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Titre :
La vie des communautés religieuses /
Revue publiée à l'intention des membres des communautés religieuses catholiques. Elle aborde amplement les questions théologiques et vocationnelles et les enjeux d'adaptation aux changements sociaux. [...]

À consulter : Site Web de la revue, incluant un index de La vie des communautés religieuses (1942-2006).

Éditeurs :
  • Montréal :RR. PP. Franciscains du Canada,1942-2006,
  • Montréal :RR.PP. Franciscains de la Province St-Joseph au Canada,
  • Montréal, Québec, Canada :La vie des communautés religieuses,
  • Nicolet, Qué., Canada :publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec
Contenu spécifique :
Septembre-Octobre
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
chaque mois
Notice détaillée :
Titre porté avant ou après :
    Successeur :
  • En son nom
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La vie des communautés religieuses /, 2000-09, Collections de BAnQ.

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La 1)16 des communautés religieuses Vol.58 - no 4 - septembre-octobre 2000 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.: (514) 733-6521 Courriel: monther@total.net ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS: 141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste publication convention 1370960, pap 9280 «Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada, par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal» Production: Hughes Corn.Maquette de la couverture Hughes Communications Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Ghislaine Roquet, c.s.c.Madeleine St-Michel, r.h.s.j.Monique Thériault, s.n.j.m.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnement: surface : 25$ taxes incluses (105 FF) (650 FB) avion : 29$ taxes incluses (125 FF) (750 FB) soutien : 40$ taxes incluses SOMMAIRE Vol.58 - no 4 - septembre-octobre 2000 La vie communautaire : engageons la discussion.Doris Gottemoeller, r.s.m.Page 198 Vita consecrata décrit la vie communautaire comme un signe particulièrement éloquent de la communauté ecclésiale, c’est-à-dire, de l’identité fondamentale de l’Église.A partir de cette définition, l’auteure présente une réflexion profonde et substantielle.Des questions qui nous resituent clairement face à la vie communautaire.Cherchant ensemble une nouvelle aurore.Mary Pat Le Roy, s.n.j.m.Page 216 A l’occasion de leur dernier chapitre général tenu en 1996, les Soeurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie se sont interrogées sur ce qu’elles auraient besoin de faire ou d’accepter de faire pour que des nouveaux membres puissent les amener au coeur de la mission durant le 21e siècle.Faire revivre leur histoire de fondation, celle de la Bienheureuse Marie-Rose Durocher qui s’était elle-même engagée à assurer aux femmes de son temps, un plein épanouissement, voilà ce qui habitait et stimulait chaque soeur et que l’auteure a voulu partager.Education de la foi, pédagogie du cheminement.Martin Yelle, s.c.Page 229 Rencontre de l’éducateur de la foi avec les jeunes, rencontre de l’éducateur avec Jésus, le tout ordonné à une seule rencontre : celle des jeunes avec Jésus.Voilà tout un défi ! L’auteur, profondément impliqué dans cette éducation de la foi, livre ses convictions profondes: ouvrir chez les jeunes des espaces d’émerveillement devant l’oeuvre de Dieu et permettre de goûter profondément à l’amour de ce Dieu qui veut la vie en abondance.Âgés, ils fructifient encore.Laurier Labonté, f.i.c.Page 246 Qui, aujourd’hui, ne craint pas le vieillissement ?La finitude, nous en sommes les témoins.Et la question se pose souvent angoissante : quelle est son utilité pour le bien de la société ?L’auteur nous invite, de façon agréable, à faire cette expérience « une sagesse agrandie par notre espérance » qui renvoie tous et chacun à sa propre dimension étemelle.Continuer à construire le bout d’avenir temporel qui reste, le vivre allègrement, jusqu’à l'heure que Dieu voudra, pour ensuite remettre le flambeau à ceux et celles qui poursuivront la montée.194 La Vie des communautés religieuses ¦mi Soeur MoniqueThériault, s.n.j.m.Ça promet ! La nouvelle circule depuis les premiers jours de l’été : « Soeur Monique Thériault devient la nouvelle directrice de La Vie des communautés religieuses ».À mesure que la rumeur se répand, on la commente dans les corridors des maisons religieuses, dans les chalets des communautés et dans l’univers des médias religieux.En résumé : « Ça promet ! » Mais ça promet quoi ?Vous donnerez vous-mêmes la réponse en prenant connaissance du riche itinéraire de l’élue.Monique Thériault est Soeur des Saints-Noms de Jésus et de Marie.Ses années de vie religieuse se partagent en deux grandes périodes.D’abord, elle travaille dans le monde scolaire où elle enseigne surtout la musique.Dans ce domaine, elle détient une Septembre-octobre 2000 195 licence en musique de l’Université de Montréal et une maîtrise en orgue de l’École Vincent-d’Indy.Notre nouvelle directrice consacre sa seconde période à des engagements au sein de sa communauté et auprès des autres instituts de vie consacrée.Deux fois, elle se retrouve à la tête d’une province des Soeurs des Saints-Noms .Parmi ses autres fonctions, Soeur Monique a été archiviste générale de sa Congrégation, corédactrice des Constitutions renouvelées, responsable du Département de l’éducation permanente à la Conférence religieuse canadienne, secrétaire générale à la Conférence religieuse canadienne, région du Québec.Au cours de toutes ces années, Soeur Monique anime des sessions de ressourcement dont plusieurs portent sur l’avenir de la vie religieuse.On la retrouve aux chapitres provinciaux et généraux de divers instituts chez nous, en France et en Angleterre dont elle fait l’animation.Le parcours est généreux, les engagements abondants.La femme est compétente, dynamique, pleine de talents.Donc, ça promet, n’est-ce pas ?Bienvenue Soeur Monique ! Le conseil d’administration vous accueille avec enthousiasme.Le comité de rédaction a hâte de travailler avec vous.Et, d’après les commentaires entendus, les abonnés applaudissent ! Denis Gagnon, o.p.196 La Vie des communautés religieuses LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Echéancier pour réservation de pages publicitaires 2000-2001 Revue Réception de la publicité avant le Parution de la revue semaine du sept.- octobre 21 août 2000 18 septembre 2000 nov.- déc.16 octobre 2000 20 novembre 2000 janvier- février 11 décembre 2000 22 janvier 2001 mars- avril 12 février 2001 19 mars 2001 mai-juin 16 avril 2001 21 mai 2001 Prix : une page : 100,00$ une demi-page : 50,00$ 251, rue St-Jean-Baptiste Nicolet, Québec J3T 1X9 Téléphone : (819) 293-8736 Télécopieur : (819) 293-2419 Septembre-octobre 2000 197 LA VIE COMMUNAUTAIRE : ENGAGEONS LA DISCUSSION ! xrssar' | Doris Gottemoeller, r.s.m.Depuis plusieurs années, j'éprouve le sentiment grandissant que la vie communautaire constitue peut-être le « talon d’Achille » de la vie religieuse apostolique contemporaine.Le «talon d’Achille», selon la mythologie, représente un point particulièrement vulnérable et le dictionnaire le définit comme une « faiblesse légère, néanmoins mortelle ».Avant de poursuivre, je souhaite apporter deux précisions au sujet de ma perception de la vie communautaire.En premier lieu, ce qui m’apparaît problématique n’est pas l’idée de la communauté (un idéal que nous partageons toutes), mais bien la vie communautaire, laquelle constitue une expérience tangible et quotidienne.En second lieu, j’ai le sentiment que notre vulnérabilité provient de notre incapacité à clarifier ce que cet engagement, cet idéal exige de nous.Souvent, la seule mention du sujet donne lieu à des silences embarrassés, à des esquives maladroites ou alors à des attitudes défensives.Nous avons toutes entendu et même prononcé des phrases comme celles-ci : « Le concept de communauté ne signifie pas que nous devons vivre sous le même toit ».« Mon ministère est si exigeant que j’ai besoin de temps et d’espace à moi afin de pouvoir continuer ».« Je ne veux pas être partie prenante d’un mode de vie fondamentalement dysfonctionnel ».« Ma communauté, c’est ma paroisse (ou alors les membres de mon équipe immédiate) ».« Il n’y a pas de pos- 198 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE :ENGAGEONS LA DISCUSSION ! sibilité d’avoir une vie communautaire à l’endroit où j’exerce mon ministère ».et, finalement, lors d’une réaffectation de ministère : « Je refuse de me promener d’une communauté à l’autre pour demander si l’on veut bien de moi.» J’estime que notre incapacité et notre manque de volonté à répondre aux questions sur ce que signifie la vie communautaire actuellement et sur ce que sont nos devoirs communs et notre engagement affaiblissent notre crédibilité tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la communauté.Nous avons nous-mêmes échoué à présenter une vision claire de la vie communautaire autour de laquelle nous ferions consensus et le résultat est que nous transmettons un message confus aux gens de l’extérieur.Si nous sommes ambiguës au sujet de cet aspect fondamental de la vie consacrée, comment pouvons-nous espérer inviter de nouveaux membres potentiels à explorer ce genre de vie ?Plusieurs raisons et circonstances nous ont amenées à ce point de confusion et d’incertitude.L’adaptation et le renouveau demandés par le Concile Vatican 11 ont fait en sorte que nous avons renoncé à certaines formes de vie communautaire mal adaptées à la vie contemporaine et à nos ministères actuels.De plus, des facteurs d’ordre économique, tels la fermeture des couvents paroissiaux, l’affectation des maisons mères à de nouveaux usages et le retrait des hôpitaux, écoles secondaires et collèges, ont obligé les religieuses à trouver de nouveaux endroits de vie, dont la plupart sont loués (donc temporaires), sans lien avec le ministère exercé par celles qui y habitent et dont la superficie limitée ne permet de loger qu’une, deux ou trois soeurs.Lors de ces périodes de transition, nous avons su davantage ce qu’il nous fallait abandonner que ce qu’il nous fallait choisir (en fait, de nos jours, nous arrangeons nos choix de vie en fonction d’une foule de considérations : coût, proximité du lieu de travail, de la famille, des autres membres de la communauté, des amis, du médecin, niveau de confort, volonté de vivre une vie empreinte de simplicité, etc.Tous ces motifs, bien que légitimes, sont cependant inégalement significatifs en regard de la mission que s’est donnée la congrégation).De Septembre-octobre 2000 199 SR DORIS GOTTEMOELLER, R.S.M.plus, une fois le lieu de vie communautaire choisi, bien souvent, aucune attente n’est formulée en ce qui a trait à la conduite à adopter les unes envers les autres.Un autre exemple du silence entourant cette question est la non-réception du texte intitulé La vie fraternelle en communauté publié par la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique (CIVCSVA) en 1994.À mon avis, il s’agit d’un document sympathique, traitant de façon claire de la vie communautaire actuelle, ayant pour but « de soutenir les efforts réalisés dans beaucoup de communautés religieuses pour améliorer la qualité de leur vie fraternelle.» (p.19, art.6) Le document, écrit à la suite d’une consultation menée auprès de religieux d'un peu partout dans le monde, fut cependant en grande partie ignoré par les communautés religieuses, pour plusieurs raisons, je crois.Entre autres, un titre malheureusement inapproprié1.Une de mes compagnes propose une autre raison possible: « La présentation que fait le livre de la situation actuelle est excellente, mais les solutions proposées ne sont pas d'un grand secours.» Cela n’équivaut pas à reconnaître que trouver des solutions ne revient qu’à nous ?Une troisième raison possible est la résistance répandue dans les communautés religieuses à même d’envisager cette question que l’on pourrait considérer comme notre talon d’Achille.Nous n’étions pas prêtes en 1994 à ouvrir la discussion sur ce sujet qui touche de près le fondement de notre vocation.Peut-être ne le sommes-nous toujours pas.Aussi, dans le but de vérifier si une telle résistance existe et dans l’espoir d’amorcer la discussion, je propose une réflexion à partir des six questions suivantes : 1.Qu’est-ce au juste que la vie communautaire ?2.Quel en est le fondement théologique ?3.Comment caractériser une spiritualité de la vie communautaire ?4.Quel rôle le leadership occupe-t-il au sein d'une communauté ?200 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE .ENGAGEONS LA DISCUSSION ! 5.Quels sont les défis particuliers associés à la vie communautaire actuelle ?6.Comment parvenir à un renouveau de la vie communautaire ?Je signale que ces questions ne portent ni sur le passé et les diverses formes de vie communautaire que nous avons connues, ni sur les facteurs qui ont contribué à rendre la vie communautaire telle qu’elle est actuellement.Il existe en effet d’autres ressources pour ce genre de réflexion.A titre d’exemple, mentionnons : La vie fraternelle en communauté et l’Exhortation apostolique sur la vie consacrée.De plus, le sens donné à la vie communautaire par une congrégation résulte de façon significative du charisme, de la mission et de l’expérience qui lui sont propres et peut, de ce fait, différer d’une congrégation à l’autre.Qu’est-ce au juste que la vie communautaire ?Il est impossible d’en décrire systématiquement tous les aspects.Comme je le mentionnais précédemment, il ne s’agit pas d’un concept abstrait mais bien d'une expérience sociale.Je propose donc cette simple définition : la vie communautaire est le résultat de l’interaction entre deux personnes ou plus lorsqu’une relation significative, mutuellement profitable et suivie s’établit entre elles.Une relation significative est solide, précieuse et continue dans le temps; elle est multidimensionnelle et pas uniquement spirituelle ou financière ou sociale ou encore basée sur le partage de l’espace.Ce genre de relation dépasse l’aspect purement spirituel qui consisterait en rencontres régulières pour la prière en commun; elle n’est pas seulement financière, c’est-à-dire basée sur le partage et la gestion des ressources.Elle n’est pas que sociale, c’est-à-dire constituée de rencontres périodiques agrémentées par des jeux de cartes, des repas et des sorties à l’extérieur.Et finalement, elle va au-delà de l’aspect spatial, c’est-à-dire le partage d’un espace commun ou le proche voisinage.Cette relation devient significative si elle intègre toutes ces dimensions de manière mutuellement profitable pour chacune des personnes impliquées et d’une façon suivie dans le temps.Septembre-octobre 2000 201 SR DORIS GOTTEMOELLER, R.S.M.Une relation basée sur le bénéfice mutuel contribue à accroître le bien-être et la liberté de chacun des partenaires; elle ne se laisse pas paralyser par les dépendances immatures mais tend vers l’atteinte d’une attention mutuelle, responsable, adulte et saine.