Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (5)

Références

Le devoir, 1990-03-03, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
C IklIlHHÔm Sail P h W7(rM Montréal, samedi 3 mars 1990 Doubrovsky Serge Doubrovsky PHOTO JACQUES GRENIER tel qu’en lui-même MARIE LAURIER Roman, autobiographie, autofiction, peu importe le genre:Le Livre brisé dérange, épuise, bouleverse le lecteur.Pour ma part, je l’ai lu par petites doses, en grinçant des dents, en respirant mal, au rythme de son style hachuré, haletant, itératif.Je l’abandonnais pour mieux le reprendre le lendemain, comme si Serge Doubrosvky me donnait chaque soir rendez-vous avec lui, sa vie, son drame et son désespoir.Aussi est-ce avec appréhension que je me suis rendue à un vrai rendez-vous avec ce que je croyais être un monstre d’é-golsme, de vanité et de machisme.J’avais en tête son visage ravagé, tel qu’il m’était apparu à Apostrophes, complètement défait et démoli d’entendre Pivot l’accuser d’avoir assassiné sa femme.J’ai rencontré plutôt un écrivain, un homme de lettres, un professeur de littérature en pleine possession de ses moyens, brisé certes au souvenir de la mort de sa femme mais résolu à survivre, à recommencer à aimer une autre femme, à continuer d’écrire et de raconter sa vie, pourvu qu’il lui arrive quelque chose: « Pour l’instant, je n’ai rien sur le métier »> nous dit cet homme de 61 ans dont les retombées de son dernier livre continuent de provoquer des réactions et des critiques allant des plus positives aux plus réfractaires.Car jamais titre de roman n’aura été aussi approprié et l’on comprend qu’il ait remporté le Prix Médicis, en ce qu’il est imprégné d’un souffle, d’une densité littéraire exceptionnelle.On aime ou on aime pas ce livre, c’est tout l’un tout l’autre, mais il ne laisse personne indifférent, tant il remue de passion, de controverses, d’amour et de haine, de pitié et de dégoût.De rage aussi, concède Doubrovsky en assumant l’entière responsabilité de cette confession qui lui a pourtant valu le Prix Médicis.Commencé sous forme de journal où ce quinquagénaire ne nous épargne rien de ses pulsions physiques et de ses gouts intellectuels dans tout ce que cette forme littéraire a de plus narcissique et égocentrique, le récit tourne vite en une description de ses rapports, des vicissitudes de sa vie quotidienne avec sa deuxième femme.Et c’est là que la brisure commence.De 23 ans sa cadette, d’origine autrichienne, son épouse lit page par page, chapitre par chapitre, le livre de son mari jusqu’au jour où, excédée du rappel de ses prouesses amoureuses, elle le met au défi de parler plutôt d’elle, « à nu et à cru ».Doubrosvsky obéit aveuglément à cet impératif sans soupçonner que l’étalage des événements les plus intimes de sa vie conjugale, des beuveries et des avortements de son héroïne, pour ainsi dire, entraîneront la mort de celle-ci.Trop c’est trop et l’auteur n’a pas su s’arrêter à temps ni prévoir l’inéluctable, lui qui avoue avec une jactance peu commune: « Dans chaque livre que j’écris, je tue une femme.» Cette fois la réaüté dépasse la fiction et Doubrosvky en éprouve encore une cruelle culpabilité et n’était ses explications d’écrivain sur la forme littéraire de « l’au-tofiction », on serait enclin de lui conseiller de ne jamais plus écrire.« Je ne suis pas un idéologue, je ne fais pas de roman politique ni historique », se défend-il ma foi fort bien.« Ce qui me passionne avant tout, ce sont les rapports entre les humains.» Et on peut dire qu’ils pullulent dans son livre brisé qui met en scène ses relations avec les femmes de sa vie, ses deux filles, les assimilés de tout ce monde qui parle français, allemand et anglais selon qu’ils sont en Autriche, en France ou à New York.Qui met aussi en parallèle les fruits de sa culture classique nourrie des idées de Lacan, Foucault, Freud et de l’existentialisme à la Sartre à qui il voue une admiration inconditionnelle.Tout cela est soudainement interrompu par la mort tragique de sa femme.Et le ton change tout aussi soudainement.Comment revient-on d’un tel voyage au bout de Le Nausée, telle que décrite par Sartre et dont Serge Doubrovsky se réfère constamment dans son journal ?« On ne revient pas d’une telle exploration dans la déréliction.Et encore aujourd’hui, il m’arrive de regretter n’avoir pas tout mis en oeuvre pour sauver ma femme de son désespoir et surtout de son vice.L’alcoolisme est une maladie terrifiante et tout en sachant que ma femme en était victime, je croyais naïvement qu’elle allait s’en sortir, en toute intelligence.Je ne pouvais imaginer cette issue fatale à ce mo-ment-là, mais je crois que tout ou tard elle en aurait succombé.» Pour « survivre » à ce drame, Doubrovsky a tout lu ce qu’il pouvait lire sur l’éthylisme et de façon plus personnelle il a eu re- cours à l’aide d’un psychiatre, après avoir renonce au suicide « qui n’aurait rien arrangé ».Il s’en excuse presque, en admettant que désormais sa vie, comme son livre, s’est brisée: « J’ai encore quelques années devant moi et j’aime mon travail de professeur de littérature française à l’Université de New York et à Paris».Serge Doubrovsky est redevenu un écrivain comme les autres, ni plus ni moins, se soumettant volontiers à la tournée de promotion, à la ronde infernale des entrevues, se faisant professeur pour parler du nouveau roman, de la santé littéraire en France, du « style nouveau qu’il a inventé», soit un entrelacs de jeux de mots, d’itérations, de longs paragraphes sans ponctuation, d’une utilisation exagérée des majuscules, comme d’ailleurs dans ses autres romans, entre autres Fils (Galilée) et Un amour de soi ( Hachette) : « Je ne suis pas le maître de mon livre, c’est lui qui me dicte ma façon d’écrire, c’est à prendre ou à laisser.» Il faut croire que les lecteurs « prennent » puisqu’une fois plongés et bien installés dans cet ouvrage, on ne peut plus s’en passer et qu’il a tout de même remporté un des prix littéraires les plus prestigieux, Le Médicis.Serge Doubrovsky, l’écrivain, survivra certainement, lui qui avoue ne pas aimer vieillir, ce qui banalise l’homme et lui donne un regain d’espoir.Il cite Cocteau: « La tragédie quand on vieillit, ce n’est pas de prendre de l’âge mais de rester jeune.» Il ajoute avec un triste sourire: « À l’intérieur de moi-même j’ai toujours 20 ans et j’ai des tas de matériaux inutilisés de ma vie.» Une vie « reconstituée » cette fois?Une collection ouverte sur le monde GUY FERLAND Qu’une collection ait quatre ans d’existence et près de 15 livres édités est déjà quelque chose en soi.Qu’elle s’intitule « L’Univers des discours » et soit publiée par un petit éditeur privé, Le Préambule, à Longueuil, relève presque de l’exploit.Que le directeur de la collection soit un Espagnol d’origine, dont la langue seconde est l’allemand, et qui vit en français au Québec, ajoute à la particularité de la situation.Que cette collection, enfin, soit distribuée en France, en Belgique et en Suisse, achève de nous étonner.Pourtant, tout paraît simple lorsqu’on interroge Antonio-Go-mez Moriana, qui parle un excellent français avec un fort accent espagnol « faisant rire mes enfants », dit-il en blaguant.Il faut dire qu’il a appris le français par la lecture et qu’il a écrit ses premiers ouvrages en allemand.M.Gomez-Moriana a fait ses études universitaires en Allemagne en philologie romane avant de venir donner un cours d’un trimestre à l’Université Car-leton.