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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier C
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1986-05-31, Collections de BAnQ.

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¦ ¦ m v Iff W9 * LE DEVOIR CULTUREL -C Montréal, samedi 31 mai 1986 LE KIROV À MONTRÉAL Un grand écart en A mérique MATHIEU ALBERT NULLE AUTRE compagnie de ballet au monde n’exerce un pouvoir de fascination aussi grand que le Kirov.Compagnie bicentenaire (ses origines remontent à 1738), seconde en âge après le ballet de l’Opéra de Paris (1712), au premier rang des capitales du ballet au 19e siècle, le Kirov, aujourd’hui refermé sur lui-même à Léningrad, s’est fait le gardien pointilleux de la tradition classique.Un héritage conservé comme un trésor depuis la révolution, mis à l’abri de tous les séismes qui sont venus à l’ouest bouleverser l’histoire de la danse contemporaine.Une institution ?Plus, un monument ! Et ce, autant par l’histoire qui est la sienne, que par le nombre ahurissant de créateurs formés à l’intérieur de ses murs.Des artistes, danseurs et chorégraphes, dont l’influence, encore de nos jours, pèse peut-être plus lourd qu’on veut bien le croire sur la destinée du ballet occidental.À cet égard, quelques noms tirés au hasard suffisent à l’exemple : tout d’abord Balanchine, débarqué en Amérique en 1934, inventeur du néo classicisme, Noureev (passé à l’ouest en 61), nommé il y a trois ans directeur de l’Opéra de Paris, Baryschnikov (transfuge en 74), directeur de l’American Ballet Theatre depuis 1981 puis, enfin, Michel Fokine, Marius Petipa, Lev Ivanov et Pavlova, sans compter également les Ballets russes de Diaghilev (1909-1929), dont la plupart des effectifs provenaient directement des classes du Kirov (appelé à l’époque, jusqu’en 1935, le Maryinski).Après 22 ans d’absence en Amérique, la compagnie, désormais sous la gouverne d’Oleg Vinogradov, fait halte à Montréal quatre soirs durant, salle Wilfrid-Pel-letier, à compter de vendredi prochain.Et à Ottawa, au Centre national des arts, du 11 au 14 juin.Au programme à Montréal : Le lac des cygnes (1895), un ballet, pure féerie, signé Marius Petipa (actes 1 et 3) et Lev Ivanov (actes 2 et 4).À Ottawa, les 11 et 12, une pièce inédite d’Oleg Vinogradov intitulée Le chevalier dans la peau du tigre.Puis, les 13 et 14, un assortiment d’oeuvres choisies, tirées du répertoire classique : La Bayadère (1877) et Paquita (1881) de Petipa, et Chpiniana (1908), mieux connu ici sous le titre Les sylphides, de Michel Fokine.Une programmation, il est évident, conçue à l’image de l’idéal esthétique développé dans les officines du Kirov.Un menu dont la teneur apparaît toute entière déterminée par une volonté explicite de conserver intacte la mémoire du passé; et devant laquelle, les ré- formes apportées par le ballet contemporain, tel qu’on le conçoit ici, semblent difficilement trouver accès.Mais il faut dire, cependant, que lorsqu’on possède chez-soi (en URSS) un tel éventail de chefs-d’oeuvre, il n’y a pas lieu d’avoir honte d’exporter à l’étranger un répertoire, à partir duquel, de toute manière, l’Occident, si hautement à l’avant-garde, a puisé ses propres racines.« Le Maryinski », affirme Vincent Warren, professeur d’histoire du ballet à l’École supérieure de danse du Québec, « représente la maison-mère du ballet pratiqué à l’ouest.Tous nos grands professeurs classiques viennent de là-bas ».Par exemple, Nijinska (soeur de Nijinski) qui, après avoir danse chez Diaghilev, s’installe à Hollywood où elle ouvre une école de danse.De même que pour Olga Préobrajenska, Mathilde Kohes-sinskaia et Lubov Egorova, qui, toutes trois, après un séjour chez Diaghilev se fixent en Europe pour diffuser la technique russe.Suite à la page C-9 Galina Mézentséva dans Le Lac des cygnes.LA QUINZAINE DE QUÉBEC ?La piqûre avant tout DENYS ARCAND vient de refaire le monde, les cinéastes parlent de leurs prochains films et de ceux de leurs voisins, de leurs amis communs, de leur ennemis et finalement de leurs blondes respectives.Au bout de quelques heures, deux d’entre eux s’éclipsent pour me laisser seule avec le nouveau héros du jour, un grand six pieds, amateur de tennis, répondant au nom de Denys Arcand.Notre conversation est immédiatement interrompue par un client qui vient de reconnaître le héros du jour et qui a tenu à le féliciter personnellement.Denys Arcand sourit.Cela fait un mois qu’il ne cesse de sourire.Tout a commencé sur la Croisette à Cannes.Son film, Le déclin de l’empire américain,(qui sera à l’affiche à Montréal dès le 20 juin prochain) a reçu le prix de la presse internationale.Le film, présenté dans la prestigieuse Quinzaine des réalisateurs, a sitôt été vendu dans tous les pays (Allemagne, Espagne, Brésil, Argentine etc.) sauf aux États-Unis où des négociations serrées sont en voie de règlement.Dans un premier temps, le film sera distribué dans le couloir d’art et d’essai des métropoles américaines.Puis, une autre compagnie américaine est intéressée par un remake du film pour le marché commercial.Le producteur René Malo va essayer de convaincre les Américains de laisser Denys Arcand réaliser son propre remake comme Coline Serreau le fait pour Trois hommes et un couffin.Finalement Raymond Acquaviva, un acteur de la Comédie française, a vu le film par hasard et a demandé à en faire l’adaption au théâtre.