« Porter le fardeau de l’autre » en réponse à un besoin particulier ou devant la maladie, constitue un devoir et un privilège de la vie communautaire.Ce genre de vie procure des bienfaits partagés qui touchent à la fois l’engagement, les relations, la spiritualité et, dans certains cas, un soutien éclairé dans la recherche d’un nouveau mode de vie.Enfin, je considère qu'une véritable expérience de vie communautaire doit comporter un aspect de durée dans le temps.C’est un arrangement durable et prévisible, le contraire d’une vie basée sur les rencontres sporadiques et dues au hasard.Essentiellement, chaque membre d’une communauté affirme à l’autre : «Je suis là et tu peux compter sur moi », quels que soient les circonstances et les besoins.La continuité est essentielle pour faire grandir la confiance et répondre aux attentes mutuelles.Vous remarquerez que cette description de la vie communautaire ne prend pas en compte les situations spécifiques telles la vie en solitaire, à deux, en petites ou grandes communautés.Il importe de préciser, cependant, que le genre de «relation significative, durable, favorisant mutuellement la croissance spirituelle entre deux personnes ou plus» se distingue complètement de la relation que pourraient entretenir des professionnels affairés, dans un but de commodité ou d’efficacité économique.Elle diffère également de la vie dans ces « pensions » où l’anonymat et l’indépendance constituent les valeurs principales.Je parle plutôt, ici, d’efforts de bonne foi pour incarner une valeur fondamentale de la vie religieuse.Sauf quelques exceptions, ce genre de vie suppose un lieu de résidence commun.Quel en est le fondement théologique ?Voilà une question à faire bâiller d’ennui, car elle semble tellement théorique.Toutefois, elle est à la base même de notre motivation.202 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE .ENGAGEONS LA DISCUSSION ! Pourquoi avons-nous choisi la vie communautaire ?Au-delà des raisons d’économie, d’efficacité, de commodité, d’amitié ou d’attirance naturelle, quelles sont les motivations enracinées dans notre foi, touchant à l’essence même de notre identité comme religieuse apostolique ?Y a-t-il des raisons liées à notre recherche de Dieu que nous nommons vocation religieuse ?Je propose deux argumentations pouvant expliquer le choix de la vie communautaire; elles ont comme point de départ l’appel personnel ou la vocation, d’une part, et l’identité ecclésiale, d’autre part.Chacune d’entre nous a entendu un appel vers ce mode de vie, une invitation à partager une plus grande intimité avec Jésus-Christ.Nous sommes devenues membres de nos diverses congrégations parce qu’elles rendaient possible la poursuite de cette vie.Un « mode de vie » représente un ensemble de choix de vie fondamentaux possédant une cohérence et une logique internes.Un mode de vie est défini à partir des choix que fait une personne par rapport à sa relation avec Dieu et avec la communauté chrétienne, au regard également de sa relation avec la sexualité, les biens matériels, ses compagnes, et les personnes démunies.Le mode de vie connu sous le nom de vie religieuse est la réponse absolue à l’appel de Jésus qui dit : « Je suis la voie ».La cohérence interne d’un mode de vie exige que tous ses aspects se renforcent l’un l’autre.À titre d’exemple, la vie communautaire, inspirée par l’Évangile, soutient la pratique de la pauvreté; réciproquement, ce mode de vie est façonné par la manière dont les membres qui composent une communauté vivent leur voeu de pauvreté.Ensemble, nous partageons nos gains afin de pourvoir à nos besoins et à ceux des autres.Ensemble, nous décidons de ce dont nous avons besoin pour aujourd’hui et pour demain.Une personne célibataire vivant seule pourrait faire voeu de pauvreté, mais de façon différente d’une religieuse.Cette différence se manifesterait à la fois dans son expression et dans les obligations que la pratique du voeu de pauvreté suppose.De façon similaire, la vie communautaire soutient le célibat et Septembre-octobre 2000 203 SR DORIS GOTTEMOELLER, R.S.M.est façonnée par la manière dont le vivent ses membres.Ensemble, nous pouvons accepter la solitude du célibat grâce à la réciprocité de nos relations avec nos compagnes.Ensemble, nous témoignons de l’amour incomparable de Jésus-Christ qui nous demande de nous soutenir les unes les autres au sein de la communauté.Et ainsi de suite.L’obéissance, la prière et l’engagement sont façonnés par la communauté, mais également par la façon dont ses membres les pratiquent.La vie communautaire, loin de représenter une dimension accessoire de notre genre de vie, en détermine toutes les autres dimensions.Il faut apporter certaines précisions à cette affirmation en ce qui concerne le ministère.Avant la tenue du synode sur la vie consacrée, certains milieux religieux craignaient qu’en conclusion, le synode affirme la supériorité de la « consécration » sur « l'engagement » de «l’être » sur le « faire », avec comme conséquence la promotion d’un style de vie quasi-monastique.Dans les faits, cependant, les textes du synode proposent une merveilleuse intégration de la consécration et de la mission : «.sous l’action de l’Esprit Saint, qui est à l’origine de toute vocation et de tout charisme, la vie consacrée elle-même devient une mission comme l’a été la vie de Jésus tout entière.» (art.72) En d’autres mots, cette vie en elle-même, dans sa totalité comme dans chacune de ses dimensions, est apostolique.Donc, si les exigences d’un ministère sont telles que d’autres aspects de cette vie comme la prière, l’obéissance, la vie communautaire sont négligés, un déséquilibre s’installe, qui aura besoin d’être corrigé.Une réflexion sur la relation du ministère à la communauté constitue une bonne transition vers une réflexion sur l'identité ecclésiale de la vie religieuse et ses implications dans la vie communautaire.Vita Consecrata décrit la vie communautaire comme un signe particulièrement éloquent de la communauté ecclésiale, c’est-à-dire de l’identité fondamentale de l’Église.La vie en communauté démontre que la participation à la communion trinitaire peut changer les rapports humains et créer un nouveau type de solidarité, basé non pas sur 204 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE :ENGAGEONS LA DISCUSSION ! des liens familiaux ou sur une attirance naturelle, mais plutôt sur des valeurs et des engagements communs.« De cette manière, elle fait voir aux hommes la beauté de la communion fraternelle et les voies qui y conduisent concrètement.En effet, les personnes consacrées vivent « pour » Dieu et « de » Dieu et c’est pourquoi elles peuvent confesser la puissance de l’action réconciliatrice de la grâce, qui anéantit les forces de division présentes dans la coeur de l’homme et dans les rapports sociaux.» (art.41) La communauté est décrite comme « un lieu théologal où l’on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité.» (art.42) C’est une vie de communion, un reflet de la réalité de l’Église, qui l’enrichit et la rend plus apte à l’accomplissement de sa mission.Évidemment, être la représentation de quelque chose implique une certaine visibilité.Nous devons nous demander dans quelle mesure notre expérience de la vie communautaire est visible.Qui, dans le voisinage, sait que des soeurs habitent un appartement, vivent dans la paroisse et qu’est-ce que cela signifie pour ces gens ?Dans le monde actuel, les gens souhaitent ardemment faire l’expérience de la vie communautaire pour se prouver que cela est possible.En fait, il y a quelques années, un groupe d’intellectuels et de hauts fonctionnaires ont formé un nouveau mouvement (Communitarian Movement) dont le but est de renforcer la participation des citoyens à la vie démocratique et de sensibiliser les gens à la nécessité d’établir un équilibre entre l’individualisme effréné et l’intérêt commun.Jour après jour, autant pour les questions mineures que majeures, les communautés religieuses qui fonctionnent sainement tendent vers l’équilibre entre les besoins individuels et les besoins communs, par amour pour Dieu et pour les besoins de leur engagement.Si nous trouvons le moyen de partager notre expérience de vie communautaire avec les autres, nous pouvons faire en sorte que l’Église devienne plus visible et offrir ainsi un cadeau au monde.Septembre-octobre 2000 205 SR DORIS GOTTEMOELLER, R.S.M.Comment caractériser une spiritualité de la vie communautaire ?Si la question théologique concerne le pourquoi de la vie communautaire, la question de la spiritualité touche le comment.Vers quoi centrons-nous la spiritualité et les pratiques qui nourrissent et soutiennent la vie communautaire ?La caractéristique première d’une communauté est d’être apostolique et orientée vers l’extérieur.Notre mot d’ordre devrait être « Pas uniquement pour nous ».Comme nous l’avons dit précédemment, la vie consacrée est apostolique dans son essence même.Cela ne résulte pas du fait que des personnes appartenant à des congrégations religieuses accomplissent un travail apostolique ou exercent individuellement un ministère, mais plutôt que cette façon de vivre, dans sa globalité, aspire à rendre l’amour de Dieu plus visible et plus attrayant.Par conséquent, la vie communautaire, comme élément intrinsèque de la vie consacrée, devrait privilégier la mission tant dans son projet que dans son expression.Une communauté apostolique accueille les voisins et les amis et, à l’occasion, les inconnus et les étrangers.Une communauté apostolique fait siens les besoins de ce monde, les intègre dans sa conscience spirituelle et les englobe dans sa prière commune; elle partage ses ressources avec les défavorisés; elle répond aux préoccupations et aux priorités de la congrégation; elle accueille les nouveaux membres et les initie à ce mode de vie.En bref, une communauté apostolique, loin d’être repliée sur elle-même, isolée ou autosuffisante, s’ouvre aux autres, les reçoit et partage.La vie communautaire se nourrit de dialogues, de prières, de rituels et de célébrations.Nous sommes des êtres de chair et de sang qui avons besoin que nos valeurs et nos engagements communs s’expriment de façon tangible.De temps à autre, nous ressentons le besoin d’affirmer ce en quoi nous croyons, ce sur quoi nous nous interrogeons et réfléchissons, ce qui nous préoccupe et, réciproquement, nous avons besoin d'entendre les autres s’exprimer.C’est à chacune des communautés locales de déterminer les moments de rencontre où ses membres parleront ensemble à Dieu.Plusieurs d’entre nous sont entrées 206 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE .ENGAGEONS LA DISCUSSION ! en communauté à une époque où la vie communautaire s’alourdissait de conventions et de pratiques inadaptées à la vie d’aujourd’hui.Leur rejet, toutefois, a fait en sorte que nous avons quelquefois oublié notre besoin d’une expression tangible de nos croyances et valeurs communes.Une vie communautaire saine comporte des obligations régulières qui font consensus entre les membres et auxquelles s’ajoutent des rencontres spontanées et des événements spéciaux.La prière commune offre des moments d’intimité particulière.Les constitutions et les politiques d’une congrégation devraient fixer des obligations communes à toutes les communautés, en laissant place à la créativité au sein de chacune d’elles.Réévaluer chaque point annuellement ou à chaque fois qu’un changement intervient au sein des membres constitue une tâche inutilement épuisante pour une communauté locale.C’est dans les textes, les traditions et les célébrations propres à la congrégation que nous sont rappelées nos obligations communes.Nous savons toutes que l’ascétisme est au centre de la vie communautaire .Cette vie implique la pratique de vertus et de qualités telles l’autodiscipline, la générosité, la tolérance et la patience.Nous devons faire le choix délibéré de la disponibilité aux autres, allant jusqu’à accepter d’être dérangée par l’autre.A certaines occasions, cette vie nous amène à « supporter patiemment les injustices », à pardonner ou à rechercher le pardon.La vie communautaire est le lieu privilégié du discernement spirituel.Le conseil évangélique le plus intrinsèquement lié à la vie communautaire est l’obéissance.Obéissance pour le choix du ministère et du lieu de résidence, certes, mais également réceptivité au souffle continu de l’Esprit Saint capable de nous éclairer tant dans les petites que dans les grandes questions de la vie.Souvent, notre lieu de vie nous permet de côtoyer des personnes capables de mettre en mots les enseignements de l’Esprit Saint.Les membres d’une communauté ne sont pas des individus dont les parcours spirituels se croisent occasionnellement; au contraire, nous parlons de personnes dont les parcours Septembre-octobre 2000 207 SR DORIS GOTTEMOELLER, R.S.M.partagés, jalonnés à la fois de défis et de difficultés, constituent un moyen d’apprentissage pour tous les membres de cette communauté.Quel rôle le leadership occupe-t-il au sein d’une communauté ?Au cours des années, j’ai remarqué la facilité avec laquelle nous faisons preuve de leadership dans notre ministère et la difficulté avec laquelle nous l’exerçons à l'intérieur de la communauté.A titre d’exemple, si une de nos compagnes excelle dans des fonctions de directrice d’établissement ou d’administratrice paroissiale ou encore si elle reçoit un prix ou une bourse pour avoir mis sur pied un projet apostolique original, nous sommes heureuses de la féliciter et de faire connaître ses réalisations.Nous avons cependant négligé le fait que les congrégations comptent parmi leurs rangs des membres naturellement doués pour exercer un leadership à l’intérieur de la communauté.Je ne parle pas particulièrement d’habilités administratives, mais plutôt de la capacité qu’ont certaines d’entre nous de rassembler et d'unifier les membres d’une communauté dans la prière, la responsabilité d’engagements partagés, la célébration et la réconciliation, le cas échéant.A cette époque, ces responsabilités, entre autres, incombaient à la supérieure locale.De nos jours, elles ont été reléguées en grande partie aux administrations provinciales et, comme les membres de nos communautés vivent en collégialité, nous ne profitons plus des qualités de leadership et ne leur accordons plus l’importance qu’elles devraient avoir dans le développement d’une communauté.Je ne suis pas en train de proposer que les congrégations offrent un prix annuel pour récompenser le leadership au sein des communautés, mais je voudrais souligner le fait que certaines religieuses sont particulièrement douées pour faire ressortir ce qu’il y a de meilleur dans chacune de nous.Leur exemple et leurs initiatives nous incitent à intensifier notre vie communautaire.Au surplus, j’estime qu'il ne s’agit pas de dons de moindre importance que ceux nécessaires à la création et au soutien de ministères difficiles ou nouveaux.Il s’agit de dons essentiels que nous devons affirmer et reconnaître pour ce 208 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE .ENGAGEONS LA DISCUSSION ! qu’ils sont.D’autant plus que souvent la religieuse dont les qualités de leadership profitent à l’épanouissement de sa communauté est également capable d’intéresser, d’inviter et d’accueillir de nouveaux membres, ce qui constitue une activité vitale pour l’avenir de la congrégation.Je soupçonne que les qualités de leadership nécessaires à l’épanouissement de la vie communautaire sont plus largement répandues que nous le croyons et que les reconnaître contribuerait à encourager nos membres à les cultiver.Dans son livre, Religious Life as Adventure, Albert Dilani, s.m.affirme que le renouveau réel des communautés religieuses dépend du leadership provenant de la base, des racines de l’instinct religieux, en fait.Il s’oppose en partie à l’étude de Nygren-Ukeritis qui conclut à l’importance d’un leadership visionnaire pour réussir à atteindre le renouveau recherché.Albert Dilani suggère que cette étude dissimule l’hypothèse que la crise actuelle de la vie religieuse est une crise fonctionnelle due à un manque de leadership.Il soutient, au contraire, que la crise de la vie religieuse a des racines plus profondes, qu’il s’agit en fait d’une crise concernant l'enthousiasme et la foi et que, si tel est le cas, rien ne pourra l’enrayer, si ce n’est la conversion radicale d’un nombre important