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Titre :
La nouvelle relève
Éditeur :
  • Montréal :[La nouvelle relève],1941-1948
Contenu spécifique :
Mai
Genre spécifique :
  • Revues
Fréquence :
inconnu
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La nouvelle relève, 1942-05, Collections de BAnQ.

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LA NOUVELLE RELÈVE Directeurs : Robert Charbonneau et Paul Beaulieu AUCUSTO J.DURELLI Libération de la liberté GABRIEL-M.LUSSIER Le risque chrétien M.-A.COUTURIER Le douanier Rousseau AUGUSTE VIATTE Le passé de l’antisémitisme français REX DESMARCHAIS GUY FRÉGAULT Chroniques tiai L'histoire merveilleuse de la Louisiane française La Clandestine — L'Extrême-Orient et nous — Ils posséderont la terre A la manière de.— Notes 25 cents MONTRÉAL 1942 v.;.! AWfJVÀj?BIBLIOTHEQUE l.'ÀCFAS LA NOUVELLE RELEVE Fondés on 1934 Directeurs : Robert Charbonneau ' Paul Beaulieu Rédacteur en chef : Claude Hurtubise Sommaire AUGUSTO J.DURELLI .Libération de la liberté 449 GABRIEL-M.LUSSIER.Le risque chrétien 456 AUGUSTE VIATTE .Le passé de l'antisémitisme français 468 M.-A.COUTURIER.Le douanier Rousseau 474 GUY FREGAULT.La mort de Pierre Le Moyne d'Iberville 477 WALLACE FOWLIE.La paix de Dieu 486 PAULE SIMON.Fugacité 489 REX DESMARCHAIS .La vie et la mort de Séraphin Poudrier 491 CHRONIQUES Les livres MARCEL RAYMOND : L'histoire merveilleuse de la Louisiane par Régine Hubert-Robert — MARCEL RAYMOND : La clandestine par Roger Vercel — ROBERT FORTIN : L'Extrême-Orient et nous par Auguste Viatte — REX DESMARCHAIS : A la manière de.par Philippe Panneton et Louis Francœur — JACQUES DEGUIRE : Maitres artisans de chez nous par Marius Barbeau — FRANCINE LAVIGNE : Le vent se lève par Alfred Glauser — PIERRE LEFEBVRE : Le coopératisme et l'organisation économique de la Gaspésie par Georges Lafontaine — GERARD DALLAIRE : L'espion de l'Ue-aux-coudres par Laetitia Filion.L'abonnement à 10 numéros : Canada, $ 2.00; étranger, $ 2.25.Payable par manda* ou chèque au pair à Montréal, négociable sans frais.340.avenue Kensington, Westmount, Montréal.Mai 1942 Numéro 8 LA NOUVELLE RELEVE LIBÉRATION DE LA LIBERTÉ C’est un fait qu’il y a aujourd’hui des personnes qui ne se soucient guère de vivre en liberté.Il y en a même qui désirent ardemment se libérer de l’oppression de la liberté et travaillent à cette libération.C’est un phénomène assez paradoxal.Il est d’ailleurs impossible de le comprendre si nous pensons en fonction des données du libéralisme classique.Pour comprendre ce phénomène cpii est peut-être le plus étonnant du XX" siècle, il est indispensable de faire une distinction nette entre démocratie et libéralisme.Les démocrates d’inspiration chrétienne, ont toujours insisté sur leur position antilibérale.Mais je crois que, ni les nationalistes (qui ignorent ou font comme s’ils ignoraient cette distinction,), ni les démocrates d'inspiration chrétienne, n’ont pleinement compris le sens de la démocratie antilibérale.I.— Le suicide libéral 1.— Quelques réflexions sont nécessaires sur le sens du mot libéralisme.La plupart des mots employés dans les sciences sociales, politiques ou philosophiques ont reçu des sens très différents.Très souvent aux Etats-Unis on qualifie de “libéraux" les personnes qui sympathisent avec les réformes sociales et les syndicats ouvriers, et sont ennemies des grands trusts capitalistes.Dans le langage courant libéral est svnonvmc de tolérant. 