La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 1977, Novembre
mm r NOVEMBRE 1977 m la VI© des communautés religieuses la vie des communautés religieuses publiée par les Franciscains de la Province Saint-Joseph du Canada Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m., René Baril, o.f.m., Pierre Bisaillon, o.f.m., Laurent Boisvert, o.f.m., Odoric Bouffard, o.f.m.Responsable du secrétariat : Rita Jacques, s.p.Rédaction et administration : LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES 5750, boulevard Rosemont Montréal H1T 2H2 Canada Téléphone : 259-6911 La revue paraît dix fois l'an Abonnement : surface : $ 7.00 par avion : $10.00 Impression : Imprimerie L'Éclaireur Ltée, Beauceville, P.Q Courrier de la deuxième classe — Enregistrement n° 0828 la VI© des communautés religieuses NOVEMBRE 1977 Vol.35 — No.9 Yves Raguin, s.j.René Voillaume, Chasteté et amitié .258 L’A.montre d’abord que toutes nos relations humaines sont marquées par notre sexualité.D’où l’importance de la chasteté qui est, non une simple défense ou limitation, mais une qualité positive de tous les actes de relation.Il affirme ensuite la possibilité de vivre de grandes amitiés dans une totale chasteté.Enfin il décrit certaines difficultés rencontrées sur le chemin d’une amitié conduisant à l’expérience de Dieu.Ce qui est permanent et ce qui peut changer dans la vie religieuse 271 Un bouleversement profond affecte les instituts d’hommes et de femmes au point qu’on n’arrive plus à distinguer l’authentique et l’inauthentique.Parfois on ne sait pas à quel principe de discernement se référer, car le doute porte même sur la nature de la vie religieuse.La présente étude n’apporte pas des solutions, mais propose certaines réflexions sur la nature et la permanence de la vie religieuse, la relation entre l’Évangile et la vie religieuse, la vie religieuse et la rencontre de Jésus.J.-M.R.Tillard, o.p.Remarques générales sur le projet d'une législation canonique pour les religieux .285 Les remarques de l’A.sur le projet d’une législation canonique pour les religieux concernent les points suivants: la «koinônia» dans la définition de la vie religieuse, la théologie de la vie religieuse centrée sur les trois vœux, l’insertion de la spiritualité dans le Droit Canon, la faiblesse de l’Ec-clésiologie implicite, la typologie de la vie religieuse en inharmonie avec la réalité actuelle, le caractère vague des normes, une vision de l’apostolat insuffisamment ouverte sur l’avenir. CHASTETÉ ET AMITIÉi Depuis quelques années le nombre d’hommes et de femmes consacrés à Dieu qui s’engagent dans de profondes amitiés augmente de plus en plus.Ces célibataires pour le Royaume découvrent qu'ils sont toujours hommes et femmes et ne peuvent vivre sans amour.Cela tient à la redécouverte des valeurs humaines et de la relation interpersonnelle.Ce n’est pas une fois de temps en temps mais très souvent que l’on rencontre une religieuse pouvant dire à un prêtre, et réciproquement ce que Jeanne de Chantal disait à François de Sales: «Notre amour n’a de nom dans aucune langue».La question de la chasteté dans l’amitié est, en conséquence, plus débattue que jamais, car elle touche à un point central de la perfection chrétienne.et ceci d’autant plus que l’on va répétant qu’il est impossible d’aimer Dieu si l’on est incapable d’amitié humaine et d’amour.Comme il est normal, les avis sont très partagés.Certains pensent qu’il n’y a là aucun problème et que ce qu’on appelait la concupiscence de la chair est un mythe du passé.Pour d’autres, toutes les libertés prises en ce domaine sont des atteintes à la chasteté parfaite qui est la condition même de la consécration à Dieu dans le célibat.Effectivement les intimités les plus spirituelles, les affections les plus chastes nous remuent à une telle profondeur que notre être entier vibre et exulte.C’est là qu’il peut y avoir danger pour la chasteté.Il est aussi trop évident que beaucoup ont perdu leur vocation en prenant trop de libertés dans l’amitié.Mais il est aussi certain que de très belles amitiés, fortes et pures, s’épanouissent dans le célibat.Nombreux sont ceux qui vivent leur célibat à contrecœur en se permettant des compromissions occasionnelles.Nombreux sans doute aussi ceux qui ont choisi ce qu’ils appellent la «troisième voie», une vie 1.Cette étude a été préparée pour le Symposium on Ignatian Spirituality and Reform, tenu à San Francisco du 15 au 30 juillet 1973.Nous la publions, estimant que son thème est toujours actuel et son développement susceptible d’éclairer ceux qui cherchent la lumière sur ce point.258 quasi-conjugale qui n’est ni la voie de la chasteté totale ni celle du mariage.Beaucoup par contre vivent un célibat sans aucune compromission, mais qui les ferme et les rend incapables d’aimer.D’autres, enfin, vivent leur vie consacrée dans la joie.Leur chasteté n’est pas simplement une vertu qui leur fait éviter tout compromis dans l’ordre sexuel, mais une vertu positive qui les fait être vraiment homme ou femme dans une vie toute consacrée au Seigneur et aux hommes.Certains parmi eux ont peu à peu développé des amitiés soit avec des personnes de même sexe soit avec des personnes de l’autre sexe.Ces amitiés loin d’être contraires à la chasteté en sont l’expression, et permettent l’épanouissement d’un amour du Seigneur qui aurait été impossible sans elles.Chasteté et relations humaines.Toutes nos relations humaines sont marquées par notre condition d’homme ou de femme.Notre sexe n’est pas en effet simplement orienté à la procréation; il conditionne en profondeur toutes nos manières d’être.Nous sommes homme ou femme jusqu’à la moelle de nos os et de notre personne.De toutes les relations, celles qui unissent le plus intimement les hommes les uns aux autres sont l’amitié et l’amour.Dans l’amitié comme dans l’amour, mais d’une manière différente, toute la personne est impliquée, corps et âme.Même l’amitié la plus spirituelle met en jeu la totalité de l’être humain.L’amitié elle-même comporte une infinité de degrés et c’est délibérément que je ne parlerai pas des relations de bonne camaraderie et d’amitié ordinaire que l’on rencontre partout entre célibataires voués au Seigneur ou entre eux et des personnes mariées.De telles relations ne posent guère de problèmes de chasteté.Le problème surgit quand se fait jour un sentiment plus profond qui commence à créer un lien affectif.Dès lors l’amitié est vraiment une «affection» pour la personne aimée.Cette affection demande une connaissance réciproque de plus en plus profonde et fait naître le désir de la présence.Une telle amitié peut être tout à fait dégagée du sensuel, mais elle peut aussi demander des manifestations d’affection qui la rendent moins libre.C’est ici que doit intervenir la chasteté.L’amour, qu’il soit maternel, paternel, filial ou conjugal est une «affection» beaucoup plus profonde.Il est un lien plus fort et plus 259 intime que l’amitié, car il affecte l’être humain dans sa totalité en exigeant un partage inconditionné de l’esprit, du cœur et de la vie entière.Il naît d’un lien vital quand il est paternel, maternel, filial ou fraternel.Il tend à le créer s’il est amour conjugal ou amour d’amitié.Si l’amitié ordinaire crée une relation de proximité et d’intimité qui unit les amis dans une communauté totale de sentiments et d’affections, l’amour conjugal et l’amour d’amitié font un pas de plus et cherchent à réaliser entre ceux qui s’aiment une intimité totale et une intériorité réciproque dont l’idéal demeure l’union de l’homme à son Dieu.Or ni l’amitié ni l’amour ne tendent à une relation désincarnée, qui finirait par faire abstraction de notre condition d’homme et de femme.Quand saint Paul dit qu’il «n’y a plus ni homme ni femme» (Gai.3, 28), il veut dire que la rédemption est offerte de la même manière à tout être humain.Cependant la rédemption est reçue en nous avec toutes les résonnances de notre être.La virginité préfigure ici-bas la condition de notre existence future dans laquelle on ne prendra ni femme ni mari, mais on ne peut imaginer des relations humaines qui feraient totalement abstraction de notre condition d’homme ou de femme.Par ailleurs l’attrait réciproque des deux sexes l’un pour l’autre est si profondément ancré dans notre nature charnelle et dans nos instincts irrationnels, qu’il risque de fausser la relation humaine en l’arrachant au contrôle de l’esprit, tel que l’entend saint Paul.C’est ici qu’intervient la chasteté.On peut au sens strict la définir comme la modération ou mieux la rectitude en tout ce qui touche à l’instinct sexuel.Mais comme cet instinct est une impulsion si profonde que, d’une manière ou d’une autre, elle affecte tout notre comportement tant psychique que corporel, la chasteté assure en nous le contrôle de cet instinct dans toutes nos relations.Il y a une chasteté des actes du mariage.Il y a une chasteté de l’amitié et de toutes les rencontres humaines.Il y a une chasteté dite chasteté parfaite qui est celle du célibat consacré.Ainsi dans toute relation entre personnes, du même sexe ou de sexes différents, la chasteté intervient non comme un code de choses à faire ou à ne pas faire, mais comme une modalité de tous nos actes.Une femme que je rencontre dans la rue peut devenir pour moi un objet de convoitise.Un ami peut éveiller en moi un désir de plaisir homosexuel.C’est pourquoi il me faut en toute rencontre trouver la manière chaste de me comporter à l’égard des autres et de contrôler mes propres désirs et impulsions.260 Entre personnes non mariées, il est des actes qui ne peuvent jamais être chastes, car ils sont directement ordonnés à la procréation ou orientent vers une intimité qui est la réalisation même du mariage.Mais il est des actes dont la signification est toujours ambivalente et qui peuvent être faits avec un cœur chaste ou au contraire avec une intention impure.C’est dans ces actes que se manifeste le véritable amour de la chasteté.Plus une personne est chaste et plus elle est libre des pulsions instinctives qui luttent contre l’esprit.Un regard plein de convoitise sera déjà impur.Un serrement de mains pourra exprimer un désir de possession de la part de l’homme, ou d’abandon de la part de la femme, et manifester l’impureté du cœur.Un baiser donné pour éveiller en soi ou dans l’autre un plaisir charnel non permis sera «impur».Mais le regard, le serrement de mains, le baiser peuvent être les signes d’une amitié très