l’actuelle mutation culturelle, en un temps où l’Église demande à ces Instituts «d’adapter judicieusement leurs observances et usages aux nécessités de l’apostolat qui leur incombe», leur pose de réels problèmes.Après en avoir rappelé quelques-uns, je voudrais rechercher quelles incidences la conjoncture présente peut avoir sur la vie personnelle des religieux, appelés à vivre leur consécration à Dieu et aux hommes dans des perspectives nouvelles.Car c’est à une véritable créativité, dans la ligne du projet de la vie consacrée toujours vivant dans la tradition de l’Église et dans la perspective de la vocation propre des Instituts, que l’Esprit Saint appelle aujourd’hui ceux qui, dans la foi et l’espérance, prennent le relai des fidélités apostoliques de jadis.1.Les mutations actuelles.Sujet cent fois traité: il suffit d’en rappeler sommairement les grandes lignes, en marquant l’incidence de la mutation sur l’attitude des religieux voués à la vie apostolique.La mutation fondamentale, d’où dérivent beaucoup d’autres, me semble la mise en question, radicale et universelle, d’un ordre social qui, auparavant, s’imposait sans conteste.Sans doute il y avait des protestations et des critiques: le XVIIIème siècle français, en réaction contre le siècle précédent et sa majesté sociale, le manifeste.Mais il 140 s’agit surtout d’intellectuels, dont l’influence sur l’ensemble de la population a été, à l’époque, assez ténue et diffuse; d’autant plus que des censures vigilantes restreignaient et filtraient cette influence.Quoi qu’il en soit, il est clair que, depuis une trentaine d’années (pratiquement depuis la fin de la seconde guerre mondiale), l’ordre social existant est radicalement mis en cause.De multiples influences, parmi lesquelles il faut accorder grande importance aux moyens d’information, qui renseignent immédiatement chaque point du globe terrestre sur ce qui se passe ailleurs, expliquent le fait de cette contestation et sa généralisation.Crises politiques, conflits sociaux, prolifération de discussions et de négations dans l’ordre moral comme dans la sphère des idéologies et des doctrines, manifestent cette mutation.Les jeunes sont atteints de plein fouet: d’où la remise en cause des modèles éducatifs et de la formation des jeunes, y compris la formation catéchétique et religieuse.Ceux qui, jusqu’alors, étaient contraints au silence, ouvriers comme adolescents, maintenant «prennent la parole» et ne sont plus gênés de critiquer les usages et les manières de penser de leurs aînés.Conséquence pour la vie religieuse.On l’a montré1, c’est la manière de pratiquer les vœux religieux et, par contre-coup, leur constitutif, qui sont mis en question.Non que l’on refuse les vœux, mais l’on se demande si la manière traditionnelle de les pratiquer est suffisante.L’obéissance est atteinte directement, dans la mesure où elle est présentée et vécue comme une soumission pure et simple, une «obéissance aveugle», qui, on l’a remarqué, était davantage consentement à un ordre fonctionnel (le supérieur, abstraction faite de sa personnalité, étant celui qui notifie la volonté de Dieu) que relation humaine dans un souci commun de connaître et d’accomplir ce que Dieu demande pour l’avènement du Royaume.La pauvreté, trop facilement présentée comme une dépendance vis-à-vis de la communauté et comme une ascèse de vie commune, ne répond plus à l’exigence de témoignage et de partage de la condition des plus pauvres dans la société d’aujourd’hui.La chasteté, enfin, semble réclamer (ce qu’on lui refusait jusqu’alors) une prise en charge lucide de l’affectivité humaine du religieux: «Le renoncement qu’introduit dans la vie le vœu de chasteté se vivra de moins en moins par le silence et dans la solitude, et de plus en plus en faisant face aux désirs avoués des cœurs et des corps.Il faudra une ascèse 1.cf.E.Pousset, Vie consacrée, Louvain, 1969, p.65-94; 1972, p.65-96; 1976, p.21-37.141 qui vive ce paradoxe grâce à une meilleure intelligence de l’homme et de la foi et qui évite, autant que faire se peut, trop de refoulements et de compensations inconscientes.»2 Et nous retrouvons ici le souci primordial de l’époque: souci de vérité, et d’une vérité perceptible socialement.On dit volontiers: souci d'authenticité, le mot signifiant à la fois la vérité personnelle d’une attitude et son aptitude à être reconnue telle par les témoins.À cela s’oppose le formalisme sous toutes ses formes — singulièrement le formalisme hiératique de la «tradition» religieuse, en nos pays de civilisation chrétienne.Formalisme d’une obéissance, qui met sa vertu à ne pas protester contre des décisions objectivement nuisibles à l’apostolat et à exécuter sans mot dire des ordres qui sont des brimades.Formalisme de la pauvreté individuelle dans des couvents riches de possessions terriennes, et qui parfois ne respectent pas leurs obligations sociales vis-à-vis de leurs employés ou métayers.Formalisme des «protections» de la chasteté par des clôtures et des règlements qui interdisent l’accueil des pauvres et de ceux qui souffrent en nos sociétés inhumaines.De pareilles modalités, pour une observance aisément pharisienne ou irresponsable des vœux, sont littéralement insupportables en notre temps.C’est avec un soulagement intérieur que les religieux ont accueilli l’invitation du Concile à «une rénovation efficace et une juste adaptation», sur laquelle tous devaient être consultés, en sorte que la rénovation «puisse s’obtenir avec le concours de tous les membres de l’Institut» (Perf caritatis, n.4).Douze ans ont passé depuis la promulgation du décret conciliaire: les Chapitres généraux se sont réunis ici et là plusieurs fois.Un travail considérable a exprimé, dans les divers Instituts, la volonté de répondre à l’appel du Concile: délibérations, enquêtes, décisions et instructions: rien n’a été épargné pour favoriser cet aggiornamento de la vie religieuse; ce qui n’a pas empêché certaines crises.Il semble inutile, sinon anachronique, d’ajouter quoi que ce soit à la littérature suscitée par cet effort collectif et généreux.Mais il est peut-être opportun de réfléchir sur ce que cela engage, pour chacun de nous, et l’effort spirituel impliqué par l’acceptation des décisions prises.2.Vie personnelle et service du prochain.Schématiquement, on peut distinguer trois moments dans cet 2.E.Pousset, Vie consacrée, 15 janvier 1976, p.30-31.142 accueil des orientations du Concile et des directives des Chapitres généraux.Un premier moment me semble consister en une prise de conscience de la responsabilité personnelle du religieux.Sans doute, c’est personnellement que le religieux s’engage dans la vie où il est persuadé que le Seigneur l’appelle.L’Église, depuis longtemps, a veillé sur le respect de cette liberté; une vraie contrainte rendrait invalide l’admission et la profession.Mais, en fait, dans le cadre librement choisi de la vie religieuse, la pression des réglements et des usages risquait parfois, d’assoupir la liberté: tout était si bien prévu par les coutumiers et rythmé par la cloche, du lever au coucher de chaque journée! L’observance devenait aisément une suite monotone de comportements prévus, lourde à certains tempéraments, mais facile à porter, et sécurisante pour tant d’autres.L’obéissance, conçue comme soumission sans problème, réglait