Le devoir, 13 février 1988, Cahier D
•AHîR LE LE LE LE LE PLAIS S ¦ Best-seller : Une invitation pour Matlock, de Robert Ludlum/D-2 ¦ Lettres québécoises : Homo plasücus, de François Hébert; Lettres d’une autre, de Lise Gauvin; quatre nouveaux poètes/D-3 ¦ Philosophie : Heidegger et le nazisme, de Victor Farias, et la traduction d'fitre et temps, de Martin Heidegger/D-4 ¦ Feuilleton : La Fille du shérif, de Marcel Aymé/D-5 ¦ Lettres françaises : Les Vaisseaux du coeur, de Benoîte Groult; quatre romans d’Emmanuel Bove/D-5 ¦ Sport : Les Jeux Olympiques d'hiver, de Stéphane Vallet/D-6 ¦ Américains : trois ouvrages sur le système politique des États-Unis/D-7 ¦ Carnets : Patrice de la Tour du Pin, quêteur du Dieu de joie, de Jacques Tremblay/D-8 ¦ Architecture : les places publiques, l’histoire et les maisons de campagne des Montréalais/D-8 ¦ Capsules : le palmarès des best-sellers, la vie littéraire et les ondes littéraires/D-2; la vitrine du livre/1)-4; dans les poches/D-6 Montréal, samedi 13 février 1988 V*.wpk;.¦ssm La buse et l’araignée Un roman, fort et audacieux : c'est ainsi que se présente La Buse et l’araignée, de Jean-Yves Soucy.Il s'agit, en fait, de deux longs récits qui disent les cheminements parallèles d'adolescents en révolte, l'un contre son père, l'autre contre sa mère.Et de leur quête d'affection alimentée par un complexe d’Oedipe traumatisant.Un ouvrage publié dans quelques jours aux Herbes rouges.JEAN-YVES SOUCY J 5 AI toujours détesté mon père et il le devinait, qui ne s’occupait pas de moi.Sans doute que ma haine le blessait car il s’absentait constamment de la maison; quand il rentrait, c’était fin soûl, pour Jacques Grenier/Les Herbes rouges JEAN-YVES SOUCY.ne pas me voir.Maman gueulait, avec raison; il la frappait en jurant.Ensuite, il pleurait et, morveux, quémandait notre pardon.Je lui tirais la langue; maman, elle, pardonnait toujours.Et ça recommençait le lendemain.J’ai suggéré à maman qu’on déménage pendant qu’il serait absent.Elle m’a répondu de ne jamais répéter pareille sottise.Ce n’était pas une sottise, bien au contraire, la meilleure solution.Elle était malheureuse, si malheureuse que je n’y pouvais rien faire.Je pleurais chaque soir, pas tant du comportement de mon père que de la souffrance de maman.Et je rêvais de le tuer.Quand la télévision montrait des meurtres, je m’imaginais à la place de celui qui tirait, et c’était mon père qui recevait les balles.Pendant quelques secondes, je nageais en pleine euphorie.Tout serait devenu si simple ensuite ! Maman aurait été heureuse avec moi, je lui aurais fait oublier ses malheurs passés, cet homme qui lui avait gâché ses plus belles années.Mais elle l’aimait et voulait continuer de vivre avec lui.Elle l’absolvait en le priant de s’amender; il promettait, et chaque fois elle le croyait, espérait contre toute logique.Quand ma grand-mère maternelle déblatérait contre lui, maman prenait sa défense : « Il faut le comprendre .» Et patati, et patata .Le comprendre, hein ! Facile de comprendre que c’était un lâche, un sans-coeur et un égoïste.Comment pouvait-elle continuer de l'aimer ou, du moins, se le faire accroire ?Je le trouvais d’une laideur repoussante.J’avais des nausées en pensant qu’il couchait avec ma mère si belle, qu’il l’embrassait avec son haleine puante, qu’il la touchait avec ses pattes sales, qu’il la .Comme je jalousais les enfants qui me racontaient que leurs parents venaient de se séparer ! Peut-être que.Oui, quand j’étais petite, très petite, j’aimais follement mon père.Et lui aussi, il m’aimait.Il me prenait sur lui et, des heures durant, me berçait.Je m’endormais dans ses bras si forts, doux pourtant.À cette époque, il avait une bonne odeur.Je ne me lassais pas de son « parfum à moustache » (c’est ainsi que j'appelais sa lotion après-rasage) qui m’enveloppait tel un cocon.Quand nous sortions, il me donnait la main ou, plus souvent encore, me hissait sur ses épaules d’où je dominais le monde.J’étais alors plus grande que les plus grands adultes, et, avec les longs pas de mon père, aucun heu n’était trop loin pour moi.Je disais « là ! », et en quelques secondes nous y étions; « là-bas ! », et nous nous y rendions.En ce temps-là, je considérais mon père comme mon homme a moi, à moi seule; il le serait toujours, et quand je vieillirais, je le prendrais pour mari.Ma mère et moi, nous nous le disputions en silence, chacune essayant de l’attirer à elle.Même que je lui disais parfois : « Tu es méchante, va-t-en ! Laisse-nous seuls, c’est mon mari à moi.» Cela la faisait sourire et j’en rageais.J’enviais sa beauté, ses formes que tous les hommes remarquaient.Je souhaitais qu’elle tombe amoureuse d’un voisin et parte avec lui, comme dans les films.Et puis un jour .Je ne sais pas pourquoi, il a cessé de m’aimer et m’a abandonnée.Je ne me rappelle aucun événement particulier, ni période de transition; j’étais tout pour lui, et le lendemain, je n’existais plus à ses yeux.Je me souviens seulement que je me suis mise à le détester de toute mon âme.Il était subitement devenu un être odieux, un soudard violent et braillard.Maman et moi nous retrouvions dans le même bateau, femmes trahies que l’épreuve rapproche.Je la découvrais toute douceur et sensibilité.J’avais été injuste et, surtout, m’étais trompée de personne en aimant : elle seule méritait mon affection.Il fallait que je remplace son mari, car même s’il n’avait pas quitté le foyer, rentrait parfois, il resterait à jamais un absent.Je devais aimer maman à sa place; elle, m’aimer pour deux.À compter de ce moment, j’ai désiré que cet homme disparaisse tout à fait.Longtemps j’ai cherché le moyen de le liquider (parricide, disait le dictionnaire), sans rien trouver que des histoires compliquées qui n’aboutiraient pas, que des machinations hors de portée d’une fillette de sept ans.Les mois passaient, et il était toujours là, à nous empoisonner la vie, à nous empêcher de nous consacrer totalement l’une à l’autre.Pourtant, la solution était toute simple, et c’est mon vieil ami qui me l’a donnée à son insu.J’ai arrêté mon plan; prête, j’ai guetté le moment propice, de la même manière que la buse regarde l’attaque pour ne frapper qu'à coup sûr.Quand les conditions favorables furent réunies, je n’ai pas hésité une seconde.[.] (Tous droits réservés, 1988, éditions des Herbes rouges.) Le Nouveau Monde à portée de toucher La seule librairie au pays à se spécialiser dans l’histoire du Québec JULIE STANTON «Donnez-moi des regards, des sentiments, des gens» QUÉBEC — Vous cherchez désespérément un ouvrage qui aurait été écrit sur votre bisaïeul ?Il vous manque des éléments de premier ordre pour compléter un travail en ethnologie portant sur les Inuit ?La costumière aurait besoin de plus d’informations concernant le costume d’époque au début du siècle dernier ?Vous ne fatiguez pas à courir partout ! La réponse à vos affres, vous la trouverez à coup sûr dans l'un des 5,000 titres de la librairie du Nouveau Monde, la seule du genre au pays à se spécialiser dans l’histoire du Québec.Sise rue Saint-Pierre, juste à côté du musée de la Civilisation, cette caverne d’Ali Baba renferme des trésors non seulement pour les historiens, ethnologues, archéologues et autres chercheurs, mais aussi pour le simple citoyen avide de remonter aux origines, de feuilleter l’album de famille, de découvrir les hauts et les bas de notre histoire maritime ou, encore, de visiter Québec et Montréal via leur passé architectural.Tout mais tout y est.ou presque ! Dénicher le titre rare, fournir une liste informatisée d’ouvrages traitant des événements socio-politiques à s’être déroulés chez nous de 1867 à 1917, établir le contact entre deux chercheurs, rien ne semble impossible à Jérôme Leclerc et Danielle Gagnon, pour qui ces différentes dé-marches ne posent guère plus de dé- Suite à la page D-8 Photo PC DANIELLE GAGNON et JÉRÔME LECLERC devant leur librairie.Lisa, son père et la narratrice vivent une histoire de séduction dont la tragédie est masquée par l’humour — comme il se doit.Cela se lit d’un trait.On y entend la voix émue et drôle d’une nouvelle romancière qu’on pourrait situer quelque part entre Emile Ajar et Salinger.Mais cette voix reste bien celle de José Fréchette qui, à 33 ans, n’est pas snob pour deux sous, possède beaucoup de talent et un véritable tempérament d’écrivain.« L’écriture de ce roman a brassé beaucoup de choses dans ma vie.Je me suis remise en question.Il ne me restait qu’une seule certitude : celle de mener à bout cette histoire.» Un premier roman, abandonné après 125 pages et intitulé La Peur dos anges, avait précédé Le Père de Lisa.« Il était autobiographique et racontait quatre soirées de ma vie.Mais je trouvais ce manuscrit ennuyant.Ensuite, l’histoire de Lisa s’est imposée.Tout ce que je voulais, c'était écrire une histoire de plus.Je me suis aperçu, en cours de route, que cette histoire tout à fait innocente était beaucoup plus autobiographique que le premier essai.Non pas au premier niveau mais au cinquième sous-sol de l’inconscient, Le Père de Lisa touchait des choses menaçantes en moi.» Bien sûr, il n’y paraît rien.On a beau savoir que José Fréchette est psychologue de métier et qu’elle a déjà observé des chimpanzés à l’instar de sa narratrice, son roman n’a rien à voir avec sa vie de tous les jours.On y reconnaît, cependant, une histoire de séduction qui met en cause les figures du père et de la mère ainsi que les relations avec l’enfance.Mais là où la biographie commencerait, c’est la fiction qui s’installe.Une fiction qui va à l’essentiel, comme chez certains écri- vains américains que José Fréchette admire tant.