Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (5)

Références

Le devoir, 1987-05-23, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE PLAISIR LE PL LE PL LEP LE ISTR mw IR fty^l Nos collaborateurs ont lu .- ^ Mort aurora.de V ire Ganépy/D-2 ?Écoute.Sultane, d’Anne-Marie Alonzo/D-2 ?Le Choix de Jacques Blais dans l'oeuvre de Saint-Denys Garneau/ D-2 ?Toute la terre à dévorer, d’André Vaehon/D 3 ?Tableau de jeunesse, de Dominique Drouin/D 3 ?L 'Entrée dans la modernité, de Marcel Fournier/D-3 ?Les Pieds bandés, d’Emily Prager/D-4 ?Les romans pour la jeunesse d'Alain Serres/D-4 ?Les Pays lointains, de Julien Green/D-5 ?Partie de chasse au bord de la mer.de Catherine Lépront/D-5 ?Minimum vital, de Peter Seeberg/D 5 ?Incidents, de Roland Barthes/D 5 ?L'Aventure de Miguel Littin.clandestin au Chili, de Gabriel Garcia Marquez/D 6 ?Ariane, d'Alain Souchier et Patrick Baudrv/D-6 ?.et passe la vie.Réflexions sur la mort, de Suzanne Charest et al./D-6 ?Génération.Les années de rêve, de Hervé Hamon et Patrick Rotman/D-7 ?Appel à la justice de l'État, de Pierre du Calvet/D-7 ?La Poursuite, de Dominique Blondeau/D-8 Saul Bellow, prix Nobel de littérature 1976 «Écrire, c’est chercher lame de l’individu» JEAN ROYER L?ÉCRIVAIN québécois Jacques Poulin, dans un roman qu’il a intitulé Volkswagen Blues (paru aux éditions Québec/ Amérique en 1984), nous présente un personnage sympathique du nom de Saul Bellow, né à Lachine en 1915, devenu écrivain américain puis lauréat du prix Nobel de littérature en 1976.Ce personnage, nous le rencontrons au dixième chapitre du roman, lorsque les protagonistes de Volkswagen Blues arrivent à Chicago, là où vit le grand écrivain.D’ailleurs, ce chapitre s’intitule « Al Capone, Auguste Renoir et le Prix Nobel ».Dans cette scène, comme dans le film de Woody Allen, Zelig, où il joue le rôle d’un écrivain riche et célèbre, Saul Bellow est en train de donner SAUL BELLOW : « Même la psychologie de l’individu a été entamée par les forces de la civilisation high tech.» Photo Chantal Keyser une conférence de presse.Les deux personnages de Jacques Poulin, qui se nomment Jack (comme dans Kerouac) et la Grande Sauterelle, s’approchent de Saul Bellow à qui ils expliquent qu’ils parcourent l’Amérique d’est en ouest afin de retrouver le frère de Jack (comme dans Poulin ?).Saul Bellow leur présente alors Chicago, où il vit depuis qu’il a quitté Montréal en 1924, comme la ville où cohabitent la violence, les affaires et la culture.Il leur rappelle que la ville des Vents est aussi le lieu où sont nés la gomme Wrigley’s et les hamburgers McDonald’s, à côté de musées qui proposent les oeuvres d’art de Picasso, Calder, Renoir et Chagall.Et quand Jack confie à Saul Bellow qu’il voyage à travers l’Amérique à la recherche de son frère, l’écrivain lui lance cette phrase admirable de simplicité et d’humour : « When you’re looking for your brother, you ’re looking for everybody.» Cette réplique attribuée à Saul Bellow par Jacques Poulin dans son roman est tout a fait exemplaire du personnage qui nous visitait, le jeudi 14 mai.Invité par le Conseil des relations internationales de Montréal (Corim) et par le maire de Lachine, Guy Descary, Saul Bellow renouait une fois de plus avec sa terre natale de Lachine et les rues de sa première enfance à Montréal.J’ai eu le plaisir de passer cette journée en compagnie de Saul Bellow — un homme affable pour ses amis et intraitable pour les impor tuns.Guidés parle maire Descarv, nous avons revu les lieux d’enfance de Saul Bellow : sa maison natale du 130 de la 8e avenue et les vieilles écluses du canal au bord du parc Monky.Ému et toujours familier des lieux, Saul Bellow n’était pas moins heureux de saluer le personnel de la bibliothèque de Lachine qui porte son nom depuis 1984.Devant la vitrine où sont réunis la plupart de ses livres et quelques photos de son enfance, le Prix Nobel 1976 est resté un homme simple, loin des vanités qui pourraient lui avoir fait oublier cet enfant à l’air grave debout à côté de ses parents.« J'ai perdu mes deux frères l’an dernier, nous dit l’écrivain, dans la voiture qui nous emmène.Il me reste, à Lachine, quelques cousins et ma soeur aînée vit aux États-Unis.» Ce soir, quand il adressera la parole aux membres du Conseil des relations internationales de Montréal, l’homme sera moins grave et plus souriant.Il commencera ce qu’il appelle ses « bavardages » par cette boutade qu'il affectionne : .Quand j'étais enfant à Lachine, une jeune fille de Caughnawaga traversait le pont pour venir prendre soin de moi.Quand elle me faisait manger, m'a raconté ma mère, elle mâchait bien la viande avant de me la mettre dans la bouche.C’est à cause de cela que j'ai réussi dans la vie ! » 11 racontera ensuite qu'il est né du « melting pot ».Ses parents sont venus de Russie en 1913.« Dans la vie de notre famille, dit-il, mes parents parlaient le russe entre eux.De leur côté, les enfants s’adressaient en yiddish à leurs parents, ils parlaient en anglais entre eux et le français aux autres à l’extérieur de la maison.» Dans cette société métissée de vieilles cultures européennes qui se croisaient à Lachine sur les chantiers de la Dominion Bridge (les ouvriers étaient ukrainiens, russes, hongrois, grecs, siciliens.), Saul Bellow a appris le monde comme une société cosmopolite : « Je ne savais pas quelle langue je parlais, dit-il.Je ne faisais pas de distinction.Je disais seulement les mots appropriés à ceux à qui je m’adressais.J’étais confiant en qui j’étais.C’est ainsi que Suite à la page D-8 François Mitterrand, écrivain «.dans la grande tradition française des moralistes.» GENEVIÈVE DE LA TOUR FONDUE-SMITH collaboration spéciale LES HOMMES d’État ont la passion d’écrire, parce que, pour eux, de tous les pouvoirs du monde, le plus précieux est celui de l’esprit sur des esprits, que la magie du livre exerce et prolonge bien au-delà de l’éphémère de la parole publique ou de l’image télévisée.Dans le creuset du livre, se retrouvent ce qui tient à l’essence de l’homme et ce qui vient de l’instant.Le spontané et le réfléchi, le néces- -*• - ' 'f"'"’ -.*«*** saire et l’arbitraire.Une alchimie que seul le tête-à-tête profondément solitaire avec soi-même leur permet d’opérer.Ainsi, chacun à leur manière, les quatre présidents de la Ve République française sont des écrivains.De Gaulle, dès les années 30, forçait déjà l’attention de la classe politique d’avant-guerre en publiant successivement Le Fil de l’épée, Vers l’armée de métier et La France et son armée.Puis quatre ans d’épopée lui ouvrirent les portes de l’Histoire et l’accès à une souveraineté politique qu’il sublimera à travers les différents tomes de ses Mémoires d’un verbe inspiré, incandescent et somptueux.Georges Pompidou, qui fut le seul avec Malraux à lire sur manuscrit les trois tomes des Mémoires de guerre du général, avant d’en choisir lui-même l’éditeur, délaissa ces sommets vertigineux pour une oeuvre de dissertation normalienne : un Bri-lannicus commenté et une Anthologie de la poésie française dont le conservatisme étonne chez celui que motivait un tout autre univers : « Aujourd’hui encore, les grands peintres abstraits ont pour moi une puissance de rêverie, de poésie incomparable : Delaunay, Kupka, Staël, Klee.» Valéry Giscard d’Estaing, issu de cette Auvergne genèse de la France, a entrepris, dans Démocratie française, L’Etat de la France, Deux Français sur trois, un plaidoyer pour le libéralisme à conscience sociale et prôné « un débat ouvert pour une société moderne».Et voici François Mitterrand, si différent de ses trois prédécesseurs et rivaux, en ce sens que, pour lui, le livre n’est pas un testament à la nation ou un incident de carrière, mais le battement de coeur quotidien de la vie au rythme de l’ascension vers le pouvoir.Certes, il se retrouvera dans son miroir politique en constante référence avec eux au fil des années et Bertrand Poirot-Delpech, Le Monde dans le libre tracé de sa dissidence, exerçant à leur endroit, par l’action et l’écriture, et face aux mêmes évé-nemnts, ce que Paul Valéry nomme si bien « la puissance de dissentiment historique ».« Deux hommes devant des millions d’hommes, écrit Mitterrand au sujet d’un débat télévisé, deux visages d’ombre et de lumière, deux regards qui se croisent sans plus se rencontrer, deux voix qui parlent de deux mondes, écho de deux présents, promesse de deux futurs.» D’où cet engagement privilégié de l’écriture qui s’exprime tour a tour caustique ou lyrique dans une douzaine de livres, dont certains au titre tellement évocateur : Le Coup d’État permanent, La Chine au défi, Ma part de vérité, La Rose au poing, Politique II et deux des rares ouvrages que l’on puisse trouver en librairie à Montréal : La Paille et le Grain (1975), L'Abeille et l'Architecte (1978) dont j’ai extrait les textes.Engagement de journaliste aussi : directeur politique du journal Le Courrier de la Nièvre, articles au Monde et à diverses revues, collaborateur régulier de L’Unité à qui, dit-il, il donne son texte hebdomadaire « en catastrophe » pris dans l'engrenage d’innombrables déplacements en France et à l’étranger.N’ignorant rien non plus des contraintes techniques du livre, ayant été président-directeur général, de 1945 à 1957, de la Société d’éditions modernes parisiennes, éditions du Rond-Point.À l’origine de ce bonheur d’écrire et d’une culture fulgurante : un de FRANÇOIS MITTERRAND en état d'écriture.À gauche : la basilique de la Madeleine et les arcades de la maison romane, à Vézelay (Yonne).ces merveilleux greniers des vieilles maisons de province française rempli d’oeuvres d’auteurs oubliés, que l’enfant Mitterrand lisait, étalé sur le plancher de bois, où flottait une « qualité de poussière qui ne ressemble à aucune autre — et nourrie de littérature ».Cette fascination du livre ne le quittera jamais.