« Chose fort étrange, dit Denÿs Arcand avec une pointe de fine ironie, mon film est vendu partout et il parle des gens d’Outremont, de la rue Hutchison, gens qui soupent ensemble le samedi soir.Leur réalité pourtant régionale semble immédiatement accessible à tout le monde.» On comprend qu’il s’adresse ici à tous les bureaucrates bien intentionnés qui sont devenus par la force des choses les fossoyeurs du cinéma culturel à la faveur d’un cinéma commercial, international, efficace, un cinéma sans âme, un produit délavé, sans identité propre, sans caractère.Denys Arcand ne leur en veut pas.Pas ouvertement du moins.Il n’empêche qu’il n’a pas tourné de film personnel depuis 12 ans.« Je n’avais pas d’idées et en même temps la structure de production était hostile à ce que des gens comme moi aient des idées.De 75 à 80, on s’est enligné sur des coproductions avec les américains.On a eu comme résultat des merdes épouvantables avec des acteurs finis et des réalisateurs de série B.Notre industrie s’est retrouvée à terre.Le contexte n’avait rien d’inspirant.Moi je suis un cinéaste professionnel, quelqu’un qui gagne sa vie.Si on me de- Sulte à la page D-12 La renaissance de Vempire québécois NATHALIE PETROWSKI ROBERT LÉVESQUE LE QUÉBEC est soumis, depuis quelques étés, agréablement faut-il le dire, à une « festivité aiguë » qui, pour être ou se vouloir « internationale » (mais le monde le sait-il ?), n’en est pas moins bien portante.D’où vient-il que les foules, qui boudent en hiver nos théâtres et nos cinémas, nos galeries et nos troupes de mime ou de marionnettes, sortent par rangs serrés et continus pour envahir le moindre lieu, sacré « international », de la montréalaise rue Saint-Denis ou de la québécoise place d’Youville ?Ressac de l’âge nationaliste trop longtemps poursuivi comme une adolescence refermée, désir d’ouvrir les fenêtres à tout venant, retard à rattraper comme jeunesse à retrouver, vengeance sur un vieil immobilisme, on ne sait, mais soudain, depuis le référendum sans doute, ô mauvais souvenir qui nous pousse à la fuite en avant, le Québec sera international ou il ne sera pas.Ce sera bientôt la « première biennalè internationale d’émail de Laval» (c’est vrai !), mais hier, soyons sérieux, dans la Vieille Capitale, les personnages ultra-français et trans-nationaux de Molière, ces « femmes savantes » qui sont au théâtre ce que le raisin est au vin, se sont avancées — sur la scène et sous la tente du Bois-de-Coulonge — çour refaire les trois coups du théâtre.À Québec, en effet, depuis hier soir, c’est le monde qui est au grand rendez-vous, le second en trois ans, de la Quinzaine internationale de théâtre.Et là, c’est vrai.International, théâtralement parlant, comme pas un depuis que le théâtre se pratique en Nouvelle-France.Johannesburg, Londres, Bruxelles, Edmonton, Barcelone, San Francisco, Amsterdam, Séville, Poona, Stockholm, Varsovie, Cagliari, Tel-Aviv, Genève, Saint-John’s, Toronto, toutes villes, toutes nations, dont on verra les formes et entendra les paroles théâtrales durant quinze jours d’exception.Lors de la première édition de cette Quinzaine théâtrale de Québec, en juin 1984, la valeur de représentation (internationale) et la qualité de la sélection (hormis peut-être la canadienne, mais d’ici n’aurons-nous toujours pas une vision fratricide de ceux qui, diffé- Suite à la page C-7 Peter Stormare et Marie Goran-zon dans Mademoiselle Julie de Strindberg, mis en scène par Ingmar Bergman.À droite : Wild Child, de Félix Mirbt et Don Bou-zek (Toronto), et Stoeprand, du studio Hinderik (Amsterdam).APERÇUS cette semaine dans un restaurant, trois cinéastes québécois en train de comploter.Leurs propos pour une fois n’allaient pas dans le sens des tristes litanies de la décennie passée.On ne parle plus de crise, de creux, de stagnation, de désabusement généralisé.On parle plutôt de renaissance et du fait que tout va tellement bien qu’il ne faut rien, absolument rien changer.Assis autour de la table, lieu par excellence où il con- Denys Arcand.AmorosA BORÉAL/ Fiction C-2 ¦ Le Devoir, samedi 31 mai 1986 LE DEVOIR CULTUREL LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND LITTÉRATURE Patricia Highsmith, Une créature de rêve, Boréal, 320 pages.Une femme que tout le monde désire, homme ou femme.Une femme qui vole la vedette partout où elle va.Une femme qu'on admire.Finalement, une femme qu'on tue .Tout cela se passe dans le Greenwich Village, à New York, au milieu d'une mare de drogue et de sexe.Auguste Anglès, André Gide et le premier groupe de la Nouvelle Revue française.L’âge critique, 1911-1912, Gallimard, coil.