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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Avril
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 1982-04, Collections de BAnQ.

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¦ avril 1982 mm ¦J& ¦ Æ • ¦ iW* !V,| des communautés religieuses La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre Bisaillon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Odoric Bouffard, o.f.m.Secrétariat : Rita Jacques, s.p.Bérard Charlebois, o.f.m.Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-6911 Courrier de la deuxième classe Enregistrement n° 0828 Composition: Graphiti Impression: L'Éclaireur Ltée La revue paraît dix fois par an Abonnement : de surface: 9,50$ (45 FF) (300 FB) par avion 13,50$ (65 FF) (425 FB) Sommaire Vol.40 — avril 1982 Louis Roy, o.p., À quelles conditions le célibat évangélique favorise-t-il l'authenticité ?Armand Veilleux, o.c.s.o., La malédiction de la pauvreté et la béatitude du pauvre Dorothy Pertuiset, Les religieuses et la condition féminine : des femmes pour accompagner les femmes Le célibat engage les dimensions psychique, sociale et religieuse de notre être.Sa justification ne saurait être réduite à l'une ou l'autre de ces dimensions; elle implique l'intégration des trois.L'A.décrit le contexte psycho-socio-religieux du problème, constate qu'un certain célibat peut exiger un prix excessif, incite à faire la vérité aux trois niveaux impliqués, rappelle que l'expérience spirituelle est la clef de voûte du célibat évangélique.La pauvreté est une malédiction, conséquence du péché.Si Jésus a librement assumé cette malédiction, c'est afin d'en libérer l'humanité.S'il a déclaré les pauvres bienheureux, c'est parce qu'il est venu leur apporter cette libération.Ce texte est un appel à la femme consacrée à s'impliquer dans les problèmes de la condition féminine.Par sa présence, son action, le témoignage de sa vie, elle peut apporter des solutions orientées par l'Évangile. À quelles conditions le célibat évangélique favorise-t-il l'authenticité?Louis Roy, o.p.* Le célibat est présentement un lieu de souffrance et de questionnement tant pour ceux et celles à qui les circonstances l'ont imposé que pour ceux et celles qui ont librement opté pour cet état de vie.Aussi est-ce à bon droit que ces derniers consacrent des efforts à l'amélioration de leur fonctionnement psychique, au réajustement de leur insertion sociale et à leur ressourcement spirituel.Malheureusement ces entreprises restent la plupart du temps partielles: on cherche la justification du célibat évangélique à l'un de ces trois niveaux, sans être capable d'entrevoir comment se réalise une intégration qui seule fournit la clé de l'énigme.Face à cette lacune, je me propose de souligner les liens qui existent entre les dimensions psychique, sociale et religieuse de notre être et de situer le rôle positif du célibat au cœur des interactions qui peuvent s'établir entre ces trois aspects quand on s'engage dans un processus de libération.Après avoir rappelé le contexte psycho-socio-religieux de la crise du célibat, je voudrais tracer une ligne de démarcation entre un prix excessif et inacceptable à payer pour demeurer célibataire et ce qu'on peut appeler, à la suite de Bonhoeffer, «le prix de la grâce», c'est-à-dire un sacrifice réel mais qui s'avère sain psychiquement, fécond socialement et comblant religieusement.Au cours de cet article, bien que j'aie généralement en tête les religieux et les religieuses, je parlerai le plus souvent du célibat et des célibataires, afin d'inclure aussi les prêtres, les membres d'instituts séculiers, ceux et celles * Black Friars, Buckingham Road, Cambridge, CB3 ODD, England.98 qui ont perdu leur conjoint ou qui ne sont pas mariés pour cause de maladie, d'infirmité ou pour un motif quelconque, et qui s'efforcent de trouver un sens chrétien à leur situation.Je suis également conscient du fait qu'un bon nombre de considérations portant sur les célibataires s'appliquent aussi aux gens mariés; loin d'infirmer mon propos, cette similitude entre le célibat et le mariage illustre le fait que les divers états de vie évangélique sont autant de synthèses qui unissent de manière variée les mêmes éléments anthropologiques de base.I.Le contexte psycho-socio-religieux du problème Tout comme la médecine moderne a étendu l'espérance de vie de nos contemporains, ainsi la psychologie a soudainement intensifié l'espoir d'épanouissement des Occidentaux.Ceux-ci ont désormais le temps, l'argent et les techniques qu'il faut pour tenter de se réaliser consciemment.Alors qu'il n'y a pas si longtemps, le développement personnel s'effectuait comme une conséquence naturelle d'une existence saine et active, voici que dans des sociétés complexes, soumises à toutes sortes de pressions et de frustrations de même qu'à une multiplicité d'invitations contradictoires, les individus ressentent le besoin de se trouver eux-mêmes et recourent volontiers à une aide thérapeutique.Ce souci de se libérer et de progresser comme personne est marqué et orienté par la philosophie qui règne dans les sciences humaines et les mass-média.Ce qui en ressort le plus clairement, c'est peut-être la croyance qu'on ne saurait s'actualiser intégralement si l'on renonce à exercer sa sexualité.Celle-ci est vue comme une énergie positive qui pénètre tout notre être et qui nous incite à partager notre intimité et à nous exprimer corporellement.Dans cette ambiance psychologique, la chasteté apparaît comme une aberration, comme un effort malsain de sublimer et de spiritualiser notre personnalité incarnée.En fait, devant la difficulté et les limites d'un mariage réussi, bien des gens reconnaissent les avantages inhérents au célibat, mais ils ne comprennent pas au nom de quoi certains s'engagent à ne pas avoir de rapports sexuels.La conception de la vie que l'on trouve, par exemple, chez un 99 Alexander Lowen, le fondateur de la bioénergie, laisse entendre qu'il est tout à fait anormal de ne pas aller au bout de ses possibilités en fait de relations corporelles.Coupés des enjeux sociaux En plus d'être imprégnés de cette atmosphère psychologique propre à l'Occident, les religieux et religieuses, de même que beaucoup de personnes seules, sont plus ou moins coupés des enjeux sociaux.Les congrégations ou bien ont perdu leur oeuvre et laissent à leurs membres la possibilité de travailler individuellement dans un hôpital, une école ou un service public quelconque ; ou bien elles maintiennent des services privés dont l'influence s'avère des plus ambiguës par rapport à l'inégalité des classes de la société.Dans la mesure où leur activité ne favorise plus nettement une libération pour un groupe social désavantagé, leur célibat se voit privé de pertinence évangélique.À quoi bon, en effet, être mobile et déplaçable, vivre assez modestement, faire partie d'une communauté relativement harmonieuse, si le gros du temps n'est pas consacré à bâtir un milieu dont pourront bénéficier des gens qui sont exclus du bonheur?Il y a une interaction méconnue entre le malaise psychique affectant le célibat et l'alignement social défectueux de ceux et celles qui ont choisi cet état de vie.Est vouée à l'échec, il me semble, une volonté de résoudre ses tensions psychologiques qui n'est pas accompagnée d'une recherche au moins aussi intense d'engagement critique dans la société.Insignifiance et paganisation Ce n'est toutefois pas là l'aspect le plus épineux de la crise.