La vie des communautés religieuses /, 1 novembre 2006, Novembre-Décembre
La vie des communautés religieuses Vol.64 - no 5 - novembre- décembre 2006 Lumière dans la nuit, aurore qui pointe à Vhorizon La Vie des communautés religieuses est publiée par un consortium de congrégations religieuses du Québec Administration et secrétariat 251, rue Saint-Jean-Baptiste Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9 Téléphone: (819) 293-8736 - Télécopieur.: (819) 293-2419 Courriel : viecr@sasv.ca SOMMAIRE Vol.64 - no 5 - novembre - décembre 2006 Présentation page 257 Une nouvelle vie à 65 ans page 258 TÉMOIGNAGES Passionnée pour l’Évangile page 260 Mariette Milot s.a.s.v.Visitation au-delà des frontières Marie de Lovinfosse c.n.d.page 268 CHRONIQUES Groupe Cailloux : Projet SOS Pakistan page 272 Élisabeth Michaely, ssch Chaire Tillard, Comprendre la vie de sa communauté Gaétane Guillemette ndps page 280 RÉFLEXIONS Nous sommes d’une race.page 284 Monique Thériault, s.n.j.m.Les communautés nouvelles Dominic LeRouzès, f.m.j page 301 V Convention de la poste-publications N° 40011751.N° d’enregistrement 9280.Retourner toute correspondance ne pouvant être livrée au Canada au 251, rue Saint-Jean-Baptiste, Nicolet, Qué., Canada J3T 1X9.Courriel : viecr@sogetel.net PRÉSENTATION Vol.64 - no 5 - novembre - décembre 2006 Monique Thériault s.n.j.m.A vous, lectrices et lecteurs de la revue, Il y a du nouveau dans l’air puisque ce numéro de La vie des communautés religieuses est le dernier à paraître sous cette appellation après près de 65 ans d’existence.Une nouvelle vie.à 65 ans.Passionnée pour l’Évangile et passionnée pour le monde : telle est cette religieuse qui conclut son témoignage par cette affirmation : « Puisse Dieu permettre que JE témoigne sans cesse de sa Présence et de la nécessaire proximité amoureuse des pauvres.jusqu’à la devenir.» Puis c’est une communauté qui fait l’expérience d’une Visitation au-delà des frontières, en vivant dans le dialogue, leur « charisme de Visitation-Pentecôte en son sens le plus profond.» Le projet « SOS-Pakistan » nous amène au cœur d’une expérience internationale : l’engagement de 55 000 personnes à travers le monde, avec des fruits d’amour, de confiance, de gratuité, de compétences acquises et d’humanisation.Comprendre la vie de sa communauté pour mieux discerner et exercer un leadership efficace : c’est là un défi de toujours, nous rappelle la Chaire Tillard.La vie religieuse est avant tout féminine dans le monde.Une réflexion nous amène à dire que Nous sommes d’une race qui ne s’éteindra pas.« comme Pemmes d’Evangile, si nous savons vivre et annoncer la nouveauté de l’Évangile, sa radicalité et sa Bonne Nouvelle et être Bonne Nouvelle ».Enfin, beaucoup de questions se posent au sujet des communautés nouvelles.Un auteur répond à quelques-unes et les présente comme « joie d’une Église en mouvement ».Les communautés nouvelles sont bien vivantes, à nous de les découvrir.Bonne lecture! Novembre - Décembre 2006 257 UNE NOUVELLE VIE.À 65 ANS 1942-2007 L’année 2007 qui vient marquera le 65e anniversaire des débuts de notre revue.Quelle belle occasion de la renouveler! A partir de janvier 2007, notre Revue qui s’est toujours appelée La Vie des communautés religieuses sera rebaptisée.L’histoire de cette décision est la suivante : • Avril 2004 : l’assemblée annuelle demande une étude quant à l’avenir de la revue.• Avril 2005 : l’assemblée entérine le rapport du comité du devenir qui présente plusieurs recommandations dont la plus audacieuse est le changement de titre.• Avril 2006 : Après consultation et proposition du comité d’implantation, le consortium décide de prendre un tournant majeur.Un titre nouveau est accepté par l’assemblée.Quelles raisons ont milité en faveur de cette décision?• Une diminution constante (100 par année) du nombre des abonnements, situation liée, semble-t-il, à une diminution constante du nombre de membres des communautés religieuses.• Un titre qui ne représente plus la clientèle visée, à savoir toutes les personnes qui vivent une vie de communauté ou une vie associative : familles évangéliques, laïques associés, communautés nouvelles, instituts séculiers sans négliger évidemment les communautés religieuses qui demeurent la clientèle prioritaire.• Un souci de rejoindre les personnes plus jeunes, de rendre compte de nouvelles pousses, d’une nouvelle vie qui naît, un souci de leur donner, dès maintenant, une voix à travers nos pages.Voici les étapes suivies : • Un remue-méninges a d’abord été réalisé au sein du comité d’implantation puis au comité de rédaction; près de 65 titres ont été obtenus.Une compilation a été faite de même qu’une recherche 258 La Vie des communautés religieuses sur Internet pour vérifier si, soit une revue ou un livre, portait déjà un des titres proposés.• Dans un deuxième temps, le comité de rédaction et le conseil d’administration ont exprimé leurs préférences, avec raisons à l’appui.• Dans un troisième temps, le conseil d’administration a choisi de proposer trois titres à l’assemblée en vue d’une décision.