toutes choses, et la permission justifiait, notamment en matière de pauvreté, des habitudes ou des comportements dont s’étonnaient les «laïcs».Ignorant l’usage de l’argent (c’est l’économe qui règle toutes les factures), le religieux risquait d’en ignorer la valeur.Les clôtures et séparations, parfois matérialisées par des barrières, des grilles, sévèrement respectées, supprimaient bien des problèmes, mais elles faisaient vivre le religieux dans un univers irréel et une atmosphère de puérilité prolongée.L’effet des directives du Concile, répercutées et légalisées par les décisions des Chapitres, a permis à beaucoup la prise de conscience de leur responsabilité personnelle.Il ne suffisait plus de suivre l’ordre établi, il importait désormais de prendre sa vie en main.L’oraison, dès lors qu’elle n’est plus un «exercice de communauté» effectué en commun à la même heure et réglé par la sonnerie du début et de la fin, apparaît comme une affaire de conscience, et non plus de règlement.Rendre compte de dépenses pour lesquelles on dispose de quelque argent suppose que l’on décide, en conscience et devant de Dieu, de la nécessité apostolique de tel achat, de telle cotisation: il était plus simple et plus reposant de s’en remettre à la vigilante sollicitude de l’économe! Le fait de pouvoir décider de participer ou non à telle réunion, à telle session, voire à une sortie, excursion ou pèlerinage avec des jeunes, suppose une décision personnelle qui réveille salutairement le sens de la responsabilité.Désormais (sans pour autant renier les liens statutaires qui unissent à la communauté ni la valeur spirituelle de l’obéissance), le religieux d’un Institut apostolique doit prendre en charge sa propre vie religieuse et porter personnellement la responsabilité d’inscrire dans son comportement la grande règle du décret Perfectae caritatis: «Toute la vie religieuse doit être pénétrée d’esprit 143 apostolique et toute l’action apostolique doit être animée par l’esprit religieux».Il faut reconnaître les mutations qui, en quelques années, ont affecté le visage de la vie religieuse: l’obéissance n’est plus une soumission passive, sinon même irréfléchie, à une volonté supérieure, qui nous demandait une exécution ponctuelle.Elle s’exprime davantage par des directives, des orientations, élaborées au cours d’échanges entre le supérieur et ses subordonnés, admis et même encouragés à exprimer le point de vue de leur expérience apostolique.La pauvreté n’est plus réduite à la vie commune, mais tient compte à la fois de la condition économique de ceux parmi lesquels nous vivons et de l’attente des chrétiens, justement soucieux de constater et de montrer que leur Église est authentiquement pauvre.De «régulière», la pauvreté tend à devenir «évangélique»: qui pourrait le regretter?La chasteté enfin est moins protégée par la séparation rigoureuse, favorisant l’ignorance sinon la peur.On comprend mieux aujourd’hui que, dans la vie apostolique, «l’affectivité (du religieux) doit s’investir pour son propre compte dans les relations que religieux et religieuses entretiennent entre eux et avec les autres.Le renoncement qu’introduit dans la vie le vœu de chasteté se vivra de moins en moins par le silence et dans la solitude, et de plus en plus en faisant face aux désirs avoués des cœurs et des corps»3.Juger ainsi n’est pas diminuer l’indispensable ascèse; bien au contraire.Mais c’est faire droit à l’exigence apostolique qui marque, selon le Concile, toute notre vie religieuse.Un second moment consiste dans une attention prédominante, et parfois trop exclusive, aux exigences de l’apostolat.La vie religieuse est un service du Christ dans les autres; mais elle risque, si l’on n’y prend garde, de se perdre ou de s’aliéner, dans un acquiescement irréfléchi à leur appel.D’où l’activisme, la «sécularisation», à la limite la perte de l’identité.Il ne serait pas difficile de trouver des exemples dans une actualité récente: primat de l’activité (voire de l’agitation) au détriment de la vie spirituelle.À force de répéter sans nuances ce principe vrai: prier, c’est se dévouer pour les autres, la vraie prière est dans le service, on risque une grave anémie spirituelle, avec tous les dangers de cette maladie: négligence habituelle de l’oraison, espacement du sacrement de pénitence, retraites en constantes parlottes.Si l’esprit de pauvreté est salutairement rénové par la volonté effective d’assumer les conditions de vie des plus défavorisées parmi nos contemporains, celle-ci 3.Ibid.144 risque une fâcheuse réduction à la seule dimension économique et une perte de saveur évangélique.Car les pauvres à qui Jésus promet le Royaume ne sont pas tous des économiquement faibles et des indigents que ces «démunis» qui attendent de la fidélité de Dieu l’attention et le pain.L’obéissance est menacée de contamination socio-politique: les impératifs de la classe et les postulats idéologiques remplaçant la «volonté de Dieu» transmise par le supérieur: au lieu d’imiter l’obéissance du Serviteur, on se met à la remorque d’une idéologie présentement dominante.Et la chasteté souffrira inévitablement, si l’on n’y prend garde, de l’imprudence des démarches, relations, rencontres ou manifestations affectives.Certes, on est animé des meilleures intentions: c’est pour annoncer Jésus-Christ que l’on veut s’identifier à «ceux qui sont loin», partager, avec leurs conditions de vie, leurs options et leurs luttes.Projet périlleux, s’il n’est pas contrôlé avec une vigilance attentive.Ne risque-t-on pas de devenir de moins en moins un religieux, de plus en plus un militant?Citoyen anonyme perdu dans la masse.Mais, dans ces conditions, peut-on encore parler d’apostolat, de témoignage?Les audaces sont permises aux saints, parce que leur vie spirituelle, leur abnégation, leur désintéressement et leur absence de souci d’eux-mêmes laissent transparaître, à travers eux, le Seigneur ressuscité.Mais n’est-il pas présomptueux de prétendre marcher seul sur leurs traces?Aussi bien, l’expérience et la «révision de vie» ont montré très vite qu’un tel projet ne pouvait être vécu isolément.D’où l’institution de ces «petites communautés» où quelques religieux et religieuses, partagent une vie pauvre et donnée à fond, au milieu des hommes, s’aidant et s’épaulant mutuellement.C’est dans ce contexte que se dessine le troisième moment: celui du discernement (individuel et communautaire) sous la conduite de l’Esprit.L’expérience a montré que, imposant aux libertés responsables d’un chacun des options et des choix, et d’autre part ne pouvant se soustraire à l’appel des hommes, pour qui l’Église officielle est inaccessible et sans intérêt, la vie religieuse actuelle devait faire grand usage du discernement spirituel.Qu’est-ce à dire, sinon évoquer ces décisions, options ou rejets, prises dans la prière et l’écoute de l’Esprit.Le discernement implique qu’on pèse le pour et le contre, en fonction de l’appel des hommes et de la nécessité de la vie intérieure pour y répondre, qu’on confronte les désirs à l’Évangile, qu’on cherche sérieusement, à l’inverse de ce qui nous plaît, ce qui est vraiment utile au prochain.Tout bien pesé, on prend la décision et l’on s’y maintient.Un tel discernement inclut et dépasse les paramètres de la prudence humaine; il est vraiment, en face du