Le devoir, 11 juin 1988, Cahier D
LE LE LE LE LE ”IAISIR S Ki _ L Mt ¦ Best-seller : Le Tigre blanc, de Robert Stuart Nathan/D-2 ¦ Lettres québécoises : Pour guérir du mal de mère, de Raymond Hétu; Un chameau en Jordanie, de Roeh Carrier; six titres récents en poésie québécoise/D-3 ¦ Histoire : Pointeau-Lac (1738-19$$), de François de la Grave/D-2 ¦ Lettres étrangères ; Hôtel du lac.d'Anita Brookner; Ce que pensait Roger, de John Updike; Kim-vân-Kiêu, de Nguyên Du; La Lune rousse, de Pietro Chiara/D-4 ¦ Feuilleton : Ihvnuèresalhances, de Gisèle Bienne; L'Occupation des sols, de Jean Echenoz/D-5 ¦ Lettres françaises : À cor et à en, de Michel Leiris/D-5 ¦ Mots : quatre ouvrages sur la langue/D-6 ¦ Journalisme : Le Vingt-quatre octobre, de Laurent Laplante/D-7 ¦ Carnets : Maisons pour touristes, de Bertrand Bergeron/D-87 Montréal, samedi 11 juin 1988 S® ^ PL Photo Chantal Keyser LEON-GERALD FERLAND : « Je me tiens en alerte Prêt à me trahir.Prêt à tout avouer.Prêt à m'abandonner au premier critique venu .» Les aveux d’un tueur à pages Ferland, l’auteur de la magnifique sotie FA voilà quo la vie fait naufrage (Guérin littérature — voir LF PLAISIR DES LIVRES du 28 mai), me lance à brûle-pourpoint « Le seul sujet qui me passionne, c’est le crime.Pourquoi tue-t-on ?("est fascinant de penser qu'on puisse avoir une pulsion telle qu'on prend un couteau et qu’on le plante dans le ventre de quelqu’un.C’est fantastique, dans Voir page D-8 : Ferland GUY FERLAND SU R les vitres du restaurant, je vois s’avancer une silhouette que je connais bien.Se mélangeant à mon reflet, je remarque, de l’autre côté de la vitre, un homme distingué assis sagement à sa table.11 attend patiemment.C’est un tueur professionnel que je vais rencontrer.Je suis sur mes gardes.Après les présentations d’usage, Léon C.érald Troisième Foire internationale du livre féministe sent un soupir de soulagement.Leur entêtement, leurs coups de fil répétés au personnel d’ambassades leur valent la présence confirmée de 212 femmes de 55 pays.« La voix féministe, dit la présidente Nicole Brossard, s’articule différemment selon les pays, l'espace, les réseaux.» Il faut, bien souvent, beaucoup de courage à certaines, Chiliennes, Marocaines ou encore Sud-Africaines, pour transgresser les lois de leur pays.Pas facile dans ces conditions d’obtenir un visa.Les grandes absentes sont les femmes du bloc soviétique leur seule porte-parole sera la romancière tchèque Iva Kotrla, maintes fois incarcérée.Elle aura à coeur de parler de l’interven lion de la femme et du pouvoir sous le totalitarisme, lors de l’atelier sur l’écriture comme profession dangereuse.Qu’elles viennent de l’Afrique noire francophone ou anglophone, du Maghreb, de l’Amérique latine, qu’el les soient exilées dans les pays européens, qu’elles vivent en Espagne, en Italie ou aux États-Unis, elles se réjouissent de pouvoir se retrouver pour parler de leurs difficultés et de la façon dont elles écrivent leur réalité sociale.Une centaine de stands présenteront plus de 10,000 écrits, ou vrages et périodiques.Du 16 au 18 juin, trois thèmes seront soulevés : la mémoire, le pouvoir et les stratégies de la pensée féministe.Nicole Brossard commente chacun d'eux : « Les femmes sont marquées dans leur corps comme dans leur vie affective.C’est ce qui explique pour- voir page D-8 : Foire féministe FRANCE LAFUSTE QUAND l'éditrice Carol Sped-ding organise la première Foire internationale du livre féministe à Londres en 1984, elle a déjà une idée en tête : recréer l’événement tous les deux ans dans un pays différent.La Norvège est ainsi le deuxième pays hôte en 1986.Et aujourd'hui, les Québécoises Nicole Brossard, Ariane Brunet et Diane Bronson reprennent le flambeau, investies de la noble mission.La troisième Foire internationale du livre féministe ouvrira donc ses portes du 14 au 19 juin, à l’Université de Montréal.Aux deux premières journées destinées aux professionnels du livre, feront suite quatre journées de conférences, ateliers, tables rondes et lectures publiques en présence d'écrivains de tous les continents.Organiser un événement d'une telle envergure n’est pas chose aisée.Depuis plus d’un an, la présidente et les deux organisatrices remuent ciel et terre pour s’assurer de la présence d’auteurs parfois mis à l’index dans leur propre pays.Mais, à l’aube de ces six jours fiévreux, elles pous- DIANE BRONSON (à gauche), NICOLE BROSSARD et ARIANE BRUNET.Photo Chantal Keyser De Soweto à Montréal en passant par Rabat et Buenos Aires Les saints martyrs canadiens Mythe, légende ou réalité historique : cette interrogation au sujet des saints martyrs canadiens sous-tend la patiente démarche engagée par Guy Laflèche, il y a bientôt 10 ans.Du volume que ce professeur du département d’études françaises de l’Université de Montréal publie aux éditions Singulier, à Laval, voici un extrait qui situe la problématique d’interprétation de cet épisode de l’histoire du Canada.GUY LAFLÈCHE N POU RRAIT donc croire, comme le présupposent en effet I 1 leurs apologistes, que les saints martyrs canadiens avaient tout ^ ce qu’il leur fallait pour être béatifiés et canonisés.Il ne leur fallait rien d’autre que d’être l’objet d’un culte.Or ce culte, dit-on, aurait toujours existé, depuis leur mort au XVIIe siècle.Il aurait tout au plus été fragmenté avec la suppression des jésuites par le pape en 1773 et le rétablissement de la Compagnie de Jésus en 1814 (ou plus précisément par la mort du dernier survivant des jésuites au Canada en 1800 et le retour de la compagnie en 1842) — sans que l’on sache trop pourquoi, car si le culte des saints martyrs canadiens a quelques rapports avec les jésuites, il s’agit d’une pure contingence, dans la mesure où ce mot peut convenir aux voies de la Providence.Bien entendu, tout cela n’a aucun sens ou n’en a que trop, à commencer par la sainteté (instituée) et particulièrement celle des saints martyrs canadiens.En réalité, l’historien jésuite Félix Martin a simplement ressuscité le culte jésuite pour les missionnaires jésuites morts accidentellement ou violemment en Nouvelle-France; tout au plus, comme l’aurait fait Paul Ragueneau sans Jérôme Lalemant, met-il l’accent sur ceux d’entre eux qui sont morts martyrs (Jean de Brébeuf et Isaac Jogues).Or ce culte ne sera accepté par les jésuites eux-mêmes que petit à petit et avec beaucoup de réticence : pas avant qu’il ne soit tombé entre les mains d’un activiste, Henri-Raymond Casgrain, qui en fera la pierre angulaire du discours nationaliste clérical.Le culte sera devenu un mythe (et le mythe d’un culte qui n’existe pas et n’a jamais Suite à la page D-8 Photo Jacques Grenier GUY LAFLÈCHE.Chicoutimi, capitale de l’empire du Futur Le 10e congrès Boréal de la SF et du fantastique, du 16 au 19 juin LORI SAINT-MARTIN Traditionnels parents pauvres de la littérature québécoise, la science-fiction et le fantastique commencent à se tailler une place de plus en plus considérable dans l’institution.À preuve, la tenue, à Chicoutimi, du 10e congrès Boréal sur la science-fiction et le fantastique québécois et du premier congrès universitaire entièrement consacré à ces deux genres.Du 16 au 19 juin, se réuniront, à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), des spécialistes — auteurs, éditeurs, chercheurs, critiques, bé-déistes et scientifiques — de plusieurs pays (Québec, Canada, États-Unis, France, Belgique, Suisse).Organisatrice de l’événement, Élisabeth Vonarburg n’en est pas à ses débuts, puisqu’elle s’est occupée du tout premier congrès Boréal, tenu lui aussi à Chicoutimi, en 1979.Auteur d’un roman, Le Silence de la cité (1981), et de deux recueils de nouvelles, L'Oeil de la nuit ( 1980) et Janus ( 1984), directrice littéraire de la revue Solaris, elle est chargée de cours à l’UQAC et vient de terminer sa thèse de doctorat, une « théorie-fiction » qui fait le point sur 10 ans de critique et de création.En effet, en femme nourrie à la fois de théorie et de pratique, Élisabeth Vonarburg est on ne peut mieux placée pour faire la promotion de ces genres pas comme les autres que sont la science-fiction et le fantastique.Pour elle, la tenue simultanée du congrès ouvert au grand public et d’un colloque spécialisé est un « signe de bonne santé ».Les premiers auteurs québécois de science-fiction écrivaient dans l’isolement et abandonnaient souvent très vite.Aujourd’hui, les écrivains peuvent se réclamer d’un genré reconnu, qui possède ses amateurs et ses lieux de rencontre.Bref, un milieu s’est formé, depuis quelques années : on retrouve « au moins deux revues de qualité professionnelle », Imagine et Solaris, des éditeurs spécialisés, des collections (aux éditions Logiques, au Préambule, etc.), des critiques avisés.Le public lecteur ne cesse de s’agrandir, à mesure que croît le nombre de publications : L'Année de la science-fiction et du fantastique québécois, répertoire annuel, recense cette année quelque 400 textes d’une centaine d’auteurs.Mais qu’est-ce qui distingue ces deux genres de la littérature générale ?Peut-on définir la science-fic- tion et le fantastique ?Élisabeth Vonarburg hésite avant de répondre et multiplie les précautions oratoires.La forme, l’écriture, les thèmes sont essentiellement les mêmes que dans la littérature « ordinaire»; Elisabeth Vonarburg trouve, d’ailleurs, absurde de parler de « paralittéra-ture », terme de marketing sans rap- Suite à la page D-6 ÉLISABETH VONARBURG, organisatrice du congrès Boréal.Photo Jeannot Lévesque Les adieux du Québec à MARGUERITE YOURCENAR sont signés par: • Louis-Paul Béguin • Yvon Bernier • André Berthiaume • Marie-Claire Blais • Joseph Bonenfant • Gaétan Brulotte • Jacqueline Coulombe • Guy Désilets • Louis Dussault • Jean Éthier-Blais • Françoise Faucher • Madeleine Ferron • Louise Gareau-Des Bois • Louis-Paul Hamel * Reginald Hamel • Pierre Hardy • Alexis Kimov • Marie Laberge • Georgette Lacroix • Michel Larouche • Maurice Lebel • Renée Legris • Gilles Léveillée • Clément Marchand • Hélène Marchand • Claire Martin • Marcel Nadeau • Hélène Ouvrard • Suzanne Paradis • Alice Parizeau • Bertrand Vac • Anne-Marie Voisard Distribution: QUÉBEC LIVRES En vente chez votre libraire (14,95 $) Les adieux du Québec à Marguerite YOURGENAR Si vous aimez MARGUERITE YOURCENAR, vous aimerez ce livre.Si vous ne connaissez pas encore cette immortelle, ce livre est pour vous.«Cet ouvrage collectif entraînera beaucoup de lecteurs dans son sillage et leur permettra de revivre leur vie aux côtés d'une femme incomparable, quasi divine.» Jean Éthier-Blais LE DEVOIR Les tresses Laurentiennes 1645, avenue Notre-Dame, Charlesbourg, Qué., G2N 1S6 Les üxrontjerma; {D-2 ¦ Le Devoir, samedi 11 juin 1988 LE?I aisi: (/^ LE PLAISL LE PLAISIR LE PLAI?R LE PLAISIR livres Les best-sellers Fiction et biographies Ne pleure pas, ma belle Mary Higgins-Clark Albin Michel (1)* 2 Le Premier Jardin Anne Hébert Seuil (3) 3 Échine Philippe Dijan Bernard Barrault (2) 4 Amour et lumière Shirley Madame Flamme (4) 5 Le Prince des marées Pat Conroy Presses de la Renaissance (10) 6 Les vaisseaux du coeur Benoîte Groult Grasset (5) 7 Ma vie comme rivière Simonne Monet-Chartrand Remue-Ménage (6) 8 La femme sous l'horizon Yann Queffélec Julliard (-) 9 Anne d'Avonlea Lucy Maud-Montgomery Québec- Amérique (9) 10 Legrand cahier Agota Kristof Seuil (8) Ouvrages généraux 1 Le Défi alimentaire Louise Lambert-Lagacé Edition de l'Homme (1) 2 Ces femmes qui aiment trop Robin Norwood Stanké (2) 3 Le Guide des restaurants Françoise Kayler Guérin (3) 4 Pour jeunes seulement Jocelyne Robert Edition de l’Homme (4) 5 La Bibliothèque idéale Bernard Pivot Albin Michel (5) Compilation laite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal : Renaud-Bray, Hermès, Champlgny, Flammarion.Ratlin, Demarc; Québec : Pantoute, Garneau, Lallberté; Chicoutimi Les Bouquinistes, Trois-Rivières Clément Morin; Ottawa Trillium, Sherbrooke: Les Biblairies G.-G.Caza, Joliette Villeneuve, Drummondvllle Librairie française * Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Diogène à Beijin LE TIGRE BLANC Robert Stuart Nathan (traduction de The White Tiger, 1987) Paris, Albin Michel 1987, 419 pages DENIS SAINT-JACQUES J K NK CONNAIS pas d’autre ouvrage de Robert Stuart Nathan, mais si ce Tigre blanc est son coup d’essai, voilà un auteur mtéressant a surveiller.Il apporte en tout cas à l’univers soigneusement quadrillé du suspense politique international un peu de renouvellement, sinon dans les formules au moins dans les domaines exploités.Hors des sempiternelles ornières d’une « guerre froide » increvable, Russes contre Américains, Britanniques, Français, etc., et de l’exception autorisée, Mossad contre Palestiniens, il nous emmène dans les divisions et conflits internes de l’appareil d’État de la Chine d’aujourd’hui.Vous verrez, c’est plein de possibilités; à vrai dire, Robert Stuart Nathan nous fait sentir dans son livre que se trouve là un très bon filon que les prospecteurs d'intrigues et coups tordus auraient tort de négliger à l’avenir.Replacez la situation initiale de Gorki Park non pas à Moscou mais à Beijin (oui, l’orthographe moderne vous situera dans la bonne ville : oubliez Pékin, morte avec le véritable dernier empereur, Mao, le Grand Timonier); vous vous rappelez, un honnête inspecteur de police se voit chargé d’une investigation très, trop délicate pour l’autorité qu’il est en LA VIE LITTERAIRE MARC MORIN La morale du poète INCONNU en France, où un récent dossier du magazine Le l'oint déplorant cette lacune ne Photo Jacques Grenier PAULCHAMBERLAND, « écrivain en résidence » à l'UQAM traduisait même pas l’expression « writer in residence», le statut d’« écrivain en résidence » est une invention anglo-saxonne qui permet aux étudiants (et aux professeurs ?) de littérature de côtoyer un « vrai » auteur.L’Université du Québec à Montréal est la seule institution francophone au Québec à se prévaloir de cet arrangement financé en partie par le Conseil des arts du Canada.Le premier auteur invité à l’UQAM a été Gérard Bessette en 1984-85.Lui ont succédé Madeleine Gagnon, pour deux années consécutives, et Paul Chamberlain! pour l’année 1987-88.Monique Proulx prendra la relève à l’automne.Pour la première fois, l’écrivain en résidence fait don d'un manuscrit à l’UQAM.Lundi à 17 h, à la galerie de l’UQAM ( 1400, rue Berri, salle J-R120), Paul Chamberland remettra à la bibliothèque de l’université un manuscrit intitulé Un livre de morale.Le poète en lira d’ailleurs un bref extrait au cours de la réception organisée par André Vanasse, du département d’études littéraires.Récemment aux P.U.L.QUATRE OUVRAGES ont été lancés, début mai, par les Presses de l'Université Laval : — Guy Champagne, coordonnateur scientifique au Centre de recherche en littérature québécoise (Creliq) de Laval, a préparé une édition critique de L'Oeuvre poétique d'Kudore Évanturel, poète de Québec auteur d’un unique recueil, Premières Poésies ( 1878), mis « à l’Index» par la critique ultramontaine du temps.Il s’agit du 26e ouvrage à paraître dans la collection « Vie des lettres québécoises » (396 pages, $ 29).— Géographe et professeur à Laval depuis 1981, Serge Courville a dressé, avec trois étudiants — Jacques Crochetière, Philippe Desaulniers et Johanne Noël — un « répertoire documentaire et cartographique » des Paroisses et municipalités de la région de Montreal au XIXe siècle (1825-1861) (368 pages, $39).— Dans la collection « Ethnologie de l'Amérique française », Conrad Laforte et Carmen Roberge, du département d’histoire de Laval, publient un ouvrage sur les Chansons folkloriques à sujet religieux (408 pages, $34.95).