• Dans un quatrième temps, parmi les trois titres et sous-titres proposés, l’assemblée générale a choisi EN SON NOM Vie consacrée aujourd’hui Les raisons du choix de ce titre sont les suivantes : • Ce titre a une puissance évocatrice, il dit le pourquoi de la vie consacrée, il contient contemplation et action.• Ce titre peut être intrigant, il a des possibilités graphiques, par exemple, il pourrait être complété par une figure du Christ en filigrane ou par une image évocatrice.• Il indique l’orientation de la Revue, il ouvre au-delà des communautés traditionnelles.• Il s’adresse à des groupes divers : communautés traditionnelles, communautés nouvelles, groupes de fidèles, instituts séculiers, associé-e-s, etc.Nous osons espérer que ce tournant insufflera un air de nouveauté pour notre revue qui a déjà.65 ans.et qui est toujours jeune, tout comme la vie consacrée dans l’Église.Novembre - Décembre 2006 259 Passionnée pour l’Évangile : passionnée pour le monde ! Annoncer l’Evangile n ’est pas pour moi un titre de gloire : c ’est une nécessité qui m’incombe.Oui, malheur à moi si je n ’annonçais pas l’Évangile (ICo 9, 16) Comme il est difficile de jeter sur papier une expérience de vie.J’aurais mieux aimé me laisser interviewer par quelqu’un et exprimer à haute voix le trop-plein de mon vécu.J’ai cependant accepté de relever le défi en supposant que les lectrices et les lecteurs sauront lire entre les lignes l’émotion et la passion que contient chaque mot.Le titre de cet article révèle déjà la trame de fond qui a guidé toute ma vie.Nourri d’Évangile, mon engagement pour la justice s’inscrit dans toute mon histoire.Aujourd’hui comme hier, au Brésil comme au Québec, vie religieuse et justice sociale se conjuguent au présent dans ma vie pour témoigner de ce qui est essentiel à mes yeux : l’amour de Jésus pour les petits et les pauvres.Née dans la bonne famille, au bon endroit Je suis née dans un tout petit village de la région de Nicolet, Sainte-Monique, de parents très simples, pauvres même, mais ouverts aux plus démunis et surtout au monde.Mon père fait l’expérience de la guerre effrayante des tranchées, 1914-1918 : son œil reflète la tristesse et en même temps la fierté, le courage; il nous rapporte un souvenir : « la fois que son régiment est revenu au camp avec cinquante hommes, alors qu’ils étaient partis mille cinq cents » ! Durant la guerre 1939-45, à la radio et sur les journaux, il accompagne la marche des alliés d’une journée à l’autre, le doigt pointé sur sa carte d’Europe, et ses yeux se mouillent souvent.les miens aussi alors que, petite dernière de la famille, je le suis partout.Le monde entrait en moi sans que je le sache! Il n ’en est jamais ressorti ! Mariette Milot, s.a.s.v.' 260 La Vie des communautés religieuses La maison chez nous était un peu le centre de la paroisse car tout passait par nos mains, au bureau de poste comme au central du téléphone; ma mère gérait tout cela « de main de maîtresse » et mon père l’appuyait.Ce qui me reste d’eux : leur priorité en tout pour les petits, les plus pauvres, les exclus.Une dame maintenant âgée, pauvre, qui a travaillé chez nous me disait récemment, le cœur gros \« Je n ’oublierai jamais le jour où ta mère est venue me chercher pour m’asseoir à la table d’honneur, avec vous autres, après les funérailles de ta sœur., je me suis sentie une personne importante!» Pas surprenant que, jeune professeure dans mon village, j’étais portée vers mes élèves les plus démunis.J’ai fait une colère noire le jour où sur une patinoire, un homme a enlevé des mains d’un de mes élèves le seul hockey qu’il avait jamais eu -je le lui avais donné en cadeau - et l’a brisé en jouant.Il s’apprêtait à partir, sans aucune rétribution au jeune propriétaire, quand du haut de ma grandeur, je me suis interposée fermement et j’ai exigé l’achat d’un autre bâton! Le jeune, aujourd’hui adulte engagé, m’en parle encore quand il me rencontre.Tout cela pour donner origine au « feu qui me ronge » et à la «passion qui me dévore » depuis si longtemps : ce que je ne savais nommer alors, j’ai appris à l’appeler « Emmanuel, Dieu-avec-moi» ! C’est ce même Dieu vivant qui m’a appelée un jour, qui est venu me chercher tout au fond de l’expérience amoureuse que je vivais avec un garçon de mon voisinage, pour m’enligner dans une voie « royale », celle de l’engagement évangélique auprès de mes sœurs et frères, celle de l’accueil indéfectible d’une Présence qui m’envoie jour après jour au milieu de notre monde, en communion profonde AVEC les personnes,.incapable de m’en sauver ! Chanceuse-née Je suis une chanceuse ! On dirait que j’ai couru après la chance toute ma vie.Peut-être que je me suis aidée de temps à autre, mais je considère que ce départ de chez moi, en réponse à une invitation toute gratuite à devenir religieuse chez les Sœurs de l’Assomption de la Sainte Vierge de Nicolet, m’a projetée dans une Novembre - Décembre 2006 261 aventure inimaginable à laquelle je n’avais pas même rêvé.Trois ans après ma profession temporaire, je suis blessée au cœur par le récit des sœurs missionnaires qui passent à la maison de Montréal où je demeure; un désir secret s’installe alors en moi : devenir missionnaire à mon tour ! Pourquoi pas ?Un an après, je pars pour le Brésil, j’ai 30 ans.Une chance comme celle-là, ça ne peut s’évaluer : seule la «brûlure» d’un Amour immense peut l’expliquer.Je « tombe », c’est le cas de le dire, dans une ambiance éducatrice indescriptible : la nouvelle façon d’être « missionnaire » est en train de prendre le virage et tout s’organise autour du « faire faire » et du « faire avec ».Pas moyen de rester bien tranquille à mener sa petite barque toute seule, à organiser « sa » classe à « sa » manière, à faire œuvre personnelle sur place : « Organise ton travail de façon à ce que, quand tu partiras, les choses continuent », nous répètent constamment celles qui sont déjà sur place.