pure.La chasteté est l’expression du respect que l’on a pour soi et pour les autres.Chercher en une autre personne un plaisir sensuel pour sa propre satisfaction égoïste, c’est manquer à cette vertu.Mais pour les personnes mariées, s’engager de tout leur être dans la relation humaine corporelle, avec un amour total peut être l’expression de la plus merveilleuse chasteté conjugale.La chasteté est donc la vertu qui mesure, maîtrise et spiritualise tous les actes de relation entre êtres humains.Elle assure en nous la victoire de l’esprit sur l’attrait charnel dans toutes ces relations, spécialement entre personnes de sexes différents.C’est pourquoi sans elle l’humanité ne pourrait subsister.On voit combien il est difficile de dire exactement ce qui est chaste et ce qui ne l’est pas.Les moralistes ont donné des règles sans fin, règles matérielles qui permettaient peut-être de tranquiliser les consciences mais ne rendaient pas justice à la grandeur de la chasteté.Il n’est pas juste cependant de dire que tous les actes faits parce qu’on aime sont chastes.Il faut encore considérer dans quelle relation on se trouve avec la personne en question.On ne peut considérer que l’amour adultère puisse être chaste.La sincérité avec soi-même peut justifier à nos yeux tout ce que nous faisons sous prétexte que c’est l’amour qui nous y pousse.Mais sincérité n’est pas toujours synonyme de vérité.La spontanéité nous fait instinctivement rechercher le contact physique avec une personne aimée.Or il faut un contrôle à cette spontanéité, car sans ce contrôle les relations humaines seraient impossibles.Nous devons aussi prendre conscience de la diversité des normes culturelles en ce domaine.En Chine, jamais on ne voit les gens s’embrasser en public, comme cela se fait couramment en Occident.À 261 Taiwan ce n’est que tout récemment que l’on a commencé à voir garçons et filles se tenir par la taille en se promenant.Tous les gestes qui entrent dans la relation sont un langage qu’il faut connaître, car la pratique de la chasteté est en grande partie liée à ce langage.La chasteté qui est trop souvent perçue comme une défense ou une limitation doit devenir une qualité positive de tous les actes de relation.Elle doit non seulement nous faire dépasser la recherche charnelle ou sensuelle, elle doit aussi, en produisant un détachement de plus en plus grand de la recherche égoïste, faire jaillir par-delà la chair et le sensible les forces de relation qui mettent en communion non des corps ou des sensibilités, mais des personnes.La chasteté dans l'amitié et l'amour virginal Nous rêvons parfois d’être des anges et d’aimer comme des anges.C’est un rêve qu’il faut bien vite chasser.Quand nous aimons, tout notre être est ému.Il en est ainsi et pour l’amour humain et pour l’amour divin.C’est pourquoi même dans la pratique de l’amour de Dieu, il peut y avoir un problème de chasteté.Nous pouvons en effet aimer Dieu d’un amour qui ne serait pas vraiment chaste.si nous cherchons dans les manifestations de son amour ce qui peut satisfaire notre sensualité profonde.Et pourtant nous ne pouvons pas ne pas engager tout notre être de chair et d’esprit dans la recherche de Dieu.C’est peut-être pourquoi beaucoup sont portés à passer à l’autre extrême et pensent pouvoir entretenir des relations qui sont loin d’être chastes.Ils se permettent des actes qui ne conviennent qu’à des gens mariés.Même s’ils ne vont pas jusque là, ils se conduisent cependant comme des amoureux en quête de manifestations sensuelles de leur amour.Ce seront des touchers, des caresses, des baisers dont on dira qu’ils sont bien innocents, mais qui pourtant sont impurs au regard de l’amitié qu’ils prétendent manifester.Si tant de prêtres, de religieux et de religieuses ont abandonné le célibat pour se marier, c’est trop souvent parce qu’ils se sont engagés dans ce genre de relations avec un sens trop émoussé de la chasteté.Ils ont cherché une amitié dont ils avaient besoin, vraiment besoin.Cette amitié est devenue une recherche réciproque et à mesure qu’elle grandissait, est né un attachement désordonné au regard de l’amour dû au Seigneur.On a pris de plus en plus de liberté.jusqu’au jour où la seule solution a été le mariage.Et pourtant il est possible de vivre dans le célibat de grandes amitiés dans une totale chasteté.L’histoire de l’Église nous en a laissé 262 de grands exemples comme celui de saint François de Sales et sainte Jeanne de Chantal, et tant d’autres dont on parle moins.Il ne faut donc pas croire qu’il soit impossible d’aimer un homme ou une femme quand on a donné son cœur à Dieu.Non seulement ces amitiés ne sont pas contraires à la chasteté, mais elles peuvent s’épanouir en un merveilleux amour de Dieu.Des amitiés particulières exclusives peuvent naître qui seront cause de division dans une communauté.Il y a là aussi danger d’homosexualité.Entre personnes de sexes différents tout peut arriver, depuis la recherche amoureuse déguisée sous prétexte d’aide spirituelle ou de communion dans l’amour de Dieu, jusqu’à l’habitude des fautes les plus contraires à la chasteté.Pour que cela ne se produise pas, il faudrait que tout le monde soit parfaitement maître de ses désirs et passions, et ne se conduise que d’après la loi de l’esprit.Or personne ne peut vivre sans aimer, et il est impossible d’aimer sans que les instincts sexuels ne soient éveillés.C’est ici qu’intervient la chasteté qui tempère les puissances affectives et les forces à s’orienter vers les profondeurs de la personne.Elle nous apprend à nous exprimer en paroles et gestes non ambigus qui disent la profondeur de l’affection sans jamais la laisser voiler par la sensualité.De quel amour pensons-nous que le Seigneur aimait?Il aimait ses apôtres, il aimait plus particulièrement Jean.L’Évangile nous dit qu’il aimait Lazare, et Marthe et Marie.Pour être l’amour de Dieu vécu dans une vie humaine, cet amour n’en était pas moins un amour humain, un parfait amour d’amitié.Le Christ aimait d’un amour très profond et très chaste.Nous avons du mal à comprendre que l’on puisse aimer de tout son cœur et ressentir en tout son être la force de l’amour, en restant parfaitement libre d’amour sensuel désordonné.Mais l’amour d’une mère est total; il la prend jusqu’au plus profond de ses entrailles et cet amour est chaste.L’amour d’un homme pour son épouse peut être ainsi l’expression de tout son être, le faire vibrer dans toutes les fibres de sa chair, et cela dans une totale chasteté.La chasteté ce n’est donc pas de vivre un amour hors de la chair, mais de le vivre sans que la chair séduise l’esprit.Le sensible est chaste quand il devient totalement signe et lieu de l’esprit.Il est possible dans le célibat d’aimer non seulement des personnes du même sexe mais aussi de l’autre sexe d’une affection très profonde.Quelle est cette amitié?Quel est cet amour?On a dit et redit que pour aimer Dieu il fallait vider son cœur de tout autre amour.Mais qu’est-ce qu’un cœur vide?Certains pensent que leur cœur est vide, alors qu’il est tout plein d’eux-mêmes.Peut-être sont-ils chastes mais d’une 263 chasteté stérile.Un cœur tout ouvert à une amitié comme celle dont je viens de parler est si vide de lui-même et si libre à l’égard des sens et de la chair que cette amitié est la semence et le fruit de la chasteté parfaite.Est chaste non pas celui qui ne sait pas aimer, mais celui dont l’amour est libéré du charnel, de l’attachement sensuel et de l’égoïsme.Est chaste celui qui aime l’autre comme une personne, et non comme une possession, objet de plaisir ou de domination.Tout ce qui vient d’être dit se comprend parfaitement si on envisage d’un peu plus près ce que peut être cette amitié.L’amitié est une disposition qui unit deux personnes de même sexe ou de sexe différent dans des sentiments réciproques d’admiration, d’estime, d’affection et de tendresse profonde.Elle s’épanouit dans une connaissance intime et dans le partage continu et paisible de ce qu’on a et de ce qu’on est.Bien que l’affectif y soit engagé, ce n’est cependant pas lui qui domine.L’amitié et l’amour d’amitié ne s’épanouissent pas dans cette zone du sexuel qui s’achève dans l’étreinte des corps.C’est toujours cependant cet élan qui porte les êtres les uns vers les autres pour les faire vivre l’un en l’autre, et l’un de l’autre.L’amour d’amitié reste libre non seulement des formes génitales de l’amour, mais aussi des manifestations corporelles qui tendent plus immédiatement à la relation conjugale sous son infinie variété d’expression.L’amitié et l’amour d’amitié connaissent dès le point de départ une liberté à l’égard du sensible qui est l’épanouissement de la chasteté.Dans cette amitié spirituelle les moyens ne se justifient pas totalement par la fin.Certains s’adonnent à des touchers, à des caresses amoureuses en disant que c’est le moyen d’atteindre l’âme de la personne aimée.Ce qui est une voie normale dans la relation conjugale peut être un obstacle dans la relation dont nous parlons ici.Certains se justifient en disant que c’est un premier stade dans la découverte de l’affection spirituelle.Cela peut être vrai dans certains cas, mais il est difficile de justifier une telle voie quand on a voué à Dieu sa chasteté.Dans cette vocation, la présence suppose une distance, l’intimité demande une séparation.Cette amitié peut être un véritable amour, aussi réel et fort que celui de deux époux très chers l’un à l’autre.Et pourtant cet amour est très libre.Il s’épanouit tout autant dans l’absence que dans la présence.Il est même caractérisé par ce fait que l’absence et la séparation peuvent devenir le lieu privilégié de sa réalisation.On n’insistera jamais assez sur l’importance de la séparation, de la distance, de l’absence même pour la découverte du vrai sens de cette 264 relation entre personnes vouées au Seigneur.C’est précisément la vertu de chasteté qui met une séparation et une distance entre ceux qui s’aiment.Mais du fait même de cette séparation et de cette réalisation de l’intimité hors du contact physique, une nouvelle dimension de l’amitié se révèle immédiatement qui ne cessera de s’approfondir dans la privation.Il semble que ce soit un des aspects de l’amitié entre célibataires voués au Seigneur qui cause aux femmes le plus grand de leurs tourments, précisément car pour elles tout l’être est engagé dans l’affection, à un degré que ne connaissent pas les hommes.Or il faut aussi cette séparation, cette absence de