— Enfin, l’architecte et ethnologue charlevoisien Cyril Simard, président du Centre commémoratif Félix-Antoine-Savard et de la papeterie Saint-Gilles, s’est intéressé à l’une des réalisations les plus chères à l’auteur de Menaud, maître-draveur : Les Papiers Saint-Gilles.Héritage de Félix-Antoine Savard (160 pages, $ 19.95).Rencontres DE 14 h à 16 h aujourd’hui, à la librairie Hermès (1120, rue Laurier ouest), les lecteurs sont invités à rencontrer Réal La Rochelle, à l’occasion de la parution de son livre Callas.La diva et le vinyle, une coédition Triptyque/La Vague à l’âme.Lundi à 19 h 30, la bibliothèque municipale de Boucherville (501, chemin Dulac) reçoit Noël Audet, auteur du roman L’Ombre de l’épervier, paru en avril chez Québec/Amérique (voir LE PLAISIR DES LIVRES du 14 mai).Une espérantiste JANOU SAINT-DENIS reçoit, mercredi à 21 h, la poétesse Hélène Blais, qui a publié en français et en espéranto un recueil intitulé Scribe haletante, aux éditions Onde.Elle récitera et chantera en s’accompagnant à la guitare.Aimée Dandois-Paradis fera de même en deuxième partie.La Place aux poètes a lieu à la Folie du large (1021, rue de Bleury).Renseignements : 397-1222.François Charron LE MONDE COMME OBSTACLE FRANÇOIS CHARRON LE MONDE « COMME OBSTACLE g LES HERBES ROUGES / POÉSIE CO Rectificatif Le grand prix des Forges NOUS AFFIRMIONS, dans notre chronique de la semaine dernière, que le grand prix de la Fondation des Forges n’avait pas été attribué en 1987.Le poète André Roy nous signale, à juste titre, qu’il a remporté ce prix l’an dernier, pour son recueil L'Accélérateur d'intensité, une coédition des Écrits des Forges et du Castor ANDRE BRETON astral.Toutes nos excuses à l’auteur et à ses éditeurs.__m.m.¦ Un grand livre Lettre adressée à Jean Royer.J’AI lu, le samedi 5 mars, votre critique concernant Louky Bersianik.Avant aujourd’hui, c’est certain, je voulais vous remercier d’avoir en- droit d’exercer.Au fur et à mesure qu’il avance ou s’enfonce, cela ne s’exclut surtout pas, il sent qu’on s’intéresse beaucoup à son enquête au point de la contrarier par-ci, de la pousser dans une nouvelle voie par-là.Et il lui apparaît de plus en plus évident qu’il chasse pour autrui un gibier beaucoup trop puissant pour les moyens dont il dispose.Car toutes les pistes qu’il relève l’entraînent vers les « tigres », les anciens proches de Mao, ceux qui ont participé avec lui à « la grande marche » et qui sont en train de mourir tour à tour de façon toujours naturelle ou accidentelle, cela va de soi, mais quand même avec une assez persistante régularité.Son acolyte cherche à lui faire comprendre qu’il est urgent de trouver une bonne raison d’arrêter les frais et d’oublier tous les indices inquiétants et les suppositions néfastes qui les mèneront sûrement vers un de ces camps où la « rééduca- tion » est si définitive qu’il n'est plus possible d’en reienir hanter les écrans de Hollywood.Car « l’oiseau qui montre le bec, un coup de fusil l’attend », à moins qu’il ne soit fils du ciel.Mais notre homme, s’il n’est pas de sang impérial, n’en reste pas moins dangereusement attaché à ses propres convictions pour autant; il faut hien que le suspense se resserre et se dénoue.« Sous-directeur adjoint des enquêtes», voilà une fonction qui laisse une assez grande latitude d’action sans qu'on aie à rendre compte de ses allées et venues à tout moment.Et s’il faut, en plus, que l’officier de police naïf croie en son métier, qui sait ce qu’il ne pourrait pas faire, manipulé dans l’ombre par ce stratège expert qu’il sert sans arriver à le connaître ni à en deviner les motifs ?L’entêtement, la patience, l’expérience et le sens de l’opportunité le mènent à la solution finale sans qu’il soit nécessaire de recourir à des exploits étonnants qui manqueront peut-être aux amateurs d’action.Notre héros restera jusqu’à la fin un personnage modeste, en pratique dépassé par la portée de son intervention dans un monde totalement corrompu où son honnêteté détonne sans meme déranger.Le Tigre blanc manifeste une forte parenté avec le « roman noir » américain; l’intngue policière y sert à dénoncer une décomposition sociale si généralisée que seuls le cynisme ou la naïveté peuvent permettre d’y échapper.Si vous croyez que les choses vont bien aujourd’hui en Chine depuis la libéralisation de l’économie, c’est, démontre Robert Stuart Nathan, que vous ne regardez plus où vous regardiez autrefois, du côté du pouvoir.Mao est mort, il était temps, et il y a à ce propos dans le livre une très significative anecdote que je vous laisse le plaisir de découvrir; cependant, ses successeurs se reproduisent dans un système de clientélisme et de lutte so'ur noise d’influences qui ont complètement tué la générosité et la solidarité que la révolution, malgré toutes ses erreurs, avait un temps réussi à susciter.Rassurez-vous, pourtant, l’auteur ne nous explique rien de tout cela, il nous raconte une histoire bien troussée à propos d’une Chine que visiblement il aime à travers ses difficultés et ses impasses.Comme Diogène autrefois et ailleurs, il y cherche un homme.À vous de juger s’il le trouve; en tout cas, il ne manque pas de cadavres sur son chemin.Un ullage du «début du monde» en raison de la richesse iconographique.Grâce à la collaboration des villageois d’hier et d’aujourd’hui, l’auteur a fait une incroyable moisson de photos et de gravures qui permettent de visualiser le cheminement de cette collectivité.Est-il besoin de préciser que cette dimension ravira ceux qui sont nés dans ce village ou qui y retracent leurs origines ?Portraits d'hommes et de femmes d’hier et d'aujourd’hui : la petite histoire s’écrit essentiellement au niveau du quotidien.C’est ce qui en fait l’attrait et qui explique du même coup ses limites.Néanmoins, on y trouvera son compte en parcourant des pages intéressantes sur l’évolution lente du niveau de vie de cette population.Au touriste qui déambule dans les quelques rues du village, qui s’arrête au moulin de l’ancienne seigneurie, l’impression première est maintenant tout autre.P.S.Dois-je avouer pour être honnête que mon grand-père paternel est né, il y a 120 ans, à.la Pointe-du-Lac ?POINTE-DU-LAC (1738-1988) François de la Grave Pointe-du-Lac, Éditions du 250e anniversaire 1988, 754 pages PAUL-ANDRÉ COMEAU DEPUIS quelques années, on a vu se multiplier les albums qui retracent l’histoire de diverses municipalités du Québec.La recherche des racines et peut-être l’interruption, durant un certain temps, de l’enseignement de l’histoire militent en faveur de ce regard rétrospectif sur ces patelins « du début du monde ».L’historien François de la Grave et toute une équipe de collaborateurs se sont inscrits dans ce courant en mettant au point cette volumineuse histoire de Pointe-du-Lac.Petite histoire, certes, mais recherche importante et présentation soignée en font un ouvrage qui trouvera place dans de nombreuses bibliothèques.Pointe-du-Lac est un petit village paisible situé à l’embouchure du lac Saint-Pierre, sur le chemin du Roy.Deux siècles et demi d’histoire tranquille à l’image, d’ailleurs, de ce chapelet de villages qui disent le peuplement francophone de la vallée du Saint-Laurent.Dans une première section, François de la Grave retrace les grandes étapes de l’édification de cette municipalité qui est, en fait, issue de la seigneurie des de Tonnancour.Après les premiers colons français, viendront à tour de rôle s’installer autour de l’église paroissiale des Acadiens, des Ecossais, des Anglais.Histoire du peuplement, histoire religieuse, évolution des institutions municipales : le plan est, somme toute, classique.L’ouvrage prend, toutefois, une dimension particulière tendu « la voix inoubliable » de cet écrivain.Moi aussi, je pense que Keramei-kos est un très grand livre et vous l’avez découvert malgré la publication d’un si grand nombre de livres.Je vous en suis reconnaissante, car votre critique a certainement soulevé une curiosité certaine pour ce livre et ainsi faire connaître à un plus grand nombre de personnes « la voix inoubliable» de Louky Bersianik.Merci beaucoup.— GEORGETTE PROVENCHER Drummondville, le 27 mai.TÉLÉVISION Au réseau de Télé-Métropole, le dimanche de midi à 14 h : à Bon Dimanche, Reine Malo propose la chronique des livres par’ Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.Au réseau français de Radio-Canada, dimanche à 15 h : Rencontres.Marcel Brisebois reçoit l’océanographe Xavier Le Pi-chon, auteur de Kaïko, voyage aux extrémités de la mer (Jacob/ Seuil).À Radio-Canada, dimanche à 15 h 30 : Propos et confidences.Reprise d’une entrevue avec la regrettée Marguerite Yourcenar (3e de quatre émissions).À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h : Apostrophes.Sous le thème des « livres du mois », Bernard Pivot reçoit Jean-Edern Hallier, Georges-J.Arnaud, Philippe Sobers, Patricia Wells et Jean Laplanche.(Reprise le dimanche 19 juin à 14 h.) À Radio-Canada, dimanche à 21 h 20 aux « Beaux Dimanches » : Le Grand Jack, documentaire d’Herménégilde Chiasson sur Jack Kerouac (ONF).Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission Écritures d’ici, Christine Champagne reçoit un écrivain.(En reprise mardi à 13 h 30, vendredi à 4 h 30 et samedi à 14 h 30.) RADIO AM À Radio-Canada, dans la première heure de Présent dimanche, dès 09 h, on présente « le livre de la semaine ». Radio-Canada, du lundi au vendredi, aux Belles Heures, entre 13 h et 15 h, Suzanne Giguère parle de littérature.RADIO FM À CFLX (Sherbrooke), dimanche à 21 h : Textes, émission produite par CFLX et présentée par les Écrits des Forges.Yves Boisvert lit des textes rédigés en atelier de création à Sherbrooke, Montréal et Trois-Rivières (Écrits des Forges, n° 24).(L’émission est également diffusée sur CKRL-FM, Québec, dimanche à 21 h 30, et sur CIBL-FM, Montréal, lundi à 17 h 30.A Radio-Canada, lundi à 16 h : Fictions, magazine de littérature étrangère, animé par Réjane Bougé, avec les chroniques de Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.A Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature d’ici, animé par Marie-Claire Girard, avec les chroniques de Jérôme Daviault (essais), Jean-François Chas-say (fiction) et Roch Poisson (revues).A Radio-Canada, mercredi à 16 h: Littératures parallèles, animé par André Carpentier, avec les chroniques de Michel Lord (science-fiction/ fantastique), Jean-Marie Poupart (policier/espionnage) et Jacques Samson (bande dessinée).À Radio-Centre-Ville, mercredi à 16 h : Paragraphes.Danielle Roger reçoit un écrivain.À Radio-Canada, mercredi à 18 h 30 : Le Jardin secret.Gilles Archambault reçoit Normand de Bellefeuille.À Radio-Canada, mercredi à 19 h: Littératures.Dans la série « Les biographes », l’invité de Denise Bombardier est Alain Decaux (13e de 21 émissions).À Radio-McGill (CKUT, 90,3), jeudi à 14 h: La Passion de l'écriture.Paul-Gabriel Dulac reçoit un écrivain.A Radio-Canada, jeudi à 16 h : Les Idées à l'essai.Claude Lévesque s'entretient avec André-G.Bourassa et Jean Fisette au sujet du livre Écrits I - Paul-Émile Borduas - édition critique (Presses de l'Université de Montréal).A Radio-Canada, vendredi à 16 h 30; La Culture en procès (1ère de deux émissions réalisées lors d’un colloque récent à l'Université d’Ottawa).A Radio-Canada, vendredi à 22 h : Trajets et recherches.Claudette Lambert s’entretient avec Claire Varin.__^ ^ Une langue qui restitue à la beauté sa grâce et au tragique sa légèreté démesurée.POÉSIE LES HERBESROUGES I J)>_ ^ POUR DES VACANCES PAS BÊTES IL FAUT LIRE: MYRIAM PREMIÈRE et MARYSE de Francine Noël Les romans ^ / de notre époque! Saisie et traitement de textes * saisie et traitement de données * typographie^ et mise en pages • création graphique • impression au laser • scanner^^j1» ~ En vente chez votre libraire DIFFUSION PROLOGUE vlb éditeur la petite maison DE LA GRANDE LITTÉRATURE Faut _ , poui le ciottel i Le Devoir, samedi 11 juin 1988 ¦ D-3 LE ?I A LE pla: I 1EFLASA LE PLAIES LE FLAIL A ÉPOPÉE GUERIN LITTERATURE Distributeur exclusif: Québec Livres • oo ou deux responsables.Elle se propose de présenter pour un large public le bilan des recherches menées dans laplupart des pays européens et aux Etats-Unis.Cette histoire s’attachera à montrer les femmes dans leur vie quotidienne ainsi que l’évolution des rapports entre les deux se- X6S.Les cinq volumes paraîtront en italien fin 1990 à fin 1992 et seront ensuite traduits en plusieurs langues.estuaire ële 1908 / no 49 estuaire une revue essentielle 6,00$ l'exemplaire ?Abonnement 4 nos (1 an) 18$ ?Abonnement 8 nos (2 ans) 34$ ?Abonnement 12 nos (3 ans) 40$ Envoyez votre chèque ou mandet poste à estuaire C.P.337, Suce.Outremont, Montréal, H2V 4N1 NOM ADRESSE CODE.Veuillez m'abonner à partir du numéro.Clandestine LA POÉSIE QUÉBÉCOISE POUR GUÉRIR DU MAL DE MÈRE Raymond Hétu Montréal.VLB éditeur 1988, 116 pages UN CHAMEAU EN JORDANIE Roch Carrier Montréal, Stanké, 1988, 157 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-ROCH BOIVIN SE- GUÉRIT-ON du mal de mère ?J’ai tant aimé la mienne que je ne m’en console pas.Comment imaginer une Folcoche comme celle de l’auteur de ce récit prenant, émouvant, éprouvant, courageux et véhément ?La lecture terminée, je n’arrive pas à la percevoir, cette femme qui n’a pas de nom, mère malgré elle.« Je comprends mieux aujourd’hui l’envergure de la lutte que tu as entreprise pour te défaire du rôle de nourrice et de domestique qui t’était assigné par le fait d’être femme.» Voilà ce qu’il lui concède.Il s’adresse à elle constamment dans ce réquisitoire définitif où il n’est plus question de lui trouver des excuses, des motivations.Plus jeune, il a fait cela dans la solitude d’un lit d’hôpital, écrivant dans son journal intime qu’elle aura tôt fait de découvrir.Il voulait tant qu’elle l’aimât ! Il a tout fait pour ça, ne récoltant que mépris et sévices.Le jour du divorce de ses parents, devant le comportement de sa mère, il a décidé que c’était sa « dernière tromperie ».Il ne Ta plus revue, a tenté de l’effacer de sa mémoire.C’est 20 ans plus tard, quand il a, avec beaucoup de difficulté, appris à aimer, qu’il ressent cette absolue nécessité de se réapproprier son enfance dans ces lignes.« J’hésite; je recule, je me laisse distraire.Je retarde ce moment depuis des mois.Je repousse à plus tard cette épreuve.La peur m’envahit dès que je m’approche de ton spectre, du souvenir de ton visage marqué par la colère.» Après ces premiers mots, il va s’appliquer à retrouver les morceaux du « casse-coeur».La quête sera dure, sans quartier.C’est une opération à coeur ouvert.On n’essaiera pas de comprendre cette mère despotique, coléreuse (menteuse et hypocrite, je crois) et superbement manipulatrice.On la devine, la suppose, victime, elle aussi, d'une fondamentale insécurité.On ne s’appliquera pas davantage à comprendre le père qui préfère boire et se laisser abîmer d’injures par sa femme plu- tôt que de prendre le large ou les commandes.C’est la souffrance de l’enfant que ce récit s’applique à décrire pour nettoyer la plaie.C’est là qu’il trouve son contenu de vérité et rejoint chez tout lecteur une fibre essentielle : ce moment dans la vie où le besoin d’amour était éperdu de tendresse et de caresses.Cet enfant-là fait tout pour qu’elle l’aime et incorpore si bien la culpabilité qu’il somatise : asthme et malaises divers.Hôpitaux, médecins, psychiatre; la mère, elle, ne s’embarrasse pas d’expédients pour déculpabiliser.Je n’aime pas beaucoup les récits de « vécu », les histoires de cas.Celui-ci, entrepris pour son effet thérapeutique — l’épilogue n’en fait pas mystère — se lit avec beaucoup crin-térêt parce qu’il est écrit avec une âpre honnêteté et une sobriété remarquable.La démarche analytique convenait à l’auteur, professeur de psychologie.La plus grande vertu de son texte est d'explorer les zones dangereuses de l’amour filial sans trop laisser le jargon de la psychologie se pointer la tete.« Familles, je vous hais », disait Gide.Un beau cas, lui aussi ! ?* * Par contraste avec le récit de Raymond Hétu, celui de Roch Carrier fait effet de lecture de plage.D’abord parce que c’est un récit de voyage avec chameau, désert, petit Bédouin et même audience auprès de Hussein de Jordanie.Aussi parce que l’écrivain de métier, auteur de renom et voyageur aguerri, choisit de s’effacer et de faire parler le « Voyageur d’Amérique ».Cela lui permet d’en dire moins, de ne pas s’enferrer dans les analyses et les ex-plications, de laisser parler le voyage, en formulant plutôt les grandes questions.Il le faisait déjà dans L’Ours et le kangourou, à propos de l’Australie.Est-ce effet de chameau, de jeune Bédouin (oubliez Gide ! ), de cité sculptée dans le granite ou de paysages bibliques ?Celui-ci m’a séduit davantage par son écriture elliptique et imagée, celle d’un écrivain plutôt que d’un reporter, dosant aimablement ce qu’il faut au lecteur d’information pour que ces questions que l’Histoire et le Temps adressent au Voyageur d’Amérique prennent toute leur résonance.De cette façon, ce petit récit se place honorablement dans la riche tradition littéraire des grands récits de voyage.Toute la grâce de ce récit tient à Fahti, à cause de son jeune âge et de son appartenance au pays milié Projet d’une Histoire des femmes en cinq volumes PARIS (AFP) — La maison d’édition italienne Laterza a présenté la semaine dernière, à l’Institut culturel italien de Paris, le projet d’une Histoire des femmes de l’Antiquité à nos jours.Soixante-dix auteurs français, anglo-saxons, italiens ou allemands se sont réunis autour de l’historien Georges Duby, récemment reçu à l’Académie française, et de l’universitaire parisienne Michelle Perrot.Pendant longtemps, les femmes ont été laissées dans l’ombre de l’histoire.C’est leur place, leur condition, leur image à travers les siècles que les auteurs veulent aujourd’hui réhabiliter.L’oeuvre sera divisée en cinq volumes, chacun étant assumé par une MALAMOUR GUY FERLAND EFFACEMENTS Jacques Sojcher, Pour précipiter l'absence, NBJ, 22 pages.