« Bibliothèque des idées », 620 pages.L’auteur, mort en 1983, nous a laissé une imposante masse de travaux de toutes sortes sur les débuts de la NRF.Ce deuxième volume, d'une série qui devait en comprendre trois, relate avec maints détails les événements auxquels devaient faire face les Copeau, Rivière, Ghéon, Suarès et plusieurs autres.L’Écrivain et l'espace, communications de la 12e Rencontre québécoise internationale des écrivains, l'Hexagone, 190 pages.Ce thème très large, « l’écrivain et l’espace », pouvait inspirer un bon nombre d'images.Ce que n’ont pas manqué de faire ressortir les 16 écrivains qui présentaient des communications dans le cadre de la 12e Rencontre des écrivains, tenue à Québec du 27 avril au 1er mai 1984.Pour le lecteur, c'est l'occasion idéale de voir comment l'écrivain se perçoit dans ce grand miroir qu’est l’espace .ENTRETIEN Mllosz par Mllosz, entretiens de Czeslaw Milosz avec Ewa Czarnecka et Alek-sander Fiut, Fayard, 340 pages.Né en Lituanie en 1911, Milosz s'exile en France en 1951.Dix ans après, il s'installe aux États-Unis où il enseigne à l’Université de Californie (Berkeley).Il obtient le prix Nobel de littérature en 1980.Ces entretiens, amalgame de deux ouvrages remaniés et condensés, sont divisés en trois parties.La première traite de sa vie, la seconde de son oeuvre et la troisième de sa pensée.Julien Hervier, Entretiens avec Ernst J&nger, Gallimard, coll.« Arcades », 162 pages.Pour son 90e anniversaire, on a demandé à l’austère Ernst Jünger de se livrer en public.Ce qu'il fait dtf bonne grâce tout au long de ces entretiens.Le grand germaniste nous raconte sa vie, son oeuvre et son rapport au monde sans jamais compliquer les choses inutilement.Une excellente introduction à la pensée de l’auteur de Sur les falaises de marbre.SPIRITUALITÉ Joseph P.Ghougassian, L’Envol de l'esprit, éditions de Mortagne, 288 pages.Expliciter l'oeuvre de Gibran est un véritable tour de force.En effet, comment théoriser ce qui se présente d'emblée comme une pensée non-systématique ?C'est pourtant ce que tente l'auteur de cet ouvrage, en nous expliquant les relations entre la vie et l’oeuvre de l’auteur du Prophète.SCANDALE Alphonse Boudard, La Fermeture, Robert Laffont, 346 pages.La loi du 13 avril 1946 interdisait les maisons closes en France.L'instigatrice de cette loi, par ses protestations, déclarations et démarches, s'appelait Marthe Richard, espionne nationale de la guerre de 14-18.Elle sera couronnée plus tard de la Légion d'honneur.En se penchant sur sa biographie, Alphonse Boudard découvre des parties cachées pas très roses .de quoi renverser notre perception de l’héroïne .Alphonse Boudard ls lit; (te-, •'.tase* fermeture LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER La littérature et la télévision — Même s’il se publie au Québec plus de 1,000 titres littéraires par année, nos télévisions d’État continuent de bouder ce secteur qui est, en fait, au coeur de nos industries culturelles.En effet, qu’est-ce qu’une culture sans sa littérature ?Cette question, les directeurs des programmes des télévisions de Radio-Canada et Radio-Québec ne savent pas y répondre.Seul le réseau Quatre-Saisons semble intéressé par la littérature.On songe, en effet, à présenter une émission analogue à Apostrophes, qui fait la fortune de Bernard Pivot en France et qui est aussi très populaire au Québec (à l’antenne de TVFQ).Si le nouveau réseau privé de télévision met à son horaire une émission littéraire, Quatre-Saisons damera facilement le pion aux deux réseaux d’État.En effet, Radio-Canada ne remet même pas à l’affiche avant décembre prochain son magazine culturel En tête, où Denise Bombardier donnait sa part à la littérature.Quant à Radio-Québec, il n’y est pas encore question de présenter l’automne prochain une émission littéraire.Seule la station Télé-Métropole continue de s’intéresser au livre avec la chronique de Christiane Charette au magazine culturel Bon Dimanche animé par l’excellente Reine Malo.Peut-etre verrons-nous aussi apparaître quelques auteurs à l’antenne de Radio-Canada à rémission Télex-Arts animée par Winston McQuade et désormais placée dans le bloc d’information de Radio-Canada, mais avec de bien petits moyens pour traiter de l’information culturelle.?Prix France-Québec — Le prix France-Québec - Jean-Hamelin 1986 a été attribué, à Paris, à deux romancières : Dominique Blondeau, pour L’Homme foudroyé chez Québec/ Amérique, et Francine Ouellette, pour Au nom du père et du fils et du sorcier, paru aux éditions La Presse.?Prix John-Glassco 1985 — Le prix de traduction John-Glassco est allé à Carole Noël, de Québec, qui a traduit du russe le recueil de nouvelles d’Olga Boutenko, On n’en meurt pas, paru aux éditions du Beffroi.Ce prix de l’Association des traducteurs littéraires, attribué pour une première traduction, vaut 5 500 à la lauréate.?Prix pour illustrateurs — Les trois bourses du concours Communica-tion-Jeunesse/Culinar pour la découverte de talents dans le domaine de l’illustration de livres pour enfants ont été décernées, cette année, à François Caumartin, Jean Hudon et Alain Provost.Le jury était présidé par Daniel Pinard, journaliste et critique d’art.?