« Si tu pars et que tout tombe, ça voudra dire que tu as mal fait ton ouvrage »! C’est aussi direct que cela !.mais c’est tout cela ! On ne se surprend pas alors qu’une école primaire, secondaire, normale vive encore après cinquante ans d’existence cette année, malgré le départ des «missionnaires» ! Le travail a été bien fait ! Et combien riche demeure l’apport des élèves qui deviennent professeurs, directeurs et directrices à leur tour et qui s’enorgueillissent de leur capacité à tenir debout l’œuvre commencée.J’en suis encore éblouie.Chanceuse, vous ai-je dit ?Je quitte un lieu adoré, le mot n’est pas trop fort, Guimarâes; je laisse en arrière des amitiés profondes, des personnes qui m’ont marquée, mais pour aller participer à la création des communautés ecclésiales de base, lieu béni d’un vécu de foi où la Parole prend toute sa force, lieu qui va permettre la prise en charge, par le peuple lui-même, du changement des terribles structures de misère qui l’accablent.Voir ces gens pauvres se prendre en main, se libérer du pouvoir oppresseur, lutter de toutes leurs forces pour que leur milieu devienne plus humain.et avoir l’occasion d’y participer : n’est-ce pas une chance unique?Je me sens gâtée par la vie et heureuse.Un jour, je me souviens de m’être arrêtée en plein milieu du chemin, en brousse, et de m’être parlée toute seule, avec une émotion rare : « Je suis donc bien heureuse, moi\ » Une expérience venue du plus creux de mon être, qui me fait 262 La Vie des communautés religieuses frissonner encore des fois; j’ai presque entendu : « Comme s’ils voyaient l’invisible, ils crurent » (Jacques Loew).Les chemins changent, la passion demeure Ce pays de tant de grâces, il me semblait n’avoir jamais à le quitter, tellement j’y étais insérée et profondément engagée.Dans mon idée, il n’y avait que cette route qui me permettait de vivre à plein ma passion pour le Royaume! Douce illusion vite envolée devant les voies de l’Étemel aux embranchements subits qui nous laissent bouche bée et nous obligent à faire volte-face, pour nous resituer dans notre marche.L’appel de ma Congrégation à occuper un poste au conseil général rafraîchit un peu mes élans et m’oblige à prendre un nouveau tournant, persuadée cependant que l’Évangile, lui, n’a pas de problème de lieu, ni de fonction! Belle découverte qui me relance avec la même passion et me permet d’élargir mes horizons à la grandeur du monde.Pendant toute cette période d’intenses rencontres, de parcours de différents pays, de profondes prises de conscience, une pensée venant de mon illustre mentor, Helder Câmara, évêque brésilien des plus pauvres, me poursuit sans cesse : « Si vous voulez que les choses changent dans les pays du Sud, il faut d’abord commencer par les changer chez vous, au Nord.» Cette phrase m’avait touchée, un peu meurtrie même à l’occasion où elle fut prononcée, et je ne réussis pas à m’en libérer durant tout ce temps où je prépare mon après-généralat : « À quoi ça sert d’aller là-bas, si « l’ouvrage » est d’abord par ici?» C’est alors que ma passion prend un tournant inattendu : au lieu de retourner au Brésil - ce qui était écrit dans le ciel pour moi - je m’engage, avec l’accord de ma communauté, dans un travail de conscientisation à grandeur de pays - Québec, Ontario, Ouest canadien - dans les écoles, les paroisses, les groupes de toutes sortes pour informer les gens sur l’oppression que vivent les peuples du Sud et sur notre responsabilité de citoyen, de chrétien dans cette réalité.Le mot « solidarité » entre alors en moi avec une force incroyable et il devient le nouveau nom de mon engagement pour le Royaume ; je sens aussi dans mes tripes qu’il se communique en profondeur dans le cœur des personnes que je rencontre.Les jeunes Novembre - Décembre 2006 263 des écoles, particulièrement les petits de la maternelle, du primaire, m’émerveillent : je sens chez eux une ouverture incroyable au monde des pauvres et un désir intense de faire quelque chose en collaboration avec eux.Créer des liens, jeter des ponts, mettre les gens en communication, leur permettre d’être-avec et pour les délaissés de la vie, donner toute sa valeur à la personne humaine : n’est-ce pas l’essence de l’Evangile?N’est-ce pas ce que Jésus de Nazareth a vécu et nous a donné comme programme?Pour moi, c’est clair : mon engagement de consacrée y prend tout son sens, je suis convaincue qu’on ne peut s’en sauver, que c’est cela, « vivre l’Évangile à fond » et réaliser la mission de la vie religieuse