« EFFACER les traces de soi », c’est aussi tracer les effacements de soi Dans son recueil, Jacques Sojcher tente d’écrire une « biographie sans sujet », par un « travail de deuil », par une « dépense de langage en pure perte » et par le « déplacement immobile dans l’acte d écrire ».Les mots manquent pour décrire cette absence de mots, de moi.Il faudrait restituer toute « la musique de cet oubli de soi » qu’est le recueil en entier pour faire sentir l’exaspération de ne pouvoir dire cela, la perte d’identité, la mort, ce qui « soustrait ce qui s’efface à l’effacement ».Jacques Sojcher atteint un point limite de l’expression en défaisant ce qui est fût.COMÉDIE Marthe Jalbert, Le Centre dissolu, Triptyque.DONNER un sens à sa vie, c’est également lui donner un centre autour duquel tous les événements et les lieux d’une existence tournent.Marthe Jalbert décentre ce centre en multipliant les éclats des mots.L’enfance est pour elle « un paradis de pérennité des cho ses de la mémoire », un « présent absolu », car « les actes répétitifs de l’enfance [.] fondent l’être/ en lui faisant découvrir son territoire ».Ce « lieu de toutes les ac tions » se dissout avec le temps.Adviennent ensuite l’oubli et le vide et l’image de la chose et les lieux du passé et le temps a passe Ce qu’on nomme souvenir PIERRE Guy Marchand, Sédiments de l’amnésie, avec cinq dessins de Denis Charland, éditions du No rolt, coll.« L’Instant d’après », 72 pages.DANS la mémoire, l’oubli se dépose lentement, laissant flotter les souvenirs en suspension.Les mots servent ici de support.« Là où se situe/ l’absence/ un fossile per siste/ dans le filament/ du verbe.» Les poèmes de Guy Marchand nous ramènent à l’origine, au roc, à la pierre, à l’éclatement, là où « le poème ouvre la voix/ Téter nité en contraction/ propulse/ des murmures de cailloux ».Avec des métaphores minérales, un « langage sifflé sur la pierre du corps », Guy Marchand, par ricochet, re présente la vie.« Marcher sur les os » (deuxième partie du recueil), nous plonge sauvagement dans les « vertèbres du miroir », au coeur de nous mêmes.« En équilibre » (troisième partie), nous entraîne « plus loin que le mot », sur le bord de « la réalité falaise » où « on ne risque plus d’v tomber », « que le son qui se perd/ soit donc seul à en garder mémoire à sa façon ».NOM DE L’AMOUR Jean Chapdelaine Gagnon, Ma lamour, avec deux aquarelles de Ghlslain Biron, éditions du Noroît et éditions Jacques Brémond, 60 pages.UN DÉPART, des souvenirs, le travail des mots, la poésie.Une ode à un disparu, Jean Chapdelaine Gagnon, par un choix précis des mots, par leur agencement ju dicieux, par des bribes de souvenirs, restitue la douleur et le bon heur d’aimer.Les visages de l’attente se déploient devant nos yeux écarquillés par tant de sensibilité exaspérée.À rebours, dès l’origine, l’amour apparaît comme une déchirure dans ces poèmes où chaque bruit, chaque mot, rappelle l’absent.« Quel est ton nom dis-/ Tu mon amour/ Quel nom répète le tien/ Comme une intermi nable vie/ Dans l’instant d’une mémoire/ Vois-tu toi aussi/ Le temps amnésique qui nous sépare/ Des le premier regard.» DANSE Janick Belleau, l/Hn dehors du désir, éditions du Blé, coll.¦ Rouge », 105 pages.MARY ME1GS, l’auteur de La Tête de Méduse, affirme de ce recueil qui nous vient du Manitoba : « l.'En dehors du désir : tout ce qu’il y a de grave, d’humoristique, de violent, d’érotique.J’ai été frappée par l’étrange dimension, créée d’une part par les pas de ballet et, d’autre part, par des mots simples et puissants, qui fait qu’on voit les poèmes.Je considère que Belleau a inventé une forme poétique multi dimensionnelle d’une grande originalité.» Soulignons également les très belles illustrations de Diane Desmarais.SECRÈTE Hélène Marcotte, Clandestine; Le-méac, coll.« Poésie », 156 pages.CE RECUEIL a mérité à son au teur le prix Octave Crémazie 1988 de la relève de la poésie québé coise au dernier Salon international du livre de Québec.Rebelle, Hélène Marcotte « trace un pays à pas de louve », elle « dérobe la mémoire », elle est « d’une dernière colère », « il y a l’écriture, l’aptitude à l’amer cette fièvre/ implicite sous ma langue si petite la blessure l’aube/ hiberne ma nudité tout chavire et s’isole ».Les mots décrivent « le corps en chute et l’impossible/ résurrection », « c’est toujours la chute mesurée les lèvres closes les pas/ livrés aux hasards l’absence qui demeure femme».Joëlle Morosoli LE RESSAC DES OMBRES Roman • l’Hexagone Photo Radio-Canada ROCH CARRIER.naire, à la race des seigneurs du désert.Quand le jeune Bédouin ouvre la radio dans la voiture du Voyageur d’Amérique pour entendre de la musique rock, le Temps se ratatine.Dans cette Jordanie de La Palestine, l’Histoire se mord les doigts.Le récit est très court.Fahti sert de guide au Voyageur pour visiter la ville antique inhabitée de Petra.Au cours de la visite son chameau se cabre, se blesse, et on doit le tuer.Fahti a perdu son seul gagne-pain.Lt Voyageur se sent indirectement responsable.Concerné en tout cas, et peut-être en mesure de l’aider.Il emmène Fahti avec lui à Ammam où il a rendez-vous avec le Roi Hussein.Souvent le Voyageur relit ses notes d’histoire.Souvent il croit entendre dans les propos pleins d’aplomb du jeune Bédouin, une sagesse ancestrale.Cette candeur n’est pas affectée.Elle tient à cette extraordinaire disponibilité que suscite le voyage, et à l’historique complexité de ces gens d’un autre monde et d’un autre temps que le voyageur se doit de respecter.Un beau récit, à lire en vacances au fond du jardin ou dans une moite nuit blanche, pour se demander non pas où va le progrès mais ce que c’est vraiment.JOHN Jvîa Dame a la licorne, • IH1XA6DNI «.Le narrateur nous entraîne dans les plus exquises et illicites escapades.(.) Facile de se faire le complice de cet homme de goût, d’esprit et de culture haut de gamme.(.) C’est un esprit brillant, une splendide machine à penser, sans componction, cultivant une saine dérision.» Jean-Roch Boivin Le Devoir relate les heurs et malheurs de Fred «Bogus» Trumper, fumiste bourré de .charme et de bonnes intentions, farfelu ordinaire qui s’obstine à croire qu’il pourrait bien faire quelque chose de sa vie.Mais quand votre tête et vos sentiments sont comme une passoire, quand vous êtes incapable de vous engager dans quoi que ce soit ou envers qui que ce soit, faut-il vous étonner que votre vie soit un gâchis?L’ÉPOPÉE DU BUVEUR D’EAU, le deuxième roman de John Irving en anglais enfin traduit en français.Éditions du Seuil Ce premier roman nous entraîne à cette frontière entre la vie et la mort qu’est la mélancolie comme deuil auquel il est impossible de se dérober.CE ROMAN DE JOHN IRVING -SANS DOUTE SON PLUS DRÔLE- LÉON-GÉRALD FERLAND Et voilà que la vie fait naufrage 194 pages — 12,95 $ Un récit pour l’ombre, l’autre pour le soleil D-4 ¦ Le Devoir, samedi 11 juin 1988 LE PLAISIR //A LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR 'es J • livres Presque des vacances HÔTEL DU LAC Anita Brookner traduit de l'anglais par Solange Lecomte Paris, Belfond, 1988, 204 pages LETTRES.ETRANGERES MARIE JOSÉ THÉRIAULT « SI L’ON tient compte avant tout de ses propres désirs, on arrive plus facilement à ses fins.On apprend l’égocentrisme et c’est une expérience extraordinaire.Le fait d’accepter sciemment d’être centré sur soi-même peut être le point de départ de toute une nouvelle vie.» Vous n’avez pas été élevés comme ça.Moi non plus.Édith non plus.Edith, l’héroïne d’Anita Brookner, a grandi comme vous et moi dans la conviction qu’il ne faut porter que la moitié d’un manteau, multiplier — Dieu seul sait comment — les pains, tendre l’autre joue, et mille autres sottises qui en conduisent plus d’un au rhume, au Bien-Être ou à la dépression.Ajoutons à cela qu’Édith est britannique : il y a, par bienséance, des choses qu’elle ne doit pas se permettre.Mais elle est aussi une femme intelligente, autonome, célibataire et écrivain.Toutes ces qualités, réunies en un mordillant diablotin, titilleront l'égocentrisme d'Ëdith et l’inciteront à commettre l’irréparable.Elle encourra ainsi la disgrâce de ses proches qui l'expédieront sur les rives brumeuses et fraîchissantes d’un Léman quasiment hors-saison pour qu’elle y recouvre ses sens.Là, elle vivra quelques semaines entourée d’êtres étonnants, excentriques ou guindés, riches ou pas, dans un hôtel sans poussière ni désordre (nous sommes en Suisse ! ) mais sentant fort le suranné et le convenable (nous sommes en Suisse, bis !).Elle tentera en vain d’y pondre un roman, mais s’appliquera, dans une longue lettre-journal, à étudier les autres clients de l’hôtel comme on jauge d’éventuels personnages.Èdith subira somme toute assez bien son mini-exil.Ce sera presque des vacances.En se promenant au bord du lac dans un cardigan informe et incolore, en mangeant des gâteaux et en buvant des cafés, elle réfléchira à son sort, bien sûr, mais se laissera aussi courtiser par un gentleman glacé sous ses séduisants dehors.Malheureux mélange que celui d’un homme courtois, de la solitude rampante et de l’éducation qu’on a reçue (sois sage, raisonnable, case-toi, une femme bien ne saurait vivre sans mari, et autres préceptes édifiants).Rendra-t-il notre héroïne obéissante, correcte et altruiste ?Mais non.La passion de s’appartenir tout à fait affine la perspicacité : elle conduira donc Édith à voir les dessous pas très jolis des apparences et lui inspirera un second « péché » d’égocentrisme aigu.C’est là-dessus que se termine le roman et qu’Édith sauve — de justesse — sa peau de l’un des plus insidieux enfers que nous réserve la bienséance quand on y cède trop.Mais quel fut donc le terrible crime de cette femme ?Au lecteur de vivre au rythme vaudois de l’Édith punie et d’apprendre à la vitesse où elle la raconte l’abomination dont elle s’est rendue coupable.Il aura ainsi pris plaisir à un ouvrage à mi-chemin entre le best-seller et le roman-roman littéraire, un livre couronné, du reste, par le Booker Prize en 1984, fort divertissant et habilement ficelé.Anita Brookner — qui est loin d’en être à ses premières armes et que la critique compare, un peu vite à mon gré, à Virginia Woolf ou Katherine Mansfield — connaît de près les règles british qui autorisent, réprouvent ou carrément condamnent tel ou tel comportement.Elle en a tissé Hôtel du lac, une histoire très « comme il faut », mais avec ce petit peu de délinquance qui donne du piquant aux choses et aux pensées les plus nobles.Dieu, la Science et la Femme CE QUE PENSAIT ROGER John Updike traduit de l'américain par Maurice Rambaud Paris, Gallimard, 1988 LETTRES AMERICAINES MONIQUE LARUE ALORS que les gens de science et de technique, pour etre cultivés, doivent se tenir au courant de la production artistique de leur époque, les littéraires se permettent souvent d’être, sur le plan scientifique, d’une ignorance inexcusable, qui réduit leur propos.Ce roman de John Updike est, au contraire, un pont entre la science, la ‘echnologie, la littérature et la traction theologique chrétienne.Une omme.Ancien ministre devenu professeur de théologie, Roger Lambert reçoit la visite d’un ami de sa nièce Verna, un fana de l’informatique, boutonneux, jargonneux, agaçant : « de ces gens qui se coulent dans la défroque désinvolte et la candeur fourbe de l’étudiant juvénile comme dans une carrière permanente et dûment rémunérée ».Dale Kholer est venu solliciter de l’aide pour obtenir une bourse de la faculté de théologie.Son projet : « démontrer à partir des données physiques et biologiques existantes, au moyen de modèles et de manipulations sur ordinateur digital électronique, l’existence de Dieu, c’est-à-dire d’une intelligence agissante et souveraine derrière tous phénomènes ».Gadget, se dit, comme vous, Roger Lambert.Et pourtant.La démonstration de Kholer, comme celle de Photo * Howard Walker/Knopf JOHN UPDIKE.Pascal, l’inventeur de la machine à calculer, ne peut que forcer la méfiance du lecteur intelligent, c’est-à-dire disponible.« Dieu est en train de transparaître », prétend l’étudiant.Dans la récurrence troublante du nombre « dix puissance quarante », dans l’intervention manifeste de la main de Dieu dans l’évolution, dans l’énergie contenue dans le poing divin au moment du Big Bang, dans la limite de l’intelligence artificielle.Hofstader, le grand-prêtre de Palo Alto, « peut bien raconter ce qu’il veut au sujet des “boucles bizarres” » : il ne sera jamais capable de faire se « reprogrammer tout seul un ordinateur ou encore de le pousser au suicide ».La science, plus que jamais, conduit à Dieu.Lecteur de Barth et de Tillich, spécialiste des hérétiques, exégète de Marcion, Tertullien et autres grands théologiens, Roger Lambert objecte à Kholer que prouver Dieu, c’est le nier : « la difformité et la maladie », L'enseignement professionnel A La situation au secondaire et au collégial - un bilan général avec statistiques! ?Les secteurs d'avenir.?La mécanique et l'électro-mécanique: deux secteurs prometteurs.?L'office franco-québécois pour la jeunesse a 20 ans A Les multiples expériences reliées à la qualité du français dans la région de Québec A Le bilan du syndicalisme chez les enseignants A Les coopératives scolaires A Un quizz sur le système d'éducation au Québec A Qui se rend au doctorat et dans quels domaines?ce cahier «fSmoi, ^compta".Un ages qui présentera i Un Date de tombée publicitaire: 5 août 1988 Date de parution: 19 août 1988 Informations: Christiane Legault (514) 842-9645 le « carnage qui régit le royaume de la vie », exigent plus qu’une déduction ou une induction : la foi.Croire en Dieu, c’est croire que ce Dieu existe même s’il permet que Verna, la nièce de Roger, l’amie de Kholer, soit devenue enceinte d’un Noir, qu’elle garde son enfant, qu’elle la martyrise.Dieu laisse agir le Mal.Il nous a incarnés, il nous fait naître de femmes : tel est l’éternel mystère, rappelle Updike à la suite de Bernanos et autres écrivains chrétiens.La seule dialectique théologique suffirait à faire de Ce que pensait Roger un passionnant tour de force.Mais il ne s’agit ni d’une thèse, ni d’un «roman à thèse».Kholer ne sera pas tant démoli par les argu- Mariage KIM-VÂN-KIÊU Nguyên Du trduit du vietnamien par Xuân-Phuc et Xuân-Viêt Paris, Gallimard coll.