« Et je reste ici depuis 20 ans » s’esclaffe-t-il.Après quelques années d’enseignement de la langue espagnole de « l’autre bord », il vient enseigner à l’ex-département d’études anciennes et modernes à l’Université de Montréal.Il dirige actuellement le nouveau département de littérature comparée à cette même institution.C’est là qu’il a eu l’idée de la collection.« On forme des étudiants en investissant beaucoup d’effort pour leur faire atteindre l’excellence dans une discipline donnée et on les laisse presque choir lorsqu’ils arrivent à produire quelque chose de nouveau et de durable dans leur spécialité.On accepte les thèses et on les laisse dans les tiroirs.C’était illogique.« Il fallait trouver un moyen de montrer ce qui se fait de meilleur dans cette institution et de le mettre en rapport avec le monde, poursuit-il.Il fallait également donner un coup de pouce dans la carrière de nouveaux chercheurs en sciences humaines et ne pas être continuellement à la remorque de ce qui se fait ailleurs.J’ai donc pensé, tout naturellement, à publier les meilleurs travaux qui touchent le domaine de l’analyse du discours.Tout en mettant en parallèle les recherches de chercheurs déjà reconnus en la matière.» Pour réaliser ce projet audacieux, M.Gomez-Moriana s’est tourné spontanément vers les Presses de l’Université de Montréal (PUM).« Deux ans après, les manuscrits sélectionnés étaient restés sur les mêmes tablettes dans les locaux des PUM.J’ai alors regardé du côté du secteur privé.» Il a trouvé, en la personne de Benoît Patar, un éditeur « idéaliste » qui a accepté de publier des essais sans faire de profit.« Ce qui est rare de nos jours », remarque-t-il.Évidemment, Les Éditions du Préambule ne peuvent pas se permettre de faire de grosses pertes à tout coup.« La majorité de nos livres sont subventionnés par le Conseil des Arts via les Fédérations des sciences sociales et des études humaines », ajoute M.Gomez-Moriana.Le premier livre publié fut La subversion du discours rituel par M.Gomez-Moriana lui-même.Bon an mal an, la collection a vu naître un ou deux titres par année depuis 1985 jusqu’en 1989 où l’Univers du discours a connu son véritable essor.Parmi les titres les plus connus, le directeur mentionne Le discours de presse de Maryse Soucfiard, Le roman québécois de 1960 à 1975.Idéologie et représentation littéraire de Jozef Kwaterko et L'enjeu du manifeste, le manifeste en jeu de Lyne McMurray et Jeanne De-mers.La sélection des manuscrits se fait selon des critères précis par un comité de lecture d’experts.« L’analyse du discours, c’est l’étude de tous les types de paroles qui circulent dans la société, explique M.Gomez-Moriana.C’est donc un heu d’interdisciplinarité où on analyse l’émergence de discours particuliers en rapport avec la norme du dialogue collectif.On appelle cela une analyse contextuelle et on s’attache en priorité à la forme que prend une parole donnée.C’est pour cela que la collection est ouverte à tous les domaines d’analyse, puisque chaque domaine utilise une forme de discours, que ce soit les études bibliques, juridiques, anthropologiques, mathématiques, scientifiques, etc.Le champ d’analyse déborde même le cadre des textes strictement dits, puisqu’on peut également analyser les cartoon, les grafitti, les B.D., les caricatures, etc.» Les livres publiés dans cette collection ouverte sur le monde de la parole ne doivent pas, autant que possible, être écrits dans une langage trop hermétique.« On veut que nos livres puissent être lus par le public intéressé par les domaines d’analyse », soutient M.Gomez-Moriana.Le rythme de croisière de l’Univers des discours semble atteint.« On aimerait publier six livres par année et ouvrir davantage les champs d’étude, affirme le directeur.Maintenant que le collection est connue, on reçoit des textes d’un peu partout, mais on va continuer de privilégier les chercheurs d’ici.» La plus grande réussite de la collection, outre qu’elle réponde à un besoin évident, « c’est qu’on peut rayonner sur le monde de la recherche depuis Montréal», conclut fièrement M.Gomez-Moriana.Antonio Gomez-Moriana PHOTO JACQUES GRENIER Alphonse Piché Fables • l'Hexagone Alphonse Piché / FABLES fable de Piché porte le message d’une ironie mordante .Récits philosophique, politique, sociale .S’il tolère certaines faibl ice.À grands coups de plume, à grands coups de gueule.» té, avec la maîtrise de tous ses moyens, accède à la dimension du étourdissant de ses 72 ans, pour l’honneur de défendre ’ces nos frères’.» FABLES • I Hexagone lieu dlstlntll de l'édition littéraire québécoise FABLES D-2 U Le Devoir, samedi 3 mars 1990 • le plaisir des Du rêve à la société incertaine 30 ANS DE RÉVOLUTION TRANQUILLE Itinéraires et mouvements Actes d’un colloque sous la direction de Marc Lesage et Francine Tardif Les Editions Bellarmin 1989, Montréal, 223 pages GILLES LESAGE Trente ans dans la vie (f une société, c’est bien peu.Mais 30 ans de révolution tranquille au Québec, c’est énorme et surprenant.Les plus généreux accordent moins de 10 ans (1960-1968) à cette période privilégiée.L’étirer jusqu'à aujourd’hui, comme l’ont fait les animateurs du colloque du Cintre justice et foi et de Relations, en août dernier, provoque à prime abord.Toutefois, le titre s’éclaire à la lecture, souvent passionnante, des témoignages et réflexions d’une vingtaine de participants.Plus que d’un bilan nostalgique, il s’agit, pour la plupart, de remises en question toujours vivaces et d’esquisses prospectives sur un pays incertain.Des interrogations de qualité, des réponses partielles qui n’ont rien de bulles ou d’encycliques.Ce recueil s’articule autour de quatre thèmes présentés de façon éclairante: l’âme, du catholicisme dominant à la production de nouveaux dieux; l’héritage, de la soumission au devoir au règne du plaisir; la cité, des luttes collectives à l’affirmation de l’indi- vidu; le pays, du beau rêve d’un État québécois émancipateur à la gestion difficile d’une société incertaine.Ces propos et confidences, d’une valeur inégale comme il se doit, alimentés des commentaires de trois experts, interpellent chacun dans ce qu’il a de plus essentiel, avec ses avances et ses reculs, ses projets et ses défaites.Des aliments pour la pensée, des pistes pour demain, sans grandiloquence, dogmatisme ou exclusive.D’emblée, Mgr Bertrand Blan-chet, évêque de Gaspé, rend compte pour lui-même de ces trente ans de bouleversements, y compris pour l’Église, doftt il dit en conclusion : Reste à voir comment cette Église renouvelée peut assurer sa solidarité et son service au peuple québécois.Le même soir, en toute franchise, le prélat a reçu un début de réponse, dans la première de trois interventions remarquables de Mine Marie Gratton Boucher.Voici sa conclusion à elle, percutante, sur l’impuissance et la dépossession des femmes dans l’Église: Pour retrouver une âme, il va falloir que l’Église se retrouve un coeur.Il va falloir que l’Église, et nous avec elle, ayons le « courage de la cohérence », pour reprendre l’expression de Gisèle Turcot.Et quand nous aurons ce courage, nous aurons notre âme et nous ne la chercherons plus.C’est peut-être l’occasion de souügner que les témoignages des femmes à ce colloque sont parmi les plus douloureux et émouvants.S’il y a encore une révolution tranquille au Québec, c’est la féministe, de toute évidence.Un peu partout, des interpella -tions angoissantes, ce que l’écrivain André Ricard appelle tris tement l’illusion des amputés Au fond, la viaie question que se posent les naufragés de la révolution tranquille, celle qui tourmente encore plus les obsessifs comme moi qui ont partie