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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Septembre-Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
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La vie des communautés religieuses /, 1996-09, Collections de BAnQ.

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LA VIE DH COMMUNAUTÉ/ _ RELIGIEUJEJ ' ï*£ ntsiasai iii ni su h ¦ ¦ i ¦ ¦ LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Directrice: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Comité de rédaction: Gilles Beaudet, f.é.c.André Bellefeuille, f.i.c.Hélène Bruneau, s.a.s.v.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Yvette Poirier, s.s.a.Secrétariat: Hélène Bruneau, s.a.s.v.Rédaction et administration: La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Tél.: (819)293-8736 Téléc.: (819)293-2419 Envoi de publication Enregistrement no.0828 Production: Hughes Corn.Dessin des couvertures: Rita Montreuil, s.s.a.La revue paraît cinq fois par an Abonnement: de surface: 18,00$ (70FF) (435FB) par avion : 22,00$ (98FF) (595FB) de soutien: 25,00$ S.Lorraine Caza, c.n.d.membre du comité de rédaction de la revue La Vie des communautés religieuses récemment élue supérieure générale des Soeurs de la Congrégation de Notre-Dame Les membres du consortium, du conseil d’administration et du comité de rédaction offrent à S.Lorraine Caza, supérieure générale, leurs sincères félicitations et lui souhaitent des années de bonheur et de fructueux apostolat dans son importante mission d’Église.193 SOMMAIRE Vol.54 - no 4 sept.- oct.1996 L’Exhortation apostolique VITA CONSECRATA de Sa Sainteté Jean-Paul II, nous invite à creuser les profonds appels de la vie consacrée et de sa mission dans le monde et dans l’Église.«Certain que les fils de l’Église, et, en particulier les personnes consacrées, tiendront à accueillir cette Exhortation avec l’adhésion du coeur, je souhaite que la réflexion se poursuive pour permettre l’approfondissement du grand don de la vie consacrée dans la triple dimension de la consécration, de la communion et de la mission.(Exhort.4, par.1) «Vous n’avez pas seulement à vous rappeler et à raconter une histoire glorieuse, mais vous avez à construire une grande histoire! Regardez vers l’avenir, où l’Esprit vous envoie pour faire encore avec vous de grandes choses».(Exhort, n.110, par.1) Des auteurs, théologiens et théologienne, nous partagent leur expérience synodale et leurs réflexions sur l’Exhortation.Ils nous aideront à nous laisser guider par le regard d’avenir du Saint-Père pour construire, avec une ardeur nouvelle, une merveilleuse histoire d’espérance et d’amour.L’Exhortation apostolique “VITA CONSECRATA” pour ces temps qui nous interpellent 195-211 F.J au me Pujol i Bardolet, é.c.Un regard d’ensemble sur l’Exhortation apostolique sur la vie consacrée par le pape Jean-Paul II 212-228 S.Gilberte Baril, o.p.La consécration d’après l’Exhortation apostolique 229-240 R Laurent Boisvert, o.f.m.Une école de préparation au martyre 241 -250 P.Denis Gagnon, o.p.194 L’EXHORTATION APOSTOLIQUE “VITA CONSECRATA” POUR CES TEMPS QUI NOUS INTERPELLENT - Fr Jaume Pujol i Bardolet, è.c.Préalable En me référant explicitement à la vie religieuse, je dirai que le Concile Vatican II fut le premier à se soucier de donner une théologie de la vie consacrée, spécialement dans le chapitre VI de Lumen Gentium, et dans Perfectae caritatis.Ce Concile a inauguré une nouvelle étape, en raison de sa densité théologique et pastorale comparée aux Conciles antérieurs.Différents documents postconciliaires se sont proposé des “mises à jour” successives, et les théologiens, de leur côté, poursuivirent leurs recherches.A partir de cette évolution, il devenait normal de consacrer un Synode à l’étude de la vie consacrée.Sa proclamation mobilisa différents secteurs du milieu religieux.Auparavant il y avait eu des Symposiums, un congrès de l'Union des Supérieurs généraux et l’Union internationale des supérieures générales avait organisé des sessions de réflexion.On rédigea les Lineamenta comprenant des questionnaires auxquels devaient répondre les instances supérieures.Grâce à toutes les réponses recueillies, on a élaboré le document Instrumentum laboris pour servir de “texte” et de point de départ aux réflexions des participants au Synode.En même temps, ce Synode, à la différence des précédents, accueillit plusieurs religieux et religieuses.Et on s’est donné pour objectif, en cohérence avec la “communion ecclésiale” d’impliquer tout le Peuple de Dieu, ainsi que le déclare le Pape à l’article 13 de Vita 195 consecrata: “pour présenter non seulement aux personnes consacrées mais aussi aux Pasteurs et aux fidèles, les fruits d’une stimulante confrontation, sur les développements de laquelle l’Esprit Saint n’a pas manqué de veiller par ses dons de vérité et d’amour.” Aperçu général du document Ce document n’est pas spécialement innovateur et sûrement qu’il ne visait pas à l’être, d’autant qu’il s’agit d’un document universel destiné à des cultures, des mentalités, des conditions socio-politiques et religieuses variées.Malgré tout, il systématise un consensus qui existe déjà, et il a le mérite de le faire tant sur le plan des orientations que sur celui des exhortations.Il s’adresse à tout le Peuple de Dieu: les pasteurs, les prêtres, les religieux, les fidèles, vu qu’il prend comme point de départ, la sainteté, l’Évangile et la suite du Christ qui sont des points communs à tous.Cette Exhortation retient presque toutes les 55 propositions qui furent présentées au Pape par les participants du Synode, comme fruit de leurs travaux.On y trouve donc certains accents, certaine insistance, qui finissent par constituer des fils conducteurs: la Trinité, le Christ, consécration-communauté-mission, suite de Jésus, fidélité créative, identité, renouveau, Marie, nouvelles formes de vie consacrée, communion ecclésiale, baptême, conseils évangéliques.Le tout se compose d’une introduction, de trois chapitres et d’une conclusion.Dans les trois chapitres on couvre la “Confession de la Trinité” (aspect théologico-spirituel, consécration); le “signe de fraternité” (communauté, communion ecclésiale, commandement nouveau); et “le Service de la charité” ( mission, évangélisation, amour préférentiel pour les pauvres).Cependant, il faut dire que chacune de ces trois dimensions se retrouve dans les trois chapitres.De cette vision d’ensemble, je dégagerai quelques éléments: de doctrine de mises au point, de regards vers l’avenir ainsi 196 que des éléments relatifs à la mission et à certaines prospectives.Il est difficile d’isoler ces éléments totalement les uns des autres puisqu’ils sont interdépendants.Dimension doctrinale Une valeur majeure de ce document tient au fait qu’il nous offre une présentation théologique de la vie consacrée.Je crois que cela nous faisait défaut.Notre intérêt pour la formation permanente, est certes louable,mais il se situe surtout au niveau de l’agir et de la fonction (professionnel, pastoral, catéchétique) et il semble que nous n’ayons pas le temps de nous occuper de nos raisons d’être tant sur le plan anthropologique que sur le plan théologique.Je me risque même à affirmer qu’il y a un problème de fond quant à la dimension théologique; il n’y a pas eu de recyclage suffisant en ce domaine, ni de continuité en regard de la théologie de la vie religieuse que nous avons étudiée dans nos années de formation.Il semble que nous voulions “survivre” (mais sur-vivre ce n’est pas vivre; parfois c’est même mal-vivre ou vivre sans dignité); survivre à tout prix, comme le dit le Père Felicisimo Martinez O.P.: «Aujourd’hui nous multiplions les engagements, nous faisons des tas de choses et les faisons bien, mais la vie religieuse continue à perdre de sa vigueur et de sa capacité d’interpeller.Nous sommes loués pour notre travail, mais nous sommes porteurs de peu de signification; nous nous évaluons d’après l’efficacité davantage que d’après la valeur du témoignage; la raison instrumentale précède (même parfois elle la remplace plus ou moins) la raison symbolique, charismatique et transcendante.et ainsi nous en venons à n’être plus assez signifiants.Pour maintenir beaucoup d’oeuvres et pour faire beaucoup de choses, il nous faut beaucoup de vocations et nous mettons sur pied des campagnes obsessives de promotion vocationnelle pour boucher des trous et assurer l’avenir de nos institutions alors que, pour offrir à l’Église la dimension charismatique et prophétique de la vie religieuse, il ne faut pas tellement de vocations, mais il faut des vocations qui soient visibles, signifiantes».Vita consecrata , dès son début, présente la vie consacrée dans une définition trinitaire:(VC 1, 5) On emploie constamment 197 l’expression “vie consacrée” au lieu de “vie religieuse”, dans l’idée que cette expression justifie davantage la finalité et le style de cette vie.Déjà plusieurs auteurs avaient parlé dans ce sens, affirmant que c’est une expression plus adéquate, bien qu’elle ne désigne pas uniquement les religieux puisque les baptisés sont aussi des consacrés en raison de leur baptême.L’expression “vie consacrée” semble une terminologie plus dynamique et mystique, qui invite à s’ouvrir davantage et mieux à l’ampleur théologale de la “suite du Christ”, des conseils évangéliques et de la réalisation de notre conformité au Christ; tandis que le concept de “vie religieuse” nous conduit plutôt à un ascétisme et semble se référer surtout à des renoncements et à une vision légaliste des voeux.L’expression “vie consacrée” semble mieux exprimer le sens de Vatican II parce qu’elle valorise sa dimension évangélique et à cet égard elle met l’accent sur les conseils ou charismes évangéliques.La terminologie employée par Vita consecrata rejoint la vie monastique en Orient et en Occident (VC 6), les vierges, les ermites et les veuves (VC 7), les Instituts consacrés entièrement à la contemplation (VC 8), la vie religieuse apostolique (VC 9), les Instituts séculiers (VC 10), les Sociétés de vie apostolique (VC 11).Viennent ensuite “les nouvelles formes de vie consacrée”, dont la vitalité doit être discernée par l’autorité de l’Église (VC 12).Le premier chapitre, intitulé “Confessio Trinitatis” nous présente les sources christologico-trinitaires de la vie consacrée (VC 14).On y signale un processus qui va de la Transfiguration à la Croix et de là à Pâques.On nous invite à voir dans la Transfiguration le fondement évangélique de la vie consacrée en autant qu’elle implique une relation particulière avec Jésus, dans sa vie terrestre, et parce qu’elle nous invite à imiter de près sa forme de vie.On applique le mystère de la Trinité aux aspects suivants: + à la consécration: le Père a l’initiative et, selon saint Thomas d’Aquin, il requiert le don de soi total, l’holocauste; le Fils est le chemin qui conduit au Père; il sera donc logique de le suivre en quelque lieu où il ira, participant à sa mission à l’exemple de Marie; 198 l’Esprit Saint donne la fécondité à l’appel par l’engagement dans la mission (VC 17 - 19.34 ).+ à chacun des conseils ou charismes évangéliques: la chasteté reflète l’amour infini qui unit les trois personnes divines; la pauvreté manifeste que Dieu est l’unique richesse; l’obéissance, vécue à l’imitation du Christ, manifeste la dépendance filiale et la relation amoureuse des trois Personnes divines (VC 21).+ à la vie fraternelle: elle est présentée comme une éloquente manifestation trinitaire (VC 21).+ au charisme: auquel on invite à rester fidèle, en tant que patrimoine spirituel de chaque Institut (VC 36 ).+ aux formateurs et formatrices: vu que “la formation est la participation à l’action du Père qui, par l’Esprit, développe dans le coeur des jeunes garçons et filles, les sentiments du Fils.“ (VC 66).On souligne la dimension eschatologique en tant que tension qui se transforme et manifeste dans la mission, comme une anticipation du Royaume futur et un signe d’espérance.On propose la très sainte Vierge (VC 28) comme sublime exemple de consécration parfaite, modèle d’accueil à la grâce et modèle d’une suite inconditionnelle et de service assidu; cet accent se retrouve tout au long du document.On précise la relation entre “consécration religieuse et consécration baptismale, chrismale et des ordres sacrés”.“La consécration religieuse n’est pas une conséquence indispensable de la consécration baptismale, mais elle représente une consécration nouvelle et particulière (VC 30).La vocation au sacerdoce et la vocation à la vie consacrée se rejoignent pour former une unité profonde et dynamique.” (VC 30).“Les vocations à la vie laïque, au ministère ordonné et à la vie consacrée peuvent être considérées comme paradigmatiques, [.] elles sont au service l’une de l’autre [.] mais le ministère ordonné et la vie consacrée supposent l’un et l’autre une vocation distincte et une forme spécifique de consécration en vue d’une mission particulière” (VC 31) La consécration baptismale et chrismale est commune à tout le Peuple de Dieu 199 c’est-à-dire que les “laïques ont comme caractéristique propre, mais non exclusive, la sécularité, les pasteurs la charge du ministère; les consacrés, la conformation spéciale au Christ chaste, pauvre et obéissant” (VC 31) puisqu’elle reflète la manière de vivre de Jésus-Christ (VC 32), et que sa mission particulière est de “maintenir vive chez les baptisés la conscience des valeurs fondamentales de l’Évangile .et le témoignage des Béatitudes” (VC 33) bien que l’on reçoive mutuellement le témoignage des autres vocations.L’appel à la sainteté et la réponse sont l’objet des articles 35 et 40 du document.Contemplant l’image de la Transfiguration, la vie consacrée suppose une nouvelle forme d’existence transfigurée, “un chemin privilégié vers la sainteté” (VC 35), témoignage du projet divin de faire de toute l’humanité, dans une civilisation de l’Amour, la grande famille des enfants de Dieu.Pour favoriser ce cheminement, on souligne la nécessité de la prière et de l’ascèse, en vue du combat spirituel (VC 38).Le Pape déduit quelques tentations qui, par l’astuce du démon, se présentent sous l’apparence du bien (VC 38): céder aux modes du moment par une diminution de la ferveur spirituelle et par des attitudes de découragement; sentiment de supériorité vis-à-vis des autres fidèles parce qu’on aura reçu une plus grande possibilité de formation; la recherche excessive de l’efficacité à cause de l’urgence d’une qualification légitime, comme si tout devait dépendre des médiations humaines; mener un style de vie mondaine ou une promotion des valeurs humaines dans un sens purement horizontal appuyé sur le désir louable de se rapprocher des autres; formes de nationalisme où il faudrait apporter des nuances.Mises au point Un engagement décisif dans la vie spirituelle (VC 93) Le Pape dit qu’une grande préoccupation du Synode a été que la vie consacrée se nourrisse aux sources d’une solide et profonde spiritualité, comme exigence prioritaire.de manière que “tous les Instituts et toutes les communautés se présentent comme des écoles de spiritualité évangélique authentique”.Il ajoute qu’au seuil du troisième millénaire, ce qui peut émouvoir les contemporains, 200 assoiffés de valeurs absolues, c’est justement la qualité fascinante de la vie consacrée qui prend la forme d’un témoignage attachant.