« Connaissance de l’Orient » 1988 NAÏM KATTAN COMPOSÉ au début du 19e siècle, le oème de Nguyên Du est une belle istoire d’amour qui est un grand classique de la littérature vietnamienne et qui, au cours des années, est devenue une légende.Du est né en 1725, mort en 1820.Mandarin, il était un homme taciturne, effacé.Il a choisi d’adapter une histoire chinoise du 16e siècle, histoire populaire et banale qu’il a transformée en un merveilleux récit poétique.Kiêu est une jeune fille pure et belle ; Kim est un jeune homme noble et courageux.Ils sont fiancés et ils vont se marier; ils pourraient connaître le bonheur parfait et vivraient sans histoire.Or leur destin, inscrit d’avance, les éloigne, les déchire avant de les réunir finalement.Kim doit partir pour une affaire familiale et, pendant son absence, le père de Kieu est pris au piège par des aventuriers.Pour le sauver, sa fille Kiêu accepte de devenir « fille aux entrailles déchirées», c’est-à-dire courtisane.Dès lors, ses malheurs s’accumulent.Elle plonge dans la déchéance avant d’être sauvée par une bonzesse et elle devient elle-même bonzesse.Kim revient, souhaite s’unir à elle en dépit de toutes les péripéties de malheur mais Kiêu se déclare indigne de lui, lui demande d’épouser sa soeur Vân et de contracter avec elle un mariage blanc.Ils vivront sous le même toit, écouteront la musique, mais ne partageront pas la même couche.Ce poème se partage entre le confucianisme et le bouddhisme.Celui-là dicte la fidélité aux parents, précepte que suivent Kim et Kiêu sans se soucier de sacrifier leur propre bonheur et de mettre en danger leur propre vie.Mais il y a aussi le principe bouddhique, selon lequel chaque personne obéit à son destin et doit apprendre et tenter de l’accepter ments de Roger Lambert et de ses collègues théologiens que par Esther, la femme de Roger, qui se jettera sur l’étudiant comme une goule, tirant de son corps de jeune homme tout le suc dont a soif une « femme d’âge mûr [qui] cède à la surexcitation ».La Femme, au sexe écarlate, détourne de Dieu.En ces temps « où nous savons tous, relativement parlant, de moins en moins de choses, dans ce monde où il y a trop à savoir », Updike soutient la mission humaniste de l’écrivain.Au pays du best-seller, il confie au romancier le rôle de penser.Ce n’est pas rien.Même en cette crise du livre, de telles générosités définissent, encore, la littérature.en blanc sans tenir compte des conséquences.Ce qui m’a retenu dans ce récit poétique, c’est le complexe cheminement de l’amour et son triomphe final.Du chante la fidélité.Après leurs retrouvailles, Kim dit à sa fiancée perdue et redécouverte : « De tout temps, dans le devoir auquel sont soumises les femmes, il y a bien des manières d’observer la fidélité.Il y a la situation normale, mais il y a aussi les circonstances extraordinaires et les exceptions s’imposent là où la règle ne peut être suivie.Dans votre exemple, la piété filiale a tenu lieu pour vous de fidélité.Nulle poussière au monde n’a pu souiller ce corps ! Voici que la fleur fanée renaît à un plus vif éclat.Voici que la lune à son déclin devient 10 fois plus resplendissante que la pleine lune d’autrefois.» Le dépaysement dans le temps et l’espace ne fait qu’accentuer l’emo-tion qu’on ressent à la lecture de ce merveilleux chant d’amour et de fidélité.La vérité LA LUNE ROUSSE Piero Chiara traduit de l'Italien par Roland Stragliati Paris, Julliard, 1988, 153 pages JACQUES CROUSSET IL EN VA de l’argent comme de l’amour : il se dépense, encore faut-ü avoir la chance de le faire.Pylade Spinacroce, lui, le héros de La Lune rousse, ne l’aura pas.Revenu récemment d’Argentine, où il s’est enrichi à la faveur d’un long exil (il est maintenant dans la soixantaine), il s’installe dans sa région natale, plus précisément dans les environs de Langhirano, un petit village situé non loin de Parme.(C’est à Langhirano, paraît-il, et non as à Parme comme on serait porté le croire, que l’on fabrique le jambon dit de Parme et autres cochonnailles renommées.Ceci dit pour les amateurs, s’il s’en trouve.) La, après achat d’une villa cossue, il engage une fort accorte gouvernante, nommée Maria Malerba.Cette Maria GUY FRANCOEUR LA POÉSIE ROMANTIQUE EN VERS Voici deux recueils de poèmes écrits en rimes et en vers qui plairont sûrement aux gens qui ont la nostalgie du romantisme.Ils ont été conçus pour mettre en valeur les nuances et le riche vocabulaire qui exprimaient si bien jadis la pensée romantique dans la poésie classique.Idéal comme livre de chevet.No 467 - RÊVERIES D AUTAN, écftion 1)87 No 540 - PORTRAIT SENTIMENTAL, édtion 1388 Format pratique, 5% X 8V« En vente dans tous les bons magasins Commandes téléphoniques avec Irais de manutention Les Éditions Québécor Visa et Muter Cent 327-8401 LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND COUP DE TÈTE Oliv er Sacks, L’Homme qui prenait sa femme pour un chapeau, Seuil, 313 pages.PRESQUE un siècle après les Études sur l'hystérie (1895) de Freud et Breuer, voici un autre livre qui ébranle les assises de la psychologie.Oliver Sacks est un neurologue réputé qui parcourt les rues de New York en quête de maladies à répertorier.Pour lui, chaque malade a son histoire qu’il s’agit de raconter.Il pratique une « science romantique ».Son dernier livre, qui fait grand bruit aux États-Unis, relate des histoires de cas.Une femme caricature instantanément tous les gens qu’elle rencontre dans la rue, un homme oublie tout et invente à mesure des histoires abracadabrantes, une femme libère ses inhibitions et rajeunit à la suite d’une syphilis tardive, etc.BESTSELLER John Irving, L’Épopée du buveur d'eau, Seuil, 340 pages.DEUXIÈME roman de John Irving, L'Épopée du buveur d'eau relate les heurs et malheurs de Fred « Bogus » Trumper, fumiste bourré de charme et de bonnes intentions, combinard superbe, farfelu ordinaire qui s’obstine à croire qu’il pourrait bien faire quelque chose de sa vie.Sa femme veut le quitter, sa maîtresse veut un bébé, un cinéaste d’avant-garde veut réaliser un film à partir de sa biographie un documentaire sur l’échec ! Bref, c’est un succès assuré pour l’été.REPRISE Samuel Beckett, L'Image, éditions de Minuit, 19 pages.NON, ce n’est pas le nouveau texte de Beckett qu’on attend depuis 1981, depuis Mal vu mal dit.C’est présenté comme un texte des « années 50 », publié une première fois dans une revue an- L HOMME QUI PRENAIT SA FEMME POUR UN CHAPEAU Oliver Sacks (mi tùt ma, Seuil glaise, Quaterly Review.Les éditions de Minuit précisent : « Écrit entre les Textes pour rien et les Foirades, L’Image annonce un peu le couple qui est décrit ensuite dans Assez en 1966.» Jean-Pierre Thibaudat, dans Libération, a montré qu’il s’agissait plutôt d’une première version d’un épisode de Comment c’est (pages 42 à 48).De toute façon, c’est l’occasion idéale de voir les états successifs d’un texte d’un immense écrivain avare de ses brouillons.NOMS Jean-Louis Beaucarnot, Les \oms de famille et leurs secrets, Robert Laffont, 355 pages.NOTRE NOM fait partie de notre patrimoine le plus mtime.Nous y sommes profondément attachés et pourtant, qu’en savons-nous ?Que connaissons-nous de l’origine de ce mot qui nous vient du fond des âges ?Comment est né notre nom ?Pourquoi l’a-t-on donné à l’un de nos ancêtres et comment a-t-il pu se transmettre jusqu’à nous ?Que signifiait-il à l’origine, dans le contexte de la région de France où il a vu le jour ?Jean-Louis Beaucarnot, spécialiste de généalogie, analyse 6,000 noms de famille, et leur fait livrer les secrets qui nous font revivre la vie de nos ancêtres.JOHN IRVING l Epopée du BUVEUR D'EAU roman Son THÉÂTRE Marie-Claire Blais, L’tle, VLB éditeur, 88 pages.DES HOMMES, des femmes se retrouvent sur une île, faite de plages, de mer et de soleil, comme échoués pour la vie, pour la mort.Ils partagent un meme destin, qu’ils soient blancs ou noirs, jeunes ou vieux, dans la marge ou dans la norme, sur cette île que tous les fléaux modernes attaquent : le racisme, le sida, l’indifférence, l’incommunicabilité.Car cette île de bonheur et de malheur, qui n’est pas à l’abri des vents, c’est en quelque sorte la réplique de notre société où rien n’est jamais acquis, où tout doit toujours se négocier.est un miroir Malerba n’est pas avare de ses charmes (ils sont, d’ailleurs, abondants, nous dit-on), elle en fait aussi profiter à notre vieux riche.Mais, ce faisant, elle le perdra, notre vieux riche, et se perdra elle aussi.Car survient dans le paysage le séduisant Dr Francesco Salmarani, mari de Myriam Spinacroce, la fille de Pylade.Le beau docteur, pressentant quel genre de commerce entretient la gouvernante avec son patron, et voulant faire main basse sur la fortune de son beau-père, entreprend de la séduire.Cela tait (très facilement, inutile de le préciser), il imagine avec elle un plan consistant à dérober tout le pécule du vieux, lequel se trouverait dans un coffre-fort presque inacessible.Ce pécule se compose, pour l’essentiel, de devises étrangères que le vieux a réussi à sortir d’Argentine par un moyen assez peu conventionnel : dans un cercueil.Mais voilà, le docteur n’est pas le seul à avoir imaginé un tel plan.Deux jeunes gens, ayant eu vent de la cachette de Pylade, se sont aussi mis dans l’idée de s’enrichir à bon compte.Un beau soir, ils s’introduisent par effraction dans la villa.Ils forcent porte après porte, pendant que le docteur et la belle gouvernante sont fort occupés à s’envoyer en l’air.Tout à coup, Pylade, de sa chambre, entend du bruit.Il va voir.C’est le drame.Il est assassiné, de même que la gouvernante accourue entre-temps.Qui est le coupable ?Le jeune duo ou le docteur ?On s’imagine bien, en définitive, que c’est le docteur, mais la vérité n’est pas si simple; elle est un miroir qui se brise en mille morceaux, prend-on soin de nous dire.Comme on le voit, La Lune rousse est un roman policier, un roman, du reste, fort bien construit, habilement ficelé, mais très loin d’être de facture classique.On s’en rend compte rapidement, une fois le double meurtre commis.On y apprend que la vérité n’est pas toujours univoque, que lorsqu’elle éclate, elle n’éclate pas nécessairement au grand jour, mais dans de multiples directions, telle une nébuleuse.À lire lorsque vous cherchez à éviter le sommeil.Un million pour Scarlett II PARIS (AFP) — L’éditeur français Pierre Belfond a annoncé mardi avoir acquis pour un million et un dollars le droit de publier en français la suite du best-selleraméricain Autant en emporte le vent ( Gone with the Wind), qui a levé un vent de folie dans l’édition mondiale avant même d’avoir été écrit par une romancière américaine.Les enchères ont valsé ces 15 derniers jours, franchissant en Europe des niveaux jamais atteints, a-t-on appris de bonne source à Paris.Outre la France, les plus gros contrats sont signés en Grande-Bretagne (MacMillan) et au Japon (Shin-shaoha), selon cette source qui les évalue respectivement à $ 1.3 million US et « de l’ordre d’un million de dollars ».L’ouvrage serait publié en Italie par Sterling & Kupfer et en Allemagne par Hoffmann und Campe, pour des sommes inférieures.Belfond a précisé avoir acquis les « droits pour tous les marches fran- cophones, y compris au Canada ».Cinquante ans après la publication en 1936 de cette saga sur la guerre de Sécession, unique roman de Margaret Mitchell, Alexandra Ripley rédige la suite qui paraîtra fin 1989 aux éditions Warner Books.Cet éditeur américain a signé, fin avril, le contrat pour 8 4.94 millions (plus de $ 6 millions canadiens) en l’emportant sur cinq autres.fies!-seller mondial, traduit en 27 langues, Gone with the Wind a dépassé 10 millions d’exemplaires.Au cinéma, la fougueuse Scarlett O’Hara et le fringant capitaine Rhett Butler ont pris désormais, grâce au film, lui aussi succès international qui devrait connaître une suite à 1 écran, les traits de Clark Gable et de Vivien Leigh.La rédaction d’une suite a été autorisée par les héritiers de Margaret Mitchell qui ont levé l'an dernier leur opposition à une suite de l’oeuvre de leur parente.i Le Devoir, samedi 11 juin 1988 ¦ D-5 lepla:sir LE PLAISE -E plais:e LE PLAISIR LE PLAISIR Chanter la terre et dire les sols: une affaire de mots PREMIÈRES ALLIANCES Gisèle Bienne Paris, Le Seuil, 1988, 154 pages L’OCCUPATION DES SOLS Jean Echenoz Paris, éditions de Minuit 1988, 21 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN REFERMER le beau livre de Gisèle Bienne (qui aurait pu s’appeler, si Ramuz ne levait pas déjà utilisé : La Beauté sur la terre), et voir dans la même soirée, à la télévision, Biquefarre, de Georges Rouquier, quel retour à la réalité paysanne ! Car, 37 ans après Farrebique, en utilisant les gens de sa famille, le cinéaste-ethnologue, contemporain et complice de « notre » Pierre Perreault, choisit une histoire d’héritage toute prosaïque, et la vente de la ferme.Étrangement, c’est un auteur plus jeune qui délaisse tout réalisme réducteur et chante poétiquement la ferme, la nature « au front serein », et nous donne le récit le plus émouvant de l’année littéraire en France.En sept chapitres, qui sont autant d’hymnes à la famille, à la mère, aux petits frères et même aux compagnons à poil et à plumes de l’étable et de la basse-cour, Gisèle Bienne nous entraîne au vert paradis des enfants rêveurs, et nous convainc que « l’enfance ne se conçoit qu’éternelle .» La petite fille de sept ans qui dort en nous ne peut que se réveiller quand la narratrice, devenue femme, retrouve cet âge qui ne fut pas bêtement celui « de raison » mais bien d’enchantement, de constant émerveillement.« La ferme est un secret, nous dit-elle.Qui saura franchir la succession des enceintes pour la découvrir ?Les lieux de chaleur ne se révèlent qu’à ceux qui avancent libres, démunis.» Libres et démunis le sont sans doute les lecteurs de Premières Alliances, le monde rural étant devenu celui de l’industrie agricole, mécanisée et même automatisée.L’enfance de l’auteur se situe ailleurs, dans le champ clos de la contemplation, de la vision non pas idyllique mais fraîche et souverainement éblouie de la terre nourricière, de la maison chaleureuse, du jardin potager, et du perron de pierre où elle s’asseoit comme au théâtre.« Le balancement des fleurs, le murmure du torchis, le flottement des fils de la Vierge, l’arabesque de l’hirondelle, la chaleur du fumier, sa respiration, guident mon bonheur vers un mûrissement.L’éclosion d’un tel bonheur n’est pas une fin, précise Gisèle Bienne, c’est une nouvelle promesse.» Quelques grands moments jalonnent les « premières alliances » de la petite fille, bientôt adolescente et, au moment de rédiger son livre, une adulte : quand elle donne « du volume » à la bulle (de savon) qui se détache de la paille; quand elle retrouve la mère, silencieuse, dans le geste journellement répété de la traite des vaches; quand elle raconte, sans complaisance, la procession de la Au Chili SANTIAGO (AP) — Les écrivains américains Arthur Miller et William Styron se sont envolés, mardi, à destination du Chili à la rencontre d’artistes, de journalistes, d’étudiants et peut-être de responsables gouvernementaux.Deux journalistes du magazine d’opposition Analisis ont été jetés en prison la semaine dernière pour avoir « diffamé la marine nationale ».Vingt-sept autres sont actuellement détenus sous diverses accusations, la plupart devant comparaître devant des tribunaux militaires.¦ ¦VHE essentiel Fête-Dieu et l'illumination des pétales de fleurs autour de la pauvre église où « le curé à la foi faiblissante a jeté sur les choses de la religion un épais drap noir », Gisèle Bienne prouve, apparemment sans effort, qu’elle est un grand écrivain.La relation avec les frères et, de préférence, avec le petit frère est étonnante, presque unique dans récriture biographique ou romanesque d’aujoura’hui.Il faudrait en citer de grands morceaux, tous plus révélateurs les uns que les autres d’une véritable amitié fraternelle, pure et dénuée de toute connotation freudienne.Amoureuse de la terre ancestrale et de la ferme familiale, Gisèle Bienne n’est pas naïve.Elle a vu très jeune les écueils « que les hommes construisaient et dressaient entre sa vue et leur vie.[.] Que peut une enfant de sept ans contre les icebergs de l’égoïsme et de la folie ?» Peu de choses, sans doute, mais suffisamment de rêverie intelligente pour nous en offrir un admirable raccourci poétique.Assez pour que les lecteurs soient d’accord avec cette affirmation qu’elle nous donne en conclusion : « Je ne suis pas sans penser qu’une petite enfance aussi riche ennoblit l’ave- nir.» ?Alors que Gisèle Bienne, dans Premières Alliances, chante la terre, sa terre d’origine, en couplets poétiques, Jean Echenoz a choisi, lui, de dire en mots simples, drus, mais non moins évocateurs, le sol urbain, et même L’Occupation des sols.Les phrases de l’une dansent et cadencent les souvenirs de la prime jeunesse ; celles de l’autre marchent, arpentent les rues et un quartier d’une ville.Avec une sobre et efficace précision.En une vingtaine de courtes pages, composées en corps 12 (l’oeil de ce caractère est devenu inhabituel dans les textes denses des romans de notre époque), l’auteur de L’Équipée malaise nous apprend que Sylvie Fabre, la mère de Paul et l’épouse .de Fabre (son prénom n’est pas donné), est morte dans l’incendie qui avait tout brûlé : la maison, les meubles et les photographies de la mère.Ne demeurait, pour que Fabre et son fils ne l’oublient pas trop vite, une réclame du parfum Piver, pour laquelle avait posé la mère et que l’artiste Fiers avait peinte sur le flanc d’un immeuble, au coin de la rue Marseille et de la rue Dieu.Le pèlerinage au mur de l’immeuble « plus maigre et plus solide, mieux tenu que les vieilles constructions qui se collaient en grinçant contre lui, terrifiées par le plan d'occupation des sols », durera .le temps que résistera le mur au pic des démolisseurs.Entre-temps, Fabre et son fils emménagent dans un studio « situé sous les yeux de Sylvie ».On aura compris, sans qu’il soit besoin de résumer ces 21 pages, que L’Occupation des sols est un exercice étonnant, la critique la plus virulente, mais implicite, de la redondance et de la prolixité inutile de trop de romans, cette année.Il faut lire, et relire, et En vente chez votre libraire estuaire / Écrits des Forges Les Belles Rencontres de la librairie HERMES Aujourd’hui 1 I juin dp 14h à 16h Réal làt Rochelle CALLAS, LA DIVA ET LE VINYLE aux Editions Triptyque Samedi 18 juin de I4h à 16h Pierre Fournier et Réal Godbout KAMARADE ULTRA Croc Album Mercredi 22 juin de 17h à I9h lancement Germaine Cornut LES PIERRES M’ONT PARLÉ .reqarder avec no»» ^ÔSTROPHES f'1 ç a yib \e dimanche _ _— 1120.av.