La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 2000, Novembre-Décembre
La des communautés religieuses Vol.58 - no 5 - novembre-décembre 2000 LA VIE DES COMMUNAUTÉS RELIGIEUSES Direction Monique Thériault, s.n.j.m.Tél.et télec.: (514) 733-6521 Courriel: monther@total.net ISSN 0700-7213 Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Canada Bibliothèque nationale du Québec N° TPS: 141050025 N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste publication convention 1370960, pap 9280 «Nous reconnaissons l’aide financière du gouvernement du Canada, par l’entremise du Programme d’aide aux publications «PAP», pour nos dépenses d’envoi postal» Production: Hughes Corn.Maquette de la couverture Hughes Communications Comité de rédaction Gilberte Baril, o.p.Lorraine Caza, c.n.d.Denis Gagnon, o.p.Ghislaine Roquet, c.s.c.Madeleine St-Michel, r.h.s.j.Monique Thériault, s.n.j.m.Secrétariat Pauline Michaud, s.a.s.v.Madeleine Paquin, s.a.s.v.Rédaction et administration La Vie des Communautés religieuses 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Tél.: (819) 293-8736 Téléc.: (819) 293-2419 La revue paraît cinq fois par an Abonnements: Canada Outre-mer surface: 25$ taxes incl.35$ (175 FF) (1090 FB) avion : 29$ taxes incl 45$ (225 FF) (1400 FB) soutien : 40$ taxes incl. SOMMAIRE Vol.58 - no 5 - novembre-décembre 2000 Patrimoine et action apostolique Benoît Lacroix, o.p.Page 259 “Grâce au patrimoine, nous communions avec l’humanité qui est à la recherche du vrai, du bon, du beau.” L’auteur nous rappelle, à travers la richesse de son texte, combien il est bienfaisant pour un groupe d’appartenance de revenir à ses sources et de récupérer sa tradition.Le patrimoine est comme la liberté, il n’a de prix que .partagé.La foi comme facteur de guérison psychique Louis Roy, o.p.Page 270 La foi procure au croyant une espérance, une confiance de base, un appui dans la grâce divine.Mais très souvent, des doutes viennent perturber ses croyances : Dieu s’occupe-t-il vraiment de moi ?Est-ce vrai qu’il m’aime à la folie sans être un parent protecteur ?Son exigence envers moi n’est-elle pas évidente ?L’auteur tente de répondre aux interrogations en démontrant que le Dieu qui semble si exigeant est d’abord et surtout un Dieu d’amour et un Dieu de paix.Guillaume-Joseph Chaminade, un homme de notre temps Raymond Boutin, s.m.Page 279 Mgr Blanchet, à l’occasion de la mort du Père Chaminade, en 1950, a bien résumé cette vie pleine de nouveau dans le renouveau : “Il a mis au service des temps nouveaux une humble audace.C’était son humilité qui a fait sa hardiesse.” L’auteur présente une biographie très intéressante de celui qu’on a surnommé le Missionnaire apostolique.Y a-t-il une signification au centenaire de la canonisation de Jean-Baptiste de La Salle ?Gilles Beaudet, f.é.c.Page 292 Parler de saint Jean-Baptiste de La Salle, c’est mettre en évidence son esprit de foi, avec son corollaire, le zèle, et son attitude évangélique au service des pauvres.La présentation que l’auteur nous offre de son saint fondateur suscitera chez le lecteur un désir de connaître davantage “ce phare resplendissant dans l’Église universelle”.Notre-Dame de Lorette à l’Ancienne-Lorette + André Bellefeuille, f.i.c.Page 303 Le Père Chaumonot, avant son départ pour le Canada, avait fait le souhait de “construire en Canada, pour la Sainte Vierge, une maison bâtie sur le modèle de la Sainte Maison de Lorette.” Son voeu se réalisa en 1674, il y a précisément 326 ans.La Madone continue d’être vénérée par plusieurs Lorettains et demeure une pièce précieuse du patrimoine religieux.Qui était Marguerite Bourgeoys ?Une équipe c.n.d.Page 306 - Une bien longue marche.- Ce que dirait Marguerite Bourgeoys aujourd’hui aux personnes qui veulent relever un défi social important.258 La Vie des communautés religieuses PATRIMOINE ET ACTION POLITIQUE Benoît Lacroix, o.p.Conférence donnée par Benoît Lacroix, o.p.au colloque “Conserver pour évangéliser?” organisé par Mission patrimoine religieux, tenu à Saint-Hyacinthe, le 26 avril 2000.Tout de suite, cherchons les premières motivations humaines, culturelles, qui nous font conserver le patrimoine religieux.En second lieu, nous nous rappellerons ce qu’il y a à faire et à mettre en place.Cela devrait nous entraîner à examiner plus attentivement les raisons évangéliques et pastorales qui nous inciteront à valoriser le patrimoine religieux de nos communautés religieuses et des groupes respectifs.Les sources des propos qui vont suivre ?En tout premier, je puise dans quelques interventions récentes de notre Eglise, dont la lettre de la Commission pontificale des biens culturels de l’Église du 10 avril 1994, adressée aux supérieurs généraux.Puis l’étude systématique de la religion traditionnelle au Canada français et au Québec, que j’ai poursuivie durant vingt ans, m’inspire.Enfin, je m’appuie sur une assez longue expérience du passé et de l’art médiéval, ayant enseigné à l’université la paléographie latine et l’histoire de l’écriture.Novembre-décembre 2000 259 BENOÎT LACROIX, O.P.1.Nos premières motivations ?Par où et quand commencer le travail du patrimoine ?Comment franchir le mur de l’indifférence pour ne pas dire, moins charitablement, le mur de l’ignorance ?Quel secteur doit-on privilégier ?Au nom de quels critères ?Comment éveiller l’intérêt chez des personnes forcément vieillissantes ?Le manque de relève doit-il faire oublier notre rôle de sauveur ?Doit-on prévoir qu’un jour, comme en Europe médiévale, les gouvernements prendront la relève ?A quoi bon garder des objets si les communautés disparaissent ?Et nos édifices ?Et si les jeunes retardent à venir prendre la relève ?« La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux.» L’avenir est piégé; le présent est noyé dans l’actualité; il est difficile de se concentrer sur le passé; il est déjà difficile de recruter du personnel qualifié et d’établir des budgets convenables.Au début d’une longue aventure S’engager dans le patrimoine religieux marque le début d’une longue aventure.Une longue patience s’impose pour cette tâche interminable, pareille à celle d’un bibliothécaire qui hérite tout à coup d’un million de livres.Les encouragements officiels retardent parfois.Nous n’oublions pas que l’intervention de la Commission pontificale auprès du clergé, pour la conservation des biens artistiques et historiques, ne datent que du 28 juin 1988.Dans l’univers historique à longue durée, qui est le nôtre, il s’agit d’un appui de dernière heure.Concrètement, des mots s’imposent.Des mots pas faciles à vivre : patience et longueur de temps.Car, semble-t-il, il en est du patrimoine comme de l’éternité on ne sait jamais quand ça finira ! Pour plusieurs raisons Nous avons besoin de fortes motivations humaines pour nous encourager mutuellement.Ces motivations premières existent.Grâce au 260 La Vie des communautés religieuses PATRIMOINE ET ACTION POLITIQUE patrimoine, nous communions avec l’humanité qui est à la recherche du vrai, du bon, du beau.Chaque pièce, chaque tableau, chaque écrit, rappelle un moment du passé.Il n’y a pas d’avenir dans le passé.L’expression ‘biens culturels’ n’est pas de trop.Mais non, il ne faut pas oublier que derrière chaque pièce de collection, souvent anonyme, il y a un homme ou une femme qui a oeuvré.À l’exposition consacrée à l’oeuvre de Rodin, il y avait des blocs de pierre, des morceaux inachevés.Ces objets parlaient.« Objets inanimés avez-vous donc une âme ?» Tout objet passé, recueilli, entreposé, identifié, est un témoin muet de nos manières de vivre, de penser, de croire, qui attend d’être vu, un peu comme un livre ancien qui attend patiemment d’être lu.Cette approche des objets anciens peut être aussi un acte de reconnaissance, de fidélité, de justice envers nos ancêtres disparus, oubliés.De même qu’à feuilleter un album de famille, nous nous sentons reconnaissants et parfois très fiers.Goethe disait : « Ce que l’on hérite, de nos pères, il faut le travailler pour en devenir l’héritier ».À mesure que l’on s’attache au patrimoine, l’esprit s’agrandit, la mémoire s’allume, toutes sortes de pensées positives surviennent.Il est bienfaisant pour un groupe d’appartenance de revenir à ses sources et de se donner en même temps un but commun de récupérer sa tradition.Nous n’oublions pas que nos communautés possèdent des trésors qui remontent à nos origines, voire à notre passé européen.Cet héritage, il faut le dire, le faire savoir et l’exposer.Nous sommes à l’âge du visuel.Une place antique, accessible au public, peut enseigner plus qu’on ne le croit, sans agressivité, sans violence et sans exclusivité.Tous peuvent la voir et l’interroger.Dans les communautés religieuses, nous fréquentons des lieux riches en patrimoine.Même les murs parlent.Les oeuvres d’art, le mobilier, les vieux documents, les volumes, les costumes religieux sont une trace de l’histoire.Je pense aux vieux livres de cantiques du noviciat.Des trésors d’une mémoire encore vivante ! Il suffit de les ouvrir pour qu’ils recommencent à chanter.C’est un exemple parmi tant d’autres.Novembre-décembre 2000 261 BENOÎT LACROIX, O.P.Pensons aussi à l’importance du patrimoine dans le développement du tourisme.De ce côté, l’Europe, la vieille Europe, en a long à dire elle qui, depuis plusieurs siècles, collectionne, exhibe, vit de son passé artistique devenu, à la suite des âges, un lieu d’éducation et d’instruction.La connaissance du patrimoine suscite parfois des talents, des initiatives, Il est bon de voir dans les musées, des jeunes assis en train de dessiner, de copier, de vérifier.Il y a un côté prophétique à ne pas oublier.Les jeunes générations ont le sens des perspectives et le goût de créer.Le patrimoine peut les stimuler, sinon les provoquer.Peut-être y a-t-il pour elles une leçon à retenir : ce que d’autres ont fait, et dans des situations parfois difficiles, devient un appel au dépassement.11.Tout ce qu’il y a à faire ! Tout ce qu’il y a à faire ! Saint Paul dirait ( ITh 5, 19 et 21) : «N’éteignez pas l’Esprit.Examinez tout avec discernement ».Les secteurs principaux du patrimoine, le plus souvent mentionnés dans les textes officiels, sont : l’archivistique, la peinture, la sculpture, l’architecture, la mosaïque, la musique, les oeuvres écrites et les oeuvres cinématographiques, la filmographie.D’autres champs nous sont sûrement connus, celui des vêtements liturgiques, de l’orfèvrerie, du mobilier, de la statuaire, de l’iconographie, etc.Diverses démarches vont comme de soi.Il s’agit d’inventorier, d’identifier, d’acquérir, de rassembler, d’aménager, de conserver, de climatiser au besoin, de coordonner, d’exposer, d’échanger des informations, de faire connaître, d’intéresser, peut-être d’organiser des visites, voire un pèlerinage, un centre ou un lieu d’accueil, un lieu de formation, de diffusion, etc.Deux rôles paraissent s’interposer et s’imposer dans le patrimoine religieux : conserver et animer.Les situations sont variables.Ne généralisons pas.Proposons plutôt des balises.A chacun, à chacune d’identifier sa route, d’exprimer sa mission, ses croyances, d’illustrer ses différences.C’est ainsi que plu- 262 La Vie des communautés religieuses PATRIMOINE ET ACTION POLITIQUE sieurs communautés promettent des surprises enviables par des expositions à caractère international.Il suffit de parcourir certains musées locaux pour le percevoir.Nous avons ici des pièces que nous ne trouvons pas dans le pays d’origine.Par exemple la crèche du Rwanda à l’Oratoire Saint-Joseph, ou encore une croix en lances croisées.111.Valeurs spirituelles et pastorales Venons-en à nos motivations religieuses.Dans la perspective qui est la nôtre présentement, il est bon de citer le passage autographe de Jean-Paul 11, un 19 novembre 1997.Ce texte est d’autant plus significatif qu’il est rédigé par un homme d’une étonnante culture : « Les biens culturels peuvent faciliter la recherche de Dieu, être des instruments privilégiés pour la catéchèse et la vie spirituelle ».Grâce au patrimoine nous pouvons mieux nous identifier face à Dieu, face à l’Église, face au monde, face à nous-mêmes comme communautés de croyants et de croyantes.Le patrimoine religieux représente à sa manière les dons, les talents de l’être humain à la recherche du mystère.Des biens révélateurs Il existe des objets révélateurs en soi de l’humain et du sacré.Une croix, un chapelet, une médaille, une statue, un vieux livre de prières, une image mortuaire, font apparaître des croyances fondamentales.La foi est créatrice.La foi chrétienne en particulier.Parce qu’elle est mue par le mystère de l’Incarnation, le Divin fait chair, la foi est inspiratrice d’art et de biens culturels.Qui de nous oublierait Médard Bourgault, Sylvia Daoust, et d’autres ?Feuilleter Les Arts sacrés du Québec de Jean Simard ou encore les synthèses de Michel Lessard (UQAM) est déjà toute une révélation.Nous sommes nés d’une pensée religieuse missionnaire; la croyance a occupé une place majeure dans notre société; nos communautés religieuses ont été et, malgré ce qui peut se dire et penser, demeurent à bien des égards très présentes à la vie de notre peuple.Novembre-décembre 2000 263 BENOÎT LACROIX, O.P.Parmi les motivations proposées par les responsables « romains » du patrimoine religieux chrétien à l’échelle mondiale, il y a les services que l’on rendra aux communautés civiles : service d’information, de formation, service d’éducation au sens spirituel.De cette façon, les communautés religieuses trouveront un lieu neuf de rayonnement, un rayonnement hors les murs.Les gens ont souvent besoin de rafraîchir leur mémoire religieuse.Ils seront étonnés de voir des objets, des images, des souvenirs oubliés.Ils y apprendront peut-être la manière dont les autres ont vécu leur vie, leur foi, leur espérance; ils y apprendront peut-être à aimer davantage la religion ancestrale, leurs origines religieuses.À une époque de crise, il est toujours gratifiant, sinon rassurant, de connaître les commencements.L’eau de source est toujours bonne à boire ! Notre tâche peut aussi devenir action de grâce envers le Seigneur, inspirateur et créateur de tout bien.