« J'aime le rythme de la littérature américaine.Je viens de décou vrir Joyce Carol Oates, c’est un pur plaisir.J’aime la façon de certains écrivains d’aller à l’essentiel, de faire un livre avec presque rien.C'est une chose dont je suis fière, avec Le Père de Lisa : il y a là une fragilité.Je sais que ce livre peut être balayé de la main.L’histoire joue à la frontière de la banalité.Je n’aime pas les auteurs qui vont se donner comme mission de faire la chronique d'une époque, avec beaucoup de personnages et d’événements.J’aime plutôt qu’on me parle de sentiments humains.» Quand elle pense à ses écrivains québécois préférés, José Fréchette mentionne deux auteurs de chansons, Michel Rivard et Pierre lluet.En général, la littérature québécoise ne l’impressionne pas.Sauf peut-être celle de Michel Tremblay, qui lui parle, cependant, de moins en moins, dit-elle.« Je me sens à distance de la littérature québécoise.Je la lis comme on regarde passer un train.J’ai l’impression que certains auteurs veulent faire plus beau que vrai.D’autres livres semblent avoir pour but principal de jouer avec les mots, de les retourner de bord.Cela ne me touche pas.Cela m’endort.Ce que je cherche, dans un roman, c’est du sentiment humain.» L’esthétique de José Fréchette tient plus à la vériféqu’à la beauté.La romancière ne recherche pas le style pour le style mais plutôt la vérité dans chaque mot, dans chaque détail de l’histoire.Elle a gommé de son manuscrit, pourtant déjà mince, une quinzaine de pages qui, même si elles étaient réussies, ne collaient pas très bien au personnage de Lisa.« Je ne peux pas laisser passer des choses seulement pour la beauté des choses.Bien sûr, je m’amuse aussi avec les mots.Mais les mots, ce sont des outils.Il faut qu'ils soient soumis à la situation.Il ne faut pas se laisser emporter par les mots.Je me demande toujours si ce que j’écris est vrai par rapport aux personnages.C’est peut-être pourquoi je peux écrire deux phrases en trois heures, certains jours.C’est comme si chaque phrase portait à bout de bras le roman.« Ce rapport entre la vérité et la beauté est très important pour moi.l’ar exemple, si je regarde un album de voyage ou de famille, je n'aime pas les photos de paysages ou de cathédrales.La photo que j’aime lt plus, c’est celle où la personne est assise devant la caméra et sait qu'elle se fait photographier.Cette confrontation nous révèle quel genre de personne elle voudrait être.Une telle photo nous en apprend plus qu’un instantané.Donnez-moi (les gens, donnez-moi des regards.C’est ce que je cherche dans tout ce que je fais.» José Fréchette n’est pas de celles qui prétendent être heureuses à tout prix.Elle est contre cette « société du bonheur » à laquelle on voudrait nous faire croire.« On peut très bien être malheureux et aimer.On dirait que, dans cette société, il faudrait vivre les peines d’amour avec sérénité, en mangeant des légumes verts et en faisant de l’aérobique ! Moi, je réclame le droit d’être malheureuse ! Quand on se promène sur la rue, on voit plein de gens malheureux mais tout le monde fait comme si.Pourquoi faudrait-il absolument être bien dans sa peau et toujours ?( >n a beau manger des légumes verts autant qu’on veut, une peine d’amour sera toujours une peine d’amour, qui dérange et qui fait mal.» JEAN ROYER POUR José Fréchette, l'écriture se révèle « le plus beau rapport amour-haine qu’on puisse trouver sur la terre ».Le succès immédiat de son premier roman, Le Père de Lisa (les Quinze, éditeurs), ne lui fait certes pas oublier qu’elle a mis trois ans à le terminer, dont une année complète d’un lourd silence en compagnie de ses personnages.« La crampe de l’écrivain, je connais bien, dit-elle.Durant un an, j’ai eu mal à la main.L’écriture était bloquée.J’étais sans doute incapable d’en affronter les enjeux.Puis, un beau matin, c’est reparti sans que je sache pourquoi.» L'auteur du Père de Usa, JOSÉ FRÉCHETTE : « Les mots, ce sont des outils.Ils faut qu’ils soient soumis à la situation .» Photo Jacques Grenier sss- le .ïolclvWta* V,e stfence y,ldiW»R s\M« KO»»1-'" e#*$.' J ‘ -i Êspflgn* 1 J h'x'pdj,'»11’ 1 ^ MUBMHMUI Le nouveau roman de JACQUES FOLCH-RIBAS LE SILENCE OU LE PARFAIT BONHEUR 168 pages-14,95$ étrange histoire, raffinée et sauvage à la fois, contée par un écrivain qui connaît le poids des mots et des silences.En vente chez votre fournisseur ÉDITIONS ROBERT LAFFONT Le Devoir, samedi 13 février 1988 E PLAISIR Mc LEFLAIST LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Les best-sellers Fiction et biographies 1 Myriam première Francine Noël VLB d)* 2 La Popessa Murphy/Arlington Lieu commun (2) 3 Une Invitation pour Matlock Robert Ludlum Laffont (3) 4 Blizzard sur Québec Alice Parizeau Québec/Amér.(5) 5 Brume Stephen King Albin Michel (4) 6 Sans les mains P.D.James Mazarine 0) 7 Les Filles de Caleb I et II Arlette Cousture Québec/Amé.(-) 8 La Nuit sacrée Tahar Ben Jelloun Seuil (6) 7 L’Amour au temps du choléra G.Garcia Marquez Grasset (7) 9 L’Héritage Victor-L.Beaulieu Stanké (8) 10 Le Fou du père Robert Lalonde Boréal (-) Ouvrages généraux 1 Prévenir le burn-out Jacques Languirand Héritage (2) 2 La Bombe et l'orchidée Fernand Seguin Libre Expression (1) : 3 Dieu ne joue pas aux dés Henri Laborit éd.de l'Homme (3) j 4 La Part du lion Linda McQuaig du Roseau (4) 5 Génération II Hamon et Rotman Seuil (-) Compilation laite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal Renaud-Bray, Hermès, Champigny, Flammarion, Raffin, Demarc; Québec Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi Les Bouquinistes, Trois-Rivières Clément Morin.Ottawa Trillium; Sherbrooke : Les Biblairies G.-G.: Caza: Joliette Villeneuve; Drummondvllle Librairie française.* Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente ; Hasch de guerre UNE INVITATION POUR MATLOCK Robert Ludlum Paris, Robert Laffont 1987, 353 pages (titre original : The Matlock Paper, 1973) SYLVIE MOISAN JAMES MATLOCK est professeur de littérature anglaise à l’université de Carlyle, dans le nord-est des États-Unis.Il mène une vie rangée dans cette petite ville apparemment sans histoire, jusqu’au jour où il est contacté par un agent fédéral qui lui apprend que Carlyle est, en fait, le chef-lieu d’une puissante organisation criminelle, baptisée « Memrod ».Trafic de drogue, maisons de jeu, prostitution, les activités de l’organisation sont très diversifiées et représentent une dangereuse menace pour le pays.Memrod a des complices dans tous les milieux et a même infiltré la poüce de Carlyle.L’agent Loring remet à Matlock une mystérieuse invitation qui doit lui permettre d’assister à une réunion secrète entre les membres de l’organisation Memrod et les dirigeants de la pègre locale.Si Matlock accepte cette mission dangereuse, bien qu’il soit averti que plusieurs de ses collègues sont impliqués dans l’affaire, c’est surtout parce que son jeune frère est mort d’une overdose et qu’il entend bien contribuer à faire cesser l’odieux trafic de drogues.Mais, le soir même, l’agent fédéral Loring est assassiné et Matlock devra se débrouiller seul.Nous assisterons alors à toute une série de rebondissements dans l’histoire.Matlock devra faire face aux terribles complices de Memrod sans pouvoir désormais compter sur raide des services de sécurité qui lui ordonnent de cesser son enquête.Sa fiancée sera violée et torturée, sa maison dévastée et sa vie constamment menacée.Il en viendra même à tuer un homme pour échapper au péril.Mais il tiendra bon.Après avoir mis sa fiancée sous bonne garde, il réussira à remonter la filière du crime jusqu’à la tête dirigeante.Grâce à la complicité de militants noirs armés jusqu’aux dents et fort bien entraînés, il démantèlera le réseau dans un ultime combat qui fera 23 morts, ce qui nous vaudra quelques sanglantes descriptions.Ce roman, écrit en 1973 et récemment traduit, nous ramène à l’époque des cheveux longs, des manifestations estudiantines et du Black Power.Il nous arrive d’être surpris à l'évocation de ces « méchants drogués» qui fument du hasch ou de la mari et on pourra LA VIE LITTERAIRE MARC MORIN Septième édition du prix Edmond-de-Nevers U N E ÉTU LIANTE de deuxième cycle à l'Université Laval, Hélène Bédard, vient de décrocher le septième prix Edmond-de-Nevers, attribué par l’Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC).L’ouvrage primé par l’institut est une thèse de maîtrise en histoire : Les Montagnais et la réserve de Betsiainites, 1850-1900, dirigée par Marc Vallières et co-dirigée par Denys Delage.Le jury du prix était présidé par Brigitte Dumas, du département de sociologie de l’Université de Montréal.Pour cette septième édition du prix Edmond-de-Nevers, 1TQRC a reçu 31 inscriptions provenant de sept universités québécoises, dont 18 pour les seules universités Laval et de Montréal.La littérature était la discipline la mieux représentée avec neuf candidats.Pour encourager la formation de jeunes chercheurs en matière culturelle, 1TQRC assure la publication de la thèse primée et remet à son auteur une médaille commémorative.La remise RECHERCHE La supraconductivité à haute température par K.Alex Müller et J.Georg Bednorz Les par Pierre Thomas Les mutilations sexuelles par Michel Erlich Les médicaments antiviraux par Michael R.Harnden L'avenir des centrales par Claude Colinelli La par Jean Bébin de l'eau 8*1*°' .jésuite*' pionnier* de la *c,en,C moderne - p°r _ Thuillier pierre «nü Mo 1^5 .A,50$ OFFRE SPECIALE D’ABONNEMENT • Un an: 36,00s Je souscris un abonnement d’un an (11 nos), à LA RECHERCHE, au prix de 36,00$.Veuillez payer par chèque établi à l’ordre de Diffusion Dimédia Inc.Nom.Profession.Adresse.Ville.Code Postal. retourner accompagné de votre règlement à: Diffusion Dimédia, 539, Boul.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2.