À l'insatisfaction psychologique et à l'impuissance sociale des célibataires s'ajoute, en gros, une pénible in-signifiance religieuse.Cela est dû à ce qu'on appelle communément la sécularisation, un phénomène dans lequel je distinguerais, pour ma part, deux facteurs: la fonctionnalisation des institutions et la paganisation des esprits.Le premier facteur consiste en ceci que les institutions (par exemple, dans l'industrie, le commerce, l'éducation, les soins de la santé) renoncent à toute référence chrétienne et adoptent des buts très spécialisés.Parfois en un espace de temps très restreint.100 ceux et celles qui portaient les symboles de la référence chrétienne se voient privés de ce rôle pourtant fondamental dans leur orientation personnelle.Il en résulte une grande confusion pour leur identité socio-religieuse.Pour compenser cette privation de reconnaissance de la part de la société, ils se tournent vers l'Église et cherchent dans un travail diocésain ou dans des mouvements religieux une redéfinition de leur identité.Cette participation ecclésiale constitue sans doute le lieu naturel où cette identité peut être à nouveau façonnée, mais elle est loin de la conférer automatiquement.Le second facteur — la paganisation des esprits — désigne le fait que, de nos jours, les esprits ne sont ni séculiers ni chrétiens.D'une part, déçus des résultats de la technologie et de la politique, la grande majorité de nos contemporains se montrent attirés par la religiosité.Celle-ci s'offre à nous, généralement sous forme commerciale, dans des livres ou des sessions qui nous renseignent sur la méditation, la parapsychologie, les sciences occultes, les sectes et les gnoses, etc.À l'intérieur même du protestantisme et du catholicisme, les mouvements de droite qui véhiculent un certain sens du spirituel conquièrent bien des adeptes.D'autre part, la plus grande partie de la population n'est plus chrétienne au sens où la foi propose un engagement total.On est prêt à retirer des bénéfices de la religion, mais on hésite à relever le défi de base que lance l'Évangile.Double crise Cette paganisation des esprits, même chez un grand nombre de ceux et celles qui se disent chrétiens, se traduit entre autres par une double crise : crise de la chasteté et crise de la prière.Les deux aspects ont ceci de commun qu'ils nous renvoient à ce qu'il y a de proprement religieux dans le christianisme, si l'on entend par religieux le fait d'accepter d'être en relation avec Dieu.N'y a-t-il pas lieu de reconnaître dans la chasteté et la prière deux modes d'être qui traduisent notre rapport à Dieu plus directement que le reste de la vie chrétienne?Pour éviter d'être mal compris, je m'empresse de préciser que ces deux modes d'être ne requièrent pas plus d'amour que les 101 autres composantes de l'Évangile (je pense au travail, aux divers engagements, aux attitudes interpersonnelles, etc.), mais qu'ils exigent et expriment néanmoins plus de foi en la réalité personnelle et en la présence directe de Dieu.C'est pourquoi je pense qu'il importe de remarquer le fait que ces deux réalités sont davantage frappées par la paganisation des esprits.Le bon païen admet l'existence du spirituel (qu'il appelle Dieu s'il est occidental) et il en tient compte; mais il ne mise pas toute sa vie sur la foi au Dieu vivant.Ce n'est pas par pur hasard que la crise de la chasteté — qui atteint les gens mariés autant que les célibataires — coexiste actuellement avec celle de la prière.J'espère que dans la quatrième partie de cet article, nous serons en mesure d'entrevoir à quel point le défi du célibat ressemble à celui de la prière, étant donné que tous deux consistent à prendre position face à notre solitude de base et à l'ouverture de notre cœur à plus grand que nous.Je voudrais toutefois aborder auparavant deux étapes intermédiaires, à savoir discuter la possibilité d'un célibat qui soit sain sur le plan psychologique et présenter comment l'appropriation de notre intériorité implique une progression indivisiblement psychique, sociale et religieuse.II.Un prix excessif à payer?Aux yeux de bien des observateurs lucides et droits, ceux et celles qui sont célibataires par motivation religieuse donnent l'impression de payer un prix excessif en fait d'humanité.La volonté d'être fidèles à leur engagement paraît s'appuyer sur un mélange de rigidité et de naïveté face à leur ambivalence psychique.Concédons que soit normal un certain écart entre l'appel des béatitudes et les attitudes concrètes d'une personne.Mais ce qui rebute les gens en quête d'authenticité, c'est que bien des célibataires, loin de parvenir à diminuer cet écart, invoquent des principes religieux pour s'y résigner et acceptent ainsi tacitement d'être amputés en qualité humaine.Leur idéal évangélique devient alors aliénant, car il les empêche de prendre au sérieux leurs lacunes psychiques et d'y faire face.Et si l'on veut être honnête jusqu'au bout, il faut admettre que cette mauvaise foi en grande 102 partie inconsciente affecte non seulement les célibataires déséquilibrés, mais également ceux et celles qui fonctionnent relativement bien.L'idéologie courante du célibat évangélique comporte une prudence traditionnelle qui suggère fermement de renoncer à cette zone de notre être dont dépendent notre vitalité, notre transparence, notre sensibilité intégrales.Dans le soupçon qui frappe actuellement le célibat, il y a une inestimable occasion de faire la vérité sur le plan psychique, social et religieux.Mais avant d'indiquer le chemin concret de cette libération, je voudrais répondre, avec une certaine rigueur, à la question de base: L'état du célibat évangélique équivaut-il nécessairement à réprimer un besoin naturel chez l'être humain?À mon avis, si c'était le cas, le prix à payer serait excessif et inacceptable.L'exercice de la sexualité L'exercice de la sexualité est-il un besoin?Si l'on définit un besoin comme ce sans quoi la vie ne peut subsister, par exemple le boire et le manger, il est clair que l'exercice de la sexualité n'est pas un besoin.Beaucoup de gens ont vécu et vivent sans exercer leur sexualité d'une façon régulière.Une objection en elle-même assez triviale peut cependant nous amener à préciser les divers sens qu'il convient de reconnaître à la sexualité : L'activité sexuelle onirique ne serait-elle pas une compensation indispensable?Je suis prêt à répondre affirmativement, en ajoutant que cette soupape confirme la non-nécessité d'une activité génitale consciente (qu'elle s'effectue solitairement ou d'une façon interpersonnelle).Ainsi, si l'on entend par sexualité la génitalité, il faut admettre qu'il n'est pas du tout requis de l'exercer consciemment, car notre nature biologique est ainsi faite qu'elle se charge, en rêves, d'assurer son équilibre glandulaire.La seconde question qui s'impose et qui demande un traitement moins sommaire, est la suivante: L'exercice de la sexualité est-il un besoin psychique?Pour répondre réalistement à cette difficile interrogation, il nous faut distinguer deux types de besoin psychique.La première forme de besoin psychique, tant chez l'être 103 humain que chez l'animal, déclenche la poursuite de ce plaisir que l'on trouve à exprimer sa vitalité sexuelle dans ce rituel que constitue une liaison.Celle-ci n'est nullement un processus purement physique, une sorte de mécanisme automatique ; c'est plutôt un jeu dans lequel l'homme et la femme ressentent, réalisent et symbolisent l'un sa virilité, l'autre sa féminité.Le besoin en cause vise la satisfaction — tantôt enthousiaste, tantôt assumée discrètement dans l'amour — de se percevoir et de se comporter comme être sexué en rapport avec quelqu'un de l'autre sexe.La seconde forme de besoin psychique se rattache à la signification la plus profonde que véhicule la sexualité, à savoir le désir d'entrer en relation interpersonnelle et de créer conjointement de la vie.Le besoin se porte alors sur le fait d'être reconnu dans sa valeur personnelle à la fois unique et pourtant de même nature que celle de l'autre.