Le devoir, 24 octobre 1987, Cahier D
LE PLAISIR fa LE PLÆSft LE PL#JSÜP LEPMrv LE YwAmiïR Nos collaborateurs ont lu .?La Popessa, de Paul I.Murphy et René Arlington/D-2 ?L’Lnivers est dans la pomme, de Marc Fa\reau (Sol)/D-3 ?L'n oiseau virant dans la gueule, de Jeanne-Mance Delisle/D-8D lu milieu, la montagne, de Roger Viau/D-3 ü L Année du polar 87, de Michel Lebrun, Le Polar, de Denis Fernandez Recatala, et cinq romans policiers récents/D-4 ?Colette Stern, de Georges ('onction D-5 ?Les Grands Désordres, de Marie Cardinal/D-5 ?Nathalie Sarraute, de Simone Benmussa, et André Gide, d’Éric Martv/D 5 ?Sur les chemins de Sainte-Victoire, de Jacqueline de Ronully/D-6 ?101 Greatest Wft/efes of the Century, de Will Grimsley/D-6 ?Aménager l'urbain.De Montreal à San Francisco politiques ei design urbains, sous la direction „ 5?"* Germain et Jean-Claude Marsan/D-7 ?Le Silence des intellectuels.Radioscopie de l'intellectuel québécois, de Marc Henrv Soulet/D-7 ?Sillon, de Josémaria Escriva/D-7 ?L'Autre Rivage.d'Antonio d’’Alfonso/D-8 Sans oublier.i Les best-sellers, les ondes littéraires et la vie littéraire/D-2 ?La vitrine du livre D-4 ?L ne nouvelle rubrique : les livres du quotidien D-6 Montréal, samedi 24 octobre 1987 Des «hosties» et des « chriss » Pourquoi sacre-t-on au Québec?Né en Allemagne pendant la Deuxième Guerre mondiale, Heinz Weinmann est diplômé en philosophie et en lettres de l'Université de Wurzburg.Il a enseigné la littérature comparée à l'Université de Parix-X de 1965 à 1969; il est depuis professeur de littérature au cégep de Rosemont.Collaborateur au DEVOIR, il a aussi publié dans plusieurs revues québécoises et européennes et signé des émissions pour Radio-Canada.Dans un essai intitulé Du Canada au Québec.Généalogie d'une histoire, qui paraîtra la semaine prochaine aux éditions de l'Hexagone, Heinz Weinmann se livre à une « enquête généalogique » de l'histoire du Québec à travers les gestes fondateurs de ses actants, « mythiques » ou « réels ».Avec l'aimable permission de l'éditeur, nous publions un extrait du chapitre intitulé « Des hosties aux éclats de verre ou la mort de la Saint-Jean-Baptiste ».HEINZ WEINMANN QUAND on a le Saint Baptiste pour Patron, blasphémer [.] est une habitude qui peut à peine se concevoir.» Pourtant, même sous le haut patronage de Jean-Baptiste, le peuple ca-nadien-français/québécois blasphème plus et autrement que tout autre peuple.Justement, le « blasphème par le baptême », comme le constate douloureusement Paul de Malijay, « c’est un blasphème à la langue ca-nadienne-française ».Blasphème, on s'en doute, qui vise directement le Baptiseur, « grand patron » du Canada français.On s'est contenté jusqu’ici de faire le relevé des blasphèmes québécois qui remplissent des dictionnaires.Mais à aucun moment on n’a essayé de cerner la cause profonde de cette logorrhée blasphématoire qui parcourt le Québec.Certes, tous les peuples qui ont un sacré connaissent le blasphème.D’ailleurs, le terme sacré fait partie de ces mots pri-mitifé relevés par Freud, mots qui signifient une chose et leur contraire.Ainsi, sacrer contient à la fois l’acte de sanctification et l’acte désacralisant, sacrilège.C’est donc la quantité du débit blasphématoire qui étonne d’abord l'auditeur-observateur.On attend évidemment toujours la grande étude socio-linguistique comparée qui fasse le relevé statistique exact et qui calcule la moyenne des blasphèmes que le Français et le Québécois moyen prononcent dans une conversation moyenne ! Débit probablement aussi difficile à calculer que celui des chutes du Niagara.Pourtant, Michel Butor a déjà accompli ce calcul herculéen quasi incommensurable .Bien sûr, les blasphèmes n’ont pas été absents du Régime français, mais ils se gonflent vers le milieu du XIXe siècle en une vague de fond qui balaie dans notre siècle la « Belle province » du Québec.Les mandements des évêques, indirectement, nous renseignent sur l’état de la situation.Mais l’évêque de Montréal a beau avertir ses ouailles que les blasphèmes ne sont pas que des mots « en l’air », mais un crime « injurieux au ciel et excécrable à la terre », rien n’arrête ce flot blasphématoire.S’il nous est difficile de quantifier le débit blasphématoire, nous sommes mieux à même de cerner la « spécificité » du sacre québécois qui le distingue de celui des autres peuples.Les blasphèmes québécois, contrairement à ceux des autres nationalités (française, allemande ou anglaise), qui se disséminent au hasard dans le champ du sacré, ont cette particularité de se concentrer tous autour du sacrifice eucharistique Dans la plupart des autres langues, c’est Dieu, la divinité suprême, qui reçoit la charge maximale de blasphèmes.Le Canadien français d’abord, le Québécois aujourd’hui, à travers ses blasphèmes, désacralise la messe et ce qu’elle a de plus sacrée : l’eucharistie.Si bien que, dans son quotidien, le Québécois dit toute une « messe noire ».Tous les objets du culte, de près ou de loin liés à l’eucharistie, sont convertis en blasphèmes.Hostie ! sans aucun doute tient la vedette, étant le « sacre » le plus « populaire » au Québec.Si commun qü’un simple sifflement fricatif entre les dents le suggère.« sti ».Centre du mystère eucharistique, l’« hostie » subit la charge maximale de l’assaut blasphématoire au Québec.Chriss (Christ) et kâlisse ! (calice) viennent bons deuxièmes dans la faveur populaire des blasphèmes avec probablement une légère préférence pour le premier à cause de sa brièveté (une seule voyelle) et de son crissement carrément expectorant, moins contenu qu’hosfie ! Chriss évidemment désacralise celui qui s’est transsubstantié dans l’hostie, le Christ sacrifié.Le calice contient le vin transformé en sang.Viennent ensuite ce qu’on pourrait appeler les objets périphériques du culte et qui, de ce fait, contiennent moins de charge blasphématoire : tabarnàk ! (tabernacle) et ciboire ! Convenons que, rendus à sacristie !, nous n’avons pas encore quitté le lieu du culte, mais nous sommes loin de l’autel, lieu privilégié de l’eucharistie.Ce qui rend sacristie ! malgré tout populaire, c’est que son parallèle ho-mophonique avec hostie ! (le sifflement des fricatives) donne l’avantage d’un blasphème sans avoir son inconvénient : idéal pour tous ceux qui ont peur du châtiment ! Hâtons-nous d’ajouter que sacrifice !, malgré son abstraction, a aussi une très bonne cote blasphématoire au Québec.[.] Ce qui aggrave la situation du Canada français, déjà passablement chargée de sacrifices, c’est qu’à deux occasions cruciales, lors de la Conquête de 1760, mais surtout lors de celle de 1837-38, le haut clergé se sert de son autorité morale pour réprimer énergiquement tout mouvement d'insoumission contre le nouveau maître, l'Autre.Répression brutale parce qu’elle va jusqu’à brandir l’excommunication et le refus d’inhumer dans un cimetière chrétien tout ceux qui montreraient des velléités de sédition.Bien plus, des hommes comme Mgr Plessis, non contents de prêcher dans l’esprit de saint Paul la soumission à l’autorité civile établie, présentent l’Autre, non comme un étranger, encore moins comme un ennemi, mais comme ami, comme messie rédempteur.À la suite de cette propagande ecclésiastique a pu s’accréditer largement l’idée de la «conquête providentielle».[.) Certes, le Canadien, dans sa vie quotidenne, n’entre pas dans ces sub-tilités théologiques.Cela n’empêche qu’il sent confusément cet enche- Suite à la page D-8 Les rébellions de 1837-38 L’embarras des hommes politiques et des historiens est né de la défaite tn Tin ae semaine procnaine, a rumversite de Montréal, à l’invitation de l’Institut d’histoire de l’Amérique française, de la Société historique du Canada et du Centre interuniversitaire d’études européennes, des historiens vont emprunter de nouvelles pistes en explorant les influences de la Révolution française sur la rébellion de 1837.Près d’une cinquantaine de communications y seront présentées sur ce thème et sur des sujets connexes.Jean-Pierre Proulx actualise le débat avec l’historien Jean-Paul Bernard.JEAN-PIERRE PROULX LE PARTI québécois a embarrassé l’opposition libérale, hier, en présentant une motion pour rendre hommage aux Patriotes de 1837-38, dont on fêtera l’anniversaire dimanche.» C’est ce qu’indiquait une courte dépêche de la Presse canadienne du 17 novembre 1983.JEAN-PAUL BERNARD, historien et professeur à l'Université du Québec à Montréal ; « Quand une rébellion réussit, comme aux États-Unis 50 ans plus tôt, elle unit car on célèbre une victoire.Dans notre cas, c’est rappeler une défaite ! » PHOTO JACQUES GRENIER Le 26 juillet dernier, les restes du Dr Jean-Olivier Chénier étaient en fin inhumés, après un périple rocam bolesque de 150 ans, dans ce cime tière où il fut abattu en 1837.Le pré sident du Parti indépendantiste, Gil les Rhéaume, quittait ostensible ment l’église de Saint-Eustache, fu rieux des propos de l'évêque de Saint-Jérôme, Mgr Charles Valois.L’évêque avait affirmé que « les Patriotes ne voulaient pas se séparer de l’Angleterre ».Visiblement, voilà un sujet embarrassant.Jean-Paul Bernard, historien et professeur à l’UQAM, a publié, voilà quatre ans, Les Rébellions de 1837-1838, un livre passionnant où apparaît crûment la pluralité des interprétations sur ces événements.« Le problème, explique-t-il, est qu’il s’agit là d’une histoire marquée par la divi- Sulte à la page D-8 Le livre de poche au Québec: la grande histoire de petits livres Sur le marché francophone, ce type d'édition serait né chez Fides, sept ans avant le lancement d’une première collection en France JEAN CHAPDELAINE GAGNON SAVIEZ-VOUS que, dès 1946, Fides lançait deux collections de poche, « Alouette blanche » et « Alouette bleue », respectivement consacrées aux écrits religieux et à la littérature québécoise ?Et qu’en conséquence, aussi étonnant que cela puisse paraître, le livre de poche de langue française est peut-être né à Montréal plutôt qu’à Paris.Selon l’ex-libraire bien connu de tous, Henri Tranquille, qui dit tenir cette précision d’un livre intitulé L’A venture du livre de poche.L'enfant de Gutenberg et du XXe siècle, la collection du « Livre de poche », première du genre en France, aurait été lancée le 9 février 1953, par conséquent sept ans après les deux collections de Fides.Bien sûr, on avait pu voir plus tôt des livres minuscules, plus petits que les poches, ou des collections à prix populaire dont plusieurs se souviendront encore, mais le « poche », au sens où nous l’entendons aujourd’hui, n’aurait fait son apparition en France qu’en 1953.Henri Tranquille se rappelle également que, bien avant la Deuxième Guerre mondiale, les Américains avaient déjà leurs collections de poche : des livres si mal reliés qu’ils ne supportaient guère plus d’une lecture ! On serait tenté de croire, puisque Un bibliophile, Raymond Blain, bouquine au rayon des livres de poche québécois, à la librairie Champigny.PHOTO JACQUES GRENIER le marché québécois est restreint, que les lecteurs y sont malheureusement trop peu nombreux, qu’il y a déjà pléthore de collections de poche.Et pourtant des éditeurs n’hésitaient pas, encore récemment, à lancer leur propre collection : « Espace » chez Québec/Amérique, « Courant » chez VLB, « Typo » — la seule qui soit ouverte à tous les genres littéraires, clame fièrement Alain Horic — à l’Hexagone et « Québec/Poche » chez Leméac, par exemple.Par ailleurs, certaines collections sont bien connues et bien établies.C’est le cas de la « Bibliothèque québécoise » de Fides qui aura succédé, en 1979, à la « Bibliothèque cana-dienne-française » : au total, 66 titres auxquels s’ajouteront sous peu trois anthologies de contes et de nouvelles.Personne n’aura oublié non plus le « Livre de poche canadien» du Cercle du livre de France (CLF), collection créée en 1967, qui compte 37 titres.Mais, pour l’instant, la collection la plus imposante, et sans contredit la plus dynamique, reste celle des éditions Stanké, « Québec 10/10 », dirigée par Roch Carrier.Fondée en 1977, cette collection comprend plus d’une centaine de titres de quelque 30 auteurs venus de diverses maisons d’édition.Enfin, comment pourrait-on passer sous silence de nombreuses collections qui, sans être à proprement parler de poche, ne s’inspirent pas moins de ce concept ?On songera, par exemple, aux petites collections de poésie des Écrits des Forges, en passant par la « Petite Collection » Suite à la page D-8 Entre deux La politique au Québec, de 1966 à 1976.Entre la révolution tranquille et l’avènement du Parti Québécois.Raconté par Jean-Paul Lefebvre un acteur-témoin vigilant Stankg les editions internationales alain stanké Itée, 2127, rue guy, montréal h3h 2I9 , (514) 935-7452 D-2 ¦ Le Devoir, samedi 24 octobre 1987 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Fiction et biographies 1 Un certain goût pour la mort P D James Mazarine (D* 2 II y aura toujours des printemps en Amérique Louis-Martin Tard Libre Expression (2) 3 Les Grands Désordres Marie Cardinal Grasset (4) 4 Les Filles de Caleb II Arlette Cousture Qué./Amérique (3) 5 Un singulier amour Madeleine Ferron Boréal (8) 6 La Popessa Murphy/Arlington Lieu commun (6) 7 L’Univers est dans la pomme Marc Favreau (Sol) Stanké (7) 8 L'Amour au temps du choléra G.Garcia Marquez Grasset (5) 9 Simon l'embaumeur Jacques Testart François Bourin (-) 10 Le Démon de l'oubli Michel del Castillo Seuil (-) Ouvrages généraux 1 L'État du monde 87-88 Collectif Boréal (D 2 La Bombe Libre et l'orchidée Fernand Seguin Expression (-) 3 Ces femmes qui aiment trop Robin Norwood Stanké (2) 4 Sauvez votre corps Kousmine Laffont (4) 5 Mafalda s'en va Kino Glénat (3) Compilation faite à partir des données fournies par les libraires suivants : Montréal Renaud-Bray, Hermès, Champigny, Flammarion, Raffin, Demarc Québec Pantoute, Garneau, Laliberté, Chicoutimi : Les Bouquinistes; Trois-Rivières Clément Morin; Ottawa Trillium; Sherbrooke : Les Biblairies G.