La vie des communautés religieuses /, 1 octobre 1982, Octobre
des communautés religieuses octobre 1982 La vie des communautés religieuses Directeur : Laurent Boisvert, o.f.m.Comité de rédaction : René Bacon, o.f.m.René Baril, o.f.m.Pierre BisaiIIon, o.f.m.Laurent Boisvert, o.f.m.Odoric Bouffard, o.f.m.Secrétariat : Rita Jacques, s.p.Bérard Charlebois, o.f.m.Courrier de la deuxième classe Enregistrement n°0828 Composition: Graphiti Impression : L'Éclaireur Ltée Rédaction et administration : La vie des communautés religieuses 5750 boulevard Rosemont Montréal, Canada H1T 2H2 Tél.: 259-6911 La revue paraît dix fois par an Abonnement : de surface: 9,50$ (45 FF) (300 FB) par avion 13,50$ (65 FF) (425 FB) Sommaire Vol.40 — Octobre 1982 Constantin Baillargeon, o.f.m., Déstabilisation sociale et «territoires» religieux Commission de formation, La formation des jeunes religieux William F.Hogan, c.s.c., Les Frères dans l'Église Dans le monde contemporain, les personnes vivent de plus en plus juxtaposées.Dans nos communautés, les religieux ne peuvent suffisamment exprimer leur personnalité.C'est la même crise d'identité qui tourmente laïques et religieux.D'où le phénomène du fief ou territoire, cet espace vital qu'on défend pour sauvegarder sa dignité humaine lorsque, par ailleurs, on reçoit peu de gratification.Les supérieurs doivent aider à résoudre le phénomène des fiefs.L'équipe pointe trois lignes de force relatives à la formation des nouveaux religieux: la vie de prière, la solidarité avec les pauvres et la vie fraternelle.Elle affirme en outre qu'il faut créer un genre de vie correspondant aux exigences d'une culture.Les Frères apportent une contribution spéciale à la vie de l'Église.En plus d'être, selon leur vocation, témoins des valeurs évangéliques, ils partagent avec les autres leur expérience du Christ.Ils aident la croissance du Peuple de Dieu. Déstabilisation sociale et «territoires» religieux Constantin Baillargeon, o.f.m.* S'il est une constatation qui est devenue banale en sociologie, c'est celle de la baisse de la convivialité dans l'existence contemporaine.Maints observateurs soulignent qu'on vit de moins en moins ensemble dans le monde d'aujourd'hui, qu'on y connaît de moins en moins la sympathie et la chaleur humaine.On est, paraît-il, des individus juxtaposés, qui se croisent sans se regarder, se frôlent sans se parler, se quittent sans s'être contactés.Les écrivains, pour leur part, parlent d'un monde de monades fermées sur soi, de zombies allant droit devant eux sans rien voir.Univers morose certes, que le peintre américain George Tooke a dramatiquement représenté dans son tableau Le métro: hommes et femmes aux vêtements lugubres, aux attitudes mornes et aux visages hagards, évoluant dans un décor froid de métal et de béton ! Y a-t-il un lieu au monde où l'esseulé peut se sentir plus abandonné de tous que parmi «la foule solitaire»1 d'une grande ville moderne?Les experts ont longuement analysé les causes de ce relâchement du tissu social contemporain : arrachement au milieu naturel, extension démesurée des villes, caractère déshumanisant des tâches et des horaires, multiplication des lois et des règlements.Le dénominateur commun qui synthétise peut-être le mieux toutes ces explications, c'est la rationalisation excessive de la vie.Appliquant à l'humain les méthodes mathématiques des sciences physiques, les technocrates qui nous gouvernent croient assurer le mieux-être des hommes en le soumettant au calcul des ordinateurs.Ils * 5750 boulevard Rosemont, Montréal, Qué., H1T 2H2.7.On se souvient que «La foule solitaire», c'est le titre d'un livre de David Riesman (The Lonely Crowd), publié en version française chez Arthaud, Paris, 1964.226 rêvent de faire progresser la société à coup de plans quinquennaux et de regroupements divers, d'autant plus gênants qu'ils ont l'air plus logiques et plus rationnels.Dès la maternelle, le petit d'homme d'aujourd'hui doit s'habituer à se faire trimbaler dans les autobus scolaires.Dès son secondaire, il doit, sans se tromper, se choisir une case dans l'immense quadrillage des options professionnelles, où se fabriquent en série les pions spécialisés que les grandes entreprises déplaceront de ville en ville.Mais, comme la technique moderne évolue très vite, les pions spécialisés se démodent eux-mêmes rapidement et il leur faut se recycler périodiquement.Il se trouve donc que l'homme et la femme d'aujourd'hui doivent changer constamment de métier, de milieu, d'amis, d'appartenances et de solidarités, pour ne pas dire de loyautés.Il n'est pas aisé de conserver son équilibre et son identité quand on se fait amputer de ses liens au fur et à mesure qu'ils s'établissent ! Les plus forts et les veinards y réussissent déjà avec peine.Les faibles et les malchanceux sont exposés à y laisser leur peau.Guettés par le chômage, l'inaction prolongée, le sentiment d'inutilité et le doute de soi, ils sont des candidats tout trouvés pour la drogue, la délinquance, voire le suicide.Quand une Nicole Beauchamp écrit dans La Presse de Montréal du 13 mars 1982 que, chez les adolescents et jeunes adultes de 15 à 30 ans, le suicide occupe le deuxième rang des causes de mortalité, le premier en importance après les accidents de la route, on se dit que quelque chose ne tourne pas rond dans cette vie hautement sophistiquée à laquelle est parvenu l'homme d'ici.C'est un homme fortement secoué et déboussolé, un être mal dans sa peau, profondément insatisfait.Le contrecoup, ches les religieux, de l'atomisation sociale Pareille épidémie d'inconfort psychologique et de mal de vivre a forcément son contrecoup sur les milieux religieux.Car, en cette ère de la toute-puissance des médias, aucune barrière, aucune clôture, si étanches soient-elles, ne peuvent protéger les groupes les mieux abrités.Les communautés ont leur part des problèmes suscités par la révolution technico-sociale universelle, dont notre fameuse «Révolution tranquille» n'était au fond qu'un épisode 227 régional, très ponctuel.Le mal dont nos religieux souffrent, dans leur univers dévalorisé et subitement rétréci comme une peau de chagrin, c'est de ne pouvoir suffisamment exprimer leur créativité et leur personnalité profonde.En somme, ce qu'ils vivent sous une forme plus ou moins consciente, c'est une crise d'identité analogue à celle qui tourmente tellement de leurs contemporains laïques.Entrés en religion au temps de la chrétienté, ils n'arrivent plus à se retrouver dans le monde déconcertant de la diaspora post-industrielle: ce sont, en fin de compte, des personnes déplacées! Le statut social des religieux sous la chrétienté Le Québec, tel que je l'ai connu à mon ordination en 1945, était un parfait échantillon de chrétienté.L’Église-institution y était prestigieuse et écoutée.L'éducation aux niveaux primaire, secondaire et universitaire était pratiquement tout entière sous sa coupe.Par les religieuses, le milieu hospitalier aussi dépendait d'elle.Il n'y avait pas jusqu'aux syndicats qui ne fussent jusqu'à un certain point sous sa mouvance: car il ne faut pas oublier que la très turbulente C.S.N.a commencé par être la très catholique C.T.C.C.On commettrait un anachronisme si l'on s'imaginait que cette hégémonie de l'Église était supportée avec l'impatience qu'elle rencontrerait aujourd'hui.En 1945, on était bien vu socialement quand on faisait partie du clergé ou d'une communauté.Qu'on se rappelle seulement la rubrique Adieu au monde sous laquelle les grands journaux du temps publiaient la photo des jeunes gens et des jeunes filles qui s'orientaient vers les carrières cléricales ou religieuses.Cette publicité paraissait aussi naturelle que les photos de fiançailles ou de mariage qui ornaient alors les pages des mêmes quotidiens.Les domaines où s'exerçait prioritairement le zèle des religieux et religieuses étaient, outre la prédication et la pastorale paroissiale, réservées aux clercs, l'enseignement et l'hospitalisation.Appréciés et soutenus par les gouvernements du temps, dont ils allégeaient les fardeaux, petits séminaires et collèges, écoles de campagne et de ville, hôpitaux, crèches, hospices et foyers tournaient à plein rendement.Leur réussite faisait paraître moins lourds les très durs sacrifices consentis par leurs personnels et 228 leurs directions.Les religieux vivaient alors exactement ce que vivent les armées d'invasion lorsqu'elles sont victorieuses: la gratification qu'apporte le succès unifie les effectifs et fait oublier les souffrances endurées.L'on était heureux de participer à une grande et belle entreprise et la santé psychologique de chacun s'en ressentait pour le mieux.Les malaises des religieux optant pour le travail en milieu laïc Lorsque, vers les années soixante, les vocations commencèrent à tarir, les communautés, à court de personnel, durent adjoindre des