«Un délai, d'au moins 8 semaines, interviendra entre la date de la demande d^abonnement et la réception du premier numéro.L'abonné(e) le sera pour officielle du prix 1988 à Mme Bédard aura lieu le 22 avril, à l’occasion du Salon international du livre de Québec.Gilles Tibo à Bologne L’ILLUSTRATEUR Gilles Tibo a été invité à participer à une exposition mondiale des meilleurs illustrateurs de livres pour enfants, dans le cadre de la 25e Foire du livre de jeunesse qui aura lieu à Bologne (Italie) du 7 au 10 avril.L’ouvrage qui sera exposé est Annabel Lee, d’Edgar Allan Poe, dans la traduction française de Stéphane Mallarmé, publié en 1987 (également en anglais) par les livres Toundra.G dies Thibault, qui signe « Tibo », est né à Nicolet en 1951.Autodidacte, il a illustré plus de 30 livres pour enfants mais considère Annabel Lee comme son meilleur travail.Rock, le roman UNE SEMAINE avant que la | un an, à compter du premier numéro reçu.» Les Belles Rencontres de la librairie HERMES Aujourd’hui 13 février de 14h à 16h MICHÈLE MAILHOT Béatrice vue d’en bas BORÉAL Mardi 16 février de 16h à 18h Des élèves de Honfleur (France) qui ont édité DES ENFANTS.DES ARTISTES.HONFLEUR et des élèves de Nouvelle-Querbes qui ont édité MONTRÉAL VU PAR LES ENFANTS Vendredi 19 février de 17h à 19h David Schinkel et Yves Beauchesne LE DON Pierre Tisseyre Samedi 20 février de 14h à 16h MARCEL TRUDEL Mémoires d’un autre siècle BORÉAL Samedi 27 février de 14h à 16h Jacques Foich-Ribas LE SILENCE Robert Laffont Samedi 5 mars de 14h à 16h FRANCINE NOËL Myriam Première vlb éditeur venez regarder avec nous apostrophes le dimanche à 14h30 de9à9 363 jours cette année 1120, ay.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 minisérie dramatique Rock prenne l’affiche à Radio-Canada, les éditions JCL, de Chicoutimi, lançaient hier, à Montréal, le roman du même titre, d’Alain Gagnon, inspiré du scénario de Monique Messier, réalisé par Jean Lepage pour les productions SDA.Rock est l’histoire d’un adolescent fugueur qui découvre les pièges de la grande ville, se drogue et va jusqu’à la prostitution pour réussir à survivre.Alain Gagnon est né à Saint-Félicien, au Lac-Saint-Jean, en 1943.Licencié en lettres de l’Université Laval, il a déjà signé une douzaine d’ouvrages, dont Le Gardien des glaces (Cercle du livre de France, 1984) et L’Absente et voilà, JCL, 1985).Notre collègue Paul Cauchon reparlera la semaine prochaine de la minisérie Rock dont le premier de six épisodes sera diffusé à 21 h le jeudi 18 février à la télévision de Radio-Canada.Une rétrospective Gauvreau DANS LE CADRE de quatre jours d’événements organisés par le Playwrights Workshop, Janou Saint-Denis ouvre une rétrospective des oeuvres du poète et dramaturge Claude Gauvreau, à la Place aux poètes de mercredi prochain.Jacinthe Chaussé, Lise Fortin, Christian et Janou Saint-Denis liront des poèmes de Gauvreau au cours de cette soirée basée sur l’essai-témoignage de Mme Saint-Denis, Claude Gauvreau, le cygne (Presses de l’Université du Québec, 1978).La Place aux poètes débute à 21 h le mercredi, à la Folie du large (1021, rue de Bleury - métro Place-d’Armes).Renseignements : 397-1222.L’Art global oublié L’ALBUM Canada, de Mia et Klaus, primé au récent gala des prix Gutenberg (voir cette chronique du 6 février), a été publié par Libre Expression, mais en collaboration avec la maison d’édition Art global.Le communiqué de Libre Expression avait omis cette précision.s’étonner d’y voir des professeurs d’université consommer régulièrement de l’acide.La cruauté machia-vétique du chef de Memrod, l’énorme puissance de l’organisation, de même que l’identité de ses membres nous paraissent également quelque peu invraisemblables, mais, après tout, peut-être cela tient-il à notre connaissance insuffisante des milieux interlopes ! L’auteur mène son récit de main de maître.Dès le départ, tous les éléments sont savamment mis en place puis, à mesure que l’histore avance, le rythme s’accélère, le suspense grandit et l’intrigue se resserre jusqu’au dénouement final, ce point culminant où le lecteur, le coeur battant et la gorge serrée, découvrira enfin qui est le mystérieux chef de Memrod.Photo Michelle Ryder /Grafton Books ROBERT LUDLUM.À l’exécutif du SLM LES MEMBRES de la corporation du Salon-du livre de Montréal nommés lors de l’assemblée annuelle tenue récemment sont : Roch Carrier, auteur (président), Pierre Lespé-rance, éditeur (vice-président), François Beauvais, papetier (secrétaire), Éric Ghédin, éditeur (trésorier), Jean-Claude Guichard, libraire (conseiller), et Gérald Lefebvre, distributeur (conseiller).Sont également membres de la corporation : François Barcelo, auteur, André Bastien, éditeur, René Bonenfant, éditeur, Stéphane Carré, libraire, Jean-Pierre Gagné, imprimeur, David Homel, traducteur, Lucie Julien, conseillère en littérature jeunesse, Monique Khouzam, bibliothécaire, Yvon-André Lacroix, bibliothécaire, Élisabeth Marchaudon, libraire, Ralph Rhyman, éditeur, Guy Saint-Jean, éditeur, Catherine Saouter-Caya, éditrice, et Jean-Yves Soucy, auteur.Le prochain Salon du livre de Montréal (lie édition) se tiendra à la place Bonaventure du 17 au 22 novembre 1988.TÉLÉVISION Au réseau français de Radio-Canada, ce soir à 19 h, le romancier et dramatrurge Michel Tremblay est l’invité de l’émission Samedi de rire.A Radio-Canada, le dimanche à 9 h 30 : Livre ouvert, une série conçue pour promouvoir le goût de la lecture chez l’enfant.Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h : à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.À Radio-Canada, dimanche à 16 h, Nathalie Petrowski et Daniel Pinard animent La Grande Visite, une émission où l'on reçoit parfois un écrivain.À Radio-Canada, le mardi à 13 h 15, l’émission Au jour le jour présente une chronique sur les livres tous les deux mardis.À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.Sous le thème « Affaires privées », Bernard Pivot reçoit Françoise Giroud, José Arthur, Huguette Bouchardeau, Bernard Frank, Annie Ernaux et Geneviève Galley.(Reprise le dimanche 21 février à 14 h.) Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission Écriture d'ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à 14 h 30.) RADIO AM À la radio AM de Radio-Canada, du lundi au vendredi, aux Belles Heures, entre 13 h et 15 h, Suzanne Giguère parle de littérature.RADIO FM A CIBL-FM, Montréal, dimanche à 17 h 30 : Textes.Yves Boisvert lit des extraits de L'Irrésolue, de Daniel Guénette.Produite par CFLX-FM (Sherbrooke) et présentée par les Écrits des Forges, l'émission est également diffusée sur CKRL-FM (Québec).A Radio-Canada, lundi à 16 h : Fictions, magazine de littérature étrangère, animé par Réjane Bougé, avec les chroniques de Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.A Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature d'ici, animé par Marie-Claire Girard, avec les chroniques de Jérôme Daviault (essais), Roch Poisson (fiction) et Robert Mélançon (poésie).A Radio-Canada, mercredi à 16 h : Littératures parallèles, animé par André Carpentier, avec les chroniques de Michel Lord (science-fiction/fantastique), Jean-Marie Poupart (policier/espionnage) et Jacques Samson (bande dessinée).A Radio-Canada, mercredi à 21 h 30 : Le Jardin secret.Gilles Archambault reçoit Alexis Salatko.A Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.« L’Empire des lettres », introduction à la littérature chinoise classique (6e de 10 émissions).A Radio-Canada, jeudi à 16 h : Les Idées à l'essai.Richard Sa-lesses s’entretient avec Jean Tulard au sujet du Dictionnaire Napoléon (Fayard).A Radio-Canada, vendredi à 17 h : L'Art et la plume.« La critique musicale » (7e de huit émissions).__^ ^ Nicole Avril: des personnages aux blessures secrètes, qui recherchent l'irremplaçable Amour.Nicole Avn' Sur la peau du Diable plairuuaû°n Roman Flammarion I Le Devoir, samedi 13 février 1988 M D-3 LE PLAISIR /Joe LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres Des gadgets de plastique et des polaroïds de l’époque HOMO PLASTICUS François Hébert Montréal, éditions du Beffroi 1988, 130 pages LETTRES D’UNE AUTRE Lise Gauvin Montréal, l'Hexagone coll.« Typo », 1987, 146 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN FRANÇOIS HÉBERT est un acrobate.Homme de pirouettes éblouissantes.Homme de défis, de gageures risquées.Chacun de ses livres est une performance.Il aurait la plume sportive.Bien évidemment, un livre, c’est, en soi, une performance.Écrire, se faire publier, déjà.! François Hébert, cet oulipien, aime bien se donner des contraintes, faire tourner des ballons sur son nez.Pour le plaisir et l’ébahissement de ses lecteurs.L’an dernier, il publiait un fablier : Le Dernier Chant de l’avant-dernier dodo.Tel quel.Faut le faire ! Cette année, alors que, sur la scène du TNM, nos meilleurs comédiens s’étranglent sur les plus beaux vers de Racine, il nous livre cette petite chose (130 pages, dont quelques-unes à peu près blanches) toute écrite en alexandrins ! C’est très très réussi.Très très moderne (en font foi le titre et l’illustration de la couverture).Le classicisme de la rime, les jeux de césure et de rejet, ce sont des règles à pervertir — je veux dire, François Hébert ne se prend pas pour Aragon, ni pour Racine d’ailleurs, qu’il a depuis longtemps mis dans sa pipe.Ça s’écrit sans les mains.On peut en faire une « Divine Poutine » ou une « Poutine comédie», c’est selon.Mieux encore, ça permet le recours à tous les procèdes littéraires et du discours (pourquoi s’en priver ?).François Hébert n’est pas à court.Quant à l’aventure, tenez-vous bien ! Entre l’auteur-créateur, qui nous dira ce qu’il faut bien en penser, et sa création, un écrivain, (aux prises avec le héros de son roman qui se Photo Jacques Grenier FRANÇOIS HÉBERT.rebelle contre le sort que ce dernier lui fait et on le comprend : il lui donne le sida ! ), tous les carambolages sont permis.Descente aux enfers et montée au ciel incluses.