Sei- 145 gneur, à qui nous confronte son Esprit, le choix des conduites qui nous feront marcher à sa suite, pour le Royaume.Un tel acte de discernement, qui requiert de toute façon la prière et l’ascèse d’une volonté résolue à accomplir en tout «la volonté du Père» peut être accompli dans le silence de la réflexion et de l’oraison: les saints ont volontiers agi de la sorte pour les décisions engageant leur vie, leur œuvre, l’Institut dont ils portaient la responsabilité.Quoi qu’il en soit d’une dimension communautaire bénéfique, parfois indispensable, la pratique du discernement spirituel suppose toujours que la personnalité s’y engage à fond.Mais il est souhaitable que, au niveau de la «petite communauté», s’exerce un discernement communautaire qui mobilise ensemble tous les participants et les engage dans la résolution finalement adoptée.C’est la condition d’un véritable témoignage communautaire, témoignage de ces quelques religieux, habitant au milieu des hommes, essayant de vivre, dans une pauvreté authentique et dans une charité attirante, ce large accueil dont l’Évangile montre qu’il fut pratiqué par le Christ galiléen: «C’est aux pauvres qu’il m’envoie apporter la bonne nouvelle».Dans une telle communauté, informée par l’exercice fréquent d’un discernement spirituel, l’essentiel de la vie religieuse se retrouve, mais rénové dans une intention apostolique.La délibération commune y représente l’obéissance, avec la nuance favorable qu’il faut donner à l’avis du «responsable».La pauvreté, objet privilégié des décisions et des discernements, apparaît avant tout comme une exigence de témoignage apostolique.Vécue dans un climat de charité, de partage, de mise en commun, assez fort pour surmonter d’inévitables discussions, assez loyal pour permettre un authentique partage, la chasteté récuse les faux-fuyants de l’hypocrisie ou de la peur, et s’appuie sur la confiante espérance dont témoigne le mot de saint Paul:«Ma grâce te suffit».Le discernement communautaire évite les imprudences, ou les répare autant que faire se peut.Mieux, il permet de porter allègrement le poids, si mal compris aujourd’hui, d’un amour du Seigneur et des hommes vécu en forme de renoncement.Conclusion.Il est toujours malaisé d’écrire une histoire qui se fait et dont on se reconnaît partie prenante.Les analyses succinctes auxquelles je me suis essayé sont au moins autant des vues prospectives que des évocations de situations actuelles.La confiance en l’Esprit, qui dans l’Église suscite et conserve la vie consacrée, permet d’espérer cette «créativité» 146 que de bons juges estiment nécessaire à la vie religieuse dans l’actuelle conjoncture.Créativité, dont on dit qu’elle est avant tout «affaire d’élan et d’espérance»: «Élan désigne plutôt énergie et vigueur humaine jaillissant d’une vie suffisamment authentique, dans des conditions objectives de vie pas trop faussées par des états de fait quasi insupportables.Espérance: c’est la vertu chrétienne qui se greffe sur cet élan et se nourrit dans la familiarité du Seigneur vraiment connu et reconnu présent ici, aujourd’hui, parmi nous.Qui est créatif?Les personnes, et, surtout, aujourd’hui, les constellations de personnes, c’est-à-dire des personnes qui se sentent et se savent d’accord sur un certain nombre de présupposés théoriques et pratiques et qui se le montrent les unes aux autres par leur manière de parler et de se conduire.»4.Si la vie religieuse n’est pas, au sens qui vient d’être dit, créatrice, il est à craindre qu’elle ne soit gravement menacée par la mutation culturelle, mal accordée aux comportements qu’elle a pris dans le passé, aux formes traditionnelles de son observance.Imaginer pareil élan créateur serait, humainement, de l’ordre du pari.Pour qui est persuadé que la vie religieuse sera rénovée par l’effusion de l’Esprit, que sa régularité sera purifiée, décantée et réinventée par une attention aux motions de cet Esprit, par une docilité à ses pulsions, le pari devient une espérance.Car, aujourd’hui comme hier, l’Esprit du Seigneur est une force qui «renouvelle la face de la terre».15 rue Monsieur, Henri Holstein, s.j.75007 Paris.4.Ibid, p.33-34.147 LE PROPHÉTISME ESSENTIEL À LA CONSÉCRATION RELIGIEUSE Réveil actuel du prophétisme Un des traits les plus remarquables de la vie de l’Église après Vatican II est le réveil du prophétisme.Le concile avait souligné la participation de tous les chrétiens à la fonction prophétique du Christ: « Le Christ, grand prophète, qui proclame par le témoignage de sa vie et la vertu de sa parole le royaume du Père, accomplit sa fonction prophétique jusqu’à la pleine manifestation de la gloire, non seulement par la hiérarchie qui enseigne en son nom et avec son pouvoir, mais même parmi les laïcs dont il fait pour ce motif des témoins en les pourvoyant du sens de la foi et de la grâce de la parole (cf Ac 2, 17-18; Ap 19, 10) afin que brille dans la vie quotidienne, familiale et sociale, la vertu de l’Évangile» (Lumen gentium, 35).Cette doctrine a trouvé une illustration dans la période qui a suivi; à la proclamation du principe par le concile a succédé une démonstration existentielle.De la part d’un certain nombre de laïcs, on a vu s’affirmer une prise de conscience du rôle prophétique, qui leur incombe dans l’Église, plus particulièrement de l’appel à réfléchir sur leur foi afin d’en porter un témoignage plus vivant et plus profond.Ils se sont intéressés à des problèmes de doctrine religieuse qui auparavant auraient été simplement laissés aux théologiens et aux prêtres; ils se sont formé une pensée plus personnelle et ils ont fait entendre leur voix dans des débats concernant l’Église et ses prises de position.Cette attitude se fonde sur la conviction légitime de posséder le sens de la vérité révélée, grâce à la lumière prodiguée par l’Esprit Saint.Plus visible et plus démonstratif encore a été le mouvement charismatique.Ce mouvement a mis en action, souvent d’une manière spectaculaire, le prophétisme.Des chrétiens ont découvert le monde intérieur des inspirations du Saint Esprit, non seulement dans leur prière mais dans leur vie.Les charismes dont avait parlé autrefois saint Paul ont repris, pour ainsi dire, leur actualité.Ils ont provoqué des manifestations extraordinaires, mais ont fait apparaître également une 148 force de conversion et de témoignage qui a complètement transformé certaines existences.Il n’y a là qu’un réveil, car le prophétisme appartient à la vie de l’Église, comme l’atteste l’événement initial de la Pentecôte.Au moment où elle a été constituée par la puissance de l’Esprit, l’Église a été animée d’une remarquable force prophétique.C’est ainsi que saint Pierre cite, pour expliquer l’événement, les paroles de Joël: «Je répandrai de mon Esprit sur toute chair.Alors leurs fils et leurs filles prophétiseront, les jeunes gens auront des visions et les vieillards des songes» (Ac 2, 17).L’oracle annonçait l’effusion de l’Esprit divin sur «toute chair»: ce ne sont pas simplement quelques privilégiés qui en sont les bénéficiaires.Tous les membres de la communauté réunis au cénacle ont reçu le don bouleversant de l’Esprit Saint.L’époque récente nous fait réaliser plus vivement que tous les chrétiens sont animés de la lumière et de l’énergie de l’Esprit, et qu’ils sont appelés à un témoignage