aujourd’hui.Car le « être-avec », le « pour-1’autre », le « donner-de-la-valeur-à-la-personne », ça peut se vivre partout : juste à côté comme très loin, pour ma sœur voisine comme pour ma sœur du Liban, avec mon frère sidéen comme avec mon frère sans-terre du Brésil! Pas besoin d’aller jusqu’aux confins du monde, pas besoin de courir les rues, pas besoin de faire des contorsions pour trouver.juste s’ouvrir les yeux, juste laisser son cœur vibrer, juste permettre à l’Emmanuel de faire son travail en nous ! Rien que cela, tout cela! Dans mes mots personnels, ça s’appelle « le mal de l’autre », incurable, qui envahit tout l’être et creuse plus profond chaque jour, à même sa propre chair! L’épine dans la chair de saint Paul, ne ressemblerait-elle pas à cela ?Je ne suis ni bibliste ni théologienne, mais ces sortes d’intuitions de l’Esprit me fascinent ! Les pauvres, inspiration pour ma foi La fréquentation des pauvres, des plus petits de ce monde, des démunis de tout, surtout de leur dignité, a été une inspiration extraordinaire pour ma vie.Elle a été la source où ma foi a pris toute sa consistance, le lieu où j’ai touché du doigt la présence de Dieu, dans ce qu’elle a de plus visible et réel.J’ai saisi à travers eux-elles la richesse incroyable de l’être humain en son état pur, la capacité « naturelle » des personnes - sans étude, sans préparation psychologique, sans influence extérieure - à réfléchir, à évaluer, à prendre position, à décider de leur sort.J’ai été éblouie, en voyageant à des dizaines d’heures de distance des grands centres, de rencontrer des 264 La Vie des communautés religieuses gens éveillés à leur réalité, capables de penser en profondeur, de déceler les trucs dangereux et de comprendre la vie tout court.Voici une anecdote vécue l’an dernier chez les sans-terre du Brésil : Nous sommes dans un campement de soixante familles de sans-terre près de Maceiô, en Alagoas.Ça fait huit ans que ces gens, chassés de leurs terres par des grands propriétaires de canne à sucre, essaient de s’installer sur des terrains libres, soi-disant appartenant à l’un de ces latifundistes, afin d’obtenir du gouvernement, à travers la réforme agraire, un petit coin de terre à eux.Ils ont essuyé toutes sortes d'épreuves provoquées par ces seigneurs de la terre : cabanes incendiées, personnes tuées dans les marches de protestation, saccages de leurs plantations, violences et menaces quotidiennes sur le terrain, manque de nourriture, etc.Nous sommes un groupe d’une douzaine de personnes du diocèse de Nicolet, qui luttons avec eux de toutes sortes de façons depuis cinq ans, en visite de solidarité.Nous pensons trouver là des gens écrasés, en larmes, découragés - on le serait à moins.Au contraire, ce sont des cris de joie, des alleluias, des embrassades chaleureuses qui nous accueillent.Une femme «analphabète» nous interprète la chanson qu ’ELLE a composée et que tout le monde reprend dans la plus grande allégresse.Nous n ’avons pas le choix d’entrer dans la danse, mais sans rien comprendre.Notre évêque, Mgr Raymond St-Gelais, présent avec nous, me demande de traduire sa question à la dame-compositrice et leader du groupe : « Comment faites-vous pour chanter comme ça dans les conditions de vie qui sont les vôtres ?Vous avez l’air heureux et vous manquez pourtant de tout ?» La dame, en riant à pleine gorge, lui répond : « Mais Monseigneur, ce n 'est pas difficile à expliquer : - Nous autres, on croit au bon Dieu.on croit qu ’Il est toujours AVEC NOUS AUTRES, qu ’Il nous aide, qu ’Il nous donne des idées, qu ’Il nous accompagne partout, nous protège et nous encourage; - Mais le bon Dieu, il ne fait pas l’ouvrage à notre place, c ’est NOUS AUTRES (avec une fierté dans le regard) qui luttons, qui nous battons pour nous défendre, pour obtenir nos droits, c’est NOUS AUTRES qui sommes capables de changer nos conditions de Novembre - Décembre 2006 265 vie, le bon Dieu a mis tout ce qu ’il faut en nous autres pour ça et c ’est nous qui savons ce dont nous avons besoin; - Puis maintenant, IL Y A VOUS AUTRES, des gens du Canada, qui êtes AVEC NOUS, qui êtes solidaires de nos luttes et qui avez voulu venir JUSQUE CHEZ NOUS pour nous voir, pour parler avec nous autres, pour nous dire qu’on est important pour vous autres.Vous ne trouvez pas que ça vaut la peine de chanter?» Je venais de recevoir en plein coeur une confirmation incroyable du contenu de ma foi : une femme pauvre, totalement démunie d’avoir, de savoir, de pouvoir venait de me « révéler » les secrets de Dieu destinés aux plus petits, aux plus simples, aux plus proches de la vraie vie.Je venais de comprendre, par le cœur et l’être, « Jésus, tressaillant de joie sous l’action de l’Esprit Saint et disant : Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d’avoir caché cela aux sages et aux habiles et de l’avoir révélé aux tout petits.» (Le 10, 21) Comment après cela douter de la présence de Dieu ?Comment ne pas être convaincue que cette croyance exprimée par cette femme pauvre, devient la mienne à chaque instant, c’est-à-dire que Dieu est aussi toujours avec moi, dans les problèmes que je vis, dans les maladies qui me tombent dessus, dans