Ça se passe à Paris (où ce fut d’ailleurs écrit en deux mois : une galéjade) dont la toponymie et les noms de stations de métro se prêtent si bien aux alexandrins.Cela est divisé en cent chants.Je ne sais pourquoi, mais je soupçonne qu’il y a une raison.Dans ces jeux savants, il faut savoir apprécier les références, s’investir un peu quand même.Bon prince, François Hébert nous donne des chants d’un seul mot, du 83e au 87e.Et pour savoir qu’en penser, voici le début du 96e chant : « L’enseignement de ce conte, car il y en a un/ (Au moins), c’est que les gens, je n’en excepte aucun, / Font, pensent et disent vraiment n’importe quoi.» Avec des airs d’écrire n'importe quoi et une élégance détachée, François Hébert nous décrit les tourments du créateur et de sa création.Divertissement raffiné que j’ai trouvé un peu long parce que, en février, je suis un peu lourd et l’insoutenable légèreté .?À leur parution, en 1984, j’avais été vivement impressionné par la lecture des Lettres d'une autre, de Lise Gauvin.Je l’ai dit, j’ai l’esprit lourd, donc lent.La vie autour, je n’y comprends goutte.Aussi, j’adorë les livres qui me la chuchotent, me la coupent en petits morceaux et me la servent sans pirouettes ni fariboles.Pour tout dire, j’y trouvais une peinture d’époque saisissante.Ces lettres me livraient des polaroïds bien nets d’une certaine fin de siècle, quelque part en Amérique.Faut dire que les lettres, moi, depuis la mort de ma dernière correspondante, je succombe.Leur respiration et leurs silences.La communion qu'on peut interrompre et y revenir avec l’état de grâce.Venons-en à celles-ci, de lettres, rééditées par l’Hexagone, en collection de poche « Typo ».Quatre ans plus tard, je les relis avec un plaisir neuf, plus intense que le souvenu- que j'en avais.Elles me rejoignent encore mieux.Ai-je grandi, suis-je moins lourd ?Cette Maléchite, loin de sombrer dans Proust comme celle de Victor-Lévy Beaulieu, découvre les charmes pervers de notre schizophrénie particulière : notre volonté féroce de faire la fête face à Photo Kèro LISE GAUVIN l'apocalypse et à l’extinction, et de décaper, s’il faut un passé se fabriquer; notre dégoût de l’hiver et notre passion d'en parler; notre goût de New York, notre méfiance fascinée à l'égard de Paris et nos Rocheuses, parce que nous ne céderons rien.Etc.Faut dire que celle qui écrit ces lettres est persane.À l’instar de Montesquieu se demandant, il y a deux siècles, comment on peut être français (?!!!), elle se demande comment on peut être québécois.Chère Roxane, je dirais, la question est de plus en plus intéressante et bien intellectuelle, sans vouloir l’amoindrir.Roxane est donc persane et découvre Montréal, Québec, New York et Vancouver pour établir des pôles, mais surtout notre littérature « devenue assez costaude pour qu'on puisse vivre à l’intérieur d’elle.» (dixit Victor-Lévy Beau-lieu dans LE DEVOIR du 30 janvier, page D-8).Et le féminisme ! Car, Persane ou Québécois, on sait bien maintenant que de révolution, ici, il n’y a eu (n’aura) que celle-là.La Persane a de l’empathie.Elle sera donc victime de la séduction agressive que les Québécois, ces xénophobes proverbiaux, colonisés et conquis se décapant eux-mêmes avec une belle vigueur et acceptant mal qu’on le leur fasse, mettent volontiers en branle pour les étrangers.Elle, Roxane, la Persane, restera dans ce sacré pays, envoûtée par le charme ambigu de ces sacrificateurs au Dieu-Soleil des plus galeuses républiques.Lise Gauvin est aussi québécoise que Montesquieu est français, et mériterait d’être décorée.D’abord, la réédition.Bravo ! C’est un essai qui a les essentielles qualités du genre : intelligence (bien sûr), sensibilité (surtout), pénétration (là où la pro mière et la seconde qualité permettent d’aller plus loin).Me reste le regret d’avoir inconsidérément décidé de traiter de ces deux livres dans une même chronique.Le premier ne fait pas le poids, mais ça, c’est la rémoulade journalistique de l’heure de tombée.Mande pardon.Connaissez-vous œs nouveaux poètes?FÊLURES D’UN TEMPS 1 Bernard Antoun Montréal Louise Courteau éditrice, 1987 INLANDSIS Marie-Claire Corbeil Montréal, Guernica, 1987 MONTRÉAL BRÛLE-T-ELLE?Hélène Monette Trois-Rivières Écrits des Forges, 1987 LA DANSE DES PLUIES DE FEMMES LES CAUCHEMARS DU CRITIQUE D’ART Alain-Arthur Painchaud deux recueils chez Le Tournant du siècle, éditeur, 1988 (Diffusion : Lucie Drame, 4540, avenue de l'Hôtel-de-Ville, Montréal, H2T 2B1) JEAN ROYER LA POÉSIE d’aujourd’hui prolifère dans une diversité presque innombrable.Les nouveaux poètes ont lu leurs aînés.Ils savent écrire dès leur premier recueil.Plusieurs possèdent déjà une voix personnelle et un ton particulier.En voici quatre, voix étonnantes parmi les autres.*• Bernard Antoun, poète d’origine libanaise, s’invente un chant souverain, fluide, où baignent les beautés du monde.Chez lui, la poésie nomme ces « fêlures du temps » contre le mal et l’amertume, contre la violence et la mort.Ces poèmes interrogent la condition humaine à même « la voix de la terre » et la « voix des siècles qui traverse la chair ».On y lit une maîtrise peu commune du langage : « Aux confins de nos angoisses/ dépouillées notre citadelle de papier/ notre seul bien déridé/ - cette grande BERNARDANTOUN.#>’ -À'*#»,, folie d’aimer/ malgré la haine des murs/ malgré les ronces humaines/ et les aurores qui jappent après nos lunes.» ?Marie-Claire Corbeil, au contraire, écrit le cauchemar de vivre.Sa prose douloureuse déchire des ombres.« Imaginez l’inlandsis, écrit-elle : sol édenté, rongé par la brume, sol incertain, mer et terre confondues.Imaginez-le gris, oppressant, sans confins; bosselé, crevassé, hérissé de strastuggis.» Voilà une poésie qui ose jusqu’à l’envers de la lumière la quête de l’identité.Marie-Claire Corbeil détruit des fantômes qui ne dorment pas toujours en chaque lecteur ou lectrice et dont l’errance nous révèle Faut LEDEVOIB.poui lQ ciouE®* MARCEL LABINE PAPIERS D’ÉPIDÉMIE POÉSIE Dans un entrelacs serré, dense et touffu, Marcel Labine propose une écriture qui est à la fois mémoire, marche, territoire et jeu.LES HERBES ROUGES PAPIERS D'ÉPIDÉMIE des mondes qui se défont au bord du néant.On n’oublie pas ces proses bien taillées qui répondent à l'obsession du vide et dénoncent l’antimonde dans lequel nous vivons si mal.?D’autre part, on pourrait qualifier de poètes « rockeurs» Hélene Monette et Alain-Arthur Painchaud, dont les livres s’inscrivent dans un des principaux courants de la nouvelle poésie.Car, depuis le début des années 1980, plusieurs jeunes poètes haussent la voix et remettent en question la société de consommation, du confort et de l’indifférence.Ces poètes s’attaquent à la violence dérisoire qui étreint l’individu de cette fin de siècle.Hélène Monette ironise et crie contre des institutions sociales et politiques où l’on maquille la détresse du réel.Il y a, dans Montréal brûle-t-elle ?, une vigueur irrésistible, une énergie imbattable où la poésie devient un manifeste écologique au sens le plus large.Plus loin que l’ironie, voici une poésie de la révolte qui s’attaque à une société « grotesque (où) tout le monde fait semblant » : « et moi je vous regarde à peine/ à tort comme de travers/ et moi je/ suis amère déjà complètement/ sur glace/ déjà assassinée dans l’ordre/ des choses.» Hélène Monette conclut son manifeste sans concession : « L’humiliation a une ville : Montréal poésie.» La «Libre City Poésie» s’est trouvé un autre hérault en Alain-Arthur Painchaud, témoin de la vie marginale du plateau Mont-Royal mais aussi porte-parole de la révolte des jeunes.Ses deux recueils, qui viennent d’être publiés par une toute nouvelle maison d’édition, nous proposent un délire qui va du pire au meilleur.Le langage de cette poésie éclatée n’évite pas les facilités du calembour et du jeu de mots, ni les pièges du pamphlet nourri de gratuités.Le poète rebelle fonde son propos sur la présence « des sorcières attentives » et sur « la religion du présent ».En même temps, son ironie s’empare de fables et d’allégories du quotidien pour se moquer de la dégradation des valeurs politiques et sociales.Le programme de ce poète « armé », c’est-à-dire désarmé devant notre monde, peut se lire ainsi : « Sombrer dans le délire oublier la vie/ Reconstituer la mort et déchiqueter les parcelles/ À l’horizon le sable mouvant/ Qu'on l’assaille qu’on l’assassine/ On bouche les ouvertures rien n’est permis/ Les sentinelles du romantisme sont endormies/ Et je crie dans le désert le démonde la perversité/ Qui me pousse à tendre des pièges des pièges tendres.» À travers les éclats de cette écriture, percent aussi les accents pathétiques d’une nouvelle voix collective qui a la mémoire urbaine : « Le chien de Gauguet jappe/ Sur l'ombre des Boubou-macoutes/ Drapeau en berne et blasons redorés.» Mais il y a surtout, derrière cette poésie, le désespoir des enfants de l’an 2000 ; « Nous alimenterons la fin du monde/ Avec dignité grâce et don de soi.» libraires demandé(e)s La Librairie Champigny est présentement en pleine effervescence.Nous sommes à la recherche de libraires d'expérience, de jour et de soir, afin de combler des postes de "responsables de rayons".Si vous possédez, plus de deux ans d'expérience en librairie et désirez, travailler auprès du publie dans une librairie qui bouge, nous aimerions vous connaître.Champiôriy Mont-Royal 844-2587 OUVERT 7 JOURS JUSQU'À 21 H Librairie Champigny me 4474.rue Samt-Dems Montréal xi 'y • *¦ -I MB ESSAIS Hervé S' ^Hamon Patrick Rotman w H.Hamon P.Rotman Après les Années de rêve, qui relataient le grand chambardement des années soixante, Hervé Hamon et Patrick Rotman poursuivent la tresque d’une génération Dans les Années de poudre, leur récit «vrai» nous entraîne de l’après-Mai 68 à aujourd'hui 39,95$ Jean Ziegler Ce livre explore un paradoxe: ce sont les peuples les plus pauvres qui connaissent le plus sûrement les sens cachés de la