prophétique.Pour éviter toute ambiguïté, notons que le prophétisme ne consiste pas dans l’annonce de l’avenir.Dans l’Ancien Testament, le prophète promettait le salut, si bien que dans le message divin qu’il communiquait, il y avait un aspect de prédiction.Le prophétisme inauguré à la Pentecôte est différent: la promesse est entrée dans la voie de l’accomplissement, au point que le salut a déjà été acquis par le Christ pour l’humanité entière.Il ne s’agit donc plus d’oracles prophétiques essentiellement tournés vers l’avenir, mais d’un témoignage prophétique de la vie présente du Christ dans le coeur des chrétiens.Lors de la Pentecôte, l’Esprit Saint s’empare des premiers disciples pour leur faire proclamer les merveilles de Dieu: «Vous recevrez la force de l’Esprit Saint qui descendra sur vous, leur avait dit Jésus, et vous serez alors mes témoins» (Ac 1, 8).Cette parole du Christ avant l’Ascension indique nettement que telle sera la condition ordinaire, définitive, de l’existence chrétienne: ce sera une existence de témoin vécue en vertu de la force de l’Esprit Saint.Si le prophète est celui dont s’empare l’Esprit de Dieu pour le faire parler et agir en inspiré, l’existence chrétienne sera donc, selon la déclaration de son fondateur, une existence prophétique.Ce qui est exclu par là, c’est ce que l’on pourrait appeler une conception bourgeoise du christianisme.Le chrétien n’est pas celui qui mène une vie de confort qui aurait pour idéal d’être troublée ou gênée le moins possible par la religion.Il est celui qui s’ouvre à l’inspiration incessante de l’Esprit Saint pour porter le témoignage de l’Évangile.Il y a des périodes où le chrétien risque de s’endormir, ou encore de ne 149 plus voir dans sa religion qu’une loi à observer.L’Esprit Saint provoque des réveils en secouant ce christianisme trop paresseux ou trop conformiste.Il fait sentir la puissance de son action et infuse un nouvel élan prophétique à l’Église.Il est exaltant de vivre ces réveils, comme celui de notre époque.Prophétisme et vie religieuse Si le prophétisme est essentiel à toute vie chrétienne, il est encore plus essentiel à la vie religieuse.Pourquoi?Non seulement en vertu du principe général selon lequel la vie religieuse cherche, de par sa nature, à approfondir la vie chrétienne, mais en vertu de ce qu’est le prophétisme lui-même.Déjà dans l’Ancien Testament, le prophète avait été présenté comme celui qui devient la proie de l’Esprit de Dieu.Pour proférer des paroles au nom de Dieu, il doit se laisser prendre par lui, se laisser envahir de l’intérieur par la pensée divine.Cette prise de possession est encore plus nécessaire dans la nouvelle alliance, où l’accent est mis plus délibérément sur le témoignage global de l’existence.Le chrétien est appelé à être témoin par sa vie plus que par sa parole.S’il fallait déjà se laisser posséder par l’Esprit pour proférer la parole de Dieu, il importe de se laisser pénétrer davantage par lui pour témoigner de la vie divine.Or le religieux cherche par son mode d’existence à réaliser le plus parfaitement possible cette possession ou pénétration.La vie religieuse consiste dans une consécration, c’est-à-dire dans une appartenance totale au Seigneur.Les vœux ne font qu’exprimer, sous divers aspects, cette appartenance.Ils viennent d’un engagement libre et personnel, où s’affirme l’intention de se livrer entièrement au Christ.Par le vœu de célibat, le Christ est reconnu comme l’Époux; par le vœu de pauvreté, comme l’unique trésor; par le vœu d’obéissance, comme le maître absolu, par l’engagement de vie communautaire, comme le centre d’amour et d’unité; par l’engagement au service d’Église, comme le chef de l’humanité et la source de l’activité.C’est ce qu’a souligné le Concile lorsqu’il a déclaré que par les vœux le fidèle du Christ «est entièrement livré à Dieu, auquel il voue l’amour le plus complet», et «est plus intimement consacré au service de Dieu» (Lumen gentium, 44).La consécration est «plus intime» parce qu’elle appronfondit celle du baptême.Déjà, par le baptême, l’être humain devient la propriété de Dieu; il est marqué d’une empreinte indélébile qui signifie une appartenance définitive.Par la 150 confirmation, cette appartenance prend encore plus d’ampleur, car par le don de l’Esprit Saint la personnalité est engagée dans une mission de témoignage au service de l’Église.La profession religieuse approfondit l’empire divin par une consécration plus complète du cœur et de l’activité.Mais cette consécration, serait-on tenté d’observer, n’a apparemment rien de prophétique.En poussant jusqu’au bout l’intimité des liens avec le Seigneur, elle paraît tourner la personne humaine vers l’intérieur plutôt que vers l’extériorisation impliquée dans le prophétisme.Elle fige l’être dans le domaine du sacré.Elle suggère une immobilisation, une sorte d’état de repli, alors que la mission prophétique est toute de mouvements et d’effusion.Cette manière «immobilisante» de concevoir la consécration ne correspond pas néanmoins à l’intention du Christ qui a appelé des hommes et des femmes à le suivre: Jésus voulait une appartenance radicale, complète, mais pas un repli sur soi-même.Lui-même, était le premier consacré, et il a vécu sa consécration dans la perspective de sa mission de Sauveur.Loin d’être une cause d’immobilité, cette consécration, qui le faisait appartenir au Père, était la source d’une activité débordante.Il ne s’est pas appelé prophète, car il était plus que prophète.Il est le Fils, et comme Fils il peut prononcer la parole de Dieu en étant lui-même la Parole incarnée.En qualité de Fils, il appartient au Père dans sa nature humaine, de telle sorte qu’il communique l’enseignement du Père et en confirme la vérité par les actions accomplies au nom du Père.Lorsqu’il se présente comme «celui que le Père a consacré et envoyé dans le monde» (Jn 10, 36), il montre comment sa consécration est liée à sa mission.En lui se réalise la perfection unique de l’intimité avec Dieu qui caractérise les prophètes, car cette intimité est en lui une identité.Il est Dieu, un Dieu qui s’est emparé d’une nature d’homme pour annoncer et diffuser le message divin.Sur le modèle du Christ, la consécration religieuse est animée du dynamisme profond d’une mission prophétique et ne peut jamais être regardée séparément de ce dynamisme.Il y a eu souvent une conception trop statique de la vie religieuse, selon laquelle la consécration devait refréner la spontanéité individuelle et modérer, selon des règles de «modestie», tous les mouvements de la personne.Parfois ce statisme, appuyé par un étroit juridisme, a donné un visage artificiel aux religieux, ou même a provoqué un certain étouffement de la personnalité.La période postconciliaire a marqué une libération, profondément ressentie par beaucoup de membres des communautés; elle 151 a tendu à redonner à la vie religieuse un visage plus empreint de la liberté de l’Évangile, ainsi qu’une forme plus dynamique.Encore faut-il bien comprendre le sens de ce dynamisme.Il n’est pas seulement le déploiement d’énergie personnelle, il est l’expression d’un attachement absolu au Christ et l’énergie qu’il met en action vient de l’Esprit Saint.La consécration est en effet l’adhésion de tout l’être au Seigneur Jésus, opérée par l’Esprit qui s’empare de la personnalité pour la faire accéder à un amour plus libre et plus profond.De ce dynamisme de la consécration, Paul nous a livré un exemple suggestif; dans son discours d’adieu aux presbytes d’Éphèse, il déclarait: «Voici maintenant qu’enchaîné par l’Esprit je me rends à Jérusalem, sans savoir ce qui doit m’y arriver, sinon que, de ville en ville, l’Esprit Saint m’avertit que chaînes et tribulations m’attendent» (Ac 2, 22-23).