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 Photo Roland Allard Vu JEAN ECHENOZ.même méditer cette grande leçon de concision, de drôlerie intelligente, et même d’invention créatrice, donnée par l’un des auteurs originaux de la relève parisienne.Crier, parler, chanter A COR ET A CRI Michel Leins Paris, Gallimard, 1988.185 pages LETTRES FRANÇAISES MARIE-ANDRÉE BEAUDET S’APPRÊTER à parler de Michel Leiris et du remarquable livre qu'il vient de faire paraître — en vieil habitué de la maison, chez Gallimard — ne va pas sans inquiétude.Comment présenter ce « champion de l’autobiographie » ?Comment rendre le son de cette voix, de cette « juste voix » qui est la sienne et qui est à la source de l’une des plus importantes aventures littéraires de ce temps ?L’idéal serait de pouvoir se taire et d’écouter ce souverain prosateur qu’est Michel Leiris nous parler encore une fois — la derniere, nous laisse-t-il entendre — de Michel Leiris : « Parisien parmi des millions, un vieux petit monsieur mis sobrement mais avec attention, sans barbe ni moustache et la tête rasée, qui n’arrive plus à trouver dans l’écriture un moyen de ne pas être pétrifié à la vue de la Méduse qui loge en lui.» Né avec le siècle, ou peu s’en faut, Michel Leiris a côtoyé les grands sa- voirs qui ont donné son visage à l’époque : surréalisme, psychanalyse, existentialisme, anthropologie Aujourd’hui, âgé de 86 ans.avec .4 cor et à cri.il ajoute un nouveau volet à cette ethnographie de lui-même qu'il a débutée en 1939 en publiant L’Âge d'homme., sans doute son oeuvre la plus connue, et qu’il a poursuivie à travers la tétralogie intitulée La Règle du jeu (Biffures, 1948, Fourbis.1955.Fibrilles, 1966, Frêle Bruit, 1976).Le parti pris autobiographique de Michel Leiris est singulier.Rien à voir avec ces ouvrages à la mode qui déversent des flots de confidences complaisantes destinées à éclairer et à unifier un destin exemplaire.Chez Leiris, au contraire, chaque nouvelle anecdote vient creuser une faille, épaissir le mystère de l’être, en somme, rendre le sujet pareil à un miroir fracassé.Et c’est l’écriture qui aura à « transmuer » la banalité de ces petits éclats de vie en matière fabuleuse, en substance mythique.C’est cela que Leiris appelle « chanter ».Dans .4 cor et à cri, Leiris rassemble ses souvenirs sous trois grands thèmes qui ont en commun de se dresser contre le silence (« Littérairement me taire : je pourrais dire aussi bien “me terrer" voire "m’enterrer” ») : crier, parler, chanter.De la première action, il dit qu’elle est Photo DMR MICHEL LEIRIS.Un bon coup pour Isabelle Adjani PARIS (Reuter) — Un substantiel accord financier a été conclu entre Isabelle Adjani et les éditions Bauer, qui viennent de lancer le titre Aujourd’hui madame, à la suite d’un litige provoqué par un article jugé « calomnieux » par l’actrice, a-t-on appris, mardi, auprès du groupe.Le service de presse des éditions Bauer a indiqué à Reuter que la somme définitive, qui pourrait atteindre plus de deux millions de FF (près de $ 450,000), n’était pas encore fixée, des transactions étant encore en cours.Sous le titre « Je n’ai plus confiance en personne », le demier-né du groupe Bauer indiquait qu’Adjam vivait retirée depuis un an à la suite d’anciennes rumeurs sur son état de santé, lancées dès l’automne 1986 et toujours démenties.L’article incriminé, accompagné d’un encadré sur « Ce qu’il faut savoir sur le sida », comportait en outre des photos non autorisées de l’artiste.Dès le 4 juin, Adjani obtenait en référé l’interdiction de la diffusion de l’hebdomadaire, dont le premier nu- ANNE-MARIE CONNOLLY DIRECTRICE DE COLLECTION CLÉ POOR LA GRAMMAIRE ün ouvrage moderne conçu selon la méthode inductive et pour le niveau secondaire que les enseignants, les enseignantes, les parents, les étudiants et les étudiantes aimeront.286 pages — 16,40 $ méro devait paraître le 6 juin, et 150,000 FF ($ 33,000 environ) de dommages et intérêts.Mais, estimant le préjudice consommé et la saisie des exemplaires difficile, Adjani s’engageait, lundi soir, par l’intermédiaire de ses avo cats, dans une transaction financière.« un trou ou une déchirure dans le tissu de la vie civilisée ».Tel le cri d’Antonin Artaud à la Sorbonne.D’autres cris, venus de tous les âges de sa vie, jaillissent semblables au « brouhaha d’instruments en train de s’accorder ».Dans « parler », Leiris médite sur la parole, les mots, l’échange.Comme un moment d’arrêt, l’écoute d’un temps suspendu, « parler » met à distance et en tension les deux principaux mouvements du livre.Crier et chanter.Chanter pour que puisse être entendu l’ultime cri : « Note acquittée bagages bouclés pour l’éternel retour, on se sent pernicieusement désoeuvré, porte ouverte par où un vent coupant s’engouffre.Sur la langue, goût écoeurant de l’adieu et non plus sel de l’à bientôt.» NOUVEAUTES VLB THÉÂTRE de Marie-Claire Blais Des hommes, des femmes se retrouvent sur une lie.faite de plages, de mer et de soleil, tomme échoués pour la vie, pour la mort.Ils partagent un même destin, qu’ils soient blancs ou noirs, jeunes ou vieux, dans la marge ou dans la norme, sur cette île que tous les fléaux modernes attaquent.Un texte fort et bouleversant! 88 pages — 9.95 $ FUGUES POUR UN CHEVAL ET UN PIANO de Hervé Dupuis » Une pièce sur la passion coupable.l)n fils retrouve son père après six ans d’absence.Entre hommes, la tendresse est toujours difficile, souvent violente.Un texte dramatique puissant, sans complaisance, préfacé merveilleusement par Robert Lalonde.108 pages — 9.95 $ ROMAN, NOUVELLES PETITES FINS DU MONDE Geneviève Amyot Geneviève Amyot nous fait découvrir un univers étrange et original où s'inscrivent les thèmes de la naissance et de la mort.L’écriture, légère, tourmentée,, impressionniste.prend ici des accents philosophiques, là se fait poétique, empruntant à l’enfance, comme dans l'univers ferronien, le rituel des gestes et du lanqaqe 118 pages — 12.95 $ VERTIGE CHEZ LES ANGES de Marc Sévigny D’un parking souterrain à une ville assiégée par des chiens, en passant par une ile sortie du néant et les tracés sinueux d'un électro-encéphalogramme, le fameux miroir cher à Cocteau est franchi.Treize nouvelles qui font du trapèze à la frontière du fantastique et de l'anticipation.156 pages — 14,95 $ JS* t INUs Vrtssri i’ldfa fl» L’IDÉE FIXE de Pablo Urbanyi Un roman baroque, dans la plus pure tradition latino-américaine, où se mêlent l’essai philosophique, l'utopie joyeuse et la satire sociale.Un plaidoyer pour la paix perdue.une condamnation de la stupidité irrémédiable de l'homme hyper-civilisé, perdu dans la jungle des signes.274 pages — 16,95 $ ESSAIS POUR UNE POLITIQUE de Georges-Émile Lapalme Voici le document qui servit à élaborer le .programme, de la Révolution tranquille.Georges-Emile lapalme y propose, entre autres, la création d'un ministère des Affaires culturelles et d un ministère de l'Immigration et il trace les grandes lignes d'un Etat moderne et démocratique au Quélx-i.tourné vers l'avenir et la prise en main de son destin 354 pages — 18.95 $ Four guérir du ¦il du air* POUR GUÉRIR DU MAL DE MÈRE de Raymond Hétu La tradition nous pnspignp le respec t de nos parents.Mais qu en est-il du respec t de l'enfant?Pour ceux et celles qui portent en eux des traces d'humiliation, d'incompréhension.de rejet de la part de leurs parents, c e réc it saisissant et plein d'émotion oppose un refus à l’oubli.Un ouvrage sur I enfanc e malheureuse à lire sans faute! 120 pages — 12.95 $ DIVERS GOURMANDISE CHRONIQUE Josée Blanchette Aprè* le succès qu'a connu le premier tirage de Gourmandise r£î?,LqU* paru au Prln,emP» 1987.voici la nouvelle édition I9®8 9U*de pratique des restaurants anciens et nou- veaux Plus de 100 restaurants y sont répertoriés, par catégories.du restaurant “chic et cher" au petit bistrot "apportez votre vin .Une belle invitation aux doux plaisirs de la bonne table, avec, en prime, sept recettes des qrands chefs.320 pages — 12.95 $ vlb éditeur déïïgrande littérature D-6 ¦ Le Devoir, samedi 11 juin 1988 E PLAISIR (U E PLAISIR LE] le: LE PLAISIR LE PLAIS R LE PLAISIR livres La langue pendante DICTIONNAIRE DES PETITES IGNORANCES DE LA LANGUE FRANÇAISE AU CANADA Camille-H.Mailhot Hull, Asticou, 1988, 288 pages LE FRANÇAIS DANS TOUS LES SENS Henriette Walter préface d'André Martinet Paris, Robert Laffont 1988, 384 pages LE FRANÇAIS SANS FAÇON chroniques de langage Philippe Barbaud Montréal, Hurtubise/HMH 1987, 184 pages CATALOGUE DES IDÉES REÇUES SUR LA LANGUE Marina Yaguello Paris, Seuil, coll.« Point virgule » 1988, 157 pages NOTES DE LECTURE MARC MORIN LASSÉE de marcher sur les oeufs, Lise Bacon a donné sa langue au chat, en l’occurrence un gynécologue qui s’est empressé de se mettre le pied dans la bouche, comme le font les bébés et comme disent si bien ses amis anglophones à qui il a consacré sa première intervention publique hors de la grande garderie de la Grande-Allée : c’est donc en anglais que le gardien de notre langue officielle a tenté de rassurer Alliance Quebec (« no accent, please, we're English /»).Le salut, on s’en doutait, ne nous viendra pas du front politique, En attendant que le français ne s’entende plus que dans les centres d’accueil des Affaires sociales, mieux vaut en lire et en rire.Voici quelques bouquins, les uns tout frais, les autres plus vieux mais guère recensés, pour agrémenter un bel été langoureux de lecture au jardin, entre les pivoines alanguies et le saint-bernard à la langue pendante (laissons le pit bull au ministre).?C’est dans nos pages et sur nos ondes que Camille-H.Mailhot a puisé les erreurs les plus fréquentes de la langue médiatique au Québec.En sept ans, il en a recueilli environ 700 qu’il présente simplement par ordre alphabétique sous forme de Dictionnaire des petites ignorances de la langue française au Canada.En fin d’ouvrage, l’auteur donne une centaine de fautes les plus fréquentes ramassées en quelques jours seulement à la lecture de trois ou quatre journaux et à l'écoute de quelques postes de radio.Déjà auteur des 1001 Pièges de la langue française (Guérin, 1976) et de 2000 Expressions françaises pratiques et utiles ( Asticou, 3e édition, 1987), M.Mailhot, professeur chevronné, destine son travail « à tous ceux qui désirent rafraîchir leurs connaissances grammaticales et lexicales ».Les exemples cités sont souvent amusants; le livre témoigne aussi de la richesse de notre imagination langagière, fautive ou pas.?Moins normative, Henriette Walter fait surtout oeuvre historique — et quelle histoire ! — avec Le Français dans tous les sens.Depuis Les Mémoires de madame la langue française, de Jean Duché, je ne me suis jamais tant amusé à lire sur révolution de notre langue.Professeur à l’université de Haute-Bretagne, Mme Walter nous raconte, de façon enlevée, l’incessant brassage de peuples qui a fait l’Europe et ses idiomes, dont le nôtre qui n’était au Xlle siècle qu’un patois parmi tant d’autres (celui de l’Ile-de-France).Depuis « nos ancêtres les Gaulois », qui ne nous ont laissé que quelques dizaines de mots, jusqu’aux dernières trouvailles des publicitaires de l’Hexagone, en passant par les variétés régionales du français en France et sa diversité internationale (un chapitre est consacré au Canada et à l’Acadie), on trouve dans cet ouvrage qui se lit comme un roman, agrémenté de cartes et de tableaux lexicographiques, « une image dynamique de ce français qu’on croyait connaître, et qui apparaît ici, avec ses charmes et ses contradictions, tel qu’on le parle, tel qu’on l’écrit et tel qu’on l’aime ».Un must, comme on dit chez Cartier.( amille-H Mailhot Dictionnaire des petites ignorances de la langue française au Canada #2/ 1 $ x Marina Vigucllo Catalogue des idées reçues sur la langue N* ^ A / Virgule Ce n’est pas parce qu’il les a publiées d’abord dans La Presse que nous n’avons pas encore parlé des chroniques de langage de Philippe Barbaud, parues sous le titre du Français sans façon, chez Hurtubise/HMH, fin 1987.Directeur du département de linguistique de l’UQAM, sans doute a-t-il pris le parti de rire de la pauvreté navrante du langage estudiantin à l’université populaire du peuple fil consacre d’ailleurs un chapitre a ce qu’il appelle des « uqameries »).Adieu les concours du Bon Parler français, vivement « notre langue si vivante et si colorée ».Il est notamment question de « guiliguili » et de « chefferie », de « vieilleries » et d’« agaceries », de « nanane » et de « sparages ».On trouve grand plaisir à lire ces courts textes qui ne font ni l’apologie, ni le procès de notre par-lure.Sauf pour cette « uqamerie » de mauvais aloi qui clôt l’épilogue : « Il y a de la démagogie à parler et à s’exprimer comme le peuple pour faire croire qu’on en fait toujours partie alors qu’en réalité on appartient à la gent du pouvoir.» Allez donc raconter cela aux « workers of the world unite » de la CSN.Puisqu’il est question d’idées reçues, vous ne mettrez que deux heures à lire le catalogue qu’en dresse Marina Yaguello, s’agissant de la langue.Ou faut-il dire des langues, puisque Mme Yaguello, de langue maternelle russe, agrégée d’anglais et docteur en linguistique, a enseigné le français à Dakar, ou elle a appris le ouolof (que son éditeur préfère épeler « wolof ») ?On la croirait pédante avec tant de crédits.Comment ne pas faire confiance à quelqu’un qui a déjà signé (mêmement au Seuil) des bouquins intitulés Alice au pays du langage et Les Fous du langage, et qui engage»modestement son petit livre en rappelant que « contrairenent à une illusion trop répandue dans le public, un linguiste n’est pas forcément la personne la mieux placée pour vous expliquer la règle de l’accord des participes.» ?Est-il vrai que le français soit logique, l’anglais facile, le russe musical; que les Slaves sont doués pour les langues ; que les Noirs ne savent pas prononcer les « r » ; que certaines langues soient plus belles que d’autres; que ce qui n’est pas dans le dictionnaire n’est pas un mot ?Telles sont quelques-unes des idées reçues auquelles Mme Yaguello règle leur compte.Et c’est fait sans faconde, sans cette outrecuidance élitiste à laquelle nous ont, hélas ! habitués les « normatifs » de notre establishment linguistique.Photo Pierre Poullot/ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche.A bord, à bâbord JE ME DÉBROUILLE DANS UNE EMBARCATION Robert Choquette Montréal, éditions de l’Homme 1988, 169 pages, $11.95 JEAN-V.DUFRESNE À VOILE, à rames, en canot ou en kayak, à moteur ou sur la planche, voici un petit livre qui rassemble l’essentiel des conseils les plus élémentaires à suivre pour le néophyte dans une embarcation.Professeur de voile, notre collaborateur à la chronique du plein air aborde avec clarté les règles de la navigation légère : comment acheter une embarcation, dans quelles conditions naviguer, quoi porter pour se protéger des intempéries, comment remiser pour l’hiver.Il insiste avec emphase sur la nécessité de respecter les règles de la sécurité et de la courtoisie, si souvent ignorées sur nos plans d’eau.LEIE DES BEST-SELLERS Ces règles, on ne le répétera jamais assez, sont indissociables de l’art de naviguer.Il est impossible de maîtriser convenablement une embarcation sur l’eau sans respecter rigoureusement celles-ci.Elles constituent l’ABC de l’apprentissage.Si elles sont pour vous une corvée, oubliez tout de suite les plaisirs nautiques.Restez au sec, et en vie.Sans être exhaustif — aucun ouvrage sur la navigation ne peut l’être — le livre de Robert Choquette contient suffisamment de conseils et de données techniques sur la navigation de plaisance pour permettre au débutant de partir a l’aventure, pas trop loin des berges, en toute sécurité.Quant aux premières angoisses de la gîte, heureusement, aucun ouvrage ne possède le secret de les dissiper, comme quoi la sécurité, la bonne connaissance de son gréement et de la couleur du temps ne priveront jamais le néophyte du plaisir irremplaçable de la découverte.Il ne manque à cet ouvrage, sûrement promis à une deuxième édition, qu'un lexique des principaux termes nautiques, pour enrichir le vocabulaire, et appeler chaque chose par son nom, ce qui n’est pas un luxe : dans une situation d’urgence, ce n’est pas le temps de chercher ses mots.Un livre à conserver à bord.La vertu de gourmandise GOURMANDISE CHRONIQUE 100 bonnes tables Josée Blanchette Montréal, Vlb éditeur 1988, 311 pages FORMAT IDÉAL, ce petit guide se glisse merveilleusement bien dans le coffre à gants de la voiture ou encore dans un sac à main qui ne soit pas exagérément modeste.En publiant cette version élargie et remise à jour de Gourmandise chronique.Josée Blanchette répond aux voeux des nombreux lecteurs qui, de semaine en semaine, suivent reli-jeusement dans LE DEVOIR sa lécouverte des tables où la gourmandise devient vertu.On a déjà souligné la qualité du style de Josée Blanchette.