“Sentire cum Ecclesia” (VC 46-50) Cette expression renferme ici comme toile de fond les réclamations, parfois les revendications de quelque Père synodal, faisant allusion à ce que les religieux doivent “penser, sentir avec l’Église et aimer l’Église”.On fait appel à la communion et à la collaboration avec les Pasteurs et avec le Pontife romain comme le firent les fondateurs et les fondatrices.On inclut ici la fraternité avec l’Église universelle, diocésaine et locale, dans un dialogue constamment animé par la charité.De même, on demande aux Évêques d’accueillir et d’estimer le charisme des consacrés, en leur réservant une place dans les projets de pastorale diocésaine.D’autre part, les Instituts religieux ne peuvent pas revendiquer leur juste autonomie au moment de coordonner le service pastoral.On créera des commissions mixtes d’évêques et de supérieurs majeurs et l’on tendra à faciliter ainsi une meilleure connaissance mutuelle; on suggère de plus d’inclure des études de théologie de la vie religieuse dans les séminaires et, chez les personnes consacrées, des études de théologie sur l’Église locale.(VC 50).La mission de l’autorité (VC 43).Cet article insiste sur l’importance des supérieurs et des supérieures, même les supérieurs locaux, aussi bien pour l’animation de la vie spirituelle que pour la mission.Il traite de la nécessité de réviser leur fonction, puisqu’on trouve des milieux fortement marqués par l’individualisme, et il affirme l’importance de l’autorité en vue de consolider la fraternité pour ne pas rendre inutile l’obéissance.Que l’on implique les membres de la communauté dans un dialogue et qu’il soit reconnu que le dernier mot appartient au supérieur.Les religieux frères.- On considère trois groupes de religieux laïcs que l’on appelle Frères.Les instituts laïcs, les frères en instituts cléricaux, et les frères dans les Instituts mixtes.Les Instituts religieux laïcs sont appelés Instituts de frères.On redit que c’est un état complet et que la consécration tient sa valeur 201 propre indépendamment du ministère ordonné, tant pour ce qui concerne la personne que pour l’Église.Sans y inciter explicitement, on rappelle qu’il n’y a pas d’empêchement à ce que certains de leurs membres puissent être ordonnés pour le service de la communauté, lorsqu’un chapitre général en décide, en conservant toujours l’identité de vocation et de mission qui est propre à l’Institut (VC 60).Pour ce qui regarde les frères dans les Instituts cléricaux, ils sont régis par des clercs et ont une participation différenciée de la mission de l’Institut (VC 60).Et quant aux frères dans les Instituts mixtes, une commission spéciale étudiera la possibilité de reconnaître à tous les religieux la parité des droits et des obligations, excepté ceux qui découlent de l’Ordre sacré (VC 61).La dignité et le rôle de la femme consacrée (VC 57-58).On mentionne que plusieurs femmes ont travaillé au Synode et que le Pape reconnaît le bien fondé de plusieurs revendications faites en divers milieux sociaux et ecclésiaux; on affirme la dignité égale de l’homme et de la femme, surmontant toute discrimination.Tout cela renvoie aussi à réviser les schèmes mentaux des hommes à cet égard.La nouvelle évangélisation est impensable sans l’action des femmes consacrées.En conséquence, on ouvre de nouvelles perspectives et de nouvelles avenues pour les femmes consacrées dans divers secteurs et à tous les niveaux, incluant les niveaux où s’élaborent les décisions: la formation pastorale et catéchétique, dans le domaine théologique, culturel et spirituel (selon Paul VI la théologie est différente lorsqu’elle passe par le coeur de la femme) ; des activités comme celle de l’évangélisation, la mission éducative, la participation à la formation de futurs prêtres, l’accompagnement spirituel.On invite les femmes à savoir exprimer le nouvel esprit féminin sans donner lieu à aucune discrimination.Le Pape réitère aux femmes consacrées son admiration et sa reconnaissance au nom de toute l’Église.202 Les moniales cloîtrées (VC 59).On recommande la fidélité à la clôture que le Pape tient en grande estime comme d’ailleurs toute la communauté chrétienne.“Les moniales sont le signe de l’union exclusive de l’Église-épouse avec le Seigneur”, et cette vie possède une extraordinaire efficacité apostolique.On aura recours à une réflexion méthodique lorsqu’il s’agit d’octroyer une plus grande responsabilité aux supérieures majeures pour ce qui touche la dispense de la clôture pour des raisons graves et justes, selon la diversité des Instituts contemplatifs et les traditions des monastères.On favorisera les Associations et Fédérations tout en sauvegardant la légitime autonomie des monastères.Le sentiment fraternel et de communion.- On revient fréquemment sur le modèle de la communauté apostolique en tant que témoignage de consécration et de mission et comme conséquence de son engagement envers le commandement de l’amour.La fraternité engendre des énergies et soutient la fidélité; elle est évangélisatrice par elle-même.On donne quelques conseils: l’attention mutuelle aide à dépasser la solitude, à favoriser la communication et le pardon cicatrise les blessures (VC 45).Les personnes âgées et/ou infirmes continuent d’être méritantes pour la communauté grâce à leur sagesse et à leur expérience et elles ont leur manière propre de vivre la vocation dans une prière assidue, l’acceptation patiente de leur condition, leur disponibilité ( VC 44).Les communautés où vivent ensemble des frères (des soeurs) de différents âges, de différentes langues et cultures, se présentent comme un signe de dialogue toujours possible et d’une communion capable d’harmoniser toutes les différences.Il faudra éviter l’idole du nationalisme pour rendre un témoignage de communion entre les peuples et les cultures (VC 51).La communion entre les divers Instituts, dans la communion ecclésiale, doit logiquement produire une relation et une collaboration mutuelles.Qu’il y ait des conférences de supérieurs majeurs afin de promouvoir une vie consacrée insérée dans la trame ecclésiale.Il en découlera un enrichissement mutuel même dans 203 les aspects de formation.Qu’il y ait des contacts avec la Congrégation romaine des Religieux, comme expression de communion avec le Saint Siège.Et aussi avec les Conférences épiscopales (VC 52-53).Nouvelles formes de vie consacrée (VC 62).L’Esprit continue à susciter dans l’Église de nouvelles formes de vie consacrée qui sont soumises au discernement des charismes, au niveau local et universel.Tout louable que ce soit, on ne peut pas considérer comme religieux les époux chrétiens qui professent la perfection de la charité et cela ne signifie pas qu’on minimise leur consécration.On créera une Commission pour les questions relatives aux nouvelles formes de vie consacrée, en vue d’établir des critères de discernement.Communion et collaboration avec les laïcs.Bon nombre d’instituts sont arrivés à la conviction que leur charisme peut être partagé: c’est un nouveau chapitre rempli d’espérances (VC 54).Il faut faire rayonner la spiritualité propre au-delà des limites de l’Institut qui, à cause de cela, pourra compter sur de nouvelles énergies et il s’ensuivra un échange de richesses spirituelles et une découverte de nouvelles nuances du charisme.On suscite l’idée des laïcs associés, c’est-à-dire l’adhésion de fidèles laïcs aux divers Instituts, qui partageront, pendant un temps, la vie communautaire et l’engagement particulier dans la contemplation ou dans l’apostolat, à condition que la vie interne n’en souffre pas.On traite aussi du bénévolat (volontariat) assurant qu’il faut soigner la formation spirituelle et professionnelle.Les mouvements ecclésiaux.- (VC 56).En général, les personnes consacrées entrées dans des mouvements ecclésiaux, tirent profit de telles expériences, mais on ne peut nier que, dans certains cas, cela risque de gêner ou de désorienter au niveau personnel et communautaire, notamment quand ces expériences entrent en conflit avec les exigences de la vie communautaire et de la spiritualité de l’Institut.L’adhésion à ces mouvements ecclésiaux doit s’effectuer dans le respect du charisme et de la discipline de l’Institut.204 Regards vers l’avenir Difficultés et perspectives: fidélité et prophétisme.Il y a des Instituts qui risquent de disparaître (quoique l’Église universelle leur soit très reconnaissante pour le bien qu’ils ont réalisé); il y a le problème ardu de la réorganisation des oeuvres confrontées à l’audace de répondre aux nouvelles pauvretés.ces situations demandent qu’on les affronte avec sérénité, puisque ce qui importe ce n’est pas tant le succès que la fidélité.La diminution numérique importe moins que la perte d’adhésion à Jésus Christ, à la vocation, à la mission (VC 63).La vie consacrée doit constituer un lieu de “dialogue et de provocation évangélique” (VC 80).Dans notre monde, il est urgent que les personnes consacrées fournissent un témoignage prophétique audacieux, affirmant le primat de Dieu et des biens à venir.La vie fraternelle même et la fidélité au charisme propre sont déjà des gestes prophétiques; de plus les personnes consacrées doivent se laisser interpeller par d’autres voix prophétiques (VC 85).Vif est le désir que la mémoire de tant de témoins de la foi demeure dans la mémoire de l’Église, pour nous stimuler à les honorer et à les imiter.Que l’on contribue à la tâche de former le martyrologe du vingtième siècle (VC 86).Les trois défis de la société: chasteté, pauvreté, obéissance (VC 87-92).Ces défis répondent à trois provocations de la société: la première vient de la culture hédoniste qui établit l’idolâtrie de l’instinct à laquelle le consacré oppose la pratique joyeuse de la chasteté (VC 88); la seconde est représentée par le matérialisme avide de posséder auquel le consacré oppose son engagement de pauvreté et de solidarité 9VC 89-90); la troisième provocation provient de conceptions de la liberté qui mettent de côté la norme morale et auxquelles le religieux oppose la profession de l’obéissance qui caractérise la vie consacrée (VC 91).Nouvel élan vocationnel.- (VC 64) Le problème des vocations est un défi authentique qui interpelle les Instituts.La règle d’or: “ venez et voyez”; le pouvoir attractif de la personne de Jésus.Autres moyens: la direction spirituelle, l’engagement de toute l’Église.205 Au sujet des formateurs ou formatrices (VC 66) .Ils et elles doivent être des personnes expertes dans les chemins de Dieu pour pouvoir accompagner les autres.On créera des structures de formation de formateurs.On envisage la communauté comme un lieu de formation, puisqu’on y vit le labeur et la convivialité.On apprend à vivre avec ceux que Dieu a mis à nos côtés; on y partage les dons, et, par la communauté, s’exprime la dimension missionnaire de la consécration.La communauté permettra de former une conscience évangélique critique des valeurs et des contre-valeurs, on y pratiquera l’unité de vie, de compréhension mutuelle, réalisant aussi l’expérience communautaire de la prière et de l’apostolat.On établira une Ratio Institutionis pour favoriser la croissance humaine et religieuse des personnes en formation (VC 67).Touchant la formation.Le processus de formation initiale consiste à disposer le candidat pour la consécration de soi-même à Dieu.Elle doit couvrir la totalité de la personne: il s’agit d’un itinéraire de conformation au Christ qui épouse les sentiments du Christ envers son Père (VC 65).Il faudra trouver la formule de formation permanente correspondant à chacune des étapes de la vie (VC 70).Toute formation devra être humaine, fraternelle, apostolique, culturelle, professionnelle, selon le charisme (VC 71) À l’écoute de la Parole de Dieu et en communion avec le Christ.La Parole de Dieu est la première source de la spiritualité chrétienne.Par conséquent, on trouvera une aide puissante dans la méditation des textes qui illustrent les paroles du Christ et de la Vierge Marie.On encourage la création d’écoles de prière de spiritualité et de lecture priante de la sainte Écriture y compris pour les séculiers (VC 94).On met l’accent sur l’Eucharistie, le sacrement de la Réconciliation, la rénovation de l’union spirituelle avec la Vierge Marie, particulièrement par la récitation du saint Rosaire (VC 95).206 La dimension missionnaire au service de la vérité La vie consacrée, épiphanie de l’amour de Dieu dans le monde.Consacrés pour la mission.L’appel comprend l’engagement à se donner totalement à la mission.«La vie religieuse sera donc d’autant plus apostolique que le don de soi au Seigneur Jésus sera plus intérieur, la forme communautaire d’existence plus fraternelle, l’engagement dans la mission spécifique de l’Institut plus ardent.» (VC 72-73).Il importe aussi de participer en dialogue avec les autres instances ecclésiales, vu l’envergure des défis de la mission.L’amour jusqu’à la fin.- On invite à aimer avec le coeur du Christ (VC 75).Le regard attentif du visage du Christ nous renvoie au visage de tant de frères et de soeurs défiguré par la faim, par la déception, par l’humiliation de voir sa culture dépréciée, par la violence, visages de femmes violentées, d’émigrants, de personnes âgées.Cela constitue un apport spécifique et même risqué à l’évangélisation, tant la première que la nouvelle (VC 78).Les personnes consacrées ont le devoir de rendre présent le Christ pauvre, chaste, obéissant et priant parmi les non-chrétiens, par leur collaboration à l’activité missionnaire de l’Église.Il doit y avoir unité entre une autoévangélisation et le témoignage, entre la rénovation intérieure et la rénovation apostolique, entre l’être et l’agir, faisant apparaître que le dynamisme découle toujours du premier élément de ce binôme.Les personnes consacrées doivent être des procla-mateurs enthousiastes du Seigneur Jésus en tout temps et tout lieu (VC 81).Promotion des pauvres et promotion de la justice.On définit les pauvres sous les multiples aspects de la pauvreté: opprimés, personnes âgées, malades et rejetés de la société.L’option pour les pauvres est inhérente à la dynamique de la suite du Christ.Cela implique l’adoption d’un style de vie modeste et austère, personnellement et communautairement; ils seront ainsi en mesure de dénoncer et de s’engager pour la justice.Servir les pauvres est un geste d’évangélisation et en même temps un signe d’authenticité 207 évangélique; c’est un stimulant de conversion permanente(VC 82).De même, surtout les femmes ont sacrifié leur vie pour le soin des malades de toutes sortes (VC 83).Annonce du Christ et inculturation.Bien que l’annonce du Christ soit prioritaire dans l’évangélisation, elle fait aussi partie de l’activité missionnaire dans le processus d’inculturation.Il faudra prendre en compte le défi de l’inculturation, ce qui suppose une préparation personnelle, des qualités de discernement mature, une adhésion fidèle aux critères de l’orthodoxie doctrinale, d’authenticité et de communion ecclésiale.L’inculturation peut aider à augmenter l’engagement de contemplation et de prière.Si la vie consacrée conserve sa force prophétique, elle est ferment évangélique, capable de purifier les cultures et de les faire évoluer.c’est une source importante pour proposer un nouveau modèle culturel.