Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (6)

Références

Le devoir, 1988-03-26, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE LE LE LE LE PLAISIR PL PL.PI P ¦ Best-seller : L'Amant sans domicile fixe, de Carlo Fruterro et Franco Lucent mi D-2 ¦ Lettres québécoises : Le Premier Jardin, A'Anne Hébert; Le Sourire des chefs, de Michel Savard; Une vraie rupture, de Pierre Bertrand/D-3 ¦ Lettres étrangères : Le Gars de Lvov, de Marian Pankowski; La Maison paternelle, de Maria Messina/D-4 ¦ Feuilleton : La Quête intermittente, journal d’Eugène Ionesco/D-5 ¦ Lettres françaises : L’Écriture mémoire des hommes, de Georges Jean/D-5 ¦ Sciences : Histoire des sciences au Québec, de Luc Chartrand, Raymond Duchesne et Yves Gingras/D-7 ¦ Églises : L'Architecture des églises du Québec, 1940-85, de Claude Bergeron/D-7 ¦ Carnets : Boomerang, de Monique Bosco/D-8 ¦ Capsules : la vitrine du livre/D-4; les livres du quotidien/D-6 Montréal, samedi 26 mars 1988 Pour que s’abolisse la barrière entre la littérature et la vie passe parfois entre les injures de la mère et les silences de l’adolescente.Plus tard, quand la maladie de la mère la rend dépendante et plus proche de sa fille, d'une certaine façon, puis quand la mort les sépare à jamais, l’image de la mère peut se reformer dans la mémoire de l’écriture.« Quand je dis que tout est lié, quand j’écris, à la fin du livre, qu’à la mort de ma mère j’ai perdu le dernier lien avec le monde dont je suis issue, je veux dire aussi que ma mère est liée à moi dans l’écriture.C’est inexplicable mais je sentais, le jour de sa mort comme durant sa vie, que l’écriture était quelque chose qui liait.Écrire, c’est faire être.Dans le cas d’une personne disparue, c’est très grave et douloureux mais aussi très fort, puisque c’est en même temps lutter contre la disparition, contre l’oubli.L’écriture, c’est aussi comprendre.J’ai l’impression qu’en écrivant, les choses vont m’apparaître de plus en plus.» Tant dans La Place que dans Une femme, Annie Ërnaux laisse surgir ses réflexions sur l’écriture.Pour elle, il ne faut pas faire un mythe de l’écriture, il faut savoir partager avec ses lecteurs les angoisses sur son travail, de même que les cheminements et les richesses de cet apprentissage.Déjà, dans La Place, elle expliquait qu'une écriture « affective » aurait pu éloigner son père, en faire un objet inférieur ou de dérision de l’écriture.Décrire son mode de vie dans l’enfance, décrire les coutumes paysannes, cela aurait pu donner un récit exotique.D’autre part, dit Annie Fi naux, son père ne vivait pas les choses uniquement sous le mode de l’aliénation.Quand on est enfant, on vient au monde et l’on vit dans le malheur ou dans le bonheur ce qui est sa condition.« J’ai donc voulu dire les choses au plus près de la vérité, c’est-à-dire dans cette espèce de voie étroite entre le bonheur et l’aliénation.» C’est ce qu’Annie Ernaux définit comme son parti pris d’une « écriture plate », qui n’est pas entamée par le lyrisme de l’émotion.Puis, dans Une femme, elle explique, dès le début du livre, sa démarche d’écriture : « Ce que j'espère écrire de plus juste se situe sans doute à la jointure du familial et du social, du mythe et de l’histoire.Mon projet est de nature littéraire, écrit-elle, puisqu’il s’agit de chercher une vérité sur ma mère qui ne peut être atteinte que par des mots.(.) Mais je souhaite rester, d'une certaine façon, au-dessous de la littérature.» Rester un cran au-dessous, c'est- à-dire qu'il y a une manière d’écrire qui tient à distance : « Une certaine voix, me précise-t-elle, qui fait qu'en Usant ce que j’écris, ce ne soit pas de la littérature.Que la barrière qu’il y a toujours entre la littérature et là vie s’abolisse.Étant enfant, ajoute Annie Ernaux, je ne dissociais pas du tout les livres de la vie.Je me souviens très bien que ma première réaction, en lisant Autant en emporte le vent à huit ans, par exemple, c’était de chercher dans le dictionnaire si les gens du roman avaient existé.« Il y a donc pour moi une certaine façon d’écrire : pas d'enjolivement, pas d’écriture pour l’écriture, pas d’affectivité non plus.Bien sûr, le réel c’est quelque chose qui est sans mot.Mais il faut que les mots soient collés au plus près du réel.Il y a tout de même des mots qui coïncident plus que d’autres avec le réel.Cela n’est pas indifférent non plus du milieu d’où je viens, où les mots avaient un grand poids.Les mots simples, les mots banals, pour moi, sont les plus forts.Ce sont ceux-là qui me touchent et non pas les mots intellectuels.Ce sont les injures de ma mère qui me touchent : “garce”, “teigne”.Il me faut donc retrouver dans les mots ce poids de la vie.« L’écriture, pour moi, ajoute Annie Fi naux, est aussi une forme de lutte, une forme d’action.Dans le monde, il y a des gens qui ont une action politique ou une action humanitaire.L’écriture tient, pour moi, une fonction critique, une fonction de dénonciation.L’écriture doit transgresser quelque chose.Cela est important pour moi.L’écriture pour bercer le lecteur : non ! Je ne me berce pas moi-même.» ANNIE ERNAUX « Les mots simples, les mots banals, pour moi, sont les plus forts.Ce sont ceux-là qui me touchent et non pas les mots intellectuels.» Photos Jacques Grenier JEAN ROYER POUR Annie Ernaux, la beauté littéraire naît de la seule vérité.Ainsi, dans deux récits à l’écriture volontairement neutre, elle décrit le destin de son père puis celui de sa mère.Dans La Place (Gallimard, 1984), elle mettait au jour, après la mort de son père, son héritage culturel.Dans Une femme, qu’elle vient de faire paraître, elle décrit, après la mort de sa mère, l'héritage intellectuel et affectif qui la liait à cette femme.Voilà, certes, un autre livre déchi- Grolier, c’est encore aujourd’hui l’encyclopédie de la jeunesse rant qui place Annie Ernaux parmi les plus grands écrivains de France.Née dans un pays normand et dans une classe sociale dominée, pauvre de culture et d'argent mais non de coeur, Annie Ernaux a été poussée par ses parents dans l’univers des gens cultivés.Aujourd’hui, ses deux récits « authentiques » font entrer ses parents dans le monde des mots et des idées.« J’avais l’impression, dit-elle, que la littérature portait sur ce monde et ces gens d’une classe dominée — d'autres disent populaire — un regard extérieur qui ne me paraissait pas juste.Mes livres répondent, certes, au désir personnel que j’avais de faire entrer mes parents dans la littérature.Mais avec eux, c’est aussi toute une classe sociale que j’emmène.Je pense — et c’est une de mes raisons d’écrire — que dans le destin individuel est contenu le social.» La relation avec sa mère d’une fille devenue « ennemie de classe » est de l’ordre de l’amour/haine et se FRANCE LAFUSTE LES ENCYCLOPÉDIES Grolier bercent les souvenirs d'écolier de bon nombre de Canadiens : Encyclopédie de la jeunesse, Cana- dians, Encyclopédie Grolier, Pays et Nations, La Science pour tous.« L’Encyclopédie de la jeunesse constituait pour moi la somme de toute science et l’origine de joies incomparables », raconte Marcel Tru-del, de la Société royale du Canada, dans son introduction au Livre des connaissances.Pendant des années, les éditions Grolier, qui ouvrirent leurs portes à Montréal en 1923, ont étanché la soif de culture des Québécois.Le logo de la maison qui représente l’arbre de la connaissance est là pour en témoigner.Gaston Lavoie a passé une bonne partie de sa vie chez Grolier.Bien qu’il soit aujourd’hui à la retraite, on fail appel à ses connaissances de vieux routier du courtage et des opérations postales.Incollable, il connaît toutes les ficelles d’un métier qu’il a pratiqué pendant SI) ans.Embauché comme commis de bureau en 1935, il a été comptable pendant de nombreuses années avant d’être nommé directeur des opérations postales quand cette section fut créée en 1949.Sans faire le moindre effort de mémoire, comme si tout datait d’hier, il raconte ces premières années où Grolier ne vivait que de la vente à domicile : « En 1940, il y avait 11 personnes dans le bureau el une bonne trentaine de représentants dont au moins trois femmes.Mme Trueland, qui venait de Toronto, était la directrice générale.C’était une personne Suite à la page D-8 Grolier à Montréal : de gauche à droite, ROGER AUBIN, GASTON LAVOIE et LAMBERT CLÉMENT.Photo Chantal Keyser Photo Daniel Sabourln W- pBlï K» amour Pour marquer le centième titre de la collection « 10/10 », véritable bibliothèque de la littérature québécoise, les éditions Stanké publient, ces jours-ci, un ouvrage collectif consacré au Premier amour.Des textes, inédits la plupart du temps, de 31 auteurs, de Philippe Aubert de Gaspé à Gabrielle Roy, sans oublier Marie-Claire Blais ni Marcel Dubé, qui disent la découverte de l’amour.Nous reproduisons des extraits du récit de notre collaborateur Gilles Archambault.GILLES ARCHAMBAULT JE N’AURAI même pas l’originalité de dire que ma mère n’a pas été le premier amour de ma vie.Lorsque je songe à mon enfance, c’est elle que je revois.Je n’ai même qu’elle en tête.La trouvais-je belle ?Je ne me Et voilà que la vie fait naufrage posais pas la question.Ce n’est que plusieurs années plus tard que, contemplant sa photo, j’ai été frappé de la fraîcheur de ses traits.J’en ai été tout ragaillardi.Un peu comme si cette élégance rejaillissait sur moi.Quand on est né orgueilleux, tout prétexte nous est bon, j’imagine.Lorsque j’ai appris ce que signifiait le complexe d’Oedipe, j’ai tout de suite su qu’il m’allait comme un gant.J’ai aimé ma mère et n’ai aimé qu’elle pendant longtemps.Combien de fois n’ai-je pas imaginé que mon père était injuste à son endroit ?Quoi qu’il arrive, j’étais derrière elle.Impossible qu’elle se trompe.Elle était tout simplement parfaite.Il en allait de même pour ma vie religieuse.On ne lésinait pas en ces matières à l’époque.J’avais pour la Suite à la page D-8 Léon-Gérald Ferland a déjà publié en 1985 un premier roman, intitulé Meurtre éclair.Il récidive en signant chez Guérin littérature un autre ouvrage qui emprunte partiellement au genre policier.Lancé dans quelques, jours, Et voilà que la vie fait naufrage aborde plusieurs thèmes où la mort et l'amour s'affrontent sur une toile de fond imprécise et poétique, tout à la fois.LÉON-GÉRALD FERLAND IL ne m’est pas arrivé souvent de vouloir tuer ma femme.Une fois cependant, l’extravagante tentation de le faire avait détraqué mon esprit.Il faisait beau.C’était en juillet.Et nous avions eu le goût de nous promener sur le fleuve.Je savais qu’il y avait sur l’île Perrot des chaloupes à louer.Je résolus de l’y emmener dans l’espoir de revivifier notre union qui en était alors sur sa pente descendante.Mais ce n’était pas un jour faste.Nous n’habitions pas encore le square Saint-Louis; elle avait tenu à demeurer rue Maplewood (maintenant rue Édouard-Montpetit), près de l’université et surtout près de son père — vieillissant à Outremont.Nous partîmes tôt le matin.C’était un assez long voyage à l’époque.Après avoir longé Lachine, puis Baie-d’Urfé et Sainte-Anne-de-Bellevue, nous arrivâmes à l’ile-Perrot.Je ne savais plus quelle direction prendre et comment trouver une carte de cette île perdue ! Elle m’indiqua la droite; il m’aurait fallu prendre la gauche.Je me retrouvai, pestant à Pincourt alors que je cherchais la région de la Pointe-du-Moulin.Après une heure de tergiversations, de maladresses et de lourds silences, nous arri- Suite à la page D-8 LÉON-GÉRALD FERLAND.Premier GILLES ARCHAMBAULT.JEAN-YVES SOUCY LA BUSE ET L’ARAIGNÉE LES HERBES ROUGES wmm OUCY £ v Dans une langue simple, parfois crue, Jean-Yves Soucy nous entraîne au coeur de l’abjection et de la perversion dont le lecteur risque à chaque Instant de faire les frais.«Dans ce roman de l’enfance malade où les mâchants l’emportent sur les bons, Jean-Yves Soucy a choisi une crudité de lanaage qui risque de scandaliser plus d’un lecteur.Mais ce n’est pas gratuit.» Marie-Claude Fortin, Voir * «L’inceste, puisqu’il faut l'appeler par son nom, est l’unique sujet, le centre absolu des deux parties de ce roman.» «Jean-Yves Soucy nous emmène si loin dans les ténèbres du désir qu’on s’incline avec respect devant la maîtrise et l’efficacité d une écriture qui nous fait contempler l’insupportable beauté des passions les plus obscures.» Jean-Roch Bolvln, Le Devoir RÉCITS LES HERBES ROUGES RÉCITS Le Devoir, samedi 26 mars 1988 ?i a.( PLAISI LC LC LE PLAISIR LC PL/ R LE PL AI Fiction et biographies ÜMMI LES b: 1 Les Vaisseaux du coeur Benoîte Groult Grasset (D* 2 Une femme Annie Ernaux Gallimard (2) 3 Myriam première Francine Noël VLB (3) 5 Le Premier Jardin Anne Hébert Seuil (-) 5 La Popessa Murphy/Arlington Lieu commun (4) 6 L’Héritage Victor-Lévy Beaulieu Stanké (8) 7 L'Amant sans domicile fixe Fruttero & Lucentini Seuil (7) 6 Le Fou du père Robert Lalonde Boréal (5) 9 La Grande Sultane Barbara C-Riboud Albin Michel (6) 10 Les Filles de Caleb I & Il Arlette Cousture Québec/Amér.