lien charnel, pour que deviennent possibles des amitiés profondes, très profondes avec plus d’une personne.C’est une des grandes découvertes du célibat que de pouvoir aimer, aimer vraiment plusieurs personnes d’un amour égal mais qui a la saveur unique de chacune d’entre elles.Un amour qui s’exprime dans une relation charnelle ne peut avoir cette liberté, car toute relation de ce genre se fait exclusive.Dans l’amitié dont je parle, les deux personnes sont présentes l’une à l’autre dans une telle intimité qu’elle est totale intériorité réciproque.Chacune se repose en l’autre dans une paix et une assurance telles que cette union est transparente et totalement chaste.Ils connaissent même souvent, dès le début, une intimité à laquelle les époux n’arriveront qu’après de longues années de purification.Il n’y a donc pas que l’amour conjugal qui tende à une telle union, car l’essentiel de l’amour amitié c’est déjà ce vouloir profond d’intime union qui nous fait désirer être en l’autre et que l’autre soit en nous.Tout acte d’aimer est en effet une présence mystérieuse qui fait de l’aimé, pour celui qui l’aime, un pôle intime d’affection et de vie.Une telle expérience de l’amour d’amitié jette ainsi une lumière très profonde sur le mystère de l’union conjugale.Celle-ci suit un chemin qui pendant les premières étapes de son parcours est différent de celui du célibat, mais les deux voies finissent par se rejoindre, car tout amour véritable est chaste.Jusqu'à l'expérience de Dieu dans l'amour Les itinéraires de l’amitié sont très variés.Parfois elle commence par un attrait physique dont il faudra peu à peu se libérer.Une rencontre apparemment fortuite peut allumer dans le cœur un immense incendie, et qui pourrait l’éteindre?Mais faut-il l’éteindre quand il est possible, en lui faisant dépasser doucement le trop sensible, de le faire brûler au plus profond de l’être, là où il peut s’unir à l’amour de Dieu.L’incendie sera toujours incendie, mais il pourra alors brûler en toute 265 liberté.et grandir encore, n’ayant pour limites que la profondeur d’un cœur humain qui peut aimer de toute la force d’un amour qu’il sait venir de Dieu.Pour en arriver là, il faut lutter avec une douce ténacité à se libérer de tout attrait charnel ou sensuel.Le besoin de contact sensible peut être parfois si violent qu’il porte à des actes franchement coupables.Ceci peut se produire entre personnes du même sexe ou de sexes différents.Quand cela arrive, il ne faut pas croire que tout soit perdu.L’important est de garder sa volonté fixée sur le but que l’on veut atteindre: un amour d’amitié qui, loin de prendre sur l’amour dû au Seigneur, devienne un avec lui.Or cela ne se réalise que dans une détermination inébranlable de se frayer un chemin au travers du charnel et du sensuel pour arriver à un amour véritable dans une chasteté parfaite.Une grande partie des difficultés et des dangers dans l’épanouissement de l’amour d’amitié vient du fait que l’homme ne connaît pas assez la psychologie féminine et réciproquement.Il faut savoir comment l’homme aime, combien pour lui l’amour est intense concentration, alors que pour la femme il est totale immersion et lente diffusion.Ce que les hommes ont du mal à réaliser, c’est à quel point l’amour de la femme pour l’homme peut être total et concret.Même l’amour tout spirituel d’une religieuse pour un homme la prend toute entière dans tout son être.Elle peut même être ainsi prise sans qu’il y ait en cela rien de sensuel et de contraire à la chasteté.Par ignorance des réactions de l’autre sexe, chacun peut devenir pour l’autre un danger.La connaissance de l’autre est donc absolument nécessaire dans l’amitié spirituelle car dans une telle amitié on colore facilement de beaux motifs des sentiments, des attitudes, des désirs, des actes qui sont sensuels ou même vraiment charnels.Il faut à ce propos noter que l’abandon total à l’amour donne un sentiment de pureté.qui trompe ceux qui ne se connaissent pas assez eux-mêmes.Il peut arriver par contre que certaines personnes désireuses de rester parfaitement pures et fidèles aient peur de s’engager dans la voie de l’amitié, car elles craignent de tomber dans l’impur.Le danger n’est pas chimérique, mais quand on est spirituellement certain qu’une amitié réelle nous est offerte par le Seigneur, il faut se fixer le but à atteindre et marcher avec courage au milieu de ce que notre imagination nous présente pour nous empêcher d’avancer.Ici encore ce qui compte c’est la détermination de toujours marcher sur le chemin de la chasteté.Les passions et désirs peuvent aboyer sur notre passage, ils ne pourront nous faire dévier si nous gardons notre regard fixé sur le Seigneur et si nous avons un guide qui puisse nous prendre par la main.266 Ce guide devra être celui des deux qui a la plus grande expérience en ce domaine.Dans bien des cas les conseils d’un autre ami seront nécessaires, car celui-ci pourra juger de cette intimité d’une manière plus objective.Si le cœur est tellement pris qu’il ne puisse que penser à la personne aimée, sans pouvoir se passer de sa présence, il devient alors difficile d’aimer Dieu d’un amour total.Mais un tel attrait n’est pas forcément un obstacle à cet amour.Il peut même y aider en rendant plus claire et plus définitive l’option en faveur du Seigneur.Il peut arriver aussi que si la volonté n’est pas ferme et préfère être un peu lâche, le cœur soit partagé.Il est encore lié par ce que Paul appelle la chair, cette chair qui en nous milite contre l’esprit.Mais il faut ici encore distinguer de cette connivence avec la chair ce qu’on appelle communément les tentations.Celles-ci peuvent nous assaillir, nous obséder même, sans que pour autant la chasteté soit le moins du monde ternie.La chasteté est précisément ici le refus de pactiser avec ce que l’imagination ou les sens nous proposent.Une chasteté parfaite peut ainsi fort bien aller de pair avec de terribles tentations.En se fixant sur l’amitié idéale dont j’ai parlé, le cœur et l’esprit vont peu à peu se purifier.Et l’expérience montre que plus le cœur se libère des attaches sensuelles et égoïstes plus les possibilités d’aimer deviennent incommensurables.La plupart des hommes croient que l’amour est fort quand on le perçoit par les sens, quand il nous envahit totalement comme dans l’étreinte conjugale.Or cette étreinte peut manifester l’amour, elle ne le crée pas par elle-même car l’amour est plus profond.C’est en dégageant sans fin l’amour des signes qui le manifestent que l’on entre au plus intime de sa réalité.Il en est de sa découverte comme de celle de Dieu dans la contemplation.Sa vérité se laisse percevoir de plus en plus par-delà toutes les expériences que nous pouvons en faire.C’est ainsi que des personnes consacrées à Dieu en avançant dans l’amitié, peuvent un jour découvrir que cette amitié est au fond un immense amour.Cet amour peut être parfaitement chaste même s’il est intensément ressenti dans le cœur.Ces deux êtres, sans avoir besoin de se trouver toujours ensenble, savent qu’ils sont très intimement unis.Cet amour est connaissance, ouverture, transparence, regard réciproque, attention profonde, affection sans borne, présence si intérieure que chacun «vit» l’autre, dans ce qu’il est au plus profond de lui-même.Cette union est si intime que chacun sait bien qu’elle est donnée de Dieu et non créée par l’homme.Chacun reçoit l’autre des mains de 267 Dieu qui les unit en Lui, là même où il les unit à Lui.Cet amour est celui dont le Christ nous a parlé en nous souhaitant d’être unis et de devenir «un» comme lui est un avec son Père.Une telle union peut paraître platonique à ceux qui ne conçoivent pas l’amour hors de l’union conjugale.L’amour dont je parle ne nie pas le corps, il renonce simplement à certaines modalités de l’amour, et le cherche à une plus grande profondeur.Cependant il faut dire et redire que personne ne doit tenter cette expérience de son propre chef.Chacun peut chercher à développer de bonnes amitiés.Mais étant consacrés au Seigneur, nous devons avancer sur cette voie le regard tourné non vers nous-mêmes, mais vers Dieu.Lui seul peut nous donner des amis avec qui nous puissions nouer des amitiés aussi extraordinaires.Ces amitiés sont des dons tout particuliers de Dieu.C’est ainsi qu’il faut les recevoir.Tout être humain doit aimer.Ceux qui ont voué leur cœur à Dieu doivent et peuvent aimer tout autant que les autres.Tous doivent avoir des amis avec qui ils puissent échanger ce qui les touche le plus.Ils doivent aussi avoir des gens à aimer en leur donnant tout ce qu’ils peuvent avoir.Ces amitiés pourront les conduire très loin dans la découverte de Dieu.Si Dieu leur donne un ami ou une amie qu’ils puissent aimer de cet amour d’amitié dont j’ai parlé, ils marcheront vers Lui le coeur dilaté et tout remplis de la joie qu’on a d’aimer et d’être aimé.Ceux qui s’aiment ainsi se diront l’un à l’autre: «Comment est-il possible de tant t’aimer?» Et cet amour est si profond, si total qu’il prend tout l’être.Le corps n’est pas laissé de côté, au contraire, il prend toute sa valeur, car il est tout docile à l’amour qu’il recèle.Il en est tout transformé: la démarche révèle la possession totale de soi, le visage est baigné d’une lumière qui est pur éclat d’une vie donnée.Ce n’est plus le regard plein de convoitise, ce n’est pas le regard inquiet qui veut se rassurer en essayent de lire l’amour au cœur de l’autre.Par-delà tout désir, toute convoitise, toute anxiété, ces deux êtres sont parfaitement harmonisés.Ils se reposent l’un en l’autre dans une totale assurance.Ils ne se disent plus: «j’ai besoin de toi», mais ils sont si unis l’un à l’autre qu’ils ont plus de joie dans cet échange total et sans barrière que dans tout désir comblé.Et pourtant cette amitié et cet amour ne sont pas une possession dans laquelle on se repose.Ils sont vie, car l’amour est vie.Jamais de lassitude, jamais de crainte réelle; car de cette zone de certitude toute peur est bannie.Ce qui donne la force à l’amour ce n’est pas le lien de la chair, car la chair finalement sépare, mais la foi totale et réciproque.Combien de débutants cherchent dans les sens une certitude qu’ils ne 268 peuvent donner.Le flirt s’achève toujours en déception, car il ne fait qu’effleurer l’épiderne du cœur et de la sensibilité.La voie de la véritable amitié au contraire conduit à l’absolu de l’amour.Or c’est quand on arrive à cette qualité d’absolu d’amour que l’amour absolu de Dieu se révèle.Quand l’amitié et l’amour en sont à ce point, les illusions sont toujours possibles, car les désirs charnels ne sont jamais totalement absents.Ils peuvent se réveiller à l’occasion même de cet amour.Cependant un homme qui a voué à Dieu sa chasteté et se sait aimé à cette profondeur, n’a aucune crainte à avoir.C’est un amour qui unit sans lier, un amour tout transparent de l’esprit, un amour si absolu qu’il peut être un amour fou.Mais cette folie c’est la pure sagesse d’un amour qui est dans une vie humaine aussi semblable que possible à l’amour de Dieu.C’est en cela qu’il est fou; sa folie c’est d’être absolument pur tout en étant parfaitement incarné.Sa folie c’est d’être si grand, si saint, si vrai, si définitif, si absolu qu’il ne peut fleurir que sous le soleil de Dieu.Le visage de l’ami devient dans un sens très réel la révélation du regard divin.Dieu se montre ainsi dans un cœur et dans une vie d’homme avec autant d’évidence que dans la plus haute contemplation.