(VC 80).Oecuménisme et dialogue interreligieux.Dans les cultures anciennes, la religion représente fréquemment la dimension transcendante de la vie consacrée, et cela donnera lieu à un sérieux dialogue interreligieux (VC 80).Le Synode a mis en relief le lien profond de la vie consacrée avec la cause de l’oecuménisme et la nécessité du témoignage plus intense en ce domaine (VC 100).Aréopages de la mission Présence dans le monde de l’éducation.L’Église est consciente que l’éducation est un élément essentiel de sa mission.Les personnes consacrées sont appelées à introduire dans l’horizon éducatif le témoignage radical des biens du Royaume.De cette façon la communauté éducative devient une expérience de communion dans laquelle le projet pédagogique contribue à unir, dans une synthèse harmonieuse, le divin et l’humain, Évangile et culture, foi et vie (VC 96).Le Synode a exhorté de façon insistante que les personnes consacrées assument, avec un dévouement renouvelé, la mission éducative où elle sera possible, dans des écoles de tout type et de tout niveau, comme dans des Universités et des Instituts supérieurs (VC 97).208 Évangile et culture.On reconnaît que les Instituts de vie consacrée ont exercé une grande influence sur la culture.Il y a beaucoup de personnes consacrées qui ont promu la culture en cherchant et en promouvant des cultures autochtones.Cela demande une étude comme moyen de formation intégrale.Une diminution des soucis de l’étude peut entraîner des conséquences graves pour l’apostolat et engendrer un sentiment de marginalisation et d’infériorité ou favoriser la superficialité ou la légèreté d’initiatives.Présence dans le monde des communications sociales.Les personnes consacrées, surtout lorsque, en raison de leur charisme institutionnel, elles travaillent dans ce secteur, doivent acquérir une connaissance sérieuse du langage propre des media, pour parler du Christ de manière efficace à l’homme d’aujourd’hui et contribuer à la construction de la société.Par conséquent, il faut rester vigilant devant l’usage détourné de tels moyens, sans ignorer les problèmes qui peuvent en découler pour la vie consacrée, qu’il faut affronter avec un discernement convenable.Il s’agit d’une tâche éducative pour ces moyens.Il faut encourager les efforts dans ce domaine des moyens de communication, spécialement auprès des membres des Instituts séculiers (VC 99).Conclusion La surabondance de la gratuité (VC 104).En conclusion du document, le Pape aborde quelques questions quant à l’utilité ou à la nécessité de la vie consacrée.Ne trouverait-on pas dans notre culture utilitariste et technocratique des gens qui se demandent: “à quoi sert la vie consacrée ?pourquoi embrasser un tel genre de vie alors qu’il y a tellement de besoins dans le domaine caritatif et de l’évangélisation auxquels on peut répondre sans être religieux “ ne s’agit-il pas peut-être d’une sorte de gaspillage d’énergies ?On rappelle l’onction de Béthanie: l’onguent précieux répandu dans un simple geste d’amour, au-delà de toute considération “utilitariste”, est le signe d’une surabondance de la gratuité.Une fois de plus, on réaffirme que la vie consacrée est orientée vers le service du royaume de Dieu (VC 105).La vie consacrée est importante par sa surabondance de gratuité, davantage 209 encore dans un monde qui court le risque de se sentir asphyxié par le tourbillon de l’éphémère.L’Église ne peut pas renoncer à la vie consacrée, parce qu’elle exprime de manière éloquente son intime essence “sponsale”.C’est là qu’elle trouve un élan pour l’évangélisation du monde entier.Les évêques, les prêtres et les diacres, convaincus de l’excellence évangélique de ce genre de vie, travailleront à découvrir et appuyer les germes de vocation, par la prédication, par le discernement et un accompagnement spirituel compétent.Toute la communauté chrétienne, - pasteurs, laïcs et personnes consacrées - est responsable de la vie consacrée, de l’accueil et de l’appui qu’elle doit offrir aux nouvelles générations (VC 105).Quatre messages concluent l’Exhortation.- Ils s’adressent à la jeunesse, aux familles, à tous les hommes et les femmes de bonne volonté et aux personnes consacrées.Finalement, il convient de reconnaître l’opportunité du récent Synode et de la présente Exhortation apostolique, compte tenu des défis auxquels la société d’aujourd’hui doit faire face, de même que l’Église et la vie consacrée.C’est avec raison que Monseigneur Carlos Amigo, archevêque de Séville, en présentant l’Exhortation “Vita consecrata” l’a définie comme le “livre de route de la vie consacrée à l’entrée du troisième millénaire”.Aujourd’hui, les religieux se trouvent tellement soucieux de prendre le pouls de l’histoire pour ne pas perdre le rythme lié à une continuelle accélération, qu’ils pourraient même perdre de vue leur propre identité.L’ “agir” pourrait ainsi éclipser “l’être”.Et alors nous conviendrons que nous sommes en train de vivre un déficit théologal.L’Exhortation nous présente une synthèse structurée de la théologie qui doit être notre colonne vertébrale et qui peut constituer le point de départ de notre renouveau, de notre revitalisation ou de notre “refondation” qui sont si nécessaires.Si notre manière de vivre a changé, cela signifie qu’il faudra trouver une manière d’être qui s’adapte en vue de donner un témoignage prophétique, tel que nous devons le donner et que nous le réclament les temps actuels.210 Bien sûr, l’Exhortation n’a pas tout dit sur la vie consacrée et pour cette raison, le Pape nous invite à poursuive la recherche théologique et le discernement spirituel pour trouver la réponse et les réponses de notre vocation personnelle et institutionnelle à l’Église et à la Société.Certainement que l’avenir de la vie consacrée sera l’avenir de la mise en acte du charisme et de la prophétie.Les efforts de survie institutionnelle seront vains s’il n’y a pas une revitalisation des charismes originels, vécus dans la suite du Christ.Hermano Jaume Pujol i Bardolet, f.é.c.Instituto San Pio X, Marqués de Mondéjar 32, 28028 Madrid, ESPAGNE 211 UN REGARD D’ENSEMBLE SUR L’EXHORTATION APOSTOLIQUE SUR LA VIE CONSACRÉE PAR LE PAPE JEAN-PAUL II1 S.Gilberte Baril, o.p.Dans les quelques lignes qui vont suivre, j’aimerais effectuer un bref survol de l’exhortation apostolique Vita consecrata.Mon but est de vous offrir quelques pistes fondamentales et clés de lecture.Celles-ci, je l’espère, vous donneront le goût de vous plonger dans une lecture approfondie de ce document attendu avec impatience depuis la tenue du IXe Synode général des évêques sur: La vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde.J’aborderai le sujet en trois étapes.Tout d’abord, je soulignerai quelques réflexions d’ensemble qui pourront aider à saisir certaines perspectives plus globales de l’exhortation apostolique, et ainsi à en faciliter la compréhension.Deuxièmement, j’essaierai de donner une vision très rapide de chacune des parties: l’introduction, les trois chapitres et la conclusion.1 Le présent texte est en grande partie le relevé d’une conférence donnée lors du rassemblement des religieux et religieuses du diocèse de Québec tenu le 13 avril 1996.C’est ce qui explique le style plutôt oral.Il s’agissait d’une présentation d’ensemble, ce qui implique donc la nécessité de développements ultérieurs plus étendus.212 Dans un dernier temps, j’apporterai quelques indications pour montrer comment Vita consecrata actualise effectivement des éléments que nos évêques du Canada ont apportés au Synode.1.Quelques réflexions préliminaires: Avant d’aborder le contenu de l’exhortation apostolique Vita consecrata, j’aimerais souligner quelques observations préliminaires.1.1 Vita consecrata: un document post-synodal porteur de la richesse propre à une telle démarche ecclésiale Vita consecrata, comme toutes les exhortations apostoliques post-synodales, est un document qui émane de l’ensemble de la démarche d’un synode général d’évêques.Or il faut se le rappeler: l’expérience synodale est plus longue que la période de ses assises.Dans le cas de la IXe Assemblée générale du Synode des Évêques sur “La vie consacrée et son rôle dans l’Église et le monde”, la tenue du Synode a été précédée par les étapes préparatoires auxquelles nous avons tous et toutes contribué par nos réponses aux divers questionnaires.Tout ce matériel a été réuni dans y Instrumenta m laboris qui a servi de canevas de fond pour les diverses interventions au cours du Synode d’octobre 1994.C’est l’écho de tout ce riche matériel — les documents préparatoires, les interventions des participants et participantes lors du Synode, les 55 propositions votées par les Pères synodaux — que nous trouvons dans l’exhortation apostolique Vita consecrata.Le Saint-Père et ses collaborateurs ont réussi un vrai tour de force en nous présentant dans ce texte un écho fidèle de l’ensemble de la démarche synodale.Toutes les demandes officielles du Synode remises au Saint-Père ont donc été prises en considération.C’est ce qui peut expliquer l’ampleur de ce document.Il est manifeste qu’on a voulu tenir compte de la grande variété des sujets traités, des points de vue parfois très divers, d’affirmations comportant souvent beaucoup des nuances.N’oublions pas d’ailleurs que le Synode a rassemblé 213 des personnes venant des quatre coins du monde, ce qui vient ajouter à la richesse et à l’ampleur du matériel recueilli.Cette richesse propre à l’exhortation apostolique Vita conse-crata ne l’empêche pas d’être un document unifié.Parce qu’il est unifié, il me paraît impossible de saisir ce qu’il apporte de spécial sans une lecture intégrale du texte.Seule une analyse de l’ensemble peut permettre de saisir les liens entre les différentes parties.Il serait imprudent, à mon avis, de chercher dans le document ce qui est dit sur tel ou tel sujet sans tenir compte sans cesse de l’ensemble.1.2 Un document positif, rempli de vitalité et ouvert sur l’avenir Vita consecrata est animé d’un esprit positif.On peut y reconnaître la volonté expresse de la majorité des personnes impliquées au Synode.Celles-ci ne voulaient pas que le document final s’arrête trop sur des événements difficiles du passé et dont l’écho est plus présent dans les Lineamenta préparatoires au Synode.Qu’on en fasse mention comme une réalité, oui; mais que l’accent du document post-synodal engage vers l’avenir et montre les semences d’espérance qui existent.D’ailleurs, de tels signes d’espérance ont été constamment mis en relief durant les travaux du Synode.Cette exhortation apostolique est également un document vivant.Le Pape s’exprime en des termes dynamiques, proches de l’expérience vécue par les personnes qui répondent à l’appel de Dieu pour suivre le Christ dans la vie consacrée.La sève spirituelle et évangélique qui traverse l’ensemble de Vita consecrata est nourrissante et vivifiante.Plus on se laisse toucher par cette sève, plus on perçoit l’unité du document et la lumière évangélique qu’elle apporte à notre vie concrète et en particulier aux nombreuses questions soulevées au Synode.Vita consecrata est également un document ouvert, et cela dans la foulée même du mouvement synodal qui est par définition une “marche ensemble” (sun-hodos en grec).Le Saint-Père a lui- 214 même souligné, lors du dernier repas qui a réuni tous les participants et participantes au Synode à la fin des assises, l’importance de poursuivre une telle marche ensemble.Nous voyons d’ailleurs la teneur de sa pensée à ce sujet à la fin de l’introduction au numéro 13: «Certain que les fils de l’Église, et en particulier les personnes consacrées, tiendront à accueillir cette exhortation avec l’adhésion du coeur, je souhaite que la réflexion se poursuive pour permettre l’approfondissement du grand don de la vie consacrée dans la triple dimension de la consécration, de la communion et de la mission.» 1.3 Une exhortation apostolique qui s’adresse à tout le peuple de Dieu Vita consecrata s’adresse à l’ensemble du peuple de Dieu et à tous les groupes dont l’Église est composée.Cela aussi avait été fortement souhaité par les participants et participantes au Synode.Certes, il convenait que ce document s’adresse de manière particulière aux membres des instituts de vie consacrée.Mais il était également essentiel que tout le peuple de Dieu — les pasteurs, les fidèles du Christ de toutes catégories — puisse réaliser que ce don de la vie consacrée et les multiples dons que constituent ses formes variées, sont des dons faits par l’Esprit à toute l’Église, au service de la vie et de la mission de celle-ci.La vie consacrée concerne donc l’ensemble du peuple de Dieu.Les évêques ont dit: “c’est quelque chose qui nous regarde”; c’était l’objet d’une des propositions et le Saint-Père l’a noté dans l’exhortation.Mais la question de la vie consacrée regarde aussi tout le peuple de Dieu.Une remarque en passant au sujet de ce que je viens de dire: il me semble que ce sera notre devoir — ou plutôt notre joie — à nous, membres d’instituts de vie consacrée, d’aider nos frères et soeurs laïcs, de même que nos frères pasteurs, à prendre conscience que ce qui est dit de la vie consacrée dans ce document a des répercussions importantes pour la vie de toute l’Église ainsi que pour l’engagement de tous ses membres.215 1.4 Un document enchâssé dans une ecclésiologie de communion Vita consecrata est un document résolument enchâssé, comme l’était d’ailleurs l’exhortation apostolique sur les laïcs2, dans une ecclésiologie de communion.Cette constatation est importante non seulement en soi, mais en tout ce que cela implique d’attitudes d’accueil réciproque entre baptisés, égaux en Jésus Christ, bien qu’étant appelés à des vocations diverses à l’intérieur du peuple de Dieu.Une telle visée ecclésiologique favorise la marche ensemble et la collaboration entre personnes dans cette unité et dans la diversité et la complémentarité des vocations.Ici, j’aimerais souligner un aspect du document qui m’a rendue particulièrement heureuse et qui constitue, à mon avis, quelque chose d’essentiel.Il s’agit de la place faite aux divers charismes des instituts, fruits de l’action de l’Esprit dans la vie des fondateurs et des fondatrices.La mise en relief de cet aspect permet de mieux saisir comment une ecclésiologie de communion implique une grande diversité de dons faits par Dieu pour le bien de l’ensemble.Durant le déroulement du Synode, j’ai eu un peu peur à un moment donné, à partir de tout ce que j’entendais, qu’on perde un peu de vue la nécessité de l’accueil par l’Église et ses membres du charisme de chaque institut en particulier.Comme les évêques apportaient souvent les questions en lien avec la pastorale dans leurs diocèses, je trouvais que cette note n’était pas toujours mise en relief autant que je l’aurais voulu.En lisant l’exhortation apostolique, mes peurs se sont évanouies.Le document, à ce point de vue, est très bien équilibré.Il montre d’une part l’importance, pour la vie de l’Église et la communion entre ses diverses composantes, du charisme qu’est l’appel à la vie consacrée dans son unité et d’autre part, la richesse multiforme des charismes des différents instituts en eux-mêmes et dans leur complémentarité les uns avec les autres.2 L’exortation apostolique Christifideles laid, du Pape Jean-Paul II, 30 décembre 1988.216 Cette notion revient tout au long du document.Elle est particulièrement bien soulignée lorsqu’il est question des relations entre les évêques et les instituts au sein d’une Église particulière.Le Pape souligne l’importance pour tous de travailler dans le respect de la pastorale d’ensemble sans pour autant mettre en veilleuse le charisme spécifique de chaque institut.1.5 Dernière remarque Il ne faut jamais oublier que cette exhortation apostolique écrite par le Pape émane d’un Synode universel.Ce Synode a été marqué par des contributions venant de situations ecclésiales et sociales très diverses, souvent d’ailleurs très différentes des nôtres.L’écho de cette grande diversité se manifeste dans le texte, ce qui nous invite à ne pas réagir trop vivement si un accent semble trop fortement appuyé selon nous.Un exemple de ceci, c’est l’attention portée sur le monachisme.Le renouvellement du monachisme dans les Églises catholiques orientales, surtout en Europe de l’Est, est une urgence pour le dialogue avec les Églises de l’orthodoxie.Il y a également d’autres accents liés à des problèmes variés comme ceux rencontrés par les instituts dans les pays où la présence de l’Islam