laïcs aux grandes entreprises qui mobilisaient leurs sujets.Plus tard, lorsque la propriété des hôpitaux, des collèges et des écoles passa massivement au gouvernement, il fallut décider si on resterait dans le milieu ou pas.Bon nombre de religieux et de religieuses restèrent.Ce faisant, ils entraient, sans le savoir, dans un monde tout à fait différent, celui du travail des Temps modernes de Chariot, un travail standardisé avec des rythmes exigeants, une atmosphère souvent contestataire et des règlements toujours plus minutieux.Dans ce climat tendu et dépressogène, il devenait plus difficile de concilier vie professionnelle et vie religieuse.Esquintés physiquement et psychologiquement, un nombre impressionnant de religieux y laissèrent leur vocation.Ceux de leurs confrères qui réussirent à tenir le coup tout en travaillant pour des patrons laïcs sont ceux qui eurent la chance de trouver une gratification suffisante auprès de leur clientèle.Pour avoir un exemple précis, pensons ici aux aumôniers d'hôpitaux.Ils sont ordinairement heureux, parce qu'ils trouvent auprès de leurs patients une valorisation semblable à celle que les fidèles des paroisses apportent à leurs curés et à leurs vicaires : l'image d'eux-mêmes qui leur est renvoyée est positive et tonifiante.Rassurés sur leur valeur personnelle, ils vivent sans trop d'efforts leurs rapports avec leurs confrères religieux et leur communauté.Mais pour peu que leur adaptation à leur milieu de travail soit défectueuse, le religieux ou la religieuse engagés à l'extérieur trouvent sensiblement plus pénibles ces mêmes relations.Moins 229 sûrs d'eux-mêmes, ils sont portés à s'affirmer davantage, voire à se raidir.Si les choses vont plus mal, ils font état de leur salaire, qui est la preuve tangible de leur efficacité.Ils se cramponnent surtout à leur voiture, avant tout instrument de travail, mais aussi commodité prestigieuse qui permet des relations sociales valorisantes, des loisirs choisis et des vacances de fine qualité.Je sais bien, pour avoir été chauffeur moi-même, que l'usage de l'automobile n'est pas toujours aussi agréable qu'il y paraît.Lorsqu'il faut conduire en hiver, sur des routes verglacées, que les vitres se givrent, que le moteur se met à avoir des ennuis, ce peut même être une affreuse corvée.Mais le confrère non-motorisé, qui doit à longueur d'année prendre les incommodes transports publics et renoncer à se rendre aux multiples points des périphéries où les services sont trop lents ou inexistants, regarde avec un œil d'envie ces privilégiés qui vont où ils veulent, quand ils le veulent et sans perdre de temps, qui peuvent en plus se permettre d'obliger leurs amis ou leurs amies.Certes il y a des religieux chauffeurs qui prêtent volontiers leur voiture.Mais à quoi bon farder la réalité?Chacun sait fort bien qu'en matière d'autos la priorité d'usage devient aisément une exclusivité pure et simple.La Corvette MV4582 a beau, théoriquement, appartenir à la communauté, tout le monde sait qu'elle est en fait l'auto du P.Untel, point, et la désigne constamment de cette façon.Il en va de même de son aire de parking, marquée de son nom.La langage non-verbal peut être ici plus révélateur que les plus fortes dénégations.Lorsque je demande au P.Untel si je peux emprunter son auto ce soir, il ne me dit pas non, mais son visage exprime une telle contrariété intérieure que je me promets bien de ne plus jamais la lui redemander! Pas commode à régler, parce que très piégée, cette question des autos dans les communautés! D'abord, diront les usagers «prioritaires», les autos, c'est comme les machines à écrire: si le tout venant s'en sert à volonté, elles sont mal entretenues, s'usent vite et sont exposées à ne pas être là ou à faire défaut au moment précis où on en a le plus besoin.Ce n'est pas là-dessus que le contredira son confrère piéton.Car ce qui le blesse, lui, c'est l'usage que le P.Untel fait de son auto pour ses relations non-professionnelles, ses loisirs et ses vacances.Dans l'expérience concrète de la vie religieuse, il a constaté que l'existence des 230 priorités en matière d'autos divise les communautés en deux classes : les motorisés et les non-motorisés, les motorisés étant les aristocrates et les non-motorisés la plèbe, le petit peuple2.On pourrait discuter à perte de vue sur ces arguments et sur leur bien-fondé ! L'affaire des autos me paraît impossible à régler par des lois générales, tant il y a de cas d'espèce3 ! Mais le silence significatif qu'on garde habituellement sur cette question et l'acrimonie avec laquelle on la discute quand elle est mise sur le tapis me paraissent indiquer hors de tout doute qu'elle est un point névralgique.Pour être plus précis, je crois que l'automobile qui devient un bien personnel et exclusif correspond à ce que les spécialistes du monde animal appellent le territoire, cet espace vital que le quadrupède ou l'oiseau défendent avec une énergie d'autant plus farouche qu'il représente pour eux non seulement l'autonomie et le prestige mais aussi la survie.De même que nos frères inférieurs, nous avons probablement tous besoin d'un minimum de «territoire» pour sauvegarder notre dignité d'hommes.C'est un fait, en tout cas, que les vieux ordres religieux, y compris les mendiants, si sévères sur le chapitre de la pauvreté, ont accordé depuis longtemps à tous leurs sujets le quant à soi minimal de la cellule individuelle.Celle-ci peut être considérée comme une « base 2.Certains trouveront cette phrase choquante.Elle n'est pourtant que la transcription très édulcorée d’une tirade aussi véhémente que douloureuse que m’a servie un jour un de mes « sujets».Ce religieux: âgé d'environ soixante-dix ans, était d'une générosité peu commune.Mais ce jour-là il avait sa claque et le fonds du sac est sorti.Ceux qui usent des voitures depuis des années — j'ai moi-même mon permis depuis 1968 — ont du mal à deviner les traumatismes que les inégalités dans l'usage des autos engendrent chez certains de leurs confrères.On a beaucoup parlé ces années-ci d'option en faveur des pauvres.Se rend-on compte que le fossé entre riches et pauvres existe aussi à sa manière en certaines communautés et que c'est sur ce point précis des autos et des voyages qu'il est le plus marqué?H y a là quelque chose qui rappelle l'ancienne « distinction des catégories », dont je n'aurais jamais cru, avant d'être supérieur, qu'elle pouvait susciter des rancœurs aussi vivaces chez de saints vieux religieux.Quand on est mis dans une situation favorable à l'écoute, on en apprend des drames ! J'exprime ce qui précède « au nom des silencieux » qui m'en ont fait part.3.J'ai connu, par exemple, un religieux qui par esprit de pauvreté a remis «sa » voiture à la communauté.Strictement, avec te travail qu'il faisait, il n'en avait pas besoin.Mais psychologiquement c'était autre chose : vu ce qui est arrivé après, il aurait dû la garder.231 territoriale».Et, pour emprunter les mots du biologiste Desmond Morris, «l'automobile et le bureau sont des sous-territoires, des prolongements de la base»4.On comprend mieux dès lors que l'usager qui s'y est fortement identifié les défend comme il se défendrait lui-même, quand il les croit menacés.Les malaises des religieux qui travaillent «intra muros» On pourrait être porté à penser que le phénomène des territoires, qui, chez l'homme, pourrait être appelé avec plus de justesse le phénomène des fiefs, a moins de chances de se manifester chez ceux qui ne travaillent pas à l'extérieur, mais se consacrent aux différents services internes ou externes de leur communauté.C'est oublier que la sur-affirmation du territoire ou du fief s'enracine dans une insécurité psychologique et qu'elle a tendance à se reproduire dès que l'activité exercée par le sujet n'est plus assez gratifiante.Or comment ne pas s'apercevoir que maintes fonctions intra-conventuelles ont perdu de leur lustre d'autrefois?Dans ce monde fortement hiérarchisé, mais aussi fortement structuré, qu'était le monastère de jadis, les tâches étaient mieux définies et surtout mieux appréciées.Je me souviens de l'admiration et de la déférence que, jeunes novices, nous portions aux responsables des offices assurant la bonne marche de la communauté: frères de «maintenance» et d'«humilité»5, chauffeurs, jardiniers, cuisiniers, cordonniers, lingers, bibliothécaires, relieurs, sacristains et que sais-je encore.Certaines de ces fonctions ont gardé leur prestige et donc leur capacité de valorisation.D'autres, pas.Cela explique que certains postes, comme celui de cuisinier, qui était extrêmement exigeant et qui était sans cesse exposé à la critique, n'aient presque plus de titulaires religieux dans les communautés d'hommes.On les confie maintenant à des employés laïcs qui, eux, ont des horaires fixes et des congés nombreux, qui leur permettent de se