À travers les objets ou les documents mis en valeur, nous découvrons une réalité humaine, une recherche de sens, même une manière de rencontrer Dieu, le Christ.Le Christ qui intervient L'important est que nous soyons ouverts à tout ce qui pourrait devenir culturellement un bien du patrimoine.Un texte de Paul VI, le 26 septembre 1963, m’avait impressionné un jour que je travaillais dans les vieux papiers du poète Saint-Denys Gameau (+ 1943).Il y est question d’archives, Le pape Paul VI était convaincu : de la nécessité de la culture historique née du génie, de la nature, du besoin, de la vie catholique même, qui possède une tradition, qui est cohérente et accomplit au cours des siècles un dessein et, peut-on dire, réalise un mystère.C’est le Christ qui intervient dans le temps et qui écrit Lui-même sa propre histoire au point que nos bouts de papier sont les échos et les traces de ce passage de l’Église, mieux, du passage du Seigneur Jésus dans le monde.Aussi, avoir le culte de ces papiers, des documents, des 264 La Vie des communautés religieuses PATRIMOINE ET ACTION POLITIQUE archives, est-ce, par contrecoup, avoir le culte du Christ, avoir le sens de l’Église, offrir à nous-mêmes et offrir à ceux qui viendront après nous l’histoire de cette phase du passage ou du tran-situs Domini dans le monde.Depuis quelques années les textes ecclésiastiques se multiplient.Il est motivant de savoir que notre Église nous appuie fortement.Les interventions par le pape Jean-Paul 11 sont multiples et significatives.De plus, nous sommes désirés par le peuple.Il attend de nous une action positive, culturelle et cultuelle.Évangélisation La culture, l’art et la religion se révèlent réciproquement.Plusieurs chefs-d’oeuvre universellement reconnus tiennent leur inspiration de valeurs religieuses.L’art en particulier continue à enrichir le mystère de nos fêtes liturgiques, à leur donner forme et figure.Ce qui faisait dire un jour au Pape actuel : N’épargnez pas votre énergie pour promouvoir l’art sacré.Par sa nature, la foi tend à s’exprimer sous des formes artistiques et des témoignages historiques dotés d’une force évangélisatrice et d’une valeur culturelle intrinsèque devant lesquelles l’Église est invitée à prêter la « plus grande attention.» (Motu proprio, 25 mars 1993) Des deux mots qui résument le mieux les diverses interventions romaines à propos du patrimoine, évangélisation et pastorale, le plus large est le mot évangélisation.Évangélisation ?Nouvelle évangélisation ?Comme s’il fallait recommencer à neuf.Le fait est évident : des nations autrefois très chrétiennes se sont publiquement et officiellement éloignées de leurs convictions premières.Des gens, même baptisés, ne fréquentent guère l’église et, dans les écoles, l’enseignement religieux n’est pas tellement bien reçu.Sécularisation et laïcisation vont de pair.Comment de nouveau éduquer la foi, instruire, évangéliser, si les lieux traditionnels n’opèrent plus ?Novembre-décembre 2000 265 BENOÎT LACROIX, O.P.Une nouvelle évangélisation par l’enseignement visuel et le retour aux sources invite, par exemple, à la visite de lieux sacrés comme les sanctuaires, les chapelles, les églises historiques, à la visite de musées, petits ou grands, à la visite d’expositions, etc.Ces visites deviennent ainsi des lieux oecuméniques d’évangélisation.D’où les récentes consignes : « les biens culturels de l’Église ne sont pas seulement un patrimoine à conserver mais un trésor à faire connaître et à utiliser pour la nouvelle évangélisation » (Motu proprio, 25 mars 1993).« Là où est ton trésor, là est ton coeur ! » (Luc 12,34) Évangélisation, culte, charité, promotion de l’être humain sont les expressions qui reviennent souvent.Les textes romains parlent de la «force évangélisatrice intrinsèque et de la valeur culturelle du patrimoine », ou encore de « circuits vitaux de l’action culturelle et pastorale de l’Église ».« Le patrimoine est un instrument essentiel d’évangélisation et de la culture du peuple de Dieu, voire de catéchèse».Jésus dirait : « Je suis venu allumer un feu sur la terre ».Une étincelle peut à elle seule allumer un feu.Toute visite historique accompagnée d’une animation peut faire surgir comme une étincelle, un sentiment, susciter le goût d’en savoir davantage sur les modes de vie, les façons de faire d’une époque, et peut-être susciter le goût de prier.« Agent sacré de l’évangélisation », le patrimoine religieux est capable de « nouvelles énergies créatrices ».Il contribue à sa manière à la réalisation de la civilisation de l’amour.A travers le travail d’action évangélisatrice s’affirme le primat de la charité, qui consiste à « valoriser l’action des plus pauvres, des plus oubliés », anonymes, inconnus.Saints artistes du quotidien ! Il est dit qu’en faisant mieux connaître la conscience religieuse des générations antérieures nous devenons plus aptes à « considérer le sérieux de nos propres engagements ».Pastorale La réflexion évangélique appelle la pratique pastorale.Patrimoine-action, dirait Jacques Grand’Maison.Qui dit pastorale dit aussitôt 266 La Vie des communautés religieuses PATRIMOINE ET ACTION POLITIQUE service, partage, altruisme, ouverture d’esprit aux autres.De ce point de vue, le voeu de notre Église est clair : ce n’est pas tout de conserver, il faut valoriser publiquement et faire aimer le patrimoine : « L’engagement pastoral s’ajoute au culturel.La vocation de conservation appelle une vocation pastorale.Il n’est pas permis à aucun de nous de se replier sur soi et de ne pas s’ouvrir à la vie totale de l’Église et de l’humanité ».Le patrimoine est comme la liberté, il n’a de prix que .partagé.Le temps n’est plus à mettre la lampe sous le boisseau, mais à la mettre sur la table.En fait, nous obéirons à la même logique de l’Incarnation, si d’une façon ou d’une autre nous rendons sensible le message chrétien, si nous lui donnons forme, si nous permettons à l’être humain une expérience visuelle et auditive du sacré.Pour le bien de tous, nous reconnaissons, aux oeuvres de l’art religieux populaire, une valeur culturelle et catéché-tique.Nous y voyons une autre manière de dire l’évangile, de considérer la communion ecclésiale et la dignité humaine dans un objet qui, autrement, serait oublié pour ne pas dire davantage.Par solidarité, nous nous devons d’informer les générations à venir, de les instruire de leurs idéaux.et de nos réalités.Un texte de Vatican 11 nous revient à la mémoire : « L’avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d’espérer ».(GS, 31) Nous parlons à la fois de patrimoine missionnaire, interreligieux, international.Il assure un dialogue avec l’humanité.L’objet, si antique soit-il, n’a pas de frontières.Ainsi en est-il de l’évangile.Les raisons ne manquent pas, pour nous, de valoriser la foi ancestrale, d’exprimer le mystère chrétien, de manifester par le patrimoine matériel et immatériel la générosité de nos ancêtres, leur sens du partage.Créons des ponts avec les générations à venir, même avec les incroyants qui, devant le vrai, ne peuvent qu’avoir des sentiments favorables.Cette façon de rapprocher les coeurs, d’amadouer les esprits, de signifier le sacré est à développer et à conserver.Novembre-décembre 2000 267 BENOÎT LACROIX, O.P.Puisqu’il s’agit de pastorale-action, quelles sont exactement les attitudes, les situations, les événements à créer ?L’appui des textes officiels de l’Église nous stimule.L’on souhaite que : 1.la promotion et la formation de laïcs comme guides compétents, capables de communiquer le sens spirituel du passé aux visiteurs, soient développées; 2.l’information et le marketing fassent partie d’une pastorale adaptée.mais dans un sens plus évangélique que celui du simple profit matériel; 3.des séances d’information, des fêtes, des célébrations d’objets, de lieux, d’anniversaires soient organisées.Et caetera.Deux citations pourraient résumer les propos qui précèdent et en corriger les maladresses.Le premier texte est justement la conclusion du message de Jean-Paul 11, le 25 septembre 1997 : L’Église, maîtresse de vie, ne peut pas ne point se mettre également au service de l’homme d’aujourd’hui, en l’aidant à retrouver un émerveillement religieux devant la fascination exercée par la beauté et la sagesse qui se dégagent de tout ce qui lui a été légué par l’histoire.Une tâche de ce genre exige un effort d’orientation, d’encouragement et d’échange, qui soit assidu et de longue durée.La deuxième citation remonte aux années 56 de notre ère.Texte qui circulait chez les Pères de l’Église et qui, depuis quelques années, oriente sinon justifie nos choix : texte court, généreux, oecuménique, prophétique.Jean-Paul 11 le cite, le 12 octobre 1995, quand il reçoit en audience les membres de la Commission pontificale des biens culturels de l’Église, qui se réunissaient pour la première fois en assemblée plénière à Rome : « Tout ce qu’il y a de vrai, de noble, de juste, de pur, d’aimable, d’honorable, tout ce qu’il peut y avoir de bon dans la vertu et la louange humaine, voilà ce qui doit nous préoccuper ».(Ph 4,8) Assez dit ! Merci ! Benoît Lacroix, o.p.2715, chemin de la Côte Sainte-Catherine Montréal, Qc H3T 1B6 268 La Vie des communautés religieuses PATRIMOINE ET ACTION POLITIQUE Bibliographie sélective Côté, Lucille, « Le patrimoine, mémoire du temps », dans La Vie des communautés religieuses, vol.56, no 1, janvier-février 1998, p.3-10.Jean-Paul 11, « L’importance du patrimoine artistique dans l’expression de la foi et le dialogue avec l’humanité, 12 octobre 1995 », dans La Documentation catholique, 19 novembre 1995, no 2126, p.969-971.Jean-Paul 11, « La fonction pastorale des archives ecclésiastiques », dans La Documentation catholique, 6 juillet 1997, no 13, p.610-620.Marchisano, Francesco, « Les bibliothèques ecclésiastiques dans la mission de l’Église », dans La Documentation catholique, 5 juin 1994, no 2095, p.510-516.Lettre de la Commission pontificale pour les biens culturels de l’Église aux évêques.Marchisano, Francesco, « Nécessité et urgence de l’inventoriage et du catalogage des biens culturels de l’Église », dans L’Osservatore Romano, supplément au no 15 du 11 avril 2000, p.1 à V111.Lettre circulaire.Marchisano, Francesco, Pontificia Commissio de bonis culturalibus ecclesiae, Lettre aux supérieures générales, aux supérieurs généraux, Rome, le 10 avril 1994, 8 p.Il s’agit d’une lettre officielle au nom de la Commission pontificale pour les biens culturels de l’Église.Marchisano, Francesco, Pontificia Commissio de bonis culturalibus ecclesiae, Cité du Vatican, le 20 novembre 1997, 10 p.Lettre aux présidents des Conférences épiscopales.Novembre-décembre 2000 269 LA FOI COMME FACTEUR DE GUÉRISON PSYCHIQUE * 1» Louis Roy, o.p.À cause de l’influence de la psychologie sur la culture contemporaine, bien des religieuses et religieux prennent davantage au sérieux les exigences de leur croissance humaine et inventorient leurs ressources.Ils ont raison de penser que l’affectivité s’enrichit grâce à l’interaction avec autrui et grâce à la connaissance de soi.Dans ce cadre, on peut se demander si la foi est également un facteur de guérison psychique.Certains la rangent plutôt parmi les causes d’aliénation face au réel; d’autres la situent dans une catégorie d’expérience sans rapport avec le registre psychologique.Il me semble, au contraire, que tout en respectant une certaine autonomie du développement humain par rapport à la foi, on remarque que celle-ci produit des effets positifs dans la dimension psychique de la personnalité.Tout l’être humain en quête de salut Tout l’être humain - l’esprit, le psychisme et le corps - a besoin de salut.À la suite de Platon et de Paul Ricoeur1, définissons le psychisme comme la zone intermédiaire entre l’esprit et le corps, là où agissent les images et les affects.Le psychisme est notre animalité, c’est-à-dire la partie de notre personne qui n’est ni purement spirituelle ni purement biologique.Recevant des messages à la fois de l’esprit et du corps, le psychisme constitue le lieu où s’élabore, souvent péniblement, l’intégration du moi.270 La Vie des communautés religieuses LA FOI COMME FACTEUR DE GUÉRISON PSYCHIQUE Avant de traiter de la libération psychique, rappelons les deux aspects de la libération proprement spirituelle : le côté affectif et le côté cognitif.La libération affective consiste à laisser entrer l’amour de Dieu dans nos coeurs.« L’espérance ne déçoit point, parce que l’amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par le Saint-Esprit qui nous fut donné » (Rm 5,5).Il s’agit là d’une expérience qui atteint d’abord et avant tout le coeur humain.L’amour de Dieu manifesté en Jésus et en nos frères et soeurs nous touche et nous comble.Au niveau cognitif, l’intelligence humaine est également rejointe.Croire en Dieu, c’est le reconnaître comme bonté suprême, c’est trouver en Jésus le sens de l’existence, c’est mettre sa vision de la vie au centre de nos valeurs et de nos projets.Toutefois il y a un danger que tout cela reste un peu cérébral et verbal si nous ne consentons pas à nous abandonner à cet amour incomparable.Car si Dieu est pour nous, nous n’avons rien à craindre en ce qui concerne l’essentiel, à savoir notre orientation fondamentale (Rm 8,31-39).L’estime de nous-mêmes et la paix profonde découlent non pas d’une performance conforme à notre idéal, mais du fait que Dieu nous aime inconditionnellement.Conditionnalité et inconditionnalité Tout en acceptant inconditionnellement notre personne, le Créateur n’accepte pas inconditionnellement toutes nos actions.La Bible parle de la “colère” de Dieu pour souligner son désaccord avec le péché.Dans un contexte d’infidélité de la part du peuple élu, certains textes présentent l’alliance comme conditionnelle, c’est-à-dire assortie de clauses à respecter; c’est le cas, par exemple, de l’alliance au Sinaï (Ex 19-24).D’autres textes bibliques, par exemple, l’alliance davi-dique (2S 7), présentent celle-ci comme inconditionnelle, pour faire ressortir la permanente fidélité de Dieu.Nous avons besoin de savoir à la fois que l’alliance entraîne des obligations (surtout envers autrui) et que le pécheur peut toujours compter sur le constant amour de Dieu.Novembre-décembre 2000 271 LOUIS ROY, O.P.Dieu nous offre son amitié, quels que soient nos comportements.Il ne se laisse pas impressionner par les bons coups ou les mauvais coups des gens (Rm 3,28 et 5, 6-9).La solution qu’il nous fait entrevoir ne réside donc pas du côté de nos performances : nous n’avons à nous justifier ni par nos actes ni par notre équilibre psychologique.