-G.Caza; Joliette Villeneuve; Drummondville Librairie française Ce chiffre indique la position de l'ouvrage la semaine précédente Les best-sellers « Madame LA POPESSA Paul I Murphy et René Arlington traduit de l'américain par Frédéric Djibril Paris, éditions du Lieu commun 1987, 268 pages PIERRETTE DIONNE SAVAIT-ON que, dans l’ombre du pape Pie XII, il y eut une femme PHOTO CP Le pape PIE XII.LA VIE LITTERAIRE « La mort du genre » DE TOUT TEMPS, la question « Qu’est-ce que la littérature ?» n’a cessé de scander particulièrement l’histoire de la philosophie occidentale.Curieusement, jamais (de Platon à Hegel, de Kant à Sartre) n’a-t-on traité la littérature autrement qu’en l’excluant ou qu’en la niant : est littérature, ou plutôt est considéré comme littérature tout ce qui est fiction, c’est-à-dire tout ce qui n’est pas réel, ou encore, autrement dit, tout ce qui n’est pas.L’idée d’une littérature aisément définissable a nourri, dans la modernité (de Kant à aujourd’hui), des entreprises inouïes de théorisation sans jamais pour autant être à même de procurer une réponse satisfaisante.Face à cette impossible réponse, nous nous demandons aujourd’hui s’il n’existe pas un lieu, même étroit, où s’unieraient littérature et philosophie.Nous nous demandons même si une littérature des philosophes est pensable.La proposition d’une telle liaison dangereuse a la vertu d’inquiéter au moins les philosophes.Fiction ou vérité : et si le vrai n’était que fiction ?Un modèle s’offre à nous dans la figure de la mort du genre.Dans ce modèle, la littérature serait le lieu de l’interrogation.C’est là que — dans une sorte de penser-ensemble — serait acueilû le conflit (la crise) des savoirs.Sa mise en oeuvre pourrait vouloir dire que la philosophie est une sorte de (sera considérée comme une) fiction ininterrompue.C’est autour de cette problématique de « la mort du genre » (la littérature et la philosophie comme genre) que la nbj a réuni 18 penseurs et écrivains du Québec et de l’étranger, qui tenteront de rendre compte des interactions qui unissent le discours philosophique et le discours de la fiction, ce type de fiction que l'on nomme parfois, confusément, littérature.Déjà les titres des communications dorment à penser que la discussion sera animee.Que l’on songe au chemin à parcourir pour aller, dans un sens ou dans un autre, de « la passion du genre » (C.Lévesque) à « la condition post mortt n » (A.Bourgeois), en passant par « l’intervalle irrésolue » (P.Chamberland).Mais peut-être n’est-ce pas encore (G.Leroux) le temps de faire « l’autopsie d’une survivance » (P.Ouellet) ?Peut-être que la réponse éventuelle se trouve dans « la communication sur la communication » (L.McMurray), une performance qui inscrit au coeur même du colloque la crise du genre ?Le colloque sera ouvert par une allocution du directeur général de la Bibliothèque nationale du Québec, Georges Cartier, et il se terminera par une conférence du philosophe français Philippe Lacoue-Labarthe.Renseignements : Jean-Yves Collette, 288-3106.(Guy Ferland, collaborateur au DEVOIR, rendra compte du colloque dans notre édition du lundi 26 octobre.) Un marathon de lecture AU MOMENT où l’on cherche à améliorer la lecture et l’écriture chez nos jeunes, la Société canadienne de la sclérose en plaques organise, en novembre prochain et ce, pour la 10e année consécutive, son marathon de lecture en collaboration avec le réseau scolaire.Cette activité pédagogique a une double vocation : créer chez les jeunes du niveau primaire des habitudes de lecture, en favorisant la fréquentation des bibliothèques publiques et scolaires, et financer la recherche médicale sur la sclérose en plaques, cette maladie du système nerveux central qui frappe 12,000 jeunes adultes au Québec.Le marathon de lecture a reçu l’appui de plusieurs organismes, dont l'Association canadienne des bibliothécaires, l’Association internationale pour la lecture et de nombreuses commissions scolaires du Québec.De plus, plusieurs entreprises privées commanditent le marathon, comme les maisons d’édition Scolastic-Tab, Flammarion et ADP.Les écoles et les enfants du niveau primaire ont jusqu’à la fin du mois d’octobre pour s’inscrire au marathon de lecture et peuvent le faire en communiquant avec la Société canadienne de la sclérose en plaques au (514 ) 849-7591.Une subvention à la papeterie Saint-Gilles LISE BACON, ministre des Affaires culturelles, vient d’annoncer l’octroi d’une subvention de $ 26,000 à la papeterie Saint-Gilles, de Saint-Joseph» Pie XII mystérieuse qui exerça une influence remarquable durant le règne du 271e successeur de saint Pierre ?Cette « amie si bonne et si loyale », comme le disait lui-même le Souverain Pontife, partagea durant 40 ans la vie du chef spirituel de 500 millions de catholiques romains.Dans un ouvrage édité en 1983 et très récemment traduit en français, les auteurs dévoilent ici la vie de soeur Pascalina dont l’« influence sur le pape était souvent plus importante que celle de quiconque au Vatican ».Cette biographie est basée sur une longue série d’entretiens avec la religieuse, les cardinaux Cushing de Boston et Spellman de New York.Soeur Pascalina a voué sa vie au service de Pie XII.Elle a servi, aimé et respecté l’homme souvent impopulaire, influencé celui-ci à tel point que l’on reconnaissait la main de Pascalina derrière les nominations du Saint Père.Ce qui ne fut pas, cependant, sans provoquer, de la part de plus d’un prélat, ressentiment, méfiance, paroles et attitudes misogynes.Entrée au couvent à l’âge de 15 ans, Pascalina y acquit une formation d'enseignante et-d'infirmière.Cette jeune Allemande joua un rôle exceptionnel dans la vie du nonce apostolique Eugenio Pacelli, prélat issu d’une longue lignée d’aristocrates d’Église qui devint par la suite le pape Pie XII.Nommée par sa communauté comme gouvernante de la résidence de Pacelli à Munich et à ses ordres, elle devint rapidement l’objet d’une très grande confiance et, finalement, indispensable.L’ouvrage nous révèle le rôle de Pascalina dans la direction de la maison du prélat Pacelli.Non seulement y organisait-elle la vie quotidienne avec une « précision toute militaire», mais elle agissait aussi comme secrétaire, accordant ou refusant des rendez-vous à ceux qui désiraient rencontrer le délégué du Saint-Siège.Au passage, les auteurs relatent quelques anecdotes qui éclairent la vie de.la religieuse et témoignent du caractère de la relation amicale entre elle et Pie XII.Soeur Pascalina a fait du ski alpin (la nouvelle mode à l’époque) avec Pacelli, piloté une motocyclette, le futur pape assis dans le side-car.De plus, on apprend aussi que, scrupuleusement, elle désinfectait la main et l'anneau épiscopal après chaque audience, qu’elle entrait et sortait du bureau du nonce en toute liberté, surveillait et préservait l’intimité et la tranquillité du futur pape.Touché par sa chaleureuse attention et son aide infatigable, il pria Pascalina de venir le rejoindre lorsqu’il fut désigné secrétaire d’État au Vatican.Elle y entre en 1930 comme domestique et, rapidement, elle se retrouve attachée au service de presse de VOsservatore romano, dirigé par le futur cardinal Spellman.Mais, dès 1926, soeur Pascalina n’est pas absente des prises de décisions de Pacelli, entre autres, lors des longues négociations sur les accords du La-tran.Certes, la participation de Pascalina n’était pas officielle ni reconnue, mais elle voyait là, disait-elle, « une chance inouïe pour une femme».Quand Pacelli fut élu pape, le rôle de la religieuse devint de plus en plus important.Non seulement elle dirigeait le palais papal avec ses quelque 10,000 pièces et 200 escaliers, se déplaçait avec Pie XII en Cadillac limousine (cadeau du cardinal Spellman), écoutait du Beethoven avec Sa Sainteté, mais elle lui proposa même la rédaction de l'encyclique Non Abbi.Durant la Deuxième Guerre, elle fut nommée à la tête du Comité de secours pontifical juif par Pie LITTERAIRES TÉLÉVISION Au réseau de Télé-Métropole, dimanche entre midi et 14 h, Reine Malo propose, à Bon Dimanche, la chronique des livres par Christiane Charette et la chronique des magazines avec Serge Grenier.Au réseau français de Radio-Canada, dimanche à 16 h, Nathalie Petrowski et Daniel Pinard animent La Grande Visite, une émission culturelle où l'on reçoit parfois un écrivain.(Reprise à 23 h 50.) À TVFQ (câble 30), dimanche à 21 h 30, Bernard Pivot présente Apostrophes.Au réseau Vidéotron, lundi à 21 h 30, à l’émission Écriture d’ici, Christine Champagne reçoit l’écrivain Daniel Poliquin.(En reprise le mardi à 14 h 30, le vendredi à 4 h 30, le samedi à 16 h 30 et le dimanche à 10h 30.) RADIO AM À la radio AM de Radio-Canada tous les jours de la semaine à 13 h, Suzanne Giguère reçoit un écrivain au /.Belles Heures.RADIO FM À CIBL.-FM, Montréal, dimanche à 17 h 30, à l’émission Textes, Yves Boisvert lit des pages d’Hélène Dorion À Radio-Canada, lundi à 16 h : Fictions, magazine de littérature étrangère.Chroniqueurs : Stéphane Lépine, Louis Caron et Suzanne Robert.Animatriceè: Réjane Bougé.À Radio-Canada, mardi à 21 h 30 : En toutes lettres, magazine consacré à la littérature québécoise, animé par Marie-Claire Girard.À Radio-Canada, mercredi à 16 h : Littératures parallèles (science-fiction, policier, bande dessinée).Animateur ; André Carpentier.À Radio-Canada, mercredi à 22 h : Littératures.Figures de la littérature italienne.V À Radio-Canada, jeudi à 16 h : Les idées à l'essai.À Radio-Canada, jeudi à 16 h 30 : Correspondances.Deux écrivains s’écrivent.À Radio-Canada, vendredi à 22 h : Trajets et recherches.— J.R.XII.Pour le compte du pape, elle enquêta, par ailleurs, sur les crimes commis par certains membres du clergé de Sicile.Sans mandat officiel, elle s’occupait de la gestion quotidienne des affaires de l’Eglise.Elle exerça un tel pouvoir qu’il était de notoriété publique au Vatican que, pour atteindre l’esprit du pape, il fallait passer par la «puissante vierge ».Elle se fit plusieurs ennemis, particulièrement le cardinal Tisserant.Tombée en disgrâce et devenue indésirable à la mort de Pie XII, elle fut écartée du cérémonial.Une directive du Sacré Collège lui ordonna expressément de quitter le Vatican le jour même des funérailles.La Popessa renseigne le lecteur sur les divers aspects de la politique du Saint-Siège, concernant, entre autres, les nazis durant la Deuxième Guerre mondiale, sur la persécution des juifs à cette même epoque, sur les échanges entre Roosevelt et Pie XII, sur les transferts des richesses vaticanes par l’aumômier général des forces armées américaines (futur cardinal Spellman), sur le scandale financier de l’ordre des Chevaliers de Malte, pour ne nommer que ceux-ci.MM.Murphy et Arlington — ou est-ce l’éditeur ?— avaient laissé espérer plus sur « la femme la plus influente de l’histoire du Vatican », comme on peut lire en page couverture.Nous aurions aimé que la biographie réalisée à partir de plus de 30 heures d’entretien avec La Popessa fasse davantage connaître la personne qu’était soeur Pascalina.Serait-ce la une attente féministe ?Faut poui le cioüe’ UNE PREMIÈRE POUR LES LETTRES FRANÇAISES, LES MILIEUX D’ART ET LES ÉTUDES BIBLIQUES De Jeannine Bélanger et David Silverberg m La poétesse a adapté en vers français les 150 Psaumes de la Bible suivant la Vulgate, la Septante et la Massorah Le graveur les a illustrés par huit planches en couleur, «Vie du roi David» Vient de paraître aux Éditions du Silence Tirage limité; édition de luxe, numérotée et signée, 350 S; édition courante, 125 S; frais de port en sus, 5 %; non disponible en librairie.Commandes postales seulement, à la Société Interdiffusion Case postale 640 394, nie Claude-de-Ramezay Marie ville Québec JOL 1 JO Pour Montréal, au téléphone, composer le: 733-4831 Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS Aujourd’hui 24 octobre de 14 h à 16 h DANY LAFERRIÈRE Eroshima chez vlb éditeur Jeudi 29 octobre de 17 h à 19 h COLETTE BEAUCHAMP Le silence des Médias Éditions Remue Ménage Vendredi 30 octobre de 17 h à 19 h JOVETTE MARCHESSAULT Des cailloux blancs pour les forêts obscures Samedi 31 octobre de 14 h à 16b LOUIS-MARTIN TARD Il y aura toujours des printemps en Amérique tippt aux Editions EXPf^jyon Mardi 3 novembre de 17 h à 19 h MICHEL BÊLAI R Idéal Standard DANIEL MARCOUX Les Interdits Guérin Littérature Jeudi le 5 novembre de 19 h à 21 h CLAIRE LEJEUNE Vendredi 13 novembre de 17 h à 19 h HEINZ WEINMANN DU CANADA AU QUÉBEC • Il 1HX AGONI-, Samedi 14 novembre de 14 h à 16 h JEAN-LOUIS BAUDOIN Produire l’homme de quel droit?Puf Venez regarder avec nous apostrophes le dimanche à 14h30 de9à9 362 jours par année 1120, av.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Le Devoir, samedi 24 octobre 1987 ¦ D-3 LE PLAISIR ,]Pc rrw a rort' ««J LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Sol: comme une chambre des glaces L’UNIVERS EST DANS LA POMME Marc Favreau (Sol) illustrations de Marie-Claude Favreau Stanké, 1987, 205 pages LETTRES QUEBECOISES JEAN-V.DUFRESNE SOL JOUE gros en publiant L’Univers est dans la pomme, le texte intégral de son nouveau spectacle.Rares sont les monologuistes qu’on peut imaginer sans les voir, tant ils ont besoin d’effets de toge pour nous convaincre que leurs bons mots ont du sens.Chez Marc Favreau, le costume est le mot et, à lire posément le texte, pourquoi diable aller dépenser $ 15 pour l’entendre au théâtre ?A publier un livre pareil, il risque donc de se ruiner, le pôvre.Qu'à cela ne tienne, il est déjà si riche de tous ces mots qu’il invente, somme toute comme tous les mots ont été inven- tés, non par la volonté de nommer les choses — ce n’est pas ainsi que se créent les langues — mais par la magie inexpliquée de l’image qui les suscite, pourvu, bien sûr, qu’on ait appris à devenir un adulte sans jamais tout à fait avoir déserté son enfance.Et tel est Sol.Ce que nous apprend Marc Favreau, les enfants le possèdent d’instinct.Les mots sont de minutieuses mécaniques dont il suffit de réagencer l’ordonnance des lettres pour leur donner un sens nouveau.Mais un sens qu’ils possédaient déjà, et c’est le secret, pour ne pas dire la vertu de l’enfance, que de pouvoir en déceler les mille significations, sans effort apparent, pour le plaisir de se les entendre dire.Ainsi, l’hôtesse de l’air devient l’altesse, la rétine la crétine, pâmées et oisives font pâmoi-sives.Deux images ne font plus qu’une, deux émotions en évoquent une troisième qui retient le parfum des deux premières.On dirait quasiment assister au caprice étonnant de la parthénogénèse, comme si les cellules des mots se di- visaient sans mobile visible, un acte de création à l’état pur, pour le seul plaisir de se réinventer.Ou alors, tout est terriblement ordonné dans la tête de cet homme, à qui la nature aurait accordé le privilège de con templer l’intérieur d’un atome sans microscope, ou le cosmos à l’oeil nu — ce qui revient très rigoureusement au même — pour voir comment tout cela bouge merveilleusement.Ajoutez à cela que le cerveau de Marc Favreau n’est pas comme le nôtre constitué