Le devoir, 28 mars 1992, Cahier D
• le plaisir des ivres Oampigny-, expose JOHN A.SCHWEITZER Sunt Lacrimae Rerum jusqu'au 29 avril 1992 4380 St-Denis, Montréal H2J 2L1 844-2587 Le Devoir, samedi 28 mars 1992 GRENIER PHOTO SS Francine Ouellette, clichés à la pelle QU K PEUT faire la critique littéraire avec un roman comme Les Ailes du destin, de Francine Ouellette ?Se désoler sans doute qu’un tel livre, qui utilise jusqu’à la nausée les recettes typiques du best-seller, soit proposé à un grand public qui pourrait, j’en suis persuadée, supporter une vision moins simpliste et stéréotypée du monde, écrit Francine Bordeleau.Navrant ! D-3 JEAN ÉTHIER-BLAIS Regard sur une époque révolue Et tout le reste est littérature Odile Tremblay ELLE a la plume d’une chirurgienne qu’elle utilise comme un scalpel, en tranchant dans le vif du su jet, ni trop à droite, ni trop à gauche.En plein sur le point névralgique.L'écriture d’Annie Emaux a quelque chose à voir avec l’énergie atomique, dévastatrice par sa concentration.« Prends l'éloquence et lords-lui son cou », conseillait Verlaine aux poètes.Celte exhortation pourrait être placée en exergue à l’oeuvre de la romancière française qui signe des livres minimalistes où chaque phrase se révèle essentielle, courte, nette, impitoyable, presque glaciale de vérité.Toute nue.Vraie surtout.Après avoir raconté son père dans La rince, (prix Renaudot 84), et sa mère dans Une femme, elle aborde avec Passion simple l’amour physique obsessionnel, celui qui peut transformer une froide intellectuelle en midinette éperdue.Pourquoi ?Comment ?s’est demandé la romancière, en jurant d’aller débusquer la passion sous le romantisme dont on l’affuble, sous la joliesse, la métaphore qui la masquent.Proust aussi plaçajt le microscope de la lucidité suit l’émotion.Mais Proust (avec génie.):-ciselait ses phrases.Pas Annie Ernaux.«.le souhaite rester d'une certaine façon au dessous de la lit- térature», écrivait-elle dans Une femme.Pari tenu.Annie Ernaux est à Montréal cette semaine.La quarantaine entamée, mince, élégante, yeux pâles sur voix douce.Parler d’un de ses romans, m'explique-t-elle, l’aide à couper avec lui le cordon ombilical, en une sorte de délivrance.Son métier, elle le vit comme une ascèse, un défi.« Chaque livre est une fin du Pour moi, la littérature est une quête d’indicible, la recherche d’une réalité fuyante qui atteint sa perfection en étant recréée,et une absolue nécessité dont le bonheur rappelle un peu celui de l’amour.» monde ».Répéter des formes : trop peu pour elle.Inventer, défricher, oui.« Toute démarche sincère consul ue une transgression », déclare-t-elle, avant d’ajouter : « Pour moi, la littérature est une quête d’indicible, la recherche d’une réalité Voir page D-2 : Ernaux Jeanne Bourin boucle ses Croisades ,EANNE BOU R1N vient de publier le dernier volet de son cycle médiéval Les ’ Compagnons d'éternité.La romancière pnçaise témoigne en entrevue des rapports tuiliers qui la lient au Moyen-Âge.« Une ;çompréhension s’est établie entre les siècles et •dibi », confie-t-elle.Le Devoir la rencontre dans son jardin.Les contemporains de ses héroïnes, ‘Bçunissen, Flaminia et Alaïs, vivaient, nous dit-‘elle en accord parfait avec la nature.D-5 Hervé Guay DANS le second chapitre de ses mémoires, Le seuil des vingt ans, suite aux Fragments d’une enfance, Jean Éthier-Blais se penche une fois de plus sur son passé.« Pour reconstituer un univers qui est aussi loin de nous que celui de l'homme des cavernes maintenant », explique-t-il.J’ai nommé les beaux jours des collèges classiques.Retour donc au défunt Collège des Jésuites de Sudbury.« Le gouvernement de l’Ontario l’a rasé.C’était un symbole, explique-t-il.Mais à mon avis, entre l’âge de 12 et 20 ans, j’ai reçu ce que le continent américain pouvait donner de plus riche au niveau de l’éducation.Dire que nous avons supprimé ça.La bêtise québécoise est insondable.» Aux yeux de Jean Éthier-Blais, la qualité du collège tenait à celle de ses maîtres.Des professeurs comme François Hertel ont su s’imposer grâce à leurs riches personnalités, à rendre intellectuellement vivant un milieu frustre.« Mais j’étais fait pour des études classiques ».Dans un petit pays comme le nôtre, l’auteur d’un grand livre est porté par sa société.On ne peut s’arracher aux problèmes que pose ce pays.Toute mon oeuvre est en réalité politique, acceptation ou rejet de société.L'n grand écrivain est celui dont l’oeuvre entière témoigne de révolution d’un être.» « A l’époque (de 1937 à 1946), la littérature française était aussi la nôtre.11 n’y avait pas de grands écrivains québécois, à part ceux du XI-Xième siècle qu’on ne connaissait pas et, bien sûr, le petit manuel de Mgr Roy.Les vedettes, c’étaient les orateurs : Papineau, Bourassa.On lisait Maria Chapdelaine, Rina Las-nier.Et tout d’un coup en 1946, Bonheur d'occasion : le premier livre d'importance pour les hommes de ma génération.Gabrielle Roy fut à Montréal ce que Lemelin était à Québec.» Tout ceci se déroulait en ces temps préhistoriques, bien avant l’année 1961 qui fêta l’arrivée de Jean Éthier-Blais au DEVOIR.Désormais, la littérature québécoise allait être étroitement liée à son nom et à sa plume.« Après avoir démissionné de la carrière diplomatique, j'ai commencé par la critique, solution de facilité.Il fallait me trouver une situation, alors on m'a offert un poste de professeur à l'Université Carleton.Là, Gilles Ilénault qui dirigeait les pages littéraires du DEVOIR, m’a proposé d'écrire une chronique de littérature québécoise, j’ai accepté ».On connaît la suite.