est majoritaire, et ainsi de suite.Il me paraît donc essentiel de garder présentes à l’esprit, en approfondissant l’exhortation apostolique, la portée universelle du texte et la nécessité de tenir compte de la grande diversité des situations à travers le monde.2.Quelques mots sur l’essentiel de chaque partie de Vita con-secrata Nous pouvons maintenant aborder brièvement les différentes sections de l’exhortation apostolique Vita consecrata en essayant de dégager quelques éléments fondamentaux pour chacune.2.1 L’Introduction est très importante.Elle rend compte d’abord de ce qu’a été le Synode, de la joie manifestée par les participants et participantes qui accueillaient 217 de nouveau en Église ce grand don de la vie consacrée selon ses multiples facettes.Je vous fais remarquer que le Saint-Père ne parle pas de la vie consacrée dans l’ensemble de l’Église en termes très formels et structurels, mais vraiment en des termes vivants.C’est une vocation, un don fait à l’Église, placé en son coeur, partie intégrante de sa vie et présent dynamiquement en elle, en relation avec les autres vocations.Le Pape décrit ensuite les différentes composantes dont il est question lorsque nous parlons de la vie consacrée.Ici, nous pourrions être tentés de dire “on sait tout cela, c’est du déjà vu”.N’oublions pas que le document n’est pas adressé seulement aux membres des instituts de vie consacrée; il est adressé à l’Église universelle.Il y a beaucoup de personnes dans l’Église qui ont besoin de savoir de qui il s’agit lorsqu’il est question de vie consacrée.Jean-Paul II donne aussi la finalité de l’exhortation: recueillir “les fruits de ce Synode qui sont des fruits d’une stimulante confrontation”.Et il ajoute son désir de voir sa lettre apporter un encouragement aux personnes consacrées, évoquant dans cette perspective l’encouragement que la lettre émanant de l’assemblée de Jérusalem au début de l’Église avait apporté à la communauté d’Antioche.Vient ensuite le corps de l’exhortation apostolique structuré en trois chapitres.Ceux-ci touchent aux trois thèmes suivants: consécration, communion, mission.Cette structure tripartite était déjà celle de Christifideles laid.Elle rejoint la dynamique fondamentale d’une ecclésiologie de communion.2.2 Consécration Le premier chapitre s’intitule “Confessio Trinitatis; aux sources christologiques et trinitaires de la vie consacrée”.Il veut répondre à cette demande fortement mise de l’avant par les membres du Synode: mettre en relief de façon claire et vivante la nature spécifique de la vie consacrée.Il était souhaité, et le texte le réalise très bien, que cette présentation se fasse en lien avec le mystère 218 trinitaire, et donc avec le mystère du Christ et de l’Esprit, le tout dans un horizon ecclésiologique englobant.Jean-Paul II a développé ce chapitre d’une manière qui lui est très personnelle.Il utilise un langage très vivant et “vitalisant”, mais aussi très marqué par une grande proximité contemplative avec le mystère.Je crois qu’il est bon de prendre le temps de laisser ces pages résonner en nous et rejoindre notre propre expérience spirituelle.Un tel accueil de ce que le Pape nous propose permet de saisir d’une manière beaucoup plus profonde que ne le ferait un développement purement notionnel, en quoi consiste essentiellement l’engagement d’une personne dans cette forme d’existence chrétienne qu’est la vie consacrée.Je me permets ici une remarque importante.Il me semble qu’il nous faut être très prudents pour bien comprendre ce que le Pape veut mettre en relief.Comme il l’a fait dans d’autres documents, il part d’une scène évangélique, celle des disciples sur la montagne lors de la Transfiguration.C’est à partir de l’expérience des disciples qu’il va essayer de dégager les traits spécifiques de la vie consacrée.En ce faisant, il fait appel à un thème qui est très cher au monachisme oriental et dont nous trouvons des échos chez plusieurs Pères de l’Église.Bien que Jean-Paul II fasse ainsi appel à un thème dont la résonance contemplative est très forte, il ne veut en rien exclure les personnes engagées dans des instituts d’apostolat actif ni, non plus, enfermer celles-ci dans des cadres de vie monastique.Son but est ailleurs.Il veut parler de la racine christologique et trinitaire de toute forme de vie consacrée.Il met en relief l’âme profonde de toute expérience d’appel: cette mystérieuse attirance pour suivre le Christ d’une manière particulière et assumer la forme de vie chaste, pauvre et obéissante qui fut la sienne dans ce monde.Cette approche très contemplative a l’avantage de nous centrer sur l’essentiel de l’engagement dans la vie consacrée, et cela dans des termes dynamiques, vitaux, existentiels, et non pas juridiques.L’évocation que Jean-Paul II fait de la gloire qui est sur le visage du Christ et que les apôtres contemplent rappelle ce fameux 219 passage de Lumen Gentium no 1, cité d’ailleurs dans l’exhortation, passage où il est dit que l’Église doit refléter sur son visage la gloire du Christ.Au cœur de l’Église qui est signe et sacrement, la vie consacrée est appelée, à travers ce qu’elle est ainsi qu’à travers la vie de ses membres, à être d’une façon qui lui est propre et particulière, signe de cette gloire du Christ, signe également de l’aboutissement eschatologique de l’histoire humaine dans le Christ ressuscité et glorifié 3.Dans ce chapitre, le Pape montre ce qui caractérise le plus spécifiquement l’engagement des personnes consacrées: c’est la manière dont l’attirance divine les amène à assumer la forme de vie que Jésus a choisie dans ce monde: la forme de vie chaste, pauvre, obéissante.En référant surtout à ce que les évangiles nous disent de l’appel des Douze, à savoir que Jésus a appelé ceux-ci “pour être avec lui” et s’engager avec lui dans la mission, Jean-Paul Il applique également ces passages aux personnes appelées à la vie consacrée.Ces thèmes de la vie consacrée comme suite spéciale du Christ et comme vie “christiforme” reviennent souvent et de diverses manières tout au long de Vita consecrata.Jean-Paul II va dire, entre autres, que ce mode d’existence chrétienne est appelé à être dans l’Église comme une sorte de “mémorial” de la forme de vie du Christ à travers l’histoire jusqu’à la fin des temps.Nous retrouvons 3 On peut ressentir une certaine réserve devant cette donnée traditionnelle que le Pape réitère dans Vita consecrata, à savoir la signification eschatologique particulière de la vie consacrée.Peut-être aurions-nous avantage à pousser plus loin notre réflexion sur cette perspective eschatologique en la mettant en lien avec l’évangile des Béatitudes.Assumer une forme d’existence chrétienne qui oriente vers l’accomplissement total de l’histoire doit être compris aussi comme une plongée dans l’aujourd’hui de cette histoire, mais pour être des éveilleurs et des éveilleuses à “l’au-delà du visible, du transitoire” qui est déjà là, surtout dans le coeur et la vie des personnes, spécialement des personnes humiliées, souffrantes.Un jour, je demandais à la fondatrice de ma communauté, Mère Julienne du Rosaire, o.p., comment être contemplative dans l’action.Elle me répondit: “en prenant l’habitude de voir le mystère du salut - le Christ Jésus et son Esprit - à l’oeuvre dans les personnes que vous approchez et dans les situations concrètes que vous vivez au niveau apostolique.” Il me semble qu’une telle orientation “contemplative” liée à la profession des conseils évangéiques, et donc impliquant une réelle liberté par rapport aux choses qui passent, rejoint directement sous un angle spécifique cette signification eschatologique particulière liée à l’engagement dans la vie consacrée.Loin d’éloigner du réel concret et surtout des personnes à qui les membres des instituts de vie apostolique sont envoyés, une telle orientation peut être la source d’un engagement encore plus total et courageux.220 ici sous un autre aspect ce caractère de signe dont il a été question plus haut.C’est donc par la profession des conseils évangéliques de chasteté, de pauvreté et d’obéissance que les membres des instituts de vie consacrée assument la forme de vie qui fut celle du Christ Jésus sur la terre.Il est important de noter ici une précision apportée par le Synode: c’est d’abord le célibat pour le Royaume, la profession de la chasteté consacrée, qui constitue la porte d’entrée dans la vie consacrée.Ce critère pourra être utile pour aider à discerner, dans les nouvelles formes de regroupements évangéliques, lesquelles peuvent être considérées comme faisant partie de la vie consacrée proprement dite.2.3 Communion Le thème de la communion se trouve au cœur du deuxième chapitre qui s’intitule: “Signum fraternitatis; La vie consacrée, signe de la communion dans l’Eglise”.Ce deuxième chapitre touche donc à une deuxième composante fondamentale d’une ecclésiologie de communion, à savoir l’unité de tous dans le Corps ecclésial, ainsi que les multiples relations qui tissent ensemble, dans une communion de vie, les différentes composantes de ce corps.Je vous fais remarquer en passant la difficulté de remplacer le mot “fraternité” par un mot inclusif sans perdre la notion d’union entre frères et sœurs dans la famille des fils et des filles du Père en Jésus Christ.La question a été soulevée dans certains ateliers de travail au Synode sans qu’une solution satisfaisante ait été trouvée.Signe de communion, la vie consacrée l’est en soi.Elle l’est de façon spéciale pour les instituts religieux et pour les sociétés de vie apostolique, comme cela ressort nettement au numéro 42.Ce numéro fait suite d’ailleurs à l’évocation, au numéro 41, de la communion trinitaire, source et modèle de la communion dans l’Église et dans la “fraternité” au sein des instituts de vie consacrée.221 Il est intéressant de voir cependant comment cette fonction de “signe” de communion portée par la vie consacrée n’est pas présentée seulement comme un “en soi”, mais aussi comme un projet dynamique.Le document touche précisément à beaucoup de situations très concrètes impliquant une attention spéciale à la pratique de la communion dans l’Église, situations qui concernent les diverses catégories de personnes.On y parle abondamment de ce sujet qui a été central dans les interventions au Synode, à savoir les mutuæ relationes (les relations mutuelles): relations entre les instituts de vie consacrée et le Siège apostolique ainsi qu’avec les conférences épiscopales; relations, à l’intérieur des Églises particulières, entre les instituts et leurs membres avec les évêques, les autres pasteurs ainsi qu’avec d’autres personnes engagées dans la vie et la mission de l’Église.Un accent particulier est mis sur les relations des membres des instituts de vie consacrée avec les laïcs.C’est également dans ce chapitre que le Saint-Père traite de plusieurs questions davantage liées à des facettes de la vie à l’intérieur du peuple de Dieu: entre autres, la dignité et le rôle de la femme.Ici, je dois souligner l’importance des interventions de Mgr Maurice Couture, r.s.v., archevêque de Québec, ainsi que celles d’autres participants et participantes au Synode.Il me semble qu’on peut déceler dans le document des traces explicites de ces interventions.Dans ce chapitre, il est question entre autres de la clôture des moniales.À ce sujet, on a pu percevoir, dans les interventions au Synode, deux sensibilités très différentes.On retrouve ces deux sensibilités dans le numéro 59, bien que l’accent soit mis sur le maintien d’une clôture très stricte — première sensibilité.Le Pape parle également de requêtes faites au Synode en ce qui regarde la discipline concrète.On peut croire qu’il y a là une discrète évocation d’aspects davantage portés par les interventions rejoignant l’autre sensibilité.Jean-Paul II précise que ces requêtes seront l’objet d’une réflexion méthodique.Nous pouvons donc espérer que la “marche ensemble” post-synodale permettra un approfondissement des enjeux que ces questions soulèvent, et cela à la lumière de la grande tradition monastique et de certaines valeurs de notre culture contemporaine.222 Ce chapitre apporte aussi des éléments importants de réflexion en ce qui regarde la vocation des religieux frères.Le caractère “fraternel” de ces instituts a été souligné par le Pape, à la suite des discussions synodales, pour mieux caractériser leur forme de présence en Église, qui n’est pas une vocation laïque4 au sens plus spécifique du terme (cf.Christifideles laici).Un sujet qui fut au centre des préoccupations du Synode est celui de l’exercice de l’autorité et de la parité de droits et d’obligations dans certains instituts mixtes (clercs et frères) conformément à la volonté du fondateur.Le chapitre 2e traite également de cette question.Une commission spéciale est instituée pour examiner et résoudre les difficultés posées afin de permettre aux instituts en cause de revenir à l’inspiration des origines.Nous trouvons dans ce chapitre beaucoup d’autres sujets comme celui de la pastorale des vocations, de la formation initiale, de la formation permanente, etc.Ce chapitre me paraît donc stimulant et éclairant, comportant d’ailleurs beaucoup de nuances.Il nous invite à voir à quel point les instituts de vie consacrée font vraiment partie du tissu vivant de l’Église, et comment, en tenant compte de la diversité des situations et des problèmes d’un contexte culturel à l’autre, leur vitalité est au service de la vitalité de tout le peuple de Dieu.2.4 Mission Le troisième chapitre s’intitule: “Servitium caritatis; la vie consacrée, manifestation de l’amour de Dieu dans le monde”.Ce qui est visé ici, c’est la participation de la vie consacrée, sous toutes ses formes, à la mission de l’Église au cœur du monde.Il est important de souligner un premier aspect du chapitre: l’accent mis sur le lien intrinsèque entre consécration et mission.Toute consécration est consécration pour la mission: la consécration baptismale d’abord et avant tout, qui est une participation à la 4 Cette précision s’applique également aux instituts féminins.223 consécration du Christ envoyé dans le monde pour réaliser le projet du Père.Cela est vrai également de toute autre forme de consécration, en particulier dans la vie consacrée selon toutes ses composantes.Même la consécration dans la vie contemplative est “consécration pour la mission”.Le chapitre précise: il s’agit de la mission comme participation à la mission du Christ, comme actualisation de son amour jusqu’à l’extrême du don de lui-même.C’est d’ailleurs dans cette perspective que le caractère universel de la mission — la mission ad gentes — est mis en relief.C’est pour tous et en tout lieu que le Christ s’est livré, d’où l’importance de faire en sorte que l’Évangile puisse rejoindre toutes les personnes, de façon préférentielle les pauvres ainsi que ceux et celles qui vivent des situations de souffrance et sont écrasés par l’injustice.Dans ce chapitre qui est assez vaste, l’accent est mis entre autres sur le rôle prophétique de la vie consacrée, ce qui a été fortement souhaité par un grand nombre d’évêques et de personnes consacrées dans les interventions au Synode.Ce caractère prophétique est inhérent à la nature même de la vie consacrée.Dans cette ligne de pensée, il y a des développement très beaux sur le prophétisme impliqué dans la pratique des conseils évangéliques, et cela particulièrement face aux défis de notre monde contemporain.Vivre les conseils évangéliques peut être une interpellation pour nos contemporains qui sont souvent aux prises avec la tentation d’une recherche désordonnée du plaisir, de l’avoir et du pouvoir.Le chapitre troisième fait aussi mention de ces aréopages modernes de la mission dont Jean-Paul