de membres à la base et une réforme des congrégations à hauteur de leur foi.2 Nous connaissons toutes des exemples de vie communautaire intense, authentique et enthousiaste.Nous côtoyons toutes, dans notre milieu, des femmes dont la vie est empreinte de joie et de générosité.Le problème auquel nous faisons face, cependant, est que trop souvent ces personnes sont isolées les unes des autres et qu’en conséquence leur influence se perd.Elles risquent de se laisser aller au découragement et de s’encroûter dans ce sentiment de contentement de soi fréquent chez les classes moyennes, de sorte que les engagements et le charisme de la congrégation à laquelle elles appartiennent s’en trouvent estompés, moins visibles.Au cours d’une discussion, l’équipe d’animation dont je fais partie a déjà évoqué la possibilité de rassembler certaines de ces religieuses dans le but de créer une « masse cri- Septembre-octobre 2000 209 SR DORIS GOTTEMOELLER, R.S.M.tique ».Nous avons cependant rejeté cette idée qui nous semblait mettre de l'avant la notion d’une « élite » ou qui pouvait suggérer que ce qui est exigé de la part d'une Sister of Mercy est hors de portée de l’ensemble des membres.Nous avons convenu plutôt que ce dont nous avons besoin pour parvenir à une vie communautaire intense, c’est de formuler avec précision des attentes claires qui pourront être respectées par tous nos membres.Le but recherché est que la vie communautaire, dans chacune de ses expressions, résulte d’un choix délibéré plutôt que d’un effet d’entraînement.Quels sont les défis particuliers associés à la vie communautaire actuelle ?Il y en a plusieurs.Ils sont les signes de notre époque et représentent des défis considérables à la fois pour les congrégations et les individus intéressés à apporter un renouveau à la vie communautaire.Un de ces défis concerne la relation que nous entretenons avec l’église paroissiale et notre insertion dans la vie de la paroisse.A une certaine époque, la plupart des communautés locales faisaient partie d’une paroisse.Le couvent paroissial et les religieuses qui y vivaient, symbolisaient le côté humanitaire de l’Église : c’était le lieu où l’on trouvait l’hospitalité et secours en cas de besoin et qui témoignait de la réalité de notre vie religieuse.De nos jours, il n’existe plus de lieu spécifique pour la vie en commun.Il n’existe aucun endroit où les gens intéressés à en savoir plus sur nous, sont en mesure de nous « voir ».Peut-être que si nous faisions ensemble le choix de participer à la vie d’une même communauté paroissiale - plutôt que de nous promener d’une église à l’autre à la recherche soit de célébrants sympathiques, soit de liturgies célébrées au moment qui nous accommode - nous parviendrions à favoriser le renouveau de la communauté et à accroître notre visibilité.La disparition des propriétés appartenant aux congrégations, assez vastes pour permettre la vie en commun, s’ajoute à celle des couvents paroissiaux.Comme les maisons mères ont été soit vendues, soit uti- 210 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE .ENGAGEONS LA DISCUSSION ! lisées à d’autres fins et que les soeurs sont dispersées en raison de la variété des ministères, les congrégations ne possèdent dorénavant que peu d’immeubles pouvant accueillir des groupes composés de plus de deux ou trois personnes.Les soeurs logent dans des appartements parce qu’il ne semble pas y avoir d’autre choix.Les congrégations louent les immeubles au lieu de les acheter pour des raisons financières, d’une part, et, d’autre part, parce qu’elles ne sont pas assurées que leurs membres utiliseraient les propriétés de la congrégation même si elles étaient mises à leur disposition.Bien sûr, si une congrégation opte pour un choix de vie communautaire reposant, par exemple, sur la prière en commun, l’hospitalité, la visibilité auprès des gens ou encore sur le partage du lieu de vie par des personnes de générations différentes, elle devra disposer des installations nécessaires pour que ses membres soient en mesure de vivre ces engagements.Un autre défi de la vie communautaire concerne les liens d’appartenance que nous entretenons simultanément avec divers groupes dont les exigences se recoupent quelquefois.Notre paroisse, notre ministère, nos collègues, notre famille et nos amis ecclésiaux ou sociaux tels le mouvement charismatique, Pro-vie ou divers mouvements d’action sociale nous demandent de gagner leurs rangs.Tous ces engagements peuvent enrichir notre vie communautaire ou, au contraire, nous conduire au surmenage.Il faut une capacité de discernement particulièrement aiguisée pour parvenir à équilibrer toutes ces responsabilités; néanmoins, notre participation à la vie communautaire devrait constituer notre priorité, car elle est directement liée aux voeux que nous avons prononcés.L’aide aux parents âgés représente un autre de nos défis.Nul n’est plus en droit de profiter de notre générosité que ceux qui nous ont donné la vie.Dans certains cas, cela exige de consacrer du temps à nos parents pour les courses, les déplacements et autres nécessités, en plus du temps que nous consacrons aux divers engagements liés à notre vie communautaire et à notre ministère.Il peut arriver égale- Septembre-octobre 2000 211 SR DORIS GOTTEMOELLER, R.S.M.ment que la seule façon de répondre aux besoins de nos parents âgés soit d’habiter avec eux afin de leur fournir une aide quotidienne.Les membres d’une communauté devront faire preuve d’une sensibilité particulière dans l’évaluation de ces cas en tenant compte des situations familiales diverses.Il est important que la communauté se questionne sur la façon d’aider et de soutenir ses membres aux prises avec le poids de ces responsabilités familiales.Toutefois, peut-être que le défi le plus épineux auquel nous avons à faire face concerne la vie en solitaire, bien que, évidemment, certaines raisons justifient ce choix.La plupart des communautés comptent parmi leurs rangs des membres dont la santé psychologique est si fragile qu’ils sont incapables de faire face aux exigences de la vie communautaire.Ces personnes présentent souvent des problèmes d’adaptation qui donnent lieu à des comportements difficilement acceptables pour les autres membres de leur communauté.En pareil cas, la situation justifie la vie en solitaire tant et aussi longtemps que les difficultés perdurent, car une des responsabilités de la communauté est de veiller au bien-être de chacun de ses membres.Un autre cas concerne les soeurs qui choisissent de vivre seules pour un temps afin de satisfaire à certaines exigences spécifiques de leur ministère, auxquelles elles ne pourraient répondre à l’intérieur de la vie communautaire.Afin de prendre une décision éclairée à ce sujet, il faut se demander si la perspective de vivre seule ne serait pas déterminante pour justifier le choix du ministère.De même que pour les religieuses vivant avec leurs parents âgés, les membres de la communauté s’efforceront de soutenir et de rester en contact avec leurs compagnes qui vivent à l’extérieur.En plus des deux situations particulières dont nous avons parlé précédemment, auxquelles s’ajoutent les absences pour raisons d’étude, se profile la tendance de plus en plus marquée à justifier le choix d’une vie en solitaire uniquement pour des motifs d’ordre personnel.Dans les congrégations où ce choix a acquis la même légitimité que les autres choix communautaires, on peut s’attendre à ce que la vie 212 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE .ENGAGEONS LA DISCUSSION ! communautaire soit sérieusement compromise.Un tel choix, en particulier pour les religieuses en bonne santé et activement engagées dans un ministère, prive les autres membres des bienfaits de leur présence et réduit le nombre de lieux de vie communautaire disponibles.En outre, choisir de vivre seule, c’est se soustraire à la responsabilité qu’a une congrégation de mettre en place des communautés susceptibles d’intéresser de nouvelles recrues.Malheureusement, dans certaines congrégations, la question de la vie en solitaire provoque un embarras tel, que l’on s’interdit toute discussion à ce sujet, à plus forte raison, toute remise en question.Enfin, des facteurs d’ordre multiculturel et intergénérationnel influencent nos expériences et nos aspirations face à la vie communautaire.L’âge et l’appartenance ethnique, au même titre que le bagage socioculturel, l’éducation reçue, l’expérience acquise par l’exercice d’un ministère et bien d’autres facteurs encore, peuvent conditionner la façon dont nous prenons part à ce mode de vie.A certains moments, ces différences sont perçues comme un cadeau, à d’autres, comme une limite.La nécessité d’intégrer en douceur les différences et les particularités individuelles est une raison de plus pour une congrégation d’exposer clairement sa conception de la vie communautaire et les obligations qui s’ensuivent.Dans un monde divisé et déchiré par les conflits d’intérêts, « la présence de communautés où se rencontrent comme frères et comme soeurs des personnes de culture, de langue, et d’âge différents, demeurant unies en dépit des conflits et difficultés d’une vie menée en commun, est signe d’une réalité plus élevée et appel à regarder plus haut, »3 Comment parvenir à un renouveau de la vie communautaire ?En premier lieu, briser le silence.Puis, nous poser des questions comme celles-ci : Comment intéresser une jeune personne à s’investir dans la vie communautaire ?Comment accueillir une recrue possible et comment lui présenter notre vie ?Comment ma spiritualité s’ali-mente-t-elle à partir de nos racines communes ?En quoi notre mode Septembre-octobre 2000 213 SR DORIS GOTTFMOFIJ.fr, R.S.M.de vie constitue-t-il un témoignage visible de la simplicité, du partage, de l’amour que nous éprouvons l’une envers l’autre, de notre zèle évangélique ?Nous ne pouvons plus garder le silence sur ces questions.Au demeurant, nous pourrions découvrir, au fil des discussions, que d’autres ressentent également le besoin d’en parler, d’envisager ces questions sans complaisance et de vivre la vie en commun plus intensément.En outre, il n’appartient qu’à nous de décider de « suivre le mouvement » là où il se produit.Nous pouvons soutenir les communautés dynamiques qui existent déjà et reconnaître qu’elles ne sont pas le produit de hasards heureux, mais bien le fruit de convictions et d’efforts communs.Nous pouvons également employer nos ressources, tant humaines que financières, à la création de nouvelles communautés composées d’individus prêts à risquer l’aventure.De plus, nous pouvons inciter nos compagnes à joindre les rangs des communautés les plus dynamiques.Enfin, nous pouvons partager notre expérience de vie communautaire avec des personnes associées, des paroissiens et des paroissiennes, des gens intéressés par notre vie, en essayant d’élargir constamment notre réseau.Mais, il faut comprendre que tout cela ne portera fruit que si, à la base, un groupe de religieuses profondément engagées vivent leur vocation avec sincérité et passion.Comme point de départ de ces réflexions, j’ai soumis l’hypothèse que notre incapacité à exprimer clairement en quoi consistent notre compréhension de la vie communautaire et l’engagement que nous avons pris en choisissant cette vie, pouvait éventuellement nous être néfaste.J’ai ensuite livré quelques pensées dans le but de fournir aux congrégations des pistes capables de susciter les discussions et de conduire au discernement dont elles ont un urgent besoin.J’aimerais citer le sous-titre du document La vie fraternelle en communauté : «L’amour du Christ nous rassemble dans l’unité.» Cette phrase nous éclaire sur les motivations et le dynamisme propres à la vie communautaire.Seul l’amour du Christ nous permet d’assumer et maintenir ce choix 214 La Vie des communautés religieuses LA VIE COMMUNAUTAIRE .ENGAGEONS LA DISCUSSION ! de vie.L’amour nous appelle et nous rassemble.C’est un mouvement sans fin qui nous pousse vers une plus grande unité, une générosité plus affirmée, une ferveur renouvelée.C’est un idéal que nous n’atteindrons jamais, que nous ne pourrons même pas approcher à moins qu’il ne s’incarne dans des comportements fidèles au charisme et à la mission d'une congrégation.Il resterait encore beaucoup à dire sur le sujet; cependant ces réflexions parviendront peut-être à briser le silence et à ouvrir la discussion.Je crois qu’il est maintenant temps pour nous d’envisager la vie communautaire avec des yeux neufs : peut-être est-ce la clé qui nous permettra d’enclencher le processus de conversion et de parvenir à un authentique renouveau.Sr Doris Gottemoeller, r.s.m.Sisters of Mercy of the Americas 8300, Colesville Road, app.300 Silver Spring, Maryland 20910, U.S.A.Texte traduit avec la permission de l’auteure et publié avec l’autorisation de la revue Review for Religious, où il a paru en anglais dans le numéro de mars-avril 1999.Notes 1.Lors d’une rencontre avec les membres de la Congrégation pour les instituts de vie consacrée et les sociétés de vie apostolique, les dirigeants du Leadership Conference of Women Religious et du Conference for Major Superiors of Men ont souligé le caractère inapproprié du titre.Cependant, seule la note suivante fait mention du désaccord exprimé : «Dans le texte, les mots fraternel et fraternité incluent les femmes et les hommes et représentent, dans l’esprit des traducteurs, les mots pouvant le plus justement rendre l’idée de richesse et de chaleur nées de la communion entre les membres d’une communauté et considérée comme le pivot de la vie communautaire.» 2.New York Society of St.Paul, 1994, pages 96 et 97.L’étude de Nygren-Ukeritis dont l’auteure fait mention s’intitule Religious-Leadership Competencies et est parue dans Review for Religious 52, numéro mai-juin 1993, pages 390 à 417.3.La vie fraternelle en communauté (1994), article 56.Septembre-octobre 2000 215 CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE AURORE Mary Pat LeRoy, s.n.j.m.“Je suis venu apporter le feu sur la terre, comme je voudrais qu'il soit déjà allumé.” Le 12,49 Durant leur Chapitre général tenu en juillet 1996, les Soeurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie ont été appelées à raviver la flamme de leur passion pour des nouveaux membres en vue de la mission.Au cours des quelques années qui ont suivi ce rassemblement, la Congrégation s'est engagée dans un processus d’envergure de réflexion et d’action afin d’atteindre ce but fixé.