les défis à relever, qu’il m’accompagne, me protège, m’encourage.Mais qu’il ne fait pas l’ouvrage à ma place, qu’il ne fait pas de miracles tout seul, qu’il me laisse les faire moi-même.qu’il me donne la fierté de lutter, de me battre, qu’il a mis en moi les capacités de changer mes conditions de vie et celles des personnes qui m’entourent.j’ai en moi des réserves inouïes de possibilités, j’ai de l’adrénaline spirituelle, psychologique à revendre pour passer au travers de bien des problèmes.j’ai tous les ressorts en moi pour rebondir devant les intempéries.c’est ça ma fierté de personne humaine.Puis j’ai les autres, les gens autour de moi, ma communauté, ma famille, mes amiEs, c’est ensemble que ça devient plus facile de lut- 266 La Vie des communautés religieuses ter.Le « mal de l’autre » on se le passe entre nous : quand c’est toi qui vas mal, Je suis là ! quand c’est moi qui me sens moins bien, Tu es là pour m’aider.En conclusion L’an dernier, au début de la formation missionnaire que j’anime, chaque personne avait à se présenter et, à mon tour, j’exprimais à la douzaine de jeunes participants, avec tout l’enthousiasme qu’on me connaît : « Moi, je suis religieuse, consacrée à Dieu.Ça ne vous dit pas grand-chose, bien sûr, peut-être serait-il mieux de me présenter comme la « femme de Dieu »?et c’est vrai, c’est bien ça que je suis.Croyez-moi ou pas, tout ce que je peux vous dire de Dieu, c’est que ça fait soixante-dix ans que je vis avec Lui et II ne m’a jamais déçue.Ma vie est une folie, une pure folie d’amour et je suis prête à vous crier et à crier au monde entier : «Dieu existe», je l’ai vu, je l’ai touché, je l’ai senti, je vis avec Lui une aventure d’amour réelle et incomparable.Le feu qui brûle en moi, c’est LUI, croyez-moi, et je suis sûre qu’il ne s’éteindra jamais.Le bonheur que je ressens, je le Lui dois et je vous le souhaite de tout mon cœur! Mais pour y arriver, pour comprendre, il faut vous approcher des petits, des pauvres, des simples.il vous faut DEVENIR petits, pauvres, simples.C’est ma conviction et j’aimerais tellement vous la passer (20 août 2005).» Après le vécu de l’année de formation, je pense qu’ils n’ont pas douté de ma sincérité.Puissent-ils à leur tour « voir » et « croire ».Puisse aussi Dieu permettre que je témoigne sans cesse de sa Présence et de la nécessaire proximité amoureuse des pauvres,.jusqu’à le devenir ! Mariette Milot, s.a.s.v.3115, rue De Blois Trois-Rivières, Qc G8Z 1R4 mariettesasv@yahoo.com Novembre - Décembre 2006 267 Visitation au-delà des frontières.! « NEW » : Marie de Lavinfosse, e.n.d.C’est le cœur encore « tout brûlant » que je viens vous partager une première expérience que nous, sœurs et personnes associées de la Congrégation de Notre-Dame (CND), venons de vivre.De quoi s’agit-il?Un Forum international CND dans un esprit de Visitation au-delà des frontières.! Comment la petite graine est-elle devenue un bel arbre?Ce Forum en tant que processus de Visitation, s’est vécu en deux étapes.1.Genèse et préparation Suite au vœu exprimé au Chapitre général de 2001 —à savoir, amorcer entre nous un dialogue honnête, courageux et respectueux—, l’équipe de leadership de la CND a proposé la tenue d’un Forum international CND juste avant le Chapitre général 2006.Un comité de planification a été mis sur pied, formé de sœurs venues des quatre coins de l’horizon et d’une personne associée.Il a donné naissance aussi à des sous-comités.De février à juillet 2006, chaque sœur / personne associée de tout âge et de tout lieu a été invitée à participer activement à la préparation du Forum.Ce cheminement a été nourri par quatre brochures de réflexion remises à chaque membre de la CND et préparées par le comité de planification.Chacune de ses brochures a donné lieu à une rencontre d’échange dans chaque groupe local.Celui-ci communiquait ensuite les fruits de ces échanges au comité de planification.C’est à travers ces « feed back » que le Rapport à nos sources : l'identité a été précisé comme thème de notre Forum.268 La Vie des communautés religieuses 2.Forum proprement dit Du 25 au 30 juillet 2006, plus de 350 sœurs et personnes associées étaient rassemblées à Cornwall pour poursuivre notre dialogue et l’élargir à travers la diversité manifestée dans les formes de célébrations, de groupes de réflexion et d’exercices de réflexion.Pour nous aider à vivre cette démarche et pour guider les travaux du comité de planification durant tout ce processus, nous avons eu le privilège d’avoir deux facilitateurs hors pair : une femme bienveillante et clairvoyante, madame Ruby Cribbin et notre frère bien-aimé et compétent, Daniel Cadrin, op.Quelle belle complémentarité ils nous ont témoignée ! Cette expérience n’aurait pas pu se vivre aussi facilement sans la présence parmi nous du Souffle de Pentecôte qui s’est notamment manifesté par l’intermédiaire de joyeux troubadours assurant la traduction simultanée coordonnée par un autre frère bien-aimé à l’âme missionnaire, Michel Côté, op.Oui, c’est avec les autres et par les autres que nous devenons qui nous sommes.Et pour les autres aussi! De quoi rêvions-nous tout en marchant?