* ?Prix de la Liberté — Le prix de la Liberté, qui honore chaque année un écrivain étranger dans le domaine de la défense des droits de l’Homme et de la liberté d’expression, a été attribué, à Paris, au romancier romain Bujor Nedelcovici, vivant en Roumanie, et à l’écrivain polonais en exil Gustaw Herling, résidant en Italie.Nedelcovici reçoit le prix pour son roman Le Second Messager (Albin-Michel), ouvrage demeuré inédit en Roumanie où la situation de cet intellectuel est jugée « précaire » dans les milieux littéraires parisiens.Quant à Gustaw Herling, il est primé pour Un monde à part (Denoël), un roman déjà couronné par le prix Gutenberg et préfacé par Jorge Semprùn (scénariste du film Z).Le jury du prix de la Liberté, placé sous le patronage du Pen-Club français, était présidé par Eugène Ionesco (d’origine roumaine) et réunissait Georges-Emmanuel Clancier, Emmanuel Leroy Ladurie, André Lwoff, Dimitri Sto-lypine et René Tavernier.• ?À l’Association des éditeurs — Le président actuel de l’Association des éditeurs canadiens (AÉÇ), Yves Dubé (Leméac), «doit prendre congé pour raisons de santé », dixit DEUX GRAND LIVRES ARABES NAIM KATTAN * La Geste hilalienne, version de Bu Thadi, recueillie, établie et traduite de l’arabe par Lucienne Saada, Gallimard.?Gamal Ghitany, Zaini Barakat, traduit de l'arabe par Jean-François Fourcade, éditions du Seuil.Lucienne saada est partie à la recherche de quelques informations inédites sur le langage des brigands et des voleurs du sud tunisien et elle est tombée sur un trésor.Elle fit la connaissance de Hsini, qui lui transmit oralement la Geste hilalienne qui raconte la migration d’une tribu du Najd dans le désert d’Arabie jusqu’à l’Afrique du Nord.Cette longue marche qui eut lieu au Xle siècle s’est inscrite dans les mémoires bédouines.Extraordinaire travail de Lucienne Saada qui inscrit désormais l’épopée orale dans la littérature universelle.Certes, l’écriture la transforme et la modifie.Le poète récitant ne fait pas que transmettre un texte appris.Comme dans la Bible, l’événement n’est pas historique ni une anecdote qui s’est déroulée dans un passé indiqué par une chronologie.Le poète récitant apprend la poésie pour la revivre : elle est sienne.Et les événements qu’il raconte ne se déroulent pas dans un temps mémorial : ils sont d’aujourd’hui.Il y a plusieurs manières d’aborder ce livre monument.Il y a d’abord le document.Élément superficiel et anecdotique : la tribu des banou hilal a véritablement existé.Les luttes tribales ont eu heu : suite de traîtrises, d’assassinats et de vengeances.Le deuxième élément noùs mènerait un peu plus loin.Issues du désert, les tribus échappent à une nature hostile.Elles partent pour survivre et tout le long de leurs pérégrinations elles s’inventent.Ces nomades sont les auteurs de leur pro- -\ LE DEVOIR CULTUREL pre existence.Ils construisent l’histoire.Mais celle-ci finit par être dérisoire et, de toute façon, elle leur échappe.Il y a aussi un autre élément dans ce récit qui fait sa richesse et sa valeur.C’est l’histoire d’une tribu qui est, en fait, l’histoire de toutes les tribus, c’est-à-dire l’histoire de n’importe quel peuple.Et cette histoire ne peut être racontée qu’en faisant appel à toutes les diversités de la littérature.Les poèmes alternent avec la prose et l’on passe de la description au chant, de la lamentation à l’éloge.Dans sa préface, Jean Grosjean a bien raison de dire : « Il y a à nos portes des peuples que nous croyons connaître.Ils ont vu naître les cités : ils en savent le remède.Ils réveillent sous nos habitudes cette mobilité de l’âme qui a fait dire que le fils d’homme n’a pas où reposer la tête.» ?Gamal Ghitany est l’un des romanciers égyptiens contemporains les plus importants.Son roman Zaini Barakat retrace un épisode historique.Nous sommes dans la ville du Caire au début du XVIe siècle.Un sultan règne et nomme les subalternes.La charge du censeur est confiée à un homme mystérieux, Zaini Barakat.La ville est rongée par la corruption et un homme, Zakaria, grand maître de la police, règne d’une main de fer.Ses espions sont partout.Il arrête selon son bon plaisir qui il veut, l’expédie dans ses geôles ou le fait assassiner.Un espoir se lève avec l’arrivée de Zaini, homme intègre qui choisit la pauvreté et qui pourchasse