« Nous nous arrêtons devant chaque librairie.Au sortir de cette campagne électorale, j’ai l'impression d’une découverte perpétuelle.Tout livre en vitrine excite mon appétit, un formidable appétit de lettres, de signes, de titres, de typographie .» Chaque voyage en avion s’accompagne d’un livre souvent annoté, repris parfois beaucoup plus tard, discuté ou commenté, surtout s’il en connaît personnellement l’auteur.En fait, qu’ils soient français ou étrangers, François Mitterrand les a tous rencontrés, ces écrivains majeurs de notre époque, de Malraux Suite à la page D-8 Réjean Bonenfant Louis Jacob Les Trains d’exils REJEAN BONENFANT / LOUIS JACOB INSId’EXILS I es Trams d exils met en scène quatre personnages de différentes nationalités, deux hommes et deux femmes dont les destins se croiseront en Europe d la fin de la Libération.1 ,es Un regard émouvant et optimiste sur la condition humaine.Un roman écrit à un train d’enfer où triomphent la vie et l’amour.Un roman québécois dont l’action soutenue se passe hors frontières, un best-seller en puissance qu’il faut lire l’Hexagone ROMAN COLLECTION FICTIONS DIFFUSION QUÉBEC LIVRES D-2 Le Devoir, samedi 23 mai 1987 LE PL A .SIR /](>< LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres LA VIE LITTERAIRE JEAN ROYER Les vrais « professionnels de la langue » - A L’UNION des écrivains québécois, on s’est préparé pour se faire entendre à la commission parlementaire chargée d’étudier l’entente constitutionnelle.Les écrivains témoignaient hier en tant que « vrais professionnels de la langue », comme les a nommés Léon Dion.L’Union des écrivains québécois a présenté un mémoire d’une dizaine de pages sur l'avenir de la langue au Québec.Le document est signé par Hélène Pelletier-Baillargeon, Yves Beauchemin, Bruno Roy, Michel Gay et Gaston Miron.Il s’intitule : « Constitution : le gouvernement du Québec doit cesser de jouer avec les mots ».En sous-titre, on lit : « Cette société distincte est un leurre ».Cette chronique n’est pas le lieu où l’on peut résumer un tel document mais on peut en donner un aperçu en citant les inter-titres qui baüsent le mémoire de l’Union des écrivains.On peut donc lire, en tête des différents chapitres du mémoire : « Nous dénonçons la précipitation antidémocratique du gouvernement » ; « Les citoyens du Québec ne méritaient pas d’être associes à cette démarche » ; « L’absence de texte : une insulte faite à l’intelligence de nos compatriotes » ; « Société distincte : pourquoi les mots de langue et de culture sont-ils absents de cette définition ?» ; « Le bilinguisme des institutions est l’antichambre de l’assimilation » ; « Identifier la minorité anglaise du Québec aux minorités françaises du Canada anglais relève de la supercherie » ; « Ce sont les peuples et non les “sociétés distinctes” qui perpétuent les langues maternelles et les littératures »; « Nous ne voulons pas de ce gouvernement par les magistrats qui consacre notre minorisation » ; « Le Québec doit détenir le pouvoir exclusif de légiférer en matière de langue, de culture et d’éducation » ; « Le Québec des libéraux aura renoncé de lui-même à sa souveraineté culturelle ».Le mémoire de l’Union des écrivains québécois se termine sur ces phrases : « Aujourd’hui, M.Bourassa, les écrivains vous demandent de maintenir et d’exiger les pouvoirs exclusifs du Québec en matière de langue, de culture, d’éducation et de communications.C’est la condition essentielle à l’existence et à l’épanouissement du peuple québécois.» hé *§§1 Photo CP L'Ui °q à Robert Bourassa : « lden::,1?r la minorité anglaise du Québec aux minorités françaises du Canada relève de la supercherie.» Les écrivains sous le couvert POUR SOULIGNER le dixième anniversaire de l’Uneq, l’atelier La Tranchefile présente à la Bibliothèque nationale, à compter de lundi prochain, une exposition d'oeuvres québécoises reliées dans la grande tradition de la reliure d’art.L’exposition d’une quarantaine d’oeuvres reliées se poursuivra jusqu’au 13 juin.( >n y retrouvera les livres d’écrivains membres d’honneur de l’Uneq ou ayant remporté les prix administrés par l'Union.Les relieurs de l'atelier La Tranchefile ont enveloppé ces oeuvres à l’image de la lecture qu’ils en ont faite.Nous retrouvons ainsi des couvertures et des boîtiers en peau de mouton imitation jeans, du papier japonais, du marocain jaune, du veau rose cendre, du serpent rouge vif, de la peau de chagrin bourgogne et autres compositions.L’informatisation pour libraires agréés LES LIBRAIRES agréés peuvent désormais bénéficier d’une aide financière pour l’acquisition de logiciels de gestion.Le ministère des Affaires culturelles ajoute, en effet, un volet informatisation à son programme d’aide aux librairies.Dans le cadre de cette mesure, 75 % des coûts d’acquisition pourront être couverts, jusqu’à concurrence de $ 4,000.Des bourses à trois illustrateurs LE CONCOURS « Communication-Jeunesse/Culinar » a pris fin, ces jours-ci, par la proclamation des lauréats.Trois illustrateurs se méritent les bourses du concours.Mireille Levert, Photo Jacques Grenier GASTON MIRON : « Cette société distincte est un leurre.» illustratrice professionnelle, a mérité une bourse de $ 1,500 pour son illustration intitulée Les Déguisements d’Amélie.Matilde Beausoleil a mérité la bourse de $ 750 dans la catégorie « relève ».Enfin, un jury composé d’enfants de l’école Saint-André-Apôtre, dans le quartier Ahuntsic, a choisi une illustration de Jean-Paul Eid pour la troisième bourse de $500.Le jury, présidé par la journaliste Christiane Charette, réunissait Lise Dallaire, graphiste, Krancine Sarrasin, professeur, François Caumartin, illustrateur, et Lucie Julien, pdg de Communication-Jeunesse.Serge Legagneur aux lectures Skol POUR la première fois de la saison, nous recevons à temps le communiqué des « lectures Skol ».Nous pouvons donc vous informer que la lecture de demain à 13 h 30 à la galerie Skol (3981, boulevard Saint-Laurent, espace 222) sera faite par le poète Serge Legagneur, qui a publié, depuis qu’il a immigré au Québec venant d’Haïti, au moins cinq recueils de poésie dont les plus récents sont Inaltérables et Textes muets, qui viennent de paraître au Noroît.Place aux poètes JANOU SAINT-DENIS reçoit deux romancières à La Chaconne, mercredi à 21 h.Nicole Houde(La Maison du remous) et Micheline La France (Le Fils d'Ariane) sont deux auteurs des éditions de la Pleine Lune.LES ONDES LITTÉRAIRES À la télévision de Radio-Canada, dimanche à 13 h, l’invité de Denise Bombardier à Rencontres est le philosophe Alexis Klimov.Au réseau de Télé-Métropole, dimanche entre midi et 14 h, Reine Malo propose, à Bon Dimanche, la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines par Serge Grenier.Au réseau Quatre Saisons, dimanche à 22 h, Les Dimanches de Clémence a pour thème « L'esprit des lieux ».L’animatrice Clémence Desrochers reçoit Andrée-A.Michaud (La Femme de Sath, Québec/Amérique), Gilles Pellerin (Ni le lieu ni l’heure, L'Instant même), France Ducasse (La Double Vie de Léonce et Léonide, Les Herbes rouges) et le lecteur invité Gaston L’Heureux.À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h 30, Apostrophes de Bernard Pivot est remplacé exceptionnellement par Boite aux lettres, de Jérôme Gar-cin.L’invitée : Françoise Sagan.(Reprise le dimanche suivant à 14 h 30.) À Radio-Canada à 23 h, Francine Marchand et Daniel Pinard animent le magazine culturel La Grande Visite.Au réseau de Radio-Québec, à l'émission Télé-Services, à 18 h 30, Louise Faure reçoit un écrivain par semaine.Au réseau MF de Radio-Canada, lundi à 16 h 30, Jacques Folch-Ribas présente la deuxième émission de la série consacrée à l’érotisme.Sujet : « l’érotisme dissimulé », ave< Louise Auger, psychologue, et France Théoret, écrivain.Réalisation de Jean-Guy Pilon.Au réseau Vidéotron (câble 9), lundi à 21 h 30, Écriture d'ici, animée par Christine Champagne et Marcel Rivard.L’émission est reprise le mardi à 13 h 30, le samedi à 14 h 30 et le dimanche à 10 h 30.À la radio AM de Radio-Canada, tous les jours de la semaine à 13 h, Suzanne Giguère et Louise Saint-Pierre parlent littérature et théâtre aux Belles Heures À la radio MF de Radio-Canada, du lundi au jeudi à 16 h, Gilles Archambault présente le magazine d’actualités littéraires Libre Parcours.À la radio MF de Radio-Canada, mardi à 21 h 30, Réjane Bougé anime En toutes lettres, le magazine d’actualité de la littérature québécoise, réalisé par Raymond Fafard.NOTES DE LECTURE LA MORT AURORALE poèmes et prose Marc Gariépy éditions du Bien Public Trois-Rivières, 145 pages NÉ EN 1952 à Trois-Rivières, Marc Gariépy publie ici son second recueil.Le poète, comme le souligne Clément Marchand en postface, « aussi imprévu dans sa pensée qu’inattendu dans son style, travaille ici à la réinvention de nouveaux sens, à partir d’une déconstruction verbale qu’eût sans doute tolérée Rimbaud, sinon approuvée.Une oeuvre comme La Mort aurorale pratique déjà une percée dans ce mur de l’indifférence qu’épaississent devant nous les racines du quotidien ».Ces pages de Marc Gariépy of frent avant tout un « itinéraire incendié », comme l’affirme le poète lui-même, au bout de la descente en soi où se côtoient la souffrance et l’horreur, le cauchemar et la clarté, le songe muet et le déferlement des images.Souvent, le poète emploie un langage poli et lointain, presque ancien et chargé d’épithètes, pour nous faire entrer dans son monde tumultueux.Marc Gariépy a réussi là un livre de la « fureur domptée».?ÉCOUTE, SULTANE Anne-Marie Alonzo L’Hexagone, 1987, 132 pages CE LIVRE termine la trilogie égyptienne que l’auteur avait entreprise avec Droite et de profil ( Lèvres urbaines) et poursuivie avec Bleus de mine (Noroît).Alonzo fait dans ces livres un récit de mémoire, racontant l’histoire de l’enfance et du corps.Dans ce troisième récit poétique, Alonzo nous redonne des bribes d’enfance, évoque les figures familiales du père, de la mère et du frère, puis l'apprentissage de son éducation et le long voyage d’Alexandrie vers Montréal.Ensuite, l’auteur s’adresse à l’être aimé, explore le pays de l’écriture et son Egypte réelle devient mythique.La femme se nomme aujourd’hui « Sultane » et s’interroge sur cette étrangeté d’avoir été enfant.Chez Anne-Marie Alonzo, la mémoire trouve sa résolution dans l’écriture de l’amour.Voilà un récit émouvant qui, s’il s’éloigne du poème, ne quitte certes pas les rivages méditatifs de la poésie.— Jean Royer Faut -5=^-.poui le cioiiel La difficile reconnaissance des gens de lettres «Chiffres à l’appui» examine la carrière des auteurs JOHANNE ROY QUÉBEC (PC) — Les auteurs d’oeuvres littéraires éprouvent plus de difficultés à voir reconnaître leur profession que les auteurs dont les activités gravitent autour des médias et des industries du spectacle.Ces derniers travaillent plus souvent à temps plein comme auteurs, confient la gestion de leurs oeuvres à des agents et sont membres de sociétés de perception.C’est la conclusion à laquelle parvient la dernière livraison du bulletin Chiffres à l’appui du ministère des Affaires culturelles, dont le contenu porte sur la carrière et le professionnalisme des auteurs.Les données étudiées par Chiffres à l’appui proviennent d’une enquête réalisée en 1984 auprès des membres d’associations d’auteurs, comme l’Union des écrivains du Québec (Uneq), la Société des auteurs, re-cherchistes, documentalistes et compositeurs (Sardec) et le Centre d’essai des auteurs dramatiques (Cead).D’après les données recueillies, il appert que beaucoup d'auteurs sont issus de parents plus scolarisés que la moyenne de leur époque.(La moyenne d’âge des auteurs est de 41 ans.) On avance donc que les auteurs ont hérité d’une plus grande sensibilité à l’expression littéraire, aux arts et à la culture en général.Près de la moitié des auteurs ont, en outre, pu- blié leur première oeuvre avant d’avoir 30 ans.Il ressort de l’enquête, toutefois, que les auteurs féminins hésitent davantage à livrer leur première oeuvre au public, comme si, soutient-on, leur ambition à se faire connaître et reconnaître était moins poussée que chez les hommes.Les contacts, de nature personnelle ou professionnelle, qu’ont les auteurs sont, par aiUeurs, un facteur important pour la diffusion des oeuvres.Près de 30 % des auteurs ont pu diffuser leur première oeuvre parce qu’ils avaient déjà des rapports privilégiés avec le milieu de la diffusion.C’est dans une proportion de 37 % que les auteurs ont emprunté, à un moment ou l’autre de leur carrière, une autre voie de diffusion que celles des producteurs établis, pour devenir leur propre producteur.