«L'homme est justifié par la foi sans la pratique de la loi » (Rm 3,28).Il s’agit ici d’une alliance inconditionnelle, qui nous place sur le roc de l’amour fidèle de Dieu (2 Tm 2,13; 1 Jn 3, 19-21).En complémentarité avec cette alliance inconditionnelle, l’alliance conditionnelle nous pousse à exercer notre liberté de façon responsable (Ga 6, 1-10; Ph 2, 12-15).Ces deux aspects de l’alliance nous aident à grandir psychologiquement, soit en nous rassurant grâce au côté inconditionnel, soit en nous projetant dans une saine insécurité d’adultes grâce au côté conditionnel.L’influence de la foi sur le psychisme Comme nous venons de le voir, le salut par la foi signifie que c’est Dieu qui se charge de notre libération intégrale, c’est-à-dire affective, cognitive, psychique et socio-politique.Nous en avons présenté les trois premières dimensions.Situons brièvement la dimension socio-politique.Il s’agit de l’engagement dans la cité par le travail et la participation démocratique.Les diverses formes de cet engagement ont une influence tant sur les aspects affectif et cognitif de la foi que sur la vie psychique elle-même.Il est clair que le psychisme profite de toute avancée éthique réalisée par une personne, notamment dans le travail et la participation démocratique.Pour l’individu qui croit en Dieu-amour, l’ambiance dans laquelle il poursuit sa propre réalisation est spéciale.Ce qui fait toute la différence, c’est le climat qui accompagne la conviction que Dieu lui-même accomplit le salut.Dieu nous crée tout neufs et nous redonne un potentiel à mettre en oeuvre (Ep 2,8-10 et Rm 6,3-5).Grâce à cette espérance, la personne peut s’attendre à progresser comme être humain.En croyant que la libération lui est donnée, elle vit une con- 272 La Vie des communautés religieuses LA FOI COMME FACTEUR DE GUÉRISON PSYCHIQUE fiance de base.Une atmosphère spirituelle faite de reconnaissance et d’action de grâce la stimule à tous égards, y compris au niveau psychologique.Le psychologue Jean-Luc Hétu illustre le courage psychique que cette confiance de base rend possible.S’inspirant du psychanalyste Wilhelm Reich, il compare le défi psychologique à une maison qui posséderait deux sous-sols2.Au rez-de-chaussée, le moi vit à la surface de lui- même, dans l’ignorance aussi bien de ses problèmes que de ses ressources.Or, quand il descend au premier sous-sol, il découvre avec peur et consternation une accumulation d’émotions réprimées équivalant à toute une faune, c’est-à-dire à une multiplicité de monstres qui hantent sa maison.Toutefois, s’il a assez de sang-froid pour ne pas remonter toute de suite au rez-de-chaussée mais, au contraire, pour descendre plus bas, au deuxième sous-sol, il y trouve une grande réserve d’émotions constructives, qui constitue son potentiel, source d’énergie, de joie et de partage.Cependant, pour accéder au deuxième sous-sol, il faut avoir le courage de quitter le rez-de-chaussée et de traverser le troublant premier sous-sol.La grâce psychologique Pour caractériser l’aspect de la grâce divine qui affecte le psychisme, on peut parler de grâce psychologique.Complétant le rôle de la grâce sanctifiante, qui élève l’être humain en lui donnant d’avoir part à la nature divine (1 P 1,4), la grâce psychologique a pour fonction précise d’accorder le psychisme à la vie de foi, d’espérance et de charité.La santé psychologique que produit la grâce ne signifie pas qu’on n’aurait plus de problèmes et qu’on vivrait en totale harmonie avec soi-même.La santé psychologique consiste tout simplement à accepter d’être en marche, en progression3.Elle implique qu’on regarde en face ses problèmes et qu’on s’efforce de les résoudre.Inversement, le péché psychologique n’équivaut pas à ne pas avoir des problèmes, mais plutôt à détourner les yeux de ses problèmes.Le péché psycho- Novembre-décembre 2000 273 LOUIS ROY, O.P.logique s’avère bien particulier : une attitude de refus, un rejet volontaire du peu de lumière qui apparaît dans sa cave ténébreuse.Je suis venu en ce monde pour une remise en question, afin que ceux qui ne voyaient pas voient, et que ceux qui voyaient deviennent aveugles (.) Si vous étiez des aveugles, vous n ’auriezpas de péché, mais à présent vous dites ‘nous voyons ’ : votre péché demeure (Jean 9, 39.41).L’accueil de la grâce psychologique requiert de la lucidité, de l’humilité, de la constance et surtout un espoir réaliste et une douceur envers soi-même.La foi entraîne une attention à ses difficultés de fonctionnement, ainsi qu’une ouverture à recevoir de l’aide de la part de conseillers compétents, Elle donne une motivation pour affronter ses problèmes.On sait, en effet, qu’en grandissant psychologiquement, on se rendra davantage capable d'aimer les autres.En tant que communication de l’amour de Dieu, le salut est comparable à une opération au cerveau qui donnerait à un paralysé la simple possibilité de fonctionner normalement; l’accueil psychologique de ce salut, lui, ressemble aux exercices de physiothérapie auxquels le patient consent puisqu’il veut réapprendre à faire fonctionner tous ses membres.Semblable au médecin qui, loin de s’étonner des difficultés que rencontre l’ex-paralysé, se réjouit au contraire de ses moindres progrès, Jésus est empathique et patient.Quant à nos défaillances dans les exercices, elles ne nous font jamais perdre son appui (voir 1 Jn 3,20).Après une phase initiale où nous sommes désagréablement surpris et décontenancés par nos imperfections, la lucidité se développe généralement de façon dédramatisée, puisqu’elle ne remet en cause ni l’amour de Dieu ni l’estime de soi.Cette dernière, en effet, se greffe sur cet amour et sur les signes valorisants qui nous sont donnés par les autres.En outre, nous savons qu’il n’y a pas de faute à avoir des déviations morales ou psychiques, tant que nous ne nous y complaisons pas et que nous nous efforçons d’y voir clair et d’évoluer.274 La Vie des communautés religieuses LA FOI COMME FACTEUR DE GUÉRISON PSYCHIQUE À travers des hésitations Quand on découvre un être humain dont les qualités sont frappantes, on recherche tout naturellement sa présence.Une personne qui s’intéresse à quelqu’un se demande si l’autre s’intéressera à elle.Cette question manifeste et accentue une incertitude : on s’ouvre à l’autre dans l’espoir souvent craintif que cet autre s’ouvrira également.On s’interroge : Est-ce que l’autre voudra de moi ?Me laissera-t-il entrer dans son monde ?Et si quelque chose de bon se passe, est-ce que cela durera ?Dans l’épreuve du temps, est-ce que l’autre continuera de vouloir partager avec moi, ou me mettra-t-il de côté?4 Plus ou moins confusément, nous portons des questions semblables sur Dieu : si ce Dieu dont on parle est si grand, s’il est créateur, tout-puissant, peut-il vraiment s’intéresser à moi qui ne suis qu’un être minuscule parmi des milliards d’êtres humains, sur une planète si petite dans ce vaste univers ?On se demande alors si Dieu n’est pas le dieu isolé et indifférent de la chanson de Gilbert Bécaud : Parfois je pense que dans ton immense palais de silence tu dois être bien.Ces doutes sont souvent refoulés, mais ils affleurent à la conscience car après tout ils s’avèrent intelligents et pertinents.Même les croyants ne sont pas toujours sûrs que Dieu Providence s’occupe d’eux d’une façon particulière.Ne serait-ce pas le comble de l’infantilisme que de projeter dans le ciel un dieu protecteur et tout-puissant ?Cela dépend.N’est-il pas également possible de concevoir un Dieu qui nous aime à la folie sans être un parent protecteur ?Avouons cependant que nous avons parfois du ressentiment contre Dieu parce que nous sommes aux prises avec un monde dur, où les autres peuvent nous faire défaut et où nous-même pouvons manquer aux autres.De plus, nous avons de la peine à digérer le mal qui passe Novembre-décembre 2000 275 LOUIS ROY, O.P.par l’hérédité, l’éducation, les événements qui nous marquent : défauts, occasions manquées de développer tel talent et de nous réaliser pleinement, contrariétés, revers, échecs.Il y a aussi le mal qui frappe celles et ceux que nous aimons.Ces blessures, ces reculs, ces régressions chez ces personnes aimées portent de durs coups à notre espérance.Et la question revient : Est-ce que Dieu se soucie vraiment de nous ?C’est la grande question des psaumes.D’autres questions contribuent à nous faire hésiter.Comment Dieu peut-il nous aimer alors que nous sommes si peu aimables ?Et puis, Dieu n’est-il pas exigeant ?Ne veut-il pas que nous soyons fidèles aux valeurs évangéliques et que nous aimions à fond ?Nous ne nous sentons pas toujours capables de relever un tel défi; nous manquons de motivation et nous avons peur des échecs.Dans de telles circonstances, il est normal de ressentir un malaise, une froideur, un ressentiment devant le contraste entre la puissance sereine de Dieu et notre situation humaine si pénible.Le jaillissement de la joie En réponse aux hésitations de l’humanité face au Créateur qui sont causées par le mal, Jésus entre dans sa passion et accepte de mourir déshonoré.Nous y voyons Dieu venu partager et porter tout le mal du monde.En Jésus, Dieu tout-puissant se révèle également comme le tout-faible.Il est devenu le tout-faible par amour, par solidarité, en se vidant de ses prérogatives divines (Ph 2,6-7).Si Jésus est mort, c’est à cause de l’amour inouï du Père pour nous.Il fallait cet extrême pour montrer à quel point Dieu tient à nous, combien il est résolu à nous rassurer, à gagner l’adhésion entière de notre coeur.Il fallait cet extrême pour secouer notre torpeur, lever nos hésitations, démanteler nos défenses érigées contre lui.La libération passe par cette manifestation concrète de l’amour.Jésus Christ est la signification personnifiée de l’amour qui touche notre affectivité plus que toute autre manifestation.276 La Vie des communautés religieuses LA FOI COMME FACTEUR DE GUÉRISON PSYCHIQUE Revenons à la question concernant l’intérêt que pourrait me porter l’Autre divin.A cette préoccupation succède soit la déception et la tristesse quand mon attente est déçue, soit la grande joie quand je me rends compte que cet Autre s’intéresse à moi et m’accorde son amitié.Cette grande joie, qui surgit dans une relation entre une personne et Dieu, consiste à se découvrir aimée par ce Dieu qui l’attire, qui la fascine, qui la séduit.Je connais des gens qui ont dansé de joie après avoir fait cette découverte.J’en connais d’autres qui ont pleuré de joie.Et la tradition mystique parle de ce cadeau de l’Esprit Saint qu’est le don des larmes.Apercevoir cet amour indéfectible, c’est éprouver ce qu’Ignace de Loyola appelle la « consolation sans cause », la paix que le monde ne peut donner (Jn 14,27), un bonheur qui se situe au-delà des raisons qu’on a normalement d’être heureux.Après avoir acquis une suffisante connaissance de soi face à ses problèmes et après avoir débouché sur la paix que seul le Christ peut donner, une vigilance est requise pour sauvegarder cette sérénité.Stephan Strasser offre une distinction éclairante entre les sentiments plutôt changeants qui sont rattachés à des objets (incluant événements et personnes) et une disposition fondamentale (un “mood”) marquant une certaine durée5.Cette dernière sera, par exemple, la bonne ou mauvaise humeur, l’euphorie, l’ennui, la dépression, l’anxiété, l’agressivité (comme hostilité latente).Dans le cas des disciples de Jésus, leur disposition fondamentale consiste en une paix profonde qui résulte d’une réconciliation avec Dieu et avec les autres et qui rend possible un amour stable envers le prochain.Les saints ont cultivé cette disposition en adoptant une stratégie à la fois défensive et constructive.D’une part, ils se sont protégés contre les rechutes affectives en refusant de laisser s’installer en eux des sentiments négatifs qui empoisonnent l’existence.Les sentiments négatifs, en effet, ne sont utiles que temporairement, par exemple les saintes colères de Jésus (Mc 3,5; Jn 2,13-17).On se garde contre des reculs pénibles en acceptant l’imperfection, voire le mal, tout en luttant contre lui, mais en sachant que la Providence s’en servira pour Novembre-décembre 2000 277 LOUIS ROY, O.P.faire émerger un bien imprévu.D’autre part, les saints ont activement nourri leur disposition de base en cultivant des pensées justes concernant Dieu, son plan d’amour, les fondements de l’espérance, etc.-pensées qu’on trouve dans la lecture assidue de la Bible et des auteurs spirituels.Grâce à cette double stratégie, nous aussi pouvons intensifier une paix rayonnante qui influence énormément notre fonctionnement psychique, même quand celui-ci nous cause des difficultés.Conclusion La foi est un facteur - le plus profond - de guérison psychologique.La foi procure au croyant un climat d’ensemble, une confiance de base, une espérance, un appui dans la grâce divine.Elle n’est pourtant qu’un facteur.Elle n’élimine en rien les problèmes, les souffrances, les combats, les discernements tâtonnants.Elle ne guérit pas directement le psychisme; mais elle établit un contexte affectif et significatif qui facilite le travail à accomplir sur le psychisme.Travailler à sa croissance psychologique s’avère une manière importante d’accueillir le salut intégral offert par Dieu.Louis Roy, o.p.2715, chemin de la Côte Ste-Catherine Montréal Qc H3T 1B6 Notes 1 Paul Ricoeur, Finitude et culpabilité, t.1 : L’homme faillible, Paris, Aubier-Montaigne, 1960, chap.IV.2.Jean-Luc Hétu, Quelle foi ?Une rencontre avec l’évangile et la psychologie, Montréal, Léméac, 1978, chap.11; voir Wilhelm Reich, La psychologie de masse du fascisme, Paris, Payot, 1972.3.Voir Hétu, Quelle foi ?p.68 4.Ce paragraphe s’inspire de Sebastian Moore, The Fire and the Rose are one, New York, Seabury Press, 1980, qui sera bientôt publié en français probablement sous le titre Le feu et la rose ne feront qu 'un.Voir ma présentation du désir selon Moore dans La Foi en quête de cohérence, Montréal, Bellarmin, 1988, chap.6.5.Stephan Strasser, Phenomenology of Feeling : An Essay on the Phenomena of the Heart, Pittsburg, Duquesne University Press, 1977, chap.7 278 La Vie des communautés religieuses GUILLAUME-JOSEPH CHAMINADE UN HOMME DE NOTRE TEMPS Raymond Boutin, sm Le 20 décembre 1999, on pouvait lire sur le site www.zenit.org -Information du Vatican «Ce matin, en présence du pape Jean-Paul 11, a eu lieu la promulgation de 18 décrets de la Congrégation pour les causes des saints : à la fois reconnaissance de miracles dus à l’intercession de huit futurs saints et bienheureux dont Soeur Faustina Kowaslka, le Père Chaminade et le pape du concile Vatican 1, Pie IX.» La joie fut grande pour toute la famille marianiste : les Marianistes, les Filles de Marie-Immaculée, les Communautés laïques marianistes et les membres de l’Alliance mariale (institut séculier) d’y voir le nom de leur fondateur, le Père Guillaume-Joseph Chaminade.Quelques semaines plus tard, le 5 février 2000, nous recevions une confirmation de la date de la béatification.Le 3 septembre 2000, sera donc déclaré bienheureux celui de qui le Cardinal Donnet de Bordeaux, en 1869, disait : «C’était un homme éminent que le respectable Père Chaminade; nous ne le connaissions pas, nous ne l’apprécions pas, nous ne savions plus ce que nous lui devons.Et cependant, qu’on remonte à l’origine de toutes nos oeuvres bordelaises, le nom de M.Chaminade est inscrit en tête de chacune d’elles.» Novembre-décembre 2000 279 RAYMOND BOUTIN, SM Qui est-il ce Père Guillaume-Joseph Chaminade (1761-1850) ?