« Pour le coup, c'est l'os de mes os et la chair de ma chair ! » (Gen.2, 23) Dans ce cas, la recherche ne peut être comblée que par la joie ressentie lorsque cet autre que j'apprécie et dont je désire la présence, non seulement répond à cette attente, mais imprègne sa réponse d'attrait prononcé et d'attachement sincère à l'égard de ce que je suis.Le fait de reconnaître réciproquement que chacun a une grande importance existentielle pour l'autre, peut seul combler une soif très profonde en nous, même si les déceptions de la vie ont plus ou moins réussi à l'insensibiliser.Si l'on veut situer anthropologiquement ces deux types de besoin, on peut dire que le premier tient à notre animalité, tout en ayant une portée spirituelle due au fait que cette activité vitale se transpose instantanément dans le registre du sens et des valeurs.Le second type relève de notre spiritualité, qui assume et dépasse l'attrait réciproque pour la dimension corporelle de l'autre.Enfin, en qualifiant ce double besoin de psychique, on désigne cette zone de communication entre le corps et l'esprit où l'imagination et la sensibilité jouent un rôle à la fois symbolique et stimulateur qui incite à l'interaction.Satisfaction du besoin En réfléchissant à ce double besoin, nous pouvons observer qu'il peut être plus ou moins satisfait, dans le cas d'une personne 104 célibataire, en liaison avec des personnes du même ou de l'autre sexe, sans qu'il s'agisse nécessairement de relation génitale.Le monde du travail et du loisir est une sphère de mixité où la sexualité intervient constamment sous forme de charme, de conquête et de réserve spontanément entremêlés.Une dimension importante de la vie est faite de ces rapports tour à tour plaisants, désagréables, frustrants ou passionnants, même au milieu du travail le plus ardent ou du loisir le plus absorbant.Je ne vois pas au nom de quoi un religieux ou une religieuse devrait essayer de s'en exclure.Ne pas reconnaître cette dimension de notre existence équivaut à entretenir une grave illusion, il me semble.La seule chose qu'on devrait attendre d'un individu qui se veut célibataire, c'est qu'il discerne la différence d'orientation entre l'appréciation que l'on a pour quelqu'un, l'amitié qui va plus loin que l'appréciation, et l'exclusivité qui engage encore plus que l'amitié.Je reviendrai là-dessus.Remarquons également le fait que le psychisme n'est pas uniquement le lieu où peuvent se satisfaire les besoins positifs de l'être humain, mais également la transcription, en termes d'images et de sentiments, de tout ce que l'esprit porte d'ambivalent.Par esprit, je veux simplement désigner cette quête de sens et d'amour qui marque toutes nos tendances et toutes nos entreprises.Phéno-ménologiquement, les choses se passent, il me semble, de la manière suivante.Quand je ressens le double besoin d'être sexué en rapport avec un autre et d'être reconnu dans ma valeur profonde, je ne ressens pas ce besoin à l'état pur, mais plutôt comme un faisceau confus de tendances disparates.Selon la manière dont je me suis relié à mon père, à ma mère, à ceux qui m'ont tenu lieu de père et de mère, de même qu'à mon entourage au fur et à mesure que s'est déroulée mon existence, je vais tendre spontanément à satisfaire une gamme très variée de besoins tout autant artificiels que naturels, négatifs que positifs, infantiles qu'adultes, etc.De la sorte, que je sois engagé dans une relation génitale ou que je sois célibataire, j'éprouverai des sentiments de satisfaction ou de frustration dans la mesure où moi-même et ceux et celles avec lesquels j'entrerai en interaction seront mûrs ou immatures sur le plan affectif.L'illusion serait donc de croire qu'une relation génitale est plus gratifiante au niveau psychique 105 que des rapports d'amitié.En cette matière, la différence de safisfaction entre l'appréciation interpersonnelle, l'amitié et l'union corporelle ne se prend pas uniquement en termes de degrés selon l'échelle des réalités en cause; l'intérêt qu'on en retire dépend aussi de la qualité de liberté et d'amour atteinte par les personnes impliquées.Si nous revenons aux deux formes de besoin psychique, il est évident que le choix du célibat nous amène à perdre cette part de plaisir et de contentement qui accompagne le jeu d'une conquête corporelle réciproque et complète.Il est clair également que nous renonçons à la joie d'être accueillis et d'aimer avec l'entièreté, l'exclusivité et la fécondité qui caractérisent un couple stable.Je suis convaincu qu'il faut — j'allais dire : de bonnes raisons, mais il s'agit de plus que cela — une expérience particulière de Dieu et de Jésus crucifié, pour être capable de consentir paisiblement à ce sacrifice.En revanche, tout en reconnaissant lucidement ce que nous abandonnons dans un choix aussi radical, il importe d'apercevoir nettement que si nous imaginons notre besoin sexuel d'une manière indifférenciée comme un besoin pur et simple d'exercer notre sexualité de façon génitale ou même de façon exclusive et stable avec une autre personne, nous caricaturons notre propre réalité en la divisant abruptement selon la fausse dichotomie du tout ou rien.La sexualité serait alors tout entière engagée dans le mariage et en rien engagée dans le célibat! Ce qu'il importe de constater, au contraire, c'est que dans n'importe quelle sorte de relations humaines, notre sexualité est impliquée d'une manière ou d'une autre et qu'il en résulte un ensemble fluctuant de satisfactions et de frustrations.La seule conclusion pratique qui me semble ressortir de cette discussion concernant le besoin sexuel, c'est que le célibat évangélique n'implique pas de soi une amputation en fait d'humanité, car il permet de satisfaire le double besoin sexuel dans un réseau de rapports humains dont l'équilibre religieux diffère de celui des gens mariés.Le célibat chrétien s'avère sain s'il permet de grandir en qualité humaine, ce qui devient possible dans la mesure où l'on s'efforce d'améliorer ses relations interpersonnelles.Cette progression ne peut cependant se réaliser pleinement que si elle 106 intègre les trois niveaux que j'ai antérieurement présentés: psychique, social et religieux.Le contexte où le célibat évangélique doit se situer et se vivre est un processus cohérent qui met en œuvre une triple libération.III.Faire la vérité à trois niveaux Si l'on se rappelle le contexte psycho-socio-religieux du problème du célibat, on ne sera pas trop surpris que j'emprunte le vocabulaire johannique de «faire la vérité» pour désigner la solution au triple malaise qui affecte présentement les célibataires.«Quiconque fait le mal hait la lumière et refuse de venir à la lumière de crainte que ses œuvres ne soient démasquées.Celui qui fait la vérité vient à la lumière pour que ses œuvres soient manifestées, elles qui avaient été accomplies en Dieu.» (Jn 3, 20-21) Si nous actualisons l'inspiration que nous offre ici Jésus, nous pouvons affirmer que l'aventure du célibat évangélique, tout comme celle du mariage chrétien, n'a de sens que si elle consiste à passer progressivement, quoique jamais complètement en cette existence, des ténèbres à la lumière tant sur le plan psychique et social que sur le plan religieux.Et cet itinéraire me semble plein d'espérance: loin de nous forcer à rougir d'être entourés d'obscurité à ces trois niveaux, la Bible nous incite à envisager notre peur de venir à la lumière dans la perspective d'un salut inséparablement psychique, social et religieux.L'accueil du salut se déroule souvent en deux étapes : en un premier temps, sous le choc d'une conversion, nous décidons que nous vivrons désormais entièrement dans la lumière de l'Évangile; puis, en un second temps, qui embrasse le reste d'une existence, le climat de confiance que donne la rencontre de Jésus Christ nous aide à faire plus résolument la vérité à tous les niveaux de notre vie.Essayons de voir comment, dans le cas des célibataires évangéliques, la foi chrétienne leur permet de reconnaître leur inauthenticité avec une précision grandissante et de croître sans cesse en authenticité.107 Vers l'authenticité Sur le plan psychique, une progression normale amène à découvrir que, dans la mesure où le célibat ressortit à un idéal et non pas à une expérience, le prix à payer en humanité risque d'être élevé.L'idéal en cause consiste à se formuler le projet d'être consacré à Dieu et d'entretenir des attitudes de disponibilité, de service et de don de soi à l'égard des autres.En revanche, l'expérience véritable consiste à entrevoir la différence entre ses dispositions réelles, marquées par tant d'ambiguïtés, et celles de Jésus, tout en ayant le goût et l'espérance que la grâce réduise peu à peu cet écart.L'idéal est tour à tour naïf et mensonger; il occulte le fait que bon nombre de besoins frustrés du célibataire tendent à se satisfaire sous une multitude de formes : recherches d'influence, de succès et de pouvoir, compensations affectives, attitudes agressives et dominatrices, manques d'ouverture, repliements, fuites, morosités, générosités dues à l'aiguillon de la culpabilité, etc.Cette liste quasi paulinienne de péchés psychiques peut servir à illustrer l'ampleur du chantier! Face au défi d'une conversion à ce niveau, il me semble qu'aucun individu ne peut s'en sortir tout seul et que les communautés chrétiennes ou religieuses