défouler quand leur travail ne 4.D.Morris, Le singe nu, Paris, Grasset, 1968, p.204.5.Les frères de « maintenance » et d'« humilité » étaient les religieux préposés respectivement à l'entretien généraI et à ta propreté.232 les satisfait pas.Les quelques offices qui restent entre les mains des religieux voient leur prestige sans cesse érodé par l'évolution de la vie moderne.Le tailleur d'aujourd'hui, par exemple, concurrencé par les magasins de prêt-à-porter, n'est plus le magicien qui confectionnait de pied en cap la garde-robe de ses confrères.Et, chez les franciscains, le dernier cordonnier qui reste fabrique moins de sandales qu'il ne répare de chaussures achetées dans les magasins à rayons ! Les titulaires que la nature a doués d'une solide assiette psychologique prennent ici les choses en philosophes.Mais les plus inquiets ont tendance à faire de la surcompensation.Faire de la surcompensation, c'est essayer de revaloriser, en en renforçant les contours et les barrières, le domaine dont on a charge.Le responsable veillera sur son poste avec des yeux d'Argus, il tiendra sous clef les locaux qu'il occupe et contrôlera sévèrement tout ce qui s'y passe: c'est devenu un prolongement de sa personne, autrement dit son territoire et son fief.Tous les offices peuvent, en vertu de ce mécanisme psychologique, devenir des territoires et des fiefs, où les religieux de la maison n'entreront qu'avec une certaine gêne, parce que le titulaire leur fera sentir de façon plus ou moins subtile qu'ils ne sont pas chez eux, mais chez lui.Ai-je besoin de dire que les postes comme l'économat, la procure, n échappent pas à cette menace ?J'ai connu et connais encore des économes merveilleusement fraternels; mais j'en ai connu aussi qui traitaient l'argent de la communauté comme s'il avait été leur argent.On devine les maux de tête supplémentaires que pareils cloisonnements des offices occasionnent aux supérieurs.Comment gouverner une communauté dont chaque département est une principauté indépendante?Mais c'est encore sur la vie commune que le phénomène des fiefs a le plus d'effets négatifs.Et les premiers à ressentir ces effets négatifs, ce sont les titulaires eux-mêmes.Il fallait s'y attendre.Car l'homme n'est pas un Robinson Crusoé moral, un être fait pour se réaliser en vase clos.Si la philosophie thomiste le définissait comme un vivant raisonnable, il est beaucoup plus profondément encore un vivant fraternel, un être fait pour la communion, en un mot une personne.Les faits le démontrent à l'envi.Car un être humain, ou bien ça communie 233 avec les autres ou bien ça se détraque.C'est ce qu'avait déjà compris le rédacteur du vieux texte de la Genèse : « Il n'est pas bon que l'homme soit seul»6.Les refuges de la Y.M.C.A.connaissent bien ces types d'hommes que le manque chronique de liens et la solitude affective ont rendus bizarres, intolérants, paranoïaques.Il serait paradoxal que les communautés religieuses, dont le psaume 133 constitue en quelque sorte le chant de ralliement7, aboutissent à produire chez elles des répliques de ce qu'on voit dans les refuges: des isolés, des repliés sur soi, des misanthropes chroniques, évoluant lentement mais sûrement vers une sorte d'autisme ! Certaines communautés d'autrefois ne laissaient peut-être pas à l'individu suffisamment de champ, de zone pour la vie privée8.Mais il faut prendre garde de ne pas sauter à l'autre extrême.L'excès de compartimentation, de cloisonnement dans une communauté ne vaut pas mieux que le manque de vie privée : ce sont toujours les personnes qui en souffrent.Le phénomène des fiefs est la poursuite d'un mirage Ce qui rend le phénomène des fiefs difficile à extirper, c'est qu'il est fondamentalement une recherche d'évasion basée sur une illusion, autrement dit la poursuite d'un mirage.Et, bien loin de voir son cas comme une déviation, le sujet la voit comme une réalisation positive, une réussite: ne s'est-il pas imposé, n'a-t-il pas prouvé qu'il était quelqu'un ?À la limite, il ira jusqu'à se faire une gloire de passer pour mauvais coucheur, ce qui évidemment n'aide pas à son intégration dans son milieu.Mais il faut se rappeler qu'au fond de n'importe quel durcissement psychologique il y a toujours un sentiment d'insécurité, la conscience d'un manque et d'une vulnérabilité.Il y a une parenté entre le comportement du religieux 6.Genèse, ch.2, v.18.7.Ce psaume commence, en latin, par le verset «Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum », que jadis on chantait aux prises d'habit et de profession.Ces mots latins se traduisent en français par les paroles suivantes : «Voyez! qu'il est bon, qu'il est doux d'habiter en frères tous ensemble h Ce n'était pas si mal, d'autant plus que les autres versets du psaume étaient somptueusement poétiques ! 8.« Quand on veut pleurer en paix, me disait un jour une religieuse sérieuse et fervente, on n'a guère que la salle de bain où se cacher.Ailleurs il y a du monde partout h 234 qui s'aliène ses confrères pour affirmer son empire sur son domaine et la conduite du jeune homme ou de la jeune fille qui se droguent parce qu'ils n'ont plus d'emploi et qu'ils se sentent inutiles.Il faudrait citer tout entier ici le remarquable parallèle que Karl Stern fait entre la recherche de la puissance et le besoin de la drogue : « La phénoménologie de la puissance et celle de la narcomanie, écrit-il, présentent de remarquables parallélismes.Le narco-mane qui en est à sa première expérience de la drogue éprouve de l'euphorie, une extraordinaire sensation de bien-être.Mais le schéma change: le narcomane sevré de sa drogue n'est pas simplement un homme normal qui n'éprouve aucun bonheur: il souffre.La dose nécessaire pour repousser la souffrance augmente inexorablement.Notre homme est devenu un tonneau des Danaïdes: quelle que soit la dose qu'il absorbe, il lui en faut toujours plus»9.On retrouve, selon Karl Stern, les mêmes symptômes dans la recherche excessive de l'affirmation de soi par le pouvoir: «Une loi mystérieuse nécessite qu'on augmente la dose pour arriver au même résultat.En vérité, l'apogée n'est jamais atteint, pas plus qu'en narcomanie.Il faut toujours verser dans ce tonneau qui fuit.Finalement toute liberté disparaît, le sujet est encadré dans un système de forces aussi contraignant que celui de la matière»10.L'empire des fiefs se desserre par le déblocage du champ de conscience Si la tyrannie des fiefs est un phénomène qui ressemble à la narcomanie, si elle est, comme celle-ci, fixation des énergies sur un mirage, sur une satisfaction trop illusoire pour apporter la valorisation cherchée, cela veut dire que, tourmenté par son échec à se faire reconnaître, le sujet a jusqu'à un certain point perdu contact avec l'ensemble de la réalité.Son champ de conscience s'est atrophié.Dès lors la première démarche à poser pour le faire 9.K.Stern, Refus de la femme, Montréal, Éd.HMH, 1968, p.282 10.Ibidem, p.233.235 sortir de sa fixation hypnotique, c'est de lui faire reprendre contact avec tout le réel, lui faire voir ce qui se passe en dehors du microcosme artificiel de son couvent.S'il réussit à le regarder vraiment une bonne fois, ce réel intégral, il aura des chances de s'apercevoir que la vie change à toute vitesse de par le vaste monde et qu'il doit s'y adapter comme les autres.Dans cette opération, le rôle fondamental des supérieurs est d'ouvrir les fenêtres, de combattre le passéisme et l'immobilisme.C'était déjà ce que faisait il y a vingt ans le cardinal Léger dans une allocution adressée aux supérieures majeures de tout le Québec11.C'était ce que faisait à son tour le P.Koser, général des Franciscains, dans une allocution prononcée au Mexique, le 15 août 1969, devant des religieux de son ordre: «Dans le passé, expliquait-il, il arrivait un jour où la formation intellectuelle était comme achevée et où l'on pouvait vivre sur le capital acquis.Cette situation n'existe plus.La formation intellectuelle doit être continuelle précisément parce que tout est en mouvement, y compris la théologie, qui suit le rythme actuel.Celui-ci est si rapide que pratiquement on peut considérer comme dépassés tous les manuels au moment où ils sont édités.L'actualité théologique ne peut plus se trouver dans les livres, mais dans les revues spécialisées.Dans ce secteur, qui est nôtre, nous devons obligatoirement entrer dans le mouvement.Je crois qu'aujourd'hui le retard dans la formation intellectuelle est un péché grave»12.Les âmes pieuses et religieuses ont une propension au conservatisme Ces choses ont été dites et redites il y a dix ans, vingt ans.Mais dans quelle mesure ont-elles été entendues ?Se pourrait-il que les âmes pieuses soient parfois plus myopes que les autres et qu'elles prennent plus de temps à constater ce qui se passe autour d'elles ?C'est en tout cas une impression qu'il m'est arrivé