À lire certaines descriptions, à s’arrêter à certains commentaires, on a déjà le goût de passer â table.L’intérêt de l’entreprise est accru par la classification des genres, des goûts et des prix.On est tenté de plagier le slogan licite : « Ne i Josée Blanchette Gourmandise chronique / d’une publicité 1 partez pas sans votre Gourmandise chroni-qUe*• -P.-A.C.Front commun UN DERNIER PRINTEMPS June Callwood Montréal, Stanké coll.« Parcours » 1988, 343 pages JILL Jill Ireland Montréal, Libre Expression 1988, 249 pages RENÉE ROWAN EN MARS 1985, Margaret Frazer, une enseignante torontoise de 68 ans, célibataire, sans famille présente, apprend qu’elle est atteinte de cancer en phase terminale.Ses amis les plus proches ne veulent pas qu’elle meure à l’hôpital.Elle n’ont plus, d’ailleurs.Une équipe hors de l’ordinaire, composée d’une soixantaine d’amis et de connaissances qui, pour la majorité, n’ont pas de liens entre eux, accompagne Margaret jusqu’à la fin de sa vie, lui permettant de mourir chez elle, dans la dignité.Ses amis, des gens qu’elle côtoyait dans ses activités de bénévolat et de loisir, des membres de son Église, é Photo PC JUNE CALLWOOD.ont, pendant trois mois, pris soin d’elle jour et nuit.June Callwood, journaliste au Globe and Mail, bien connue pour son engagement dans la défense de maintes causes où la justice sociale et les libertés civiles sont menacées, fait le récit, souvent émouvant, de cette grande chaîne de fraternité humaine qui a profité tant à celle qui vivait son « dernier printemps » qu’à tous ceux qui l’ont assistée dans ses derniers mois.Ensemble, ils ont apprivoisé la mort mais, plus encore, ils ont appris la vie et redéfini l’amitié.La mort de Margaret, écrit June Callwood, a prouvé une chose ; « que le tribalisme fonctionne et qu’en cas d’urgence, de ces collectivités humaines sortent une multitude de gens prêts à donner un coup de main si on leur en fournit l’occasion ».Un livre bien écrit, riche d’enseignement et d’espoir en l’humanité.?Dans le second ouvrage, Jill Ireland, actrice américaine, femme comblée, est elle aussi victime du cancer.Elle raconte son long voyage intérieur vers la guérison et sa lutte quotidienne.Après l’ablation d’un sein, la médecine traditionnelle lui propose des séances de chimiothérapie qu’elle accepte.Mais, en même temps, pour conserver une attitude positive vis-à-vis la maladie et participer à sa guérison, Jill Ireland se tourne vers l’homéopathie et la médecine holistique.Par des séances de méditation, elle évacue le stress et tranquillise son esprit.Elle accentue le pouvoir autoguérisseur de son cerveau en visualisant le combat que mènent ses globules blancs contre les cellules cancéreuses.Elle utilise également le pouvoir curatif des cristaux de quartz pour se concentrer et stimuler son corps et son esprit.Le récit ne manque pas d’intérêt, même si certains aspects de luxe et d’abondance du milieu hollywoodien sont parfois agaçants tout comme le sous-titre, d’ailleurs.Jill Ireland a sa propre personnalité et semble bien capable de s’affirmer.Pourquoi nous la présenter en page couverture comme la femme du célèbre acteur Charles Bronson ?\e ve , Q «wo Chicoutimi, capitale du futur Suite de la page D-1 DES TITRES QU’ON A LAISSÉ PASSER, DES NOUVEAUTÉS À NE PAS MANQUER.port avec la réalité.Au lieu d’établir des catégories étanches, croit-elle, il vaut mieux parler d’une « continuité » entre la production dite générale et les autres genres.En effet, plusieurs communications du colloque porteront sur des éléments de science-fiction ou de fantastique qui apparaissent chez des auteurs auxquels on n’associe pas forcément ces genres, notamment Anne Hébert et Louky Bersianik.Tout de même, on peut affirmer que science-fiction et fantastique possèdent chacun leur façon de présenter le monde.La SF aurait une vision « centrifuge », selon Élisabeth Vonarburg, vision « conquérante, triomphante, positive », alors que dans la littérature fantastique traditionnelle, priment l’absurde, l’inexpliqué.« Nous sommes au centre de l’univers, mais l’univers nous en veut », semblent dire les auteurs de textes fantastiques, alors qu’en science-fiction, « l’univers nous considère avec la plus grande indiffé- LE PLAISIR ,/A-LE PLAISIR Æ PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Pour réservations publicitaires, communiquez avec Jacqueline Avril au 842-9645 ou I-800-363-0305 esj • livres rence, ce qui est angoissant, mais cette indifférence nous accorde aussi un espace, une liberté ».Ces dernières années, rappelle Élisabeth Vonarburg, la distinction entre les deux genres s’estompe : toutes frontières abolies, l^s auteurs signent des textes plus éclatés, plus libres.Élisabeth Vonarburg revient, d’ailleurs, constamment à la notion de liberté.La science-fiction se lance à la « recherche du possible » ; on opère des recoupements de grandes tendances, on généralise, on spécule.Le genre permet de demander : que se passerait-il si.?Il offre aussi une « liberté de situation » dont on ne gîut disposer en littérature réaliste, lisabeth Vonarburg offre un exemple tiré de son propre travail : si l’on veut traiter le thème du changement de sexe dans un roman traditionnel, il faut en parler au sens figuré ou comme d’un événement à caractère pathologique, alors qu’en science-fiction, la meme créature peut être suc-cessivement « un homme, une femme, un Noir, un bleu, un vert ».Ainsi, la S F permet d’éviter les pièges du documentaire et de « rejoindre le mythe, le monde des symboles».« Ce qui m’attire dans la science-fiction, affirme Élisabeth Vonarburg, c’est son registre poétique.Les métaphores se réalisent comme dans la poésie.» Elle-même a écrit des poèmes et tâté sans succès de la littérature générale avant de découvrir le genre dans lequel elle se sent à l’aise.Mais, pour écrire de la science-fiction, affirme-t-elle, il faut « une perversion d’esprit très particulière ».Justement, peu de Québécoises se consacrent à ce genre, à part Esther Rochon, Francine Pelletier, Agnès Guitard, auxquelles on peut ajouter Aude et Marie José Thériault pour la littérature fantastique.Dans les pays de langue anglaise, les auteurs féminins sont plus nombreux (on pense à la place que se sont taillée Joanna Russ et Ursula Le Guin aux États- Unis) et « la moitié du lectorat est féminin ».Au Québec, aussi, affirme Élisabeth Vonarburg, de plus en plus de femmes découvrent la science-fiction et comprennent qu’on peut en écrire « sans cow-boys ni fusées ».Depuis peu, et parallèlement à la montée des femmes écrivains, on voit l’émergence de questions globales, qui touchent la vie; au colloque, un atelier complet traitera des femmes et du féminin dans les deux genres.Quels sont les projets d’Élisabeth Vonarburg, une fois le congrès-colloque terminé ?Elle compte se consacrer un peu moins à l’organisation de grands événements et prendre le temps d’écrire davantage : une trilogie est en lecture chez un éditeur français, il y a des nouvelles à rassembler pour un troisième recueil Parallèlement, elle se livrera à des recherches postdoctorales portant, elles aussi, sur les femmes et la science-fiction.Entre-temps, l’auteur-critique invite le public a découvrir des formes, des genres et des auteurs.Figurent au programme des ateliers, des conférences, des spectacles et des tables rondes aux titres ludiques : « Je raconte, tu dessines » ; « Les jeux de rôles : pourquoi le ghetto ?»; « Corn ment fabriquer des mondes et des gens pour les habiter ».Le but, lance Elisabeth Vonarburg, un sourire dans la voix : montrer que SF et fantastique peuvent toucher chacun faire comprendre « à quel point le monde où nous vivons est science-fictif »._ Lorl Saint-Martin Le Devoir, samedi 11 juin 1988 ¦ D-7 L7 PL A.I LE FL.- S LE PLAIE ï LE PLAISE livres Maître renard «Les journalistes jappent, mais peu d’entre eux mordent» LE VINGT-QUATRE OCTOBRE Laurent Laplante Québec, éditions du Beffroi 1988, 261 pages GILLES LESAGE DÉMARCHE fascinante que celle de Laurent Laplante, sous un titre laconique et intrigant, voire trompeur : Le Vingt-quatre octobre.Une journée capitale dans la vie d’un honnête homme, à la tête aussi bien faite que bien pleine ?Non pas.La reproduction de la première page de La Presse de ce samedi d’octobre 1987, puis la mention « journal », laissent plutôt entrevoir le dépouillement systématique, sinon la dissection et l’autopsie, d'une édition particulièrement volumineuse du quotidien montréalais.C’est cela en par- ÉTUOES SUR LA PHILOSOPHIE DE WALTER BENJAMIN Rolf Tiedemann préface de Theodor W.Adorno Arles, Actes sud, 1987, 194 pages RENÉE HOUDE LES Études sur la philosophie de Walter Benjamin constituent la thèse de philosophie de Rolf Tiedemann, thèse qui fut acceptée en 1964, publiée en allemand en 1973 et dont la traduction française est parue en 1987.L’auteur s’appuie en partie sur des manuscrits inédits et nous prévient qu’il s’agit de la « seule tentative jusqu’à présent pour présenter la pensée benjaminienne » (p.191).Le livre recueille la pensée de Benjamin (1892-1940) sous trois chapitres qui empruntent aux divisions classiques : I.Aspects de la théorie tie, mais en partie seulement.Car ce journal d’un journal est, en fait, une série d’essais, étalés sur trois mois, dont le point de départ, presque le prétexte de chacun, est un article ou une section de La Presse.Qu’il s’agisse de démocratie et de moralité publique, des nouvelles technologies médicales, de la déontologie des professionnels ou de la police, des humanoïdes qui gouvernent l’économie, d'information gouvernementale ou de journalisme, notamment sportif, M.Laplante s’interroge et nous interpelle avec insistance.Un jour, il affirme et semble sûr de lui ; le lendemain, il fait surgir le doute ou pousse sa réflexion plus avant, sans conclure tout à fait sur quoi que ce soit.La dimension éthique est toujours présente — l’auteur s’en surprend lui-même après coup — mais sans verser dans un mora- de la connaissance; II.Esthétique et sociologie de l’art, et III.Thèmes de la philosophie de l’histoire.Le concept d’utopie est envisagé comme la clef de voûte de toute sa théorie.Critique littéraire.Benjamin a traduit Proust (avec l’aide de Franz Hessel) et Saint-John Perse; entre autres, il a écrit Mythe et violence, L’Origine du drame baroque allemand et des Essais.On sait qu’il s'est suicidé en 1940 alors qu’il était sur le point d'émigrer en Amérique.« Il est difficile d’évaluer, tant il est grand, le mérite de Rolf Tiedemann », nous dit Adorno dans la préface; et il continue : « Ce travail interdit désormais à quiconque de s’abriter derrière l’argument selon lequel la voie inaugurée par Benjamin relève de l’aperçu ou de la pensée rhapsodique » (p.10).lisme bêtifiant.Ayant l'écriture ample, facile et agréable, il nous fait partager son grand inconfort : « Vouloir le bien et combattre le mal, cela devient ardu quand l’esprit ne parvient pas à les départager.» Soit.Libre et indépendant, comme bien peu réussissent a le devenir ou à le rester, après 30 ans d’un métier dévorant, l’ami Laplante use à foison de ces atouts irremplaçables.Il remet en cause de fausses certitudes, démolit des clichés, admoneste, corrige, esquisse des solutions, propose des repères.L’ensemble agace, dérange, indispose à l’occasion, il ne laisse pas indifférent.C’est énorme, et fort utile, à qui veut réfléchir et tenter de soulever deux ou trois vraies questions.L’inquiétude est de l’essence de ce métier frustrant.Encore faut-il ne pas se braquer sur une chiure de mouche, mais se laisser pointer du doigt, ici ou là, au hasard de cette longue dissertation humaniste.À la manière la plus classique et démodée qui soit.M.Laplante pratique aussi, avec un art consommé, ce que Claude Julien (du journal Le Monde) a appelé « le devoir d'irrespect ».Et d'abord envers la presse, ici envers La Presse, objet de son examen critique.Ses réflexions sur la ghettoïsation des médias quand ils découpent la société en tranches commodes, sur le clivage de l’âge, l’atomisation et le morcellement des rubriques, font bien ressortir que, « plutôt que le village global, ce qui émerge est le quotidien-cafétéria, autrement dit une infinie diversité de mets disparates dont chacun tire, à son gré, le repas qui lui convient ».Fît La Presse, « journal redevenu populacier (oui ! qu’on se rappelle “la putain de la rue Saint-Jacques" .) à force de suivre les canards de Pierre Péladeau jusque sur leur étang.», n’échappe pas, à travers ses vedettes, à la contamination de la télévision.Au détriment même de ce qui fait l’éminence et la noblesse de l’écrit.Aussi sévère envers l’un qu’envers l’autre, M.Laplante écrit : « Même entre les meilleures mains, la télévision, comme mass média et comme instrument péda gogique, est moins apte à la démocratie que l’imprimé.» Ce qui n’empêche pas M.Laplante de manier scalpel et bistouri avec une ardeur LAURENT LAPLANTE.iconoclaste sur son métier et, surtout, sur La Presse.« La Ivresse achève de ressembler à l’idée que s'en est taillée Roger-D.Landry.Pire encore, La Presse ressemble de plus en plus à Roger-D.Landry lui-même, voilà, en effet, un homme pour qui l’image importe lus que le fond des choses.Un omme qui fait confiance au marketing et à l’affirmation péremptoire plutôt qu'à l’analyse et à la transpa rence.» M.Laplante a écrit cela le 10 janvier, donc bien avant l’éviction de l'éditeur adjoint, Michel Roy.Il faut lire aussi les pages consacrées au « monde selon Péladeau », un monde, au sens net du terme, au sens que Camus lui donne, absurde.Cette mention rapide ne saurait rendre justice au « créancier-mécène » de ce jour nal.Le diagnostic est dur, brutal même : « Le journalisme écrit du Québec traverse présentement une telle baisse de régime qu’on peut se demander s’il ne s'agit pas de l’agonie .À lire ce que produisent des gens de ma génération, je perçois comme frappé d’une insurmontable futilité le travail (?) auquel nous nous adonnons.Il y a, de façon indubitable, vieillissement dans le monde du journalisme, mais il s’agit d’un vieillissement qui ne retient de la maturation que ses aspects démoralisants, morbides et cyniques et aucun de ses côtés sages, sereins, j’allais dire sapientiaux.» Devant les maux de son métier et de son époque, Laurent Laplante porte un regard rigoureux, lucide, implacable, presque cruel.Celui d’un humaniste qui sait que « la vraie morale se moque de la morale ».Privilège rare, inconfortable et dangereux.