À ce chapitre, les auteurs masculins se montrent également plus audacieux que les auteurs féminins et font preuve d’une plus grande détermination à conquérir la reconnaissance de leur statut d’auteur, révèle l’étude.Ainsi, 40 % des hommes, comparativement à 30 % des femmes, ont pris, à un moment ou l’autre, le détour de la publication à leur propre compte.Deux auteurs sur trois disent avoir diffusé la majeure partie des oeuvres qu’ils ont écrites et c’est dans la même proportion qu’ils ont présenté une demande d’aide à l’un ou l’autre gouvernement au cours de leur carrière.Au-delà d’une cinquantaine de prix littéraires ont été recensés au Québec, pour l’année 1983.Presque la moitié des auteurs ont remporté des prix ou des concours, ce qui constitue, a-t-on constaté, un stimulant à la poursuite du métier tout aussi important que l’encouragement des proches et la reconnaissance par les pairs.Les associations d’auteurs ont, par ailleurs, permis d’institutionnaliser les rapports des auteurs avec les producteurs et les éditeurs en matière de contrats, de rémunération et de droit d’auteur.Les données compilées indiquent que les membres de la Sardec touchent davantage de revenus d’auteur que leurs confrères du Cead, eux-mêmes mieux pourvus en ce sens que les membres de l’Uneq.Indice révélateur, près de la moitié des membres de l’Uneq se disent poètes ou romanciers, alors que la majorité de ceux de la Sardec sont auteurs pour la radio et la télévision ou auteurs dramatiques.Enfin, le milieu des auteurs s’attend à ce que les pouvoirs publics se comportent comme des mécènes, qu’ils aient le geste gratuit et généreux.Les auteurs souhaitent notamment, que l'État fasse une mise de fonds dans leur création, qu’il en soutienne le risque.Pour un portrait de Saint-Denys Gameau LE CHOIX DE JACQUES BLAIS dans l’oeuvre de Saint-Denys Garneau Presses laurentiennes Charlesbourg, 1987, 78 pages JEAN ROYER LA COLLECTION « Le choix de .», créée par Simone Bussières, compte aujourd’hui une vingtaine de titres couvrant plusieurs périodes de notre histoire littéraire.Ces petites anthologies composent un outil irremplaçable pour placer les étudiants et les autres sur le chemin de la lecture de nos « classiques ».Jacques Blais, pour sa part, est un pédagogue hors pair.Le professeur de l’Université Laval avait écrit, entre autres, un des plus beaux livres sur Alain Grandbois, l’homme et l’oeuvre (Présence d’Alain Grand- bois, PUL, 1974).Il nous donne aujourd’hui la plus belle introduction à l’oeuvre de Saint-Denys-Garneau.En 55 textes qui se suivent selon la chronologie, apparaît un portrait du poète.On suit le cheminement poétique et spirituel de Garneau à travers des poèmes ainsi que des extraits de son journal et de sa correspondance.Jacques Blais constitue ainsi une sorte de récit où l’on découvre la recherche d’unité de Saint-Denys-Garneau.Cette petite anthologie restera, je crois, un des meilleurs moyens d’aborder ce poète moderne.Et je ne peux résister à l’envie de transcrire pour vous ce petit texte de Saint-Denys-Garneau intitulé « Vinci », que Jacques Blais a inclus dans son anthologie : « Quand je rêve parfois, ou que j’écoute de la musique les paupières à demi baissées, j’ai l’étrange sensation que le monde SOLDE SOLDE SOLDE SOLDE SOLDE Vente exceptionnelle préinventaire Des réductions jusqu’à du 23 mai au 6 juin le Parchemin © Mezzanine, station métro Berri-de Montigny Montréal, Québec H2L 2C9 845-5243 METRO intérieur se loge là, entre l’oeil et la paupière, une sorte d’espace de contemplation immense.À LIRE ABSOLUMENT iresse Un vente partout Un album de photos dont beaucoup sont Inédites, réalisées à la veille de la mort de l’actrice.Un texte documenté pénétrant et attachant.Un livre qui nous révèle véritablement une ._ _ _ MARILYN INCONNUE.rQDDY ALLEN WOODY ALLEY ACTION! Ce livre offre une vision unique du monde du cinéma et nous donne en même temps un portrait exceptionnel de WOODY ALLEN, metteur en scène et acteur.Une formidable ~ — fiCCF leçon de cinéma! 37 ifcttsîXM&Sf Th&imtMhïmh UtUmmmrnWt}., A SiO» 8* mi \ ISADORA lemmes les plus fascinantes de ce si File a révolutionné la danse contei raine et sa mort tragique a frappé conscient collectif de son époque./ LE PLAISIR //(>c LE PLAISE?:e plaisip LE PLAISIR LE PLAISIR es w • livres Le Devoir, samedi 23 mai 1987 ¦ D-3 André Vachon: le rappel d’une fable ancienne Montréal présenté comme un lieu métissé où règne le bric-à-brac TOUTE LA TERRE À DÉVORER André Vachon Paris, Le Seuil, 1987,188 pages LETTRES QUEBECOISES MADELEINE OUELLETTE-MICHALSKA LA FABLE est ancienne, mais elle a toujours cours.De l’Ancien au Nouveau Monde, il y a ce mythe, quasi parodique, que l’on se passe de part et d’autre de l'Atlantique, y ajoutant des refontes, des retouches sans que le tableau s’en trouve pour autant modifié.D’un côté, il y a l’Europe — tout particulièrement la France — où tout n’est que finesse, grâce, plénitude, volupté; de l’autre, il y a l’Amérique — et le Canada : « Aca nada, rien là ! » dont nous sommes — où tout est laideur, grossièreté, approximation, obscurité.Cette fable, j’ai cru la retrouver dans le premier roman d’André Vachon, Toute la terre à dévorer, où le verbe dévorer se donne d'abord à lire au sens propre.Car, dans le côté exécrable de ce livre, qui hésite entre le mythe des origines, le récit de voyages et le guide Michelin, on y mange beaucoup.Et l’on y mange souvent moins pour le pur plaisir de goûter que pour celui, plus pervers, d’opposer l’intolérable cuisine nord-américaine à l'inégalable cuisine Une histoire de jeunesse Un premier roman qui déçoit un peu TABLEAU DE JEUNESSE Dominique Drouin Montréal, éditions Pierre Tisseyre, 1987 CHANTAL GAMACHE IL EST toujours intéressant d’aborder une première oeuvre.La curiosité est éveillée, à l’affût de l’invention, de l’écriture provocatrice et stimulante, de la perception du monde qui étonnera.Le public lecteur québécois est restreint.Les nouveaux auteurs n’abondent pas.C’est normal.Mais on les attend.Quand ils se présentent, on met en eux beaucoup d’espoir.De ce point de vue, Tableau de jeunesse, premier roman de Dominique Drouin, jusque-là coauteur de scénario de téléromans, déçoit un peu.Une jeune femme, Madeleine, s’ennuie.Après une année de chômage, elle décide de créer une revue nouvelle, adaptée aux problèmes et aux valeurs de sa génération.Elle entraîne avec elle tous ceux qui l'entourent, ses proches.Le succès de l'entreprise modifie son existence, sa représentation d’elle-même et ses rapports avec les autres.Morale : il n’est pas simple de réussir, de prendre une part active à la vie sociale, de devenir « une grande personne ».Mais c’est là seulement que nous sommes « quelqu’un ».L’idée de cette histoire ne manque certes pas d’à-propos.Elle °st, d’une certaine façon, le miroir d’une jeunesse qui se bute à des problèmes de travail, d’insertion sociale, de rapports amoureux nouveaux.Les 18-25 ans peuvent s’y retrouver.Mais, voilà, je ne sais pas jusqu’à quel point vraiment.Le développement du récit est linéaire et régulier.Les difficultés rencontrées par l’héroïne, les embûches sur sa route vers la maturité, ses victoires sont souvent minuscules, superficielles et sans beaucoup de relief.On en attend davantage.En réalité, on pressent une lus grande énergie qui n’arrive pas voir le jour.Et c’est dommage.Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS vendredi le 29 mai de 18h à 20h JEANNE BOURIN LES AMOURS BLESSÉES aux éditions TABLE RONDE/LACOMBE samedi 30 mai de 14h à 16h MAURICE LEVER auteur de ISADORA aux Éditions BELFOND 1120.av.laurier ouest outremont, montréal tel.: 274-3669 nous apostrophes annee De plus, révolution des événements et des personnages ignore totalement les contraintes et les rapports sociaux, comme si seules les relations affectives familières modelaient les êtres et leurs actes.Elle confine Madeleine et ses aventures dans un univers trop étroit.C’est là, dans le manque de perspective, que réside peut-être le « sans issue ».Tout cela n’est peut-être, au fond, * qu’une simple question de langage.L’écriture de ce texte manque de couleur, de rythme.(S’y glissent même parfois quelques erreurs.) Le ton des dialogues, des descriptions, nous introduit dans la grisaille de la banalité quotidienne, quand règne l’inutile.L’audace est absente.Alors que c’est bien de cela qu’il est question dans ce récit, de l’audace de vivre.Le discours ne le rend pas.Ce Tableau de jeunesse, cette histoire d’une jeunesse, trouvera certainement quelque écho parmi ceux qui la vivent.Ce roman s’adresse à eux, dans ce sens qu’ils comprendront ce qui n’y est pas dit et qu’ils savent.Souhaitons qu’il provoque d’autres tentatives parmi eux et que surgissent alors des réactions d’écriture nouvelles et dynamiques.JULIEN GREEN LES PAYS LOINTAINS Julien Green raconte, dans ce livre plein d’amour et de fureur, l’histoire de la double passion d’une jeune Anglaise, dans le cadre des grandes plantations, cinq ans avant la guerre de Sécession.«C'est terriblement bon, j'en préviens les avaieurs de pages (.).Certains romans, et le Journal, sont remarquables, mais je crois que celui-ci.Les pays (pin-tains est encore meilleur.» Jacques Folch-Ribas/La Presse Roman, 900 p.Relié, 39,95$ SEUIL française.Dès les premières pages, où se trouve esquissée une brève histoire du pays, on sait de quel côté penchera la balance.Nous sommes les abominables déchus dont Florence, jeune anthropologue et professeur d’université, résume les traits au profit du narrateur qui, par l’oreille de McCoy, jouit de notre inopportune sauvagerie.Car les vrais sauvages habitent le Nord, Nominingue par exemple, où est née Florence, ou alors le Sud, les terres marécageuses des Everglades où l’Indien Owen Paw-heete raconte le récit fondateur de sa race aux coureurs d’exotisme avides de l’entendre, tandis que Debra, son épouse, tresse ses paniers en silence.Aucun récit de voyages en terre primitive ne pouvant se passer du secours de l’anthropologie, Florence sera donc extrêmement utile.Pour McCoy ou avec McCoy, Irlandais de la cinquantaine qui porte comme elle la faim du monde et le poids d’une origine dévoyée, elles dresse le répertoire de nos us et coutumes.Tout y passe : habitat, toponymie, manières de table, cuisine, croyances, jurons, prénoms, langue, accent.Entendons : « À Nominingue, le village c’est un amas de pavillons sans étage, dits bungalows.» Ou bien : « Tout le monde sait que Q se prononce eu.» Ou encore, à propos du légendaire « Vive le Québec libre ! » : « le général prononçait î.