(-) Ouvrages généraux 1 Le Méfier d’écrivain Union des écrivains Boréal (3) 2 La Petite Noirceur Jean Larose Boréal (4) 3 Le Guide canadien des assurances 88 Ass.des consommateurs du Québec Prologue (2) 4 Prévenir le burn-out Jacques Languirand Héritage (D 5 Le Burn-out chez la temme Herbert J.Freudenberger Transmonde (-) Compilation laite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal Renaud-Bray.Hermès, Champigny, Flammarion, Ratlin, Demarc; Québec Pantoute, Garneau, Laliberté; Chicoutimi.Les Bouquinistes; Trois-Rivières Clément Morin Ottawa Trillium, Sherbrooke : Les Biblairies G -G Caza; Joliette Villeneuve; Drummondvllle Librairie française ' Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente LA VIE LITTERAIRE MARC MORIN Prix Air-Canada LA SOCIÉTÉ des écrivains canadiens et Air Canada invitent les auteurs d’expression française et de citoyenneté canadienne à participer au concours du prix Air-Canada.Créé en 1976, le prix sera accordé cette année pour un recueil de poèmes publié entre le 1er janvier et le 31 décembre 1987.La clôture du concours est fixée au 31 août 1988 à minuit.Les auteurs intéressés doivent obtenir la formule d’inscription réglementaire en écrivant au secrétaire du prix Air-Canada, Société des écrivains canadiens, a/s de la Fondation Macdonald-Stewart, 1195, rue Sherbrooke ouest, Montréal, 1I3A 1119.Le lauréat recevra deux billets d’avion, aller-retour, offerts par Air Canada et valables pour toute destination de son choix sur le réseau de la société d'État.Le prix sera remis lors du prochain Salon du livre de Montréal, à l'automne.Voyager avec Jules Verne FRANÇOIS CÔTÉ, libraire, présente jusqu’au 9 avril, en « expo-vente », une trentaine de cartonnages originaux de la collection « lletzel », reliures « à la mappemonde », « aux éléphants », « à l’éventail », « au steamer J.Verne », etc.des oeuvres de LES TEMPS CHANGENT Treize témoignages exceptionnels sur l’évolution de notre société, des années quarante jusqu’à nos jours.et même un peu au-delà! f| TEMPS Changent UNE GENERATION SE RACONTE PROPOS RECUEILLIS PAR JEAN-PAUL LEFEBVRE JllklrtS 19,95$ Michel Bélanger, Claude Castonguay, Pierre Dansereau, Fernand Dumont, Marcelle Ferron, Gérard Filion, Gratien Gélinas, Paul Gérin-Lajoie, Benoît Lacroix, o.p., Jean Marchand, Ghislaine Roquet, c.s.c., Jeanne Sauvé, et Arthur Tremblay racontent à Jean-Paul Lefebvre leur enfance, leur carrière, leur vision de l’avenir.une presence a 5170, av.Decelles, Montreal, Quebec H3S 2C5 — (514) 735-6406 Les best-sellers Venise, si, si, si.L’AMANT SANS DOMICILE FIXE Carlo Fruterro et Franco Lucentini Paris, Seuil, 1988 MARIE-CLAIRE GIRARD .1K VOUS le dis tout de suite : après avoir terminé L’Amant sans domicile fixe, on se sent plus intelligent.Les deux Italiens qui ont écrit ce livre, Fruterro et Lucentini, je les imagine cultivés comme on ne l’est plus, pleins d'ironie, magouilleurs et gouailleurs, spécialistes en palabres et en « sparages ».Us nous proposent ici un roman d’une rare beauté, au style somptueux, avec en prime le traitement moderne d'un vieux mythe que l’on s'étonne de trouver toujours actuel.Kn deux mots : une princesse romaine, qui travaille pour une galerie du style Sotheby’s, rencontre à Venise un MrSilvera (« look, look, Mr Silvern ») supposément guide touristique qui vient d’ailleurs, par lassitude, de quitter son emploi.Coup de foudre réciproque, grande passion; pendant trois jours, ces deux-là vont vivre plus intensément que bien des gens tout au long d’une existence.Mais qui est donc ce MrSilvera qui parle sans accent toutes les langues imaginables (y compris le mandarin et le swahili), qui donne à la princesse une pièce de monnaie (fausse) datant du XVIe siècle, qui reconnaît sur un portrait un personnage qui a vécu à Rome en 1508, qui doit prendre des ordres et quitter la ville car tel est son destin que rien ne peut changer ?La réponse est tellement surprenante et le plaisir du vieux mythe revisité tellement séduisant qu’on y croit totalement.Mais oui, cela doit être possible.Et ce n’est pas là le moindre délice que.procure L’Amant sans domicile fixe.Avec l'évocation d'un univers aristocratique et superficiel où, bien sûr, évolue notre belle princesse, les auteurs se permettent des flèches empoisonnées envers tout ce beau monde.Le tout fait aved beaucoup d’élégance, est-il utile de le préciser ?Il y a aussi des passages magnifiques sur le temps et l’oeuvre d’art, leur fugacité et leur éternité à tous les deux, et une autre occasion pour le lecteur de devenir encore plus intelligent.Et surtout, surtout, on rend grâce à Venise, cette ville unique, la ville des pas, où leur écho réussit à nous faire croire que nous pouvons de nouveau conquérir le monde, la ville où l’on croise un chat ou deux à chaque carrefour, la ville où le passé illumine la journée la plus limpide et où cette histoire-là devait arriver et où, qui sait, elle s’est peut-être produite.Jules Verne.Un catalogue des 70 volumes est disponible sur demande.La librairie François Côté est au 1840, rue Amherst; tél.: 523-0182.Ursula Lomen à la SLL LA PROCHAINE soirée» Parole en liberté » de la Société littéraire de Laval accueillera Ursula Lomen, dont la conférence portera sur « les grands courants de la littérature allemande et ses influences sur la musique ».L’admission est gratuite pour les membres de la SLL ($4 pour les non-membres), le mardi 29 mars à 19 h, au Cercle d’art Alfred-Dallaire (2159, boulevard Saint-Martin est, Duvernay).Pour renseignements : Roger Brunelle, 334-0329.Kateri en Estrie LE POÈTE Roger Brien lançait récemment, au Salon du livre de l’Estrie, un ouvrage intitulé Katerie, gloire des Amérindiens.L’auteur, dont le nom est inscrit au Livre des records Guiness pour avoir produit « le plus long poème écrit », a offert les produits de la vente de 3,000 exemplaires numérotés de sa dernière oeuvre aux enfants amérindiens du Canada pour la réalisation d'un programme de l’Aide mondiale aux enfants (Ame) Kateri, gloire des Amérindiens est orné de 83 illustrations, dont 80 reproductions de gravures de Gustave Doré.Pour tous renseignements, on s’adressera à Ame-Estrie, 31, rue King ouest, Sherbrooke, .11H 5N5; tél ; (819) 567-8453.Astro-poésie LA PLACE aux poètes, animée par Janou Saint-Denis, reçoit, le 30 mars, la poète astrologue Louise Haley et la monologuiste Monique GUI.C’est à 21 h mercredi, à la Folie du large (1021, rue de Bleury - métro Place-d’Armes).J Reprenons au début.Une lectrice nous reproche de l'avoir mal identifiée dans le montage photos qui illustrait l'article de Guy Ferland sur l'édition du théâtre, à la Une du cahier de samedi dernier.On aura compris que les photos étaient tirées de la production de pièces de théâtre par ailleurs publiées chez nos éditeurs.Ainsi, personne n’a confondu l’interprète Monique Mercure et l'auteur (Michel Garneau) d'Emilie ne sera plus jamais cueillie par l’anémone.Dans la photo ci-dessus, René-Richard Cyr est accompagné non pas de l'auteur Jocelyne Beaulieu mais bien de la comédienne GENEVIÈNE NOTEBAERT qui jouait dans Camille C.LES PETITS FORMATS VLB MICHÈLE MAILHOT LE PORTIQUE préface de Marie-Claire Blais Un récit audacieux et émouvant sur l’expérience religieuse vécue par une femme éprise de liberté, soeur Josée, «la jeune héroïne de ce récit d’emprisonnement et de délivrance.» Un document psychologique d’une grande acuité et merveilleusement préfacé par Marie-Claire Blais.BRUNO ROY IMAGINER POUR ÉCRIRE Un petit livre pour ceux et celles qui croient en la notion du «plaisir et de découvertes» par le jeu de mots, de langue, d'écriture.Pour ceux et celles qui croient que le désintérêt de beaucoup d’étudiants pour l’écriture n’est pas un fait inéluctable.Imaginer pour écrire, BRUNO ROY Ateliers d’écriture et enseignement de la poésie 168 pages — 8.95 S (Collection «Courant») LE PORTIQUE l’outil qu’il faut pour renverser la vapeur! 220 pages — 9.95 s (Collection «Second souffle») vlb edi tr0UT dÉTaGRANDE LITTÉRATURE I *J xv Xf») 0 f »j X TÉLÉVISION Au réseau français de Radio-Canada, le dimanche à 9 h 30 : Livre ouvert, une série conçue pour promouvoir le goût de la lecture chez l'enfant.Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h : à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.A Radio-Canada, dimanche à 13 h : Rencontres.Marcel Brise-bois reçoit Marguerite Hoppenot, auteur de S’établir dans l’essentiel (Sève). Radio-Canada, le mardi à 13 h 15, l’émission Au jour le jour présente une chronique sur les livres tous les deux mardis.A TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.Bernard Pivot fait le « portrait d’un emmerdeur » : René Étiemble.(Reprise le dimanche 3 avril à 14 h.) Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission 'Écriture d’ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à 14 h 30.) RADIO AM À la radio AM de Radio-Canada, le samedi à 17 h, dans le cadre de rémission Plaisirs, Pierre Bourgault parle de littérature.À Radio-Canada, dans la première heure de Présent dimanche, dès 09 h, « le livre de la semaine » : Pour ces yeux-là.La face cachée du drame argentin : les enfants disparus, d'Irène Barki (La Découverte).A Radio-Canada, du lundi au vendredi, aux Belles Heures, entre 13 h et 15 h, Suzanne Giguère parle de littérature.RADIO FM A Radio-Canada, lundi à 16 h : Fictions, magazine de littérature étrangère, animé par Réjane Bougé, avec les chroniques de Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.À CIBL-FM, Montréal, lundi à 17 h 30 : Textes.Yves Boisvert lit des extraits de Tout doit disparaître, de François de Cornière (Écrits des Forges).Produite par CFLX-FM (Sherbrooke) et présentée par les Ecrits des Forges, l’émission est également diffusée sur CKRL-FM (Québec).À Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature d'ici, animé par Marie-Claire Girard, avec les chroniques de Jérôme Daviault (essais), Jean-François Chas-say (fiction) et Roch Poisson (revues).A Radio-Canada, mercredi à 16 h : Littératures parallèles, animé par André Carpentier, avec les chroniques de Michel Lord (science-fiction/fantastique), Jean-Marie Poupart (policier/espionnage) et Jacques Samson (bande dessinée).A Radio-Centre-Ville, mercredi à 16 h: Paragraphes.Danielle Roger reçoit Jean-Yves Soucy.A Radio-Canada, mercredi à 21 h 30 : Le Jardin secret.Gilles Archambault reçoit Suzanne Jacob.A Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.« Les biographes » : l'invité de Denise Bombardier est Jean Lacou-ture (2e de 21 émissions).A Radio-McGill (CKUT, 90,3), jeudi à 14 h : La Passion de l’écriture.Paul-Gabriel Du-lac reçoit le poète Joël Des -Rosiers.A Radio-Canada, jeudi à 16 h : Les Idées à l’essai.Richard Salesses s'entretient avec Andrée Corvol au sujet du livre L’Homme aux bois (Fayard).À Radio-Canada, vendredi à 22 h : Trajets et recherches.Claudette Lambert s'entretient avec l’écrivain Marcelle Brisson._m.M.Photo Jacques Grenier SUZANNE JACOB est l’invitée du Jardin secret, à Radio-Canada, le 30 mars à 21 h 30.Les finalistes du prix de poésie Émile-Nelligan 87 LE PRIX Émile-Nelligan 1987 sera remis le 11 avril prochain, à 17 h, à la Bibliothèque nationale, annonce la Fondation Nelligan.Ce prix couronne chaque année une oeuvre poétique de langue française.Les poètes d’Amérique du Nord âgés de moins de 35 ans sont admissibles à ce prix.On disait, ces dernières années, que la qualité des oeuvres des poètes de moins de 35 ans avait baissé au Québec.La cuvée des finalistes pour 1987 démentit cette rumeur.On retrouve cinq oeuvres sélectionnées par le jury du prix Nelligan : Inlandsis (Guernica), de Marie-Claire Cor-beil; L'Autre Rivage (VLB), d’An-tonio d'Aifonso; Fontainebleau (Herbes rouges), de Michaël Delisle; Les Retouches de l’intime ( Noroît), d’Hélène Dorion, et La Voix de Caria (VLB), d’Élise Turcotte.Ces recueils, remarquables, en effet, ont tous fait l’objet d’une recen- sion dans les pages littéraires du DE-VOIR.Leur diversité témoigne du kaléidoscope qu’est devenue la nouvelle poésie québécoise.Rappelons que le prix Nelligan vaut au lauréat ou à la lauréate une bourse de $ 3,000 et une médaille à l’effigie du poète Émile Nelligan.— J.R.us b#/uns MAL AMÉS ON EN RETROUVE DAMS VOTIS QUARTO!! ET CHEZ VOUS.Québec • ••••••••• • • •••••#•«••!!!! • •••• •••• • • • • • •• •• •••••• • hH^PÜiSO L D E iiiiü il __ «••••• liquidation:: III DE STOCK 11 • • SÉMMÉÉMÉÉÉÉÉMMMÉâiÉÉAMÉ'WMAf • •' • • • • • .JS11^ 1 ikTL-HIrnII lJiITiC-h'Ti üZή•••••• • • i 1 I ¦ (111 Km 1I l'i iïK* h 1111 kn h Mi® •••••« • s j99ViVVVVVViVVvMvMiVMMMAph*Jwmk • • • • • < • • an Mil [;TrTi 11 wATi rW7-Ti IJ r.P.W •••••< TTÎTin n jll'MBt-ti ."•wÂ*Â*ÀÉÀÀÂÂÂl*ÀlftllÀÂILl!!!!!! .• •••••••••• îîî .T ;i ITTI.ÏïMÎM Tous les soirs jusqu’à 21 heures LIBRAIRE 371 ouest, ave.Laurier Montréal.QC-H2V2K6 Tel (514)273-2841 4 Le Devoir, samedi 26 mars 1988 ¦ D-3 Le plus beau roman de ma vie ! LE PREMIER JARDIN Anne Hébert Paris, Seuil, 1988, 189 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN SAINT Marcel Proust écrivait dans sa préface à Contre Sainte-Beuve : « Et j’étais obligé de rejoindre mes amis qui m’attendaient au coin de la route, avec l’angoisse de tourner le dos pour jamais à un passé que je ne reverrais plus, de renier des morts qui me tendaient des bras impuissants et tendres, et semblaient dire : Ressuscite-nous.» Anne Hébert re- prend la note et retrouve le temps passé, jamais perdu, retrouvé.Redonner vie à des personnages, Flora Fontanges, la narratrice du Premier Jardin en a fait un métier.Une seconde nature.Née au Québec, c’est en France qu'elle a appris son métier de comédienne et qu’elle a connu la renommée qui lui vaut de venir jouer à Québec — invitation d’un jeune metteur en scène du lieu — Winnie de Oh ! les beaux jours.Elle a quitté sa retraite en Touraine pour ce dernier rôle mais aussi et surtout à cause de la disparition de Maud, sa fille unique, l’éternelle fugueuse.Flora Fontanges n’est pas nostalgique.On comprend vite que seuls le rôle de Winnie et la disparition de sa fille l’entraînent à mettre ses pas dans la trace du passé.On ne connaît ses raisons que petit à petit ; quand la force des choses ramène, morceau par morceau, une enfance qui ne fut pas heureuse.« En passant près des anciens tennis du parlement, la vue des montagnes et du ciel, au loin, un instant, lui entre dans le coeur par surprise.» Pendant quelques semaines avec Raphaël, l’amant esseulé de sa fille, elle parcourt la ville, cherchant à accueillir Winnie en elle, retrouvant ses propres cheveux gris, les rapetissements de la vieillesse, cherchant Maud.Raphaël est guide touristique.« 11 est jeune et beau, en plein midi, dans la ville qu’il croit connaître, comme personne d’autre au monde.Elle n’est plus tout à fait avec lui Michel Savard: la colère contenue LE SOURIRE DES CHEFS Michel Savard avec sept dessins de Paul-Émile Saulnier Saint-Lambert, éditions du Noroît 1988 JEAN ROYER MICHEL SAVARD, dans I.eSourire des chefs, calcule ses effets mais ne manque jamais de tact.Il devient, dans ce fort recueil, le poète de la colère contenue et assumée jusqu’à la nausée, jusqu’au bout des mots, à « l’extrême limite » de l’engagement.Il s’engage dans les mots de son regard avec une précision de clinicien, avec de la suite dans les idées.La vie vaut sa colère.Ce qu’il y a de dérisoire, désormais, c’est « le sourire des chefs » devant le peu d’âme qu’il faut au troupeau pour les suivre.Dans Forages (1982) puis dans Cahiers d’anatomie (complicités) (1985), Michel Savard affinaitson langage en parlant du quotidien et de l’amour un peu à la manière de Mi- chel Beaulieu.Dans Le Sourire des chefs, il trouve une voix personnelle avec une économie de langage sans pareille pour dire la colère devant la vie perdue.Quatre suites composent le recueil : « Petit déjeuner », « Mur de briques », « Cela » et « Nationalismes ».Le poète explore les vides et les pleins de l’esclavage quotidien, il se penche sur les « débris d'humanité » dans « ce jour/rien qui vaille », avec ses nouvelles à la radio et ses « fritures météo ».La suite la plus étonnante du recueil est peut-être celle du « mur de briques » qui arrête le ciel et que le poète, solitaire dans sa nuit, ne cesse de prendre à témoin.Ce mur évoque, en fait, dans sa nudité, son hiératisme, son mutisme et sa « rectitude même », les violences de la solitude.Rares sont les poètes qui ont évoqué les lieux urbains avec autant de force et de précision que Michel Savard le fait ici, tout en prolongeant sa méditation dans une interrogation métaphysique : « sa forme forcément/se prêle mal à l'étreinte des Eloge de la vertu de patience UNE VRAIE RUPTURE Méditations sur Fitzgerald, Lawrence et Nietzsche Pierre Bertrand Montréal, Hurtubise/HMH coll.«Brèches», 1987 LES ESSAIS RENÉE HOUDE UN K VRAIE rupture est un livre sur le changement intérieur, sur le changement qui passe par la métamorphose du regard.En ces temps où l’on nous vend des changements planifiés, volontaires et gérés, il y a quelque chose de bienfaisant et de rafraîchissant à lire le livre de Pierre Bertrand, livre dont le rythme incantatoire épouse celui d’une mantra.Pas de thèmes à ces chapitres chapeautés d’un simple chiffre; ils s’enfilent les uns aux autres, comme s’ils se moulaient sur un filon conducteur instauré par la réflexion elle-même, les citations de Spinoza, Nietzsche, Fitzgerald, Krisnamurti et Lawrence faisant partie intégrante de la méditation.De même, les sujets (la connaissance de soi, la liberté, le contact, l’oubli, l’amour, la confusion, la sécurité, la peur, le commencement, la fin, la mort, l’idéal) s’enroulent les uns aux autres en une lente circonvolution, le texte lui-même exprimant — la plupart du temps — l’importance d’épouser le devenir, de ne pas forcer l’événement, d’adopter l’état de lenteur requis pour couler avec le temps, pour atteindre une posture de présence à ce qui est.Comme on le voit, cette conception du changement rejoint celle des contemplatifs et des mystiques pour qui le regard tient une place centrale : « Une vraie rupture s’effectue en plein coeur de la vie, et non avec telle ou telle personne, avec telle ou telle situation.Elle affecte une attitude de vie fondamentale .» (p.91).