«Quand je vous vois, dira l’ami, je vois le Christ.En vous, Dieu a pris pour moi un visage».C’est un des plus beaux fruits du célibat que la «présence» de l’ami devienne présence de Dieu.Et pourtant il faut rester prudent, car celui que nous appelons l’ange de lumière peut nous faire croire que la chair est devenue pour nous sans dangers.Ce qu’il faut redire en terminant, c’est que cette voie de l’amitié en éveillant en nous d’extraordinaires puissances d’aimer peut aussi réveiller les instincts charnels.Il faut toujours veiller pour permettre à nos amitiés de se développer dans une totale chasteté.Mais même des amitiés qui ne sont pas encore parfaitemnt chastes peuvent nous aider à marcher vers Dieu, si nous ne cessons de chercher le véritable amour.Ainsi peuvent s’épanouir dans le célibat des amitiés qui ne sont pas des concessions à la faiblesse humaine, mais des voies authentiques vers le Seigneur.Dans ces amitiés, Dieu se montre comme le mystérieux troisième, toujours présent, mais toujours si discret que les amis peuvent vraiment s’aimer d’un amour humain.Ce qu’ils aiment ce n’est pas un partenaire abstrait, c’est une personne bien concrète, en chair et en os.Cette personne est vue, comprise et aimée pour ce qu’elle est.ce que nous saisissons quand nous l’appelons par son nom.Si humain et concret que soit cet amour.il est éclairé de la lu- 269 mière divine.C’est en Dieu que cet amour s’épanouit et Dieu s’y montre sous un visage humain.Les deux amis découvrent alors une nouvelle profondeur de leur amour.Ils se regardent l’un l’autre d’un regard si transparent qu’il atteint le plus intime du cœur et de l’esprit.Dans ce regard, apparaît un autre regard vers lequel chacun des amis tourne son visage.Maintenant ils ne se regardent plus l’un l’autre, mais, intimement unis, ils se tournent chacun vers le Seigneur.Doucement leur vie s’oriente vers sa source.Pour eux, tout devient clair.Leur amour vécu dans une parfaite chasteté, se révèle comme une intime union à Dieu.Quand deux êtres s’aiment ainsi en Dieu dans une chasteté parfaite, Dieu peut leur faire réaliser une union si profonde qu’elle soit vraiment l’image de son amour.Ceux qui ont renoncé à l’amour conjugal ne seraient donc pas exclus de la révélation dans leur vie du mystère de l’amour divin redécouvert dans l’amitié.Dans la découverte réciproque de leurs vies, ils saisissent, par-delà la différence des sexes et la distinction des personnes, l’unique courant de vie qui jaillit de Dieu.C’est ainsi que par une grâce merveilleuse l’unité primordiale du couple humain est restaurée dans la chasteté et la virginité.Je sais que c’est là un mystère que seuls peuvent comprendre ceux qui en ont fait l’expérience.Mais cette expérience sera plus facilement admise si l’on comprend comment, par cette union, deux êtres qui ont voué à Dieu la totalité de leur amour sont en fait rendus à l’unité première de la création par l’Esprit de Dieu lui-même.C’est en Lui que ces êtres s’aiment et sont unis.C’est en Lui qu’ils se retrouvent et leur amitié, en se révélant peu à peu comme un profond amour, manifeste ce «troisième» qui est Dieu lui-même.Que cet amour soit mystique, je ne le nierai pas, mais le «mystique» est finalement le seul qui atteigne la parfaite stature humaine.S’ils sont ainsi si chastement unis l’un à l’autre c’est parce qu’ils sont suspendus à Dieu dans une totale solitude qui est un pur acte de virginité.Chacun est seul maintenant devant ce Dieu qui leur donne d’être ce qu’ils sont, les ouvre à son amour et les appelle par leur nom.Dans la parfaite liberté de leur don réciproque, Dieu les unit d’un amour qui est l’image de sa propre vie dans la Trinité.Hangchow Nan-lu, Section I Yves Raguin, S.j.Lane 71, No 9 Taipei.100 Taiwan.270 CE QUI EST PERMANENT ET CE QUI PEUT CHANGER DANS LA VIE RELIGIEUSE L’évolution de la vie religieuse selon le double aspect de permanence et de changement est une question fondamentale pour la vie religieuse considérée comme une institution de l’Église.Le renouveau de la vie religieuse ne s’était jamais encore posé d’une manière aussi radicale.Dans le passé, les congrégations, surtout les plus anciennes, avaient connu la nécessité de réformes périodiques et l’histoire nous en instruit.Mais ces réformes s’inscrivaient à l’intérieur d’une conception inchangée de l’état religieux qui n’était pas remis en question en ses éléments essentiels, comme c’est le cas aujourd’hui.Un bouleversement universel et profond affecte de nos jours les instituts d’hommes ou de femmes, au point qu’on n’arrive plus à distinguer l’authentique de l’inauthentique.Parfois on ne sait plus à quel principe de discernement se référer, car le doute porte souvent sur la nature même de la vie religieuse.Avant d’aborder cette question du renouvellement de la vie religieuse au niveau des instituts, je voudrais faire remarquer qu’une question similaire se pose et s’est toujours posée pour chaque personne religieuse aux différents âges de sa vie humaine et de son expérience spirituelle.Concevoir qu’une personne ayant trente ou quarante aus de vie religieuse doive se comporter comme une novice et suivre les mêmes règles est une erreur, source de difficultés paralysantes.Chacun de nous se souvient des problèmes ou des difficultés qu’il a dû affronter pour être fidèle à l’essentiel de sa consécration religieuse aux différents âges de sa vie et dans la diversité des activités ou des situations apostoliques souvent très différentes les unes des autres.Avec le temps, même notre manière de prier ne peut échapper au changement, à moins de nier tout progrès dans notre vie de foi et de contemplation.De même nous savons ce que l’expérience des choses de Dieu, les initiatives de 271 l’Esprit Saint et une meilleure connaissance des hommes ont apporté des changements dans notre manière de penser et de vivre notre vie religieuse.On répète trop facilement que l’idéal de la fidélité pour un religieux serait de continuer à vivre comme il a vécu durant son noviciat.Sans doute est-il vrai qu’un certain élan de générosité, une plus grande facilité de détachement est l’apanage de la jeunesse.L’âge tend à développer en nous des tendances à l’installation, à une prudence calculatrice, à une certaine avarice; c’est pourquoi, en ce sens, il est vrai que nous devons renouveler en nous la jeunesse de la générosité et du cœur.L’affermissement de la personnalité, l’exercice de responsabilités parfois étendues, la maturité et l’indépendance du jugement, conséquence de l’expérience, tout cela amène peu à peu un changement dans l’échelle des valeurs.Tout âge de la vie comporte ses risques, ses défauts et aussi ses qualités.Ce n’est donc pas seulement au niveau d’un institut religieux que se pose le problème de l’adaptation de la vie religieuse à un monde et à une conception de l’homme en continuelle mutation, mais pour chacun au cours de son existence.Or, je crois que les mêmes principes doivent nous guider dans ces deux cas, pour discerner ce qui doit demeurer et ce qui doit changer.Cela reste vrai, même si le renouveau d’un institut concerne une période d’évolution de plusieurs générations de religieux et doit souvent envisager la révision parfois totale de certaines œuvres ou types d’activités apostoliques.Cela dit, il ne serait pas sérieux que, sur un sujet aussi vaste et complexe, je prétende apporter des solutions complètes et définitives.Mon but sera plutôt de vous montrer que de telles solutions n’existent pas! Je me contenterai donc de vous proposer un certain nombre de réflexions.Nature et permanence de la vie religieuse Il n’est pas inutile, étant données les contestations dont la vie religieuse est actuellement l’objet, de redéfinir avec le Concile Vatican II la nature de la vie religieuse.Certains ont en effet laisser entendre, plus ou moins nettement, que la vie religieuse telle qu’elle a été vécue jusqu’à nos jours, serait actuellement périmée, et que les instituts séculiers représenteraient la seule forme de vie consacrée pleinement adaptée aux temps présents.Cette conception n’a pas été sans influer sur l’évolution de plusieurs congrégations religieuses vers un mode de vie séculière.272 Or les enseignements du Concile et, par la suite, les interprétations qui en ont été faites par l’Église, affirment à nouveau la nature de la vie religieuse en ses éléments constitutifs essentiels.Le Concile affirme également que cette manière de mener en commun une vie évangélique constitue un «don divin que l’Église a reçu de son Seigneur et que, par sa grâce, elle conserve fidèlement».Elle n’est pas une réalité accidentelle ou secondaire dont l’Église pou.rait se passer, car «l’état de vie constitué par la profession des conseils évangéliques, s’ils ne concernent pas la structure hiérarchique de l’Église, appartient cependant inséparablement à sa vie et à sa sainteté».