vie Les riches aujourd'hui sont souvent culturellement les plus démunis.Les pauvres sont l’avenir des riches Un nouveau livre choc de Jean Ziegler 29,95$ Schéma* delarais°n AMoN«wn La biographie de Franz Kafka Franz Katka est un véritable mythe moderne, par son oeuvre comme par sa vie.La réussite de cette biographie de Pawel tient à ce qu’il s’est attaché à décrire l'homme tout en évoquant son milieu, en utilisant de façon pertinente quantité de témoignages, ainsi que tous les textes, littéraires ou privés, laissés par l’auteur.Un solide ouvrage de référence autant qu’un récit captivant.47,95$ Sous la direction de Paul Watzlawick Nous construisons le monde, alors que nous pensons le percevoir Telle est l'idée principale de ce recueil qui tente d'élaborer, dans les disciplines les plus diverses, .ce point de vue «constructiviste».49,95$ Editions du Seuil Aldo Naouri nous présente, à partir d'exemples cliniques, une «grammaire élémentaire», régissant les rapports père/enfant, mère/enfant, sans oublier les rapports père/mère.31,95$ EN VENTE CHEZ VOTRE LIBRAIRE D-4 ¦ Le Devoir, samedi 13 février 1988 LE PLAISIR wU-LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR livres LA VITRINE DU LIVRE Heidegger et la « grande noirceur » HEIDEGGER ET LE NAZISME Victor Farias Lagrasse, éditions Verdier octobre 1987, 332 pages LETTRES ETRANGERES SERGE GOSSELIN AU MOMENT où les historiens allemands et quelques dirigeants politiques à Bonn s’interrogent sur la place à accorder à l’État hitlérien dans le processus historique de l’Allemagne, Victor Farias nous livre une recherche pour le moins intéressante sur Martin Heidegger et son implication à l’intérieur des structures du Parti nazi.Ce philosophe qui est resté un fervent défenseur du nazisme ^participé à son ascension dans le milieu universitaire fribour-geois et dans les principaux centres d’enseignement supérieur du pays.L’auteur montre, à travers les écrits, les discours, les réflexions de Martin Heidegger, comment il en est venu à participer activement au développement du régime nazi.Il relate également son soutien à Hitler de même qu’aux SA (sections d’assaut) et SS (échelon de protection).Il est un partisan de la ligne dure des SA et de son chef, le capitaine Ernst Rohm, qui sera assassiné le 30 juin 1934 par des membres internes du parti qui le considéraient comme trop révolutionnaire.Heidegger continuera, néanmoins, à vociférer contre les régimes démocratiques et, en particulier, le système weimarien.Il défendra les positions du Führer Adolf Hitler et exposera ses vues personnelles sur l’avenir de la société allemande.Recteur de l’Université de Fribourg, il créera un mouvement d’étudiants qui aura pour tâche principale de s'employer à défendre les idées du parti et à expliquer le projet de Hitler de « Lebensraum » (espace vi- Comme LE SOLEIL EN FACE Julian Barnes Paris, Stock, « Bibliothèque cosmopolite», 1987 MARIE-CLAIRE GIRARD Pourquoi les visons s'accrochent -ils si farouchement à l'existence, dites-moi ?FA qu'est-il arrivé aux trois sandwichs et demi que Lindbergh n 'a pas mangés au cours de sa traversée de l'Atlantique en solitaire ?J EAN, l’héroïne du roman Le Soleil en face, se pose ce genre de questions.En plus de se demander pourquoi les juifs n’aiment pas le golf, comment Mussolini s’y prend pour mener si bien sa barque et pourquoi le ciel est en haut de la cheminée.Ridicules, ces interrogations ?Pas plus, finalement, que celles de son fils Gregory qui réussit à poser le problème de Dieu de 15 façons différentes.Que Dieu existe, que Dieu n’existe pas, que Dieu ait existé autrefois mais qu’il ait cessé d’exister, que Dieu existe effectivement mais qu’il nous ait abandonnés : a) parce que nous l’avons cruellement déçu ; b) parce que c’est un salaud qui se lasse de tout rapidement, que Dieu n’existe que pour autant qu’on croit en lui, etc.Julian Barnes, qui nous avait déjà donné Le Perroquet de Flaubert, nous propose, cette fois-ci, un roman qui se pèle comme un oignon : par couches successives, nous découvrons la profondeur des personnages qui semblent, au premier abord, complètement dénués d’intérêt, et même enfermés dans une stupeur un oignon opaque.Mais voici que la très ordinaire Jean et son non moins banal fils se révèlent d’intrépides métaphysiciens tout à fait attendrissants en qui le lecteur se retrouve et à qui il s’attache malgré lui.Le titre du roman fait allusion à l’anecdote que raconte à Jean, alors qu’elle a 18 ans, un aviateur de la RAF qui a eu le rare privilège de voir le soleil se lever deux fois lors d’une mission de combat au-dessus de la Manche.Cette étrange histoire poursuivra Jean toute sa vie, qui sera longue puisqu’elle vivra 100 ans.Et ce face-à-face double avec le soleil (de l’ignorance ?) n’est pas sans se rapprocher de toutes ces histoires de visons, de sandwichs et de juifs qui n’aiment pas le golf.Ces thèmes récurrents rappellent la technique qu’emploie John Irving dans ses romans (souvenez-vous du crapaud du ressac cher à Garp).Mais Julian Barnes étant anglais, il y ajoute avec bonheur une espèce de stoïcisme en chaussons qui désamorce le côté consternant que pourrait avoir la chronique de ces deux vies somme toute fort quelconque.Mais c’est ce qu’il y a d’extraordinaire dans ce livre : qu’à partir de presque rien, Le Soleil en face pose les véritables questions, les mêmes, bien sûr, qui existent depuis que le monde est monde, mais avec une originalité et une vigueur qui les renouvellent et entrouvent même une lucarne.La lucarne qui nous permettrait peut-être de considérer en face, une fois pour toutes, ce singulier soleil qui a le culot de se lever deux fois dans la même journée.La presse dissidente d’URSS affine ses moyens tal) en vue d’assurer à tous les Allemands un plus grand épanouissement.Dans sa croisade pour le développement d’un État national-socialiste, Heidegger sera secondé par plusieurs autres professeurs d’universités allemandes.Il ne faut pas voir dans ce philosophe un personnage isolé dans la période 1933-1945.Au contraire, la majorité des maisons d’enseignement sera contrôlée par des gens favorables au NSDAP (Parti national-socialiste allemand des travailleurs).Mais la contribution de Heidegger s’inscrit dans un cadre particulier où il fait ressurgir les notions de patrie locale (« Hei-mat »), d’État, d’être et de temps.Pour lui, ces notions ont une valeur particulière et seul un État national-socialiste peut renouer avec la tradition et mettre en lumière le travail d’un peuple, justifiant ainsi la raison d’être des individus.Ce livre contient une foule de renseignements inédits sur la vie de Martin Heidegger entre 1933 et 1945, notamment.L’auteur fait ressortir également l’infiltration du NSDAP dans les maisons d’enseignement pour le contrôle du système d’éducation.Pour Hitler, il s’agit d’une étape importante dans la consolidation de son régime.Il relate, enfin, la vie universitaire et le soutien des professeurs au parti hitlérien.Ce qu’il faut retenir de la lecture de cet ouvrage, c’est tout le contexte dans lequel la pensée heideggerienne s’est développée et de ses activités tant au poste de recteur que comme militant attentif au sein du NSDAP.Il s’agit d’un travail de pionnier contenant de nombreuses sources bibliographiques et des témoignages essentiels pour la compréhension des événements passés.Victor Farias aura au moins réussi, à travers le personnage de Martin Heidegger, à faire revivre une époque de grande noirceur que certains ont encore de la difficulté à disposer sur le paysage historique de l’Allemagne.MARTIN HEIDEGGER.Photo 1 F.de Touarnickl/Flammarion Une traduction GUY FERLAND AUTOBIOGRAPHIE Régis Debray, Les Masques, Gallimard, 284 pages.RÉGIS DEBRAY, conseiller du président François Mitterrand, auteur de romans et d’essais politiques et philosophiques, personnage mythique du révolutionnaire (incarcéré en 1967 en Bolivie), ami du « Che » Guevara, d’Allende, de Castro, fait un tapage de tous les diables avec son autobiographie que certains qualifient d’auto-flagellation.On le soupçonne même de faire le jeu de la droite française à la veille des élections présidentielles, en dévoilant pêle-mêle sa vie privée et sa vie publique.Les formules à l’emporte-pièce abondent, les portraits saisissants fusent (de Simone Signoret, d’Althuser, d’Allende et de Mitterrand, entre autres), et les critiques acerbes à son propre endroit ne laissent pas leur place.Les titres des trois parties de cette autobiogra- Les masques Gallimard phie donnent une bonne idée du ton du livre : « On dirait un roman .»,« Mais ce n’est qu’une histoire.»,« Comm’y en a cent par jour».COÉDITION Suzanne Paradis, L’Été sera chaud; Pierre Gripari, Contes cuistres; Georges Thinès, Le Quatuor silencieux, Guérin littérature et L’Âge d’homme, coil.« Contemporains », 200,160 et 108 pages.EN COÉDITION avec L’Âge d’homme, la jeune maison d’édition Guérin littérature publie six livres par année, quatre en provenance de Lausanne et deux du Québec.On nous propose une réédition du roman de Suzanne Paradis, L'Été sera chaud, dans lequel la mort louvoie entre la haine et l’amour.Dans les Contes cuistres, Pierre Gripari, auteur d'une trentaine d’ouvrages, ne fait pas de quartiers.Il s’installe dans le pédantisme le plus éhonté.« Le lecteur trouvera donc ci-après une bonne quinzaine de récits dont la grande majorité suppose, de sa part, une connaissance préalable des oeuvres de Victor H ugo, de Zola, de Platon, de Kipling et même de Pierre Gripari, sans oublier les Nuits de Musset, et les vieux contes chinois, le Nouveau Testament et les aventures de Pi-nocchio .» Plus modeste Georges Thinès propose des histoires d’errance et d’enfance dans lesquelles le temps joue un facteur déterminant.HISTOIRE Georges Arsenault, Les Acadiens de l’ile, 1720-im, éditions d’Acadie, 296 pages.L’HISTORIEN Georges Arsenault présente l’histoire des Acadiens de l'île-du-Prince-Édouard sur une période de 260 ans.Il tente principalement d’étudier « le phénomène de la survivance linguistique et culturelle en fonc- Les Acadiens de 1 île i72omo La Reine Soleil l.e\ee litlrnilur tion du contexte global dans lequel les Acadiens de 111e ont évolué ».Rappelons, à la suite de l’auteur, que les Acadiens constituent 12 % de la population totale de la province et se trouvent principalement dans le comté de Prince.