(NDLR) Ceci est T histoire d'une aventure vécue par plusieurs personnes pour l’amour d’une mission et d’une vie nouvelle dans notre Congrégation, les Soeurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie1.Cette histoire comporte des centaines de versions; je partagerai la mienne vécue dans le contexte d’un leadership.Mais, attention: nous ne connaissons pas la fin! Temps de décision L’histoire a commencé en juillet 1996.Par une simple phrase écrite sous le thème “Mission et Nouveaux Membres”, notre Chapitre géné- 216 La Vie des communautés religieuses CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE A URORE ral demandait à la nouvelle équipe de leadership de la Congrégation, de mettre sur pied, tôt au début de leur mandat, un colloque2 traitant d’un nouveau membership de personnes engagées par voeux.Cet appel à regarder vers notre avenir, adressé aux membres engagées par voeux, est venu avec le plus d’insistance de la part des associées qui avaient été invitées, pour une première fois dans notre histoire, à participer à la partie d’orientation de notre Chapitre général.Durant la première année de notre mandat, nous avons essayé, comme membres de l’équipe de leadership, d’être présentes à des rassemblements dans chacune de nos onze provinces.Dans des moments d’interaction avec les soeurs, les associé-e-s et les équipes provinciales de leadership, nous avons partagé quelques-unes de nos propres questions au sujet du nouveau membership dans la Congrégation et nous avons vu alors s’allumer quelques étincelles.Durant notre session de planification à l’automne 1997, nous avons reconnu que ce sujet critique nécessitait plus qu’une simple conversation à l’intérieur d’un groupe restreint et nous avons décidé de ne pas mettre l’accent sur le “recrutement” mais sur nous-mêmes\ Comme membres consacrées par voeux, qu’est-ce que nous aurions besoin de faire ou d’accepter de faire pour que des nouveaux membres puissent nous amener au coeur de la mission durant ce 21e siècle?Pour trouver réponse à cette question, nous avons investi du temps, de l’énergie et des ressources afin de penser un processus où nous souhaitions inclure le plus grand nombre possible de membres consacrées par voeux qui pourraient participer de différentes façons.Toute soeur qui accepterait de se préparer serait bienvenue pour assister aux colloques régionaux (interprovinciaux) et ensuite se questionner sur son désir de participer ou non au rassemblement de Congrégation.Nous dirions aujourd’hui comme nous le disions alors: “Nous ne savons pas où l’Esprit nous conduit, mais nous sommes confiantes que là où des soeurs SNJM se rassemblent, l’Esprit travaille au milieu de nous et l’Esprit nous conduira vers une nouvelle action créatrice”.Septembre-octobre 2000 217 MARY PAT LEROY, S.N.J.M.Temps de planification Un comité, formé de six soeurs témoins des expériences diverses vécues dans notre Congrégation3, a commencé son travail tôt en 1998, aidé par nos indispensables interprètes.Comme équipe de leadership, nous avons d’abord rencontré le comité pour clarifier la tâche, puis nous avons été présentes au besoin pour des mises à jour, des évaluations et autres.Une d’entre nous a été la personne lien avec le comité de planification et a assumé la principale responsabilité de coordination et d’organisation.Comme leaders, nous avons collaboré selon les demandes du comité et nous avons profité de tout événement opportun, comme des rassemblements de provinces ou des visites de communautés, pour répondre à des questions et apporter du soutien à la Congrégation.N’ayant aucune idée du nombre de participantes, combien (ou combien peu) viendraient, nous sommes redevables à l’Esprit, des intuitions qui nous ont guidées dans le choix et les dimensions des lieux de rencontre.Bien que la vie courante ait continué son cours avec ses propres exigences, le processus du colloque est demeuré une priorité et aucune de nous, du comité ou de l’équipe du leadership, n’avait pleinement mesuré ni les exigences ni les gratifications de l’engagement que nous avions pris.Invitation et préparation Quatre colloques régionaux (interprovinciaux) ont été organisés en tenant compte de la langue et de la situation géographique de chacun.Des groupes ont été formés pour la planification au niveau local.Chaque soeur a reçu une lettre de l’Équipe de Leadership de la Congrégation, l’invitant à considérer sa présence à un colloque régional tenu dans son environnement; chacune a été incitée à participer à la préparation et à manifester son appui par sa prière et son intérêt.Les critères d’admission à un colloque incluaient une passion pour la mission, un intérêt pour un nouveau membership engagé par voeux et, le plus important, “une volonté de considérer un changement de mes 218 La Vie des communautés religieuses CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE A URORE attitudes et comportements pour accueillir des nouveaux membres, par exemple, dans des nouvelles façons de vivre, dans un nouveau ministère, dans des nouvelles formes de prier.” La préparation réclamait un temps de réflexion et un partage avec une autre soeur sur une expérience significative d’appartenance SNJM, la lecture d’articles ou de livres appropriés et un échange avec au moins deux jeunes femmes (de 20 à 35 ans)4, à propos de la vie religieuse, de la spiritualité, de la communauté et de la mission.Le comité d’organisation a fourni des suggestions utiles pour chaque aspect de la préparation.Colloques régionaux Les quatre colloques régionaux ont eu lieu, entre le 5 février et le 25 avril, dans l’état de Washington, les provinces de l’Ontario et du Québec et le pays du Lesotho en Afrique du Sud5.Groupées deux par deux, les membres du comité de planification ont animé la démarche.Durant ces expériences de fins de semaines, les SNJM de chaque rassemblement local ont coordonné les logistiques et nous ont fait vivre des prières magnifiquement intégrées.Bien entendu, il y a eu place pour des temps de festivité qui ont aidé les participantes à former communauté au-delà des frontières de provinces.Un rituel d’ouverture nous a rassemblées, nous invitant à être à l’écoute du Potier.Nous avons entendu l’appel à quitter nos résistances à l’exemple de Marie et Elisabeth ou de Ruth et Naomi, afin de devenir plus attentives aux mouvements de vie nouvelle qui pourraient bouger en nous.Nous avons réfléchi sur les levers et les couchers de soleil dans la vie religieuse aujourd’hui et sur les crépuscules et les aurores, tous deux magnifiques et colorés, naturels et rythmés, mais n’en demeurant pas moins très différents.Une citation attribuée à Pedro Arrupe, s.j., ancien supérieur général de la Compagnie de Jésus, a été posée en ces termes: “Pourquoi quelqu’un voudrait-il imposer les couleurs d’un coucher de soleil à l’aurore d’un jour nouveau ?” Le samedi avant-midi, nous avons d’abord passé un temps précieux ensemble, le regard tourné vers l’aurore d’un jour nouveau.Nous Septembre-octobre 2000 219 MARY PAT LEROY, S.N.J.M.avons écouté un groupe de trois jeunes femmes, membres d’une table ronde, qui se sont exprimées sur ce qu’elles trouvent d’attrayant et de peu attrayant dans la vie religieuse.Puis, par l’entremise d’une autre table ronde, des soeurs SNJM parmi les plus jeunes, ont partagé leurs expériences de la vie religieuse en partant de leur point de vue.Qu ’avons-nous entendu de ces jeunes femmes?Les jeunes adultes ont exprimé leur désir d’être accompagnées dans leur recherche de Dieu.Elles ont décrit leur spiritualité qui n’est pas toujours, pour elles, liée nécessairement à “religion”.Elles valorisent le partage en communauté, une vie simple et une solidarité avec d’autres femmes d’Evangile engagées au service des autres.La plupart d’entre elles sont déjà engagées dans différents services de leurs propres milieux et dans des programmes de bénévolat.Elles apprécient notre appel et trouvent que nos valeurs et nos actions correspondent aux leurs de plusieurs façons.Pourquoi alors, y-a-t-il si peu de jeunes femmes de leur groupe d’âge qui se joignent à nous?Elles ont demandé: “Où pouvons-nous vous rencontrer?” Elles voient souvent les soeurs comme des personnes trop occupées pour un partage informel.Le “langage traditionnel” que des soeurs utilisent pour expliquer leur style de vie leur a semblé révolu.Bien que nées après les changements extérieurs significatifs survenus dans la vie religieuse, la plupart d’entre elles ont retenu, de la vie des soeurs, des images médiatisées de pré-Vatican II.Nos jeunes invitées et plusieurs de celles que nous avons interviewées ont été inspirées par des religieuses dont la vie personnelle ne cadrait pas avec cette image du passé, mais elles voyaient celles-ci comme des êtres faisant exception.Sans expérience de la plus grande communauté, les stéréotypes prévalaient dans leur pensée.Les invitées ont exprimé leurs peurs d’être isolées de leurs pairs, étant “la seule jeune” et aussi de perdre leur indépendance.Quelques-unes étaient troublées face à la situation des femmes dans l’Église institu- 220 La Vie des communautés religieuses CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE A URORE tionnelle.Présumant que les jeunes personnes auraient besoin de “cadrer” avec les programmes de formation déjà existants, elles se demandaient s’il y aurait place pour offrir quelque chose de leur originalité ?Seraient-elles moins libres, comme soeurs, de mettre leurs dons personnels au service des autres qu’elles le seraient comme personnes laïques orientées dans un état de service?Un engagement sans permanence serait-il plus attrayant ?Qu ’est-ce qui donnerait la possibilité à des nouveaux membres de se joindre à nous?Cette question a ouvert la voie à la prière personnelle, à la réflexion et à un partage en groupe alors que des idées nouvelles étaient envisagées à la lumière des Ecritures et de nos Actes du Chapitre.Des groupes ont commencé à approfondir des idées prometteuses et les ont partagées avec la grande assemblée.Le dernier matin, des concepts qui se recoupaient ont été fusionnés et les participantes se sont réorientées selon les intérêts.Des groupes ont suggéré des actions permettant de concrétiser les idées exprimées.Plusieurs ont posé des gestes afin d’établir des liens avec des jeunes femmes dans des milieux de travail, dans les paroisses ou les résidences des soeurs — pas seulement à titre individuel, mais comme membres d’un grand groupe.Des individus et des groupes communautaires locaux pourraient garder des liens avec les femmes qu’elles ont interviewées avant le colloque et une invitation à partager un temps de prière, un dîner et une conversation pourraient être très appréciables.Une initiative fut prise au Lesotho pour encourager la présence des pensionnaires de l’école secondaire à des professions et à des cérémonies où on accueillait des nouvelles candidates.D’autres suggestions ont été faites pour augmenter les occasions d’une mission partagée avec les jeunes femmes engagées dans des programmes de bénévolat.Plusieurs soeurs ont éprouvé une certaine hésitation à entrer en contact avec une étudiante ou une parente ou une collègue de travail pour l’interview préparatoire.Une chose nous a paru claire cependant, c’est Septembre-octobre 2000 221 MARY PAT LEROY, S.N.J.M.que la réticence à engager un dialogue venait surtout de nous; celles qui ont été approchées étaient presque toujours très consentantes à parler sérieusement de Dieu et de spiritualité.Plusieurs soeurs ont quitté les colloques avec l’intention de continuer de telles interactions dans leur ministère et/ou dans leur vie communautaire.Colloque de la Congrégation Des 329 participantes aux colloques régionaux, environ 150 SNJM enthousiastes, représentant chaque province, sont arrivées à la maison mère à Montréal pour vivre un événement de Congrégation d’une durée de cinq jours.Chose incroyable ! notre comité, vaillant et très créatif, a réussi, entre la fin d’avril et le début de juillet, à organiser le processus, les rituels, la traduction et les logistiques - aidé, heureusement, d’une multitude de personnes très impliquées.Le contenu formel du colloque provenait de la synthèse du contenu suggéré lors des quatre rassemblements régionaux: - Comment pouvons-nous définir le sens de nos voeux pour aujourd’hui ?- Quelles nouvelles formes d’appartenance pouvons-nous considérer pour l’avenir ?par exemple, l’engagement temporaire, ou autres.- Comment pouvons-nous établir des contacts et être plus visibles parmi les jeunes femmes?Des articles avaient été suggérés pour une lecture préparatoire et chaque participante a été invitée à réfléchir et à partager avec d’autres soeurs sur le sens des voeux dans sa vie d’aujourd’hui.A travers les temps de prières et de rituels, l’odeur des rassemblements régionaux se répandait dans notre lieu de rassemblement.Les animatrices de la prière donnaient préférence au symbole et à la musique car elles savaient que les journées seraient chargées de mots.222 La Vie des communautés religieuses CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE A URORE Nous avons commencé par nous remémorer et partager les expériences vécues au colloque régional et la vie qui en a jailli.Dans la réflexion d’ouverture, “Accueil des Nouveaux Membres pour la Mission”, toutes ont été invitées à imaginer que les mots lus et entendus dans les partages lors de nos journées régionales avaient pris vie: nouveaux membres ! “Ces nouveaux membres encourageront une prière significative au coeur de leurs communautés et les autres personnes qui ont soif d’un entourage spirituel viendront s’unir à elles dans ces cercles de foi.Ces nouveaux membres ne se permettront pas de devenir épuisées et sous-alimentées spirituellement par une sorte de vie effrénée; c’est un style de vie plus simple qui assurera l’équilibre.Elles trouveront les moyens d’avoir une vie communautaire en profondeur sans cependant toujours vivre une vie commune.Elles vivront la coresponsabilité, animées par des leaders en service.Leurs échanges, honnêtes et respectueux, développeront l’unité dans la diversité.Elles seront souples et capables de lâcher prise afin d’aller plus loin pour l’amour de la mission.Leurs vies seront sous le sceau de la solidarité avec les pauvres et les personnes marginalisées.Ces nouveaux membres sont ici dans cette salle: les nouveaux membres sont présentes dans toutes les parties de la Congrégation!” L’appel qui a été adressé à toutes, de devenir “nouveaux membres”, a semblé toucher une corde sensible dans plusieurs coeurs.Assurées par nos responsables de vocations que certaines jeunes considèrent la possibilité d’une relation à Dieu dans la vie religieuse, nous avons porté notre attention sur les actions qu’il nous faudrait peut-être entreprendre, sur les changements qu’il nous faudrait peut-être faire afin d’intégrer pleinement des nouveaux membres.Le sujet à l’ordre du deuxième jour a été “Nos Voeux aujourd’hui”.Nous nous sommes d’abord communiqué l’énergie, l’enthousiasme, les surprises ou les défis qui ont surgi durant la préparation personnelle de chacune.L’exploration s’est poursuivie par de courtes présen- Septembre-octobre 2000 223 MARY PAT LEROY, S.N.J.M.tâtions données par trois de nos soeurs : une animatrice de province, une professeure en sciences religieuses et une responsable de formation.Chacun des brefs exposés a été suivi par une période de questions.L'après-midi a débuté par une interaction entre les membres d'une table ronde suivie des commentaires et questions du grand groupe, d’un temps de prière personnelle et d’un échange en profondeur des réflexions avec les groupes de tables.Nous avons remarqué que les réactions de nos soeurs, diverses et interpellantes, quoique brèves, ont confirmé un désir grandissant de porter ce sujet à des niveaux beaucoup plus profonds que nous l’a permis la durée trop courte du colloque.Dans certains endroits, le dialogue se continue et va de l’avant.Le thème du jour suivant était “Nouvelles formes d’appartenance”.Les conférencières ont présenté trois voies d’appartenance alternative qui sont différentes de l’appartenance par voeux ou de celle comme associé-e-s que nous expérimentons présentement.Une congrégation nous a fait part de sa longue tradition d’avoir en cercles élargis une appartenance “famille”.Nous avons entendu une autre congrégation nous dire comment elle envisage unir, de façon plus formelle, un groupe d’associé-s en développement à la congrégation établie canoniquement.Une troisième expression est venue d’une associée, éducatrice de profession, qui renouvelle annuellement, depuis trois ans, un engagement à vivre comme membre d’une communauté de soeurs SNJM.Les groupes spontanés de l’après-midi ont permis aux participantes de dialoguer avec les invitées de leur choix.Plus tard, dans nos groupes de tables, nous nous sommes demandé quelles nouvelles formes d’appartenance nous pourrions être appelées à développer.Le quatrième