450 LA N OU VKI.I.K KKLÈVli Rousseau écrit dans le Contrat Social ; ‘‘il importe donc qu’il n’y ait pas de société partielle dans l'Etat (.), niais s’il y a des sociétés partielles il en faut multiplier le nombre” (Livre II, chapitre 3).Et on est à peu près d'accord pour accepter Rousseau comme le plus grand théoricien du libéralisme.Mais h.D.Roosevelt s’appelle lui-même un libéral, et avec son New Deal il n'a fait que favoriser les associations partielles et, une fois créées, diminuer leur nombre pour augmenter leur puissance.Je donnerai au mot libéral le sens philosophique qu’il a dans l’école libérale individualiste, et plus encore que dans les textes mêmes, dans la pratique du libéralisme au XIX’’ siècle et au début du XX" siècle.On peut caractériser cette école comme celle qui soutient (pie l'homme est naturellement bon, et que la majorité des hommes, laissés seuls, suivant leurs propres tendances, a toujours raison.La volonté de cette majorité ne reconnaît aucune limite puisqu’elle est le droit même et la souveraineté.C’est Rousseau aussi qui écrit : “Il est contre la nature du corps politique que le souverain s’impose une loi qu’il ne puisse enfreindre (.).11 n’y a ni ne peut y avoir aucune espèce de loi fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas même le contrat social (.).Le souverain, par cela seul qu’il est.est toujours tout ce qu’il doit être.(Livre I, chapitre 7)."La volonté générale est toujours droite (elle ne saurait se tromper (pie s'il y a des sociétés intérieures à l’Etat)” (Livre II, chapitre 3).— La démocratie des cent dernières années offre un des aspects les plus curieux de l’histoire.Elle est un système simule.Elle cherche le suicide.On dirait même qu’elle se plaît dans le suicide, qu’elle le considère comme une fin normale et logique de sa vie.L'idée politique fondamentale de la démocratie libérale est : liberté pour tous.Celui qui gagne dans une élection libre a le droit de gouverner et de diriger.Il faut évidemment respecter la constitution.Mais la constitution même a été écrite par une majorité et elle peut être modifiée ou LIBÉRATION DE LA LIBERTÉ 451 complètement remplacée, par la volonté d’une autre majorité.Comme le dit Rousseau : “Le souverain ne peut pas s’imposer à soi-même une loi qu'il ne pourrait pas violer”.Il n'y a donc aucun principe vraiment stable, vraiment absolu.Les déclarations les plus sacrées des chartes fondamentales de chaque pays peuvent être remplacées par d’autres contraires quand il y a une majorité qui librement le veut ainsi.On dirait, à première vue, qu’il y a au moins un principe vraiment stable et solide dans la démocratie libérale : le principe de la majorité.Mais Rousseau lui-même nous rassure à ce sujet : “La loi de la pluralité des suffrages est elle-même un établissement de convention” (Livre I, chapitre 5), et encore plus : “il n’y a aucune espèce de loi fondamentale obligatoire pour le corps du peuple, pas même le contrat social”.Donc, ce principe de la volonté des majorités n’est pas non plus absolu, puisque ce principe peut être supprimé par une autre majorité, et peut être remplacé par le principe du Führer par exemple.Tout cela en accord strict avec les plus orthodoxes et exigeantes normes libérales.Si une majorité établit librement le principe du Führer elle est dans son droit, et elle a raison.Et on n’a pas le droit de se plaindre."La puissance souveraine n'a nul besoin de garantie envers les sujets parce qu’il est impossible que le corps veuille nuire à tous ses membres”, par contre le souverain “n'est pas certain (pie son sujet va tenir ses engagements”, et, “quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps; ce qui ne signifie rien autre chose sinon qu'on le forcera d’être libre” (Livre I, chapitre 7).Tout cela n’est-il pas absurde ?Dans la démocratie libérale, nationalistes et communistes disent aux libéraux : nous utilisons la liberté que votre système nous offre et