« La rupture doit s’effectuer au coeur même de la perception, sinon elle n'est rien » (p.94).Le texte fait l’éloge de la belle vertu de patience, l’éloge de la force de l’involontaire et de l’intelligence du corps, toutes trois nécessaires pour atteindre l’attention totale à ce qui est.Ce n’est pas parce qu’on veut rompre qu’on a rompu.La vraie rupture comme le vrai changement ne se situe pas au niveau de la volonté.L’auteur affirme : « Une vraie rupture ne s’effectue jamais par une séparation ou un divorce.Il s’agit plutôt dans ces cas de ce dont parle Fitzgerald quand il écrit “rupture de chaîne où l’on est généralement destiné à trouver une autre chaîne ou à reprendre l’ancienne” .» (p.20).« On penst toujours qu’en changeant les conditions dans lesquelles on se trouve, notre vie changera.Mais ce n’est pas comme cela que les choses se passent.Il faut bien aù contraire s'enfoncer” dans ce que nous sommes, habiter totalement le lieu où nous nous trouvons, et ne plus rien fuir, seulement agencer, connecter de l’intérieur, modifier de l’intérieur, par une transformation impersonnelle sur place, où, paradoxalement on devient autre en devenant complètement nous-mêmes, en ne nous laissant aucune porte de sortie » (p.76).Ce que Pierre Bertrand nous propose est une position d’immanence qui dépasse la connaissance intellectuelle et où le Je est aboli : une voix clamée ailleurs, mais qu’il fait bon entendre de nouveau.Là où le texte devient plus faible, c’est lorsque l’auteur tombe dans l’ordre de l’opinion, par exemple, lorsqu’il dit : « Il existe une variété de gens qui nous répugnent vraiment.» (p.143) ou encore : « Ad mettons avec .» (p.145).Heureu sement, l’ensemble du texte n’est pas sur ce ton et se maintient au niveau méditatif et réHexif.La méditation philosophique de Pierre Bertrand, professeur de philosophie au collège Édouard-Mont-petit, est une production philosophique qui sort de l’académisme : on y respire d’autant plus allègrement.Il faut se réjouir d’une telle initiative de la collection « Brèches ».hommes/et face au mur l’humain/ bute/ tergiverse glose et se lamente/ d’avenirs et d’univers/à jamais interdits.» Cette réflexion sur la nuit de l’homme se continue dans une colère contre la guerre et ses effets.Puis, le recueil se ferme avec des regards implacables du poète sur l’histoire des Québécois.« Nationalismes» ne fait pas de concession aux faiblesses d’un peuple.« Ainsi nous sommes », écrit Savard, tantôt « victimes » et « quelque part invaincus ».Il y a dans ces derniers poèmes un certain désespoir devant une situation qui s’accorde avec ce que Denys Arcand appelait « le confort et l’indifférence » : « Mais les assiettes débordent/ le sens de cette liberté de langue/ de culte dans nos échanges électriques/ les bons mots sont des armes/ passées par les violons.» Michel Savard démontre ici une audace certaine.Sa suite « Nationalismes » pose de nouveau en poésie la question de l’identité et du destin du Québec : « Ainsi nous sommes/ allégés des fers du destin/à fêter notre chance américaine/ de n’être plus réduits à lutter/ pour la plus simple expression/ mais promus dans la ligue/ où toute parole est d'argent.» étant tout occupée en elle-même à retrouver des images qui la dérangent.» Ces images, ce sont celles de la petite enfance chez les soeurs de l'orphelinat.Celles de l’incendie dont elle fut sauvée pour être adoptée par les Êventurel de la Haute-Ville, qui voulurent en faire une lady.Premier rôle qu’elle tint avec brio, jusqu'à 18 ans, quand elle s’engagea comme bonne sur V Empress of Britain.S’y mêlent les grands rôles qu’elle à joués, vécus.Fantine, Mademoiselle Julie.Ophélie.et maintenant, Winnie.Mais aussi les personnages que Raphaël ramène de l’Histoire de cette ville jamais nommée, dont les noms de rue sont égrenés comme un chapelet sonore.« Ils ont appelé des créatures disparues, les tirant par leur nom comme avec une corde du fond d’un puits, pour qu’elles viennent saluer sur la scène et se nommer bien haut, afin qu’on les reconnaisse et leur rende hommage, avant qu’elles ne disparaissent à nouveau.D’obscures héroïnes de l'histoire sont ainsi nées et mortes à la suite les unes des autres.» Raphaël admire beaucoup la grande actrice, sa beauté à lui la tou che profondément.Ils cherchent Maud.Dans le présent, il y a cet amour absolu du théâtre qui a nourri sa vie, et les amis de Raphaël et de Maud, ces buveurs de lait qui vivent en commune.Nous sommes au milieu des années 70.Eux, c’est le monde de Maud parti pour l’avenir.En moins de 200 pages, dans des chapitres courts (quelquefois moins d’une page), nous parcourons des siècles avec tout un cortège de femmes; depuis celle du premier colon qui planta le premier jardin dans la forêt, puis ces filles du Roy dont les noms alignés ont des airs de conti-nes, jusqu’aux soeurs de l’orphelinat, aux bonniches de la Haute-Ville, à Céleste et son éternel sac-à-dos, qui en pince pour Raphaël et très peu pour la grande actrice, et jusqu’à Maud, enfin, retrouvée à la fin du roman, proprement déboussolée comme le présent.Au départ, on est frappé de l'économie du texte.Un texte si beau qu’on voudrait le dire à haute voix.En entendre, en sentir plutôt, la réverbération.Retenir les mots en bouche, en tête.Chez Anne Hébert, on ne saurait séparer paroles et musique.Jouez-vous, pour le plaisir, la chute bruissante de cette phrase : « Dans une petite rue mal pavée et raboteuse, à l’hôtel le plus proche, une chambre les attend avec un lit de cuivre, haut sur pattes, et un lavabo- Toujours best-seller! MYRIAM PREMIÈRE de Francine Noël «Francine Noël signe un des trois ou quatre grands romans de la décennie.» Reginald Martel, La Presse.«Ceux qui ont aimé Maryse se précipiteront sur cette suite, et ce sont les autres que je voudrais convaincre que Francine Noël vient d’écrire un très grand roman.On ne peut parler de chef-d’oeuvre quand l’oeuvre est si jeune, et pourtant.,.» »Jean-Roch Boivin, Le Devoir.«Myriam première est un roman d’une séduction extraordinaire, intelligent, drôle, émouvant, enfin c’est un malheur.À lire, donc: Pour le plaisir d’une écriture étonnamment libre et belle, qui utilise les expressions à la mode avec une sorte d’élégance négligée; et pour s’instruire.» Gilles Marcotte, L’Actualité.L A la petite maison VXD ealoe UP DE LA GRANDE LITTÉRATURE preiûi^re 513 pages 19,95$ m :é.Photo Jacques Grenier ANNE HEBERT un texte si beau qu'on voudrait le dire à haute voix bidEd, derrière un rideau de reps à ramages verts et rouges.» Chapitres courts, phrases courtes, travellings des regards de l’actrice vieillissante et du jeune homme amoureux, sur les choses qui disent le passé.L’actrice cherche sa voix à elle : l’orpheline baptisée par les soeurs, renommée par les Eventurel, qui a fait sa renommée en Flora Fontanges, va devenir Winnie et trouver son propre rôle, celui de la mère de Maud.A Proust, pour écrire aujourd’hui pareille recherche, il aurait fallu la santé de l’âge quand il a connu plus que des émois, une langue elliptique et sonore comme celle de Duras quand elle ne pose pas, et de connaître ce Nouveau Monde, qui n’est pas qu’une province à trait d’union, ce premier jardin dont nous ne finissons pas de ravaler les remparts.Dans ce jardin, Anne Hébert fait fleurir une chose tendre et sauvage, un contenu de vérité qui défie les vents du siècle sans remparts.Cela devrait simplifier la tâche de l’Académie française, quand viendra le temps d’attribuer le C.rand Prix de la francophonie.C’est le plus beau roman de ma vie ! Celui dont j’avais précisément besoin.Editions du Seuil «Qui est-il cet amant sensuel, cultivé, mystérieux et énigmatique?La recherche de son identité vous procurera un formidable plaisir de lecture.» Christiane Charette (Bon Dimanche) «On lira ces pages pleines à craquer avec la joie de l’enfant émerveillé .Ne rater pas cela, c’est très très bon.» Jacques Folch-Ribas (La Presse) «Deux temps, trois mouvements, un peu de tendresse, pas mal d’humour et le goût du travail sans filet, adagio con brio, le tour est joué!» Frédéric Vitoux (Le Nouvel Observateur) «Le récit le plus vif, le plus aigu, débordant d’intelligence, qui soit Patrick Mauriès (Libération) «Élégance, culture, humour, nostalgie, style superbe: voilà ce que nous offrent Fruttero et Lucentini.» Noëlle Loriot (L’Express) 24.95$ FRUTTERO & LUCENTINI Un écrivain et un détective s'unissent pour raconter les histoires invraisemblables de plusieurs victimes de crimes inédits.Un livre drôlement vulgaire, très libertin, parfois tragique, qui nous promène dans des paysages secrets et interdits.James Burke et Arnold Manweiler 393 pages 24,95$ '-%.;.; ,Z& wgSM i JSÉj A fl i 1 D-4 ¦ Le Devoir, samedi 26 mars 1988 lf; plaisik LE PL Al I .E : .AISIR Ll PL R AI! des J • /ivres Entre le folklore et l’insolence LE GARS DE LVOV Marian Pankowski traduit du polonais par Élisabeth Destrée-Van Wilder Actes Sud, Hubert Nyssen 1987, 215 pages LETTRES.ETRANGERES ALICE PARIZEAU LES TRACES de la dernière guerre mondiale survivent dans les belles-lettres.On n’a pas fini de lire des romans qui racontent les camps de concentration, le drame de l’Europe centrale et la survivance de ses valeurs ancestrales, victoire sans cesse renouvelée sur la soviétisation.L'admirable côtoie ainsi l’épouvante et une continuité s’établit entre les écrivains tels que Tolstoï et Pasternak, ou Mickiewicz et Milosz.Quand on ouvre le roman de Marian Pankowski, Le durs de Lvov, on s’attend, en somme, à retrouver un peu de cette atmosphère faite de nostalgie et de rage, de cette recherche aussi de la liberté et de la justice qui caractérisent les oeuvres de plusieurs autres romanciers et poètes slaves en exil.Ayant vécu l’insurrection de Varsovie et les camps de concentration, Pankowski se situe, néanmoins, aux antipodes de la grande tradition romantique.Dans son livre, il met en scène l’ironie et la cruauté bien que ses personnages, deux hommes âgés, ne sont en fin de compte que des témoins d’un univers mort.Sapinski évoque la guerre et Smo-rodina, les années 30 et la gouaille des faubourgs.L’ingénieur Sapinski transpose, magnifie et Manius Smo-rodina, le serrurier, raconte ses affrontements avec la police, ses coups pendables et ses amours.Installés à la terrasse d’un café, ils sirotent lentement leurs verres de cognac.Ils ont le temps.Plus rien ne presse.C’çst l’été, c’est Biarritz et l’agitation des vacanciers parait risible par contraste.Dans ce genre de roman, où l’intrigue compte pour peu, il y a souvent plusieurs niveaux de lecture.On peut considérer qu’il s’agit d’un affrontement entre deux êtres qui ont vécu en Pologne dans des milieux différents et qui, dès lors, ont une vision faite de ressentiments, ou de mépris, mais c'est surtout Manius qui parle avec cette faconde qui le caractérise et qui est fort drôle.Manius, le voyou de Lwow, sa belle ville morte puisque vidée de ses habitants et annexée depuis par les Soviétiques sous le nom de Lvov ! L’orthographe a changé, le folklore n’est plus le même ! Les apaches, tels que Manius, qui étaient autrefois, dans les faubourgs de cette ville-là, des « aristocrates » à leur façon ont été chassés avec les autres.Selon toute probabilité, Marian Pankowski refait ici son propre parcours et puise dans ses souvenirs.Dans les années 30, les étudiants de l’université de Lwow fuyaient leurs professeurs et leurs aumôniers et se réfugiaient dans les cafés où les voyous chantaient à tue-tête, dérangeaient les braves bouchers qui y avaient non loin leurs boutiques et, aux petites heures, la vodka aidant, se battaient pour les belles filles.Les policiers évitaient soigneusement ces lieux, les commerçants se barricadaient derrière les volets clos et on savait en ville qu’il n’était pas bon de s’aventurer le soir dans les collines environnantes.Comme le Montmartre d’autrefois, les faubourgs de Lwow avaient leurs « princes» et leurs «reines» qui, à leur tour, avaient leurs peintres, leurs poètes et leurs humoristes imitant leurs accents et leurs expressions imagées dans une émission de radio, Lwowska Fala, célèbre dans toute la Pologne, ou encore les immortalisant sur des toiles comparables par certains côtés à celles de Toulouse-Lautrec.À Montmartre, le modernisme et le tourisme ont chassé les vrais apaches, les faubourgs de Lwow ont été nettoyés à la faveur des déportations massives et l'ordre soviétique ne tolère plus que des hou-ligans, ces jeunes délinquants malheureux et sinistres que les étudiants ne fréquentent pas.Ce monde disparu renaît, pourtant, dans Le Gars de Lvov mais, malheureusement, Pankowski tient trop à provoquer et à dénigrer les symboles chers aux exilés.Il n’en reste pas moins que son Manius, philosophe à ses heures un peu à la manière de la Sagouine d’Antonine Maillet, demeure un personnage très attachant dont les confessions retiennent l’attention du début jusqu’à la fin du livre.Tous les possibles chaos LE TITAN Fred M Stewart tradud de l'américain par Hervé Proulx Paris, Belfond, 1987, 437 pages CHRISTIAN MISTRAL PARU récemment chez Belfond, Le Titan, de Fred M.Stewart, est la quatrième contribution de l’auteur à l’édifice babylonien du best-seller.Une brique de tourbe et de savon, pierre artificielle employée à la construction du rêve américain.La formule est connue, le brevet passé dans le domaine public : Stewart, en suivant la recette, a fait tout un plat d’une intrigue indigeste.("est l'histoire d’un demi-juif parti d’à moitié rien qui, à force de jouer des coudes, s’enrichit en vendant des armes sans jamais cesser d'oeuvrer pour la paix.Juste là, on se dit que ça ne tient que sur une patte.Nick Fleming est une sorte de Basil Zaharoff sans le cynisme et l’absolue corrup- tion.Bien sûr, ses ennemis l’ont surnommé « le Titan de la mort », et il dépense $ 10,000 par jour, et il possède le plus gros yacht du monde, et il parle d’égal à égal aux plus augustes personnages de la planète.Mais il demeure foncièrement idéaliste, de cela il ne faut pas douter.Fleming traverse le 20e siècle avec un flair stupéfiant, toujours au bon endroit au bon moment, contribuant à forger les charnières de l’Histoire et sa propre fortune du même effort.Il brave les révolutionnaires russes en 1917, il va faire des films à Hollywood, il défie les nazis et prend part à la résistance française, il aime des femmes et détruit des hommes et l’or jaillit de toutes ses entreprises.