• Franchir l’enceinte familière de notre culture et de nos idées • Permettre aux différences de nous interpeller et de nous amener à nous dépasser • Mieux apprécier la richesse de notre caractère multiculturel • Renouveler notre énergie et notre engagement pour notre mission dans le monde et dans l’Église • Approfondir notre identité comme sœurs et personnes associées de la CND Bref, au terme de notre Forum, nous espérions pouvoir affirmer que nous avons vécu notre charisme de Visitation-Pentecôte en son sens le plus profond.Et puis.?Personnellement et à la lumière des visages particulièrement rayonnants le dernier jour du Forum, je suis fière de l’Esprit Saint à l’œuvre au milieu de nous, avec nous, à travers ce Forum.Je Novembre - Décembre 2006 269 suis fière de la CND et de chacune de ses pierres vivantes! Cette fierté est d’autant plus profonde qu’elle a émergée à travers des défis et des craintes, personnels et communautaires.Quel est un des moments qui m’a semblé particulièrement signifiant?L’avant-dernier jour du Forum, les facilitateurs nous ont fait entrer dans un exercice inédit qui nous a amenées à écrire ensemble un poème illustré aux couleurs personnelles, interpersonnelles et communautaires! Quand nous avons vu le résultat, jamais nous n’aurions pu imaginer déployer une telle vie en l’espace de 45 minutes avec autant d’harmonie dans la diversité et dans la collégialité.Ce Forum m’a notamment permis de vivre deux prises de conscience sur nous, en tant que CND et en tant que « petit carré dans le jardin » de la vie religieuse, de l’Église, de l’humanité, de l’univers : 1.nous portons une vitalité vraiment époustouflante qu’il est important de raviver sans cesse par des moyens personnels et communautaires (tel ce Forum) 2.nous portons aussi des blessures bien souvent voilées, et pour lesquelles il est important de prendre des moyens personnels et communautaires (tel ce Forum) de guérison.Oui, à travers cette vitalité une nouvelle fois ravivée et ces blessures toujours plus transfigurées, c’est bien « l’amour et la connaissance du Verbe incarné que nous portons » (cf Constitutions, no 6) avec un élan renouvelé auprès des enfants, des femmes et des hommes d’aujourd’hui, auprès aussi des fleuves, des arbres, des papillons, des vents, des étoiles, des ponts, des villes, des avions, de tout ce qui vit et existe.En particulier auprès de tous les cris à la vie.Alors ! Puissions-nous continuer à recueillir et déployer les semences vivifiantes de ce Forum, en cette heure où retentit dans notre humanité une ardente soif de dialogue.Une soif parfois criante.270 La Vie des communautés religieuses En cet été 2006, nous pensons sûrement à la guerre israélo-arabe qui malheureusement n’est pas un cas isolé.Dans La Presse (23 juillet 2006, page A2), nous pouvions nous laisser interpeller par la demande du vice-ministre des Affaires étrangères syrien, Faisal Mukdad : nous voulons un dialogue basé sur le respect, l’intérêt mutuel, sans donner d’instructions, et nous sommes prêts à aider si les États-Unis sont prêts à résoudre non seulement ce problème, mais les problèmes en général.Si nous résolvons ce problème, qu’en est-il des autres problèmes, l’occupation israélienne actuelle de territoires arabes, de territoires libanais, palestinien, syrien?Dans Le Devoir (12 juin, page A7), le Collectif Québec-Plus Démocratie conviait les citoyennes et citoyens du Québec à jeter les bases d’une véritable démarche citoyenne en regard de la question nationale.Parmi les balises de cette démarche citoyenne, il y avait entre autres la création de nouveaux espaces publics de délibération.Les solutions aux problèmes émergeront dans de nouveaux espaces publics de participation et de délibération où les citoyennes et les citoyens pourront pleinement s’impliquer et détenir un réel pouvoir sur le contenu et la portée des échanges.Ces lieux de délibération, véritables agoras contemporaines, devront systématiquement privilégier la mise en présence de points de vue opposés et faciliter le respect des divergences, la capacité de débattre, la rigueur de l’argumentation, ainsi que le désir de trouver les points de convergence.Les citoyennes et citoyens pourront ainsi s’approprier et contribuer à définir les changements politiques et constitutionnels projetés, de même que les valeurs associées à ces choix de société.Dans l’Ancien Testament, Dieu ne se faisait-il pas déjà le porte-parole de cette soif de dialogue, tel que nous en témoignent les nombreuses fois où y figurent les mots « Écoute.», « Écoute, Israël.! ».Marie de Lovinfosse, CND mdelovinfosse@cnd-m.com 2810 Baycrest Drive Ottawa, Ont K1V 7P7 Novembre - Décembre 2006 271 Le projet "SOS-Pakistan", une expérience à partager.Fin du mois de mai 2006, je m’apprête à quitter le Québec après trois années de formation à l'Institut de Formation Humaine Intégrale de Montréal (IFHIM).J'accueille alors une proposition : écrire pour cette revue un article qui partagerait l'expérience vécue à travers le projet "SOS-Cachemire/Pakistan-2$ pour les oubliés des montagnes Ce qui me permet de répondre à cette invitation et de relever ce défi?C'est la richesse d'un projet qui demande