jour, utilisant un processus “open space”, nous avons laissé monter en nous des façons d’accroître notre visibilité comme un groupe auprès des jeunes femmes.Un certain nombre de ces idées sont maintenant mises en pratique.224 La Vie des communautés religieuses CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE A URORE Le dernier matin nous a réservé un temps de tranquillité pour nous permettre d’intégrer notre expérience du colloque et de la noter dans notre journal personnel.Le partage qui a suivi a été enrichissant.Même la journée la plus chaude de l’année ne pouvait nous enlever la joie et l’exubérance venues de notre rituel “allumer le feu” alors que nous arrivions à la fin de ces cinq jours d’exploration ensemble.Fin et commencement La question qui est montée au moment des derniers “au-revoir” fut: “Comme équipe de leadership, comment planifiez-vous de donner un suivi?” Notre réponse fut: “Aller plus loin est maintenant la responsabilité de nous toutes!” Dans le but de poursuivre dans un geste de solidarité, une liste du courriel a été établie à laquelle toutes soeurs et personnes associées peuvent s’inscrire.6 Actuellement, il y a 126 adresses sur la liste, ce qui représente un nombre inconnu de lecteurs et lectrices.Il y a un échange des actions et des réflexions à travers la Congrégation.C’est très encourageant à lire.Voici un exemple: lors d’une messe paroissiale, un dimanche soir en janvier dernier, plus de quarante soeurs SNJM se sont rassemblées pour renouveler publiquement leurs engagements.Les soeurs ont accueilli les gens, distribué les feuillets de prières et programmes, ont été ministres de l’Eucharistie, lectrices et musiciennes.Une soeur, qui a grandi dans cette paroisse, a partagé ses réflexions sur l’appel de Jésus à le suivre.Citant la poète Mary Oliver, elle a demandé: “Que ferez-vous de votre propre et unique vie si mouvementée et si précieuse ?” Le prêtre-célébrant s’est montré ravi et enthousiaste dans sa bienvenue et l’assemblée, qui comptait environ 500 étudiants et étudiantes universitaires, a gratifié les soeurs d’un tonnerre d’applaudissements au moment de leur sortie.Plusieurs des personnes présentes sont venues les remercier pour leur témoignage donné en public.Un autre groupe de soeurs a invité des jeunes femmes, dont quatre avaient été interviewées pour le colloque, à venir se joindre à elles, Septembre-octobre 2000 225 MARY PAT LEROY, S.N.J.M.une fois par mois, au moment de leur rencontre “sabbath snjm” pour un temps de réflexion et de prière.Trois soeurs ont été invitées à se joindre à un groupe de jeunes femmes qui se rencontrent régulièrement pour partager ensemble et s’apporter du soutien.On m’a demandé à la fin du colloque : “Est-ce que cela en valait la peine ?” Et j’ai répondu: “Vous me poserez la question dans six mois.” Maintenant quand nous lisons les messages écrits sur la liste du courriel et que nous recevons des messages personnels des soeurs, nous sommes des plus encouragées.Des soeurs de chaque province trouvent des moyens pour interagir avec des jeunes femmes merveilleuses et cela, en soi, fait revivre notre histoire de fondation, de notre Bienheureuse Marie-Rose Durocher qui s’est elle-même engagée à assurer aux femmes de son temps, un plein épanouissement.Comment cette histoire finira-t-elle ?Je crois que l’avenir repose sur notre réponse à des questions comme celles-ci: Y a-t-il parmi nous des soeurs prêtes à s’ouvrir à un changement inévitable, à un honnête questionnement et à une exubérance de jeunesse?Sommes-nous prêtes à partager les belles couleurs de notre passé sans imposer ce que nous devons doucement laisser aller ?Si oui, il y a peut-être alors d’autres personnes qui attendent notre invitation pour cheminer avec nous.Elles peuvent venir pour un engagement perpétuel ou pour un engagement temporaire.Elles peuvent être associé-e-s ou (pour rappeler la suggestion d’une de nos invitées à un colloque régional) “participer à un noyau solide, aux contours malléables, de femmes engagées perpétuellement”.Trouveront-elles, en nous, un lieu de soutien commun dans leur recherche de Dieu?Sauront-elles être partie prenante dans la création de notre avenir et de notre mission dès le jour de leur accueil?J’aimerais croire que nous 226 La Vie des communautés religieuses CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE A URORE pouvons répondre ainsi à ces questions: “Oui.Nous aussi nous devenons ‘nouvelles’ et avec vous, nous apprendrons”.Puis d’autres diront, comme l’a dit une de nos jeunes invitées :”Les Soeurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie ont un charisme où j’entends ma voix.” Mary Pat LeRoy,s.n.j.m.80, rue St-Charles Est Longueuil QC J4H 1A9 Mary Pat LeRoy est l’animatrice au niveau général de la Congrégation des Soeurs des Saints-Noms de Jésus et de Marie.Elle a une formation en planification et en animation.Les membres de l ’Equipe de Leadership des SNJM sont Mary Rita Rohde, personne lien pour les colloques, Lise Marleau et Jean Ann Lvs.La traduction de ce texte a été faite par Sr Rita Rivet, s.n.j.m.Notes 1.Au début de l’année 2000, nous comptions 1678 membres engagées par voeux et 450 associé-e-s répartis dans 5 provinces canoniques au Canada, 4 aux Etats-Unis, 1 au Lesotho en Afrique du Sud et un Secteur-Missions ayant des soeurs en Haïti, au Brésil et en Amérique du Nord.Pour faciliter la lecture du texte, le terme “province” sera utilisé ici pour inclure les provinces et le secteur.2.Dans l’utilisation que nous faisons du terme, un colloque est une réunion créée dans le but d’apporter aux participantes une clarification des sujets de leur intérêt.Il utilise un processus d’étude, d’information et d’interaction entre pairs et personnes-ressources.Souvent, les idées nouvelles et les compréhensions qui émergent d’un tel rassemblement avantagent un échange continu dans un groupe plus large de personnes qui ont des préoccupations similaires.Le libre cours de la conversation dans l’expérience d’un colloque pourra parfois alimenter une action chez les personnes qui y prennent part ou influencer des actions adoptées plus tard par les personnes qui prennent les décisions.Septembre-octobre 2000 227 3.Pour que ce soit très clair, que le but du colloque était de demander à l’actuel membership de considérer notre réponse à une possibilité de nouveaux membres et non de penser à un “recrutement”, nous n’avons pas choisi de demander à notre personnel vaillant et engagé de vocation/formation d’organiser ces journées.Nous avons reconnu qu'un suivi avec des personnes qui sont à discerner un appel peut être difficile à moins que des membres de notre communauté puissent et veuillent accepter des nouveaux membres éventuels.4.Comme d’autres congrégations, nous avons accueilli des nouveaux membres qui sont plus âgé-e-s que ce groupe d'âge.Nous reconnaissons que ce processus d’incorporation comporte en même temps des grâces et des défis dignes d’une réflexion au niveau de la Congrégation.Cependant, nous avons choisi de mettre l’accent, dans ce processus, sur des personnes plus jeunes.Nous avons voulu explorer ce qui a paru être des différences de générations significatives avec un groupe dont l’absence continue de nos vies nous questionne.5.Le colloque au Lesotho a aussi créé un événement historique pour nous : la première réunion interprovinces à être tenue là, et l’incorporation d’interprètes de d’autres congrégations dont la langue est le Sesotho.Les sept d’entre nous qui étions présentes et qui venions de cinq autres provinces avons été amenées au coeur de la prière et la célébration inculturées issues des racines de nos soeurs.6.Nous nous sommes servies de “onelist.com” pour établir notre liste parce que c’était sans frais, que nous pouvions inclure celles qui ont seulement courriel (pas l’Internet) et que c’est relativement simple à installer et à utiliser pour quelqu’un qui a le moindrement une expérience avec Internet.228 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI Pédagogie du cheminement Martin Yelle, s.c.Lorsqu’on parle d’éducation de la foi, notre regard peut avoir la tendance de se tourner rapidement vers nos propres attitudes comme éducateurs de la foi.Dans un texte parlant de notre « conversion spirituelle » j’ai fait allusion plus qu’amplement aux attitudes et aux pas à franchir pour être un éducateur de la foi.Dans les lignes qui vont suivre, je vais aborder l’éducation de la foi sous un autre angle.Je vais regarder cette noble tâche sous l’angle de ses bénéficiaires : les jeunes.Quelle pédagogie adopter pour rejoindre les jeunes sur leur terrain ?Quelle pédagogie utiliser pour être de véritables révélateurs de la personne du Christ ?Ces questions ne sont pas simples et méritent qu’on s’y arrête longuement.La réflexion qui va suivre sera sans doute teintée de mes propres expériences et de mes propres constatations sur le terrain.L’invitation est faite au lecteur de se questionner lui-même face aux différentes voies que je vais tenter d’ouvrir.Ma réflexion va se découper en cinq étapes toutes marquées par un désir de rendre la plus concrète possible la pédagogie utilisée en éducation de la foi.J’aborderai donc successivement la pédagogie de l’expérience spirituelle, la pédagogie de l’engagement, la pédagogie Septembre-octobre 2000 229 MARTIN YELLE, S.C.de l’appartenance, la pédagogie de la vocation chrétienne et la pédagogie de l’accompagnement.En conclusion, j’indiquerai quelques pistes à cibler pour intégrer toutes ces dimensions dans une même action unifiée.Avant d’aborder le premier point de ma réflexion, je voudrais m’arrêter sur le mot pédagogie pour être bien sûr qu’il ne pose pas d’ambiguïté à ceux qui vont se hasarder dans les pages suivantes.Sur le plan étymologique, pédagogie vient de deux mots grecs : paidos et agein (enfant et conduire).En parlant de pédagogie dans le domaine de l’éducation de la foi, je veux faire allusion à la très importante tâche qu’est celle de l’accompagnement de jeunes, pas à pas, sur le terrain peu évident de la vie spirituelle.L’éducateur de la foi doit conduire, doit mener à une découverte de la personne du Christ.L’éducateur de la foi n’a pas d’autre tâche que celle de mener à Jésus et ensuite s’effacer et laisser Jésus agir.Nous parlerons plus loin, au cinquième point, de l’importance très grande d’effectuer les réajustements nécessaires en cours de cheminement avec les jeunes : l’éducateur de la foi se doit, pédagogiquement, d’ajuster sa relation aux jeunes à mesure que se fait la découverte du visage du Christ.Sinon, il peut être très dangereux que l’éducateur soit confondu avec Celui à qui il veut envoyer.Pédagogie de l’expérience spirituelle L’expérience spirituelle est ce moment unique où Jésus choisit de se révéler dans la vie d’une personne.Comment l’éducateur de la foi peut-il favoriser cette expérience, cette rencontre ?Dans les lignes qui vont suivre, je vais essayer de dégager quelques pistes pouvant être utiles.Le premier point que je voudrais apporter est l’expérience spirituelle de l’éducateur de la foi.Comment quelqu’un qui n’a pas une relation vivante avec Jésus pourrait-il en présenter un visage pertinent ?Je crois que nous touchons ici l'importance, je dirais même la nécessité 230 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI - PÉDAGOGIE DU CHEMINEMENT de rejoindre notre propre expérience spirituelle si l’on veut en accompagner d’autres dans ce sens.La pédagogie de l’expérience spirituelle se fera plus par une transparence que par une recherche préoccupée des signes de la présence de Dieu chez la personne accompagnée.Il peut être facile pour un éducateur de la foi de chercher à travers différents filtres une reconnaissance du visage de Jésus chez la personne qui accompagne.L’expérience spirituelle est un chemin imprévu qui arrive chez la personne au moment où elle s’y attend le moins.On risque moins, si l’on prend cette optique, de calquer l’expérience spirituelle sur de simples manifestations émotives ou sentimentales.L’expérience spirituelle est quelque chose qui ramasse la personne dans son entier.Quels pourraient être les moyens qui puissent favoriser une telle expérience ?Un moyen qui, selon moi, est assez important à privilégier, est le fait de chercher ensemble.La vie chrétienne est essentiellement une vie communautaire.Vivre des expériences au niveau de la foi avec d’autres peut aider à découvrir, un jour, les traits de Jésus, sur le visage de celui ou celle que je rencontre.Le cheminement avec d’autres dans des groupes de partage peut aider à me sentir solidaire de l’autre et développer ainsi les attitudes mêmes de Jésus.Une étape importante est l’apprentissage de la prière.Apprendre à prier c’est apprendre ce que veut dire entrer en relation.La relation avec la personne de Jésus se doit de devenir de plus en plus vivante, amicale, de coeur à coeur.L’apprentissage de la prière se fait essentiellement en priant.Dans un premier temps il est essentiel de soutenir communautairement les jeunes qui font cet apprentissage car c’est une discipline qui n’est pas facile au début.La prière se fera tantôt silence, tantôt louange, tantôt demande.Petit à petit se découvrira un goût pour parler à Jésus de ce que l’on vit, de ce qui met en marche, de ce qui fait espérer.Au fur et à mesure que la relation avec Jésus s’intensifiera, l’éducateur doit se retirer pour laisser toute la place à la relation entre Jésus et la personne.Septembre-octobre 2000 231 MARTIN YELLE, S.C.L'apprentissage de la prière ne saurait être complet sans une incursion dans le monde de la contemplation.Ouvrir chez les jeunes des espaces d’émerveillement devant l’oeuvre de Dieu, devant le silence, devant la beauté, permet de goûter profondément à l’amour de ce Dieu qui veut la vie en abondance.Les temps de ressourcement en nature, les démarches personnelles de solitude, sont des moyens fort intéressants pour toucher à cette dimension de la prière chrétienne.Encore une fois, ces pratiques ne sont là que pour un seul but: favoriser un climat favorable à la rencontre de Jésus.La Parole de Dieu, lue, méditée, remâchée, est aussi un outil de choix vers l’expérience spirituelle.La Parole de Dieu ouvre dans le coeur un espace où Jésus vient habiter par son Esprit.Apprendre à prier avec la Parole de Dieu c’est apprendre à reconnaître Dieu dans mon histoire personnelle et dans l’histoire de ceux et celles qui m’entourent.Mettre les jeunes en contact avec la Parole de Dieu sérieusement, c’est les mettre en contact avec l’action même de l’Esprit.Je voudrais terminer cette première partie sur la pédagogie de l’expérience spirituelle en rappelant très sérieusement qu’il ne faut surtout pas trop se prendre au sérieux lorsqu'on accompagne des jeunes dans ce domaine.Trop se fier sur notre compétence ou nos réussites (à première vue) serait une déviation devant notre tâche d’être des instruments.Sans l’artisan, l’instrument ne sert absolument à rien.L’expérience spirituelle va naître dans un climat de liberté intérieure.Si cette liberté est entachée par des prescriptions, des règlements, des normes, des cadres rigides, je crois que l'Esprit aura du mal à faire son chemin dans cet enchevêtrement humain qui peut donner, à la longue, des conséquences catastrophiques quant à la maturité dans la foi.Pédagogie de l’engagement S’engager c’est en quelque sorte se mettre au monde.Ne disons-nous pas lorsque la naissance d’un enfant est imminente qu’il s’est engagé ?Engager ma personne, c’est la faire servir à quelque chose.Lorsque 232 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI - PEDAGOGIE DU CHEMINEMENT ce quelque chose pour lequel on s’engage est notre foi, l’engagement prend une coloration toute particulière : j’engage alors ma personne pour un autre qui s’appelle Jésus Christ.Accompagner des jeunes dans l’engagement au nom de la foi est une tâche très belle et très noble.Un tel accompagnement ne doit pas, par contre, être laissé au hasard.La pédagogie de l’engagement est l’une des plus exigeantes parce qu’elle demande un engagement aussi grand de la part de l’éducateur de la foi.Pourquoi est-ce que je prends le temps de parler de l’engagement ?Pourquoi est-ce que j’en parle si tôt ?L’engagement ne serait-il pas une bonne conclusion à cette réflexion pédagogique sur l’éducation de la foi?Si je parle de l’engagement dès le début de ma réflexion, c’est que j’ai découvert par l’expérience que c’est en effet l’engagement qui va donner de la consistance à l’expérience spirituelle et en quelque sorte l’authentifier.Lorsqu’un jeune ose, devant d’autres, prendre la parole au nom de sa foi, il s’engage à être questionné, à être rejeté, à être jugé, à être ridiculisé.S’il ose prendre la parole pour témoigner devant d’autres de ce qu’il vit avec Jésus, il est témoin d’une relation et se rend compte petit à petit que sa foi le pousse à poser des gestes audacieux qu’il n’avait même pas imaginés.J’ai déjà expérimenté avec des jeunes qui vivaient à peine leurs premiers balbutiements sur le plan spirituel de prendre la parole avec eux devant une assemblée.La conclusion a toujours été la même : engager ma parole au nom de Jésus pousse à s’engager toujours plus.Il y a quelque chose de l’ordre d’un besoin de partager son expérience.Je crois profondément qu’il s’agit d'une expérience qui ressemble fondamentalement à celle des apôtres au jour de la Pentecôte : ils ne pouvaient plus se taire ! Comment la pédagogie de l’engagement se vivra-t-elle du côté de l’éducateur de la foi ?Je crois que le rôle de l’éducateur de la foi à ce niveau est d’être comme un entraîneur.Il doit préparer, former, orienter, soutenir, encourager, réconforter, féliciter, apprécier, évaluer, etc.Septembre-octobre 2000 233 MARTIN YELLE, S.C.Le rôle de l’éducateur de la foi auprès de jeunes qui s’engagent au nom de leur foi est de rappeler l’essentiel des interventions : c’est au nom de Jésus que tu t’engages ! Petit à petit va se créer entre l’éducateur de la foi et la personne qui vit ses premiers pas dans l’engagement une sorte de complicité spirituelle.Nous parlons ensemble de Jésus, nous partageons ce qu’il nous fait vivre, nous résonnons ensemble à sa parole, nous devenons de plus en plus au même diapason.Attention de ne pas confondre cette complicité avec des attitudes de dépendance où l’éducateur devient une sorte de gourou tout-puissant.Si c’est le cas, il est important de se dépêcher à retourner à la prière et à la contemplation car ces attitudes ne sont pas celles de Jésus.Dans l’Évangile, Jésus envoie toujours ses disciples deux par deux.C’est en communauté chrétienne que nous sommes envoyés par Jésus.Jésus a toujours été celui qui a lancé les gens dans la vie, qui les a sortis d’eux-mêmes pour leur donner toute leur responsabilité.Nous devons faire de même avec les jeunes qui nous sont confiés : les lancer dans la vie, les responsabiliser.Il faut se garder des serres chaudes, des milieux clos, des idées pointues et des normes trop strictes : ces situations étouffent la vie et ne permettent pas la liberté intérieure première à toute démarche spirituelle.Attention, l’engagement véritable au nom de sa foi est étranger au volontarisme qui nous met en avant plutôt que Jésus.C’est en reconnaissant mon besoin de l’Artisan que je puis être un outil efficace.Pédagogie de l’appartenance Appartenir à quelqu'un.Cette expression ne se retrouve qu’à deux endroits : soit que je sois un esclave ou que je sois follement amoureux! Lorsqu’on parle d’éducation de la foi et de la pédagogie de l’appartenance, on comprendra rapidement qu’il ne s’agit nullement d’un esclavage mais bien d’une appartenance de l’ordre de l’amour.Avoir 234 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI - PÉDAGOGIE DU CHEMINEMENT le sentiment d’appartenance à un lieu, à un groupe, à une institution, c’est sentir là un « chez soi » tout naturel.En éducation de la foi, il est essentiel de favoriser un climat menant à cette appartenance.Pourquoi l’appartenance est-elle si nécessaire ?Parce que la vie chrétienne n’est pas une vie solitaire mais une vie solidaire.Être chrétien c’est avoir rencontré la personne de Jésus qui a changé la vie, qui l’a fait renaître au souffle de l’Esprit.Être chrétien, c’est être ressuscité, c’est être avec mes frères et soeurs humains en état continuel d’action de grâce devant le don incroyable de Dieu.L’appartenance, c’est me sentir solidaire avec d’autres.Dans le passé, on a peut-être trop miser sur le rôle de la hiérarchie dans l’Église pour créer ce sentiment d’appartenance.La foi, sa transmission, son expérience, était l’affaire de ceux qui avaient de quoi à dire là-dessus.Aujourd’hui, nous devons retrouver un certain zèle à grandir dans la foi pas sous l’impulsion d’un seul leader mais sous l’impulsion de la foi de la communauté chrétienne.L’appartenance fait que je me sens concerné au plus haut point par la mission de l’Église qui m’est confiée comme baptisé par Jésus lui-même.Pourquoi est-il si important que les jeunes se sentent concernés par la mission de l’Église ?Parce que ce sont eux qui vont donner un nouveau souffle à ce que veut dire être chrétien au 3e millénaire.Ils se sentent plus ou moins concernés par les rassemblements dominicaux parce qu’ils ne se sentent pas rejoints par le langage qui est utilisé pour leur parler de Jésus.Ce qu’ils ont besoin, ce n’est pas d’entendre mais de vivre concrètement de ce qui est annoncé.Ils sont un peu désabusés devant ces chrétiens du dimanche qui écoutent pieusement la Parole et ne la traduisent pas en acte par la suite.Si je parle de l’appartenance à ce point-ci de ma réflexion c’est que cette appartenance va se vivre tout d’abord à travers des engagements concrets.Je voudrais utiliser quelques exemples pour illustrer cela.Ces exemples montrent en même temps quelles sont les attitudes que Septembre-octobre 2000 235 MARTIN YELLE, S.C.l’éducateur de la foi doit adopter pour susciter l’appartenance.Lors de la Montée pascale 1999, une équipe très dynamique de 13 jeunes, gars et filles, ont animé des petites équipes.Ces jeunes ont marché sur leurs craintes, sur leurs doutes pour tenter l’aventure d’être pasteur pour l’équipe qui leur était confiée.Ils ont fait confiance à l’équipe qui les a formés, ils ont fait confiance dans la prière en leurs dons et ils ont foncé.Le résultat a été remarquable ! Ces jeunes ont souligné eux-mêmes le fait qu’ils découvrent qu’un certain réseau de liens se tisse entre eux.Ils ne peuvent que difficilement saisir ce qui les rassemble mais il s’agit de quelque chose qui les unit de l’intérieur, qui jaillit de leur profondeur, de leur relation avec Jésus.Comme témoignage éloquent de ce que le Seigneur a réalisé par eux, quelqu’un qui a lu les commentaires des participants (une centaine !) de l’activité disait ceci: « Les participants ont rencontré Jésus à travers leurs chefs d’équipe !» Les fruits de cette expérience sont un exemple de ce que l’appartenance peut créer.Comme éducateurs de la foi, nous étions quelques confrères à soutenir de près ou de loin cette équipe d’animation.Nous avons cheminé avec eux, nous les avons soutenus, nous avons souligné souvent la richesse qu’ils portaient.A travers tout ce cheminement, discrètement, Jésus les a rejoints et a buriné ses traits sur leurs visages! Je voudrais terminer ces quelques mots sur l’appartenance par une réflexion sur l’attachement.Il est inévitable, lorsqu’on est ami de Jésus et que l’on travaille ensemble pour le Royaume qu’il ne se crée pas une complicité très grande entre les personnes qui va jusqu’à une amitié sincère et profonde.Le réflexe qu’ont certains éducateurs de la foi, comme adultes, est d’éviter cet attachement et de se couper de tout ce qui pourrait être affection pour ces jeunes.Je crois que l’attachement est très important mais qu’il doit venir tout d’abord de la personne que je soutiens plutôt que de moi qui cherche des amitiés chez les jeunes.Il est parfois très difficile de départager tout cela car le monde des sentiments est un monde complexe et fragile.C’est pour- 236 La Vie des communautés religieuses EDUCATION DE LA FOI - PEDAGOGIE DU CHEMINEMENT tant dans ce monde que Jésus dit à Pierre « m’aimes-tu ?» C’est dans ce monde que Jésus a aimé l’apôtre Jean.Il faut accueillir l’amitié comme un cadeau gratuit qu’il est bon de goûter.Certains éducateurs de la foi ont la tendance de vouloir repousser ceux et celles qu’ils accompagnent pour les lancer dans la vie et qu’ils deviennent autonomes.Ce n’est pas mauvais mais il faut savoir aussi accepter que le Seigneur peut nous donner des collaborateurs pour la mission qu’il nous confie et que nous pouvons peut-être lui retourner le cadeau qu’il nous a fait.Il s’agit ici de vérifier en tout temps la liberté intérieure des personnes, s’il n’y a pas d’enrégimentation ou de serre chaude, mais un espace de liberté, de solidarité et de collaboration pour le Royaume.Je crois que nous devons être attentifs à ceux que le Seigneur nous donne comme collaborateurs.J’entends les mots d’un jeune m’écrivant pour mon anniversaire : « Je n’ai pas d’autre cadeau à t’offrir que le don de ma personne pour tes projets à venir ! » L’appartenance est un sentiment intimement lié à ce que nous avons vu précédemment en partant de l’expérience spirituelle et de l’engagement.Si une expérience spirituelle réelle est présente dans le coeur des jeunes qui nous entourent et qui vivent avec nous, il y a moins de danger que l’appartenance devienne une fuite dans le monde de la sécurité ou de la dépendance mais bien un lieu réel où l’Esprit construit l'unité.Pédagogie de la vocation chrétienne Je tiens à aborder ici le domaine complexe de la vocation chrétienne.Je vais en parler pour essayer de dégager quelques pistes nous permettant de sortir du sentier dangereux d’une réflexion orientée uniquement sur les états de vie.Je crois que nous devons réapprendre comme éducateurs de la foi à parler de la vocation d'une manière libérante plutôt que contraignante.Septembre-octobre 2000 237 MARTIN YELLE, S.C.Lorsqu’on parle de la vocation chrétienne, on parle tout d’abord de la découverte que Dieu m’aime et qu’il me veut libre.Une fois que la prise de conscience de tout cela est faite, il est fort possible que je cherche à découvrir comment concrètement je vais vivre de cet amour de Dieu et ainsi découvrir quels moyens seront les mieux adaptés pour moi pour vivre le plus intensément possible de cet amour de Dieu.La vocation chrétienne est d’abord une recherche avec Jésus de l’espace que je vais lui laisser prendre dans ma vie.Dans un accompagnement de jeunes en recherche, il ne faut surtout pas embrigader dans des cadres rigides car il pourrait être dangereux de développer un volontarisme qui serait bien loin de ce que Jésus désire.On sait très bien comment Jésus a répondu aux envolées volontaires de Simon-Pierre dans l’Évangile.Accueillir le projet de Dieu n’est pas s’embarquer sur une autoroute avec le régulateur de vitesse en fonction.Accueillir le projet de Dieu c’est se laisser surprendre par lui au quotidien.Une personne qui est ouverte au projet de Dieu et qui n’a pas de surprises sur sa route s’illusionne beaucoup selon moi ou est devenu imperméable à tout ce qui viendrait perturber son soi-disant équilibre, qui est, selon moi, très extérieur.Comme éducateurs de la foi, comment aider les jeunes à devenir sensibles à leur vocation chrétienne ?Je crois que la réponse arrive tout naturellement après les trois étapes que nous venons de parcourir.Je vais les regarder avec les lunettes de la pédagogie chrétienne.L’expérience spirituelle doit précéder toute réflexion sur la vocation chrétienne.Sans cet appui essentiel, sans cette base spirituelle, il serait très audacieux de montrer des voies à emprunter alors que le pays où j’habite m’est inconnu.La rencontre de la personne du Christ, découvert comme don d’amour du Père pour moi, découvert comme celui qui me veut libre au plus profond de mon être est essentielle à toute réflexion sur la vocation chrétienne.Cette rencontre ne peut produire qu’une chose : donner le goût de demeurer avec Jésus.238 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI - PÉDAGOGIE DU CHEMINEMENT L’engagement de ma personne auprès de mes frères et soeurs au nom de Jésus fera découvrir les dons qu’il a déposés en moi.La sortie de moi-même vers les autres est toujours associée d’un retour que l’Esprit dépose dans le coeur.Les gens vers qui je suis envoyé en mission par Jésus vont me témoigner de ce que Jésus a réalisé dans leurs vies par moi.Je crois sincèrement que l’éducateur de la foi a un rôle de premier ordre à ce niveau.L’avant, le pendant et l’après des engagements apostoliques sont très importants.Ils sont des lieux où l’éducateur peut référer à la personne ce que le Seigneur a réalisé par elle.La découverte des dons que l’Esprit a déposés dans ma vie est fondamentale pour une réflexion ajustée sur la vocation.L’appartenance crée un espace intérieur.Cet espace est comme un chez-soi habité par la présence même de Jésus.Dans l’appartenance à une communauté chrétienne (groupe d’engagement, équipe apostolique, groupe de partage, etc.) je découvre un désir de m’engager au sein de cette communauté.L’appartenance ouvre naturellement à la réflexion sur la vocation chrétienne.Cette vocation sera recherchée non pas comme une conséquence de mon engagement dans le groupe mais comme une continuité dans ma vie de ce que le Seigneur a réalisé en moi.La pédagogie de la vocation chrétienne doit mettre l’accent en premier lieu sur l’approfondissement de la relation à la personne du Christ.Après seulement, pourra être envisagée la recherche de la forme de vie la mieux adaptée à cette relation.La démarche des Exercices spirituels d’Ignace de Loyola est un moyen solide pour la découverte de la vocation chrétienne dans la liberté intérieure la plus complète.En plus de mener à une décision, elle mène d’abord à une proximité plus grande avec Jésus qui devient un proche, un familier.Pédagogie de l’accompagnement Accompagner quelqu’un, c’est marcher avec lui sur le chemin où Jésus nous invite à le reconnaître.Je vais parler ici de l’accompagne- Septembre-octobre 2000 239 MARTIN YELLE, S.C.ment d’une manière plutôt large pour ensuite désigner quelques écueils qui sont, selon moi, à éviter.Accompagner les jeunes sur le plan de l’éducation de la foi est une tâche très importante.Je crois que la première attitude à développer dans ce sens est un véritable esprit de discernement.Ce discernement ne sera pas extérieur en essayant de faire passer les jeunes par le filtre de toutes sortes d’évaluations aux critères parfois très subjectifs mais en essayant de « sentir » comment l’Esprit est en train d’agir dans la vie de celui avec qui je fais route.L’accompagnement, comme je viens de le dire, me permet de faire route avec les jeunes, c’est donc dire que je suis, moi aussi, en cheminement avec eux.Trop souvent, hélas, nous croyons que la perfection est garante d’un accompagnement de qualité.Les qualités d’un accompagnateur se feront sentir si ce dernier se reconnaît en marche, en cheminement, lorsqu’il se remet entre les mains de celui qui l’envoie.Je crois profondément aussi que l’accompagnement ne se vit pas dans un jeu de questions et réponses où chaque rencontre devient l’objet d'un interrogatoire minutieux de la vie de la personne.Accompagner, c’est donner la chance à la personne qui fait route avec moi de découvrir en elle ce qu’elle a à faire elle-même pour devenir mature, bien dans sa peau.Accompagner, c’est révéler l’autre à lui-même par une présence faite d’effacement devant la personne de Jésus.Est-ce rendre autonome que d’enfermer une personne dans des grilles et des horaires ?Une véritable prise en main de sa vie suppose être capable de reconnaître mon espace à labourer et me mettre résolument au travail.Le cultivateur qui attend que son voisin laboure son champ pendant tout l’été ne trouvera probablement aucun fruit à récolter à l’automne ! Pour accompagner les jeunes, l’éducateur doit tout d’abord connaître très bien ses zones grises, ses limites, les côtés sombres de sa personne.Alors, lucidement, il pourra comprendre sa réaction devant la 240 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI - PÉDAGOGIE DU CHEMINEMENT réaction de l'autre et éviter ainsi de penser au niveau de l'Esprit Saint.Comment percevoir que l’on peut accompagner des jeunes en cheminement spirituel ?Je crois que le premier niveau est celui de reconnaître que le Seigneur agit dans la vie de quelqu'un.Je crois qu’une fois cette constatation faite, la tâche d’accompagnement se situera plutôt au niveau du partage de ce qui est vécu avec Jésus.Je crois que trop souvent, nous comprenons mal l'accompagnement des jeunes.Avec les quelques expériences accumulées sur le terrain, je me suis rendu compte qu’il importe tout d’abord d’offrir le climat propice à une expérience spirituelle.Ce cheminement peut être long.Il ne faut surtout pas essayer de « tirer sur la carotte » pour qu'elle pousse plus vite.L’accompagnement se fera par une présence attentive et discrète qui souligne avec délicatesse les clins d’oeil que le Seigneur peut faire à la personne.