« Tout le monde m'insultait parce que j’appliquais à la littérature québécoise les mêmes critères qu’à la Jean-Éthier Blais littérature étrangère, se souvient-il.En général les critiques parlaient de littérature française avec une grande intelligence, une très belle objectivité, et à l’heure d’aborder celle du Québec se livraient à une sorte de masturbation intellectuelle.J’ai rompu ce cercle magique en disant : « Monsieur Bessette n’est pas un bon écrivain ».Que voulez-vous ?Je le pense encore.Ce n’est pas un bon écrivain exactement comme un mauvais écrivain français est un mauvais écrivain.Les règles sont les mêmes d’un côté ou de l’autre de l’Atlantique ».Jean Éthier-Blais s’est beaucoup interrogé sur le rôle de l’écrivain : « Dans un petit pays comme le nôtre, l’auteur d’un grand livre est porté par sa société.On ne peut s’arracher aux problèmes que pose ce pays.Toute mon oeuvre est en réalité po- litique, acceptation ou rejet de société.Un grand écrivain est celui dont l’oeuvre entière témoigne de l'évolution d’un être».« Il faut lutter contre l’écriture bâclée, sinon on ne peut aller au bout de soi-même.C’est Jacob et l’ange.Il faut lutter, lutter, l'emporter.Même si c’est une mauvaise victoire.On est à la recherche d'une réalité très rare, comme en pêchant des perles au fond de la mer.Bien sûr, on peut acheter chez Birks un collier merveilleux fabriqué dans des usines.Mais celle qui porte un bijou constitué de perles de culture pensera tout le temps à la vraie perle au fond de la mer qu’elle n’aura jamais.L'écriture, c’est aller chercher la perle correspondant à ce que vous êtes ».Jean Éthier-Blais revient à son dernier livre.« Psychologiquement, j’avais besoin de rendre hommage Annie Ernaux ANNIE ERNAUX aux hommes qui m’ont fait tel que j’étais à 20 ans.Mais ces livres témoignages m’ont peut-être empêché d’écrire ce que j’aurais voulu : des romans, des oeuvres d’imagination ».Parce que Jean Éthier-Blais est à rédiger un autre ouvrage-hommage, à une personnalité très contestée de l’histoire québécoise, cette fois : Lionel Groulx.« Maintenant, on monte en épingle l’anti-sémitisme de l’abbé Groulx.Ses propos anti-sémites ! Il les trouvait dans son bréviaire.Ça n’a rien d'un phénomène particulier au Québec.L’Église catholique avait des Juifs une conception très dure .Tous ceux qui l’ont connu le savaient profondément anti-hitlérien, contre les camps de concentration.Mais les ennemis du Québec avaient besoin d'un épouvantail.» Voir page D-2 :Blals Le système démocratique est en passe de s'imposer comme modèle unique sur toute la planète.C'est là que les difficultés commencent.__ UN OPTIMISTE FIN DE SIECLE , CÉLÈBRE LA VICTOIRE DE LA DÉMOCRATIE Flammarion f D-2 Le Devoir, samedi 28 mars 1992 • leplaisirdes ivres s i ¥ Serge Truffaut LE PRIX du meilleur livre étranger a été décerné cette semaine à Paris à l’écrivaine ontarienne Jane Urquhart pour son roman Niagara, publié aux éditions Maurice Nadeau.Fondé il y a plus de quarante années par quelques éminences grises de la république des lettres, dont Raymond Queneau et.Maurice Nadeau, ce prix a été attribué notamment à Elias Canetti, Per Lagerkvist, Kawabata, Singer, Soljénitsyne et Garcia Marquez avant que ces messieurs • ; n’obtiennent le prix Nobel.Dans sa ’ critique, notre collègue Francine Bordeleau avait noté que Urquhart « s’est un peu empêtré dans ces symboles qui s’emboîtent les uns dans les autres et n’a pas su éviter quelques maladresses.Mais tout laisse croire qu’il y a là l’émergence d’une voix originale.Qui sait, peut-être faut-il cesser de vouloir écrire le Canada pour en débusquer l’âme ».• .Colloque sur l’enseignement • ; Faire flèche de toutes lettres, tel est ; 'le slogan du 6e colloque qu’organise • ! l’Association des professionnels de ! l’enseignement du français au collégial qui se tiendra les 10 et 11 avril à l’Hôtel la Citadelle situé au 410 ouest, rue Sherbrooke.Les thèmes ?La langue, la littérature, la compétence professionnelle.Dans son mot de présentation, la présidente en exercice de cette association, Mme Colette Buguet-Mélançon, prévient : « Jamais depuis leur création, les cégeps n’ont-ils été davantage dans la mire des médias et livrés a tant d’évaluations à l’emporte-pièce.Ce contexte nous impose de réagir, et vite, si nous voulons participer aux décisions qui définiront notre vie professionnelle pour les années à venir ».Renseignements : (514 ) 679-2630, poste 450.Colloque à Laval Simultanément au colloque des « profs » de CEGEP — hélas ! —, la Société littéraire de Laval présentera son premier colloque les 10,11 et 12 avril au Centre des congrès de l’Hôtel Sheraton de Laval.Selon les informations fournies, « la thématique du colloque sera à l’image des associations rofessionnelles abonnées à la ttérature et respectera l’itinéraire de l’écrit : de la création à la consommation ».Les sujets des différents ateliers sont les suivants : Dynamisme des régions; présence de la littérature; intervenants et complicité, et littérature et institutions sociales.Pour de plus amples informations, on peut appeler au 682-2707.Tangence et la Bible Tout d’abord, il faut signaler que pour son 35e numéro Téuuipe de la revue Urgences a décide de changer de nom pour prendre celui de Tangence.Pour souligner cette modification, l’équipe s’est placée sous le poids de la Bible.Dans son texte de présentation, l’équipe éditoriale estime que « consacré aux rapports entre Bible et littérature, ce numéro nous parait combler le fossé qui, ces dernières décennies, s’est creusé entre ce grand texte fondateur de notre culture et les lettres — entre tradition et modernité, pour ainsi dire ».Besoin d’informations M.Michel Lemaire est professeur au département de Lettres françaises de l’Université d’Ottawa.Actuellement, il prépare une édition critique des oeuvres poétiques d’Albert Lozeau, poète québécois du début du siècle.Dans le cadre de ce travail, il est à la recherche de tous les documents disponibles sur Lozeau.On peut appeler au (613) 564-4210.PHOTO JACQUES NADEAU Odile Tremblay dirige le Plaisir des Livres Odile Tremblay, dont les habitués du Plaisir des Livres connaissent bien la signature, assure désormais la direction de notre cahier des livres.Mme Tremblay, qui collabore régulièrement au DEVOIR depuis plusieurs années, a réalisé de nombreux portraits et entrevues d'écrivains québécois et étrangers.Journaliste au secteur culturel, elle a signé aussi plusieurs reportages, des entrevues et des critiques de films.Elle prend la relève de Robert Lévesque qui depuis presque deux ans assurait la coordination de ce cahier.Nous tenons ici à le remercier.Avec la touche personnelle qu’Odile Tremblay saura y mettre, le Plaisir des Livres continuera, comme son nom l'indique avec plaisir, à promouvoir l'amour de la littérature.