La presse, 13 février 1967, Supplément 1
[" UN SIÈCLES l'épopée canadienne mv* M.' L^Y PRESSE Semaine du 13 février 1967 UN SIÈCLES l'épopée canadienne e> Pays reçu au plus creux du sommeil L'arbre amer croît sur nous Son ombre au plus haut de l'éveil Son silence au coeur de la parole Son nom à graver sur champ de neige.Et toi, du point du jour ramené, Laisse ce songe ancien aux rives du vieux monde Pense à notre amour, l'honneur en est suffisant L'âge brut la face innocente et l'oeil grand ouvert.L'eau douce n'est plus de saison La femme est salée comme l'algue Mon âmç a goût de mer et d'orange verte.Forêts alertées rivières dénouées chantent les eaux-mères de ce temps Tout un continent sous un orage de vent.En route, bel amour, le monde se fonde comme une ville de toile S'accomplisse la farouche ressemblance du coeur Avec sa terre originelle.Anne Hébert \"Terre Originelle\" 2 LE SENS DU CANADA Hugh MacLennan 4 LE CANADA DE L'AVENIR loseph Schull 6 LA PLACE DU CANADA DANS LE MONDE Cilles Lalande 9 QUADVIENDRA-T-IL DE LA CONSTITUTION?Eugene Forsey 11\tTERRE-NEUVE N'EN EST PAS À SON PREMIER CENTENAIRE Farley Mowat 12\tRYTHME ATLANTIQUE Charles Bruce 14 VOYACE EN CHARIOT DE LA RIVIÈRE ROUCE Max Braithwaite 16 LE QUÉBEC.CETTE AVENTURE DÉMESURÉE Anne Hébert 18 LE SUD ONTARIEN William Kilbourn 22 LES PRAIRIES: POÉSIE DE LA TERRE ET DU CIEL W O.Mitchell 24 LA COLOMBIE BRITANNIQUE.PAYS PRODIGUE Roderick Haig-Brown 2fi NOTRE PLUS ANCIENNE FRONTIÈRE: L ARCTIQUE Robert A.J.Phillips 10 HALIFAX: CARREFOUR DES VOIES MARITIMES ET DE L'HISTOIRE Thomas Raddall 32 QUÉBEC.MA VILLE Roger Lcmelin 34 LA VIE QUOTIDIENNE EN 1867 Yves Theriault 37 LA TOUT AIMABLE TORONTO iohn Cray 40 WINNIPEG: AU SEUIL DE L'OUEST W.O.Morton 42 CALGARY: VILLE OUVERTE Basil Dean 46 VANCOUVER AUX MULTIPLE FACETTES Earle Birney 49 LES NOUVEAUX CANADIENS Henry Kreisel 52 RADIO ET TÉLÉVISION: MIROIR DU CANADA Robert Fulford 54 LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Michel van Schendel 58\tOÙ EN EST LA PEINTURE CANADIENNE?Robin Neesham 59\tAPPRENTISSAGE D'UNE FEMME MEDECIN Ruth Buck 61\tHEPBURN.LE TRIBUN Neil McKenty 62\tLES TRAPPEURS, CES CHEVALIERS VÊTUS DE PEAU Frank Rasky 64 LA SCÈNE SPORTIVE Jim Coleman 66 UN THÉÂTRE D'EMPRUNT Nathan Cohen 68 LE BISON \"ONE SPOT\" E.).Cotton 70 HOWE, OU LA GRANDEUR OBSCURE John D.Harbron John D.Harbron.M A.F.R.S A., rédacteur |ean-Marie Poirier, coordonnateur de UN SltCLC Stewart & Morrison Liée, direction artistique Photos: Horst Ehricht.George Hunter, Robert C.Ragsdale, F.R.P.S., Office national du film.Archives publiques du Canada, documentation C.D.Howe.Mme Ruth Buck, Eglise anglicane du Canada.Tous droits réservés, Southam Press Limited, Toronto, 1%7 La reproduction, la traduction ou l\u2019adaptation en tout ou en partie du présent ouvrage est formellement interdite sans l'autorisation écrite de l'éditeur.UN SIÈCLE 1 LE SENS DU CANAD Hugh MacLennan Romancier bien connu, auteur de \"Deux solitudes\" et \"The Watch That Ends The Night\" A mesure que le temps passait et que 1967 approchait, le Canada offrait aux observateurs de la nature humaine un spectacle passionnant.Témoignant d un sens civique dont la politique renferme peu d'exemples, les deux principaux partis parlementaires suspendaient la plupart de leurs travaux et s'évertuaient à prouver au monde entier que le gouvernement du pays était entre les mains d'insensés, d'escrocs et de débauchés.Les Cours et les services publics fonctionnaient comme à l'accoutumée, la production nationale brute atteignait de nouveaux sommets, et pourtant jamais depuis la Confédération autant de prophètes de malheur n'avaient défrayé la chronique.Au lieu du centenaire de la nation, beaucoup d'entre nous semblaient, par leurs faits et gestes, préparer ses funérailles.Rien n'illustre mieux le trait foncier de notre mentalité que notre attitude à l'approche du centenaire.Au cours de cette période, nous avons été plus écossais que les Ecossais eux-mêmes dans notre détermination de voir tout en noir et de représenter la nation comme indigne d'une Providence jalouse et courroucée.Quand nous songeons au fol orgueil des Anglais faisant un retour sur eux-mêmes à la fin du 19e siècle et que nous considérons ce qui leur est arrivé peu après, l'attitude canadienne fut assurément saine.S il est vrai que Dieu se détourne d'un peuple qui se prend d'admiration pour lui-même, il n'y a pas lieu pour l'instant de craindre qu'il se détourne du Canada.Nous savions de reste que l'essor du pays depuis la Confédération tient du prodige, d'autant qu'on 1 a toujours dénigré.Sur un sol que la plupart des Européens, voilà un siècle, estimaient pire que la Sibérie, s'est épanoui l'un des peuples les plus riches et les plus enviés de la terre.Au fond de nous-mêmes, nous étions conscients qu'il était trop riche et qu'il l'était devenu trop vite.Les plaines désertes où paissaient les bisons, il y a cent ans, produisaient un excédent de blé suffisant pour nourrir des millions de Chinois et de Russes.Elles recouvraient des lacs d'huile, des nuages de gaz naturel, de vastes gisements de potasse.Quand nous les survolions l'été, le quadrillé des terres évoquait une immense collection de peintures de Mondrian; la nuit, leurs villes brillaient comme autant d'étoiles aux branches multiples.De quelques scieries de Burrard's Inlet était issue la ville moderne de Vancouver.L'Ontario, où Gold-wyn Smith avait vu un misérable rameau colonial à 2 UN SIÈCLE l'époque de la Confédération, avait attiré tant d'immigrants que Toronto la pimbêche était aux deux cinquièmes européenne.Le Canada français, secouant une léthargie deux fois séculaire, témoignait d'une telle vitalité que le reste du pays estimait la coexistence essoufflante.Montreal, depemte par André Siegfried, juste avant la guerre de 1914, comme une garnison anglaise entourée d'un gros village français, avait atteint les dimensions d'une métropole internationale sur le point d'être le théâtre de la plus grande exposition internationale de l'histoire.Quelques-uns des pères de la Confédération étaient morts depuis longtemps que 1 état deplorable des routes dans les provinces atlantiques obligeait encore la plupart des gens à se déplacer en bateau; de nos jours, leurs routes modernes conduisent les automobilistes par centaines de milliers a travers des paysages qui figurent parmi les plus beaux d'Amérique du Nord.Mais sur le plan humain, ce n'était pas là l'aspect le plus important de notre évolution.Le Canada s'était intégré aux structures de la société internationale avec une étonnante rapidité.Dans les deux grandes guerres, ses combattants avaient, bien avant les Américains, aidé le Nouveau Monde à rétablir l'équilibre de l'Ancien.Peu après la guerre hitlérienne, des statistiques établies par les Nations Unies révélaient que, toutes proportions gardées, le Canada l'emportait sur tous les pays pour le voyage à l'étranger.L'enrichissement que nous en retirâmes parut bientôt dans un art et une littérature propres, et une petite ville ontarienne devint, assez inopinément, la plus célèbre scène shakespearienne du monde.En outre, le Canada avait été merveilleusement favorisé dans son immigration.La plupart de ceux qui s'y établirent après la guerre hitlérienne avaient de l'instruction, quelques-uns même, de l'éclat.Si le critère le plus juste du mérite d'une société est son régime éducatif, que ne pourrait-on dire d'un pays qui a attiré un tel nombre d'étudiants étrangers que quatre-vingts nations se trouvent représentées dans une seule de ses universités?Il était normal que, fort de telles réalisations, un peuple prudent dût proclamer son indignité de mille façons et en mille occasions.Mais cette attitude tenait à d'autres facteurs.La prospérité avait déclenché, comme toujours, une véritable crise de personnalité.Les reproches que nous nous adressions étaient en partie justifiés et, au surplus, la perpétuelle névrose canadienne ne faisait que s'accentuer dans la mesure ou la nature réelle du pays, en même temps que son sens historique virtuel, s'imposait avec tant d'évidence qu'il devenait d'une année à l'autre plus difficile d'en nier la réalité.Certaines nations inventent leur sens, comme ce fut le cas des Etats-Unis en 1776.D'autres, moins heureuses, se le voient conférer de l'extérieur, tels la Bohême au début de la Guerre de Trente Ans et le Viêt-Nam à notre époque.Mais d'autres encore l'assument à leur insu, et s'il arrive que ce sens soit en conflit avec ce que le clergé et les éducateurs ont enseigné à la jeunesse, il en resuite fatalement un comportement névrotique sous une forme ou sous une autre.Témoin, les deux solitudes dont fut d'abord formé le Canada.Bien que nous n'en tenions pas compte le plus souvent, nous savons tous que les origines du Canada furent très particulières.Les races dites fondatrices les Français, les loyalistes anglais venus des Etats-Unis, les highlanders écossais et les Irlandais \u2014 se retrouvèrent mêlés les uns aux autres au Canada à la suite de guerres et de catastrophes, vaincus et dépossédés.Dans les premiers temps, ces groupes tenaient par-dessus tout à la conception qu'ils avaient d eux-mêmes.Déjà les Canadiens s'opposaient au melting pot et c'est cette volonté que sanctionna la Confédération.A l'origine, celle-ci fut surtout une solution politique et administrative.Les préjugés hérités des guerres religieuses et mercantiles étaient perpétués ici avec tant de zèle (bien qu'ils fussent disparus depuis longtemps là-bas) qu'un observateur impartial aurait été fondé à y voir le culte des ancêtres, le \"fait britannique\" s'opposant au \"fait français\", le protestant au catholique.Les résultats furent souvent ridicules.A un jeune officier qui lui demandait un jour en quoi consistait le devoir d'un marin britannique.Lord Nelson répondit: \"Eh bien, servir le roi et haïr les Français .Il y a cinquante ans, cette réponse n aurait pas paru absurde à la plupart des puritains anglo-canadiens.De même, si vous aviez demandé au Canadien français moyen ce qu'on attendait de lui, il aurait pris pour acquis (encore qu'il ne l'eût pas dit ouvertement) qu\u2019il lui fallait prendre le contre-pied de l'attitude anglo-canadienne: \"Servir l'Eglise et haïr les Anglais\".L'historien A.M.Lower n'a fait qu'exprimer la stricte vérité au sujet du Canada en écrivant qu'Ot-tawa ne fut jamais qu'une capitale administrative, la spirituelle étant ailleurs.En réalité, il y avait deux capitales spirituelles: l'une était Londres, et l'autre Rome.Que ces sottises n'aient pas empêché le Canada de prospérer montre assez qu'elles ne furent jamais que sottises.D'ailleurs, comment la haine véritable aurait-elle été possible dans le Canada d'alors?Il faut connaître un homme pour le détester, et tant que les Français restèrent au Québec et que les Anglais refusèrent d'apprendre leur langue, les deux solitudes se rencontrèrent à peine.Ce qu'on enseignait en réalité, c'était de haïr l'idée de l'autre et nous avons pu constater les effets de cet enseignement dans le ridicule débat parlementaire sur le drapeau canadien.Mais les névroses, fussent-elles aussi tenaces que les nôtres, ne peuvent durer plus d'une génération après la disparition de ceux qui les ont engendrées.A quoi sert d'opposer le \"fait britannique\" au \"fait français\" aujourd'hui que l'empire britannique n'existe plus?Quant à la querelle religieuse, l'esprit militant est disparu de ce qui reste de foi chrétienne.Rome est devenue œcuménique et il n'y a pas même un théologien sur mille protestants.De nos jours, la véritable guerre religieuse se livre entre capitalisme et communisme, et le monde où nous vivons est un monde neuf si rempli d'espoir, de terreur et de mouvement que l'esprit le plus subtil lui-même ne peut en saisir qu'une infime partie.En 1960, l'année où s'amorça la \"révolution tranquille\" du Québec, un aréopage de savants russes et américains réputés, dont plusieurs lauréats du prix Nobel, formulaient leurs prédictions sur l'avenir.Ils annonçaient qu'un paradis technologique était imminent.Ils prévoyaient qu'en l'an 2000, la popula- tion serait quatre fois plus élevée qu'en 1960; tous les aliments, synthétiques; les excursions à la lune, chose courante; les métaux nécessaires, tirés de l'eau de mer et de la pierre ordinaire; la maladie et la famine, supprimées; l'enseignement, confié à des banques électroniques qui transfuseront le savoir dans le système nerveux au moyen de messages chiffrés; la reproduction naturelle, régularisée artificiellement afin que seuls puissent naître les types supérieurs d'humanité.Sur le plan politique - il fallait s'y attendre de la part de savants modernes - ils se contentaient de dire qu'en l'an 2000 on aurait institué une autorité universelle.Il leur semblait souhaitable que cette autorité fût fondée sur l'accord de toutes les tribus et de tous les gouvernements - y compris sans doute le Congo - mais à défaut d'une telle unanimité, ils étaient d'avis que la nation qui appliquerait la technique à l'échelle mondiale d'une façon intelligente et intense \"atteindrait rapidement une invincible supériorité\".A une autre époque, on aurait évidemment employé le mot \"empire\".C'est dans ce contexte politico-technologique qu'un penseur impartial doit s'efforcer de découvrir un sens à un pays comme le Canada.Tous leurs gestes, les Canadiens les font d'instinct.Notre histoire récente, qui s'est surtout intéressée à la révolte des provinces contre la centralisation des pouvoirs, indiquerait que nous allons au moins tenter de nous soustraire à un empire technologique, de résister aux efforts des puissances centralisatrices visant à assujettir les besoins des individus au bon plaisir d'un gigantesque système d'ordinateurs.Voilà pourquoi je me refuse à employer le terme spécieux \"unité\" en parlant du Canada, lui préférant le mot \"harmonie\".La vieille devise \"l'union fait la ?* force\" signifiait jadis l'union spirituelle, mais dans notre ère moderne elle a généralement le sens que lui donnait Hitler.Je dirais que désormais la survivance et la dignité de l'homme, et surtout son bonheur, tiennent à la reconnaissance des particularités individuelles, et que l'Etat contemporain dont la structure et l'esprit parviennent à concilier le plus de particularités possible offre les meilleures conditions d'existence.Si seulement les Canadiens peuvent s'en rendre compte, ils découvriront le sens de leur pays.Le Canada est à la fois nouveau et traditionnel, jeune de coeur mais rompu à la technique.Il a l'occasion d'être un laboratoire de la liberté individuelle dans notre étrange monde moderne où, économiquement, il fait partie d'un empire américain qui, à l'instar de la Rome antique, s'est formé contre son gré.Pour sauvegarder au sein de cet empite - plus libéral que Rome ne le fut jamais - une certaine forme d'individualité et de diversité, pour résister à la mentalité de masse qui est la première cause de malaise, nous devons, c'est la vérité toute simple, y parvenir sous peine de nous désintégrer et de périr.Notre vieille division en deux solitudes me semble aujourd'hui un bienfait déguisé.Elle rend impossible l'uniformité au Canada.Ce qui a fait défaut dans le passé, c\u2019est l'amour et le respect mutuel.Ce qui doit apparaître dans l'avenir - et nous en voyons effectivement des signes - c'est la sympathie et la compréhension, et cette confiance que donne l'acceptation de soi.Et il y a toujours le pays naturellement, le pays magnifique qui est l'un des grands trésors à subsister sur terre.Nous sommes fondés à poser la question: se peut-il que notre acharnement à nous dénigrer vienne de notre crainte que nous ne puissions jamais en être dignes?.¦ .- .¦ ; » », j '.\t, drafts **/**&& -, fa UN SIÈCLE 3 LE CANADA DE L'AVENIR Joseph Schull Auteur dramatique à la radio.I! a écr.t \"The Far Distant Ships\" et \"laurier\" La nation canadienne naquit au milieu de l'époque victorienne.Et ils étaient victoriens, ces Pères de la Confédération, qui tinrent des assises solennelles au nord du continent américain.Ils étaient les dépositaires d'un héritage glorieux et ils en étaient conscients.Ils assumaient de lourdes responsabilités et ils en Sentaient le poids.Ils étaient pour la plupart de grandes ressources et de bonne volonté, mais ils appartenaient aussi à leur époque et à leur monde.C'était une époque où l'on regardait l'avenir avec confiance, où l'on croyait en une expansion ordonnée.C était un monde connu où l'on vivait en toute quiétude.C était un monde qui nous semble aujourd'hui incroyablement petit, incroyablement fat et prompt à se leurrer.On y vivait sous le signe du mensonge.On parlait de l'Homme et l'on entendait l'homme blanc, et seulement une poignée d'entre eux.Les ignorants et les silencieux, blancs et autres, subissaient encore leurs chaînes.Le soleil de Victoria, qui se levait sur beaucoup de nations, ne brillait que pour les seuls élus Une faible partie des peuples de la terre formait comme une bosse toujours plus rebondie sur le dos courbé de l'humanité.Des millions d'oubliés la nourrissaient et l'engraissaient, n'existant que pour servir, matière brute que les élus d'Occident employaient à s'adoucir l'existence.Certitudes aimables, fondement d'espérances sereines.Le Victorien ne connaissait son monde que parce qu'il lui plaisait d'en ignorer la plus grande partie.Tel était le climat et telle était la mentalité quand nous fîmes notre apparition comme nation sur la scene du monde.Deux langues avaient cours dans nos conseils, deux sangs coulaient dans nos veines, et pourtant ils avaient commune origine.Nous venions de champs voisins ou de rivages proches.Notre sang s'était mêlé près de la hauteur de Hastings.Normands et Saxons, descendants ou parents des uns et des autres, nous édifiâmes une nation d'Occidentaux.Personne ne peut dire que nous avons échoué.Le Canada se range parmi les réussites historiques.Nulle nation n'a été plus fortunée, aucun peuple n'a plus de raison d être satisfait; nous avons réalisé, et davan-tage, le rêve de nos peres.Aujourd'hui que nous doublons le cap de notre premier siècle, l'éclat de la naissance nous environne.Les champs de blé resplendissent, la richesse jaillit de la forêt, de la pierre et de 4 UN SIÈCLE I eau, une chaîne de villes fières relie les deux océans, le tourbillon doré est un hymne d'abondance.Un vieil hymne victorien que nous entendons à peine.Nous ne sommes pas satisfaits; le rêve était trop timide.La promesse, dépassant le rêve, résonne et remplit l'air, les bataillons serrés des ordinateurs de l'avenir nous parlent de paradis en clignotant de leurs lumières innombrables: affranchissement de l'indigence, et de la peur, et de la vieillesse, la vie douce, douce jusqu'à la fin, la mort repoussée toujours plus loin.Un paradis aussi concret que des dollars, un paradis que nous pouvons acheter, qui luit et s'évanouit, froid comme les lampes-témoins, et comme les machines.Etre canadien, ce n'est pas s'exclure du monde, et maintenant nous connaissons le monde.Nous avons été amenés à le connaître.Nous possédons un trésor et nous cherchons la securité, sans la trouver nulle part.Nous croissons et nous nous méfions de la croissance ordonnée.Nos repères se rient de nous et nos lumières sont des feux follets.Voyageurs désorientés sur des mers changeantes, tout ce que nous connaissons, c'est la totale insécurité.Pourquoi?Nous nous posons la question en partageant les appréhensions de tous les hommes.Est-ce parce que nous avons commis des erreurs en ce siècle qui a suscité tant de transformations?C'est, au contraire, parce que nous avons si bien fait tant de choses.Nous avons abattu des barrières, ouvert des puits de connaissance, donné à tous une voix.Nous avons regardé en face des vérités dont les Victoriens se détournaient.Nous avons rêvé les rêves qu'ils n'ont pas osé.Nous avons conjuré des maux qu'ils tenaient en cage comme des bêtes, et avons laissé les barreaux grandir jusqu'à ce qu'ils nous tombent dessus.Mille illusions mortes gisent derrière nous, dépouilles dérisoires d'un monde.Et il a continué, ce monde, nous entraînant avec lui, malade jusqu'au désespoir et fort jusqu'au désespoir, rongé par des mensonges cancéreux comme par de lourdes chaînes qu'il faut arracher, dût toute la chair venir avec.Nous avons vu cette maladie et nous avons vu ce déchirement.Nous avons vécu notre siècle en compagnie de l'esclave affranchi qui ne connaît pas encore la liberté, de peuples sommeillants éveillés tout à coup au cauchemar, et nous avons connu la guerre, et encore la guerre.Tous, nous avons du sang sur les mains, nos coeurs et nos esprits gardent encore les traces de 1 agonie que ce siècle a traversée, et pourtant nous n avons pas été des bouchers mais des chirurgiens.Malgré nous et parfois à nos dépens, nous avons assigné à nos mains la tâche d'assainir le monde.Le corps de l'homme qui souffre se tient debout et nous avons communié à l'angoisse de ce changement.Nous avons si peu partagé, et tant à partager.C'est la réalité brutale, la lumière qui nous éclaire.Si nous nous dérobons, nos machines nous railleront, notre richesse sera un fardeau scandaleux et toujours en péril.Les buts poursuivis en vain, comme le Graal, à travers les âges, nous les touchons presque.Et pourtant, aussi imminent que notre prochain souffle, le cauchemar se love autour d'eux.Les ailes en atteste, il sommeille dans des lits de béton, les ogives chargées du venin du temps.Ce venin, nous l'avons distillé avec nos frères, ni seuls, ni moins qu'aucun d'entre est sécré,é par tous ceux qui portent 1a marque , Vfn' \"oir comme leur angoisse, amer comme leurs péchés.Nous tarissons la source du venin ou nous en mourons.Voilà l'espoir, la peur et l'injonction où hent notre époque.Réussir l'impossible ou entrer ans le cauchemar.La haine sera changée en amour, 1 homme s'unira à l'homme ou il s'unira à la poussière.Qui avons-nous haï, pourquoi devons-nous participer cette peur, gatant ainsi notre anniversaire et changeant notre richesse en poussière?Que répondrons-nous à nous-mêmes, à nos fils?II n'y a pas de réponse.Les Pères victoriens haussent les épaules et nous montrent derrière eux les étendues marécageuses du temps.Impossible de regarder en arrière, nous devons regarder en avant.Vers l'avenir pour nos fils.Void ce que je dirais au mien, humblement, en pensant à tant de folies passées.Tu as la redoutable responsabilité d'administrer ta riche demeure.Mets-y ordre d'abord.Ecoute les voix qiu retentissent dans le monde, cette Babel tourmentée que tu dois connaître.Ecoute ensuite les fous familiers autour de toi.Toi qui es au centre de ce tumulte peux-tu tolérer chez toi une querelle de langues?Peux-tu faire de la race un mur et un fossé?Quelle race?Où trouver une racine qui ne court pas au-dessus des murs, au-dessous des fossés?Ces barrières sont tombées, ces tranchées comblées; elles n offrent ni abri, ni espoir.Toi dont les machines interrogent les espaces les plus reculés à la recherche d'êtres inouïs, ne feras-tu pas l'effort d'ouvrir la .grammaire d'un cousin?Nous avons fait des montagnes de nos petites taupinières; nous avons marché autour précautionneusement et nous nous sommes chamaillés sur les pentes.Il t'appartiendra de les ¦ franchir d'un bond pour découvrir et désirer partager les richesses des deux vertus.Et le désirant, tu le feras, ou ton fils le fera.Ce ne sera que le commencement.Les deux rivières ^ affranchies de leur source commune, mêlées dans un j commun dessein.Le double battement de coeur et la I vie unique, circulant librement entre les deux océans.: Je te vois vaguement tel que tu pourrais être alors, témoin d'un peuple établi enfin dans son intégralité.Et c'est une image réconfortante.Je te vois encore dans une grande obscurité; mon ' regard ne peut porter au-delà.Elle a recouvert toute ; la vie que tu as connue.Elle a pris pour façonner cette vie des moyens qui m'échappent et t'a dérobé à mes yeux.Je tâtonne et souvent ne peux te rejoindre, ; enfant du monde nouveau et homme de l'avenir.Tu I as des pensées qui ne m\u2019ont pas effleuré; tes rêves I sont plus froids, je pense, plus froids et plus précis.; Le brouillard chaleureux de l'époque victorienne s'est dissipé; la lumière est attristante mais la lumière est vive.Parfois je sens en toi - ou pense ou désire sentir - une aspiration que je ne connaissais pas, un tâtonnement, une impatience.Le sentiment que des valeurs se s déplacent, que des perspectives changent.Tu as plus e que je n'ai eu et à moins de peine.Tu auras encore s ! davantage selon ton bon plaisir.Reste à savoir si tu désires ce que je peux voir.De tous les espoirs fondés ; I sur toi, lesquels as-tu fait tiens?Cela aussi je l'ignore, mais je sais ceci.Tu ne te mesures pas â mon aune, ni ne vois avec les yeux que j'ai promenés sur le monde.Je me suis accommodé de trop de mensonges, dont l'édifice effondré est voué à la pourriture.Trop ¦- d'idoles se sont écroulées.Tu ne les as pas connues et n'as pas assisté à leur chute.Tu ne sens pas le vide qu'elles ont laissé.Tu poses un regard léger et tranquille sur des paysages qui demeurent pour moi hantés.Paix aux vieux fantômes; tous n'étaient pas infâmes.Que dire de ces nouvelles formes qu'éclaire la lumière de ton jour nouveau, de ce jour plus grand, plus froid, vaste comme le monde?La peur t'est pré- ( sente, je pense, familière comme le sel et le pain.Peut-être aussi le remords de la richesse.Désormais, aucun voile ne dérobe l'homme à l'homme.Aussi proches que leur pauvreté, les affamés t'observent.Tu ne peux plus impunément te nourrir seul.IDe cette indigence ressentie et de cette peur partagée que faut-il attendre?L'éclat d'un rêve qui se magnifie en dessein?Je m'interroge, espère et ne connais pas la réponse.Tes pensées secrètes, qui te demeurent peut-être cachées à toi-même, attendent de s'épanouir.Nous voici tous deux, enveloppés de promesses et de nuit, dans ce grand pays qui bouge.Tu dois pousser plus loin.Ce que nous te donnons en j viatique a été gagné, et chèrement, par ceux que tu laisses derrière toi.Tu devras connaître la douleur, \u2018 comme il sied à tous les hommes, et la mort tout au bout.II n\u2019est pas nécessaire de connaître l'ignorance.II y aura moins de lacunes graves.Puisses-tu désirer alors te livrer à une démarche plus grande.Les voix de tes frères, les yeux de tes frères, tu y seras sensible, et à leur peur.Partageant cette peur, tourne-toi vers leurs mains tendues.Elles m'ont été étrangères et terribles.Elles ne le seront pas pour toi, qui cherches à les remplir.Tu n'as pas servi les idoles renversées que nous avons connues: le confort, la sécurité et l'orgueil de la race élue.Hommes de l'avenir, vous êtes tous élus et mis en face de la même injonction: ou vivre magnifiquement ou périr sordidement.Puisses-tu faire le choix juste.S9É& s m * Parmi ces nouveaux Canadiens se trouvent peut-être de futurs dirigeants.UN SIÈCLE 5 LA PLACE DU CANADA DANS LE MONDE Gilles Lalande Professeur de relations internationales à l'Université de Montréal Ancien diplomate Les statistiques sont unanimes à cet égard: la place du Canada est grande dans le monde.Le Canada est en effet le deuxième plus grand pays au monde par sa superficie.Le Canada est la cinquième plus importante nation au monde par son commerce international.Le Canada occupe le tout premier rang parmi les pays du 20e siècle, soit par ses richesses naturelles, soit par son développement industriel, soit par sa capacité