À la fin, il meurt.Laissant derrière lui une famille assez navrante et incolore, à l’exception peut-être de Charles, l’aîné, contrepoint machiavélique de son père.On aurait souhaité en savoir plus sur les subtilités tordues de son caractère.Les scènes de passion ne sont pas mal amorcées, même si l’auteur, comme un cinéaste du temps de Will Hays, s’auto-censure et fond au noir dès que les amants s'empoignent.La comparaison avec le cinéma ne s’arrête d’ailleurs pas là ; on croit lire un traitement substantiel de mini-série, l’étape juste avant la fabrication du scénario, où l’auteur peindrait à la spatule et à l'aérosol la grossière psychologie de ses protagonistes.Comme pour indiquer aux acteurs quel sentiment se plaquer sur le visage.Le Titan est ce qu’on pourrait appeler un remarquable exemple de littérature pré-contrainte, moulée comme un béton docile à tous les possibles chaos de l’existence.Tout ce qui peut catastropher le riche est là, y compris sa richesse.On ne saurait élever un Nick Fleming à la distinction d'archétype, tant sa nature est un amalgame d’incohérences sans prolongements dans l’imaginaire, un peu à la manière des mor- ceaux du stade assemblés à la colle forte.Il y a bien un certain charme à pénétrer l’intimité fictive d’hommes tels que Churchill et Kémal Atatürk, à entendre Hitler parler d’une voix douce à son jeune amant, mais les ficelles de ce livre sont des câbles que Stewart ne rattrape qu’à grand-peine.Il passe beaucoup trop de temps à installer de complexes dispositifs romanesques qui finiront par ne pas lui servir.Le drame entier se résume à un stérile artifice surgi de nulle part qui, le livre terminé, retourne aux limbes d'où il est venu sans nulle trace laissée de son passage.Hervé Proulx a rendu le texte original en une langue correcte et appliquée, exempte des vilenies qui sabotent souvent ce genre d’ouvrage en ajoutant à leurs péchés.C’est, hélas ! assez rare pour qu’il faille le souligner.Sans racheter Le Titan, cette qualité en rend la lecture un brin moins pénible.L’oubli de la mère LA MAISON PATERNELLE et autres nouvelles Marla Messina postface d'Annie Messina traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli Actes sud, 1987, 97 pages JACQUES CROUSSET l N ASSEZ triste destin que celui de Maria Messina.Triste dans le sens où un talent pareil ne méritait pas d'être aussi vilainement occulté.Célébrée très jeune par les sommités littéraires italiennes, dont Ciovanni Verga, un illustre écrivain en son temps celui-là (on parle ici des années du début du siècle), elle sombra par la suite assez rapidement dans l’oubli, à la suite, cependant, d’une grave maladie qui devait l’immobiliser à peu près totalement et la couper du reste du monde, la sclérose en plaques.Elle mourut pendant la guerre, en 1944.Elle approchait la soixantaine.Maria Messina avait une écriture qui, vue de haut, ne fracassait rien (ce n’était pas d’Annunzio et ses fumantes langueurs, par exemple) mais qui, prise en elle-même, laissée à ses spirales de doutes, d’angoisse, était d’une rare efficacité.Une écriture consistant en un curieux alliage de fragilité, de grâce et de révolte.Révolte, surtout, contre l’ordre familial, la domination — avilissante — du mâle.Mentionnons qu’elle était d’origine sicilienne, ce qui est tout dire car, à cette époque, on ne plaisantait pas, en cette belle contrée, lorsqu'il s’agissait de remettre soi-disant la femme à sa place.Actes sud vient de publier quelques-unes de ses nouvelles.Elles sont toutes aussi remarquables les unes que les autres.Pour la plupart, elles n’excèdent pas la vingtaine de pages, donc elles ne sont pas longues à lire et, au surplus, elles constituent toutes une excellente introduction à la littérature italienne du début du siècle.Chacune (il y en a quatre) a pour héroïne une feinme, une femme révoltée, sauf la dernière, « Luc-ciuzza », qui met en scène une fillette; mais une fillette qui en a aussi long à dire que ses aînées, qui s'insurge, elle aussi, contre un surmoi trop fort et qui, à sa manière, finit par lui échapper.Ce qui n’est pas le cas, cependant, de ses consoeurs.Ou bien, comme Lucia dans « Les Visiteurs », elles fi- Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations, contactez Jacqueline Avril 842-9645 nissent par se soumettre à l’ordre do-minant (le père, en l’occurence) après avoir un peu regimbé, montré leur désaccord; ou bien, imitant Vanna dans la nouvelle qui donne son titre au recueil, « La maison paternelle », elles cherchent refuge dans la mort, une mort qui n'est pas tout à fait une délivrance mais bien plutôt une fuite désespérée.A sa façon, Maria Messina a créé des êtres fragmentés, cherchant à échapper à l’affreuse torpeur ambiante mais qui, à cause de l’ampleur des forces extérieures (appelons-les sociales, si vous voulez), n’y arrivent pas.Le plus significatif dans tout ceci, c’est tout de même la totale absence de la mère.Ou plutôt, la mère y est bel et bien, en chair et en os (du moins dans trois des quatre nouvelles; dans la quatrième, sa présence réussit à se faire sentir malgré tout), y est avec tous ses tics, ses adhésions forcées, mais comme éloignée, tenue à distance très respectueuse : ainsi, aucune des héroïnes de Maria Messina ne veut ni ne désire se confier à sa mère ou même obtenir d’elle le moindre réconfort.Pour ces dernières, au contraire, la mère, c’est l’ordre immuable, la soumission incarnée, l’aveuglement devant la na- Marki Messina La maison paternelle par ftw À vrante réalité : donc, oublions-la, elle n'est plus là du tout.A leggere.IQFS LES ÉDITIONS Du nouveau chez MOEBIUS / TRIPTYPE ¦ I .’envers de l’éveil (poèmes) de Rruno Roy ¦ Figures du temps (récits) de Paul-A ndré Ri beau I I.e diable au marais (contes fantastiques) de Pierre- Yves Pépin Robert Charlebois, l’enjeu d’“Ordinaire” (essai) de Jueques Julien Disponibles chez votre libraire.Pour (oui renseignement: 524-5900 LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND CITATIONS Alain Stanké, Le Livre des livres, Stanké éditeur, 479 pages.DANS CE VOLUME, Alain Stanké a réuni toutes les citations qu’il connaissait sur le livre par ceux qui les écrivent, les fabriquent, les vendent, les lisent et les critiquent.Pour les mordus du livre, pour les amoureux de la langue, cet ouvrage est une fête du trait d’esprit.RÉDACTION Michel Reaud et Daniel Latou-che, L'Art de la thèse.Comment préparer et rédiger une thèse, un mémoire ou tout autre travail universitaire, Boréal, 170 pages.COMMENT choisir et délimiter le sujet d’une thèse ?Sous la direction de quel professeur travailler ?Quelle démarche adopter ?Combien de temps faut-il prévoir pour chacune des étapes ?Comment réunir la documentation avec un maximum d'efficacité ?Comment passer du plan de travail à la rédaction ?Comment présenter le manuscrit ?Comment se préparer Rue des _ Petits-Dortoirs Denis Bélanger à la soutenance ?Cet ouvrage français, adapté pour le Québec par Daniel Latouche, répond à toutes ces questions et bien d’autres.ESSAIS André Brochu, La Visée critique.Essais autobiographiques et littéraires, Boréal, 250 pages.C F, VOLUM E rassemble des essais qui ont paru, pour la plupart, dans différentes revues québécoises.De les voir ainsi les uns à la suite des autres permet de constater la continuité de la pensée de ce professeur de littérature de l’Université de Montréal.L'aspect autobiographique des trois premiers essais est particulièrement touchant.Dans les autres articles, on voit apparaître une « conception de l’oeuvre littéraire» et une méthode d’analyse assez originales.Pour André Brochu, la littérature québécoise et la question nationale sont liées vers une même visée de libération, même si l’oeuvre littéraire reste toujours, en dernière instance, autonome par la multiplicité de son sens.Cet ouvrage permet également d’embrasser, d’un seul regard, les mouvements intellectuels depuis le Quartier latine t Parti pris jusqu’à aujourd’hui.CANAQUES Louise Michel, Légendes et chants de gestes canaques, éditions 1900, Mil pages.LOUISE MICHEL, la « vierge rouge » de la Commune, fut condamnée à mort par les Versail-lais, puis déportée en Nouvelle-Calédonie en 1873.Les travaux forcés ne l’ont pas empêchée d’établir de très bons rapports avec les populations autochtones.Elle collectera leurs légendes, leurs chants de guerre, elle se renseignera sur leurs 36 dialectes et, crayon en main, elle rédigera cet ouvrage illustré de très beaux croquis.LITTÉRATURE Denis Bélanger, Rue des Petits-Dortoirs, Québec/Amérique, coll.« Littérature d’Amérique », 144 pages.ISSU d’un projet d’écriture entre amis à partir d’une vieille photographie, ce récit raconte la remontée dans le passé d’un vieil écrivain retiré du monde.Les personnages presque burlesques de son enfance, qui ont déterminé sa vie, refont surface dans une petite maison épargnée, comme par miracle, de la démolition.Christine Aventin, Le Coeur en poche.Mercure de France, 244 pages.ELLE A 16 ans et elle vient d'écrire un premier roman qui parle des désillusions d’une « fille de pute » de 15 ans.Ce n’est pas son histoire, mais c’est l’histoire d’une génération qui cherche une raison de vivre.On a dit qu'elle « écrit en jean comme d’autres en vers ou en prose ».C’est dire qu’elle a un ton particulier et un avenir d’écrivain.POLICIER James Burke et Arnold Manwei-ler, Flagrant Délice, Québec/ Amérique, coll.« Littérature d’Amérique», 393 pages.JAM ES BU RK E, né à Winnipeg, est journaliste pigiste et recher-chiste pour la télévision.Arnold Manweiler, Manitobain d’origine lettonne, est maintenant un des détectives privés les plus célèbres du pays.Meurtres, suicides, kidnappings, chantages, délits de fuite, prostitution, infidélité conjugale, etc., se succèdent dans ces récils composés à partir de faits vécus.L’humour et la désinvolture donnent le ton à ce recueil qui ridiculise le monde du crime.Portrait de citadin NOVEMBRE Janet Hobhouse traduit de l'américain par Anne Damour Paris, Grasset, 1987, 233 pages LETTRES AMERICAINES MONIQUE LARUE QUITTÉ par sa femme, Zach s'envole vers Londres dans l’espoir que sa vie va changer.Pour ce New-Yorkais, la capitale britannique joue le rôle ambigu de Paris pour certains Montréalais : celui d’une mère aimée et haïe.Il est hébergé par son frère, qui a épousé une Anglaise.Il lui envie d’abord son bonheur familial, même fait de compromis avoués.Puis, il se raccroche à une Londonienne alcoolique et divorcée.Mais elle ne croit pas en la possibilité de dépasser l’éphémère et l’épidermique.Il part enfin à Florence, chez sa soeur, et fréquente une colonie d’artistes américains épris de la Renaissance.Comme ces derniers, Zach cherche dans l’art et dans l’amour le salut de son âme.Tu es le « portrait du citadin », lui dit un peintre : « tu possèdes tous les avantages de cette vie, et aucune satisfaction ».Fitzgéraldien jusqu’aux ongles, Zach se sait issu d’un monde qui a échappé à la guerre, où « l’on était récom- Photo Grasset JANET HOBHOUSE.pensé sans raison particulière, excepté la chance historique de s’être trouvé là-bas et non ici ».Malgré, ou à cause de ce privilège, un insaisissable désarroi pousse les compatriotes qu’il rencontre, comme ceux de la « lost generation », à s’identifier à l’Europe.Zach, lui, aime New York.« Pour une seule et véritable raison, c’est que nous y avons été enfants.» On finit par se trouver plus attaché qu’on aurait cru à ce citadin perdu, qui n’est pas sans rappeler le Herzog de Saul Bellow.i Le Devoir, samedi 26 mars 1988 ¦ D-5 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIF LE PLAISIR LE PLAISIR des Le journal d’Ionesco, ou comment se séparer de soi-même LA QUÊTE INTERMITTENTE journal Eugène Ionesco Paris, Gallimard 1988, 169 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN A CEUX que l’angoisse et les désespoirs de l’auteur étonneraient, dans ces dernières pages de son journal, il faudra rappeler ce qu’Eugène Ionesco écrivait, il y a plus de 20 ans, en présentant Notes et contre-notes.Déjà persuadé que la littérature est au-dessous de la vie, celui qui nous a fait rire au théâtre, pendant des décennies, ajoutait que « l’expression artistique est trop faible, l’imagination trop pauvre pour égaler l’atrocité et le miracle de cette vie, de la mort, trop insuffisante aussi pour pouvoir en rendre compte.J’ai fait ce que j’ai pu, confessait l’auteur de Le Roi se meurt, en attendant, en attendant.Mais il faut savoir se séparer de soi-même, des autres ».Celui qui écrivit La Leçon n’a pas encore appris, semble-t-il, la recette du savoir-vieillir et du savoir-mourir.Dans ce journal pétri d’angoisse, Ionesco voudrait contourner l’incontournable — sa propre mort — en retrouvant Dieu par la prière.Or il n’a pas appris : « Tout le monde ne peut prétendre à la sainteté, je ne suis pas un martyr, je ne jeûne même pas, ça m'ennuie de prier trop, je ne sais pas prier .» Et aveu considérable pour un homme qui écrivit toute sa vie : « Ce n’est pas par la littérature qu’on arrive dans le voisinage de Dieu, on doit Lui parler avec des paroles appropriées, des paroles éprouvées.» En attendant de savoir prier, Ionesco relit Les Confessions de saint Augustin, fête — le recueil s’ouvre là-dessus, ses 50 ans de mariage avec sa femme Rodica, et sa fille Marie-France, déplore qu’il se sente si vieux, si malade, et dit son épouvante devant la perspective de voir s’en aller avant lui sa femme adorée.Mais, en même temps que sa terreur, l’auteur de ce journal d’une extraordinaire sincérité, jusque dans les menus détails des infirmités et des maladies, chante l’amour conjugal.« Mon amour n'est pas irréel.La vie de l’amour est d’une réalité irréfutable.Je suis certain, maintenant, que l’amour est éternellement irréfutable.» Si la quête, même intermittente, de la sainteté vous ennuie; si les ef forts louables que consent Ionesco, pour parvenir à croire, sinon en Dieu, au moins en Jésus, ne vous intéressent que modérément, vous vous sentirez sans doute plus en « communion » avec l’auteur quand il règle ses comptes avec quelques dramaturges de notre temps, à commencer par l’auteur, trop célébré, à son goût, d'Kn attendant Godot.« C’est tout de même très énervant, écrit Ionesco, d’entendre dire ou de lire dans un journal que Beckett est le promoteur du théâtre dit “de l’absurde".C'est tout de même moi qui, dans la mise en scène de Nicolas Bataille, ai fait représenter, en 1950, La Cantatrice chauve, aux Noctambules, et en 1951, La Leçon, au théâtre de Poche.» Et suit la liste presque exhaustive de tout ce qu’Ionesco écri- vit et fit jouer au théâtre, sans oublier les noms de ses comédiens-fétiches qui s’appelèrent Jacques Mauclair, Tsilla Chelton, Paul Chevalier, entre autres, avant que Beckett ne survienne, en 1953.Entre deux crises d’angoisse, Ionesco reprend goût à l’écriture.Quelques pages d'exercices de style, a la Queneau, raviront les admirateurs du Rhinocéros.De même, rentrant de vacances, dans cette sorte de château, mis à la disposition des auteurs, qui s’appelle Rondon et qui appartient à la riche Société des auteurs dramatiques, le couple Ionesco retrouve Paris, « cet horrible Paris, cet invivable Paris », et le quartier de Montparnasse.Ionesco, honnête, rappelle, en un long paragraphe ébloui, comment il aimait cette ville quand U était jeune.Pas si dégagé qu’il le dit des vanités de ce monde, Eugène Ionesco parle de ses nombreux voyages, des gens qui l’invitent un peu partout dans le monde, et s’intéresse à une thèse de doctorat qu’une certaine Mme Hubert doit faire paraître, avec une petite préface de lui, EUGÈNE IONESCO.chez José Corti.