« Bien que d’origine française, plus de la moitié des Acadiens insulaires ne parlent plus la langue ancestrale, situation imputable à de nombreux facteurs démographiques, sociologiques et politiques.» ROMAN Gérard Étienne, La Reine Soleil Levée, Guérin littérature, coil.« Roman », 196 pages.HAÏTIEN engagé, résistant, emprisonné et torturé plusieurs fois a Port-au-Prince, forcé à l’exil sans un sou èn poche, Gérard Étienne a réussi à faire des études universitaires de troisième cycle à Montréal malgré la répression qui l’a obligé à un deuxième exil au Nouveau-Brunswick, où il enseigne maintenant tout en continuant d’élaborer une oeuvre colossale, tant par son ampleur que par sa qualité, qui a été saluée dans le monde entier comme « l’une des voix autorisées de la littérature noire dans le monde ».Écrit sans conjonctions de coordination, La Reine Soleil Levée plonge au coeur de la réalité haïtienne avec ses paradoxes, ses monstres, sa violence et la tyrannie du pouvoir.LIBRAIRIES Librairie, librairies, regards d’écrivains, textes rassemblés par Marion Hennebert et Nina Kehayan, éditions de l’Aube, 90 pages.QUELLE bonne idée ! Rassembler des courts textes d’écrivains célèbres sur les librairies, qu’ils fréquentent forcément assez souvent.On comprend que cet endroit les inspire profondément et donne les plus belles pages de la littérature.Des textes de Michel de Montaigne, Paul Verlaine, Claude Roy, Anatole France, Italo Calvino, Michel Butor, Frank Scott Fitzgerald, Raymond Chandler, Gabriel Matzneff, Robert Walser, André Gide, Georges Perec, etc.SPi5 m • ¦¦ -I i i (Mmiarrti hki LITTÉRATURE Maurice Rhcims, Les Greniers de Sienne, Gallimard, 276 pages.GRAND ACADÉMICIEN et excommissaire-priseur le plus célèbre de France, Maurice Rheims connaît bien le domaine de l’art.Son dernier roman se déroule, comme un polar, à un train d’enfer.Une jeune femme, Catherine, esthète et restauratrice née, issue d’une des grandes familles du Nord, nage dans le monde de la spéculation de l’art comme un poisson dans l’eau.Elle séduit et s’enrichit.L’académicien, lui, s’amuse avec cette héroïne moderne et joue des clins d’oeil à qui mieux mieux.MOSCOU (AFP) — Une nouvelle revue dissidente soviétique utilise avec-succès l’.quipement occidental sophistiqué de dernier cri pour publier des documenLs en URSS, au moment où les autorités réaffirment la nécessité du contrôle de l’État sur l’imprimerie et l’édition.La revue non officielle Référendum, publiée par le journaliste Lev Timoféev, dont le premier numéro est sorti le 10 décembre, est en effet imprimée à l’aide d’un ordinateur Toshiba-lOOOretié à une imprimante Kodak, comme l’explique la notice technique à la fin de chaque exemplaire.On est loin du style samizdat dactylographié, toujours utilisé par d’autres publications non officielles telles que Vybor ou Express Khro-nika, qui, elles non plus, n’ont pas accès à l’imprimerie d’État.L’ancien prisonnier politique Ser-gueî Grigoriants, qui a commencé à publier, en juillet dernier, son bulletin non officiel Glasnost (transparence), a recours à la photocopie pour diffuser sa publication.Il serait prêt à utiliser l’informatique, s’il avait un meilleure imprimante électronique, dit-il.Cependant, alors que les activités d'édition de dissidents tels que Grigoriants et Timoféev prennent de l’essor, grâce à leurs contacts à l’étranger, le porte-parole du ministère soviétique des Affaires étrangères Guennadi Guérassimov a réaffirmé, il y a quelque jours, l’attachement de l’État à contrôler l’imprimerie et l’édition en URSS.Il a souligné que les coopératives d’édition indépendantes ne seraient pas autorisées.Il rejoint sur ce point le président du Comité d’État pour l’imprimerie, l’édition et la librairie, Mikhaïl Nenachev, qui avait assuré, en décembre dernier au cours d’une conférence de presse, que les coopératives d’édition ne seraient pas créées essentiellement en raison de la pénurie de papier.Selon M.Nenachev, 50 % de la demande ne peut être honorée dans le domaine des belles lettres et 35 % à 40 % seulement en ce qui concerne la littérature pour enfants.difficile ÊTRE ET TEMPS Martin Heidegger Paris, Gallimard coll.« Bibliothèque de philosophie » série « Martin Heidegger » 590 pages, 1987 GUY FERLAND IL AURA fallu attendre près de 60 ans pour avoir enfin une traduction complète et légale d’un des textes fondamentaux de la philosophie du 20e siècle.Et quelle traduction ! En France, on crie au scandale, à la trahison.Les philosophes, les traducteurs et les spécialistes de Heidegger sont sur un pied de guerre.Certains attaquent le traducteur, d’autres le défendent.Les passions se déchaînent dans un milieu habituellement plus serein.D’abord, pour bien comprendre le litige, il faut faire un léger retour en arrière.Martin Heidegger publie Être et temps en 1927.C’est immédiatement le succès, la gloire et les méprises.Sa nouvelle façon de penser bouleversa complètement la philosophie.Son « analytique du Da-sein » appelait à une interrogation incessante sur l’oubli de la question du « sens de l’être ».Pour ce faire, Heidegger devait aller à l’encontre de toute la métaphysique et, par le fait même, du langage qui en est imprégné.D’où la difficulté de son texte qui ne cesse de travailler la langue pour essayer de lui faire dire ce qu’elle cache essentiellement.Les Allemands eux-mêmes parviennent difficilement à le comprendre.Imaginez les problèmes que doit rencontrer un traducteur ! Une première traduction partielle est toutefois publiée dès 1937, par Henri Corbin, dans une anthologie heideggerrienne.Dans les années 40, Joseph Royan traduit d’autres fragments.Mais la première véritable traduction, des paragraphes 1 à 44 seulement, parait en 1964 chez Gal- limard.Elle est d’Alphonse de Wael-hens et de Rudolf Boehm.Depuis, on promettait toujours la traduction de la seconde partie.Dans les années 70, Jean Lauxeroix et Claude Roël s’étaient mis à la tâche.En 1980, le fardeau change de mains et c’est François Vezin qui est chargé de la traduction par Gallimard et Jean Beaufret.En 1985, à bout de patience, Emmanuel Martineau (déjà traducteur de Heidegger chez Gallimard) décide, sans consulter personne, de traduire et de publier à compte d’auteur sa propre traduction intégrale, mais « illégale ».C'est peut-être à ce coup de force qu’on doit la parution de la traduction « officielle » de Vezin.Quoi qu’il en soit, on comprend, à travers cette vaste saga, que la traduction de ce livre demeure un défi.Mais est-elle impossible ?C’est à ce niveau que s’affrontent deux conceptions de la traduction.Pour François Vezin, qui se réclame des célèbres mots de Jean Beaufret (« Si vous voulez lire Sein undZeit, apprenez d’abord l'allemand ! »), la traduction ne doit pas remplacer le texte original; elle doit même y conduire.Seule une confrontation des deux textes (traduction et original) peut permettre une certaine compréhension.Pour Martineau, au contraire, il faut rendre l’accès possible au lecteur français seulement.Deux choix opposés qui donnent des résultats nettement différents.Bref, cette traduction « officielle » pose des problèmes inhérents à la pensée ambiguë de Heidegger qui disait lui-même que, si Être et temps a dû rester inachevé, c’était parce que la pensée « n’en vint pas à bout avec l’aide de la langue métaphysique ».Mais^si vous voulez tout de même lire Être et temps, et si vous ne pouvez lire ni l’allemand ni l’anglais, arrangez-vous pour mettre la main sur l’édition pirate d’Emmanuel Martineau .pant l.F.I—OBt, le ctoiiel «LE DEVOIR» de Pierre-Philippe Gingras / ¦PhUlpp» Glingrai Un livre de 295 pages qui retrace l'histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu’à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 Je désire receveur exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR" J'inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix) NOM:.ADRESSE:.PROVINCE:.CODE POSTAL.:.MODE DE PAIEMENT: ?Chèque ?American Express ?MasterCard DVisa No.de carte de crédit.Expiration:. Le Devoir, samedi 13 février 1988 ¦ D-5 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Marcel Aymé: retour d’un «absurdiste» oublié LA FILLE DU SHÉRIF nouvelles de Marcel Aymé Paris, Gallimard 1987, 223 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN APROPOS des admirateurs, chercheurs et amis des grands écrivains, on peut dire qu’ils sont secourables, puisqu’ils nous apprennent tout sur leurs idoles, mais que leur zèle n’est pas toujours louable.Ainsi de Michel Le- ’ cureur qui nous offre, 20 ans après la mort de Marcel Aymé, un recueil de nouvelles dont on ne peut pas dire qu’il est posthume puisqu’il se compose, en grande partie, de textes déjà publiés dans les revues et les journaux et n’ajoute — il faut le signaler — que peu de motifs nouveaux d’admirer l’auteur de La Jument verte, de La Vouivreet de La Table aux crevés.Pour ne citer que quelques titres parmi les plus célèbres d’un humoriste qui professait, selon son propre aveu, non pas un « affreux pessimisme mais un optimisme délirant ».Cette qualité, jugée un grave défaut par plusieurs contemporains, abonde et même surabonde dans les meilleures des 25 nouvelles rassemblées dans La Fille du shérif.Pour les familiers de Marcel Aymé, il est émouvant de retrouver, par exemple, Martin, prénom et nom