liée avec les mots, est la suivante: tant le sort que l’éducation ont fait de nous une juiverie; génération après génération, nous avons absorbé je ne sais par quelles fibres l’impérieux et subtil message chromosomique d’avoir à soutenir l’avancée du groupe jusqu’à sa complète émergence; ceux qui ont 20 ans aujourd’hui, dans quoi investiront-ils leur passion qui puisse rendre ce pays inachevé plus ha bitable ?Pourtant, comme le signale Hubert Guindon, la révolution tranquille, dans ce qu’elle a de plus positif, a fait place au plu riel.L’Église a cessé de rêver à une chrétienté, pour se contenter de communautés chrétiennes, de prendre sa place plutôt que toute la place.En devenant Québécois, le citoyen a décidé de se comporter en majorité dont le devoir est de faire de la place aux autres, mais après et non pas avant d’avoir occupé toute la place qui lui revient, ce qui n’est pas encore fait.Au chapitre de l’héritage, le réputé sociologue Alain Touraine s’étonne (et proteste) de la force du désenchantement qu’il ressent chez les participants.Pour lui, la société québécoise sent un certain épuisement des modèles forts d'affirmation nationale, et elle cherche à se redonner une identité conforme à certaines de ses grandes traditions de minoritaires, une identité basée sur la faiblesse plutôt que sur la force, une identité de conquis plus que de conquérant.C’est dans ce retournement de ce qu’il appelle le côté fort de l’identité veis son côté faible que reposent probablement la force et l’espon des Québécois, conclut M.Touraine.Car (comme le disent M.Lesage et Mme Tardif, citant Esprit), tout n’est pas possible, mais tout n’est pas fini, et nous devons réaffirmer imperturbablement que l’injustice n’est pas une fatalité.Personne ne nous a donné la liberté, rappelle la théologienne Gratton Boucher: Nous l’avons prise pas à pas, à nos risques et périls.Nous avons perdu quelques plumes, mais c’était le prix qu’il fallait payer.Le bilan est positif.Les femmes n’acceptent pas l’injustice et ne l’accepteront jamais, lance-t-elle comme un défi.Autrement, on risque de s’endormir sur le mol oreiller des dogmes et de ne pas apprécier comme il se doit les persoimes de questions plus que de réponses.Et des questions, il y en a plein.À propos du pays incertain, de la difficulté de l’allégeance au Québec, telle que subie par le Père Julien Harvey: C’est toujours une option de combat, souvent dans l’isolement ou l’hostilité, un combat à maintenir aussi civilisé que possible, pour citer René Lévesque, dans un milieu qui se cherche encore une fraternité.Les pomts de repères abondent à cette fête de paroles (dixit Harvey), de remises en question, d’inquiétude certes, mais aussi de confiance en soi et d’ouverture à l’autre.L’achat chez nous COURRIER Réponse au texte de André Vanasse J’admire la retenue avec laquelle André Vanasse réplique.Il est plus calme que le maire de Sou, Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS aujourd’hui 3 mars de 14h à 16h Dr PIERRE MEUNIER La chirurgie à L’Hotel-Dieu de Montréal au XIX siècle LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Samedi 10 mars de 14h à 16h PIERRE MORENCY L’^eil américain ^ BORÉAL jeudi 15 mars de 19h à 21h GISÈLE HALIMI Le Lait de l’oranger Éditions Gallimard vendredi 16 mars de 17h à 19h Lancement de la REVUE MOEBIUS No 43 samedi 17 mars de 14h à 17h Le Diable en personne ROBERT LALONDE Éditions du Seuil samedi 24 mars de 14h à 16h YVES NAVARRE La terrasse des audiences au moment de l’adieu I.KMKAC ÉDITEUR 1 120.av.laurier ouest outremont, montréai.tél : 274-3669 f venez regarder avec _ _ ! Ap0STR®S ^ le dimanche^h^- je dois l’admettre, mais il défend comme l’autre son territoire, car c’est de cela qu’il s’agit.Quel est l’enjeu du débat ?Le directeur littéraire de Québec-Amérique voudrait que les Prix du Gouverneur général soient remis à des citoyens canadiens.Nous sommes d’accord.Il souhaite de plus que le citoyen canadien primé ait publié dans une maison qui détient la même citoyenneté.Je ne le suis plus.Si je peux me citer en exemple (puisqu’il le fait), j’ai publié des ouvrages à Montreal chez HMH, chez Beauchemin, à l’Hexagone, aux Éditions de l’Homme, aux Quinze, chez Leméac, à Québec-Amérique (en collaboration) et au Boréal.À Paris, j’ai publié chez Seghers et au Seuil.Je prétends malgré tout assurer la continuité de l’oeuvre.Je n’ai pas obtenu le Prix du Québec pour l’ensemble de mes éditeurs, que je sache.André Vanasse devrait comprendre que je défends la überté des auteurs (citoyens canadiens) de pubüer où ils veulent et je soutiens que le Prix du Gouverneur doit être donné à l’oeuvre et non estuaire C P.337, suce Outremont, Montréal, 0C, H2V 4N1 LE POÈME EN REVUE Une lumière directe lancement no 55 le jeudi 15 mars à 17h00 aux terrasses St-Sulpice 1680, rue St-Denis Montréal, 844-9458 Un escalier, le bout de chaussures noires sur les marches, une lumière directe si on lève la tête, un enfant et à côté, un autre - moi.(,a pourrait s’écrouler, je plourruis ne pas être.Jean-Marc Desgent Notes de voyage journal, lettres, poèmes d’Allemagne, de France, d’Amérique latine de N.Brossard, M.Ouellette-Michalska, C.Beausoleil, Jean-Paul Daoust et des poèmes de J.M.Desgent, F.Laehainc, M.Lemaire, J.Ouellet, H.Blais, Y.Roy.Abonnements pour quatre (4 numéros) ABONNEMENT ÉTUDIANT/ÉCRIVAIN I5.0Û5D ABONNEMENT REGULIER 18,001 ?ABONNEMENT POUR INSTITUTIONS 30,001 ?ABONNEMENT DE SOUTIEN 30,001 ?ABONNEMENT À L’ÉTRANGER 35.001 ?CHAQUE NUMÉRO 6.001 ?Nom — Adresse Code- VEUILLEZ M'ABONNER A PARTIR DU NUMÉRO —1 11 - ¦ y à l’éditeur (ou aux deux).Il pourrait y avoir un Prix du Gouverneur pour le meiUeur éditeur canadien (dans chaque langue)et je souhaiterais que monsieur Vanasse l’obtînt.Si j’ai relevé les remarques du professeur, c’est qu’elles me paraissent procéder d’un réflexe anti-français légèrement désagréable.Doit-on rappeler que Gabrielle Roy, Anne Hébert, Marie-Claire Blais et Antonine Maillet, toutes citoyennes canadiennes, ont obtenu respectivement le Fémina, le Prix des libraires, le Médicis et le Concourt, tous Prix français.Leurs livres, dira André Vanasse, étaient édités à Paris.Je répondrai : tant mieux, car ces romans étaient alors disponibles en librairie pour tous les Français qui désirent lire nos compatriotes.C’est pour pouvoir distribuer des auteurs québécois en Europe que Boréal a accepté il y a deux ans de perdre son « agrément » provincial.La loi Vaugeois, on le sait, demande la propriété québécoise à 100 % pour profiter des subventions du ministère des Affaires culturelles.Nous en avons fait notre deuil.Par ailleurs, en demeurant propriété canadienne (citoyenneté oblige), nous défendons par nos accords avec le Seuil certains livres sur le plan international.Peut-être est-ce qu’un jour un de nos auteurs aura à la fois un prix français et le Prix du Gouverneur général ?Mais ce sera l’auteur qui les aura mérités.Pour conclure, et même si c’est une vieille histoire, dois-je rappeler à M.Vanasse que si mes romans sont au Seuil, (Paris), c’est qu’ils furent refusés par les Éditions du Jour et les Éditions Pierre Tisseyre (Montréal).Comme quoi les auteurs de langue française devraient rester libres de leurs choix s’ils veulent demeurer libres de penser.M.Yves Navarre (écrivain français) publie cette année chez Leméac (maison montréalaise) pour des raisons similaires.C’est pour défendre le droit des auteurs (j’ai présidé l’UNEQ avant Boréal) que je me suis permis de répondre aux propositions de M.Vanasse.Je tiens que la liberté intellectuelle est plus importante que l’Achat Chez Nous.Voilà pour le fond du débat, qui n’a pas un grand intérêt public ou même commercial (le Prix du Gouverneur fait vendre au mieux 400 ou 500 exemplaires de plus).Pour le reste, je tiens à affirmer mon plus grand respect pour le traval compétent de M.Vanasse, directeur littéraire de Québec-Atnénque, une excellente maison dont la concurrence est toujours stimulante.