vous ne pouvez pas nous la refuser parce que vous êtes des libéraux; mais une fois que nous aurons le pouvoir, grâce à votre système, nous ne reconnaîtrons aucune liberté, puisque notre système est ennemi de celles-ci.Pour être fidèles à vous-mêmes, vous ne pouvez pas nous refuser la liberté totale.Et nous, pour 452 I.A NOUVELLE RELEVE être fidèles à nous-mêmes, nous ne pouvons vous en donner aucune.Dans la démocratie libérale, les libéraux se sont liés eux-mêmes les mains.Ils admettent, comme une vérité indiscutable, que le jour où les ennemis de la liberté seront la majorité, les partisans de la liberté devront se laisser tyranniser par eux.Et Rousseau ajoute pour nous consoler que ce sera “nous forcer à être libres”.Tout cela d’ailleurs n’est plus malheureusement une simple discussion d'idées et de théories.11 ne s’agit plus d’une discussion abstraite dans un monde de fantaisie.Hitler est arrivé au pouvoir en 1933 en respectant les normes libérales (s’il manquait ou non un ou deux pour cent pour la majorité absolue, cela n’a aucune importance).Le système libéral s'est suicide en Allemagne et a donné le pouvoir à Hitler.3.— Bien que certains passages de Rousseau soient extrêmement clairs, ce libéralisme individualiste dont je suis en train de parler, ce libéralisme qui tua la Troisième République et la République de Weimar, est moins une doctrine clairement exprimée, qu’une philosophie un peu confuse qui pénètre subtilement les esprits et informe silencieusement leurs œuvres.Le libéralisme individualiste a conduit à une situation tragique en même temps qu’absurde comme conséquence de l’acceptation sous-entendue et universelle des fameux principes libéraux de la souveraineté et de la sainteté des majorités, et de la bonté naturelle et intrinsèque de l’homme.Lentement la philosophie individualiste est devenue quelque chose de bien plus profond et plus efficace qu’une théorie ou une doctrine, elle s’est transformée en une croyance populaire.11 n’est pas certain que les créateurs des nations dites libérales aient accepté intégralement ce libéralisme individualiste qui .avec le temps devait devenir une sorte de dogme.Voici ce que dit la Déclaration de l’Indépendance des Etats-Unis d’Amérique, écrite en 1776 : "Nous soutenons que ces vérités sont évidentes par elles- LIBÉRATION DK LA LIBERTÉ 453 mêmes : (|uc tous les hommes ont été créés égaux ; c|ue le Créateur a donné à tous certains droits inaliénables; par Marins Barbeau Notre imagination scolaire nous fait trop voir le passe comme un abstrait cortège de découvertes, de batailles et d’actes politiques.Nous n’avons pas appris à considérer notre histoire comme la vie d’un peuple évoluant au jour le jour dans et par un milieu social concret, des réactions particulières, des coutumes et des occupations déterminées.Nous avons négligé la "petite” histoire, le train-train journalier qui façonne un peuple, pour ne contempler que les “grands (1) Editions du Zodiaque, Montréal, 1942. CII KO NI qui: 503 faits” de notre vie passée.C’est dire (pie nous avons peu conscience de nous-mêmes.Mais des livres comme ceux de M.M.Barbeau nous sauvent de notre ignorance d’hommes instruits.Dans Maîtres Artisans de.chez nous, notre folkloriste bien connu au pays et par delà même nos frontières, nous présente quelques aperçus des types de métiers exercés au Canada et (les œuvres que nos anciens artisans ont su produire.Il nous révèle ainsi pour une bonne part le fonds vital de nos ancêtres.Son enquête ne se limite pas aux Canadiens français, elle atteint aussi nos concitoyens de langue anglaise et même les Indiens de notre Colombie.Son livre est de lecture courante, intéressant comme toute monographie