À cette étape, l’accompagnement offrira des pistes concrètes d’approfondissement et d’expérimentation.Un deuxième mouvement dans l’accompagnement sera celui de la consolidation de l’expérience.À cette étape, l’accompagnement se fera plus discret et visera à mener les jeunes à une prise en charge de leur relation avec Jésus.La parole fera de plus en plus place au silence, la Parole de Dieu remplacera de façon sûre les approches qui ressemblent plus à de l’animation pastorale.Une certaine distance se fera sentir entre l’éducateur et ceux qu’il accompagne.Un troisième mouvement sera celui de l’autonomie ou de la maturité spirituelle.Nous avons toujours tendance à trop encadrer les gens dans des schèmes qui sont très loin de la pédagogie de l’Esprit qui aime faire du neuf.Il faut savoir laisser la chance à la personne de se prendre en charge même si cela est difficile et demande beaucoup d’efforts.L’effort est souvent autant celui de l’accompagnateur qui cherche à tout prix à protéger le « capital investi ».Il est vrai qu'accompagner les jeunes sur le chemin de l'éducation de la foi demande beaucoup d’investissement personnel, beaucoup de coeur.Il faut se Septembre-octobre 2000 241 MARTIN YELLE, S.C.rappeler que le grain de blé doit mourir pour produire du fruit.Ainsi, je crois qu’il est préférable de laisser la personne libre plutôt que de trop l’encadrer sous prétexte de « la perdre ».En communauté, nous avons souvent une mentalité un peu « sectarisante » où nous avons toujours l’impression de perdre quelque chose en laissant la liberté à l’autre.Je crois que ces tendances doivent être regardées bien en face et être « exorcisées » de nos esprits et de nos pratiques.Tout au long de mon propos sur la pédagogie de l’accompagnement, je tiens à préciser que je ne parlais pas d’un accompagnement spirituel dans un bureau fermé.Je parlais ici d’un accompagnement de la vie, sur le terrain, où l’on doit faire l’effort de ne jamais se prendre pour l’Esprit et où nous avons, comme éducateurs de la foi, à responsabiliser les personnes que nous accompagnons à devenir des êtres adultes devant le Seigneur.Dans une démarche de croissance spirituelle, nous devons nous garder de nous placer en avant.Je crois que le « meilleur » accompagnateur, si l’on peut parler ainsi, est celui qui ose laisser toute la place à Jésus qui travaille les coeurs.Toute action marquée par un volontarisme serait, selon moi, marquée par un affront à la liberté intérieure où le Seigneur rejoint le coeur des gens.Le Seigneur l’a dit clairement aux pharisiens de son époque qui ne laissaient aucunement place à l’amour dans l’accompagnement des personnes mais se complaisaient d’accomplir des préceptes et des lois.Malheur à nous, si nous faisons de la sorte avec les jeunes que Jésus nous confie.Conclusion Comme conclusion à ce pèlerinage sur les chemins de l’éducation de la foi, je vais indiquer quelques pistes qui peuvent permettre d’acquérir dans notre milieu de vie personnelle avec les jeunes réels qui sont près de nous, les attitudes pour intégrer les différents éléments mentionnés plus haut.242 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI - PÉDAGOGIE DU CHEMINEMENT 1.Identifier les attentes : Je veux parler ici de l’effort que nous devons fournir pour comprendre le milieu où nous sommes.Nous vivons souvent à un endroit depuis plusieurs années et nous oublions de remarquer son évolution.Il faut, dans un premier temps, s’arrêter à nos propres attentes face à l’éducation de la foi.Il faut savoir au moins si nous en avons ! Une fois identifiées, nous devons nous questionner sur leur pertinence dans le milieu où nous sommes.Pour cela, un effort devra être fait pour identifier les attentes des jeunes que nous côtoyons.Sans cela, être un éducateur de la foi ne servira à rien car la foi que je veux faire grandir de telle ou telle manière est peut-être absente du rendez-vous que j’ai fixé.Comment en effet rejoindre les jeunes sur leur terrain si je ne sais même pas où ils habitent.2.Vivre auprès des jeunes : On aura beau vouloir être un éducateur de la foi efficace, si nous sommes en marge du monde des jeunes, nos interventions resteront en marge de ce qu’ils vivent.Que veut dire vivre auprès des jeunes ?Vivre auprès des jeunes, c’est accepter de se laisser déranger par eux, c’est accepter de faire des « bains de foule » dans leurs milieux, c’est accepter de les écouter pour mieux les comprendre.Les défis des jeunes générations actuelles ne sont pas les mêmes que ceux que nous avons connus.La réalité du milieu familial a considérablement changé.Comment, comme éducateurs de la foi, est-ce que nous nous situons dans ce monde ?La meilleure manière d’apprendre à comprendre les besoins des jeunes dans le domaine de la foi passera par la préparation de projets avec eux où ils vont essayer de rejoindre leurs pairs.Il faut alors les laisser faire et remarquer comment ils vont s’y prendre pour rejoindre ceux de leur génération.Moins nous intervenons dans de telles circonstances, mieux souvent l’intervention aura de l’impact.3.Vivre de la pédagogie de la foi : C’est simple, nous devons comme éducateurs de la foi, vivre de ce que nous voulons annoncer.Nous devons nous-mêmes nous lancer profondément dans notre propre expérience spirituelle, dans notre propre engagement, dans nos Septembre-octobre 2000 243 MARTIN YELLE, S.C.milieux d’appartenance, dans notre vocation et dans notre manière d’être accompagnés dans notre mission.Si nous vivons intensément de ces cinq éléments, je crois qu’il n’y aura pas de difficulté à les transmettre à ceux dont nous avons la charge.4.Etre conscient : La conscience est une qualité essentielle à tout éducateur de la foi.Être conscient c’est reconnaître dans la vérité ce qui va et ce qui ne va pas.Je crois que je ferais plus confiance à quelqu’un qui est gauche et conscient qu’à un spécialiste inconscient.Celui qui est conscient accepte de remettre en question son action, ses attitudes, ses façons de faire.Il risque d’être le plus souvent en recherche mais il est plus proche des attentes de ceux avec qui il chemine car il est sans relâche en quête de ce qui est meilleur.Le spécialiste inconscient se contente d’appliquer des théories qu’il a apprises, des formations qu’il a reçues et essaie, tant bien que mal, à les faire servir au bien des jeunes qu’il côtoie.De qui les jeunes ont-ils le plus besoin ?De celui qui marche pas à pas avec eux ou de celui qui se cache derrière une tâche de spécialiste ?Je reconnais que la caricature est un peu grossière mais elle révèle quand même une tendance que trop souvent nous mettons en pratique sans trop le vouloir.Être conscient c’est essentiellement me reconnaître comme bien petit dans ma tâche d’accompagner les jeunes et que j’ai bien hâte que Jésus les prenne avec lui.Être inconscient c’est chercher à ramener l’autre dans le cercle de mes compétences, dans le cercle où je peux exercer un pouvoir sur lui et où, en fait, j’étouffe la liberté ! 5.Par dessus tout, aimer : La réflexion qui va suivre se veut une continuité du point qui a précédé.Aimer quelqu’un c’est accepter de se laisser toucher par lui, c’est accepter de marcher avec lui sur le même chemin, c’est accepter d’être ému par sa souffrance, d’être blessé par sa blessure.Nous entrons ici dans une attitude très importante de quiconque veut s’aventurer sur les sentiers de l’éducation de la foi.Un éducateur de la foi, c’est quelqu'un qui accepte d’être témoin de Celui qui a dit qu’il était l’Amour.Comment seulement imaginer une mission telle que celle-là sans un espace pour l’amour gratuit ?Les 244 La Vie des communautés religieuses ÉDUCATION DE LA FOI - PÉDAGOGIE DU CHEMINEMENT jeunes ne pourront pas reconnaître le visage de Jésus si mon visage n’est pas transparent de l’amour qui m’anime.Que cet amour soit amitié, dévouement, accueil, pardon, consolations, miséricorde, etc.Il doit être de tous les instants en éducation de la foi.L’éducation de la foi c’est la pédagogie de l’amour : conduire à l’amour.C’est ici que prend fin cette réflexion sur l’éducation de la foi comme pédagogie d’une rencontre.Cette rencontre c’est celle de l’éducateur avec les jeunes et celle de l’éducateur avec Jésus, le tout ordonné à une seule rencontre : celle des jeunes avec Jésus.J’espère que les attitudes mentionnées tout au long de cette réflexion mettront les gens, qui ont lu ces lignes, en marche.Je me veux le porte-parole de Celui qui m’appelle à travailler avec lui auprès des jeunes.Je reconnais que je ne suis pas un spécialiste de la question et que ma seule expérience est sur le terrain.J’espère être assez conscient pour reconnaître l’action de Jésus dans le coeur des jeunes.Que sa présence illumine tous ceux qui veulent travailler à cette merveilleuse vigne de l’éducation de la foi pour que les jeunes puissent être émerveillés de leur rencontre avec Jésus.Martin Yelle, s.c.905, boul.des Bois-Francs Sud Victoriaville QC G6P 5W1 Tél.: (819) 357-8215 Septembre-octobre 2000 245 Agés, ILS FRUCTIFIENT ENCORE Laurier Labonté, fix.Comme de vieux serviteurs devenus inutiles Sois sage et tasse-toi, mon oncle, voilà ce que dans la société civile on conseille à ceux qui, comme nous, ne peuvent plus suivre le tempo de la course à la productivité, sois sage et tasse-toi étant ici synonymes.Etre sage consisterait à mettre notre bonheur dans ce que l’on nous concède: loisir, confort, petites attentions, soins à la carte, et se tasser, à ne plus nous mêler de rien de sérieux.Pas très démocratique ce conseil adressé à la majorité que nous sommes ! Défi pour nous, les aînés, de montrer notre utilité, de «fructifier encore».Quelle utilité, quels fruits ?Notre utilité fait l’objet de notre méditation collective ce matin, à la chapelle de P infirmerie, alors que notre aumônier, est sur les planches dans le grand parloir de la maison mère.Utile, il l’aura été jusqu’à la fin, lui, tellement que sa disparition crée chez nous un manque, manque d’Eucharistie quotidienne, manque d’exhortations stimulantes, manque d’une manière exemplaire de vivre la vieillesse comme l’antichambre de la béatitude étemelle.À quatre-vingt-sept ans, il fructifiait encore.vmm \ ,;.J* ' 246 La Vie des communautés religieuses Agés, ils fructifient encore Son exemple nous interpelle.Quand nous-mêmes partirons, qui manquera de quelque chose ?Par exemple, d’une présence affectueuse, d’un témoin actif du charisme de la communauté, d’un service ministériel, d’un compagnon de prière, de quelqu’un proche de Dieu sur qui on peut compter, d’un sage lucide en l’Esprit concernant les problèmes d’aujourd’hui.Témoins de la fînitude Ce sont là les fruits normalement attendus de plantes mennaisiennes arrivées à maturité, fruits d’une spiritualité qui nous a habitués à transcender nos limitations, hier pour professer Jésus Christ devant élèves et parents, aujourd’hui en élevant celles qui sont le lot habituel du grand âge à la dignité de symbole, celui de la finitude de tout et tous sous le soleil, rappel combien nécessaire aux membres d’un Institut en décroissance et à une génération en quête de sens.La finitude, nous en sommes les témoins, Celle des ans.Sans désespoir mais parfois dans l’ennui, certains d’entre nous semblent la défier : soixante-dix ans, à peine de quoi pavoiser, quatre-vingts, un exploit souvent douloureux, quatre-vingt-dix, ça a passé comme hier, quatre-vingt-dix neuf, comme un souffle.Celle des oeuvres.Les derniers vestiges disparaissent de ce que nous estimions devoir être durable parce qu’inscrit dans la brique et l’acier.Celle des capacités.Des oreilles qui n’entendent plus, une bouche en quête de mots, des jambes paresseuses, et des capacités intellectuelles en panne dans les trous de la mémoire.Et celle de la sagesse humaine, parce qu’aux yeux de la population active, cet apanage traditionnel des aînés n’est plus lié à l’expérience, ni symbolisé par les cheveux blancs dans une culture dont les critères sont ceux de la croissance à tout prix, du renouvellement constant et de l’innovation.Qui aujourd’hui a cure des conseils des anciens ?Ce qui ce matin, amène chacun de nous à se demander, du fond d’une finitude vécue, quelle est son utilité pour le bien commun.A cette Septembre-octobre 2000 247 LAURIER LABONTÉ, F.I.C.insidieuse question, ensemble nous trouvons réponse, non pas en récusant notre finitude, ce qui serait nous décevoir nous-mêmes, mais, à l’exemple de notre aumônier récemment rappelé à Dieu, en nous confrontant à cette dimension essentielle de toute vie d’une façon exemplaire pour ceux qui nous entourent.Ce faisant, nous apprivoisons la mort jusqu’à ne plus avoir peur du ciel qui n’est plus bien loin.Chacun son tour Prophètes de la finitude, à la maison mère ou à l’infirmerie provinciale, telle veut être notre contribution.Et nous l’acceptons volontiers, conscients de son actualité.Si l’expérience nous satisfait, ce n’est pas d’abord affaire de gériatrie, de soins empressés et de diète équilibrée, mais parce que nous faisons de cette expérience une sagesse agrandie par notre espérance, qui renvoie chacun de ceux qui nous visitent, quel qu’il soit, à ses propres limites temporelles, à sa propre dimension étemelle.Hodie mihi, eras tibi.Ce n’est pas non plus, au titre de la majorité, une revendication de gérontocratie, car nous savons qu'il y a un temps pour tout, un temps pour avoir les choses en mains et un temps où «un autre noue notre ceinture».Heri mihi, hodie tibi.Ni une attitude passéiste agrémentée des hauts faits de «notre temps».Parce que ce temps-ci est le nôtre autant que celui de quiconque.Hodie mihi.Temps forts d’actualisation Nous sommes des lève-tôt.Dès 5 h 30, certains sont déjà à pied d’oeuvre de prière, jusqu’à sept heures, l'audio-visuel aidant.Bonnes vieilles prières d’antan, prières plus modernes du temps présent, cantiques et dizaines de chapelet, messages des supérieurs et de gourous spirituels, le tout couronné par l’Eucharistie, autant de capsules au contenu varié propres à