les prévaricateurs.Dans l’ombre, d’autres forces agissent.Un chef spirituel, Abou Sooud, retiré dans le désert et entouré de disciples, exerce une grande influence sur nombre de jeunes dont les étudiants de l’université islamique Al-azhar.Parmi eux, un jeune, Said; ce dernier est un grand admirateur de Zaini.Or celui-ci installe son pouvoir.Son vrai visage se révèle petit à petit.Il est plus corrompu que tous les autres, sauf que ses méthodes sont plus subtiles.Il commence par piéger le chef de la police.Il lui fait croire qu’il dispose lui-même d’une armée d’espions, ce qui est un leurre.Zakaria, ce chef de police est tout disposé à s’allier au nouveau maître.Plus, à se mettre à son service.Ce qu’il fait.Et le policier honni est décrit par le nou- veau chef comme ennemi de la corruption.Comme tous les démagogues, Zaini réussit d’abord à corrompre la langue, à donner aux mots un sens ambigu qui lui permet de les utiliser selon son gré, en toute liberté.Le jeune Said se rend compte que le nouveau maître est plus oppresseur que tous ses prédécesseurs.11 dit tout haut sa révolte et le voilà arrêté; quand, quelques années plus tard, il sort de prison, il est brise, se croit cerné par des espions et des mouchards.Gamal Ghitany resitue la vie d’une époque mais il fait plus.Le Caire du XVIe siècle qu’il évoque ressemble étrangement à de multiples autres villes et pays d’aujourd’hui.Il décrit avec précision et minutie le mécanisme d’une prise de pouvoir, de l’abus de pouvoir, de l’oppression et de la démagogie.Les Zaini et les Zakaria pullulent.Nous les voyons agir et nous nous sentons impuissants devant cette force brutale qui soulève les espoirs pour les mieux brimer.Ce roman a la puissance d’une al légorie et la rigueur d’un document historique.Mais il est d’abord un grand roman.ESSS1 l'.rfilland 258 pages $28.95 En dépit des glaces et des blocs politiques, la révélation d'un monde nordique plein de chaleur.de diversités et de richesses.Vient de paraître chez PAYOT PRISMES CRITIQUE DE LA CULTURE ET SOCIÉTÉ THEODOR W.ADORNO Critique de la politique ' 247 pages $31,50 Une des meilleures entrées pour aborder l’oeuvre d'Adorno, tout son univers étant présent dans ce livre.Le langage '.et la vie humaine -M.uirit sst vS tir* rfc HUMOUR tp* ACTION = VACANCES PAS BÊTES! COMMENT FAIRE L’AMOUR AVEC UN NÈGRE SANS SE FATIGUER de Dany Laferrière Un roman rempli d'humour pour un été chaud à Montréal ou ailleurs.La vie, l’amour, le jazz à cent à l’heure! Profond et drôle à la fois.156 pages —12,95$ VLB ÉDITEUR PROGRAMMEURS A GAGES de Jacques Bissonnette Un véritable thriller écrit par un spécialiste de la sécurité informatique, et qui nous entraîne de Los Angeles a Montréal, Toronto et Détroit.282 pages _ 14 95$ la petite maison 9 de la arande littérature PROGRAMMEURS À GAGES thriller Jacques Btusonnette » LE DEVOIR CULTUREL Le Devoir, samedi 31 mai 1986 ¦ C-3 LE FEUILLETON Le renard et les corbeaux LISETTE MORIN ?Anthony Hyde, Red Fox, Le Seuil, 411 pages.APRÈS AVOIR lu, comme sans doute l’auront fait la plupart des lecteurs du magazine L’Actualité (mai 1986), le reportage de Paul Morisset, intitulé : « Comment gagner un million.en étant un écrivain inconnu d’Ottawa », je demeurais sceptique.Bien davantage convaincue que cette success story était celle de Lucinda Vardey, agent littéraire pleine de flair, et non pas celle de Anthony Hyde, auteur d’un murder appelé Red Fox.Poussée par la curiosité professionnelle, j’ai néanmoins ouvert, dans la même semaine, ce roman qui a fait de l’auteur, en moins d’un an, un millionnaire en dollars US pour une large part du pécule.Et s’il fait l’objet du feuilleton de littérature étrangère, c’est qu’il me paraît difficile de le ranger sous l’étiquette de la littérature canadienne.Les traducteurs français Françoise et Guy Casaril ne s’y sont pas trompés qui précisent, sous le titre, que Red Fox est « traduit de l’anglais (canadien) », alors qu’ils auraient tout aussi bien pu ajouter américain.S’il me paraît aussi urgent de lui consacrer un papier, c’est qu’il s’agit d’un authentique chef-d’œuvre.Entendez bien : non pas dans son genre — le roman d’espionnage, le thriller— mais chef-d’oeuvre toutes catégories comprises.Il faut pourtant commencer par le commencement.Ainsi que tous les préambules réussis, depuis le célèbre « Longtemps je me suis couché de bonne heure » de Marcel Proust, Red Fox s’ouvre sur un paragraphe qu’on ne pourra plus oublier : « J’allais apprendre que tous les vrais secrets sont enterrés et que seuls des fantômes disent la vérité.Il est donc à propos que même pour moi {Robert Thorne, héros et narrateur du roman) tout ait commencé dans un cimetière, au milieu de mystères, de souvenirs et de mensonges.» C’est peu de dire que « mystères, souvenirs et mensonges » composent la trame même de Red Fox.En répondant à l’appel angoissé de son ex-fiancée, en