« Une bonne maison », précise-t-il (c’est l'éditeur de Julien Gracq, entre autres).Mais la thèse, Ionesco n'y comprend pas grand-chose : « L’approche est lin guistique et psychanalytique, il paraît —, parle du “corps fantasmatique chez Ionesco, Beckett, Ada mov".» Pour ajouter, comiquement, qu’« avec les nouveaux critiques, on se demande si on a bien dit ce qu’on a voulu dire, si c’est de nous qu’on parle, si nous ne les comprenons pas ou si c'est eux qui ne comprennent pas, qui y voient quelque chose d’autre qui est leur rêve, leur vision propre ».L’homme Ionesco, qui se livre sans fard, avec même un parti pris d'autodestruction, dans La Quête intermittente, demeure un artiste.L'espoir et la désespérance, qui nourrissaient déjà, sous la carapace de l'humour, son théâtre tout entier, se manifestent aujourd’hui sans le recours à l’affabulation.» La rentrée dans l’Angoisse comme la rentrée chez soi L'angoisse familière », répète, sans se lasser, celui qui, pour finir, en par huit de lui à la troisième personne, vous dit : « Il s’en alla vers son jar dm mais il continuait de murmurer; récupérer l’irrécupérable.Définir l'indéfinissable.Dire l’indicible.Ouïr l’inouï.Car il était incorrigible.» Le plaisir des livres est rempli de surprises : « Always the unexpec ted happens », affirmait Shakes peare, autre grand homme de théâtre.Qui pouvait me prédire que ma lecture de Carême serait le journal d’Eugène Ionesco ?Une histoire de l’écriture Le petit chef-d’oeuvre de Georges Jean LETTRES FRANÇAISES JEAN ROYER IL EXISTE quelques ouvrages sur l’histoire de l'écriture.Celui que Georges Jean vient de faire paraître dans la collection « Découvertes » est le meilleur du genre.Ce livre magnifiquement illustré retrace l’histoire de la mémoire des hommes, c’est-à-dire de leurs écritures, en intégrant de nombreux documents à un texte limpide qui propose en six chapitres l’évolution de cette mémoire que les diverses civilisations se sont donnée et parfois transmise.Le grand pédagogue français, qui est aussi linguiste et philosophe, a écrit, depuis plus d'un quart de siècle, de nombreux ouvrages pour les jeunes sur la poésie et « le plaisir des mots ».C’est comme écrivain qu’il participe d’ailleurs, jusqu’à demain, L’ÉCRITURE MÉMOIRE DES HOMMES Georges Jean Paris, Gallimard coll.«Découvertes», 1988 Comment va le monde LA FORTUNE Georges-Olivier Chateaureynaud Pantin (France), Le Castor astral 1987, 135 pages POUR EN FINIR AVEC LE GENRE HUMAIN Anne Garreta Paris, éditions François Bourin 1987, 158 pages MADELEINE OUELLETTE-MICHALSKA LÀ-BAS comme ici, quand la métropole n’arrive plus à absorber la production littéraire d’auteurs confirmés, on se tourne vers des petites maisons d’édition pour divulguer des textes qui resteraient parfois inédits.C’est le cas notamment de G.-Olivier Châteaureynaud, qui a obtenu le Re-naudot en 1982 pour son très beau roman, La Faculté des songes, et d’Anne Garreta, dont la sortie de Sphinx fut, il y a deux ans, fort remarquée.Que nous raconte La Fortune de l’un publiée au Castor astral, et Pour en finir avec le genre humain paru chez François Bourin ?Que c’est la crise absolue.Que le monde va mal, que l’optimisme est mort, que l’on s'ennuie — « Donnez-moi ne serait-ce qu’une catastrophe médiocre, que je l’habite », implore le premier.« Je soussigné, le genre humain,/[.]/ avant que l'orage n’éclate, je désire tester./[ • •]/ Aux mouches, je lègue droit de butinage sur toute l’étendue de ma charogne.», etc., déclare la seconde.Mais si Châteaureynaud n’a plus d’illusion, il a toujours du coeur, une sensibilité, une fêlure dans la voix qui s'accommode de l’humour et s’inscrit dans la littérature de ce siècle.Son recueil, qui regroupe des contes, nouvelles, aphorismes et textes autobiographiques et critiques, ne pêche certes pas par excès d’unité.On rassemble après coup un ensemble disparate sauvé par une certaine finesse de l’écriture et de l’intelligence.J’aime assez lire ceci, à propos de qui se donne pour but de conquérir le monde : « L’homme qui courait a fini par céder à la tentation : il s’est arrêté, pour voir.» Ou cela, concernant qui en a déjà fait le tour : « Comme un étranger de passage, il demande qu’on l’éveille tôt, car il lui reste un long chemin à parcourir.» ?Les effets de Garreta sont moins heureux.Dans Sphinx, elle donnait à lire une aventure amoureuse, bien menée, où la grammaire s’évertuait à masquer le sexe des protagonistes que trahissait, ô naïveté ! la fantasmatique.Cette fois-ci, on a liquidé les personnages et les situations.Il ne reste plus que deux voix qui déclament, sur un ton que ne répudierait pas le Grand Siècle, un discours pompeux répertoriant la somme des calamités qui nous accablent.Tout cela, à coups de « mon ange », « mon amour » ponctués de formules à l’anglaise : « Docteur Swift I presume .— Indeed ! » Pour écrire un récit qui se tienne, il en faut à la fois un peu plus et beaucoup moins.Indeed ! au Salon du livre de l’Outaouais, au Palais des congrès de Hull.Dans L’Écriture mémoire des hommes, il a réussi le tour de force de nous montrer l’évolution de l’écriture des origines à nos jours en l’illustrant d’exemples spectaculaires et précis à la fois.On lit ce livre comme le roman des inventeurs de signes.On prend connaissance de récriture cunéiforme sur pierre des Sumériens, des hiéroglyphes sur argile des Égyptiens, des pictogrammes sur papyrus à l’encre de Chine.On suit de près la révolution de l’alphabet chez les Phéniciens, héritiers des écritures arabe et latine, jusqu’à l’écriture sacrée du Coran et de la Bible.On admire la calligraphie arabe, puis le travail des copistes jusqu’à l’imprimerie.Georges Jean nous montre corn- Les Belles Rencontres de la librairie Jeudi le 7 avril de 17h à 19h Lancement de LA PETITE REVUE DE PHILOSOPHIE Vol.9, n° 2 autour de JAMES HILLMAN Samedi le 9 avril de 14h à 15h ANNE HÉBERT Le premier jardin Éditions du Seuil Mercredi 20 avril de 15h à 17h Société des Écrivains de la Mauricie ALPHONSE PICHÉ NÊGOVAN RAJIC LOUIS JACOB RÉJEAN BONENFANT JOCELYNE FELX Vendredi 22 avril de 17h à 19h Lancement de EST-CE LA FIN DU CANADA?de GEORGES GRANT Traducteur: Gaston Laurion Préfacier: Jacques-Yvan Morin Ifl hurtubise hmh 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 ment la « main à plume », comme disait Rimbaud, devient un instrument indispensable de la pensée.Cette histoire est fascinante quand on sait que l’écriture est née non pas des besoins esthétiques mais des besoins des commerçants de Sumer, qui devaient tenir la comptabilité de leurs troupeaux et récoltes.L’auteur confronte aussi les diverses civilisations.Aujourd’hui, note-t-il, le jeune écolier occidental peut apprendre à écrire avec 26 à 30 signes, tandis que le jeune Chinois doit assimiler au moins 1,000 signes avant de pouvoir écrire sa langui-.Georges Jean n’oublie pas non plus les énigmes de langage, de Phaïstos à l’ile de Pâques, ni la nouvelle relation de la lettre et de la ville moderne.Il complète son ouvrage par une série de témoignages et documents, qui passent par L'Épopée de Gilgamesh, par Victor Hugo et Rim- baud, sans oublier, plus près de nous, Roland Barthes.L Écrit lire mémoire des hommes est une somme qui n’intéressera pas seulement les jeunes mais tout un public curieux de l'histoire culturelle de l'humanité.Ce livre, il faudrait le baptiser, sans rélicence, « le petit chef-d’oeuvre de Georges Jean ».Cet ouvrage vaut à lui seul une bibliothèque.t*.v< V.-V.RETROUVEZ L NOUS à SV.-.-.y.»; ¦y»; u u u! PLACE MONTRÉAL TRUST V DES^l LE 30 MARS k.1988 Æ Venez redécouvrir la doyenne des librairies d’expression française au coeur du nouveau centre-ville -La Librairie- Flammarion Place Montréal Trust, 1500, Ave.McGill College 499-9675 SHIRLEY ROY 4316, boul.Saint-Laurent, bureau 300, Montréal Québec, H2W 1Z3 (514) 845-1695 En vente dans toutes les bonnes librairies 14,95 S SEDITIONS SAINT-MARTIN SEULS DANS LA RUE «Portraits d’homines clochards» de SHIRLEY ROY L ’année internationale des sans-abri est terminée; ils sont toujours sans-abri et toujours aussi nombreux.Qui sont-ils?Qu’en est-il du mythe du clochard instruit?Sont-ils des dissidents ou des victimes d’une exclusion sociale?En découvrant leurs lieux d’existence et de survivance, Shirley Roy a pu saisir les particularités de l’itinérance.UN OUVRAGE IMPORTANT POUR COMPRENDRE ET INTERVENIR D-6 ¦ Le Devoir, samedi 26 mars 1988 LC PI A'SUv LE PL A Kl LE PLAISIR L R LE PLAISIR Pour simplifier sans bêtifier LITTERATURE JEUNESSE DOMINIQUE DEMERS « VOULEZ-VOUS tout savoir sur les pays du monde, l'origine des planètes, les êtres vivants et les océans ?Lisez un documentaire ! » Cette belle logique a incité des milliers de parents à garnir les bibliothèque familiales d’encyclopédies et de dictionnaires de tout acabit, véritables polices d’assurances contre l’idiotie potentielle de leur marmaille.Tout cela n'est pas fini.Dans Les Livres de vos enfants, parlons-en !, paru aux éditions Messidor/La Farandole, Bernard Épin dénonçait, entre autres, les pièges de l'encyclopédisme qui parcellise bêtement le savoir comme pour faire entrer l’univers dans un catalogue et verse facilement dans des promesses d’exhaustivité fallacieuse, cette fameuse notion du « tout savoir ».Sans compter qu’une grande partie de cette production didactique vide rapidement de giands sujets en simplifiant avec un sans-gêne inouï les questions les plus complexes.Épin s'insurge contre les « schémas de racollage et d’enfermement du lecteur, auquel on demande simplement d’entrer dans le jeu du consommateur passif ».De tout temps, les grands enseignent aux petits.La question d’adapter le savoir se pose toujours mais, heureusement, des éditeurs ont compris qu’on pouvait simplifier sans bêtifier.Piquer la curiosité des enfants plutôt que leur faire croire qu’ils ont tout appris.Ouvrir des portes, éveiller le sens critique, proposer des outils de recherche.Au Québec, trois livres-jeux édu- catifs dans la plus pure tradition du gai savoir ont envahi librairies et boutiques au cours des derniers mois : Venir au monde, de Marie-Francine Hébert et Darcia Labrosse, à La Courte Échelle; Le Temps, de Christine L’Heureux et Mireille Levert, aux éditions Chouette, et Les Animaux et leurs petits, de Marc Mongeau, chez Michel Quintin.Puzzles et casse-tête, jeux de table, cartes à jouer, le tout accompagné de beaux albums, du meilleur cru.Les dictionnaires aussi se refont une beauté.Pic-Mots, un dictionnaire orthographique pour les six à 12 ans, dirigé par Robert-R.Préfontaine et Marie-Antoinette Delolme, se vante de réunir 4,000 mots sans jamais avoir recours aux définitions traditionnelles : histoires, jeux de mots, humour et bandes dessinées plutôt.Philippe Béha, un des grands noms de l’illustration pour enfants, participe à cette guerre contre les fautes d’orthographe.Les illustrations, comme les définitions contextuelles, introduisent une trentaine de personnages colorés, dans un esprit résolument moderne, avec morale antisexiste et anti-ségrégationniste.Chaque lette entre en scene au son d’une joyeuse allitération (« Courage cowboy à cheval ! » « Capture le cactus qui court en chaussettes ») avant de céder la place à des mots tirés du vocabulaire usuel des enfants des classes primaires : de cache-cache à carie, en passant par chagrin et chicane, cornet, cul ou culbute.En France, Gallimard poursuit son rêve d'allier poésie et gai savoir avec les collections « Découverte cadet » et « Découverte benjamin ».Ici, pas question de promettre mers et mondes; on se contente d'ouvrir une brèche pour provoquer une rencontre du savoir encyclopédique et de l’imaginaire.Ainsi, Le Livre du prin- osAf icon temps (« Découverte cadet »), parle aussi bien de l’amour que des métamorphoses du têtard au fil de courtes explications claires et précises mais aussi de poèmes, de pensées et d’images.Ces joyeux documentaires se permettent tout et obéissent résolument à la logique des intérêts de l’enfant.Au diable les ouvrages sur le monde des bêtes où les tout-petits devaient apprendre à reconnaître le koala et le yak sans trop savoir pourquoi.Les Animaux qui nous font peur (« Découverte benjamin») réunit des créatures de familles diaparates qui n’ont pas à être insectivores, carnivores ou omnivores : elles ont en commun le pouvoir de partager les rêves et les cauchemars des enfants.Loups, requins, lions, crocodiles, gorilles, pieuvres, rats, serpents, monstres du loch Ness et dragons font bon ménage entre ces délicieuses pages.À l’ère des fusées interplanétaires, les camions de pompier et les grues fascinent encore les enfants.Aux éditions Gamma/École active, la collection « Bibliothèque en images » propose l’exploration de tous ces véhicules extraordinaires et profite de l’intérêt des lecteurs pour les initier au documentaire : sommaire, index, bas de vignette, glossaire, illustrations, photos couleurs et textes explicatifs bien organisés et stimulants.Six titres : Camions de pompiers, Excavateurs et pelles mécaniques, Engins sous-marins, Les Grues, Machines agricoles et Hélicoptères militaires.Le récit fantastique peut, lui aussi, expliquer des notions complexes et sérieuses.Combien coûte le monde ?, de Dimiter Inkiov et Rolf Rettich, aux éditions du Sorbier, raconte l’histoire de l'argent sur un ton anecdotique et humoristique.Du troc aux premières monnaies, des pièces d’or aux cartes magnétiques, des trésors aux banques en passant par le bas de laine.Mais attention au sens du récit : le lecteur pourrait croire que, hors du crédit, point de salut.Tous les savoirs ne sont pas encyclopédiques et les recherches intellectuelles.Un des plus beaux documentaires invite les doigts à travailler aussi fort que les méninges et, si le titre est banal, l’ouvrage ne l’est pas du tout.Le Grand Livre du bricolage, d’Ursula Barff, Inge Burk-hardt et .lutta Maier, chez Caster-man, fait partie de ces rares livres pratiques à l’intention des enfants qui donnent envie aux grands de reculer de quelques pas pour y avoir droit.L’ouvrage propose une petite initiation aux matériaux, un guide d’utilisation pour les trois à 10 ans et plus d’une centaine de projets à réaliser.Le cinéma en pages Kubrick et Murnau par leurs oeuvres LE CINÉMA DE STANLEY KUBRICK Norman Kagan (nouvelle édition augmentée) Paris, Ramsay « Poche/cinéma », 1987 MURNAU Lotte H.Eisner textes additionnels de Robert Plumpe et Robert Herlth Paris, Ramsay « Poche/cinéma », 1987 FRANCE LAFUSTE CERTAINS auteurs aiment percer les secrets de la vie des grands du cinéma, d’autres ne veulent pas se mêler des affaires de famille.Seule l’oeuvre les intéresse.Ils l’analysent pour mieux la cerner.C’est le cas de Norman Kagan, auteur du Cinéma de Stanley Kubrick, et de Lotte Eisner, auteur de Murnau.Norman Kagan passe au peigne fin chacun des 12 films de ce cinéaste américain, perfectionniste et intransigeant qu’est Stanley Kubrick, de Fear and Desire à The Shining et Full Metal .Jacket, en passant par 