devraient être des lieux qui favorisent l'identification de ces déviations psychologiques et qui procurent un soutien dans l'itinéraire conduisant à l'authenticité.Pour que le célibat ait une valeur de témoignage dans notre société, il faut qu'il soit vécu par des personnes qui reconnaissent leurs lacunes psycho-morales d'une manière non pas générale mais spécifique, et qui reçoivent comme un don de Dieu le fait d'être engagées dans un processus de guérison.Leur témoignage doit traduire à la fois une humilité réaliste, une joie de voir que s'améliore la qualité de leurs rapports interpersonnels, et un rayonnement de bonté et de miséricorde dans l'accueil des autres.Le cheminement de cette transformation psychique est loin d'être toujours rectiligne.Le choix initial du célibat implique un renoncement qui peut s'effectuer soit avec une mûre sérénité, en bonne connaissance de cause, soit avec une part variable de refoulement par rapport à ce qu'on exclut.Cette répression 108 psychique prépare, au moment où les circonstances la favoriseront, une révolte de la sensibilité contre le sérieux de la vie, la lourdeur du devoir religieux, la contrainte de la loi morale, bref le prix excessif à payer pour rester fidèle à un engagement qui paraît abstrait et formel.Ce rejet est l'envers du double besoin psychique dont nous avons souligné le fondement et la légitimité, et qui se signale alors par le désir de vivre intensément, de secouer les liens de la routine et de la monotonie, de partager sa vitalité et son affectivité avec un autre, d'être reconnu et aimé avec spontanéité et chaleur dans ses qualités et ses défauts, et d'être rejoint dans ce qu'on est profondément au-delà même de tout ce qu'on possède.Cet éclatement d'un cadre restreint est pour un grand nombre une occasion d'évoluer sur le plan psychique et d'approfondir le sens religieux du célibat.Au début, le climat d'une telle rencontre interpersonnelle tend souvent à empêcher la perception nette de ce qu'entraîne une conquête réciproque.Par la suite, ou bien on refuse le caractère engageant de ces conséquences et l'on se tient à une certaine distance; ou bien l'apprivoisement fleurit en une amitié parmi d'autres; ou bien une amitié privilégiée s'impose progressivement jusqu'au point où il devient clair qu'on ne saurait l'extirper sans faire acte d'inhumanité tant envers l'autre qu'envers soi-même.Dans ces trois cas, il n'y a pas lieu d'avoir honte de ce dont on fait l'expérience, fût-ce maladroitement, pour la simple raison qu'on ne peut grandir psychiquement qu'en entrant dans un jeu de rapports interpersonnels où la sexualité est nécessairement engagée.L'important, c'est d'essayer d'être de plus en plus conscient de ce qui se passe en soi-même et chez l'autre, ce qui n'est possible qu'en se faisant aider.L'ouverture et le dialogue avec un conseiller qui respecte le bien-fondé du célibat évangélique permettent alors de repérer peu à peu des critères de discernement.Dans le cas d'une relation privilégiée entre deux célibataires, dont certains maîtres spirituels ont récemment soutenu la valeur humaine et chrétienne, je pense qu'il y a lieu, ici comme ailleurs, non pas de prendre la fuite ou d'établir une limite artificielle, mais de tirer au clair l'inévitable ambiguïté des motivations impliquées et de soupeser les difficultés rencontrées et les gains retirés, de part et d'autre, en fait de croissance psychologique.Dans une 109 situation comme celle-là, étant donné la diversité de ce que bien des célibataires ont acquis et ont réussi à donner à l'autre, je trouve que le refus de réviser les traditionnels interdits équivaut à jouer à l'autruche.Par delà les questions relevant du cheminement personnel et portant sur le bien de l'autre, une question fondamentale s'impose pourtant: La permanence d'une relation exclusive, ou la formation d'un couple psychologique stable, équivaut-elle à nier la signification radicale du célibat évangélique?Qu'il y ait ou non expression génitale de l'attachement est secondaire, à mon avis, face à une union des coeurs et des sensibilités qui s'avère alors à peu près identique à celle des gens mariés.Je suis porté à croire que la réponse à cette question de base tient à la sorte d'union à Dieu, dans la ressemblance à celle de Jésus, que son appel nous invite à rechercher.Dans cette perspective, la question pratique devient ensuite: Comment faire en sorte que cette amitié reste vraie tout en perdant son caractère envahissant et exclusif?Fécondité sociale La rencontre intégrale des autres ne peut toutefois pas se contenter d'être intersubjective: elle se déploie en une fécondité sociale, qui constitue le deuxième aspect de la triple libération dans laquelle le célibat trouve son contexte interprétatif.Pour qu'une qualité évangélique imprègne notre travail et nos diverses formes d'engagement, il est requis qu'une conscience sociale préside à nos orientations.À l'heure actuelle, les sociétés occidentales sont désenchantées de la science et de la technique, mais elles restent à demi conscientes de ce qu'elles produisent en fait d'inégalité interne, de déséquilibre écologique et de misère dans les pays du Tiers-Monde; insécures face à leur avenir, réprimant leur peur d'une catastrophe qui serait due à un accident thermo-nucléaire, elles demeurent immergées dans leurs plaisirs immédiats et leurs valeurs superficielles.Dans cette conjoncture, des célibataires évangéliques conscientisés et actifs n'ont-ils pas pour mission de contester l'acceptation aveugle de ce gigantesque blocage?Le célibat pour le Royaume incarne son sens dans un examen critique de pareilles situations, car ce Royaume souffre violence 110 dans la mesure où l'intention sociale de Dieu est contrecarrée; à cet examen critique doit correspondre un engagement modeste mais bien calculé, destiné à changer la nature des rapports structurels et psychologiques dans une sphère quelconque de la société.C'est uniquement au cœur de cette lutte que certains avantages du célibat peuvent jouer un rôle vraiment positif: pauvreté, mobilité, possibilité de risquer sa réputation, etc.Face à la philosophie régnante qui endort la conscience tant des exploités que des exploiteurs en proposant un bonheur superficiel imprégné d'érotisme, des célibataires socialement conscientisés peuvent être témoins du fait que la joie n'est pas purement et simplement du côté de l'union sexuelle physique, mais qu'elle découle d'une manière d'entrer en relation avec Dieu et avec autrui d'autant susceptible d'apporter un sens à la vie qu'elle poursuit de vraies valeurs matérielles, psychologiques et spirituelles.Expérience religieuse En interaction avec les dimensions psychique et sociale de notre libération humaine, l'expérience religieuse constitue le troisième champ où doit être relevé le défi de faire la vérité.Le fait d'évoluer sur le plan psychique et sur le plan social entraîne déjà d'importantes répercussions sur le plan religieux, mais il ne saurait remplacer cet ensemble d'intuitions et de consentements qui nous permettent de nous ouvrir à une Présence incomparable.Deux convictions me semblent particulièrement décisives, à condition qu'elles soient acquises personnellement.La première résulte de la découverte qu'existe une Source de toutes les virtualités qui rendent possibles des évolutions psychiques et sociales.Il en découle une gratitude et une espérance susceptibles d'établir le climat de base du célibat évangélique.Les chrétiens peuvent être fiers du fait que Dieu non seulement trouve sa joie à partager sa vitalité et à susciter des croissances de toutes sortes chez les humains, mais encore qu'il se soit lui-même placé, en Jésus, au cœur de nos inauthenticités et de nos impuissances, indiquant une issue dans la croix et la résurrection.Pénétrés de cette renversante conviction, les célibataires pour un monde libéré répondent à l'appel d'imiter et de prolonger Jésus en se voulant le plus près 111 possible et de cette Source de bonté et de ceux et celles qui meurent de soif parce qu'ils ne peuvent s'y abreuver.La deuxième conviction porte sur la valeur éblouissante de Celui qui est Amour, sur le caractère inespéré de la rencontre de Celui qui se met à notre portée parce qu'il tient passionnément à ce que nous sommes.Si ce niveau d'intuition et de consentement nous paraît exagéré, c'est peut-être que nous n'allons pas au bout de notre désir naturel en matière de relation.Bien que ce désir puisse comporter des connotations narcissiques, je crois que notre mystère d'êtres humains renferme un souhait très profond qui explique toutes nos entreprises: celui d'être appréciés et désirés inconditionnellement.