— Bernard Descôteaux Garcia Marquez et le r-mmunisme Dans une entrevue publiée dans le dernier numéro du Magazine littéraire, Gabriel Garcia Marquez estime que « ce qui a nui au communisme ce sont les circonstances dans lesquelles il est né et l’endroit où il est né.Si, comme l’avait prévu Marx, la première révolution avait éclate en Allemagne ou en Angleterre, là où la bourgeoisie était plus développée, il n’y aurait pas eu tous ces problèmes.Parce que la bourgeoisie avait conquis une grande quantité de libertés individuelles qui n’auraient jamais été remises en question ».Le pont flottant des rêves ANDRÉ GIRARD CARAVANES ! Littératures à découvrir Numéro 3 Paris, Phébus, 1991, 354 pages IL EST sur son air d’aller, pieds nus, un bambou à la main; l’air ironique, il poursuit son aller-détour.Petit bonhomme ricaneur des chemins, il orne la couverture de la troisième livraison de Caravanes, littératures à découvrir.Cette revue annuelle fit son apparition, il y a trois ans, dans le paysage littéraire, prétendant qu’il faisait bon s’y égarer; elle aborda les côtes de la Méditerranée, fit une incursion un an plus tard au Moyen-Orient et la voilà cette année plus avant dans le monde oriental.Ne cherchant ni voie ni refuge égaré, elle veut plutôt débusquer « l'imprudence, l’extase ou l’outrage».Outrage en Corée du Sud : interrogatoire à huis clos d’une ouvrière soupçonnée de collaboration avec un étudiant révolutionnaire, le récit de Yi Munyol détaille les mécanismes d’une société déchirée : lambeaux de tradition s’entremêlent aux mécanismes brutaux de la modernisation — tyrannie des normes de production et d’agression, inégalités de statut, de salaires.L’ouvrière ne croit pas en ces dossiers de plaintes qu’on lui présente, un papier et un crayon suffisent à leur fabrication; elle croit plutôt à la dignité du travail et au combat contre l’exploitation, sans faiblir.Extase dans les montagnes de Chine : entre errances et séjours, les voyages de quatre prosateurs chinois dans les monts Lu, Emei et Wuyi.Les pas et l’imagination sont allègres; éphémère et fragilité se conjuguent avec éternité; la contemplation « des pics fous et des rocs excentriques» absorbe le voyageur tout autant que l’étude du bouddhisme.« Ascension et ascèse finissent par se confondre.» Imprudence, lorsqu’il y a refus des dogmes et remises en question; pour Claude Roy, cela revient à « douter avec intrépidité».Ses notes el poèmes, « minuscules pensées qui ne peuvent servir à rien », célèbrent l’amitié et l’amour, le souvenir et l’éclair, el l’étonnement et le vent, « dernier passant à froisser le feuillage ».D’un éclectisme de bon aloi, Caravanes nous mène aussi des déserts de la Californie aux ruines d’Angkor, el ensuite In medio coeli, là où le rêve, la mémoire, le paysage et la tradition nous gardent de n’etre que de simples passants.Car, il ne faudrait pas oublier, dans les choses rapportées dont Gérard Macé dresse un amusant el touchant inventaire, « le pont flottant des rêves, à la charpente aussi mal ajustée que les jours incertains, les mois inégaux qui nous permettent pourtant de passer d’une année à l’autre».f ïl Fl LES TRAVAUX ET LES JOURS D’HONORÉ DE BALZAC Stéphane Vachon P.U.V/ P.D.C/ P.U.M 336 pages Les tra vaux et les jours d'Honoré de Balzac est un ouvrage qui intéressera les « Balzaciens » d’abord et avant tout.Dans la préface, il est souligné en effet que le travail accompli par Stéphane Vachon « doit prendre place dans cet ensemble d’outils qui se multiplient pour mieux accéder aux grandes oeuvres cycliques, de la Bible à la Recherche du temps perdu, sous forme de dictionnaires des personnages, des lieux, des thèmes, des répertoires des éditions et traductions ».Les travaux et les jours d'Honoré de Balzac, c’est exactement cela, soit LE dictionnaire de la Comédie humaine.LE PORTRAIT DÉCHIRÉ DE NELLIGAN Aude Nantais et Jean-Joseph Tremblay L’Hexagone 117 pages Pendant une dizaine d’années, le couple Nantais-Tremblay a multiplié les recherches sur la vie et l’oeuvre de Nelligan.Le fruit de ce labeur a été traduit en film par Robert Favreau.Aujourd’hui, Nantais-Tremblay nous proposent une fiction dramatique de 80 pages environ.Page 74, Emile Nelligan annonce : « Je ne peux plus aller nulle part ! Il n’y a pas d’endroit où je puisse aller.J’en ai assez de vivre, Arthur !.C’est noir.Tout est noir.Elle m’a regardé.Je l’ai vue morte.Elle était morte ! » JENNY MARX OU LA FEMME DU DIABLE Françoise Giroud Laffont 248 pages Plus de deux ans après la démolition du mur de Berlin qui symbolisa, de facto, la chute du communisme en Europe de Test, voici que Françoise Giroud nous propose une biographie de Jenny von Westphalen qui fut la femme de Karl Marx, l’homme du matérialisme historique, le militant du matérialisme dialectique.Page 113 : « Quand Jenny arrive à Londres avec ses trois enfants, par un jour de brouillard, enceinte de sept mois, exténuée par le voyage, Karl n’est pas là pour l’accueillir.Une genre de choléra le tient au lit, dams la chambre qu’il partage avec un réfugié allemand».LE COURAGE Collectif d’auteurs Revue Autrement 229 pages Après la fidélité, la politesse, l’honneur, le pardon et la tolérance, les « philosophes » de la revue Autrement se sont attachés à l’étude du courage.Confectionné sous la direction de Pierre Michel Klein, ce numéro propose notamment les signatures de Lucie Aubrac, Daniel Mayer, Georges Canguilhem et Roland Topor.Des titres de chapitres ?Du mythe à la raison.De Socrate à Nietzsche, Delà beauté du geste, Écran de femmes, Rupture, Sortir du mensonge d’hier, De l’engagement instinctif à la mort apprivoisée el Femmes à Auschwitz.Fiction & Cie John Hawkes Cassandra ronuin /Seuil CASSANDRA John Hawkes Seuil 285 pages Attention ! Ce Cassandra que distribue ces jours-ci les éditions du Seuil, n’est pas le nouveau roman de John Hawkes, auteur notamment de l’excellent Aventures dans le commerce des peaux en Alaska.Pour être précis, Cassandra a été publié en 1964.Capiston est un officier de marine gros et 5 • vieillissant.Il est également très, « parano ».Cassandra, c’est sa fille.Lorsqu’elle se fait violer par trois soldats, tout ce qu’il trouve à lui dire c’est : « courage ».Ce roman, c’est l’histoire d’un suicide.Celui de Cassandra.ET LAURA NE RÉPONDAIT RIEN René-Daniel Dubois Leméac 60 pages Cette pièce écrite par René-Daniel Dubois fut présentée sur scène lé 19 septembre 1990 pour la première fois.L’histoire ?