II parlait déjà dans son encyclique Redemptoris Missio.Ici, toujours en réponse aux propositions votées par les Pères du Synode, il souligne certains lieux pour l’engagement des personnes consacrées aujourd’hui, lieux qui revêtent une urgence particulière: une présence nouvelle ou renouvelée dans le monde de l’éducation à tous les niveaux, l’évangélisation de la culture ainsi que la présence dans le monde des communications sociales.224 Le chapitre met aussi en relief, comme un complément important à ce qui a été dit au chapitre précédent sur la communion et le dialogue à l’intérieur de la vie de l’Église, d’autres niveaux de dialogue.On y souligne de manière spéciale la nécessité d’un engagement dans la poursuite du dialogue oecuménique, du dialogue interreligieux — et ici, un accent est mis sur le rôle des contemplatifs dans les pays de l’Asie.Enfin, il est question de la responsabilité spéciale qu’ont les membres des instituts de vie consacrée d’aller au devant de nos contemporains assoiffés de Dieu dans leur recherche du sacré.Nous sommes certes particulièrement interpellés par cette invitation ici dans notre pays; combien de nos contemporains s’orientent vers les sectes parce qu’ils ne trouvent dans l’Église que très peu de maîtres de vie chrétienne profonde, de témoins authentiques d’une solide spiritualité.2.5 La conclusion de l’exhortation apostolique est particulièrement saisissante.Le Saint-Père commence par montrer comment la vie consacrée n’entre pas d’abord et avant tout dans la catégorie du “purement utile”, ce qui n’est pas tellement compréhensible à une époque comme la nôtre marquée par une culture utilitariste et technocratique.Il fait référence, pour illustrer son propos, au récit de l’onction à Béthanie et à l’abondance d’huile que Marie a répandue sur les pieds de Jésus.Il montre comment la réponse à l’appel de Dieu pour s’engager dans la vie consacrée ressemble à celle de Marie et se caractérise par ce qu’il appelle “la surabondance de la gratuité”.Cette méditation est très belle, profonde et remplie de signification pour nous et pour les personnes qui, sans pouvoir toujours mettre des mots sur ce qu’elles saisissent, intuitionnent l’urgence du témoignage d’une telle réponse gratuite à l’amour dans un monde comme le nôtre.Je ne peux que vous inviter à méditer longuement ces quelques pages.Par la suite, le Pape invite les jeunes, les familles, les hommes et les femmes de bonne volonté, ainsi que les personnes consacrées elles-mêmes, à se pencher sur cette question de l’appel à ces formes d’engagement chrétien dans la vie du peuple 225 de Dieu aujourd’hui.Sa conclusion se termine par une très belle prière à la Trinité qui refait le lien avec la perspective trinitaire du premier chapitre, ainsi que par une invocation à la Vierge Marie.3.L’apport de la délégation canadienne au Synode Pour terminer, quelques éléments soulignent certains aspects de l’apport de la délégation canadienne au Synode et les échos que nous trouvons de leur contribution dans l’exhortation apostolique Vita consecrata .J’ai déjà mentionné l’impact de l’intervention de Mgr Maurice Couture, r.s.v., sur la dignité de la femme.Certains passages des numéros 98-99 nous rappellent presque littéralement des éléments de son intervention.Il y a également plusieurs passages tout au long de l’exhortation apostolique où nous pouvons percevoir une nouvelle sensibilité à la présence dans la vie consacrée et dans l’Église de la femme et de l’homme, les deux étant nommés spécifiquement et non pas simplement inclus dans un générique masculin.Il y a vraiment une évolution dans le document à bien des niveaux, entre autres en ce qui regarde l’engagement des femmes consacrées dans l’évangélisation.On parle même explicitement de leur engagement possible dans la formation des futurs prêtres (à ce niveau, l’Église au Canada a certainement de l’avance).Le Pape, lors du repas final du Synode, avait exprimé sa volonté que des femmes puissent travailler au document post-synodal.Est-ce que cela a été le cas?Rien ne nous le prouve, bien que, selon moi, certaines nuances dans la formulation me le laisseraient croire.Je pense que l’intervention de Mgr Jacques Berthelet, c.s.v., qui a parlé de l’expérience spirituelle de la Pâque vécue par les instituts religieux chez nous, jointe à d’autres interventions semblables, a été féconde.Nous le constatons, entre autres, à travers le caractère positif du texte, même lorsqu’on évoque les souffrances et les appauvrissements à cause de l’âge et de la diminution du personnel.La vie consacrée est féconde quelles que soient les épreuves qu’elle rencontre et au cœur même de celles-ci.Le 226 document invite à rendre grâce pour le bien fait par les instituts, même lorsque ceux-ci sont menacés dans leur survie.Dans cette même perspective, il faut souligner la mention du rôle irremplaçable des personnes âgées et des malades dans les instituts de vie consacrée .L’intervention du cardinal Jean-Claude Turcotte qui a parlé des critères de discernement pour l’accueil des nouvelles formes de vie consacrée a eu une influence certaine sur l’exhortation aux numéros 12 et 62.Dans ce dernier numéro, le Pape répond à une demande du Synode pour qu’une commission mixte soit créée afin d’étudier comment aider ces nouvelles formes de vie évangélique à trouver leur place dans l’Église.J’aimerais mentionner également ce sauvetage in extremis réalisé par la délégation canadienne concernant la question des laïcs associés.Devant le silence sur cette question dans les discussions au sein des circuli minores, Mgr Couture a demandé à Sœur Lorraine Caza, c.n.d., de préparer un écrit à partir de notre riche expérience canadienne.Or, on perçoit nettement l’écho de cette expérience dans les numéros 55-56 de l’exhortation.Je pense que nous pouvons nous en féliciter.Il y aurait encore bien d’autres contributions canadiennes à souligner: je pense à celle de Sœur Madeleine Rochette, c.n.d.sur l’engagement dans l’apostolat actif, à celle du Frère Ignatius Feaver, capucin, sur les frères et les prêtres dans des instituts mixtes, ainsi qu’à d’autres contributions non moins importantes.Conclusion Ces quelques pistes sont très limitées par rapport à l’ensemble de l’exhortation apostolique et à toute la richesse qu’elle contient.J’espère quand même vous avoir “ouvert l’appétit”.Car c’est essentiellement ce but que j’ai poursuivi dans cette présentation.227 J’espère aussi que ces quelques réflexions feront jaillir en nous un cantique d’action de grâce pour cet événement d’Église.Je suis persuadée qu’il aura des conséquences très grandes non seulement pour l’avenir de la vie consacrée, mais aussi pour la vitalité de toute l’Église.D’où l’importance pour nous de faire véritablement nôtre la richesse d’un document comme celui-ci, ce qui exigera l’effort d’un approfondissement sérieux.Je nous souhaite de trouver des moyens efficaces pour le faire.S.Gilberte Baril, o.p.131, rue des Dominicaines BEAUPORT, Qué.G1E6S8 228 LA CONSÉCRATION D’APRÈS L’EXHORTATION APOSTOLIQUE P.Laurent Boisvert, o.f.m.Confiant que son Exhortation apostolique sur la vie consacrée sera accueillie “avec l’adhésion du coeur”, le pape Jean-Paul Il souhaite “que la réflexion se poursuive pour permettre l’approfondissement du grand don de la vie consacrée dans la triple dimension de la consécration, de la communion et de la mission” (Vita consecrata 13).Ce qui suppose, comme point de départ, une compréhension suffisante du document pontifical.Compte tenu de la densité de ce texte et de son origine, une telle intelligence requiert un effort particulier et une attitude bienveillante.Dans cet article, je considère quelques aspects de la consécration, et je souhaite que leur présentation traduise le plus fidèlement possible le contenu de l’Exhortation post-synodale.Voici les points abordés: la suite du Christ, la consécration nouvelle, le radicalisme, le fondement évangélique, la nature eschatologique.1.Suite du Christ Tous les croyants sont appelés à suivre le Christ, bien que de manières différentes.Fondamental pour les diverses formes d’existence chrétienne, le concept dynamique de la sequela Christi n’est pas réservé à une catégorie de fidèles.Seule la façon de suivre le Christ peut distinguer et caractériser les personnes en vie consacrée.Cette donnée théologique importante est clairement exprimée dans l’Exhortation apostolique, en particulier dans les passages suivants.229 La lumière de la Transfiguration “éclaire ses fils, tous également appelés à suivre le Christ en fondant sur Lui le sens ultime de leur vie” (VC 15).“Le Fils.appelle tous ceux que lui a donnés le Père (cf.Jn 17,9), à venir à sa suite, ce qui oriente leur existence.Mais à certains, précisément les personnes consacrées, il demande un engagement total.” (VC 18) “A l’image de Jésus, Fils bien-aimé que le Père a consacré et envoyé dans le monde (Jn 10,36), ceux que Dieu appelle à sa suite sont eux aussi consacrés et envoyés dans le monde pour imiter son exemple et poursuivre sa mission.Cela s’applique à tous les disciples en général” (VC 72).À cet appel commun aux baptisés de suivre le Christ, s’ajoute un appel particulier concernant la manière de le faire.“Dans la vie consacrée, il ne s’agit donc pas seulement de suivre le Christ 6e tout son coeur, en l’aimant plus que son père ou sa mère, plus que son fils ou que sa fille (cf.Mt 10,37), comme il est demandé à chaque disciple” (VC 16).Au cours de l’histoire, “il y a toujours eu des hommes et des femmes qui.ont choisi la voie 6’une sequela Christi particulière, pour se donner au Seigneur avec un coeur sans partage (cf 1 Co 7,34)” (VC 1).De plus “cette forme de la sequela Christi, dont l’origine est toujours l’initiative du Père.est marquée par “la pratique des conseils évangéliques, dont le premier et le plus important est le lien sacré de la chasteté pour le Royaume des deux” (VC 14).Plus largement encore, c’est l’ensemble du projet d’un Institut qui constitue pour ses membres la façon particulière de suivre le Christ: “il apparaît aujourd’hui nécessaire pour tous les Instituts de renouveler leur considération de la Règle, parce que, dans cette dernière et dans les constitutions, un itinéraire est tracé pour la sequela Christi, correspondant à un charisme propre authentifié par l’Eglise” (VC 37).La suite du Christ se réalise selon un charisme particulier (cf.VC 66).Quand il s’agit de préciser davantage cette manière de suivre le Christ, caractéristique de la vie consacrée, l’Exhortation parle de conformation à son genre de vie, de “configuration de toute l’existence au Christ” (VC 16).Ce qui signifie que la personne “cherche à reproduire en elle-même, dans la mesure du possible, la forme de vie que le Fils de Dieu a prise en entrant dans le monde” (VC 16); elle “aspire à s’identifier à lui, en ayant les mêmes senti- 230 ments et la même forme de vie” (VC 18); elle s’engage “à adopter la forme de vie pratiquée personnellement par Jésus et proposée par Lui à ses disciples, dans le célibat, dans la pauvreté et dans l’obéissance” (VC 31 ).À noter que la forme de vie de Jésus diffère de celle de la majorité des hommes et des femmes.Cette différence est ainsi exprimée dans YInstrumentum laboris'.“La façon de vivre de Jésus n’est pas calquée sur les exigences et sur le développement des dynamismes naturels, mais directement sur les valeurs du Royaume et donc sur le dépassement de ces biens qui, dans le plan ordinaire du Créateur, servent à l’homme pour grandir et s’épanouir” (IL 51).En d’autres termes, la forme de vie de Jésus est spécifiée de façon immédiate par “la réalisation du dessein de Dieu” (VC 14).De même la vie des consacrés n’est pas structurée à partir des orientations naturelles de la sexualité, du désir légitime de posséder et celui de décider de sa vie de manière indépendante (cf.VC 87).Elle est spécifiée immédiatement par le Christ et son Règne, concentrée de manière exclusive (cf.VC 15) sur la valeur religieuse.Ce qui suppose un appel et un don particuliers, qui font que la personne est à ce point attirée par cette double réalité qu’elle y voue toute sa vie, fait de la recherche de Dieu et de la cause de l’Evangile le projet de son existence.La profession des conseils évangéliques y est subordonnée.Non seulement ces conseils “demandent et manifestent chez celui qui les accepte le désir explicite d’être totalement configuré à Lui” (VC 18), mais leur profession “exprime et réalise plus complètement” cette configuration (VC 30).La finalité de la vie consacrée “consiste à être configuré au Seigneur Jésus dans son oblation totale de lui-même” (VC 65).On comprend alors le sens de l’affirmation de Lumen gentium, reprise par l’Exhortation apostolique, à savoir que “la vie consacrée imite de plus près et représente continuellement dans l’Eglise.la forme de vie que Jésus.a embrassée et proposée aux disciples qui le suivaient” (VC 22).Tous les croyants sont appelés à la sainteté, c’est-à-dire à la plénitude de l’amour pour Dieu et le prochain.Mais certains “sont appelés à suivre le Christ de plus près, dans la forme spécifique de la vie consacrée, et à faire de lui 231 le ‘tout’ de leur existence” (VC 72).De même que Jésus a centré sa vie sur le Père et son Règne, ainsi les consacrés imitent son genre de vie en se vouant à la recherche de Dieu et au service du Royaume.Non seulement ils font du Christ le sens de leur existence (cf.VC 16) et accueillent le Royaume dans leur vie, mais ils mettent celle-ci au service de l’Evangile.Ce faisant, ils imitent de près la forme de vie de Jésus (cf.VC 14).Selon l’Exhortation, la vie consacrée représente dans l’Eglise la forme de vie de Jésus.“Tel est le motif pour lequel, dans la tradition chrétienne, on a toujours parlé de l'excellence objective de la vie consacrée” (VC 18).Et encore: “il faut reconnaître que la vie consacrée se situe objectivement à un niveau d’excellence, car elle reflète la manière même dont le Christ a vécu” (VC 32).Ce qui ne situe pas les consacrés dans une catégorie supérieure de croyants.Au contraire, ils doivent éviter “un certain sentiment de supériorité par rapport aux autres fidèles” (VC 38), se rappelant que “la voie meilleure (1 Co 12,31), la réalité la plus grande de toutes (1 Co 12,31), selon la parole de l’Apôtre, est la charité” (VC 47).Et quand l’Exhortation considère la profession des conseils évangéliques comme “une voie privilégiée vers la sainteté”, qu’elle la qualifie de: “école du service du Seigneur, école d’amour et de sainteté, chemin ou état de perfection”, c’est sans doute pour montrer “l’efficacité et la richesse des moyens propres de cette forme de vie évangélique” (VC 35).N’est-ce pas l’union à Dieu et le service du Règne que recherchent de façon particulière les personnes qui s’engagent dans les diverses formes de vie consacrée?Et puisque celles-ci sont structurées en fonction de ce double but, n’est-il pas normal qu’elles produisent des fruits en conséquence?A la condition toutefois que ces personnes soient appelées à l’une de ces formes d’existence, qu’elles soient aptes à la vivre et veuillent le faire sérieusement.Alors ce genre de vie sera vraiment pour elles une école d’amour et de service.2.Consécration nouvelle La sequela Christi, à laquelle tous les chrétiens sont appelés, n’inclut pas en elle-même la manière de la vivre.En 232 d’autres mots, la vie consacrée “n’est pas une conséquence nécessaire” de la consécration baptismale.