2001, l'odyssée de l'espace et Barry Lyndon.Composition des images, mise en scène, montage, ligne romanesque, analyse des caractères, intentions du cinéaste sont analysés avec un rare souci du détail.Au passage, l’auteur mentionne les difficultés de production, les querelles autour des distributions de rôles et les risques de censure : bref, la petite histoire qui précède la réalisation d’une grande oeuvre.Le résultat est un ouvrage de référence dense où la richesse de l'analyse ne cède en rien à l’authen-.ticité du parcours cinématographique.Le Cinéma de Stanley Kubrick, International Portrait Gallery STANLEY KUBRICK.hommage au cinéaste, est en même temps une formidable leçon de cinéma.?Nosferatu le vampire a beaucoup fait pour la renommée de ce cinéaste allemand dont le vrai nom était Friedrich Wilhelm Plumpe.Ce film est aujourd’hui un des classiques du fantastique.Mais il y a eu aussi La Terre qui flambe, Le Fantôme, L’Expulsion, Tartuffe, Faust.De 1919 à sa mort en 1931 (il avait à peine 42 ans), Murnau a été très prolifique, mais peu de films, hélas ! nous restent de lui.Lotte IL Eisner, la plus fidèle collaboratrice d'Henri Langlois, fondateur et directeur de la Cinémathèque française, nous livre ici un ouvrage didactique proche de la thèse universitaire.En chercheur éclairé, elle est allée dénicher des découpages annotés de la main de Murnau, des textes écrits par les meilleurs auteurs du cinéma allemand muet de l’époque : Cari Mayer, Hans Janowitz, Henrik Ga-leen.Mais aussi le témoignage d’un proche de Murnau lors d’un tournage, une étude technique de la caméra et des éclairages.Retrouvant les traces de Gang in die Nacht, le premier chef-d’oeuvre de Murnau, elle tente de reconstituer la trame des films perdus.Mais ce n’est que vers la fin avec « L’apogée de Tabou » et « La mort de Murnau » que l’analyse, s’enrichissant de l’anec- * dote, lèvera un peu le voile sur l’humanité du personnage.Bonne impression LA PHOTOLITHOGRAPHIE Comment produire un imprimé en collaboration : René Barraud, Denis Barbeau, Michel Dupuis, Yvon Moussette, Jean-Marie Paquette Montréal, éditions Saint-Martin 1988, 508 pages GABRIEL HUDON UN OUVRAGE intéressant pour celui et celle qui s’oriente vers les dif- LA mOTOUTHOGRAPHIE Gomment produire un imprimé _ lErmcrc ISAMTMMTTW férents métiers des arts graphiques, La Photolithographie servira sans doute également aux très nombreuses personnes qui, sans scolarité véritable dans les arts graphiques, occupent des fonctions dans les ateliers de pelliculage sans connaître toutes les facettes du métier.Voilà un document général, somme toute complet, qui leur permettra de faire le tour du métier rapidement, sans grande difficulté.Document « général », car il touche tous les éléments à connaître pour produire des imprimés.Le photographe saura photographier en fonction des techniques de pelliculage et d’impression.Le graphiste, comme le photographe, saura mieux communiquer avec le pelliculeur.La Photolithographie est un ouvrage volumineux et abondamment illustré.Rédigé par des professionnels d’ici, il expose clairement et simplement, étape par étape, toutes les phases de la production photolithographique.Il s’agit d’un ouvrage didactique d’abord et avant tout mais, s’il décrit le fonctionnement de l’équipement employé dans les ateliers, il ne tient pas compte des tout derniers développements technologiques dans le domaine de l’imprimerie.Ce qui ne lui enlève rien de ses qualités de document pédagogique de base.LES LIVRES DU QUOTIDIEN MARC CHAPLEAU Valérie Bohigian, Comment partir et faire fructifier votre commerce à la maison, éditions Québécor, 190 pages.VOICI, traduit avec doigté de l’américain, un bouquin qui a su éviter l’exagération et la redondance, souvent le lot de ces recettes à succès.Certes, les conseils, à défaut d’être vraiment pratico-pratiques, relèvent surtout de la psychologie industrielle, mais l’intelligence et le bon sens régnent.Plusieurs cas vécus, bien exposés, viennent donner du relief à ce précis de la vente à domicile qui ne laissera sur son appétit aucun apprenti commerçant, fût-il gardien d’enfants, enseignant ou bien traiteur.Alan S.Meltzer, L’ABC des MTS, Transinonde, 161 pages.LES MTS, les MV, la MI, le PAP, la LG V, le TGV.La folie des sigles n'attend qu’un signal pour s’attaquer au chancre mou.Malgré quelques épouvantails : « Si vous êtes actif sexuellement, une MTS vous guette », le guide est bien documenté et bien présenté.Certes, les citations hors contexte en tête de chapitres — Sha- COMMENT PARTIR ET FAIRE FRUCTIFIER Valérie Bohigian kespeare, Martin Luther, Mal-thus.Mark Twain — agacent un peu, mais le Dr Meltzer a une bonne bouille.On lui pardonne aussi son équation MTS Mieux Vaut Tendresse et Stabilité.Lionel Prévost, Enquête criminelle, Modulo, 189 pages.C’EST VInspector Jacques Clousseau from La Sûreté qui opinerait du bonnet : « Pour la filature, les déguisements sont déconseillés; mais il est bon d’avoir un imperméable réversible, un journal, des lunettes, etc.» Même si cet ouvrage s’adresse avant tout aux futurs policiers, nous, simples individus, gagnerions peut-être à mieux connaître les moeurs inquisitrices de ces colorés concitoyens.Avec les recrues, donc, découvrons comment mener une enquête, depuis le moment où un délit est signalé jusqu’à la comparution au tribunal.En collaboration, Guide De-beur des restaurants du Québec, éditions Thierry Debeur, 160 pages.DOMMAGE que l’auteur apprête toujours ses différents ouvrages à la même sauce.Dommage parce que des initiatives, somme toute louables, comme ce mini-répertoire des chefs, souffrent de la présence d’informations carrément déplacées.EABC des MTS j |f ! Alan S Meü/or Ainsi, que viennent faire le Salon de la moto, le Super-Motocross et le festival Juste pour rire dans un guide des restaurants ?Pourquoi y donner les numéros de téléphone des consulats et des hôpitaux ?Soyons indulgents pour les (nombreuses) publicités, qui nous rappellent que nous avons affaire ici aux pages jaunes de la gastronomie.Michèle Giroux-Beauregard, La Presse d’entreprise, éditions d’Arc, 145 pages.BRAVO ! Tout y est : le choix des sujets, la politique rédactionnelle, la conception graphique, les étapes de production, la distribution.« La presse d’entreprise, trop longtemps reléguée à un rôle de divertissement, tend à se redéfinir comme un véritable instrument de communication.» Un excellent plaidoyer, assorti de mille et un conseils pratiques, à même d’intéresser tous ceux liés de près ou de loin au monde des communications imprimées, corporatives ou non.Guy Deland, Vous et votre serpent, éditions de l’Homme, coll.« Nos animaux », 138 pages.VOUS et votre serpent.collection « Nos animaux ».Faut le dire vite : avez-vous déjà craqué, vous, pour l’un de ces trigo-nocéphales ?L’auteur évidemment oui : « À ma mère, qui a toujours su me soutenir et m’encourager dans cet amour inexplicable que j’ai toujours éprouvé pour les reptiles.» Grand venin lui fasse.Vipères, cobras et Monthy Python, apprend-on dans ce guide un peu redondant, bouffent deux souris par semaine.Par ailleurs, il ne faut jamais, au grand jamais, manipuler un ami crochu pendant qu’il digère sa représentante de la gent trotte-menu.Sinon, il régurgitera.Aussi bête que ça.Catherine Houck, Maigrir sans perdre votre « look », Québécor, 204 pages.QU ELLE mine d’or, pour les éditeurs, que ces innombrables traités de dégraissage.Que d’études, de docteurs Machin, de statistiques, de milligrammes.Attention aux hydrates de carbone ! Prenez du chrome ! La peau de votre visage plisse (et votre mari n’est plus complice) ?Eh bien, cessez de dormir longtemps sur le même côté de la figure.Et, surtout, de grâce, cessez de faire la moue, voulez-vous !.Peut-être possible de maigrir sans perdre son « look » mais, mille regrets, impossible de digérer autant de renseignements sans perdre la tête.Avez-vous contribué à améliorer le français à l’école?Participez au concours Piakçûii aJ POUR COMPTE Otï'jAMfûU OL'P&mI Pour une taille plus minæ MAMAN LAPOINTE PROPOSE SES MEILLEURES RECETTES DE POISSONS ET CRUSTACÉS Montréal, La Presse 1988, 172 pages zrrsyn ses meilleures recedes • Vous êtes enseignant(e), directeur(trice) d'école, cadre scolaire, parent ou commissaire et oeuvrez au niveau primaire ou secondaire • Vous avez mis sur pied une initiative dans votre classe, votre école ou votre commission scolaire qui a permis d'améliorer la qualité du français appris par les élèves • Mettez en valeur votre expertise et faites-en profiter vos pairs de toute la province, en inscrivant vos réalisations au concours Le français au pluriel.• Pour plus d'informations ou pour poser votre candidature, adressez-vous à votre direction d’école ou de commission scolaire.Pour être admis au concours, les candldat(e)s doivent retourner leur formulaire complété avant le 29 février 1988.Une Initiative du: (owm /*/ n u,in,lut i ismtmuini\ \iki nt Qt mu cad,M.du Québec • L Association des directeurs ., -— - —— — — ¦ — w - wuu uuuiuj «wiaiiog uVJ UUtJlATV » L 'AÎÏUv.lO LjAsaociation québécoise des professeurs de français » La Commission des écoles catholiques thoiiques du Québec • La Fédération québécoise r F1 u r aTion ei « Quoi^coivj oos professeurs oe français • La Corr dLddSur.'1^:Mt^3î,rÊd5?;C " P'°V,n“ d* 0u4,"e *u k*""0" aM comissions scolaire, ca, ¦s généraux des commissions scolaires • L Aaaoclatlon des Institutions salon des écoles catholiques de Montréal • Le Conseil supérieur de Commandité par LE DEVOIR a Hydro Québec FRANÇOISE LAFLEUR FOUR TOUS ceux et celles qui veulent conserver leur taille ou l’amincir, le poisson devrait être au menu plus d’une fois par semaine .Maman Lapointe rappelle à tous les gourmands et gourmets que le poisson et les fruits de mer sont de faible teneur en matières grasses tout en étant fort riches en protéines facilement digestibles.On trouve 69 variétés de poissons dans l’Atlantique nord.Si l’on ajoute les variétés du Pacifique, ainsi que les nombreux spécimens des lacs et rivières, on peut grandement varier le menu même s’il se compose souvent de poisson.V* *, v .-é ¦ •> ••/ •.N,V ‘ «v V *!• Le fin cordon bleu qu’est Maman Lapointe, bien connue pour ses nombreux livres de recettes, nous fait partager ses connaissances et son expérience dans l’art d’apprêter sole, aiglefin, rouget, loup de mer, crabe, saumon, etc.Savoir entreposer le poisson, frais ou congelé, savoir le préparer, savoir le déguster : tels sont les propos de l’auteur qui suggère 150 recettes, faciles et simplifiées, pour gens très occupés.i Le Devoir, samedi 26 mars 1988 D-7 L P .I E: .AISIE LE PLAIE I AI! livres Sciences: un bon premier défrichage HISTOIRE DES SCIENCES AU QUÉBEC Luc Chartrand, Raymond Duchesne et Yves Gingras Montréal, Boréal, 1988, 487 pages MICHEL GIGUÉRE À U N E ÉPOQUE où les sciences et la technologie semblent devenues des forces majeures, modelant notre société, un retour sur les conditions dans lesquelles s’est effectuée leur progression au Québec s’imposait.Luc Chartrand, Raymond Duchesne et Yves Gingras proposent, dans leur Histoire des sciences au Québec, la première tentative de saisir le développement du phénomène scientifique québécois dans sa globalité.En suivant une démarche qui relève à la fois de l'histoire sociale (et politique) des sciences, d’une part, et de la vulgarisation scientifique, d’autre part, reflet de leurs formations et de leurs spécialisations complémentaires respectives, les auteurs tentent donc de « relire le passé pour y retrouver les aspects scientifiques de l’histoire du Québec ».Le résultat de l’exercice est un volume tout à fait pertinent pour comprendre les origines de la science d’aujourd'hui et révolution de l’activité scientifique, processus historique dont les racines plongent aux premiers temps de la colonie française.Des débuts de la cartographie, au XVIe siècle, jusqu’aux plus récents travaux en physique nucléaire, on assiste ici à l’édification graduelle, d’abord lente puis explosive, de l’univers scientifique québécois.Bien que dépourvu de fil conducteur, selon les auteurs, ce développement est néanmoins mis en évidence.La progression de l’importance de l’activité scientifique, particulièrement perceptible au début de notre siècle et au moment des deux guerres mondiales, suit en cela un mouvement débouchant sur la « big science » actuelle, professsionnalisée et institutionnalisée, cadre de gigantesques travaux de recherches réalisés en équipe, à l'aide de budgets publics énormes.Les auteurs ont le mérite de n’avoir pas extrait la science de son contexte social, politique, culturel et économique : au contraire, ils montrent fort justement à quel point l’évolution de la science ne se fait pas en vase clos, à l’abri des considérations externes, comme on pourrait à tort le croire.MM.Chartrand, Duchesne et Gingras ont choisi une présentation thématique du fruit de leurs réflexions, rejetant donc une description chronologique horizontale classique.Chaque chapitre est donc autonome, l'un traitant, par exemple, de révolution de la géologie, un autre de l’essor de la recherche biomédicale.Une lecture linéaire de ce livre oblige donc le lecteur à de fréquents retours en arrière puisque les périodes couvertes par deux chapitres distincts peuvent fort bien se chevaucher.L’homogénéité de chaque chapitre qui résulte de la présentation, très utile pour saisir le développement particulier de chaque discipline, fait néanmoins perdre quelque peu de vue l’histoire globale de l'activité scientifique qu’une perspective transdisciplinaire aurait pu faire apparaître.Certes, des passages comme ceux sur les liens entre la science et la politique depuis 19:10 ou sur l’attitude de l'Église catholique à l’égard des sciences (dans la conclusion), font ressortir des caractéristiques communes à plusieurs champs scientifiques.Mais le tableau général reste celui d’un cheminement parallèle de toutes les disciplines, et l'analyse du phénomène scientifique dans sa totalité y est peu abordée.Admirablement illustré par de nombreux documents d’archives, le livre est écrit dans un langage simple, ce qui en fait un ouvrage vraiment accessible à un public large, tel que les auteurs le desiraient.Bien que quelques concepts scientifiques soient trop sommairement vulgarisés, l’ensemble reste aisé à lire et pourra passionner tous ceux qui s’intéressent à la chose scientifique.Les nombreuses références et la bibliographie stimuleront certainement le lecteur plus curieux à pousser plus loin la réflexion.Un sujet aussi vaste que l’histoire des sciences au Québec souffre nécessairement des limites qu'on ne peut dépasser dans le cadre d’un tel ouvrage.Pour avoir voulu traiter de beaucoup de sujets, les auteurs ont nécessairement dû effectuer un choix dans les thèmes à privilégier.Si certains de ces thèmes sont donc longuement décortiqués — les querelles au sujet du darwinisme ou les travaux de Rutherford et de Marie-Victorin, par exemple — d’autres ne sont qu’effleurés.Ainsi, la place occupée aujourd'hui par la vulgarisation scientifique ou par le loisir scientifique n’est pas vraiment décrite.L'histoire du développement des mathématiques au Québec, survenu bien après celui de la