d'avoir en 7 7.Paul-Émile Léger, La religieuse enseignante aujourd'hui, Montréal, Fides, 1962.12.Constantin Koser, O.F.M., Conférence donnée aux franciscains du Mexique à Celaya (Guanajato), le 15 avril 1969.Texte manuscrit.236 écoutant les excellents chrétiens qui fréquentent les centres de ressourcement chrétien.Combien de fois, au cours d'entretiens privés, ai-je vu des parents exemplaires se culpabiliser au sujet de l'incroyance de leurs enfants et s'incriminer pour leurs écarts de conduite ! Ils n'avaient pas l'air de s'apercevoir que le phénomène de la déchristianisation et de la baisse des valeurs évangéliques est un fait planétaire.Ils lisent bien les journaux, mais ils ne semblent jamais y avoir vu que la très catholique Italie, par exemple, vote marxiste à un pourcentage qui paraîtrait effarant ici et que, malgré les objurgations du Souverain Pontife et des évêques italiens, elle a approuvé majoritairement la légalisation de l'avortement.Aux dernières retraites toutefois j'ai cru constater, par rapport à ce que j'avais vu il y a trois ans, un très net progrès dans la prise de conscience : on se lamentait moins sur l'inévitable et l'on avait des attitudes plus positives envers l'avenir.Parce que moins directement interpellés par les faits, les religieux m'ont l'air d'être encore plus lents à déchiffrer le sens des événements contemporains et d'en reconnaître l'impact dans leurs propres vies.Ils voient bien certaines choses significatives se produire dans les couvents, mais on dirait qu'ils n'en saisissent pas les implications.Il y a longtemps, par exemple, que les communautés de femmes ont liquidé leurs grandes fermes et que les potagers ont disparu de la cour des monastères.S'est-on demandé pourquoi?S'est-on demandé davantage pourquoi la race des cuisiniers et des lingers est en voie d'extinction dans les couvents d'hommes?Bien d'autres faits sont en marche qui ébranleront à leur tour l'équilibre traditionnel de la vie religieuse et chambarderont son économie matérielle et spirituelle.N'ayons pas peur de regarder ces faits en face, de les analyser comme il faut et d'évaluer leur potentiel de transformation sociale.Cet examen nous déculpabilisera et nous décontractera.Car il nous fera toucher du doigt à quel point notre destin de religieux est lié à celui de la société qui nous entoure.Nous sympathisons avec les ouvriers des filatures qui deviennent chômeurs parce que le textile n'est plus une industrie rentable.Nous sympathisons avec les congédiés de Pratt et Whitney, dont les maisons neuves sont invendables parce que personne n'a 237 intérêt à les acheter dans des quartiers qui se vident.Ces sentiments nous honorent : ils sont en consonance avec nos options en faveur des pauvres et des démunis.Mais nous demandons-nous si ces bouleversements sociaux, qui créent tant de malaises autour de nos maisons, ne pourraient pas aussi créer des drames à l'intérieur même de nos cloîtres ?Autrement dit, s'ils ne pourraient pas provoquer chez nos frères aussi des dérangements profonds qui les obligeraient à partir de zéro comme certains laïcs?A-t-on jamais pensé, par exemple, au drame du spécialiste des langues anciennes qui, après avoir travaillé des années à maîtriser le latin et le grec, se retrouve sans emploi parce que ses connaissances sont une monnaie qui n'a plus cours?Ou au drame de cet autre surspécialisé, le professeur de philosophie qui, après avoir longtemps trimé sur les philosophies antiques et médiévales et s'être recyclé de peine et de misère dans les abstruses néo-sagesses enseignées aujourd'hui, se retrouve, pour finir, catéchète de fillettes du primaire ou aumônier d'un foyer de vieillards?Quand on aura bien réfléchi sur quelques faits de ce genre pris à même le vif de notre vie, on sera moins étonné de voir certains religieux se cramponner aux résidus des charges qui les ont valorisés jadis.On comprendra mieux le phénomène des fiefs! Les supérieurs doivent aider à résoudre le phénomène des fiefs Ici, un immense effort doit être fourni par les supérieurs.Il s'agit pour eux de favoriser les secondes ou troisièmes carrières qui permettront à leurs sujets de s'épanouir à nouveau dans des domaines suffisamment conformes à leurs goûts et à leurs aptitudes.Il ne faudrait pas trop rêver en couleurs cependant et attendre des autorités des choses qu'elles ne peuvent donner.Pour avoir été dans l'administration de ma province quelques années, je sais à quel point les supérieurs majeurs sont débordés par les temps qui courent et à quel point leur marge de jeu est réduite.Leur personnel diminuant et vieillissant sans cesse, ils doivent corrélativement effectuer des replis constants.Or le problème numéro un dans une armée qui bat en retraite est d'éviter que les replis se transforment en déroute: cela exige des officiers d'une qualité supérieure.Ces officiers, ce sont les supérieurs locaux, qui doivent 238 savoir appliquer courageusement les mesures appropriées aux temps que nous vivons.Il y a là un faisceau de contraintes qui ne permettent pas aux autorités de toujours satisfaire comme elles le voudraient les désirs d'épanouissement de chacun de leurs religieux.Mais le recyclage convenable de ceux-ci doit toujours rester une de leurs préoccupations maîtresses.C'est une tâche qui ne peut d'ailleurs se réaliser qu'avec la pleine collaboration des sujets eux-mêmes, qui ne devront pas avoir peur de s'exprimer, de dévoiler leurs problèmes à leurs supérieurs et discuter avec eux des virtualités inexploitées qu'ils portent en eux.Il y a chez tout être humain une certaine dose de plasticité et de polyvalence, qui permet bien des recommencements et le remplacement d'anciennes excellences par des excellences nouvelles.On cherchera peut-être assez longtemps sa voie et, une fois celle-ci trouvée, on marchera peut-être moins vite qu'auparavant.Mais au moins on fonctionnera convenablement.«Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage» Il reste que l'opération, si bien menée soit-elle, ne peut qu'être délicate et souvent douloureuse.Car il s'agit d'une ergothérapie sociale qui peut aussi se compliquer de chirurgie ! Cela demande chez les supérieurs du doigté, de la patience et un grand respect pour les personnes.S'il leur faut parfois s'imposer pour dénouer des situations bloquées, ils doivent le faire avec sérénité, sans bousculer les lents ni malmener les gauches et les maladroits.Et si d'aucuns continuent à se cramponner à leurs fiefs, ils se souviendront qu'on ne saurait taxer de manque de détachement des religieux qui ont donné au Seigneur le meilleur de leur jeunesse et de leur maturité.L'or pur ne se change pas du jour au lendemain en un plomb vil ! Les preux de jadis ont simplement vieilli, c'est tout.Ils n'ont pas eu le temps de digérer tout à fait les révolutions qui ont anéanti leur monde familier et ils n'arrivent pas à croire que certaines choses qu'ils aimaient sont disparues pour toujours.Ils revivent, en somme, l'expérience des judéo-chrétiens, qui avaient du mal à comprendre que l'on tînt pour lettre morte des pratiques 239 comme la circoncision et l'abstention de certaines viandes, pratiques pour lesquelles leurs pères avaient subi le martyre pas si longtemps auparavant.Mais, si on prend le temps de bien leur expliquer les situations et les décisions qu'elles imposent, nos religieux sauront, à l'heure marquée, vivre à leur tour le sacrifice demandé à leur ancêtre dans la foi, le vieil Abraham : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va dans la terre que je te montrerai»13.Car leur lot, c'est le Seigneur, et le don radical qu'ils ont fait en entrant en communauté, ils peuvent le répéter.Leur surprise sera peut-être de découvrir les incroyables potentialités de renouvellement que l'Esprit assure aux âmes généreuses.«Ta jeunesse se renouvellera comme celle de l'aigle»14, avaient-ils entendu chanter bien des fois quand ils étaient plus jeunes.Comme c'était formulé en latin, ils n'avaient pas compris ce que cela voulait dire! Le «grand dérangement»15 qui affecte toutes les communautés canadiennes leur donnera peut-être l'occasion de le comprendre à fond.Et peut-être y atteindront-ils du même coup des sommets absolument inédits de contemplation ! 