À quand la récidive ?UNE SAISON A LA RENARDIERE Marcel Rioux Montréal, l'Hexagone 1988, 87 pages WAN LAMONDE MARCEL RIOUX lit.travaille, écrit maintenant à La Renardière, face aux grands vents dans le Bas-du-Fleuve.C’est un Rioux dit Renard qui n'a rien du feutre malicieux de cette bête.Il avance franchement, généreusement comme ceux qui cherchent de façon critique les possibles; il le fait ici à travers un jour nal de réflexion tenu de mai à octo bre 1986, tirant son miel du Petit La rousse sur le bord de la fenêtre, A'Amérique de Baudrillart, de l'enquête d'Américains, Habits of the Heart, et faisant, bien sûr, son nuel de tous les champs de réflexion explorés.Des inquiétudes, deux ou trois questions de fond, quelques amorces d’explication.Inquiétude face aux nuages qui s’amoncellent, aux causes défendues qui reculent, à l’égoïsme de la « me generation».Une question : les Ha bits of the Heart, les habitudes du coeur des Québécois depuis deux siè des, feront-elles reculer l’égoïsme et l’individualisme ?Autre question, plus liée à la première qu’il n’y parait : pourquoi le l’Q a-t-il perdu le référendum de mai 1980 " Une amorce d’explication, vraiment une amorce : « la faiblesse du nationalisme », comme cela aurait été le cas pour les États du Sud au moment de Photo Kèro/l’Hexagone MARCEL RIOUX.la guerre civile.Y a-t-il là fleurs à miel ?La ferveur du démocrate perce çà et là M Rioux vilipende les faiseurs de constitution autour d’une table où d’un lac plutôt qu’en la fondant sur la souveraineté populaire; il pense à « d’autres chemins de la liberté », à une indépendance conçue pour faire « un pays plus fraternel et plus juste ».En un sens, contenu et contenant convergent ici : le couple problématique individualisme-nationalisme se retrouve dans une écriture personnelle qui interroge le collectif.Cette expérience de la ligne du risque, de l’équilibre instable du privé et du nu blic tente — heureusement — de plus en plus de personnes.FautLEfiS®^ pour le cioiie! A LA LIBRAIRIE LE BOUQUIN Vous trouverez les toutes dernières parutions et une vaste collection de livres Jeunesse 395, Boni.Cartier, Laval, P.Q.Canada H7N 2K8, Tel.: (514) 688-6036 Commandes téléphoniques acceptées • Livraison postale • Ouvert de 9h à 21 h du Lundi au Vendredi et de 9h30 à I7h le Samedi Concessionnaire de -V*- PUBLICATIONS DU QUÉBEC Benjamin et l’utopie mmcm IM&MTE Venez bouquiner.Venez entendre des auteures de 55 pays À L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL JEUDI 16 JUIN LA MEMOIRE ¦ 9h30 — llh30 I>a mémoire: s'approprier l'histoire (Pav.3200/F2245) Silvia Cintra Franco, Brésil; Marlène Nourbese Philip, Canada.Ann Allen Shockley, É.-U.; Luci Tapahonso, É.-U.; Ivany Buzzo Turibio, Brésil Histoire et littérature (Pav.3200/G2215) Afua Cooper, Canada; Vishwapriya Iyengar, Inde; Mariella Sala, Pérou; Merle Hodge, Trinidad Sources de récriture (Arena 198) Géraldine Kayc.Angleterre; Fadela M’Rabet, Algérie/France; Taous Selhi, Algérie/Québec; Marie Savard.Québec Espaces imaginaires: mémoire et écriture (Marie-Vietorin B259) Denise Desautels, Québec; Nicole Houde, Québec; Julieta Pinto, Costa Rica; Silvia Plager.Argentine ¦ 12h30 - I4h30 Mémoires de l’âge (Pat.1200/12245) Ellen K.Kuswayo, Afrique du Sud; Dorothy Livesay.Canada; Mary Meigs, Quebec’; Anyda Marchant (Sarah Aldridge).E-U.(.'impact de nos écrits (Par.3200/G22I5) Rosalie Bertcll, É.-U./Canada; Kathy Bond-Stewart, Zimbabwe; Giovanna Mérola, Venezuela; Rocio Rosero, Equateur Histoire el traditions orales (Aréna 198) Dolores Chew, Inde/Québec; Cynthia Ellis.Bélize: Angelica Wilson, Chili; Antoinette Moatnaye, Tchad/Québec Autobiographie: de l'intime au politique (Marie-Victorin B259) Christine Donald.Canada; Johanna Emmanuelle Puerto Rico; Madeleine Gagnon.Québec; Malavika Karlekar, Inde; lecture de poésie canadienne (Marie-Victorin C237) Gay Allison, Anne-Marie Alonzo.Ayanna Black.Dionne Brand, Afua Cooper.Hélène Poterbenko.Rosemary Sullivan, Dôre Michelut.Kathleen Winter.Jean Yoon, Ahdri Zhina Mandiela ¦ 14645 — 16h45 Mémoire et création lesbienne (Pav.3200/F2245) Anne Cameron, Canada; Judy Grahn.Ê.-U.; Anna Livia, Angleterre 1-ex révolutions face au féminisme (Pav.3200/G2215) Aîcha Lemsine-Laîdi, Algérie/Angleterre; Silvia Idala Cartegena Martinez, El Salvador; Lilia Quindoza Santiago.Philippines; S.D.Nkondo, Zambia/Nigéria Mémoire et exil (Pav.3200/G2215) Leîla Houari, Maroc/France; Alicia Partnoy, Argentine/Ê.-U.; Loreina Santos Silva.Puerto Rico Trous de mémoire dans l'histoire des femmes au Canada (Aréna 198) Janet Campbell Haie, Ê.-U./Canada; Andrée Lévesque, Québec; Adrienne Shadd, Canada I es femmes dans les aimées 30 et 40 (Marie-Victorin B259) Barbara Brooks, Australie; Louise De Salvo.É.-U.; Gillian Hanscombe, Angleterre; Maria Isabel Giani.Argentine lectures en Espagnol (Marie-Victorin C237) Diamela Eltit, Chili; Angelica Gorodischer, Argentine; Mariella Sala, Pérou; Diana Bellessi, Argentine; Sylvia Lago, Uruguay ¦ Conférence du soin 19h00 De la mémoire (Pav.3200/A2285) Nicole Brossard.Québec; Lidia Falcon, Espagne; Dacia Maraini, Italie; Naumi Vasconcelos, Brésil VENDREDI 17 JUIN LE POUVOIR ¦ 9h30 — 11630 Censure et autocensure (Pav.3200/F2245) Colette Beauchamp.Québec; Sylvia Lago, Uruguay; Nell McCafferty.Irlande; Manana Valverde, Canada; Hinde Taarji, Maroc la poésie est aussi une arme (Aréna 198) Dionne Brand.Canada; Alams Obomsawin, Québec; Lina Sagaral Reyes, Philippines le pouvoir amoureux (Marie-Victorin B259) Marie-Claire Blais, Québec; Maureen Brady, E-U.; Olga Broumas.E.-U.; Norma Telles, Brésil ¦ 12630 - 14630 L'Écriture comme profession dangereuse (Pav.3200/F2245) Diamela Eltit, Chili; Iva Kotrla, Tchéchoslovaquie; Makeda Silvera, Canada; Zdena Skvorecky-Salivarova.Tchéchoslovaquie/Canada Pouvoir, politique et sexualité (Pav.3200/G2215) Kuniko Funabashi.Japon; Sheila Jeffreys, Angleterre; Catharine MacKinnon, Ê.-U.: Paola Tabet, Ilalie/France Au delà du langage patriarcal (Aréna 198) Lakshmi Kannan, Inde; Erin Mouré, Québec; Dale Spender.Australie; Estella Sagredo.Argentine La critique littéraire: ses enjeux et ses contraintes (Marie-Victorin B259) Louise Cotnoir, Québec; Pauline Harvey.Québec; Barbara Godard.Canada; Marisa Rusconi.Italie lectures québécoises (Marie-Victorin C237) Louky Bersianik, Denise Desautels.Madeleine Gagnon.Jeanne d'Arc Jutras, Michéle Mailhot, Céline Tanguay-Desrochers, Louise Warren ¦ 14645 — 16645 Qui a peur de nos héroines?(Pav.3200/F2245) Angelica Gorodischer.Argentine; Gail Scott, Québec; Janette Turner-Hospital, Australie/Canada; Kathleen Winter.Canada Espaces imaginaires et représentation lesbienne (Pav.3200/G22I5) Michèle Causse.France/Martinique; BcnteCold, Danemark; Sarah Hoagland, Ê.-U.; Marthe Rosenfeld.Ê.-U.L'Écriture: forces vives et transgression (Arena 198) Gloria Anzaldua, É.-U.; Jeannette Armstrong, Canada; Diana Bellessi, Argentine; Lee Maracle.Canada Pouvoir médical et technologies de reproduction (Pav.3200/G22I5) Louky Bersianik.Québec; Renate Klein.Australie; Janice Raymond É.-U.; Louise Vandelac, Québec Pouvoir, enfermenent et écriture (Marie-Victorin D544) Table ronde organisé par la Société Élisabeth Fry lesetures multilingues (Marie-Victorin C237) Silvia Cintra Franco, Brésil; Louise De Salvo, Ê.-U.; Cathie Dunsford, Nouvelle Zélande; Iva Hercikova, Tchéchoslovaquie/ Ê.-U.; Vishwapriya Iyengar, Inde; Lakshmi Kannan.Inde; Dacia Maraini, Italie; Karen Nolle-Fisher.R F A.; Geneviève Letarte, Québec; Marlène Nourbese Philip, Canada; Sonia Sanchez.Ê.-U.; Barbar Smith, E.-U.' Linda Ty Casper, Philippines/Ê.-U.¦ Conférence du soin 19600 Question de pouvoir (Pav.3200/A2285) Maria Campbell, Canada; Audre Lorde.E.-U.; Miriam Tlali.Afrique du Sud; Day si Zamora, Nicaragua SAMEDI 18 JUIN Stratégies de la pensée féministe ¦ 9630- 11630 Éthique et esthétique (Pav.3200/F2245) Louise Durpé.Québec; Gisela Ecker.R.F.A.; Greta Hofmann Nemiroff.Canada.Donna Smyth, Canada Résistance et silence (Pav.3200/G2215) Ramabai Espinet, Trinidad & Tobago; Aura Roman Lopez.Puerto Rico; Regina (Métro Édouard-Montpetit) Yaou.Côte d'ivoire; Nicole-Claude Mathieu, France féminisme et enjeux du pmnoir politique (Aréna 198) Rosemary Brown, Canada; Kjersti Ericsson.Norvège; Lidia Falcon, Espagne; Sonia Johnson, É.-U.Entraves multiples â l'expression des femmes noires (Marie-Victorin B259) Marlène Jennings, Québec; Shirley Small.Québec; Sheila Barrow, Barbades/Québec; Mary Edwards, St Kitts/Qucbec; Margaret Lynch, Québec; Cora Wagner.Guyanc/Québcc; Mercy Boampong, Ghana/Québec Wild Women Wild Words, Reflections on the Wickedary (Ctr.Comm.4301) Mary Daly in cahoots with Jane Caputi (en anglais seulement) ¦ 12630— 14630 Spiritualité, identité et politique (Pav.3200/F2245) Shirley Bear.Canada; Cathie Dunsford, Nouvelle-Zélande; Barbara Smith, Canada; Anna Lee Walters.É.-U Perspectives féministes dans la diaspora africaine (Pav.3200/G22I5) Maryse Condé.Guadeloupe; Gloria Joseph, É.-U.; Yolainc Jumelle, Haîti/Qucbec; Katharina Oguntaye, R.F A.; Alzira dos Santos Rufino, Brésil Sortir des paradigmes patriarcaux (Aréna 198) Marie-Jeanne Musiol.Québec; France Théorct.Québec; Betsy Warland, Canada Yolande Villemaire, Québec Recherche féministe en Asie du sud (Marie-Victorin B259) Vandana Shiva, Inde; Sidesh Vaid, Inde; Veerta Shatrugana, Inde; Veena Talwar Oldenburg, Indc/É.-U.¦ 13630— 15630 I -ectures lesbiennes: (Marie-Victorin C237) Gloria Anzaldua, É.-U.; Judith Barrington, Angleterre/E.-U.; Elana Dykewomon.E-U ; Gillian Hanscombe, Angleterre; Daphne Mariait, Canada, Sumti Namjoshi, Inde/Canada; Betsy Warland, Canada; Libby Oughton, Canada; Anna Livia, Angleterre, Judy Grahn É.U.¦ 14645 — 16645 Roman policier e( science-fiction: écrire la violence, penser l'utopie (Pav.3200/F2245) Marie-Andrée Bertrand.Québec; Sara Paretsky.É.-U.; Eve Zaremba, Canada Confrontation ef collaboration: sources d'« empowerment* (Pav.3200/G2215) Fleurette Osborne.Canada; Glenda Simms.Canada; Esmeralda Thornhill.Québec Théories féministes et stratégies discursives (Aréna 198) Alya Baffoun.Tunisie; Danielle Juteau.Québec; Claire Michard.France; Mireille Neptune-Angludc.Haîti/Québec ; Marisa Zuvalloni, Québec Stratégies politiques lesbiennes (Marie-Victorin B259) Adriana Batista, Mexique; Elana Dykewomon.É.-U.; Lolian Mohin, Angleterre; Louise Turcotte, Québec ¦ 166(H) — 186(H) I zcctures amé rindiennes: (Marie-Victorin C237) Jeannette Armstrong; Shirley bear; Janet Campbell Hale; Chrystos; Joy Mario; Emma LaRocque; Lee Maracle; Alams Obomsawin; Barbara Smith; Luci Tapahonso; Anna Lee Walters ¦ 20600 Spectacle et dance: Université Concordia.Hall Bldg., 7e étage: Kali Bharali Dancers, Têtes de Vaches, Lilian Allen et scs musiciennes DIMANCHE 19 JUIN ¦ 12630- 14630 Témoignages: Ije mouvement des femmes À travers le monde (Pav 3200/F2245) Gay Allison, Canada; Ayanna Black.Canada.J.J.Dominioue, Haïti; Latifa Jhabdi.Maroc; Elizabeth Souza-Lobo, Brésil Identité et marquage de l'écrivaine (Pav.3200/G2215) Marion Kraft.R F A.; Emma Larocque, Canada; Bharati Mukherjee.Inde/É.-U .Jean Yoon, Canada Fantaisie, utopie et humour (Aréna 198) Sandy Duncan.Canada; Suniti Namjoshi.Inde/Canada; Cathleen O’Neill.Irlande; Esther Rochon.Québec ( olnnialismc et collectivité (Marie-Victorin B259) Marcelle Désmor, Maîti/Québcc; Linda Ty-Casoer.Philippines/Y a nu la A/izc, Puerto Rico lectures lesbiennes multilingues (Marie-Victorin C237) fraude Bührmann, R A I).BenteClod, Danemark; Chrystos, É.-U.; Jeanne d’Arc Jutras.Québec; Geneviève Pastre, France; Makeda Silvera, Canada; Naumi Vasconcelos.Brésil ¦ I4li30 — 16630 Féminisme ri tradition (Pav.3200/F2245) Malika I I Bclghiti, Maroc, Kumari Jayawardena, Sri Lanka/E.-U.; Rose-Marie Muraro, Brésil; Flora Nwapa, Nigéria le féminisme et le changement social (Marie-Victorin B259) Hreny Cuenca, Mexique; Jimena Pizarro, Chili; Rajabali Sharfun, Kenya; Témoignage: I «s femmes â travers le monde'(Aréna 198) Rachel Gutiérrez, Brésil; Fatima Houda-Pépin, Maroc/Québec; Sylvia Kuinba, Zimbabwe, Josephine Sapnor, Ghana ’1 Écriture: quel scénario?(Marie-Victorin B259) Zdena Skvorecky-Salivarova, Tchéchoslovaquie/ Canada ; Ida Williams, Québec, Mari lu Mallet, Chili/Québec; Annie Goldmann, France I -ectures de la francophonie: (Marie-Victorin C237) J.J.Dominique, Haïti; Pauline Harvey, Québec; Fetla Houari, Maroc/Belgique.Jacqueline Merville, France; Aminala Sow Fall, Sénégal; Regina Yaou, Côte d’ivoire ?PASSEPORTS pour toutes les activités ouvertes au public et une copie du programme-souvenir: 30$ ?Billets du jour (hall d’exposition, tables rondes): 5$ ?Admission au hall d’exposition: 2,50$ ?Conférences du soin 5$ ?lectures: gratuit ?Heures d’ouverture: Jeudi 16 juin 96 à 216 Samedi 18 juin I0hà 18h Vendredi 17 juin 96 à 216 Dimanche 19 juin 12h à 66 Informations: 843-3282 2050 Édouard Mont Petit D-8 ¦ Le Devoir, samedi 11 juin 1988 LE PI a:sir LE PL A.E:I LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Un écrivain Jean E1HIER-BLAIS ?Les carnets QU’EST-CE donc que le talent ?Je parle de celui d’écrire.Il y a d’abord le naturel, ce don incompréhensible que les dieux répartissent ou retiennent selon leur bon plaisir.Le besoin incoercible de s’exprimer lui emboîte le pas, qui repose sur la sensibilité, sur l’acuité du regard, la finesse de l’oreille.Et puis, il y a la page blanche, rayée ou quadrillée, selon; elle est sur la table, qui attend, le stylo à côté.Bientôt ce sera l’ordmateur.Peu importe.La page se couvre de caractères incompréhensibles jusqu’au moment où jaillit l’histoire, où se déroulent les faits qui révèlent l’homme à lui-même, le lecteur au lecteur, l’écrivain à son oeuvre.Je pensais à ceci en lisant le beau livre de M.Bertrand Bergeron, Maisons pour touristes *.Ce recueil de nouvelles a remporte le prix Adnenne-Choquette.C’est un prix sérieux, un peu en retrait.Maisons pour touristes mérite non seulement qu’on le Use, mais que le lecteur colle au texte, s'imprégne de lui, vive à son tour des élans de • sensibilité qui animent l’écriture de M.Bertrand Bergeron.Ce quotidien est un univers qui habite un grand talent.D’abord, la sensibilité.M.Bertrand Bergeron est un écrivain pudique.Son thème essentiel est ce lieu ténu qui permet aux êtres, hommes et femmes surtout, de se dire qu’ils s’aiment et de prendre conscience de leur vie.L’auteur s’approche d’eux à pas feutrés.Il va jusqu’à imaginer qu’il les regarde agir, tant il craint de leur imposer une présence ennemie.Peut-être l’irruption d’un tiers les amènerait-elle à infléchir leur comportement, à perdre de leur naturel.En sorte que l’imagination et le voyeurisme se confondent.Les gestes perçus de loin deviennent un rituel que le narrateur déchiffre, auxquels il donne un sens ayant finalité.Ainsi, dans la rue, deux êtres se rencontrent.Ils pudique s’approche à pas feutrés.se parlent, s’embrassent, se querellent, se réconcilient.Jusque-là, tout va bien.Le voyeur voit.Il joue son rôle dans la comédie.Et puis, tout change.L’imagination intervient.Les amants disparaissent à la vue.Seul l’oeil intérieur fera désormais son office, oeil qui est rêve et poésie.