qui lui servirent des dizaines de fois à illustrer l’absurdité des hommes et des femmes, et à moquer leurs travers.D'« Un poète nommé Martin » — un conte d'une seule courte page — du « Coureur à pied nommé Martin » — moins de deux pages — jusqu’à la plus longue histoire d'« Héloïse », dont le titre est trompeur puisqu'il s’agit d’un autre Martin.Qui devient femme, au grand désarroi de la sienne, dès que le soir tombe, pour se retrouver homme au petit matin.Dans cette fable, tous les fanas du Marcel Aymé nouvelliste, celui du Puits aux"images et du Nain, se retrouveront à la fête.D’autres nouvelles auraient, cependant, pu demeurer dans les fonds de tiroirs d’où les a exhumées Michel Lecureur.Entre autres, celles qui procèdent de l’une des passions du Montmartrois que fut toute sa vie Marcel Aymé : la fréquentation des artistes, des artisans, des hommes de cinéma, dans les bars et les troquets, du côté de la rue Paul-Féval, la rue d’appartenance parisienne de ce provincial, né a Joigny, dans l’Yonne, mais qui vécut, chez ses grands-parents, une enfance jurassienne, à Villers-Robert.Il faut, cependant, lire La Fille du shérif, pour la courte histoire qui donne son titre au recueil, publiée une première fois dans La Gazette des lettres, le 15 janvier 1951, sous la rubrique « Le roman que je n’écrirai jamais », et pour trois ou quatre autres petits chefs-d’oeuvre d’ironie, de causticité, de cet observateur dont on a dit souvent qu’il était silencieux, sinon taciturne, mais qui se révèle, dans « Le monument », dans « Augmentation » mais, surtout, dans « Le train des épouses », le critique acerbe de la bourgeoisie, petite, moyenne et grande, et des hommes « arrivés », comme il le prouvera plus éloquemment encore, s’il est possible, dans ses pièces de théâtre, de Clé-rambardà La Tête des autres, en passant, il ne faudrait surtout pas l’oublier, par Lucienne et le boucher.L’avantage des publications d’écrivains comme Marcel Aymé, injustement plongé au purgatoire depuis des années, c’est qu’on vous permet de retrouver — souvent intact — le plaisir qu’il vous a procuré, il y a 20, 30, 35 ans.C’est M.Lepage qui me tient compagnie, ces jours-ci, et ce n’est pas un si vilain compagnon.« Je suis un bourgeois conscient qui tient à son confort matériel et à son confort intellectuel », proclamait ce personnage bavard, irritant à bien des égards.Deux biographes de Marcel Aymé, Georges Robert et André Llôret, qui signèrent en 1958 un Marcel Aymé insolite (éditions de La Revue indépendante, Paris) ont analysé avec perspicacité l’horreur de l’intellectualisme qu’on a reproché à l’auteur d’Uranus.« Il semble, écrivent-ils, que ce soit dans un sentiment de profonde piété (en- vers la langue française) qu'il faille chercher les origines du Confort intellectuel, et non pas, comme certains ont voulu l’entendre, dans l’irrépressible besoin de porter un coup défendu, de jeter un croc-en-jambes à quelques littérateurs contemporains .» Auteur controversé, mais incomparable magicien des mots, Marcel Aymé sera bientôt, nous apprend-on, publié — honneur suprême mais, dans son cas, réhabilitation fort méritée — dans la Bibliothèque de La Pléiade.Nous pourrons donc, et avec quelle délectation, retrouver celui qu’un critique français considérait comme un auteur vraiment original.« Chose rare, écrivait Criticus — pseudonyme de Marcel Berger — dans Le Style au microscope, un humoriste et plus encore, un « absurdiste » qui nous donne du monde une idée abracadabrante.[.] Ce pessimiste écrit une .langue claire, saine, drue, nullement alambiquée, autre anomalie aujourd’hui », écrivait encore Criticus, avant de qualifier Marcel Aymé de « classique désespéré ».Aussi pénétrante aujourd’hui 2u’il y a 30 ans, cette analyse d'un crivain, qui avait choisi de vivre et de travailler loin des chapelles, permet une relecture qu'il faudrait recommander aux amateurs de style joussif, persifleur mais en même temps rigoureusement français.« Le style, c’est la pensée de détail », jugeait Voltaire.L’un de ses fils les plus authentiques revient à la mode.Comment s’en plaindre ?MARCEL AYMÉ vu par Ralph Soupault.Marin, marine LES VAISSEAUX DU COEUR Benoîte Groult Paris, Grasset, 1987 LETTRES FRANÇAISES MARIE-CLAIRE GIRARD AVEC UN TALENT et un sans-gêne également considérables, Benoîte Groult narre, dans Les Vaisseaux du coeur, l’histoire d’une passion résolument charnelle entre une intellectuelle professeur d'université et un marin inculte.Si l’on ne trouve pas dans ce roman l’humour abrasif des Trois Quarts du temps, c’est, néanmoins, un livre qu’on dévore, qui fait sourire, qui attendrit et auquel on repense après l’avoir refermé.Le lecteur en sort convaincu que vivre une grande passion représente tout ce qu’il y a de désirable dans la vie et que passer à côté, c’est rater quelque chose de grave et d’important.George (sans S, comme George Sand) connaît Gauvain depuis l’enfance.Elle le retrouve chaque été à l’occasion de vacances bretonnes et familiales et c’est à 18 ans que se déclenche chez elle le processus qui la fera s’éprendre d’un garçon de qui, en principe, tout la sépare.Mais chez ces deux-là il existe une chimie des sentiments, une électricité des sens qui les font s’adorer sans être nécessairement capables de se comprendre ou de parler le même langage.George est issue d’un milieu cultivé et artiste, elle enseigne et écrit des livres.Gauvain donne plutôt dans le rustre et le rustique avec ses grosses pattes et son accent breton.Pourtant, ils vont s’aimer par intermittence pendant 30 ans, mariés chacun de leur côté, se rencontrant dans des endroits saugrenus un peu partout à travers le monde et même à Montréal.(Où Benoîte Groult situe, d’ailleurs, l’Université Laval.Mais on lui pardonne cette erreur après ses deux belles allusions à Félix Leclerc.).Un marin et une historienne, donc, que rien ne prédispose à se retrouver ensemble.Et habités l’un et l’autre par un désir si physique qu’il les épouvante parfois.George dira que Gauvain la considère comme unique et irremplaçable, qu’elle avait eu le privilège de connaître un homme fou d’elle et qu’elle ne s’habituait plus aux sentiments raisonnables.Et, même si Gauvain ne connaît rien à rien, qu’il est quelquefois grossier, obtus et sans subtilité, George, intellectuellement supérieure, l’aime de tout son coeur, sans se poser trop de questions.Si elle tente à quelques reprises d’analyser cette relation violemment physique, c’est pour conclure que, très sûrement, le quotidien la tuerait et qu’il vaut mieux préserver des retrouvailles épisodiques et intenses qui attisent d’un feu toujours rougeoyant cet amour sur lequel les années passent en le magnifiant.Il y a aussi dans le livre de Benoîte Groult une joyeuse terminologie érotique qui risque de laisser baba le lecteur un peu prude.On y appelle bien un chat un chat et le résultat est tout à fait sain, approprié et sympathique.George, à 55 ans, aime autant Bove ou l’anti- best-seller Photo Jacques Grenier BENOÎTE GROULT.l'amour qu’à 20 et ne se gêne pas pour en parler et encore moins pour le faire, ce qui apparaît, somme toute, singulièrement apaisant.Les Vaisseaux du coeur est un livre tout à fait tonique, écrit de façon enlevée avec plein de trouvailles délicieuses.Un livre qui parle de la passion sans misérabilisme ni complaisance, tout simplement parce qu’elle est grande et belle et digne d’être vécue jusqu’au bout de la vie et qu’elle n’exige pas nécessairement de complicité d’idées ou de Culture.Madame saint Louis MARGUERITE DE PROVENCE Une reine au temps des cathédrales Gérard Sivéry Paris, Fayard, 1987, 301 pages CHANTAL BEAUREGARD BEAUCOUP d’auteurs tentent de révéler la lumière du Moyen Âge.Tantôt, on romance l’histoire; ailleurs, on se penche sur l’influence mal'con-nue de cette présumée ère des ténèbres.À la fois histoire du 13e siècle et biographie d’une reine de France, ce livre nous permet de mieux saisir le sort réservé aux femmes dans la société médiévale.Gérard Sivéry arrive à dépasser les cadres de la stricte biographie.Il sait raconter des scènes de la vie quotidienne qui ont le charme du récit, pour en faire ressortir toute une époque.Le résultat est manifeste.Au lieu d’une Marguerite de Provence effacée et falote comme on a voulu parfois la présenter, l’auteur dépeint un personnage vivant et nuance, une femme intelligente et responsable.Fille du comte de provence Raymond Béranger V et de Béatrice de Savoie, soeur de trois reines, Marguerite de Provence épousa Louis IX, c’est-à-dire saint Louis.Mariée au plus puissant roi d’Occident, elle vécut auprès d’un homme qui accéda à la sainteté.Or la bonne entente et la tendresse dans le couple royal en étonnent plus d’un.De fait, « Louis IX et Marguerite de Provence ont réussi cette délicate entreprise et leurs deux personnalités s’unirent 6our former un véritable couple ».i’où la valeur d’exception dans les usages de l’époque.Son rôle dans la première croisade que mena son époux n’est pas négligeable.Ayant la garde de Damiette en Égypte, « elle est la seule femme à assumer une telle responsabilité et a, en outre, le mérite de mener à bien sa tâche ».Tandis que Louis IX et son armée sont faits prisonniers, Marguerite de Provence exerce pour un temps une forme de régence et négocie la libération du roi.Davantage sensible aux faits que porté à l’apologie, Gérard Sivéry constate, neanmoins, que Marguerite de Provence fut une reine remarquable.Par ailleurs, quand on connaît l’importance des lignées au Moyen Âge, on apprécie les tableaux généalogiques ajoutés à la fin.Un bijou d’écriture.UN CÉLIBATAIRE Emmanuel Bove Paris, Calmann-Lévy 1987, 193 pages MÉMOIRES D’UN HOMME SINGULIER Paris, Calmann-Lévy 1987, 253 pages LA DERNIÈRE NUIT Paris, Le Castor astral 1987, 144 pages LA FIANCÉE DU VIOLONISTE Paris, Ledrappier 1987, 149 pages GUY TROTTIER BOVE, c’est une manière lapidaire, un style à la pointe sèche, de l’anti-littérature à l’estomac et au portefeuille.C’est l’art des petites phrases économes, au ras de la réalité la plus insignifiante et la plus objective.Des phrases courtes, sèches, comme dégraissées, avec une application dans le détail mais sans un mot de trop.C’est une humanité frileuse, étriquée, avec ses garnis rances, ses odeurs de lessive, ses bistrots à prix fixes, pleins de neurasthéniques écrasés par la vie.C’est l’univers des chambres de bonnes sans confort, des w.