faite par un connaisseur, précis sans exiger de nous une culture de spécialistes, enfin plutôt documentaire qu’esthétique, comme il convient à cette sorte d’ouvrages.Une douzaine de photos, assez pauvres cependant, ornent le texte.Les sujets traités sont la broderie et le tissage, la construction de navires et d’habitations, l’orfèvrerie, la machinerie agricole et la poterie, la sculpture des animaux et des totems.M.Marius Barbeau, ajoutant ce précieux ouvrage à la liste déjà longue de ses publications antérieures, continue à nous apprendre notre passé.Il nous instruit sur nous-mêmes et nous sollicite au progrès par le simple déploiement de notre héritage national.A vrai dire cependant, et M.Barbeau s’en réjouit bien sûr lui-même, son livre n’est pas tant un stimulant qu'une contribution à l’élan vers la production artistique déjà marqué chez nous depuis quelque temps et prouvé par les expositions d’artisanat tenues dans la province ces dernières années.Qui sait jusqu’à quel point lui en est dû le mérite ?Jacquks Diîguuii-: LH VENT SE LEVE > par Alfred Glauscr André Berger, nouvel arrivé dans un petit village canadien, a peine à s’acclimater à sa nouvelle patrie.Le souvenir de Dcnysc qu’il aimait et qu’il a dû laisser là-bas, en Europe; le pays et les montagnes qu’il a quittés : tout cela le hante continuellement.Jeanne, une jeune fille de l’endroit, s’éprend de l’étranger et peu à peu celui-ci en vient à oublier Dcnysc.Mais, le besoin de voir quelqu’un du pays devient plus impérieux.Cette fois c’est Thérèse, personnage jusqu’ici inconnu du lecteur qu’il fait venir auprès de lui pour l’épouser.Sa jeune femme ne pourra se faire à cette nouvelle contrée.(1) Editions Bernard Valiquette. 504 LA N OUV1.1.1 K UKI.ICVK Ils retourneront alors à leur ville natale où on les considérera comme des étrangers.C’csl à Givre-D’Or qu'ils reviendront s’établir définitivement.Alfred (danser nous présente ici un roman où l’intrigue laisse à désirer et où les personnages demeurent vagues.Présentées d’une manière brusque, Jeanne et Thérèse nous sont à peu près inconnues.Le naturel et la simplicité font surtout défaut dans ce style.Un écrivain passionné de coloris, excusera difficilement l’auteur de ces extravagances d’imagination.C’est une avalanche de figures et de comparaisons qui se poursuivent du commencement à la lin.En voici quelques spécimens, choisis au hasard : “Le soleil nageait assassiné dans des mares de couleur”, ou encore, “Le soleil dans l'éclat chamarré de son nom qui remplissait noire imagination linguistique (!) de vallons grenats et clairs.(!)” “.dans l’air il ne reste plus à peine qu’un seau de tiédeur lloue.” “.comme les étoiles gèlent dans leur bain de géométrie.” ou quelques exemples d’un autre type : “On avait pelé le pittoresque.” “La charrue de ta curiosité.” “Des bois d'incertitude.” "11 vilipendait son temps (!)” Plus de netteté et de précision de la part de l’auteur auraient mieux fait ressortir les idées enfouies sous ces séries d’images plus ou moins harmonieuses.La lecture en aurait été plus agréable.Fhanciniî Lavigne LE COOPEIîATISMK ET L’ORGANISATION ECONOMIQUE DE LA GASPESIE1 par Georges Lafontaine.C’est un livre réaliste et, dans l’occurrence, un peu pessimiste.Il pose les faits avec rudesse, étale l’état misérable de l’économie gaspésienne et insiste sur le fait que l’échec des diverses tentatives de relèvement est dû, en grande partie, à ceux-là mêmes qu’on voulait sauver.Dans le récit de tous ces efforts rendus inutiles par l’incompréhension des nôtres, nous voyons comme un bilan de toutes nos faiblesses.L'auteur, tout en parlant abondamment (1 - Editions Bernard Vuliquette. CHRONIQUE 505 des résultats