“Le baptême ne comporte pas par lui-même l’appel au célibat ou à la virginité, le renoncement à la possession des biens, l’obéissance à un supérieur, sous la forme précise des conseils évangéliques” (VC 30).La vie consacrée suppose donc “une vocation distincte et une forme spécifique de consécration, en vue d’une mission particulière” (VC 31).Ce qui implique que “les personnes consacrées.reçoivent une consécration nouvelle et spéciale qui, sans être sacramentelle, les engage à adopter la forme de vie pratiquée personnellement par Jésus et proposée par Lui à ses disciples, dans le célibat, dans la pauvreté et dans l’obéissance” (VC 31).Deux aspects de cette consécration nouvelle sont clairement mentionnés dans le document pontifical: l’appel de Dieu qui s’accompagne d’un don particulier, et la réponse personnelle.L’existence ‘christiforme’ “ne peut être vécue que sur la base d’une vocation spéciale et en vertu d’un don particulier de l’Esprit” (VC 14).C’est l’Esprit qui suscite l’attrait intérieur, engendre le désir, fait que la personne est saisie, séduite, captivée par le Christ et le Royaume, habilitée à vivre sous l’emprise de ces valeurs.Cette “primauté de l’initiative divine” (VC 28) est indéniable.Mais cet agir divin ne dispense pas la personne de sa responsabilité puisqu’elle demeure, même devant Dieu, un être sujet.Il lui appartient donc de répondre librement à l’appel reçu, toujours avec l’aide de l’Esprit.“C’est l’Esprit qui suscite le désir d’une réponse totale; c’est Lui qui accompagne la croissance de ce désir, portant à son terme la réponse affirmative et soutenant ensuite son exécution fidèle” (VC 19).N’est-ce pas le Père qui “demande à ceux qu’il a choisis la réponse d’un don total et exclusif” (VC 17)?A cette demande correspond un don spécifique afin que ces derniers puissent répondre à leur vocation et à leur mission (cf.VC 30).Sans rien enlever à l’initiative de Dieu, l’Exhortation met l’accent sur l’agir personnel dans la consécration.Elle n’affirme jamais que la personne est consacrée par Dieu, mais bien qu’elle se consacre à Lui.Au moins treize passages vont dans ce sens.En voici quelques-uns: “Par le voeu de chasteté perpétuelle pour le 233 Royaume de Dieu, ces personnes.se consacrent.”(VC 7); des prêtres, dans les instituts séculiers, “s’y consacrent au Christ par la pratique des conseils évangéliques” (VC 10); la personne “se consacre totalement à lui et à son dessein de salut” (VC 17); “ceux qui ont consacré pleinement leur vie au Christ” (VC 28); “ceux qui désirent se consacrer au Seigneur” (VC 65); “ceux qui se consacrent à Lui” (VC 66).Les autres textes, reprenant la même affirmation, se trouvent aux numéros suivants: VC 9, 68, 82, 95, 104, 105, 111.Tout en reconnaissant l’importance primordiale de l’agir divin, le document pontifical insiste donc particulièrement sur l’acte de la personne se donnant à Dieu, et le faisant à l’intérieur d’une forme de vie centrée sur le Seigneur et son Règne.Un texte paraît faire exception; il parle des “vierges consacrées par l’évêque diocésain” (VC 7).Il peut toutefois être éclairé par l’affirmation suivante de Evangelica testificatio: “Telle est votre consécration, qui s’accomplit dans l’Eglise et par son ministère, à la fois celui de ses représentants qui reçoivent les professions religieuses, et celui de la communauté chrétienne dont l’amour reconnaît, accueille, porte et enveloppe ceux qui se donnent en elle” (ET 7).Le représentant de l’Eglise, en l’occurrence l’évêque, est considéré ici comme celui qui reçoit la consécration et qui, avec la communauté, aide par la prière et le support les personnes qui se donnent au Seigneur.Il “invoque sur les personnes choisies le don de l’Esprit-Saint et associe leur oblation au sacrifice du Christ” (VC 30).Il n’est pas celui qui voue la personne à Dieu.3.Radicalisme et radicalisme Nous l’avons vu, à chaque disciple il est demandé “de suivre le Christ de tout son coeur, en l’aimant plus que son père ou sa mère, plus que son fils ou que sa fille” (VC 16).Ce texte résume bien deux exigences radicales de la suite du Christ: l’amour total de Jésus et du prochain (cf.Le 10, 27), et l’obligation de préférer Jésus aux êtres les plus proches et les plus chers (cf.Mt 10, 37).La suite de Jésus implique, pour tout fidèle, un radicalisme fondamental: donner à la personne de Jésus la priorité absolue dans les choix de sa vie.Ceci constitue le centre même de l’existence chrétienne et donc de ses diverses formes, y compris la vie consacrée.234 Prendre l’Evangile comme norme de vie, c’est pour tout chrétien reconnaître que ses exigences radicales le concernent personnellement, qu’il ne peut s’en dispenser sous prétexte qu’elles sont l’apanage et la caractéristique d’un groupe.Même s’il se sent toujours en deçà de l’idéal proposé par Jésus, il doit reconnaître que le radicalisme de son message le regarde et qu’il est appelé à en vivre les exigences.Ce sans quoi sa vie perd son dynamisme, devient un sel affadi.De même que l’Exhortation distingue la sequela Christi et les manières d’être disciple, la consécration baptismale et les façons de la vivre, ainsi, me semble-t-il, elle différencie le radicalisme de l’Evangile, commun aux croyants, et celui qui caractérise la forme de vie du Christ et celles des consacrés.Concernant la première, elle affirme: “Sa forme de vie chaste, pauvre et obéissante apparaît, en effet, comme le mode le plus radical de vivre l’Evangile sur la terre” (VC 18).Ce qui se comprend à la lumière du texte de Ylnstrumentum laboris cité plus haut, à savoir que le genre de vie de Jésus n’est pas fondé sur les exigences et le développement des dynamismes naturels de la sexualité, du désir de posséder et celui de décider de sa vie dans l’indépendance, mais directement sur le Père et son Règne.Il y a là une concentration totale sur les réalités de la foi, qui implique un renoncement radical à des biens de la création.Tel est également le genre de vie des personnes consacrées.Elles aussi renoncent à bâtir leur existence sur les appels et les exigences des trois grands dynamismes naturels, et consacrent leur vie à la recherche de Dieu et au service du Royaume.Elles désirent rester avec le Christ, se donner à Lui, concentrer de manière exclusive leur existence sur Lui (cf.VC 15).Et cela pour répondre à un appel.En effet, “à certains, précisément les personnes consacrées, il (le Fils) demande un engagement total qui comporte l’abandon de toutes choses (cf.Mt 19, 27) pour vivre en intimité avec lui et le suivre où qu’il aille (cf.Ap 14, 4)” (VC 18).Et pour traduire cet engagement, l’Exhortation utilise les expressions suivantes: don de soi radical par amour du Seigneur (VC 3); réponse radicale grâce à la pratique des conseils évangéliques (VC 14); caractère radical6e la vocation à la vie consacrée (VC 15); orienta- 235 tion radicale qui anticipe la perfection eschatologique (VC 16); s’engager radicalement dans la suite du Christ (VC 84).Ce radicalisme inhérent aux diverses formes de vie consacrée devient plus manifeste encore quand on examine de près l’une ou l’autre d’entre elles.Par exemple, le genre de vie des moniales.Elles “se consacrent essentiellement à la prière, à l’ascèse et au progrès ardent dans la vie spirituelle” (VC 59), “choisissent un espace réduit comme lieu de vie” (ibid.), renoncent “non seulement aux choses matérielles, mais aussi à l’espace, aux contacts et à de nombreux biens de la création” (ibid.).Leur existence, “totalement consacrée à Dieu dans la contemplation” (ibid.) comporte un caractère radical évident.L’engagement dans ce genre de vie suppose un désir sérieux de suivre le Christ selon l’enseignement de l’Evangile.N’est-il pas normal qu’une telle voie produise des fruits spirituels.La forme de vie de l’ermite comporte, elle aussi, un radicalisme particulier.Il est “reconnu par le droit comme dédié à Dieu dans la vie consacrée, s’il fait profession publique des trois conseils évangéliques scellés par un voeu ou par un autre lien sacré entre les mains de l’évêque diocésain, et s’il garde, sous la conduite de ce dernier, son propre programme de vie” (CIC 603, 2).Ce qui caractérise son mode d’existence, c’est un retrait plus strict du monde et une situation solitaire (cf.CIC 603, 1).L’ermite ne se donne pas un style de vie qui réponde simplement à ses désirs naturels.Il s’engage dans une forme d’existence marquée par la “séparation intérieure et extérieure du monde”, par “le jeûne et la prière” (VC 7).Sa vie est sans doute facile et agréable au début, mais elle devient extrêmement exigeante à la longue.Il y a un radicalisme évident dans cette existence solitaire, centrée sur la recherche de Dieu.4.Fondement évangélique On dit depuis longtemps déjà que la vie consacrée est inspirée par l’Evangile.Mais est-ce là son lien unique avec lui?L’Exhortation allègue que cette vie est “profondément enracinée dans l’exemple et dans l’enseignement du Christ Seigneur” (VC 1), que ses formes “ont l’aspect d’une plante aux multiples rameaux 236 qui plonge ses racines dans l’Evangile” (VC 5).Ces affirmations n’étonnent pas; elles proviennent de Vatican II (cf.LG 43).Mais l’Exhortation va plus loin en fondant la vie consacrée dans le rapport particulier que Jésus, durant sa vie, a établi avec quelques disciples.“Le fondement évangélique de la vie consacrée est à chercher dans le rapport spécial que Jésus, au cours de son existence terrestre, établit avec certains de ses disciples, qu’il invita non seulement à accueillir le Royaume de Dieu dans leur vie, mais aussi à mettre leur existence au service de cette cause, en quittant tout et en imitant de près sa forme de vie” (VC 14).Les personnes consacrées sont en quelque sorte identifiées à ces disciples, et en particulier aux Apôtres.“Ceux qui suivent Jésus aujourd’hui, abandonnant tout pour lui, rappellent les Apôtres qui, répondant à son invitation, renoncèrent à tout.Traditionnellement, on parle donc de la vie religieuse comme d’une apostolica vivendi forma” (VC 93).Présenter les personnes consacrées comme les successeurs du groupe des Douze paraîtra sans doute difficile à accepter pour ceux qui soutiennent que cette succession ne concerne que les épiscopes et les anciens, voire les messagers de l’Evangile.Il est vrai que l’Exhortation ne prétend pas donner une interprétation officielle des passages scripturaires impliqués.Et son invitation à poursuivre la réflexion sur la vie consacrée inclut sans doute celle de continuer à préciser le fondement biblique de celle-ci.Pour ce qui est de la vie religieuse qualifiée de forme de vie apostolique, il s’agit là d’une présentation fréquente (cf.VC 94) mais non universelle dans les Instituts religieux.François d’Assise, par exemple, n’utilise jamais dans ses écrits l’expression vita apostolica pour qualifier la vie des frères de son Ordre.Dans un autre passage, l’Exhortation affirme que c’est Jésus qui a inauguré la vie consacrée, qu’il en est le fondateur.“Jésus lui-même, en appelant certaines personnes à tout abandonner pour le suivre, a inauguré cet état de vie qui, sous l’action de l’Esprit, allait se développer progressivement au cours des siècles, sous les différentes formes de vie consacrée.La conception d’une Eglise composée uniquement de ministres sacrés et de laïcs ne correspond donc pas aux intentions de son divin fondateur telles 237 qu’elles apparaissent dans les Evangiles et les autres écrits du Nouveau Testament” (VC 29).En somme, Jésus a non seulement fondé l’Eglise, mais il l’a voulue composée de trois états de vie: clercs, laïcs et consacrés.Cette intention de Jésus apparaît, semble-t-il, dans les écrits néo-testamentaires.Il s’ensuit que la vie consacrée, comme composante essentielle de l’Eglise, a toujours existé et demeurera toujours.Telle est la conclusion qu’en tire le document pontifical: “la vie consacrée, présente dès les origines, ne pourra jamais faire défaut à l’Eglise, en tant qu’élément constituant et irremplaçable qui en exprime la nature” (VC 29).Et considérant les origines de l’Eglise, l’Exhortation présente Marie comme “un exemple sublime de consécration parfaite” (VC 28).Après Marie, Jean reçoit le don de la vie consacrée.“Sa décision de se consacrer totalement est le fruit de l’amour divin qui l’enveloppe, le soutient et lui remplit le coeur.Aux côtés de Marie, Jean est parmi les premiers de la longue suite d’hommes et de femmes qui, depuis les origines de l’Eglise jusqu’à la fin, saisis par l’amour de Dieu, se sentent appelés à suivre l’Agneau immolé et vivant partout où il va (cf.Ap 14, 1-5)” (VC 23).5.Nature eschatologique L’Eglise est “un peuple en marche vers la rencontre eschatologique avec son Seigneur” (VC 15).Si, à ses débuts, elle a vécu l’attente de sa venue “d’une manière particulièrement intense”, elle n’a jamais “cessé d’entretenir cette disposition à l’espérance au coeur des siècles; elle a continué à inviter les fidèles à porter leur regard vers le salut dont la manifestation est proche” (VC 26).Cette tension eschatologique est au coeur de la foi chrétienne.Les croyants attendent la venue définitive du Seigneur Jésus; comme des pèlerins et des étrangers qui n’ont pas ici-bas de cité permanente, ils marchent vers “un ciel nouveau et une terre nouvelle” (Ap 21,1); ils expriment leur soif de la rencontre finale par l’invocation: “Viens, Seigneur Jésus!”.Les personnes qui ont consacré leur vie au Christ et dont le projet est centré sur sa recherche “ne peuvent que vivre dans le désir de Le rencontrer, pour parvenir à être avec Lui pour toujours” 238 (VC 26).Elles souhaitent ardemment cette rencontre définitive avec Celui qui est le “tout” de leur existence.Il y aurait d’ailleurs une grave incohérence si elles affirmaient avoir pleinement consacré leur vie au Christ et, en même temps, ne pas espérer sérieusement la rencontre plénière avec Lui.Ce serait même un non-sens, puisque la vie consacrée doit normalement tourner les personnes vers le Seigneur, favoriser la communion avec lui, creuser le désir de le voir.On comprend alors que la doctrine constante de l’Eglise présente la vie consacrée comme “une anticipation du Royaume à venir” (VC 26).Non parce que ses membres vivent dans le célibat et que cette condition serait plus en harmonie avec le Royaume futur, mais parce que leur genre de vie (célibat ou virginité inclus) est structuré en fonction de la recherche du Christ et de l’avènement du Règne.C’est dans ce sens, me semble-t-il qu’on peut interpréter ce passage de l’Exhortation: “le choix de la virginité, toujours entendu par la Tradition comme une anticipation du monde définitif qui, dès maintenant, agit en l’homme et le transforme en tout son être” (VC 26).En fait, l’anticipation signifie la transposition du Royaume futur dans la réalité présente, non la suppression de celle-ci.Anticiper la vie future, c’est donner à la condition actuelle une intensité particulière, une qualité nouvelle.Une des façons de le faire est précisément de concentrer sa vie sur Dieu et son Royaume en choisissant une forme d’existence totalement orientée vers ce but.Ajoutons que l’attente du Seigneur, incluse dans la vie consacrée, est “tout autre que passive: tout en se tournant vers le Royaume à venir, elle se traduit par le travail et la mission, parce que le Royaume se rend présent dès maintenant, à travers l’instauration de l’esprit des Béatitudes, propre à susciter dans la communauté humaine une réelle aspiration à la justice, à la paix, à la solidarité et au pardon” (VC 27).En d’autres mots, “la tension escha-tologique se traduit dans la mission, afin que le Royaume s’affermisse et progresse ici et maintenant” (ibid).La prière: “Que ton Règne vienne” s’ajoute à l’invocation: “Viens, Seigneur Jésus!”