«Dieu vit tout ce qu'il avait fait: cela était très bon.» (Gen.1, 31) Les croyants mariés sont conscients et se réjouissent du fait qu'en dépit de leurs superficialités, Dieu peut combler leur soif d'amour inconditionnel et les unir dans une fidélité permanente.Pour leur part, ceux et celles qui consacrent leur être directement à Dieu dans le célibat sont conquis par l'intérêt absolu que représente une rencontre interpersonnelle avec cet Être fascinant, quels que soient les engourdissements et les doutes qui marquent leur itinéraire.L'être humain ne peut s'intégrer que si toutes ses énergies se polarisent vers une grande valeur.Une attention au plan psychique favorise une prise de possession de ces énergies.Une attention au plan social amène un individu à sortir de lui-même et à mettre ses énergies au service des autres.Une attention au plan religieux permet d'identifier la Source de ces énergies et d'entrer en contact avec Celui qui seul tient à nous au degré qui puisse nous combler.Qu’ils soient célibataires ou mariés, les chrétiens en quête d'authenticité ne peuvent négliger aucun de ces plans dès lors qu'ils veulent correspondre à ce dessein qu'a Dieu d'accorder à tous et à chacun une libération intégrale.IV.L'affrontement de l'intériorité L'expérience religieuse étant la clé de voûte du célibat évangélique, je voudrais, dans cette dernière section, montrer comment la rencontre de Dieu exige que nous affrontions notre 112 intériorité dans la solitude et la prière.Le célibat évangélique perd son sens, en effet, si ceux et celles qui s'y engagent renoncent à apprivoiser la solitude inhérente à cet état de vie et à entrer dans le dépouillement que demande l'aventure de l'oraison ou de la méditation.La qualité d'un rapport à autrui est proportionnelle à la qualité du rapport qu'on entretient avec soi-même.Comme cette double qualité s'accentue au fur et à mesure qu'on progresse, tout cheminement bien orienté est marqué par une continuelle alternance de contact avec autrui et de retrait en soi-même.Contact/retrait, présence à l'autre/présence à soi-même, interdépendance/autonomie, solidarité/solitude constituent des binômes naturels.Le célibat religieux souligne d'une manière originale, différente du mariage, l'importance de ces binômes dans un processus de libération psycho-sociale.La solitude qu'il entraîne nous pousse à nous interroger sur notre sexualité en tant que dynamisme de relation; elle tend à mettre à nu l'ambiguïté du besoin que nous avons des autres; elle nous invite à emprunter une voie de clarifications et de purifications.À mesure que nous accueillons une série de questions et de prises de conscience, nous pouvons de moins en moins compter sur nos prétentions, sur nos modes habituels de valorisation ; nous entrevoyons la vanité d'une grande part de nos soucis et de nos efforts; nous enregistrons nos lacunes et nos manques.Au cœur de cette épreuve, notre attention à Dieu nous rend plus conscients du fait que la solitude n'est pas l'ennemie n° 1 de l'être humain, mais au contraire une alliée très fidèle.Dans la vérité qu'elle impose peu à peu, se portent les souffrances les plus difficilement communicables, s'élaborent les orientations les plus coûteuses, s'épanouissent les pardons les plus différés, s'établit la paix la plus confiante.Ainsi, quand la solitude favorise un retour sur les circonstances et les sentiments qui ont tissé la trame de nos rêves et de nos interactions, le célibat s'avère une rude et saine école en matière de connaissance de soi et de communication interpersonnelle.En complémentarité avec ce premier type d'affrontement de l'intériorité, la pratique de la méditation permet à ceux et celles qui 113 s'y adonnent de prolonger leurs racines jusqu'au fin fond de cette intériorité.Le décapage est analogue.La prière personnelle éprouve et renforce notre motivation en regard de cette relation directe avec Dieu qui fait partie de notre être.Le silence raffermit peu à peu notre ouverture religieuse et dissout un à un les bénéfices douteux que nous souhaitons spontanément en retirer.Nous apprenons à surmonter l'impression d'inutilité et à devenir patients devant le vide, lorsque nous découvrons que ce vide signale la présence de Celui qui diffère complètement de nous.Le rôle capital de ce vide consiste à nous montrer ce que nous sommes: des êtres de désir qui ne peuvent se satisfaire par leurs actions ni se donner à eux-mêmes leur plénitude, fût-ce avec l'aide d'autres humains.Distingué de toute tendance névrotique ou schizoïde — avec lesquelles il peut toutefois coexister — ce vide nous fait toucher du doigt notre condition fondamentale: nous ne pouvons que recevoir d'un Autre notre vie, notre joie, notre amour.Comme on le voit, l'affrontement de la solitude qu'implique la connaissance de soi, et l'affrontement du vide qu'implique la connaissance de Dieu constituent deux expériences parallèles qui s'appuient l'une l'autre.Sans la découverte de nous-mêmes, notre perception de Dieu reste infantile et ambivalente ; sans l'expérience priée de Dieu, notre volonté d'améliorer notre capacité d'entrer en relation profonde avec les autres et avec nous-mêmes se voit privée d'une motivation religieuse testée par la réalité même de Dieu.En revanche, si le combat de la solitude et de la prière est foncièrement accepté, les convictions religieuses de base qui se développent en nous et dont nous savons qu'elles expriment l'unique solution à l'énigme de notre condition humaine, ne découlent plus seulement alors de notre sensibilité et de notre réflexion, mais s'enracinent dans un contact direct et prolongé avec Dieu.Tout comme n'importe quel engagement humain véritable ne fait vivre que ceux et celles qui s'y donnent avec entièreté, ainsi le célibat évangélique n'a de sens durable que dans le climat de l'abandon total de soi à Dieu.Si l'on n'est pas disposé à affronter son intériorité dans la solitude et l'oraison, l'édifice religieux n'a pas de clé de voûte où trouver son équilibre.Le retrait que suppose 114 le célibat et l'inactivité qui caractérise la méditation représentent certes deux éléments de la vie chrétienne qui se montrent rébarbatifs à toute justification rationnelle; ils constituent un défi au bon sens en même temps qu'un test implacable pour la foi de l'Église.On ne saurait d'ailleurs les assumer qu'en faisant confiance à l'exemple de Jésus, de Marie et de nombreux témoins de l'Évangile qui, au cours des âges, ont répondu à l'appel du célibat et de la prière et qui ont découvert que cette voie n'est pas une impasse.Si ces deux réalités s'avèrent d'agaçantes échardes dans notre chair païenne, elles sont néanmoins pour plusieurs les deux battants d'une porte qui donne sur le mystère de l'homme et sur le mystère de Dieu.À la fois avec insistance et discrétion, une voix intérieure invite un certain nombre de chrétiens et de chrétiennes à s'engager plus avant dans cette expérience de plénitude et de vide qui consiste à rencontrer Dieu.Avertis du fait que notre accès de Dieu est médiatisé par une multitude d'événements et de personnes, nous hésitons présentement devant la solitude réservée à ceux et celles qui excluent pour leur part une expérience de couple et devant l'extrême simplicité d'une existence centrée sur la prière.En se rejoignant, la crise du célibat et la crise de la prière personnelle révèlent toutes deux une crise de la foi dans l'Église contemporaine.Pourtant, si la religiosité admet volontiers Dieu comme présence intermittente, l'Évangile ne traduit-il pas, en revanche, une passion pour la vivante réalité d'un Amant qui nous aime pour ce que nous sommes et qui aimerait bien être aimé pour ce qu'il est?115 La malédiction de la pauvreté et la béatitude du pauvre Armand Veilleux, o.c.s.o.