et son potentiel économiques.Il va de soi que le Canada siège à tous les principaux conseils économiques internationaux (Groupe des Dix, OECD, GATT, agences spécialisées des Nations Unies), et que sa participation à ces divers organismes trouve son prolongement dans une action plus large qui vaut au Canada une place sur l'échiquier international.D'aucuns, cependant, croient que la place du Canada dans le monde a été une fois pour toutes définie.Qu'elle est pour tout dire immuable.S'il faut entendre par là que le rôle du Canada sur l'échiquier international obéit à des impératifs ou à un certain déterminisme, on n'a peut-être pas tout à fait tort.Mais s'il faut comprendre par cette affirmation qu'on a tout dit lorsqu'on s'est répété à soi-même pour la millième fois que le Canada est l'allié privilégié des Etats-Unis, l'âme du Commonwealth, le partenaire idéal à l'OTAN, le membre modèle des Nations Unies, il y a fort à parier, ou bien qu'on manque du sens politique le plus élémentaire, ou bien qu'on s'adonne à la plus dangereuse des complaisances.Car si l'on ne peut nier que le Canada a été agissant sur la scène internationale depuis la deuxième grande guerre, qu'il a parfois même été applaudi, ne convient-il pas de se demander si ses initiatives ont toujours correspondu à une 6 UN SIÈCLE conception éclairée de la place qu'il devrait chercher à occuper dans le monde, compte tenu de ce qu'il est, et de ce qui constitue son intérêt national essentiel.Les trois axes On peut dire que la place qu'occupe présentement le Canada dans le monde repose sur trois considérations majeures ou sur trois axes principaux.Le premier tient au fait que le Canada est une puissance moyenne, sinon petite à l'échelle contemporaine.D'où l'accent qu'il met à agir au sein d'organisations internationales, notamment l'ONU et l'OTAN, de préférence au cadre plus strict des relations bilatérales (pays à pays).Le deuxième vient de la croyance que l'expérience historique, et surtout politique du Canada, le voue à exercer une espèce de rôle prédestiné à l'intérieur de la communauté des nations britanniques.D'où la très large prépondérance, qui peut aller parfois jusqu'à l'exclusivité, de son action diplomatique dans le cadre du Commonwealth.Le troisième, enfin, procède de la réalisation que le progrès économique du Canada, et par conséquence le bien-être matériel de sa population, dépend dans une très large mesure des Etats-Unis, son si puissant voisin.D'où l'extrême importance que le Canada accorde à l'évolution de ses rapports avec Washington.Le nécessaire appui Qu'on le veuille ou non, les Etats-Unis constituent aujourd'hui l'un des plus grands pôles économiques et politiques du monde.La population des Etats-Unis notamment, qui aura atteint avant trente-cinq ans 335,000,000 d'habitants, fait aujourd'hui dix fois celle du Canada.Mais le produit national brut (PNB) américain est déjà plus de quinze fois supérieur à celui du Canada.Ce qui plus est, la capacité de progrès technique et scientifique des Etats-Unis, et par ricochet le potentiel industriel et économique américain, en font le premier et le plus dangereux concurrent du Canada.Or il ne fait pas l'ombre d'un doute que dans l'état actuel de disproportion existant entre les deux pays, le Canada signerait son arrêt de mort en cherchant à se sevrer brutalement de l'économie américaine.L'aide technique américaine notamment, avec le support des investissements, demeure l'indispensable facteur déterminant plus ou moins directement la productivité canadienne et, en définitive, la capacité de l'économie canadienne à soutenir la concurrence sur le marché international.D'autre part, le Canada et les Etats-Unis sont l'un pour l'autre, à la fois le meilleur client et le meilleur fournisseur, ce qui, bien entendu, ne préjuge en rien des mesures que le Canada peut prendre pour réduire sa trop grande dépendance à l'égard des capitaux et des marchés américains.Il n'en reste pas moins, cependant, que les Etats-Unis constituent le nécessaire appui du Canada dans le monde et le pôle à partir duquel le Canada peut se tailler une place qui soit conforme à ses aspirations.La coloration Le Canada a choisi d'organiser jusqu'ici son action dans le monde à partir du Commonwealth.De caractère politique à Suez ou à Chypre, de nature économique dans le plan de Colombo, de portée militaire\u2014du moins en partie\u2014au Nigéria et au Ghana par exemple, cette préférence a le seul tort de négliger de s'inspirer de la réalité canadienne dans sa totalité.La réalité nationale, en effet, quand on la réduit à l'essentiel, est celle d'une biculturalité pro- i ni Sir Robert Borden et Sir Winston Churchill discutent de marine.A droite, M.Paul Martin s'entretient avec ses commettants de Windsor.S $ ! \u2022; I i I ¦s f ¦: { fonde qui, en donnant au Canada son trait distinctif, lui fournit de toute évidence un principe de cohésion.Or en quoi l'agitation du Canada à l'intérieur du Commonwealth, utile à certains égards sur le plan de l'apprentissage de la diplomatie canadienne, s'appuie-t-elle sur la bicultu-ralité du Canada?En quoi la population de langue française du Canada peut-elle s'identifier d'emblée avec une communauté multiraciale, bien sûr, mais néanmoins essentiellement britannique, telle que le Commonwealth?Surtout lorsque cette préférence s'exerce, comme jusque récemment, aux dépens sinon à l'exclusion de liens vraiment significatifs avec ceux qui, dans le monde, partagent avec le Canada de langue française des affinités particulières, notamment les pays francophones.Il n'y a, bien sûr, aucun inconvénient de la part du Canada à développer des liens importants avec des pays asiatiques tels que l'Inde ou le Pakistan, dont les besoins sont immenses, ni a fortiori avec le pays des traditions démocratiques par excellence, la Grande-Bretagne.Mais on pourra difficilement soutenir qu'il importait plus au Canada de nouer par priorité des relations diplomatiques, et surtout politico-économiques, par exemple, avec le Ghana plutôt que la Tunisie, ou avec la Tanzanie plutôt que le Sénégal, les uns, pays africains du Commonwealth, les autres, pays africains de la Communauté française.D'autant plus que le résultat a pu en être une coloration par trop britannique de la place du Canada dans le monde ou, autre- MM 4 * 9 * a * § a a.¦ mm ment dit, un rôle dont le moins qu'on puisse dire est qu'il apparaît divorcé de la réalité nationale, et à vrai dire, des intérêts durables du Canada.Un nouvel équilibre Le Canada voudrait-il se hisser au rang des grandes puissances qu'il n'en aurait ni les moyens ni les possibilités.Sa place dans le monde ne saurait donc être grande a priori, ou considérée comme étant importante par les autres.Mais qu'à cela ne tienne puisque l'essentiel est que cette place soit la sienne, et qu'elle soit avant tout en accord avec une vision lucide du monde de cette moitié du 20e siècle, un monde où l'exercice de la pleine et entière souveraineté a fait long feu et où \"l'indépendance\u201d des pays est chaque jour un peu plus irréalisable.La place du Canada dans le monde doit aussi, pour tout dire, procéder fondamentalement de l'intelligence que se font les Canadiens de leurs intérêts durables, au premier rang desquels se place la nécessité inéluctable de vivre en accord avec leur propre nature, qui est celle d'un pays fondamentalement biculturel.Or si Je pôle américain, anglo-saxon de nature, demeure la condition première d'un Canada continuant à se développer au rythme des nations modernes, la raison n'en apparaît que plus grande de chercher à établir un nouvel équilibre dans les relations du Canada avec l'étranger, ou un nouvel aménagement de la place du Canada dans le monde.Par étapes connues, et peut-être selon des formes nouvelles, cette place devra naturellement s'appuyer autant sur la communauté des pays francophones que sur la communauté des nations britanniques.Tout en étant u.iique, cette place sera dualiste; tout en restant modeste, cette place sera dynamique.Reflétant alors un nouvel équilibre interne, la place du Canada dans le monde exprimera enfin une volonté réelle et commune à tous les Canadiens, de se donner sur la scène internationale ce qui pourra s'appeler \"une aptitude biculturelle à grandir\".UN SIÈCLE 7 \t\tSsffiw >'-.-w ^waiiHBHiMW^MB»BaMr Ær\t\t \t\t\t\tJss\tni \t\t\tp if\t! r# * w /\t¦\u2022®^ïj,\u2019i\t\u2019\t'\u2019¦ SBBaùRfmBBBBÊÊI \u2014*1 \u2022*- y\ttjJyU i »*it'V7vfei.'j*rt: y-£wr?J.v-w' u'adviendra-t-il de la CONSTITUTION?ugene Forsey Directeur de la recherche au Congrès du Travail du Canada S'interroger sur l'origine et le destin de la Constitution, c'est en réalité s'interroger sur l'origine et le destin du Canada.Car la Constitution a fait de nous un peuple et ce qu'il en adviendra au cours des prochaines années pourrait nous détruire.Le sort qui lui est réservé semble beaucoup plus important que sa genèse et beaucoup plus difficile à prédire.Mais pour savoir où nous allons \u2014 ou devrions aller \u2014 nous devons d'abord savoir d'où nous venons et ce n'est pas aussi facile qu'on pourrait le croire.Car les faits ont souvent été enveloppés d'une gangue épaisse de fiction.Quels sont les points importants de la Constitution que nous ont léguée les Pères de la Confédération?Elle a été élaborée par des Canadiens, et non par des étrangers ou par des agents d'une puissance extérieure.Elle constituait une entente entre les gouvernements de cinq provinces au début, de trois finalement.Elle créait une \"nouvelle nation\", comme les Pères l'ont répété à maintes reprises; une, nouvelle \"nationalité politique\", selon l'expression de Cartier; une seule nation.Personne n'a parlé de deux nations.Elle prévoyait un bilinguisme restreint, à l'Assemblée législative et dans les Cours du Québec, ainsi qu'au Parlement du Dominion et dans toutes les Cours qu'il pouvait instituer.Il n'était pas question que cette disposition s'appliquât aux Parlements ou aux Cours de l'Ontario, des provinces atlantiques ou de la Colombie Britannique.Elle donnait à chaque province pleine autorité en matière scolaire, sous réserve de certaines garanties touchant les minorités \"protestantes\" et \"catholiques\".Aucune mention des écoles \"françaises\" ou \"anglaises\".Elle constituait une fédération fortement centralisée.Les \"droits des Etats\" avaient presque détruit l'Union américaine.Aussi les Pères de la Confédération conférèrent-ils aux provinces des pouvoirs spécifiques et plutôt restreints; tout ce qui n'était pas mentionné (à moins qu'il ne s'agît d'une question purement locale ou privée dans une seule province) relevait de l'autorité fédérale, en vertu de son pouvoir de légiférer pour la paix, l'ordre et le bon gouvernement du Canada.Ils conféraient au Québec un statut spécial restreint en en faisant la seule province officiellement bilingue, en lui donnant autorité sur son code civil (Québec fut la seule province à ne pas céder \"ses droits de propriété et ses droits civils\" au Dominion), en lui garantissant la position spéciale de l'Eglise catholique (en vertu du code civil), et en lui garantissant, effectivement, ses écoles françaises et catholiques (puisque seule l'autorité locale avait juridiction en cette matière), sous réserve de certaines dispositions visant à protéger la minorité protestante.Ils nous érigeaient en monarchie, soumise à la Reine du Royaume-Uni, en vertu d'une \"constitution semblable, dans son esprit, à celle du Royaume-Uni\".Macdonald souligna avec insistance que les Pères auraient pu établir une république indépendante, mais qu'aucun d\u2019eux ne l'avait même suggéré.Les Débats sur la Confédération témoignent d'un monarchisme ardent et d'un attachement aux \"principes de la Constitution britannique\".Ce n'est pas par stupidité ou crainte que les Pères s'abstinrent de fonder une république.Ils avaient le républicanisme américain en horreur et plaignaient ceux qui devaient le subir.Les jugements du Comité juridique du Conseil privé britannique bouleversèrent notre Constitution de fond en comble.\"La paix, l'ordre et le bon gouvernement\" ne pouvaient guère être invoqués qu'en temps de guerre et les vingt-sept exemples mentionnés dans la Constitution formèrent presque tout le champ du pouvoir fédéral.Tout ce qui n'était pas mentionné, donc à peu près tout ce qui était nouveau (sauf quelques exceptions importantes) tombait presque automatiquement sous l'autorité des provinces.Les fonctions dévolues par les Pères aux provinces se sont avérées beaucoup plus onéreuses qu'on pouvait le prévoir en 1867.Celles que les beaux-pères y ajoutèrent (notamment, une grande part des lois sociales) sont extrêmement coûteuses et ils n'ont pas prévu suffisamment de pouvoirs de taxation supplémentaires.Nous y avons obvié en partie au moyen d'un amendement constitutionnel transférant l'assurance-chômage au fédéral, et en partie, pendant un certain temps, au moyen des \"programmes conjoints\".Le fédéral pourrait assumer une bonne partie du coût des routes en déclarait leur construction nécessaire à l'intérêt national.Le Québec mis à part, les neuf autres provinces pourraient se décharger de la majeure partie du fardeau de la sécurité sociale en cédant au fédéral certains droits de propriété et droits civils.Et les dix projdftces pourraient même faire assumer par le Jdtékr£mr bonne part des dépenses de l'enseignemcntuniversitaire si elles convainquaient la Cour suprême que de nos jours l'instruction universitaire n'est pas réservée principalement à chaque province et que, partant, elle n'est pas du ressort exclusif des provinces en matière d'instruction.La plupart de nos problèmes de nature strictement fédé-rale-provinciale pourraient être résolus si nous pouvions simplement rétablir la Constitution des Pères.Mais il est peu probable qu'on prenne aucune de ces mesures, surtout parce que le Québec, depuis 1960, est entré soudain dans le 20e siècle et qu'il a incité tout le Canada français à réclamer une série de changements à la Constitution et aux structures.En 1867, le Canada français se limitait au Québec (encore qu'on y trouvât une importante et puissante minorité \"anglaise\").Le nombre était négligeable des gens d'origine française qui habitaient à l'extérieur de la province, sauf au Nouveau-Brunswick, où ils formaient peut-être 15 pour cent de la population, mais n'avaient à peu près pas d'influence.Voilà pourquoi sans doute les Pères canadiens-français ne firent aucun effort pour obtenir le bilinguisme ou des écoles françaises dans les provinces atlantiques, en Colombie Britannique, dans les Territoires, ni même au Manitoba jusqu'à ce que Riel forçât le gouvernement à y créer en toute hâte une province bilingue.11 leur suffisait qu'on leur assurât ce qu'ils jugeaient alors nécessaire à la survivance des Canadiens français et à une existence paisible, pieuse et surtout agricole au Québec, en plus de droits limités quant à la langue au Parlement et dans les Cours du Canada.Mais voici que le Canada français s'étend vers l'est au Nouveau-Brunswick, vers l'ouest à l'Ontario et que l'industrialisation a transformé le Québec.Les Canadiens français ne se contentent plus d'une réserve rurale sacrée dans cette province, de droits très restreints à l'extérieur et d'une part très restreinte aux affaires nationales.Ils ont gagné du terrain en Ontario et au Nouveau-Brunswick; dans l'Administration fédérale, il y a plus de bilinguisme et un plus grand nombre de ministres que ne l'espéra jamais Cartier.Mais ils veulent plus de droits à l'extérieur du Québec, beaucoup plus de pouvoir dans l\u2019Administration fédérale et encore bien plus de pouvoir dans l'industrie et le commerce.Avant tout, ils veulent un niveau de vie nord-américain du 20e siècle \u2014 et l'apprécier à la française (autant que possible); ils l'attendent surtout du gouvernement, et de plus en plus du gouvernement québécois, le seul dont iis peuvent être maîtres.Les revendications visant à donner plus de pouvoir au Québec, si elles vont trop loin, pourraient détruire le Canada; poussées jusqu'à la séparation, c'est évident; jusqu'aux \"Etats associés\", moins évident seulement.Car si les Canadiens d'expression anglaise sont forcés de former une \"nation\" (ils n'ont jamais jugé qu'ils en formaient une) à l'intérieur d'un \"Etat national\" (ils n'en veulent pas), ils iront jusqu'au bout.Pas un homme public canadien de langue anglaise qui a lu les recommandations de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal sur les \"Etats associés\" ne s'engagerait dans un tel traquenard à moins d'être fou ou ivre.Cela vaut aussi pour les vues plus fantasques de certains ministres provinciaux du Québec absolument incompatibles avec l'existence d'une communauté canadienne économiquement et politiquement viable.Cela n'exclut pas le transfert de pouvoirs précis du fédéral aux provinces, ou des dispositions spéciales touchant l'une ou l'autre province, quand il y a lieu de le faire.Mais comment le Canada pourrait-il survivre si l'on réduisait encore sensiblement les pouvoirs du Gouvernement et du Parlement fédéraux; il faudra peut-être transférer certains pouvoirs provinciaux au fédéral.Toutefois, si nous, les Canadiens anglophones, nous voulons vraiment sauvegarder l'unité du Canada, ce Canada ne pourra pas être à nous seuls.Nous devons donner aux Canadiens français plus de raisons de croire qu'ils sont chez eux autant que nous dans tout le Canada.S'ils peuvent obtenir suffisamment de droits à l'extérieur du Québec (par exemple, des écoles françaises et le bilinguisme officiel, là où la proportion des Canadiens français le justifie), une bonne mesure de bilinguisme dans l'Administration fédérale, une participation suffisante et effective à la direction du pays, alors le mouvement en faveur d'un Québec indépendant (ou plus ou moins \"associé\") pourra perdre de sa vigueur; sinon, il pourrait bien être irrépressible.Le Québec en souffrirait plus que le Canada anglais.Celui-ci pourrait subsister et son niveau de vie rester acceptable; le Québec ne serait guère plus qu'une république insignifiante.Mais nous en serions tous appauvris, matériellement et spirituellement.Nous n'avons pas besoin d'une nouvelle constitution.Même pas d'amendements nombreux.Le Canada français peut obtenir sans cela la plus grande partie de ce qu'il désire, et le Canada anglais des avantages appréciables à la longue.Ce qu'il faut en réalité, c'est de nous servir de la Constitution existante en nous appuyant sur le bon sens, la patience, beaucoup de réflexion, la connaissance mutuelle, la charité mutuelle et un véritable respect mutuel.UN SIÈCLE 9 Terre-Neuve n'en est pas à son premier centenaire Farley Mowat Polygraphe, il s'intéresse à la manne aussi bien qu'à la nature et à I Arctique C'était un petit vieux tout ratatiné.Un nez vermillon qui faisait penser à la proue d'un navire, des yeux d'un bleu incroyablement pâle embusqués sous des sourcils broussailleux et grisonnants, une bouche edentee.Debout dans la tille d'un petit bateau à moteur, il fixait des morceaux de calmar gelé sur les centaines d'hameçons qui constituaient son attirail de pêche.Il faisait un froid terrible et ses mains ressemblaient aux serres déformées et sanguinolentes d'un vieil oiseau de proie.Harvey Pink était le type même du vieux pêcheur.Il prit son temps pour répondre à ma question.Finalement, il inclina sa tête osseuse et mâchonna: \u2014 Vous voulez savoir comment nous allons célébrer le centenaire de la Confédération, hein?Eh bien l'ami, pour nous c'est déjà fait.Nous, les gens de Terre-Neuve, nous en avons déjà trois ou quatre derrière nous, des centenaires! Comme je suis un Terre-Neuvien d'adoption depuis huit ans seulement, j'avais oublié que notre homme avait déjà atteint la cinquantaine quand Terre-Neuve entra dans la Confédération.Il a maintenant soixante-huit ans et dix-huit petites années ne suffisent pas à changer un Terre-Neuvien.En d'autres mots, Harvey n'est pas pour cela devenu Canadien.Les Canadiens ont du mal à comprendre ce vieil enracinement de l'homme sur cette île rocheuse de l'estuaire du Saint-Laurent.Mes propres ancêtres s'étaient installés dans le Haut-Canada aux environs de 1880 et je m'étais toujours plu à penser que j'étais un vrai fils du pays .jusqu'au jour où je vins m'établir à Terre-Neuve.Je flânais un jour dans le cimetière de Ship Cove (village de pêcheurs d'environ cinquante familles, sur la baie de la Conception).Mon attention fut attirée par une pierre tombale portant la date de 1650.Le nom de Dawes était encore lisible.Cette découverte me passionna et j'éprouvai le besoin d'en faire part à quelqu'un.La seule personne que je pus voir était un vénérable vieillard occupé à faucher l'herbe entre les tombes.Je l'appelai et lui montrai la pierre.\u2014 Imaginez! lui dis-je, encore stupéfait.Il y a trois cents ans, un homme du nom de Dawes mourut ici.Je me demande qui il était et d'où il venait.Mon interlocuteur me regarda un long moment comme s'il craignait que je me moque de lui.Il comprit enfin qu'il avait affaire à un ignorant du con- 10 UN SIÈCLE tinent et se pencha un peu pour me dire: \u2014 Y a pas de quoi te frapper, mon gars.Il s'appelait Johnny Dawes.Né et mort à Ship Cove.Il était d'ici tout comme son pauvre bonhomme de père avant lui.Comme moi, si tu veux.Tout le monde m'appelle l'oncle Jim Dawes.Je me souviens aussi du jour où Howard Morry de Ferryland m'emmena à Gaze, au sommet d'une colline d'où l'on peut voir l'immense nappe argentée de l'océan, pour me raconter que son arrière-arrière-arrière-arrière grand-mère venait jadis en cet endroit précis guetter le retour de son mari, parti pour un voyage au long cours vers les Açores et le Portugal.C'était au début du 18e siècle.Morry est un pêcheur d'environ quatre-vingts ans qui en paraît quarante.Il connaît l'histoire de Ferryland, depuis le temps où l'on n'y pêchait que l'été, c'est-à-dire vers 1500, mieux que beaucoup d'entre nous ne connaissent celle de nos banlieues récentes.Comme la plupart des Terre-Neuviens de sa génération, il attache beaucoup d'importance à l'histoire parce qu'il est conscient d'en faire partie.Il explique: \u2014 Ici, voyez-vous, tout le monde était ignorant.Il y a quelques années, la plupart ne savaient ni lire ni écrire.Mais ils savaient parler par contre! Quand nous étions petits, nous restions des heures assis à écouter les récits des anciens.Ils nous racontaient des faits vieux de deux ou trois siècles et nous avions l'impression qu'ils s'étaient produits la veille.Mais tout change.L'histoire de notre île, gardée vivante pendant une douzaine de générations, sera oubliée en une génération maintenant que nous faisons partie de la Confédération.g Sans le savoir, Morry exprimait les sentiments partagés des Terre-Neuviens à l'endroit de la Confédération.Découverte en 986 par les Scandinaves du Groenland, qui échouèrent cependant dans leur tentative d'établir une colonie au nord de l'île, Terre-Neuve devint une entité ouest-européenne en 1450.Basques et Portugais, baleiniers ou pêcheurs,, fréquentaient régulièrement les Grands Bancs et probablement toutes les anses de l'île.Les débuts de l'histoire sont assez obscurs surtout parce que, jusqu'à fort avant dans le 18e siècle, il était interdit de s'établir à Terre-Neuve.Les riches marchands de poisson de la côte ouest de l'Angleterre avaient fait passer cette loi afin d'empêcher la fondation de pêcheries autochtones dans la \"Nouvelle Terre\".Mais la plupart des lois sont destinées à être contournées.Vers 1510, un grand nombre de pêcheurs, qui avaient déserté leurs bateaux, s'étaient établis dans les baies les plus reculées de Terre-Neuve.Ils menaient une existence à l'image de l'île, rude, mais ils vivaient.Derrière les six mille milles de côte rocheuse qui leur faisaient un rempart, ils construisirent des abris de boue séchée et de bois rond.Se cachant des étrangers et des bateaux de passage, ils tiraient leur subsistance un peu du pays lui-même, mais surtout de la mer.Les historiens ont passé ces pionniers sous silence pour ne faire état que des efforts gigantesques, le plus souvent infructueux d'ailleurs, déployés par des homme -comme Lord Baltimore.En 1550, une bonne partie d-la côte terre-neuvienne était habitée et la population augmentait lentement en dépit de terribles difficultés Les Terre-Neuviens connurent la famine pendan trois siècles, et la faim une bonne partie du quatrième.Mais de l\u2019Irlande, des comtés du sud de 1 Angleterre et des îles de la Manche, Terre-Neuve reçut un flot constant de sang neuf.Des travailleurs sous contrat y furent amenés par de grandes sociétés commerciales pour faire fonctionner leurs installations de pêcheries.Ces hommes et femmes étaient presque des esclaves et bon nombre d'entre eux s'enfuirent vers les petites baies éloignées, qui leur offraient la liberté.Ils s'y mêlèrent à des pêcheurs-colons français et à des Indiens Mic Mac.Les hommes étant tous égaux devant la mer, il y eut de nombreux mariages interraciaux.Ainsi donc les Terre-Neuviens devinrent très tôt un peuple distinct, un authentique peuple de la mer qui petit à petit entoura l'île de plus de treize cents établissements allant de deux ou trois familles à une cinquantaine.La plupart de ces établissements ne pouvaient communiquer entre eux ou avec le monde extérieur que par la mer.La lutte pour la vie fut pour eux d'une singulière âpreté.Hiver comme été, les hommes pêchaient dans de frêles embarcations ou entreprenaient de périlleux voyages en goélette pour aller vendre en Europe ou aux Antilles la morue salée, préparée par les femmes.En septembre, ils portaient le poisson salé au marchand, qui en fixait lui-même le prix.Pas d'espèces sonnantes, mais un remboursement de dettes, de ces il«)l FIKIhiV dettes dont on ne se libérait jamais.Les commerçants de Terre-Neuve tenaient ainsi ; le pêcheur à leur merci.Depuis toujours \u2014 et cela dura jusqu'aux années 50 dans certains établisse-; ments éloignés \u2014 on naissait, vivait et mourait dans ;les dettes.Jamais marchand n'inventa piège plus sûr, I plus impitoyable pour exploiter un simple Indien.ILes siècles s'étirèrent et, à maintes reprises, Terre-Neuve fut le théâtre de nombreux combats, le plus souvent entre Français et Anglais.Les habitants des ports y perdaient tous leurs biens et devaient recommencer i zéro.Durant tout ce temps, rien ne changea vraiment.Le système restait le même.Le pauvre rien ne changeât.Mais un jour d'avril 1949, Terre-Neuve cessa d'être le plus ancien établissement européen en Amérique du Nord pour devenir la plus jeune province du Canada.Et presque du jour au lendemain, le passé fut aboli.Non pas par une catastrophe, mais par .1a prime à la naissance ! Cette prime réalisa en quelques années ce que les marchands avaient réussi à empêcher pendant près de quatre siècles.Il y eut de l'argent dans l'île et, partant, une certaine liberté.Les effets en furent incroyables.Les habitants de Burgeo, où je vis aujourd'hui, ne se lassent pas d'en parler.L'un d'eux me racontait un jour: \"Avant que ma demeurait désespérément pauvre et le riche devenait ?fabuleusement riche.Saint-Jean était la seule ville I véritable de I*île et c'est là qu'habitaient les gros marchands.Encore en 1950, elle comptait proportionnellement plus de millionnaires qu'aucune autre ville d'Amérique du Nord, y compris la capitale du Texas! Mais en 1949, la majorité des Terre-Neuviens vivaient toujours dans la plus tragique pauvreté.