«Celui qui à la fin de la Restauration, écrit Pierre Zind, faillit obtenir la direction de tout l’enseignement primaire en France était né à Périgueux.»1 de Biaise Chaminade, marchand drapier et de Catherine Béthon “la douceur et la bonté mêmes”.C’était le 8 avril 1761.On l’appellera Guillaume.Douze autres enfants l’avaient précédé, mais sept étaient morts en bas âge.Des six, Jean-Baptiste, l’aîné deviendra Jésuite; Biaise, prendra l’habit chez les Récollets, Louis fera partie de la Congrégation de St-Charles de Mussidan et Guillaume, ordonné prêtre, fondera la Société de Marie (Bordeaux) et l’Institut des Filles de Marie.François, pour sa part, prendra la relève de son père, et Lucrèce, la seule fille vivante, restera d’abord auprès de sa mère, puis se mariera et, une fois devenue veuve, s’occupera de la maison dont le Père Chaminade s’était porté acquéreur aux environs de Bordeaux.Guillaume se trouve le petit dernier.On l’appellera affectueusement le « petit minet ».Il s’apprête à parcourir un long chemin.Déjà, son orientation religieuse est bien arrêtée : il veut devenir un saint.Lors de sa confirmation - comme c’est l’habitude chez les enfants de Bordeaux - il ajoutera un autre nom à son nom régulier.Il choisira celui de Joseph, en l’honneur de l’époux de la Vierge Marie, en qui il a déjà une grande confiance.Désormais, il ne signera plus Guillaume mais G.-Joseph.Après ses études primaires dans sa ville natale, il est envoyé avec son frère Louis à Mussidan, un petit Collège situé à quelque 30 kilomètres de Périgueux.Le Collège Saint-Charles C’est là que se trouve Jean-Baptiste, le frère aîné, qui a choisi d’y continuer sa vocation d’éducateur après la suppression des Jésuites en 1762.Jean-Baptiste, déjà considéré comme un saint, accueille avec un plaisir évident ses jeunes frères et les initie à la prière et à l’oraison.Guillaume, très intelligent et travailleur réussit bien ses études.280 La Vie des communautés religieuses GUILLAUME-JOSEPH CHAMINADE UN HOMME DE NOTRE TEMPS C’est pendant ce séjour à Mussidan que se place un épisode qui nous montre l’attention de la Vierge Marie à laquelle il vouera un culte tout spécial pendant toute sa vie.Un jour, alors que les enfants étaient partis faire une promenade et qu’ils s’amusaient dans une carrière, l’un d’entre eux, par inadvertance, fit rouler une pierre qui atteignit Guillaume au pied.On espérait que la guérison se ferait rapidement.Ce ne fut pas le cas.Après plusieurs semaines, il n’y avait pas de mieux.C’est alors que Jean-Baptiste suggéra à Joseph de faire un pèlerinage à Notre-Dame de Verdelais s’il guérissait.En un rien de temps le pied se trouva guéri.Ils firent ensemble, à pied et sans difficulté, le pèlerinage - 80 kilomètres.Pendant ce temps, son désir de devenir prêtre se précise.Il doit se rendre au séminaire de Bordeaux et quelques mois à Paris pour se préparer à la prêtrise.Il est ordonné en 1785.Il revient alors à Mussidan où Louis, devenu prêtre lui aussi, est revenu.Les trois frères travaillent donc ensemble au Collège.Guillaume en devient l’économe, poste qu’il occupera jusqu’aux troubles de la Révolution qui en entraîneront la fermeture.Guillaume, alors que les troubles deviennent plus graves et se trouvant trop connu à Mussidan, se rendit à Bordeaux où il se ménagea quelques endroits pour se cacher si nécessaire.Justement, le 12 juillet 1790, une loi décréta que désormais l’Église de Lrance ne dépendait plus du Pape.Tous les prêtres français furent obligés de prêter serment à ce qu’on appela la “Constitution civile du clergé”.Tout prêtre qui ne prêtait pas serment et était découvert était guillotiné sur-le-champ.Plusieurs prêtèrent indignement ce serment, mais beaucoup aussi se réfugièrent en Espagne dont Louis.Vie clandestine Mais, un certain nombre décidèrent de rester.C’est le cas de Guillaume.Il ne put se résoudre à laisser le peuple sans guide.Une vie clandestine et dangereuse commençait pour lui.Il “s’amusera” à Novembre-décembre 2000 281 RAYMOND BOUTIN, SM déjouer les sbires qu’on appelait les sans-culottes, en variant ses déguisements.Un jour, il était livreur de chaudrons; un autre, il était un vendeur de nécessaires à la couture.Il se promène d’une maison à l’autre suivant les indications que lui donnent des enfants qui le reconnaissent bien, soit pour baptiser un enfant, soit pour célébrer l’eucharistie, soit pour administrer les derniers sacrements.Pendant tout ce temps de la Terreur, il est nulle part et partout.On le cache sous un tonneau ou sous une cuve sur laquelle on sert du vin à ceux qui le cherchent.Il ouvre la porte à un groupe lancé à sa recherche et qui pense le traquer mais il se sauve par les toits.Une autre fois, il est coincé.Ils l’ont reconnu.Il entre dans une maison amie et s’assied tranquillement avec la famille qui devisait familièrement autour du foyer et entreprend calmement la conversation avec eux.Les policiers l’ont vu entrer.Ils sont certains de le prendre cette fois-ci.Ils entrent, fouillent partout, passent et repassent devant lui.et ne le trouvent pas.Décidément, il a disparu.Ils s’en vont humiliés, dépités et incrédules.Mais les membres de la famille s’empressent autour de Guillaume et se demandent comment il se fait que les policiers ne l’aient pas arrêté.C’est alors qu’un petit garçon - la pureté enfantine! - qui était assis à côté de l’Abbé leur dit : « Mais, ils ne pouvaient pas voir Monsieur le curé, puisque la belle dame toute blanche, qui est entrée ici en même temps qu’eux, s’est toujours tenue devant lui pour le cacher.» Marie l’avait protégé.En 1794, c’est la fin de la Terreur.Une accalmie se produisit.Un bon nombre de prêtres qui avaient prêté le serment - par peur de la guillotine - voulurent se réconcilier avec l’Église qui avait fixé des normes de retour bien précises et sévères.C’est à Guillaume Chaminade, jeune prêtre d’à peine trente-trois ans et étranger au diocèse qu’on demanda d’agir comme grand pénitencier.C’était une tâche délicate.Il fallait rencontrer chacun et déceler les regrets et la bonne volonté de ces renégats passagers et craintifs mais cependant repentants.Il s’en acquittera avec tact, délicatesse et beaucoup d’amour.282 La Vie des communautés religieuses GUILLAUME-JOSEPH CHAMINADE UN HOMME DE NOTRE TEMPS Entre temps, il avait ouvert un petit oratoire et avait commencé ouvertement son ministère.Les gens, nombreux, accouraient pour le rencontrer.On le considérait comme un saint.Ainsi, un jeune homme écrivait : « J’ai trouvé le prêtre que cherchait mon coeur.C’est un saint, et il est mon guide, il sera mon modèle.» L’exil Mais l’accalmie ne dura pas longtemps.La Terreur reprit.Toutefois, on ne guillotinait plus les prêtres, on les exilait.C’est ainsi que Guillaume, cette fois, doit partir.Il passe en Espagne, à Saragosse, où il trouve un logement non loin du célèbre sanctuaire de Notre-Dame-del-Pilar.C’est là que la Vierge l’attendait.Pendant ces trois années d’exil, il médite en présence de la Vierge du Pilier et l’implore de lui montrer comment régénérer la foi dans l’âme de ses frères d’outre Pyrénées.Et la Vierge lui répond.On ne saura jamais tout à fait de quelle manière : son humilité et sa modestie lui interdiront d’aller trop loin dans ses propos.Il y a bien une fois où, plus tard, il dit à ses frères assemblés : « Tels je vous vois maintenant devant mes yeux, tels je vous ai vus longtemps avant la fondation de la Société.» Après trois ans d’exil, il revint de Saragosse, convaincu qu’il fallait bâtir sur du nouveau.« Il avait assisté au “passage de la justice de Dieu” (c’est ainsi qu’il désignait l’action anti-congréganiste de la Révolution) et ne chercha pas à rassembler les débris des anciens réguliers qui, pour la plupart, n’avaient échappé à la mort ou à l’exil que par l’apostasie et la sécularisation.»2 Ce qu’il voulait, c’est du nouveau.Nova bella elegit Dominus (Juges, 5,8) avait-il l’habitude de dire.À temps nouveau, armes nouvelles ! A un monde nouveau, il fallait des ordres nouveaux.Il était persuadé que l’esprit religieux pouvait exister sous les apparences de la vie religieuse, notamment sans costume spécial.Il envisageait la fondation d’une société religieuse qui exercerait une heureuse influence dans la multiplication des chrétiens en ne soulevant pas au premier abord de malheureuses préventions.Novembre-décembre 2000 283 RAYMOND BOUTIN, SM L’intuition qu’il avait reçue au sanctuaire du Pilar, pour rétablir la vie religieuse en France « reposait sur trois idées-clefs : - sa mission devait se placer sous le nom de 1 Immaculée-Conception “à qui était réservé le triomphe sur l'hérésie des temps actuels’ ; - son action apostolique s’exercerait par l'intermédiaire des “associations ou congrégations séculières” chaperonnées par une congrégation religieuse; - pour atteindre toutes les classes sociales, sa congrégation religieuse se plierait à toutes les exigences des temps présents.»3 Aussitôt rentré en France en 1800, il ouvre un petit oratoire - La Madeleine - et commence à accueillir les nombreuses gens qui voulaient revoir le saint et, de nouveau, vivre pleinement leur vie chrétienne.Les autorités diocésaines ont aussi la vue sur lui.On lui confie la charge d’administrer le vaste diocèse de Bazas, siège vacant depuis plusieurs années à la suite de la mort de l’évêque.Il doit continuer aussi à aider à la réhabilitation des prêtres assermentés qui désirent revenir à l’Église.C’est pendant cette administration qu’il reçoit un titre qu’il affectionnera au plus haut point, celui de Missionnaire apostolique.C’est aussi dès son retour qu’avec une de ses dirigées il participe indirectement à la fondation d’une oeuvre destinée à recueillir des prostituées repenties; elle prendra le nom de La Miséricorde de Bordeaux.Les Congrégations Le 8 décembre 1800, parmi les personnes venues à la messe, il aperçoit deux jeunes gens; ils ne se connaissent pas; il les fait venir, les félicite de leur foi courageuse et leur demande de revenir avec chacun un compagnon.Ils reviennent.Ils sont quatre; ils sont huit, ils sont douze.C’est le premier noyau de ce qu’il désire fonder : «une milice de la Sainte Vierge, une Congrégation, c’est-à-dire un groupe de jeunes gens qui se mettront spécialement sous la protection de Marie pour s’aider mutuellement à vivre en bons chrétiens et à conquérir 284 La Vie des communautés religieuses GUILLAUME-JOSEPH CHAMINADE UN HOMME DE NOTRE TEMPS leurs frères au Christ.La Congrégation honorera la Sainte Vierge spécialement invoquée comme l’immaculée Conception.L’Immaculée Conception, c’est le triomphe de Marie sur le démon, c’est le symbole de la pureté.»4 Et ces jeunes gens, « quelle que soit leur condition sociale, quelle que soit leur profession, tous sur un pied d’égalité », se réunissent, prient, discutent, se multiplient.Leur foi entraîne bientôt les jeunes filles qui demandent au Père Chaminade d’organiser aussi une Congrégation de jeunes filles.Puis, ce sont les pères de famille qui demandent la même chose, puis ce sont les mères de famille, puis des prêtres qui se joignent à eux.Le bien qui se fait grâce à cette phalange de laïcs engagés est immense : école pour les enfants, organisation des loisirs, visite des prisonniers, catéchismes paroissiaux, expansion des bonnes lectures, soin des malades à domicile, visite dans les hôpitaux.Ils sont partout.Pour le Père Chaminade, les Congrégations sont des “missions permanentes”.C’est le moyen, pour lui, de rechristianiser la France.Déjà en 1822, on en trouve dans 21 villes.Et, à sa mort, en 1850, on en compte plus de 40.Lors des réunions de chacun des groupes, on prie, on se donne la nouvelle, on s’instruit, on échange sur ses bons coups, sur ses échecs.Ces congrégations sont une pépinière de vocations tant pour les séminaires que pour les ordres religieux masculins et féminins qui se réorganisent.Une des caractéristiques de ces Congrégations et qui se retrouvera aussi chez les Marianistes et les Filles de Marie est ce qu’on appelle le rendez-vous quotidien de la prière de Trois heures : Seigneur Jésus nous voici réunis au pied de la Croix avec ta Mère et le disciple que tu aimais.Nous te demandons pardon de nos péchés qui sont la cause de ta mort.Nous te remercions d’avoir pensé à nous en cette heure de salut et de nous avoir donné Marie pour Mère.Vierge sainte, prends-nous sous ta protection et rends-nous dociles à l’action de l’Esprit Saint.Novembre-décembre 2000 285 RAYMOND BOUTIN, SM Saint Jean, obtiens-nous la grâce d’accueillir, comme toi, Marie dans notre vie et de l’assister dans sa mission.Amen.Que le Père, le Fils et le Saint-Esprit soient glorifiés en tous lieux par l’immaculée Vierge Marie.Nova bella elegit Dominus Cependant, en 1816, à partir d’un noyau de jeunes filles, sera fondé officiellement l’Institut des Filles de Marie-Immaculée.En 1817, c’est au tour des jeunes gens de demander d’aller plus loin dans le don de leur vie.Le Père Chaminade y voit enfin la réalisation de ce qu’il avait entrevu : « C’est là ce que j’attendais depuis longtemps.Dieu soit béni! Sa volonté se manifeste, et le moment est venu de mettre à exécution le projet