Être enchaîné par l’Esprit, ce n’est pas être paralysé ou immobilisé, mais être lancé dans l’aventure de Dieu pour l’accomplissement d’une mission.Le dynamisme surgit de la prise de possession par l’Esprit Saint.La consécration religieuse, œuvre de l’Esprit Saint qui s’empare de la personne humaine pour en faire la propriété du Christ jusque dans ses inclinations les plus profondes, comporte donc un dynamisme qui mérite le nom de prophétique: en vertu de ce dynamisme, le religieux est entraîné à porter le témoignage de l’Évangile par sa parole et par sa vie, à faire apparaître dans toute sa force les valeurs du message chrétien, la réalité des béatitudes.Discernement du vrai prophétisme Le prophétisme dans la vie religieuse, comme en général dans l’Église, pose une question de discernement.Déjà dans l’Ancien Testament on connaissait de faux prophètes: le premier livre des Rois nous raconte par exemple les consultations fallacieuses données par quatre cents prophètes au roi d’Israël, en contraste avec la prédiction du prophète Michée, défavorable aux entreprises du roi, mais conforme à la parole de Yahvé (22, 5 s).Michée dénonce chez ces nombreux prophètes «l’esprit de mensonge».Il ne suffit pas d’écarter les cas où il y a falsification ou tromperie consciente, car de bonne foi celui qui veut remplir sa mission prophétique peut se laisser guider par des inspirations qui ne viennent pas de l’Esprit Saint.Un exemple particulièrement impressionnant est celui de Pierre, qui veut donner un avertissement à Jésus pour le détourner de la Passion (Mt 16, 22; Mc 8, 32), sans se rendre compte qu’il parle sous 152 l’inspiration de Satan.Cet exemple demeure une indication du danger auquel restent soumis les disciples les plus liés au Christ: la tentation peut prendre la forme d’une inspiration de lumière.Comment reconnaître les inspirations authentiques et le véritable prophétisme?Il y a des critères subjectifs qui ont été déterminés dans de fines analyses de l’expérience spirituelle: ainsi, chez une personne de bonne volonté, l’inspiration de l’Esprit Saint s’accompagne de paix et de joie, manifestation de l’accord profond des dispositions subjectives avec le dessein de Dieu.Il y a aussi des critères objectifs, dont le plus fondamental est la conformité avec l’enseignement de l’Évangile.L’Esprit Saint, qui a pour mission de faire comprendre le sens de la doctrine proférée par Jésus, ainsi que de ses intentions dans la fondation de l’Église, ne pourrait évidemment pas suggérer des pensées qui vont en sens contraire.Il ne peut que rappeler ce que le Christ a dit et fait autrefois, pour le faire penser et vivre dans l’Église actuelle.Il ne fait progresser l’Église que dans le sens de l’Évangile.Pour lui, cet Évangile n’est jamais un stade à dépasser, c’est une vérité à faire connaître et à faire assimiler sous la multiplicité de ses aspects.Toute proposition d’une vérité postévangélique ou postchrétienne ne pourrait donc venir de lui.La nécessité du discernement est apparue spécialement dans le cas de prêtres qui ont prétendu poser des gestes prophétiques, gestes qui se voulaient fruit d’une inspiration supérieure et devaient anticiper l’Église de demain.En s’engageant dans le mariage, certains prêtres, qui souvent étaient en même temps des religieux, ont réellement pensé ouvrir une nouvelle voie du sacerdoce catholique.À la différence d’époques antérieures, où cet engagement se faisait le plus discrètement possible avec la conscience d’abandonner l’idéal sacerdotal, il s’est produit à la manière d’une contestation ouverte de la discipline de l’Église et avec une sorte d’appel à l’opinion publique des chrétiens.Quelles qu’aient été les bonnes intentions et la bonne foi de ces prêtres, le prophétisme qu’ils revendiquaient ne pouvait être authentique.Même avec la persuasion d’agir conformément à leur conscience, leur geste ne pourrait exprimer une véritable inspiration de l’Esprit Saint.Si nous retournons à l’Évangile, nous constatons que Jésus a demandé à ses apôtres, auxquels il voulait conférer le sacerdoce, le renoncement à la vie de famille.Lui-même est le premier à s’engager délibérément, contrairement aux usages juifs, dans la voie du sacerdoce célibataire.Il fait l’éloge de ceux qui partagent avec lui le célibat chrétien volontaire, en «se faisant eunuques eux-mêmes» (Mt 153 19, 12), et en jetant ainsi un défi à la mentalité contemporaine.Au cours de son développement historique, l’Église s’est efforcée de réaliser de mieux en mieux, sous la conduite de l’Esprit Saint, cet idéal évangélique.Les lois disciplinaires édictées par l’autorité pour assurer la pratique de l’idéal ne sont pas de simples prescriptions dues au rigorisme ou à la méfiance à l’égard de la sexualité; elles viennent de la conviction que le Christ a désiré, pour le nouveau sacerdoce qu’il instituait, l’abandon de la famille.Le Saint Esprit qui a guidé l’itinéraire difficile de l’Église en ce domaine ne pourrait vouloir à notre époque un changement de route, ce serait s’éloigner des intentions manifestées si clairement par Jésus dans l’Évangile.Il ne peut que poursuivre la reproduction de plus en plus fidèle des traits du Christ prêtre dans le prêtre d’aujourd’hui.Il est vrai que la discipline a pris du temps à s’élaborer et à s’imposer.Jésus n’avait pas établi lui-même de précepte ou de loi en ce domaine; il avait instauré un idéal qui renversait les habitudes du sacerdoce juif, mais il n’avait pas formulé de stricte obligation du sacerdoce célibataire.Cet idéal devait mûrir dans la vie de l’Église.Ainsi s’explique que les règles édictées par l’autorité sont venues avec un certain retard et que dans des chrétientés où la pratique du célibat sacerdotal paraissait trop difficile à assurer, un autre régime était en vigueur.On ne pourrait cependant invoquer cette diversité en faveur du sacerdoce marié; elle témoigne de la difficulté à réaliser l’idéal évan-gilique, mais ne peut justifier un abandon de cet idéal.Particulièrement significative est la réaction aux diverses crises qui ont marqué l’application de la discipline du célibat.Loin de céder à l’opinion qui, devant les abus, aurait désiré plus de liberté pour les prêtres, l’autorité ecclésiastique a renforcé graduellement la loi.Le dernier exemple de cette réaction vient du synode épiscopal de 1971, qui, devant la montée des revendications, a confirmé l’obligation du célibat et s’est prononcé de façon très restrictive sur l’éventualité de l’ordination d’hommes mariés.Il y a là une indication d’une orientation très ferme donnée par l’Esprit Saint à l’Église.Ainsi, le prêtre de demain n’aura pas un visage essentiellemet différent de celui qui lui a été donné depuis l’instauration du nouveau sacerdoce.Sous l’action de l’Esprit Saint, l’Église de l’avenir sera plus conforme à l’Évangile que l’Église du passé.Elle ne sera pas un mélange d’Église