à être partagée; c'est ce que je porte au moment de cette demande tandis que mes dernières journées montréalaises sont colorées par la transmission de l'héritage recueilli au long de ces mois de communication et de concertation de "SOS-Pakistan".Qu'écrire aujourd'hui d'un projet qui a mobilisé pendant plus de sept mois des personnes de 40 pays différents?Des personnes qui ne se connaissaient pas pour la plupart, et se sont engagées ensemble pour la vie d'autres personnes inconnues, les "oubliés des montagnes du Cachemire et du Pakistan".Un projet qui s'est construit progressivement, avec l'engagement de ses acteurs, leur créativité, au fil de choix et de discernements, et un critère essentiel : la valeur de la personne humaine.Un projet un peu fou, déjouant les lois de l'humanitaire et de logique médiatique pour choisir l'humanisation et les liens interpersonnels.Naissance du projet: l'écoute d'un appel.Comment ce projet est-il né?Souvenez-vous : le 8 octobre 2005, un séisme violent dévaste les régions du Cachemire et du Pakistan coûtant la vie à 80 000 personnes, faisant 70 000 blessés graves, laissant 3 millions de Michacly, ssc.272 La Vie des communautés religieuses sans-abri, et des dizaines de milliers d'autres qui risquent de mourir s'ils ne reçoivent pas d'aide1.Une des difficultés particulières est l'accès difficile aux régions montagneuses où des dizaines de villages ont été en partie détruits, où des rescapés attendent.Or les derniers jours d'octobre, "dans les médias, on annonce que si les Nations Unies n'ont pas l'argent nécessaire, elles devront garder au sol les hélicoptères qui apportent des secours aux victimes des tremblements de terre des régions montagneuses du Pakistan.on envoie des équipes à pied vers les villages de haute montagne mais 41 ne sont pas encore atteints, il y a un manque de fonds pour la nourriture, les tentes, les abris alors qu un hiver plus rigoureux que la normale se dessine à l’horizon.Les gens de là-bas risquent de mourir.(.) "2 L'aspect intolérable de cette situation touche particulièrement une personne à Montréal, qui décide d'agir : Marie-Marcelle Desmarais, psychothérapeute, formatrice et directrice générale de l'IFHIM.Peu de temps auparavant, à l'occasion de la maladie et du décès d'une personne chère, elle a été témoin du dévouement du personnel soignant et de tous les moyens mis au service des personnes souffrantes.C'est ce qui lui permet de questionner : "Comment réagiriez-vous si vous saviez qu'une personne qui vous est chère est coincée là-bas [dans les montagnes du Cachemire et du Pakistan] et que personne ne pourra la secourir faute d'argent?3" Or, en recevant de nombreuses marques de sympathie des quatre coins du monde, Marie-Marcelle a également expérimenté que des liens nombreux et forts existent avec les personnes ayant vécu un cheminement de Formation Humaine Intégrale.Serait-il possible de mobiliser ce « réseau » potentiel de solidarité à travers toute la planète ?Le 31 octobre et le 1er novembre, Marie-Marcelle décide de lancer un appel à travers une lettre "SOS" qui est lue aux 98 étudiante-s en formation à l'IFHIM et venant de 38 pays.Ce message pourrait être une "lettre-ouverte" publiée dans les journaux pour alerter l'opinion publique, secouer les dirigeants, mais il prend une direction bien différente.En effet, à la lecture de cette page, les étudiante-s sont immédiatement touché-e-s.L'appel rejoint une orientation qu'ils ont prise depuis le mois de septembre : celle de s'engager pour Novembre - Décembre 2006 273 humaniser les relations entre les personnes.Une orientation qui s'était précisée "lorsque nous cherchions à élargir notre représentation du monde et que nous voyions qu ’à ce moment, à l’ONU, il était difficile d’arriver à préciser des chemins de concertation pour la paix.4 " C'est de cette convergence entre un appel et une orientation que naît une mobilisation.Et dès le 3 novembre, les étudiant-e-s des trois années d’immersion, dans le cadre du Séminaire « Processus et Mission », entrent dans une expérience où la coopération, la collaboration, la concertation stratégique des contributions et le leadership seront sans cesse suscités et développés dans une ouverture large, sans frontière.La dynamique multiplicatrice de l'Amour.A partir de ce moment, une dynamique d'amour est en route et va ouvrir son chemin à travers une quarantaine de pays.Les étudiant-e-s, les formatrices, formateurs et la direction de l’IFHIM rejoignent des "personnes-relais": hommes et femmes de tous âges, susceptibles de se laisser toucher à leur tour par la situation des Pakistanais et de se mobiliser dans une logique de multiplication.Il s'agit de faire confiance à la réponse de ces personnes, à leur décision d'en sensibiliser d'autres autour d'elles.Ainsi pourra naître une grande chaîne humaine, une chaîne d'amour pour la vie des "oubliés des montagnes ".L'invitation initiale de la "lettre SOS" est appelée à se concrétiser dans l'engagement de chacun : "si chaque personne qui, en ces jours-ci, prend un peu d'argent pour ses loisirs, décidait de débourser « deux dollars » pour contribuer à la continuité de l’aide, combien