d’un somme déterminée de matière grise.Il ressemble plutôt à une mirifique chambre des glaces qui multiplie à l’infini des images dont chacune n’est jamais plus tout à fait la réflexion exacte de celles qui s’y pavanent.Le plaisir de Sol, je dirais, c’est de jouer au plus fin avec les miroirs de sa tête heureuse.L’Univers est dans la pomme rassemble six monologues inédits et une sélection de textes déjà publiés, épuisés hormis « Je m’égalomane à moi-même .!», toujours disponible dans la collection « Poche/Québec PHOTO ANDRÉ PANNETON SOL (Marc Favreau) : un acte de création à l’état pur.10/10»; information particulièrement utile au ministère de l’Éducation qui ne déshonorerait pas la pédagogie en ajoutant ce livre à la liste des manuels scolaires pour enseigner aux écoliers que la maîtrise de la langue peut être source de ravissement.Mais c’est sans doute trop demander.UN OISEAU VIVANT DANS LA GUEULE Jeanne-Mance Delisle Montréal, éditions de la Pleine Lune 1987, 130 pages CHANTAL GAMACHE L’AUTEUR de théâtre Jeanne-Mance Delisle est déjà bien connue du public montréalais pour Un reel ben beau, ben triste.Sa dernière pièce, Un oiseau vivant dans la gueule, a pu être vue à Montréal, l’été dernier, au Festival de théâtre des Amériques.Elle met en scène trois personnages comme « trois hirondelles qui ne comprennent pas la tourmente mais qui la subissent avec leur belle force instinctive », dit l’auteur : une femme, Hélène, et deux hommes, Xavier et Adrien.Ils se dédoublent, se réduisent et se divisent : impossible identification des diffé- Des personnages et un langage qui se déchirent l'HEXAGONE • uerite | prince Gringalet sam, Bobettc Voie LA TRISTE HISTOIRE DE MARGUERITE qui jouait si bien du violon DAVID McKEE Sf # C’est la faute à Edouard Des personnages Tony Ross 'nants.Julien avait peur , du noir ¦mi, fi fi llfâtef ¦ rences.Ce qui est remarquable, dans l’écriture englobante de cette pièce, c’est son morcellement, son jeu al-ternatif des tons entre l’oral et l’écrit.Hélène, à l’intérieur de la pièce, rédige un scénario que tous trois devront jouer et qui bouscule les passions sans issue.En fait, ces textes, celui de Jeanne-Mance Delisle et celui qu’elle prête à Hélène, doivent être dits.Ils appartiennent à l’oralité littéraire du théâtre, si je puis me permettre.Malgré ce caractère fondamental du genre, l’écriture oscille entre une syntaxe propre à l’écrit, un choix de vocabulaire conforme aux normes de la langue écrite, et les élisions, le vocabulaire familier, les ruptures syntaxiques, les hésitations ou les bousculades, les répétitions qui marquent généralement le langage oral.Ces choix ne semblent pas guidés par quelque position dans le texte, ni par l’identité de l’interlocuteur, mais plutôt par l’intensité de lu déchirure PHOTO STUDIO MAURICE JEANNE-MANCE DELISLE.des passions qui articule précieusement son importance.11 n’est donc pas trop tard pour goûter à ce texte.Sa lect ure est des jilus intéressantes.Elle nous place au coeur d’une mobilité de langages et de tons propres à notre monde, dans des rapports neufs et originaux.OH IN RETROUVE DM6 VOTE QUMTBt! ET CHEZ VOUS.IKBM ««un MUÉS Québec BOREAI Pierre Morency EFFETS PERSONNELS I «.je retiens EFFETS PER- l SONNEES de Pierre Morency K comme un des grands livres de la poésie récente au Québec.» Jean Rover l’HEXAGONE #) POÉSIE EFFETS PERSONNELS PIERRE MORENCY Radiographie urbaine Avant que le citadin s’approprie la ville U CANCER AGIT.RÉAGISSEZ! æsst».I ass™ DU CANCER | SOCIETY J 8 f PHOTO ST-MARS ROGER VIAU.Edgar Morin, essayiste lauréat LAUSANNE (AFP) — L’écrivain et sociologue français Edgar Morin s’est vu décerner le Prix européen de l’essai 1987 par la Fondation Charles-Veillon de Lausanne, a annoncé la semaine dernière le jury de la fondation.Ce prix, doté de 20,000 FS (plus de $ 13,000) est destiné à récompenser l’ensemble de l’oeuvre de l’essayiste à l’occasion de la publication de son dernier livre, Penser l’Europe (Gallimard), indique la fondation.L’auteur recevra son prix le 4 décembre prochain à Genève.Le Prix européen de l’essai a été créé il y a 13 ans à la mémoire de l’industriel suisse Charles Veillon, mort en 1971.AU MILIEU, LA MONTAGNE Roger Viau L’Hexagone, collection « Typo » 1987, 302 pages JEAN-FRANÇOIS CHASSAY ON A encore trop souvent tendance à croire qu’après Bonheur d’occasion, de Gabrielle Roy, dans les années 1940, Montréal disparaît presque complètement du paysage romanesque québécois jusqu’à l’arrivée des romanciers du groupe Parti pris dans les années I960: Il existe, pourtant, un certain nombre de romans, dans la décennie 1950, qui, sans être toujours de grands livres — bien que, de toute manière, la notion de valeur soit souvent fort aléatoire — permettent de cerner le portrait de Montréal à l’aube de ce qu’on a nommé la Révolution tranquille.Alexandre Chenevert, de Gabrielle Roy, et La Bagarre, de Gérard Bessette, bien sûr, mais aussi L’Argent est odeur de nuit, de Jean Filiatrault, Les Vivants, les morts et les autres, de Pierre Gélinas, ou Les Inutiles, d’Eugène Cloutier, en sont quelques exemples.Ne serait-ce que par son titre, il apparaît assez clairement que Au milieu, la montagne, de Roger Viau, publié pour la première fois en 1951 et réédité aujourd’hui, un an après la mort de son auteur, s’intégre parfaitement à ce nouveau courant romanesque qui ne fera que s’accentuer au fil des années.En situant l’action de son roman à l’époque de la Crise, Viau a voulu exacerber une situation conflictuelle.Entre la bourgeoisie canadienne-française et le prolétariat n’existent que méfiance et mépris, alimentés par une méconnaissance réciproque.Si, traditionnellement, le boulevard Saint-Laurent divise la ville, c’est ici la montagne qui, symboliquement, se dresse comme un mur pour masquer à une classe l’existence de l’autre.Situation manichéenne ?Partiellement, et c’est le défaut du roman.Les passages les plus faibles se révèlent lorsque l’auteur prend parti, versant dans l’explication didactique.Ils s’avèrent, néanmoins, relativement rares et c’est, paradoxalement, lorsqu’il parle de la bourgeoisie — dont il est issu — que Viau semble le moins à l’aise.Trop caricaturaux, pantins sans grande épaisseur — à l’exception du jeune Gilbert —, ses membres n’ont guère d’intérêt.Trop prévisibles, ils frôlent constamment le stéréotype.Par contre, le portrait de la famille Malo, sur laquelle est centré le roman, est étonnamment riche.De la même façon que Bonheur d’occasion réussissait a faire sentir à que! point la guerre se jouait au-dessus de ceux qui devaient la faire et les dépassait complètement, Au milieu, la montagne rend compte d’une parfaite incompréhension de la crise — entretenue par les pouvoirs en place — chez ceux qui la subissent.Le principal intérêt du roman tient, cependant, au personnage de Jacqueline Malo qui s’impose avec éclat.Ambitieuse, fière, intelligente, elle doit surmonter un double écueil : le milieu où elle est née, qui lui interdit un nombre considérable d’ouvertures; et le fait qu’elle soit une femme, dans un univers qui confine celles-ci à un rôle très limité.C’est sans lourdeur excessive que Viau rend compte de cette situation qui la maintient agressivement — on lui rappelle assez souvent ses origines qu’elle ne pourrait, même si elle le voulait, les oublier — en état d’infériorité.La rencontre fortuite de Gilbert Sergent lui ouvre les portes d’un monde où elle ne croyait pas pouvoir un jour pénétrer.Il n’y aura cependant pas de happy end.Sans qu’il apparaisse comme un lâche ou un hypocrite aux yeux du lecteur — ce qui donne plus de poids au constat —, Gilbert ne pourra résister à la pression sociale et rentrera dans le rang, abandonnant Jacqueline à ses illusions.Malgré ce que les apparences pourraient laisser croire, elle n’a rien d’une arriviste.L’ascension sociale est intégrée comme passion et non comme besoin.Une stricte bipolarité oppose, dans l’évolution de Jacqueline, les non-valeurs (vanité, mensonge, conformisme, égoïsme) à sa protestation généreuse et à sa puissante affirmation.Réelle dans une société de conventions et d’obligations, elle est, profondément, une étrangère : héroïne sans filiation, elle retourne à la fin chez elle, « non plus comme dans un endroit de passage, mais comme dans un refuge où échouent les épaves pour y pourrir » (p.303).La narration, omnisciente, joue un rôle prépondérant dans le façonnement de cet univers urbain où les individus, plutôt que de vivre, se contentent souvent, cahin-caha, de survivre.L’écriture ne sourd pas de la ville mais s’exprime sur elle.Ce n’est que plus tard, dans les années 1960 et surtout les années 1970, que le citadin va prendre lui-même la parole à mesure qu’il s’appropriera la ville.'’¦'H» V\\V\Y« % S WÊÊÊÊ wÿmmjt'1' ÿpr : • MWmSÊm mSÊW tefe.•b, S E S E UJ-L, Canadien U valaur du prix «part de la daalinatton choWa O PREMIER PRIX: deux billets d'avion vers n'importe quelle destination (sauf Bangkok) desservie directement par O DEUXIÈME PRIX: deux billets d’avion vers n'importe quelle destination sur le continent nord-américain, desservie directement par Canadian O Du 21e au 30e prix: des jeux questionnaires LE DOCTE RAT, d'une valeur de 32,95$ Ce concours est organisé par les ÉDITIONS DU BORÉAL avec la participation de Canadi»n le devoir MF La valaur du prix dépend da la deetlnaton chou O Du 3e au 20e prix: des lots de livres des Éditions du Boréal, d'une valeur de 82,35$ GRAND CONCOURS ÉTAT DU MONDE 1987-1988 Découvrez le nouvel ÉTAT DU MONDE et courez la chance de gagner l'un des 30 prix offerts! Participez dès maintenant en vous procurant un bulletin de participation et le règlement chez votre libraire participant ou aux Éditions du Boréal. D-4 B Le Devoir, samedi 24 octobre 1987 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LA VITRINE DU LIVRE GUY FERLAND HISTOIRE Heinz Weinmann, Du Canada au Québec, généalogie d’une histoire, L’Hexagone, coll.« Essai », 477 pages.CETTE HISTOIRE des mentalités québécoises entend éclairer révolution historique du Québec à la lumière psychanalytique.L’origine du pays, les « meurtres fondateurs » refoulés de notre société prennent racine dans les profondeurs de notre inconscient.Ce qui expliquerait le mouvement oscillatoire de notre désir de libéralisation.L’ouverture et la fermeture du Québec à l’Autre (à l’ennemi) dépend ainsi de notre prise de conscience de ces mythes fondateurs.C’est ce qu’entreprend de nous dévoiler cet auteur d’origine allemande, collaborateur au DEVOIR, dans ce remarquable et complexe essai.Jean Hamelin et Jean Proven-cher, Brève Histoire du Québec, Boréal, 126 pages.PUBLIÉ une première fois, il y a près de 15 ans, sous le titre Le Canada français : son évolution historique, ce petit livre a été remanié pour tenir compte des acquis de l’historiographie contemporaine.Dans un langage clair et vivant, il retrace les grands événements de l’histoire du Québec.Ce survol rapide d’une histoire complexe permet d’embrasser d’un seul coup d’oeil l’évolution de la «belle province».ÉROTISME Étiemble, L’Érotisme et l’amour, Arléa, 155 pages.ÉTIEMBLE ne mâche pas ses mots dans ces textes des plus virulents et sensuels à la fois.Il dénonce la pornographie sous toutes ses formes; il attaque ses promoteurs et prône un sain retour à l’amour dans lequel l’érotisme retrouverait ses lettres de noblesse.Aucune pudibonderie dans cet appel, mais un simple désir de départager l’ivraie du bon grain.ESSAI Luce Irigaray, Sexes et parentés, les éditions de Minuit, coll.« Critique », 222 pages.CES CONFÉRENCES (dont une a été prononcée à Montréal) font une suite logique à L'Éthique de la différence sexuelle qui tentait de cerner une définition d’une éthique possible entre les sexes.Cette dernière question est abordée, dans ce recueil, selon la double dimension des genres et de leurs généalogies.Une citation permet de comprendre toute la portée des concepts mis en question : «Qu’elles (les femmes) souhaitent une égalité de salaire ou de carrière peut se comprendre.Mais au nom de quoi ?Il leur sera facilement objecté qu’elles ne peuvent fournir un travail égal du fait qu’elles sont enceintes, doivent s’occuper des enfants, de la maison, etc.Cela ne représente pas une raison de sous-paiement.Mais le salaire et la reconnaissance sociale doivent être demandés au nom de l’identité et pas de l’égalité.Sans les femmes, plus de société.Él-les doivent le faire entendre et réclamer, pour elles, une justice appropriée à leur identité et non quelques droits temporaires et annexes à la justice des hommes.» Etiemble j ’L’ EROTISM R i j LT "1 | L’AMOUR j l tsxiis , £ f%\ arléa BIOGRAPHIE Dave Greber, Paul Desmarais, un homme et son empire, traduit de l’anglais par Normand Paiement, les éditions de l’Homme, 347 pages.IL FALLAIT bien un journaliste albertain pour percer la dure carapace de secrets dans laquelle se terre le pdg de Power Corporation.Le titre anglais de l’ouvrage (Rising to Power) rend bien compte de l’intention de l’auteur : relater la montée au pouvoir de cet homme qui a investi un seul dollar en 1951 pour se retrouver aujourd’hui à la tête d’un empire de plusieurs milliards de dollars.MÉDIAS Colette Beauchamp, Le Silence des médias.Les Femmes, les hommes et l’information, les édi-tions du Remue-Ménage, coll.« Itinéraires féministes », 281 pages.JOURNALISTE depuis 25 ans, Colette Beauchamp veut lever le voile sur l’état lamentable de l’information transmise par les médias.Ce livre engagé dénonce Fiction & de John Mawkes Innocence in extremis un récit Seuil l'hégémonie masculine dans le domaine de l’information qui déforme le métier de journaliste.Le défi, pour les femmes, dans notre époque de communication : investir le pouvoir de l’information.PAUVRETÉ Bronislaw Geremek, La Potence ou la pitié.L’Europe et les pauvres du Moyen Âge à nos jours, traduit du polonais par Joanna Arnold-Moricet, Gallimard, coll.