et de monde, comme certains projets de sécularisation l’ont envisagé.La sécularisation ou adaptation au monde s’appronfondira dans l’Église uniquement dans le sens authentique de l’Incarnation, et non dans l’acceptation d’un compromis avec des 154 tendances peu compatibles avec l’Évangile.Le Christ est le modèle suprême de l’incarnation du sacerdoce, et il 1 est dans son célibat.L Esprit Saint ne peut proposer un autre modèle.Ce qui vaut du célibat sacerdotal, s’applique également au célibat religieux.La question, qui a été soulevée récemment, de la possibilité d’une vie religieuse sans le vœu de chasteté consacrée, ne peut recevoir qu’une réponse négative.L’idéal évangélique demeure toujours, pour ceux qui suivent le Christ, hommes ou femmes, de tout abandonner pour s’attacher à lui.Le vrai prophétisme de la vie religieuse ne peut donc s’exercer que dans l’orientation du célibat.Des observations analogues peuvent être faites concernant d’autres attitudes présentées comme prophétiques, notamment celle du prêtre qui se lance dans l’action politique ou syndicale.L Esprit Saint ne peut inspirer ni promouvoir un engagement sacerdotal peu en harmonie avec le comportement du Christ, qui a si nettement refusé le messianisme politique.Loin d’exploiter 1 enthousiasme suscité dans la foule par le miracle de la multiplication des pains, Jesus annonce qu il est venu apporter non le pain matériel mais une nourriture spirituelle, pour la grande déception de son auditoire.Le prophétisme politique n’a été pour Jésus qu’une tentation, constamment repoussée.Un tel prophétisme ne peut donc convenir aux prêtres et aux religieux.L’Esprit Saint dirige sacerdoce et vie religieuse dans une voie prophétique d’ordre spirituel.Il les prémunit contre la tentation politique qui demeure toujours actuelle, et il les rend aptes à braver la déception de ceux qui attendent de l’Église des avantages trop visibles et trop matériels.Le vrai prophétisme dans la vie religieuse Certaines manifestations particulières du vrai prophétisme dans la vie religieuse ont marque l’epoque récente.Le geste de Mère Thérèse, qui à Calcutta quitte sa congrégation missionnaire pour en fonder une autre, était animé du prophétisme le plus authentique.Il ne manquait pas d’audace et pouvait surprendre car la Congrégation missionnaire faisait preuve d’un remarquable dévouement et remplissait une importante mission d’Église; mais en s’en détachant Mère Thérèse suivait une inspiration charismatique qui lui était propre et la portait à mener une vie religieuse plus proche des pauvres.Le critère de conformité à l’Évangile se vérifie ici et indique 1 authenticité du prophétisme: la prédilection pour les pauvres est un des traits les plus 155 essentiels de la mentalité évangélique.Le monastère protestant de Taizé offre lui aussi un exemple saisissant du prophétisme.La communauté s’est laissé guider par l’Esprit Saint dans une redécouverte des valeurs monastiques et a désiré partager le plus possible sa vie spirituelle avec les gens du dehors, dans un esprit très large d’ouverture.L’insistance mise sur la réconciliation et la préoccupation de l’unité entre chrétiens répondent à une intention primordiale du Christ.La préoccupation de l’aide au tiers monde, l’appel aux jeunes, l’accueil le plus universel expriment la charité évangélique la plus ample.Il y a là une interpellation lancée à tous ceux qui seraient tentés de concevoir la consécration et la contemplation comme destinées à se refermer sur elles-mêmes.Tout en respectant la diversité des charismes dans les formes de vie monastiques, on doit reconnaître que l’invitation au partage de la prière a un grand retentissement, qui fait écho à l’attitude même de Jésus, inspirant à ses disciples le goût de prier comme lui, et leur apprenant à prier.Bien d’autres manifestations particulières du prophétisme dans la vie religieuse mériteraient notre intérêt; mais notre but est plutôt de considérer le prophétisme dans sa portée générale, accessible à tous les religieux et religieuses.Que signifie aujourd’hui, pour l’ensemble des communautés, une vie religieuse animée de prophétisme?Vivre prophétiquement la vie consacrée, c’est la vivre en contact intime avec l’Esprit Saint.La première attitude prophétique consiste dans la prise de conscience de la présence et de l’action de l’Esprit.Un effort est toujours nécessaire en ce sens, parce que cette présence et cette action sont invisibles et que le religieux, comme les autres hommes, est tenté de ne faire attention qu’aux aspects visibles de son existence.L’effort est encore plus nécessaire pour ceux qui ont reçu une formation strictement dominée par l’observation des règles et n’ont pas appris spécialement à écouter la voix de l’Esprit Saint.Il ne faudrait certes pas durcir l’opposition entre la mentalité légaliste et la mentalité charismatique au point de mépriser la règle et de n’apprécier que l’inspiration personnelle.En réalité la règle elle-même cherche à formuler le régime de vie suscité par le Saint Esprit; elle est l’expression juridique du charisme.Elle doit guider les religieux, mais sans les dispenser de recourir à la lumière intime donnée par l’Esprit en toutes circonstances.Le contact avec l’Esprit ne procure pas seulement plus de clarté sur le comportement à adopter et sur la solution à inventer dans les multiples problèmes quotidiens.Il est de nature à renouveler l’ardeur et l’énergie.Le prophétisme implique l’élan qui vient d’en haut, la 156 force de conviction dans la parole et le témoignage.On ne peut oublier que dès l’origine l’Esprit de Dieu s’est manifesté comme puissance de Dieu; la puissance intérieure, spirituelle, caractérise la conduite prophétique.La situation actuelle de certaines Congrégations atteste particulièrement le besoin de cet élan.La croissance de l’âge moyen des membres et le manque de recrutement risquent d’y favoriser une mentalité qui consiste à poursuivre la route en vertu de l’impulsion acquise dans le passé, mais sans nouvelle énergie.Un réveil du prophétisme y est souhaitable, dans le sens d’un dynamisme animé par plus de foi et d’espérance en l’avenir de la communauté.Grâce à ce dynamisme, elles seront plus en état d’attirer des jeunes et de profiter du mouvement de reprise des vocations.Le besoin d’un nouvel élan n’est d’ailleurs pas propre à certaines communautés.Il est une nécessité universelle pour tous ceux qui sont engagés dans la vie religieuse.Leur engagement doit s’affirmer et s’animer de plus en plus.Or l’énergie humaine est limitée; elle s’épuise rapidement.Devant les difficultés, la lassitude et l’inertie apparaîtraient s’il n’y avait le retour à la source inépuisable de la force divine.L’Esprit Saint, en fournissant cette énergie supérieure, rend le religieux capable de dépasser ses propres limites et de persévérer, non pas à la manière d’une routine, mais avec la joie du don généreux.Enfin, le contact avec l’Esprit Saint assure dans la vie religieuse le primat de la charité.