— Tandis LES ESSAIS L’ENTRÉE DANS LA MODERNITE Marcel Fournier éditions Saint-Martin 1986, 239 pages CHANTAL BEAUREGARD FRUIT d’une dizaine d’années de recherches, cet ouvrage minutieux et bien documenté apporte un élément de nouveauté à notre réflexion sur la culture.D’emblée, Marcel Fournier soutient qu’on aurait tort de croire que l’entrée du Québec dans la modernité date des années 60, voire de la Révolution tranquille.Le chan- qu’eux : i c’est plutôt e assorti d’une espèce d’accent grave.» Flux, c’est nous.Le cumul des différences dessert toujours qui en est affligé, c’est-à-dire qui ne bénéficie pas du primat d’historicité et d’universalité.Le Québec, et tout particulièrement Montréal, est donc présenté comme un lieu métissé où règne le bric-à-brac, le fac-similé, vague ramassis de plats, de dialectes, de refrains où Petit papa Noël et Douce nuit, sainte nuit palissent auprès de la splendeur de Brich dem Hungrigen dem Brol, ou s’effacent devant la tête de veau sauce gribiche servie rue de Rennes, à deux pas du FTore et de chez Lipp.FTorence, qui, à son arrivée dans la métropole, court la rue Duluth avec sa Nuit étoilée ou sa Réserve des moines sous le bras, s'emballe d’aller chez Stoll-mayer ou Moishe, à l’Ouzbek, à l’Os teria dei Panzoni, à la Medina ou à l’European Bakery, renonce à toutes ces contrefaçons dès l’instant où elle lit sa première chronique gastronomique dans L’Express.Fini.On met le cap sur Ailleurs.On part en voyage.De l’Ouest à l’Est, ou bien du Nord au Sud, on court, essayant de rattraper le temps qui fuit et l’espace qui s’échappe.Le plus à l’est pour la bouffe.Le plus au sud pour traverser l’entonnoir canalisant ce qu’il y a « d’envies, de désirs, de vieilles faims » à satisfaire.Le plus au nord pour le froid, pour le vide, ce qui du pays, de la langue, de l’accent, gement s’est plutôt effectué petit à petit, sur une longue période.Ainsi, dès le milieu du 19e siècle, la société québécoise se modernise, entraînant deux des « changements profonds de l’économie et de l’organisation sociale et politique».Dans la période de l’entre-deux-guerres, les intellectuels, les artistes et les scientifiques contribuent à l’essor de nouvelles disciplines et à la formation de nouvelles institutions.L'auteur retrace l’itinéraire de quelques-uns d’entre eux dont l’oeuvre s’avère inséparable du contexte, des institutions et des mouvements auxquels ils appartiennent : Édouard Montpetit et l’Université de Montréal, le frère Marie-Victorin et les p***- Photo Le Seuil ANDRE VACHON précise-t-on, est tourné vers le Pôle, vers l’absence de frontière, ce qui « va se rétrécissant jusqu’à n’être rien ».Dans ce va-et-vient incessant où l’on ne sait pas toujours exactement ce qui se dit ou ce qui se passe, où cela est dit et où cela a lieu, il y a ce pendant d’heureux moments.Quand sciences naturelles, le père Georges-Henri Lévesque, o.p., et les sciences sociales, Jean-Charles Falardeau et la sociologie, Paul-Émile Borduas et les arts visuels.Et, malgré leurs différences, ces « maîtres d’oeuvre de la modernisation » ont réussi, chacun à sa manière, à ébranler les traditions.Ils ont même su faire accepter un « nouveau rapport à la réalité » et à la culture par le refus du doctri naire, la critique de l’amateurisme, la défense de la science (connaissance exacte) et de la spécialisation: Dans L’Entrée dans la modernité, l’auteur met en relief les « nouveaux modes d’exercice des activités intellectuelles».Au tournant du siècle, les figures du journaliste et du fonc- les protagonistes cessent d’instruire le procès dualiste des civilisations el renoncent à rabâcher les lieux coin muns dénonçant notre inexistence et notre inachèvement, ils flambent parfois d’une belle passion.Ce sont les meilleures pages du livre.Florence, qui risque parfois d’être transformée en « statue de sel » au nord de la ville morte, survit néanmoins assez pour proposer le retour au pays.Fit Debra, prototype de la mère nourri cière qui garde sa table ouverte aux voyageurs, continue de tresser ses paniers tandis que le vieil Owen poursuit le récit île la Genèse qui tua sa race.Certes, plusieurs lectures de ce roman sont possibles.Une lecture impatiente que trop d’inversions, de tournures « patoisées » ou « argoti sées ».de constructions bizarres ou hachurées énervent.Une lecture empathique que cette course effrénée et des plus américaines à travers l’espace exalte, affichant le vide de ce qui ne s’habite pas ou ne s’habite plus.Mais l’une et l’autre font regret ter le classicisme de l’essayiste Va chou.Au mieux, ce flot de mots qui vi révoltent, se court circuitent, s’enchevêtrent illustre l’entreprise ex ploratoire qui n’a de sens qu’à reporter plus loin le temps.Comme nié taphore de l’absurde ou comme illus (ration de l’impossible espace à con quérir, et auquel s'identifier, on pour rait alors parler de réussite.tionnaire s’ajoutent à celle du prêtre : « Le journaliste et le fonctionnaire occupent l’espace public et, par leur mode d’action indirecte, ils développent de nouveaux rapports à la politique; ils entendent exercer une influence intellectuelle et politique sans s’engager dans l’action politique, ni appartenir à un groupement religieux.» Plus récemment, lorsque l’université connaît une certaine autonomie et que l’enseignement supérieur s’étend, le professeur d’université, sans oublier le chercheur et l’artiste, contribuent à transformer les intellectuels en groupe distinct.Ce tableau du développement de l’activité intellectuelle et scientifique propose une interprétation différente de la modernisation de la société québécoise.Écrit ave clarté et avec rigueur, un ouvrage qui vient à point.Lise Bissonnette LA PASSION DU PRÉSENT , 8'Ss°N*fr£ «Des pages qui doivent à l'écriture exceptionnelle de Lise Bissonnette une force de persuasion rare.Inutile de dire que ce livre se lit avec passion, qu’il réveille d’anciennes passions.» (Paul-André Comeau, Le Devoir] 336pages- 19,95$ uv&: Et la modernité fut DES REUGKJKS * • 1 «.‘itTti • •* p'W 9 «««cat*1 trfCOUV*»» L’ÉTAT DES RELIGIONS DANS LE MONDE «Un livre de référence à conserver chez soi, justement pour mieux comprendre le monde.» (André Dalcourt, Le Journal de Montréal] B O R É A 640 pages — 29,95$ L Micheline Labelle, Geneviève Turcotte, Marianne Kempeneers et Deirdre Meintel HISTOIRES D'IMMIGRÉES «La richesse de ce livre c’est le témoignage des femmes immigrées.Un livre à lire pour mieux comprendre ces femmes car il est rare qu'on leur cède la parole.» (Renée Rowan, Le Devoir) 276 pages — 18,95$ rièÆ * —- Il» 1 >* • TmiÜW'»'' Constance Lamarche L’ENFANT INATTENDU «Un livre extrêmement bien fait, plein de sensibilité sur un drame vécu par des centaines de parents.Un document important, à lire absolument.» (Danièle Rudel-Tessier, L'Actualité médicale) 200 pages- 14,95$ B O R É A / i P-4 M Le Devoir, samedi 23 mai 1987 LE PLAISIR ///a LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres Des femmes fatales sur le champ de bataille Chacune de ces nouvelles est une petite bombe à retardement LES PIEDS BANDÉS Emily Prager nouvelles traduites de l’américain par Claire Fargeot et Élisabeth Gille Paris, Denoël, 215 pages LETTRES AMERICAINES GUY FERLAND « J K PENSE seulement qu’il va être très excitant de séduire un homme pour le tuer ensuite, et de faire de l’accouplement sexuel ce qu'il est réellement : un champ de bataille.» Cette repartie, extraite de la plus longue nouvelle du recueil, « Le Système anti-viol Lincoln-Pruitt.», donne le ton tranchant de ce livre remarquable.Chaque nouvelle est une petite bombe à retardement qui détruit tous les mythes des femmes soumises et des relations harmonieuses entre les hommes et les femmes.Photo Denoël EMILY PRAGER Emily Prager met à jour les enjeux des ébats et des débats amoureux : la domination et la lutte pour le pouvoir entre les partenaires (ou adver- saires ?) dans le couple homme/ femme.Dans la première nouvelle, qui donne son nom au recueil, on assiste impuissant au rituel ancestral du bandage des pieds d’une petite fille de six ans.C’est l’occasion idéale, pour Emily Prager, de soulever tout ce que cette scène contient de soumission et de perte de liberté pour les femmes, sans tomber, toutefois, dans le piège de la moralisation.L’articulation du récit expose les im-lications sociales d’une situation istorique particulière, sans jamais souligner a gros traits, et laisse en suspens tout jugement critique.L’auteur en profite plutôt pour assener des coups bien placés aux stéréotypes : « La beauté est le rejeton de la souffrance, toutes les femmes le savent.» Mais ce qui fait véritablement le charme de cette nouvelle, c’est l’ambiance feutrée de l’univers de femmes, décrit admirablement par l’auteur.L’ambiance fçutrée entre femmes est à cent lieues de la seconde nou- velle du recueil.Dans « Le Bulletin des anciennes élèves », trois femmes se réunissent, à New York, pour fumer du pot, sniffer de la coke, se piquer avec de l’acide, et arroser abondamment le tout d’alcool de toutes sortes.Que font-elles d’autres, ces femmes remarquablement cultivées ?Pilles se racontent leurs expériences amoureuses de l’année écoulée, en s’habillant de leur ancienne tenue de collégienne, tout en s’affublant d’un magnifique phallus spécialement sculpte pour l’occasion par une des comparses.Ce n’est pas très rose .et très drôle.Un récit psychédélique, dur et décapant qui ne nous laisse aucun rêve, mais un goût de cendre dans la bouche.La nouvelle se termine dans une espèce d’apothéose orgiaque lorsque Jerzy Kosinski vient cueillir une des femmes en transe.Il est à remarquer que l’écriture magnifique d’Emily Prager s’adapte à merveille à toutes les situations.Elle est douce et sensuelle pour décrire une atmosphère de langueur, et elle devient dure et percutante pour décrire des relations tendues entre des individus.La nouvelle la plus im-ortante du recueil, tant par le nom-re de pages que par sa portée, rassemble, ces deux aspects.« Le Système anti-viol Lincoln-Pruitt : mémoires des corps d’armée féminins au Viêt-nam » pourrait être, à elle seule, un roman.Un texte immense qui met en scène l’ensemble des mythes qui ont fondé la société moderne, et qui reprend, à sa façon, l’exorcisme de la guerre du Viêt-nam.Une seule citation, terrible, peut donner toute la dimension de cette nouvelle : « Vous riez, reprit-elle, mais songez donc à ceci : depuis des millénaires, les femmes détruisent les hommes.Elles tarissent leur fluide créatif, sapent leur clarté d’esprit, et font de leurs plus hautes aspirations d’absurdes parodies.Et par quel moyen ?Le sexe, tout simplement.Que ce soit par la perfection de sa pratique, ou la contrainte à l’abstinence, qu’elles jouent les filles faciles ou les vierges effarouchées, ou les deux, peu importe.Ce que je décris est une réalité élémentaire de l’existence, et le principe fondamental sur lequel j’ai basé la conception de l’arme féminine suprême.Généraux, déclara-t-elle, je vous fais don du système anti-viol Lincoln-Pruitt.» Comment rire après une telle déclaration ?La structure de ce récit nous fait comprendre toutes les implications de la situation délicate de ces mantes religieuses qui s’offrent aux appétits dévorants des hommes armes de leur seul fusil.Armes dérisoires lorsque toute la symbolique d’une société est ébranlée.Emily Prager a des choses urgentes à dire.Des choses qui blessent et bouleversent.Elle se sert des symboles et des images en magicienne pour se faire entendre.On referme son premier livre meurtri, amoindri et songeur.Heureusement, un vent d’humour parcourt toutes les nouvelles et aide à faire avaler (difficilement) la pilule.LA VITRINE DU LIVRE * L’obsédante obèse et autres agressions 0 ^asae- *£ GUY FERLAND PROMENADES Paul Chamberland, Marcher dans Outremont ou ailleurs, VLB éditeur, 106 pages.AMOURIR ou mourir d’amour dans ses démarches laborieuses.Faire de sa vie de la poésie et de sa poésie de la vie avec des cita-tions comme ciment des éléments disparates.Et, à travers tout cela, avouer l’inavouable, le désir interdit.Biographie ?Journal intime ?Peut-être.« Reste l'écriture, et la circulation de l’écrit.» — ’ ¦> .' ES j .ïiji'àaiâf;;.;.CULTURE Alain Finkielkraut, La Défaite de la pensée, Gallimard, 169 pages.TOUT SE VAUT en ce bas monde.Lire Kant, ou Proust, ou écouter Michael Jackson et boire du « Coke », c’est du pareil au même.C’est à ce nivellement par le bas que s’attaque l’auteur de cet essai virulent qui prouve, par sa profondeur, que la pensée n’a pas encore dit son dernier mot.POÉSIE Anne-Marie Alonzo, Écoute, Sultane, L’Hexagone, 132 pages.CE VOLUME complète la trilogie égyptienne de l’auteur de Bleus de mine.11 est divisé en deux parties : la première relatant des bribes d'enfance, et la seconde reliant l’écriture au pays d’origine.Jacques Ouellet, Qui ose regarder, Leméac/poésie, 58 pages.CE TEXTE s’est mérité le prix Octave-Crémazie 1987 de la relève de la poésie québécoise, au dernier Salon international du livre de Québec.Une voix tendre essaie de s’approprier le temps — le temps chronologique et le temps climatique — pour ne pas oublier l’amour.PAPOTAGE Claude Sarraute, Allô Lolotte, c’est coco, Flammarion, 189 pages.DEUX FEM M ES de 40 ans avec, chacune, un enfant et, au milieu de cela, un homme partagé qui ne comprend pas trop ce qui se passe.L’insignifiance des détails et la banalité des propos brossent un portrait désopilant et décapant de notre époque et de ses modes.L’humoriste du Monde est passée maître dans l’art de mettre en valeur les travers de chacun.INSTANTANÉS • Gilles Archambault, L’Obsédante Obèse et autres agressions, Boréal, 147 pages.GILLES ARCHAMBAULT est comme Cioran et le bon vin : c’est en vieillissant qu’il devient plus corsé et meilleur.Ces courtes nouvelles, quelques lignes tout au plus, sont à prendre à petites gorgées et à déguster lentement.L'ironie, le cynisme et la lucidité se marient agréablement à une tendresse de ton qui ne se dément jamais.ROMAN Anita Brookner, Sofka, La Découverte, 201 pages.ON A DÉCOUVERT récemment cet auteur anglais par la traduction de son roman Regardez-moi.Elle nous revient, cette fois-ci, avec une chronique familiale ironique et tendre.Paul Féval, Les Habits noirs, Robert Laffont, coll.