obtenus, souligne particulièrement les faillites.On sort de cette lecture bien convaincus que seul le coopératisme sauvera la C.aspésie, mais aussi un peu rêveurs sur les chances de succès, tant sont vivaces les préjugés .aires.Mais qu'importe, en dépit de cette note pessimiste, le livie est d’un grand intérêt, il nous met bien au fait de tous les problèmes gaspésiens, avec ses chapitres sur I agriculture, 1rs pêcheries, l’industrie forestière et les perspectives de développement offertes par les ressoures minières et le tourisme., .pieu documenté (la bibliographie couvre sept pages), cet ouvrage nous révèle un coin de notre province.Sa lecture sera utile à tous ceux qui, lassés des exposés théoriques, veulent aborder les problèmes de notre pays dans toute leur réalité.„ _ Pierre Liîfeiivhe L’ESPION DE L'iLE-AUX-COrmtKS 1 par Laetitia Filion 1 c lecteur trouvera soirs ce titre un peu trompeur un drame sentimental, habilement agencé et qui se déroule (bins un décor québécois.L’héroïne.Hose Tremblay, une jeune campagnarde naïve, prude et dévouée, s’éprend d ira montréalais qui lui propose un voyage à la ville.Sera-t-elle déracinée de son milieu ?Un séjour de quelques semaines au milieu d’une société anglicisée sufTit à lui faire regretter son patelin.De retour en son village, elle renoue amitié avec un bon terrien, son ami d’enfance, qiri Unit par l’épouser.Gérard Dali-aire ILS POSSÉDERONT LA TERRE par Robert Charbonncau Voici une œuvre qui s’impose à notre admiration et a notre méditation.Avec un art sévère, puissant, sans défaillance, M.Charbonneau lève un coin du voile sur le mystère de la liberté humaine.Et ce n’est pas folichon.Une angoisse nous étreint, une amertume nous envahit la bouche parce que les personnages qui vivent sous nos yeux gaspillent leur ami.Ils sont désaxés, ils s’excluent du royaume (le la paix ; leur intelligence, leur cœur, leur volonté refusent de s’accorder aux plans providentiels.Je crois que notre littérature romanesque ne possédait pas encore une œuvre d’un sens catholique aussi .juste, d’une pénétration psychologique aussi profonde.(1) Editions Bernard Valiquette.5 506 LA NOUVELLE RELEVE Si le livre nous contraint il la méditation, ce n’est pas quo l’auteur nous inflige des dissertations métaphysiques.Nous sommes devant des héros bien vivants et nous les suivons pas à pas de la première à la dernière page.Le Prologue nous penche sur la métamorphose d’une âme.Ce portrait du jeune homme au seuil île l’âge adulte est d’une vérité saisissante.Désolante aussi.“N’allez pas croire que je m’admire, dit André.Je mo déteste.Si je suis â l’image d’un être, cet être ne peut être le Bien.” On est tenté de se ranger â son avis.Orphelin, élevé, sous la tutelle de ses grands-parents, dans la routine d’une éducation négative, la crainte de Dieu qu’on lui avait inculquée, enfant, “n’avait laissé aucune place â l’amour”.Do tout son élan il est retombé sur lui-même.Il consume sa jeunesse dans le narcissisme, dans un égoïsme conscient, et féroce.Il a de bons élans: il les réprime.“.Vous n’allez pas aux êtres”, lui dira Dorothée.11 n’existe pas d’être en dehors de sa tête, lit de ses livres.“11 ne sait quoi inventer pour nous rendre malheureux.Il ne pense qu’à lui et à ses livres.” 11 s’enferme dans le monde de sa chimère.S’il tente une évasion, c’est beaucoup moins pour s’échapper de son jardin clos que pour fuir “l’enfer” de la vie quotidienne.Il aspire parfois à un idéal de domination et de richesse.11 no va pas plus haut.Mauvais présage.Le jour où il rajustera son idéal à Res moyens immédiats on sent très bien qu’il s’enfoncera dans le bourgeoisisme, qu’il ne s’abreuvera qu’aux fontaines du désir.