Étant dans sa personne même l’amour divin, le Saint Esprit agit au maximum dans le sens de l’effusion de l’amour; il porte les hommes à s’aimer les uns les autres en les remplissant de l’amour divin, universel et illimité.Une vie inspirée par lui ne peut donc être qu’une vie dont la note dominante est celle de la charité.Le prophétisme dont il est l’auteur ne pourrait être celui de la violence, de l’âpreté dans la critique et la contestation, de la condamnation d’autrui.11 y a eu parfois des attitudes prophétiques qui ont mis l’accent sur la sévérité d’appréciation; elles s’écartent du vrai prophétisme lorsqu’elles vont à l’encontre de l’amour, de la bienveillance, du respect et de l’estime dus au prochain.La charité est critère d’authenticité.La vie religieuse prend toute sa dimension prophétique lorsqu’elle témoigne d’un amour d’autrui qui étonne par sa vérité et sa générosité.Elle est destinée à faire découvrir l’immensité de l’amour divin; la découverte s’opère d’abord pour le religieux lui-même qui se rend compte d’exigences toujours nouvelles et trouve des formes inattendues de la charité.Cette découverte se communique à d’autres par la voie du témoignage.L’Esprit Saint pousse à un amour qui déborde 157 de loin les limites des sympathies humaines et il inspire une large inventivité dans le don de soi et l’attention aux autres, semblable à l’inventivité suprême de Dieu.Là s’exerce par excellence la puissance du prophétisme.Elle tend à un dépassement de plus en plus accentué de la charité.L’Esprit Saint fait comprendre que les limites posées à l’amour et au service d’autrui, jugées jusque-là légitimes et raisonnables, doivent s’élargir.Il donne la force d’aimer davantage, de ne jamais s’arrêter sur la voie du don le plus sincère.Dans cette orientation se justifie le progrès de l’ouverture au monde, qui caractérise si foncièrement le mouvement postconciliaire de la vie religieuse.Le Concile a engagé l’Église dans la voie de l’ouverture, et les communautés religieuses se sont efforcées de s’avancer dans cette direction.Qu’il y ait là une authentique ligne d’inspiration de l’Esprit Saint, l’événement même de la Pentecôte suffirait à l’indiquer.La communauté primitive, qui s’était rassemblée dans les étroites limites d’une chambre aux portes soigneusement fermées, a été projetée soudain au dehors, et s’est trouvée face à des gens de toutes nations.Elle a été constituée en Église par la force d’en haut qui lui a donné son énergie et sa cohésion spirituelles, mais en Église qui ne pouvait se refermer sur elle-même et était essentiellement destinée à s’ouvrir au monde pour lui communiquer sa richesse de grâce.L’Esprit Saint a poussé par la suite cette Église dans le sens d’une libération des visières de la mentalité juive, et d’une adaptation de plus en plus large à tous les peuples.Il a également suscité des formes de vie consacrée dont l’évolution, au cours des siècles, a tendu vers plus d’ouverture: de l’érémitisme à la vie communautaire, du désert au monastère foyer de civilisation, de la vie monastique à la vie plus mobile, plus engagée dans des activités apostoliques, de la séparation du monde à une présence au monde.L’élan missionnaire a révélé la volonté de l’ouverture la plus universelle.Si la vie religieuse est destinée à développer un-amour de plus en plus large, elle est appelée à s’ouvrir de plus en plus au monde.Le prophétisme qu’elle exerce l’engage à se mettre autant que possible à la pointe de l’effort de contact de l’Église avec l’humanité.Piazza della Pilotta 4 Jean Galot, S.j.00184 Roma.158 LES LIVRES BOUGIE, P., GIGUÈRE, P-A., MAR-TUCCI, J., Parole-Dimanche.Montréal, Fides, 1976 ; 279 pp., $8.00.Depuis la réforme de la messe, nous entendons, chaque dimanche, la lecture de trois fragments de la Sainte Écriture.Mais pour saisir le sens spirituel de ces textes, nous avons bien souvent besoin d’un «guide», comme s’exprimait l’idolâtre éthiopien converti au judaïsme et dont parlent les Actes des Apôtres (Ch.8, 26-31).Parole-Dimanche vient à notre secours.Nous y trouvons, sur chacune des lectures, un bref commentaire: contexte, message, application à notre temps.Ce livre sera utile non seulement aux prédicateurs soucieux de prononcer de véritables et substantielles homélies, mais aussi, et en tout temps, aux fidèles désireux d’approfondir les données de la foi.Il couvre la liturgie dominicale de « L’Année «C», celle en cours, faisant suite aux Années «A» et «B» déjà publiées par la même maison d’éditions.Évangiles, traduits et présentés par André CHOURAQUI.Paris, Desclée de Brouwer, 1976; 375 pp., $14.40 Voici une nouvelle traduction française des quatre Évangiles.Elle fait suite à celle de l’Ancien Testament par le même traducteur.Bien que Juif de sang et de religion, ce dernier n’a pas cru devoir négliger le Nouveau Testament qu’il dénomme « un nouveau pacte».La particularité de son travail consiste à nous rapprocher le plus possible de la langue originale des Évangiles, le grec, mais celui-ci formulé en un milieu sémitique (les experts se demandent même si le texte primitif de saint Matthieu n’était pas l’araméen).C’est ce substrat sémitique que le traducteur s’efforce de nous restituer.Il en résulte un langage neuf, une traduction littérale des versions originales.Même la disposition graphique rappelle le style oral qui a précédé les rédactions écrites.La traduction de l’Ancien Testament a été chaleureusement accueillie par tous les critiques, semble-t-il.Celle des Évangiles, appelés ici « les 4 annonces », suscitera sans doute le même intérêt chez les biblistes toujours à la recherche de l’authenticité.Soucieux lui-même de celle-ci, M.Chouraqui a pris le soin de faire reviser ses manuscrits par des spécialistes.CHABOT, Cécile, Cri pour les quatre coins du monde (Poème).Montréal, Fides, 1976 ; 129 pp.Ce cri, c’est la voix des personnes et des choses qui ne peuvent crier; par exemple, l’eau dont les Blancs s’approprient la fraîcheur et le bienfait, le chant et le reflet, s’accordant ces privilèges au mépris des Noirs.C’est un cri qui déchire les nuits et qui pénètre les esprits; cuisant de remords, éclatant de vérité, se répercutant de siècle en siècle et grouillant de vie.Cri pour que vienne le temps de l’homme en marche vers l’homme, le temps de la terre franche, le temps du vin fruité, le temps du pain de mie servis par ceux qui en furent rassasiés à ceux qui n’y ont jamais goûté.Ce volume artistique en sa composition et en sa présentation continue l’oeuvre admirable toujours de ce membre de la Société royale du Canada qu’est Cécile Chabot.159 HEBERT, Jacques, La terre est ronde.Montréal, Fides, 1976; 185 pp., $4.95.L’A.aime l’aventure, le défi.Il nous parle dans ce livre de son audacieuse entreprise: Jeunesse Canada Monde.Les horizons sont à la dimension de la planète: «Transformer la terre entière en un bon village ouvert et fraternel.(p.93).