quittant sa paisible demeure de Charlottesville, en Virginie, pour Toronto, en Ontario, Thome nage déjà en plein mystère.Et, tout au long des 400 pages qui suivent, nous nagerons a sa suite dans un océan de souvenirs et une mer de mensonges.L’appât, puisqu’il faut l’appeler ainsi dans le sombre traquenard où ce journaliste à la retraite se trouve entraîné, est une jeune — enfin.plus très jeune — femme dans la quarantaine, qui s’appelle May Brightman et dont le père adoptif, richissime importateur de fourrures, a disparu sans laisser de traces.Parce qu’il a perdu son père dans des circonstances tragiques et jamais élucidées (un suicide, dans le sentier d’un pavillon de chasse à Harrisburg, Pennsylvanie), Thorne s’embarque à fond dans la recherche du disparu.Une enquête passionnante qui va le conduire de Toronto à Halifax, puis à Détroit et Windsor, villes jumelles mais séparées par une frontière, ensuite à Paris et finalement à Leningrad, pour aboutir dans un village perdu où l’attend un vieux Russe qui lui apportera peut-être la clef de l’énigme.Voilà pour une sorte de résumé de Red Fox.Et je me sentirais profondément coupable d’ajouter le moindre indice à ces quelques indications.Le roman de Anthony Hyde, l’ai-je assez bien annoncé ?est un faux polar.Mené à un train d’enfer, sans doute, passionnant de la première à la dernière page, que dis-je ! à la dernière ligne, une énigme nouvelle en soi, ce livre, grâce à l’exceptionnelle maîtrise de l’auteur, dont on nous assure qu’il est un débutant, est une véritable « initiation » aux villes, aux paysages, aux régions que traversent le héros et les personnages qu’il pourchasse dans le but de leur arracher leur secret.Mais ce n’est pas un véritable roman d’espionnage.Tout au long de ses dangereuses explorations au pays des espions soviétiques, des gens de la KGB et de la CIA, Robert Thorne n’oublie jamais la couleur du temps.La pluie et la neige sont ses éléments favoris et ses souvenirs de lectures, sa formation d’historien le servent admirablement.Tout cela sans pédanterie, sans aucun des tics des romanciers actuels qui « font » dans le roman historique.C’est avec l’oeil du reporter que Thome dessine en quelques traits les hommes et les femmes que sa chasse opiniâtre l’oblige à rencontrer, à questionner, à menacer et même, pourquoi pas ?à tromper sinon à circonvenir.Et c’est à cela, surtout, qu’on reconnaît la patte de l’écrivain authentique.Le temps ni le métier ne font rien à l’affaire.Anthony Hyde a le don de la vie.Mais surtout celui de la faire « voir », de la faire sentir aux lecteurs.D’une journaliste du Globe & Mail, il écrira par exemple : « Eileen Rogers incarnait le type même de la journaliste jeune, coriace et ambitieuse qui s’est frayé un chemin à la force du poignet, de la page féminine aux nouvelles politiques, et qui commence à scruter l’horizon au-delà.» Sa course éperdue d’un pays et d’un continent à l’autre n’empêche pas son héros de noter les qualités, les défauts des autochtones, leur environnement naturel ou artificiel.Les odeurs — toutes sortes de fragrances, les plus et les moins agréables — sont également partie intégrante de sa perspicacité.C’est son art de « sentir » qui permet à ce très curieux agent secret de reconnaître le danger.Empruntant une belle voiture, celle de Brightman — une Jaguar, Mark VII, 1955 — Thome la humera en connaisseur : « Mon nez s’emplit de senteurs de cuir, de cirage et de cire — l’arôme dense et fruité d’une voiture de riche.» Mais, avec la même minutieuse attention, il décrira (page 199, c’est en partie l’explication du titre), après avoir décelé une odeur musquée, dont il ne pouvait préciser la nature, le vieux Bern, ami autrefois de Brightman, qu’on a torturé de la plus hideuse façon : l’ayant ligoté sur une chaise, on lui a posé sur la tête « comme un sac, la tête et les épaules d’un renard; un renard blanc dont les babines se retroussaient en un rictus d’agonie ».On aura compris que si je m’attarde aux détails, c’est pour ne rien révéler de ce qui fait l’extraordinaire qualité d’invention de Anthony Hyde.S’il n’abandonne jamais son droit de regard critique, allant même, attablé dans un établissement de la ville française de Meaux, jusqu’à « profiter d’une heure de sociologie française », le bar étant fréquenté par « les Meldois », cet auteur de thriller est AUSSI un vrai romancier d’analyse.Mais Red Fox, il faut le rappeler, ne démérite en rien des classiques consacrés, de ceux que l’on doit notamment à John LeCarré.Mais avec ce quelque chose en plus qui devrait envoûter les lecteurs d’ici et que l’on pourrait définir comme « le don de fraternité » des Canadiens.Un grand roman ! Vient de paraître chez Fayard Caligula Daniel Nony Biographie Caligula n’a vécu que pour justifier l'aphorisme selon lequel le pouvoir corrompt absolument.Il fut un despote jouisseur, sanguinaire et fou à