soutenir la ferveur.De plus, chacune de ces rencontres matinales est comme un concentré d’actualités.Clinton et Milosevic y sont convoqués afin que l’Esprit change leur 248 La Vie des communautés religieuses ÂGÉS, ILS FRUCTIFIENT ENCORE coeur, nous y bivouaquons en Macédoine avec l’aide humanitaire des 17 nations chrétiennes qui se portent à la rescousse du million de musulmans chassés du Kosovo, nous faisons notre jubilé à Jérusalem avec Jean Paul 11.Notre force de frappe, c’est la prière, notre diplomatie, le témoignage de nos vies façonnées par les deux Testaments.Plus près de nous, le rapport Proulx et les «les orphelins de Duplessis», le suicide chez les jeunes, les enfants victimes d’abus, les femmes battues et, à travers tout cela, nos missions et la mission prophétique de nos trois écoles privées nous préoccupent.Au Chapitre général de la Congrégation, c’est en remuant le ciel - seulement le ciel - que nous entendons intervenir.D’avoir ainsi chaque matin rendez-vous avec tout ce qui bouge dans le monde et dans la Congrégation nous tient en alerte.Les démunis, les exploités sont dans la mire de notre prière.Sur demande, nous nous formons volontiers en commando.Et nous visons au coeur, les «poqués» de la compréhension, les enfants abandonnés de bons parents.Foi de vieux priants, Dieu entend.Et dans certains cas, on a tout lieu de se méfier de la prière des aînés, parce qu’elle a tendance à faire bouger des montagnes qu’on aimerait bien parfois voir rester en place.Non, nous ne sommes pas des décrocheurs ! Hodie mihi.Bien vieillir, bien mûrir Mais nous avons vieilli, nous vieillissons.Qu’est-ce que vieillir ?C’est d’abord pour nous une question de sens.En vieillissant, nos rapports avec la nature, les autres, nous-mêmes se sont progressivement modifiés; notre aspiration intérieure à nous développer, à progresser a appris à s’exprimer autrement; un écart s’est creusé entre ce que nous savons faire et ce qu’il faudrait entreprendre.Une fois rendus à la maison mère, à l’infirmerie, il nous faut changer de registre.Un tel défi provoque notre réflexion sur notre système de valeurs, le charisme de la communauté, nos charismes individuels, en vue de garder ou de redonner sens à notre existence.Septembre-octobre 2000 249 LAURIER LABONTÉ, F.I.C.Vieillir en appartenant Le volet communautaire de ce sens donne lieu chaque jour à un temps particulièrement fort, celui de la lecture du Calendrier religieux.C’est comme si nous partions en touristes vers les vingt-quatre pays où oeuvrent et ont oeuvré des confrères.La mention des frères décédés fait remonter les souvenirs, rappelant des amitiés et des événements, les anciens missionnaires y vont d’une histoire inédite liée à tel confrère ou à telle «mission».C’est un temps fort d’appartenance à une congrégation internationale d’enseignants et de missionnaires où, par tous les moyens à notre disposition, nous entendons être encore parties prenantes.Une vieillesse apostolique Le volet apostolique de ce sens retient aussi notre attention.Le système de sens d’une spiritualité d’hommes d’action, celui que nous avons développé au long de notre vie de religieux enseignants, celui que nous a laissé notre Fondateur et qui nous a donné notre identité personnelle et sociale et assuré une certaine continuité d’être, comment l’ajuster à nos nouvelles conditions d’existence.À ce chapitre, l’apostolat en chaise roulante pose des problèmes qu’on ne résout pas aussi facilement que veulent le laisser entendre les adeptes de la «spiritualité de l’être».Il est difficile de s’habituer à être con pour soi tout seul.Nous sommes de ceux que l’être pousse à agir.C’est déroutant de ne plus être capables d’exprimer en action ce que l’on est, et de devoir toujours regarder en haut après avoir si longuement regardé en bas, surtout quand on n’a pas acquis l’habitude de lever les yeux de temps en temps.La contemplation n’est pas un refuge facilement accessible.Sous ce rapport, certains d’entre nous font envie.Par exemple, ce confrère presque centenaire, dont les lèvres ne cessent de louer Dieu, tel autre dont la prière a modifié l’esprit grognon en une amabilité suave, et tel autre qui au long des heures fait le tour des prières collectionnées depuis des années de formation.250 ÂGÉS, ILS FRUCTIFIENT ENCORE Confronté au problème d’être privé d’actions, un autre se console en disant : «Mon cancer, voilà mon apostolat.» On a changé les questions Le volet social fait plus de problème.Il fut un temps où nous avions toutes les réponses.Mais voilà : on a changé les questions ! L’univers scolaire qui a été le nôtre est menacé et cela nous inquiète pour l’avenir de notre congrégation.Chez nous, l’école chrétienne a occupé presque tout le champ du sens apostolique.Avec le rapport Proulx, cet univers scolaire homogène, partagé par la majorité, soutenu par l’État, est en voie d’implosion dans un Québec en dérive vers la laïcité.Sur l’échelle de prestige, les valeurs chrétiennes y sont peu ou pas considérées et les communautés religieuses enseignantes confinées à la marginalité.D’autre part, les écoles privées semblent moins qu’anxieuses d’occuper le créneau «écoles confessionnelles» que le rapport Proulx laisse dégarni, non sans le menacer.L’école s’en va-t-elle chez le diable ?Ça nous préoccupe.Nous ne sommes pas de ceux qui disent : «Après nous le déluge.» Alors nous prions, au nom de Celui par qui tout bien arrive et tout mal échoue.Et c’est avec conviction qu’au bréviaire nous admonestons qui de droit : “Pourquoi dors-tu, Seigneur?Vois tes ennemis.” Vieillir en faisant la part des choses Débordant l’école, il y a la culture moderne qui privilégie la mobilité, le changement et l’innovation, ce qui rend caducs la durée, la stabilité, l’engagement perpétuel, le répétitif, l’expérience, la sagesse des anciens.Cela nous marginalise un peu, il va sans dire, Et cela nous inquiète de voir nos jeunes religieux aux prises avec l’obligation de pauvreté dans un société affluente, celle d’obéissance en milieu syndicalisé, celle de chasteté dans le nouvel univers sexuel où, statistique dixit, même leurs jeunes élèves sont actifs.Tout cela nous inquiète.au point d’habiter notre prière.Loin de nous décourager cependant, cela nous stimule, parce qu’il y a une contrepartie.En 251 LAURIER LABONTÉ, F.I.C.effet, la culture moderne est aussi celle des interventions humanitaires Sans Frontières, de prises de position de présidents de pays au nom de la morale, de mises en jugement de criminels jusqu’ici intouchables, de gens de toutes conditions sociales, professionnels et autres, qui partent à l’étranger pour y donner quelques années de leur vie au service des démunis.Notre «spiritualité d’hommes d’action» trouve là son compte par association dans la prière.Notre foi nous fait constater que l’Esprit n’est pas inactif.Vieillir comme groupe, une question d’actualité Vieillir devient dans la Province canadienne de notre communauté une actualité digne de réflexion, non seulement comme étape de vie de la majorité de ses membres, mais en tant que question de sens.Comment fonctionne actuellement notre système de sens FIC au double niveau des Frères pris individuellement certes, mais aussi et surtout de l’institution en matière de motivation, d’orientations, de priorités, d’organisation de la vie, d’investissements humains et financiers et de relève ?Quelles entreprises l’institution génère-t-elle actuellement dans l’optique de notre «spiritualité d’hommes d’action» ?Quelle forme de prophétie collective l’institution propose-t-elle à ses membres actuellement ?Celles de refondateurs ou de décrocheurs ?Sous ce rapport, notre foi nous dit que la prière insistante de plusieurs est en train de confondre les sceptiques.En effet, qui aurait cru hier encore que la Province allait se donner les moyens de sa foi en l’avenir en se dotant d’un plan stratégique triennal de pastorale interne et externe avec la relève comme point de mire.Fa participation d'une douzaine de laïcs au Chapitre général va dans le même sens puisqu’il en résulte un élargissement du charisme men-naisien : la «mission» des FIC devient «mission partagée».Finie la gestion de la décroissance.Bienvenue aux laïcs au sein de la famille mennaisienne.Ils constituent une forme de relève engagée et inépuisable.On nous a changé la question, nous changeons la réponse.252 Agés, ils fructifient encore Une Règle de vie qui tient compte des aînés L’actualité de ces questions s’enracine dans le fait que, même arrivés à un âge avancé, la Règle de vie nous invite à rester fidèles à notre identité mennaisienne, à rester parties prenantes à ce qui se fait, autrement dit à ne pas décrocher.Notre identification viscérale à l’esprit mennaisien et aux images qu’il véhicule, si elle doit éclairer les ruptures qui nous sont imposées, doit tout autant éclairer notre intégration à ce qui se poursuit sur le terrain, c’est-à-dire à l’univers de sens que la Province met en place pour les années 2000.Notre fidélité à nous-mêmes et à notre charisme exige de notre part l’intégration de notre univers intérieur et de l’univers extérieur en voie d’élaboration.Hommes d’action - à nous 25 de l’infirmerie avons occupé à peu près tous les postes dans l’Institut - il nous serait difficile de prier dans le vide, n’ayant pas, pour la plupart, la prétention d’en être déjà à la «nuit des sens».Vieillir, c’est se recycler À nos yeux, l’ajustement qui nous est demandé de notre système de valeurs ne diffère pas fondamentalement de ceux que nous avons dû mettre en oeuvre à d’autres moments de notre vie, à l’occasion de transformations socio-ecclésiales influant sur nos conditions de vie: syndicalisation, contrats individuels, effritements de la communauté enseignante et apostolique, révolution tranquille, réaménagement de la vie communautaire, révision de la Règle et de la compréhension de la vie religieuse apostolique à la suite de Vatican 11.Dans ce processus, notre sagesse présumée, fondée sur des expériences concrètes auxquelles, par la grâce de Dieu, nous avons survécu, peut constituer un certain atout.Bien que de plus en plus près du terme, dont le décès de plusieurs frères de notre âge nous rappelle la proximité, nous voulons continuer à construire «mennaisiennement» le bout d’avenir temporel qui nous reste, et à le vivre exemplairement pour ceux à qui, chacun notre tour, à l’heure que Dieu voudra, nous passerons le flambeau.253 LAURIER LABONTÉ, F.I.C.Conclusion Dans cette perspective, nous qui sommes forcément écartés de l’organisation et du fonctionnement des affaires, trouvons un nouvel intérêt à écouter le discours qui prévaut dans la communauté à l’occasion du Chapitre général de l’an 2000, à nous mêler à la conversation dans la mesure du possible, pour y déceler les traits renouvelés de notre identité collective, à participer à sa construction sous le triple registre de l’être religieux, des avoirs temporels et du faire apostolique afin de nous ré-introduire d’une façon spécifiquement et totalement mennaisienne dans la mission de l’Église au troisième millénaire.Un des vieux Laurier Labonté, f.i.c.399, rue des Conseillers Laprairie QC J5R 4H6 254 Vendredi 29 sept., 9h30 à 15h45 Samedi 30 sept., 9h30 à 15h45 Mardi, 3 au 17 oct.14h à 15h45 Mere.4 oct.au lernov.19h30 à 21hl5 Jeudi, 5,12,26 oct.2 nov., 14h à 16h Vendredi, 6 oct.14 h à 16 h Sam.et dim.14-15 et 28-29 oct.9h à15h30 Lundi 16 au 30 oct.19h30 à 21hl5 Vend.20 et 27 oct.9h30 à 15h45 Mere.25 oct.au 29 nov., 14h à 15h45 Sam.4 nov.9h30 à15h45 Lundi, 6 au 20 nov., 19h30 à 21h 15 Mere., 8 au 29 nov., 19h30 à 21hl5 Jeudi, 9 au 30 nov.14h à 15h45 Vend.10 et 17 nov., 9h30 à 15h45 Sam.18 nov.9h30 à 15h45 Centre Christus 6450, av.Christophe-Colomb Montréal, Qc H2S 2G7 Tél.: (514) 276-9433 Automne 2000 La concentration créatrice, voie de sagesse et d’harmonie Jean-Paul Simard Entraînement à la concentration créatrice Jean-Paul Simard Névrose et guérison chez Thérèse de Lisieux Ivan Mardi, o.c.d.Une approche de l’Évangile de Marc aujourd’hui Jean Genoud, ptre Prier avec les psaumes Claude Mayer, o.mi Levons-nous et marchons ! Dr Joseph Ayoub L’Ennéagramme: une sagesse Yolande Frappier, pour la croissance psychologique et spirituelle s.n.j.m.Revivre mon baptême : une fête! Denise Lamarche, c.n.d.Un temps pour le deuil Hélène Filiatreault Atelier de calligraphie Nicole Morin Atelier d’initiation à la prière intérieure dans l’esprit du Carmel Louise Boisvert Itinéraire pour redécouvrir le Credo Thérèse Rémy Faut-il croire aux anges ?Claude Mayer, o.m.i.Job : à travers la souffrance, un témoignage au Dieu juste André LeBlanc, p,m.é.Chemins de maturité psychologique et spirituelle Pauline Houle La crise de la quarantaine : une occasion de croissance Jacques Gauthier 255 Livres reçus____________________ Nouwen, Henri J.-M.La voix intérieure de l’amour.Editions Bel-larmin, 2000, 132 pages.Dans ces pages, Henri Nouwen se met à l’écoute de sa voix intérieure et redécouvre que le véritable amour commence par l’amour de soi.Exhortation à la réconciliation avec soi-même, à la conversion à une spiritualité nouvelle, à la confiance en Dieu, ce livre apporte l’espoir à tous ceux qui ont été blessés dans leur amour.Chacun peut méditer, dans l’ordre souhaité, ces courtes réflexions qui retracent l’itinéraire qui conduisit Henri Nouwen « de l’angoisse à la liberté » et lui permit de reconquérir la paix et la joie intérieures dont témoigne l’ensemble de son oeuvre.Côté, Julienne.L’éclosion du christianisme.Voyage au pays de l’apôtre Paul.Coédition Nova-lis/Cerf, 2000, 506 pages.D’allure savante, mais de construction extrêmement facile, cet ouvrage nous entraîne dans les profondeurs de la pensée théologique de l’apôtre Paul à travers l’histoire de la première génération de chrétiens.L’auteure y analyse cent mots empruntés aux sept épîtres de Paul, reconnues comme authentiques par la majorité des exégètes.Ce livre sera précieux pour celles et ceux qui s’intéressent aux études bibliques.Les étudiants, les homé- listes, les agents de pastorale et les personnes animatrices de groupes bibliques pourront prendre appui sur ces études de mots pour éclairer des notions complexes, souvent arides.Codina, Joseph.Prières au rythme des Evangiles et de la vie.Editions Paulines, 2000, 128 pages.Au fil des Evangiles, ces prières soufflent des mots pour dire à Dieu la confiance, les désirs, les peines, les peurs, les joies ou l’émerveillement.Fruit d’une longue fréquentation de la Parole à l’intérieur d’une communauté chrétienne, ces courts textes collent au quotidien et inspirent autant la prière personnelle que communautaire.Lacaille, Claude, p.m.é.Mission pour temps obscurs.Co- édition Paulines/Missio Canada, 2000,48 pages.Un constant appel à la libération traverse cette relecture de l’évangile selon saint Marc.Les trente méditations se veulent en fidélité à ceux et celles qui, à travers le monde, continuent de lutter pour la justice, contre toute oppression.256 La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 La Vie des Communautés religieuses Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B5000 NAMUR BELGIQUE BULLETIN D’ABONNEMENT 25,00$ (taxes incluses) (105 FF) (650 FB) de surface Q 29,00$ (taxes incluses) (125 FF) (750 FB) par avion ?40,00$ (taxes incluses) de soutien ?Nom: ___________________________________________________ Adresse: Code postal: N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 O CO CM CD Ql CC a.o CO O) O h- 00 c O c CD > c O O c .9 te .9 £3 3 CL © co O Q_ c LU consacrée, présence spirituelle éducative et caritative en Église La vie des communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Eiivdi d(i Pcst30iblr ELnieyiLtror.ient no.1
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