«La terre est ronde», l’on peut donc l’embrasser toute.Les débuts, racontés dans ces pages, sont modestes mais prometteurs d’avenir.Déjà 2,200 jeunes, garçons et filles, du Canada et d’une douzaine de pays du Tiers-Monde, ont vécu dans l’enthousiasme, en dépit d’inévitables embarras, l’aventure de fraterniser et de réaliser ensemble tel ou tel projet humanitaire.Le cœur s’éprend d’une façon telle que ces jeunes éprouvent certaines difficultés à se réintégrer dans leur milieu habituel.Le tout est raconté d’une plume alerte, disons même dansante de foi en cette initiative.C’est à faire lire surtout aux adolescents avant que notre civilisation dégradante ne les ait blasés.LEDOCHOWSKA, Teresa, OSU, À la recherche du charisme de l’institut.Rome, Ursulines de l’Union Romaine, Via Nomentana 236, 1976; 112 pp.Les pages de ce livre peu volumineux sont rayonnantes de lumières sur un sujet de très grande actualité.L’A.sait ce qu’elle veut dire et l’exprime avec simplicité et clarté, sans verbalisme.Elle étudie d’abord le sens théologique du terme «charisme»: «grâce accordée aux membres d'une famille religieuse pour que celle-ci puisse réaliser sa mission.», «activité du Saint Esprit» dans chaque membre et dans la communauté.L’Institut en cause est celui des Ursulines, lequel au cours de son existence a connu au moins deux grandes modifications dans sa structure.En dépit de ces changements, le charisme de sainte Angèle Merici, fondatrice, s’est transmis jusqu’à nos jours.Nous avons dans cette recherche d’un charisme un exemple inspirateur pour toutes les familles religieuses.C’est donc un petit volume à lire; il peut orienter les responsables en quête d’une identité et aussi aider les sujets à loyalement rechercher Dieu, l’essentiel de la démarche, soit dans le maintien d’un héritage sacré soit dans des adaptations réclamées par les circonstances.V1LLEPELÉE, Jean-François, Sur les pas du Père Kolbe.Paris, Lethielleux, 1976; 128 pp.18 F.Fils fervent de François d’Assise, le Père Maximilien-Marie Kolbe, béatifié, le 17 octobre 1971, prendra vraisemblement rang parmi les plus belles figures de l’Église.Ce volume nous en présente un portrait spirituel.Son martyre de charité fraternelle dans un camp de concentration n’a pas été un acte improvisé.Il fut préparé dès son enfance par toute une vie.Son charisme particulier fut de vivre intensément et de propager le culte de l’immaculée Conception, dans son intimité avec l’Esprit-Saint, en vue du règne du Christ.11 apparaît comme un don du ciel à notre monde enténébré.Sa vie mariale s’insère, d’une nouvelle façon, dans les épiphanies de la Mère de Dieu depuis plus d’un siècle.Les âmes déjà vouées à la Vierge immaculée ou désireuses de l’être trouveront dans ces pages un singulier stimulant.Non, Dieu n’est pas mort; il opère toujours des merveilles.En filigrane, se dessine dans ce récit un rappel aux communautés religieuses: ce qui fait les saints rayonnants, c’est encore la prière, les vœux, la vie intérieure: «âme de l’apostolat».Ce livre parle au cœur, dans le sens biblique du terme, c’est-à-dire à l’attitude intérieure profonde.Le bonheur menacé.Journées universitaires de la pensée chrétienne (Cahiers de recherche éthique, 4).Montréal, Fides, 1976; 150 pp.La recherche du bonheur est primordiale pour l’homme de tous les temps.Les religions, entre autres, ne s’offrent-elles pas comme des réponses à cette quête?Et que dire du christianisme: a-t-il encore quelque chose de valable à présenter en réponse à cette recherche de bonheur?Peut-il encore aujourd’hui être pour l’homme une authentique «bonne nouvelle»?C’est à ces interrogations que les auteurs tendent de répondre dans cet 160 essai.L'on y procède en trois étapes: 1) La nouvelle société et le bonheur de l’homme; 2) Propositions chrétiennes sur le bonheur; 3) Être heureux.À cela s’ajoute un document remarquable de F.Dumont sur Le sens des valeurs actuellement au Québec.Si bon nombre de pages de ce livre sont peu accessibles aux esprits non habitués au maniement des idées, cette entrevue (empruntée à la revue Notre-Dame, déc.1975) avec le sociologue Dumont est abordable par tous et l’on ne peut trop en recommander la lecture.PAGE, Jean-Guy, Réflexions sur TÉglise du Québec (Réflexions et Vie, 9).Montréal, Bellarmin, 1976; 110 pp.$3.50 (par la poste: $3.85, si la commande n’est pas payée d’avance).Rédigées par un prêtre jouissant d’expériences pastorales diverses, voici des pages sérieusement pensées.Quatre thèmes sont abordés: la crise spirituelle dans le contexte québécois, sa manifestation dans le clergé, le désarroi dans le domaine de la sexualité, le lamentable échec humain de la réforme scolaire.L’A.ne tourne pas indéfiniment autour de tel ou tel sujet, de façon à nous faire perdre le fil d’Ariane.L’expression est claire et franche.Nos misères sont courageusement relevées.Rien, toutefois, qui prenne l’aspect d’injures ou de stérilles jérémiades.Et sans s'imposer avec je ne sais quelle suffisance, l’A.suggère les réactions salvatrices.Malgré les maux observés et trop réels, il demeure optimiste, confiant en l’Église et même en notre peuple marqué par la foi des ancêtres.C’est donc un excellent petit ouvrage à lire.Recherche et religions populaires, colloque international 1973.Montréal, Bellarmin, 1976; 204 pp.$8.50 (par la poste $9.00).Ce volume collectif est un rapport complet (exposés et discussions) du IVe colloque international sur les religions populaires.D’une façon plutôt superficielle, nous distinguons deux formes de pratique religieuse: l’une savante et l’autre populaire.Un centre d’étude poursuit des recherches sur la seconde.Le présent ouvrage est à classer parmi les œuvres de sociologie.Une première partie s’intéresse à des faits européens; une seconde observe les croyances et les gestes dans un coin du Québec, celui des Cantons de l’Est.Ces études ont-elles des visées pastorales?Il ne semble pas, du moins d’une façon immédiate.Elles peuvent, néanmoins, alerter contre de possibles déviations, superstitions chez les esprits moins cultivés, comme dans les peuples primitifs.En nos sociétés évoluées, au sein desquelles les recherches ont été effectuées et en des temps révolus, c’est plutôt la méconnaissance du surnaturel qui est à craindre.LAWLER, WUERL, LAWLER, The Teaching of Christ, a catholic catechism for adults, Ed.Our Sunday Visitor, Inc.(Book dept.), Noll Plaza, Huntington, Indiana 46750, U.S.A., 1976; 640 pp.$5.95 (entoilé: $9.95).Pour comprendre ce remarquable catéchisme en langue anglaise, il n’est pas nécessaire de posséder parfaitement cette langue; une connaissance moyenne suffit.Et il peut être utile à tous ceux qui s’interrogent sur les données essentielles de la doctrine chrétienne.L’ouvrage a été rédigé par dix-sept auteurs travaillant en équipe; de plus, soixante-quinze compétences du monde anglophone ont été consultées.Ce n’est pas un travail de recherches, mais un exposé clair de la doctrine catholique telle que celle-ci se présente de nos jours, compte tenu du dernier concile et des enseignements des derniers papes.Positive, cette synthèse ne s’attarde pas à réfuter les erreurs ni à discuter des opinions divergentes sur des points de doctrine non encore fixés.Les catéchèses, les aviseurs moraux, les prédicateurs pourront y recourir avec confiance.Plusieurs hautes autorités ecclésiastiques ont loué cette œuvre.Pour sa part, le cardinal Shehan écrit: «À mon avis, (ce catéchisme) répond à une nécessité et fera plus de bien que toute autre publication catéchétique parue depuis le Concile.» De janvier à juin 1976, quatre éditions ont paru.Le prix plutôt modique de ces 640 pages provient sans doute du fait de sa large diffusion. la VI© des communautés religieuses 5750, boulevard ROSEMONT MONTRÉAL HIT 2H2 Que., Canada Les Filles de Jésus pQ-1341-9 C.P.220 - 22, Marcheterre Sayabec, Que.O0J 3K0 FRAIS DE RETOUR GARANTIS PORT PAYÉ À QUÉBEC COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE ENREGISTREMENT NO 0828
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