\"Durant la Crise, rappelle l'un d'eux, on ne pouvait rien obtenir.Les marchands refusaient de faire crédit et les gens n'avaient évidemment pas d'argent.11 y avait surabondance de poisson, personne ne voulait acheter le nôtre.D'un bout à l'autre du pays, la population était affamée.On ne saura jamais combien d'enfants moururent, mais il est sûr qu'un grand nombre d'adultes périrent de faim.Quand il y avait un médecin sur place il attribuait la mort à une crise cardiaque, et c'était forcément vrai.Le gouvernement vint à la rescousse \u2014 six cents par famille et par S jour \u2014 mais ce secours \"en nature\" n'était bien souvent que de la farine moisie ou charançonnée.Ma ¦ famille était relativement privilégiée et bien des fois : les voisins vinrent nous demander de quoi manger.Leur odeur m'incommodait.Ma mère me dit: \"C'est , l'odeur de la pauvreté.Tâche de ne jamais l'oublier.\" Un pauvre homme de mes connaissances se mit en : route un jour d'hiver pour aller demander du secours t aux autorités.Il mourut de froid en route.Son corps 1 gelé n'était revêtu que d'un pantalon et d'une veste ; faite fie sacs à farine.Ses pieds étaient nus dans de vieilles bottes éculées .La vie était dure, mais le Terre-Neuvien n'avait guère connu mieux depuis des siècles.Il avait une nombreuse famille, de quinze à dix-huit enfants souvent, mais rarement plus de quatre ou cinq atteignaient l'âge adulte.Et la mer prenait des victimes parmi les jeunes hommes\u2014 les mariés de la mer, comme on disait \u2014 tandis que la tuberculose faisait ; de terribles ravages chez les jeunes filles.Il en fut ainsi jusqu'à l'entrée de Terre-Neuve dans la Confédération en 1949.Quand il fut question que l'île se joigne au Canada, les marchands s'y opposèrent avec la dernière énergie.Ils préféraient que femme ne reçoive sa première prime, personne chez nous n'avait jamais vu un billet de cinq dollars.Quand nous avions vu cinq pièces d'un dollar dans l'année, nous avions eu de la chance.Nous ne pouvions rien acheter ni vendre sinon par l'intermédiaire d'un seul marchand.En fait, nous lui appartenions!\" Voilà maintenant 18 ans que nous faisons partie de la Confédération.Personne ne meurt plus de faim, pas même les enfants, et il est très rare que l'on meure faute de soins médicaux.Si l'instruction demeure très inférieure à ce qu'elle est sur le continent, tous les enfants ont du moins la possibilité enfin d'apprendre à lire et à écrire.Les hommes qui ne pouvaient jadis compter que sur leurs deux mains ont droit aujourd'hui à l'assurance-chômage, à l'assurance-maladie ou à l'assistance publique, tandis que leurs femmes reçoivent la prime à la naissance.Les vieillards, qui devaient se contenter d'une maigre pension annuelle de $120.00 du gouvernement, se sentent tellement à l'aise, toutes proportions gardées, qu'ils ne savent trop quoi faire de leur argent.La population monte en flèche; non qu'il y ait beaucoup plus de naissances, mais parce qu'il y a beaucoup moins d'enfants qui meurent.Tout semble donc parfait et, cependant, il y a une ombre au tableau.Maintenant qu'ils ont goûté aux avantages de la vie canadienne, un nombre sans cesse grandissant de Terre-Neuviens se détournent de cet océan qui ne leur a apporté que misère et malheurs.Jusqu'en 1939, l'importante flotte marchande de l'île se composait d'environ cinq cents bateaux, à voiles pour la plupart.Un grand nombre d'entre eux livraient le poisson salé dans les ports d'outre-Atlan-tique tandis que les autres servaient de cargos en direction du Canada et des Antilles.Dans les pêcheries, l'emploi a fortement baissé comme on pouvait s'y attendre.Là où il fallait jadis cinquante hommes, qui touchaient un salaire de famine, pour ramener une certaine quantité de poisson, U suffit maintenant de quatre ou cinq pêcheurs, mieux payés, disposant d'un chalutier moderne.Le niveau de vie s'élève, mais le nombre des situations qui s'y accordent diminue.Le taux de natalité Une race que s'en va: le pêcheur solitaire.est à la hausse, mais il n'y a pas assez de travail pour .ceux qui sont en âge de gagner leur vie.C'est ainsi que Terre-Neuve, autrefois le plus important exportateur de poisson salé, maintenant exporte surtout des hommes et des femmes.Ils s'en vont parce qu'ils y sont contraints par les circonstances et parce que la nouvelle génération ne peut accepter de vivre comme celles qui l'ont précédée.Mais il y a pire que le départ des jeunes.L'endurance, le courage sans limite, l'ingéniosité, la ténacité et la fierté dont cette population avait fait preuve dans l'adversité s'émoussent d'une génération à l'autre.Terre-Neuve illustre cruellement le paradoxe de notre époque: à mesure que nous nous rendons la vie plus agréable, moins difficile et moins exigeante, nous affaiblissons ces solides vertus de fierté et de force qui ont fait de nous des hommes dans le plein sens du mot.A Burgeo, comme presque partout ailleurs à Terre-Neuve, les vieux pécheurs prennent toujours le large dans leurs petits bateaux, bien qu'il ne soit plus nécessaire à un homme de soixante ou soixante-dix ans de s'exposer aux tempêtes et aux rigueurs de la mer.Ils pêchent parce qu'ils ont toujours aimé cette vie et non pour l'argent.Mais ils savent qu'ils sont les derniers à le faire.Ils savent que leurs fils et leurs petits-fils auront bientôt quitté les ports où ils ont vu le jour; Heart's Ease, Pushthrough, Fransway et tant d'autres.Ils savent qu'au cours des dix dernières années plus de trois cents de ces ports ont cessé de vivre au rythme de la mer ou qu'ils ont été abandonnés.Ils savent que les jeunes partiront vers le continent, où ils deviendront de véritables Canadiens, sans être trop sûrs du sens de l'expression; mais ils ont le sentiment que ces hommes des temps nouveaux ne vaudront pas tout à fait leurs pères.Leurs enfants et petits-enfants seront donc canadiens.Mais pour les vieux Terre-Neuviens comme Harvey Pink, les manifestations qui se dérouleront sur le continent en 1967 n'ont guère de signification.\u2014 Ouais, je dirais que nous l'avons eu, notre centenaire.Il v a déjà trois ou quatre siècles de cela .UN SIÈCLE 11 RYTHME ATLANTIQUE Charles Bruce Journaliste, romancier, poète, auteur de \"The Mulgrave Road\" et \"The Channel Shore\" Il n'y a pas longtemps, un Montréalais rapportait de l'île du Prince-Edouard une curieuse histoire de pêche.Sur un terrain de golf de cette province, surnommée \"le Jardin du golfe\", il avait rencontré un touriste qui prenait de la truite mouchetée dans les pièces d'eau! Alors, tout naturellement, notre golfeur s'était aussitôt transformé en pêcheur lui aussi.De la tribune d'honneur, le jour otH^an inaugurait la chaussée de Canso qui rattache l'île du $3j*J3reton à la Nouvelle-Ecosse, le représentant de la Reine\u2014 le lieutenant-gouverneur Alistair Fraser \u2014 apercevait la blessure béante faite à la colline rocheuse d\u2019où l'on avait .tiré les 10,000,000 de tonnes de gravier nécessaires à la construction de la route.A titre personnel, il poursuivait déjà Ottawa (on ne manqua pas de s'amuser de cette situation où, en somme, la Reine intentait un procès à la Reine) afin d'obtenir une meilleure compensation.Huit ans plus tard, il avait gain de cause.Dans le fumoir d'un train filant à travers une vallée du Nouveau-Brunswick, deux voyageurs regardent par la fenêtre le bois flotté que charrie une rivière.Le premier, de toute évidence en visite dans sa province natale, demande: \"Savez-vous à qui appartient tout ce bois?\" L'autre hoche la tête et dit: \"Sais pas.Au Bon Dieu.Peut-être au gouvernement.Probablement à K.C.Irving\" (l'un des magnats de l'industrie dans les Maritimes).Si je rapporte ici ces anecdotes sans liens apparents, c'est qu'elles traduisent un peu de ce réalisme insouciant qui fait le sel de la vie dans les Maritimes.Celui qui tente de capter l'âme des provinces maritimes, en quelques mots ou quelques pages, doit être prudent.Surtout s'il a été élevé dans cette partie du Canada; les visiteurs'seuls ont droit àj'indulgence.Le danger réside dans ce que Stewart MacNutt (originaire de l'île du Prince-Edouard, il fit ses études en Nouvelle-Ecosse et enseigne l'histoire au Nouveau-Brunswick) appelle une \"économie extrêmement diversifiée, tenant à la terre et à la mer\".Pour moi, le son d'une faux mordant le foin, un grin-ment de tolets dans le brouillard ou la pétarade loin -ine d'un moteur marin sont autant de vivants souvenirs.Pour un autre, c'est peut-être le grondement d'une usine de pâte à papier, le miaulement d'un tour, l'atmosphère d'un samedi soir dans une ville charbonnière, les grands vents balayant Tantramar.S'il existe un commun dénominateur, c'est le bruit de l'eau, le bruit multiple de l'eau: ressac sur des centaines de plages, depuis la baie des Chaleurs jusqu'aux rivages du Nouveau-Brunswick et de l'île du Prince-Edouard, autour du cap Nord et le long des côtes sud et est, dans la baie de Fundy enfin jusqu'à Passamaquoddy et les limites du Maine; murmure noctune des eaux calmes; gargouillement des canaux; clapotis léger sur les grèves des lacs; pulsation des rivières qui semble s'accorder à leurs noms: Matapé-dia, Kennebecasis, Medway, Margaree.A l'intérieur de ce long et sinueux ruban d'écume règne une grande diversité.Diversité du sol même qui, en une dizaine de minutes de route, passe de l'ardoise grise et couverte de broussailles aux terres cultivées, aux vallées fertiles des rivières entre deux versants de colline.Des hautes terres couvertes de sapins et de pâturages brûlés de soleil, on descend vers les criques frangées de vagues, les vertes terres à fourrage et la mer, qui roule sur les plages douces ou bat les rochers.Diversité de l'existence, provenant de la diversité du sol et qui se traduit de plusieurs façons.Dans les instruments: la charrue, la hache, la barre du gouvernail, le pic du mineur et le râteau à foin, le moteur marin et la scie mécanique; dans les races et les vieux pays d'origine: Bretagne et Poitou, Yorkshire et Sussex, Inverness, les îles Hébrides et l'électorat de Hanovre; dans les noms des gens: Trueman, Morse et Huntley, Macdonald, Cameron et Grant, Blanchard, Belliveau et Cormier, Zwicker, Myers et Whynacht, Carter, Grady, Connolly et Carr; enfin, dans les aptitudes et le savoir-faire de chacun d'eux.Helen Dacey Wilson a grandi à Wilson's Cove, sur la côte est de la Nouvelle-Ecosse.\"Lorsque j'étais toute jeune, écrit-elle, mon père et ses frères possédaient une usine de pâte à papier.Ils la perdirent durant la Crise et papa, pour faire vivre sa famille, pêcha le homard durant la saison, coupa et transporta du bois l'hiver.Nous avions aussi une petite ferme, tout juste assez grande pour nous procurer la viande et les légumes.\" J'aimerais que William Moorsom et^pKbmas Chandler Haliburton vivent de nos jours et puissent lire le livre d'Helen Wilson.Officier du génie de la garnison de Halifax, Moorsom, il y a de cela 140 ans, employait ses loisirs à parcourir à cheval ces \"infâmes sentiers à vaches auxquels on donne le nom de routes\".Il observait la campagne et rencontrait les habitants dans des cuisines enfumées.Il aimait cette province, mais avait aussi l'oeil critique.Ces gens, selon lui, ne comprenaient rien \"au principe de la division du travail\".Leur ignorance les faisait dépendre tantôt de la terre et tantôt de la mer, au lieu de se consacrer uniquement, les uns à la culture, les autres à la pêche.Haliburton naquit et grandit dans la région.Ami de Joe Howe, créateur de Sam Slick, il s'exprimait sur mon comté à peu près dans le même esprit et vers le même temps que Moorsom: \"Comme les pêcheries voisines constituaient une ressource appréciable sans trop de travail et de fatigue, ils se tournèrent alternativement vers l'agriculture et la pêche.La plupart de ceux qui s'établirent à leur suite dans ce pays restèrent fidèles à ce mode de vie aléatoire.\" De toute leur vie, ni Moorsom ni Haliburton ne touchèrent une charrue ou un filet.Tous deux venaient de régions fertiles où l'on vivait bien de la terre.Ils se trompèrent donc en ceci: il est des régions, des circonstances, des époques où un homme doit être habile à plus d'une chose.Diversité, faculté d'adaptation, voilà le patrimoine des Maritimes.A l'époque de la colonisation, des fermiers allemands se retrouvèrent sur des rivages rocheux; il leur fallait ou apprendre à pêcher ou périr.Ils pêchèrent.Des soldats licenciés, pour qui la hache était un instrument étrange, des Ecossais, habitués aux collines tapissées de genêt et aux landes nues, se virent cernés par la forêt.Ils défrichèrent.Il s'agissait vraiment d'une économie extrêmement diversifiée, tenant à la terre et à la mer.Evidemment, les temps ont changé.Le long des rivières Saint-Jean et Miramichi, les pins gigantesques engendrèrent une nouvelle race d'hommes.Ces hommes transformèrent tout ce bois en voiliers puissants qui sillonnèrent les mers du globe.L'île du Prince-Edouard, ce croissant de 140 milles où, en 1771, un gouverneur disait \"ne jamais avoir vu pareille abondance de pommes de terre,\" se tourna de plus en plus vers l'agriculture.A deux pas des vallons bru- meux de l'île du Cap-Breton et des collines de Piet' j, I l'acier et le charbon permirent une certaine indus- i trialisation.Toutes ces automobiles montées n i Nouvelle-Ecosse, que l'on voit passer sur les rouus j canadiennes, témoignent de l'essor des industries mécaniques, et les métaux communs provenant de la » ¦ -te \\ nord du Nouveau-Brunswick sont utilisés en coi ¦-truction un peu partout dans le monde.Et ce n\\ ,t ; pas fini.Parfois, l'ancien et le moderne sont en confi.1 comme la rivière Saint-Jean, en amont de Frédéric!» ¦.où un lac artificiel créé par un barrage inondera lt meilleures terres de la province, cultivées depu.l'époque où les Loyalistes s'installèrent au Nouveau ] Brunswick.Parfois aussi, l'ancien et le moderne e rejoignent d'une bien curieuse façon: le projet de transformer en énergie les puissantes marées du basin de Minas reprend, sur une très grande échelle, le vieux principe des \"aboîteaux\", ou vannes de marée utilisées jadis par les Acadiens, qui furent les premiers : colons des Maritimes.Au large de Richibucto, on a j construit des récifs artificiels où l'on étudie la crois sance du homard.A travers tout cela, l'héritage subsiste.Il fut toujours d'une grande importance dans le : pays même où i! s'est constitué.Ce qui, toutefois, n'a pas été tout à fait compris, même de ceux qui en bénéficient, c'est le rôle qu'il joue dans l'évolution du Canada tout entier.Par-delà ces rivages, une autre collectivité, issue de la première, a rayonné des Maritimes vers la Nou- : velle-Angleterre et à travers le continent.Les éléments sont aussi variés que nombreux, mais la trame de l'histoire est claire.Les colons des Maritimes furent des réfugiés à l'esprit aventureux: Acadiens rentrant d'exil, Anglo-américains expulsés des Etats-Unis, Ecossais éloignés de leurs collines pour faire place aux moutons, émigrants las de vivre dans les pays d\u2019Europe.Leurs sangs se mêlèrent alors que la frontière du pays connu était à un mille de la plage ou de la rivière, alors que la nation n'était qu'une pâle image de ce qu'elle est aujourd'hui.Ils se bâtirent une patrie, puis poussèrent la frontière un peu plus loin.Ceci fait, leurs fils et petits-fils partirent en grand nombre vers de nouvelles frontières, et cette faculté d'adaptation acquise dans un pays divers leur fut partout utile.Au temps des \"voyages de moisson\", les gens des Maritimes,habitués à ramer et à couper le bois,étaient bien vus dans l'ouest parce qu'ils savaient aussi manier les chevaux.Et parmi les vestes de peau de mouton de l'est ou du centre de l'Europe (c'était le \"cliché\" vestimentaire du colon de l\u2019ouest), il y avait pas mal de vareuses de cuir envoyées par la poste de Rexton, Guysborough et Murray River.Prenez un vieil album de photos, venant de l'est ou de l'ouest.Vous y trouverez vraisemblablement une carte postale montrant une rue de Vermilion, Alberta, à côté de la photo d'un chaudron à homard de She-diac, Nouveau-Brunswick.L'homme aux commandes d'un semoir, au nord de Regina, apparaît un peu plus loin à la barre d'une barque au quai de Queensport.Je sais bien qu'il est plutôt délicat d'insister là-dessus.Dans certains milieux, on s'inquiète de ces migrations et l'on déplore que les Maritimes n'aient pas su retenir leurs gens.A quelques réserves près, c'est un point de vue fort défendable.Mais il s'agit ici surtout d'une expansion et non 12 UN SIECLE d'un exode.Un million et demi d'hommes, de femmes et d'enfants peuplent ce territoire bordé par un ruban d'écume.A l'intérieur de ces autres frontières que sont les liens du sang, de la race, des accents que l'on retrouve autour de Wainwright, Estevan, Prince George et Dawson Creek, combien peuvent-ils être?Les deux groupes présentent une extraordinaire diversité.Tous deux ont contribué à enrichir le patrimoine national: Dunn, Aitken et Killam, qui furent puissants dans le monde des affaires ailleurs qu'aux Maritimes, et K.C.Irving, qui le fut chez , lui; Borden, Bennett et Yvon Durelle; le conducteur (de courses sous harnais, Joe O'Brien, de l'île du Prince-Edouard; le géant McAskill, la géante Anna Swan et Lucy Maud Montgomery; le patineur Charlie Gorman et le poète Charles Roberts; le romancier Hugh MacLennan et Alex Colville, qui fixe sur ses tableaux le pays et l'âme des habitants.Bien entendu, beaucoup de gens du second groupe sont sortis du Canada et même du Commonwealth (Cyrus Ching, le conseiller des présidents, et Cyrus Eaton, le prince des penseurs), mais ils sont nombreux au pays et ils se sont distingués de bien des façons.L'une de mes histoires favorites, peut-être parce qu'elle est typique, est celle de John Maclsaac, telle .que racontée dans Alaska Highway News par cette prêtresse nordique du journalisme qu'est Ma Murray.Du petit village de Dunvegan, au Cap-Breton, I ' I .\t_ beaucoup de goélettes ont été construites à Lunenburg.Au Cap-Breton, les échancrures de la côte rappellent les fjords Scandinaves.*¦ V.- Maclsaac partit vers l\u2019ouest, puis poussa jusqu'au Yukon.Il y entendit parler d'une machine de terrassement à chenilles enfouie dans la vase à la borne 200, sur la route de l'Alaska.Elle était à vendre, où elle se trouvait, comme surplus de I'armce.Avec Eric Steeves .(un compatriote du Nouveau-Brunswick de la même trempe), il monte un échafaudage, tire la machine de là, la nettoie et la voici prête à fonctionner.Les bénéfices des premiers travaux routiers sont consacrés à | l'achat de matériel neuf.Dans son style alerte, Mme Murray loue l'initiative de Maclsaac qui, d'une ma-: chine abandonnée, fait l'instrument d'une entreprise ; millionnaire.\"Il transporta du matériel et des hom-: mes, écrit-elle, dans la montagne de United Keno, pour ouvrir des routes.II en construisit à Cassiar.Il i en construisit encore sur les territoires de concessions minière, et il n'y avait pas au Yukon de travaux trop rebutants pour lui.\" Il est un aspect de cette migration qui ne doit pas être oublié.Voilà quelque temps, je découvris un registre scolaire de l'année 1834, trente ans avant que Tupper institue les écoles gratuites en Nouvelle-Ecosse.Vingt chefs de familles y étaient inscrits, ainsi ;que leurs enfants.La plupart de ces familles avaient envoyé des rejetons ailleurs, au Canada et dans le onde, pour perpétuer leur nom et leur famille.Mais, l'exception d'un seul, tous leurs prénoms figurent ncore aujourd'hui sur les boites postales de la route ale no 1.Telle est, plus importante que toutes les ententes fédérales-provinciales, la part des Maritimes au grand rêve national.Car le sang est un lien plus solide que la politique.Le soir où l'on inaugurait la chaussée de Canso (en passant, soulignons que Fraser réserva une part importante du dédommagement à l'Université de Dalhousie), je me trouvai dans un salon campagnard parmi d'autres visiteurs.Il y avait là des fils, des filles, des petits-fils, des neveux, des nièces et des cousins issus de familles inscrites dans le registre scolaire et venus de cinq provinces et de deux Etats américains.Je venais justement de lire un livre écrit par une Américaine, qui affirmait que \"les régions atlantiques canadiennes sont chauvines, parce qu'on les a forcées à se replier sur elles-mêmes et qu'on les a laissées sommeiller en eau calme .\" De toute évidence, cette dame avait rencontré quelque vieux rouspéteur chronique, et il est bien certain qu'elle ne s'était jamais trouvée sur la route rurale no 1 quand les gens \"viennent revoir le pays\", alors que deux traits de la vie des Maritimes \u2014sa continuité et son aspect cosmopolite \u2014sont le plus évidents.Du même coup, ces \"retrouvailles\" me rappelaient tous ces écrivains qui n'ont cessé de répéter \"Vous ne pouvez plus rentrer chez vous\" depuis que Thomas Wolfe a lancé la formule, une génération passée.Fort heureusement pour le bon équilibre des relations humaines, des milliers de gens de ce pays ne l'entendirent jamais.Bien sûr, vous ne pouvez retrancher 50 ans de votre vie et retrouver la même lampe à huile sur la table de la cuisine.Us ont l'électricité maintenant.Et d'ailleurs, le voyageur qui rentrait chez lui au sièce dernier était-il déçu de constater qu'on avait remplacé l'huile de baleine des lampes par du kérosène, découvert par un fils des provinces maritimes.Abraham Gesner?Malgré tout ce qui s'est écrit, ici et ailleurs, on aurait tort de parler d'une \"mystique\" fondée sur le passé et le pittoresque.Les gens des Maritimes possèdent le même bons sens et le même humour mordant \u2014 assaisonnés parfois d'un peu d'irascibilité et de vantardise \u2014 qu'on trouve chez les hommes de tous les pays.Permettez-moi de citer Joyce Hemlow, originaire de Liscomb, qui enseigne l'anglais à l'Université McGill: \"L'homme est un riche mélange d\u2019éléments profonds et puissants, autres que la raison, et il n'est pas besoin d'un tas de livres pour s'en apercevoir.\" Dans les régions atlantiques, tous ces éléments sont intimement mêlés et forment la nature même des habitants, comme partout où l'on vit encore à ciel ouvert.L'éleveur sur des plaines de Medicine Hat, affirmant que les bourrasques auraient pu incommoder les marmottes s'apparente à l'insulaire qui déclare à un voisin renfrogné que sa mine n'arrêterait peut-être pas une pendule, mais la ralentirait sûrement.Diluez ce genre d'humour dans la proportion d'un tiers, et vous obtiendrez celui qu'on retrouve sous les cieux enfumés des régions industrielles du monde.UN SIÈCLE 13 VOYAGE EN CHARIOT DE LA RIVIÈRE ROUGE Max Braithwaite 1967 Le train filait doucement à travers la région plate entre Nokomis et Melville, en Saskatchewan.Dans leur wagon climatisé.Tommy Mc-Dougal et son frère cadet Earnest promenaient sur le paysage un regard ennuyé.\u2014\tQuel pays déprimantlgrommelaTommy.Aussi plat qu'un billard et rien à voir.\u2014Tu peux le dire, fit Earnest.On devrait le rendre aux Indiens.\u2014\tJe me demande surtout pourquoi on le leur a pris.Dis, as-tu une idée de la vitesse à laquelle se traîne cette tortue?\u2014\tA mon avis, pas plus de soixante à l'heure, peut-être soixante-cinq.A cette allure-là, il faudra deux jours pour atteindre Montréal.Nous aurions dû prendre l'avion, je l'avais dit à maman.Tommy se redressa un peu.\u2014\tMontréal .A quoi ça peut bien ressembler?Et cette Expo, comme ils l'appellent, ça devrait marcher.A propos, grand-père Lafarge m'a dit une fois que son père était venu de Montréal avec son jeune frère Gabriel.Ils se rendaient à Prince-Albert vivre avec leur oncle.Leurs parents étaient morts dans quelque épidémie.C'était en dix-huit cent soixante-sept.\tI \u2014\tComment firent-ils le voyage?\u2014\tEn chariot de la rivière Rouge.\u2014\tEn chariot de la rivière Rouge?Tu vois ça?traverser tout ce pays dans un chariot semblable! C'a dû leur prendre une éternité! 1867 Sur la piste sinueuse qui va de Qu'Appelle Crossing à Prince-Albert, le convoi de dix chariots de la rivière Rouge avançait cahin-caha, en soulevant un nuage de poussière jaune qui restait suspendu dans l'étouffante chaleur de juillet.Louis Lafarge et son frère Gabriel, âgés de quatorze et douze ans respectivement, trottinaient pieds nus derrière le dernier chariot, menant quatre bœufs non attelés qui n'avaient d'autre idée en tête que de brouter l'herbe haute et alléchante.\u2014\tAllons, avancez! lançait Gabriel avec impatience.Sa voix couvrait le grincement des chariots.De sa baguette de saule, il fouettait le bœuf le plus proche et, de l'autre main, chassait le nuage de moustiques qui lui tournaient autour de la tête.\u2014\tMarchez donc! hurlait Louis à son tour, en essuyant d'une main crasseuse la sueur de son front.Si vous ne grouillez pas plus que ça, on vous dépèce pour le souper! Les quatre bœufs restaient sourds à la menace et conservaient leur allure pesante.Soudain, de la tête du convoi, on entendit la voix du vieux Donald.\u2014\tHalte! C'est l'heure de manger.\u2014\tEnfin! souffla Gabriel.Je suis fourbu comme une mule.Malgré sa lassitude, il courut avec son jeune frère vers les bœufs et leur passa une entrave afin 14 UN SIÈCLE qu'ils ne s'écartent pas du convoi.Ils tirèrent un petit paquet du chariot le plus proche, l'ouvrirent et en sortirent des tranches de pemmican dur comme pierre, tout leur repas.Puis ils s'accroupirent dans l'ombre mince de la voiture, la seule qu'on pût trouver dans ce pays sans arbres.Au milieu de l'immensité monotone, les chariots avaient l'air minable.A l'époque, avant la locomotive à vapeur et le moteur à essence, ils constituaient le moyen le plus pratique et le plus ingénieux de voyager dans les prairies.Sorte de croisement entre le vieux \"travois\" indien et la charrette québécoise, le chariot de la rivière Rouge était entièrement fait de bois, à l'exception des lanières de peau qui maintenaient les jantes en place.Pas une seule pièce qui ne pût être fabriquée en cours de route, à la hache et à Pherminette.Chacune des deux roues avait douze rais et atteignait la hauteur d'un homme.Elles étaient fortement inclinées vers le haut, de sorte que le chariot ne pouvait verser même si l'une d'elles venait à céder.Le coffre, d'environ quatre pieds de côté et d'un pied et demi de profondeur, reposait, en son milieu, sur un rondin de peuplier qui servait d'essieu.Partant de l'arrière du chariot, deux longues barres de bois s'appuyaient sur l'essieu et dépassaient le coffre de cinq pieds.Ils formaient les brancards entre lesquels peinait le bœuf ou le poney.De son couteau, Louis coupa un morceau de pemmican, qu'il engouffra.\u2014\tUn pareil convoi ne pourrait jamais passer inaperçu.Les roues grincent comme si le diable affûtait un million de scies.\u2014\tPourquoi ne les graisse-t-on pas?s'étonna son cadet.\u2014\tLe vieux Donald m'a expliqué ça.Toute cette poussière collerait à la graisse et coincerait l'essieu en un rien de temps.Alors, faut les laisser grincer.\u2014\tÇa suffira peut-être pour tenir les Indiens à distance.La réflexion était accompagnée d'un sourire, car les seuls Indiens qu'ils avaient vus, la plupart du temps de loin, vaquaient à leurs affaires à travers la prairie, montés sur des poneys chétifs.Il savait très bien qu'il n'y avait rien à redouter des Assiniboines, pourvu qu'on les laissât tranquilles.Puis il ajouta, l'air fatigué: \u2014\tJe voudrais bien savoir combien de temps nous allons mettre pour atteindre Prince-Albert.