« Alors qu’il était infirmier dans la résidence où séjournait Madame F., Paul a, effectué une série d’enregistrements sonores dont il fait maintenant lé montage.Les divers chemins de la vie de Madame F.s’entrecroisent, réels et imaginaires, selon un ordre des choses qui n’appartient pas qu’à la vérité des événements, puisque cette femme âgée mêle a ses confidences des morceaux de souvenirs inventés qu’elle pourrait bien avoir vécus».LE SOMMEIL ET LE RÊVE Michel Jouvet O.Jacob 220 pages Michel Jouvet est professeur de médecine expérimentale à l’Université de Lyon.Il est également le « patron » de l’unité de recherche de TINSERM qui se consacre à l’étude de l’onirologie moléculaire, comme il est le « patron » de l’unité de recherche du CNRS qui se penche plus particulièrement sur la neurobiologie des états de vigilance.Bref, tout cela pour signaler que M.Jouvet n’est pas un de ces charlatans qui, à chaque saison, vous proposent une brique de 200 ou 300 pages pour analyser vos rêves.— S.T.+ Emaux fuyante qui atteint sa perfection en étant recréée, et une absolue nécessité dont le bonheur rappelle un peu celui de l’amour ».La romancière a fait le choix es- || l M A S I T A S Collection CIRCONSTANCES AXEL MAUGEY BERLIN.De l'utopie communiste au capitalisme utopique.(Le Printemps Européen II La métamorphose allemande découverte a travers la réalité de Berlin réunifiée.84 pages 9,95 $ EXIL ET FICTION L'aventure mythique de l'exil et la fiction que celui-ci engendre vues par: Caroline Bayard, Pierre Bertrand, Bogdan Gugu, Alberto Kurapel, Axel Maugey, Gina Stoiciu 136 pages 14,95 $ CONSTANTIN STOICIU LE ROMAN DU RETOUR (Roumanie/Le Printemps Européen III l'authenticité et le dramatisme des grands reportages et l'émotion d'un roman d'action.198 pages 15,95$ GILBERT CHARRON Très saint Père, un frère en Christ vous écrit.Remise en question du dogmatisme de l'Eglise catholique sur des réalités devenues courantes dans le monde d'aujourd'hui.180 pages 17.95$ CIRCONSTANCES La collection de toutes les circonstances! 5780, irmtif Ocetter Montréal Québtc.Canada MIS 2(7 C ommandr» iMéphontqun ar r rp4én (5141 7)7-1))2 sentiel de l’autobiographie, livrant tranche par tranche des morceaux d’elle-même d’un ouvrage a l’autre.« On croit que la fiction implique un travail supplémentaire.Mais c’est faux.Rien n’est plus difficile que de se conformer à son expérience personnelle, en travaillant sans filet, sans masque.Le « je » me permet d’aller plus loin que l’imagination, NOMINATION Monsieur Antoine Del Busso, directeur général de la Corporation des Éditions Fldes, est heureux d’annoncer la nomination de madame Ghislaine Roquet c.s.c.au poste de directrice littéraire des Éditions Betlarmln.Madame Roquet prend en charge les collections bien connues de ceUe maison centenaire, en particulier en théologie, en philosophie, en histoire et en spiritualité.Elle a pour mission d’ouvrir de nouvelles pistes éditoriales, tout en maintenant la personnalité propre des Éditions Bcllarmin.Madame Roquet, après une longue carrière dans le domaine de l’éducation, est depuis cinq ans, adjointe à l’édition aux Éditions Fides.Elle apporte à scs nouvelles responsabilités une solide formation en théologie, en philosophie et en administration.mais vous dire au juste où.Annie Emaux l’ignore elle-même : « Le « je » de mon oeuvre est collectif.C’est pourquoi, sans doute, les lecteurs s’y reconnaissent autant.» Depuis la publication de La place témoignant de la vie el de la fin de son père, en passant par ce merveilleux récit sur sa mère Une femme, les gens lui écrivent, la remercient, se retrouvent dans ses pages miroirs.« moi aussi, j’ai vécu quelque chose d’analogue », lui confient-ils.« A partir du mois de septembre Tannée dernière, je n’ai plus rien fait d’autre qu’attendre un homme : qu'il me téléphone et qu’il vienne chez moi », écrit Annie Ernaux dans Passion simple.80 pages à peine, mais (jui distillent l’essence même d’une (le ces liaisons fatales, douloureuses, et peut-être même banales où le moi se perd dans l’amour.« (te texte, j'avais besoin et peur de l’écrire à la fois, évoque Annie Ernaux, l’abandonnant, le retrouvant sans cesse.Avec lui, je franchissais un interdit.Voyez-vous, ça ne me ressemblait tellement pas d’écrire sur la passion brute.» Et pourtant, les « arlequinades », Annie Ernaux connaît.Toute petite, alimentée par sa mère qui faisait ses délices de ces romans roses, elle lisait Delly et autres récits romanesques, écrivait dans son coin des histoires demeurées inédites.Puis, il y eut ces études universitaires en littérature qui l’ont éloigée de sa Normandie natale, éloignée surtout du milieu ouvrier où sa mère se sentait mise en cage.Ses premiers romans Les armoires vides, Ce qu'ils disent ou rien, La femme gelée racontaient la déchirure sociale.Tous ses livres reviendront sur ce thème.Annie Ernaux ne prétend pas faire carrière dans la littérature.Elle enseigne le français, consacre beaucoup de temps à son travail.De 22 à 32 ans, la maternité, les examens l’ont tenue loin de sa plume.« Je ne suis pas une fonctionnaire de l’écriture », précise la femme de lettres.Ce qui ne l’empêchait pas en 84 de récolter le Renaudot pour La place.Heureusement qu’elle ne Ta pas reçu plus jeune.