* Les chrétiens, vivant pour la plupart dans des pays économiquement développés, n'hésitent souvent pas à parler de la pauvreté comme d'une bénédiction, d'une «béatitude».Un tel langage devient tout simplement indécent et scandaleux lorsqu'il s'adresse aux centaines de millions de pauvres du Tiers-Monde — et aussi aux vrais pauvres de chez nous — qui vivent souvent non seulement au-dessous du niveau de pauvreté, mais à un niveau pratiquement sous-humain.En fait, la pauvreté n'est pas une bénédiction mais bien une malédiction.Elle est une des conséquences du péché et une forme de la malédiction que celui-ci a provoquée.Si Jésus a librement assumé cette malédiction, c'est afin d'en libérer l'humanité.Et s'il a déclaré les pauvres — non la pauvreté — bienheureux, c'est précisément parce qu'il est venu leur apporter cette libération.Lorsque le chrétien assume librement la pauvreté, à la suite du Christ, son geste n'a de sens que dans la mesure où il le pose pour les mêmes motifs que Jésus.I.La pauvreté comme conséquence du péché L'abondance dans le plan de Dieu Dieu est riche en bonté et il a comblé l'homme de ses largesses.Des oiseaux du ciel, des poissons de la mer, des fruits de la terre et des bêtes des champs, créés en quantité innombrable, il a dressé la table pour l'homme.Tout au long de l'Ancien * Abbaye cistercienne, Mistassini, Qué.GOW 2C0.116 Testament, ses promesses à Abraham et à Israël sont des promesses d'abondance: une progéniture comparable aux étoiles du ciel et au sable de la mer, une terre ruisselante de lait et de miel, des troupeaux de petit et de gros bétail à perte de vue, etc.Le bonheur éternel est même décrit par les prophètes sous l'image d'un banquet de viandes grasses et de vins capiteux.Tel était le plan de Dieu sur l'homme, et tel il demeure en définitive.Mais, entre-temps, le péché est intervenu, transformant en malédiction la bénédiction primitive.L'harmonie brisée L'harmonie initiale de l'homme avec Dieu, avec son frère et avec la nature a été brisée par le péché.La malédiction fulminée contre Satan a atteint l'homme et sa terre.Au lieu de l'abondance paradisiaque au milieu de laquelle il vivait, il doit désormais arracher sa subsistance à la terre par un dur labeur.Ses préoccupations terrestres accaparent facilement son cœur et lui font oublier son Dieu.Inquiet du lendemain, il accumule des richesses qu'il doit défendre de la convoitise d'autrui en élevant des murs qui deviennent autant de barrières entre lui et ses frères.Toute richesse accaparée l'est aux dépens de quelqu'un d'autre et devient une semence de guerre.Si les plus malins arrivent à se reconstruire un ersatz de bénédiction temporelle, la foule innombrable des autres porte péniblement le poids de la malédiction du paradis perdu.Jésus a assumé la malédiction de la pauvreté Lorsque le Verbe de Dieu s'est fait homme il a assumé toutes les conséquences du péché.C'est ainsi qu'il s'est fait solidaire des petits et des pauvres, assumant leur pauvreté au point de n'avoir pas où reposer la tête, et même jusqu'au dépouillement radical de la mort solitaire sur une croix.Aux pauvres il est venu apporter la bonne nouvelle qu'en lui et par lui l'harmonie primitive serait rétablie.Le royaume eschatologique qu'il annonce et que ses disciples ont la responsabilité de réaliser peu à peu sur terre est un royaume où il n'y aura plus de tristesse, de pauvreté, d'ignorance, de maladie, mais la joie, l'abondance et l'harmonie des origines.117 S'il proclame les pauvres bienheureux, ce n'est certes pas que leur pauvreté est en elle-même un bonheur, mais précisément parce qu'il est venu les en délivrer.Il proclame de même bienheureux ceux qui pleurent, non parce que le bonheur réside dans les larmes, mais parce qu'il est venu leur apporter consolation.Dès lors la seule façon chrétienne de proclamer aux pauvres qu'ils sont bienheureux est, d'une part de se faire solidaire d'eux en partageant leur pauvreté et, d'autre part, de travailler activement à enrayer de l'humanité cette conséquence de la malédiction engendrée par le péché, en rétablissant l'équilibre brisé.II.La pauvreté assumée librement à la suite du Christ Essayons maintenant de discerner quelques-unes des dimensions de la pauvreté librement assumée à l'exemple et à la suite du Christ.J utilise à dessein le mot «assumée» plutôt que le mot «choisie», car plusieurs n'ont pas le «choix» de choisir ou non la pauvreté, et il est possible à quelqu'un d'assumer très librement une situation qui lui a été imposée par les circonstances ou par les hommes sans qu'il l'ait voulue.Dimension ascétique et mystique de la pauvreté Comme toute autre créature, l'être humain est un véritable tissu de besoins: besoins matériels, physiques, affectifs, psychologiques, spirituels, etc.Mais au-delà de tous ces besoins, la personne humaine est aussi un être de désir.Elle possède en elle-même l'aspiration à une croissance illimitée, l'ouverture à une vie toujours plus pleine, le désir d'une participation toujours plus grande à la nature même de Dieu et d'une communion toujours plus profonde à sa Vie.Ce désir n'est autre que ce gémissement de l'Esprit qui en nous se fait prière, et dont parle Paul au chapitre huitième de son épître aux Romains.L'objet de ce désir, l'homme ne peut se le procurer lui-même, ou l'accaparer.Il ne peut que le recevoir comme un don gratuit, à l'égard duquel il doit se faire toute 118 réceptivité.Il ne peut s'ouvrir à ce désir qu'il porte en lui que s'il sait faire taire la véhémence de ses besoins.La pauvreté chrétienne est donc tout d'abord une attitude du cœur, un détachement affectif non seulement à l'égard des biens matériels, mais aussi à l’égard de tout ce qui n'est pas Dieu, l'objet ultime du désir qui constitue le noyau de l'être même de l'homme.Elle est donc détachement à l'égard du statut social, des honneurs, de l'appréciation qu'on reçoit des autres, de l'image qu'on s'est faite de soi-même, etc.Il serait toutefois illusoire de prétendre arriver à la pauvreté du cœur, à ce détachement affectif dont on vient de parler, sans une pauvreté effective, c'est-à-dire sans un détachement matériel concret.Là où est ton trésor dit Jésus, là est ton cœur.Il est concrètement impossible à un être humain dans la condition présente d'être profondément attentif à Dieu et à son propre être profond, s'il est constamment tiraillé par la préoccupation d'amasser et de protéger des richesses matérielles ou par le souci de s'assurer les jouissances des biens du cœur et de l'esprit.Avant de retrouver tous ses biens dans une totale liberté, Job a dû faire l'expérience douloureuse de les perdre tous, et découvrir à travers cette expérience que la seule richesse qui lui fût vraiment essentielle était son existence toute nue, le fait d'ÊTRE devant Celui qui EST.Une autre conséquence de la rupture de l'harmonie primitive est le fait que la lutte pour la subsistance, et surtout la lutte pour l'accumulation des richesses, devient presque fatalement une lutte entre les hommes — lutte où les plus faibles sont impitoyablement écrasés.Le chrétien sait qu'il ne peut accumuler inconsidérément des richesses sans fermer ses entrailles à son frère.Un détachement affectif et un certain dépouillement matériel concret à l'égard des biens matériels, ainsi qu'une sobriété dans la satisfaction de tous ses besoins sont donc nécessaires au chrétien s'il veut travailler activement à l'avènement du royaume eschato-logique en rétablissant dans sa vie personnelle l'harmonie avec Dieu, avec son prochain, et avec la zone la plus profonde de son 119 être personnel — harmonie rompue par le péché.C'est ce que l'on pourrait appeler la dimension ascétique et mystique de la pauvreté chrétienne.Dimension sociologique de la pauvreté Le créateur avait confié à l'humanité la gérance d'une terre où abondait tout ce dont chacun pouvait avoir besoin.Dans le royaume eschatologique tous seront également comblés.Mais notre expérience de l'entre-deux est celle d'un monde de disparités où la grande majorité des hommes souffrent de la faim pendant qu'une minorité est repue à en être malade.Comme au temps de Moïse et de l'esclavage d'Israël en Égypte, la douleur et la révolte des opprimés montent comme une clameur vers Dieu.Tout au long de sa vie comme à travers tout son message, Jésus de Nazareth s'est mis résolument du côté des pauvres, des petits et des rejetés.Le chrétien ne peut être fidèle à son Maître