\u2014\tDifficile à dire, fit Louis, dont le regard inter- rogeait une masse de nuages sombres qui se formait à l'ouest.Le vieux Donald prétend que nous avons fait environ dix-huit milles hier.Mais c'était une bonne journée.Pas d'essieux rompus, pas de fondrières, pas de chevaux éclopés ni de rivière à traverser, pas besoin de faire un détour de dix milles pour avoir de l'eau, pas de_ Son frère l'interrompit: \u2014\tA quelle distance de Prince-Albert crois-tu que nous sommes?\u2014\tD'après les calculs du vieux Donald, Prince-Albert doit être à environ deux cents milles d'ici, à vol d'oiseau.C'est un Métis, et il ne se trompe pas souvent.Ces gens-là semblent tout connaître.Mais nous ne sommes pas des oiseaux.Le temps de nous.Louis n'eut pas le temps de finir sa phrase.Donald, le guide barbu du convoi, arrivait en courant.\u2014\tDebout les enfants! Une tempête se prépare.11 montrait les nuages qui roulaient à l'ouest Il cria aux hommes: \u2014 Dételez le poney de votre chariot et attachez-le solidement.Arrimez tout le chargement au sol.Au même instant, le vent se leva, couchant le longues herbes et faisant claquer les bâches de peau.La rafale suivante fut plus forte et suivie d'un coup de tonnerre à faire grincer des dents Puis, tandis que le Métis s'affairait aux préparatif s d'urgence, la tempête éclata sur leurs têtes.Le vent déferla avec un hurlement sinistre.Eclairs et coups de tonnerre se succédaient à un rythme toujours plus rapide.Aussi dure que le jet d'une lance à incendie, la pluie s'abattit en cataractes, bondissant sur la piste nue et transformant les ornières en ruisseaux débordants.Louis et Gabriel s'accroupirent sous le chariot, chacun s'agrippant à une roue pour l'empêcher de culbuter.Le hennissement des poneys effrayés, le beuglement des bœufs couvraient le grondement du tonnerre et du vent.Quelque part dans le convoi, un chariot bascula avec un craquement effrayant.La pluie les fouettait de tous les côtés .1 la fois.Enfin, la tempête s'apaisa aussi brusquemerv qu'elle avait éclaté.Les garçons se glissèrent hor^ de leur abri et, avec leurs compagnons métis mesurèrent les dégâts.Deux chariots avaient etc démolis et les ballots éparpillés dans la prairie Quatre poneys s'étaient détachés et galopaient comme si le diable était à leurs trousses.\u2014\tÇa va! ça va! gronda le vieux Donald.Inutile de rester là, à regarder! Vous, les jeunes, rattrapez les poneys.Alec et Pierre, tâchez de trouver un boqueteau de peupliers et préparez des pièces de rechange.Allons, grouillez-vous un peu! On trouva un bois de peupliers à environ deux \u2019 milles de la piste, près d'une petite mare.Le temps de couper le boix, de le transporter, de le façonner, l'après-midi était déjà avancé.Fiévreusement, les hommes travaillèrent à réparer les chariots.Ils terminèrent un peu après neuf heures, alors que le gros disque rouge du soleil disparaissait derrière l'horizon.Le lendemain, avant l'aube, Louis entendit la voix du vieux Donald et la rumeur des autres Métis qui se préparaient à prendre la route.Il poussa son frère du coude.\u2014\tLève-toi, Gabriel.On va bientôt partir.Le cadet se frotta les yeux: \u2014\tDéjà! \u2014\tViens, dépêche-toi.Il se leva, s'étira, contempla le jour naissant.Le \u2019 ciel immense était sans nuages.De la prairie, lavée par la pluie, montait une odeur douce et fraîche.Des ossements de bison blanchis tachetaient la plaine comme des mottes de neige.Des lis tigrés s'épanouissaient dans des replis de terrain.Sur un tertre voisin, une falouse chanta, comme si le sort du monde tînt à ses roulades.Gabriel bâilla longuement et alla vers le chariot le plus proche chercher un peu d'eau.Louis grimaça en voyant que son frère boitillait; Gabriel souffrait d'une contusion qu'il s'était infligée en poursuivant les poneys.\"Un dur voyage pour un gamin de douze ans,\" pensa-t-il.Mais il ne pouvait rester longtemps soucieux par une aussi radieuse journée.Peut-être le temps resterait-il au beau et peut-être les moustiques cesseraient-ils de les harceler.Deux cents milles.Avec un peu de chance, ils seraient à destination en moins d'un mois.r*T,,T,\u2018\u2018Tff~i \" niltniin r \"ïïnTrnirirriTmiiniiiiiiiiiw n .m ¦ un Laboratoire de 18,000 acres A mi-chemin entre Montréal et Ottawa, sur la rivière Rouge, la CIP exploite la remarquable ferme forestière de Harrington, comté d\u2019Argenteuil.Voyez ci-après comment il sera possible d\u2019obtenir bientôt des arbres extraordinaires, comment la CIP contribue à perpétuer la forêt canadienne, et comment vous pourrez vous offrir un voyage magnifique pour le Centenaire de la Confédération.Harrington, c\u2019est probablement le plus beau laboratoire du monde.La CIP l\u2019a aménagé en vue de rendre le Canada \"de plus en plus vert\u2019\u2019 d\u2019ici une centaine d\u2019années.Ses 18,000 acres sont consacrés à l'étude des sols, des engrais, du climat, du croisement des essences forestières.On y fait pousser des arbres venant de partout au monde.Certaines essences hybrides croissent deux fois plus vite que les arbres ordinaires, ce qui augmente de beaucoup les perspectives de reboisement.La forêt : terre de moisson Ce que la CIP apprend à Harrington, elle en fait bénéficier les propriétaires de boisés, qui cultivent les arbres et les moissonnent tout comme l\u2019avoine ou l\u2019orge.Elle leur enseigne comment obtenir un rendement maximum de leurs boisés.Elle leur prête même des machines à planter les semis et les services de forestiers; ceux-ci vont dans les boisés mêmes des cultivateurs pour offrir leurs conseils.La CIP est tellement intéressée à l\u2019utilisation appropriée du sol qu'elle vend environ un million de semis par année au prix nominal de H chacun \u2014afin que se reboise la vallée de la Rouge.La CIP accueille depuis des an- nées des groupes de jeunesse à sa ferme de Harrington: 4-H, Scouts, GUàJes et autres, dont les visites sont organisées d'avance.Sentier de 10 milles Pour le Centenaire de la Confédération, un sentier de dix milles sera aménagé au travers de la splendide forêt de Harrington.Ce sera la grande Nature vierge à son plus beau, où l\u2019on pourra observer les oiseaux, une vaste variété d\u2019arbres, de l\u2019eau claire et pure.Notons qu'on peut déjà pique-niquer et faire du camping dans un coin boisé pris d'une plage.Une centaine de jeunes Canadiens choisis au mérite parmi les groupes qui s'intéressent à la conservation seront les invités de la CIP à Harrington pour toute une semaine, cette année.Ils y jouiront d\u2019une saine détente tout en apprenant une foule de choses sur la polyvalence de la forêt Pourquoi ne viendriez-vous pas vous-même passer une journée avec nous à Harrington?Vous n\u2019avez qu\u2019à écrire au Service des Relations publiques, CIP, Immeuble Sun Life, Montréal, pour obtenir une carte routière.Venez voir comment la CIP s'y prend pour rendre le Canada \"de plus en plus vert\u201d au cours du prochain siècle.CIP est Pabrèriatiom de Compagnie Internationale de Papier dm Canada, l'une des phu grandes entreprises du Canada.La CIP fabrique du papier journal, de la pâte de bois, des socs, des boites, des matériaux de construction et quelque 900 autres produits.Elle emploie environ 15,000 personnes et apporte chaque année au Canada près de 200 millions de dollars grâce à ses exportations. LE QUEBEC, cette aventure démesurée Anne Hébert Poète, romancière, dramaturge \u2014 \"Tombeau des rois\" et \"Mystère de la parole\u201d Cette province est un pays.Dans un pays.Québec cœur originel.L'amande la plus dure et la plus profonde.Le noyau du temps premier.Tout autour neuf autres provinces forment la coque de ce fruit encore amer qui a nom Canada.La création du monde a eu lieu sur le rocher de Québec.Face au fleuve.Adam et Eve s'appelaient Louis Hébert et Marie Rollet.La première maison.La première terre remuée.La première gerbe de blé récoltée.Le premier morceau de pain.Le premier enfant mis au monde.Le premier mort mis en terre.La première parole écrite.C'était en 1534: \"Au nom de Dieu et du roy de France\".Une croix plantée à Gaspé par Jacques Cartier.La vocation de l'écriture commencée dans la sauvagerie de l'air.Et puis nous avons été livrés au temps.Le temps a suivi son cours.Tour à tour secoués ou endormis par le temps.Comme des billots qui descendent les rivières.Nous coulions.Une défaite sur le cœur.Un chapelet entre les doigts.Pareils aux morts.Ruminant le songe de Lazare.Mais voici que le songe accède à la parole.La parole faite chair.La possession du monde.La terre à saisir et à nommer.Quatre siècles et demi de racines.L'arbre, non plus souterrain.Mais avoué dans la lumière.Debout.Face au monde.L'Arbre de la Connaissance.Non pas au centre du jardin.Ces douces limbes prénatales.Hors du paradis.En pleine terre maudite.A l'heure de la naissance.Porte ouverte sur la terre ronde et totale.Le droit de l\u2019adulte d'être et de faire.Son cœur d'homme à prendre et à dire.Son œuvre d'homme à bâtir et à proclamer.\"Au pays de Québec rien ne change.\" Un jour la vérité fut ainsi.Immobile et paysanne.Sous la neige, ou l'été.Mais nulle belle au bois dormant ne peut passer impunément l'épreuve du sommeil.L'amende à percevoir sur tant de songe et de peine.Lève-toi et marche.Le trésor accumulé craque et se déchire.L'héritage à réclamer aux douanes étrangères.Ce fleuve est salé comme la mer.Les marées battent sur des grèves pleines de varech.Le vent rayonne ici à dix lieues à la ronde.Cette aventure est démesurée.Qui peut la dire?Il faudrait hurler, les mains en porte-voix.Les deux rives lorsqu'elles se rapprochent sont noires d'arbres drus.Ceci n'est pas à l'échelle humaine.L'homme n'a que faire ici.Celui qui ^ parlera le fera sauvagement.D'une voix de terre et d'eau mêlées.Pêle-mêle, pays de vent et de mer.Rive nord.Rive sud.Kamouraska, Saint-Vallier, Cap à l'Aigle, Saint-Jean-Port-Joli, île aux Lièvres, Rimouski, Pointe-au-Père, Sainte-Luce, Anse Pleureuse, Coin du Banc, Pic de l'Aurore, Gros Morne, île Bonaventure.16 UN SIÈCLE Des oiseaux de mer par milliers s'incrustent sur ce rocher.S'envolent.Tournoient.Cris rauques sur l'odeur de mer.Fous de Bassan, grèbes, cormorans, goélands.Sous le vent le rocher semble se secouer.Pareil à une bête rude attaquée par des essaims superbes et fantasques.Sur le ciel.Environ cent mille lacs.Des rivières à force de fleuve.Des forêts enchevêtrées de fardoches.La hache à la main en guise de canne.Les pistes sont celles des caribous.Les moustiques vous fument sur le corps tels votre propre respiration.Les brûlés à perte de vue.Les repoussis de bouleaux sur la mousse verte.Les longs courants de mousse que l'on tire du sol.Comme des guirlandes aux fines racines de sable.Cueillette des bleuets.La savane comble de fruits bleus.Cette buée d'argent sur les baies fraîches.Ceci se passait au temps de mon enfance.Maintenant le règne des bouleaux est menacé.Charlevoix est piqué de bouleaux morts.Tristes petits arbres d'ossements blancs sur le vert de la forêt.Les lacs sont calmes.De l'eau au creux d'une main.Le lac Edouard.On défendait aux enfants de s'approcher du lac.\"Vos cheveux couleur de chevreuil, vos corps de faons.\" Les chasseurs pourraient s'y méprendre.Les brûlots, les mouches noires sont lâchés sur nous.En milliers d'aiguilles.C'est un orignal qui fait ce bruit?Traverse le lac à la nage.Comme s'il creusait un miroir.Le chevreuil! Le chevreuil est dans l'avoine! Quel bond prodigieux! Le voici hors de notre portée.A l'abri des épinettes noires.Sainte-Catherine.Chaque fin d'été ramenait un ours brun.Sortant de la forêt.Rôdant du côté des champs.Lorsque l'avoine dorée devenait couleur de pain mûr.Les enfants ont vu les pistes énormes sur le sable du petit bois des fraises.Les jeux sont effacés.Les châteaux de sable démolis.Les enfants sombrement enchantés.Comme si dans la nuit un animal fabuleux était sorti des steppes de la Comtesse de Ségur, née Rostopchine.Pour réclamer son dû en terre canadienne.Sainte-Foy.Nom de victoire amère.Là où s'étend maintenant la ville.La nouvelle cité universitaire.Vivait un petit bois du temps de mon enfance.Tout un été de vacances.Un ruisseau.Des couleuvres vertes.Un chœur de reinettes.Des fraises en bordure des champs.Des vergers.Des pommes succédant aux pommes.Les vertes, les blanches, les pommes-pêches, les fameuses.Quatre maisons cossues en briques blanches.Chacune avec son jardin et son verger.La route s'appelait: l'avenue des Quatre Bourgeois.C'était la campagne.Québec.Cette ville où mes parents sont nés.Cette La minijupe?.Connais pas.La minijupe?.Connais pas.T'-* jj ville où mes ancêtres se sont faits et défaits Lj ville .est habitée.Dessus.Dessous.La ville est à nous.O ne reste plus qu'à la nommer cette ville.Ouvertement.Cette ville sur un cap.Cette ville du Nouveau Monde.La haute ville.La basse ville.La province secrète.Homogène.Sûre de son identité.Qui rêve derrière .ses jalousies.Prend son temps.Flâne de par les rues ; étroites.Par les soirs d'été.Lâche la beaute de ses | filles à pleines grappes.Tout le long de la terrasse , Dufferin.Rue Saint-Louis, rue de la Fabrique, Es- | planade, rue des Grisons, rue des Glacis, ruelle du Trésor, Côte à Coton, côte de la Négresse, quartier latin, rue Dauphine, Jardin du Fort, Jardin du Gou- s verneur, rue sous le Cap, Petit Champlain.Peu a peu la vieille ville déménage ses quartiers de noblesse.Toute une population flottante campe dans les murs.Les hautes demeures se divisent en cases de location.On vend des souvenirs.Le port regorge de bateaux.Tourbillons de mouettes.Vaste ouverture de l eau.La mer commencée.Rabats et cornettes.Cette ville est en étages et en couvents.Sucre et sirop de la Beauce.Miel de Saint-Pierre- i \u2014\u2014 -rmnn\u2014T- M\u2014m La foi est intimement liée à la tTame de notre histoire.t ».S * \u2022:+.' vt!s ¦ ¦*?'< v \\ V les-Becquets.Champignons de Waterloo.Cidre de Saint-Hilaire.Canards du lac de Brome.Dindons de Valcartier.La vraie géographie s'apprend à table, i lorsqu'on rompt le pain.Boucherville, Varennes, Verchères, Contrecœur, I Saint-Antoine de Tilly, Sorel, Saint-Jean-sur-Riche-lieu.Vieux villages du régime français.Belles maisons de pierres aux allures de manoirs.Des ormes, arbres civilisés entre tous, des érables, une rivière aimable.& Un paysage apprivoisé.Un âge mûr et rassurant.I Le hockey sur glace, le plus rapide, le plus rude.| La drave, saut périlleux sans filet, sur des rivières de I haute crue.Vingt-cinq mille oies blanches se posent S au cap Tourmente.Reprennent le ciel.Formations | parfaites.Passent au-dessus de Québec.Qui n'a jamais entendu, dans la nuit, ce lointain, rauque jappement, massif, sourd, quasi irréel dominant tout le ciel d'automne, n'a jamais éprouvé l'étrange sensation de l'enveloppement physique du rêve.Echappé au-dessus du monde.Un jour cette ville s'est appelée Hochelaga: François-Xavier Gameau raconte: \"Une cinquantaine d'habitations en bois longues de cinquante pas et larges de douze à quinze.Chaque maison dont les faces étaient d'écorces adroitement cousues ensemble contenaient plusieurs pièces distribuées autour d'une salle carrée où se trouvait le foyer.La bourgade était entourée d'une triple palissade.\" Cette ville s'appela Ville-Marie.La messe y fut dite à la lueur des lucioles.'Tous les arbres de l'île de Montréal seraient-ils changés en Iroquois, il est de mon devoir d'aller y fonder une colonie, et j'irai.\" Ainsi parla Maisonneuve.Cette ville se nomme Montréal.Plus de deux millions d'habitants.Une vie forte, entreprenante.Se crée.S'affronte.Se bat, gagne, perd, rejoue son destin.Se multiplie.Se complique.Accueille ou rejette.Melting pot.Bouillon de culture.On construit.On démolit.On reconstruit.Un chantier perpétuel.Une ville qui n'a pa9 d'âge.Qui brûle son passé.Dont la fierté présente est l'avenir.Au cœur de son énergie.A la pointe de ses entreprises.La rue Sherbrooke à l'allure victorienne est à terre.Vive le boulevard Dorchester et ses gratte-ciel fiers et beaux! Calme des petites rues de Westmount: Mount Stephen, Oliver, Kensington.Les hommes, les idées, la politique, le commerce, les affaires, les arts et la vie quotidienne s'affirment, se confrontent.Au rythme du néon.Clignotant dans la ville immense.De jour comme de nuit.Pays de l'eau.De la force tumultueuse de l'eau.L'eau sauvage harnachée.Comme un équipage fougueux.L'eau orgueilleuse qu'on apprivoise et domine.Centrale hydro-électrique de la Gabelle.Barrage de Beauhamois.Manicouagan.Le plus grand chantier du monde.La plus forte mainmise de l'homme sur l'énergie de l'eau.Asbestos.Noranda.Bourlamaque.Gagnon.Arvida.Matagami.La nuit de la terre est ouverte.Le cœur noir de la terre livre ses trésors.Amiante, cuivre, or, zinc, fer.L'ombre est lourde.La lampe du mineur éclaire à peine l'étendue des gisements.Le cheminement patient du jeune maître des lieux.Réclamant sa part entière.Prendre cette province en flagrant délit d'existence.L'appréhender.Lui rendre justice.Lui donner la parole.Tâche de poète.Honneur de vivant.UN SIÈCLE 17 LE SUD ONTARIEN et ses attaches loyalistes William Kilbourn Historien, auteur de \"The Firebrand\" et \"The Elements Combined\" Quelle sorte de pays est donc l'Ontario?J'ai connu, à Oakville, une dame américaine qui fut membre à vie des Daughters of the American Revolution et de 17m-perial Order of the Daughters of the Empire et qui, jusqu'à ses derniers jours, en tira un double motif de fierté.Je me souviens d'écoliers de Dundas qui, chaque matin, proclamaient solennellement leur respect de l'héritage britannique en termes assez semblables à ceux qu'utilisent les écoliers d'outre-frontière à l\u2019endroit de l'emblème étoilé: \"Je jure fidélité à l'Empire, un et indivisible .L'Ontario a toujours été un pieu ça.Enfoncée au coeur même des Etats-Unis, entre le \"midwest\" américain et le nord-est industrialisé, la partie la plus ancienne et aussi la plus peuplée a mis près de deux siècles à produire une société typiquement américaine, tout en combattant énergiquement les invasions et influences yankees et en affichant bien haut sa loyauté à tout ce qui est impérial, royal et britannique.Notre devise provinciale ne dit-elle pas: \"Loyale elle fut et loyale elle sera toujours\"?11 était donc normal que le Red Ensign, ce mélange glorieux de végétation héraldique et d'Union Jack, fût récupéré par l'Ontario en 1965.Nous ne nous sommes jamais permis d'oublier que nos premiers colons avaient été chassés de leurs foyers pour être restés fidèles au roi et à l'Empire durant la Révolution américaine.Les premiers travaux agricoles en Ontario furent entrepris en 1779, le long de la rivière Niagara, par des réfugiés de guerre.Dans les années 1780, des Loyalistes s'établirent le long du Saint-Laurent, dans la baie de Quinte, et sur la rivière Détroit, au début toujours à proximité des forts.Vinrent se joindre à eux des militaires en demi-solde, des nobles et seigneurs britanniques - Thomas Talbot, le baron du Lac Erie, le chef de clan Archibald MacNab, John Galt et Tiger Dunlop de la Canada Company \u2014 qui reçurent de vastes domaines pour avoir amené ici des centaines de colons.Les miliciens de Glengarry, de langue gaélique, premier régiment catholique de l'armée britannique depuis la Réforme, s'établirent dans la région qui est aujourd'hui le comté de Glengarry.Alexander Macdonnell, leur aumônier et leader, fut l'ecclésiastique le plus important du Family Compact, dans le Haut-Canada, après l'évêque Strachan.Même les Indiens étaient loyalistes.Conduits hors de leurs territoires, situés sur le sol américain, par Joseph Brant, le chef des Six Nations, qui avait l'accent d'un gentilhomme anglais du 18e siècle, ils choisirent des terres le long de la Grande Rivière.Cent ans plus tard, une Indienne de leur tribu, Pauline Johnson, exprimait en vers populaires ses sentiments anti-américains : Les Hollandais peuvent avoir leur Hollande, Et les Espagnols leur Espagne.Mais les Yankees qui vivent au sud.Au sud de chez nous doivent demeurer.Ils ne demeurèrent cependant pas au sud.Attirés 18 UN SIÈCLE par la richesse des terres, des milliers de fermiers yankees s'installèrent, dès les débuts, aux côtés des réfugiés loyalistes et des immigrants britanniques.Quand, durant la guerre de 1812, les troupes d'invasion américaines firent irruption dans la province, les trois cinquièmes de la population clairsemée du Haut-Canada \u2014 80,000 habitants \u2014 étaient constitués d'Américains nouvellement immigrés.Ils avaient introduit une certaine mentalité qui contribua à faire du Canada une démocratie agitée et populacière que même des radicaux de Nouvelle-Ecosse comme Joseph Howe considéraient avec dédain et hésitaient à rallier en 1867.John A.Macdonald se rendit compte qu'ils n'étaient pas des plus faciles à gouverner.Parlant, dans les années 1850, de la Province du Canada - c'est-à-dire de ce qui devait être l'Ontario et le Québec \u2014 il disait: \"L'ouest de la province ne doit pas tenir le gouvernail.Il est occupé par des Yankees et des Covenanters, la population la plus effervescente et la moins sûre.\" Ce sont ces éléments qui formèrent la faction principale des Clear Grits et du Globe de George Brown, à Toronto.Beaucoup d'entre eux avaient combattu ou sympathisé avec William Lyon Mackenzie et les rebelles de 1837, qui subirent nettement l'influence des principes de Jackson.Bien que rapidement dépassés en nombre par les Orangistes et autres immigrants britanniques, les Américains continuèrent de franchir la frontière.Vers le milieu du 19e siècle, des artisans et entrepreneurs américains apportèrent en Ontario des techniques et des capitaux qui mirent sur pied un grand nombre des premières fonderies et manufactures de la province.Plus tard encore, des chef ouvriers et des présidents de filiales américaines s'imposèrent à l'attention de la société ontarienne.De toute façon, même sans l'influence des Etats-Unis, cette société devait présenter des traits américains.La proximité de la frontière et les difficultés de la colonisation imposèrent une égalité sociale assez fruste, bien peu fa vorable à l'épanouissement d'une aristocratie d'immigrants.Cependant, le sentiment loyaliste a toujours dominé en Ontario.Le souvenir des ancêtres défendant leurs foyers en 1812, contre un envahisseur qui incendiait les fermes et les édifices du parlement colonial de York, fut ravivé par l'invasion armée qui suivit le soulèvement de 1837, par les expéditions des Fenians en 1866, et aussi par les déclarations hostiles de politiciens américains jusqu'au début du 20e siècle.Avec le loyalisme est restée une sorte de conservatisme élémentaire, que la philosophie radicale Grit avait rarement pu entamer.Egerton Ryerson et ses Méthodistes se tournèrent très tôt vers les tories.Les idées et les sympathies politiques de George Brown évoluèrent vers celles des hommes d'affaires des villes pour donner naissance à une autre forme de conservatisme qui depuis s'est perpétué en Ontario.La brève victoire des United Farmers de l'Ontario, après la première guerre mondiale, fut le dernier sursaut de l'ancien bloc agricole.Et le nouveau radicalism.- urbain ne se rapprocha vraiment du pouvoir qu'une seule fois, lors de la montée du C.C.F.en 1943 S'il existaiçun point commun entre radicaux et conservateurs, c'était bien la conviction que le français était une langue étrangère.Ils pouvaient applaudir ensemble à l'arrestation de Louis Riel ou à l'imposition de la conscription au Québec.Dans une large mesure, le nationalisme canadien est une conception élargie du nationalisme ontarien, mais il est à présent nettement plus enclin à exiger l'enseignement du français dans les écoles primaires ou à orner nos edifices d'œuvres d'artistes montréalais.En reconnaissant enfin que le Québec avait droit à un statut spécial à l'intérieur de la Confédération, nous nous sommes aperçus que l'Ontario lui-même n'a jamais été un fief exclusivement britannique et qu'il a, lui aussi des prétentions au biculturalisme.Non seulement fit-il partie de la Nouvelle France, pays de Champlain des martyrs jésuites et des coureurs des bois, mais on y trouve aujourd'hui beaucoup plus de gens de descendance française que nulle part ailleurs au Nouveau Monde, à l'exception du Québec, bien sûr.D'autres groupes ethniques que les plus anciens sont ici depuis fort longtemps.Les Mennonites vinrent de Pennsylvanie vers 1800, et le comté de W a!er-loo est toujours entièrement allemand.Les Italiens et les Ukrainiens n'ont cessé de se fixer en On-ario depuis trois générations.Mais le phénomène n'apparut à l'évidence qu'avec l'arrivée massive, après la dernière guerre, d'immigrants européens, dont plus de la moitié choisirent de vivre en Ontario.Les nouveaux venus contribuèrent aussi à la maturité culturelle de l'Ontario.Ils aidèrent à transformer les magasins, les parcs et les restaurants, les universités et les théâtres, créant et faisant'prospérer des entreprises.Le Festival de Stratford et bien d'autres initiatives professionnelles subventionnées par le Conseil des arts de l'Ontario ne sont que l'aspect le plus frappant d'une maturité sûre d'elle-même.La capitale provinciale est devenue rapidement une grande ville cosmopolite.Elle apparaît indiscutablement, en cette année du centenaire, comme le foyer de la culture canadienne d'expression anglaise pour les beaux-arts, la télévision, l'édition, la conception et un grand nombre de professions et de métiers spécialisés.Pourtant, les tours jumelées de la nouvelle \"Acropole\" de Toronto ne diminuent en rien l'importance de leur voisin, le respectable temple de la Law Socicty of Upper Canada, vivant symbole de l'héritage loyaliste.En réalité, le nouvel hôtel de ville témoigne de cette fierté civique et de ce respect des lois qui ont fait de Toronto un parangon d'administration locale et l une des rares grandes villes nord-américaines où la vie soit acceptable.La population de l'Ontario est en majorité urbaine. à de vieilles sociétés.Un trait de la famille ontarienne avant 1914, la L'élite ontarienne doit sa première aisance stabilité.La gare de Belleville en 1913.\u20223eîçnU iiËfàéM \u2022- -s:r v.