que je poursuis depuis vingt ans qu’il me l’a inspiré.Faisons donc une association religieuse par l’émission des trois voeux de religion, mais sans nom, sans costume, sans existence civile, autant qu’il se pourra : Nova bella elegit Dominus.Et mettons le tout sous la protection de Marie Immaculée, à qui son divin Fils a réservé les dernières victoires sur l’enfer : Et ipsa conteret caput tuum.Soyons dans notre humilité le talon de la Femme.»5 Dans ce premier noyau des sept premiers jeunes gens se trouvaient déjà les trois éléments constitutifs (prêtres, frères enseignants et frères ouvriers) de la Société de Marie (Marianistes) : deux d’entre eux faisaient des études en vue de la prêtrise, trois se préparaient à l’enseignement et deux se destinaient au travail manuel.Cette nouvelle structure, par suite de sa nouveauté, eut d’abord du mal à être acceptée en haut lieu, mais les explications précises et pressantes montrèrent que la nouveauté de la chose ne pouvait qu’être un grand bien pour l’Église.Elle reposait sur “l’union sans confusion”.Désormais, on voit le Père Chaminade renforcer ses fondations où les membres venaient, nombreux, zélés, mais cependant toujours en nombre insuffisant quand on considère toutes les demandes auxquelles il ne pouvait répondre.De plus, toujours à l’affût du bien à faire, 286 La Vie des communautés religieuses GUILLAUME-JOSEPH CHAMINADE UN HOMME DE NOTRE TEMPS il s’était bien aperçu que, malgré toute leur bonne volonté, les instituteurs non seulement de Bordeaux et des environs, mais de toute la France n’avaient aucune formation pédagogique sérieuse.Il eut alors l’idée d’instituer des Écoles Normales.Ce fut l’enthousiasme.Son initiative est trouvée excellente au Ministère de l’instruction publique.Et les Écoles Normales se développeront désormais à travers toute la France, assurant ainsi un enseignement de plus grande qualité.Devenu bien vieux, ayant enduré les vicissitudes causées par des malentendus, on voit le bon vieillard se préparer à rencontrer son Seigneur.C’est un joli tableau que celui de le voir, devenu presque aveugle, se faire conduire au bout du jardin où trône une statue de l’immaculée Conception.Et là, appuyant de toute sa force une main tremblante sur le pied de la Vierge et la tête du serpent, on l’entend dire avec une joie évidente : « Malgré tout elle t’a écrasé la tête, elle te l’écrasera toujours ».Il meurt le 22 janvier 1850, à 89 ans.Parmi les nombreux points qu’on pourrait retenir de toute cette longue vie, arrêtons-nous sur l’esprit de foi et la dévotion à la Vierge Marie.Fortes in fide ! Il est édifiant de lire ses nombreuses lettres - il nous en reste plus de 1800 - et de voir combien, malgré tous les tracas auxquels il avait à faire face, l’esprit de foi imprègne chacune d’elles.Cet esprit de foi a surtout été explicité dans sa méthode d’oraison sur le Credo.Sur aucun sujet, le Père Chaminade n’a autant parlé et écrit que sur la foi et l’oraison.Dans les premières constitutions de ses Sociétés, il écrivait : « On pose en principe qu’il est impossible à l’homme de s’élever à la perfection religieuse sans l’oraison, et que plus un religieux s’adonne à cet exercice, plus il s’approche de sa fin, qui est la conformité avec Jésus- Christ.L’oraison doit être, avec la dévotion à la Sainte Vierge, la vertu caractéristique des religieux de Marie, et celle, sans exception, où chacun s’efforce le plus d’exceller ».Il a Novembre-décembre 2000 287 RAYMOND BOUTIN, SM présenté à ses premiers religieux une méthode d’oraison : Notes sur Toraison de foi et de présence de Dieu.Il y insistait sur la méditation du Credo et, là encore, il a présenté toute une méthode de méditation sur le Credo.Per Matrem ad Filium D’autre part, ce qui caractérise l’état religieux conçu et réalisé par le Père Chaminade c’est que la profession religieuse, outre le sens traditionnel, revêt celui d’une consécration à Notre-Dame.C’est bien ce qu’il disait dès le début : « Le nouvel Ordre prend le nom de Société de Marie (celui de Famille de Marie exprimerait mieux sa nature), parce que tous ceux qui la composent ou la composeront dans l’avenir doivent: 1.Se consacrer à Marie; 2.La regarder comme leur Mère et se regarder eux-mêmes comme ses enfants; 3.Se former dans le sein de sa tendresse maternelle à la ressemblance de Jésus-Christ.» Légalement, le religieux est constitué dans l’état de serviteur de Marie comme il l’est dans celui de serviteur de Dieu.« Voilà bien, écrit-il, le caractère distinctif et l’air de famille de nos deux Ordres.Nous sommes spécialement les auxiliaires et les instruments de la très Sainte Vierge dans la grande oeuvre de la réformation des moeurs, du soutien et de l’accroissement de la foi.C’est en son nom et pour sa gloire que nous embrassons l’état religieux; c’est pour nous dévouer à elle corps et biens pour la faire connaître, aimer et servir, bien convaincus que nous ne ramènerons les hommes à Jésus que par sa très sainte Mère.» Et, pour écarter des objections, il a eu soin de déclarer dans les Constitutions de la Société de Marie : « La Société de Marie n’a essentiellement qu’un seul but, qui est l’imitation la plus fidèle de Jésus-Christ.La profession que fait la Société d’être dévouée à Marie, comme l’indique son nom, ne déroge pas à cette unité.Jésus-Christ a été à la fois parfait adorateur de son Père et fils parfait de la Vierge Marie.Il est l’idéal unique du Marianiste et de la Fille de Marie comme de tout baptisé.»6 Le Père Chaminade disait aussi : « Ce que je regarde comme le caractère propre de nos deux ordres, c’est que c’est en son nom et pour sa gloire que nous embrassons la vie reli- 288 La Vie des communautés religieuses GUILLAUME-JOSEPH CHAMINADE UN HOMME DE NOTRE TEMPS gieuse, c’est pour nous dévouer à elle corps et biens, pour la faire connaître, aimer et servir, bien convaincus que nous ne ramènerons les hommes à Jésus que par sa très sainte Mère ».Il se plaît à présenter notre profession religieuse comme une “alliance avec Marie”.C’est ce que les Marianistes redisent chaque jour quand ils renouvellent leur acte de consécration : « Seigneur, notre Dieu.Tu as associé Marie au Mystère de son Fils pour qu’elle soit la nouvelle Ève, la Mère des vivants; confirme l’alliance que nous avons contractée avec elle.»7 Le dernier article du premier livre de nos anciennes Constitutions donnait un aperçu complet du programme de perfection attendu de chacun des membres de la Société ; « En résumé, le profès fidèle à l’esprit de sa vocation est celui qui trouve son bonheur à porter le nom de Marie et à devenir chaque jour avec plus de vérité un petit enfant dans la famille du bon Dieu.Éclairé et guidé par la foi, il traverse cette terre d’exil, les yeux et le coeur élevés vers la patrie; à l’exemple de Jésus, et sous l’inspiration de la piété filiale envers Marie, il passe en s’occupant des choses de son Père céleste, en travaillant à glorifier sa Mère et en faisant du bien à ses frères ».Mgr Blanchet, à l’occasion du centenaire de la mort du Père Cha-minade, en 1950, a bien résumé cette vie pleine de nouveau dans le renouveau: « Il a mis au service des temps nouveaux une humble audace.C’était son humilité qui a fait sa hardiesse.»8 Et aujourd’hui ?Les Marianistes, les disciples du bienheureux Chaminade, hommes et femmes sont implantés dans 29 pays.Les grandes vues du Fondateur continuent à se développer.Ce qu’on a appelé les Congrégations, s’appellent maintenant les Fraternités de laïcs et plus précisément Les Communautés laïques marianistes.Il y en a partout où les religieux et les religieuses sont présents ou ont été présents.On les compte par milliers.Ils sont actifs et avides de mieux connaître les Marianistes et de vivre de leur esprit.Leur joie fut grande, le 25 mars dernier, lors- Novembre-décembre 2000 289 RAYMOND BOUTIN, SM que le Conseil Pontifical pour les laïcs, compte tenu des dispositions des articles 131-134 de la Constitution Pastor bonus sur la Curie Romaine décréta “la reconnaissance des Communautés Laïques Marianistes en tant qu’association privée internationale de fidèles constituée en personne juridique, et l’approbation des statuts ad experimentum pour une période de cinq ans selon les canons 298-311 et 321-329 du Code de Droit Canonique.” Et au Canada ?Les Marianistes n’ont jamais été nombreux au Canada.Arrivés au Manitoba en 1880, ils s’y sont lentement développés et actuellement, quelques membres y travaillent encore (enseignement et pastorale à l’école et à l’Université).Du Manitoba, à la demande du Cardinal Villeneuve, quelques-uns sont venus, tardivement cependant, implanter la Société de Marie au Québec en 1938.Depuis, ils travaillent dans le domaine de l’éducation, dans l’animation de paroisses, dans l’accompagnement de communautés laïques marianistes, dans l’aumônerie d’hôpital où ils exercent un travail de bénévolat dans des oeuvres variées.Afin de répondre à des besoins nouveaux - car notre époque - ici -ressemble beaucoup à certains égards à celle qu’a connue le Père Chaminade, les Marianistes ouvrent un Centre d’éducation de la Foi où, justement, les laïcs prendront une part importante de l’animation.Bienheureux Père Chaminade, priez pour nous et faites que nous réalisions cette parole qui vous était bien chère : « Rendons synonymes les expressions de saints et d’Enfants de Marie.» Raymond Boutin, sm 5020 Clément-Lockquell St-Augustin-de-Desmaures QC G3A 1B3 290 La Vie des communautés religieuses CHERCHANT ENSEMBLE UNE NOUVELLE A URORE Notes 1 Pierre Zind - Les nouvelles congrégations de frères enseignants en France de 1800 à 1830, Thèse de doctorat ès lettre, Le Montet, 69 Saint-Genis-Laval, 1969, tome 1, page 61.2 Id.p.128 3 Id.p.128-129 4 Geneviève Veuillot, Le «Bon Père Chaminade », Collection «Belles histoires et belles vies», no 25, Editions Fleurus, 1955.5 Joseph Simler : G.-J.Chaminade, Paris, Bordeaux, 1901, p.372.6 Joseph Verrier, Un insigne serviteur de Marie, dans la revue Marie, mars- avril 1950, p.77.7 L’ensemble des vues du Fondateur sur ses deux Ordres religieux a été exprimé dans une lettre qu’il écrivait aux prédicateurs de retraite le 24 août 1839; il y décrit avec “une singulière lucidité (même si les termes utilisés datent) la situation religieuse de son temps” et la singularité de ses deux nouvelles sociétés.Quelqu’un qui désire la lire se réfère au site Internet :www.marianistes@ 8 Mgr Blanchet, Humble audace au service des temps nouveaux, dans Ecclesia, octobre 1950, p.99.Novembre-décembre 2000 291 Y A-T-IL UNE SIGNIFICATION AU CENTENAIRE DELA CANONISATION DE JEAN-BAPTISTE DE LA SALLE ?Gilles Beaudet, f.é.c C’est le 24 mai de l’année 1900 que fut étendu à l’Église universelle le culte adressé à Dieu pour ses merveilles réalisées en saint Jean-Baptiste de La Salle.Nous sommes donc en pleine année centenaire de cet événement très important pour la famille lasallienne dans le monde.N’est-il pas à propos que nous prenions un peu de temps pour nous demander si, au cours de ces cent ans, il y a eu des retombées de cette grâce particulière, ou s’il y a une signification au Centenaire de cette canonisation ?De la mort à la canonisation Pour aboutir à la canonisation, les Frères ont dû apporter leur quote-part.Tout spécialement le frère Robustinien, secrétaire de l’Institut et chargé de faire progresser les démarches de la canonisation.Je ne ferai pas ici l’histoire de ces démarches; elles sont consignées dans des registres officiels où le latin, l’italien et le français sont tour à tour à l’honneur.Une abondante documentation découle de la phase initiale qui a amené à la béatification en février 1888.Une autre collection de documents atteste des études fort sérieuses sur l’homme, sur sa vie et ses oeuvres, sur les faveurs qu’il a obtenues et qui sont examinées dans le détail.Enfin, le décret de Tuto confirmera en 1899 que tout favorise la déclaration officielle de sainteté, et c’est donc en 1900, 292 La Vie des communautés religieuses Y A-T-IL UNE SIGNIFICATION AU CENTENAIRE.nous l’avons dit, que Jean-Baptiste de La Salle entre glorieusement dans l’album des saints de l’Église universelle.Des instruments d’approfondissement La ferveur qui s’était accentuée dans les années préparatoires, en implorant l’accomplissement de guérisons afin de marquer la bienveillance de Dieu envers son intercesseur, ne s’est pas éteinte le jour du 25 mai, au lendemain des célébrations.Saint Jean-Baptiste de La Salle a été célébré toute l’année qui a suivi sa canonisation.Les grands biographes de l’époque, Jean Guibert, sulpicien, Armand Ravelet, et d’autres ont été appelés à produire des biographies fouillées du nouveau saint.On ne s’est pas contenté de redire ce qu’avait publié le chanoine Jean-Baptiste Blain en 1734 dans un ouvrage remarquable.On est allé à la chasse aux documents d’archives, comme il se devait.Par la suite, on a remis à jour, maintes fois avec des plumes nouvelles et alertes, les traits de ce grand fondateur des Frères des Écoles chrétiennes, instituteur des écoles populaires.Ces biographies existent dans une quinzaine de langues ou davantage, et pour toutes les parties du monde.On a cru être parvenu à un sommet, sans doute, lorsqu’on a produit le film La Rencontre de Parménie, il y a plus de 30 ans déjà.On s’inspirait d’une vie romancée écrite par frère Albert Burkhard, sous le titre : Un gamin de Paris.Les cinéastes ne s’arrachent pas de tels sujets et l’on est peut-être assez loin de la parution sur les écrans, d’un film nouveau consacré à Jean-Baptiste de La Salle.Il se trouve ici et là dans le monde, des créations moins professionnelles, mais non dénuées d’intérêt.Au Collège Saint-Paul de Varennes (Canada) des jeunes ont monté de toutes pièces une comédie musicale mettant en scène saint Jean-Baptiste de La Salle et sa communauté naissante.Cela n’a pas fait courir les foules, autant que Notre-Dame de Paris.Mais l’expérience représente en soi une magnifique réalisation de jeunes, et, enrichie par l’expérience de professionnels chevronnés, elle pourrait prendre une stature très digne d’intérêt parce qu’ancrée dans la culture contemporaine.Déjà, dans son état actuel, l’oeuvre artistique des jeunes étudiants et étudiantes, s’at- Novembre-décembre 2000 293 F GILLES BEAUDET, É.C.tire l’admiration de bien des spectateurs.La production a été trop limitée aux murs d’une seule école, et les vidéo-cassettes ont été éditées en quantité réduite, limitées aux commandes expresses.On ne peut pas dire que les auteurs aient péché par excès de publicité ou excès de confiance dans la qualité de leur produit.C’est regrettable.Souhaitons que la situation puisse s’améliorer.Jean-Baptiste de La Salle est encore dans le paysage, pourrait-on dire.Il y est comme personnage historique.Il est à prévoir que le trois cent cinquantième anniversaire de sa naissance (1651) et qui sera marqué en 2001, amènera lui aussi la parution de biographies réactualisées, ou de créations artistiques variées.Déjà, le début de l’année 2000, centenaire de la canonisation, a vu paraître aux Editions Nouvelle Cité, un livre intitulé : Prier 15 jours.avec Jean-Baptiste de La Salle.Cet ouvrage nous aide à prendre conscience de l’ampleur de l’expérience spirituelle du saint chanoine rémois.On constate que nous ferions fausse route en le considérant seulement comme un gestionnaire d’écoles ou un rédacteur d’ouvrages destinés à l’école.Il y a beaucoup plus dans la spiritualité de saint Jean-Baptiste de La Salle et il se révèle un authentique maître des voies spirituelles.Fruits ou échec apparent ?Aussi étonnant que cela puisse paraître, quatre ans après la canonisation de Jean-Baptiste de La Salle, son Institut, comme beaucoup d’autres, était chassé du sol de France.C’était le fruit d’une campagne sociale anti-religieuse, orchestrée par des intellectuels à courte vue et à oeillères, dans l’ombre rétrograde des laïques français du dix-neuvième siècle, eux-mêmes héritiers intellectuels des prétendues lumières du siècle antérieur.