sans faire de même.L'appel de Puebla à une «option préférentielle» pour les pauvres n'est pas une concession à des tendances idéologiques gauchistes, mais bien la réaffirmation d'une des exigences les plus élémentaires et les plus fondamentales à la fois du christianisme.Si la pauvreté était une valeur positive en elle-même, plus on serait concrètement pauvre plus parfait l'on serait, et tout serait relativement simple, sinon toujours facile.Mais si l'on reconnaît que la pauvreté est en elle-même non pas une valeur positive, mais une conséquence négative du péché, que l'on doit assumer librement à la suite du Christ, par solidarité avec tous les démunis et les opprimés de ce monde, on devra reconnaître que cette solidarité peut prendre des formes très diverses, tout aussi légitimes les unes que les autres, selon les charismes propres à chacun, et la mission que chacun sent jaillir du fond de son cœur.Des chrétiens se sentiront appelés à travailler pour les pauvres.La simple décence leur demandera évidemment d'adopter un mode de vie personnelle sobre, mais ils seront peut-être appelés à mettre en œuvre des moyens d'action et à utiliser des instruments de travail que des «pauvres» ne possèdent évidemment 120 pas.Ils pourront par exemple travailler activement au soulagement de la misère du Tiers-Monde au sein d'organismes des Nations Unies ou d'autres grands organismes internationaux comme Oxfam.Ils auront peut-être alors à administrer des millions de dollars! Quels que soient les jugements portés sur les résultats concrets de tels organismes, leur action est en elle-même nécessaire, et il est donc important que des hommes consciencieux et motivés s'y consacrent.Une action semblable pourra se faire à un niveau beaucoup plus limité et humble, par des gens qui se sentent appelés à travailler et à vivre non seulement pour les pauvres, mais aussi avec les pauvres, dans des projets concrets de conscientisation, par exemple.Ces personnes devront alors partager avec les pauvres la richesse de leur savoir, de leur expérience et peut-être aussi leurs biens matériels.Mais il y aura aussi des chrétiens qui, comme Charles de Foucault, se sentiront appelés à une pauvreté encore plus radicale : non seulement à vivre avec les pauvres, mais totalement comme les pauvres, allant jusqu'à partager leur misère et leur destitution.Aucune règle religieuse, aucun supérieur ne peut imposer un tel radicalisme; mais l'Esprit peut y appeler.En plus des privations physiques, ces personnes acceptent implicitement un appauvrissement culturel et intellectuel; et souvent elles réduisent considérablement la durée de leur vie.Faut-il jeter les hauts cris?Après tout Jésus aurait probablement vécu plus de trente-trois ans s'il avait enseigné et vécu une autre conception de Dieu et de l'homme ! En termes de rentabilité tangible et mesurable, cette troisième attitude semble parfaitement inutile.Mais, de toute façon, même les deux attitudes précédentes ne représentent que des gouttes d'eau versées au fond d'un immense gouffre à combler.En réalité, la valeur principale de chacune de ces trois attitudes est leur valeur sacramentelle ou symbolique.Sous ses diverses formes — pour, avec ou comme — la solidarité avec les pauvres est une façon symbolique d'exprimer le refus du déséquilibre introduit par le péché et qui se concrétise dans la disparité entre les hommes et 121 entre les peuples.Elle est une façon de proclamer son désir de faire du moins sa petite part pour rétablir l'équilibre perdu et de déclarer en quelque sorte au pauvre : «Je ne puis rien, ou presque ; mais je suis avec toi.S'il n'est pas en mon pouvoir de t'apporter les biens matériels, je t'apporte mon amour.» C'est la dimension sociologique de la pauvreté.Dimension politique de la pauvreté J'ai lu quelque part une réflexion de Gandhi que je cite de mémoire: «Quand j'ai faim, c'est un problème physique; quand mon voisin a faim, c'est un problème social ; et quand un peuple a faim, c'est un problème politique.» Il est possible que telle ou telle personne soit dans la misère parce qu'elle a été ruinée par l'injustice d'un autre individu.Mais si les trois quarts de l'humanité vivent dans le sous-développement et la faim, la raison n'est pas à chercher uniquement dans des injustices individuelles précises, mais bien dans des structures économiques et politiques internationales injustes.Cette injustice institutionnalisée constitue un péché social collectif dont aucun citoyen des pays développés ne peut refuser une part de responsabilité personnelle.La misère du Tiers-Monde est le prix payé pour nous permettre d'avoir nos trois repas par jour, nos maisons bien chauffées, nos autos confortables, nos télés couleurs, etc.La libération totale du péché et de ses conséquences apportée par le Christ et que les chrétiens ont la responsabilité de réaliser dans le temps de l'Église comporte l'abolition de ces systèmes d'oppression.Une conversion des structures sociales injustes est tout aussi importante que la conversion des coeurs, et tout chrétien a le devoir d'y travailler activement d'une façon ou de l'autre.Parallèlement à cette action concrète qu'il ne faut pas négliger, et au-delà d'elle, la pauvreté librement assumée est une façon symbolique de se dissocier quelque peu du système ambiant, responsable de la misère de tant d'hommes, de se solidariser avec tous les pauvres qui luttent pour se libérer des mâchoires de l'oppression des riches, et de témoigner par un style de vie simple qu il existe une «alternative» qui, si elle était adoptée universellement, ferait d'elle-même disparaître les inégalités.Elle est aussi 122 une façon de protester contre le gaspillage éhonté des ressources limitées de la planète qui caractérise toutes les sociétés d'abondance.C'est là la dimension politique de la pauvreté.Et le «vœu» de pauvreté.J'ai délibérément évité, tout au long de cet article de parler de «pauvreté religieuse» ou du «vœu» de pauvreté.Je ne crois pas qu'il existe une «pauvreté religieuse» distincte de la «pauvreté chrétienne» ordinaire, à moins que l'on ne veuille réserver le nom de «pauvreté religieuse» à une sorte d'artifice juridique par lequel on troquerait l'insécurité de la possession privée pour la sécurité de la propriété collective, et les exigences de la responsabilité personnelle pour le confort d'un système de permissions.Ce que j'ai dit jusqu'ici vaut, je crois, pour tout chrétien, quel qu'il soit.Se dire « pauvre » du simple fait qu'on a fait vœu de l'être serait pour le moins de la prétention.Sauf de rares individus engagés dans des situations radicales, les religieux et religieuses ainsi que le clergé de nos pays industrialisés ne peuvent guère se dire pauvres qu'en donnant à cet adjectif un sens allégorique qu'ignore le commun des mortels.Mieux vaudrait, pour éviter les ambiguïtés et les illogismes, parler de simplicité de vie, de sobriété, ou encore — lorsque tel est le cas — d'engagement ou de solidarité avec les pauvres.Celui qui, par son engagement dans un ordre religieux ou dans le clergé, a voulu se consacrer d'une façon spéciale à servir Dieu et ses frères, à la suite de Jésus de Nazareth, devrait normalement puiser dans cet engagement un stimulant additionnel à adopter une vie sobre et frugale, et devrait aussi y trouver le support institutionnel lui permettant d'aller très loin dans l'engagement pour les pauvres et dans le partage radical de leurs conditions de vie.La solitude du célibat, par exemple, rend possible des formes d'engagement que ne peut ordinairement se permettre quelqu'un ayant conjoint et enfants.L'appartenance à une communauté fraternelle devrait aussi permettre des situations d'engagement social et politique, surtout en pays du Tiers-Monde, qu'un individu isolé ne saurait souvent se permettre.Mais, fondamentalement, 123 les exigences de la pauvreté demeurent les mêmes pour tout chrétien.La pauvreté chrétienne étant en premier lieu une attitude du cœur, elle nous échappe dès qu'on prétend la posséder.Elle commence déjà à devenir nôtre dès qu'on la perçoit comme un appel personnel aux exigences illimitées et imprévisibles.Retraites pour l'automne 1982 21 au 28 novembre: Jean-Marie Côté, c.ss.r., «Les yeux fixés sur Jésus, notre Vie.» 17 au 19 décembre: Jean-Marie Côté, c.ss.r., «Pour