Ça ne manque pas : La suite du récit l’atteste.Etouffcra-t-il dans sa peau do chagrin ?Le verdict de Ly : “il était par nature incapable de s’engager pour la vie”, restera-t-il sans appel?En tout cas sous le rayonnement d’une éclatante pureté il aura un sursaut vers Dieu.11 se sentira coupable envers lui et cette prière jaillira : “Mon Dieu, faites que je vous aime.” Le pécheur prie avec son péché, dit Claudel.11 en arrivera même à penser “à un geste qui eût changé tous ses revers en succès, qui eût centuplé ses forces et l’eût grandi au-dessus de lui-même : le don de soi”.Son ami Edward Wilding est un tempérament mystique.Il va aux extrêmes.Il faut un aliment à ces natures-là.Malheureusement son éducation ne l’a formé qu’à la haine du péché.Il échoue d’abord dans une mystique révolutionnaire : il rêve d’une dépossession totale et brutale pour agrandir à l’infini sa personnalité.Lui aussi étouffe dans le monde réel.Impuissant à en sortir il essaie d’un essor vers le ciel : il entre au noviciat.Le scrupule, la terreur de Dieu, une passion sourde née d’une rencontre, l'en arrachent.Il luttera désormais contre lui-même, contre son éducation, contre Dieu.Après une misérable tentative d’initiation, il comprendra soudain qu'il n’est pas fait pour le plaisir.Pour une passion, oui.Et il poursuivra la complète do Ly Laroudan.Ly! De celle-là Claudel aurait dit : “Ecoutez avec quelle horrible facilité elle parle de déposer cette âme qui ne lui appartient pas et qu’il a coûté tant de peine à faire et à racheter.” Uno créature vaine et vide.Elle n'a que sa beauté et elle n’a jamais compris que “la beauté est faite pour autre chose que le plaisir” (Claudel).Elle éprouve une soif (') Editions de l’Arbre, Montréal. CHRONIQUE 507 maladive d’adulation.Incapable d’aimer elle veut être aimée.Aussi bien, rompue à toutes les roueries de l’amour, sou âpre vanité ne supporte pas l’échec.Une rupture la stimule â tenter une autre conquête : il faut bien se prouver que son pouvoir reste entier! Aucun scrupule, évidemment, ni religieux, ni social.On songe parfois â Thérèse Desqueyroux et on souffre de voir Edward s’engluer dans ses pièges.Qu’adviendra-t-il ?Est-ce bien vers un recommencement que le train les emporte 1 Tous ces destins sont-ils irrémédiablement voués à la défaite, condamnés à l’unique possession de la terre au détriment de leur amo ?M.Charbonneau (pii porte en lui ces destinées pourrait répondre : son livre n’est, je l’espère, que l’amorce d’une ample “Comédie humaine’ .Dès maintenant on sent que tout n’est pas perdu.Il y a des morts mystérieuses et do nobles souffrances qui jettent leur poids dans la balance.Ces forces invisibles permettent l’espoir, même pour cet Alain Dénier (pii a choisi de perdre son âme pour gagner une créature.(pi’il perd et ipii sombre dans un geste d’une lâcheté ridicule et tragique.On cherche les formules du roman catholique : en voici une excellente.Je n’ai plus (l’espace pour louer le métier du romancier.Qu’on me permettre au moins de dire (pi'il est de la meilleure veine.“ .• .Un caractère s’éclaire grâce aux lumières que jettent des incidents en apparence insignifiants.’’ No serait-ce pas son art (pie définit ainsi l’un des héros do l’auteur f Ce livre ne relate que des draines intérieurs.Et pourtant rien de plus vivant, de plus concret.Dès les premières lignes ce sont les gestes qui nous mènent â l’intime des personnages.Partout une habileté â saisir la secrète influence des incidents du monde extérieur sur le monde de la pensée et du sentiment.Et une discrétion souveraine : rien d’appuyé.Pas de morceaux de bravoure.Pas de portrait en pied.Les physionomies se dessinent peu à peu au gré des circonstances et le trait est précis et