(Lumen Gentium, 44).D’autres enseignements du Concile concernent le renouveau de la vie religieuse.Vous les connaissez.Je voudrais cependant souligner que les directives données par les Pères du Concile supposent qu’il y a dans les diverses formes de vie religieuse des valeurs et des éléments permanents tandis que d’autres éléments doivent changer ou évoluer.Le Concile emploie à ce propos le terme de «rénovation adaptée» «ac-comodata renovatio vitae ac disciplinae religiosum» (Perfectae caritatis 1).Parmi les éléments essentiels et permanents, il nous faut retenir avec Perfectae Caritatis: 1° - que le renouveau doit comprendre un retour à l’inspiration originelle ou en d’autres termes la fidélité au charisme de fondation; 2° - que ce renouveau doit s’effectuer sous l’impulsion de l’Esprit Saint et la direction de l’Église.Quant aux éléments variables, ils sont nombreux, complexes et difficiles à définir.Le Concile emploie des expressions très générales comme «la correspondance aux conditions nouvelles d’existence», aux exigences de notre temps, aux conditions physiques et psychologiques des religieux, aux besoins de l’apostolat, aux exigences de la culture, aux circonstances sociales et économiques.Et le Concile note que cela doit concerner aussi bien l’organisation de la vie, de la prière, que les systèmes de gouvernement.La totalité de la vie personnelle et communautaire des religieux peut donc être ainsi remise en cause par le processus de rajeunissement et de mise à jour d’un institut.La vie religieuse constitue donc une des réalités ecclésiales où se réalise le plus manifestement cette conjonction entre le travail secret et imprévisible de l’Esprit Saint dans les cœurs, d’une part, et l’exercice du pouvoir hiérarchique et pastoral confié à l’Église par le Christ et garanti par Lui, d’autre part.Le jaillissement de foi et d’amour qui s’exprime dans la liberté d’un cœur chrétien est authentifié par la sagesse prudentielle du gouvernement de la société ecclésiale.Mais sans ce premier jaillissement charismatique, la hiérarchie de l’Église ne 273 peut, par elle-même, susciter une forme de vie religieuse.Un institut religieux ne peut se concevoir sans que ces deux éléments soient réunis.Or cela doit être vérifié, non seulement à la naissance d’un institut, mais lors de sa croissance et plus encore dans la mutation profonde que les circonstances actuelles imposent au renouveau de la vie religieuse.Cette mutation, lorsqu’elle entraîne la révision du but de l’institut — comme c’est le cas pour de nombreuses congrégations consacrées à des oeuvres — peut être considérée comme une seconde fondation exigeant donc un nouveau charisme de fondation.Les documents conciliaires, les pasteurs de l’Église ou ses théologiens peuvent énoncer une doctrine ou même proposer des orientations sur le renouveau de la vie religieuse, mais leur pouvoir s’arrête là.Seul l’Esprit Saint, à l’œuvre dans les cœurs, peut susciter une vie théologale de foi et de charité, d’espérance dans la folie de la Croix, une généreuse communion au Christ vivant, car sans une telle vie profonde, un institut religieux n’est plus qu’une société de personnes s’efforçant avec bonne volonté de vivre ensemble en vue de réaliser dans les meilleures conditions possibles une œuvre donnée.Dans la chrétienté, les laïcs sont en train de découvrir à nouveau dans la pratique quotidienne de la vie en société, ce que signifie le fait de vivre selon l’Évangile, pour suivre le Christ de plus près.Un peu partout des chrétiens découvrent des exigences du message du Christ sur la pauvreté, l’engagement pour la justice et la paix, la charité fraternelle, en donnant naissance à d’authentiques communautés de partage.Ce renouveau de la vie chrétienne, parfois même marqué de signes charismatiques, est assez universel et sérieux pour que nous ne doutions pas de son authenticité, même lorsque ici ou là ces communautés apparaissent relativement provisoires.Mais ce caractère de «provisoire», loin d’apparaître comme un défaut, est généralement considéré par nos contemporains, comme l’aspect nécessaire de tout engagement dans une société soumise à des mutations si rapides que la permanence dans un état de vie, même au nom d’une fidélité consacrée par un engagement, n’apparaît plus comme une valeur mais bien plutôt comme un manque de disponibilité à accueillir la volonté de Dieu manifestée à travers des événements et des situations de plus en plus imprévisibles et changeantes.La fidélité à demeurer d’une manière permanente dans un état ou un mode de vie n’est plus considérée comme une perfection.On ne voit plus la signification d’une profession perpétuelle, l’essentiel étant non de se fixer, mais de vivre.On reprochera donc à la vie religieuse d’être une institution et de comporter des engagements perpétuels à vivre selon une règle.Et 274 quand on ajoute qu’un tel engagement perpétuel est reçu par l’Église comme une consécration particulièrement solennelle de la personne, cela non plus n’est pas compris comme une valeur, face à la consécration au Christ que représente le baptême.D’autant plus que l’Église semble précisément reconnaître d’autres formes de consécration, comme celle des membres des instituts séculiers demeurant dans la condition ordinaire des laïcs et dans l’exercice des responsabilités propres à ceux-ci.Par ailleurs on assiste à un renouveau de ce qu’on appelle la consécration des vierges, consécration de personnes isolées, reçue solennellement et publiquement par l’évêque, selon un rituel remis en honneur depuis quelques années.On est donc en droit de se demander ce que devient dans tout cela la vie religieuse.Ce ne sont certes pas les discussions, même théologiques, ni les analyses des situations, qui me convaincront que la vie religieuse, telle que Vatican II l’a à nouveau définie et proposée, constitue une institution toujours opportune, valable et même nécessaire à l’Église.Ce qui me convaincra, ce sont uniquement deux réalités: 1° - l’affirmation et la pratique de l’Église qui a institué cette forme de vie consacrée; 2° - le fait que l’Esprit Saint suscite chez les chrétiens le désir d’embrasser cette même forme de vie et leur donne la grâce de la vivre et d’y persévérer.C’est uniquement pour cela que je crois à la permanence de la valeur de la vie religieuse en notre temps, à condition qu’elle retrouve la vigueur et la pureté évangélique et qu’elle donne naissance à de véritables communautés de partage et de communion fraternelle.Évangile et vie religieuse Que nous propose l’Église?Elle nous propose et authentifie une certaine manière de mener une vie commune dans l’obéissance à une règle et à des supérieurs, en observant le partage des biens dans la désappropriation personnelle et en gardant le célibat à cause de Dieu.Depuis la naissance de la première communauté monastique, l’Église a expérimenté, authentifié ou éventuellement corrigé des formes infiniment variées de sociétés religieuses, monastiques, apostoliques ou caritatives.Ces sociétés représentent des modes de gouvernement et des types de relations communautaires très variés et qui reflètent généralement les mœurs de la société politique de l’époque.C’est à travers ces communautés organisées et totalement dévouées à son service que l’Église a été en mesure au cours de son histoire d’exprimer sa charité et de réaliser sa mission apostolique, à travers des œuvres adaptées et par l’établissement de missions qui auraient été impossibles ou du moins 275 très difficiles sans l’existence de ces instituts.C’est ainsi qu’avec le temps la multiplication des instituts et la codification canonique ont accentué le caractère institutionnel de la vie religieuse.Ce caractère rend actuellement la vie religieuse vulnérable à la contestation qui tend à opposer la spontanéité et la liberté évangélique au cadre paralysant d’une institution et à la discipline.La vie religieuse étant ainsi définie, il est évidemment facile d’en faire la critique.L’institution religieuse dépouillée de son âme et de la vie de l’Esprit Saint risque fort en effet de n’être plus qu’une réalité juridique ou une association en vue de réaliser une œuvre spécifique.L’institution religieuse, car il faut maintenir qu’elle est une institution, participe de la nature de l’Église qui, elle aussi, en vertu de la volonté du Christ, constitue une société institutionnalisée.Mais cette société est, en même temps, le corps vivant du Christ, dont la hiérarchie est au service du règne de Dieu.Tout cela vous le savez! L’unité du corps du Christ ne peut se réaliser que progressivement par le règne de l’amour fraternel donnant naissance à des communautés chrétiennes et ces communautés n’en sont pas moins soumises à toutes les limites et servitudes qui affectent les sociétés humaines.Si nous considérons une communauté religieuse sous son aspect extérieur de société et d’institution, le seul aspect que puisse définir le droit canonique, nous pouvons à la limite admettre qu’une telle société puisse être réalisée sans référence au Christ, ni même à Dieu.Serait-il tellement utopique d’imaginer que des hommes mus par une idéologie généreuse puissent accepter de vivre ensemble, en vue d’une tâche humaine commune, dans le détachement et le partage de leurs biens, soumis à une stricte discipline, obéissant à un chef et observant le célibat en vue d’une plus grande disponibilité à une grande tâche voulue par tous?N’a-t-on pas été jusqu’à proposer en modèle de vie évangélique certains types de communes chinoises animées par un idéal marxiste pur et exigeant?Dans certains cas, on pourrait constater dans ces communes un degré de renoncement, d’oubli de soi et de discipline d’une qualité humaine peut-être supérieure à celle de telle ou telle communauté religieuse.Cependant une telle communauté marxiste peut-elle être considérée comme évangélique au même titre qu’une communauté chrétienne peut-être apparemment moins généreuse et moins efficace?Dans d’autres religions il existe aussi des formes de vie commune basée sur les mêmes valeurs humaines que celle de la vie monastique chrétienne, mais inspirée par des philosophies religieuses ou des conceptions de l’homme différentes1.Par ailleurs, on est frappé de constater comment en nos pays, certains groupes de 276 jeunes réunis en vie commune, réalisent la pauvreté, le partage, l’obéissance à une discipline commune et même en certains cas observent le célibat, sans toujours se référer explicitement au Christ.Ce type de vie qu’on appellera «évangélique», est perçu comme un besoin profond de l’homme et comme davantage conforme au but de la vie humaine, en réaction contre la conception matérialiste de nos sociétés industrialisées.Tout cela est complexe et je ne voudrais pas en tirer de conclusion simpliste.Dans les cas, que nous venons de citer, peut-on parler de valeurs chrétiennes coupées de leur racine divine dans le Christ et récupérées par des non-croyants, valeurs qui n’auraient donc pas été découvertes sans l’apparition du