« Ça m’aurait sans doute déstabilisée.A quarante ans, on est vaccinés ».Passion simple a reçu un accueil mitigé à Paris.Certains critiques in-tellos lui ont reproché son thème, se glosant du romanesque de l’héroïne qui berce sa passion en écoutant les rengaines de Sylvie Vartan, et pour qui la plus banale romance, devient sous le vent de folie de l’amour, l’éternelle poésie dont parlait Aragon.Annie Arnaux trouve à ces réactions un parfum de misogynie et de peur de l’autre.« Le tabou de ce siècle, c’est la passion », conclut-elle.+ Blais « Si on réussit à abattre l’abbé Groulx, à détruire le mythe, le Québec est fini.On veut le raser, comme le collège de Sudbury.en oubliant REMEMORATION «.un bel exercice sur la mémoire et sur notre capacité à l'oubli.» lean Basile ¦ Le Devoir «Chaque mot porte.Iln'yenapasun de trop.» Anne-Marie Voisard - Le Soleil Remémoration Monique Bosco Collection L'Arbre % pages 74,505 fn vente chef votre libraire de le situer dans une autre époque, un autre langage.L’abbé Groulx a écrit sur les Québécois eux-mêmes des choses beaucoup plus dures que sur les Juifs.Était-Il pour autant anti-québécois 7 » Jean Éthier-Blais a publié tardivement.« J’attendais de savoir si j’avais du talent comme écrivain.J’éprouve toujours une grande inçer-titude face à ma propre valeur.Mes modèles sont d’une telle perfection ! » Devant ceux qui lui reprochepljTa-nachronisme de son style, ;Jçan Éthier-Blais hausse les épaules; «;Ne me reprochez pas d’utiliser l'imparfait du subjonctif.Demandez aux autres écrivains comment ils peuvent ignorer ainsi la concordance des temps.» Pourquoi celte absence de sexualité dans son oeuvre ?« C’est Une question d’éducation.Et puis, Entièrement, de tempérament, je ne suis pas quelqu’un de très sexuel.• Ce n’est pas mon univers.Ceux qui; en parlent s’y sentent à Taise.Moij ça m'empêcherait d’aller au fond; de moi-même, ce serait un dérivé, une sorte d’évasion, loin des problèmes qui m’intéressent à un niveàù-très subtil : la compréhension dépêtrés sur le plan de l’inexprimé, de l’inexprimable, dans la profondeur'des sentiments ».Les Belles Rencontres de la librairie HERMÈS 1120.ave.laurier ouest outremont, montréal tél.: 274-3669 Le Devoir, samedi 28 mars 1992 ¦ D-3 • le plaisir des ivres Plus dure sera la chute LES AILES DU DESTIN Francine Ouellette labre Expression, 1992, 464 pages Francine Bordeleau QUE PEUT faire la critique littéraire avec un roman comme Les Ailes du destin, de Francine Ouellette ?Se désoler sans doute qu’un tel livre, qui utilise jusqu’à la nausée les recettes typiques du best-seller, soit proposé à un grand public qui pourrait, j’en suis persuadée, supporter une vision moins simpliste et stéréotypée du monde.Les Filles de Caleb, avec lequel Les Ailes du destin a des airs de famille (son personnage principal a un peu des caractéristiques d’Ovila Pronovost), n’était somme toute pas si mal.11 n’y a pas grand-chose à tirer de cette histoire mélodramatique à souhait.À la fin des années 60, perdu dans son trou de campagne, Luc Maltais, bûcheron de son état malgré son jeune âge, rêve de s’élever.Son père est cultivateur, lui veut être pilote d’avion.Il rencontre Émile, qui deviendra son instructeur, son mentor, son modèle.Luc, pour qui la vie commence, rencontre aussi l’amour : Sylvie.La première fois qu’il danse avec elle : « Comment ses mains si grossièrement taillées se poseraient-elles sur cette taille si finement ciselée ?»; la première fois qu’il couche avec elle, après avoir (faussement) pensé qu’elle avait eu des tas d’amants, il voudra « ne plus jamais rencontrer les yeux de cette vierge qu'il venait de profaner ».Le propos de madame Ouellette, on le voit, est de la plus grande invention.Tout cela nous est donné à lire par retours en arrière car il s’est produit un drame dans la vie de Luc : trafic de drogue.Donc, prison.Le récit s’ouvre là-dessus.À la page 15, « un ! séisme d’une grande amplitude dévaste son âme»; à la page 17, en train de subir l’épreuve humiliante i de la fouille anale, « une idée inquiétante l’empale».Nous apprenons aussi qu'au pénitencier, « la sexualité dévie parce qu’elle ne suit pas son cours normal » (p.329); viole par un détenu, Luc ne pourra pas « s’habituer à l’humiliation et à l’immolation de sa chair sur l’autel du phallus » (p.351).Dans ce récit, les clichés se ramassent à la pelle : sur la vie en prison (j’imagine Léo Lévesque et Francine Ouellette en confrontation à La bande des six), sur le Québec de nos parents « nés pour un petit pain », sur les homosexuels.Les personnages sont d’une mièvrerie déconcertante et les métaphores, d’une lourdeur hallucinante ; on se brûle les ailes.Émile est un aigle aux ailes engluées de cire, Luc voudrait être Icare mais est surtout un oisillon, il y IV,' .i.v.- AU NOM OU PERE FT DU FILS Francine Ouellette A I,'.Mouette eu cage iTTV.TTTyHï a des moineaux, des serins, des éléphants qui sont en réalité des papillons (et inversement), on vole haut pour mieux tomber bas .Bref, Francine Ouellette exploite là un champ sémantique au grand complet.Je me demande vraiment s’il vaut mieux lire de tels livres que de ne pas lire du tout.Au nom du père et du fils, le premier roman de madame Ouellette, aurait apparemment trouvé preneur auprès de 100 000 lecteurs.Si Les Ailes du désir fait aussi bien, on ne pourra louer qu’une chose : le flair de l’éditeur, mais sûrement pas son goût.Les gens de Libre Expression savent que ce roman n’est qu’une opération commerciale (sinon c’est désespéré), la critique, finalement stupéfiée devant un récit d’une telle insignifiance, le sait aussi.Parvenir à la pousser aussi loin relève, je vous l’assure, de l’exploit.Scénario boiteux pour un Québec de demain (TIRONOREG Daniel Sernine Montréal, Éditions Québec/Amérique, 1992, 388 pages.Pierre Salducci EN CHOISISSANT de projeter son action dans un Québec souverain, Daniel Sernine reprend avec Chro-noreg le flambeau déjà allumé par Jules-Paul Tardivel dans Pour la patrie et repris par Francis Dupuis-Déri dans L’Krreur humaine.Mais alors que Tardivel jouait la carte de l’anticipation et que Dupuis-Déri se 1 réfugiait dans l’utopie, Sernine, quaht à lui, reste ici fidèle au genre de la science-fiction.Dans Chronoreg, Sernine n’entrevoit rien de plus glorieux pour le Québec de demain qu’un incroyable conflit armé à l’intérieur et à l’extérieur du pays mettant aux prises les restes de l’ancien Canada, les États-Unis, les Amérindiens, les Mexicains, et même l’Union soviétique (dont l’intervention est d’autant plus étrange que, dans les faits, elle n’existe plus depuis déjà quatorze ans).Rien que l’action se déroule en 2005, les personnages de Chronoreg en sont encore à envisager que l’Union soviétique puisse, peut-être ! un jour ! « libéraliser son économie », « décentraliser», et que « le parti communiste (perde) son rôle de di-rigeant ».