É&lSgs! i=saaùÉ I Le recensement de 1961 indiquait que 7 des 15 plus : grandes régions urbaines du Canada étaient situées dans la province.Pourtant, le sud de l'Ontario donne l'impression d'une région rurale.Pays doux et tempéré, situé entre la limite inférieure du bouclier rocheux et le bord des Grands Lacs, abondant en gras pâturages et en bovins Holsteins, en marécages et en rivières paresseuses: Speed, Thames, Avon; pays des grands hebdomadaires: Grand River Sachem, Dundalk Herald, de pelouses et de vérandas, de grands saules pleureurs et de vieilles maisons victoriennes; pays qui vit grandir les Osler et les Massey.Il y a les villes de pierre, d'origine écossaise, comme Fergus et Perth; les cités universitaires, comme Kingston, London, Guelph, et leurs cathédrales; les vastes domaines, comme Jalna, les quais et les grandes artères, comme Mariposa's.Il y a l'atmosphère provinciale des collines de Caledon, l'étendue des terres grasses et plates de Holland Marsh, les régions sablonneuses où l'on cultive le tabac, au nord du lac Erie, la péninsule où mûrissent pêches, raisins et cerises, sous les hauteurs de Niagara.Et toujours présents parmi tout cela, à demi enfouis, les routes et les lieux de traite, les chemins de portage et l'emplacement des bourgades, les noms et les légendes hérités des premiers possesseurs du pays, les Indiens d'Amérique du Nord.UN SIÈCLE 19 êô s V SERVICE DE COMMUNICATIONS DEPUIS 90 ANS Southam Press Limited Journaux, Magazines, Imprimerie Il y a quatre-vingt-dix ans, William Southam devenait co-propriétaire du journal Hamilton Spectator.Les débuts furent modestes mais, dans cette ville qui allait connaître une grande expansion, William Southam t ses fils, ainsi que leurs associés, développèrent une entreprise qui randit à la mesure même du pays.Devenue une compagnie publi-ue, l'entreprise compte aujourd'hui 2,800 actionnaires et occupe une lace enviable dans lé domaine des communications au Canada.a préoccupation première de Southam est, depuis le tout début, intérêt des lecteurs; l'information et l'éditorial de ses publications en nt foi.Aussi, grâce à la publicité, ces publications facilitent la distri-ution de marchandises et de services.'Histoire nous montre que la liberté de parole est le fondement de la lémocratie.La liberté de la presse découle de ce droit, bien reconnu au Canada.Notre pays demeurera fort et libre tant que l'industrie des communications qui le sert sera libre et indépendante.Nous sommes heureux d'avoir aidé le pays, pendant la majeure partie des cent premières années de la Confédération, à prendre conscience de sa valeur, à se connaître et à améliorerle niveau de vie de son peuple. LES PRAIRIES I poésie de la terre et du ciel W.O.Mitchell Ecrivain, interprète des Prairies, il a créé les emissions ' lake and the Kid\" Un centenaire, c'est bien peu de chose dans l'histoire de l'humanité, à peine suffisant pour réchauffer les prairies de sang, de légendes ou de traditions.Mon demi-siècle d'existence s'est déroulé sous les cieux de l'Alberta et de la Saskatchewan.Mes dix premières années furent les plus marquantes du point de vue émotif.N'en est-il pas ainsi pour tout le monde, d'ailleurs?La poésie de la terre chantait à.mes oreilles quand je m'aventurais au bout de notre rue pour m'exposer à l'infini du ciel.Après l'école et le samedi, mes copains et moi errions à l'aventure dans l'immensité plate de la prairie bordée d'horizon.Nous nagions dans la petite Souris, tiède et boueuse, aux rives de glaise.Je me souviens encore du goût de la terre et de la sensation de contraction que j'éprouvais quand elle me séchait sur la peau.Je vois encore les sangsues qui nous collaient aux jambes ou au ventre, la course zigzaguante d'un lapin, la carcasse d'un gaufre toute y grouillante de fourmis.Il s'est passé tant de choses en si peu de temps dans ce pays que pour les gens de ma génération les origmes du Canada restent associées à des visagesTamiliers.Jeune garçon, j'étais très intime avec deux personnes plus vieilles que le Dominion lui-même: ma grand-mère et Sheepskin, un Assi-niboine de la réserve du lac Carlyle.C'était un vieux bonhomme sarcastique, coiffé d'un chapeau aux bords rabattus posé sur un mouchoir rouge qu'il nouait sous le menton pour protéger son cou des moustiques et ses lésions scrofuleuses des brûlures du soleil.A ma connaissance.Sheepskin avait toujours fabriqué des arcs et des flèches.Les cordes étaient faites de nerfs de cerf, et les pointes de ses flèches étaient rougies, non de sang, mais de jus de cerise.Les siens habitaient les prairies depuis trois mille ans; lui-même avait chassé le bison et entendu le grincement des chariots de la rivière Rougé, dont les roues étaient graissées de grenouilles écrasées.Adolescent, il avait vu les premiers blancs arriver dans l'Ouest: missionnaires, trappeurs de castors, marchands de whisky.Ma grand-mère, écossaire, vint après la vague des colons de 1870, après la création de la Gendarmerie royale en 1872 et après la chute de Batoche et la pendaison de Louis Riel en 1885.Les ossements de bisons jonchaient les prairies, l'alouette lançait ses notes brèves et stridentes, et les gaufres se dressaient un peu partout comme des piquets de tente en ce printemps de 1898 où, au moyen d'un fichu attaché à la jante d'une roue du boggy, elle mesurait la distance qui les séparait de leur concession.Je crois que c'est l'été où j'eus mes onze ans que Sheepskin nous apporta un seau à lard rempli de saskatoons ou fraises sauvages et que ma grand-mère l'invita à prendre, le thé.Il existait une étrange similitude entre ces deux vieillards qui buvaient en silence: mêmes traits accusés, mêmes 22 UN SIÈCLE bouches tombantes burinées de rides.Et il me sembla que, pour une fois, les yeux sombres et sans pupilles de Sheepskin avaient perdu cette lueur moqueuse qu'ils avaient ordinairement pour nous, les blancs.Ce sont probablement les souvenirs de mon enfance qui m'ont retenu dans l'Ouest et m'ont fait choisir, voilà vingt et un ans, une ville au pied des montagnes pour écrire et élever des enfants.Ces villes des contreforts diffèrent de celles des prairies; leurs rues sont ornées de cotonniers; leurs cours d'eau sont frais et limpides; en hiver, un vent doux rend la neige poreuse et nous vaut une température moyenne qui se rapproche de celle de Vancouver.Des hommes ap regard lointain, chaussés de bottes à hauts talons, déambulent dans les rues.Leurs pantalons délavés et leurs chapeaux à larges bords révèlent leur occupation.Ce sont des cow-boys et il serait impossible de les imaginer dans la cour d'une ferme, bottes de cultivateurs aux pieds et un seau de lait mousseux dans chaque main.Depuis toujours et en dépit d'une certaine diversité dans leur agriculture, l'Alberta est réputée pour son bétail, la Saskatchewan pour son grain.Dans les années '70 et '80, les premiers grands troupeaux de bêtes à cornes furent conduits du Texas et du Wyoming vers les pâturages du nord.Beaucoup d'Albertains ont un léger accent par rapport aux gens de la Saskatchewan, accent qui date de la grande migration des Mormons.L'immigration américaine a été encore plus considérable depuis le 16 juin 1936, le jour où l'insatiable curiosité de R.A.Brown, père, fut récompensée par le jaillissement de l'huile sur la pente nord-est de la vallée Turner.5uivit la découverte des gisements de Leduc et Redwater.Les ouvriers affectés aux sondages d'exploration envahirent la région montagneuse de Swan, domaine inviolé des bêtes sauvages depuis les temps les plus reculés.Ils y trouvèrent le grizzly de Swan et celui des plaines, qu'on croyait disparu.Cette région, encore sauvage il y a dix ans, est aujourd'hui coupée de routes trav.r-sant en tous sens la forêt épaisse des conifèi -Des puits ont été creusés sur des sommets e il n'est guère d'endroits que n'aient visités les pétroliers.On a découvert des gisements de pétrole en Saskatchewan aussi, naturellement.Les fermi :; des deux provinces, quand les jachères fument « soleil du printemps, promènent leurs tractem > autour des pompes qui, fonctionnant avec la régu larité de métronomes, ramènent à la surface le pétrole enfoui à un mille de profondeur.Mais le centre de la Saskatchewan recèle un autre trésor un riche gisement de chlorure de potasse, à des profondeurs variant de 2800 à 8000 pieds, provenant de l'évaporation de quelque lac préhistorique.Long de 450 milles et large de 100 environ, il constitue une réserve d'engrais qui atteindrait de 2 milliards à 50 milliards de tonnes.En 1962 commença de fonctionner, à Esterhazy, la plus grande usine de potasse du monde, qui en produisit cette année-là pour $23,000,000.La nouvelle industrie représente déjà des immobilisations de $400,000,000 et l'on prévoit que la production annuelle atteindra, en 1970, 10,000,000 de tonnes, assez pour répondre aux deux tiers des besoins du globe pendant une période de deux à cinq siècles.Devant des réalités industrielles aussi impres sionnantes, on a du mal à s'imaginer le désert de ces régions de l'Ouest au début des années '80, quand le chemin de fer transcontinental devenait peu à peu réalité et que la population blanche à l'ouest de Winnipeg n'était que de 60,000 L achèvement du chemin de fer constitua un jalon II y en eut d'autres.L'hiver terrible de 1906-1907 fit périr bétail et gibier; le printemps venu, une odeur de charogne empoisonna l'air des prairies.11 y eut la poussière des années '30, alors que la terre pulvérisée voilait le soleil et nous obligeait à allumer les lampes en plein midi.Les jeunes gens de Saskatchewan et d'Alberta s'accrochaient comme des mouches aux wagons de marchan- Dans les souvenirs d'enfance de beaucoup de Canadiens figurent les campements indiens. dises, y voyageaient en compagnie de tous les spécimens de racaille, dormaient dans des hôtels borgnes.A vrai dire, ce pays réunissait les éléments de la philosophie ancienne: terre, air, feu, eau \u2014 très peu d'eau.C'est sans doute au cours de cette période que le cheval perdit sa prééminence.11 règne encore au pied des montagnes, mais il y appartient surtout à l'hippodrome, au spectacle, à la parade, à l'équitation.Le gros cheval de ferme à large croupe du temps de mon enfance est à jamais disparu, remplacé par la machinerie.La mécanisation de l'agriculture a fait, plus récemment, une autre victime: comme la poussière des années '30, le garçon de ferme semble avoir été balayé.Dans ses belles années, il venait de partout: Russie, Pologne, Hongrie, îles Britanniques, Scandinavie.Son espèce se retrouvait dans le monde entier.D'où qu'il vînt, il apparaissait toujours grand et maigre.Comme je le voyais avec des yeux d'enfant, il s'agissait peut-être d'une illusion \u2022d'optique.A l'heure actuelle, il travaille sans doute à la fabrication des tracteurs, des camions et des machines qui les ont supprimés, le cheval -et lui.La transformation a été encore plus saisissante \u2022après la guerre.Un réseau d'oléoducs et de gazo-g ducs a couvert le pays et l'expansion des villes a créé des banlieues bien agencées.La grand-route moderne et le supermarché ont marqué la fin du magasin général dans les petites villes.On ne voit plus de meulettes dans les champs ni de flambées ; de paille panacher le ciel d'automne.Tout n'a pas changé cependant.Au pied des montagnes, le ricanement hystérique des coyotes § trouble toujours le silence de la nuit où se dressent les structures eiffélesques des derricks.Au \u2018I printemps, le crocus bleuit la prairie et le grincement du gaufre ne cesse de défier le vent étemel de la Saskatchewan.Les gros avions à réaction, parés de leurs clignotements d'émeraude et de .rubis, tracent dans l'obscurité des prairies un long I sillage de vrombissement, mais le cri des oies sauvages continue d'annoncer leurs migrations.La fumée enveloppe nos villes, mais le lis tigré fleurit toujours et la délicate odeur miellée des saules flotte sur les bords des rivières.Au pied des montagnes et dans les prairies, c'est une époque où il fait bon vivre.Je ne sais pas ce qu'en penserait ma grand-mère.En revanche, je suis sûr que : dans le regard du vieux Sheepskin il y aurait \\ toujours cette lueur moqueuse à l'endroit des 3 blancs.¦-\u2022U.I * Les Prairies sont généreuses, mais il y eut des périodes de vaches maigres.UN SIÈCLE 23 ¦£&***< LA COLOMBIE BRITANNIQUE, province prodigue Roderick Haig-Brown Naturaliste, auteur de plus de 15 livres sur la vie au grand air Vue du haut des airs, comme elle apparaît d'abord à ta plupart des visiteurs, la province présente de toutes parts, sauf à l ouest, un déploiement spectaculaire de pics enneigés, aux versants plus ou moins boisés, enchâssant des vallées étroites et profondes où s étalent de longs lacs bleus comme le ciel ou gris comme l acier.Çà et là, de minuscules agglomérations, des routes qui, surgies on ne sait d'où, grimpent on ne sait vers quoi.Puis c'est la longue descente au-dessus des vertes étendues du delta du Fraser et de la fumée noire des villes qui envahit les flancs des montagnes.Et voici la vaste région urbaine sur les bords du golfe de Georgia.La transition est encore plus impressionnante la nuit, alors qu'aux lumières falotes et dispersées dans l'obscure immensité succède le ruissellement du néon, des vapeurs de mercure, des phares d'automobiles, composant de tous côtés, sur des milles et des milles, une incroyable féerie.Cette première impression, qui en vaut bien une autre, donne une idée de la réalité.Pourtant, des gens vivent et travaillent dans ces montagnes, au fond de ces vallees étroites, sur les étendues du plateau intérieur ou le long des anses.Cette profusion de lumières, cette concentration massive au sud-ouest de la province sont le fruit d'un siècle de labeur.Les hommes ont taillé les montagnes, coupé les arbres sur leurs versants, sillonné les eaux côtières, remonté les rivières, percé d'étroits passages à travers les gorges profondes, pris le risque d'élever du bétail sur les collines plus basses et dans les vallées plus propices.Près d'un million de gens vivent sur ces 800 milles carrés qui constituent la région du delta, et ces mêmes terres fournissent 97 pour cent des produits laitiers et représentent 50 pour cent des ressources agricoles de toute la province.Le reste de la population, bien inférieur à un million, est éparpillé dans les autres 385,000 milles carres la ou se dressent les montagnes, où se forment les lacs, où coulent les rivières.La Colombie Britannique a été difficile à découvrir et difficile à explorer.Les premiers explorateurs étaient plus préoccupés de trouver un chemin vers la Chine et les Indes, a travers ces paysages farouches, que de s'intéresser au pays lui-même.De fait, ils restaient singulièrement indifférents à son aspect quand ils ne le dénigraient pas.Le Capitaine George \\ ancouver qui, dans les années '90, parcourut d'un bout à l autre la côte de la Colombie Britannique et mit fin au mythe du passage du Nord-Ouest, en fit plusieurs descriptions dans le genre de celle-ci: \u201cles rivages présentent un aspect rébarbatif; ils sont constitués en grande partie de rochers déchiquetés et parsemés de pins rabougris.\" Après lui, les colons de la côte n'y voyaient que \u201cdes rochers et des arbres de Noël .En juin 1792, parmi les îles situées à l'ex-tremite nord du golfe de Georgia, il découvrit \u201cle spectacle le plus sombre et le plus affligeant que puisse présenter la nature\", encore qu'il lui fût reconnaissant pour les arbres, qui \"cachaient à notre vue les rochers et les précipices sinistres qui forment ces rivages de désolation.\" Comme écrivain, il n'avait pas le sens du pittoresque.Alexander McKenzie, qui arriva dans la province par voie de terre, voyait les choses d'un oeil plus 24 UN SIÈCLE Vancouver: port et bateau baignent dans la brume.*msm flegmatique; mais lui aussi, avec ses canoës éventrés et ses hommes à moitié noyés et transis, émit quelques doutes quant à la valeur du premier cours d'eau qu'il découvrit au-delà de la ligne du partage des eaux: \"Notre petit fleuve, que nous avons appelé le Méchant Fleuve, était si hostile que nous avons mis quatre jours entiers de plus que prévu pour atteindre l'océan\".En découvrant son grand fleuve, Simon Fraser en écrit assez durement: \"J'ai rarement vu chose aussi triste et aussi dangereuse dans aucun pays .de quelque côté que je me tourne, je ne vois que des montagnes et encore des montagnes, dont les sommets couverts de neiges éternelles encerclent un sombre paysage.\" David Thompson lui-même, le plus attentif et le plus indulgent de tous les explorateurs, eut ses moments de scepticisme relativement au versant ouest des Rocheuses: \"Le spectacle de désolation qui s'offrait à nos yeux était affreux.Des bourrasques ou, pire encore, un orage en montagne nous aurait ensevelis.\" Et quand il eut atteint avec ses hommes le fond de la vallée Columbia: \"Nous sommes des pygmées auprès des pins et des cèdres géants de ce pays, dont certains atteignent quarante pieds de circonférence et dont les premières branches sont à deux cents pieds du sol.\" Cette terre inhospitalière, qui impressionna si défavorablement les premiers explorateurs, faisait pourtant vivre une population indigène d'au moins 70,000 habitants, jouissant souvent d'ime sécurité et d un confort relatifs et présentant une certaine culture.Il fallut 80 ans, l'extinction des loutres de mer, la destruction des troupeaux de phoques, la découverte de gisements aurifères, la diminution de la population indigène (par la maladie) dans une pro- portion de 60 pour cent, l'entrée dans la Confédération et un chemin de fer transcontinental pour constituer une population blanche de la même importance numérique.Au fur et à mesure du développement, on se rendit compte que le pays était riche et généreux.Parmi ces farouches montagnes, il se trouvait des sites doux et agréables; les lacs pouvaient sourire au soleil; les fleuves pouvaient être charmants et l'on pouvait s attacher aux montagnes elles-mêmes autant que les redouter.Les gisements de zinc et de plomb des Kootenays et le cuivre du littoral s'avéraient plus riches et plus durables que les mines d'or.Les grands pins Douglas et les cèdres rouges des forêts, de même que le saumon qui abondait dans le moindre cours d eau, étaient plus précieux que les peaux de castor.Courageusement, les fermiers érigèrent des digues et asséchèrent la plaine du delta du Fraser; les terres ainsi récupérées se prêtaient à n'importe quelle culture ou presque.D'autres, dans la vallée d'Okanagan, entreprirent bientôt la culture d'arbres fruitiers d'une admirable qualité.La vie d'un pionnier, où que ce soit, n'est jamais pavée de roses, mais en Colombie Britannique, les compensations en valaient la peine.Le climat est assez clément, tout au moins dans les régions du sud et sur la côte.Le travail dans les bois, les mines ou les pêcheries représentait une source d argent comptant, tandis que les petites fermes, les entreprises forestières, les bateaux de pêche, la chasse au piège justifiaient des rêves d'indépendance.Pour se distraire, il y avait la pêche dans les lacs et les cours d eau, la chasse dans les collines giboyeuses.Partout apparaissaient des signes évidents de croissance et de prospérité et, malgré les ralentissements r.^!ar» isonniers, personne n'en disconvenait.La vapeur onna un essor extraordinaire aux entreprises fores-et les scieries travaillèrent jour et nuit; les f\"Empress\" blancs partirent de Vancouver pour les |pays d'Orient et les vapeurs côtiers furent toujours .plus nombreux, plus rapides, plus luxueux; la pro-duction minière augmenta et se diversifia; la vallée du | Fraser fournit les meilleurs produits laitiers et l'Oka-j nagan les plus beaux fruits du monde.II serait trop facile d'attribuer le développement de s la Colombie Britannique à une suite de grandes réussites techniques: la route Caribou construite par les criques de la côte, flottilles de bateaux de pêche, troupeaux ramenés du Chilcotin ou paissant sur les collines de la vallée Nicola, touristes exhibant leurs prises, forêts profondes et glaciers majestueux, or des peupliers et des mélèzes, noir des conifères, miroir des lacs lisses, pics enneigés s'élançant vers le ciel, ressac et moutonnement des vagues du Pacifique, flaques de lumière dans les marais; voilà autant de facettes familières de la Colombie Britannique.Pourtant, le nom de la province évoque encore davantage une existence dorée, des maisons élégantes bâties sur le roc de Vancouver ouest, l'argent facile- Dans l'ensemble, la province donne l'impression d'un manque étonnant de maturité politique, économique et sociale, d'une aptitude à vivre au jour le jour, dans des alternances de prospérité et de recession, sans se soucier des conséquences à longue échéance.Durant la période de vaches grasses, comme celle qu'elle connaît présentement, elle est captivante et pleine d'agrément pour les puissants, mais ne semble avoir ni le temps ni le coeur de s'intéresser aux faibles.Aux époques moins prospères, son bon naturel reprend le dessus, mais les fonds nécessaires pour amorcer les réformes qui s'imposent lui font L'hôtel Empress de Victoria.Les vieux de la vieille reconnaîtront cette diligence de 1909.ingénieurs du Colonel Moody, la percée des voies ferrées du Canadien Pacifique à travers les gorges du Fraser et les cols des Rocheuses, les digues de la ¦' vallée du Fraser, les chemins de fer forestiers \u2014 qui sont souvent des petites merveilles d'ingéniosité, le projet Kemano de ['Aluminum Company, les milles et î les milles de routes construites après la seconde ; guerre mondiale, les grands ouvrages hydro-électriques en voie de construction sur le Columbia et à la Montagne du Portage.Toutes ces réalisations témoignent jusqu'à un certain point de la foi qui transporte les montagnes et confirment le jugement des premiers explorateurs sur les difficultés du pays.Mais les prodiges techniques sont chose courante en Amérique du Nord et ne révèlent guère le caractère propre ni le sens profond d'un Etat ou d'une province.En Colombie Britannique, on a toujours eu du cœur à l'ouvrage sans trop se soucier des conséquences.Le forestier, véritable aristocrate de la province, se détache, grand et audacieux, sur ses terres dénudées.Le mineur aux mains calleuses, opiniâtre, courageux, adroit, pousse toujours de l'avant en laissant derrière lui, comme autant de cicatrices, ses villes fantômes et ses usines abandonnées sur le flanc des collines.Fier et indépendant, le pêcheur poursuit la lutte dans le chaos d'une industrie désorganisée.Les terres, poussées à leur rendement maximum par le labeur de trois ou quatre générations, procurent des profits faciles au spéculateur en biens-fonds.Avec une hâte fébrile, l'ouvrier en construction force ses puissantes machines à travers la poussière, la boue et le roc, marquant son passage de forêts inondées et ravagées, d'usines arrogantes et de villes-champignons nul planifiées^ Immenses trains.de bois dans les ment gagné comme toujours dans les grands immeubles du centre-ville, la retraite à Victoria, les bateaux de plaisance, le golf à longueur d'année, un climat tempéré et, en général, par contraste avec le reste du Canada, la douceur de vivre.D'autre part, les syndicats de la province se réclament d'une longue histoire, depuis les premiers mineurs jusqu'aux groupes modernes: International Wood Workers, United Fishermen, United Mine Workers, et bien d'autres.S'inspirant dans une large mesure du syndicalisme britannique et du parti travailliste anglais, leur activité s'est avérée la plupart du temps fructueuse en faisant contrepoids aux succès faciles de ceux qui plaçaient des fonds dans le domaine, vaste et profitable, des richesses naturelles.Ce facteur reste présent à l'esprit des législateurs.Sans cette manière d'équilibre, et sans les qualités d'humanité et de fermeté déployées par des hommes comme Ernest Winch, qui siégea au Parlement de 1933 jusqu'à sa mort en 1957, la province aurait pour ainsi dire été à la merci des impérialistes économiques, qui se seraient arrogé la part du lion.N'empêche que la Colombie Britannique fait quelque peu figure d'anachronisme.Jusqu'à ces toutes dernières années et à cause de ses montagnes, son développement s'était limité à certaines régions plus favorisées.La machinerie et les techniques modernes ont ouvert de nouvelles régions, qui seraient parmi les dernières du continent où l'on pourrait envisager l'édification d'un empire industriel à la mode d'autrefois.Les enjeux, sous forme de mises de fonds, sont importants; en revanche, les compensations, sous forme de participation à long terme aux richesses naturelles, sont presque incalculables.alors trop souvent défaut.La mentalité de la fin du 19e siècle ayant subsisté au cours de la première moitié du 20e, l'attention de la province s'est surtout attachée jusqu'ici à son progrès matériel.Elle admet dans une certaine mesure les valeurs pragmatiques de l'instruction et l'université de Point Grey est devenue une institution considérable et même surchargée; on a créé deux autres universités, Victoria et Simon Fraser, et le nombre des collèges régionaux va toujours croissant.D'autre part, la plus importante réalisation artistique collective, le Festival international de Vancouver, ne cesse de décliner, faute d'un appui suffisant des Administrations municipale et provinciale.Pourtant, la province possède, dans presque tous les domaines, de bien meilleurs artistes qu'elle ne pense et qu'elle ne mérite, et là réside peut-être la vraie promesse d'évolution et de croissance.La Colombie Britannique a tout ce qu'il faut pour s'imposer; elle possède la richesse, l'énergie et la jeunesse nécessaires pour devenir la plus éclairée et la plus humanitaire de toutes les provinces canadiennes; si la fièvre de la prospérité a estompé cette perspective, il est encore possible de la restaurer dans la période, plus calme, de la consolidation.UN SIÈCLE 25 Notre plus ancienne frontière: L'ARCTIQUE Kobert A.Philips Comme mainte région du Canada, le Nord est postérieur à la Confédération.Nombre de Canadiens semblent même douter encore qu'il en fasse partie.Pourtant le Nord a une longue histoire.Les Territoires du Nord-Ouest peuvent rivaliser avec Terre-Neuve pour l'ancienneté des contacts avec l'Europe.Déjà vers l'an mille, la Terre de Baffin recevait régulièrement la visite des Vikings.Bien plus, ils furent à l'origine des exportations canadiennes en capturant les gerfauts et ours polaires destinés aux cours d'Europe et du Proche-Orient.Pendant de nombreux siècles, la plus grande partie du Canada demeura pour les Européens un pays sauvage, impénétrable et inconnu.La seule région qui intéressât alors les négociants sérieux était un coin du Nord.Ces premiers entrepreneurs n allaient pas a 1 aventure, comme les découvreurs du golfe Saint-Laurent et des Antilles.Ils ne faisaient qu'étendre jusqu'au Nord canadien la frontière de l'Europe.Malheureusement, cet avant-poste européen ne devait pas se perpétuer.A mesure que l'empire Scandinave s affaiblissait au sud de l'Europe, il périclitait aussi du côté occidental.L'influence des Vikings ne laissa pas plus de traces que si elle n'eût jamais existé aux yeux des explorateurs du seizième siècle.L'Arctique constituait le principal intérêt du Canada, du moins pour les Européens du nord.S ils considéraient le reste du pays comme un prolongement terne et improductif du Nord tout important, c'est, dans une certaine mesure, parce que le Saint-Siège avait, en 1503, réservé tous les empires possibles à l'Espagne et au Portugal.Une autre raison de l'attrait du Nord, moins flatteuse pour le Canada, résidait dans la croyance que les régions les plus septentrionales de l'Amérique étaient, non pas tant un pays abondant en richesses naturelles ou propice à la colonisation, qu'une route vers quelque part.La recherche du passage du nord-ouest vers la Chine à travers les champs de glace canadiens dura quatre siècles.Quand on le découvrit, il n'offrait plus d'intérêt commercial.Il est difficile de nous représenter la place qu'occupait autrefois l'Arctique dans l'esprit des hommes.Ce n'est plus maintenant la frontière inconnue, mais simplement la frontière qui sort péniblement d'une longue éclipse.Certaines parties de l'Arctique furent, pendant des centaines d'années, beaucoup mieux connues qu'une grande partie de la mince bande du sud où sont aujourd hui concentrés les quatre cinquièmes de notre population.Les eaux et les côtes de l'Arctique oriental étaient familières aux baleiniers des dix-huitième et dix-neuvième siècles, mais ils en faisaient secret pour d'évidentes raisons com-26 UN SIÈCLE merciales.Ces régions nordiques étaient si fréquentées qu'on se prend à s'étonner que la pelleterie n'ait pas commencé plus