.Le service du Royaume est inséparable de la recherche du Seigneur.Dans la mesure où la vie consacrée configure la personne au Christ, celle-ci se préoccupe comme Lui de servir le dessein de 239 Dieu sur la terre, se donne totalement à la mission, s’engage en faveur de ses frères et soeurs.Enfin, l’Exhortation apostolique souligne “le rôle de signe eschatologique propre à la vie consacrée” (VC 26).Elle affirme que “la consécration annonce la résurrection future et la gloire du Royaume céleste” (ibid.).On comprend que ce n’est pas le seul fait de choisir cette forme d’existence chrétienne qui constitue un signe du monde à venir, mais d’abord et avant tout la qualité évangélique des personnes, leur “existence transfigurée” (VC 20).Ce n’est pas le seul fait de professer les conseils qui manifeste le Royaume, mais de vivre l’amour universel et sans partage, d’avoir Dieu comme seule véritable richesse, d’être profondément libre dans la dépendance filiale et la communion.Conclusion Les personnes consacrées s’engagent à suivre le Christ jusque dans sa forme de vie, qui est intégralement centrée sur Dieu et son Règne.Ce qui constitue une consécration spéciale et implique un radicalisme particulier.A l’instar de celles des clercs et des laïcs, la forme de vie des consacrés est en outre une composante essentielle de l’Eglise, voulue par son Fondateur.Elle est aussi une anticipation et un signe du Royaume à venir.Je souhaite simplement que cette présentation de quelques aspects de la consécration stimule la lecture et aide l’approfondissement de l’Exhortation Vita consecrata.Si la formation spirituelle doit occuper une place privilégiée dans la vie de chaque personne consacrée, la formation doctrinale se révèle de nos jours de plus en plus urgente pour vivre son engagement dans la vérité et pour rendre compte de son espérance.La sincérité ne dispense pas de la recherche de la lumière, elle l’appelle.240 Laurent Boisvert, o.f.m.5750, boulevard Rosemont MONTRÉAL, Qué.H1T 2H2 UNE ÉCOLE DE PRÉPARATION AU MARTYRE P.Denis Gagnon, o.p.La radio annonce la mort de sept moines trappistes en Algérie.Le Groupe islamiste armé signe l’assassinat.Un peu partout dans le monde, particulièrement en Occident, c’est la consternation.Même parmi les musulmans qui, en grand nombre, ne partagent pas les visées des terroristes.On parle de martyre.À maintes reprises 1, ces disciples du Christ ont choisi en toute liberté de demeurer en Algérie quoi qu’il arrive.Pour Dieu et pour ce pays.Un serment aux lourdes conséquences: aujourd’hui, ils sont morts.J’ai le nez plongé dans l’Exhortation apostolique post-synodale sur la vie consacrée 2 quand j’apprends la nouvelle.Et je ne peux m’empêcher de faire des liens.Ce martyre n’est-il pas dans la logique même de la vie religieuse?Mourir pour Dieu et pour le prochain, n’est-ce pas l’objectif premier et dernier de toute personne engagée pleinement dans l’exercice des conseils évangéliques?La profession perpétuelle lie la personne «jusqu’à la mort».L’expression signifie d’abord qu’on s’engage jusqu’à son dernier 1 Cf.Christian de Chergé, «Un “À-Dieu” d’Alger.Testament d’un moine assasiné récemment en Algérie”, dans Le Devoir, 31 mai 1996, p.A9.2 La vie consacrée.Exhortation apostolique post-synodale Vita consecrata de Sa Sainteté Jean-Paul II sur la vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde, Montréal, Médiaspaul, 1996.Au cours de cet article, les références à cette exhortation ne donneront que le numéro des paragraphes à la suite des citations.241 souffle.Elle veut peut-être dire aussi qu’on est prêt (ou qu’on souhaite être prêt) à vivre le projet de vie religieuse «jusqu’à mourir», si les circonstances acculent à cette extrémité.L’exhortation apostolique réserve un paragraphe spécifique aux martyrs dans la section sur le prophétisme de la vie consacrée: «En ce siècle, comme à d’autres époques de l’histoire, des hommes et des femmes consacrés ont rendu témoignage au Christ Seigneur par le don de leur vie.Ils sont des milliers, ceux qui, contraints à se réfugier dans les catacombes à cause de la persécution de régimes totalitaires ou de groupes violents, entravés dans leur activité missionnaire, dans l’action en faveur des pauvres, dans l’assistance aux malades et aux marginaux, ont vécu et vivent leur consécration au prix de souffrances prolongées et héroïques, et souvent en versant leur propre sang, étant ainsi pleinement configurés au Seigneur crucifié.» (86) Le reste du paragraphe nous encourage à faire connaître ces témoins de la foi pour les célébrer et les imiter.3 En gardant comme toile de fond la mort des trappistes du Monastère de Notre-Dame-de-l’Atlas, la lecture de l’exhortation nous amène à conclure: la vie consacrée est une école de préparation au martyre.Cet article est dédié à la foi courageuse de «tant d’hommes et de femmes parvenus à la sainteté en se donnant au Christ»4 jusqu’au martyre! Un hommage particulier à ces sept moines qui ont porté jusque dans leur chair ce qui manque aux épreuves du Christ (cf.Colossiens 1,24)! Le radicalisme de la Croix Une vie donnée radicalement: ce refrain parcourt le document d’un bout à l’autre, sous une forme ou une autre.La personne consacrée choisit de «tout quitter» (14), de «tout abandonner» (17), de faire de sa vie une «réponse radicale» (14) à l’appel du 3 Outre ce paragraphe 86, l’exhortation fait allusion au martyre dans le paragraphe 24, cité plus loin dans cet article.4 Préface des saints et saintes, Vierges et religieux, Missel romain, Paris, Desclée/Mame, 1974, p.[82] 242 Seigneur, par un «don total et exclusif» (17, 16, 21, 47), un «don inconditionnel de sa vie, en consacrant tout» (17), dans une «union exclusive» (59), «uniquement pour Dieu» (59).Une vie ainsi offerte «est comparable à un authentique holocauste» (17).La vie religieuse constitue donc une véritable école de préparation au martyre.D’abord et avant tout, parce qu’elle attire le regard sur le martyre du Christ lui-même.L’exhortation enracine le projet de vie religieuse dans la contemplation de la Transfiguration du Seigneur.«Le regard des Apôtres est ainsi fixé sur Jésus qui pense à la Croix (cf.Luc 9, 43-45).C’est sur la Croix que son amour virginal pour le Père et pour tous les hommes trouvera son expression la plus forte; sa pauvreté ira jusqu’au dépouillement total, son obéissance jusqu’au don de sa vie.» (23) Jésus donne sa vie en toute liberté.Il ne subit pas sa mort même si celle-ci a été exécutée par un pouvoir cruel et aveugle.Son don est absolu jusqu’à faire l’expérience de la solitude la plus totale.Le prophète est abandonné des siens, de ses disciples qui l’ont suivi depuis son baptême par Jean et qui, finalement, n’ont pas compris vraiment son itinéraire et son message.Les évangélistes Matthieu et Marc placent dans la bouche de Jésus les premiers mots du Psaume 22: «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» (22, 2) Ils laissent entendre que Jésus aurait ressenti l’abandon de Dieu.Même de Dieu! Solitude totale, dépouillement radical, dépossession.Sur la Croix, Jésus est le nouvel Abraham gravissant la montagne avec son Isaac (cf.Genèse 22, 1-19).Dans un cas comme dans l’autre, aucun appui, aucun soutien.Tout semble perdu.Y compris les promesses de Dieu.Mais l’un et l’autre marchent.Ils s’enfoncent dans la nuit opaque.On n’y voit rien mais «Dieu saura voir l’Agneau pour l’holocauste» (Genèse 22, 8).Une fidélité indéfectible dans l’assurance d’une autre fidélité plus indéfectible encore! «Jésus élevé sur la Croix [.] affirme prophétiquement la transcendance absolue de Dieu sur tous les biens créés.» (23) Le radicalisme du baptême La nuit du Christ est devenue l’événement fondateur, fondateur de l’Église, fondateur de chaque vie baptismale.«Lumineuse 243 comme le jour» (Psaume 139, 12), elle éclaire toute vie.Elle lui donne un sens nouveau.Elle l’oriente vers une aurore nouvelle.Désormais, la mort n’a plus le dernier mot.Elle voulait engloutir, elle est elle-même engloutie.De gouffre qu’elle était, le Christ en fait un pont où toute personne peut s’engager dans la foi pour parvenir à la liberté.Nuit pascale, nuit des passages, nuit des traversées.Les baptisés sont donc appelés à suivre le Christ jusque dans sa Pâque.La Lettre aux Romains proclame: «Nous tous, baptisés en Jésus Christ, c’est en sa mort que nous avons été baptisés» (6, 3).Le Christ lui-même ne parlait-il pas de sa mort comme d’un baptême?Il disait à Jacques et à Jean qui quémandaient de bonnes places dans le royaume: «La coupe que je vais boire, vous la boirez, et du baptême dont je vais être baptisé, vous serez baptisés» (Marc 10, 39).La réponse à la demande des fils de Zébédée est claire: les places de choix dans le royaume sont réservées à ceux et celles qui revêtent le Christ (cf.Galates 3, 27) jusque dans les épreuves de sa condamnation et de sa mort.Concrètement, cela signifie que tout baptisé entre, de par son baptême, dans le mouvement de la passion du Seigneur.Et même, il peut être condamné et mourir à cause de sa foi au Christ.Cela signifie que tout baptisé peut connaître la solitude extrême dans laquelle le Christ s’est retrouvé sur la Croix.Le radicalisme de la vie consacrée Le projet de vie consacrée veut exprimer le radicalisme de cette démarche baptismale.Religieux et religieuses choisissent une manière de vivre qui témoigne du don absolu du Christ à son Père et au monde.La vie consacrée «contribue ainsi à garder vivante dans l’Église la conscience que la Croix est la surabondance de l’amour de Dieu qui se répand sur le monde.La Croix est le grand signe de la présence salvifique du Christ, et cela spécialement dans les difficultés et les épreuves.Un grand nombre de personnes consacrées en témoignent continuellement avec un courage digne de profonde admiration, en vivant souvent dans des situations difficiles, jusqu’à la persécution et au martyre» (24).244 Une vie tournée vers l’avenir Être signe de la Croix du Christ, placer sa vie dans le sillage de la mort du Christ.À première vue, cette mission pourrait devenir morbide et laisser paraître un mépris du monde et de l’humanité.Certaines traditions spirituelles ont conduit parfois à de telles exagérations.Elles oubliaient tout ce que portait d’avenir la passion du crucifié.La mort du Seigneur a un autre versant: la résurrection que Dieu donne au Christ et la naissance d’un royaume pour les ressuscités.La personne consacrée comme le martyr se tourne donc avec espérance vers la Croix du Christ.En même temps qu’elle l’annonce par toute sa vie, elle adopte un style, une manière de vivre qui proclame le royaume et la vie éternelle auprès du Père, du Fils et de l’Esprit.La vie consacrée indique l’auberge au terme du voyage terrestre.Comme Étienne au moment de son martyre, la personne consacrée dit par son engagement de vie: «Voici que je contemple les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout à la droite de Dieu» (Actes 7, 56).Les religieux et les religieuses ne choisissent pas la mort.Au contraire, ils se tournent vers la vie et affirment qu’aucune mort ne peut avoir le dernier mot.«Le regard tourné vers les réalités du Seigneur, la personne consacrée rappelle que “nous n’avons pas ici-bas de cité permanente” (Hébreux 13, 14), parce que “notre cité se trouve dans les cieux” (Philippiens 3, 20).La seule chose nécessaire est de chercher “le Royaume et sa justice” (Matthieu 6, 33), en implorant sans cesse la venue du Seigneur.» (26) Une vie offerte avec le Christ La vie religieuse annonce donc l’avenir du monde.Elle exprime aussi l’offrande que fait tout martyr.Le martyr donne véritablement sa vie à Dieu et il inscrit son sacrifice dans celui du Christ lui-même.Son «oui» devant la mort n’est rien d’autre que le prolongement du «oui» du Christ sur la Croix.«Oui» au Père dans l’obéissance «jusqu’à la mort, à la mort sur une Croix» (Philippiens 2, 8).«Oui» aux disciples et à toute l’humanité pour qui Jésus prie: «Pour eux je me consacre moi-même, afin qu’ils soient eux aussi consacrés par la vérité» (Jean 17, 19).245 La vie de la personne consacrée est offerte de la même manière.Elle répond par l’amour à l’amour que Dieu offre.«La personne appelée se confie à l’amour de Dieu qui veut l’avoir à son seul service et elle se consacre totalement à lui et à son dessein de salut (cf.1 Corinthiens 7, 32-34).Tel est le sens de la vocation à la vie consacrée: une initiative qui vient tout entière du Père (cf.Jean 15, 16), qui demande à ceux qu’il a choisis la réponse d’un don total et exclusif.L’expérience de cet amour gratuit de Dieu est à ce point intime et forte que la personne comprend qu’elle doit répondre par un don inconditionnel de sa vie, en consacrant tout, à ce moment-là et pour l’avenir, entre ses mains.» (17) Les «pionniers» de la vie consacrée étaient bien conscients de ce lien entre le sacrifice et la vie religieuse.On trouve de tels témoignages chez saint Pacôme, saint Basile, saint Benoît.Jérôme compare la vie du moine au baptême du martyre.Saint Grégoire le Grand parle de «gens qui ne se réservent rien et immolent au Dieu tout-puissant ce qu’ils ont reçu de lui, intelligence, langue, vie et ressources.N’offrent-ils pas un holocauste, ou mieux ne deviennent-ils pas holocauste?»5 Et pour atteindre la moelle même de son sacrifice, «Celui qui oeuvre pour le bien et aspire à la vision de son Créateur, qui se hâte de parvenir aux joies de la contemplation éternelle et s’immole lui-même dans les pleurs par l’amour dont il brûle, celui-là a donné au Seigneur l’holocauste riche en moelle»6.Saint Thomas d’Aquin s’appuie sur saint Grégoire pour dire: «On donne par autonomase7 le nom de religieux à ceux qui se consacrent entièrement au service de Dieu et qui s’offrent pour ainsi dire en holocauste à Dieu»8.5 Grégoire le Grand.Homélies sur Ézéchiel, livre II, homélie 8, 16.Traduction de Charles Morel, dans la collection «Sources chrétiennes», n°360, Paris, Cerf, 1990, p.413.6 Op.cit., homélie 8, 17.7 Autonomase: «Une qualité commune à plusieurs s’attribue par autonomase à l’être auquel elle convient par excellence.» (Thomas d,Aquin, Somme théologique, ll-ll, question 186, article 1, Paris, Cerf, 1985, tome 3, p.1067.) 8 Thomas d’Aquin, Somme théologique, ll-ll, question 186, article 1, Paris, Cerf, 1985, tome 3, p.1067.246 Une vie marquée par les conseils évangéliques C’est dans la pratique des conseils évangéliques que la vie religieuse ressemble principalement au martyre.9 Les voeux sont autant de routes qui conduisent au radicalisme évangélique.Ils guident la personne consacrée dans le don définitif d’elle-même à Dieu, à la manière du Christ.La liberté, l’amour et la possession sont tout entiers orientés pour réaliser pleinement la suite du Christ.Ils rendent religieux et religieuses semblables au Christ dans son offrande jusqu’à la mort sur la Croix.L’Évangile saisit ainsi toute la vie de la personne consacrée dans ses biens, dans son corps, dans sa volonté personnelle.Comme le Christ, les baptisés qui vouent leur vie à Dieu par la profession des conseils évangéliques se dessaisissent de leur vie.Ou plutôt, ils laissent Dieu les saisir; ils s’abandonnent complètement à l’oeuvre de l’Esprit.«En se laissant guider par l’Esprit pour avancer constamment sur un chemin de purification, ils deviennent, jour après jour, des personnes christi-formes, prolongement dans l’histoire d’une présence spéciale du Seigneur ressuscité.» (19) Reçu au baptême, l’Esprit fait de toute personne consacrée qui se rend disponible à son action un témoignage vivant du Christ.Témoignage d’autant plus percutant qu’il est radical.