« Bibliothèque des histoires », 330 pages.CE CONSEILLER de Lech Walesa, spécialiste de réputation mondiale des marginaux du Moyen Âge et de la Renaissance, trace le portrait des pauvres et des réactions contradictoires qu’ils suscitent depuis le Moyen Age jusqu’à nos jours.Cette monumentale somme de savoirs remet en question nos propres comportements à l’égard des plus démunis.ROMAN John Hawkes, Innocence in extremis, Seuil, 120 pages.FAISANT SUITE aux extravagantes Aventures dans le commerce des peaux en Alaska, ce récit raconte l’éducation sentimentale de l’Oncle Jack lors d’un voyage de famille au château du grand-père, patriarche des Deauville, pres de Chantilly.Jack (il n’avait que 12 ans) apprendra du grand-père toutes les joies que peuvent procurer les créatures de la terre.FOIRE DU LIVRE ANCIEN DE MONTRÉAL Un choix inouï de livres sur tous les sujets et pour toutes les bourses.Et de superbes gravures et cartes anciennes Le Centre Sheraton Momreai 1201, ouest Dorchester Samedi 31 oct.de 12 à 20 heures Dimanche I novembre de 11 à 17 heures Un almanach du roman policier et des crimes plus parfaits que d’autres L’ANNÉE DU POLAR 87 Michel Lebrun Paris, Ramsey, 1986, 351 pages LE POLAR Denis Fernandez Recatala Paris, MA Éditions coll.« Le monde de .» 1986, 187 pages UNE ERREUR JUDICIAIRE Anthony Berkeley Paris, Les Champs-Elysées coll.«Le Masque 1880» 218 pages LE DÉRAPAGE Gilles Perrault Paris, Mercure de France coll.« Crime parfait », 185 pages SALE TEMPS J.van de Wetering Paris, Rivage/Noir 30 1987, 312 pages NE NOUS ÉNERVONS PAS Chester Himes Paris, Gallimard, Folio 1827 1987, 252 pages L’ALLUMETTE FACILE David Goodis Paris, Gallimard, Folio 1826 1987, 244 pages LETTRES.ETRANGERES PIERRE DESCHAMPS MICHEL LEBRUN, « pape du polar » et grand collectionneur de romans policiers — au dernier recensement, il en possédait 21,624 — est devenu la mémoire de la littérature policière.Pour preuve, son huitième guide annuel du roman policier, L’Année du polar 87.Au sommaire : les 695 livres policiers publiés en langue française entre le 1er septembre 1985 et le 31 août 1986, les films policiers sortis sur le grand écran, la liste des collections policières et, oh merveille ! les noms et adresses de toutes les publications spécialisées s’intéressant au genre policier.Le tout complété par « l’almanach du crime » qui, cette année, met à l’honneur le type du savant fou dans la littérature policière.Somme inestimable, cet ouvrage se veut également un indicateur de tendances, son auteur y allant de ses cotes d’appréciation, assorties de commentaires précis et judicieux sur chaque titre.L’Année du polar 87 prend ainsi les allures d’un véritable guide.Dorénavant, on devra dire « le Lebrun », comme il est de convenance de le faire pour « le Michelin » ou « le Gault-Millau », dans leurs domaines respectifs.?* Le Polar, c’est un lexique de 158 entrées qui, de Abel à Westlake, en passant par Caïn et Oedipe, a la prétention de livrer un panorama (complet ?) de la littérature policière.Le livre de Recatala sera utile (!) à quiconque ignore tout de la littérature policière.Déplorons quelques gravissimes omissions : D.Henderson Clarke et Charles Williams, pour ne nommer qu’eux.Étonnons-nous de la présence d’un Lautréamont, par exemple.Évitons de trop insister sur la réduction du roman policier à l’émergence de la figure du Mal dans la Cité, ou sur son assimilation au combat qui s’y mène autour de celle du Père.?Dans un quartier bourgeois de Londres, quelques amis partagent la table de Lawrence Todhunter.En hôte accompli, il relance la conversation avec cette question : « Quel est l’acte le plus utile que peut accomplir avant sa mort un homme condamné par son médecin ?» Mais, vous l’aurez deviné, c’est à lui-même que Todhunter pose la question, son médecin ayant diagnostiqué une imminente et fatale rupture d’anévrisme cérébral.La suite ne sera que délectation.Le lecteur savourera les tourments que s’impose Todhunter avant que de succomber à la logique de l’action criminelle.Il prendra plaisir à le voir se défendre pour être accusé de la mort de l’actrice Jane Norwood.Il s’amusera du traitement que Todhunter inflige à son bourreau.Il admirera sa discrétion afin de préserver la réputation d’une jeune fille.Une erreur judiciaire, d’Anthony Berkeley, est un récit tout en finesse qui plaira aux amoureux d’une Angleterre pétrie de bonnes manières et peuplée de gentilshommes rompus aux exigences de l’étiquette.?Dans Le Dérapage, de Gilles Perrault, un jeune homme qui « aurait pu être un personnage de Musset, ou l’un des héros fragiles de Stendhal », est accusé d’un double parricide.La cour reconnaît toutefois son innocence.Aussitôt sa liberté retrouvée, il n’aura de cesse de confondre son avocat et de faire surgir en lui le Le président du Reader’s JL Digest entre à l’Académie ftu< PARIS (AFP) — Le président du conseil d’administration et directeur général du Reader’s Digest, George V.Grune, a été reçu, mercredi, à l’Académie des Beaux-Arts de France où il a été élu correspondant étranger au fauteuil de Maurice Cou-tot.M.Grune devait, à cette occasion, annoncer un nouveau projet de mécénat de sa société désigné sous le nom de « programme du Reader’s Digest pour l’accueil d’artistes américains à Giverny », a indiqué l’Académie des Beaux-Arts.Ce programme permettra à de jeunes peintres de séjourner six mois dans la petite ville de la région parisienne où Claude Monet avait sa maison et ses célèbres jardins, devenus aujourd’hui un musée.La College Art Association of America est chargée de sélectionner les candidatures.Les premiers lauréats arriveront à Giverny en avril 1988.Un bon conseil doute : Frédéric est-il ou non réellement coupable du meurtre de ses parents ?Commence alors une longue nuit de cofidences, peuplée de mises à mort symboliques et d’actions vengeresses, entremêlée d’un récit d’assises à rebours et de ceux de deux amours juvéniles.Janus, cette nuit-là, méritait bien son nom de dieu des Portes, alors que s’ouvrent à toute volée les coeurs de Frédéric et de son avocat.(Le Dérapage a remporté le prix du Suspense 1987.) ?Longtemps, les auteurs anglo-américains et français ont été les seuls à peupler de leurs cadavres l’univers blême du roman policier.Sous peine d’apartheid fictionnel.Mais voici que, depuis une quinzaine d’années, les choses bougent en cette contrée de la mort obligée.Les nations de la terre se mettent au policier.Au nombre de ces fossoyeurs venus d’ailleurs, il en est un qui a su rapidement creuser son trou au cimetière de l’imagination noire : le Hollandais Janwillen van de Wetering, VW pour les intimes.En moins de temps qu’il ne faut pour écrire son nom, ce peintre des basses oeuvres amstellodamoises s’est vu ouvrir les portes du Panthéon polaréen.Pour preuve, l’auguste revue Lire (numéro juillet-aout) qui, en sa rubrique « Bibliothèque idéale », l’a rangé au nombre des grands maîtres incontournables de la littérature policière.Pour Le Cadavre japonais, il est vrai.Si ce n’était faire affront à Breton, Soupault, Crevel et consorts, le qualificatif de surréaliste siérait on ne peut mieux à Sale Temps.Surprenant, éclaté, hors norme, ce récit d’une non-enquête met en scène tout un petit monde d’êtres marginaux et désabusés, policiers y compris.Il n’en pouvait être autrement, l’action se déroule à Amsterdam, cette métropole européenne de la contre-culture.Le commissaire Jan voue, depuis les bancs de la maternelle, une haine tenace à Fernandus, cousin au second degré et trafiquant de drogue soupçonné des meurtres de trois hippies et d’un banquier.Pour sa part, le policier Gripjstra passe le plus clair de son temps à rechercher une teinte de vert qui, dans une de ses toiles, rendra l’exacte couleur des algues.Son comparse De Gier ne rêve qu’à la Nouvelle-Guinée et flotte le plus souvent dans un nuage hallucinogène.L’agent Cardozo veille pieusement sur sa vieille mère.Cari, un myopathe qui construit des animaux de ferraille, est l’amant en titre de Miss Antoinette, la secrétaire du commissaire qui n’a d’yeux que pour les infirmes, les faibles, les démunis.Toute cette collection de person- nages ubuesques (pardon, Monsieur Jarry ! ) vaque paisiblement à ses petites affaires, alors qu’un grand coup de balai est donné pour débarrasser la police de la ville de ses éléments les plus corrompus.Cette obscure tâche de nettoyage demeurera toujours au second plan; seule compte la vindicte de Jan pour Fernandus qu’une imparable leucémie soustraira aux griffes de la Justice.En somme, Sale Temps est à mille lieues d’être un récit ringard, banal, conventionnel.Avant-garde, en quelque sorte, de cette frange de la littérature policière qui dépeint l'apocalypse urbaine de cette fin de siècle.Comment donc ne pas accoler sous le patronyme de VW le label magistral, rejoignant en cela un solide carré de fidèles qui font passer pour plouc, attardé, martien, quiconque ne vibre pas au seul prononcé de son nom, ne frôle pas l’extase à la seule vue d’un de ses ouvrages, n’est pas pénétré de la grâce dès la première phrase lue.On comprendra, dès lors, la gêne de l’auteur de ces lignes, lui qui n’a pas succombé au charme de ce récit de l’absurde, honteux d’être résolument insensible aux couplets amers de cet étrange credo.L’ennui avec le vague à l’âme, c’est que, pour être communicatif, il faut une âme.Ce qui fait cruellement défaut aux personnages de VM.?Brièvement cette fois, soulignons l’entrée en collection « Folio » de deux titres du roman noir-noir-noir américain.Oeuvre mineure de Chester Himes, Ne nous énervons pas contribuera davantage à ancrer dans les esprits une vision folklorique et vaudevillesque de Harlem.Apprécions au passage le personnage de Gueule-Rose, un Noir albinos associant la loufoquerie et la naïveté à la méchanceté puérile.Dommage que l’homme noir américain représenté par Himes souffre d’être encore le petit-fils de l’Oncle Torn.?A Avec L’Allumette facile, David Goodis fait pénétrer le lecteur dans un monde où Prométhée dispute à Oedipe le sort d’Andrew.Lequel évitera les flammes de la géhenne grâce à sa prise en charge par Leila.« Au train où vont les choses, lui déclare à la toute fin cette dernière, tu vas dégotter rapidement un boulot régulier, tu vas prendre une piaule quelque part et te fringuer un peu correctement.» Ancêtre de la « beat generation », Goodis se livre ici à un amusant numéro de thérapie freudienne « flyée », alors que l’amour semble vouloir triompher des forces du mal.Une rareté chez Goodis, porté d’habitude au naufrage.Ne fumez pas LA FONDATION DU QUÉBEC DES MALADIES DU COEUR ans une province où l’on rêve de vivre en français l’on doit respirer en .quel défi majeur et réussite! mais ou anglais quelle (Pierre Mathieu) (sV"'\VAn"'\ e\s ' '° v rtc ^ v)."'° P»' V*\\e"e\a P‘'sCCVM"?-‘ LES EDITIONS DES PLAINES ! -.7 "-tw ¦ B: r .'ire Majvv ha.Ri)H fB4 V."\SU''W" LE PETâT DEVOIR 4 A c A m , r » n F < c.— rr t> e.5 1-/2.trevcvod 0 b ô 6 Sdwec tous les mercredis «s- LE PLAISIR/Av LE PLAISIR ‘ LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres Le Devoir, samedi 24 octobre 1987 ¦ D-5 Ni Duras ni Sagan.mais une histoire qui leur ressemble COLETTE STERN Georges Conchon Paris, Gallimard, 1987, 219 pages LE FEUILLETON LISETTE MORIN «O: N TROUVE bien plus de I réalités dans de bons romans que partout ailleurs.»» Celle qui le dit s’appelle Colette Stern et n’écrit pas de romans.Elle se contente d’en lire et, au moment où la rencontre Georges Hé-mon, comédien de cinéma, elle termine, dans le train qui la ramène de Vichy à Paris, Un homme au singulier, de Christopher Isherwood.Si Pierre de Boisdeffre, qui lit aussi beaucoup de romans, ouvre cet automne le tout dernier de Georges Conchon, il ne pourra plus écrire — dans une édition « revue et corrigée » de son Histoire vivante de la littérature — ce que lui inspirèrent les premiers romans de l’auteur de Colette Stern : « À défaut de légèreté, il montrait de l’application, de la clairvoyance, du réalisme.» Une rencontre fortuite, qui se transforme en une passion étonnamment dévorante, cela n’a rien de bien nouveau dans un univers romanesque.Ce qui 1 est davantage, c’est que la dame a 62 ans bien sonnés, et que le monsieur du train n’en a pas 40.Et que celui qui raconte, qui a d’ailleurs le même âge que son personnage féminin, a choisi de les « installer» dans un climat léger, cossu, où l’on roule en Saab, où l’on se fait précéder, chez la dame de ses pensées, par des brassées de roses.Bref, on est entre grands bourgeois, à la campagne comme à la ville : on dîne à La Coupole où chacun et chacune a sa cour d’admirateurs, l’acteur célèbre comme la riche veuve de Stern; on voyage en « club » sélect, même dans les îles anglo-normandes.« Cela se passait à Clermont-Ferrand, sa ville natale », écrit Georges Conchon en nous présentant.l’autre Georges.Par un temps d’hiver où « une lumière de fin de mars repartie à la neige verdissait les visages ».Hémon, dont le patronyme exact est Grandraymond, y vient assister sa mère, qu’on a amputée d’une jambe et qui se meurt, l’artérite ne laissant guère d’espoir de guérison.Quant à Stern — puisque chacun doit ainsi l’appeler, même dans l’intimité, elle a visité ses neveux, à Vichy, où ils attendent un heureux événement.Ces deux-là, qui n’étaient pas faits pour se rencontrer, encore moins pour s’aimer, vivront, pendant de brèves semaines, une relation que l’on pourrait qualifier.d’idéale, le temps que leur accorde le romancier leur évitant l’usure de leur grand sentiment ou la désillusion.Conchon est peut-être et même sûrement mieux connu de ce côté de l’Atlantique comme scénariste.Même son prix Goncourt, en 1964, L’Etat sauvage, devait devenir un film.Mais on n’oublie plus des réussites comme Sept morts sur ordonnance, Le Sucre et, avec la grande, elle aussi inoubliable, Simone Signo-ret, Judith Therpauve.Mais toute brutalité, cette sorte d’efficacité cruelle qui marquait ses scénarii, est exclue de Colette Stern.Ce monde est frivole, charmant, cultivé qui entoure la toujours belle Stern, aux longues jambes, à la poitrine menue, souvent moulée étroitement de jersey noir.Hémon, qui a choisi de faire retraite dans l’une de ces banlieues nouvelles (du type de Cergy-Pontoise où Rohmer vient de situer L’Ami de mon amie), guérit tout ensemble son break-down et le chagrin que lui cause la mort prochaine de sa mère .en sciant du bois.Des stères et des stères, qui lui font des mains calleuses de bûcheron.Quant à Colette Stem, elle vit dans le souvenir, pas toujours agréable, d’un mari que tous ceux qui l’ont connu continuent d’admirer.Ce n’est pas un violoniste, comme Isaac.ni même un pianiste comme le croit quelque temps Georges Hémon.On apprendra, en même temps que lui, vers la fin du roman, qu’il s’agissait d’un joueur.Son génie était dans les cartes.« C’est un faiseur que vénérait la secte», se dit, désabusé, l’amoureux de Colette Stern.« Manier les brèmes comme un dieu, à cela se limitait sa “divinité”.» Le dernier roman de Conchon est — sans doute l’a-t-il voulu ainsi — d’une considérable légèreté.