tôt.Elle n'apparut qu'au début du dix-neuvième siècle au Yukon et dans les régions presque arctiques de la vallée du Mackenzie.Pendant qu on travaillait à poser les assises de la nation canadienne à Charlottetown et Québec, et plus tard à Ottawa, le Nord fut oublié de tous, sauf du petit nombre qui en vivait.Le pelletier révolutionna la structure sociale et économique de 1 Esquimau.Le missionnaire lui donna une nouvelle philosophie.La gendarmerie tentait de concilier la rigidité des lois canadiennes et l'irrégularité des coutumes esquimaudes.Trente ans après la Confédération, les baleiniers américains, qui parcouraient l'Arctique occidental, semaient maladies et dépravations à l'échelle du génocide.Mais la perspective canadienne restait fixée sur un axe est-ouest, d'un océan à l'autre.La découverte de l'or du Yukon, le 17 août 1896, apporta aux Canadiens un trésor de légendes et de folklore encore inexploité.A la faveur de cette dernière grande ruée vers l'or, les Territoires du Nord-Ouest exercèrent sur l'Amérique et le monde entier un envoûtement qu'on peut difficilement se représenter de nos jours.A des millions d'individus, Dawson City, une étendue de boue et de vase, apparut comme la grotte d'un mauvais génie, gardien de richesses fabuleuses.D'innombrables articles de journaux et de magazines, des centaines de livres attisaient la curiosité.Les lecteurs escaladaient péniblement, en imagination, le White Pass ou le Chilkoot, descendaient les rapides de Whitehorse ou sciaient les épinettes noires qui serviraient à la construction d'embarcations.On lisait avidement des millions de mots pour essayer de capter l'image, les bruits, le goût et l'odeur de cette civilisation de clinquant au bout du monde.L'épuisement des mines d'or provoqua la stagnation.Durant près de 70 ans, les dragues amenèrent à la surface les paillettes d'or oubliées par les prospecteurs dans les sables aurifères, mais le Yukon, c'est le côté ironique de son histoire, ne devait se rétablir que le jour où il devint un passage.La construction de la route de 1 Alaska, au milieu de la dernière guerre, eut une importance égale à la ruée vers l'or.Le désir romanesque qu'ont les Américains de visiter chacun de leurs Etats lança, en partie, une industrie touristique considérable.C'était le plus important chaînon d'un réseau routier et ferroviaire qui permettrait l'exploitation en grand des minéraux.Mais le succès est toujours au prochain virage.La plus importante mine d'argent du Canada, près de Mayo, qui produit aussi du plomb et du zinc, stimule grandement la recherche d'autres minéraux et du pétrole.Les perspectives de l'industrie minière semblent particulière™.nt bonnes en cette année du centenaire de la Ci n-fédération.Au cours des dernières années, les Territoires du Nord-Ouest ont connu de nouveaux dépan , pas aussi nombreux que les optimistes l'eusse-ut souhaité mais assez pour confondre les incrédules.L'entreprise privée prouva sa confiance en consacrant des sommes importantes à la recherche de gisements pétrolifères, à partir du seizième parallèle jusqu'aux approches du pôle.La concentration de la production minière autour du Grand Lac des Esclaves - l'or à Yellowknife même et au nord de cette ville, les métaux communs à Pine Point, le tungstène le long de la rivière Yukon \u2014 pourrait servir d'exemple dans le domaine des moyens de transport.Le développement d'une région a toujours été tributaire de la route ou du chemin de fer.Le Great Slave Lake Railways, terminé en 1964, a stimulé les espoirs de ceux qui croient que le Nord est plus qu'un passage.Personne ne songe à nier les grandes richesses de ces territoires, mais leur mise en valeur demeure aléatoire.Les impondérables comptent d une part et de l'autre, les fluctuations du marché.De plus, les Canadiens voudront-ils placer des capitaux dans les moyens de transport?On doit assurer le transport si l'on veut concurrencer les régions méridionales, moins bien partagées en ressources minières mais dont les moyens de transport sont déjà établis, à même les deniers publics.Dans les Territoires du Nord-Ouest, la construction routière a été lente.Les routes qui devaient sillonner les vastes espaces déserts, selon les prévisions officielles pour 1970, ne sont pas encore tracées; le pays est aussi nu que du temps de Hearns, Mackenzie ou Franklin.Mais le pourtour du Grand Lac des Esclaves a considérablement changé.C'est la nouvelle banlieue du Canada tout entier, une banlieue affairée qui s'étend sur 800 milles.Dans ces régions, Inuvik demeure le seul exemple de planification communautaire.Frobisher Bay, plus à l'est, était aussi une manifestation de l'intérêt qu'offre l'Arctique aujourd'hui, mais à la veille de sa reconstruction en 1963, on abandonna le projet.La complexité des problèmes qu'apporte la révolution sociale du Nord n'est pas limitée à Inuvik.Au début de la révolution, en 1954, les projets étaient plus abondants que les moyens de les réaliser.Le sens social du pays à l'égard des habitants du grand Nord était nettement retardataire.En 1950, presque tous les Esquimaux étaient illettres, que le mot s'applique à ceux qui ne savent ni lire ni écrire ou à ceux qui n'ont pas dé- .*É>P \u2022î^ssa-»' .?rAV*- ^ ,5§gàs^ .xK~ * P/ \\ **\u2022*§ M * \u2014* * Vt Î^J \u2022¦s, S.îi?- Les forêts du Canada sont un héritage qui apporte à tous les Canadiens joie et richesse.Abitibi est une compagnie canadienne qui utilise dans ses programmes de fabrication, de mise en marché, de recherches et d\u2019exploitation des forêts cette immense ressource naturelle qui, en même temps, est préservée pour les générations futures.En tant que fournisseur de produits de papier et de bois sur les marchés domestiques et d\u2019exportation, Abitibi a été depuis plus d\u2019un demi-siècle un facteur important dans le développement de l\u2019économie du Canada.Rbitibi COMPAGNIE DE PAPIER ABITIBI LTEE PAPIER JOURNAL \u2022 PÂTE \u2022 PAPIERS FINS \u2022 CARTON A ONDULER \u2022 EMBALLAGES - PANNEAUX EN BOIS DUR \u2022 CONTRE-PLAQUÉ OE BOIS DUR \u2022 PLACAGES \u2022 PANNEAUX D'AGGLOMÉRÉ passe la quatrième année d'études primaires.La fréquentation scolaire s'établissait à moins d'un sur dix.Quelle chance avait l'Esquimau de sortir de son rôle traditionnel?Coupeur de bois ou porteur de glace pour les Blancs, il vivait un tiers moins longtemps qu'eux.La mortalité infantile était quatre fois plus élevée que dans le reste du pays et la tuberculose avait l'ampleur d'une épidémie.Le seul métier possible était celui de chasseur et de trappeur dans une région où le gibier se raréfiait et où les fourrures étaient difficiles à écouler.L'instruction était au cœur de la révolution sociale.Elle se traduisit par d'impressionnantes emplois confiés autrefois à des gens du Sud.L'économie régionale s'est aussi enrichie de nouveaux débouchés particulièrement aux produits de l'artisanat esquimau.On a réussi à mettre sur pied la pratique d'un art qui n'avait à peu près pas de valeur commerciale il y a dix ans.Aujourd'hui, ce commerce rivalise avec celui des fourrures et son avenir promet.Les nouvelles pêcheries du Nord, notamment la prise de l'omble arctique, ajoutent quelque peu aux revenus.L'industrie touristique, presque nulle naguère, est devenue l'une des plus importantes du pays.Les jalons de l'évolution sont toujours difficiles à reperer et rarement précis.Le nouveau venu qui Si difficile qu\u2019il soit à évaluer, le développement communautaire est une réalité.Les coopératives ont poussé ici et là.Les rares coopératives de détaillants ont eu à lutter sans répit pour se maintenir à flot.Les coopératives de producteurs ont réussi à financer la pêche à l'omble arctique et à trouver des débouchés aux œuvres artisanales.Elles ont contribué à déloger la vieille garde de ses positions.Les conseils et les initiatives communautaires confirment le progrès du Nord.Tout cela fait partie d'un programme d'éducation des adultes, un programme dont bien des Canadiens du Sud pourraient tirer profit.Quand on se demande comment le Canada ¦r-iss WM?; camp esquimau sur la glace, quelques chiens, des traîneaux d'os, toute l'âpreté du grand Nord.3ES3! WP .r.ij.-.\t.7\u201c\t\u2022«* écoles-pensionnats ou de modestes édifices de bois à des centaines de milles les uns des autres dans la toundra déserte.Les médecins, eux, s'attaquaient à des tâches plus concrètes que les éducateurs.Un travail d'arrache-pied, une bonne organisation et un important appui financier officiel ont fait merveille, mais les seuls efforts des médecins n'ont jamais pu établir dans le Nord les normes de santé publique qui prévalent dans le reste du pays.Ce but reste subordonné au mode de vie des habitants de l'Arctique.Il faut détruire les bidonvilles et les remplacer par de nouvelles habitations.Cette reconstruction exige une économie plus vigoureuse et une aide accrue du reste du Canada, en d'autres termes, des subsides.Plus de la moitié des 40,000 habitants du Nord devraient être installes dans de nouvelles habitations pour que leur existence ressemble tant soit peu à celle des autres Canadiens sur le plan de la santé et du bien-être.L'économie offre des raisons d'espoir.Dans 1 Arctique, la pelleterie est encore lucrative quoiqu'elle soit soumise aux fluctuations et du marché et du nombre de renards blancs.Depuis dix ans, 1 administration a réussi à diversifier l'économie.Entre autres moyens, on enseigne de nouveaux métiers, ce qui procure des emplois aux indigènes, 28 UN SIÈCLE ne connaît rien des problèmes passés et présents du Nord risque de s'en faire une idée superficielle.Par contre, le voyageur qui recherche l'envers des choses découvrira l'ampleur des problèmes humains et matériels.Il se rendra compte des progrès du Nord depuis qu'on s'y intéresse: l'organisation de l'instruction, les soins médicaux, l'alimentation, la campagne de reconstruction.Il verra aussi le réseau routier et ferroviaire, l'exploitation des mines là où naguère régnaient le vent et le désert.Il conviendra peut-être que rarement une révolution sociale et économique a tant donné en si peu de temps.Mais il conviendra aussi qu'il reste beaucoup à faire.Le plus grand changement est peut-être d'ordre psychologique, bien qu'il soit difficile à cerner.Le vrai progrès réside dans un certain esprit d'indépendance, de dignité, d'égalité.Ce qu'on appelle aujourd'hui le sens communautaire, c'est la bonne vieille démocratie.Le Nord est le creuset du plus grand développement communautaire que le Canada ait jamais tenté.L'ère de la suprématie des blancs s'estompe à mesure qu'on aide les autres races à prendre conscience de leurs droits et de leurs responsabilités de citoyens, à prendre leurs décisions et à réclamer leur place au soleil du Canada.célébrera son deuxième centenaire, ne consultons pas un habitant du Nord, car s'il est avisé, il se taira.Prédire ce que sera cette région, même dans vingt ans, est impossible.Toutefois, certaines tendances se dessinent.Sans aucun doute, l'exploitation des richesses naturelles ira s'intensifiant, mais dans quel secteur et dans quelle mesure?Nul ne le sait car tout repose sur une mise de fonds des particuliers et des pouvoirs publics, ce qui rend plus incertain le développement du Nord que celui de n'importe quelle autre région.A mesure que progressera l'exploitation des mines et des puits d'huile, de nouvelles villes pousseront, semblables à des banlieues du Sud et jointes les unes aux autres par des centaines de milles carrés de terrain bon marché.D'un point de vue humanitaire, le début du siècle devrait voir disparaître le décalage effarant entre les possibilités d'évolution sociale du Nord et du Sud.Jusqu'à quel point les habitants de la toundra arctique contribueront-ils à l'enrichissement du Canada, sur les plans économique, social, et politique?C'est une tout autre question.La réponse dépend des solutions qu'on apportera au problème de la pauvreté, cette énigme que l'on tente de cerner dans tout le Canada et le monde occidental. Tout autour du monde BOAC prend bien soin de vous 'B\t/H nous faudra probab!ement\\ O '\t( me^re à jour notre slogan au I ¦ J ü JL^r Æ.JL\t\u2022\t\\cours du prochain siècle! / Depuis plus (K1 trente ans (tou est au service ^ des ( anadietts.It(>\\< vole aujourd'hui par jet plus souvent et vers plus d'endroits du globe que toute autre ligue aerienne, lout indique que nous pourrons repeter cette atlirmation dans cent ans.Oui sait vers quels autres endroits nous pourrons vous conduire! Mais vous pojive/ toutefois être assuré qu'une partie de notre slogan ne saurait changer: \u201cItott prend bien soin de vous\u201d.Nous continuerons de le faire, quels que soient les endroits vers lesquels nous volerons.p BRIT SH OVERSEAS AIRWAYS CORPORATION HALIFAX: carrefour des voies maritimes et de l'histoire Thomas Raddall Ecrivain de la Nouvelle-Ecosse.Auteur de \"Warden of the North\" Lorsqu'ils fondèrent Halifax en 1749, les représentants de la Chambre de commerce de Sa Majesté décidèrent de lui donner le nom de leur président.George Dunk.Comme il était comte de Halifax, ils optèrent plutôt pour ce titre, ce dont les habitants de la ville leur savent gré.J'étais gamin quand je vis Halifax pour la première fois, en 1913, découvrant le port à bord d'un navire de la Compagnie Allan.Une vraie carte postale, sauf un détail: la ville elle-même.Je voyais un fjord splendide aux versants boisés, un bras d'eau bleue pénétrant dans la forêt au-delà de la ville.Dans ce cadre admirable, celle-ci faisait triste mine.Le long des quais et jusque sur les pentes menant à la Citadelle, c'était un fouillis d'entrepôts, de boutiques et de bâtiments délabrés, quelques-uns de brique ou de pierre, mais la plupart de bois.Dans les rues, seul l'espace entre les rails des tramways était pavé.Le quartier commercial et quelques rues s'offraient des trottoirs de ciment, mais les gens habitant le nord et l'ouest de la ville empruntaient des chemins de mâchefer et de coquilles d'oeuf .Rudyard Kipling visita Halifax vers 1890 et en parle comme de la \"noble gardienne du Nord\".Il est vrai qu'elle brillait alors du dernier éclat de la grandeur impériale.Après que l'armée et la marine britanniques l'eurent quittée, en 1905, la vie sembla se retirer des docks, des forts, de l'hôpital et des baraquements.On eût dit que la ville elle-même souffrait de langueur, que tout glissait à l'abandon.A cette époque-là, Archie MacMechan, professeur d'anglais à l'Université de Dalhousie, avait surnommé la ville \"Dolce far\" - où la vie est douce - précisément parce qu'on y trouvait une atmosphère propice à l'étude.Les commerçants eurent tôt fait d'y ajouter \"niente\".Depuis les années 1860, la prospérité boudait Halifax, et le départ des troupes impériales en 1905 la privait de ce qui semblait être sa meilleure source de revenu.Ottawa consacra quelque argent au maintien d'une présence militaire et, en 1911, envoya à Halifax un vieux navire de guerre.C'était là toute la flotte canadienne de l'Atlantique.Comme la plupart des gens de Nouvelle-Ecosse, les habitants de Halifax attribuaient naturellement tous leurs maux à la Confédération.Dans ma jeunesse, il y avait encore de ces vieux et loyaux gentilshommes qui mettaient leurs drapeaux en berne le jour de la Fête du Dominion.Halifax résonnait encore des fanfares et des déploiements militaires apportés par des générations de soldats et de marins britanniques.Mais après 1905, les équipages de la marine marchande étaient plutôt portés à chanter en choeur la Complainte des mendiants: \"De l'enfer, de Hull et de Halifax, délivrez-nous, Seigneur!\" Puis vint la première guerre mondiale.Halifax, 30 UN SIÈCLE Relève de la garde à Halifax, dans les années '80.brusquement, redevint la \"gardienne du Nord\", le grand port canadien de l'Atlantique, et aussi le grand magasin de munitions.Navires, hommes et argent y affluèrent.Il y eut une rançon à ce regain.Par une froide matinée de 1917, un cargo chargé d'explosifs, le \"Mont Blanc\", prit feu et sauta, transformant tout le nord de la ville en un immense brasier.Le bilan: 2,000 morts et plusieurs milliers de blessés.Ce fut sans doute l'explosion la plus meurtrière avant celle de la bombe atomique de 1945.Halifax éprouva beaucoup de peine à s'en remettre, car en moins d'un an, la prospérité factice créée par la guerre cessait brutalement.Le marasme dura jusqu'en 1930.Par la suite, bien que le monde entier fût plongé en pleine crise économique, Halifax commença de sortir de sa léthargie et de se transformer.Le port offrit de nouveaux quais.Le trafic maritime augmentait sans cesse.Malgré la dureté des temps, le Canada grandissait et les ports de l'est du pays connaissaient une activité sans précédent en temps de paix.A 70 ans d'intervalle, c'était la vieille promesse de la Confédération qui se réalisait.Et ce fut de nouveau la guerre.Halifax vit une fois encore affluer les militaires et les ouvriers des usines d'armement.Femmes et enfants suivirent.Suivit aussi ce ramassis que traînent après elles les colonnes de Mars: voleurs, escrocs, trafiquants de toutes sortes.La ville était dangereusement surpeuplée et les services publics débordés.Les loyers grimpèrent.Les approvisionnements en nourriture, en combustible.en vêtements étaient incertains et insuffisants.Dans les magasins et les restaurants, le personnel excédé était d'une humeur massacrante.Les militaires, leurs familles et bien d'autres gens \"du dehors\", se reportant à la période d'avant-guerre, se plaignaient d'une situation si différente de celle qu'ils avaient connue chez eux.Les habitants de Halifax rouspétaient aussi.Beaucoup de nouveaux venus blâmaient les autorités municipales et ces critiques s'envenimaient à mesure que la guerre se prolongeait.Cela ne pouvait plus durer.En avril 1945, on commença de fêter la capitulation de l'Allemagne dans l\u2019ordre et le calme, mais les manifestations tournèrent rapidement à l'émeute.Le personnel de la base navale rejeta d'un coup tout le cafard de cinq années de service.Des matelots d'une douzaine de nations et des gens sans scrupule entrèrent aussitôt dans le mouvement.Le quartier commercial fut saccagé et pillé, de même qu'une brasserie et les débits de boissons.Pendant plusieurs heures, on se serait cru dans une ville congolaise vers 1960, sauf que l'on avait affaire à des blancs et qu'il n'y eut pas de morts.Quelques semaines plus tard, Halifax vivait des jours encore plus pénibles après qu'un incendie se fut déclaré dans un dépôt de munitions mises au rebut.Des milliers de personnes fuirent le quartier nord pour chercher refuge dans les bois, au sud et à l'ouest de la ville.Fort heureusement pour les femmes et les enfants, c'était l'été et il faisait chaud. «BttMfl w \u2022- Igappra» j 3e plus, les munitions explosèrent par petites quan-ités.Un homme fut tué.II y eut peu de blessés, mais m grand nombre de fenêtres fracassées, de chemi-lees lezardees.Ce fut tout de même une bien pénible ournée.Comme les autres villes du monde, Halifax a ^prospéré depuis la dernière guerre, absorbant un Jgrand nombre de nouveaux venus, canadiens eu ^étrangers.Elle a débordé de beaucoup ses anciennes I limites, c'est-a-dire l\u2019isthme situé entre la baie de | Bedford et le bras de mer du nord-ouest, et envahi Jles hauteurs rocheuses jadis couvertes de forêts.Si jl'on y inclut Dartmouth, la population de la région métropolitaine de Halifax dépasse largement 200,000 iâmes, et les spécialistes parlent de 300,000 en 1980.^uand je vis Halifax pour la première fois, elle comptait à peine 60,000 habitants, et je me souviens d avoir tiré le lièvre là où se déploient aujourd'hui les belles avenues de la banlieue.Avant 1950, toute construction dépassant cinq étages était considérée comme une sorte de phénomène.II s'agissait presque toujours d'un hôtel, d'un hôpital ou d'un silo.De nos jours surgissent continuellement ces géants de verre et de béton qui sont autant de paradoxes de l'ère atomique.Véritables temples du luxe et de l'efficacité, ils pourraient devenir d'effroyables tombeaux.Base importante de l'OTAN et du trafic marchand vers l'Europe, Halifax serait une cible tout indiquée si quelqu'un s'avisait de pousser ces fameux boutons dont vous avez sûrement entendu parler .Le dernier soldat quitta le dernier fort de Halifax (York Redoubt) en 1956.Depuis, la Citadelle et les ouvrages defensifs qui l'entourent sont devenus des lieux historiques ou des terrains de pique-nique.Presque tous les baraquements et autres constructions militaires ont été rasés pour faire place à des édifices commerciaux.La vieille forteresse n'existe plus.Halifax demeure une grande base navale et tire de cette situation environ la moitié de ses revenus.Mais à la moindre alerte, les navires de guerre gagneraient la haute mer, où ils sont beaucoup moins vulnérables, comme ce fut le cas lors de la crise de Cuba.Cela se produira-t-il jamais?Les gens de Halifax haussent les épaules et vaquent à leurs affaires; les édifices modernes continuent de monter à l'assaut du ciel, resplendissants comme les tours de Troie.Et les pentes de cette Citadelle, qui commanda la ville pendant 200 ans, ne seront bientôt plus qu'un mince îlot de verdure au-dessus des toits, dernier vestige d'un passé militaire dans une ère optimiste.1 se souvient, non sans mélancolie, des \"sirènes\" de la marine.A droite, l'Amiral bbard prenant le café sur sa passerelle, en 1942.Il est plus tard que vous ne pensez.Beaucoup plus tard ! Nos chercheurs mettent déjà au point un nouveau système électronique qui pourrait mettre la télévision à votre poignet plus vite que vous ne le pensez.Ce système, c'est le circuit intégré.Une minuscule plaquette de silicium qui pèse à peine 1 /10,000 d\u2019once, plus petite que la tète d\u2019une allumette, mais qui peut faire le même travail que cinquante transistors, diodes, condensateurs et résistances.Un jour, les circuits intégrés vous permettront de recevoir à votre télé-viseur-bracelet des bulletins d\u2019information, des reportages sportifs, un cours de mathématiques ou de cybernétique.Les possibilités sont fascinantes\u2014vous pourriez être relié à un ordinateur qui calculerait tout pour vous, de votre ration en calories à votre impôt sur le revenu.Et ceci n\u2019est qu\u2019une infime partie du programme de recherche de Westinghouse.Chez Westinghouse, nous façonnons dès maintenant l\u2019avenir.Pour plus de gjtaé.exigez Westinghouse Canadian Westinghouse Company Limited/^ p UN SIECLE 31 :TTvT Juin îîîî»'JJ ssæj \t UN SIÈCLE £ r*=Æ.M- '2VÜL M***' r./V-, *-i I ¦ainià'wgü On vient de découvrir que le Canada a une histoire de l'art.Cette histoire n'est encore qu'à l'état d'ébauche, bien sûr, mais les galeries d'art commencent à se préoccuper du goût des collectionneurs pour les peintres primitifs du pays.Les conservateurs de musée, de leur côté, sont devenus curieux de ces artistes dont ils veulent exposer les œuvres, tout comme ils le font pour les contemporains auxquels va surtout l\u2019attention de la critique.Il se publie de petits articles plus ou moins érudits sur l'influence de tel ou tel artiste dont on ne connaissait même pas le nom il y a dix ans.Cette curiosité soudaine pour le passé est révélatrice; alliée à l'intérêt passionné qu'on accorde aux avant-gardistes, elle est à coup sûr un signe de vitalité remarquable dans le monde des arts.On trouve des galeries commerciales dans nos principales villes.Dans les provinces des Prairies, elles disparaissent parfois à peine fondées.Les gouvernements fédéral et provinciaux contruisent un peu partout des salles qui trop souvent restent vides.(Citons, à titre d'exemple, la Galerie d'art de la Confédération, à Charlottetown.Logée dans un immeuble considérable, elle ne disposait même pas, pendant les deux premières années, d'un budget quelconque pour acheter des œuvres.Son directeur, pour compenser, se voyait dans la pénible situation d'avoir à demander aux artistes de lui prêter des toiles ; il n'avait rien à accrocher aux murs!).Où en est la peinture au Canada?Nous célébrons un centenaire.S'il s'agissait d'un millénaire, nous pourrions sans doute nous enorgueillir de grands peintres comme Delacroix ou tout au moins Matisse.Aucun pays n'a le monopole du génie et nous aurions aussi les nôtres.Notre 19e siècle ne compte pas de Delacroix, mais nous avons eu Krieghoff.A la charnière des deux siècles, il y eut Morris, et de nos jours, Borduas et Riopelle.Tous ont atteint à une certaine réputation internationale.Ces peintres se sont inscrits dans la tendance internationale de leur époque.Ils ne semblent pas avoir tenté de donner à leurs œuvres un caractère proprement national.Ils ont étudié dans les principales capitales artistiques du monde et, grâce à ce départ, ils se sont par la suite affirmés avec autorité dans des œuvres très personnelles.Les œuvres de leur maturité, cependant, ne sont pas plus représentatives de leur pays qu'un Mondrian ne l'est des Pays-Bas.Or, le public canadien aimerait que ses artistes témoignent en quelque sorte du pays.On attribue habituellement ce phénomène à l'effervescence de notre situation politique.Une nation se rallie non seulement autour de son drapeau mais aussi autour des artistes qui réussissent à exprimer sa réalité collective.C'est le cas, par exemple, de 56 UN SIÈCLE Sibelius, dont la \"Finlandia\" a été interdite en Russie, et de ces peintres mexicains dont les murales sont comme l'expression picturale passionnée du manifeste communiste.Mais au Canada, les tentatives faites pour atteindre à une expression de cet ordre n'ont rien produit de très remarquable.Un fait demeure étrange: c'est que de tous les objets à propos desquels le sentiment nationaliste pourrait s'affirmer, le public canadien \u2014 ou du moins cette partie du public qui est nationaliste \u2014 ait préféré la peinture.Or, cette préoccupation semble avoir entravé son progrès.Les artistes qui ont cédé à l'insistance que l'on mettait à les vouloir expressifs du pays ont trop souvent donné un art bâtard, corrompu dans ses sources et de quelque manière aliéné.Si un art proprement canadien venait à prendre forme, cette insistance se ferait peut-être moins pressante.Cela semble être le cas pour l'Australie, ou pour la Rhodésie du Sud, deux pays où l'on peut maintenant montrer des œuvres qui, tout en pouvant prétendre à une qualité universelle certaine, n'en sont pas moins typiquement australiennes ou rhodésiennes.Il n'en est rien ici, si l'on en juge par un article paru dans Canadian Art et intitulé \"Canada Looked Tame at the Tate\" à propos d'une exposition des œuvres de dix artistes parmi ceux qu'on avait jugés comme les plus représentatifs du pays.Les noms de J.E.H.Mac- Donald, Lawren Harris, Arthur Lismer, Frederick Varley, Frank H.Johnston, Franklin Carmichael et A.Y.Jackson sont familiers aux amateurs par\\e qu'ils formaient le célèbre Groupe des Sept ( Foin Thompson aurait mérité d'en faire partie s il n'était mort accidentellement trois ans avant que le nom du groupe n'eût été choisi.) Ces peintres qui avaient en commun un certain style çt un même amour des paysages canadiens, furent con sidérés comme les fondateurs de l'école canadienne.Hélas! quand on pense à eux aujourd'hui on ne leur accorde pas beaucoup plus qu'un in-' térêt historique.On peut être fondé à avancer que des peintres comme Harris, MacDonald et Lismer ont été les premiers à exprimer la beauté farouche d'une bonne partie des paysages canadiens.Or, le Canada n'est plus une contrée inconnue Ses paysages font partie d'un univers visuel complètement exploré et l'on ne peut guère enchérir sur les aquarelles typographiques des militaires du 18e siècle.L'histoire picturale du Canada remonte en effet, d'une part, à ces peintres-soldats anglais, et, d'autre part, aux artistes religieux du Québec, dont l'art est plus ancien encore.Mais ils demeuraient tributaires de leur pays d'origine et leurs œuvres ne se distinguent pas, si ce n'est par le sujet, de celles que l'on produisait alors en France et en Angleterre.C'est ainsi qu'une de nos ? onne et heureuse année du Centenaire! Profitons tatat de 1967 ASM5L POUr.