(p.190) Sernine crée par là même un conflit caricatural, sans aucune finesse géo politique et qui obéit en fait à des règles déjà périmées.Les aberrations sont si fortes ¦ qu'un des personnages va même jusqu’à constater que « tous les experts ( .), tous nos ordinateurs, le simple bon sens même, clamaient l'invraisemblance de cette guerre ».(p.326) À partir du moment où ni le contexte politique, ni le souci de la vraisemblance ne motive la démarche de Daniel Sernine, on peut se demander honnêtement ce qui reste de son roman, d’autant plus que la psychologie des personnages est réduite à la portion congrue, et que les relations amoureuses se limitent à quelques scènes de sexe.Le seul objectif du romancier semble être d’évoquer la guerre pour la guerre, comme le foui ces mauvais films américains dans lesquels la violence est tellement gratuite et systématique qu’on ne cherche même plus un motif au conflit ou un nom à l’ennemi.La fameuse drogue chronoreg, qui donne son nom au roman, ne parvient même pas à s’imposer comme centre du récit mais devient prétexte à toute une succession de visions et de déplacements dans le temps, plus ou moins confusément reliés entre eux.Au bout du compte, Chronoreg se présente en fait comme une suite ininterrompue de scènes de violence profondément sadiques, orchestrées autour d’une philosophie aussi simpliste que ; « On se trouve toujours des ennemis quand on cherche un peu » (p.166).Toute l’idéologie du roman semble résider dans ce navrant constat et dans un perpétuel sentiment de paranoïa collective qui voudrait justifier toutes les tueries et toutes les atrocités.En permanence, des corps sont torturés, brûlés, mutilés, des enfants sont assassinés, des femmes violées puis — c’est un exemple — achevées d’une décharge de mitrailleuse entre les jambes.De quoi donner de belles idées aux plus belliqueux d’entre nous.Le résultat est vain, vicieux et souvent insoutenable.Et pourtant, c’est cela que l’éditeur, à l’endos de la couverture, voudrait nous faire accepter comme une « vision terriblement lucide de la Terre de demain ».C’est à se demander s’il a lu le roman ! Enfin, tout au long de ce fastidieux parcours, le style de Sernine demeure quant à lui très approximatif.Plusieurs constructions sont douteuses, comme « quoi que ce soit qu’ait détruit le coup de feu» (p.345), ou « l’engin prend rapidement une vitesse dont aucun hélicoptère terrien n’est capable » (p.343).On rencontre des conjugaisons étranges comme « si ça a d’autres implications, elles ressortissent à la Défense » (p.172) et même des fautes : « mais pourquoi faire au juste ?» (p.288).Autant d’éléments qui composent le roman bâclé.Il existe pourtant une science-fiction intelligente et constructive qui interroge nos perspectives d’avenir, mais Chronoreg n’est pas du lot.Sernine reste ici au stade de la caricature et de la facilité.C’est d’autant plus regrettable qu’il gaspille un sujet aussi captivant que l'avenir hypothétique d'un Québec indépendant.Exercices de mémoire LE SEUIL DES VINGT ANS Jean Éthier-Blais Leméac, 1992, 239 pages.Francine Bordeleau TOUS CEUX — ils sont nombreux — qui ont étudié le genre autobiographique nous ont révélé que l’écriture de mémoires, chez un écrivain, n’est jamais un geste anodin.Dans cette écriture interviennent en effet des rapports complexes entre le réel et la fiction, entre des visions du passé et du présent.De leur auteur ou du lecteur, qui les mémoires servent-elles le mieux ?Plat brassage de souvenirs d’une époque révolue, elles servent d’exorcisme futile au premier.C’est bien ce que ne fait pas, je vous rassure tout de suite, Jean Éthier-Blais avec ce second tome de ses mémoires.Dans Le seuil des vingt ans, Éthier-Blais, qu’on se rappellera avoir lu dans les pages de ce journal, brosse un portrait de la vie des collèges classiques de 1938 à 1946, à cette époque où l’on enseignait encore les humanités.L’écrivain étudiait alors chez les Jésuites, à Sudbury, au moment où François llertel enseignait les Belles-Lettres.Dans ce livre dont les différentes parties sont autant de cours (« Éléments latins », « Syntaxe », « Méthode et versification ».), Jean Éthier-Blais récapitule les apprentissages acquis pendant ce temps de sa jeunesse.La nostalgie — car nostalgie, d’évidence, il y a — sera du côté du lecteur qui aura l’impression, à la lecture de ces mémoires, que cette époque où l’on entretenait une haute idée de la culture (la culture n’étant entendue qu’avec un grand « c ») avait plus que du bon.Pour la génération des cégeps, qui forme une large part du lectorat québécois, et pour ceux qui ne sont pas des habitués des romans d’Éthier-Blais, là réside sans doute le grand intérêt de ce livre : dans cette reconstitution de méthodes d’appren- tissage qui conduisaient vers une vision humaniste du monde.Ce livre est par ailleurs attachant — ô combien — car Jean Éthier-Blais y commente, avec son regard actiiel, ce moment de sa vie.En filigrane se dessine ainsi une fine analyse de ce système tandis qu’en même temps, l’auteur s'y révèle, jeune, avec ses doutes et ses angoisses existentielles.Entre la littérature et la musique, la religion et le théâtre, le jeune Éthier-Blais fait ses premières rencontres avec la politique et le nationalisme.Des amitiés et des amours, aussi, marquent ce Seuil des vingt ans, et tout cela nous est restitué