pourrions-nous recueillir pour que des enfants, des femmes, des hommes dans le besoin soient secourus?"5 C’est l'intuition : mettre l'argent au service de la vie, faire le pari de tenir ensemble "argent et humanisation".Cela va exiger un discernement permanent.L'argent au service de la vie et des personnes.Comment trouver le moyen pour acheminer l'argent collecté, éviter qu'il ne se perde, ou soit détourné ?Nos partenaires sont les procures des Capucins et des congrégations religieuses présentes dans les pays où l'argent est recueilli : "Représentez-vous la beauté de ce mouvement.De petites sommes qui partaient de lieux divers dans le même pays, qui se dirigeaient peu à peu vers le point de chute choisi et la 274 La Vie des communautés religieuses somme du pays qui était acheminée vers Montréal.Et de là, vers le Centre Missionnaire Ste-Thérèse ou vers la Fondation Jules et Paul-Émile Léger.La plus petite somme venait rejoindre d'autres petites sommes venues d'autres pays.Et ainsi, peu à peu, un montant total se dessine et il rejoindra les «oubliés des montagnes du Pakistan»6.Lancer un mouvement de collecte de fonds est une chose.en assurer la destination en cohérence avec le sens de notre projet et avec ce pour quoi les personnes ont donné est un autre défi! Partie intégrante de ce projet, il y a la recherche relancée de nombreuses fois du ou des partenaires prêts à collaborer avec nous, et à respecter le sens du projet "2$ pour les oubliés des montagnes".Les imprévus, les rebondissements sont nombreux, nombreuses aussi les personnes et les organisations en dialogue avec nous : des pistes sont explorées, au Canada, en Europe, au Pakistan; avec des journalistes, des ONG, des communautés.Toujours le même souci de transparence et de vérité dans la concertation, de respect aussi de chaque personne de notre "chaîne" de solidarité, depuis le donateur d'Afrique ou d'Amérique latine, jusqu'aux personnes du Pakistan qui attendent une aide restée "urgente" des mois plus tard.C'est finalement par la personne d'un consultant en projets de développement, et ami d'une étudiante de l'Institut, que la destination de l'argent collecté se dessine, au plus proche de ce que nous portions en nous engageant dans ce projet.Cette personne sera un pont à la fois entre nous et des hommes et des femmes du Pakistan engagés pour soutenir les leurs (particulièrement des femmes enceintes et de jeunes enfants de villages enclavés), et un pont entre nous et une Organisation Non Gouvernementale internationale au travail reconnu.Notre contribution permettra d'assurer une continuité de l'aide pour l'hiver 2006-2007.Nos pains et nos poissons sont multipliésPOuel est finalement le montant collecté?Notre pari de demander une petite somme pour permettre à toute personne de donner, en croyant que notre force serait dans la multiplication, était-il vraiment fou?A la fin du mois de mai, les faits sont là : "On pouvait penser qu'il était utopique de recueillir de toutes petites sommes dans tous ces pays et de faire appel pour un besoin si grand et si loin de nous.Et nous, nous ne savions pas que nous allions voir des pains se multiplier8.Notre Novembre - Décembre 2006 275 émerveillement, c'est ce don venu de tellement d'endroits sur la terre.Combien d'argent a ainsi été recueilli?161 575 $ ca, ce qui équivaut à 114 543 euros et plus.Deux euros, deux dollars, deux limpiras (.2 $ CA), cinq gourdes (.25 $ CA), cinquante francs congolais (.25 $ CA), etc.Pouvez-vous vous représenter le feu qui a brûlé dans tellement de personnes?"9 En effet, en travaillant à Montréal en équipes de personnes des différents pays et en lien avec ces pays, nous avons vu l'importance d'ajuster le montant demandé à la réalité de chaque région du monde.Deux dollars n'ont pas la même valeur partout, ce qui compte c'est la personne qui donne, et le sens de son geste : un geste d'amour, une démarche qui la transforme, l'ouvre à d'autres.Choisir de demander peu, une somme a priori dérisoire de quelques centimes, a parfois nécessité de dépasser des images ou des idées, cela a surtout permis à tous de partager."Un feu qui s’allume sur tous les continents "l0Je ne peux écrire sur le projet sans partager quelques-unes de ces expériences parvenues de pays que nous n'avons pas l'habitude de retrouver dans des actions internationales de solidarité.En effet, dès le début, des témoignages nous parviennent du Brésil, du Sénégal, de Centre-Afrique : ils nous font saisir ce que le projet stimule de créativité, de générosité; les pays dits "pauvres" et les plus "petits" saisissent la chance offerte de pouvoir donner à leur tour.Pour moi, ces récits-paraboles ont été un encouragement permanent, le lieu pour puiser le sens et retrouver l'élan au fil des semaines et des mois d'un engagement exigeant temps et énergie.Voici quelques-unes de ces initiatives gravées comme autant d'actualisations de la multiplication des pains et des poissons de l'Évangile; comme une raison d'espérer en la force de l'Amour qui ne se paye pas de mots mais se réalise à travers des gestes pleins de sens.Ecoutez, regardez ¦
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