« Bouquins », deux volumes de 1,198 pages et 1,118 pages respectivement.UN GRAND cycle romanesque d’un des auteurs les plus populaires du 19e siècle.Le tout présenté par Francis Lacassin.coques Quelle! qui ose regarder ;jœsi0 leiréac LE SERVICE DE DOCUMENTATION PASTORALE La plus grande librairie religieuse de langue française au Canada annonce une GRANDE VENTE PRÉ-INVENTAIRE du 18 au 30 mai 87’ Réductions de 20% 25% 30% sur livres, disques, cassettes, partitions musicales, posters, cartes de souhait, etc excepté les livres liturgiques, les textes de catéchèse et quelques autres titres Une occasion unique pour découvrir S.D.P., et pour mettre à jour votre bibliothèque! SERVICE DE DOCUMENTATION PASTORALE 312, Sherbrooke Est — Montréal — H2X 1E6 Tél.: (514) 844-17S3 (Métro Sherbrooke) 11 S, rue Carillon, Centre Diocésain Hull, P.Q.J8X 2P8 — Tél.(819) 777-6408 ALAIN SERRES et 400 enfants de Marseille LA VAPEUR, illustrations de k PFF nier Julien bnagazitie littéraire Alain Serres: des livres pour mieux grandir LITTERATURE JEUNESSE DOMINIQUE DEMERS C’EST FOU comme certains auteurs ressemblent à leurs personnages ! Alain Serres, connu des enfants pour un album intitulé Du commerce de la souris, n’est pas sans rappeler ses personnages de la gent trotte-menu.Joyeusement grassouillet, il fixe sur son entourage deux petits yeux noisette, inquisiteurs, ronds et rieurs.Le regard d’un grand fouineur qui se balade allègrement dans la vie.Alain Serres n’est rien de moins qu’un pédagogue qui s’amuse à critiquer la pédagogie dans des albums à but non didactique.Ajoutez à cela que l’auteur, de passage récemment à Montréal, n’accorde pas d’entrevue.Plutôt, il raconte.Des histoires.De toutes sortes.Celles qu’il a écrites, celles qu’il veut écrire, celles qu’il devrait écrire.Et, s’il se laisse sagement ramener à l’ordre pour répondre patiemment aux questions des journalistes, ce n’est que pour mieux faire du coq-à-l’âne quelques secondes plus tard.Pain, beurre et chocolat, son premier album, paru il y a cinq ans aux éditions La Farandole, a déjà été réimprimé plusieurs fois.« C’est l’histoire d’une petite fille isolée qui découvre, par le biais de son sandwich, qu’elle est reliée au reste du monde.Une fillette assez extraordinaire qui pond des histoires incroyables.» Du commerce de la souris, son plus grand succès, publié chez Gallimard Tannée suivante, relate les péripéties d’un régiment de petites souris menacées d’extermination parce qu’un commerçant en panne de clients décide de les exploiter pour fabriquer des marque-pages avec leur queue, des boulettes avec leur chair et des apéritifs avec leurs cuisses.Mais les souris ne sont pas idiotes.Elles apprennent à lire et proposent au marchand un théâtre de souris plutôt qu’un commerce de souris.« L’album dit aux enfants que lorsqu’on sait lire on se fait moins taper sur les pieds.On est plus actif, plus débrouillard.C’est vrai que j’aime bien dire des choses comme ça aux enfants, mais c’est plein de clins d’oeil.Je ne veux surtout pas les embêter avec un discours lourd.» tes de possibles et, en même temps, une imagerie dérangeante.Dans Le Petit Humain, un enfant est capturé par des animaux sauvages qui décident de l’étudier comme le font nos écoliers dans leurs cours de sciences naturelles.Le petit humain passe ainsi des grosses pattes de l’éléphant aux fines griffes de la panthère.Les uns l’attrapent par l’oreille, les autres par la peau du dos alors que la léoparde se sert de lui comme d’une poupée.Le soir, on l’emprisonne afin qu’il ne puisse s’échapper « Le Petit Humain a été très bien reçu mais je sens que je marche un peu sur la corde raide parce que l’album parle d’une cruauté que les enfants peuvent ressentir.Une bibliothécaire m’a expliqué que Le Petit Humain était un livre violent qui défendait les animaux au détriment des humains.C’est faux ! J’ai simplement voulu que les enfants apprennent à nuancer leur vision, à se mettre dans les bottines des autres.Les livres, ça sert à mieux grandir.Mieux vaut régler nos problèmes avec la cruauté dans un livre plutôt que sur la tête d’un voisin ! » Dans son prochain livre, un enfant s’avale.Carrément.Pour vrai.Il se bouffe.S’empiffre de lui-même.« C’est un enfant gâté, désemparé par un premier refus de ses parents qui ont décidé de ne plus céder à ses mille caprices.Alors, pour protester, l’enfant s’avale.C’est drôle mais, en même temps, ça pourrait évoquer le suicide.» Pain, beurre et chocolat, Salade de comptines, histoires d’enfants qui s’avalent ou de commerçants nous proposant de déguster des filets de souris.Comme les enfants,'Alain Serres adore la nourriture.Ses livres sont barbouillés de confiture, marqués par la boulimie.Il affirme, d’ailleurs, que « l’avenir appartient aux dévoreurs de livres ».Mais, plus que tout autre gourmandise, Alain Serres se nourrit d’enfance.Enseignant à la maternelle, il ne se contente pas d’écrire des histoires, il se déplace un peu partout « pour rendre le livre vivant ».Si bien qu’avec 400 enfants d’une école d’un milieu populaire de Marseille, il a écrit 17 histoires à la vapeur pour une sorcière en robe à Heurs.Un véritable recueil des mille et une nuits réinventé.Une sorcière exige 17 histoires du petit Ludovic A LA, RENCONTRE DU LIVRE qui s’en croit incapable parce qu’il n’a pas appris à développer son imagination à l’école.S’il échoue, la sorcière le change en pierre ; s’il réussit, elle le proclame « roi de l’Alphabet ».Les enfants ont pris un plaisir fou à jouer à Schéhérazade pour échapper à l’ultime châtiment.« Une enfant de Marseille m’a dit qu’elle emporterait son livre dans son tombeau ! », lance Alain Serres, glorieux.L’auteur admet volontiers qu’il est « un peu enfant ».« Je ne sacralise pas l’enfance, dit-il.Les enfants sont pleins de défauts et de clichés mais c’est vrai que je me sens bien avec eux.Sans doute ai-je une manière de vivre un peu enfant.Je n’ai pas de permis de conduire : je ne suis pas contre, je n’y arrive pas, tout simplement.J’adore les sucreries et j’ai beaucoup de peine à me contrôler devant un pot de confiture.» Alain Serres ne le sait peut-être pas mais sa montre indique 16 heures alors qu’il est 12 heures.Il n’a pas vraiment répondu à mes questions mais il parle depuis deux heures.Il dit des choses énormes sans paraître le moindrement gêné, reconnaît volontiers qu’il a un peu envie de re- faire le monde à travers les livres pour enfants et explique simplement que l’enfant, « c’est le terreau privilégié pour faire pousser d’autres adultes ».Même s’il ne mystifie pas l’enfance, il s’amuse à coeur joie en ridiculisant les adultes par le biais de personnages un peu loufoques et se moque des enseignants comme des parents.Ce qui décourage l’auteur comme l’animateur, c’est que tout est trop sage et trop calme depuis quelque temps.« Les gens qui dérangent sont de plus en plus mesurés.Un peu partout, en France, on recommence même à imposer une censure dans le secteur du livre pour enfants.Des livres sont mis à l’index, d’autres sont déconseillés.Il faut fabriquer des livres en espérant simplement que les enfants y trouveront leur compte.Des livres qui rejettent la facilité.On pense aux enfants, bien sûr, en écrivant ces livres mais pas à une tranche d’âge en particulier.Ce sont des livres ouverts qui peuvent s’adresser à des enfants de différents âges.À des adultes aussi.Les livres pour enfants ?C’est un plaisir de lecture et, en même temps, un petit coup de pouce pour grandir mieux.» Tmit InK EÆVOIR pour le croire1- Comme son bon ami Pef, Alain Serres adore promener un regard ir-respectueux sur son entourage.Se moquer des travers des gens, des illogismes, des clichés.A son avis, l'audace serait le plus puissant moteur de la littérature de jeunesse des 15 dernières années.Ses albums proposent à la fois une fantaisie délirante, une ouverture sur toutes sor- Le magazine littéraire Maintenant disponible chez votre libraire.(Diffusion Prologue) Julien Bigras, sous le n Joseph, son frère mort-né, nous fait cheminer, en toute franchise, au long de sa propre analyse dans un pèlerinage émouvant au pays de son enfance où il rencontre à la fois • terreur et enchantement.édition Aubier diffusion Flammarion JULIEN BIGRAS l’enfant dans le grenier Il K KOI I COMME I Itt R M * K i ' ITQl E DI S I KRKM KS IM AN l lt.KS l'KKCOCl-s Aubier Ê h rit sur parole LE PLAISIR rJf>c LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres Le Devoir, samedi 23 mai 1987 D-5 Le Sud comme paradis perdu LE FEUILLETON LES PAYS LOINTAINS roman de Julien Green Le Seuil, 891 pages LISETTE MORIN INFINIMENT plus près de Maurice Denuzière (la saga de Louisiane) que de William Faulkner, le Sud de l’octogénaire Julien Green pourra-t-il retenir longtemps, nostalgiques plus qu’attentifs, les lecteurs de ses brefs romans d’autrefois ?En reprenant, de fin de soirée en nuit commençante, Les Pays lointains, il me semblait réentendre, comme il y a plus de 20 ans, lors d’un déjeuner organisé à Paris, près de la rue des Italiens, par Jacqueline Pia-tier, le regretté Pierre-Henri Simon.Titulaire, avant Bertrand Poirot-Delpech, du rez-de-chaussée du journal Le Monde, le feuilletoniste-académicien rendait compte, de semaine en semaine, de deux, trois, souvent quatre livres nouveaux.« Vous arrivez à les lire tous au complet ?», devait être ma question de lectrice encore bien naïve .Vous voulez ma mort ?», s'était alors exclamé, en riant, le plus lu, sinon le plus écouté, des chroniqueurs parisiens aux années 60.D’évidence, je n’y ai pas laissé la vie.et pourtant je viens de tourner la 891e page du dernier pavé romanesque de Julien Green.Autre évidence : alors que j’ai relu, au cours des années, Léviathan, Adrienne Mesurât, Moira, et je ne sais combien de pages du Journal, je ne relirai pas cette très longue, et souvent lassante, chronique qui raconte la vie d’une jeune Anglaise, impécunieuse, débarquée avec sa mere, 10 ans avant la guerre de Sécession, dans la plantation d’un oncle américain très riche, dans un domaine appelé Dim-wood.Il ne faut cependant pas laisser croire que Les Pays lointains soit un roman sans qualités.Il en possède un certain nombre, de celles qui résistent à plus de 60 ans d’écriture, de la part de l’auteur, et à au moins 30 ans de lecture pour une admiratrice toujours envoûtée.Elizabeth Escndige, a 16 ans, est déjà une héroïne gree-nienne.Elle en possède l'ardeur, les grands moments d'angoisse existentielle, le goût de la bravade, en dépit d’une timidité bien de son âge qui la fait souvent se réfugier dans les coins nombreux de la belle demeure de son oncle, ou dans les petits salons de cette autre merveille du temps des colonies qu’est la maison d'un autre parent américain, l’oncle Charles Jones, à Savannah, et, plus tard, à Grand Pré, en Virginie.