— JACQUES GODBOUT PRINTEMPS 1989 ¦ ¦¦ ¦ ¦ revue de la société de philosophie du québec SOMMAIRE Articles (i VACHON, Un conseil de Freud aux philosophes .3 (.(.Al l Hll.R L'engage tnt ni psychologn/ue dans la communication langagière.43 I) SAUVÉ.U• mot substance: une interpretation de / « analyte du morceau de ure * de la fécondé Meditation.73 N I AtHARITf Un modèle général pour décomposer la relation d impact duos U\ mhi uhi s sur l'impact sonaldi la science et di la technologie 109 Intervention I Kl KWIN.la s contributions de la science a la philosophie au XX siècli .149 Étude critique t.BOUCHARD.Du sexisme a ta philosophie du sexisme.À propos d.l a raison en procès, de Louise Afarctl Lacoste.163 I MARC II.-I.ACOSTI L'art du malentendu une réponse a Guy liouchard.195 Comptes rendus.199 Livres revus.235 bellarmin vol.XVI, n° 1 f Fiction et biographies 1 L’Immortalité Milan Kundeia Gallimard (D* 2 Le pendule de Foucault Umberto eco Grasset (-) 3 Un noeud dans le coeur Élisa T.JCL (-) 4 La Petite Marchande de prose Daniel Pennac Gallimard (5) 5 Comme un orage en février.Marcelyne Claudais Mortagne (4) 6 La Maison Russie John Le Carré Robert Laffont (3) 7 Le Livre brisé Serge Doubrovsky Grasset (-) 8 Le Nègre de l’Amlstad Barbara Chase-Riboud Albin Michel (8) 9 Comme un voleur dans la nuit John Cornwell Robert Laffont (-) 10 Pluie d’été Marguerite Duras P.O.L.(6) Ouvrages généraux 1 Le Chemin le moins fréquenté ScottPeck Robert Laflont (2) 2 Les Vrais Penseurs de notre temps Guy Sorman Fayard CD 3 Le Québec, un pays, une culture Françoise Têtu de Labsade Boréal (-) 4 La Fourchette d’or Tome II Soeur Angèle Publicor (5) 5 J’ai vaincu la dépression et échappé au suicide Ginette Ravel 7 jours (4) Compilation laite à partir dea données toumles par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Le Parchemin, Champigny, Flammarion.Raf-fin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières: Clément Morin; Ottawa: Trillium; Sherbrooke Les Bi-blairies G.-G.Caza; Jollette : Villeneuve, Drummondvllle Librairie française.• Ce chiffre Indique la poslUon de l’ouvrage la semaine précédente Les Illustrateurs canadiens à Bologne C’est une illustration de Daniel Sylvestre qui a été choisie comme affiche officielle de l’Exposition Canada à Bologne à la Foire internationale du livre de jeunesse de Bologne du 5 au 8 avril 1990.Plus de 64 illustrateurs pour la jeunesse de partout au Canada y exposeront leurs oeuvres.Daniel Sylvestre est l’illustrateur des albums Zunik, de la série Notdog dans la collection Roman jeunesse et de la série des Inactifs dans la collection Roman plus de la Courte échelle.Diane Martin en cache une autre Diane Martin du Boréal qui sera le lieutenant de Jean Bemier, nouvellement nommé au Boréal, n’est pas la Diane Martin directrice de l’édition chez Québec/Amérique depuis trois ans.Cette dernière est toujours à son poste chez Québec/Amérique.Comme quoi deux Diane Martin valent mieux qu’une ! Prix littéraires Les poètes sont invités à participer au concours World of Poetry’s 14th Aimual Poetry Contest.Le grand pnx est de 1000 f La date limite pour envoyer un poème de 21 lignes ou moins est le 10 mars 1990.On envoie son manuscrit à : Eddie-Lou Cole, 2431 Stock-ton, Dept PR, Sacramento, CA 95817.La société des écrivains canadiens (section Toronto) invite les écrivains, poètes et prosateurs à son troisième concours littéraire organisé en collaboration avec le journal L'Express de Toronto.Les bourses offertes dans les deux sections du concours, poésie en tout genre et prose (nouvelles, récits, théâtre, essais, contes pour enfants, extraits de roman), sont de 50$.Les textes soumis doivent être inédits, ne pas avoir été présentés précédemment à ce concours, dactylographiés à double interligne ou tout au moins écrits à la main très lisiblement, envoyés en trois exemplaires, et ne pas dépasser 2000 mots pour la prose ou un ou deux poèmes (60 vers ou lignes pour l’ensemble) en ce qui a trait à la poésie.La date limite d’inscription est le 30 mars 1990.On doit faire parvenir le tout à : Concours littéraire, Sec.Toronto, a/s Jean-Raymond Saint-Cyr, 2210-500, avenue Duplex, Toronto, M4R 1V6.Renseignements : (416) 488-1071.Mort d’un traducteur Important Raymond Chamberlain, un traducteur américain installé au Québec depuis 1968, est dé cédé samedi dernier à 46 ans.Il a traduit plusieurs auteurs guébécois en anglais pour des éditeurs canadiens, dont Victor Lévy-Beaulieu, Jacques Ferron, Paul Chamberlan, Claude Beausoleil, etc.Des amis organisent une soirée commémorative.Contactez Liom Thelan, 932-3651 Rencontre québécoise Internationale des écrivains La 18e Rencontre québécoise internationale des écrivains aura lieu au Mont-Gabriel, du 27 avril au 1er mai, et aura pour thème : Les risques du métier.L’allocution d’ouverture sera présentée par Madeleine Gagnon, poète, romancière et essayiste, membre de l’Académie cana-dienne-française.Seront présents : Jacques Godbout, Naïm Kattan, Monique La-Rue, Madeleine O.Michalska, Jean Royer, Jacques Folch-Ribas, Louis Gauthier, Anne Hébert, et Petr Kral.Oeuvres complètes d’Alain Grandbois Les Presses de l’Université de Montréal lancent les trois premiers volumes des oeuvres complètes d’Alain Grandbois, mardi à 12 h au restaurant Le Vaudeville (361, rue Bernard ouest).Les trois ouvrages, qui paraissent dans la collection « Bibliothèques du nouveau inonde », sont : Poésie let Poésie II, qui rassemblent 563 poèmes dont près de 500 inédits; et Visages du monde, qui présente 104 émissions radiophoniques de Grandbois inspirées de ses souvenirs de voyage.Rencontres littéraires Micheline La France est l’invitée spéciale des Gens du livre le mardi 6 mars à 20 h au Bistro Chez Babou (3814, rue Saint-Denis).En 1980, Micheline La France publie une biographie de Denise Pelletier, La folie du théâtre et un recueil de poèmes, Le soleil des hommes.En 1985, eUe fait paraître un premier roman, Bleue, chez Libre expression.En 1987, elle réunit onze nouvelles sous le titre Le fils d’Ariane (La Pleine lune).Elle vient tout juste de terminer un deuxième roman, Le talent d’Achille.La « folle poète animante» Janou Saint-Denis reçoit cette semaine à la soirée La place aux poètes du mercredi 7 mars à 21 h, la célèbre auteur des Fées ont soif, Denise Boucher.Fête de la parole des femmes à La Butte Saint Jacques, 50, rue Saint Jacques.4999^963 Le Devoir, samedi 3 mars 1990 ¦ D-3 • leplaisirdes ivres Le bonheur des instants POUR NE RIEN VOUS CACHER Claude Jasmin Leméac Coll.