célébrer Noël 1982.» Le monastère offre cette retraite et cette session avant tout pour les religieuses; elles sont ouvertes aussi aux religieux, prêtres et laïcs.Le monastère 161, Principale Aylmer, Qué.J9H 3N1 (819)684-1379 124 Les religieuses et la condition féminine: des femmes pour accompagner les femmes Dorothy Pertuiset * La condition féminine, est-ce une affaire qui concerne les communautés religieuses, la femme consacrée?Les religieuses, relèvent-elles suffisamment les défis de la société?S'impliquent-elles suffisamment?Peuvent-elles se dire qu'elles ont choisi la meilleure part et que les autres femmes doivent se débrouiller avec leurs problèmes?Pour les religieuses, parler de la condition féminine veut dire quoi?Que signifie revendiquer pour la femme une place dans les structures de pouvoir et de décision de l'Église?Ceci est sûrement une question aiguë qui concerne toutes les chrétiennes engagées, laïques et religieuses, et sur laquelle il faut chercher l'éclairage de théologiennes chevronnées.Il s'agira plutôt ici d'un appel à la femme consacrée à s'impliquer dans les problèmes de la condition féminine en apportant, par sa présence, son action et le témoignage de sa vie des attitudes et des solutions nettement orientées par des valeurs évangéliques.L'appel est adressé à des femmes pour accompagner les femmes, répondant ainsi au commandement de Jésus de «vous aimer les uns les autres comme je vous ai aimés».Signes d'une détresse Une étude des Nations Unies révèle que la situation mondiale de la femme accuse, depuis 1975, l'année marquant l'ouverture de * 2997, Valmont, Ste-Foy, Qué.G1W 1Z4.125 la Décennie de la femme, «stagnation et détérioration».Selon les statistiques, provenant de la même source, les femmes portent le fardeau des deux-tiers du travail dans le monde, tandis qu'elles ne gagnent que le dixième des revenus et ne sont propriétaires que d'un pour cent des biens.Dans notre continent nord-américain, nous déplorons le fait que les pauvres se trouvent majoritairement chez les femmes, que la stabilité de la vie familiale se trouve attaquée de tous les côtés, que la pratique de l'avortement augmente sans cesse, que les femmes sont quotidiennement victimes de la violence, que les maladies psychiques se trouvent surtout chez elles et qu'elles sont aussi les consommatrices principales des médicaments tranquillisants.'Ces phénomènes sont tous des signes d'une détresse dans notre société dont les femmes et les enfants sont les victimes principales.Et, où il y a détresse, le Christ appelle notre présence.Réponses aux problèmes Aujourd'hui, une tâche très spécifique nous est proposée, soit une mise en commun des préoccupations des répondantes à la condition féminine de chacune des communautés ici représentées, face aux problèmes actuels des femmes, et de dresser un plan d'action.En d'autres mots, il s'agit de définir les questions et les problèmes auxquels nos communautés religieuses pourraient apporter des réponses et des solutions, pas selon la sagesse des institutions et des organisations séculaires, mais à partir de la sagesse de Dieu et de l'esprit de l'Évangile.Traditionnellement, nos communautés religieuses ont œuvré dans les domaines de la santé, de l'éducation et des services sociaux.Or, aujourd'hui ce sont des champs d'activité occupés par les gouvernements.Ceci ne veut pas dire pour autant que tous les problèmes humains sont réglés par les gouvernements.Bien au contraire, car les gouvernements agissent de façon normative et réglementaire pour le bien commun, tandis que les problèmes et 126 les peines des individus se trouvent en dehors du normatif.L'amour, dont la personne a soif, ne se trouve pas dans le cadre des lois sociales mais dans les coeurs des hommes et des femmes à l'écoute.Au mois de juillet 1980, dans le cadre de la Décennie de la femme des Nations Unies, a eu lieu, à Copenhague, une Conférence mondiale.En parallèle, il y avait un forum des agences mondiales non gouvernementales et, afin de le préparer, il y avait eu deux rencontres préalables, à New York et à Genève, pour identifier les principaux problèmes à étudier.En voici quelques-uns, pour nous, au Canada: — l'orientation professionnelle des femmes retournant au marché du travail ; — la garde des enfants pour les femmes au travail; — la santé mentale et le stress psychologique chez la femme dus aux rôles sociaux changeants; — les problèmes spéciaux de la femme âgée; — la vie familiale; — la formation des garçons, aussi bien que les filles, à leur rôle parental ; — la jeune fille et l'adolescente; — les femmes immigrantes et réfugiées; — la femme en milieu rural.Moyens à privilégier Lors de notre rencontre du mois de février, Elizabeth Lacelle nous a parlé éloquemment du besoin de femmes pour accompagner les femmes, pour être à leur écoute, pour les aider à ressusciter à une vie d'espérance.Or, l'appel adressé aujourd'hui aux communautés religieuses a pour but d'inciter chacune à découvrir, selon sa mission et ses charismes, les moyens à privilégier pour accompagner leurs sœurs en difficulté et en période critique de transition.Il s'agit de leur apporter de l'amitié, de l'aide pratique, de l'aide matérielle à un prix 127 abordable; il s'agit de vivre avec elles dans leur milieu, pauvre ou plus à l'aise, pour leur témoigner la providence de Dieu et sa puissance d'agir dans leur vie.Il s'agit de suivre les pas des Filles de saint Vincent de Paul, de Jean Vanier et ses amis de l'Arche, de la mère Thérésa de Calcutta et ses compagnons.À l'issue de notre rencontre, chacune devrait être en mesure de répondre à une série de questions: — Suis-je prête à inciter ma communauté à s'engager dans l'action par rapport à la condition féminine ?ou à intensifier son action si elle est déjà engagée?— Si oui, quels sont les problèmes particuliers dont ma communauté pourrait, selon sa mission et ses charismes, se préoccuper ?— Quelles sont les personnes clefs à qui je devrais m'adresser pour obtenir un engagement de la part de ma communauté ?— Quelles seraient les difficultés pour l'obtenir?Quels seraient les facteurs pour faciliter un appui?— Aurais-je besoin d'aide ou de ressources externes?Lesquelles ?— Quels seraient les premiers pas simples et pratiques pour s'engager dans l'action?préparatifs, connaissances, habiletés professionnelles, ressources matérielles, personnelles, spirituelles ?— Y a-t-il des attitudes à changer ou à former?Lesquelles?Chez qui ?— Y a-t-il une opinion à former ?dans ma communauté ?dans l'ensemble des communautés?dans l'Église?— Quels pourraient être les moyens de le faire?les agences disponibles?les ressources nécessaires?Il s'agit de développer une stratégie d'action et de changement.Le rôle des répondantes à la condition féminine de chaque communauté n'est pas de tout penser et de tout exécuter elles-mêmes, mais d'activer, d'alerter et de canaliser un ensemble d'efforts et de ressources pour apporter une réponse évangélique à la condition féminine.128 Retraites intercommunautaires 1982 (religieux — religieuses) Au Lac Nominingue (Co.Labelle), à la Villa des Pères Jésuites, dans un décor naturel exceptionnel.Date: 1re retraite — du 16 août (soir à 20h) au 22 août (midi) Animateur : Père Roland Lachance, s.j.supérieur de la Résidence Saint-François-Xavier (Secrétariat de l'Apostolat International).Thème: Connaissance de Jésus-Christ avec saint Jean.Date: 2e retraite — du 23 août (soir à 20h) au 29 août (midi) Animateur : Père Jean-Louis D'Aragon, s.j.Recteur de la Maison Immaculée-Conception, professeur d'Écriture Sainte à l'Université de Montréal, animateur spirituel du mouvement des «Cursillos».Thème : Témoins à la suite du Seigneur Jésus, d'après saint Luc et les Actes des Apôtres.Renseignements : Jusqu'au 24 mai 1 982, à Montréal, 3233, Jean-Brillant H3T 1N7 — Tél: 738-2595 — 738-2764.Après le 24 mai 1982, à Nominingue, Comté de Labelle, C.P.68 — JOW 1 RO — Tél: (819) 278-3852.Inscriptions: par écrit, au Directeur, aux adresses ci-haut indiquées.Indiquer la retraite choisie — Nom — Adresse — Numéro de téléphone.Honoraires: $125.00 (tout compris) à verser à l'arrivée.Retraites pour l'automne 1982 (voir p.124) ' r%- • T .4M la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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