« La frivolité, écrivit un jour Alain, est un état violent ».Douce violence, en tout cas, que celle qui fait se rapprocher et se « reconnaître », en dépit de l’écart d’âge, cette femme intelligente, ironique, qui ne s’attendrit jamais sur sa soixantaine si bien assumée, et le comédien qui revient à son métier, au moment où le quitte celle qui l’a guéri en l’aimant, ou mieux : qui l’a aimé quelque temps pour le guérir.« Il la chercha partout, où il croyait pouvoir la trouver, line la trouva pas », écrit — c’est la » Photo S Salgado/Magnum GEORGES CONCHON.dernière ligne du roman — Georges Conchon.On croirait lire, comme au cinéma qu’il a longtemps et si bien pratiqué, le mot « fin ».de l’absolu De la drogue, de la passion et de l’amour dont toujours tout reste à dire LES GRANDS DÉSORDRES taine avancée, dont les travaux con- i si— i LES GRANDS DÉSORDRES Marie Cardinal Paris, Grasset, 1987, 290 pages LETTRES FRANÇAISES JEAN-ROCH BOIVIN J E NE SAIS plus quel écrivain a dit qu’il avait toujours l’impression d’écrire le même livre et qu’à chaque fois qu’il en terminait un, il avait le sentiment que ce serait seulement dans le prochain qu’il arriverait à l’indicible qu’il voulait dire autrement.Une fois terminée la lecture des Grands Désordres, je me rends compte que Marie Cardinal pousse encore plus loin son exploration des profondeurs abyssales du rapport à la Mère.Même dans La Médee d’Euripide, où elle se met au service d’un classique, c’est de cela qu’il s’agit.A priori, ce n’était pas évident dans Les Grands Désordres, où l’auteur arrive à s’effacer complètement par un habile découpage de la construction romanesque.Où le sujet évident, c’est la drogue la plus dure : l’hé-roine.Or la véritable héroïne, c’est Eisa, psychologue dans la quaran- taine avancée, dont les travaux connaissent une certaine notoriété jusqu’à l’étranger, qui découvre que Laure, sa fille unique, est tombée sous l’empire de la seringue, du « shooter », comme ils disent à Paris.Cela, elle l’apprend de la manière forte.En rentrant de vacances, elle trouve son appartement dans un désordre écoeurant : vomissures, sang coagulé, nourriture séchée, odeur putride, vêtements pêle-mêle.Pendant trois jours, elle nettoie, attend et commence à comprendre qu’elle a tout à apprendre.Et l’on se met à admirer cette femme, sa foi en la connaissance qui doit venir à bout de tout.Elle se documente et comprend vite que ses chances de succès sont infimes.Mais sa décision est irréversible : elle fera tout pour sauver sa fille, sachant bien qu’elle ne pourra compter sur personne, ni même sur ses compétences de psychologue.Ses travaux, sa pratique se sont attachés aux enfants en difficulté.« Eisa a aidé beaucoup d’enfants comme ça : en entrant dans leur désordre .Mais elle y entrait le temps des séances dans son cabinet ou au dispensaire, et puis dans le calme de son bureau pendant qu’elle étudiait les renseignements fournis par chaque patient.Tandis que là, De Sairaute et de Gide NOTES DE LECTURE JEAN ROYER NATHALIE SARRAUTE Simone Benmussa Lyon, La Manufacture coll.«Qui suis-je?», 1987 « JE ME SENS intérieurement tout et personne », dit Nathalie Sar-raute à Simone Benmussa au cours des conversations qui composent l'essentiel de ce petit livre passionnant.On y trouve aussi un texte inédit de l'écrivain * « Le langage dans l’art du roman » ainsi qu’une bibliographie et quelques photos.?ANDRÉ GIDE Éric Marty Lyon, La Manufacture coll.«Qui suis-je?», 1987 DANS SON ESSAI, l’auteur cherche à décrire la mythologie d’André Gide.Avec succès.L’ouvrage se complète des passionnants entretiens de Gide avec Jean Amrouche.Suivent la biographie et la bibliographie de l’oeuvre.Un livre essentiel pour aborder André Gide.PHOTO JACQUES GRENIER MARIE CARDINAL.pour aider sa fille, elle va entrer 24 heures sur 24 dans le désordre de Laure.Ce désordre deviendra son ordre.Ce sera son occupation à plein temps.C’est son plan.» Pendant une centaine de pages, je lisais avec une passion de circonstance ce qui semblait se présenter comme une étude de cas.Les drogués parlent de drogue, exclusivement.Leur conversation est laborieuse et insipide forcément.Il fallait découvrir l’horreur d’Eisa.C’est par le biais d’un nègre, écrivain-fantôme (« ghost-writer », disent les Américains), payé par Eisa pour écrire l’histoire de sa terrible confronta- Nouveauté vlb Une idée de La Vie en rose Qui a peur de?.Quinze nouvelles, écrites par autant de femmes.Le prétexte?Imaginer une rencontre entre ces femmes et leurs écrivaines préférées, ou mieux, faire de ces dernières le personnage central d’une histoire qui serait, elle, écrite dans le style de l’auteure choisie.Par Anne-Marie Alonzo, Aude, Louise Anne Bouchard, Anne Dandu-rand, Carole David, Claire Dé, Carole Fréchette, Lise Gauvin, Micheline LaFrance, Monique Larouche-Thibault, Hélène LeBeau, Hélène Pedneault, Hélène Rioux, Céline Trahan et Élise Turcotte.vlb éditeur tion, que nous arriverons à la connaître.C’est à lui qu’elle relate ces trois ans de lutte à finir avec la drogue.Elle est entrée, « en même temps que dans l’errance géographique, dans une vertigineuse errance intellectuelle.Désormais [.] son intelligence ne servira pas à grand-chose, elle ne saura plus communiquer avec les autres».Nous assistons donc à ces rencontres entre Eisa et son nègre où elle lui raconte en phrases hachurées, haletantes, sa plongée dans l’envers du monde.Aveelui, nous sentons grandir notre admiration pour cette femme qui a le courage de son amour.Elle coupe donc tous les ponts et s’enfuit avec Laure, chaque fois que le manque se fait sentir.Fuites vaines, rechutes nombreuses.La drogue est partout.Eisa, dont toute la vie intellectuelle a été mise au service de l’ordre à engendrer par la connaissance, connaît la déstructuration totale.Elle déco/vr| qu’elle portait au fond d’elle-mêrrle le sentiment inconscient qu’une punition lui était réservée.« Comme si tout était préparé depuis toujours pour cet enfer.» Vient alors le moment où son nègre (qui n’a pas d’autre nom) veut la pousser plus loin que l’anecdote, connaître la fin de l’histoire de Laure, et surtout le fond.Mais Eisa entre dans une phase de retrait.Elle le reçoit encore, mais ne lui parle plus.Bientôt, elle ne quitte plus son lit, réduite à néant.Il continue de lui apporter de petits cadeaux, espérant qu’elle se ressaisisse, constatant progressivement qu’il s’est attaché à son histoire, mais à elle aussi.En désespoir de cause, il laissera près d’elle un magnétophone.Petit à petit, Eisa re- prendra la parole pour sortir de l’abîme, racontant son enfance heureuse, ce mari mort jeune dont elle gardera l’amour intact comme une mystique, la quête du savoir qui a rempli sa vie.On trouve là parmi les plus belles pages du roman.L'écriture de Marie Cardinal est riche, sensuelle, texturée et directe.Chair, sang et âme.La phrase est simple, courte.Les images sont fortes, mais le style reste réaliste, le romanesque demeurant cantonné dans la construction du récit à plusieurs registres.S’y glisse le portrait d’un personnage étrange : le professeur Greffier, spécialiste en thermodynamique, pour qui Eisa a travaillé comme secrétaire pendant de nombreuses années.C’est un être assez répugnant, passionné par sa seule science et doté d’un instrument sexuel remarquable.Instrument dont Eisa se servira pour explorer la sexualité dépouillée de sentiment.Dans ses travaux, elle nourrit sa propre recherche de psychologue et découvre que la loi de l’entropie peut s’appliquer à la machine humaine.Elle ne savait pas, à ce moment-là, que de cette connaissance abstraite du désordre inévitable, elle allait faire l’expérience tragique au contact de l’héroïne, « la poudre du désordre absolu, l’injection d’entropie pure».C’est un roman bouleversant, profondément émouvant, dont le côté savant est soigneusement tenu en équilibre, et qui se révèle, en bout de ligne, une histoire d’amour.De cet amour dont tout toujours reste à dire.« Finalement, l’amour tout simple est beaucoup plus difficile à vivre que la passion, que l’absolu.» AUX EDITIONS LiCf€ EXPP^ion la petite maison de la grande littérature 20 ans Par fo chemin de la lecture 'Cr le Parchemin LIBRAIRE AGRÉÉE Mezzanine, station Berri-de-Montigny 845-5243 Montréal, Québec H2I 2C9 Cette semaine Rég.8,95 $ l> SH#no\otttbc Jg Votent entre la bombe et l'orchidée.|e choisirai la fleur et si I on m'accorde un choix supplémentaire, je prendrai le parti de l'homme " LA BOMBE ET LORCHIDEE de Fernand Seguin 16.95$ En vente dans toutes les librairies.Nouveautés Jack Kerouac Pic Un roman de Kerouac à découvrir 1 l Jack Kerouac 160 |tagos.I4.9S $ Un portrait saisissant du milieu noir des années quarante, ses odeurs, ses couleurs, ses personnages truculents.La langue des Noirs est magistralement rendue par cette traduction signée Daniel Poliquin.Daniel Poliquin Nouvelles de la Capitale Neuf nouvelles à savourer allègrement 144 pages, 14,95 $ Dans un langage parlé.simple, teinté d'émotion s fami I i aies, Daniel Poliquin évoque des souvenirs de jeunesse, des anecdotes amusées ou amères sur des personnages aussi différents qu’intrigants.Gisèle Villeneuve Rumeurs de la Haute Maison Un roman original et exotique Rummdefa HAUTE MAISON g : * * Jfesl Gt*é£e ttMewm 0l*«Ç/AMtwm* 320 pages.18.95 $ L’exotisme du sujet, les retournements de situations, la cohabitation de cultures opposées, l’incessante rêverie sur des parents absents, les caractères attachants rendent cette véritable odyssée inoubliable.QUEBEC/AMERIQUE 7 D-6 ¦ Le Devoir, samedi 24 octobre 1987 LE PLAISIR //se LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR es J • livres LES LIVRES DU QUOTIDIEN La Sainte-Victoire de Cézanne peinte avec des mots d’amour MARC CHAPLEAU Jean-Claude Paquet, Le Pontage coronarien et l’angioplastie coronarienne, éditions de l’Homme, coll.« Mieux connaître une intervention chirurgicale », 78 pages.UN TRÈS BON ouvrage de vulgarisation, sur les tenants et aboutissants d’une intervention.Dialyse et greffe du rein, Chirurgie vasculaire et Ablation du sein figurent parmi les autres titres parus dans la collection.Les renseignements sur l'après-in-tervention — la convalescence, le régime alimentaire, la vie sexuelle — seront bienvenus si, d’aventure, l’un ou l’autre de ces impondérables nous tombe dessus.Paul-Émile Marchand, La Loi et vos droits, éditions de l’Homme, 549 pages.« NUL n’est censé ignorer la loi.» L’auteur de ce guide juridique, avocat de longue date, ne pouvait trouver meilleur commencement.Il y traite, notamment, de droits de succession, de divorce, de faillite et, ah les coquins ! de frais d’avocat.Un bouquin instructif et facile à consulter.De nombreux exemples viennent pallier la sécheresse des textes de loi.Seul petit reproche : le glossaire de la fin contient trop peu de termes.Surtout que, dans ce domaine, on joue souvent sur les mots.LE LIVRE DE LA PHOTO COULEUR fv / .AV lAROUÇSF.MONTE!.En collaboration, Atlas alphabétique : les États du monde, Larousse, 304 pages.PUBLIÉ en 1986, cet excellent atlas répertorie tous les États — même le Vatican et ses quelque 750 habitants — et les continents.Des cartes et de nombreux tableaux appuient les textes bien fouillés et divisés pour chaque État en rubriques : « Le pays », « Les institutions », « Les hommes » (qu’il aurait peut-être mieux valu intituler « La population ») et « L’économie ».Initiative louable, la cinquantaine de tableaux portant sur les statistiques internationales qu’on retrouve en fin d’ouvrage.Micheline Brault-Dubuc et Liliane Caron-Lahaie, Le Compte-calories, éditions de l’Homme, 113 pages.LES AUTEURS, toutes deux diététiciennes, font autorité dans le domaine de la nutrition au Québec.Livrant en quelque sorte la marchandise, elles nous proposent bien plus qu’une autre de ces innombrables « tables » de calories.Le premier chapitre aborde le thème de l’énergie alimentaire, et passe notamment en revue les différents groupes d’aliments.En prime, deux chapitres distincts traitent du fer et du calcium.Dommage que le titre ne rende pas vraiment justice à la qualité du travail.En collaboration, Mon automobile, sa mécanique et son entretien, éditions de l’Homme, collège Marie-Vic-torin et ministère de l’Éducation, 94 pages.DIVISÉ en 10 grandes leçons, ce mini-guide entend nous permettre de faire nous-mêmes les vérifications de routine de nos automobiles, en plus de nous donner un peu plus d’aplomb quand vient le temps de composer avec le vocabulaire sibyllin des garagistes.Les conseils du CAA sont bien là, au détour de chaque chapitre, mais la berline V-8 a $ 10,000 de la page 8 n’a vraisemblablement plus cours.Préférable de se procurer en même temps les quatre lecioüe- fascicules du vocabulaire de l’automobile publiés par l’Office de la langue française.En collaboration, Découvrir le Québec — Guide culturel, les Publications Québec français, 97 pages grand format.UN OUVRAGE hybride, mi-magazine (deux pages de publicité a la toute fin) et mi-album de luxe.Plus de 25 articles, certains signés par des auteurs connus (l’historien Michel Brunet, le père Fernand Harvey) et beaucoup de photos, le tout mis en pages soigneusement, avec raffinement.Du tourisme à l’éducation, en passant par la technologie, la chanson, le roman et l’immigration, les auteurs nous dépeignent, en tant que Québécois, avec force détails, dans une langue plutôt bien sentie.Adrian Bailey et Adrian Holloway, Le Livre de la photo couleur, Larousse/Montel, 213 pages grand format.QUALITÉ d’impression remarquable, comme souvent avec ces albums imprimés aux Pays-Bas.Plus de 700 illustrations.Couleurs éclatantes.Intéressant chapitre d’entrée sur l’historique de la recherche de la couleur; même qu’y est reproduite l’une des toutes premières, prise vers 1870.Tout pour tirer au maximum parti de la photo couleur.Et, pour consacrer le rapport qualité/prix, un glossaire de plus de 300 mots à la fin.Sylvie Sauriol, Ces femmes qui ont réussi : leur vie, leurs rêves, la clé de leur succès, Libre Expression, 219 pages.« LE SECRET des relations publiques est de se faire des amis parmi les journalistes, de savoir se servir d’eux.» L’édifiant propos est d’Helena Rubinstein, l’une des femmes d’affaires dont le portrait est brossé dans cet ouvrage.Estée Lauder, Jane Fonda, Coco Chanel, Agatha Christie, Martina Navratilova, Hélène Lazareff et Régine sont également données en exemple aux femmes — et aux hommes ?