lier.Il prétendit un jour faire son cheval consul! mm CALIGULA Daniel Nore',» En vente chez votre libraire Quand les hommes parlent d’amour.LETTRES QUEBECOISES STÉPHANE LÉPINE ?Daniel Gagnon, Le Péril amoureux, VLB éditeur, 1986,138 pages.?Jean-Paul Daoust, Les Garçons magiques, VLB éditeur, 1986,160 pages.SI L’ON ouvre le recueil de nouvelles de Daniel Gagnon au hasard, sans se soucier de son titre, on risque bien de se fâcher avec lui dès le premier contact.C’est un violent, un poétique, Gagnon : le genre à parler d’amour avec la délicatesse d’un Rambo de l’écriture, à dévoiler crûment ses fantasmes ou à faire dire à une femme : « Je me laisserai tuer sans me défendre ».Daniel Gagnon est un enchanteur : il montre des images fortes, il décrit des scènes cruelles et passionnées.En 15 ans, il a laissé quatre romans qui sont pratiquement passés inaperçus.Mais on voit bien, en lisant Le Péril amoureux, que cet écrivain exigeant et solitaire n’est pas du tout satisfait de la üttérature amoureuse, ni des mots, ni de l’amour, ni des relations qu’entretiennent normalement un homme et une femme.Il y a chez lui un désir d’expression totale et forcenée.Il lui faudrait des couleurs infernales, des orages, des passions et des déchaînements.Il n’a rien de tout ça.Il s’en irrite, s’enflamme, méprise les amours tièdes et bourgeoises et se débat en obsédé, en maniaque, contre les démons de ses rêves d’amours perdues.Curieux caractère, bien inhabituel, éloigné de l’homme post-féministe et qui s’acharne à meurtrir le langage et à dépecer les règles.Cela donne des textes incisifs, une prose qui, comme chez Henri Michaux, se fait elliptique, lapidaire, forcée, facilement violente et reconnaissable dès les premières lignes.Dans les 10 nouvelles réunies ici, le lecteur assistera à autant de noces barbares et tendres, périlleuses et osées, écrites avec une violence et une précision remarquables.Le thème conducteur ?L’amour, bien sûr, mais l’amour vécu sur la corde raide, parfois au péril de sa vie.Trapézistes qui s’unissent corps et âmes en un ballet aérien où se jouent la confiance et l’abandon, l’amour et le hasard; avaleuse d’épée et dentiste qui parviennent à une parfaite communion, participent à une expérience extatique qui frôle le mysticisme; noyée et pompier célébrant des noces d’eau; femme solitaire s’abandonnant pleinement à ses fantasmes : les couples et les corps s’unissent et se défont, s’accrochent les uns aux autres et s’élancent dans le vide.Les « âmes volent l’une vers l’autre dans l’espoir de se rencontrer ».La rencontre, dans ces nouvelles, est toujours éprouvante.Après un marivaudage où le Divin Marquis semble avoir laissé sa trace, le ton change et, au moment où survient l’extase, où l’accouplement a lieu, la mort survient.Mort et sexualité sont ici intimement liées.L’amour n’est Eas enfant de bohème mais bien de ourreau.Les hommes sont le plus souvent des bêtes fauves, des violeurs, des batteurs de femmes puissants et redoutables.Et les femmes sont à la merci de leur désir.Dans ce climat de violence et de cruauté, les enfants développent un dégoût pour LIVRES RECENT ET ANCIENS Achat et vente la plu* grande librairie V/îÇ: OUVERT 7 JOURS JUSQU À 21 HEURES Librairie Champigny me 4474.rue Samt-Denis Montreal (Que ) 844 2587 I riiampisny UN JOUR OU L AUTRE 9 i La maison de mica atelier d'écriture animé par Yolande Villemaire samedi et dimanche les 7 et 8 juin delOa.m.à 6 p.m.et mardi le 10 juin de 7.30 p.m.à 10.30 p.m.coût; $150.00 pour renseignements; 521-4301 Le péril amoureux * P P S# Céî à tout ce qui a trait à la sexualité, les « corps boursouflés et blancs dans leurs infects ébats sans passion, dans leur pourriture, l’un sur l’autre acoquines ridiculement ».Comme chez Ducharme, les enfants ne veulent pas vieillir.Ils en viennent à souhaiter la mort de celle qui les a mis au monde, qui les a projetés dans ce monde marqué par le mal et un in1 déracinable sentiment de mortalité.« Soupirez, gémissez.abîmez vous, brûlez de douleur, expérimen- \ Photo Michel Lemieux Jean-Paul Daoust.tez l’amour, le bien des biens.» Tel est le premier commandement de Dionysos qui, ici, gouverne les êtres et les passions.Ainsi, adultes animés d’une sensualité sauvage et barbare, enfants effrayés et dégoûtés vont, déchirés; torturés, mal aimés, se cogner au monde avec la complicité hostile qu’ils entretiennent les uns pour les autres.Dans ce paysage très sombre, il n’y a que la mort pour résoudre tous les conflits, tous les émois.Le Péril amoureux rassemble des nouvelles fascinantes et fascinées.Daniel Gagnon se promène dans un monde de fantasmes, terriblement humain, capable, tout de front, d’insoutenables douceurs et de cruelles violences.Certains passages sont époustouflants.Mises à part cette volonté de maintenir un paroxysme permanent (ce qu’il ne réussit pas à faire toujours) et une certaine complaisance