juste.Les descriptions sont ordonnées â l’essentiel : elles laissent toujours une place aux manifestations de l’âme.Qu’on relise simplement la description de l’accident de voiture (p.118-119).Je devrais signaler l’art de jeter à point une réflexion d'une pénétrante psychologie : c’est â toutes les pages qu’un enfileur de perles pourrait en recueillir.Je préfère insister sur l’étonnante maîtrise do l’auteur â éclairer une suite d’événements par de simples suggestions.Une des plus parfaites, a mon avis, est celle de la page 197 où on voit Lv ruminant les moyens de s’attacher Edward : “Elle songe à la possibilité de partir avec lui, mais le scandale tombé, la famille aurait beau jeu de se débarrasser d’elle.Sauf s’il était trop tard.Elle se rappela un roman anglais, Jude l’Obscur, dans lequel une petite paysanne met l’étudiant qu’elle aime dans la nécessité de la prendre en mariage.’’ Quinze pages plus loin une simple parole, jetée par Edward dans une conversation haletante avec André, nous révèle le succès des machinations de Lv.C’est avec le même doigté que le sort de Dénier nous est indiqué, l’as un mot sur le geste fatal.C’est la terreur intuitive d’un enfant (pii confirme nos appréhensions.De “1 ouvrage bien faite’’! et dans une langue robuste, incisive, imagée, bien française! F.Hii.aire, Capucin.(Extrait de La Itcvuc de l’Universitc d’Ottawa) ANDRE DAVID Message à de jeunes Anglaises Nul no lira sans une intense émotion le nouveau livre do l’auteur de La Retraite aux Hommes chez les Dominicains et de Mon Pire, Répondes-moi.M.ANDRE DAVID s’est fait un point d’honneur de no rien publier depuis son arrivée aux Etats-Unis, avant d’avoir rendu hommage à l’héroïsme du peuple anglais.Son Message à de Jeunes Anglaises, dédié il sa sœur et h ses nièces, est une longue lettre intime, débordante de tendresse, d’admiration et de douleur, destinée en même temps à tous ceux et toutes celles qui, sous les bombardements des lies Britanniques, partagèrent et partageront encore les mêmes misères.Il prend un accent d’autant plus poignant qu’il est conçu par un écrivain français étroitement mêlé aux mouvements catholiques de gauche des dernières années.M.ANDRE DAVID était en effet, à Paris, le Directeur de la Collection Catholique des Editions Gallimard et le Fondateur-Directeur des Conférences des Ambassadeurs, il la tribune desquelles les orateurs les plus illustres de notre époque venaient exprimer librement leurs opinions.Le livre, composé comme une symphonie, débute par l’évocation d’une petite maison des environs d’Oxford, fixe rapidement quelques points d’histoire des rapports entre la France et l’Angleterre, entraîne le lecteur sur les lieux embrasés par l’incendie, l’incline devant de sublimes exemples de dévouements particuliers, lui propose de vastes sujets de réflexion sur notre drame social, le rafraîchit aux sources inspirées de la morale chrétienne, pour le ramener enfin dans le décor de la petite maison d’Oxford, la nuit de Noël 1941.Oeuvre chrétienne do la plus haute inspiration, ce Message à de Jeunes Anglaises relève le défi des Forces du Mal qui ne sauraient avoir do prise sur l’âme éternelle et sa déchirante sensibilité est plus féconde que toutes les polémiques et toutes les violences.Prix : $ 1.25; par la poste : $ 1.35.Edition numérotée sur Byronic : $ 2.00.sur Japon : $ 3.00.En mai THOMAS KERNAN L’heure de Berlin aux cadrans de Paris Le livre le plus sensationnel publié sur la France par un Américain. ADRIEN ROB IT A ILLE du programme radiophonique “S.V.P.” R.S.V.P.Preface de RI N GU ET Voici mi livre d’un genre entièrement nouveau.Il participe également du jeu et
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