christianisme?Ou au contraire, s’agit-il d’aspirations profondes, naturelles à l’homme, aspirations que le message, évangélique du Christ vient rejoindre et auxquelles il donne leur pleine mesure en révélant l’éminente dignité de l’homme divinisé par la gloire du Christ?Cela nous ramène à la question: qu’est-ce qu’une vie évangélique, et en quoi consiste-t-elle par rapport à la vie religieuse?Par Évangile nous pouvons désigner une conception de la vie et un ensemble d’attitudes et de comportements touchant la vie des hommes et leurs relations en société, comme par exemple: le respect des pauvres, la reconnaissance de leur dignité, le refus d’une société fondée sur l’argent et le profit, la volonté d’instaurer un autre type de société fondé sur la justice, la fraternité, la constante recherche de la paix entre les nations.Ces valeurs sont évangéliques en ce sens qu’elles sont la répercussion logique du message de Jésus-Christ sur le comportement des hommes vivant en société.Ces valeurs sont inséparables de l’Évangile mais ne sont pas l’Évangile, car la Bonne Nouvelle est essentiellement la manifestation de l’amour miséricordieux du Père à travers le Fils et l’annonce de la destinée éternelle des hommes devenus fils de Dieu et, de ce fait, promis au même destin que Jésus qui en traversant la mort est ressuscité.C’est cela l’Evangile de Jésus.La lumière et l’amour manifestés en Jésus ne peuvent être en vérité reçus et crus par ses disciples, sans que ceux-ci soient obligés à ce comportement qualifié d’évangélique.Qu’un chrétien puisse ne pas se comporter de cette manière constitue une contradiction intolérable, au point que si ce chrétien est conscient de cette contradiction, il renie par là-même 1.Je songe à la vie quasiment monastique des lamas bouddhistes qui ne doivent rien à une influence chrétienne quelconque ou, par exemple, à ces équipes de chinois consacrés à des tâches de développement en Tanzanie, travaillant et vivant avec le peuple et dont un évêque pouvait dire qu’ils vivaient comme des Petits Frères.277 son christianisme en désobéissant au Fils de Dieu.Il n’est chrétien que de nom.Je ne parle pas de la faiblesse de celui qui se reconnait pécheur, car alors il doit faire ce qui est en son pouvoir pour changer son comportement à la lumière des enseignements de son Maître.De même, un incroyant peut être attiré par l’idéal de l’Évangile et s’efforcer de le mettre en pratique en dehors de la foi au Fils de Dieu.Mais à la longue il n’en sera pleinement capable en toute circonstance que s’il découvre et reçoit la vie que lui procure la foi au Christ, comme Dieu, car alors seulement il pourra découvrir en chaque homme l’image du Fils de Dieu et le traiter comme tel.Vie religieuse et rencontre de Jésus Vous me direz que je m’écarte de mon sujet?Je ne le pense pas! Nous avons dit que la vie religieuse nous était proposée par l’Église comme un état de vie authentifié par elle à la suite de son expérience séculaire, état de vie qu’elle considère comme favorable pour susciter et soutenir, chez ceux qui l’embrassent, un comportement personnel et collectif conforme aux exigences évangéliques.Mais le fait d’embrasser cet état de vie, même généreusement, ne suffit pas et de nos jours moins que jamais.Car nous ne sommes pas religieux du seul fait que nous devenons membre d’un institut et que nous obéissons loyalement à ses règles.Il faut que ce mode de vie soit assumé et vécu comme la conséquence voulue et aimée d’une communion d’amour avec le Christ Fils de Dieu.C’est ce que j’ai appelé la vocation dans son sens le plus élevé: un appel de Dieu, perçu dans une rencontre avec Jésus Fils de Dieu.Et il faut aussi que la lumière contenue dans cet appel personnel nous fasse comprendre, que le fait d’embrasser une telle forme de vie religieuse est pour nous la meilleure manière de nous mettre en situation de répondre à cet appel.La vie religieuse — osons le dire — n’est qu’un cadre de vie, un état de vie voulu pour réaliser un don total et absolu de sa vie à Dieu.Elle n’est qu’un moyen.C’est pourquoi on peut être religieux sans l’être, vivre une apparence de consécration sans être intérieurement consacrés, appartenir à une communauté en ayant perdu l’élan d’amour fraternel qui devrait la vivifier.On peut même continuer d’être extérieurement fidèles à la prière et s’y astreindre, alors que celle-ci cesse d’être un rapport vivant de vérité et d’amour avec le Christ vivant.Le religieux qui garde en lui la conscience de cette rencontre avec Jésus et continue de percevoir quotidiennement son appel à ne vivre 278 que pour lui, trouvera dans la vie religieuse qu’il a choisie, le moyen continuellement adapté et aimé de répondre à cet appel.L’amour et la lumière qu’il porte en lui vivifiera cette manière de vivre dans laquelle, malgré les défauts inhérents à toute société humaine, il trouvera un moyen d’exprimer sa vocation en même temps qu’un soutien pour lui demeurer fidèle.Imaginez ce que pourrait devenir une communauté religieuse, si bien organisée et gouvernée soit-elle, dont la majorité des membres ne serait plus animée par cette vocation intérieure?Les exhortations de l’Église, les multiples conseils ou directives de la Congrégation des Religieux et les décrets des chapitres généraux, quelles que soient leur valeur et leur sagesse, ne peuvent porter que sur l’organisation extérieure de la vie religieuse et tout au plus la pédagogie de la formation: mais ces prescriptions ou directives de l’Église ne peuvent par elles-mêmes susciter la vie profonde des religieux au niveau secret et infiniment libre de leurs rapports avec Dieu.Tout ce que peuvent faire des responsables est d’exhorter les libertés ou de rappeler les exigences de l’obéissance.Cependant toute vie religieuse authentique suppose une conjonction harmonieuse entre une forme de vie, un état de vie, personnel et communautaire, état inspiré du mode de vie humaine du Christ lui-même durant ses années terrestres et une communion profonde de vie avec le Christ au niveau de la foi, de la charité et de l’espérance au-delà de la Croix.Ces deux éléments sont constitutifs de la vie religieuse et en font un état de vie.Se contenter de réformer la vie religieuse au seul niveau de ses éléments extérieurs est un risque d’autant plus grand dans le monde actuel, que nous disposons pour cette réforme, des moyens nouveaux et apparemment plus efficaces que les progrès des sciences humaines mettent à notre disposition.Les contraintes engendrées par les sociétés modernes sur l’épanouissement des individus, obligent à redécouvrir une dimension de communion entre les personnes et à promouvoir les rapports sociaux qui les favorisent.Par des expériences de groupes, des sessions de formation, on s’efforce, non sans résultat, à libérer les individus de leurs complexes, à les aider à épanouir leur personnalité et à développer entre eux des relations respectueuses de la personnalité des autres.Nous aurons à y revenir en parlant de l’exercice de l’autorité et de l’obéissance dans la vie religieuse.Comment ne pas être impressionnés par le fait que, par exemple, en France durant ces dernières années, plusieurs dizaines de milliers de religieuses ont demandé à suivre les sessions d’un organisme de formation intitulé: «Personnalité et relations humaines» (PRH)?Ces religieuses venaient chercher dans ces stages l’épanouissement et la libéra- 279 tion dont elles ne jouissaient pas dans leurs congrégations.Cet effort en vue de libérer la personne et de construire une société de communion se présente comme scientifique et efficace, sans référence religieuse ou confessionnelle.Les motivations religieuses, les élans d’une charité surnaturelle sont apparus à certains, non seulement comme insuffisants à eux seuls, mais comme déconsidérés et même nocifs face aux pédagogies scientifiques de libération mises en œuvre.D’où la tentation de substituer des communautés bâties sur la mise en œuvre de ces techniques psychologiques, à la conception traditionnelle de vie communautaire religieuse, vécue souvent douloureusement dans la foi à la valeur d’une vie offerte au Christ dans l’obéissance et en communion au mystère de la croix.Le problème posé n’est pas simple, car on ne saurait nier qu’une vie commune, menée par amour du Christ, ne doive respecter les éléments humains susceptibles de rendre cette communauté plus authentiquement humaine.Nous nous trouvons en face d’un problème analogue à celui que pose la recherche de la libération politique de l’homme comme une des composantes de la libération totale dans le Christ.Il faut se poser clairement la question car elle ne peut être éludée, et il ne sera pas toujours facile d’y répondre dans le concret.Cependant nous ne pouvons la traiter ici dans le cadre de ce bref exposé.Je me contenterai de rappeler que toute intégration de valeurs humaines dans la vie religieuse suppose que celles-ci soient vivifiées par une authentique participation au mystère du Christ, mystère de mort et de vie, mystère de croix et de résurrection.Là se trouve la base permanente essentielle à toute vie religieuse.N’oublions pas que toute forme de vie religieuse est née d’un jaillissement contemplatif qui se trouvait toujours au cœur du charisme de fondation.La racine, la source de toute vie religieuse se trouve donc dans un acte contemplatif.Vrai du fondateur ou de la fondatrice, cela doit demeurer vrai de chaque religieux ou religieuse.Si la crise de la vie religieuse actuelle nous obligeait à redécouvrir cette vérité fondamentale, ce serait une grâce de notre temps.Il fût peut-être une époque où le climat profondément chrétien de la société contribuait à maintenir le religieux dans sa véritable situation de consacré, parce que cette situation était reconnue par la société environnante.Encore que ce soutien sociologique pouvait aussi devenir une contrainte subie, ce qui enlevait à la vocation religieuse sa liberté.Mais il nous faut bien reconnaître humblement que nous sommes tous dépendants de notre milieu, même en ce qui concerne les options les plus intimes, les plus personnelles et apparemment les plus libres.Dans le milieu religieux des sociétés modernes, je ne crois pas 280 qu’il soit possible à quelqu’un de s’engager dans une vie consacrée, sans la conviction profonde que celle-ci ne peut se justifier que dans la communion au Christ Dieu.Et c’est d’ailleurs aussi le besoin de vivre dans un environnement en harmonie