Était-ce là une retombée positive de la sainteté qu’on venait d’exalter en son être d’éducateur ?À vue de nez, on se serait cru devant un déni de sainteté, ou devant un échec.Mais c’est parfois la façon dont s’exécutent les plans de Dieu dans notre histoire humaine.Cette expulsion injuste et crapuleuse que ne sauraient justifier ni la Déclaration universelle des Droits de 1789, ni 294 La Vie des communautés religieuses Y A-T-IL UNE SIGNIFICATION AU CENTENAIRE.la Charte universelle des Droits de l’Homme, cette expulsion de leur pays, a permis aux Frères d’aller fonder des maisons d’éducation en plusieurs endroits du monde où ils seraient allés plus tardivement sans doute s’il n’y avait eu cette épreuve.Peut-on dire que ce fut un mal pour un bien ?' Saint Jean-Baptiste de La Salle honoré dans les pierres S’il fallait souligner quelques autres retombées tangibles de la canonisation, on pourrait parler des églises qui ont été consacrées à honorer son patronage.Il y en a actuellement deux à Rome, deux en France (Reims, Paris), d’autres en Europe nous sont peut-être ignorées.Il y en a quatre au Canada : la première église qui rendit hommage à saint Jean-Baptiste de La Salle en 1900, fut élevée à Delmas, en Saskatchewan.La seconde est celle de Montréal.Puis vinrent une église à Trois-Rivières et une à Québec.Je ne suis pas certain d’avoir ainsi fait le décompte exact de toutes les églises du monde catholique qui rendent hommage au fondateur des Frères des Ecoles chrétiennes.Il importe encore que les paroissiens sachent pour quelle raison ce saint est devenu le titulaire de leur église, et en quoi il est proposé par l’Église à l’imitation des fidèles.Il y a des saints dont la popularité est établie depuis des siècles et dont tout le monde connaît la vie au moins dans ses points majeurs.Des pierres vivantes : Signum Fidei, Mission lasallienne partagée, Jeunesse Lasallienne.Dans les endroits où les Frères sont visibles et actifs, ils ont à coeur de publiciser la spiritualité de leur saint Instituteur.On pourrait penser que la diminution des effectifs de la communauté aurait pour effet de restreindre ce genre d’action.Encore ici la Providence veille.Il existe aujourd’hui dans le monde entier, des groupes de laïcs qui se nourrissent, pour ainsi dire, de la spiritualité apostolique ou mystique de saint Jean-Baptiste de La Salle.Je signalerai ici quelques-uns de ces groupes.Il y a les groupes appelés “Signum FideU (Signe de la foi).Ce Novembre-décembre 2000 295 F.GILLES BEAUDET, É.C.titre rattache ces groupes à l’emblème majeur de la communauté des Frères : l’étoile, signe de foi.La foi était la caractéristique du lasal-lien, elle est au centre de la vie de ces groupes.Une foi qui s’inspire de l’Évangile, du Seigneur, du saint Fondateur.Mais aussi une foi agissante qui s’exprime par le service des démunis, et dans l’attention charitable, aimable et respectueuse au prochain.D’autre part, plusieurs personnes engagées dans l’éducation, spécialement si elles sont reliées à des institutions lasalliennes, ont voulu approfondir l’approche spirituelle de Jean-Baptiste de La Salle dans son oeuvre éducatrice.La communauté des Frères invite ces personnes à partager la mission lasallienne; et donc elles se désignent comme membres de la Mission lasallienne partagée.Jean-Baptiste de La Salle possède cette originalité assez particulière d’avoir formulé une sorte de théologie de l’éducation, lorsqu’il a composé une série de méditations sur le thème de la mission éducative.C’est un ouvrage gardé manuscrit jusqu’en l’année 1730 alors qu’il fut imprimé sous le titre de Méditations pour le temps de la Retraite que les Frères doivent faire pendant les vacances.On ne peut pas se fier sur ce long titre pour en apprendre beaucoup sur le contenu des seize méditations qui composent le volume.Plus on approfondit l’étude de ce livre, plus on y découvre à la fois la profondeur de la pensée et l’habileté extraordinaire de la présentation.La composition est organisée pour une utilisation de huit jours, à raison de deux méditations par jour.Or chacun de ces couples de méditation possède sa face théorique, et sa face pratique.La Salle a toujours voulu qu’on ne se contente jamais de vérités spéculatives, mais qu’on sache passer aux vérités pratiques qui conduisent à l’engagement.D’autre part, l’oeuvre est constituée comme un parcours en quelque sorte cyclique : on part d’un sommet pour aboutir à ce même sommet, en parcourant quatre thèmes qui se correspondent dans un ordre complémentaire.Cette formulation paraît bien abstraite, énoncée ici sur une page de papier.Voyons plutôt comment cela se présente dans le concret, en dressant le tableau des titres de méditations 296 La Vie des communautés religieuses Y A-T-IL UNE SIGNIFICATION AU CENTENAIRE.(qu’on pourrait bien appeler, pratiquement, des chapitres).Pour favoriser la clarté, nous nous permettrons de condenser les titres.2 1 -2 Dieu par sa Providence établit les maîtres des écoles chrétiennes pour que tout homme puisse le connaître.3-4 Les maîtres sont coopérateurs de Jésus-Christ dans l’annonce du Salut.15-16 Les maîtres ont une récompense au Ciel; ils ont eu leur récompense ici-bas.13-14 Comme coopérateurs, ils auront à rendre compte sur leur mission.5-6 Les maîtres sont des Anges gardiens pour la jeunesse.7-8 Les maîtres sont nécessaires à l’Église, éducatrice des peuples.11-12 Comme Anges gardiens, ils ont un rôle de prévention et d’accompagnement.9-10 Pour travailler au progrès de la mission dans l’Église, leur ardeur doit être vive et active (zèle).On constate assez aisément, me semble-t-il, comment la boucle se forme en progression, en partant de Dieu, passant par Jésus-Christ par la fonction d’Anges gardiens et d’intermédiaires dans l’Église, pour remonter de niveau en niveau, jusqu’au retour auprès de Dieu qui était le commettant initial et qui devient la récompense : “Viens, bon et fidèle serviteur,.recevoir ta récompense”.A mon avis, cet écrit de saint Jean-Baptiste concerne tout éducateur.Si l’on prend bien conscience des lignes de fond sur lesquelles il se stmcture, on devient mieux en mesure d’en tirer le parti qu’il faut.Bien sûr, par bien des aspects un tel ouvrage garde les traces de son époque.Mais par beaucoup d’autres, son contenu essentiel conserve bien des sources d’inspiration valables pour notre temps.C’est un ouvrage essentiellement articulé sur le Plan divin pour le salut des hommes, en passant par l’annonce de la Parole de l’Évangile, et les façons d’apprendre à l’enfant à se garder libre dans le service de Dieu.On voit la logique qui Novembre-décembre 2000 297 F.GILLES BEAUDET, É.C.prévaut à sa composition.Il faudrait aussi arriver à en dégager la mystique, et c’est là le plus important.Et ce qui permettrait de nous approprier ce que j’appelle cette “théologie de l’éducation”, telle que La Salle l’a exprimée dans le contexte de son époque.De nos jours, comme retombée de la canonisation depuis cent ans, pourrait-on dire aussi, il existe un Centre international lasallien qui contribue à dégager de l’enseignement lasallien de base, tout ce qu’il peut offrir de fécond pour aujourd’hui.À Paris, ou à Quimper, pour ce qui est de la France, en d’autres centres lorsqu’il s’agit de l’Espagne, de l’Italie, ou des États-Unis, voire du Canada, on peut trouver aussi des centres de formation lasallienne qui travaillent à mettre constamment à jour la fécondité de l’inspiration lasallienne dans le monde éducatif.On peut regretter que cela ne soit pas suffisamment institutionnalisé pour ce qui concerne le Québec.J'entends par institutionnalisé : un centre stable, bien identifié (à l’image d’un Centre Christus), avec son équipe permanente, ses intervenants, sa publicité, ses programmes de cours, etc.En ce sens, ce fruit de la canonisation au Canada, demande à mûrir encore.En Haïti, à Port-de-Paix, frère Richard Dupont, en dépit de certains obstacles que l’on s’explique, n’a-t-il pas réussi à mettre sur pied un Institut lasallien de sciences religieuses et catéchétiques, affilié à l’Université LaSalle de Mexico.En plus des formations théologiques et catéchétiques, on y offre un certificat d’études lasalliennes à ceux qui cherchent une formation lasallienne plus approfondie.Dans cette même ville de Port-de-Paix, ce sont des laïcs membres de Signum Fidei à qui sera confiée la direction de l’école primaire Saint-Joseph.La jeunesse lasallienne du Canada francophone D’autres manifestations vitales des fruits d’une canonisation pourtant centenaire, je les vois dans l’existence de nos Jeunes lasalliens ou de Volontaires lasalliens, à travers le monde.Au Québec, les Jeunes lasalliens sont d’abord engagés profondément dans leur attachement à la spiritualité de La Salle, mais aussi dans une action concrète multiforme.Ces diverses actions sont toutes fort appréciables.Mais j’ai 298 La Vie des communautés religieuses Y A-T-IL UNE SIGNIFICATION AU CENTENAIRE.un penchant pour leur présence dans l’univers informatique.On trouve les Jeunes lasalliens du Canada francophone, sur un site internet.Pour le moment l’adresse électronique des JLCF est la suivante : http:// members.xoom.com/jlcf/.Le mieux est d’aller visiter ce site dans tous ses recoins pour se faire une bonne idée de l’activité remarquable de ces jeunes gens et jeunes femmes dynamiques.On y découvrira aussi une branche des Jeunes lasalliens engagée dans un club de philatélie; ce qui est une sorte de formation culturelle intéressante.Une spiritualité de force héroïque Jusqu’ici, je le constate, j’ai mis en lumière des fruits de la canonisation qui se manifestent de nos jours à travers des organismes d’éducation ou de service.Ce qui est très bien.On peut dire pourtant que la canonisation a aussi porté des fruits plus proprement spirituels.L’enseignement et l’exemple de saint Jean-Baptiste de La Salle ont enrichi les coeurs au point d’en faire, à l’occasion, d’authentiques témoins de la foi à travers le martyre.L’Église canonisait le 21 novembre dernier, neuf Frères espagnols des Asturies, victimes des révolutionnaires endiablés de la guerre pro-communiste des années 1934-1939.En Espagne, il y a eu aussi les huit Frères martyrs dans la ville d’Alméria.Ces héros avaient maintes fois entendu relire les propos de leur fondateur au sujet de saint Antoine de Padoue (MF 135,2) ou pour la fête de saint Denis (MF 175,3), par exemple : « C’est la récompense des hommes apostoliques, en cette vie, d’être persécutés et de mourir pour la défense et le soutien de la foi qu ’ils ont annoncée.» Les saints martyrs des Asturies et d’Alméria, ainsi que leur émule f.Jaume Hilario Barbai, de Bujedo, ont accompli à la lettre cet enseignement.Avant eux, les frères Roger et deux compagnons, à Rochefort, puis frère Salomon, à Paris, dans la prison des Carmes, avaient versé leur sang, sous le glaive des sanguinaires prophètes de la Liberté, Égalité, Fraternité.Belle fraternité que celle qui égorge et trucide ! Novembre-décembre 2000 299 F.GILLES B EAU DEL É.C.Nombreux sont les disciples de saint Jean-Baptiste à avoir aussi vécu le “martyre” du quotidien, ou celui du service des moins bien nantis : tels sont les saints frères Bénilde (français), Mutien-Marie (belge), Miguel Cordero (équatorien), frère Arnould (français), le bienheureux Scubilion Rousseau, dans l’île de la Réunion.La spiritualité de saint Jean-Baptiste de La Salle a fait fleurir un immense travail d’évangélisation qui se poursuit sur toute la planète.Un stimulant pour la vie quotidienne Parmi les traits supérieurs de la spiritualité de saint Jean-Baptiste de La Salle, on peut placer la foi en très bonne place.L’esprit de foi, avec son corollaire, le zèle, est l’esprit spécifique du frère des Ecoles chrétiennes, en raison même de sa mission évangélisatrice.Et cet esprit de foi est centré sur Jésus-Christ, particulièrement dans les mystères de son Incarnation, de la Rédemption et de sa Résurrection.En ce sens, La Salle se situe dans le droit fil de la pensée bérullienne, autant que dans celle du jésuite Lallemant.Il est sur la longueur d’onde de la spiritualité française, cela va de soi.Féru d’Évangile, La Salle insiste pour que les béatitudes forment la moelle spirituelle de tout esprit chrétien.Nous savons que sa propre vie démontre combien il a su incarner le “bienheureux les pauvres, bienheureux les persécutés, bienheureux quand les hommes vous haïront à cause de mon nom, bienheureux les pacifiques, bienheureux les doux, bienheureux les coeurs purs ”.On pourrait même composer un compendium biographique de La Salle, en utilisant ces béatitudes comme têtes de chapitres, tellement tout cela est étroitement lié à son existence.Pour ce qui concerne la foi, La