« Vies et mémoires » Montréal, 1989, 27,95 $.O Michel LkURIN Tt Lettres A québécoises J’avoue tout de go avoir commencé la lecture du deuxième tome du journal personnel de Claude Jasmin avec une réticence certaine, m’attendant d’y retrouver certaines insipidités comme la louange dithyrambique d’une tarte a la citrouille de soeur Angèle ou autres faits aussi captivants, qui formaient une bonne partie du menu de Pour tout vous dire (Guérin, 1988).Surprise : l’écrivain de Pour ne rien vous cacher propose un texte d’une tenue tout à fait différente qui accorde moins d’importance aux anecdotes et aux événements ponctuels, s’attardant plutôt à décrire la charge d’émotions ou de sensations u’ils contiennent ou provoquent, certains moments, on éprouve même le plaisir imprévu de renouer avec l’émotion — et le style — de Maman-Paris, Maman-la-France (Leméac, 1982), récit toujours agréable à relire.Ce journal couvre les 10 der- ï niers mois de 1988.Il va de soi que, dans un premier temps, l’écrivain fixe, au jour le jour, le bonheur des instants.Il y parle abondamment — bien que pudiquement — de la compagne de sa vie.Ses parents décédés depuis peu viennent fréquemment s’imposer à sa mémoire; un touchant rappel de la vie de son père se révèle un véritable morceau d’anthologie.Il n’oublie certes pas ses enfants et ses petits-enfants.Il regrette aussi les difficiles relations entre un père et son fils, où jamais l’un ne peut être l’égal de l’autre, ce qui empêche ce que l’on désigne habituellement sous le vocable d’amitié.Sollicité de toutes parts pour donner son avis sur des livres, Claude Jasmin est un lecteur boulimique.Si de nombreux noms affleurent tout au long du texte, deux cependant reviennent plus régulièrement : Claude Mauriac, avec qui il a beaucoup en commun, et Françoise Dolto, qui lui fait comprendre encore davantage les mystères de l’enfance.Même si, contrairement au premier tome, l’auteur avoue ne vouloir « raconter que l’essentiel de ce qui (lui) arrive », il lui semble bien difficile de renoncer à quelques butinages sur l’actualité.C’est ainsi qu’il suit quelques péripéties du télévangéliste Lacroix.Ou qu’il avoue — sans doute imprudemment — sa sympathie pour le « gros bon sens » de Jean-Marie Le Pen.Il ne manque certes pas de parler du Jasmin polémiste qui fait parvenir J PHOTO JACQUES GRENIER Claude Jasmin aux journaux de nombreuses lettres ouvertes.Ces diatribes suscitant immanquablement des flammèches quand ce ne sont pas des brasiers.% Ailleurs, il se fait caricaturiste.À l’aide de quelques mots, il brosse des portraits qui veulent traduire l’essentiel d’une personnalité.André Arthur devient un « gueulard intempestif et démagogue » et Foglia, un « clown sarcastique et surdoué ».Si « Bou-rassa-le-petit (.) ce pusillanime » n’a pas besoin de présentation, Jean-Luc Mongrain a les traits d’un « inquisiteur impulsif », André Moreau, ceux d’un «superman infatué, jusqu’au morbide, de lui-même » et Jean-Pierre Guay, ceux d’un « copiste zélé (.) secrétaire de sa propre liste existence» et ailleurs, d’un « spleeneur ».Claude Jasmin ne s’épargne pas, même si sa plume est peu aiguisée : « libre-penseur et conservateur à la fois ».Il est amusant de lire ces gamineries et de nombreuses autres, surtout quand on sait qu’on les doit à la plume d’un quinquagénaire.Les préoccupations nationalistes de Claude Jasmin importent également beaucoup, notamment le problème linguistique québécois.Il se désole surtout de « constater que les immigrants, pour la plupart, refusent de s’intégrer à notre québécitude ».Il déplore ailleurs le rétrécissement constant de l’espace culturel québécois, qui doit sans cesse céder du terrain à la culture américaine.Il ne néglige pas non plus le vieux mais toujours actuel contentieux France-Québec, où les échanges littéraires se font généralement à sens unique.Au point, souligne-t-il, que quantité de lecteurs québécois éprouvent une certaine forme de honte envers les livres d’ici.Claude Jasmin touche également de manière fort habile à des problèmes fondamentaux de la condition humaine.De la hideuse mort, il écrira que son rôle consiste à « donner un sens à tout ce qui a été ».Et cette description de la vie même : « On vieillit, on grandit, on grossit et le décor de notre enfance devient un curieux monde litiputien ».Il écrira aussi qu’être adulte, c’est être écartelé entre les rêves de l’enfance et la réalité nécessairement toute autre.Dans la beauté, il voit une « injustice criante » : elle accorde aux hommes toutes Des espoirs émoussés L’AN QUATRE-VINGT Jean-Pierre Richard Pierre Tisseyre, Montréal, 1989, 242 pages.(M.L.) Certains m’avouent ressentir une grande déception suite à la lecture d’une critique qui insiste sur les aspects négatifs d’une oeuvre, surtout s’il s’agit d’une première publication; à les entendre, il ne faudrait souligner que les qualités des ouvra- ges recensés.Agir de la sorte entraînerait rapidement, me semble-t-il, la perte de toute crédibilité.Si un critique veut qu’on accorde un minimum de confiance en sa parole quand il écrit tout le bien qu’il pense d’un livre, il doit surtout faire la preuve qu’il peut aussi débusquer les récits de piètre valeur.Quel détour pour présenter le Sremier roman de Jean-Pierre :ichard, L’An quatre-vingt.Le dos du volume explique le titre en laissant entendre que l’axe central du récit porte sur le référendum du 20 mai 1980 et les espoirs qu’il a émoussés.La voix de Guy Mauffette LE SOIR QUI PENCHE Guy Mauffette Écrits des Forges JEAN ROYER Guy Mauffette est un découvreur de poésie.Durant plus de trente ans, entre 1939 et 1973, il montra au Québec le chemin des mots.Il fut, dira M.Jean-Guy Pilon, « un homme de radio exceptionnel».On l’a peut-être oublié aujourd’hui, mais Guy Mauffette a été un maître-réalisateur des textes de Claude-Henri Grignon (Un homme et son péché), de Guy Dufresne ( Le ciel par-dessus les toits) et de Félix Leclerc, qu’il fut le premier à encourager.Puis il porta la fantaisie radiophonique à son sommet comme animateur de séries d’émissions dont la plus populaire a peut-être été Le cabaret du soir qui penche, de 1960 à 1973.Cette « voix » qui porta la liberté radiophonique, c’est celle-là qu’on retrouve dans ce petit livre de textes et de poèmes réunis par les soins de Louise Blouin aux Écrits des Forges.Le Soir qui penche ressemble peut-être moins à un recueil de poèmes qu’à un éloge de la poé- sie.Ici le troubadour cherche à nous redonner confiance en la magie des mots.Il réunit des monologues fantaisistes, des contes minuscules, des aphorismes, des pensées amusées et amusantes sur la vie de tous les jours et sur les rêves de toute une vie.Ne cherchons pas une forme bien nette à toutes ces fantaisies mais voyons-y une cosmogonie joyeuse et douloureuse à la fois, où sont réunis les acteurs d’un rêve d’harmonie: noms de musiciens et de poètes se côtoient autour de la machine à écrire de Mauffette.On y rencontre Chopin et Paganini, Félix Leclerc et Boris Vian, pendant que l’auteur, lui, ne cesse de se plaindre qu’il.écrit mal.Car Mauffette ne se prend pas tant pour un roi heureux que pour un « roi mendiant », celui qui invente un monde contre l’ennui et l’ignorance.