avec la nature de cette vie consacrée, qui fonde aujourd’hui comme dans le passé, la légitimité et la valeur de l’institution religieuse telle que l’Église continue de nous la proposer.La fidélité à une manière de vivre marquée par la foi en Dieu, par la prière, la chasteté, l’obéissance, le sens du mystère de la croix, l’espérance de la vie éternelle, une telle manière de vivre ne peut être que très difficilement maintenue sans l’appui du milieu favorable d’une communauté de personnes partageant la même vocation, consacrées aux mêmes valeurs de vie évangéliques et vivant en intime communion de foi et de charité.Le cadre de la vie religieuse n’est certes qu’un cadre de vie, mais, compte tenu de la nature humaine, il est un milieu de vie indispensable à la réalisation de certaines vocations.Il est trop facile de parler, à propos de l’institution religieuse, de fuite de responsabilités, de peur du monde, de refuge, de démission devant les tâches de la cité.Tout homme, quel qu’il soit, ne saurait vivre sans le soutien d’un milieu.De plus, l’état de vie religieux nous atteint plus profondément que tout autre cadre de vie, car il est le lieu d’un engagement stable et définitif, engagement devant Dieu et consacré par l’Église au nom des pouvoirs qu’elle a reçus du Christ de lier et de délier, de bénir et d’offrir.C’est ainsi que dans le cadre d’une communauté régie par une règle, le religieux se constitue dans un état stable, par lequel sa vie est donnée jusqu’à son terme terrestre et dans la perspective de la vie éternelle du Christ.L’homme moderne, nous l’avons dit, a de la peine à percevoir dans la stabilité de cet engagement une valeur en soi.La notion d’état de vie est pour lui presque dénuée de sens.C’est ici que la comparaison avec l’état du mariage s’impose car il s’agit finalement d’une unique et même réalité, qui est celle de la grandeur de l’amour à laquelle l’homme est appelé.Dès lors que l’homme a conscience de son origine divine et de l’éternité de sa vocation de fils de Dieu, l’amour en sa plénitude ne peut être que stable, et tendre à l’éternité.Le foyer familial est lui aussi un cadre de vie, car l’épanouissement de l’amour conjugal et celui qui relie les enfants à leurs parents est en dépendance d’un minimum de conditions matérielles et psychologiques favorables.Cette réalité de la famille est normalement définie et réglementée, dans la société civile, par des lois concernant la stabilité du mariage et précisant les conditions de vie et protégeant les droits des enfants.Cependant ce cadre matériel, psychologique et juridique qui constitue le 281 milieu familial, est vidé de toute signification sans la présence d’un amour conjugal fort et généreux qui en est le fondement et la raison d’être.Il en est de même de la vie religieuse.L’institution religieuse, la règle et les constitutions constituent un cadre, définissent un idéal et les conditions d’un milieu en vue de favoriser l’éclosion d’une vie d’intimité avec Dieu et la réalisation d’une communion entre des personnes consacrées, unies par un amour fraternel ayant sa source en Dieu.La définition de la vie d’une communauté religieuse est chose difficile, de même qu’il serait difficile sinon impossible de séparer dans cette vie ce qui est réalité humaine, réalité spirituelle, et ce qui n’a que la valeur relative d’un moyen.On peut disséquer la vie d’une congrégation religieuse au niveau de sa règle, de ses modes de gouvernement ou de ses constitutions, parler à leur sujet de la fin première, de la fin secondaire, des moyens de la réaliser pour conclure que le but doit être inchangé et permanent et que les moyens sont relatifs donc qu’ils peuvent et doivent même continuellement être adaptés, selon les circonstances et les personnes.Certains théologiens ont même distingué les moyens et les moyens de moyens! Or en réalité, tout est uni, organiquement lié dans l’unité d’un être vivant, qu’il s’agisse de la vie de chaque religieuse ou de cette autre réalité vivante qu’est une communauté ecclésiale.Face aux problèmes inévitables et difficiles posés actuellement par l’adaptation de la vie religieuse, j’avoue me sentir incapable de définir nettement, au niveau de la physionomie concrète d’un institut, ce qui doit être modifié et ce qui doit être gardé.De même qu’au début d’une congrégation le jaillissement de foi et de charité d’une communauté de personnes s’est incarné en une manière de vivre et s’est exprimé en une règle, ainsi une réforme doit être aussi un jaillissement de vie.C’est alors seulement que pourront se faire toutes ces adaptations qui sont indispensables.C’est la vie entière d’un institut en sa globalité, y compris dans ses éléments apparemment les plus relatifs et les plus matériels, qui doit être atteinte par une réforme.Costume, style et grandeur des bâtiments, nature des activités, rien de cela n’est absolu, mais rien non plus n’est secondaire.Nous aurons par la suite à parler plus particulièrement de la pauvreté et de l’obéissance comme éléments de la vie religieuse.Conclusion Le Concile parle du retour au charisme de fondation comme devant être un élément fondamental du renouveau d’un institut reli- 282 gieux.Or ce retour au charisme primitif suppose un nouveau charisme actuel.Il ne faut pas nous demander ce que le fondateur a fait, mais ce qu’il ferait s’il vivait de nos jours et face aux problèmes qui sont les nôtres.Le renouvellement de ce charisme suppose la même disponibilité à l’action de l’Esprit de Dieu, la même sainteté, la même générosité de charité, que celles qui animèrent la première communauté fondatrice.L’âme de la vie religieuse est une communion de vie avec le Christ Jésus, elle ne peut se concevoir en dehors d’une vision de foi et d’une certaine conception de la vie humaine.Le fondement de toutes les réformes d’un institut se trouve dans le renouvellement de la vie de foi de ses membres.Ce renouvellement ne peut s’accomplir qu’à travers une attitude de prière inspirée par la contemplation gratuite et amoureuse de la personne même de Jésus: c’est pour Lui que nous nous consacrons.Alors les autres éléments de la vie religieuse trouveront leur signification et leur unité parce qu’ils seront voulus comme un cadre de vie en harmonie avec notre vie profonde.Alors seulement les valeurs humaines et les conquêtes des sciences humaines, compatibles avec une vie de célibat consacré, pourront être assumées pour un meilleur développement des personnes et des communautés, sans évacuer le mystère de la Croix, ni la pratique d’une ascèse, ni le sens du sacrifice, ni le renoncement auquel doit nous entraîner un grand amour, un amour fou, de Dieu.Je vous laisse quelques citations qui montrent comment les saints ont perçu l’appel inconditionné et décisif de Dieu, comme une intuition à la base de leur conversion ou de leur vocation religieuse.Saint Augustin écrivait dans les «Confessions»: «Tu me retournas si bien vers Toi que je ne songeais plus à chercher une femme et que je renonçais à toutes les espérances du siècle»1.Et Charles de Foucauld écrivait à un ami: «Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour Lui: ma vocation religieuse date de la même heure que ma foi: Dieu est si grand, il y a une telle différence entre Dieu et tout ce qui n’est pas Lui.»2.Celui qui n’a pas perçu l’absolu d’un tel appel ne peut comprendre la vie religieuse, ni ses exigences essentielles.En dehors de cette perspective, en dehors d’une telle intuition de Dieu, d’une expérience de la vie avec Lui, il ne peut y avoir de vie religieuse authentique.Cet appel de Dieu est fondamentalement le seul élément permanent de la 1.Confessions VIII, 12,30 2.Frère Charles deJêsus, Oeuvres spirituelles, anthologie, p.663 283 vie religieuse, celui sans lequel même la règle est dépourvue de sens.Il est l’âme de la vie religieuse et lui confère sa vitalité et permet toutes les adaptations, toutes les actualisations sans que celles-ci n’entraînent un affadissement de ses exigences.Ce serait le cas de redire avec saint Augustin, mais dans le même sens que lui: «Aime et fais ce que tu veux», car l’appel de l’absolu divin qui est inclus dans la vocation religieuse ne concerne pas seulement notre manière de vivre, mais aussi l’amour de nos frères.Je citerai encore le Frère Charles de Jésus: «Il n’y a pas, je crois, de paroles de l’Évangile, qui aient fait sur moi une plus profonde impression et transformé davantage ma vie que celle-ci: «Tout ce que vous faites à un de ces petits, c’est à moi que vous le faites».Si on songe que ces paroles sont celles de la Vérité incréée, celles de la bouche qui a dit: «Ceci est mon corps.ceci est mon Sang.» avec quelle force on est porté à chercher et à aimer Jésus dans ces «petits», ces pécheurs, ces pauvres portant tous ses moyens spirituels vers la conversion des âmes, tous ses moyens matériels vers le soulagement des misères temporelles»3.22, rue du Tapis Vert Fr.René Voillaume 13 - Marseille, France.3.Ibid, p.178.284 REMARQUES GÉNÉRALES SUR LE PROJET D UNE LÉGISLATION CANONIQUE POUR LES RELIGIEUX A — Tout mettre sous le titre «de institutis.Consiliorum Evan-gelicorum» est une erreur.Car les ermites, les membres des Instituts séculiers, certains tertiaires séculiers vivent de cette façon leur fidélité à l’Évangile.On en arrive ainsi à tout niveler.De plus, lorsqu’on en vient à distinguer les formes de la vie religieuse au sens strict on oublie le fruit de la réflexion théologique que Vatican II a amorcée.La redécouverte de la vie communautaire dans la plupart des Congrégations de vie apostolique n’est pas prise en considération.La vision de la vie apostolique qui domine le texte est (plus ou moins) celle de la Compagnie de Jésus; la vie de «koinônia» n’apparaît plus dans la définition de la vie religieuse au sens strict.Ceci a des répercussions jusque sur la notion de pauvreté.Quel théologien sérieux se sentirait à l’aise avec le nouveau Canon 95?Et le 2ème paragraphe du Canon 116 est trop spécifiquement «ignatien» pour pouvoir figurer dans une législation universelle.B — La Théologie de la vie religieuse qui sous-tend le texte est celle d’une théologie des conseils évangéliques aujourd’hui remise en cause.Le texte centre son développement sur les trois vœux.Lorsqu’il s’agit de présenter les éléments propres à chaque catégorie il tombe alors dans un flou qu’explique cette option pour l’explication par les trois vœux, ceux-ci se retrouvant partout, essentiellement