( Les Acadiens qui liront Green, ceux du « Grand Dérangement », de la déportation en Louisiane, n'en seront pas dépaysés.) L'Amérique, comme paradis perdu ou comme royaume de rêve, aura beaucoup inspiré les romanciers français, cette année.Philippe Labro s’est souvenu, dans L'Étudiant étranger, de son année de freshman là-bas; Yves Berger, qui a trouvé sa vocation littéraire en « lisant » l’Amérique, celle des Mohicans autant que celle des généraux sudistes, a signé un très beau roman sous le titre des Matins du Nouveau Monde, et voici que l'exilé Julien Green, pourtant né à Paris en 1900, retrouve un Sud baudelairien, celui de l’invitation au voyage, là où tout n'est (pour peu de temps encore .) qu’ordre et beauté, calme .sans grande volupté cependant.A moins que l’on cède à cette sorte de volupté qu'est l’enfoncement dans la torpeur estivale de la Géorgie .à tout moment, dans Les Pays lointains.hommes, femmes et enfants gagnent leurs chambres, où dans la pénombre diurne des persiennes fermées, on fera la sieste; où l’on se balancera.interminablement, dans les fauteuils à bascule .Et, quand viendra la nuit, dans les fragrances entêtantes d’innombrables jasmins, dans les allées bordées de magnolias géants et de sycomores, on se promènera en rêvant au bonheur d’être Photo Éric Jourdan/Le Seuil JULIEN GREEN : « La bêtise battait lourdement des ailes sur le pays » Un autre cru de bordeaux nouveau PARTIE DE CHASSE AU BORD DE LA MER Catherine Lépront Paris, Gallimard, 1987,171 pages MONIQUE BOSCO PARTIE DE CHASSE au bord de la mer; voilà le titre.L’éditeur : Gallimard.L’auteur : Catherine Lépront.C’est un nom que je n’avais même jamais entendu auparavant.Ce qui, d’ailleurs, venant de moi, ne veut strictement rien dire puisque je ne me tiens pas au courant de l’actualité qui passe, des best-sellers de la saison.J’ai quand même été étonnée de voir que Gallimard se risquait à publier des nouvelles d’une « inconnue », puisque ce genre, jusqu’à récemment, avait été déconsidéré par le « monde » de l’édition qui le proclamait « invendable », présumément « boudé par les lecteurs francophones » et autres commerciales fadaises.Sur la jaquette arrière, trois lignes ; « Catherine Lépront habite Bordeaux.Elle a déjà publié trois romans ainsi qu’un ouvrage sur le bateau Charente-Maritime.» Voilà, vous en savez autant que moi.Et, comme vous le savez aussi, Bordeaux, en plus de ses vins, a aussi eu ses écrivains du cru, fortement marqués par leur province et paroisse d’origine, Mauriac en tête.C’est avec une certaine méfiance que je me suis plongée dans les premières histoires.Les trois premieres pour être précise.( Et il y a huit nouvelles en tout, dans ce recueil.) Il me semblait retrouver, ici ou là, cette impression de déjà-lu, déjà-vu-en-tendu.De la belle et bonne ouvrage, certes, mais pas ce frisson qui nous saisit en entrant dans l’inconnu d’une écriture neuve, absolument.Plutôt, comme la bande de Gervaise, chez Zola, allant au musée du Louvre, je cherchais, ici ou là, sur les portraits et vignettes présentés, une ressemblance, un air de famille, de parenté tout au moins, avec telle ou tel, et puis j’ai été conquise.Du moins par les trois nouvelles centrales.J’ai justement retrouvé ce choc que j’avais éprouvé à la lecture de Claire Etche- relli, Elise ou la vraie vie, où une femme, ma contemporaine, me faisait pénétrer de façon sensible et concrète dans le monde du travail à la chaîne, avec ses impitoyables cadences, ses travailleurrs immigrés exploités, univers saisi dans son inhumaine férocité.« Emma ou les contretemps » est une remarquable nouvelle où Catherine Lépront réussit à son tour le tour de force de nous faire vivre un moment, saisir d’un regard toutes les complexités d’une ruche urbaine, en l’occurrence un hôpital.Du haut en bas des hiérarchies.Et tout en mettant en relief son héroïne, le numéro 1115, lingère de son état.Amoureuse d’un brancardier à qui elle finira par accorder un rendez-vous.« Le Contrôleur », dans l’omnibus Poitiers-La Rochelle, est aussi une nouvelle extrêmement juste et sensible où l’auteur réussit à tracer en quelques pages l’itinéraire de cet homme, pris dans l’absurdité d’un métier dont il ressent l’inutilité et l’arbitraire jusqu'à la déraison.« Les Chaussures jaunes de l’Anglais, texte plus onirique, présente, un soir de fete foraine, en un amusant parallèle, deux couples qui s’aiment, se haïssent à mort, avec une vivacité de trait, un humour noir souvent réjouissant.Et les autres nouvelles, me direz-vous ?Les autres ?Partout, il y a un sens du détail vrai, un don d’observation.Plus longues, elles ont peut-être moins d’impact immédiat, plus de « psychologie » à la Mauriac, d’« atmosphère » à la Duras.Comme les taste-vin, essayez d’y goûter, à votre tour, pour choisir le .bouquet qui vous plaira.Il n’est que de partir en quête, de décider ce que vous mettrez dans votre gibecière après votre partie de chasse au bord de la mer.Les vacances approchent.Et la lecture alors y est facile.américains, bien servis par une multitude de Noirs souriants, gantés de blanc quand ils apportent sur la table, dont la nappe est toujours étincelante de blancheur, l’argenterie lourde et la verrerie brillante, le jambom de Virginie, les galettes de maïs et les patates douces à la croûte dorée et caramélisée .Mais c’est la jeune Anglaise, c’est Elizabeth qui, présente à chacune des pages de cette longue chronique sudiste, voit toute chose avec le regard critique d’une petite fille venue de l'Ancien Monde, et qui pourtant fera sa vie dans le Nouveau.Elle v connaîtra les affres de l’amour « défendu » pour Jonathan Armstrong, de l’amour doux et calme pour le fils de son protecteur, Ned Jones, verra les deux hommes de sa vie s’entretuer, dans l’un de ces duels encore fort pratiqués dans l’Amérique à peine sortie du colonialisme, pour enfin, apaisée, regarder son fils de trois ans, « petit être remuant et joyeux ».« Le temps passa, écrit le romancier, dans cet ouragan immobile qui jadis étonnait Elizabeth.Des mois, des années et il n’y avait pas de guerre.Le coton poussait comme de la neige, la neige tombait et se changeait en boue, les discours coulaient riches en poisons, haines et mensonges volaient des chaires Le seuil du suicide MINIMUM VITAL Peter Seeberg Actes sud, 166 pages GUY FERLAND LA PAG E blanche .Quoi de plus terrifiant et paralysant pour un écrivain ?Et, lorsque la vie prend la couleur de la page vierge, il y a vraiment de quoi désespérer.Dans Minimum vital, Torn, un écrivain raté, est dans cette situation précaire lorsqu’un ancien « ami » vient lui offrir 10,000 couronnes pour qu’il écrive un texte-« réel ».Le défi s’avère impossible à relever et entraîne Torn dans une remise en question de son existence.Le texte dense de l’écrivain danois Peter Seeberg fait penser au Murphy de Beckett et à L’Étranger de Camus.En effet, c’est le rapport à soi et au monde du héros qui fait problème.Et le statut de la réalité vacille lorsque Torn déclare ne pas croire au réel.Le Minimum vital, c’est cette conscience minimale du héros, conscience qui se transforme en oubli, en désabusement, en inertie.Peter Seeberg, avec une économie de moyens et beaucoup d’humour, touche au coeur d’un questionnement philosophique riche et urgent dans notre monde contemporain athée et sans valeurs.En dissolvant toutes les illusions qu’on a l’habitude de faire miroiter devant nos projets les plus farfelus, Seeberg actualise une grande question d’un autre Danois célèbre : être ou ne pas être ?Tous les problèmes se ramènent, en définitive, à celui-là.Le génie de Seeberg consiste à mettre en scène cette interrogation difficile, avec beaucoup d’ingéniosité et d’originalité, et à pousser à la limite le ridicule de la condition humaine.Tout en étant agréable à lire, Minimum vital nous fait ainsi réfléchir sainement.i Pour être à l’écoute de ceux qui construisent notre littérature.Agnes Gintara LE MOYNE PICOTÉ Un roman historique plein de vie Barthe intime INCIDENTS Roland Barthes Seuil, 1987, 115 pages JEAN ROYER CES INCIDENTS appartiennent à la vie immédiate de Roland Barthes en certaines périodes de son existence.Ni théoricien ni critique, l’écrivain se fait ici un poète de l’intime.Il note au ’ présent ce qui lui arrive du présent.Ces incidents deviennent les balises de son identité.Il questionne les signes de sa vie émotive et affective.Il nous raconte scandaleusement sa drague, son besoin de séduction, les écarts de tendresse, dans des pages qui appartiennent à une sorte de journal fragmenté.Ici, Barthes nous émeut de sa personne.L’éditeur a donc réuni dans ce recueil quatre séries de textes.« Incidents » est la notation de choses vues et entendues au Maroc en 1968 et 1969.« Soirées de Paris » constitue un récit intime d’événements d’intérêt sexuel entre le 24 août et le 17 septembre 1979.Les autres parties du livre, « La lumière du Sud-Ouest » et « Au Palace ce soir », ne sont pas inédites.Le premier texte, paru dans L’Humanité, évoque sa petite enfance à Bayonne.Le second, paru dans Vogue, rappelle les airs de fête du Palace, cette boîte de la rue du Faubourg- M ontmartre.Ce recueil, par ses pages inédites qui tiennent du journal intime, peut scandaliser les lecteurs qui se contenteraient de Fragments d’un discours amoureux, ce livre d’une pudeur toute littéraire.Barthes aurait-il fait paraître Incidents de son vivant ?Il semble que oui, nous répond l’éditeur.Ces textes nous font voir, en tout cas, Roland Barthes à la fin de sa vie dans une mélancolie extrême et nous en apprennent, non seulement sur sa vie sexuelle mais aussi sur son état d’esprit face à la vie qui se dérobe.Yvon Paré LES OISEAUX DE GLACE 31 469 pages — 19,95$ 279 pages — 16,95$.Un roman d'une grande sensualité J Mackkinc.( )i r I kt te -M k halska Il Ah ion rdc la carie /mslaù Une analyse lucide et passionnante de notre culture QUÉBEC l AMÉRIQUE Andrée A.Michaud LA FEMME DE SATH QUÉBEC i AMERIQUE Un rituel de mots, un envoûtement 260 pages — 17,95$ T 154 pages — 14,95$ Choisissez des œuvres qui reflètent une profonde passion d’écrire.QUÉBEC /AMÉRIQUE d’églises, du nord au sud et du sud au nord.[.] La bêtise battait lourdement des ailes sur le pays, mais il n’y avait pas la guerre.Cinquante trois, cinquante-quatre, cinquante-cinq .» On le voit, le monde des Pays loin tains de monsieur Green, qui revoit le Sud de ses ancêtres, n’a pas encore basculé dans celui de Margaret Mitchell, et l’incendie d’Atlanta n’a rien à voir avec celui des couchants merveilleusement doux, et silencieux, que contemple cette autre exilée, cette enfant sortie du coeur et de la mémoire d’un écrivain français que le hasard a fait naître, vivre et écrire en France.Pour la mélancolie des jours enfuis, pour la nostalgie.qui n’est, hélas ! plus ce qu’elle était, même dans le Deep South des romanciers, il faudra lire — c’est le vrai livre qu’il faut emporter en vacances ! — Les Pays lointains.Vous en aurez pour des heures et des heures.et vous ne verrez pas couler le temps.Par l'auteur de: Quand j’avais cinq ans, je m’ai tué HOWARD IBUTEN HOWARD BU"TEN Monsieur Butterfly K( ÏMAN SKUll.19 95$ Le roman le plus tendre, le plus secret, le plus terrible.Une recherche dans les profondeurs d’un monde secret, celui des enfants qu’on dit «anormaux» (.) et des adultes qu’on dit «normaux».Nicole Zand / Le Monde SEUIL «DW»** -tM***** » V .