par une écriture sensible et pudique.C’est de ce passage chez les Jésuites qu’est née la vocation d'écrivain et de critique de Jean Éthier-Blais.Cela devrait nous rappeler l’importance qu’a, chez les individus et finalement dans une société, la fréquentation, tôt, de ce qu’on appelait jadis les humanités et qui est en somme une éducation à la vie.La grâce de la violence SARABANDE Guylène Saucier Québec/Amérique, 168 pages Louis Cornellier I) ES ÊTRES existent qui parcourent le monde avec nonchalance et dont là beauté, profuse et cruelle, arrache ceux qui les croisent à leur existence banale pour les projeter dans le gouffre de l’attente, du manque inhérent à la condition humaine.Avec talent et pudeur, Guylène Saucier vient de peindre un de ces monstres sans lesquels la vie mériterait de se voir reléguée au statut de fait divers.Fidèle en cela à l’esprit de la danse portant le même nom, la Sarabande de Guylène Saucier convie le lecteur à une aventure où la grâce lire sa nécessité d’une violence suprême parce qu’elle n’est pas physique mais morale.S’applique ici avec justesse le mot célèbre de Saint-Exupéry clamant que l’absence d'un seul être aimé suffit à dépeupler l’univers.Louiseville, 1976.Elle s’appelle Elise et sa disparition obsède.'Four à tour, ses proches psalmodient avec désespoir leur dénuement conséquent au drame.Où donc se trouve la belle en allée ?Pourquoi nous faire cela à nous qui l’aimions jusqu’au trouble ?Les questions qui hantent ce roman rappellent celles que posait en des termes plus laborieux le long Amandes et Melon de Madeleine Monette.Toutefois, au traitement expansif et pointilleux privilégié par cette dernière, Guylène Saucier préfère une dense concision qu’elle manie avec beaucoup de flegme.Le résultat s’en ressent.Je n’insisterai pas sur les relais de narration retrouvés dans Sarabande et sur lesquels la plupart des commentateurs qui, à ce jour, se sont frottés à cette oeuvre ont dit l’essentiel.La méthode, il est vrai, est ici bien maîtrisée et les effets qu’elle parvient à produire justifient son utilisation.Le piège de l’uniformité stylistique des « je » est habilement évité, ce qui permet à chacun des narrateurs d’offrir un ton particulier.Or, là où Sarabande se démarque du flot de productions romanesques actuel, c’est par la netteté belle cl profonde de son message.Des indices subtils, éparpillés entre les lignes tendues de l’intrigue, préparent le lecteur à un constat final qui se veut sans rémission : « Quel destin sournois a joué avec mon imagination et m’a entraîné vers cette souffrance 7 L’amour n’est rien qu’une invention de l’esprit.C’est un leurre, un vide où les etres glissent.Mais comment faire pour y échapper ?» La dernière ligne lue, deux images surgissent qui, sans pouvoir y être directement amalgamées, offrent des résonances accordées au roman de Guylène Saucier : L'homme dans le placard de Roch Carrier paru en 1991 et le très beau Monsieur Hire, film de Patrice Leconte réalisé à partir d’une oeuvre de Georges Simenon.Histoires d’amour camouflé.Ne l’est-il pas toujours ?BOUCHE COUSUE 11,.X././/.167 pages, 18,95 $ BOUCHE COUSUE Ninon Larochelle « Bouche cousue sonne très juste et possède un ton drôle, charmant, plein de fraîcheur.» Lucie Côté, La Presse « La progression dramatique (.) reste joliment tendue et le style qui la porte démontre un indéniable talent d’écriture.» Louis Cornellier, Le Devoir « Ninon Larochelle aura réussi à faire de sa Marie Laçasse une héroïne en chair et en mots, imparfaite, mais attachante et naïve, véritablement touchante.» Marie-Claude Fortin, Voir « Pour un premier roman, c’est beaucoup.De quoi donner envie d’en lire un deuxième.D’ici là, on se souviendra de Marie Laçasse.» Anne-Marie Voisard, Le Soleil Diffusion en librairie: Dimédia éditions du remue-ménage 4428 Saint-Laurent, bur.202 Montréal H2W 1Z5 Le Seuil des vingt ans JEAN ÉTHIER-BLAIS Ce grand portrait de la vie des collèges classiques de 1938 à 1946 est un chant d'amour qui célèbre la culture et les humanités, cette poétique de la vie.240 pages, 20,95$ La littérature d'aujourd'hui LEMÉAC 1 tSION 6 • VERSION 6 • VERS R SIO N 6 • VERSION 6 • VERS «Vil HUGO C’EST LE MEC DE MON MAC RSION 6 • VERSION 6 • VERS HUGO PLUS U* J ici ion nuire cl la u ram mai n* \ riMtm M U INI OMI H LOGID1SQUI Pour Macintosh Plus, SE, II Compatible Word 4 et MacWrite II 84,95$ Aussi disponible pour DOS et Windows «HUGO PLUS est le premier logiciel à faire une véritable correction orthographique du texte en tenant compte de la grammaire.HUGO PLUS est le meilleur des correcteurs orthographiques.» Science & Vie Micro «HUGO se distingue par une meilleure interface utilisateur, avec la possibilité d’apporter directement des modifications dans le texte.» Décision Micro «Molière lui-même en serait étonné!» Informatique & Bureautique I,(Mil DISQUE C.P.10, suce.I) Montréal QC H.'IK SIÎ9 Tel.: (514) 9.’$:i-2225 FAX: (514) 9.TI-21H2 I-' sPirituel Ascents LE DRAME SPIRITUEL DES ADOLESCENTS Profils sociaux et religieux Réalisé par le groupe de Recherche-Action du Diocèse de Saint-Jérôme, ce que vivent les adolescents d’aujourd’hui.Ses résultats étonnants expliquent pacité à faire confiance à la société des adultes.Ont-ils des raisons d esperer En vente chez votre libraire 22,95$ dossier expose le drame les causes de leur inca- Mfides LES RÉVÉLATIONS D’UNE ENQUÊTE BOULEVERSANTE Sous la direction de Jacques Grand’Maison ) D-4 B Le Devoir, samedi 28 mars 1992 leplaisirdes ! ' i i I ! Do, mi, sol, do Jean-Pierre ISSENHUTH A Poésies ONIROMANCIE Bujar Luca La Tour d’Aigues, Éditions de l’Aube, NOTES POUR L’AVENT Gérard Lecomte Le Muy, Unes, 1991 POLYPHONIE poésie et nouvelles Trois-Rivières, Éditions En Marge, LA PREUVE PAR LE VIDE Pierre Chappuis .José Corti, 1992 Jean-Pierre Issenhuth BU.JAR LUCA est né en 1954 en Albanie.Depuis 1990, il est réfugié en France.Son premier livre.Oniromancie, présente 55 poèmes traduits par Jean-Luc Moreau et lui-même.Connue dans son pays par le bouche à oreille, la poésie de Luca n’y a jamais été publiée.On le comprend, ne serait-ce qu’en lisant trois vers qui montrent l’avantage d’être une grenouille : Sans autorisation légale / le coassement des grenouilles / encercle les lilas.C'est un rappel de l’« heureux crapaud » de Max Jacob, qui ne portait pas l’étoile jaune.Dans Oniromancie, la critique se fait passer pour Délire : Sous le pont d'innombrables guenilles passent / l'eau s'est usée / tout autour / l’air vieilli bouge difficilement / Mangez vos enfants, mais plus tard / a vec qui vous consolerez-vous ?