— pour qui réussite financière est synonyme d’épanouissement total.Intéressant, témoin d’une mode.SUR LES CHEMINS DE SAINTE-VICTOIRE Jacqueline de Romilly Paris, Julliard, 1987, 190 pages MARIE LAURIER EXPRIMER sa passion pour un être humain, un art, voire un métier, est chose relativement facile.On n’a qu’à utiliser tous les superlatifs ou résumer sa pensée en disant péremptoirement que c’est la femme la plus extraordinaire, le métier le plus beau du monde, le Rembrandt, le Mozart ou le Fellini qui séduit le plus notre sensibilité, et tutti quanti.Peu importe que la passion soit fugace, elle sait nous envahir sporadiquement, intensément, fougueusement.Oui, cela est bien agréable d’être «passionné».Mais, quand il s’agit d’exprimer son amour, cela devient un peu plus compliqué.Ce sentiment est malaise, il nécessite plus de mots, de nuances, d’observation, de patience aussi.On ne peut se contenter de dire, par exemple : j’aime ceci ou cela, cet homme ou cette femme.Il faut expliquer pourquoi, comment cette relation d’amour s’est établie et résiste au temps inexorable.Ce préambule un peu longuet et maladroit m’était nécessaire avant de vous confier tout simplement la beauté, la magie, la délicatesse avec lesquelles Jacqueline de Romilly décrit l’amour qu’elle éprouve depuis 50 ans pour.une montagne, et pourquoi j’en suis tombée amoureuse, moi aussi.Pas n’importe laquelle montagne, cependant : celle de Sainte-Victoire, la « fierté des Ai-xois ».Et elle est en bonne compagnie : Cézanne, Renoir ainsi que de nombreux artistes l’ont photographiée, peinte, dessinée, preuve de « l’extraordinaire attrait qu’elle exerce continuellement », rappelle l’auteur en nous offrant, à la fin de son livre, quelques-unes de ces illustrations.Jacqueline de Romilly, elle, a choisi de parler de son amour pour sa montagne favorite avec des mots enfermés dans un style et une langue superbes que les professeurs de français auraient intérêt à retenir pour des dictées à leurs étudiants (on dit que cet exercice redevient à la mode, bravo ! car cette spécialiste des auteurs de la Grèce antique est aussi une pédagogue qui s’inquiète de la détérioration de la langue, elle qui publiait chez Julliard en 1985 un livre sous le titre L'Enseignement en détresse.) Titanic GENÈVE (AFP) — L’extraordinaire découverte de l’épave du Titanic par 4,000 m de fond, 73 ans après son naufrage dans l’Atlan-tique-Nord, est racontée dans un livre du Pr Robert Ballard qui localisa pour la première fois les vestiges du fabuleux vaisseau.En présentant récemment l’édition française de son ouvrage publié par Madison Press (avec les éditions Glénat en France), l’explorateur américain a exprimé le souhait que l’épave du paquebot demeure un sanctuaire à la mémoire des 1,500 passagers engloutis avec lui dans la nuit du 14 avril 1912.4’hiUpp« Gingras Je désire recevoir.exemplaire(s) du livre “LE DEVOIR’’ J'inclus 19,95$ par exemplaire; (3 $ de frais de port et de manutention inclus dans ce prix).NOM.ADRESSE:.PROVINCE:.CODE POSTAL.MODE DE PAIEMENT: ?Chèque ?American Express ?Master Card ?Visa No.de carte de crédit.Expiration:.¦— Un livre de 295 pages qui retrace l'histoire du DEVOIR depuis sa fondation en 1910 jusqu'à son 75ième anniversaire en 1985.Commande postale seulement.Allouez de 6 à 8 semaines pour la livraison.Découpez et retournez à: Le Devoir, 75 ans.211, St-Sacrement, Montréal, Québec H2Y 1X1 «LE DEVOIR» de Pierre-Philippe Gingras La route vers Sainte-Victoire.La stèle, à gauche, indique l’endroit où Cézanne peignit ce paysage.i : * ; Tout comme les peintres impressionnistes ont immortalisé la Sainte-Victoire, c’est avec une approche impressionniste que Mme de Romilly nous la décrit dans tout ce qu’elle offre de splendeurs, de changements et de surprises, elle qui la connaît dans ses derniers retranchements.Elle va jusqu’à la comparer à « un être vivant dont on consulte les humeurs et dont on admire sans fin les changements de visage.Il y a des heures où elle se vêt d’un gris très clair, mais net et bien tranché sur le ciel avec ses ombres et ses creux.».Pour réussir à nous faire partager un tel envoûtement pour des paysages, nous faire découvrir des collines qu’elle aime depuis toujours, en la suivant dans la petite route du Tho-lonet ou plutôt celle de Cézanne où il « venait en voiture à cheval, peindre la montagne depuis Châteaunoir » il faut un talent d’écrivain que Jacqueline de Romilly maîtrise remarquablement.Avec l’auteur, le lecteur gravit la célèbre Sainte-Victoire, depuis le versant qu’elle préfère avec Cézanne, celui de l’ouest, à Château-noir, laissant à d’autres la vue du nord, depuis Vauvenargues, qui offre « un long pan incliné que le vert des pins couvre jusque très haut ».Au fluet à mesure que nous l’accompagnons dans l’escalade en écoutant une conversation parsemée de réflexions puisées dans sa vaste culture helléniste, Mme de Romilly nous en fait découvrir toutes les beautés, toute la magie.Avec elle, nous respirons les fleurs sans nous attarder à leur nom mais plutôt à leurs parfums, leurs couleurs, leur sauvagerie.Ce chapitre sur les fleurs des collines est un petit bijou de littérature, comme le sont aussi les pages consacrées aux montées de la carrière et du refuge, à l’aller-retour d’une promenade dans la montagne.Vous comprendrez que j’ai adoré ce livre, que j’ai acheté aussitôt après avoir entendu Mme de Romilly en parler à l’émission Apostrophes de Bernard Pivot cet été, pour m’empresser ensuite de le lire au nom de tous les amoureux des montagnes, ne serait-ce que pour me pénétrer de cette phrase sublime : « Il n’y a que la permanence de la beauté et son renouvellement qui chaque fois me surprennent.» Les grands athlètes Maurice Richard et Jacques Plante figurent dans ce panthéon (surtout) américain 101 GREATEST ATHLETES OF THE CENTURY Will Grimsley The Associated Press 1987, 320 pages FRANÇOIS LEMENU (collaboration spéciale) DURANT un demi-siècle, Will Grimsley a rendu compte des plus importants événements sportifs et des plus grands exploits.Sa longue carrière l’a conduit sur tous les continents et sa plume lui a valu à quatre reprises le prix du meilleur journaliste de sport remis annuellement par la NationalSportscasters and Sportswriters Association.Il était tout naturel que l’agence de presse américaine Associated Press confie alors à l’un de ses plus prestigieux collaborateurs le mandat de présenter les 101 plus grands athletes du siècle.Choix difficile, voire impossible car la légende a tendance à grossir les exploits des uns, et le temps à diminuer ceux des autres.Et comment peut-on objectivement comparer des athlètes de disciplines diverses ayant foulé les pelouses des stades à des époques différentes ?Qu’à cela ne tienne, Grimsley s’est mis à la tâche, drapé, il est vrai, dans le Stars and Stripes.Car si le sport est universel, les meilleurs athlètes 101 GREATEST ATHLETES OF THE CENTURY THE BEHIND-THE-SCENES STORIES Of THE SPORTS SUPERSTARS OP THE 1900s ILLUSTRATED WITH MORE THAN 300 PHOTOGRAPHS by WILL GRIMSLEY and The Associated Press Sports Stall || xiuoKtm r de la planète seraient américains.Des 101 athlètes choisis par Grimsley, 81 sont originaires des États-Unis.Dans ce raz de marée, le Canada s’est quand même rappelé au bon souvenir de l’auteur avec sept représentants, tous hockeyeurs, dont Maurice Richard et Jacques Plante.Dix femmes ont, par ailleurs, été retenues, dont six du monde tennisti-que.Les inconditionnels des Stenmark, Moser-Proell, Merckx, Tretiak, Platini et autres Viren, pour n’en nommer que quelques-uns, devront con- sulter une édition européenne pour renouer avec l’élite internationale.Mais, que l’on soit d’accord ou pas (surtout pas) avec les choix de Grimsley, l’intérêt du livre demeure dans la façon avec laquelle il nous fait découvrir ces hommes et ces femmes qui se cachent derrière l’athlète.C’est, en effet, avec un rare talent et un métier sûr que Grimsley nous entraîne au-delà du simple fait sportif pour nous faire découvrir les qualités humaines qui ont animé ces champions.Les nombreuses photographies, d’hier et d’aujourd’hui, nous font également apprécier l’évolution du sport à travers les ans.Ainsi, un cliché des années 50 montre cinq joueurs de basketball sous le panier; ce sont quatre Blancs et un Noir.Une photo des années 80 montre une scène identique mais, cette fois, la proportion a changé : il y a un Blanc et quatre Noirs.OU 19 AU 24 OCTOBRE 1907 Sinn S uni mu m im LE PLAISIR LE PLAISIR; LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR du 14 novembre ^ prochain sera consacré SALON DU LIVRE DE MONTREAL • • et à tous ses participants / V Date de tombée: 6 novembre 1987 Réservations publicitaires Jacqueline Avril: (514) 842-9645 Le Devoir, samedi 24 octobre 1987 ¦ D-7 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Les bons coups de F urbanisme contemporain Et des applications à la problématique montréalaise AMÉNAGER L'URBAIN De Montréal à San Francisco : politiques et design urbains sous la direction d’Annick Germain et de Jean-Claude Marsan Montréal éditions du Méridien, 1987 JEAN-PAUL GUAY LE CHOIX de textes réunis par Annick Germain et Jean-Claude Marsan puise dans le contenu des séries de conférences sur l’aménagement urbain présentées l’automne dernier et l’automne précédent, à la Bibliothèque nationale de la rue Saint-Denis, à l’initiative de la faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal et grâce à la générosité de l’Hydro-Québec.Cet ouvrage fait suite à celui de François Rémillard et Brian Merrett sur les Demeures bourgeoises de Montréal, chez un éditeur montréalais dont l’ambition est de publier une importante série d’ouvrages savants sur l’architecture et l’urbanisme.Celui qu’il lançait récemment s’adresse, en premier lieu, au public des conférences, mais aussi à une large audience de professionnels et d’amateurs, qui sauront apprécier à la fois la qualité des textes, celle de l’illustration et la pertinence du propos.Le titre est en partie trompeur.C’est de Bruxelles à San Francisco, en passant par Strasbourg, Arles et Montpellier, Rome et Barcelone, Boston et Pittsburgh, qu’il aurait fallu titrer pour coller aux référents urbains des expériences ou des recherches dont les auteurs nous font Montréal y figure aussi en bonne part.'' ' ty»L place, grâce à l’introduction de Jean-Claude Marsan, qui tire les leçons des textes retenus et leur trouve des applications à la problématique de l’urbanisme montréalais le plus actuel.Les trois textes qui suivent l’introduction nous parlent de la politique d’urbanisme de trois grandes villes comparables à Montréal.Chacune a voulu, à sa façon, que la somme des interventions d’aménagement concoure à l’amélioration concrète du cadre urbain dont elles ont hérité.San Francisco s’y est pris par une réglementation qui peut paraître tatillonne, mais dont l’avantage est de fonder solidement l’autorité des services compétents.Toronto présente la vision équilibrée d’un processus de design qui soumet la conception du bâti à des directives de cohérence avec le contexte urbain, tout en profitant habilement des occasions d’apporter des correctifs ponctuels à la configuration de l’espace public.Barcelone, enfin, propose le modèle vigoureux d’un urbanisme de projet, qui mise sur une requalification rapide de quelques grands espaces publics, pour susciter le regain de confiance favorable à la réhabilitation des secteurs dégradés.La réputation internationale du maître d’oeuvre de cette politique, l’architecte Oriel Bo-higas, est garante de l’importance de ce texte, dont la lecture, cependant, paraîtra ardue à plusieurs, que ce soit en raison de la rédaction ou en raison de la traduction.La section suivante réunit les contributions où il est question.de places.Deux de ces contributions sont le produit de savantes recherches : l’une sur l’historique de Saint-Pierre de Rome, l’autre sur les « effets déconcertants » d’un historicisme trop entreprenant.Les purs praticiens trouveront davantage leur profit dans les deux autres contributions, celle d’Antoine Grumbach, sur les principes de composition qui inspirent ses projets, et celle de Thomas Piper, sur les transformations à vue d’un espace public bostonnais, le fameux Copley Square.Enfin, la dernière section (je ne l’ai pas lue, mais j'étais présent aux conférences) reprend les intéressantes allocutions du maire de Montpellier, Georges Frêche, et de l’échevin bruxellois Serge Moureaux.Leurs contributions n’ont en commun que de donner la parole aux élus, car la première nous parle d’une stratégie de relance économique par le truchement d’une politique d’équipements culturels; la deuxième (qui aurait pu aussi bien figurer en compagnie de celles d’Oriol Bohigas ou de Kenneth Greenberg) traite du grand virage de l’urbanisme bruxellois, entre l’ère du bulldozer et celle de la truelle.La contribution de Franklin Toker sur l’assainissement de Pittsburgh et une contribution plus théorique d’un universitaire réputé, Manuel Castells, sur les conséquences urbaines de l’actuel virage technologique, ferment l’ouvrage.C’est à ma collègue Annick Germain que revient le mérite considérable d’avoir ficelé tout cela, pour en faire un ensemble cohérent et élégant, dans lequel l’illustration, judicieusement distributee, complète le propos avec aplomb.Un livre à lire et à offrir ! Le Vieux-Port de Montréal.PHOTO LOUISE LEMIEUX La vertu du silence Mais pourquoi rendre les choses si complexes?LE SILENCE DES INTELLECTUELS Radioscopie de l'intellectuel québécois Marc-Henry Soulet Montréal, éditions Saint-Martin, 1987, 219 pages MARCEL FOURNIER ~ LES INTELLECTUELS sont devenus silencieux, ils ne participent plus aux grands débats publics, on les dit même dépolitisés.Hier, leur visibilité sur les tribunes, dans les Une spiritualité pour les laïcs «Des âmes contemplatives au milieu du monde» SILLON Josemaria Escriva Paris, éditions Le Laurier, 1987 RICHARD BASTIEN SILLON est un recueil de réflexions spirituelles que Mgr Josemaria Escriva, fondateur de l’Opus Dei, espérait publier au début des années 1950.La Providence a voulu que le livre ne paraisse pour la première fois dans sa version originale, en espagnol, qu’en 1986, soit 11 ans après la mort de son auteur.Un éditeur parisien, Le Laurier, vient d’en publier une version française tout à fait réussie.Tout comme Chemin, un classique de la littérature spirituelle traduit en une trentaine de langues et dont le tirage atteint maintenant plus de trois millions d’exemplaires, Sillon reflète tout à la fois la profonde vie intérieure et l’incessante activité de Mgr Escriva.S’il est un homme dont on peut dire qu’il a vécu « dans» le Léonard de Vinci en fac-similé 1 (Reuter) — Des ma-onard de Vi: FLORENCEi nuscrits de Léonard de Vinci, jalousement gardés dans les coffres de la Banque de France, verront prochainement la lumière du jour pour la première fois en un siècle — sous la forme de fac-similé.Au prix de près de $ 10,000, les 12 volumes ne rentreront pas, à l’évidence, dans la catégorie du livre de poche.Mais les experts les jugent inestimables dans la mesure ou ils permettront de mieux comprendre l’oeuvre du maître florentin et la soif de connaître qui a inspiré la plupart de ses créations.Les manuscrits — des carnets de notes, pour la plupart — contiennent des dessins et des « écrits au miroir » (Léonard écrivait à l’envers) sur des questions aussi variées que les ma- chines volantes, l’anatomie, les planètes, l’oeil humain, la mécanique militaire, et même des recettes de cuisine.Selon un représentant de la maison d’édition Giunti Editore, chaque manuscrit a été transporté sous escorte à un studio où il a été photographié en présence d’un conservateur français qui tournait personnellement les pages, personne d’autre n’étant autorisé a toucher aux manuscrits, fragilisés par les siècles.