13.Genèse, ch.12.v.1.14.Psaume 102, v.5.15.Pour les lecteurs qui ne seraient pas familiers avec l'histoire canadienne, je signale que le « Grand dérangement » par excellence, ç'a été la déportation des Acadiens en 1755.240 La formation des jeunes religieux * Commission de formation Ce qui suit veut exprimer le point de vue des frères aînés qui accompagnent les jeunes religieux dans leur temps de formation.Ces notes se veulent un rapport d'étape.Voici où nous en sommes rendus depuis la reprise de la formation en Province, due à la venue de nouveaux frères.Ce que nous vivons maintenant au niveau de la formation nous semble l'aboutissement d'une ligne de recherche persévérante depuis plusieurs années.Les jeunes qui arrivaient véhiculaient un ensemble d'appels et de convictions évangéliques qui nous ont interpellés.Ensemble, les jeunes frères, la Commission de formation et le Conseil provincial en sont arrivés, au fil des événements et en fidélité, nous l'espérons, avec notre vocation franciscaine, à ce que nous essayons de décrire dans ces pages.Nous exprimerons ici un vécu qui continue à faire l'objet d'une vigilance et d'un discernement constants, et nous décrirons une vision de la vie franciscaine que nous partageons avec les confrères en formation.Ce que nous vivons avec les nouveaux frères, et les certitudes que nous avons acquises avec eux nous semblent être une Bonne Nouvelle qui appartient à tous les frères de la Province et qui peut nous stimuler tous à reprendre, si jamais nous l'avions laissé tomber, le bâton du pèlerin.Nous portons également des interrogations et des hésitations, et pour cela aussi nous sommes heureux de pouvoir compter sur votre présence.* Préparées pour la province canadienne des Capucins, ces pages alimenteront la réflexion de ceux et celles qui s'interrogent sur la formation des jeunes religieux et religieuses.241 I.Objectif de la formation 1.Vivre la vie évangélique franciscaine capucine Si nous voulions pointer trois lignes de force que nous essayons de développer tout au long du processus de formation, nous pourrions nommer : la vie de prière, la solidarité avec les pauvres et la vie fraternelle.a) La vie de prière, traduite très souvent par les premiers franciscains, en termes d'ermitage et par les premiers capucins en termes d'oraison, nous souhaiterions en faire la préoccupation prioritaire dans tout le processus de formation, comme d'ailleurs le cœur de la vocation franciscaine.La prière vue comme une recherche de Dieu pour lui-même, en face-à-face, et également comme une attitude de vigile constante qui nous permet de discerner une présence à travers les multiples médiations de l'existence quotidienne, dans laquelle l'Esprit nous précède.Ce regard et cette écoute contemplatifs des personnes, des événements et des choses nous arrachent au piège de la dichotomie action-contemplation, nous situent en relation de confiance face à la vie, rendent plus aigu le discernement par rapport aux forces de récupération qui nous menacent constamment, bref corrigent au besoin une vision de Dieu et de la vie qui serait plus le fruit de l'imagination qu'une fidélité au réel.b) La solidarité avec les pauvres, souvent traduite, à partir de la première expérience franciscaine, par la rencontre des lépreux, ou par le terme de « mineurs», et en termes capucins par «ascèse», nous apparaît aussi comme un trait fondamental de notre genre de vie.Nous considérons comme un acquis théologique le fait que Jésus nous envoie prioritairement vers les pauvres, parce que c'est le chemin qu'il a lui-même suivi, en convoquant tout le monde sur ce chemin, comme seul menant au Royaume.Et il nous semble que l'option radicale de François en faveur des exclus d'Assise qu'étaient les lépreux devient pour nous normative.De telle sorte que le frère mineur, en tout lieu et avec toute personne, se portera comme par instinct vers le plus faible.Il n'aura pour cela à mépriser personne, mais face à chacun, ses options apparaîtront comme 242 transparentes, comme elles le furent pour François face à son père, au jour du dépouillement devant l'Évêque d'Assise.Pour nous assurer que les nouveaux frères ne passeront pas entre autres, à côté de l'aspect contemplatif de notre vie, nous leur demandons de vivre une année de noviciat.C'est une étape spécifique.Les novices approfondissent au cours de cette année les différents aspects de notre vie: appropriation de l'esprit franciscain décrit dans divers textes, dont les Écrits de François, et nos Constitutions, pratique de la vie fraternelle et des vœux, prise de conscience profonde de soi.Il reste que les valeurs de gratuité, d'écoute contemplative, d'intercession, de louange, qui devront ensuite inspirer toute leur vie, se trouvent particulièrement mises en lumière durant cette année.De même, pour que la conversion prophétique de François en faveur de l'exclu, et pour que sa décision de quitter les valeurs proposées par le riche qu'était son père, entrent vraiment dans le cœur, la chair et tout l'être des jeunes religieux, nous croyons nécessaire qu'ils en vivent personnellement l'expérience, et d'une façon spécifique, c'est-à-dire sans la distraction des études, à partir d'un lieu physique approprié, et cela sur une durée suffisante.Les trois années en quartier traduisent cette conviction que nous avons.Ceux qui ont vécu en quartier populaire (ou dans des conditions similaires), et qui avaient en même temps la préoccupation d'y intégrer avec les femmes et les hommes qui s'y trouvaient une profonde vie de foi, ont pu constater à quel point leur prière devenait peu-à-peu habitée par les personnes et par les événements, et comment cette proximité a fini par changer leur vision et leur pratique face à Dieu et à la vie.Voilà ce qui a commencé à nous arriver.Nous sentions alors d'une façon impérative le besoin de nous renouveler et de nous dépasser quotidiennement, de manière à accompagner valablement les personnes dont le cri nous arrivait sans cesse et d'aussi proche.Nous avons alors été amenés à une prière de louange et d'intercession.Et à une réflexion-action sur les causes de situations de plus en plus opprimantes et injustes, sur le mal, la souffrance, la solidarité, l'Espérance.243 Si nous voulions retenir en une formule ce qui vient d'être dit par rapport à la prière et à la pauvreté, nous pourrions emprunter l'expression du franciscain brésilien Leonardo Boff : « Contemplatifs dans l'action libératrice».Ceux qui poursuivent présentement leur formation en quartier visent à devenir des contemplatifs.Et pour cela nous assurons des rythmes de prière quotidienne auxquels nous avons été vraiment fidèles depuis le début.Nous essayons également de nous fixer des journées d'ermitage, des fins de semaine de réflexion personnelle et communautaire.La recherche de l'Esprit qui nous précède dans le monde, et prioritairement dans le monde des petits, nous entraîne aussi dans l'action, et dans une action qui doit souvent se faire libératrice, à cause de la présence agissante du mal, et spécialement de l'injustice.Une action appelée à dépasser l'intervention individuelle, pour s'attaquer aux causes souvent collectives du mal.Par ailleurs cette action libératrice, nous ne voulons pas la mener comme de l'extérieur, en chefs de file, mais avec les gens, à leur service, sans aucun esprit de pouvoir ou de domination.c) La vie fraternelle : concernant cet item, les nos 18-22 du Document sur la formation rédigé au Conseil Plénier de l'Ordre en mars '81 nous sont apparus lumineux et encourageants.Nous en transcrivons ici la substance.Nos Constitutions affirment.que «le premier apostolat du frère mineur, c’est de vivre au milieu du monde la vie évangélique dans la vérité, la simplicité et la joie».Nous devons avant tout donner le témoignage d'une vie fraternelle, vécue avec et pour le peuple, avec et pour les pauvres.Ce témoignage est affaibli lorsque des frères, individuellement, s'engagent tellement dans les activités, ministérielles ou autres, qu'ils n'ont plus le temps de prier avec les autres frères, et d'être à l'écoute de leurs besoins, de partager la vie de la fraternité et de prendre leur part des travaux domestiques.Les Conseils Pléniers de Quito et de Taizé ont déjà attiré l'attention sur ces déviations.Le primat de la vie fraternelle dans le domaine apostolique est encore affaibli davantage, en un certain nombre de provinces et de régions, par le style de vie qui s'y est développé.Celui-ci est établi en fonction des exigences du ministère (ou d'autres activités extérieures) plus 244 qu'en fonction du témoignage de la vie fraternelle.On se trouve alors en présence d'une communauté de prêtres qui s'inspirent de la spiritualité franciscaine, plutôt que d'une fraternité de frères mineurs qui s'efforcent de vivre la vie évangélique.Sans doute faut-il voir dans cette situation une des causes de la diminution constante des vocations de frères non-prêtres.Qu'est-ce qui peut encore les attirer, quand ils voient que notre vie est structurée presque exclusivement en fonction d'une communauté de prêtres ?Ces constatations n'entraînent en aucune manière la condamnation du ministère sacerdotal (ou de quelque autre activité à l'extérieur); mais elles montrent qu'en bien des endroits nous l'exerçons sans assez de discernement, de sorte que nous risquons de pousser l'Ordre vers une cléricalisation de plus en plus grande.Il semble que nous ayons été pris au piège de notre propre générosité, laquelle nous a poussés à répondre aux besoins urgents des diocèses sans tenir compte suffisamment du caractère propre de notre vocation de Frères Mineurs.Si nous voulons conserver à l'Ordre son caractère propre, la présence d'un bon nombre de frères non prêtres est absolument essentielle.Dans le but de conserver et d'affermir le primat de la vie fraternelle évangélique, nous suggérons les efforts suivants: — Dans la pastorale des vocations nous devons mettre l'accent sur la vie fraternelle parmi les pauvres, comme caractéristique de notre forme de vie, et non sur telle ou telle activité, fût-elle sacerdotale.