> IA\ 'TV ' EDITIONS NC SAINT-MARTIN 4073.rue St-Hubert, suite 201 Montréal H2L 4A7 (514) 52’5-4346 10,95$ L’ENTREPRISE ALTERNATIVE Mirages et réalités Harold Bhérer et A ndré Joyal Qu'est-ce qui fait qu'une entreprise est alternative: son mode de gestion ou le mobile de démarrage?La nature de ses produits ou l'idéologie qui la sous-tend?Après avoir étudié 136 entreprises québécoises, les auteurs répondent à la question: travailler autrement — pourquoi et comment?V F.n lente dans toute bonne librairie .A P-6 M Le Devoir, samedi 23 mai 1987 LE PLAISIR /ipc LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es T • livres L’Europe dans l’espace Comment Ariane aussi doit beaucoup aux Allemands GABRIEL GARCIA MARQUEZ : Le prix Nobel colombien semble s'être laissé prendre au piège du récit mené par un autre que lui, ce qui l'empêche de donner libre cours à son incomparable talent de conteur.ARIANE Alain Souchier et Patrick Baudry Paris, Flammarion collection « L'Odyssée », "1986 GEORGE TOMBS LORSQU K, en Amérique du Nord, on pense à l’espace, on pense d’abord presque invariablement aux Américains si proches, et l’on partage avec eux le deuil des sept astronautes de la navette Challenger.Puis viennent les Soviétiques, dont on connaît sans doute moins le programme spatial : que peuvent-ils bien faire pour passer le temps, ces cosmonautes orbi-tant autour de la Terre un, deux, trois mois ou plus ?On n’entend guère parler de l’Agence spatiale européenne, dont un des membres les plus importants est le CNES de France : le Conseil national des études spatiales.Ce livre, écrit par un journaliste scientifique français et un astronaute du même pays qui a fait un voyage dans une navette américaine, nous introduit au programme Ariane, dont la moitié est française.Les industriels de 11 pays d’Europe collaborent pour construire chaque fusée Ariane.Ces fusées mettent ensuite en orbite, à partir de Kourou, en Guyane française, des charges inhabitées, tels les satellites géostationnaires, utilisés pour les communications.Cette pratique permet d’éviter ainsi le risque qu’implique chacun des vols habites des programmes soviétiques ou américains.Chaque programme spatial a son histoire, et Souchier nous raconte celle d’Ariane.À la fin de la Deuxième Guerre mondiale, 60 spécialistes allemands ont introduit en France les techniques tant enviées des V-2 nazies.Tout comme Werner von Braun aux États-Unis, et d’autres scientifiques allemands en Union soviétique, Heinz Bringer est, lui, devenu un leader du programme français, et le père des moteurs Viking et des premier et deuxième étages d'Ariane.Il y eut ensuite quelques années moins glorieuses que chez les superpuissances, pendant lesquelles on fit les essais des fusées, à Hammaguir, en Afrique du Nord, en France, en Australie, et, à partir de 1971, à Kourou, en Guyane française.Le choix de Kourou peut sembler curieux quand on sait que cette ville est située à la limite de la forêt amazonienne, dans le pays du bagne, où le capitaine Dreyfus passa quelques pénibles années, et où la boue charriée par l’Amazone rend si troubles les eaux de la côte Atlantique de la Guyane française que lorsqu’une fusée tombe à l’eau près de l’île du Diable, les plongeurs ont une visibilité d’à peine.trois centimètres.Les auteurs montrent toutefois que ce site est de loin plus avantageux que le cap Canaveral ou la cité des Étoiles, puisqu’il se trouve à cinq degrés seulement de l’Équateur.Le jargon technique peut ennuyer le lecteur non spécialise.Réservoirs de peroxyde d’azote, systèmes Pogo, moteur cryotechnique.Mais, pour comprendre toute l’originalité d'Ariane, il faut passer par là.Les auteurs ont obligeamment mis en regard du texte des encadrés expli- Photo CNES Le lanceur Ariane en 1979.quant le fonctionnement d’une fusée, la mise en orbite géostationnaire d’un satellite et, naturellement, les avantages qu’Ariane peut avoir par rapport à la navette, en ce qui a trait aux lancements.La rêverie de Patrick Baudry sur son premier voyage, prévu en avril 1995, dans l’avion spatial européen Hermès est un des passages les plus amusants de ce livre.Assis à côté d’un astronaute allemand, Baudry attend le moment crucial : « Ça y est ! Décompte final : .3, 2, 1, ZÉRO.Rien, si ! Grondements et vibrations : le Vulcain est allumé.» Et, au bout de quelques minutes d’une accélération féroce, Patrick se retrouve en orbite : en bon Français, il déguste du pâté de campagne (et non un tube de steak déshydraté) en survolant Bordeaux ! Grâce aux abondantes et belles illustrations, Ariane réussit à maintenir l’intérêt du lecteur, et sera apprécié de tous ceux qui veulent mieux connaître le programme qui se présente en alternative : Arian-es-pace.Le site de lancement de Kourou a, d’ailleurs, raflé 50 % des satellites commerciaux, parmi lesquels se sont déjà trouvés des satellites américains et de fabrication canadienne.C’est un ouvrage à recommander.L’aventure d’un cinéaste au Chili Un exil intérieur décrit par Gabriel Garcia Marquez L’AVENTURE DE MIGUEL LITTIN, CLANDESTIN AU CHILI Gabriel Garcia Marquez traduit de l’espagnol par Jean-Claude Masson Paris, Sylvie Messinger, 182 pages MARCEL JEAN « AU DÉBUT de l’année 1985, le cinéaste chilien Miguel Littin — qui figure sur une liste de cinq mille exilés auxquels il est strictement interdit de rentrer au pays — s’est rendu au Chili par la voie clandestine et y a sé-journé pendant six semaines pour tourner plus de trente-deux mille mètres de pellicule sur la réalité de son pays après douze ans de dictature militaire.» C’est sur ce ton neutre et descriptif que commence L’Aventure de Miguel Littin, clandestin au Chili, cet étrange livre signé Gabriel Garcia Marquez.Le Miguel Littin dont il est ici question réalisait un premier film remarqué, Le Chacal de Nahualtoro, en 1968.Puis, quatre ans plus tard, alors qu’Allende était au pouvoir et que Littin était le principal animateur de Chile Films (la compagnie de production nationale), il réalisait La Terre promise, où il exaltait le premier gouvernement socialiste chilien, établi en 1932 et renversé quelques jours plus tard.Avec ce second long métrage, Littin obtenait une reconnaissance internationale et se méritait le prix Georges-Sadoul.Mais, comme si La Terre promise constituait une quelconque prophétie, c’est le gouvernement d’Allende qui allait bientôt être renversé, ce qui obligeait le cinéaste à s’exiler.En 1973, Miguel Littin prend donc la route du Mexique où il réalisera quatre.films : Les Actes de Marusia (1976), nommé à l’Oscar du meilleur film étranger; Le Recours à la méthode (1978), d’après Alejo Carpentier; La Veuve Montiel (1980), d’après Gare:?Marquez; et Alsino et le condor (1982), qui valait au cinéaste une deuxième nomination à l’Oscar.C’est à l’automne 1984 que Littin fait part à un producteur italien de son vieux rêve de retourner clandestinement au Chili pour y filmer les effets de la dictature.Rapidement, ce rêve devient réalité et le cinéaste se retrouve à Santiago, à la tête de trois équipes de tournage européennes arrivées d’Italie, de France et de Hollande sous prétexte de réaliser des films publicitaires et un documentaire sur l’architecture.C’est à la suite de ce voyage, que l’on devine riche en péripéties, qu’est né le livre intitulé L’Aventure de Miguel Littin, clandestin au Chili.Impressionné par l’histoire de Littin, le prix Nobel colombien Gabriel Garcia Marquez s’est attelé à la retranscription des 18 heures de bande magnétique où le cinéaste raconte intégralement son dangereux périple.L’impression principale qui demeure, après la lecture de cet ouvrage prometteur, est la déception.Garcia Marquez semble, en effet, s’être laissé prendre au piège du récit mené par un autre que lui, ce qui l’empêche de donner libre cours à son incomparable talent de conteur.D’ailleurs, l’écrivain semble pressentir cette faille lorsqu’il affirme, en introduction, « [qu’il a] préféré maintenir le récit à la première personne, tel [qu’il l’a] entendu de la bouche de Littin, en tentant de préserver son ton pèrsonnel — et parfois confidentiel — sans dramatisations faciles ni prétentions historiques » (p.10).Quelques lignes plus loin, comme pour se rassurer, Garcia Marquez lance : « Le style de ce livre est le mien, bien entendu, puisque la voix d’un écrivain n’est pas interchangeable, et moins encore lorsqu’il a dû comprimer presque six cents pages en deux cents.» On retrouve dans ces deux citations le germe des principaux défauts d’un livre qui, tiraillé entre deux auteurs, se réfugie sur le terrain neutre de l’écriture terne et platement descriptive.Pour qu’un tel style soit justifié et efficace, il eût fallu une description complète et minutieuse de la situation politique et sociale au Chili.Mais, concentré sur « l’aventure » de Miguel Littin, l’ouvrage n’offre rien de tout cela, seulement des bribes insuffisantes à améliorer notre compréhension des événements.À partir d’un acte courageux, presque héroïque, L’Aventure de Miguel Littin, clandestin au Chili tombe à plat, ne parvient à avoir ni envergure littéraire ni envergure politique.Pour mieux connaître le Chili et le cinéaste, il vaut sûrement mieux se tourner vers États généraux du Chili, le documentaire que Littin a ramené de ce périple et qui s’est mérité trois prix à la Mostra de Venise en 1986.« Prendre en main le temps qui reste et le vivre debout!» .ET PASSE LA VIE Réflexions sur la mort Suzanne Charest en collaboration avec Marcel (Viau), Pascal, Christophe, Emmanuel Québec, éditions Anne Sigier, 1987, 168 pages GUY BOURGEAULT AU TERME de patientes études monographiques, Philippe Ariès a publié deux livres importants sur les attitudes face à la mort depuis le Moyen Age jusqu’à aujourd’hui (1).Parlant de la mort apprivoisée, il décrit, d’abord, l’attitude du chevalier médiéval devant la mort telle que nous la révèle la chanson de geste : le chevalier, averti de sa mort; prend les dispositions requises ou attendues; « gisant au lit malade », dans une sorte d’attitude rituelle qui en fait le président d’une cérémonie publique et organisée, il dit dans une complainte son regret de la vie qu’il va quitter, il pardonne à ses compagnons et leur demande en retour pardon ainsi qu’à Dieu — tout cela dans la plus grande sobriété et sans qu’il y ait place pour l’expression vive des émotions.C’est plus tard, selon Philippe Ariès, que la mort se serait « ensauvagée » et que les rituels qui l’entourent auraient, en conséquence, fait plus large place, pour calmer la peur de la mort et l’angoisse, à l’émotion vive et aux deuils ostentatoires, et, plus récemment, à l’appareil envahissant d’une technologie de plus en plus sophistiquée.Semblable sérénité face à une « mort apprivoisée », quand les récits sont terminés et lorsqu’il s’agit de sa mort à soi et non plus de ceRe.des autres, est-elle possible ?Telle est la question qu’a réveillée en moi, après quelques conversations, la lecture du livre de Suzanne Charest.« Je m’appelle Suzanne Charest.J’ai 45 ans.J’aurai 46 ans dans quelques jours, peut-être.Le médecin vient de rendre son verdict : ‘‘Il n’y a plus de rémission possible à ta leucémie; il te reste quelques semaines à vivre.”