« J’écris mal, j’écris horriblement mal - parce que je ne sais désespérément pas.» Cette voix, modeste et libre, qui courait les ondes rie notre jeunesse et de la sienne, a bien fait d’accepter de se fixer dans un livre.Car elle sait encore aujourd’hui nous apprendre « le désordre d’une joie».La juxtaposition de quatre récits — qui a la limite pourraient chacun former une nouvelle — structure le roman.Ces textes sont signés par quatre membres d’une même famille : Adélaïde Le Clapier, une femme de 80 ans d’origine alsacienne, sa fille Delphine Zanth, une féministe de 40 ans qui vient de quitter le foyer familial, le mari de cette dernière, Eugène Saindon, même âge, auteur d’un recueil de poésie et mélomane averti, qui travaille actuellement comme réalisateur à Radiott (lire Radio-Canada), et, enfin, leur fils Louis, né en juin 1960 — sans doute le 22, symbole peu subtil qui permet de l’associer à la naissance de la Révolution tranquille —, qui a choisi de se « réfugier dans le rêve ».Chacun des quatre récits progresse laborieusement, accumulant davantage des détails accessoires que des faits importants, dans une narration où manque la chaleur.Comme s’il ne savait trop quel sentier emprunter, le texte les emprunte tous : il se fait tantôt critique sociale, se veut à d’autres moments une virulente charge contre Radiott, visant tant les administrateurs que les téléspectateurs, « cet être unique aux milliers de masques mous et dont le corps-à-faire (sic) a la fragilité d'une abaisse dans les mains d’un pâtissier » ; ailleurs, il desserte sur la mu- les faveurs désirées, mais se veut un sérieux handicap pour les femmes.Enfin, sa vision de la société — et de la civilisation — actuelle n’a rien de bien réjouissant : « nous grimpons aux escabeaux de l’avoir et du paraître.Cohue des pathétiques chercheurs de joie ».Mais le journal tire surtout son intérêt des passages où l’auteur avoue son amour de la vie, son souci de ne pas passer à côté des joies du quotidien.Car cet homme de 57 ans a su conserver le don de l’émerveillement dévolu et malheureusement trop souvent confiné à l’enfance, et il s’en sert abondamment pour débusquer les menus plaisirs de la vie et en jouir avec avidité, ce qui amène le lecteur à lui pardonner bien des naïvetés ou des puérilités.D’ailleurs, ne touche-t-on pas ici le seul corps à corps qui s’impose contre l’inéluctable, contre la mort ?Un livre, donc, où les sentiments et les émotions prennent une grande place, et qu’il fait plaisir de lire, car J as-min rejoint ici le « Tout homme porte en lui la forme entière de l’humaine condition » de Montaigne, avec ses qualités comme avec ses défauts.Auteur prolifique depuis des décennies — romans, récits, théâtre, essais, nouvelles, pamphlets, journal, critiques littéraires, feuilletons pour la télé —, chroniqueur polymorphe à la télé, membre de jury littéraire et 3uoi d’autre ?, il faut se deman-er si ce créateur compulsif n’est pas en train de produire un type d’écrivain québécois sui generis.sique et la littérature.Et je passe sous silence une multitude d’autres sujets cousus les uns aux autres comme une courtepointe au fil lâche et d’un goût douteux.Pour ne conserver que le thème du référendum, amené le plus souvent artificiellement, traité de manière répétitive et Sans progrès, se faisant simplement l’écho d’une multitude de clichés.Quant au ton, il se veut le plus souvent prétentieux et méprisant, à la hauteur des « aigreurs de mélancolie » d’un des narrateurs.Ces derniers semblent détenir le monopole de la grandeur d’âme; les autres ne sont que des « roturiers de la consommation », des « rampants prétentieux » ou des « crétin(s) gélatineux » qui « ne savent pas qu’ils existent ».Pas étonnant qu’ils lèvent le nez sur « notre fête nationale de pauvres buveurs de bière ».Il y a aussi les surnoms disgracieux et méprisants donnés à des membres du personnel de Radiott : entre autres Pintade, Gougoune et Pitou.Par contre, lorsqu’un narrateur parle d’un des siens, le ton est chamboulé : « Ma Muse a fui l’Olympe pour la Camelote ».Et un style alambiqué comme ce n’est pas possible, où « la texture des jours ne laisse pas facilement voir le fil qui nous lie au système et nous rive à la machine qui tisse nos vies pour en vêtir le diable et sa progéniture ».f r , Jacques Poulin LE VIEUX CHAGRIN C’est un roman qu'on habite comme il nous habite.C'est un récit qui nous touche autant qu'il nous fait toucher certains replis de l'âme humaine dans sa quotidienneté et dans le génie de la création, littéraire et fraternelle.Jean-François Crépeau, Le Canada Français Nouvelle version d'un chef-d’oeuvre: une réflexion qui toujours tend vers la plus parfaite simplicité, sur le métier d'écrire et le métier de vivre.Réginald Martel, La Presse Une histoire d'amour grave, pleine d'équivoques, qu'on lit en tremblant un peu.Gilles Marcotte, L'Actualité.¦a w s Prix QUÉBEC-PA RIS 1990 coédition LEMÉAC ÉDITEUR • AC '.TES SUD LOGIQUES LOGIDISQUE • Cv \> ï $ HIM IV 640 K 84,95$ HUGO PLUS li ilMI«nniil(i il U ufiiimiMlri Le quotidien y est décrit comme « l’assiette creuse où votre âme baigne dans la sauce du jour (.à côté du.) gras du confort ».Certaines phrases se veulent particulièrement énigmatiques : « Ce monde est un os pneumatique qui a perdu son oiseau de maître ».D’autres se travestissent en devinette : « Lorsque (mon père) est parti pour la première fois, il avait l’âge que j’ai maintenant plus l’âge que j’avais alors ».Quelques-unes sont lourdes de sens : « Le silence met parfois plusieurs jours à franchir le bruit d’une seule rue ».Ou encore mystérieuses : « Le floc de l’oeuf cassé ! La fascination du floc.C’est ainsi qu’Eugène définit le goût de notre époque pour les événements ».Ce récit de style poussif et besogneux, en marge de tous les courants littéraires contemporains, est loin de répondre aux attentes que le titre et le dos de la couverture promettaient; une fois sa lecture terminée, il ne laisse pas d’empreintes, si ce n’est celle d’un mauvais souvenir.Je termine avec une citation qu’on peut lire dans la dernière partie du roman : « L’écriture est le plus difficile de tous les métiers.On a beau avoir écrit toute sa vie comme on dit, lorsqu’il s’agit de sortir le chat du sac .» Selon toute vraisemblance, ici il n’y est pas sorti.n UKilDISQDI HUGO ELUS le dictionnaire et la grammaire p:ir Manseau, Malkn, Dos Roi lies.Li/.cc, lloiu Verification orthographique et grammaticale, compatible avec WordPerfect 5.1, WordPerfect 5.0, WordPerfect 4.2, Wordstar 4, Word 5, Ecrivain public, Secrétaire personnel.200 |< grand format disquette incluse 34,95$ APPRENDRE LA COMPTABILITE AVEC BEDFORD / APPRENDRE LA COMPTABILITÉ AVEC BEDFORD par Mutuelle Brodeur La comptabilité comme si vous étiez, en affaires! Un cours d'initiation, axé sur la pratique, qui inclut des simulations de compagnies sur disquette.93 p.grand format logiciel inclus 19,95$ APPRENDRE I.H TRAITEMENT APPRENDRE LE TRAITEMENT DE TEXTE AVEC L’ÉCRIVAIN PUBLIC par Yolande Thériauli, C.N.D.Ce manuel de cours, éprouvé en classe, contient un traitement de texte MS-DOS gratuit à l'intérieur! En veille partout cl chez LOGIDISQUE Inc.1225, de (’onde, Montréal (JC II3K 21M (514)933-2225 FAX: (514)933-21X2 MM* 'J?f y» collier d'HURRACAN Dans la tradition des grands romans historiques • • Ait XXe siècle, un (ircc exilé à Londres est envoi/é à lu Ilurhade afin de retrouver un descendant du dernier empereur de Constantinople, Gk»i» Le collier d'Hurracan 19,95$ Qyin^e- Louis Lefebvre D-4 U Le Devoir, samedi 3 mars 1990 • le plaisir des La thérapie systémique, revue et signée.Mony Elkaim SI TU M'AIMES NE M’AIME PAS Approche systémique et psychothérapie Mony Elkaim Seuil, Paris, 1989, 185 p.RENÉE HOUDE L'auteure est professeure au Département de communication de l'UQAM L’approche systémique en thérapie familiale a connu et jouit encore d’une grande vague.Watzlawick, Jackson, Ferreira et autres sont connus de la francophonie.Selon cette approche, la famille est un système relationnel ouvert en interaction dialectique avec d’autres systèmes; elle se maintient dans un état d’é- quilibre relatif (homéostasie) et, de l’intérieur de cette manière de comprendre les choses, la fonction du symptôme est de maintenir le système dans un certain équilibre.Ceci, au dire même de M.Elkaim, s’est « révélé extrêmement fécond au plan clinique.Mais les praticiens de ce champ se sentaient de plus en plus mal a l’aise à l’intérieur de ce carcan que leurs pratiques débordaient de toute part.Mes recherches se sont en partie concentrées sur ce point particulier» (p.12).L’effort d’Elkaim pour systématiser ses assises théoriques est remarquable.Non seulement il s’inspire des travaux de Pri-gogine sur les systèmes ouverts loin de l’équilibre mais il intègre les recherches de Von Foester, Varela, Maturana pour nous proposer un nouveau modèle qui installe le thérapeute au coeur même de l’autoréférence.Tel est le but avoué de l’auteur : fournir au thérapeute des outils — conceptuels et d’intervention — au coeur même de l’autoréférence.Directeur de l’Institut d’études de la famille et des systèmes humains (Bruxelles), formateur de thérapeutes systémiques en Europe et aux États-Unis — il collabore avec Mental Research Institute — neuropsychiatre, Elkaim est connu des Québécois.J’ai eu l’occasion de le voir travailler, en 1982, alors que je l’avais invité au module de psychosociologie de la communication de l’Université du Québec à Montréal.Déjà, il s’inspirait des intuitions qu’il explicite, systématise et illustre dans ce livre, et ce magistralement.