« La nouvelle édition remplira le dernier grand vide existant dans l’oeuvre de Léonard et comblera les recherches des savants modernes », a expliqué Luigi Firpo, président de la Commission nationale italienne spécialisée dans les travaux du grand maître.monde sans être « du » monde, c’est bien lui.Toute sa spiritualité repose sur la nécessité d’accorder l’un à l’autre le temporel et le spirituel, la nature et la grâce, le corps et l’âme, sans toutefois jamais les confondre.C’est pourquoi les pensées de Mgr Escriva s’adressent au coeur autant qu’à l’intelligence, à l’homme d’action autant qu’à l’homme de contemplation.Elles nous invitent à être des « âmes contemplatives au milieu du monde» (p.497).Ce que Sillon met bien en lumière, c’est qu’il ne peut y avoir de véritable vie chrétienne sans une certaine unité de vie.Sillon n’est donc pas un traité de vie spirituelle pour ceux qui vivent en marge du siècle.Il s’adresse aux laïcs, dont la vocation consiste, selon le Concile, « à chercher le règne de Dieu précisément à travers la gérance des choses temporelles quyils ordonnent selon Dieu» (Lument Gentium, n.31).Mgr Escriva veut leur procurer, en quelque sorte, les vitamines spirituelles qu’il leur faut pour assumer pleinement cette vocation.Quant aux aspects pratiques de leur engagement dans le monde, à eux de se débrouiller ! On ne s’étonnera donc pas de trouver dans Sillon, en plus de sections traitant de la vie intérieure, de la prière ou de la pénitence, des pages sur la générosité, la joie, l’audace, l’humilité, la sincérité, la loyauté, l’amitié, le naturel, etc.Chacun^de ces sections se termine par une pensée touchant la Vierge Marie, ce qui témoigne de l’accord profond entre l’oeuvre de Mgr Escriva et les efforts de Jean-Paul II en vue de donner un nouvel élan à la dévotion mariale.L’insistance de Sillon sur les valeurs humaines permet d’entrevoir comment peut être comblé le fossé qui existe actuellement entre.te christianisme et la civilisation moderne.Il est heureux que Sillon ait été publié au moment où l’Église, par le moyen d’un synode, s'interroge sur « la vocation et la mission des laïcs dans l’Église et dans le monde, vingt ans apres le deuxième Concile du Vatican ».Le rôle du laïc, en effet, consiste à témoigner d’une vie vécue selon l'Évangile où la religion, loin d’être cantonnée à quelques moments privilégiés, imprègne, au contraire, toutes les activités quotidiennes, même les plus banales.Ce rôle est important parce que nous vivons à une époque de scepticisme où les témoins sont plus volontiers écoutés que les maîtres.Or c’est justement pour des témoins que Sillon a été écrit.mass-mèdias agaçait; aujourd’hui, leur absence de la scène publique inquiète.Cette démobilisation récente est d’autant plus étonnante que les intellectuels québécois projetaient l'image d'un groupe activement engagé dans l’action et la réflexion politiques.Dans un ouvrage qu'il voqiait intituler Le Crépuscule des lumières, le sociologue français Marc-Henry Soulet nous propose une explication.Après s'être entretenu avec un certain nombre de spécialistes en sciences sociales et avoir lu leurs principales publications, il en vient à la conclusion que tout s’est joué au moment du référendum.L’échec référendaire a marqué la « disjonction entre le mot et la chose » ; séparés de l'ensemble de la population, les intellectuels n’ont plus maintenant d’autre choix que de « se mettre en retrait ».« Le résultat référendaire ouvre une blessure profonde qui s’apparente à une amputation.L’intellectuel québécois doit désormais vivre sans le peuple alors même que ce dernier avait jusque-là,occupé une place nodale dans sa constitution et dans son existence.Le cordon ombilical est coupé, bel et bien » (p.95).Pour cette « cassure », Soulet ne blâme pas les intellectuels, même lorsqu’il est sévère à leur égard et qu’il les traite de « parvenus » (p.69), d’« apprentis sorciers » (p.113) ou de « meteques » (p.119).Son intention est de situer la discussion à un autre niveau et d’aborder le problème plus général du « statut de la fonction intellectuelle dans une société d’après la modernité».Le Silence des intellectuels n’est pas, comme l’annonce le sous-titre, une « radioscopie de l’intellectuel québécois » ; on n’y trouve pas, et l'auteur s’en excuse, une « enquête objective approfondie ».L’étude empirique, limitée au champ des sciences sociales, demeure superficielle et ne tient pas compte des nombreuses différences et oppositions qui divisent les intellectuels québécois : âge, sexe, région, formation, ethnie, spécialité, etc.Observateur étranger, Soulet s’est bien gardé d’intervenir dans nos chicanes de famille.Nourrie de la lecture de divers ouvrages portant sur « l'analyse des formes symboliques au sein des sociétés contemporaines» (Lefort, Gauchet, etc.), la démarche se veut d’abord théorique, avec comme point de départ une « esquisse de problématisation de l’intellectuel » (génétique, générique et autoréflexif) et comme objet d’analyse, la société post-moderne.Pour caractériser cette société qu’il dit « intimiste », Soulet parlera de « la loquacité du réel » de « l’irréfragabilité de l’événement » et de « l’immanence de l’identité de soi » (p.154) ; il dissertera aussi sur la « fin de la Fin », la « négation de la société civile » et la « crise de transmission des acquis ».Nous voilà loin du Québec ! Nous nous y retrouvons parfois, par exemple, lorsqu’il est question de I’« essoufflement d’une génération » ou de la « jeunesse comme enjeu ».Mais il n’est jamais facile de suivre Marc-Henry Soulet dans sa démonstration.Ses formulations sont souvent lourdes et son vocabulaire, hermétique : société post-sociale et autoreférentielle, surfonctionnalisa-tion, liquéfaction du champ politique, etc.Qui veut paraître brillant risque parfois d’être obscur ! La cible que vise Soulet est la bonne, mais son tir demeure imprécis.L’auteur est à son premier essai.Nous étions pourtant bien disposés à nous laisser convaincre qu’ici comme ailleurs, disparaîtra bientôt la figure de l’intellectuel aufklarer; nous étions aussi intéressés à connaître sous quelle figure celui-ci réapparaîtra; nous étions, enfin, tentés de suivre les conseils d’un observateur perspicace et original.Mais pourquoi rendre les choses si complexes, multiplier les métaphores et utiliser un langage si obtu ?Qui, parmi nos collègues en 5 ?• ¦ Jean Barbeau 4S 3L Robert Gravel Lire le théâtre Procurez-vous les plus grands textes de la dramaturgie québécoise chez un de nos libraires participants à la "QUINZAINE THÉÂTRE LEMÉAC" Roland Lepage MONTRÉAL • LIBRAIRIE DEMARC 1691, Fleury es! • LIBRAIRIE DEMARC Complexe Desjardins • LIBRAIRIE FLAMMARION 1243, rue Université • LIBRAIRIE FLAMMARION 4380, rue St-Denis • LIBRAIRIE CHAMPIGNY 4474.rue St-Denis • LIBRAIRIE UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL 3221.C hemin de ht Tour • AGENCE DU LIVRE 1246, rue St-Denis • LIBRAIRIE MARCHÉ DU LIVRE 45:>.De Maisonneuve est • MONTREA LOISIR 180, rue Ste-Catherine est • LIBRAIRIE RAFFIN 6722, rue St Hubert •COOP AHUNTSIC 9155, rue St Hubert • COOP ROSEMONT 6400,16e avenue • ENCRIER 1499, rue Laurier est • LIBRAIRIE LEMÉAC 371.tue laurier ouest VILLE LASALLE • FLAMMARION/ SCORPION canvfour Angrignon , BROSSARD » LIBRAIRIE DU SCORPION Mail Champlain REPENTIGNY ?LIBRAIRIE MONK.155, rue Notre-Dame SAINT-JEAN » LIBRAIRIE AU GRIBOUILLAGE 241, boul Champlain SHERBROOKE ?BIBLAIRIE UNIVERSITAIRE 2500, Université » BIBLAIRIE G G C 65, rue Belvédère ?LIBRAIRIE DEMARC .3050, Portland » CLAUDE PAYETTE .30, Wellington Nord AYLMER » LIBRAIRIE AU POINT 200, rue Principale HULL ?LIBRAIRIE DEMARC 320, St-Joseph OTTAWA • LIBRAIRIE DE LA CAPITALE 65, rue Elgin • LIBRAIRIE TRILLIUM 321.Dalhousie CHICOUTIMI • LIBRAIRIE LES BOUQUINISTES 392, rue Racine est VANIER • À ( ENSEIGNE DU LIVRE 240, boul Pierre Bertrand SAINTE-FOY • BOUTIQUE DU LIVRE 2452, boul laurier • LIBRAIRIE LALIBERTÉ 2360, fhemin Sainte-Foy • LIBRAIRIE PLACE LAURIER 2700 boul.Laurier • DE KONINCK Cité Universitaire QUÉBEC • LIBRAIRIE GÉNÉRALE FRANÇAISE 10, Côte de la Fabrique • LIBRAIRIE PANTOUTE 1100, ru»* Saint Jean BEAUPORT • LIBRAIRIE DU BEAU PORT 3333, rueClémenceau SAINT-GEORGES DE BEAUCE • LIBRAIRIE SÉLECT 8585, boul.Lacroix JOLIETTE • LIBRAIRIE RENÉ MARTIN 598, rue St-Viateur TROIS-RIVIÈRES • LIBRAIRIE CLÉMENT MORIN 4125, boul des Forges DRUMMOND VILLE • LIBRAIRIE CENTRE DU QUÉBEC 212, Hériot RIMOUSKI • LIBRAIRIE L'ALPHABET 120.rue St-Germain ouest • LIBRAIRIE COMPTOIR .HORIZON 214.de la Cathédrale RIVIÈRE DU LOUP • LIBRAIRIE J A BOUCHER 230, l-afontaine /\ Collection THEATRE Michel Tremblay Gratien Gelinas Jean-Pierre Ronfard Marcel Dubé sciences sociales, accepterait, après un tel exercice de psychanalyse collective, d’écouter Marc-Henry Soulet pour devenir « un embrayeur de l’exigence de la discussion » et « se faire l’écho de la nécessité de la délibération »?Il y a de fortes chances qu'au bruit des mots, la plupart d’entre nous préfèrent, pour un moment encore, la vertu du silence.ail Les beaux livres pour l9Halloween Des maquillages outrés et colorés, indissociables de l’esprit de fête! Chaque album présente plus de 50 maquillages faciles à réaliser.En vente chez votre libraire Mal couvert 6A?a&e \3.25% mndD 1977, boul.Industriel, Laval, QC H7S 1P6 667-9221 1-800-361-9264 D-8 ¦ Le Devoir, samedi 24 octobre 1987 LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR LE PLAISIR Un Italien au Québec: cet autre rivage jamais atteint Jean E1HIER-BLAIS A Les carnets QUI ne se souvient de Crémazie debout aux abords du fleuve, regardant vers la mer océane, cherchant des yeux le bateau qui revenait de France ?Et de bateau, il ne revint pas.Le vieux soldat mourut comme il avait vécu, dans la solitude et la plainte de l’exil.Carillon, je te revois encore, murmurait-il, tout comme, dans L’Autre Rivage (VLB éditeur, Montréal, 1987), M.Antonio D’Alfonso clame Moüse ou Campo-Basso.Le chant de l’exilé est le même partout.Il tient à une insatisfaction congénitale de l’être.Les exilés sont des hommes qui voient le monde selon un certain angle, penché, comme du pont d’un navire que la mer secoue; c’est ainsi que E.M.Forster décrivait Cavafy à Alexandrie.Cavafy n'était exilé que de l'histoire ; il habitait sa ville, côtoyait le peuple de son enfance dans un decor familier dont il avait appris à scruter les recoins.Ses poèmes sont consacrés à la Grande Grèce, qui dépasse même la Sicile et l’Ilellespont.M.D’Alfonso est d’une essence différente.Il est montréalais (ce qui est une civilisation en soi), québécois, canadien; il écrit en français, en anglais, en italien; son corps et son esprit sont d’ici; son âme, où est-elle ?Il nous dit qu’on la trouvera dans l’avion qui l’amène en Italie, vers cet autre rivage qui représente pour lui la filiation historique et, donc, la découverte des profondeurs de son être.Est-ce vrai ?Est-ce possible ?M.D’Alfonso est d’origine italienne et l’Italie, lorsqu’on a appris à la connaître, s’ancre en vous.J’imagine que, pour les descendants d’Italiens fixés au Québec, en proie à nos hivers, qui constituent, d’une certaine façon, un enjeu dans nos luttes, le désir de retrouver le pays des ancêtres doit être constamment lancinant.Blessure qui a du mal à se refermer et qui saigne.Venus des Abruzzes, fils de paysans, ils se retrouvent ici ouvriers, avocats, poètes.C’est à partir de cette élévation sociale qu’ils prennent conscience de ce qu’ils ont perdu.M.D’Alfonso le note : ce qu’il cherche, en Italie, c’est une terre où il soit chez lui depuis toujours, dont il connaisse chaque détour, à laquelle il appartienne tout entier.Il veut retrouver l’Alexandrie de Cavafy.En lisant, avec une grande émotion, ce beau et grave poème de l’exil, je me disais que notre responsabilité, à nous aussi, était engagée, nous qui n’avons pas su recevoir nos hôtes, les intégrer totalement dans notre vie.Nous n’avons pas su leur donner la fierté d’appartenir à notre nation, parce que nous ne sommes pas un peuple fier.C’est pourquoi des esprits déliés comme celui de M.Antonio D’Alfonso hésitent dans la pluralité des mondes.Il l’exprime avec force : « Il n’est plus nécessaire d’instituer une maison de la censure, on me l’a construite dans la tête.Je sors de ma comunita pour aller où ?Je sors de ma comunita lorsque je te parle en français, mon amour.Je sors de ma comunita lorsque je te parle anglais, my love.Je sors de ma comunita lorsque je parle de l’Italien que je suis, amore mio.» On voit jusqu’où peut aller l’aliénation.Le langage est son soutien.Combien plus malheureux doivent être ces hommes et ces femmes qui ne peuvent exprimer cette souffrance, faute de mots.C’est le cas de la majorité des Québécois, à qui notre bourgeoisie a interdit (interdit encore) d’accéder au langage.M.D’Alfonso, poète, veut se donner, dire ce qu’il est.Son appartenance à l’italianité le lui interdit, il a l’impression de trahir; en face de lui, d’autres êtres qui refusent le dialogue avec le nouveau venu, l’étranger qui a dérangé les habitudes, qui va les amener à se poser des questions.Sur le mode mineur, Germaine Guèvremont a écrit, dans Le Survenant, ce que M.D’Alfonso révèle ici sur le mode majeur.Il faut partir, il faut fuir, il faut avoir des ailes pour s’envoler.