— À toutes les étapes de la formation, il faut insister sur les aspects essentiels de la vie fraternelle entre nous (prière communautaire, contemplation, service), comme aussi sur notre manière propre d’incarner l'Évangile dans le monde par la fraternité vécue en mineurs parmi les pauvres.— Il faut distinguer clairement la formation à notre vie et la formation au sacerdoce ou à une profession.Dans les premières années, surtout, la formation à notre vie doit avoir priorité absolue.C'est à la lumière ce de qui est dit dans les passages cités et dans les autres sur la vie fraternelle, que nous tenons beaucoup à vivre la vie fraternelle de telle sorte que chacun s'y trouve avec un nom personnel, non moins connu et aimé que s'il était marié, concrètement aidé dans le discernement quotidien de sa vie, encouragé dans son action, arraché à la manie de ne se penser qu'en fonction de la conversion des autres, de la prière des autres à 245 présider, acquérant des mœurs fraternelles et ouvertes qui lui permettront de réagir en frère partout où il se trouvera, et de ne jamais se retrancher dans une mentalité de ghetto.2.Dans notre monde actuel Ce que nous venons de dire rejoint, chacun en conviendra, les éléments les plus traditionnels de notre vocation franciscaine.Nous nous voulons particulièrement attentifs cependant à vivre ces éléments de telle sorte que nos contemporains s'y reconnaissent en ce qu'ils portent de plus profond comme appel à un monde nouveau, et qu'ils soient prophétiquement contestés dans leurs complicités avec les valeurs de Pierre Bernardone, dont François d'Assise a dû se séparer comme n'étant plus son père.Nous croyons que chaque génération, comme chaque individu, doit naître de nouveau, selon l'invitation lancée jadis de nuit par Jésus à Nicodème, et créer sa manière d'incarner la vie évangélique.Pour faire l'application concrète chez-nous de ces paroles de Jésus, nous pourrions dire qu'aucune génération de capucins ne peut recevoir comme sur un plateau d'argent la manière dont elle vivra les valeurs fondamentales de la vie capucine.Ici s'applique ce que nous disions plus haut de l'écoute et du regard contemplatifs face à ce que l'Esprit est en train de faire au cœur du monde, dans l'histoire présente, à travers les médiations de notre vie actuelle.Quel est son projet, et comment devons-nous y contribuer?Que nous enseigne par exemple l'Esprit, à travers ambiguïtés et déchets, par la récente irruption d'une recherche multiforme au plan spirituel dans l'humanité, par la récente montée d'une solidarité internationale visant à dénoncer l'injustice et à renverser des pouvoirs oppresseurs?Les jeunes qui viennent portent dans leur chair ces appels inscrits au cœur de notre histoire présente, et nous voulons compter sur ces acquis.Ils portent aussi dans leur chair la peur et l'angoisse d'un monde qui semble à la dérive, d'un pays habitué à se définir par rapport à une autre puissance, d'une Église en mutation profonde et qui a beaucoup de mal à articuler prière et action prophétique.246 Nous nous sentons, comme frères aînés dans la formation, encouragés et invités à créer un genre de vie qui corresponde aux exigences de notre culture, et non pas à reproduire tel quel un modèle reçu.Les générations qui nous suivent auront d'ailleurs à recommencer la même démarche de discernement et d'incarnation.Dans cet effort de créativité, nous croyons être entièrement fidèles à l'esprit de nos Constitutions et du Concile.Des éléments de discernement nous confirment dans cette option : la fierté des jeunes religieux de pouvoir définir eux-mêmes avec nous la manière dont ils vivront leur vie; la joie des gens «ordinaires» et des militants même non croyants, lorsque nous leur expliquons ce que nous essayons de vivre.Nous voulons être fidèles à la parole de Jésus: «Tout quitter pour le suivre!», c'est-à-dire prendre une distance nette avec un monde exploiteur axé sur mammon.Mais cette parole ne veut aucunement signifier, c'est notre conviction, que nous nous tenions à l'écart de ceux qui, avec ou sans la foi, font avancer l'humanité vers un respect plus grand de l'homme.C'est avec eux, bien au contraire, que nous espérons contribuer à bâtir un monde renouvelé.II.La formation permanente Pas plus que nous ne prétendons demander aux novices de le demeurer toute leur vie, nous ne nous attendons pas à ce que tous les jeunes religieux habitent le quartier toute leur vie.Mais nous visons à ce que les découvertes, les nouveaux instincts développés au noviciat et dans le quartier les suivent partout, inspirant leur style de vie, leurs solidarités, leur manière de travailler, de penser, etc.Nous demeurons cependant vigilants au chapitre des études.Bien sûr, nous ne nous opposons pas à ce que les frères acquièrent par le biais des études, des instruments de connaissance et de réflexion.Nous sommes d'avis en effet que tous les jeunes frères devraient accéder à un minimum de formation théologique.Mais nous ne voulons pas perdre de vue ce que François appelait 247 « l'Esprit du Seigneur et sa Sainte Opération », ni minimiser l'irremplaçable école de la vie quotidienne, et spécialement celle du «lépreux».Nous aimerions que le savoir acquis par le biais des «études» le soit à un rythme et dans des conditions telles qu'il ne soit pas récupéré par une mentalité universitaire de surenchère par rapport à la promotion individuelle et aux diplômes.Et quelle «école» respectera profondément ces exigences?Nous regardons de près cette question.Nous souhaitons par ailleurs respecter l'appel éventuel des jeunes frères au sacerdoce.Mais, compte tenu de ce qui a été dit plus haut en particulier sur la vie fraternelle, nous sentons le besoin d'exercer une vigilance particulière pour que le sacerdoce ne devienne pas une tentation d'accéder au régistre exclusif de l'efficacité, de la hiérarchie, de la compétition, alors qu'entre nous, de par notre vocation, nous sommes frères.Où iront les jeunes frères après trois ans en quartier?La réponse à cette question reste ouverte, mais elle porte aussi ses contraintes.Tout dépendra des aspirations de chacun; des appels venant des frères et des gens.Mais le discernement qui s'opérera à cette occasion devra une fois de plus tenir compte de ce qui a été dit plus haut, de telle sorte que la formation commencée puisse se prolonger en formation permanente.Et ici comme ailleurs les bons vœux ne suffisent pas; il est nécessaire que le jeune religieux (comme d'ailleurs l'ancien) soit positivement aidé, et qu'il n'ait pas à lutter continuellement pour vivre avec ses frères une vie personnelle et communautaire de prière, de solidarité avec les petits, et de fraternité.III.Certitudes et questionnement Les frères aînés en formation se considèrent privilégiés de vivre avec leurs jeunes confrères cette aventure.Nous éprouvons un sentiment de solidité en étant quotidiennement témoins de ce que les jeunes portent au cœur, et de la manière dont ils le mettent en pratique.Avec eux, nous croyons vivre en harmonie avec l'Église et avec les frères de l'Ordre, de même qu'avec beaucoup de nos contemporains qui aspirent à bâtir un monde différent.Nous 248 croyons sincèrement que François se reconnaîtrait avec ce qui se vit de meilleur chez les jeunes religieux.Si c'était le même Esprit qui a guidé François, et qui se chargeait de faire de nous tous aujourd'hui, à travers les méandres de nos découvertes et de nos décisions, des fils de l'Évangile?Nous ne sommes cependant pas sans ressentir à certains jours l'impression aiguë de la précarité d'une telle aventure.Nous avons vécu des moments d'une grande densité tant dans la joie que dans la souffrance.Qui peut se vanter de voir parfaitement clair aujourd'hui à quelque niveau que ce soit, dans la société ou dans l'Église?Comment réagiront demain des jeunes qui nous arrivent chargés d'une lourde expérience de la vie?qui sont encore tout proches d'une conversion récente, mais qui ne se sont pas encore à long terme frottés à l'inertie de la société et du monde religieux?Comment nos groupes les accueilleront-ils?Les jeunes supporteront-ils l'isolement de la foi dans un monde qui n'a plus rien d'une chrétienté ?Pourront-ils sans excessives frustrations relever le défi d'être missionnaires et mineurs, dans une société pluraliste et visant à la «promotion» de l'individu?Nos fraternités même nouvelles survivront-elles à l'éclatement actuel des groupes communautaires?Pour tout dire, aurons-nous suffisamment compris et assimilé la dimension théologale de notre vie?Mais nous saisissons vite que personne n'est à l'abri de telles questions.Tant mieux si, par le biais des jeunes, elles nous apparaissent dans leur nudité, essentielles, implacables! Nous tenons à vous dire que ce voyage, entrepris avec nos jeunes confrères, nous met en situation quotidienne de «pèlerins et étrangers», et nous introduit à souhait, sous le régime de la «formation permanente»: et en cela nous ressemblons à tant et tant de nos contemporains qui doivent pour survivre passer par un recyclage perpétuel.Témoins avec les jeunes de notre genre de vie évangélique, nous devenons aussi disciples de ce qu'ils véhiculent.Pourquoi ne pas souhaiter la même chose à tous les confrères de la Province?249 Les Frères dans l'Église William F.Hogan, c.s.c.