physique, n’occupe que deux maigres pages.Si la création de l’Acfas est soulignée, son historique n’est qu’esquissé.Quant aux sciences sociales, absentes du livre, leur histoire reste à faire.Ces « lacunes » — les auteurs en reconnaissent d’ailleurs certaines dans la conclusion — loin de nuire à la qualité de l’ouvrage, en font un livre stimulant, puisqu'elles soulignent l’existence de nombreux aspects encore peu connus de notre histoire scientifique.Nul doute que cette oeuvre essentielle inspirera beaucoup de travaux d’histoire des sciences dans le proche avenir, tant dans le choix de sujets de recherche que dans la sélection de méthodes d'analyse.Photo Gilles Savoie/Boréal Les auteurs de J'Histoire des sciences au Quebeb de gauche à droite, LUC CHARTRAND, RAYMOND DUCHESNE et YVES GINGRAS.Derrière le voile L’architecture religieuse comme manifestation culturelle L’ARCHITECTURE DES ÉGLISES DU QUÉBEC, 1940-85 Claude Bergeron Québec, les Presses de l'Université Laval 1987, 385 pages JEAN-CLAUDE MARSAN AR( III!h U Kl IJKfl J ^QUEBEC C’EST un fait reconnu dans l’histoire de l’architecture que les sociétés rejettent les styles de la période précédant immédiatement celle qu'elles vivent.Ainsi, les Québécois répudient maintenant l’architecture de l’après-guerre, celle du Mouvement moderne, pour trouver des vertus à l’Art déco et à l’éclectisme du début du siècle.Dans ce sens, cela prenait un courage certain à Claude Bergeron, professeur d’histoire de l’architecture à l’Université Laval, pour se lancer dans une longue étude de l’architecture des églises du Québec de 1940 à 1985.Et Dieu sait, au surplus, que les églises ne constituent pas un sujet très à la mode par les temps qui courent.L'auteur est conscient de ce défi, reconnaissant d’emblée, dans son avant-propos, que cette architecture est, en général, très peu appréciée.L’inventaire des quelque 600 églises étudiées, présenté par diocèses ou groupes de diocèses et sous forme d’analyses monographiques (pour les plus importantes), confirme, d’ail- leurs, la justesse de ce jugement populaire.Si certains architectes tels que Ritchot, D’Astous et Pothier dans la région montréalaise, Côté, Saint-Ge-lais et Tremblay au Lac-Saint-Jean ont su faire preuve d’une architecture intéressante, sensible au caractère des lieux, les autres se sont le plus souvent abîmés dans un « dom-bellotisme » lourdaud ou dans des recherches d’originalité à tous crins.Cependant, le lecteur qui fait sien l’objectif de l’auteur, à savoir approcher et étudier cette production architecturale intense comme une manifestation culturelle particulière, est largement récompensé par la lecture de cet ouvrage, par ailleurs fort bien écrit, bien composé graphiquement et d’une facture soignée.L’analyse que M.Bergeron fait des facteurs de changement, qui ont amené le renouvellement de l’architecture religieuse au Québec après la Deuxième Guerre mondiale, est excellente à tous les points de vue.On prend ainsi connaissance de la querelle de l’art sacré qui, par le biais de deux grandes revues, a préparé graduellement les esprits a ce renouvellement.On y apprend que les changements liturgiques consacrés par le deuxième concile du Va-tican ont fait davantage évoluer cette architecture dans les 20 années qui ont suivi la guerre que durant les quatre siècles précédents.On constate, enfin, qu’au Québec, les architectes ont été partagés entre le rationalisme et le nationalisme durant cette période.Par la qualité de cette analyse et l’ampleur de son inventaire, Claude Bergeron fait ce qu’on ne fait pas assez pour l’architecture au Québec, à savoir étudier, expliquer, cataloguer, classer, en somme établir des assises solides pour une meilleure connaissance et compréhension de cet art.Un travail comme le sien, en favorisant une réflçxion profonde sur cette production architecturale particulière, contribue autant à l’enrichissement de la culture québécoise que cette production elle-même.La société européenne et les pauvres LA POTENCE ET LA PITIÉ L'Europe et les pauvres du Moyen Âge à nos jours Bronislaw Geremek Paris, Gallimard coll.« Bibliothèque des histoires » 1987, 333 pages YOLAND SENÉCAL BRONISLAW GEREMEK est un historien polonais de grande réputation.Vivant dans son pays, il fut un des animateurs de Solidarité.Déjà auteur de travaux entourant la question, il publie maintenant une histoire des attitudes face à la pauvreté.Fait à noter, ce texte n’a jamais été édité en Pologne.À la fin du Moyen Âge, la pauvreté possède une aura sacrée.Le pauvre est, en quelque sorte, l’image du Christ souffrant.Mais tout change au tournant du XVIe siècle.Il y a, au début de l’ère moderne, une augmentation du nombre des indigents (ce qui remet en cause, une fois de plus, la « légende noire » du Moyen Age).Alors va se développer une image foncièrement négative de la mendicité.Corrélativement, des mesures concrètes de répression du paupérisme vont être prises, de même qu’une forme d’assistance institutionnalisée.Dans beaucoup de villes européennes, chez les protestants comme chez les catholiques, on va interdire la mendicité ou lui imposer d’étroites limites; on va enfermer certains pauvres dans des institutions qu’on ne nomme pas des prisons mais qui en sont; on les y contraindra à travailler (ici, Geremek suit les analyses de Foucault).Dans d’autres villes, on expulse tout simplement les mendiants, surtout étrangers.La nouvelle éthique du travail apparaît.Mais qu’est-ce qui modèle cette mutation profonde dans les attitudes face à la misère ?Geremek, ancien marxiste, n’a pas renié toutes les leçons de son vieux maître : il offre une explication qui demeure économiste.«.la cause principale et directe, écrit-il, des changements de la politique sociale et des attitudes à l’égard des pauvres se trouve dans le processus de paupérisation qui se développe alors sur une grande échelle, mais on ne saurait, certes, minimiser l’importance de controverses idéologiques au sujet de la pauvreté et de la charité au XVIe siècle » (p.232).Nous pensons fermement que le changement d’attitude dont il est question relève d’une transformation plus vaste.Les élites — pour des raisons dont on ne discerne encore qu’imparfaitement les motifs — vont lutter contre tout ce qui paraît hétérodoxe : non seulement la mendicité, mais les pratiques religieuses jugées « superstitieuses », la « sorcellerie », etc.Le XIXe siècle est abordé très rapidement par Geremek.Avec l’essor du capitalisme, on associa pauvreté et ouvriers.Par ailleurs, se développa le mouvement philanthropique, qui n’était pas sans cacher une attitude répressive face au paupérisme, car ce dernier est vu par la société bourgeoise comme un danger.Notre siècle est encore plus brièvement esquissé.Geremek fait état de la mondialisation du paupérisme.En outre, il souligne que « Le fait que certaines sociétés industrielles modernes “découvrent" peu à peu la présence de la pauvreté ne veut pas dire que leur évolution soit marquée par une tendance à la paupérisation.Ces “découvertes” résultent d’une prise de conscience de l’inégalité sociale .» (p.300).Mais, par comparaison au siècle dernier, la pauvreté est davantage envisagée sous l’angle collectif.Il est dommage que l’auteur n’ait pas élaboré sur la « nouvelle pauvreté », à l’exemple du récent ouvrage québécois publié sous la direction de Madeleine Gauthier ( Les Nouveaux Visages de la pauvreté).La Potence et la pitié souffre de n’être pas suffisamment une syn- thèse (à l’encontre du livre de Jean-Pierre Gutton, La Société et les pauvres en Europe, XVIe-X Ville siècle, PUF, 1974) : digressions trop longues et parfois répétitives (le chapitre II aurait pu être éliminé sans nuire à l’ensemble), abus du descriptif au détriment du problématique.Cela n’empêche pas que chacun s’intéressant aux attitudes devant la pauvreté à la fin du Moyen Âge et lors des Temps modernes y trouvera une riche moisson.COUVENTS DE FEMMES La vie des religieuses cloîtrées dans la France des XVIIe et XVIIIe siècles Geneviève Reynes Paris, Fayard, 1987, 301 pages DENISE ROBILLARD GENEVIÈVE REYNES nous pro pose une description intelligente, il lustrée avec à-propos, de la vie des femmes qui, sous l'Ancien Régime, ont peuplé, de gré ou de force, les couvents.Ce faisant, elle nous fail assister aux premiers balbutiements du féminisme.Pour qui s’intéresse à l’histoire du Québec, elle fournit aussi des éléments essentiels à la compréhension de l’esprit dans le quel une société cléricale a été éta blie ici sous les auspices de l’Église ' au 19e siècle.Au surplu,s, les questions qui sous tendent cette évolution sont les mê mes aujourd’hui qu’hier : la sexualité, la place de la femme, l’ordre social, l’éducation.L’auteur montre bien que ce sont les familles qui, au 17e siècle, forçaient leurs filles à prendre le voile, en dépit des dénonciations faites du haut de la chaire par Bossuet et bien d’autres.Comme « le bien familial ne devait pas être partagé mais transmis à l’aîné », les familles considéraient les couvents comme d’utiles refuges pour les enfants qu’elles ne pouvaient pas établir.Un comprend que ces filles continuaient d’y mener une vie mondaine et parfois dissolue.Une situation assez répandue au début du Grand Siècle.La réforme des couvents survien dra au moment où la peur delà sexu alité inspire une vision pessimiste de la femme.Les prédicateurs, « ces spécialistes en érection », selon l’ex pression de Jacques Solé, monteront la garde « autour du membre viril menacé par l’intrépide désir fémi nin ».Cette crainte, à l’origine du ré tablissement de la clôture, favori sera aussi le retour aux pratiques médiévales de la flagellation que Sade inclura plus tard dans son ar senal érotique.Le mouvement mys tique du 17e siècle pourrait bien être, selon l'auteur, « une réaction contre les rigueurs excessives de la tradi tion ascétique », qui croyait dépasser la condition terrestre en la niant.C’est dans ce contexte religieux qu’ont vécu Marie de l’Incarnation et Marguerite Bourgeoys.Au 17e siècle, les couvents servent Photo Jacques Grenier La statue de Margueritéd'Youville à là basilique Notre-Dame.’ de prison et.de.refuge pour les pros-I il nées, les délinquantes, les adultères, les folles non dangereuses ou simplement les veuves et les célibataires.Le 17e siècle a aussi connu un' essor des oeuvres de-charité.Parmi les ordres nouveaux créés au 17e siècle pour les e'xercer, on compte les filles de la Charité de saint Vincent de Paul, dont la règle et les pratiques seront adoptées par l’évêque de Montréal, Mgr Bourget, au milieu flu 19e siècle.' C’est dans les murs des couvents qu’auront lieu les premières tentatives en faveur.de l’éducatiort des filles et que se fera l’ébauche d'une pédagogie reprise par madame de Maintenon.Fénelon juge que l’ignorance des filles, loin d’être le garant de.l’irinocence et de la vertu comme on le pensait alors, a des effets désastreux sur la formation de leur personnalité.Mais il faudra attendre la Révolution pour qu’il soit question d’égalité des enfants devant l’enseignement.k- M HIHIIi lîsfciyp'r.-’.is' I -I < IklIlllriüllY Librairie Champigny inc.4474, rue St-Denis Montréal (Qué.) 844-2587 9H à 21H • 1 SEPT JOURS1 HAND Pierre Bertrand Un livre fort et vrai sur les relations de l'homme avec la vie, avec le temps.Évolution, vraie rupture.1 58 pages 15,00 $ En vente chez votre libraire JJ / .lîl éditions hurtubise hmh Itée 7360, boulevard Newman Ville LaSalle (Québec) H8N 1X2 Téléphone: (514) 364-0323 PRINCE M0SES D’ÉGYPTE ET SON PEUPLE de CHARLES V.BOKOR n te F m Les légendes par lesquelles on a entouré l’origine 224 Pascs — ,7’95$ et la vie de Moses l’ont transformé en un être différent de celui qu’il avait été en réalité.Ce livre présente le prince Moses d’Êgypte tel qu’il fut vraiment.ÉDITIONS BEAUPORT PUBLICATIONS DIFFUSION RAFFIN estuaire une revue essentielle Des distractions comme défi, travail au noir et questionnement • 6,00$ l'exemplaire-.?Abonnement 4 nos (1 an) 18$ ?Abonnemçnt 8 nos (2 ans) 34$ ?Abonnement 12 nos (3 ans) 40$ Envoyez votre chèque ou mandat poste à estuaire C.P.337, Suce.Outremont, Montréal, H2V4N1 NOM.,.,.ADRESSE.,.CODE.Veuillez m'abonner à partir du numéro ï D-8 ¦ Le Devoir, samedi 26 mars 1988 Et si tout cela n’avait pas de sens.Jean E1HIER-BLAIS ?Los carnets IL Y A des auteurs qu'on n’approche qu'avec des gants blancs.Il se dégage de ce qu’ils écrivent une atmosphère d’honnêteté passionnée, de sérieux; on voit ainsi, parfois, sur la plage (et pourquoi faut-il qu'on les trouve sur les plages et non ailleurs ?) des enfants aux yeux grands ouverts devant la vague qui vient se perdre dans le sable et ces enfants, on ne saura jamais pourquoi, sont mystérieux.Est-ce leur regard perdu ?Est-ce, au contraire, l’acuité de ce regard qui semble désorienté, qui ne l’est pas, qui juge de façon impitoyable ?Virginia Woolf, en dépit de ses emberïificotages stylistiques, appartient à cette race d’auteurs; ils traversent les apparences et voient ce que la vie garde en réserve pour chacun d’entre nous.Monique Bosco, elle aussi, est de cette famille.C’est d'elle que je veux parler.le dirai d’abord son sens de l’humour.Il est savant.Il est partout présent dans Boomerang*, caché (toujours le regard voilé de la petite fille pensive sur la grève) derrière la mélancolie ou le tragique des situations.La vie est triste, mais elle est lout aussi drôle.Monique Bosco ressemble à Cavafy, elle envisage le monde de biais, comme si la terre ne tournait pas tout à fait rond, comme si l’axe de l’univers était légèrement déplacé.Prenez l’histoire de cette adolescente, que son père, écrivain célèbre et rare, donc égoïste, rejette dans les ténèbres extérieures.Elle hait son père, elle ne lui pardonnera jamais et son exil et son imposture.Pourtant, comme la vie est drôle ! Il meurt, elle se met à lui ressembler, le transforme en demi-dieu, elle devient la vestale de son culte.Croyez-vous ?Tout l’art de Monique Bosco consiste à nous laisser penser cela.Mais, en même temps, par le ton, par l’objectivité droite du regard qu’elle porte sur les êtres, elle nous amène à nous poser la question : Et si tout cela n’avait pas de sens ?Si cette petite (dont on ne saura jamais le nom) se donnait la comédie à elle-même ?Si elle avait choisi la solution de facilité ?Si elle jouait un merveilleux tour à ce père mort et méprisé ?Tous les chemins sont ouverts, dans ces nouvelles dont les personnages principaux sont des femmes, souvent seules, abandonnées.Elles ont des destins vaguement tragiques et, quand même, on ne peut s'empêcher de sourire, car la vie reste belle jusque dans le repliement, les fringales de chocolats, les tromperies, les horribles prises de conscience, les fuites.C’est ça, précisément, l’existence humaine et c’est pourquoi Monique Bosco sourit par-delà les mystérieuses circonvolutions de son gynécée.Il ne s’agit donc pas d’un humour froid et plaqué, mais de celui qui sourd de la vie même.Triomphe de l'humour noir.Nous-mêmes, lorsque nous avons un problème à régler, nous en envisageons d’abord toutes les solutions.Et la plupart du temps, la réponse que la vie nous propose est à l’opposé de celles que nous avions retenues.Monique Bosco applique cette règle à ses personnages et crée ainsi une sorte de psychologie de l'imprévu.Quel est le portrait de ces femmes qui hantent son imagination ?La femme est solitaire.Elle peut avoir mari et enfants, peu importe, elle joue son destin seule avec elle-même.Ce n’est pas là tant une réalité qu'une prise de position de l'auteur.L’autonomie de la femme lui est un dogme presque sacré.Une mère-poule qui s'agite pour ses enfants, on se dit qu’elle ne vit que pour eux.