Salle n’en fait pas une étude sèchement intellectuelle, mais il la voit comme un moteur de vie spirituelle dans toute son ampleur : “Le premier effet de la foi est de nous attacher fortement à la connaissance, à l’amour, à l’imitation et à l’union de Jésus-Christ; à la connaissance, puisque c’est en cela que consiste la vie étemelle; à l’amour, puisque celui qui ne l’aime pas est un réprouvé; à l’imitation, puisque les prédestinés doivent lui être conformes; à 300 La Vie des communautés religieuses Y A-T-IL UNE SIGNIFICATION AU CENTENAIRE.l’union, puisque nous sommes à l’égard de Jésus-Christ comme les branches d'une vigne qui sont mortes lorsqu’elles en sont séparées” (Oeuvres complètes, R 15, 1,3).On notera que les explications données par La Salle s’appuient toutes sur des passages de la Sainte Écriture.C’est ce qu’on peut appeler de la cohérence, ou de la suite dans les idées.Le service des pauvres Il n’y a rien de plus typiquement lasallien aussi que l’attitude évangélique du service des pauvres.L’âme de La Salle trouve des accents quasi lyriques, le jour de Noël, pour communiquer à ses disciples un regard de foi sur les plus nécessiteux de la société : “Nous sommes de pauvres Frères, leur dit-il en se plaçant au niveau de tous, “oubliés et peu considérés des gens du monde : il n’y a que les pauvres qui nous viennent chercher; et ils n ’ont rien à nous pré sente F que leurs coeurs, disposés à recevoir nos instructions.Aimons ce qu’il y a de plus humiliant dans notre profession, pour participer, en quelque chose, à l’abjection de Jésus-Christ dans sa naissance” (Oeuvres complètes, MF 86,2,2).Son attitude envers les défavorisés est pleine de considération, de respect et de foi : “Avez-vous de l’amour pour les (enfants) pauvres; rendez-vous honneur à Jésus-Christ en leur personne, et, dans cette vue, les préférez-vous à ceux qui ont quelque aisance ! Avez-vous plus de considération pour ceux-là que pour les autres ?” (MF 133,3,2) Jean-Baptiste de La Salle fut parmi les premiers instituteurs de l’école populaire en France à instaurer la gratuité intégrale pour les étudiants sans ressources.Il considérait cela comme essentiel à son Institut.Avec l’évolution de la société au vingtième siècle, la communauté a dû s’adapter aux nouvelles conditions, Pourtant l’Institut, dans l’héritage spirituel de son fondateur, continue d’oeuvrer auprès des plus pauvres en différents pays du monde, Le chapitre général du mois d’avril de l’an 2000 sera appelé à souligner à nouveau l’importance du service des pauvres qui est déjà bien largement présent dans l’Institut.Il y a là comme un signe providentiel des fruits durables de la canonisation d’il y a cent ans.Novembre-décembre 2000 301 F.GILLES BEAUDET, É.C.Conclusion Dans les lignes précédentes, nous avons mis en évidence bien des éléments positifs d’une retombée de la canonisation centenaire de saint Jean-Baptiste de La Salle.Nous n’avons pas fait un inventaire exhaustif: des aspects ont été omis, d’autres ont été simplement oubliés.Le portrait global donne une bonne idée de la réalité, et cela suffit.La force évangélique et inspiratrice que dégage saint Jean-Baptiste de La Salle continuera de toucher les coeurs autant chez les jeunes que chez les adultes.Un vigoureux ferment d’évangélisation continuera de faire lever, pour un temps que Dieu décidera, de nouveaux fruits de la canonisation de Jean-Baptiste de La Salle, un phare resplendissant dans l’Église universelle.F.Gilles Beaudet, é.c.Chemin Bord-de-l’Eau Laval Qc H7X 1S9 Notes 1 M.Guy Laperrière a publié récemment l’étude approfondie de ce temps de persécution en France et qui nous a amené plusieurs communautés au Canada.Les Congrégations religieuses.De la France au Québec.Presses de l’Université Laval, trois tomes (1880-1914).2 Ici, le mot de “maîtres” peut aisément être remplacé par le terme plus large “d’éducateurs”.3 Présenter contient le sens de “offrir en présent”.302 La Vie des communautés religieuses NOTRE-DAME DE LORETTE À L’ANCIENNE-LORETTE L’article sur Notre-Dame de Lorette à l’Ancienne-Lorette a été composé par le Frère André Bellefeuille, f.i.c.quelques mois avant sa mort.Pour avoir travaillé de près avec le Frère André, nous savons à quel point il était fasciné par cette Madone.NDRL Nous ne pouvons guère mentionner la dévotion à Notre-Dame-de-Foy, implantée dans la région de Québec par le Père Chaumonot, sans nous arrêter à une autre Madone qui lui était des plus chères : Notre-Dame-de-Lorette.En effet, en 1673, la mission huronne-iro-quoise de Notre-Dame-de-Foy s’est déplacée pour venir s’établir sur le plateau où se trouvent actuellement l’église et le presbytère de la paroisse de l’Ancienne-Lorette.Le Père Chaumonot avait auparavant reçu d’Italie, grâce aux bons soins du Père Antoine Poncet, avec qui il était arrivé au Canada, une statue de Notre-Dame-de-Lorette.Le Père Chaumonot, dans sa jeunesse, alors qu’il menait une vie de vagabondage, avait été guéri au sanctuaire de Lorette en Italie, où se trouve “la Sainte Maison”, la Maison de Marie, démontée pierre par pierre par les Croisés en 1291, transférée par voie de mer de Nazareth jusqu’à Lorette, où elle fut reconstruite en 1294.Cette Maison porte beaucoup de théologie car elle rappelle les grands mystères chrétiens de l’Annonciation, de + André Bellefeuille, f.i.c.\ \* tm , < .Novembre-décembre 2000 303 + ANDRÉ BELLEFEUILLE, F.I.C.l’Incarnation, et de la vie cachée de la Sainte Famille à Nazareth.Depuis le seizième siècle, elle se trouve sous la coupole de la grande basilique de Lorette, qui relève de la juridiction des Papes eux-mêmes.Le Pape Jean-Paul 11 s’y est déjà rendu quatre fois en pèlerinage.Le Père Chaumonot, avant son départ pour le Canada, avait fait le souhait de “construire en Canada, pour la Sainte Vierge, une maison bâtie sur le modèle de la Sainte Maison de Lorette'” (Autobiographie).Il réalisa son voeu en 1674, il y a précisément 325 ans cette année (1674-1999).Après une procession qui regroupait Hurons, Iroquois et Français, la statue de Notre-Dame de Lorette fut introduite dans la Chapelle et placée, comme en Italie, sur le manteau de la cheminée.C’était le 4 novembre 1674.Quatre mois plus tard, le Père Martin Bouvart écrivait : “Il n’y a pas dans toute la Nouvelle-France de lieu qui soit plus considérable pour la dévotion des Français et des Sauvages (appellation non péjorative à l’époque), que Notre-Dame de Lorette “ (Mémoire sur la Chapelle de 1674, Archives du Séminaire de Québec, polygraphe 22, no 4).Et il mentionnait déjà plusieurs miracles.À l’époque, cette “Lorette du Canada” s’appelait la “Nouvelle Lorette”, parce qu’elle était la réplique de celle d’Italie.En 1697, les Hurons se déplacèrent une dernière fois pour aller fonder leur village actuel, qu’ils nommèrent “La jeune Lorette”.C’est ainsi que la première Lorette du Canada devint “L’Ancienne-Lorette”.La statue qui se trouve dans l’église actuelle de l'Ancienne-Lorette n’est pas celle que le Père Chaumonot a reçue d’Italie, mais elle est sûrement celle qui l’a remplacée après le départ des Hurons, en 1697.Marius Barbeau écrit : “Cette statue en bois, revêtue d’une robe blanche brodée enfüs d’or et d’argent, est connue sous le nom de Notre-Dame de Lorette.Elle entretient dans la paroisse dont elle est la patronne la dévotion à Notre-Dame telle qu ’elle fut introduite au pays par le Père Chaumonot.Elle dut être faite par les Ursulines de Québec qui en sculptèrent et en revêtirent deux autres dans le même goût, en s’inspirant du modèle de la Notre- 304 La Vie des communautés religieuses NOTRE-DAME DE LORETTE À L’ANCIENNE-LORETTE Dame de Lorette originale” (Trésor des Anciens Jésuites, Ottawa , 1957, p.165).Comme en Italie, la robe est de brocart et la Mère et l’Enfant portent une couronne.Le sculpteur François Baillargé a refait la tête de la Vierge et de l’Enfant en juillet-août 1787.Il écrit dans son livre de comptes : “La Vierge de VAncienne-Lorette est de trois pieds et six pouces de hauteur, je dois refaire la tête la plus belle que faire se pourra et aussi celle de VEnfant-Jésus”.Cette Madone a donc connu les quatre églises de l’Ancienne-Lorette : d’abord la Chapelle de 1674 restaurée en 1698; l’église de 1725; celle de 1838; et l’église actuelle terminée en 1910.Aucune de ces églises n’a brûlé.Comme l’écrit Lionel Allard, historien de l’An-cienne-Lorette : “ Quelles que soient l’origine et la valeur artistique de cette statue, elle a été vénérée par plusieurs générations de Lorettains et elle est devenue par le fait même une pièce précieuse du patrimoine paroissial” (L’Ancienne-Lorette, Léméac, 1979, p.332).+ André Bellefeuille, f.i.c.Novembre-décembre 2000 305 En deux courts articles, les pages qui suivent veulent rendre hommage à sainte Marguerite Bourgeoys, fondatrice de la Congrégation de Notre-Dame, à l’occasion du troisième centenaire de sa mort survenue à Montréal, le 12 janvier 1700.NDLR QUI ÉTAIT MARGUERITE BOURGEOYS ?UNE BIEN LONGUE MARCHE Soeur Lise Perras, c.n.d.Au cours de l’an 2000, elles seront des milliers par le monde à marcher, marcher, marcher, marcher pour contrer la violence et enrayer la pauvreté.Devant des problèmes aussi gigantesques, nos moyens sont faibles, dérisoires même.Les femmes, cependant, possèdent une ressource invincible : leur détermination.Elles y arriveront, elles feront reculer les frontières de l’inacceptable.Parce que leur compassion crie : « C’est intolérable! » Parce que leur engagement insiste : « Il faut agir ! » Qu’elles sont belles les femmes qui prennent ainsi en main le sort de l’humanité ! Elles sont lumineuses d’espérance et contagieuses de solidarité.Ce n’est pas d’aujourd’hui que des femmes sont belles, d’une beauté rayonnante qui rejaillit sur le monde pour le transformer.Il y a 300 ans, mourait à Ville-Marie une de ces femmes étonnantes qui avait passé sa vie à marcher, d’une certaine façon, en se préoccupant des 306 La Vie des communautés religieuses QUI ÉTAIT MARGUERITE BOURGEOYS ?personnes, au point de quitter sa ville natale de Troyes en France et de s’embarquer pour traverser les mers en des conditions excessivement périlleuses.Elle s’appelait Marguerite Bourgeoys.Qu’est-ce qui avait bien pu se passer en son coeur pour y allumer un tel feu ?Qu’est-ce qui a pu l’amener à devenir une marcheuse aussi intrépide et aussi solidaire ?Elle raconte qu’à vingt ans, en la fête du Rosaire, elle a été touchée intérieurement en regardant une statue de Marie.Elle a compris que Dieu était l’Absolu, l’unique Essentiel.Toute sa vie en a été changée, ses décisions ultérieures en ont été marquées.Malgré ses peurs et son questionnement, elle était habitée par un élan, un courage à cause d’une mission qu’elle savait venir de plus grand qu’elle-même.Un matin, pendant sa prière, elle a su que Marie, celle qui treize ans auparavant l’avait centrée sur Dieu, ne la délaisserait jamais.Elle est donc partie pour la Nouvelle-France, légère comme la lumière, avec un baluchon au bras et, au coeur, une certitude : « Va, je ne t’abandonnerai pas ».Marguerite ne pouvait pas prévoir combien sa venue au Nouveau Monde allait conférer à sa vie de femme une ressemblance frappante avec le Jésus de l’Évangile qui « est passé en faisant le bien », et avec la Marie de la Visitation qui s’est faite « voyagère » pour le dialogue et la collaboration.Ce qui la rend si attachante, cette Marguerite, c’est son art de la proximité.Proximité avec ses compatriotes frappés par la maladie pendant les interminables traversées en mer; proximité avec les femmes de la colonie qu’elle accompagne vers le mariage et qu’elle soutient dans leur responsabilité de jeunes mères; proximité avec les enfants à instruire, à guérir, à adopter, à aimer; proximité avec les soeurs de la congrégation qu’elle a fondée et qui ont permis la concrétisation de ses rêves d’éducatrice; proximité avec Monsieur de Maisonneuve, le gouverneur qu’elle savait conseiller judicieusement, avec Jeanne Mance, son amie intime responsable de l’hôpital, avec Jeanne LeBer, cette assoiffée de Dieu qu’elle a accueillie avec tant de joie dans sa maison; proximité avec les colons, ses compagnons de Novembre-décembre 2000 307 SOEURS DE LA CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME travail qui lui partageaient discrètement des confidences.Pendant toute sa vie, Marguerite a marché en proximité avec d’autres, pour qu’il y ait du pain sur les tables et dans les coeurs.Cette femme ordinaire et accessible manifestait pourtant quelque chose de spécial : une détermination indéracinable.La conscience de sa mission et l’assurance de n’être jamais seule lui ont permis de surmonter les uns après les autres les obstacles de taille qui n’ont pas manqué de se présenter.Cette force intérieure qui la maintenait constamment en haleine, c’était, au plus profond d’elle-même, sa foi.Une foi qui la dynamisait, qui l’habitait et qui donnait un tel sens à sa vie qu’elle voulait à tout prix la communiquer comme le bien le plus précieux qu’on ne peut garder pour soi.Cette marcheuse pratique et mystique a suscité une légion de femmes croyantes qui, de génération en génération, ont semé dans l’histoire les roses d’une foi qui fait vivre, pour embellir leur quotidien et soutenir leur courage.Marguerite Bourgeoys marche encore.Comme un coeur qui bat toujours, elle demeure en action à travers nous, les femmes du troisième millénaire.Comment penser qu’elle ne participerait pas à la Marche mondiale des femmes de l’an 2000 ?Que nous soient données, comme un cadeau du 300e anniversaire, la proximité et la détermination qui animaient Marguerite, pour que violence et pauvreté soient évincées et que toutes les femmes puissent distribuer à profusion, en dansant et en chantant, du pain et des roses pour le monde entier ! Lise Perras, c.n.d.L’auteure a fondé le Carrefour Marguerite-Bourgeoys et s’engage dans les mouvements favorisant la justice sociale.Elle a consacré de longues années à l’animation et à l’administration de la Congrégation.308 La Vie des communautés religieuses QUI ÉTAIT MARGUERITE BOURGEOYS ?CE QUE DIRAIT MARGUERITE BOURGEOYS AUJOURD’HUI AUX PERSONNES QUI VEULENT RELEVER UN DÉFI SOCIAL IMPORTANT Soeur Hélène Tremblay, c.n.d.Les défis sociaux à relever sont de tout temps.