« Ce qui est dit est toujours dit par quelqu’un ».L’objectivité thérapeutique est condamnée au paradoxe autoréférentiel.« Ce que décrit le psychothérapeute surgit dans une intersection entre son environnement et lui-même : il ne peut séparer ses propriétés personnelles de la situation qu’il décrit » (p.13).Autrement dit, le thérapeute nage en pleine autoréférence.C’est en quelque sorte un nouveau cogito.La notion d’intersection est capitale.« Dans le cadre de la psychothérapie, ce n’est pas la vérité ou la réalité qui importe, mais la construction mutuelle du réel.(.) Il n’y a plus d’adéquations à rechercher entre une carte préétablie et un territoire qui constituerait une pathologie à reconnaître.Ce qui importe n’est pas le territoire mais l’intersection des cartes, cartes du thérapeute aussi bien que des patients » (p.90).Ce qui importe, c’est l’intersection des cartes et non l’adéquation entre les différentes cartes et le territoire.Elkaim insiste, nous faisant comprendre que, ainsi, le thérapeute ne fonctionne pas avec ou dans un UNIVERS, mais avec et dans un MULTI VERS, selon l’expression de Maturana et Varela.Comme on le voit, nous sommes loin des postulats d’une approche mécaniste de la communication (cf.Shannon et Weaver) où communiquer est l’acte d’un émetteur qui envoie un message à un récepteur et où le principal souci est une transmission exacte et fidèle de l’information.Ici, la communication ne consiste plus dans une transmission d’information mais, comme le disent Maturana et Varela, dans « une coordination de comportements dans un domaine constitué de couplages structurels.» Intersection, résonance, assemblage explicitent l’autoréfé-rence.Ce sont là des concepts clés qui décrivent comment les cartes se croisent et comment l’intervention thérapeutique n’y échappe pas.On sait maintenant que le psy- chothérapeute fait partie du système.La prétendue bienveillance, d’où le regard même était exclu et qui avait pour but de maintenir le psychanalyste dans une posture de neutralité, tout comme l’écoute rogérienne fondée sur l’empathie, sont les postures mentales d’une personne donnée : celle du thérapeute.Ces ostures mentales appartiennent un sujet individue.Le mérite d’Elkaim est de délier les fils qui forment la trame de l’autoréférence et de décrire la situation d’intersubjectivité qu’est la psychothérapie selon un point de vue systémique renouvelé, avec intelligence et conviction.Le vécu du thérapeute n’est ni évacué ni pontifié, ni mis entre parenthèses, ni sacralisé mais, si l’on peut dire, exorcisé.dans la mesure même où il est décrit au coeur de l’autoréférence.Un livre pour spécialistes, rigoureux, clair et fascinant.«L’homme aux mille visages » MICHEL FOUCAULT ou la vie comme oeuvre d'art Didier Éribon Paris, Flammarion, 1989 MARCEL FOURNIER De Michel Foucault, Simone Signoret disait qu’il était le « plus grand philosophe français ».Et de son oeuvre, l’historien Paul Veyne parlait comme de l’« événement de pensée le plus important de notre siècle ».L’importance de Foucault ne fait aucun doute : traduits en plusieurs langues et largement discutés, ses ouvrages, de Les Mots et les choses à Surveiller et punir, sont des classiques de la littérature en sciences humaines.L’oeuvre est connue mais son auteur beaucoup moins, même si, dans les années 1970, il devient un personnage public avec un cours au Collège de France, ses publications et ses nombreuses activités militantes.Mais qui est Michel Foucault ?« Il portait des masques et il en changeait toujours », disait de lui Georges Dumézil, l’un de ses amis.En écrivant la biographie de « l’homme aux mille visages », Didier Éribon s’attaque à une tâche d’autant plus difficile qu’autour de ce personnage complexe et multiple circule tout un ensemble de rumeurs et de légendes.À plus d’un égard, la démarche de Didier Éribon, qui réunit objectivité et passion, est exemplaire : collecte de nombreux témoignages, présentation claire de chacun des ouvrages de Foucault, description précise des faits.Sa biographie est une réussite, car elle permet de faire revivre Foucault, en le situant dans une multitude de réseaux de relations et d’amitiés et dans le contexte intellectuel et politique français.Lorsqu’il aborde la vie privée de Foucault, Éribon le fait avec discrétion, en évitant le voyeurisme, mais il ne cherhe pas à cacher la vérité : amitiés et querelles, homosexualité, sida.Son ouvrage apporte quelques « révélations » pour les lecteurs qui ne connaissaient de Foucault que les écrits : adhésion au Parti communiste pendant ses études, influence de Dumézil, Canguil-hem et Athusser, initiation à la psychopathologie à l’hôpital Sainte-Anne, séjours de travail en Suède, en Pologne et en Tunisie, participation a des commissions gouvernementales, etc.Les unes après les autres, se brisent les fausses images et les étiquettes qui avaient été accolées à Foucault — structuralisme, gauchisme — pour laisser apparaître l’homme avec ses faiblesses — dont une mauvaise évaluation de la « révolution iranienne » — et surtout ses qualités, au plan de la pensée, des relations interpersonnelles et de l’action politique.Tout porte à croire que Foucault, qui était préoccupé par la stylisation de la vie, l’esthétique de la vie, a réussi, tout au moins durant les dernières années, à faire de sa vie une oeuvre d’art.Les communistes au Québec LE DROIT DE SE TAIRE Histoire des communistes au Québec Sous la direction de Robert Comeau et de Bernard Dionne.Montréal, VLB, 1989, 542 p.r% Yvan LAMONDE VT 'ASociété Après la dénonciation ou la persuasion idéologiques, après les travaux de Marcel Fournier, R.Comeau, B.Dionne et Andrée Lévesque, voici une somme historique sur la présence du Parti communiste du Canada au Québec.Ce collectif d’auteurs reproduit des études déjà publiées — Fournier sur les années 30, Lévesque sur Cowansville en 1931, Comeau et Dionne sur les années de guerre — ou publie en français des textes importants — Ryerson sur le camarade Be-,thune, Kealey sur Ryerson.Majoritairement originales, les contributions scrutent aussi la société québécoise des années de crise et sa réceptivité au militantisme communiste ; les apports les plus originaux concernent les dirigeants du PCC au Québec — Ryerson, Fred Rose, Henri Gagnon, Guy Caron — et la présence des communistes dans le syndicalisme, le tout bouclé par une utile chronologie et une bibliographie à jour.Cet objet d’étude n’est pas facile à mettre au