À la fin, au moment de mourir, elle est réduite avec joie à sa dimension essentielle, qui est de se retrouver seule devant l’inconnu qui nous attend tous.Les femmes de Boomerang n’ont pas la vocation du mariage; à peine celle de la maternité.Elles sont plutôt de la race des vieilles demoiselles, intelligentes, dynamiques, autoritaires, dont on se moque dans les bureaux, qui attachent beaucoup d’importance au détail de leur toilette.L’homme les intéresse assez peu, sinon comme partenaire d’une expérience où sa présence est d’une nécessité presque absolue.Il est un mari qui trompe ou, mieux encore, qui meurt, laissant sa femme en tête-à-tête avec sa solitude, souvent peuplée de jeunes soupirants.Les sursauts de comportement sont innombrables.Cette femme reste jeune.Monique Bosco ne donne pas d’âge à ses héroïnes.Elles ont des enfants qui grandissent, on s’attend à se trouver en face d’une grand-mère qui brode des mouchoirs en se berçant.Pas du tout, notre vieillarde a à peine 40 ans et, devenue veuve, va au cinéma en compagnie d’hommes pourtant encore beaux et fringants.Elle se donne un nouveau genre devant ses enfants ahuris.Somerset Maugham a écrit une nouvelle amusante sur ce phénomène de rajeunissement.Ses femmes, comme celles de Monique Bosco, sont protéennes.Je crains, pour ma part, ces revirements généralisés de comportement, qui rompent l’unité psychologique du personnage et relèvent de la pure imagination.Il n’y a rien de tel chez Maupassant ou Tchékhov.Ils sont tributaires naturellement de ce que j’appelle la loi du tunnel.L’homme s’y engage, en suit les couloirs rectilignes et ne le quitte que pour se perdre dans l’éternité ou le néant, selon.Monique Bosco ménage des surprises à son lecteur, mais, ce faisant, elle donne dans la conception de la femme-enfant, qui ne sait trop ce qu'elle veut, piaffante et imprévisible.On sourit, tout en restant sur sa soif de vérité.Ces femmes sont très « Famille, je vous hais ! » Les jeunes filles ne s’entendent pas avec leurs parents, qui les considèrent comme des sortes de pouliches.Elles forment des bandes rieuses et secrètes.Elles vieillissent mal, sans amour, victimes de la vanité des hommes.Dès la première nouvelle, « Retour d'Europe », la trame est visible.Monique Bosco décrit avec humour (bien sûr) et lucidité le milieu pseudointellectuel qui fit florès à Montréal avant la bombette de la Révolution tranquille.Je me suis beaucoup amusé à la lecture de portraits d’hommes que j’ai entrevus et dont j’ai surtout beaucoup entendu parler, faux gourous, incultes prétentieux, d’une lâcheté exemplaire, qui attendaient impatiemment le Prince qui allait les mater et leur apprendre à se ranger.On peut mettre des noms sur ces parangons de médiocrité.Monique Bosco n’y va pas de main morte et je me disais qu’un jour, à partir des portraits qu’on trouve dans nos romans et nos nouvelles, quelque historien, las des mensongers grimoires, tracerait un portrait en relief des hommes de cette génération, portrait qui collerait à la réalité et qui ferait frémir.On citerait abondamment Monique Bosco.Il n’y a pas de décor dans son oeuvre, aucune description d’appartement, de mobilier.Tout est nu, comme si les personnages n’avaient pas d’âme.Ils remuent dans une prison, qui est eux-mêmes.Ces jeunes filles enfin deviennent de grosses personnes, qui se gavent de plats mitonnés ou de bonbons.Elles font le malheur de leurs neveux et nièces, parlant un langage chiffré.Monique Bosco utilise beaucoup les guillemets, afin de donner aux mots une résonance d’habitude morale.On en ferait un glossaire des sous-entendus de la conversation.C’est dire à quel point les personnages de Boomerang vivent dans un univers compassé, en fonction de mots qui irradient l’abstraction et les règles de vie, comme s’ils étaient des morts discutant aux limbes.Au fond, les limbes, nous y sommes peut-être.* BOOMERANG Monique Bosco Montréal, éditions HMH, 1987 Photo Jacques Grenier MONIQUE BOSCO.Grolier, c’est encore l’encyclopédie de la jeunesse Suite de la page D-1 très droite qui nous considérait beaucoup.» Lambert Clément est aujourd'hui directeur général de la section vente à domicile, aussi appelée courtage, à la tête de 35 personnes et de 75 courtiers qui batlent la campagne canadienne, à la recherche de nouveaux clients, « essentiellement des familles qui ont des enfants de niveau élémentaire, début secondaire ainsi que des institutions subventionnées : écoles, bibliothèques, sociétés de recherche », précise-t-il.La vente des encyclopédies générales qui ont pour titres Encyclopédie de la jeunesse (en 20 volumes au lieu de 14), Livre ' des connaissances et Bays et Nations représente 80 % des ventes par cour- tage.>¦ C’est dire que la réputation de Grolier est bien installée », ajoute de sa voix d’outre-tombe l'homme d’affaires qui a hérité la bosse du commerce de son père, Richard Clément, directeur général des ventes par courtage de 1927 à 1975.M.Clément précise que Grolier a toujours mis un point d’honneur à vendre ses propres encyclopédies rédigées par des noms illustres : M W.Raye Lamb, directeur général de la Bibliothèque nationale du Canada, et le Dr John Robbins, ambassadeur du Canada au Vatican, furent, me dit-on, les rédacteurs en chef de VEncyclopedia Canadians, en anglais et en 10 volumes.Et c’est non sans une pointe de fierté que Lambert Clément cite au passage les personnes illustres qui figurent au comité de patronage du Livre des connaissances qui, des 1973, s’adressait à l’ensemble des pays francophones : Louis Le Prince Ringuet et Pierre Emmanuel, de l’Académie française; Marcel Tru-del et Louis-Paul Dugal, de la Société royale du Canada; Paul-Émile Victor, directeur des expéditions polaires françaises, et bien d’autres encore.Écoles et bibliothèques, personnes à domicile se voient également offrir les encyclopédies d’éditeurs étrangers que représente Grolier, comme The New Book of Knowledge et 1’ Encyclopedia Americana.Vers 1902, un contrat de coédition a même été signé avec les célèbres dictionnaires encyclopédiques Quillet.Lambert Clément reconnaît, toutefois, que les ventes à domicile sont aujourd’hui en perte de vitesse, faute de bons courtiers.« Fini le bon temps des années 60», lance-t-il, débonnaire.Troisième personnage clé de la maison d’édition : Roger Aubin, directeur des opérations postales, communément appelées ventes par correspondance.U ne section qui, se souvient-il, a vu le jour en 1949 en même temps que le Livre de Tannée et le Book of Knowledge Annual.« Au début, nous étions trois; aujourd’hui, 77, dit-il en ménageant le suspense.Qui plus est, nous sommes complètement informatisés.» Formidable entreprise logistique, la maison Grolier s’est dotée, en près de 40 ans, de tout l’arsenal qu’il faut pour imposer sa présence : circulaires, annonces dans les journaux, « co-op mailing», système de ventes par téléphone.Et, de l’avis de M.Aubin, « cette formidable organisation a amené la maison à multiplier le nombre de ses ouvrages, pour plaire aux enfants comme le veut la tradition mais aussi aux adultes : collections originales en français comme « Le monde merveilleux des animaux » ou traduites de l’anglais comme « Oursons Berenstain » en 27 volumes, collections « Vie pratique » que Grolier produit elle-meme (avec la collaboration du groupe Polygone, comme pour la série « Micro-ondes » en 26 volumes) ou qu’elle distribue pour le compte d’autres maisons d’édition.Sans oublier les ouvrages de référence comme Médecine au foyer, Le Livre de Tannée et le Guide de la santé.Au palmarès des ventes par correspondance, s’inscrivent en rouge les collections pour enfants (70 % du marché).Et, pour me convaincre de la situation florissante de ce secteur, Roger Aubin m’assène des chiffres éloquents : 3,500 expéditions par jour en 1987 et, au total, plus de 400 titres publiés.Des chiffres synonymes de réussite triomphante qui n’invitent guère aux petits pincements de coeur nostalgiques.En effet, si les dirigeants des éditions Grolier regardent parfois en arrière, c’est pour mieux savourer la réussite d’aujourd’hui.Le souvenir ému des longues heures passées à découvrir l’invention de l’aéroplane, le monde des oiseaux et les contes de divers pays, ça reste l’affaire des sentimentaux .que nous sommes.— France Lafuste Premier amour Suite de la page D-1 Vierge Marie une dévotion qui dépassait de très loin les sentiments que m’inspirait la figure du Christ, par exemple.Aimant plus que tout la douceur de ma mère, entretenu, protégé par elle, je m’imaginais que celle qu’on nous représentait comme la mère du Fils de Dieu avait les mêmes attributions.A mes côtés pour un peu plus de deux ans, une jeune soeur qui mourut d’une maladie enfantine.Je fus, c’est la chronique familiale qui le veut, inconsolable.Présence féminine encore, qui me protégeait contre l’existence d’un père, à qui je prêtais d’office toutes les mauvaises intentions.Les hommes d’il y a cinquante ans croyaient à la viri- lité.On attendait d’eux une certaine dureté dans le ton.Mon père était un tendre qui s’efforçait à jouer le rôle qu’on souhaitait de lui.fin disait de moi que j’étais un enfant « sensible ».Ce qui veut dire que je pleurais pour un rien.Cette facilité à verser des larmes devait bien agacer un peu l’homme que ma mère aimait.D'autant que j’avais tout naturellement le sanglot émouvant.Entendez par là que ma douleur était rentrée.Mon père aurait-il trouvé devant lui un fils pleurnichant avec enthousiasme qu’il l’aurait engueulé tout bonnement.Il se serait colleté avec moi en quelque sorte.Devant un enfant qui semble malheureux, qui se comporte comme une victime, comment ne pas se sentir coupa- ble ?Sans le savoir, je l’empêchais d’établir son autorité.Ma mère intervenait alors, lui représentait que je n’étais pas un mauvais enfant.La ronde de la réconciliation était commencée.Je n'étais bien que lorsque j'étais seul à la maison avec ma mère.Le bonheur pour moi n'a jamais été aussi présent qu’à ces moments où, mon père travaillant, je jouais ou regardais mon héroïne accomplir des tâches domestiques.Je me souviens d’un après-midi où pour une raison que je n’ai jamais sue elle avait pleuré.On était en automne et le soleil disparaissait derrière les rideaux.J’ai dit que ma mère était belle, j’ai oublié d’ajouter qu’elle était jeune.Dix-neuf ans à ma naissance.On a longtemps cru qu’elle était ma soeur.J’ai eu la chance de connaître cette douce complicité.Il devait lui arriver de se souvenir d'une enfance toute proche et d’inventer des jeux.Françoise Mallet-Joris.Plus intense que jamais U wstesse du „ rerf-volant A coup sûr, le plus puissant des romans de Françoise Mallet-Joris.Il faudra prendre le temps de le lire lentement, en ne refusant aucun des détours du récit, afin d'en découvrir, page après page, les éclats sombres, les cruautés murmurées, les cocasseries moqueuses et amères.François Nourissier FIGARO MAGAZINE Flammar'on Roman Flammarion Nous habitions au premier étage.Du haut du balcon, je regardais les enfants qui jouaient dans la rue.Le quartier était populaire.Un jour, il fallut bien que je quitte ma mère pour me mêler à ces petits voisins.L’apprentissage ne fut pas aisé.Vite effarouché, il me semblait qu’on m’acceptait mal.De cette époque date un malaise en société qui ne m’a pas quitté.J’attendais de ces gamins une dou- Et voilà que la vie.Suite de la page D-1 vâmes Chez Aumais, pourvoyeur.Pourvoyeur d’embarcations.Nous avons loué une vieille chaloupe carrée, ayant beaucoup navigué, et deux rames déjà moisies.Sur le quai d’embarquement, ce fut tout un cirque.Elle était chargée de nous écarter du quai à l’aide de la rame, puis de godiller pour nous sortir de la baie.Elle poussait de travers; nous heurtions les autres embarcations, passant près de chavirer.Nous étions la risée de tous, surtout des pêcheurs, beaucoup plus habitués au commandement d’une barque qu’un professeur d’étymologie et sa dame.Enfin, de peine et de misère, nous gagnâmes le large.J’étais morose; elle était stoïque.Cette journée qui devait revigorer notre couple l’a précipité davantage dans l’abîme.Elle portait une longue robe aux tons pastel (une figurante dans un tableau de Degas), une ombrelle et tenait la tête droite comme une jeune fille éduquée chez, les soeurs.Si tout s’était bien déroulé, j’aurais pu la trouver désirable.J’étais vert de rage.Notre promenade sur l'eau nous entraîna dans les environs du Moulin — celui de François Perrot — dont les pierres grises sont accentuées par la végétation luxuriante qui l’enjolive.Des saules pleurent dans les eaux du fleuve, des trembles chuintent et murmurent les mille invraisemblances du passé.Des dizaines de bateaux — jaunes, rouges, verts — s’affairent à la recherche de quelques prises fabuleuses.Il faisait trop beau pour que cela fût vrai.Un jour sans nuages mais un ciel à l’horizon charbonneux.J’étais tiraillé par des sentiments contradictoires.Le temps qui suspend son vol sur le lac et la difficulté d'être heureux avec elle.Montréal, vue du Saint-Laurent — c’est une belle qui se mire dans l’eau.Le lac Saint-Louis lui propose une glace dans laquelle — hautaine et coquette — elle miroite.Des cargos et des pétroliers la courtisent courtoisement, glissant entre les bouées.Des amers, rouges de fierté, pointent la rive et se raidis- ceur que je recevais de ma mère et dont ils n’avaient que faire probablement.(Tous droits réservés, WSS, éditions Alain Stanké.) sent sur des îlots jamais explorés.Mais elle, à cause de sa maladresse, avait gâché ma joie.Je remâchais notre passé commun.Elle devenait la cause de tous mes tracas.N’est-ce pas agaçant de vivre une belle journée à la fois heureux et malheureux, content et insatisfait ?J’aurais souhaité que cette journée fût parfaite.Elle ne l’était pas.J’essayais de me calmer en contemplant le mont Royal, monstre vert qui insuffle à sa ville la vie.Sur les flancs de la montagne, l’université — caramel fondant — s’affale grossièrement.Et, au premier plan, des centaines de voiliers cherchent quelque mer improbable pendant que la ville somnole — indifférente à tant de débordements.Derrière nous, les petites îles de la Paix procurent — m’a-t-on laissé comprendre — des havres de jouissance aux pêcheurs lubriques mais nous n’en étions pas à nous fourvoyer dans des fourrés.J’étais miné, accablé, défait.(Tous droits réservés, 1988, Guérin littérature.) p$ COURCK « Irving a un concurrent.«John Irvtng n’a qu’à bien se tenir: il a de la concurrence.FAT CONROY vient de publier un roman qui tient tête à l’oeuvre d’Irving: LE PRINCE DES MARÉES.» Francine Osborne / La Presse Vite, lisez Pat Conroy! C’est une vraie bombe! André Clavel / L'Événement du jeudi 5198 rue St-Hubert, Montréal, (Québec) H2J 2Y3
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.