« Le pas collectif du genre humain s’appelle le progrès.Le progrès marche », écrivait Victor Hugo.Mais il ne marche pas tout seul.Le « pas collectif » résulte en bonne part d’innombrables défis sociaux relevés au cours des âges, tantôt par un individu, tantôt par une collectivité, cela sans ralentissement, bien plus, dans une accélération toujours croissante.Notre entrée dans le troisième millénaire ne nous laissera donc pas de répit; que de challenges pour aujourd’hui et pour demain ! Confiance cependant : le passé n’est-il pas garant de l’avenir ?Les expériences d’hier sont autant de tremplins pour aujourd’hui et pour demain.Ainsi, que dirait sainte Marguerite Bourgeoys - une spécialiste s’il en est une en matière de défi social à relever - si, revenant parmi nous aujourd’hui, il lui était demandé conseil à ce sujet ?Nul doute qu’elle se reporterait à ses expériences de bâtisseuse et de fondatrice.Aussi, sans hésiter, elle répondrait à la personne intéressée : « Interrogez-vous d’abord sur le motif de votre action : Est-ce l’amour du prochain ou le désir de vous hausser personnellement dans l’opinion d’autrui ?Dans ce dernier cas, passez à autre chose.Mais si c’est l’amour de Dieu et du prochain - qui ne font qu’un - allez-y ! Vous n’avez peut-être pas tous les moyens qui vous seront nécessaires pour vous rendre au bout, pensez-vous ?Ne percevez pas cette pénurie comme un obstacle.Voyez-la plutôt comme l’occasion de vous en remettre à la Providence.Votre projet est selon la volonté de Dieu, vous en avez la certitude morale - alors faites « en sorte que cette volonté s’accomplisse à quelque prix que ce soit (moyennant) son assistance qu’il faut lui demander de tout coeur »'.Sachez toute- Novembre-décembre 2000 309 SOEURS DE LA CONGRÉGATION DE NOTRE-DAME fois que des difficultés surgiront car « le diable est fort soigneux de se trouver au commencement - et au coeur - des oeuvres de Dieu pour les brouiller »2.Que ces difficultés ne vous arrêtent donc pas.Au contraire, qu’elles stimulent votre confiance en Dieu et votre ardeur à travailler pour sa gloire ».Toujours en se remémorant ses expériences de bâtisseuse et de fondatrice, Marguerite Bourgeoys ne saurait oublier le « Va, je ne t’abandonnerai pas» de la Très sainte Vierge qui l’avait déterminée à s’embarquer pour la Nouvelle-France « sans denier ni maille, un petit paquet sous le bras ».Avec quelle onction ne dirait-elle pas à qui lui demande conseil: «N’oubliez surtout pas de vous en remettre à Marie.En tout, ayez recours à son intercession ».Et se remémorant toujours les débuts de son oeuvre à Ville-Marie, elle poursuivrait sans doute : « En matière de projet social, ne confondez pas importance et envergure.Au départ, un défi important peut sembler bien humble.Vous y voyez une nécessité ?Répondez-y.Ce peut-être pour vous l’occasion d’une mise en marche.Cultivez l’art des petits pas.Vous avez besoin d’aide ?N’hésitez pas à en chercher : un défi social à relever appelle de soi une action communautaire.Croyez-moi, je m’en suis vite rendue compte.« BON COURAGE! Sachez que du haut du ciel, je vous accompagne et vous seconde dans la réalisation de tous vos projets, pour la plus grande gloire de Dieu ».Hélène Tremblay, c.n.d.L’auteure a été vice-postulatrice de la cause de canonisation de Marguerite Bourgeoys.Elle est maintenant directrice du Centre Jeanne-LeBer.NOTES 1 Écrits autographes de Marguerite Bourgeoys, p.177 2 Ibid., p.21 310 La Vie des communautés religieuses «NOËL TOUS LES JOURS» Sr Monique Thériault, snjm Voilà ce que nous chantons en ces jours auréolés d’une mystique du partage, en ces jours d’élans de générosité.Que voilà un beau rêve! Rêve irréalisable?Rêve stérile ?Seulement le grand rêve d’un jour?Ce que je vois tous les jours?Des souffrances de femmes, d’enfants, d’hommes de tous continents, de toutes races, de toutes religions.Des riches qui s’enrichissent, des pauvres qui s’appauvrissent.Des nations qui s’entre-déchirent pour un morceau de terre ou pour un morceau de pain.Ce que je vois tous les jours?Des personnes, surtout des femmes et des enfants victimes de violence, autant dans les pays en paix que dans les pays en guerre.Ce que je vois tous les jours?Des jeunes .et des plus vieux qui se disent sans avenir, parce que sans emploi, Novembre-décembre 2000 311 sans abri, sans sécurité.Des personnes sans domicile fixe pour ne pas dire laissées-pour-compte.Des enfants exploités par la cupidité, la négligence ou la soif de plaisir de certains adultes.Voilà ce que je vois tous les jours: une mondialisation de la misère, de la souffrance et de la pauvreté.Ce que je vois à Noël et que je voudrais voir tous les jours?Des milliers de personnes qui se laissent toucher par une réalité vue avec le coeur.Des bourses qui se délient, des heures d’abondance partagée, des morceaux du rêve du Père réalisés.Je voudrais voir des femmes qui mangent un peu mieux parce que leurs enfants ont mangé avant elles.Je voudrais voir des étincelles dans les yeux d’enfants qui reçoivent un peu plus que leur ration quotidienne de biens, d’attention et d’amour.Beaux instants d’humanité que je rêve de voir tous les jours.312 La Vie des communautés religieuses Noël tous les jours?Je le vois à travers des organismes, des personnes qui, chaque jour de l’année, «donnent à manger aux affamés, libèrent de prisons, visitent malades et personnes dans le besoin, accueillent à travers les différences», comme nous y incite la Parole.Je rêve d’une magnifique mondialisation: celle du coeur, de la générosité, de la solidarité.Que Noël arrive tous les jours par chacune et chacun de nous, pour l’humanité que Jésus a voulu épouser.Que notre rêve, celui de l’Enfant de Noël, devienne réalité par nous tous les jours de l’année 2001! Novembre-décembre 2000 313 RETRAITES 2001 Mars 04-11 Lajoie d’aimer en Jésus-Christ Michel Couture o.c.d.Avril 08-15 Montée pascale Michel Vigneau, o.ss.t.Mai 11-18 L’espérance, “ce trésor que nous portons en des vases d’argile” 2 Cor 4,7 Jacques Gourdes, ptre Juin 01-08 Marcher derrière Jésus Bernard Carrière, s.j.Juin 12-19 Les sens et l’expérience spirituelle Jean-Guy St-Arnaud, s.j.Juillet 17-24 De la sainteté offerte à la pauvreté désirée Michel Vigneau, o.ss.t.Juil.29-août 5 “Avance en eau profonde” Le 5,4 Rita Gagné, o.s.u.Août 19-26 La suite de Jésus dans l’évangile de Marc André Gélinas, s.j.Sept.28-oct.5 La foi : tradition et créativité Richard Guimond, o.p.Frais : 245$ + inscription 15$ (non remboursable) Total : 260$ Chaque retraite débute le premier jour à 20 h et se termine avec le dîner du dernier jour.Pour inscription et réservation : Centre de Spiritualité des Ursulines 20, rue des Ursulines Loretteville Qc G2B 3W7 Tél.: (418) 842-1421 Télec.: (418) 847-2749 314 RETRAITES ET SESSIONS 2001 Janv.26-28 Vivre en confiance A.-M.Syrard osm Fév.10 Des lueurs d’espoir.11 Journée d’intériorité.Alain Dumont 19-23 Guérison inérieure.Le Jourdain inc 648-5111 Pierre Smith ptre 23-2 mars Retraite avec Élisabeth de la T.A.M.Syrard osm Mars 12-19 Cheminer avec le Christ dans l’évangile de Luc Bernard Carrière sj 23-25 Retraite de langue anglaise à préciser Avril 6-8 La confiance créatrice.Session d’intériorité.Alain Dumont 9-15 La passion de vivre à la manière de Jésus (montée pascale) Richard Guimond, o p 20-22 Guérison intérieure.Le Jourdain inc 648-5111 J.Louis Roy msa 27-4 mai Le Maître est là et il t’appelle.Jn 11,28 André Gélinas, s.j.Mai 11-18 Retraite mariale A.M.Syrard, osm 20-27 “Dieu m’aime sans mesure.et moi?” M.Grand’Maison, sj 27-3 juin Quelques regards sur l’amour du Père.Claude Roy, csv Juin 6-14 Le Père sera tout en tous.Roger Poudrier, ofm 22-29 La prière du coeur.A.-M.Syrard, osm 29-6 juil.Me voici.Yvon StAmaud, omi Juillet 6-13 Demeurez dans mon amour ! Jn 15,9 Jocelyn Mitchel, ofm.cap.Août 5-11 Sachez rendre compte de l’espérance qui vous habite.Jacques Levac, sj 12-17 La Paix au coeur du chaos Alain Dumont 17-23 “Viens, Esprit Saint, re-créateur de nos vies.” Retraite biblique.Julien Rainville, csv Oct.1-8 Emmaüs, aller-retour J.G.St-Amaud, sj 26-2 nov.La prière du coeur A.-M.Syrard, osm Nov.30-2 déc.Vivre notre Avent A.-M.Syrard, osm Frais Pour les retraites de 5,6,7 jours : Inscription : 35$ Pension : 34$/jour Centre Marie Réparatrice 1025, boul.Mont-Royal Ouest Outremont QC H2V 2H4 Tél.: (514) 279-5619 315 RETRAITES 2001 1er juillet au 7 “Le prêtre du nouveau millénaire : l’homme de l’essentiel” (Retraite sacerdotale pour prêtres et séminaristes) Daniel-Ange 16 juillet au 22 “Le chemin de l’amour” Jean Galot, s.j.23 juillet au 29 “Du désert, tu fais jaillir des sources.” Is.35,6 Père Christian Beaulieu 8 octobre au 14 “L’histoire sainte de ma vie.” Père André Daigneault 29 octobre au 4 novembre Le retour de l’enfant prodigue d’après Luc 15, et le volume d’Henri Nouwen Père André Daigneault Foyer de Charité : Villa Châteauneuf 83, Principale Nord C.P.298 SUTTON QC JOE 2K0 Tél.: (450) 538-2203 316 Tables de l’année 2000 1.Auteurs et articles AITKEN, Anne Marie, s.x.L’aventure d’une fondation 109 BEAUDET, Gilles, é.c.Y a-t-il une signification au centenaire de la canonisation de Jean-Baptiste de La Salle?292 BELLEFEULLE, André, f.i.c.Notre-Dame de Lorette à l’Ancienne-Lorette 303 BERGERON, Yvonne, c.n.d.Au-delà des résistances, partenaires femmes et hommes en Église 82 BOUTIN, Raymond, s.m.Guillaume-Joseph Chaminade, un homme de notre temps 279 CAZA, Lorraine, c.n.d.Spiritualité du vieillissement 20 Apocalypse 174 DESBIENS, Jean-Paul, f.m.s.Le rapport Proulx : laïcité et religion à l’école 36 DUCHARME, Alfred, s.j.Il est ressuscité ! 72 ÉQUIPE C.N.D.Marguerite Bourgeois: un coeur qui bat toujours Qui était Marguerite 101 Bourgeoys?306 GOTTEMOELLER, Doris, r.s.m.La vie communautaire: engageons la discussion 198 GOURDES, Jacques, ptre La miséricorde: don du Père 152 JACQUES, Père, o.cist.Prière contemplative pour tous 167 LABONTÉ, Laurier, f.i.c.Agés, ils fructifient encore 246 LACROIX, Benoît, o.p.Patrimoine et action apostolique 259 LE ROY, Mary Pat, s.n.j.m.Cherchant ensemble une nouvelle aurore 216 McKEE, Kathy, p.s.j.Nés pour naître 116 317 2.Sujets MOROTTI, Pierre Théologie de la libération : un nouveau souffle 98 ROY, Louis, o.p.La foi comme facteur de guérison psychique 270 SUMNER, Claude, s.j.L’amitié 34 L’Esprit 35 Voie de la perfection 68 Le sentier de la myrrhe 70 Révélation 71 Mariam : la parole et le silence 183 TILLARD, Jean-Marie-Roger, o.p.Les religieuses et les religieux sont-ils et seront-ils encore parmi les forces prophétiques de l’Église 03 VACHON, Gaston, ptre Où donc est passé le pardon ?136 YELLE, Martin, s.c.Pédagogie d’une rencontre 229 Apocalypse : expérience et message de Jean à Patmos : 176-178; symbolisme des forces du mal : 179-181; espérance confirmée : 182.Chaminade, Guillaume-Joseph : biographie : 280-284; début des Congrégations : 284-289; modèle pour notre temps : 289-290.Chapitre général: processus d’élaboration: 216-219; processus d’actualisation: 219-225; processus de réalisation: 225-227.Croix : chemin de vie : 116-123.De La Salle, Jean-Baptiste : de la mort à la canonisation : 292-295; force évangélique du saint instituteur : 299-301; le service des pauvres : 301.Fécondité de la vieillesse : témoins de la finitude : 249-250; vieillesse apostolique : 250-252; vieillir comme groupe : 252-253; vieillir, c’est se recycler : 253-254.Foi, facteur de guérison psychique : L’être humain en quête de salut: 270-272; ; influence de la foi sur 318 le psychisme : 272-273; grâce psychologique : 273-276; jaillissement de la joie : 276-278.Laïcité et religions à l’école : l’école catholique idéale :38-40; l’école catholique des années 1940-2000: 40-45; enseignement culturel des religions : 45-47; interrogations futures : 47-51.Les Xavières : historique et implantation au Québec : 109-115.Marguerite Bourgeoys : la saison de l’appel : 103-105; femme de foi et d’audace : 105-108; une bien longue marche: 306-308; que dirait Marguerite Bourgeoys : 308-310.Miséricorde du Père : l’accueillir comme un don : 153-157; Bonne Nouvelle pour tous: 158-163; foi en la miséricorde du Père : 163-166.Notre-Dame de Lorette : historique de la statue de Notre-Dame-de-Lorette : 303.Pardon : message évangélique : 138-148; partenaires de Dieu : 148-150.Partenariat femmes et hommes en Eglise : définition : 83; résistances sur le plan du fonctionnement : 84-86; résistances sur le plan des attitudes : 86-88; résistances sur le plan de l’organisation ecclésiale : 88-91 ; résistances sur le plan du discours théologique : 91-93.Patrimoine religieux : motivations humaines et culturelles : 260-263; valeurs spirituelles et pastorales : 263-268.Pédagogie du cheminement : pédagogie de l’expérience spirituelle: 230-232; pédagogie de l’engagement:232-234; pédagogie de l’appartenance : 234-237; pédagogie de la vocation chrétienne: 237-239; pédagogie de l’accompagnement: 239-242; pistes d’orientation : 242-245.Prière contemplative : expérience de prière contemplative : 167-173.Résurrection du Christ : différence entre résurrection et réanimation : 72-73; croire en Jésus ressuscité : 76-80.319 Spiritualité du vieillissement : témoins à écouter : 21-26; pages d’Écriture à méditer : 27-30; objectifs à considérer : 30-32.Théologie de la libération : redéfinition et réactualisation : 98- 100.Vie communautaire : définition:201 fondement théologique: 202-206; caractéristique de sa spiritualité : 206-208; rôle du leadership : 208-210; défis particuliers inhérents : 210-213; piste de renouveau : 213-215.Vie religieuse : perte de ses repères : 04-06; exigences de fidélité / rêve : 07-09; conditions d’un lendemain : 09-13; évolution des sociétés / obéissance, chasteté, pauvreté : 13-18.320 La Vie des communautés religieuses ABONNEMENTS À l’une des adresses suivantes Sr Hélène Grudé 8, boulevard des Déportés b.p.28 35404 Saint-Malo Cédex France 251 St-Jean-Baptiste Nicolet, Qué.Canada J3T 1X9 La Vie des Communautés religieuses Les Éditions FIDÉLITÉ a/s M.Jean Hanotte Rue de Bruxelles 61 B5000 NAMUR BELGIQUE BULLETIN D’ABONNEMENT Canada Outre-mer ?surface : ?avion : ?soutien : 25$ taxes incl.29$ taxes incl 40$ taxes incl.35$ (175 FF) (1090 FB) 45$ (225 FF) (1400 FB) Nom: Adresse: Code postal: N° TPS: 141050025 - N° TVQ: 1019014190 Envoi de Poste publication convention 1370960, pap 9280 Vie consacrée, présence spirituelle éducative et caritative s en Eglise ijg nnggi
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