* Vatican II a mis en relief une nouvelle vision de l'Église, ou plutôt une vision renouvelée, en mettant l'accent sur la dimension communautaire du Peuple de Dieu.Le concile a mis en lumière, après une période d'obscurité relative, le rôle du laïcat dans l'Église et, de cette accentuation, il y a encore beaucoup de conséquences à tirer.Les périodes successives de l'histoire ont donné naissance à une approche fortement cléricale de l'Église et à la vision qu'on peut en avoir.On le comprendra facilement si l'on envisage le vaste mystère qu'est l'Église.Dans le plan de Dieu, il devrait y avoir complémentarité entre les nombreux appels, dons et rôles dont il a revêtu son peuple.Cependant, l'histoire témoigne d'incompréhensions, de tensions et même de conflits à leur sujet.Avec la pluralité des vocations dans le Royaume de Dieu, chacune ayant son caractère spécial et ses responsabilités propres, il est facile, pour des individus et des groupes, de confondre les rôles et d'oublier ce qui est propre à chacun dans son effort pour répondre aux défis que constitue la continuation de la mission de Jésus à chaque époque.C'est ainsi que l'Esprit de Dieu pousse périodiquement l'Église à reconnaître la diversité des dons, des services et des ministères dans l'unique Seigneur, afin que les richesses du plan de Dieu puissent à nouveau être perçues.Une contribution spéciale La vocation religieuse laïque doit apporter une contribution spéciale à la vie de l'Église, mais les religieux laïques masculins — * Via della Maglianella 375.— 00166 Rome, Italie.250 les Frères — n'ont pas toujours été bien compris, parfois au sein même de leur propre congrégation religieuse.Ainsi, le Frère n'a souvent été considéré qu'en termes de «ce qu'il fait» et non par «ce qu'il est dans ce qu'il fait».Et plusieurs confusions entourant les Frères sont dues au fait que certains Frères dans l'Église doivent historiquement leur origine comme aides des prêtres: ils ont été institués pour libérer les prêtres de certaines tâches afin que ces derniers aient plus de temps à consacrer à des fonctions plus spécifiquement cléricales.Ces Frères ont suivi une évolution dans les dernières décades, de telle sorte que plusieurs ne se voient plus comme des coadjuteurs par rapport aux clercs, mais comme remplissant des ministères qui leur sont propres.D'autres Frères sont membres de congrégations qui ont été fondées précisément comme congrégations ou sociétés laïques pour exercer un ministère directement envers le laïcat.Peu importe l'origine d'un groupe particulier de Frères ou leur spécialisation de service, tous les Frères ont une vocation commune de témoignage envers le laïcat, en ce qui concerne les valeurs évangéliques de la vie chrétienne laïque comme telle, et cela à travers leur manière de vivre dans la foi leur engagement voué dans une communauté.À une époque où l'Église et le monde invitent tous les peuples à simplifier leur style de vie et à partager leurs biens avec ceux qui sont dans le besoin, l'effort du Frère pour mener une vie matériellement pauvre, afin de venir en aide à ceux qui sont dans le besoin, peut parler de façon plus éloquente et plus vigoureuse que des sermons et des documents ecclésiastiques.De fait, le vœu de pauvreté vécu dans sa vérité peut rendre réel pour le laïcat l'enseignement de l'Église sur la solidarité et la communion avec les pauvres d'ordre matériel et avec les opprimés.Son engagement à la pauvreté le pousse à vivre dans un esprit de profonde confiance envers le Seigneur et à placer les personnes au-dessus des choses et de sa propre gratification personnelle.C'est là un message dont l'humanité a constamment besoin.Ne plaçant pas sa sécurité en lui-même ou dans les choses, le Frère a la capacité de prendre des risques au service de l'Évangile et par là d'encourager ses frères et sœurs à faire de même dans leur vie.C'est ainsi que grandira ce lent mouvement contre les forces du matérialisme et de la société de consommation.251 Son témoignage de chasteté consacrée sert à rappeler aux laïcs que la vie n'est pas limitée à cette terre, que notre vie ici-bas n'est qu'un prélude à l'union sans fin avec Dieu.Son engagement dans le célibat parle d'amour préférentiel pour Dieu en réponse à l'amour divin et d'empressement à se dépenser en service généreux envers les autres dans l'amour et la joie.Par la présence du Frère dans l'Église locale, les laïcs sont encouragés à une fidélité et à une réponse plus empressées à l'égard de l'amour de Dieu pour eux et aussi à un zèle accru pour respecter les autres et leur venir en aide.La fidélité du Frère à vivre son vœu de chasteté est de nature à proposer l'espérance à ses frères chrétiens en un temps où les valeurs de pureté et de chasteté sont si souvent attaquées.Un Frère emploie sa vie à chercher comment faire la volonté du Père en union avec le Christ.Sa vie en est une d'obéissance où il met la volonté de Dieu, exprimée pour lui de diverses façons, au-dessus de sa propre volonté.Ainsi, il s'efforce par tout son être de rechercher la gloire de Dieu et son Règne.C'est ainsi qu'il montre aux autres, par ses propres attitudes, l'importance qu'il y a à vivre pour le Père et à réaliser son Règne sur terre.La vie communautaire des Frères, malgré leur petit nombre, manifeste le message du Christ sur l'amour et le partage mutuel et montre que ce message peut être vécu en plénitude dans la pratique et qu'il n'est pas fait seulement de belles paroles.Le témoignage de la communauté chrétienne peut stimuler les autres à faire de même dans leur propre milieu.Le partage d'une expérience Mais le témoignage de la vie vouée, en communauté, n'est pas seulement un témoignage silencieux.Les Frères, comme tous les chrétiens, sont appelés à partager avec les autres leur expérience du Christ et leur croyance en Lui.Leur présence même, en quelque lieu que ce soit, doit être nécessairement une présence évangélique, celle qui communique aux autres la manière dont le Christ a touché leur vie, celle qui encourage les autres à se laisser toucher par Lui.Un élément essentiel de l'évangélisation est le partage de la foi.Ceci a peut-être une plus grande signification pour ceux qui professent une vie de consécration à Dieu que pour 252 les autres.Le partage n'est pas simplement celui des mots, celui de la doctrine, mais de leur expérience de Dieu, de leurs valeurs, de leur prière (cf.Mutuae Re/ationes, n.25).