\tI86711967 NOUS INSPIRER DU PASSÉ\tNOUS TOURNER VERS L'AVENIR NOUS RÉJOUIR Que notre histoire glorieuse soit une\tavec confiance, optimisme et\ten participant aux fêtes et aux leçon de fierté et de patriotisme pour\tdétermination en face des responsabilités manifestations qui marqueront le siècle tous les Canadiens.Que ceux qui\tet des sacrifices que nous impose la\t|« plus fécond de notre histoire ont fait du Canada un pays prospère\tconquête de nouveaux sommets d\u2019où le\tpolitique.et puissant servent de modèles\tCanada commandera un plus grand aux générations actuelles et futures.respect dans le monde.\tL3 Commission du CcntcnOITC Abstraction et technique caractérisent cette oeuvre d'Ernestine Tachedl.V, peintures les plus anciennes, dans le style allégorique importé de France, fut exécutée au milieu du 17e siècle par le Frère Luc sous le titre: \"La France apportant la foi aux Indiens de la Nouvelle-France\".Le Frère Luc, élève de Simon Vouet, peintre de la Com de Louis XIII, fut l'un des artistes qu'on fit venir de France pour décorer les églises canadiennes.Son art n'était pas différent de celui qu'on pratiquait en Europe à l'époque.Cependant, l'évolution de l'art, dans les deux pays, allait par la suite emprunter des voies fort différentes.Les artistes canadiens, ayant perdu tout contact avec le mouvement européen, furent laissés pour ainsi dire à eux-mêmes.Rien ne pouvait plus les guider ou les entraîner.Beaucoup de peintres canadiens-français firent de l'art primitif ou populaire.Leurs œuvres sont fort charmantes et elles doivent sûrement leur caractère particulier à l'isolement dans lequel ces peintres se sont trouvés.Certains historiens y ont vu le commencement d'une tradition nationale.Ils avaient tort.Les qualités essentielles d'un art populaire ou primitif sont les mêmes partout et à n'importe quelle époque.Pour un peuple tout occupé à s'établir dans l'Est 58 UN SIÈCLE et à explorer l'Ouest, l'art ne pouvait présenter qu'un intérêt secondaire.Seuls les gens qui comptaient retourner en Europe ou qui avaient conservé les habitudes de civilisation de la mère-patrie lui accordaient quelque attention.Mais après les artistes amateurs, tels que le lieutenant Thomas Davis ou le major-général James Cockbum, des artistes professionnels apparurent.Cornelius Krieghoff, qui mourut en 1872, et Paul Kane, décédé l'année précédente, firent une carrière lucrative.Ils étaient individualistes.Krieghoff avait étudié à Dusseldorf.Ses tableaux présentent des gens du pays disposés comme dans les toiles de Breughel au milieu d'un décor idéalisé.Quant à Kane, il ne pouvait voir un tableau dans un musée sans en subir l'influence.M.Hubbard, de la Galerie nationale du Canada, est l'un des rares auteurs qui se soient intéressés à l'histoire de l'art canadien.Dans l'un de ses essais, il écrivait: \"Ce qui rend l'étude de l'art canadien si intéressante, c'est qu'il s'agit là d'un domaine inexploré où l'on ne cesse de faire des découvertes.\" Cette remarque vaut surtout pour la période antérieure à 1860, car après cette date, diverses sociétés ou associations furent fondées, dont les catalogues d'expositions nous renseignent sur l'évolution de l'art au Canada.L'Association artistique de Montréal vit le jour en 1860, le groupe qui devait donner naissance à la Société des artistes ontariens fut formé en 1872, l'Ecole centrale des arts d'Ontario ouvrit ses portes en 1876, l'Académie royale du Canada et la Galerie nationale furent fondées en 1880.(Robert Harris, l'auteur du tableau intitulé \"les Pères de la Confédération\", une œuvre que tout le monde connaît parce qu'elle a été reproduite tant et plus au pays, fut l'un des fondateurs de l'Académie, dont il devint par la suite président).Les catalogues de ces sociétés mentionnent Homer Watson, Maurice Cullen, Clarence Ga gnon, Alfred Casson, Emily Carr, David Milne et le Groupe des Sept, de même qu'une foule d'ar tistes moins connus qui eurent une certaine influence à l'époque.Ces peintres remplissent l'histoire de la peinture au Canada pour cette période.Mais soudain, immédiatement après la guerre mondiale de 1939, les peintres canadiens se pas sionnent pour la tendance internationale à l'abs traction et s'y engagent résolument.A Montréal Toronto et Vancouver apparaissent des artistes de talent et, bien qu'ils manquent d'originalité, à l'exception de Riopelle, Borduas et quelques autres, ils contribuent à ranimer l'intérêt, long temps somnolent, à l'endroit des arts.L'activité artistique ne se limite pas d'ailleurs à ces trois grands centres.Regina, Saskatoon, Calgary Edmonton et même Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick, avec Alec Coleville, fournissent leur contingent d\u2019artistes stimulés par le courant in ternational de la peinture.Plus tard, à peine le Pop Art et le Op Art ont-ils atteint New York que déjà les galeries commerciales de Montréal et de Toronto explosent des œuvres canadiennes ap partenant à ces mouvements.David Partridge fait aujourd'hui parler de lui, de même que Roy Kiyooka, Harold Town, Michael Snow, Guido Molinari, Kenneth Loch-head.Norman McLaren, William Kurelek, Alfred Pennal, et plusieurs autres.Le Canada ne figure pas à l'itinéraire des pcic rins de l'art (on peut voir de bonnes œuvres de Haida et de Kwakiutl à Londres et ailleurs, et les sculptures esquimaudes sont à la mode dans le monde entier).Nos musées publics n'ont pas les ressources nécessaires p>our faire concurrence aux grands musées étrangers et les collectionneurs importants (Zacks, par exemple) sont très rares Ces lacunes sont pour le moment compensées par une activité créatrice intense.Reste à savoir combien de temps cela durera Qu'on le veuille ou non, les peintres canadiens contemporains sont en concurrence avec les plus grands artistes au monde.Si les marchés les plus avantageux pour leurs œuvres se trouvent ailleurs, ils iront ailleurs.Les largesses occasionnelles consenties par le gouvernement à des artistes qui, au demeurant, se tirent passablement bien d'affaires ne peuvent assurer l'intensité de la vie artistique Bien qu'on puisse se refuser à favoriser une intervention gouvernementale accrue dans ce domaine, il n'en reste pas moins qu'un ministre de la Culture pourrait jouer un rôle de coordonnateur et même stimuler l'élan créateur dans les périodes où l'intérêt semblerait fléchir à l'endroit des arts.Voyez ce qu'André Malraux a fait en France. FEMME MÉDECIN Ruth M.Buck Ecrivain, fille cadette de feu le docteur Matheson En 1898, le Women's Medical College de Toronto accordait un doctorat en médecine à Elizabeth Matheson.Ses études terminées, elle rentrait à la mission anglicane d'Onion Lake, en Saskatchewan.Elle y retrouverait avec joie ses trois jeunes enfants et poursuivrait avec son mari leur tâche commune.Trois ans auparavant, elle avait quitté les siens, le cœur lourd.La mission, devenue pensionnat, hébergeait de nombreux élèves.Avant son mariage, Elizabeth avait suivi les cours de la faculté de médecine durant un an.Sept ans plus tard, son mari insistait pour qu'elle termine ses études.Il trouverait l'argent nécessaire, c'était simple comme bonjour! Pleine d'estime et de tendresse pour ce mari, son aîné de dix-huit ans, qui à l'âge de quarante-trois ans s'était consacré aux œuvres missionnaires, elle avait consenti à cette séparation.Consignataire, entrepreneur, constructeur de ponts pour le chemin de fer, cet homme habile aurait pu, lui aussi, amasser une fortune personnelle comme le faisaient ses anciens > ompagnons dans ce même Ouest canadien.A sa nouvelle vocation, il apportait toutes les ressources d'un c.rand cœur, d'un esprit lucide et d'un corps robuste, \u2018'a jeune femme l'avait admirablement secondé.Sur la rivière entre Edmonton et Onion Lake, dans on embarcation chargée de provisions et des mar-¦ handises de troc nécessaires au financement de la mission, John Matheson pouvait se réjouir: \"Le liable était un bon maître, le service du Seigneur est encore plus profitable\".Mais Elizabeth n'était pas ans inquiétude: \"S'il s'est passé de moi durant trois \u2022ms, a-t-on vraiment besoin de moi?\" A cette Elizabeth déjà désemparée, le retour n'apporta qu'un plus grand désarroi.Tout fonctionnait parfaitement à la mission: les trois membres du 11 rsonnel s'acquittaient de leurs responsabilités respectives, les élèves se pliaient docilement à cette autorité et ses propres fillettes étaient souvent plus en confiance avec les autres qu'avec cette mère un peu bizarre.Elle ne se sentait indispensable ni comme n \u2022 rr, ni comme médecin.Les quelques maladies et a.idents anodins des pensionnaires ne défiaient guère ses connaissances médicales.Les Indiens, eux, d< nature méfiante, préféraient se soigner eux-mêmes, les agents de la Gendarmerie royale, les fonctionnaires, les employés de la Compagnie de la Baie d'Hudson, peu portés à se dorloter, télégraphiaient j Battleford, à quelque cent milles de là, en cas d urgence.On s'arrangeait comme on pouvait, et Elizabeth au .1.Quand elle donna naissance à son quatrième infant, à l'été, c'est une Indienne, Mrs.Bangs, dont le mari était homme de peine au Comptoir, qui l'assista.Vers la fin d'octobre.Bangs réclama l'aide d'Elizabeth.Avant le gel, le bétail du Comptoir avait reprint son hivernage de Long Lake Creek, à soixante- ùKï.' ;.y .jyii \u2022\"'V.évl Canton-Edmonton, Elizabeth, installée sur un nou-veau siège à ressorts et emmitouflée dans des couvertures de fourrure, augura bien du voyage.Les chevaux allaient bon train et elle avait toute confiance en son jeune voiturier.Fraser, un vrai débrouillard de l\u2019Ouest, parlait couramment le Créé.A la nuit, ils atteignirent une hutte indienne.Le trajet du lendemain les entraîna dans la brousse parsemée de fondrières et de lacs à demi gelés.Le cahotement implacable du chariot secouait le corps frêle d'Elizabeth; ses bras raidis de fatigue entouraient le bébé emmailloté dans un sac de mousse, à l'indienne.Son regard cherchait avidement les lumières du camp de Slater quand lui apparut, parmi les ombres grandissantes des épinettes et des sapins, la silhouette gigantesque d'un cavalier.Bangs les guiderait le reste du Le futur docteur Matheson en 1888.quinze milles au nord-ouest d'Onion Lake.Bangs, qui était préposé à la garde des animaux, s'était rendu à cheval jusqu'à la voie ferrée d'Edmonton pour télégraphier.Son fils s'était brisé une jambe.Il n'y avait pas encore de neige, mais il faisait très froid et le sol était gelé dur.Un membre du personnel protesta: \"Pas question d'y aller.Pensez au bébé.Et ces routes en planche à laver.Où Bangs a-t-il la tête?\" Sans hésitation, Elizabeth répliqua: \"Je suis médecin, je pars\".John Matheson se contenta de dire: \"Je reconnais bien ma femme\", et aussitôt régla les détails du voyage.\"Fraser conduira.Vous prendrez le gros chariot à bois et deux bons chevaux.Partez tôt et vous serez à Frog Lake avant la nuit.De là, trente-cinq milles jusqu'au camp de Slater; ça se fait en une journée.Après-demain, quinze milles, et vous serez arrivés\".Durant les premiers milles sur la vieille piste de trajet.Durant ces quinze derniers milles, le chariot, tiré par les chevaux épuisés, poursuivit sa route cahin-caha en faisant des embardées sur les arbres tombés.A la cabane de Bangs, la jeune femme constata que le garçon n'avait qu'une simple fracture du fémur gauche.Pendant que Bangs préparait les éclisses, Fraser versait le chloroforme goutte à goutte sur un masque recouvrant la figure du blessé.Subitement pris de nausées, le jeune homme sortit en toute hâte.Mrs.Bangs aurait dû prendre la relève, mais en voyant son fils inanimé elle hurla: \"Il est mort!\".Ses gémissements remplissaient la pièce.On la porta presque inconsciente jusqu'à la porte.Bangs rentrait avec ses ^disses.\"Je ne peux pas\", protesta-t-il d'abord, puis il s'appliqua à sa tâche, fouetté par la voix d'Elizabeth.L'attelle en place, elle sourit au père: \"Nous avons fait du bon travail\", et vit son regard reconnaissant.A l'aube.Fraser et elle se mirent en route pour Middle Creek, où Louis Patenaude et ses fils, des trappeurs de rats musqués, les accueillirent chaleureusement.Durant la nuit, Elizabeth entendit vaguement des bruits de voix et des claquements de porte.Elle se rendit compte, au matin, que l'unique pièce avait abrité dix-huit personnes, dont deux prêtres et des familles indiennes.Ils quittèrent la hutte sous un ciel plombé.Ils étaient encore à vingt milles de la mission quand la neige, qui tombait dru, ralentit leur allure.Bêtes et chariot avançaient péniblement.Fraser connaissait un Indien non loin de là, il lui emprunterait un traîneau et Elizabeth l'attendrait à l'abri d'un bouquet de peupliers.Avant de s'éloigner, il alluma un feu et suspendit la chaudière à thé à un trépied.Seule dans cette étendue toute blanche, son enfant dans les bras, elle s'aperçut que son abattement des derniers mois avait disparu.Elle avait gagné la partie.Dorénavant, elle pourrait relever tous les défis qui l'attendaient comme médecin, mère et femme de missionnaire.UN SIECLE 59 V ¦ - ii.-.Jean Croydon est né en 1958.par une belle journée d'été Ce même jour.Peter Munk et David Gilmour travaillaient d'arrathe-pted pour monter leur premier appareil Clairtone.Il n'y avait aucune raison pour qu'ils remarquent la naissance de Jean Et vice versa.Un an après.Jean en était à sa 2000e couche, et Clairtone à son 350e appareil.Jean avait gagné la première manche.En 1963.alors que Jean avait tout juste cinq ans.Clairtone découvrait la stéréo transistorisée Jean s'en moquait éperdument\u2014il venait, lui.de découvrir les joies de la pêche.Au cours de la saison 1963-1964, Jean récoltait la série d'accrocs de la vie inhérents à un enfant de son âge: oeil au beurre noir, bosses, égratignures.etc.Clairtone.par contre, décrochait le premier prix d'es- thétique industrielle à la triennale de Milan Jean savait maintenant lire et écrire, mais pas encore des mots comme \"triennale\" En 1964-1965.notre Project G2 succédait au Project G Entre temps.Jean s'initiait aux mystères de la musique.Nous avions gagné la deuxième manche C'est tout du moins ce que nous pensons.Nous voici maintenant en 1966-1967.Une grande usine, un personnel nombreux, un chiffre de vente élevé, un renom international, et des appareils de TV en couleurs vraiment bien mis au point Mais malgré tout cela.Jean Croydon est toujours à la hauteur avec la même attitude intransigeante caractéristique de la jeunesse Entre gens de neuf ans.on se corn- IVA^\" prend II suffit de maintenir ses normes, et le ' IN reste vient tout naturellement.\t\u2014I\u2014 Ne t\u2019en laisse pas conter Jean, la valeur n\u2019attend pas le nombre des années.CLAIRTONE SOUND CORPORATION LIMITED MITCH HEPBURN le tribun Neil McKenty Historien jésuite, le Père McKenty travaille à une biographie de Hepburn Vers les sept heures, en cette chaude soirée de mai 1934, les gens commencèrent à arriver: cultivateurs venus des régions voisines de la baie géorgienne, mères de famille traînant leur progéniture, commis et dactylos de la ville, matelots en permission.Us furent bientôt près de 5,000 à envahir le stade de Midland et à se répandre dans les rues avoisinantes.La plus grande assemblée de la campagne électorale.A l'intérieur, la foule entassée attendait, patiente, voire indifférente ou lasse.Elle attendait, tout le temps que s'éternisaient les discours préliminaires, l'arrivée du leader libéral de l'Ontario, Mitchell F.Hepburn.Finalement, Mitch Hepburn apparut, descendant l'allée, flanqué de ses lieutenants, grand, mince, vêtu d'un complet bleu à revers croisés.Il avait un visage rond, presque juvénile, le front large, les yeux d'un bleu ardoise.Brusquement, l'atmosphère changea.La foule, comme électrisée, gardait son regard attaché à ce jeune cultivateur de 37 ans, originaire de St.Thomas, qui voulait devenir premier ministre de l'Ontario.\tP D un pas léger, il gagna l'estrade d'honneur et les applaudissements éclatèrent.Hepburn remercia l'assistance d un geste de la main droite et la salua de ce sourire qui allait devenir célèbre.Avant même d'avoir prononce un seul mot, son magnétisme personnel avait conquit d'emblée la sympathie de la foule, qui se mit à crier en chœur \"On veut Mitch!\" Néanmoins, malgré les ovations des foules et son enthousiasme de collégien (\"Je me charge de fournir l'allant .et nous ne nous arrêterons qu'à Queen's Park\", avait-il dit aux délégués qui l'avaient élu à la direction du parti en 1930), Mitch Hepburn semblait avoir peu de chances de devenir premier ministre de l'Ontario.Les libéraux, dans l'opposition depuis 30 ans, ne détenaient qu'une douzaine de sièges.De plus, de nombreux membres du parti acceptaient difficilement l'attitude remuante et indépendante de Hepburn.On s'entendait cependant à reconnaître la supériorité électorale incontestable de ce bouillant orateur sur 9on adversaire George Henry, le chef conservateur (\"Ce George Henry a autant d'intérêt qu une première hypothèque ou une pinte de lait\").On était en pleine Crise et George Henry, que le commerce du lait avait rendu millionnaire, était une cible parfaite à l'ironie mordante de Mitch Hepburn.Comme je plains ce pauvre George, disait-il à ses auditoires ruraux.Tout ce qu'il a, c'est le million que lui a rapporté la laiterie Acme.Si vous diluez votre lait, vous allez en prison.Mais si vous diluez votre capital, vous pouvez devenir premier ministre de 1 Ontario.\" Et comme ses auditeurs s'esclaffaient, Hepburn ridiculisait les efforts des conservateurs pour représenter Henry comme un cultivateur actif: On m'a rapporté que ce brave cultivateur n'a pas porte de salopette depuis qu'il a abandonné les couches, il y a 65 ans.\" Crâneur et sûr de lui, Mitch Hepburn était indéniablement passé maître dans le maniement de 1 invective rehaussée d'humour.Néanmoins, à mesure que la campagne de 1934 avançait, plus d'un libéral estimait que le leader du parti, malgré sa forte personnalité, était trop jeune et inexpérimenté pour renverser le régime conservateur au premier essai.A 37 ans, Mitch Hepburn était effectivement l'un des plus jeunes chefs politiques de l'histoire de l'Ontario.Pourtant, on percevait déjà chez lui, malgré sa jeunesse et son manque d'expérience, ce trait indéfinissable, évident chez'la plupart des chefs et qui joue à la fois pour eux et contre eux, un trait qui inspirait une entière fidélité à ses amis et une profonde méfiance à ses adversaires.Cette marque a fait de Mitchell Hepburn non seulement une énigme, mais un signe de contradiction.II pouvait agiter ses propres passions comme celles de ses auditeurs, une aptitude qui, bien orientée, pouvait le conduire aux sommets mais aussi, indisciplinée, le détruire.Malgré l'imprécision de son programme politique, son dynamisme personnel, qui fascinait souvent ses auditoires et faisait enrager ses adversaires, fut le principal atout du tribun Hepburn.Comme le faisait remarquer un de ses lieutenants, \"vous ne pouvez rester indifférent, vous le détestez ou vous l'estimez profondément\".Ceux qui le détestaient tentèrent de le clouer au pilori en l'accusant d'être un apprenti politicien de troisième ordre, impitoyable, ignare, sans principe, un hâbleur de la dernière fournée réunissant les pires caractéristiques de Huey Long et Walter Winchell.Aux yeux de ses amis, cependant, les cultivateurs et citoyens du comté d'Elgin qui l'avaient élu deux fois à la Chambre des Communes, Mitch Hepburn était 'Wgars de la place\".C'était \"Mitch\", un homme costaud, généreux, simple, qui possédait une ferme prospère près de St.Thomas, se faisait de nombreux amis et leur restait fidèle.Son attachement aux \"gens des rangs\" n'avait rien d'emprunté.Il était des leurs, parlait leur langage et c'est cette solidarité qu'ils sentaient et appréciaient d'emblée.Mitch Hepburn était à l'aise avec eux, non par calcul (encore que son manque de formation académique fût compensé par sa brillante intelligence) mais par sentiment.Sa force résidait, non dans la logique, mais dans son aptitude à persuader et émouvoir les gens.Cette aptitude inestimable à engager immédiatement le dialogue avec l'homme de la rue et l'indigent est sans parallèle dans les annales politiques de l'Ontario en cette décennie de crise économique.Hepburn savait fort bien combien désespérée était la situation, combien incertaine l'espérance de ses auditeurs \u2014 le gaillard de Sudbury qui gagnait à peine $22 par semaine (s\u2019il se trouvait du travail, évidemment), la mère de famille de Toronto qui tentait de faire survivre les siens avec une allocation de $4 par semaine, les milliers de chômeurs qui usaient leurs semelles sans pouvoir gagner un cent.Tels étaient les auditeurs de Mitch Hepburn lorsqu'il parcourait la province au début de l'été 1934, prononçant plus de 100 discours en six semaines, débitant sans notes des masses de chiffres à la façon d'un ordinateur, les entremêlant de commentaires ironiques, dénonçant toujours, de sa voix claire et sonore, \"le dossier malodorant de l'administration conservatrice\", et promettant une ère nouvelle à l'Ontario.Il s'engageait à supprimer la fonction de lieutenant-gouverneur dans la province \"aussi longtemps que durera la Crise\".Et il n'y aurait plus de \"ministres conservateurs se baladant à nos frais dans des limousines luxueuses\".\"Si nous somme élus, nous rassemblerons toutes les limousines à Queen's Park et les vendrons à l'encan.\" Si cette promesse pouvait sembler creuse (les conservateurs s'informaient sur un ton acide si Hepburn et ses ministres avaient l'intention de se rendre au Parlement à bicyclette), les applaudissements qu'elle soulevait n'avaient rien de faux.Hepburn connaissait bien son Inonde et que bon nombre de ses auditeurs, vivant d'assistance publique, considéraient un panier de victuailles comme un luxe et une voiture comme un symbole d'injustice, une sorte de crime capitaliste.Du même coup Hepbum présentait d'une façon saisissante son programme économique et les conservateurs comme des profiteurs et des dilapidateurs.Point n'était besoin d'être grand clerc pour établir la comparaison et bon nombre d'électeurs s'en souvinrent au moment de voter.Le 19 juin 1934, Mitch Hepburn conduisait les libéraux à une victoire électorale sans précédent en Ontario.Presque à lui seul, il avait réanimé un parti moribond et l'avait porté au pouvoir.Durant la campagne, il avait été tout le contraire du chef de parti classique, empesé, petit-bourgeois, aux idées fixes.Sa cordialité, sa bonhomie, son dynamisme, son agressivité, ses excès même le distinguaient des leaders précédents.D'une seule phrase (\"Essayez donc de clouer de la gelée au mur\"), il démolit le programme conservateur; avec un seul argument (\"le gagne-petit n'a pas sa part des bonnes choses de la vie et de toute façon, en politique, c'est de bonne guerre d'aider la majorité\"), il balaya la province.Peu importe ce qu'on pourrait penser de cet argument et les critiques de ses adversaires sur ses méthodes (c'était un dur jouteur résolu de vaincre), le sens de la campagne de 1934 était très clair aux yeux de Mitch Hepbum: \"Retenez bien ceci.Nous avons gagné grâce au peuple, à l'ouvrier en chômage, au cultivateur en butte à des difficultés inimaginables.J'ai vu ces gens, je leur ai parlé, vous ne pouvez comprendre leur situation.Ils nous ont prouvé leur confiance, nous devons nous occuper d'eux.\" Le peuple vota beaucoup plus pour un homme que pour une doctrine politique.Cet homme, c'était Mitch Hepburn.Il est peu probable que l'Ontario produise jamais un autre politicien doué d'un tel magnétisme et d'une telle virtuosité de tribun.UN SIÈCLE 61 LES TRAPPEURS, ces chevaliers vêtus de peau Frank Rasky Ecrivain, ancien rédacteur de revue, il est l'auteur de \"The Taming of the Canadian Wild West i A l'occasion d'un concours qu'il lançait l'année dernière, un chroniqueur canadien demandait à ses jeunes lecteurs de lui envoyer le nom de leur héros préféré.Je fus peiné, mais non surpris, de voir que pas un de ces jeunes n'avait choisi un trappeur français ou écossais, un de ceux-là qui ouvrirent l'Ouest canadien.Je ne fus pas surpris parce que ces hommes sont devenus à nos yeux des figures anonymes.Des noms, tout au plus, ensevelis dans ces sortes de cimetières pédagogiques que sont les manuels d'histoire du Canada.Cela m'attrista, car mes propres recherches m'avaient permis d'exhumer toute une galerie de héros de l'Ouest.J'y trouvai des saints et des aventuriers, des pirates et des poètes, tous des bâtisseurs d'empire à l'esprit indomptable.J'ai moi-même du mal à nommer mes personnages favoris.Car pour chacun de ces géants vêtus de peau de bison, le seul fait de survivre fut une action d'éclat.Ils s'enfoncèrent dans des territoires vierges, et franchirent des centaines de rapides dans de frêles canoës.Raquettes ou mocassins aux pieds, ils parcoururent des milliers de milles, endurèrent blizzards et famine.Ils festoyèrent et se battirent avec les Indiens, et parfois s'entre-tuèrent.Pourtant, ce sont ces hommes qui conquirent la moitié d'un continent.De tous les aventuriers canadiens-français, Pierre-Esprit Radisson, que les Anglais surnomment \"Mr.Radishes\", est mon héros préféré.Les livres d'histoire nous disent que ce cofondateur de la Compagnie de la Baie d'Hudson s'aventura jusqu'aux sources du Mississippi.Il me plaît parce qu'il fut un gai luron promenant un regard pénétrant sur les faiblesses humaines.Quand Radisson quitta pour la première fois Ville-Marie, chargé de brimborions pour les Indiens, il savait bien qu'il n'aurait aucun mal à recruter d'autres coureurs de bois.\"Car lorsqu'il s'agit de s'enrichir, écrit-il intelligemment, on trouve les hommes qu'il faut.\" Il ne redouta pas la torture quand il se trouva au milieu des \"cruels* barbares\" de l'ouest.Jetant une poignée de poudre à fusil dans un feu de camp, Radisson avertit les Peaux-Rouges qu'il leur en cuirait s'ils s'avisaient de le maltraiter.Aux yeux des sauvages, lui et ses compagnons devenaient des demi-dieux.Et quand les Indiens hésitèrent à lui servir de guides en territoire ennemi, le dieu blanc frappa leur plus solide guerrier avec une peau de castor et railla: \"Moi j'irai, préférant mourir comme un homme que de vivre comme un gueux.\" Piqués, les Indiens portèrent les blancs sur leurs épaules.Radisson s'en égayait: \"Nous étions des rois, personne ne pouvant nous contredire!\" Alexander Henry, cofondateur de la compagnie rivale, celle des Nor'westers, ne manquait pas d'audace dans ses propos.Il défia en ces termes le monopole commercial de la Compagnie de la Baie 62 UN SIÈCLE d'Hudson: \"Comme il ne peut y avoir deux césars dans Rome, l'un doit disparaître.