«La vie consacrée constitue en vérité une mémoire vivante du mode d’existence et d’action de Jésus comme Verbe incarné par rapport à son Père et à ses frères.Elle est tradition vivante de la vie et du message du Sauveur.» (22) L’exhortation post-synodale inscrit cette démarche radicale dans la profession de foi en Dieu Trinité: La chasteté des célibataires et des vierges, dans la mesure où elle manifeste le don à Dieu 6’un coeur sans partage (cf.1 Corinthiens 7, 32-34), constitue le reflet de l’amour infini qui relie les trois Personnes divines dans la profondeur mystérieuse de la vie trini-taire; amour dont témoigne le Verbe incarné jusqu’au don de sa vie; 9 Dans l’article 7 de la même question, saint Thomas d’Aquin parle de la vie religieuse comme d’un holocauste, principalement à cause des trois voeux.247 amour «répandu en nos coeurs par l’Esprit Saint» (Romains 5, 5), qui pousse à une réponse d’amour total pour Dieu et pour les frères.La pauvreté confesse que Dieu est l’unique vraie richesse de l’homme.Vécue à l’exemple du Christ qui, «de riche qu’il était, s’est fait pauvre» (2 Corinthiens 8, 9), elle devient une expression du don total de soi que se font mutuellement les trois Personnes divines.C’est un don qui se répand dans la création et se manifeste pleinement dans l’Incarnation du Verbe et dans sa mort rédemptrice.L'obéissance, pratiquée à l’imitation du Christ, dont la nourriture était de faire la volonté du Père (cf.Jean 4, 34), manifeste la beauté libérante d’une dépendance filiale et non servile, riche d’un sens de la responsabilité et animée par une confiance réciproque, qui est reflet dans l’histoire de la correspondance dans l’amour des trois Personnes divines.(21) L’«holocauste» de la vie religieuse, guidé par la pratique des conseils évangéliques, répond à l’appel à la sainteté.La vie consacrée est un jardin propice à faire naître des saints et des saintes.Chercher avant tout le royaume des cieux exige une conversion profonde de tout l’être.Pas seulement un détournement du mal, mais aussi et surtout une orientation vers Dieu.Une vie enracinée dans le temps présent Rapprocher la vie religieuse du martyre pourrait laisser entendre que les personnes consacrées fuient le monde.Les propos qui précèdent ont insisté sur la relation étroite entre, d’une part, les religieuses et les religieux et, d’autre part, Dieu lui-même.On pourrait penser que le projet de vie religieuse est exclusivement une expérience mystique abstraite, intérieure, sans aucun enracinement dans le terreau du monde.Dieu s’accaparerait-il l’amour au point qu’il ne reste que la haine et l’indifférence pour les humains?En se tournant vers Dieu, se détournerait-on du prochain?Une telle dichotomie est en parfaite contradiction avec le commandement du Seigneur.Le Christ nous appelle à aimer Dieu 248 et le prochain.Bien plus, si nous comprenons bien le tableau du jugement dernier en Matthieu 25, nous aimons Dieu en aimant le prochain.C’est dans le temps présent que la personne consacrée témoigne du royaume à venir.C’est en s’engageant dans le chantier de la terre qu’elle annonce «un ciel nouveau et une terre nouvelle» (Apocalypse 21, 1) Fuir la terre serait refuser de prendre au sérieux l’incarnation du Christ tout autant que les modes de communication de Dieu.C’est dans nos histoires humaines concrètes, terreuses tout autant que terrestres, que Dieu veut être rencontré et reconnu.Le Très-Haut ne se reconnaît que dans le Très-Bas10.Comme les autres, les personnes consacrées ne sont divinisées que dans la mesure où elles s’humanisent et s’impliquent dans l’humanisation de leur prochain.C’est jusque-là que le radicalisme évangélique appelle.Un radicalisme de liberté et de communion Les radicalismes ne germent pas tous dans le jardin de l’Évangile.Les moines de Tibhirine ont été victimes d’un radicalisme bien différent de celui qui les habitait.Le don absolu que demande l’Évangile ne peut s’apparenter à l’intégrisme.Celui-ci n’est que sécheresse et poursuite vaine d’une fausse pureté.Les religieux et les religieuses lui opposent une liberté et une fidélité créatrices.Le radicalisme évangélique ne peut faire alliance avec le fanatisme qui n’est qu’intolérance et violence.Il demande plutôt l’accueil inconditionnel de l’autre.«Il n’y a pas d’unité vraie sans cet amour mutuel inconditionnel, qui demande d’être disposé à servir sans mesure, disponible pour accueillir l’autre comme il est, sans “le juger” (cf.Matthieu 7, 1-2), capable de pardonner même “soixante-dix fois sept fois" (Matthieu 18, 22).» (42) L’exhortation apostolique insiste: «L’Église confie aux communautés de vie consacrée le devoir particulier de développer la spiritualité de la communion 10 L’expression est de Christian Bobin 249 d’abord à l’intérieur d’elles-mêmes, puis dans la communauté ecclésiale et au-delà de ses limites, en poursuivant constamment le dialogue de la charité, surtout là où le monde d’aujourd’hui est déchiré par la haine ethnique ou la folie homicide» (51).Enfin, le radicalisme de la vie consacrée ne peut avoir aucune parenté avec l’obscurantisme.La peur de la vérité et le repli dans l’ignorance sont en parfaite contradiction avec le projet de vie religieuse.Se mettre en quête de Dieu, c’est chercher la vérité, celle de Dieu et la nôtre.À la suite de quelqu’un qui s’est présenté comme «le chemin et la vérité et la vie» (Jean 14, 6).Cette réflexion a été inspirée à la fois par l’exhortation postsynodale sur la vie consacrée et par la tragédie algérienne.Dans son testament, Dom Christian de Chergé, prieur du monastère de Notre-Dame-de-l’Atlas, songe à l’éventualité de sa mort.Il écrit: «Voici que je pourrai, s’il plaît à Dieu, plonger mon regard dans celui du Père pour contempler avec lui ses enfants de l’Islam tels qu’il les voit, tout illuminés de la gloire du Christ, fruit de sa passion, investis par le don de l’Esprit dont la joie secrète sera toujours d’établir la communion et de rétablir la ressemblance, en jouant avec les différences.Cette vie perdue, totalement mienne, et totalement leur, je rends grâces à Dieu qui semble l’avoir voulue tout entière pour cette joie-là, envers et malgré tout.»11 Ce touchant témoignage ne résume-t-il pas la longue tradition de la vie religieuse?N’illustre-t-il pas, à sa manière, ce que les pères synodaux et le pape Jean-Paul II ont voulu nous dire dans leurs délibérations et dans l’Exhortation apostolique post-synodale sur la vie consacrée?Denis Gagnon, o.p.Institut de pastorale 2715, Chemin de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 1B6 11 Op.cit.250 RETRAITES 1996- 1997 (pour toute personne intéressée) Couvent de Beloeil 1056, rue Richelieu BELOEIL, QC J3G 4R2 RÉCOLLECTIONS Nov.-déc.29- 1 Préparation au Jubilé de l’an 2000 Yolande Laberge, s.n.j.m.1996 à partir de la lettre de Jean-Paul 11 Mars 14-16 Oser la Visitation: Visiter et Gérald Chaput, ptre 1997 se laisser visiter (week-end d’intériorité) Mars 27-30 Triduum pascal vécu dans le silence avec célébrations à l’église paroissiale.RETRAITES Octobre 20-26 “Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi.” Jn 7,38 Jean-Luc Vannay, ptre Avril 22-29 Pour une miséricorde communautaire Jacques Nourissat, ptre 1997 à l’école de l’évangile de Matthieu Mai 8-15 “Pour vous, qui suis-je” (Jésus) Jules Beaulac, ptre Juin 8-14 Le Credo au quotidien Jean Genoud, ptre Juillet 3-10 “Pour que nous restions libres”.Richard Guimond, o.p.Juillet 20-27 Mon enracinement dans la foi Gérard Blackburn, c.s.v.Août 3-10 Prier l’Évangile de Jean dans une expérience de Lectio divina Yolande Laberge, s.n.j.m.Octobre 19-25 Chemins de prière Jean-Luc Vannay, ptre INFORMATIONS - Les récollections commencent le vendredi à 19 h 30 et se terminent le dimanche à 14 h.- Les retraites commencent à 19 h 30 la journée de l’ouverture et se terminent avec le dîner, la journée de la clôture.Frais Pour les récollections: Inscription: 10,00$ (non-remboursable) Frais de séjour: 60,00$ Faire le chèque à l’ordre de: Pour les retraites: Inscription: 20,00$ (non remboursable) Frais de séjour: 30,00$ par jour Couvent de Beloeil SNJM * Les personnes qui peuvent donner davantage pour la pension nous permettent d’en accueillir d’autres qui ne peuvent payer les frais proposés.251 - Trajet: de Montréal: autoroute Jean Lesage (20 est): prendre la sortie 109; après le rond-point, tourner à gauche; filer tout droit jusqu’à la rivière Richelieu; tourner à gauche; le couvent est la 3e maison après l’église St-Mathieu.de Québec: autoroute Jean Lesage ( 20 ouest); prendre la sortie 112; après le rond-point, tourner à droite; longer la rivière Richelieu un bon 2,5 km jusqu'au 1056.- Périodes de relâche: .du 1 au 30 septembre; .du 23 décembre au 10 janvier - Pour informations ou réservations, vous adresser à: (514) 467-4442 UNE EXPÉRIENCE NOUVELLE Dans une atmosphère de calme et de repos, en s’inspirant du canevas du pèlerinage de foi de Marie, dessiner les grandes lignes de son «histoire sainte personnelle».«Quatorze jours avec Marie» Endroits et dates: a) Centre Intercommunautaire Quatre Saisons Maison Rivier Saint-Élie d’Orford Sherbrooke du 2 au 15 août 1998 du 8 au 22 janvier 97 du 9 au 23 janvier 1998 c) Centre de renouveau chrétien Loretteville du 12 au 26 juillet 1997 Frais: environ 550,00$ ( dont 10,00$ - non remboursables - à verser au moment de l’inscription) Animateur: Gaston Vachon, ptre Inscriptions: Centre intercomm.Quatre Saisons 104, chemin Gendron Saint-Élie d’Orford QC JOB 2S0 (819) 565-7554 Maison Rivier 999, rue Conseil Sherbrooke QC JIG 1M1 (819) 569-9306 Centre de Renouveau chrétien 20, rue des Ursulines c.p.276 Loretteville, QC G2B 3W7 (418) 842-1421 252 RETRAITES INTERCOMMUNAUTAIRES 1997 Manoir d’Youville téléphone: (514) 692-8291 Ile St-Bernard télécopieur: (514) 692-7370 Châteauguay, QC J6J 5T9 DATES PREDICATEURS THEMES du 6 au 13 avril du 18 au 25 avril du 4 au 11 mai du 25 mai au 1 juin du 1 au 8 juin du 22 au 19 août Richard Guimond, o.p.André Leblanc, p.m.é.Gaston Pinard, c.s.v.Michel Vigneau, o.ss.t.Pierre Goulet, c.s.v.Jules Beaulac, ptre Pour que nous restions libres Les béatitudes dans la vie de Jésus et la nôtre Sur le chemin du Royaume (Le voyage et le bagage spirituel) Témoins de l’Alliance pour notre temps Rencontrer Dieu sur nos chemins Jésus au coeur de nos vies Les retraites débutent à 19 h 15 au jour d’ouverture et se terminent à 13 h au jour de la clôture.Frais à payer: à l’ordre du Manoir d'Youville pension et chambre avec lavabo: 259,00$ pension et chambre avec salle de bain: 308,00$ Inscription: Bien vouloir vous informer d’abord s’il y a de la place pour la retraite qui vous convient.Nous faire parvenir ensuite les renseignements suivants: nom - âge- le nom de la Congrégation - adresse - numéro de téléphone.Nous dire si vous projetez arriver avant le souper.Pour confirmer votre inscription, ajouter un chèque ou mandat au montant de 20,00$ (déductible sur le montant total à payer à l’arrivée mais non remboursable si annulation).Bien vouloir indiquer «Programme des retraites intercommunautaires» en adressant vote envoi au Manoir d’Youville.253 AUTOMNE 1996 Cours (après-midi: 14 h à 15 h 45 - soir: 19 h 30 à 21 h 15, sauf indications contraires) merer, soir 2 au 30 oct.jeudi p.m.3 au 17 oct.mardi p.m.8 au 22 oct.lundi soir 21 oct.au 18 nov.jeudi p.m.24 oct.au 14 nov.merer, soir 6 nov.au 4 déc.lundi soir, 25 nov.au 9 déc.Le “Jésus” des Évangiles Jean Genoud, prêtre Madeleine Delbrêl: la joie de croire Pierre Francoeur, c.s.v.Grandeur et misère de nos solitudes Madeleine Préclaire Spiritualité chrétienne et sagesses asiatiques André Fortin Le Christ et les psaumes André LeBlanc, p.m.é.Le Christ et l’Évangile de Luc André LeBlanc, p.m.é.Prier avec les icônes Michel Saint-Onge Sessions (en semaine - 9 h 30 à 12 h - 13 h 30 à 15 h vendredi, 11 octobre L’accompagnement des malades: une rencontre dans la tendresse vendredi, 25 octobre Affectivité et vie spirituelle vendredi, 8 novembre Nos deuils: des pertes qui enrichissent jeudi et vendredi, Apprivoiser la vie, 21 -22 nov.apprivoiser la mort 45) Johanne De Montigny Claude Mayer, o.m.i.Léon Robichaud, i.v.d.Isabelle Delisle Sessions (en fin de semaine) samedi et dimanche Prophète, dis-moi Jean-Pierre Prévost, s.m.m.19-20 oct.quel est ton Dieu?9 h 15 à 15 h 45 samedi et dimanche 2-3 nov.9 h 15 à 15 h 45 samedi et dimanche 16-17 nov.et 7-8 déc.9 h à 15 h 30 samedi, 30 novembre 10 h à 16 h 30 Au coeur des paraboles: Jacqueline Brunette, s.s.a.le radicalisme évangélique L’Ennéagramme, une sagesse Yolande Frappier, s.n.j.m.pour la croissance psychologique et spirituelle (nombre-limite: 60 pers.) Récollection sur le thème Claude Mayer, o.m.i.de l’Avent Pour informations supplémentaires, inscriptions et programmes détaillés, vous adresser au: Centre Christus, 6450, Ave Christophe-Colomb, Montréal, QC H2S 2G7 tél.: (514) 276-9433 254 SOEURS DE SAINTE-ANNE Résidence Sainte-Geneviève 16115, boulevard Gouin ouest Sainte-Geneviève, QC H9H 1C7 RETRAITES 1996-1997 1996 13-20 octobre «Le Coeur de Jésus nous est ouvert» P.Jean-Marie Rocheleau, s.j, 1997 12-19 février 4-11 mai 2- 9 juillet «Magnificat: regard sur Dieu avec Marie» «Naître d’en-haut» «Proclamer le Christ» Actes 8,1 P.André Leblanc, p.m.é.P.Louis Désilets, o.p.Pierre Rivard, ptre-curé RETRAITE: 7 jours - 210,00$ inscription non remboursable pour toute retraite: 20,00$ N.B.Une inscription n’est effective que sur réception du montant de l’inscription.SVP envoyez les renseignements suivants avec votre inscription: date de retraite - nom - âge- adresse - téléphone (si S.S.A.province religieuse n° matricule) arrivée: avant ou après le souper Les retraites débutent après le souper ( 19 h 30) et se terminent après le dîner de la dernière journée.La MAISON peut aussi accueillir pour: sessions.rassemblements.retraites privées ou groupes organisés Frais: fin de semaine: 70,00$ location de salle: 30,00$/jour Pour réservations ou informations: Micheline Lefebvre, s.s.a.(514) 626-1106 255 INSTITUT DE PASTORALE 2715, ch.de la Côte-Sainte-Catherine Montréal (Québec) H3T 1B6 © (514) 739-3223 Un regard neuf, un nouveau souffle : la réflexion des femmes sur le mystère chrétien avec Marie Gratton, du 22 au 25 octobre Pour une spiritualité de l’évangélisation avec, Simon Dufour, du 19 au 22 novembre Expérience humaine : lieu de rencontre de Dieu avec Hélène Filiatreault, les 25 nov, 2 et 9 déc Apprentissage à la communication interpersonnelle avec Yolande Frappier, les 18, 19 et 20 octobre Fondements bibliques de la liturgie avec Jean Grou, les 15, 16 et 17 novembre ERRATA La revue expédiée en mai dont le contenu est particulièrement consacré à la réflexion sur l’Esprit Saint a été identifié: Vol.54 no 2 mars-avril 1996 (recto de la page couverture) et Vol.55 - mars-avril 1996 (Sommaire, page 67).Nous prions nos abonnés et nos abonnées de corriger pour: Vol.54 no 3 mai-juin 1996 (recto de la page couverture) et Vol.54 no 3 mai-juin 1996 ( au Sommaire).Merci AVIS AUX ABONNÉS ET ABONNÉES DE FRANCE Bien vouloir noter, au recto de la dernière page couverture, le changement d’adresse de l’agence où vous pouvez payer vos abonnements.RAPPEL AUX ABONNÉS ET ABONÉES DU CANADA Le tarif des abonnements est modifié depuis mars 1996: voir le bulletin au recto de la dernière page couverture.256 La Vie des communautés religieuses LA DIRECTION 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France BULLETIN D’ABONNEMENT France: 70FF Belgique: 435FB DE SURFACE ?Canada: $18.00 France: 98FF Belgique: 595FB par avion ?Canada: $22.00 Nom: _______________________________________ Adresse: ___________________________________ _______________________________ Code postal: ABONNEMENTS à l’une des adresses suivantes 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 Ed.du Chant d’Oiseau Avenue du Chant-D’Oiseau, 2 1150 - Bruxelles Belgique Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Eglise ENVOI DE PUBLICATION ENREGISTREMENT No 0828 La vie des communautés religieuses 251, St-Jean Baptiste Nicolet, Québec Canada, J3T 1X9
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