À travers ce partage, qui est l'hospitalité chrétienne dans sa forme la plus haute, des germes d'Évangile sont semés qui enrichissent les laïcs de bien des manières.En plus du témoignage général donné par tous les Frères, chaque congrégation possède son esprit et son accent particuliers par rapport aux valeurs et attitudes exprimées par le Christ dans sa personne et son message.Le fondateur de chaque congrégation a reçu un charisme spécial et ce don unique continue de vivre chez les religieux qui le reflètent par leurs valeurs et leur manière de vivre.On peut dire de chaque congrégation religieuse qu'elle est un don unique de l'Esprit à l'Église, rendant témoignage à la magnificence de Dieu et au mystère de son Règne.Une source de fécondité Tout essentielle et importante que soit la valeur de témoignage donnée par les Frères, leur vie n'est pas simplement une matière à témoignage.Ils sont une source de fécondité spirituelle dans l'Église quand ils suivent généreusement leur appel.Tout le peuple de Dieu partage une vie commune dans le Christ et tous sont appelés à construire le Corps du Christ sur la terre.Cette construction est plus qu'un simple procédé qui consisterait à répandre la Bonne Nouvelle à ceux qui ne l'ont pas entendue ou à tendre la main aux autres pour réveiller leur foi.Il comporte aussi un approfondissement, une intensification de la vie partagée dans le Christ.L'Église ne peut jamais perdre sa vie car le Christ est sa tête et demeure uni à son Église pour toujours, mais la vitalité de celle-ci peut décroître et subir des «hauts et des bas» à cause du péché.Aucun péché n'est purement personnel.Les effets de tout péché sont d'ordre social et affaiblissent la vie du Peuple de Dieu.De même, la croissance dans la vie divine va plus loin que la vie des individus fidèles et généreux dans leur réponse à Dieu.Par eux, l'Église expérimente une revitalisation.Quand les religieux s'efforcent sincèrement de vivre leur engagement aussi complètement que possible, leurs efforts portent fruit pour l'Église universelle, car le Peuple de Dieu reçoit par eux un regain de vitalité.253 Les chrétiens sont appelés non seulement à prier les uns pour les autres, mais à vivre l'un pour l'autre par leur fidélité à la vie chrétienne.Les religieux vivent pour les autres et deviennent pour eux une source de vitalité dans le Christ, étant donné qu'ils répondent aux invitations de Dieu à un amour plus grand par leur célibat, leur pauvreté et leur obéissance communautaires.Dans un sens très réel, les Frères sont «frères» de leurs semblables au niveau le plus profond qui consiste à partager avec eux leur croissance et leur développement dans la vie divine.Ce sont des hommes pour les autres aussi bien dans leur être pour les autres que dans leur activité pour eux.Il y a de fait un défi constant qui est proposé aux religieux, celui de croître dans la fidélité à leur appel, étant donné la perte subie par le Peuple de Dieu qui viendrait d'un manquement à vivre pleinement leur engagement religieux.Au service de l'Église Les Frères sont aujourd'hui engagés dans beaucoup de ministères et services apostoliques dans l'Église, besoins traditionnels comme l'enseignement, les soins de santé et les services sociaux, mais aussi dans la réponse à de nombreux besoins nouveaux qui surgissent.Ce sont des hommes qui sont au service du Peuple de Dieu en accord avec l'esprit particulier et le charisme de leurs congrégations.Ils répandent la Bonne Nouvelle de Jésus-Christ par leur être et leurs divers apostolats là où l'action cléricale n'est pas nécessaire.Par leur caractère laïque, ils présentent un leadership dans les ministères laïques et sont en mesure d'éveiller chez le laïcat le sens de la responsabilité chrétienne laïque, d'une manière dont les clercs sont incapables.Ils communiquent les attitudes de Jésus en servant leurs frères et soeurs, et cela, pas seulement en agissant pour eux, mais en étant avec eux comme laïcs et en partageant le cheminement vers Dieu des laïcs.Si dans le passé la vocation du Frère n'a pas toujours été comprise, cela est peut-être dû en partie à la compréhension inadéquate du rôle du laïcat dans l'Église et à une certaine «clérica-lisation» de la vie des Frères.À mesure que l'Église progressera dans l'appréciation du rôle des laïcs, on verra apparaître une plus grande compréhension et une estime plus profonde du rôle du Frère dans l'Église.254 Les livres Eyquem, Jospeh, O.P., Aujourd'hui le rosaire.Paris, Lethielleux, 1981; 128 p.Voici une publication qui arrive bien à son heure.Ces derniers temps, la pratique du rosaire a subi un certain déclin, même chez des personnes consacrées.Elle fut pourtant fort encouragée par le magistère suprême de l'Église.Sans doute ne sommes-nous pas en présence d'un précepte.On peut même concéder que certaines personnes lui préfèrent une prière plus personnelle et moins menacée par la routine.Encore faut-il que ce ne soit pas par mépris ou simplement pour des motifs illusoires.L'A.vient éclairer notre piété à ce sujet.Ces pages comprennent deux parties.Une première, théorique, établit les fondements théologiques préalables du culte marial.La seconde, pratique, répond à l'interrogation: «Comment prier le rosaire?».De nombreux sous-titres facilitent la compréhension de ce texte rédigé avec soin.Avant d'en faire une lecture attentive, il est à conseiller d'en parcourir la table des matières pour découvrir l'agencement des exposés.Homéliaire, Année B., homélies dominicales pour une célébration de l'espérance.En collaboration.Montréal, Ed.Paulines & Paris, Apostolat des Éditions, 1981 ; 134 p.La plupart de ces homélies ont déjà été publiées dans la revue Prêtre et Pasteur.Il devient plus commode de les retrouver en un seul volume et en tout temps.Les temps et les mentalités changent; c'est la raison d'être de ces homéliaires modernes.Comme pour les autres publications similaires, de tels textes ne dispensent pas de la méditation personnelle de la Parole de Dieu, si l'on veut parler non pas avec sa seule raison, mais avec son cœur.Les évangiles, traduction nouvelle.Montréal, Bellarmin, 1982.Comme le rappelle S.Ém.le cardinal Roy, le dernier Concile a formellement invité les chrétiens à se laisser instruire par les saintes Écritures.Les Évangiles sont au cœur de ces textes inspirés.Encore faut-il les comprendre.Des biblistes du Québec nous en apportent une traduction nouvelle, la plus conforme possible aux récits originaux et en un «français moderne, alerte et simple».Une édition en gros caractères s'adresse aux yeux affaiblis ($12); une seconde se présente en commode format de poche ($4.95); une troisième, de di- 255 mension moyenne ($12), est particulièrement précieuse : les textes évangéliques sont constamment accompagnés, sur les pages qui les précèdent, de commentaires pratiques.Il est à souhaiter que ces commentateurs avertis nous rendent le même service pour les autres livres du Nouveau Testament, surtout pour les épîtres de S.Paul.Livres reçus à la rédaction Éditions Téqui Barbier, Jean, Jeanne Chartron ou le sens de la souffrance, préface du Cardinal Renard 1981, 89 p.Chevalier, J.-M., Itinéraire avec Jésus-Christ.1981.Chevalier, J.-M., Premiers pas avec Jésus-Christ, 1981.Daujat, Jean, L'Église et le socialisme.1 982, 96 p.De Bellaing, Guy, De la fureur du jeu.aux folies de l'amour! 1982, 188 p.Dominique, Jean, L'Humanité Divine, croisée des chemins d'après le message de Filiola.1981, 129 p.Dumoulin, Christian, Alain de Solmi-nihac au service de Dieu et de sa gloire.1981, 300 p.Garnier, Pierre, Le mystère chrétien.1981, 181 p.Gavignet, Henri, H n'y a que 2 jours, la confusion du psychique et du spiri- tuel, essai épistémologique (Science et doctrine).1981, 114p.Kenechdu, Tanguy, Lamennais un prête en recherche.(L'auteur et son message, 7).1982, 257 p.Langson, Armand, Dieu au temps de l'électronique.Peut-on encore y croire?, préface de Jean Guitton, 1981, 288 p.Solano, Jésus, s.j., Connaître le Cœur de Jésus.Traduit de l'italien, 1982, 197 p.Vernet, Marie-Réginald, o.p., La Vierge à Pellevoisin, mère de miséricorde et mère de l'Église, préface de Jean Guitton.1981, 252 p.Dialogues Eucharistiques.Un témoignage de foi de l'Église du Silence.1981, 92 p.Le mystère du Cœur du Christ.Actes du symposium théologique de Rome et de Strasbourg 1978.1981, 388 p.256 Éditions S.O.S.Bernard, Jean, La Sainte Baume ou la Madeleine transfigurée.1 981,274 p.Boutefeu, Roger, Le quotidien de l'éternel, préface de Jean Colson.1981, 21 1 p.Colson, Jean, Klein, Charles, Jean Rodhain, prêtre, I.D'une enfance timide aux audaces de la charité (1900-1946), préface de Jacques de Bourdon Busset, 1981, 302 p.Gritti, Jules, Déraciner les racismes.1982, 228 p.Miano, Vincenzo, Église et marxisme Jenny, Henri, La Pâque et l'Eucharistie (Esprit et vie, 10).1 982, 1 22 p.Le Gall, Dom Robert, La liturgie dans la nouvelle Alliance (La liturgie, célébration de l'Alliance, 3).1982, 263 p.Le Gall, Dom Robert, Les premiers (1840-1980), préface de Mgr Pou-pard.1 982, 1 90 p.Poupard, Paul, XIXe siècle, siècle de grâces.1 982, 252 p.Revon, Alain, Comment sortir de la drogue.Les méthodes américaines de désintoxication, préface de Bernard Soulé.1981, 229 p.La liberté de l'enseignement, pourquoi?(Évangile et société), 1982, 87 p.Ce serviteur des pauvres Jean Rodhain.Nouvelle édition, 1982,44 p.C.L.D.amis de Dieu (Prière et Amitié).1982, 203 p.Tonnelier, Constant, La mission culturelle et éducatrice de l'Église.1 982, 133 p.Trémeau, Marc, o.p., Éléments de spiritualité chrétienne (Esprit et vie, 1 1).1982, 137 p.Éditions Solesmes L'Eucharistie (L'enseignement des Pa- L'Esprit Saint (L'enseignement des pes, 5).1982, 282 p.Papes, 7).1982, 251 p.La femme (L'enseignement des Papes, 6).1982, 279 p.Éditions Saint-Paul Bernard, Thomas, o.p., Vesco, Jean-Luc, o.p., Marie de Magdala, Évangiles et Traditions.1982, 75 p.Daniel-Ange, Au fond de T enfer, le ciel ouvert?Liban terre de feu.1982, 214 p. • ' "lu la vie des communautés religieuses 5750, boulevard Rosemont Montréal, Québec, Canada H1T 2H2
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