/ Il n’y a plus personne dans la ville / seuls les saules en font le tour / comme dans une maison d’aliénés / et s'arrachent les cheveux.Comment ne voir ici qu’un paysage albanais ?C’est aussi impossible que de reconnaître, chez Saint-Denys Garneau, le seul paysage canadien-français.Luca cherche et attend : Dans des moments d'hésitation, des moments de perplexité / j'ai attendu angoissé que la main d’elle-même tombe /sur le papier et y souligne soudain / ce qui ne se voit pas mais qui arrive quand on a faim.Peuvent arriver alors des grincements de dents, une prière, ou le plus beau duo entre « le garçon » et « la fille », toujours nouveaux Lorenzo et Jessica du Marchand de Venise-, cela s’appelle La nouvelle vie.Oniromancie sera ma première note, do, celle de l’âme qui n’est pas à vendre, phénomène assez rare pour qu’on aime se tenir en sa compagnie.Gérard Lecomte a publié un premier recueil, l.a nature des effigies, en 1989.Je ne sais rien de lui, sinon qu’il en publie un second où il écrit : De quelle saison s’agit-il, / puisqu'on peut rencontrer / au bord de la route / — de n'importe quelle route — / cette succession de petits domaines / qui ont grandi / au détriment des prairies ?Lecomte écrit aussi d’autres choses étranges sur lesquelles l’ombre de Roberto Juarroz paraît planer.Des choses bizarres et intelligentes, souvent intelligibles ou porteuses de la promesse d'intelligibilité qui, si faible ou si lointaine qu’elle soit, rend l’obscurité fréquentable.Notes pour l’avent sera ma deuxième note, mi, celle du point de vue de Sirius, avec pied-à-terre ici.Dans Polyphonie, collectif écrit par six femmes, la voix de Judith Cowan me retient.Les huit poèmes qu’elle présente ne sont peut-être pas les meilleurs qu’elle ait écrits, mais tous trouvent, ici ou là, un moyen d’arrêter le lecteur, comme font les appels téléphoniques nocturnes : Au plus noir d’une nuit de printemps pluvieux / (de cette pluie sombre et froide qui absorbe la lumière, / avale les sons et engouffre les gestes) / h peut arriver un appel anonyme / suivi de silence./ Et quand je ré ponds, il est là, / il écoute, il attend./ Alors je dépose le récepteur sans raccrocher, / mais sans dire plus / et j'écoute aussi, j'attends aussi.Rien d’anonyme dans ces poèmes : ils sont autobiographiques et réalistes.Ils constitueront ma troisième note, sol, celle de l’ancrage à tout crin.Le deuxième do manquait jusqu’à ce que je lise, dans la meilleure perspective possible, La preuve par le vide, calepin d’un poète suisse déjà connu pour plusieurs recueils.Le livre m’avait d’abord éloigné par des notes d’allure conventionnelle.Je n’avais pas vu que Chappuis cherchait justement le « lieu commun », pas celui qui se donne d’emblée, celui qu’on trouve en remontant la singularité des rayons jusqu’à l’axe.Pour ce qui est de la conscience poétique, Chappuis trouve ceci : « Ne se confond-elle point avec le sentiment que tout se tient et m’appartient — ou que j’appartiens à tout ?Désir d’être partout à la fois, mais (au lieu de vouloir courir ça et là) conscience d'une plénitude éprouvée là où je me trouve (où que ce soit) en cet instant-ci (quel qu’il soit, peut-on dire) ».Heureuse tentative d’expression de la nature de ces moments que Jacques Roubaud qualifie de « brillants », et heureuse idée que de les distinguer de « l’inflammation » de la réflexion : « une idée en appelle une autre, les idées s’enchaînent l’une à l’autre, s'amoncellent, d’où résultent plus ou moins excitation, démangeaison, enflure ».J’ajouterais volontiers réduction.Et voici plutôt l’effet de l’état de conscience poétique : « ce que je porte en moi, ce qui m’est extérieur circulent, se diluent l’un dans l'autre ».Ne dirait-on pas, à l’échelle humaine, l’expérience du principe quantique de non-séparabilité ?De là à évoquer le mystère de l’accord parfait, il n’y a qu’un pas.S Politique et Economie * ÉNERGIE ET FÉDÉRALISME AU CANADA J» Michel Duquette Au moment où le fédéralisme canadien est à un carrefour, cet ouvrage aborde la compétitivité et les discordances des approches fédérale et provinciale dans le secteur énergétique.244 p.(15 cm x 23 cm) ISBN : 2-7606-1566-9 IPUMI LES PRESSES DE L'UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL Disponible en librairie ou chez : gaëtan morin éditeur 4>fT«war *irlatlf 4m triiwi 4* l't al««rilt4 4* Maa'réal * r IM l»Ot • Ht »V|| | t.Ln.Marshall peut il sauter it* Tiers-mamie’ K#*.LE CARTEL DES SPOLIATEURS Jacques Patemot, Éd.Criterion, Paris 1992 (214 pages) Le sous-titre : Un plan Marshall peut-il sauver le Tiers-monde'.’, sert d’amorce à un auteur prêt à démolir le mythe constitué par l’injection massive de capitaux inutilisables.à moins que cet afflux de dollars ne coule « dans un système éthique et culturel, économique et politique capable de les faire fructifier » -l’Allemagne bien sûr.Patemot est-il un adepte du néo-libéral Henri Lesage ?Pas entièrement; il a des observations critiques sur certaines ong qu’il soupçonne de faire de la conscientisation un prétexte à de la propagande (il a forgé le terrhe christianisme-léninisme), mais il lie croit pas réalistes les mesures prônées par le FMI pour aider le Tiers-monde à rembourser une dette (1500 milliards $) qui frôle la tragédie, l’argent ayant été le plus souvent dilapidé par des nornenklaturas.Les solutions proposées par l’auteur vont de l’aide des banques privées à de petits entrepreneurs à la relecture de l’encyclique Centesimus Annus, de Jean Paul II.
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