\" Pendant plus d'un demi-siècle, jusqu'à ce qu'ils s'associent en 1821, les Nor'westers et ces messieurs de la Baie d'Hudson se firent une concurrence sans merci.Si Henry me plaît, ce n'est pas à cause de son rôle dans ces luttes sanglantes, mais bien parce que je trouve amusante la manière dont il décrit comment il évita d'être dévoré par les Indiens cannibales lors du complot de Pontiac.Voyons le stratagème.Quatre cents Chippe-ways se disputent un match de crosse à l'extérieur du Fort Michilimackinac, et lancent leur balle pardessus la palissade.Sous prétexte d'aller la chercher, les guerriers se précipitent à l'intérieur du fort et, sortant leurs tomahawks de dessous leurs tuniques, massacrent 70 Anglais en un rien de temps.Henry, dissimulé derrière des jarres de sucre d'érable, s'attend à recevoir le coup fatal lorsqu'un guerrier chippeway décide, on ne sait pourquoi, de l'adopter pour frère.Grandement soulagé de voir qu'il ne servirait pas d'ingrédient dans un potage anglais, Henry s'empressa de tondre ses cheveux et de peindre son corps de bandes de couleur.Il fit même honneur au \"festin qui suivit la victoire, mais fut pris d'indigestion en découvrant que quelques-uns des prisonniers anglais les plus gras étaient au menu .Déc a pités, leur chair avait été coupée en morceaux et mise à cuire dans des théières.Henry prépara sa revanche en devenant le guérisseur de la tribu.On le rechercha pour son habileté à saigner, avec une lancette, les Chippeways rhumatisants, et ce ne fut certes pas sa faute si 70 de ses malades mouru rent d'hémorragie .Pour survivre dans le \"pays sauvage\" de l'Ouest, un trappeur devait être aussi résistant qu'une lame de couteau.L'un d'eux explique que Le trappeur retourne en forêt.Son bagage le plus précieux: la patience et l'espoir. pour endurer des températures de 60 degrés au-dessous de zéro dans la région d'Athabaska, \"il faut avoir un corps de cuivre, des yeux de verre et du sang de brandy.\" Peter Pond, le Nor'wester qui découvrit le lac Athabaska, fut un de ces rudes aventuriers.Tuer en duel, pour une vétille, un rival de la Baie d'Hudson, le laissait parfaitement indifférent.\"Nous nous rencontrâmes le lendemain matin, écrit-il, nous déchargeâmes nos pistolets, et le pauvre type n'eut pas de chance.\" Pond, pourtant, est de ceux qui font les épopées.Assis dans sa cabane de rondins, par un froid si vif que l'encre gèle sur sa plume d'oie, il trace la première carte de l'immense région que sont aujourd'hui les Territoires du Nord-Ouest.Colin Robertson, un \"noble aventurier\" de la Baie d'Hudson, était de la même trempe.Ses airs de bravache le rendent attachant.Il se nommait lui-même le \"Chevalier de la Manche\" et collectionnait les aventures les plus extravagantes.Cet Ecossais cachait une épée à l'intérieur de sa canne et n'hésita pas à s'en servir lorsque le fameux duelliste des Nor'westers, John (\"Crooked Arm\") McDonald, \"daigna me regarder de haut, comme si je n'avais pas été plus important qu'un grain de moutarde.\" T* 'i, Viendra, viendra pas?Combien lui offrira-t-on pour ses fourrures, pour l'effort de toute une saison?Les Nor'westers le gardèrent en captivité, mais Robertson s'arrangea pour tenir ses amis de la Baie d'Hudson au courant des machinations de \"l'ennemi\" dans la région d'Athabaska.Il trans- I mettait, dans des tonnelets de vin de Madère, des messages secrets composés de répliques du Fal-staff de Shakespeare.Malgré ses fanfaronnades, Robertson fut un héros authentique.Quand les Nor'westers brû-I lèrent la colonie de Lord Selkirk, sur la rivière Rouge, le \"Chevalier de la Manche\" rebâtit le petit établissement et sut repousser les pirates de la fourrure.Son cri de guerre: \"Quand on est parmi les loups, il faut hurler!\" Quant aux héroïnes, l'Ouest canadien en eut sa large part.Je pense à l'épouse de David Thompson, une métisse nommée Charlotte, qui franchit les Montagnes Rocheuses avec un bébé de 15 mois sur le dos.Lorsqu'ils atteignirent la source de la rivière Columbia, elle s'agenouilla, et joignit sa prière à celle de son époux, l'un des premiers cartographes du pays.\"Que Dieu veuille nous montrer où ces eaux se jettent dans l'océan.\" Je pense à Jean, la ravissante femme écossaise de Lord Selkirk, admirable mélange de Cléopâtre et de Lady Macbeth.A Montréal où elle se trouve, enceinte de son troisième enfant, la voici réprimandant son mari si \"timide, indécis et naïf\" à l'égard des Nor'westers qui projettent de ravager la colonie de la rivière Rouge.\"Je m'en veux d'être si dure.Je suis pareille à un chat épiant une souris, prêt à changer de posture à tout moment .Comme j'aimerais prendre mon chapeau, ma canne et partir.Tous ces jupons m'embarrassent! Si seulement je pouvais être avec vous pour vous aider! Je ferais mille choses à la fois!\" Enfin, je pense à Amelia, une métisse si timide et effacée qu'on la surnomma \"Oiseau des neiges\".Je pense à la façon dont elle sauva la vie de son mari, le chef de poste mulâtre James (\"Black\") Douglas.Les Indiens s'étaient emparé du fort St.James, en Colombie Britannique, et jetant Douglas sur une table ils s'apprêtaient à lui couper la gorge.\"Oiseau des neiges\" parut en chemise de nuit dans l'escalier et, oubliant sa timidité, commença à bombarder les Indiens avec tout ce qui lui tombait sous la main jusqu'à ce qu'ils battent en retraite .fait chevalier par la reine Victoria, son mari devint le premier gouverneur de Colombie Britannique sous le nom de Sir James Douglas.Quant à \"Oiseau des neiges\", la métisse créé née dans un wigwam des solitudes de la rivière au Rat, elle devint la première dame de l'Ouest canadien et, si vous voulez m'en croire, une grande figure dans notre galerie de héros canadiens.UN SIÈCLE 63 LA SCÈNE SPORTIVE Jim Coleman Personnalité de la radio et de la télévision.L'un des plus grands rédacteurs sportifs du Canada L'une de nos plus chères illusions consiste à croire que le Canada, à cause de son climat plutôt salubre, est une \u201cnation sportive\".Sur quels critères s'appuie-t-on pour décerner un tel titre à notre pays?Certainement pas sur ceux des Australiens (ils sont 12,000,000), qui décrochèrent huit médailles d'or aux derniers Jeux olympiques, ni sur ceux des Hollandais (ils sont aussi 12,000,000), qui récoltèrent douze médailles diverses en 1964.Affirmer que le Canada est une nation sportive ferait sans doute s'esclaffer les Tchécoslovaques (ils sont 14,000,000) et les Suédois (8,000,000), qui ont appris comment vaincre les Canadiens dans leur sport national, le hockey.Même le petit Etat de Nouvelle-Zélande, qui compte moins de 3,000,000 d'habitants, remporta trois médailles d'or aux Jeux olympiques de 1964.Le Canada sortit de cette rencontre internationale avec deux médailles d'or: une pour le bobsleigh à quatre (l'équipe avait emprunté le sien aux Italiens), l'autre pour les épreuves d'aviron, remportée par une équipe de deux rameurs, George Hungerford et Roger Jackson, dont seuls se soutiennent les plus fervents sportifs.Les historiens et les sociologues qui tentent d'analyser l'étonnante nonchalance de nos mœurs doivent remonter à 1763 et au chef algonquin Pontiac pour trouver une explication.En 1763, Pontiac et ses bouillants guerriers s'acharnèrent sur l'Amérique du Nord britannique.Massacrant les pionniers blancs et les \"tuniques rouges\", pillant et incendiant, il balayèrent tout devant eux jusqu'à ce qu'ils se heurtent à un établissement britannique fortifié.Pendant que ses guerriers affilent tristement leurs couteaux à scalper, Pontiac se retire dans son wigwam et réfléchit à un nouveau stratagème.Ce von Clausewitz à la peau cuivrée fut en Amérique du Nord le premier tenant de la guerre psychologique.Comprenant que ses hommes subiraient de très lourdes pertes s'ils attaquaient ouvertement, Pontiac aura recours à une ruse déloyale pour éloigner la garnison des palissades.Dissimulant leurs armes sous leurs tuniques de peau, ses guerriers font semblant de se livrer a un match de crosse dans la clairière qui s'étend devant le fort britannique.Pontiac ne s'était pas trompé: la curiosité l'emporte.Soldats et colons ouvrent les portes du fort et se hasardent à l'extérieur {>our voir le match de plus près.Les Algonquins jouent avec ardeur et affectent d'ignorer le nombre croissant de spectateurs.Sur un signal convenu, l'un des braves lance la balle par l'entrée du fort.Les Indiens se lancent à sa poursuite et, une fois à l'intérieur, massacrent proprement les habitants.Pontiac avait deviné le défaut de la cuirasse chez ces pionniers; défaut dont devaient hériter des générations de Canadiens.L'incident de 1763 n'a peut-être pas beaucoup d'importance histo- 64 UN SIÈCLE rique, mais il soulignait déjà nos lacunes en matière sportive.11 montrait à l'évidence que, dans le domaine de l'athlétisme, le Canada était destiné à devenir une \"nation de spectateurs\".Pontiac, ce chef algonquin perspicace, avait prouvé que, devant une manifestation sportive divertissante, les Canadiens ne pouvaient résister à l'envie de s'asseoir et d'assister au spectacle.Rien d'étonnant que, depuis un siècle, la participation canadienne aux épreuves sportives internationales ait été d'une médiocrité soutenue, si l'on excepte le succès éclatant d'une poignée d a-thlètes.A mesure que la population du globe augmente, la place du Canada dans l'univers des sports ne fait que décroître.Alors que les Canadiens, béatement, passent en revue un siècle de réalisations, il faut rappeler que le Temple de la renommée sportive est au Canada une sorte de parent pauvre, logé dans un coin d'un édifice torontois consacré surtout aux gloires du hockey.La rétrospective du sport au Canada y occupe moins d'espace que le rayon de lingerie chez Eaton ou Simpson.Mais ils sont là, les grands du sport canadien.Ils sont là qui nous regardent solennellement du haut de leurs cadres de verre, ces héros du passé: patineurs, rameurs, boxeurs, coureurs à pied et, voisinage inopiné, un cheval de course.Le Temple de la renommée sportive témoigne du souverain dédain que le Canadien moyen porte à la santé physique.Demandez à un groupe de Canadiens de nommer nos meilleurs athlètes des dix dernières années, la majorité citera les joueurs de hockey Gordon Howe et Robert Hull, ou le coureur William Crothers.Vous serez peut-être étonnés d'entendre répéter le nom d\u2019un cheval \u2014 Northern Dancer \u2014 qui a procuré des sensations fortes aux spectateurs canadiens en remportant le Derby du Kentucky et le Preakness Stakes.A la boxe, un seul champion mondial est né au Canada: Noah Brusso, de Hanover, Ontario.Il est exact que Jimmy McLarnin, de Vancouver, remporta le titre mondial des mi-moyens, mais il était originaire de Belfast, en Irlande.Il est exact aussi que Sam Langford, de Weymouth, Nouvelle-Ecosse, fut probablement le plus grand pugiliste de son temps, mais aucun champion de l'époque n'osa se mesurer à lui.Brusso, qui boxa sous le nom de Tommy Burns, fut un homme vraiment remarquable et il méritait un meilleur sort aux mains des chroniqueurs.Bien qu'il ait été le plus petit des champions poids-lourds \u2014 il mesurait 5 pieds et 7 pouces, son punch était redoutable.Jack Johnson, toujours considéré comme le prince des boxeurs poids-lourds des 65 dernières années, mit 14 rounds à vaincre Bums, qu'il dépassait de six pouces.Bums, un cogneur mal embouché, se tourna brusquement vers la religion en se retirant de la boxe.Il passa ses dernières années à combattre le mal et à prêcher l'amour du prochain.Quand il mourut à Vancouver, en 1955, il était tombé dans un oubli si profond qu'il reposa pendant cinq ans dans une tombe anonyme, jusqu'à ce qu'un rédacteur sportif organisât une souscription publique pour lui acheter une modeste pierre tombale.Burns ne fut malheureusement pas le premier ni le dernier héros sportif à subir l'indifférence du public canadien Le coureur de fond indien Torn Longboat rapporta au pays des trophées inter nationaux.Il prit part à la première guerre mon diale, fut blessé et, par la suite, réduit à conduire un camion de boueurs à Toronto.Chez les \"surhommes\" canadiens, Louis Cyr occupe incontestablement le premier rang.Il est vrai qu'il ne remporta pas de distinction-inter nationale mais, sans jamais avoir rencontré d'ad-versaires, il fut considéré comme \"l'homme le plus fort du monde\".Cyr, originaire de Napierville, Québec, faisait partie d'une famille de 17 enfants, et sans doute tenait-il de sa mère \u2014 une femme qui mesurait six pieds et un pouce et pesait 267 livres \u2014 sa force herculéenne.Parvenu à l'âge adulte, Louis Cyr faisait osciller la balance entre 315 et 365 livres et soulevait jusqu'à 553 livres d'un seul doigt.En présence du roi Edouard VII, il souleva une plateforme sur laquelle avaient pris place neuf personnes \u2014 3,635 livres au total.Il avait un appétit gargantuesque et pouvait dévorer un cochon de lait en 20 minutes.L'un des premiers à préconiser les aliments à forte teneur en protéines, Cyr, à ce qu'on rapporte, disait souvent: \"Un bon repas doit comprendre au moins six livres de viande.C'est là que réside la force.\" S'il était doué d'un formidable estomac, en revanche, Cyr avait les reins faibles et il mourut du mal de Bright en 1912, à 49 ans.Nous aimerions souligner les mérites de Percy Williams, le coureur de vitesse qui obtint deux médailles d'or olympiques à Amsterdam, de Billy Shearing, franchissant la ligne d'arrivée au.-mara-thon d'Athènes, coiffé d'un chapeau mou cabossé, aux applaudissements du roi de Grèce.Mais les exploits individuels de tout un siècle sont trop nombreux pour les mentionner tous dans une aussi brève rétrospective.Il est un sport pourtant, l'aviron, dans lequel le Canada s'est distingué très tôt et a conservé occasionnellement un rang de vedette internationale jusqu'en 1930.Walter Brown, un pêcheur barbu du petit village de Herring Cove, en Nouvelle-Ecosse, fut en 1874 le premier rameur canadien à remporter un championnat mondial professionnel.Ned Hanlan, puis le puissant Jake Gaudaur, semèrent les concurrents dans leur sillage entre 1880 et 1901.Le Diamond Sculls, de Henley-on-Thames, la plus prestigieuse des épreuves d'amateurs, fut gagné en trois occasions par des Canadiens: Lou Scholes,enl904; Joe Wright, fils, en 1928, et Jack Guest, en 1930.Et maintenant qu'en est-il?La crosse, qui fut .J.J'-' Le football est entré dans nos mœurs sportives.Le football est entré dans nos mœurs sportives.à l'origine le sport national du Canada, n'est plus qu un souvenir.Quant au hockey qui, après la crosse, devint la rage populaire, il est aujourd'hui dominé par les Etats-Unis sur le plan professionnel, par les Russes et les Tchécoslovaques dans la catégorie amateur.Le Canada y joue toujours un rôle, mais seulement celui de satellite chargé de tournir des joueurs aux propriétaires d'équipes professionnelles américaines.Actuellement, on peut dire que le sport le plus en vogue dans notre \u201cnation de spectateurs\" est le football, un sport ou les entraîneurs sont presque tous américains, un sport où dominent les joueurs américains, un sport, enfin, qui perd rapidement ses dernières caractéristiques proprement canadiennes.Au milieu de ce marasme, nous pouvons encore tirer fierté de ce que les Canadiens demeurent imbattables aux courses de traîneaux attelés.Personne n'a jamais surpassé le défunt Emile Saint-Godard, de Le Pas, Manitoba.Les courses de traîneaux attelés de chiens connaissent un grand essor et il ne serait pas surprenant qu'elles deviennent, et ce serait normal, le sport national du Canada.Mais ne soyons pas trop prompts à l'enthousiasme.Il ne faudrait pas que nous soyons tributaires de l'étranger pour nos attelages si nous voulons ne devoir qu'à nous-mêmes.nos succès dans ce domaine.Lors des épreuves de championnat du Yukon, disputées l'hiver dernier à Whitehorse, l'attelage gagnant était composé de chiens sibériens! SALUT AU CANADA! Depuis 40 ans.La Confédération est justement ficre d\u2019avoir commandité chaque année un tableau sur un moment exceptionnel du passé de notre nation.La collection qui fait partie de la (\u2022a/etie eut que l'histoire y voie la plus grande réalisation de Howe \u2014 ce que les Européens appellent \"une décision héroïque\" \u2014 parce qu'elle a fait passer le Canada d'une économie agricole à une économie industrielle.Certes, nous sommes encore aux prises avec les problèmes de structure créés par cette \"décision héroïque\", c'est-à-dire l'ampleur de la participation étrangère à notre industrie et surtout la difficulté de trouver une formule équitable qui la rangerait sous notre autorité, formule qui échappe toujours à nos dirigeants.Des hommes de la génération de Howe, des industriels comme H.R.MacMillan, Douglas Ambridge et Donald Gordon \u2014 tous Canadiens de grand mérite qui partagèrent les vues de Howe sur les possibilités de l'après-guerre \u2014 ont admiré l'homme qui s'est acharné à bâtir l'industrie en temps de guerre et à la sauvegarder en temps de paix, sans heurt pour la nation.En avril 1951, Donald Gordon écrivait à Howe : \"Mon cher Clarence, .L'honneur d'avoir travaillé avec vous à votre grande oeuvre durant cette période fiévreuse compte parmi mes souvenirs les plus précieux.Ces Canadiens influents, ces hommes de la même époque et du même âge que Howe disparaîtront l'un après l'autre comme lui.L'académicien qui, en écrivant nos manuels d'histoire, se plaît à critiquer Howe et ses oeuvres, les adversaires du parti libéral, que Howe avait choisi, continueront de s'acharner sur le défaut de la cuirasse en invoquant le débat parlementaire de 1956 sur le pipe-line transcanadien, une question qui donne encore lieu à des opinions contradictoires et passionnées.Il serait déplorable que ces jugements intellectuels ou politiques puissent porter atteinte à la grandeur de Howe en tant que Canadien Pourtant on retrouve dans le phénomène Howe un paradoxe commun à tous nos grands hommes.Aucun Canadien d'une pareille envergure n'a été moins soucieux de passer à l'histoire, car il regardait toujours vers l'avenir.Bien que l'héritage industriel de Howe continue et continuera de nous être présent, ses oeuvres soulignent une fois de plus le caractère étrange de l'étoffe dont nous sommes faits et qui nous empêche de définir une fois pour toutes le canadianisme.De la grandeur, mais obscure.Est-ce ainsi que l'ère de Clarence Decatur Howe apparaîtra aux Canadiens de l'avenir? \u2022 ¦\u2022\u2022V- Mfl -t- i JJ*- aussi silencieusement?Ses yeux cruels étaient mouillés de larmes.J'aurais bien voulu que ce fût de pitié mais ce n'était qu'un effet du froid.Face i cette bouille frisottée au muffle fumant, je m'avisai que je n'avais jamais vu \"One Spot\" d'aussi près depuis ses jours de nourrice.S'il pouvait seulement s'en souvenir! Bouger déclencherait l'action.Les yeux dans les yeux, durant une éternité, me reconnaissait-il?Pas question d'essayer de me relever et de prendre mes jambes à mon cou.Mon vieux cheval avait disparu discrètement.A reculons, rampant sur les mains et les genoux, je me tirai de là.A tout moment, je m'attendais à ce que le vieux bison me charge à mort.Mais \"One Spot\", se désintéressant de moi, s'avança lentement vers la source dégagée de ses glaces.Un jour que, fatigué par une longue patrouille, je rentrais à la cabane de mon secteur, je pris un raccourci, une vieille piste de bison, à travers un ravin broussailleux.C'était à la brunante et il neigeait légèrement.\"Frost\" et moi aperçûmes \"One Spot\" en même temps.Il était trop tard! Comme un vieux troupier qui connaît le danger, \"Frost\" renâcla et tenta de faire demi-tour, mais \"One Spot\" nous tenait à sa merci.La grosse tête moutonneuse, aux cornes incurvées, atteignit \"Frost\" au flanc.Sous la force du coup, il dégringola la pente où je l'avais précédé.fHors d'haleine et terrifié, j'atterris -dans un bouquet de saules.Heureusement que cette tonne de bison enragé ne me frôla même pas.Gigantesque, l'haleine fétide, il passa sans s'arrêter.\"One Spot\" avait tué \"Frost\", son camarade d'enfance.Sa nourrice en avait eu les sangs retournés.Je tirai, sans trop viser, mais \"One Spot\" disparut dans l'obscurité.Vengeance au cœur et carabine 303 en mains, je le cherchai durant des jours, en vain.Au début de l'hiver, comme d'habitude, \"One Spot\" vint quémander sa botte de foin.L'air détaché, il grogna de joie quand, de mauvaise, grâce, je lui jetai du fourrage par-dessus la clôture.Une cicatrice marquait ses côtes.Apparemment, j'avais dû l'atteindre d'une balle.En 1939, quand nous avons vidé de ses animaux le parc de Wainwright, \"One Spot\" eut son compte.On l'abattit dans les collines de Battle River.On en fit du pemmican et sa dépouille orne le fumoir de quelque chasseur.Je conserve toujours sa mèche mouchetée.Quand je pense à \"One Spot\", je le revois cheminant aux côtés de \"Frost\", durant ses jours de nourrice.Je préfère oublier que je manquai de justesse la chevauchée çles cavaliers célestes.Paix à ses manes, j'espère qutjl est au paradis des bisons .pattes entravées et cornes rognées.DE LA VILLE DE DEUX VISAGES QUI S'ACCROIT LE PLUS RAPIDEMENT AU CANADA AFFAIRÉE, EN PLEIN ES$0R On n'assiste pas au Stampede de Calgary, on le vit.Chacun fait partie du spècT&de et vous aussi.Parce que ce n'est pas seulement un spectacle, c'est la véritable amitié, l'exubérance enthousiaste de l'Ouest.Voilà pourquoi c'est le plus grand spectacle de plein air dans le monde.Joignez-vous à nous du 6 au 15 juillet pour la plus belle expérience de votre vie.Pour notre brochure en couleurs gratuite écrivez à .Sox 2900.CITY OF CALGARY ALBERTA, CANADA COLORÉE, FASCINANTE, PLAISANTE La ville de Calgary est riche par son agriculture, son pétrole, ses ressources naturelles et son industrie grandissante.Sa population est cosmopolite (elle atteindra 775.000 habitants en 1986).Les Calgariens gagnent plus d argent que la plupart des autres Canadiens et le dépensent pour agrémenter leur existence.La vie est agréable et il y a un marché des biens de consommation qui s'accroît à Calgary.Pour tous renseignements s'adresser a .K.S.Ford, Industrial Co-Ordinator.CALGARY EXHIBITION & STAMPEDE LTD.£a rue principale dyautrefois.Au début du 1 Br siècle, la rue principale dos villes canadiennes était peu ^£^irér.Dr nos jours, dans tout le pays, les rues principales sont des ruches bourdonnantes d\u2019activité, figures mêmes de l'expansion rapide que nous connaissons.Depuis 1889, nous sommes inscrits dans ce mouvement, par la vente et la distribution de litres des gouvernements et des sociétés.Nous offrons également à nos clients d\u2019excellents services de placement.Nous espérons toujours participer à cette expansion, car nous avons en l\u2019avenir du Canada une foi sans borne.A.Eo Ames & Co.Limited Fondée en 1119 V notre objectif Faire avec imagination et discernement des placements fondés sur le potentiel économique du Canada POWER CORPORATION 0F CANADA LIMITED 1, PLACE VILLE MARIE, MONTRÉAL LE BISON \"ONE SPOT\" (suite de la page 68) P UN SIÈCLE 71 Canada Pays d\u2019avenir 1867s i38?Depuis l\u2019aube de votre histoire, vous avez accueilli à bras ouverts ceux qui venaient des autres pays, de tous les coins du globe.Vous avez souhaité leur venue et partagé vos richesses avec eux.Pour bâtir.Pour grandir.Pour créer un nouveau monde jeune et dynamique de cette terre libre et pleine de promesses.Des millions de gens vinrent de très loin, apportant leur culture et leurs croyances, leurs connaissances et leurs talents, leur énergie, leurs rêves et leurs espérances .des forces vives et constructives .et vous les avez tous accueillis avec joie.Nous ne formions qu\u2019un.Castrol est l\u2019expert en lubrifiants depuis 1899 \u2014fondée au pays trente-deux ans après l\u2019avènement de la Confédération.Mais avant de s\u2019établir ici, Castrol avait atteint une renommée mondiale.Castrol est devenue synonyme de qualité et de perfectionnement des moteurs à fort rendement.Mais nous sommes venus au Canada aussi humbles et peu sûrs de nous que n\u2019importe quel immigrant arrivant dans ce pays neuf, ébloui par sa beauté et sa si vaste étendue.Mais le Canada nous a bien accueillis.Les Canadiens aussi.Et ensemble nous avons travaillé, grandi, et contribué à l\u2019expansion du pays.Aujourd\u2019hui, Castrol exige le haut degré d\u2019excellence des lubrifiants, que ce soit pour les moteurs de réactés géants ou de scies à chaîne.D\u2019un océan à l\u2019autre, les Canadiens avisés emploient les lubrifiants Castrol pour leurs automobiles, leurs motocyclettes ou leur machinerie industrielle ou agricole.Nous sommes reconnaissants au Canada, aux Canadiens, de nous avoir aidé à grandir avec ce grand pays.A tous, bon anniversaire.Les huiles par excellence > JE SUIS UN CANADIEN \u2022-.J a' un Pcu sang des rudes chasseurs qui V.'.lÿ.y.'â\tse rendirent jusqu\u2019ici par les voies du Grand Nord et y découvrirent un trésor insoup-i ; ; çonné.Explorateur, j\u2019ai ressenti toute la surprise de me trouver devant les rives d\u2019un continent nouveau.Et j\u2019ai dû faire mien l\u2019effacement de ceux qui font réellement l\u2019histoire sans que jamais l\u2019histoire ne parle d\u2019eux.Je suis Canadien car j\u2019ai gardé l\u2019esprit aventureux des Norvégiens qui sillonnaient déjà les mers du nord au temps des croisades.J\u2019ai préféré aux fruits du pillage, la connaissance des pays lointains.Je nourris encore l\u2019ambition des hardis navigateurs qui, comme Colomb, partirent à la recherche de trésors et firent une découverte encore plus fabuleuse mais combien difficile à monnaver! J\u2019ai la persévérance du missionnaire et du paysan qui, déracinés de leur sol natal et transplantés dans un monde nouveau, vivent de promesses et d\u2019espoir.¦ Je suis à la fois le fermier, le trappeur, le négociant qui repoussa pied par pied les vertes frontières d\u2019un continent inexploité.Il n\u2019y a pas de terre que je n\u2019aie vue, de frontière que je n\u2019ai tracée, de vallée que je n\u2019aie fertilisée: je suis de ceux qui ont laissé des fils à l\u2019avenir et aussi de ceux dont la tombe constitue l\u2019unique héritage.J\u2019ai parcouru cette terre de long en large, chevauché ses plaines, escaladé ses montagnes, remonté ses cours d\u2019eau, interminablement .dynamitant ses rocs, canalisant ses torrents, résistant à ses froids, fouillant ses flancs, scrupuleusement, car elle est neuve, riche et fertile.Je suis venu et viens encore de par tout l\u2019univers en quête d\u2019une terre où s\u2019épanouissent les ferments naturels de liberté; à la recherche aussi de terres fertiles aux espoirs.Je voulais exploiter, j\u2019ai décidé de rester, me donnant moi-même tout entier en échange de ce que je recherchais, façonné à la longue parce grand pays que j\u2019avais aidé à créer.Son élan m\u2019a grandi, renforcé et m\u2019a donné un souffle plus large.Je ne suis pas un Canadien au sens ordinaire du mot: il n\u2019y a pas de tels Canadiens.C\u2019est ce qui fait la gloire de ce pays, sa liberté aussi .car il est composé de millions d\u2019individus qui sont Canadiens plus par le coeur que par les décrets.Je suis un Canadien, je reste moi-même .et je suis reconnaissant à ma patrie qu\u2019il en soit ainsi.Je la veux plus grande encore, mais tout aussi réfléchie, plus entreprenante encore mais toujours fidèle à elle-même, toujours paisible, car je veux rester fier de dire: Je suis un Canadien.Droit d'auteur Canada 1966 l'n hommage de ROTHMANS au Centenaire "]
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.