À la poésie du vécu succède celle du songe, qui recrée lui aussi une réalité.Et c’est ici qu’intervient la vision du monde de M.Bertrand Bergeron.Vous et moi enverrions ces amants à leur destin copulatoire.Pas du tout.Dans leur chambre, aussi loin que possible l’un de l’autre, ils ne sombrent pas dans la réalisation du désir.Le témoin visionnaire ne le veut pas ainsi.Cet homme et cette femme, à leur tour, deviennent créateurs de l’instant.Debout ou couchés, nus ou vêtus, ils tendent l’oreille vers le mur qui les sépare d’une autre chambre où, peut-être, des amants voyagent aux rives prochaines du fabuliste.Ils écoutent, imaginent la scène, la vivent, eux aussi, par l’imagination.Le rêve l’emportera toujours sur la réalité.La sensibilité peut seule donner un sens à la gestuelle.Dans ces récits, chaque geste est « comme si », afin que la boucle soit bouclée, que la leçon du regard puisse être transmise.La finesse insigne de sa sensibilité permet à M.Bertrand Bergeron de situer son imagination presque au niveau morphologique.Une femme tient sa petite fille par la main.Elle rencontre un homme, ou un autre.L’enfant, au frémissement de cette paume dans la sienne, devinera si sa mère aime ou n’aime pas.Le langage des grandes personnes lui est interdit, mais elle comprend celui du corps humain, qui n’a pas appris à cacher.Talleyrand disait que la parole avait été donnée à l’homme pour masquer sa pensée.La méthode de M.Bertrand Bergeron est plus sûre.Les personnages sont, pour ainsi dire, muets.Leur vocabulaire, ce sont leurs gestes; leur comportement est leur langage.Dans quel univers vivent-ils ?Dans celui de tous les jours, mais rendu insolite par la matérialisation du désir.Un homme vit avec sa mère.Employé ?Instituteur ?On ne saura jamais.Homme de solitude et de désespoir muets.Une nuit, un train vide vient le chercher.Il attend.La nuit suivante, le train revient.Il partira à la recherche d’une autre vie.Il se perdra dans la foule d’une autre ville.L’ailleurs est partout présent dans ce livre, avec son attirance, son peut-être, ses espoirs de transformation vitale, de régénérescence.L’inconnu interviendra, sous une forme, sous une autre, afin de permettre à un inconnu de vivre, peut-être, ailleurs, sa vie mythique.Je ne crois pas que M.Bertrand Bergeron veuille représenter un univers total.Prenez Tchékhov ou Maupassant.En quelques pages, ils décrivent des êtres, leur comportement, le milieu où ils évoluent, ce meuble qui retient l'attention.C’est que leurs personnages sont centrés sur une réalité, vivent intensément une situation précise.Rien de tel ici.Le problème qui se pose aux personnages de Maisons pour touristes, c’est l’absence de situation ferme.Ils sont créatures d’un flou indéterminé.Je n’ai jamais ressenti aussi fortement qu’en Usant ce üvre à quel point la psychologie de nos contemporains est différente de celle des hommes du XIXe siècle.Cette réaüté tient à ce que nos ancêtres immédiats croyaient qu’ils avaient prise sur la réalité qui les entourait.Un personnage de Tchékhov est un raté parce qu’il le veut bien, qu’il s’abandonne aux forces négatives qui l’entourent.Il pourrait être autre chose s’il acceptait de vivre selon les lois du courage et du dynamisme de la vie.Tout est possible.Pour nous, non.Le sens moral du devenir a disparu.Un jeune homme part en vacances et loue une maison dans un village perdu afin d'y être seul, dans le silence.Mais il se rend compte qu’on l’a floué.Des amis viendront le rejoindre.Tout a été prévu.Il est fait comme un rat.Notre monde, avec toutes ses facilités, son respect avoué de la personne humaine, est fait de quatre murs qui se rapprochent lentement et qui finiront par nous écraser.Nous appelons Dieu ces quatre murs.Ils sont partout dans le livre de M.Bertrand Bergeron, sous forme de chambres d’hôtel, dont les fenêtres donnent sur la rue; sous forme de portes qui se referment, de miroirs qui vous renvoient votre image, sous forme des conversations des autres, qui pourraient sortir de votre bouche, sous forme de villes momentanément désertes, qui reviennent à la vie on ne sait trop par quel miracle.Le monde est devenu si stable qu’il en est imprévisible.Il vit de sa propre vie, en dehors des êtres humains qui l’habitent.Sans le savoir, nous ressentons profondément cette rupture.Les personnages de Maisons pour touristes témoignent admirablement de cet acharnement que nous avons mis à nous détruire et jusqu’à n’être plus que des ombres.La discontinuité psychologique se retrouve aussi dans le langage qu’utilise M.Bertrand Bergeron.Ses phrases sont comme les créatures de son invention, souvent elles ne se terminent pas.Il écrit un peu comme parlait le président Eisenhower, sans verbe, ou comme peignaient les impressionnistes, laissant le trait inachevé, sûrs que l’oeil lui donnerait son sens.Parfois, cela aboutit à des effets cocasses : « Car il finira bien par se retourner et alors se trouvera-t-il quelque chose pour la garantir, elle, de ce regard, calme et affolé, elle est folle d’ainsi, le sait, mais ne sait plus à présent que son regard à lui sur elle, ne cherche plus à se défendre de quoi que ce soit, ferme les yeux car pour l’écouter ne plus que l’entendre, tout plutôt qu’il ne se taise car il y a lieu de craindre, ravie par cette peur » (p.67).À chacun d’ajouter le mot qui lui convient.Cette liberté prise avec la syntaxe et le déroulement de la pensée (n’est-ce pas, du reste, la même chose ?) est-elle qualité ou defaut ?J’opinerais pour défaut, n’était-ce la virtuosité d’écriture dont fait preuve M.Bertrand Bergeron.Toutefois, ce jeu peut à la longue devenir un procédé agaçant parce que facile.Passons cette fantaisie au directeur des publications du Gifric, dans l’espoir qu’il ne permet pas à ses auteurs de donner dans ses propres travers.Et comment ne pas tout passer à un écrivain qui a à ce point le don de l’émotion, de la subtilité psychologique et de la solitude ?Malgré son titre faussement aguichant, j’ai aimé ce livre parce que je m’y suis retrouvé.Ce sera le cas des nombreux lecteurs que je souhaite à M.Bertrand Bergeron.Et qu’ai-je donc retrouvé ici de moi-même ?Le vague de mon âme ?Des désirs inassouvis ?Le besoin de connaître ce qui s’agite au fond des autres ?Un paysage lunaire ?La vie solitaire qui ne débouche sur rien sinon des trains-fantômes en partance ?Je ne sais et sans doute les lecteurs de Maisons pour touristes ne seront-ils pas plus avancés que moi.Ils s’enfonceront comme je le fais maintenant dans la pénombre aux sons de la quatrième Symphonie d’Albéric Magnard.* MAISONS POUR TOURISTES Bertrand Bergeron Québec, L’instant même, 1988 ?Foire féministe quoi beaucoup écrivent leur journal intime ou leur autobiographie.Les femmes n’osent pas dire au fur et à mesure ce qui se passe en elles, leur mémoire est donc très chargée.Le pouvoir ?C’est important d’en parler parce que nous n’y participons que peu.C’est aussi le pouvoir qui parfois s’exerce entre nous.Il faut savoir pourquoi il y a plaisir à la domination, comprendre les rouages, même si la réalité socio-politique n’est pas partout la même.Et puis, les stratégies, c’est chercher à savoir par quelles audaces littéraires on peut arriver à ce qu’on veut.Cela peut être l’humour, la fable, le travail formel dans le texte.» Selon Ariane Brunet, certains groupes ont adopté un thème plutôt qu’un autre.Les Africaines de couleur, qui vivent dans les pays occidentaux, ont opté pour les questions de pouvoir, les Latino-Américaines pour la mémoire, les théoriciennes pour les stratégies.Pour mener à bien leur entreprise, les organisatrices montréalaises, aidées par une centaine de bénévoles, ont rejoint les organisations, centres et réseaux des communautés culturelles du Québec.Certains de ces groupes organisent, d’ailleurs, leurs propres activités, pendant la foire.Ainsi, le colloque des 17 et 18 juin, organisé par le Centre maghrébin de recherche et d’information, intitulé ; « La longue marche des femmes afro-asiatiques vers l’égalité ».« Les féministes maghrébines sont très actives dans leurs pays respectifs, le Maroc, l’Algérie et la Tunisie, commente la dynamique Ariane Brunet.Mais elles n’ont pas de maisons d’édition.Elles publient leurs écrits dans des revues comme le Collectif du H mars au Maroc.Ce sont des chercheuses, des essayistes, des théoriciennes.Elles ne sont pas bien vues de leur gouvernement et leur voix n’est pas entendue dans leur propre pays.» Le discours féministe s’exprime plus ou moins librement, avec plus ou moins de virulence.Ariane Brunet reconnaît le dynamisme de l’édition universitaire des États-Unis qui alimente plus de 180 librairies féministes.Pas étonnant que le contingent américain soit fortement représenté par les Maureen Brady, Sarah Hoagland et Catharine MacKinnon, pour ne citer qu’elles.« Il ne faudrait pas oublier non plus les représentantes des ethnies et des minorités cul-turelles comme les aborigènes d’Australie et les Amérindiennes, 14 au total, dont les ateliers portent sur la spiritualité et la littérature, source vive et force de transgression.Et puis, bien sûr, il y aura les Québécoises Louky Bersianik, Madeleine Gagnon, Pauline Harvey, Jeanne-d’Arc Jutras, Michèle Mailhot, Louise Warren, Anne-Marie Alonzo, Nicole Iloude, au total 37 écrivaines d’ici.» « On a un très large éventail d’interventions, précise Diane Bronson, des plus réformistes aux plus radicales.Les femmes viennent de toutes les couches sociales.» « Le féminisme des années 80, renchérit Nicole Brassard, aborde les questions d’infériorité de la femme mais, en même temps, c’est une perspective de pensée sur la réalité actuelle.Vous savez, 52 % du public lecteur est un public de femmes, la preuve qu’elles ne lisent pas toutes que des recettes de cuisine », lance-t-elle.Pour cette troisième foire, 6,000 personnes sont attendues.« Si on en avait 10,000, on serait aux anges », précise Ariane Brunet.Quant au prochain pays hôte, il reste à déterminer.On annonce l’Inde, l’Espagne ou la Jamaïque, peut-être l’Amérine latine qui en a manifesté le désir.Une chose est sûre, toutes ces femmes, qu’elles soient de Montréal, de Soweto ou de Rabat, n’ont qu’un but : partager leurs différences et créer des liens pour se faire entendre.— France Lafuste + Ferland le fond, cette liberté, cette insouciance, cette folie qui peut s’emparer de quelqu’un.» J’esquive l’attaque d’un mouvement de recul qui n’échappe pas à l’oeil expert de l’avocat-ecrivain-professeur.En reprenant mon souffle, j’apprends que Léon-Gérald Ferland est né en Estrie, à Racine plus précisément, qu’il a fait ses études au séminaire de Sherbrooke avant de terminer son diplôme en lettres à l’Université de Montréal.Il est immédiatement engagé comme professeur au collège de Saint-Laurent.Devenu professeur, il poursuit ses études aux niveaux de la maîtrise et du doctorat avec une thèse sur Hubert Aquin dont le titre à lui seul témoigne des préoccupations de l’auteur : La Néologie lexicale et la temporalité dans l'oeuvre d’Hubert Aquin.Tout en faisant son doctorat, il mène de front des études en droit et fait son Barreau.Il n’a jamais véritablement pratiqué.Ce sont, d’ailleurs, les études en droit qui l’ont ramené à l’écriture.« Les études en lettres éloignent de récriture parce qu’on accorde trop d’importance à la forme et qu’on perd de la spontanéité, précise-t-il.C’est lorsqu’une amie m’a téléphoné pour me dire qu’elle consacrerait une heure par jour à résumer de la jurisprudence que j’ai décidé d’écrire, moi aussi, une heure par jour.Je suis parti d’un véritable procès auquel j’assLstais pour faire mon premier roman, Meurtre éclair.» Très jeune, Léon-Gérald Ferland est fasciné par les romans policiers.Il lit tous les Simenon, les Agatha Christie, les auteurs américains, etc.Il enseigne maintenant le roman policier au cégep et sa spécialité comme avocat est en droit criminel.Bref, il a toutes les prédispositions requises pour aborder le polar.En plus, il a toujours aimé mêler le vraisemblable et l’invraisemblable.«Mes filles, les corbeaux sont faits pour être plumés.» Françoise Dorïn U s corbeaux les renardes Le nouveau Dorin: drôle et féroce sur 400 pages Une mère.Deux soeurs.Trois caractères solidement trempés.La mère a donné une seule directive à ses filles: trouver un mari.L'aînée suit à la lettre les conseils maternels.La cadette les repousse avec violence.f\amh'ar'°n Roman Flammarion Tout cela contribue à faire de son deuxième roman, Et voilà que la vie fait naufrage, un beau canular qui se déroule dans le milieu pas très propre de la prostitution.De la page couverture au dernier mot du livre, les trompe-l’oeil, les références, les clins d’oeil, les fausses pistes, abondent.Le lecteur est pris au piège et ne peut sortir du roman qu’estomaqué et déboussolé.« C’est à la suite de la vague de pression pour le déplacement des prostituées à Montréal et à Vancouver que j’ai voulu faire, un peu, le procès des moralisateurs de tous acabits qui sont aussi des hypocrites.Leur idéologie est bien simple : il n’y a pas de problème lorsque le problème est ailleurs.On n’a qu’à déplacer les prostituées pour croire la question réglée.J’ai donc fait une sotie en décrivant des personnages loufoques, des marionnettes entre les mains de l’auteur.» Cette sotie-chronique, hilarante et terrible à la fois, est également une recherche d’écrivain.Pour Léon-Gérald Ferland, l’écrivain est un tueur.« La liberté qu’un assassin s’offre, l’auteur se la donne également sur ses personnages, ses préjugés, les idéologies, etc.Il peut tout assassiner, s’il le veut, en griffonnant des lignes sur du papier.Moi, j’écris pour ne pas m’emmerder.Ecrire fait beaucoup de bien.C’est une drogue.Je flotte après une séance d’écriture.La création est le grand bonheur de la vie.C’est un acte gratuit.Lorsque j’écris une scène dans laquelle le sang gicle partout, je trouve ça très très drôle.» Tout ceci est dit avec un sourire en coin qui me laisse songeur.Car une phrase, échappée au fil de la conversation en faisant référence à une subtile mise en abîme qui ceinture le récit, me revient en mémoire : « Ce qu’on pose comme étant de la fiction est en fait de la réalité déguisée.» J’ai juste le temps de me tirer de côté avant que la vitre du restaurant ne vole en mille morceaux.Un livre à la main, je m’aperçois que c’était moi, l’assassin.Léon-Gérald Ferland est un magicien.— Guy Ferland Les saints martyrs canadiens Suite de la page D-1 existé : celui des saints martyrs canadiens) lorsque les jésuites auront réussi à se faire oublier et qu’à la faveur de l’école et de l’historiographie cléricale, il aura été pris au sérieux par le clergé qui aura mis en branle les procédures de la béatification.Mais déjà, le gouvernement du Québec est partie prenante, puisqu’il tient sa légitimité idéologique du discours nationaliste revu et corrigé par le catholicisme d’État.Le mythe est d’ailleurs endossé par le gouvernement au terme d’un marchandage économique et idéologique : le premier ministre Honoré Mercier a chargé le pape de partager rien de moins qu’un demi-million de dollars (les biens des jésuites) entre les différentes factions du clergé ( 1888) ; on peut donc voir dans son fils ( Honoré Mercier, né en 1875), le ministre des Terres et Forêts du gouvernement Taschereau, celui que l’État délègue à Rome pour les cérémonies de la béatification, le symbole explicite de l’alliance politique.Je ne prétends pas, bien entendu, que c’était donnant, donnant, car si personne ne peut jamais savoir combien coûtent une béatification et une canonisation, il est clair que ça coûte les yeux de la tête.Mais les Canadiens français ont payé de bon coeur, puisqu’on leur disait que ça n’avait pas de prix.En réalité, absolument tout a son prix et celui de la canonisation des saints martyrs canadiens a été pour une bonne part le coût de la pasteurisation et de l’homogénéisation idéologiques des intellectuels, dont un peuple dévot a sans le savoir fait les frais.En tout cas, la Société Saint-Jean-Baptiste était fière d’organiser au nom du peuple les cérémonies que programmaient les jésuites : la béatification et la canonisation n’ont pas lieu par hasard respectivement un 21 et un 29 juin, c’est-à-dire le dimanche qui précède et qui suit la fête nationale.Bref, les saints martyrs canadiens n’ont pas grand chose à voir avec leur propre canonisation : le Vatican a simplement reconnu officiellement par une béatification (1925), une canonisation (1930) et un patronage (1940) que le Canada français méritait bien son titre de catholique.Les saints martyrs canadiens sont donc rigoureusement le symbole du catholicisme d’État qui a été élaboré à partir de l’écrasement des patriotes en 1837-1838.Celui qui a dirigé le Québec de 1860 à 1940 et qui n’a pas cessé de le dominer avant 1960.Cette histoire qui crève les yeux, les apologistes réussissent à en faire complètement abstraction lorsqu’ils écrivent la progression du culte et de la cause des saints martyrs canadiens.Ils en font une histoire providentielle, qui n’a rien d’invraisemblable, parce qu’elle fait partie du mythe.En effet, si l’on voulait en prendre le contre-pied pour écrire la véritable histoire (de l’histoire) des saints martyrs, on ferait du même coup disparaître l’objet de notre étude, avec le risque de créer un ahti-mythe, mythe blanc qui servirait tout au plus à exorciser le mythe noir que l’on s’interdirait de comprendre.[.] (Tous droits réservés, 1988, éditions Singulier.) Ville de Montréal SALON DU LIVRE DE MONTREAL Grand Prix du livre de la Ville de Montréal (1988) Appel de candidatures ¦ L’auteur de l’ouvrage primé doit être résident de la Communauté urbaine de Montréal.¦ Le prix est décerné à l’auteur d’une oeuvre éditée sous forme de livre, pour la première fois, entre le 30 octobre 1987 et le 28 octobre 1988.¦ L’ouvrage primé est une oeuvre de création, écrite en anglais ou en français, par un seul auteur (roman, essai, nouvelle, poésie, histoire, etc.).¦ Le prix à décerner consiste dans le versement à l’auteur de l’ouvrage primé d’une somme de 10 000$.¦ La Ville de Montréal paie les frais d’attribution du prix et les autres frais incidents.¦ Le Salon du livre de Montréal forme un jury et suggère à la Ville de Montréal la formation du jury du Grand Prix.¦ Ce prix ne peut être décerné aux membres du jury ni aux membres du Conseil municipal de la Ville de Montréal.¦ La date limite pour la réception des ouvrages (en 6 exemplaires) est le 28 octobre 1988.Les ouvrages doivent être acheminés au secrétariat du Prix, où on peut se procurer des formulaires d’inscription: Grand prix du livre de la Ville de Montréal Secrétariat a/s Salon du livre de Montréal 911, rue Jean-Talon est Bureau 207 Montréal (Québec) H2R 1V5
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