identiques.Même parmi les groupes classiques peu de familles peuvent ainsi se reconnaître pleinement.Les ermites (si ce texte les rejoint dans leur solitude) reçoivent un prix de consolation.Mais qu’en est-il des religieuses type sacramentines, des sœurs type Béthanie?Elles sont entre deux chaises.Et les Mendiants se trouvent sous un chapeau qui les coiffe mal.C — La spiritualité comme telle, même faite de morceaux de 285 Vatican II, n’a pas à entrer dans les déterminations du Droit Canon, surtout lorsqu’on prétend ne vouloir donner que des prescriptions générales et indispensables.On a inventé ici un nouveau genre littéraire, indéfinissable, qui confond exhortations, directives spirituelles, conseils et prescription du droit.Une grande partie des canons doit être supprimée.De plus il ne revient pas au Code de droit Canon de préciser quels sont les exercices spirituels souhaitables.Si l’on tenait à dire quelque chose dans ce domaine, il aurait été plus sain de parler de l’Office Divin que du rosaire et de la visite au Saint-Sacrement.Ne cherchait-on pas à ne donner que des normes générales?D — L’Ecclésiologie implicite du document est peu en harmonie avec la vision d’ensemble de l’articulation entre les fonctions particulières de chaque groupe de chrétiens et la mission du peuple de Dieu.Telle que présentée, la fonction de l’Évêque local n’est pas celle du «serviteur» qui exerce l’Episkopë, mais encore celle du Préfet du Département.Rien sur la subsidiarité, rien sur la nécessaire présence des religieux et des religieuses aux Conseils de l’Église locale.En outre, on ne peut qu’être surpris de la théologie de l’Eucharistie mise en œuvre au Canon 73.E — L’erreur fondamentale est dans la «typologie» de la vie religieuse présentée.Elle est la reprise de ce que Perfectae caritatis, texte rédigé rapidement sur ce point, présentait avec plus de nuances.Mis à part le cas très complexe des moines, dont plusieurs ont d’ailleurs une activité apostolique intense (ainsi certaines congrégations bénédictines allemandes et américaines), elle fige la réalité en la défigurant.La grosse ligne de division sur laquelle, en fait, elle se fonde est celle de l’équilibre entre «Apostolat» et «culte de la louange divine» (cf.Can.99, 105, 112 1 et 2, 114 1, 116).Ce qui est la façon dont Ignace de Loyola a vu les choses et qui, depuis, a été reprise par toute une ligne de spiritualité.Le Canon 116 1 et 2 est typique.Ses mots eux-mêmes sont igna-tiens («mobilitas apostolica», sodalium disponibilitas), «ea unitas ser-vatur qua.», voir mon article de la Nouvelle revue théologique sur l’obéissance).Or cette façon de distinguer, aujourd’hui surtout, ne cerne plus la réalité.En particulier, elle ne répond pas à la situation concrète d’une foule de congrégations féminines, les plus nombreuses.Conditae a Christo de Léon XIII a changé la carte de la vie religieuse féminine.Au temps d’Ignace, à part les moniales et les tertiaires dominicaines et franciscaines, où étaient les religieuses féminines?Le drame de Marie Ward (avec la réaction de Robert Bellarmin), celui d’Angèle sont typiques.Pour les hommes (surtout moines et clercs) la distinction sur la 286 base de l’équilibre entre «apostolat» et «culte de la louange divine» valait à condition d’être manipulée avec finesse.Elle ne vaut plus pour une grande quantité de fondations féminines.En effet, plusieurs de celles-ci se sont situées à mi-chemin entre ce que le projet de Droit Canon appelle les «Instituts conventuels» et les «Instituts apostoliques».Cela me paraît évident à la suite de l’étude attentive de beaucoup de chartes de fondation.Un exemple clair est dans la plus pure famille ignatienne, celui des Dames du Sacré-Cœur de la Mère Barrat! Pensons à toute la foule des Dominicaines dites du Troisième Ordre, à celle des Franciscaines, à la Sainte Famille, aux congrégations inspirées par l’école française (la congrégation de Notre-Dame au Canada), à la Compagnie de Marie de Jeanne de Lestonnac, aux petites Sœurs des Pauvres, aux Sœurs des campagnes, aux petites Sœurs de l’Assomption, à tout ce qui naît de Charles de Foucauld, etc.Sœur Ghislaine Aubé pourrait (elle qui a été fondatrice) dire si l’adoption d’une vie de prière et d’une solide cohésion fraternelle a été, pour elle, la «regrettable conséquence» de la monasticisation de la vie religieuse féminine provoquée par le code de 1917.Est-ce que, au contraire, cela n’appartenait pas à son intuition même?Bref, cette typologie ignore (et caricature) le fait «religieux-féminin».Elle ne vaut (et grosso modo) que pour les fondations masculines.Il aurait fallu ou bien (puisqu’on insistait sur le droit particulier) ne pas s’aventurer dans ce domaine difficile, ou bien adopter comme point de référence non l’équilibre entre «apostolat» et «vie liturgique», mais l’équilibre tout différent entre «vie communautaire» et «apostolat».On serait alors arrivé à une autre «typologie» amenant la mention d’une catégorie, intermédiaire cette fois entre «type ignatien» et «type sociétés de vie commune», dans laquelle entreraient beaucoup de congrégations diocésaines fondées sans charisme bien typé et surtout pour un «service» (caritatif ou pastoral) que la vie commune rend possible et nourrit, sans que toutefois la dimension théologale propre aux vœux soit centrale.Pensons à cette congrégation bretonne (La Guilmarais) ayant commencé par une poignée de femmes se dévouant (sans vœux) pour les malades et vivant pour cela en commun, et ne faisant des vœux qu’un quart de siècle plus tard sous l’influence d’un prédicateur de passage.Rappelons enfin que l’option pour les catégories inspirées par l’équilibre décrit fait que les groupes féminins «contemplatifs» mais non «monastiques», inconnus jusqu’au siècle dernier, n’ont plus leur place.Vraiment cette typologie est à éviter! F — Les normes données sont si vagues qu’on se demande sur 287 quels critères se baseront les «autorités compétentes» pour approuver les Constitutions.N’est-ce pas une fausse apparence de liberté pour les congrégations?On en est remis à l’arbitraire des «approuvants».G — Dernière remarque: La polarisation sur «Vie monastique» et «Vie apostolique» (au sens ignatien), en dépit de la petite parenthèse consacrée aux conventuels, risque (si elle est mal comprise) de rendre difficile toute revalorisation d’une vie contemplative en dedans des règles monastiques.Or n’est-ce pas dans cette ligne que, sous nos yeux, beaucoup de groupes nouveaux désirent explicitement se situer?Et cela sans exclure pour autant la dimension apostolique propre au projet religieux.Le schéma de Code que nous critiquons nous paraît dans sa vision de l’apostolat trop dépendant de la situation des années qui ont suivi immédiatement le Concile.Il n’est guère ouvert sur l’avenir et ne tient pas compte de ce qui germe un peu partout.96, avenue Empress J.-M.R.Tillard, O.p.Ottawa, Ont.KIR 7G2 MAISON RIVIER, 999, rue Conseil, Sherbrooke, Que., J1G 1M1 Tél.: (819) 569-9306 RETRAITES 1978: 24-31 janvier: P.Maurice Gingras, s.j.— 3 - 10 février: P.Jean-Marie Rocheleau, s.j.— 21 - 28 février: Lucille Guay, p.m.et Abbé Lionel Lisée — 9-16 mars: P.Guy Fortin, s.s.s.— 19-26 mars: P.Roland Ostiguy, o.m.i.— 27 mars - 3 avril: P.Jean-Marie Rocheleau, s.j.— 3-10 avril: P.Guy Fortin, s.s.s.— 16-23 avril: Mgr Albert Ndongmo — 24 avril - 1 mai: P.Guy Fortin s.s.s.— 9-16 mai: P.Gaston Beaudet, o.p.— 23 -30 mai: P.Benoît Pruche — 8-15 juin: P.Gaston Beaudet, o.p.— 23 - 30 juin: P.Germain Côté, I.V.D.— 2-9 juillet: P.André-M.Syrard, o.s.m.— 17-24 juillet: P.Jean Galot, s.j.— 24-31 juillet: P.Jean Galot, s.j.— 2 - 9 août: René Feuillet, p.s.s.— 10-17 août: René Feuillet, p.s.s.— 12 sept - 13 oct: P.Jean-Marie Rocheleau, s.j.(Retraite de 30 jours) — 17-24 octobre: P.André Le Blanc, o.p.— 24-31 octobre: P.Roland Ostiguy, o.m.i.— 14-21 novembre: Mgr Paul-Emile Charbonneau — 29 nov.- 6 déc.: P.Jean-Marie Rocheleau, s.j.— 26-31 décembre: P.Guy Fortin, s.s.s.SESSIONS P.R.H.: 14-20 mai: Personnalité, Connaissance de soi.Session A.— 4 - 10 juin: Rencontrer Dieu - Animatrice: Cécile Grenier, p.m.288 CENTRE DE RENOUVEAU CHRÉTIEN 20, rue des Ursulines Lorretteville CALENDRIER DES RETRAITES 1978 Mars Avril Mai Juin 19 au 26 (7 jours) Père Albert Roy, s.j.THEME: «Montée vers Pâques».16 au 23 (7 jours) Père Gérard Therrien, c.ss.r.THEME: «L’essentiel qui demeure» (Retraite biblique).6 au 13 (7 jours) Père Yvon Filippini, o.m.i.THEME: «Laissez-vous mener par l’Esprit».21 au 26 (5 jours) Père Claude Mayer, o.m.i.THEME: «Mission et contemplation du prêtre dans le monde d’aujourd’hui» (Retraite sacerdotale).24 au 31 (7 jours) Père Albert Roy, s.j.THEME: «Sacerdoce du Christ et vie religieuse».8 au 15 (7 jours) M.l’abbé Paul Lapierre THEME: «La vie religieuse aujourd’hui: «préface» d’un jour nouveau».15 au 22 (7 jours) Père Yvon Daigneault, s.s.s.THEME: «Nous ferons chez lui notre demeure».23 au 30 (7 jours) Père Robert Choquette, c.s.c.et le Père Jacques Custeau, s.j.THEME: «L’Esprit-Saint et la prière» (Retraite charismatique).Juillet : 2 au 9 (7 jours) Père Jean Galot, s.j.THEME: «Vie consacrée, vie d’Evangile».9 au 16 (7 jours) Père Jean Galot, s.j.THEME: «Vie consacrée, vie d’Evangile».23 au 30 (7 jours) Père Pierre Mourlon Beernaert, s.j.THEME: «Un seul et même Esprit dans le Christ et dans les chrétiens».23 au 30 (7 jours) Soeur Rita Gané, o.s.u.accompagné du Père Lucien Pépin, o.m.i.THEME: «Personne n’a jamais vu Dieu; le Fils unique nous l’a dévoilé».(Retraite biblique).Août : 31 juil.au 7 août (7 jours) Père Yvon Filippini, o.m.i.THEME: «Pour moi, vivre c’est le Christ».8 au 15 (7 jours) Père Lucien Roy, s.j.et Sœur Jeanne-Mance Rousseau, s.f.b.THEME «C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés» Gai., 5, 1 et 13 (Retraite charismatique).24 au 31 (7 jours) Père Yvon Daigneault, s.s.s.THEME: «Nous ferons chez lui notre demeure».Novembre : 1er au 8 (7 jours) M.l’abbé Paul Lapierre THEME: «La vie religieuse aujourd'hui: «préface» d’un jour nouveau».Pour toute information et inscritpion, veuillez vous adresser à: Tél.: (418) 842-4757 Sœur Madeleine Sasseville, o.s.u.(418) 842-1421 20, rue des Ursulines Loretteville, P.Q.G2B 2 VI - C.P.276 la vie des communautés religieuses 5750, boulevard ROSEMONT MONTRÉAL HIT 2H2 Qué., Canada FRAIS DE RETOUR GARANTIS PORT PAYÉ À QUÉBEC COURRIER DE LA DEUXIÈME CLASSE ENREGISTREMENT NO 0828
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