.» Sous le choc de cette révélation, à la fois attendue depuis quelque temps déjà (Suzanne est atteinte de leucémie depuis deux ans) et dont, pourtant, elle espérait qu’elle soit autre, Suzanne dit avoir « gardé le silence pendant trois minutes., c’est long trois minutes ! » — après quoi elle a décidé de faire face, de « prendre en main le temps qui reste » pour « le vivre debout » : « Je regarde la mort en face et je me dis : tu ne manqueras pas ta sortie, c’est le point culminant de ta vie ! » Le livré que Suzanne Charest vient de publier fait lui-même partie de l’expérience dont il est le récit : une expérience de confrontation vivante à la mort qui vient; une expérience source de réflexions sur la vie bien plus que sur la mort; une expérience d’échange et de partage jusqu’au bout — avec Marcel, d’abord, son compagnon et mari depuis 13 ans; avec ses trois fils, Emmanuel, Christophe et Pascal; avec ses amis, avec ses lecteurs.Suzanne, depuis plus de deux ans maintenant, voit venir sa mort.Après deux périodes de rémission, la troisième crise devant maintenant l’emporter, elle a fait le choix, refusant « l’acharnement thérapeutique » LES NOUVEAUTÉS TRIPTYQUE Jean C hapdelaine Gagnon Raymond Martin % Dans l’attente d’une aube Qu'en carapaces de mes propres ailes .r _ is Triptyque 1 riptyque \ III II' MU l’illlps Joel Pourbaix Orchidée negre Dans les plis de l’écriture KÜ — fËji 1 riptu|iu DIFFUSION: PROLOGUE.mais non « la médication qui aide à soulager les derniers moments », de vivre le plus pleinement possible les derniers moments de sa vie.Et de les vivre avec les siens — ses « proches », comme elle écrit —, son mari et ses enfants qui développent entre eux « une relation profonde de laquelle je me sens même parfois exclue, une espèce de complicité ».Avec confiance dans leur avenir; avec foi aussi dans le sien et, finalement, dans leur ensemble par-delà la mort.Les mots de Marcel à Suzanne, vers la fin du livre, tout comme les poèmes des enfants parsemés tout au long du récit de Suzanne, disent et font tout à la fois cette vie — jusque dans la dernière confrontation à la mort.(Lors du lancement, les enfants ont dédicacé le livre avec Su-• zanne et Marcel.La page couverture reproduit un tableau de Marcel Viau intitulé Mort-Résurrection.) Suzanne est profondément croyante.Elle a fait un pari — elle redit souvent ce mot — qui n’est pas le mien, mais que je respecte.Elle puise dans sa foi, une foi qui garde l'ouverture de la soif, certitude, confiance en la vie, espérance pour elle et pour les autres, et même joie.Ce qui n’édulcore en rien la souffrance dont elle parle avec simplicité : nuit, séparation, refus et peur, bruit, culpabilité, mal.Séparation surtout : d’avec les siens, d’avec son corps voué très bientôt à une « fin visible ».Réconciliation aussi avec elle- même, avec ses qualités et ses défauts; avec les autres, avec leurs qualités et leurs défauts; avec sa communauté-Église dont elle reconnaît, dans son appartenance, les qualités et les défauts.«Je suis une paysanne dans l’âme », écrit-elle.Le cycle des saisons donne corps à son espérance.Vivant le moment présent, elle attend l’« après » et sa « re-vie » avec une confiante espérance, pour ses proches comme pour elle-même Vivante jusqu’au bout, Suzanne a décidé de présider à la cérémonie de son départ, cérémonie dans laquelle le lancement de son livre a sans doute marqué, après Fonction des malades, un temps fort.Elle veut que cette « cérémonie » soit tout entière placée sous le signe de la vie.Aussi, sans nier la tristesse de la séparation, veut-elle quand même des ballons au salon funéraire; et, faisant toutefois place à la complainte révoltée de Job dans les lectures bibliques qu’elle a choisies avec Marcel, du rouge, du blanc et du jaune à la messe de ses funérailles.Réflexions sur la mort, ce livre ?Oui.Mais, surtout, comme la vie de mon amie Suzanne qui l’a écrit, un hymne à la vie.Et une façon de garder vivant le contact avec ceux et celles qui restent.(1) Philippe Ariès, hissais sur l’histoire de la mort en Occident, du Moyen Âge à nos jours, Paris, 1975; L’Homme devant la mort Paris, 1977.Le printemps poétique chez vlh éditeur MICHEL ALBERT Jours heureux & Sad Nights PAL L CHAMRERLAND Marcher dans Outremont ou ailleurs ANTONIO D ALFONSO Lautre rivage PHILIPPE HAECK L'atelier du matin ÉLISE TURCOTTE La voix de Caria \ yff*" \0fc VLB Éditeur de la grande littérature LFW Lh PLAISIR ' E PL AISIF LE PLAISIR LE PLAISIR es w • livres Le Devoir, samedi 23 mai 1987 D-7 Mai 68: mais que voulaient-ils donc?Une histoire plus politique que sociale de la contestation étudiante GÉNÉRATION Les années de rêve Hervé Hamon et Patrick Rotman Paris, Seuil, 1987, 615 pages MARCEL FOURNIER MAI 68 : déjà 20 ans ! À la fin des années 1960, le mouvement étudiant a ébranlé l’ordre établi, troublé la quiétude des sociétés industrielles avancées.Ceux qui avaient alors 20 ans ont gardé un vif souvenir des « événements de mai 68 » en France : l’occupation de Nanterre et de la Sorbonne, les barricades dans les rues du Quartier latin, les frasques de Connaître Pierre du Calvet Dany le Rouge.Les plus jeunes se demandent s’il faut accorder autant d’importance à des événements qui, même s’ils ont fait beaucoup de bruit, semblent avoir eu peu d’influence sur le cours de l’Histoire.À tous, jeunes et moins jeunes, l'étude de Hervé Hamon et Patrick Rotman, Génération, s’impose par la qualité de la documentation reunie et par la finesse de l’analyse.Et l’éditeur a tout à fait raison de présenter leur ouvrage comme un récit : il se lit comme un roman, avec des dialogues, des intrigues, des histoires d’amour, des rebondissements.Encore une fois, la réalité dépasse la fiction.APPEL À LA JUSTICE DE L’ÉTAT Pierre du Calvet choix de textes, présentation, notes, chronologie et bibliographie par Jean-Paul de Lagrave et Jacques-G.Ruelland Sainte-Foy, Le Griffon d'argile 1986, xii-64 pages FRANCIS-Y.VIGUIÉ CE LIVRE vise à réhabiliter la mémoire de Pierre du Calvet (1735-1786), commerçant français établi en Nouvelle-France en 1758 et auteur de Y Appel à la justice de l’État (Londres, 1784), le premier manifeste des libertés civiles des Canadiens.Soupçonné de traîtrise par certains historiens, honni par les uns, louangé par les autres, Pierre du Calvet apparaît enfin sous son vrai jour, celui d’un immigrant français pénétré de la philosophie des « Lumières » et soucieux de faire partager l’idéal auquel il croit : Liberté, Égalité, Fraternité, Tolérance et Justice.Dans un texte dense et riche, MM.de Lagrave et Ruelland présentent ce personnage historique fort controversé, ami de Fleury Mesplet, le premier imprimeur de Montréal, et de Valentin Jautard, le premier journaliste montréalais, comme étant le porte-parole d’un peuple privé de ses droits les plus fondamentaux.En sélectionnant les passages les plus significatifs de VAppel à la justice de l'Etat — un manuscrit de 328 pages publié à Londres en 1784 par Pierre du Calvet pour protester contre le régime injuste du gouverneur Frederick Haldimand et demander au roi George III que les habitants de la nouvelle colonie anglaise bénéficient des mêmes privilèges accordés aux autres peuples conquis par l’Angleterre — les auteurs montrent combien il pouvait __ DANS LES IITYPO LES MEILLEURS BOUQUINS être périlleux de parler de liberté en ce temps-là, dans un pays qui est néanmoins devenu l’un des leaders dans le respect des droits humains.Publié durant une exposition qui s’est tenue du 16 juin au 14 septembre 1986 à la maison Pierre-du-Cal-vet, dans le Vieux-Montréal, ce livre offre le double avantage de présenter au grand public un personnage peu ou mal connu de notre histoire nationale, et de s’adresser plus particulièrement aux étudiants par son aspect pédagogique, un développement clair, une table des matières très détaillée et des annexes fort instructives.Bref, il s’agit d’un manuel qui intéresse tous ceux que l’histoire des idées concerne.Tout l'art des auteurs est d’articuler l'histoire aux petites histoires et de relier étroitement les événements de mai 68 à l’itinéraire de ceux et celles qui y sont directement impliqués à titre d’« acteurs » : Cohn-Bendit, Régis Debray, Alain Geis-mar, Serge July, Alain Krivine, Robert Linhart, Jeannette Pienkny, Marc Kravetz, etc.Le malaise d’une génération, celle du « baby boom », et aussi celle de fils et filles d'émi-grants, prend figure et acquiert une dimension profondément humaine, donc dramatique.Présentés en annexe, les « repères chronologiques » commencent par la mort d’Albert Camus en janvier 1960 et se terminent par la mort de Michèle Fink, militante du PCF, en septembre 1968.Ce sont, comme l’indiquent bien Hamon et Rotman par leur sous-titre, des « années de rêve » mais, comme tous les rêves, celui-ci a une fin.Mais pourquoi cette génération se met-elle à rever ?Il y a évidemment la conjoncture politique internationale : la déstalinisation de l’URSS avec l’arrivée de Khrouchtchev, la guerre d’Algérie, Cuba avec Fidel Castro et Che Guevara et, finalement, la guerre du Viêt-nam.Autant d’événements qui reçoivent en France un écho considérable en raison de la présence d’un Parti communiste bien implanté et dogmatique.Il y a aussi la crise du système universitaire, vu l’augmentation considérable du nombre d’étudiants.Le double refus de l’autorité — celle du Parti communiste et celle de l’Université — prend la forme d’un large mouvement social de contestation qui, diffus et imaginatif, ne veut être encadré ni par les diverses organisations gauchistes (marxistes-léninistes, trotskistes, etc.) ni par les grands partis.C’est la fête, le mo- ment inattendu d'une vaste prise de parole.Mais que veulent-ils donc tous ces jeunes ?Évidemment, un changement profond de la société française.Hamon et Rotman identifient clairement les enjeux de la contestation étudiante : de la remise en question du système politique et de ses partis traditionnels à la libération sexuelle en passant par le refus des examens et du mandarinat universitaire.Ils nous décrivent bien les actions et les réflexions des principaux leaders, coincés entre le souci de l’organisation et le respect de la spontanéité du mouvement étudiant, entre la volonté d'être à l’avant-garde de la contestation et le désir de confier la prise du pouvoir d'État au mouvement ouvrier.Il leur est cependant difficile, en raison des choix méthodologiques qu'ils ont faits (entrevues, dépouillement des journaux, magazines et revues), de présenter la situation objective et subjective de l’ensemble de la population étudiante et professorale : évolution du nombre d’étudiants et de professeurs, développement des institutions et des disciplines, caractéristiques sociales et conditions de vie des etudiants, organisation de la vie scolaire.Génération est une histoire politique et non pas une histoire sociale, qui met en lumière les activités des leaders, laissant dans l’ombre les « petites peines » des milliers de figurants.Et il donne la stature de héros à des leaders qui n’en sont pas tous et qui ne veulent pas nécessairement le devenir.La formule a ses faiblesses, celle de négliger l’apparition de nouveaux mouvements tel le féminisme, mais elle a l’avantage de permettre au lecteur de suivre le mouvement étudiant « de l’intérieur » et de s’identifier à l’un ou l’autre des acteurs.Qui n'attend pas impatiemment le deuxième tome pour connaître la suite de l’histoire et savoir comment Robert Linhart sort de sa « crise » ou ce qu’il advient de Pierre Goldman, prisonnier de son destin personnel ?Photo Élie Kagan/Le Seuil Au Québec, nous avons cru vivre des événements similaires à ceux qui, en mai 1968, mirent le « feu » au Quartier latin.11 suffit de lire Génération pour se convaincre que nous en étions bien loin ! LE NOROIT souffle où il veut Marcel Rioux pris dc pfés^C ¦cc
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.