point : sortir de la représentation des « communistes » ou du « péril rouge », désamorcer le prosélytisme et, surtout, prendre la mesure d’un phénomène, le PCC, qui fut à toutes fins utiles illégal au Québec de 1937 à 1957 et qui y com- pta 1000 membres en 1939, dont 200 Canadiens français essentiellement montréalais.La qualité et les stratégies du militantisme pallièrent-elles le petit nombre souvent clandestin ?Les communistes furent actifs dans le syndicalisme durant la crise et la guerre : le nom de militants — Léa Roback, Madeleine Parent, Kent Rowley —, de lieux — Cowansville, Témis-camingue — ou de syndicats — Union des marins canadiens ou Union internationale des ouvriers du vêtement pour dames — évoque cette présence parmi les travailleurs.Des communistes militèrent aussi contre la loi du cadenas au sein de la Ligue des droits de l’homme déjà étudiée par Lucie Laurin.Syndicalisme, droits démocratiques, front politique aussi, avec l’élection de Fred Rose dans Montréal-Cartier avant qu’il ne connaisse l’emprisonnement suite à l’affaire Gouzenko.L’ouvrage explore certes d’autres avenues du travail social et politique des communistes : associations de chômeurs, travail auprès des sans logement, à titre d’exemples.S’il situe bien le PCC dans le cadre du communisme international et s’il explique l’échec du Parti au Québec ce collectif requérait uhe conclusion, en particulier à propos du travail sur le terrain des communistes.Quel est le bilan social original des communistes au Québec.dans et hors du syndicalisme ?L’ouvrage constitue certes dorénavant une des deux ou trois références fondamentales sur le sujet.Il donne aussi le goût d’en savoir plus long sur les candidats communistes au Québec et sur leur succès électoral, sur le Dr Daniel Longpré ou à propos de l’intérêt de l’nis-torien Joseph Levitt pour Henri Bourassa.Deux hommes de leur temps MACHIAVEL Quentin Skinner Traduit de l’anglais par Michel Plon Paris, Seuil, 1989,186 pages LA MATHÉMATIQUE SOCIALE DU MARQUIS DE CONDORCET Gilles-Gaston Granger Paris, Éditions Odile Jacob, 1989, 178 pages CHANTAL BEAUREGARD Auteur contesté de plusieurs ouvrages dont Le Prince, qui sous-tend selon plusieurs, une conception politique sans préoccupation morale quant aux moyens et qui figure toujours parmi les lectures obligatoires de l’étudiant en science politique, Machiavel serait-il généralement mal interprété ?Pour Quentin Skinner, professeur de science politique à l’Université de Cambridge, la doctrine de Machiavel est tout à fait en-deçà ou totalement au-delà de la menace du machiavélisme, qui est néfaste et prive la politique de toute référence morale.Avec la rigueur et la patience de l’universitaire qui, pas un instant, ne perd de vue son su- Laver son linge sale en famille LA SUISSE LAVE PLUS BLANC Jean Ziegler Seuil, Paris SERGE TRUFFAUT Il ne s’agit pas ici du livre d’un essayiste, mais plutôt de l’oeuvre d’un franc-tireur; le cri en 186 pages de Jean Ziegler, sociologue et député, qui ne supporte pas l’idée que quotidiennement les principales banques de ce pays, géographiquement petit, blanchissent l’argent des crimes qui sont commis dans le vaste monde.Qualifiée de « foyer du crime », la Suisse accueille jour après jour des tonnes d’argent.Il y a l’argent « propre », soit celui des opérations financières normales.Il y a l’argent « gris », soit celui que les classes dirigeantes d’une foule de pays veulent conserver pour leur are jouissance.Dans cette gorie, on retrouve notamment les Marcos, Duvalier, Mobutu et consort.Enfin, il y a l’argent « sale », soit celui de la drogue, « de loin le plus important ».Selon Ziegler, les « émirs suisses », les patrons notamment de l’Union des banques suisses, du Crédit suisse et de la Société de banque suisse, « accueillent chaque année — camouflent, lavent et réinvestissent — des milliards de dollars, butin du trafic de la drogue, de l’arme-mement et autres activités criminelles ».Se référant à une étude signée par Interpol, Ziegler souligne que les bénéfices réaüsés par les seigneurs de la drogue atteignent, bon an mal an, les 500 milliards de dollars américains, l’équivalent du budget annuel de la Défense américaine ou de l’ensemble des achats en pétrole effectués par les pays occidentaux.Lavé selon ces techniques financières et fiscales de haute voltige qu’on apprend sur les bancs des HEC suisses, britan- niques, françaises, allemandes, américaines ou canadiennes, cet argent une fois réinvesti dans l’immobiüer et dans divers types d’activités économiques, cet « argent de la drogue, son cortège de violence, de chantage, de corruption menace de gangrène les principales démocraties occidentales ».Rien de moins.Cet argent, les banquiers suisses et prétendu « morale calviniste » le protègent avec d’autant plus de soin que si d’aventure son « possesseur » venait à disparaître, ces chers banquiers pourront en disposer.À cet égard, l’exemple des capitaux qu’avaient voulu protéger les communautés juives lors de la montée du nazisme est éloquent.La Suisse lave plus blanc se divise, grosso-modo, en deux parties.Dans la première, Ziegler explique et décortique les us et coutumes des pontes de la drogue, turcs, colombiens ou libanais.Dans la seconde, il explique comment les dictateurs d’Afrique, d’Amérique et d’Asie détournent à leur profit, entre autres choses, les sommes prêtées, par exemple, par le FMI.Tout au long de cet ouvrage, Ziegler démontre, exemples à l’appui, comment la classe politique de ce pays aux prétentions démocratiques se vautre avec délectation dans le fleuve financier du crime.Inquiétant et vertigineux.jet ou ne s’éloigne des documents, il reconstitue et raconte la vie, la formation, l’action diplomatique et politique de Machiavel.Un ouvrage bien écrit et fort agréable qui saura intéresser, je crois, un assez large public.?Né en 1743, le marquis de Condorcet a soutenu à l’âge de 16 ans une thèse d’analyse mathématique devant d’Alembert.Sa brillante carrière de mathématicien, de démographe et d’économiste se doubla d’une oeuvre philosophique donnant sur des prises de position politiques.Aussi, cet intellectuel joua un rôle essentiel dans la naissance de la République française et demeura jusque dans sa prison où il mourut en 1794, un nomme des Lumières.Mais, si le rôle de précurseur qu’a joué cet homme est assez connu en matière de politique grâce à de nombreux essais, le propos de Gilles-Gaston Granger est fort différent.Il s’attarde plutôt à faire connaître les idées très nouvelles de Condorcet concernant une science possible de la société, mais aussi les raisons encore actuelles de son relatif échec.Bien plus qu’une tentative pour introduire la mesure dans les sciences sociales, le mot Mathématique sociale, dans l’oeuvre du marquis de Condorcet, est l’esquisse générale d’une science de l’être humain.Elle marque également « un épisode particulièrement significatif des sciences humaines, propre à éclairer de façon inattendue certains avatars de la science contemporaine.» I GUERIN littérature JEANNE POMERLEAU LES GRANDES CORVÉES BEAUCERONNES Dans une Beauce fictive des années quarante: la pesée publique, la punition au goudron, la chicane des urines, les concours de confessions, la fessée des têtes chaudes et tout le charme d’une anthropologie du quotidien.ÉDITEUR • IMPRIMEUR • LIBRAIRE 4501, rue Drolet.Montréal (Québec) II2T2G2, W (514) 842-3481 Distributeur exclusif: Québec tiares, « (514) 327-6900 Le Devoir, samedi 3 mars 1990 ¦ D-5 l
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.