qui le porte à trop souligner certains effets, le recueil de Gagnon est un livre superbement accompli, dans sa violence et sa poésie.?Avec Portrait d’intérieur et Poè- mes de Babylone, Jean-Paul Daoust pouvait donner l’illusion d’être véritablement un écrivain et certains m’ont dit (mais je ne l’ai pas lu) que Dimanche après-midi était un recueil intéressant.Quoi qu’il en soit, aujourd’hui, avec Les Garçons magiques, Jean-Paul Daoust démontre, une fois pour toutes, qu’il y a erreur sur la personne.Comme il sait soigner son image, qu’il est un exemple de marketing littéraire et qu’il fréquente une petite pègre où les écrivains se lisent et se protègent entre eux, on a pu croire pendant un certain temps que Daoust était un auteur important mais il n’est en fait qu’un parasite.Accroché à des auteurs comme Yolande Villemaire, Anne-Marie Alonzo ou André Roy, Jean-Paul Daoust marche dans leurs pas, reproduit leur écriture, leur emprunte idées, thèmes et formes, mais si, par malheur, ces hôtes disparaissaient, Daoust serait gobé comme un moucheron.Car il n’a strictement rien à dire.Au carrefour de tous les mouvements de mode, son oeuvre ne repose que sur la séduction et l’artifice, s’élabore à même le travail des autres et n’a rien de singulier à offrir.Ainsi, l’Égypte de Daoust, inspirée d’Anne-Marie Alpnzo, se résume à des pyramides de pacotille et à des citations mal intégrées; comme Villemaire, il veut faire cohabiter les genres, les mythes et les fictions mais il n’en maîtrise aucun : alors cela donne un patchwork indigeste; d’André Roy, on le sait, il reprend l’équation texte/sexe et l’idée d’une écriture du corps amoureux mais, entachés d’un romantisme d’adolescent attardé et d’un narcissisme désarmant, les textes de Daoust perdent tout intérêt.On sent bien que, derrière cette esthétique de revues de mode, derrière l’artifice, les néons et les lumières clignotantes, se profile une grande angoisse.Mais, étouffés ainsi sous les faux-semblants, la soütude et le mal d’aimer ne s’expriment jamais de façon touchante.Jean-Paul Daoust écrit dans Les Garçons magiques : « Je suis le grand hallucinateur/ Mes images/ Toutes plus fausses/ Les unes que les autres/ L’hallucinateur/ Qui enchaîne des mirages/ À vos cerveaux.» Il aurait voulu se définir qu’il n’aurait pas mieux dit.Mais il y a une question que je me pose : y a-t-il donc des lecteurs qui s’intéressent encore aux petites crises amoureuses de monsieur Daoust ?Je sais bien que le privé est à la mode mais, après 10 ouvrages qui répètent constamment la même chose («Ton corps.Que je cherche dans le mien .Ta peau .Quel miroir à mon désir »), n’ont-ils pas compris le sens profond de cette oeuvre ?.N’ont-ils pas compris que l’écriture absolument moderne de Daoust (« Dans mon écriture.De.TOI.Courbée.Sur son modèle.Palpitant.Au moindre mouvement.Tu t’affiches.Pour me bouleverser.Écrire.Des mots.Insensés.Qui choquent comme ces arts nouveaux.»), que son écriture choquante n’est qu’une vaste supercherie ?« Pour être heureux, écrit-il dans l’un de ses récits/poèmes, je pourrais dire que j’en ai mis du fard sur le vide.» Les Garçons magiques s’adresse donc aux adeptes de la vacuité.LE DEVOIR VOUS OFFRE LA QUALITÉ POUR INSÉRER UNE ANNONCE SOUS LA RUBRIQUE CARRIÈRES ET PROFESSIONS l 842-9645 RECHERCHE numèr° çptflAL IRPS • LA DEFENSE DU FŒTUS J ! par Gérard Chaouat.• LES GREFFES D'ORGANES par Jean-Paul Soulillou.ill • LES DEFENSES DE L'ESTOMAC par Jean-Jacques Bernier et Christian Florent.• LA REACTION INFLAMMATOIRE ’ par Norbert Gualde.• EMOTIONS ET IMMUNITE par Gabriel Gachelin.• LA DEFENSE CONTRE LE CHAUD ET LE FROID MAI1986 par John Bligh • LA DEFENSE DU PATRIMOINE HEREDITAIRE par Maurice Hofnung.• LA DEFENSE ANTIBACTERIENNE par Géneviève Milon et Gilles Marchai.• LES MESSAGERS DE L'IMMUNITE par Didier Fradelizi.• LA DIVERSITE DES ANTICORPS par Francois Rougeon.• LES CELLULES QUI SUPPRIMENT L’IMMUNITE par Marc Feldmann.» • COMMENT LES CELLULES COOPERENT POUR DEFENDRE L’ORGANISME par Paolo Truffa-Bachi et Claude Leclerc.• LES VACCINS MODERNES par Albert Sasson.13 GRANDS ARTICLES INEDITS.N° 177—$4.50 OFFRE SPÉCIALE D’ABONNEMENT • Un an: 36,00* Je souscris un abonnement d’un an (11 mois) à la RECHERCHE, au prix de 36,00$ Veuillez payer par chèque établi à l’ordre de Diffusion Dimédia Inc.| Nom___________________ Profession________________ Adresse-Ville __ .Code postal.n»*** do 3°*.- m (Jt""30’ Ga!!',nard leséd,n°i deP«blier rei albutn,le2 hors co**”*.’trées de 368P^S’tts- »UK 5l7d0CWSlaPléia .lûmes ^ hat)ane, des voi 70 °verl cet albUn\jbraire a P“rVOtl trois v°lurne! l'achat de gtceJuS qu’à «UOUS oeuvré À retourner accompagné de votre règlement à: Diffusion Dimédia, 539, Bout.Lebeau, Saint-Laurent H4N 1S2 ***’?¦' C°l „ue L>°ü/ *>ète ’ v,ne,LeW de»'rf%,00» 1?94 pageS’ sf S-S» 1”^ , contes, P0
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