-c.bruyants, des postes d’eau sur le palier, des banalités échangées au café-tabac.Univers des désespérés qui connaissent dès le départ tout ce que la vie comporte de bassesses.Et prédilection pour les conduites d’échec et tendresse pour les perdants, les ratés, les humbles, les anti-héros et les anti-yuppies.Mort en 1945 à 47 ans, d’une fièvre paludéenne contractée en Algérie, Bove est d’abord conducteur de tramway à Marseille, manoeuvre chez Renault, courtier en publicité en Autriche, auteur de romans populaires (100 lignes à l’heure, 800 lignes par jour, un volume en 10 ou 12 jours), reporter des faits divers et enfin écrivain, à partir de 1922.Homme aux sourires mesurés, insoucieux des modes, modeste et discret de surcroît, il ne se veut que romancier.(Il refuse de rédiger son curriculum pour la préface d’un de ses livres.) Le succès ne semble pas l’at- \3e MYRIAM PREMIÈRE de Francine Noël Francinè Nottl Myriam première ?lb éditeur 513 pages — 19,95$ LA CRITIQUE EST UNANIME ET LES LECTEURS LE PROUVENT: « Francine Noël signe un des trois ou quatre grands romans de la décennie ».(Réginaid Marte], La Presse).(Mais pas pour le jury du Prix du Gouverneur général!) « Ceux qui ont aimé Maryse se précipiteront sur cette suite, et ce sont les autres que je voudrais convaincre que Francine Noël vient d’écrire un très grand roman.On ne peut parler de chef-d’oeuvre quand l’oeuvre est si jeune, et pourtant.» Jean-Roch Bol vin, Le Devoir.« Avis aux fans de Michel Tremblay, en particulier s’il s’agit A’inconditionnelles, l’univers de Myriam, parce que {dus actuel, supplante ce qu’elles avaient appris à aimer depuis La grosse femme d'à côté est enceinte.Ce qui n’est pas peu dire.Ce livre est important et mérite qu’on le Use.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil.« Francine Noël se transforme en enchanteresse, puisant de son imaginaire le fluide magique qui nous transporte dans un monde suspendu entre la fiction et le réel.De sa baguette magique, elle jette un regard empreint d’humour, de profondeur et de justesse sur nous-mêmes, sur une société et ses habitudes.» Marie-Eve Pelletier, Le Droit.vlb édit6UT DEeLAGRAJMDE LITTÉRATURE teindre, sans qu’entre dans son attitude l’ombre d’un mépris.Ici, il ressasse son thème de l’incroyable malaise de vivre — une obsédante hantise de la vie.Ni vivre ni mourir.Tout est gris, le style, le décor, le récitant, les personnages.Caractéristique de ces quatre romans en réédition : la mesure, signe de la médiocrité.Même le désespoir n’a pas d'envergure.Et il ne se passe rien ou presque.Inutile, donc, de s’apesantir sur la stratégie amoureuse d’Albert Guitard, sur les égarements de Jean-Marie Thély, les deux anti-héros d’Un célibataire et des Mémoires dim homme singulier.La répugnance qu'Albert éprouve envers le mari de la femme qu’il aime se traduit par une seule petite Ehrase : « Il pensait à la salive de cet omme.» La capacité de Bove à torpiller toute intrigue à caractère romanes- 3ue éclate encore plus clairement ans La Dernière Nuit et La fiancée du violoniste.Rien à voir avec la mode du best-seller ou du pavé à purée et à gros tirage.Avec la logorrhée mercantile.uv sauté 1970-1975 k) Jf y • L\-j FIDES .Le Ve tome de cette prestigieuse collection entièrement consacrée à la littérature québécoise, des origines à 1975, est enfin disponible.Venez rencontrer le groupe de recherche du D.O.L.Q.à l’occasion du lancement du Ve tome, le 15 février à 17h30.M.CASTON MIRON présidera ce lancement qui aura lieu à la Bibliothèque nationale du Québec située au 1700 rue Saint-Dénis, Montréal.Bienvenue à tous! une presence a 5170, av.Decelles, Montreal, Quebec H3S 2C5 — (514) 735-6406 D-6 B Le Devoir, samedi 13 février 1988 LE PLAISIR LE PLAISE?LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR DANS LES POCHES GUY FERLAND DUO Jacques Godbout, Les Têtes à Papineau, Seuil, lfiO pages.LES DEUX têtes à Papineau, Charles et François, font la paire sur un seul et même corps.Problème physiologique qui se double d’un problème psychologique, presque métaphysique.Charles et François ne veulent plus faire qu’un, fatigués qu’ils sont de leur dualité de pensée et de désirs.Les métaphores, les allusions pleuvent dans ce roman dense et drôle qui se termine sur une note triste, où le passé oublié devient un présent unilatéral ferme.Comme quoi deux « tiens » valent mieux qu’un « tu l’auras ».I .iinnaiiiit'l ('anriv La moustache FANTASTIQUE Aurélien Boivin, Le Conte fantastique québécois au XXe siècle, Fides, coll.« Bibliothèque québécoise», 442 pages.AURÉLIEN BOIVIN regrette, dans son avant-propos, que les contes fantastiques québécois du siècle dernier ne soient pas plus populaires auprès des jeunes, car ces derniers ignorent tout de la société traditionnelle et la religion a bien changé.Il se trompe.Les jeunes ne sont pas attirés vers cette littérature parce qu’ils ne la connaissent JACQUES POULIN Le cœur de la baleine bleue ROMAN pas, tout simplement.Cette anthologie remédie, dans une certaine mesure, à cette lacune.Les jeunes, qui ont vu E.T., se laisseront envoûter par les récits fantastiques de nos grands littérateurs du 19e siècle, ils goûteront avec plaisir les récits sur les peurs de nos ancêtres devant les loups-garous, les feux follets ( fi-follets), les revenants, les bêtes à grand’queue, les lutins, les diables, etc., et se laisseront entraîner par les chasse-galeries aventureuses.DOUCEUR Jacques Poulin, Le Coeur de la baleine bleue, Leméac, coll.« Poche/Québec », 201 pages.UN COEUR, ça s’apprivoise jusqu’à la mort.C’est ce que nous apprend Jacques Poulin dans ce livre d’une douceur remarquable.La maîtrise de la narration nous fait comprendre peu à peu les choses qui se passent à l’intérieur des êtres, au plus près d’eux-mêmes.On transplante, à un écrivain de 30 ans, un coeur de jeune fille.L’image est belle.Le chemin de la mort, qui conduit en droite ligne à l’enfance, constitue la trame du récit.Douceur, chaleur humaine, oiseaux et écriture servent de voies pour atteindre le pôle intérieur.Un livre beau.ADOLESCENCE Jacques Savoie, Le Récif du Prince, Boréal ¦ compact », n° 3, 160 pages.UNE ADOLESCENTE de 17 ans atteint difficilement la maturité.Elle doit lutter contre l’image que lui renvoie sa mère, contre l’amour fou qu’elle porte à son père et contre la société qui voudrait la déposséder d’elle-même.Quête d’identité, donc.Ce roman d’apprentissage donne l’occasion à Jacques Savoie de raconter de belles histoires d’amour sans fin véritable et de critiquer l’empire de la télévision, de la Broadcasting Life, plus précisément.Tuer le père est difficile, surtout lorsqu’on est seul comme Vapeur, la narratrice du récit, et que son père est entre la vie et la mort, à l’hôpital.Le Récif du Prince, c’est un vieux souvenir d’enfance auquel on s’accroche désespérément, comme le dit l’héroïne de ce roman.BACCHANTES Emmanuel Carrère, La Moustache, Folio, n° 1883, 184 pages.FABRIQUER une psychose est difficile.Fabriquer un livre dans lequel on fabrique une psychose encore plus.C’est pourtant ce qu’a réussi magistralement Emmanuel Carrère.Un homme se coupe la moustache, personne ne s’en aperçoit.Pire, on lui affirme qu’il n’a jamais eu de moustache alors que lui pense le contraire.Il a beau protester, chercher des preuves, montrer des photos, etc., tout se retourne contre lui.Une partie de son passé lui échappe.Bientôt, toute sa vie s’écroule, la réalité fuit, l’instant s’évanouit.Sans passé, vivre dans le présent ne sert à rien.Toute cette histoire macabre finira mal, très mal.CHINE Pu-Yi, J’étais empereur de Chine, J’ai lu, n 2327,601 pages.CETTE AUTOBIOGRAPHIE du dernier empereur de Chine (1906-1967) est parue pour la première fois en 1964.Elle relate la montée sur le trône à l’âge de huit ans de Pu-Yi, son exil en 1925 à Tientsin, son rétablissement sur le trône du Mandchou-kouo comme empereur de paille des Japonais, son enfermement en 1945 dans les prisons soviétiques, puis dans les prisons chinoises où il subira une rééducation subtile qui fera de lui un fervent partisan de Mao.CHAMFORT Maximes, Pensées, ( ,'aractères MBS?mmm i » > v’ •> PSYCHOLOGIE Jean Piaget, Six études de psychologie, Folio/essais, n 71, 218 pages.LES ARTICLES et conférences rassemblés dans ce recueil constituent une excellente introduction à l’oeuvre parfois difficile du grand psychologue suisse.Dans la première partie, Piaget montre les découvertes essentielles dans le domaine de la psychologie de l’enfant.Dans la seconde, il approche certains problèmes comme le langage, la pensée et l’affectivité selon une double perspective génétique et structuraliste.APHORISMES Chamfort, Maximes, Pensées, Caractères, GF-Flammarion, n ° 188, 440 pages.CE VOLUME contient les Produits de la civilisation perfectionnée, Maximes et pensées, Caractères et anecdotes, Petits Dialogues philosophiques et Lettres.Ce sont les textes essentiels de cet auteur dont Étiemble disait : « Dans un monde où il faut que le “coeur se brise ou se bronze”, les hommes libres aimeront toujours Chamfort, sa générosité raisonnable et passionnée, cette intégrité que la pudeur voile de cynisme.» Vallet et les Dieu merci, Olympiques d’hiver: il y a des photos! vY»., Y ¦F*-*#?Mm# *
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