« Italiam ! Italiam ! », disaient les compagnons d’Énée, à la vue de l’Italie, car les Latins criaient à l’accusatif.Nous partons et nous nous retrouvons à Guglionesi, au pays des autres, de ceux qui, venus ici, ont consommé le divorce d’avec la mère-patrie et sa civilisation.J’ai consulté mon atlas.Guglionesi (entre Guglinge, Allemagne, et Guguan, Chine) se trouve à la pointe est d’un triangle dont les deux autres angles seraient Rome et Naples.Nous sommes à la fois au bord de la mer et aux marches des Pouilles et des Abruzzes.La mer est l’Adriatique.Plus au nord, il y a Ravenne et Venise; mieux encore (est-ce possible ?), ces montagnes sacrées où errait la Sibylle.Au sud, loin, la ville de Bail, et son port, ouverts sur l’Orient.Le centre de Bari fut construit par le roi Murat.En Italie, tout est histoire.C’est là que M.D’Alfonso est placé en face de son identité.Les siens la lui donnent, obscurcie par le nuage de l’émigration, ce divorce.L’émigration, ce moment de mutation essentiel.Le poème-journal de M.D’Alfonso, poème-aveu, poème-histoire, m’a permis de deviner ce processus de l’émigration.On quitte Guglionesi.On vient vivre à Montréal, on reconstruit tant bien que mal la vie de là-bas.On accepte le destin.Les enfants grandissent, tiraillés entre l’italianité, la canadianité, appelés soudain par la québécité.On Ut dans leurs yeux la souffrance de la non-appartenance.Que deviendra mon fils, le poète ?Dans queUe langue écrira-t-il ?Pourquoi en lui, avec une telle violence, le vieux pays resurgit-il ?Qu’il aille, là-bas, se ressourcer, vivre ce que j’ai vécu, voir les paysages de mon enfance, m’imaginer tel que je fus enfant, dans les rueUes, sur la place de l’égUse.Qu’il y aille et qu’il en revienne nettoyé, purifié, fier de cette culture première, homme enfin ! Son écriture sera sa mémoire.« Quand nous partons, c’est pour revenir meilleurs.».Et là-bas, le poète se rend compte qu’être « wop » comporte aussi sa part d’aliénation.Comment unir ce qui peut n’être que divisé ?Goethe a écrit un poème sur le gingko biloba, arbre à la nature double.Je suis un et deux à la fois, dit-il.Il faudra bien que M.Antonio D’Alfonso en prenne son parti.Il restera, lui aussi, un et deux à la fois.Mais il n’atteindra à cette double unicité que lorsqu’il aura choisi son pays, de sang-froid, en fonction de son existence totale.Chaque Québécois qui s’exprime vivement a connu ce rêve et jusqu’à Michel Tremblay, avec son Édouard à la bouche molle, avachi à la terrasse d’un café, à Paris.Mais la vie est la plus forte, celle qui s’étire au fil des jours vécus ici.Le rêve du vieux pays reste un rêve.Dans Italia mea amore, M.Antonio D’Alfonso énumère les mots qui lui ont servi à ' désapprendre l’Italie.Peu importe.Qu’il le veuille ou non, il est d’ici et permanent, et cet autre rivage, jamais il ne l’atteindra.Les rébellions.Suite de la page D-1 sion.Quand une rébellion réussit, comme aux États-Unis 50 plus tôt, elle unit car on célèbre une victoire.Dans notre cas, c’est rappeler une défaite ! » M.Bernard travaille actuellement à mieux cerner les caractéristiques des protagonistes des affrontements de 1837-1838, affrontements que l’imagerie populaire a déformés en les ramènant souvent à deux ou trois batailles entre quelques centaines de patriotes mal armés et les détachements de l’armée britannique.Jean-Paul Bernard est, à cet égard, en train de mesurer plus justement l’ampleur de la division qui s'était installée dans la population de l’époque.Pour ce, dit-il, il ne faut pas isoler les événements de 1837-1838 du contexte dont ils ont été l’aboutissement.En réalité, il s’agit de deux mouvements de masse qui s’affrontent.À compter de 1832, raconte-t-il, le Parti des patriotes — ou Parti canadien — et le Parti constitutionnel tiennent de nombreuses activités : pétitions, réunions d’organisation, manifestations, qui aboutissent fréquemment à des actions d’intimidation contre l’adversaire.Les journaux, mais aussi les archives judiciaires, ont laissé de très nombreuses traces de cette agitation.L’équipe de M.Bernard a entre- Des «hosties» et des « chriss » Suite de la page D-1 vêtrement du politique et du religieux, ce rapport secret entre le sacrifice eucharistique et le sacrifice civique, politique que l’Église canadienne lui extorque.Ce n'est pas par hasard qu’un moutorf accompagne saint Jean-Baptiste : c'est le bouc émissaire.Saint Jean-Baptiste est le bouc « précurseur » du bouc émissaire qu’est Jésus.Le Canadien français se résigne au rôle de bouc émissaire que le clergé lui demande de jouer.Il se résigne, non sans maugréer.Nous avons déjà constaté que, très ostensiblement, la protestation des Canadiens français vise les lieux du culte : recrudescence, depuis la Conquête de 1760, de l'indiscipline pendant la messe, protestations bruyantes contre la parole venant de la chaire.Mgr Plessis fait état de cette révolte sourde qui gronde pendant la messe, dirigée contre le prêtre.[.] Mais, tant que le curé n’occupe pas encore cette place centrale qui sera la sienne après les événements de 1837-38, tant qu’il n’est pas cette autorité quasi intouchable, la protestation des Canadiens français se dirige directement contre les auteurs du chantage qui extorque le sacrifice politique au nom du sacrifice du Christ.Après 1841, étant donné que le pouvoir de l’Église devient exorbitant, l'indignation du Canadien contre son clergé ne pouvant plus se ventiler directement, elle sera refoulée et s’exprimera de façon détournée, biaisée : par le blasphème.Le blasphème, au Québec, est la révolte verbale de gens qui désacralisent ce au nom de quoi le clergé a demandé de se soumettre politiquement, de se sacrifier : l’hostie.Il est donc normal que ce soit la victime incarnée dans l’hostie qui reçoive la charge « optimale » du blasphémateur canadien-français.Il blasphème le Christ victimisé, parce qu’il n’a pas accepté totalement de se laisser réduire à l’état de victime politique.Dans la logique de ce comportement, il est intéressant de noter que le premier grondement d’une révolte à l’intérieur même de la SS J B se fait contre le mouton et tout ce qu’il représente comme esprit de sacrifice.(Tous droits réservés I9H7.Editions de l'Ilexagone et Heinz Weinmann.) Rencontre / signature avec DENISE BOUCHER HP auteur de «Lettres d’Italie» Le dimanche 25 octobre à 14 h Librairie l’Androgyne 3636, boul.St-Laurent 842-4765 Normand de Beliefeuille HEUREUSEMENT, ICI IL Y A s LA GUERRE T Le paysage, la nuit, le ciel, la ® mer, la lumière, mais surtout récriture.LES HERBES ROUGES — POÉSIE 90RMAND DE BEU.EFEtM.LE LES HERBES ROUGES pris de recenser tous les individus qui, de chaque côté, ont participé à l’une ou l’autre de ces activités, en vue d’identifier les caractéristiques sociales des leaders comme des humbles.L’enquête a donné, à ce jour, des résultats étonnants ; on a dénombré quelque 10,000 personnes du côté des Patriotes et, fait plus inattendu, presque autant chez les Constitutionnels.Et ce n’est pas fini.« Montrer les contrastes des protagonistes, explique M.Bernard, permet d’identifier la nature du conflit.À ce jour, des historiens ont comparé les Patriotes à l’ensemble de la population.Comparer les deux groupes, pense-t-il, devrait être plus éclairant.» Pour l’heure, observe-t-on, 10 % d’anglophones ont participé directement aux activités du Parti des patriotes et, à l’inverse, 10 % de francophones se sont rangés sous la bannière des Constitutionnels.Malgré les lacunes documentaires que suppose, surtout en 1838, un mouvement secret, la séquence des évé-nénements est relativement bien connue.Le véritable débat se situe ailleurs.Il porte sur la « la nature de ce conflit ».Elle constitue l'enjeu permanent des historiens mais, en même temps, leur pierre d’achoppement.Car, en fait, dès le lendemain des événements de 1837-1838, les historiens ont commencé à se disputer sur les causes du conflit et ses conséquences.La controverse n’a jamais cessé depuis.Les divergences d’interprétation s’expliquent, d’abord, par la diversité des questions que chaque époque se pose.La première, peu de temps après les événements eux-mêmes et précisément à l’époque où le clergé prend le contrôle des appareils idéologiques, a porté sur son rôle : a-t-il eu raison de s’opposer à la rébellion ouverte ?Ensuite, on a voulu savoir si les Patriotes avaient ou non contribué à l’avènement du gouvernement responsable car, à la fin du siècle dernier, on combattait pour l’indépen- le cïoiïe'- dance du Canada dans l’Empire britannique.Puis, en réaction aux interprétations politiques, D.G.Creighton propose, en 1937, une explication économique aux rébellions.« Nous sommes actuellement, poursuit M.Bernard, dans un temps non fini où l’on cherche à savoir si 1837-1838 constitue un conflit de classes ou de nations, sans doute parce ue, dans les années 1960, telles taient les questions les plus à la mode chez les historiens ou les socio-logûes.Ces deux pôles, précise-t-il, n’ont toutefois plus la meme popularité.On observe une crainte d’aborder aujourd’hui ces questions casse-cou, comme si les classes sociales étaient disparues.» Les historiens, poursuit-il, travaillent avec des outils conceptuels qui, un à un, se justifient bien, mais qu’il est toujours difficile à hiérarchiser.Chaque historien, sollicité par son époque, propose généralement la sienne.Les diverses interprétations modernes de 1837-1838 ont chacune leur champion : le chanoine Groulx a privilégié l’interprétation politique.Il exclut le national et surtout la lutte de classes car, sur le plan moral, la lutte des classes lui déplaît.Le professeur Maurice Séguin a indubitablement choisi l’interprétation nationale, alors que son collègue Fernand Ouellet explique d’abord les événements à travers le conflit des classes socio-économiques.« Nous progresserons, conclut M.Bernard, en se convainquant qu’il n’y a pas d’opposition entre la question nationale et la question sociale.La place des individus dans la structure sociale dépend aussi de leurs caractéristiques ethniques, linguistiques et nationales.Travailler sur le national, c’est donc aussi travailler sur le social.J’essaie, pour ma part, d’intégrer les deux perspectives et je pars surtout du postulat que le travail des historiens est empirique.» Le débat n’est donc pas clos.Dans l’ensemble, observe M.Bernard, les fonds d’archives ont été généralement dépouillés, encore qu’une exploitation plus approfondie est encore possible.« Les synthèses actuelles demeurent fragiles, dit-il.Mais il se publie beaucoup d’articles spécialisés.On aurait besoin de nouvelles synthèses.» La rébellion de 1837-1838, ajoute-t-il, c’est un peu comme la Révolution française à propos de laquelle, dit-on, paraît un article par jour et un livre par mois.— Jean-Pierre Proulx Pour de plus amples informations sur les tarifs publicitaires et pour les réservations, contactez Jacqueline Avril 842-9645 Le livre de poche Suite de la page D-1 du Jour, lancée en 1961, la quasi-totalité des pubücations de Parti pris, la collection « Théâtre » de Leméac et « L’Instant d’après » du Noroît.Mais, dira-t-on, n’avons-nous pas trop de collections de poche au Québec ?Au premier abord, on serait tenté de répondre par l’affirmative.Toutefois, dès qu’on se penche plus longuement sur la question, qu’on regarde ce qui se fait ailleurs — en France, par exemple — on est forcé de constater que la situation du livre de poche au Québec n’est guère différente de celle qui prévaut en France.Pensez donc : dans le catalogue intitulé Tous les livres au format de poche 1984, on recense pas moins de 278 collections relevant de 76 éditeurs, pour une production qui dépasse les 100 millions d’exemplaires ! Parions que la situation n’est guère différente chez nos voisins du Sud, peut-être un peu moins portés à l’anarchie, il est vrai, que nos petits-cousins.Il n’en reste pas moins que, toutes proportions gardées, nous sommes encore bien loin du compte et que pourraient continuer de pousser, comme des champignons, nos petits livres à prix abordable.C’est d’ailleurs là l’intérêt de l’entreprise et la question qui préoccupe au premier chef les éditeurs.Si le livre est abordable, plus d’étudiants peuvent se le procurer, cela va de soi.Les études de marché, faites dans certains cas par nos administrations publiques, ne pouvaient qu’inciter les éditeurs à aller de Pavant dans ce domaine.D’autant que le livre de poche est, en quelque sorte, la formule idéale pour donner un second souffle à un auteur et à ses oeuvres, sélectionnées en fonction de leur réception par la critique, bien sûr, mais surtout par le public.Quant à l’auteur, il en retirera des droits comparables ou légèrement inférieurs à ceux qu’il obtient dans le cas d’une édition originale, mais il pourra ainsi être lu par de plus nombreux lecteurs et son oeuvre sera mieux diffusée parce que le poche a ses entrées dans les tabagies et pharmacies où il côtoie parfois de petites collections roses, noires ou bleues.Et il n’y a pas de honte à ça.Idéalement, on se prend à rêver du jour où pourrait êtrer créé un consortium des éditeurs québécois de livres de poche.Mais le principal obstacle à la réalisation de ce souhait en est un de distribution.En effet, chaque éditeur est lié à un distributeur ou assume lui-même cette tâche.Et c’est, d’ailleurs, ce type d’obstacle qui a empêché ultimement les éditions Stanké de se lier à une autre grande maison d’édition québécoise.Sans compter que — mais cela ne se confie qu’à mi-voix — chaque éditeur est légitimement jaloux de ses « poulains », qu’il tient à les garder chez lui, surtout lorsqu’ils sont populaires.Quelle raison pourrait bien le pousser à céder sa part de droits sur un auteur à un confrère ou, plus exactement, à un compétiteur ?En somme, dans ce domaine comme dans tous les autres, seuls les plus gros surnageront parce qu’une collection de poche ne devient rentable qu’à partir du moment où elle compte une cinquantaine de titres, où elle s’enrichit régulièrement de nouvelles parutions, où elle se distingue des autres par sa présentation, ses dossiers en annexe, l’image de marque qu’elle se donne, et qu’il devient nécessaire de réimprimer plusieurs de ses titres à deux, trois ou même cinq mille exemplaires.Autrement, l’éditeur finira par y vider ses poches.— Jean Chapdelaine Gagnon i Jacob ÉCRITS DES FORGES Trois-Rivières, G9A 5G4 ?jtaaveaate* p\Rl de JeanL^S- ______ deBernardPozjer-.- de André Roy ^ PoésiedeJaFondaOon-_ Gagnant -——
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