Le devoir, 18 avril 1992, Cahier D
• le plaisir des ivres - Oampigny - Procurez-vous le dernier roman de Louis Caron La Tuque et Le Béret 4380 St-Denis, Montréal H2J 2L1 844-2587 Le Devoir, samedi 18 avril 1992 Montréal mi-figue mi-raisin La ville de nulle part MONTRÉAL L’oasis du nord Revue Autrement Série Monde, no.62 Robert Lévesque L EST VRAI que la revue Autrement, naguère fameuse pour son iconoclastic et sa manière qui était assez « autrement » des autres lorsqu’elle fit son apparition dans les contestataires années 70, n’eSt plus ce qu’elle était.À la revue de choc a succédé la revue de chic, maife il demeure, soyons juste, qu’Autrement est une revue parfois fort intéressante, bien faite, aux séries diversifiées, avec certains numéros à conserver et une réputation plutôt bien préservée.Mais il y a du mou dans le système.Ainsi ce numéro de la « Série Monde » sur Montréal.On imagine mal l’équipe dirigée par Henry Dou-gier monter un numéro sur Paris avec un texte de Jacques Chirac à la clé;;Ou un numéro sur le PCF avec une.introduction de Georges Marchais.Pourtant, s’agissant de Montréal, voilà qu’Autrement donne les yeux apparemment fermés dans la complaisance, le conflit d’intérêt, l’absence de rigueur, avec un « Montréal» où le maire Jean Doré présente à vélo sa belle ville et son programme politique, où l’industriel Gilbert Rozon magnifie la capitale du rire (dont il ramasse les dividendes à pleines poches), où Robert Boivin et Michel Labrecque mêlent leurs activités professionnelles du Vélo et du Tour de l’île avec leurs plumes d’éditorialiste et de commentateur objectif.C’est ce qui choque, d’abord, à la lecture du numéro.Tout de suite on ressent ce que j'appellerais le syndrome de la contrée lointaine.Montréal est si loin de Paris que l’on se fout un peu, dans les bureaux de la rqq d’Enghien, de ce numéro québécois, que l’on laisse faire la rigueur, et que l’importance et la qualité donnés à des numéros sur Prague, Moscou, Venise, la campagne anglaise, les pays baltes (ceux que j’ai lu, du moins) sont ici absentes.Montréal, un numéro de série sans importance .Malgré qu’il y ait certains textes intéressants (on y reviendra), le lecteur est d’abord estomaqué, d’entrée de jeu, par ce texte, Monsieur le Maire fait du vélo, signé Jean Doré, un texte fort mal écrit (monsieur le maire ne sait pas écrire.) qui est un croisement bâtard entre un tour de ville pour touristes pressés et endormis et un énoncé de politique débité en sous-sol d’église.Mais là où l’on va carrément s’étouffer c’est devant La ville qui rit, signé Gilbert Rozon président du Festival Juste pour rire, dont on ne sait plus quoi citer dans ce ramassis d’auto-publi-cité et d’auto-connerie, entre « ce qui est maintenant établi à travers le monde comme le festival de l’humour » et « à part le génie de son président » ! Restons dans le pire.Ce numéro contient aussi un chef-d’oeuvre d’insignifiance, une perle d’infantilisme littéraire, avec le texte du journaliste George-Hébert Germain, La vie sous zéro.On se rappelle que le même George-Hébert Germain a déjà affirmé, à la Bande des six, que Michel Tremblay ne savait pas écrire, qu’il avait « défiguré » Montréal.Eh bien, à lire du Germain, on préfère une ville défigurée par Tremblay que l’on lit dans le monde entier, qu’une ville embellie par lui que l’on lira nulle part ! Quant à l’éditorial de Robert Boivin et Robert Comeau, on ne se souvient pas avoir lu texte plus plat, plus terne, et plus anti-Autrement, sur Montréal, qui « en été.se transforme en station balnéaire tropicale », où « n’est-il pas fréquent de rencontrer dans les lieux publics des gens se promener (sic) allègrement le torse nu, la bedaine en saillie et les pantoufles aux pieds ?», ou encore « les nombreux cyclistes insufflent un vent d’humanité au béton et à l’asphalte ».Basta les conneries.Ce numéro d'Autrement sur Montréal, s’il vous tombe entre les mains (n’allez pas payer pour ça!), contient tout de même quelques textes intelligents, bien écrits, qui auraient pu former un début de numéro un peu relevé.Jean Barbe y sauve un peu la face de la ville, en première section (Émotions sur la ville), en disant justement jusqu’à quel point Montréal est une ville laide.Il fallait le dire! Car Voir page D-2 : La ville Life ri )»< »ïl U PHOTO JACQUES f Montréal La cité crucifiée Serge Truffaut ij 31 V .sup PRÈS Berlin et Venis^,.*) Prague et l,isbonnert,cl Buenos Aires et Maç^, seille, New York et Pq-|,VI ris, Autrement, la revuft,,,, bon genre, s’est penchée, >, sur le cas montréalais,]pj Le résultat suscite aq1l(, tant de questions qu’il éveille rétorû.ç, nement.Il y a du mi-figue, comme ijj,,, y a du mi-raisin.^iq Grosso modo, le numéro consacré to à Montréal rassemble deux catégOr* ries ou groupes de rédacteurs.Côté ?1 pile, il y a les universitaires ou inters lectuels.Côté face, on retrouve de%$g animateurs, parmi les plus visiblea^yi de notre scène urbaine aussi biegda que des journalistes et des pamphlén?.’ taires sans oublier le maire Jeanesi Doré.lur: Derrière ces deux côtés ou group?* pes, il y a deux hommes.L’un est uni versitaire; il s’appelle Robert Com*}?** eau.À la rubrique Biographies dep™ auteurs qui clôt cet ouvrage de 19&-'?pages, on précise même que R.Corqjc': eau enseigne l’histoire du Québec*;'* contemporain.L’autre éminence**-., grise de ce Montréal par Autrement-se nomme Robert Boivin.Il est écrivain, scénariste ainsi que response.-,; ble du développement et des rela».;*; tions internationales au Groupe Vélo»; j ; Cette cheville ouvrière à deux têtes, on les a rencontrées.e' * ; À la lecture des dix-neuf article^- < qui composent ce Montréal, on est.' : frappé non pas tant par la différence : de ton, qui est évidemment.souhai-; * ; table et de toute façon inévitable,]?mais bien par le hiatus culturel qqi-• existe entre les deux groupes de rédacteurs.Comme cela s’explique-*,n t-il ?: « Lorsque les éditions Autrement, m’ont demandé de piloter ce projef,-de préciser R.Comeau, j’ai établi un-* scénario ou synopsis qui prévoyait 1(9*/ recours à un plus grand nombre d’d • niversitaires.J’ai envoyé ce scénario J à Henry Dougier (NDLR : le direc ; ; teur de la revue) qui, après l’avoir ’ étudié, m’a suggéré d’apporter des;.: modifications afin que l’ensemble n’ait pas un ton trop universitaire,/ trop pointu.Autrement n’étant pas ; une revue de spécialistes, il voulait; quelque chose de plus décontracté.1 > ; Voir page D-2 : La cité Î Pour qui, pourquoi un chez-nous des écrivains?PHOTO JACQUES NADEAU Le futur chez-nous des écrivains, rue Laval.Stéphane Baillargeon LE 5 SEPTEMBRE 90, écrivains, touristes, badauds, punks, robineux et locataires en tous genres du carré Saint-Louis ont pu entendre un Claude Beausoleil heureux et chevelu annoncer solennellement son intention de créer dans le coin une Maison des écrivains.Il récitait alors son déjà fameux poème ; Nous reviendrons comme des Nelligan.Moins de deux ans et près de 900 000 $ plus tard, revoilà tous les poètes-administrateurs de l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNÉQ) sur le point d’aménager, dans leurs nouveaux locaux, « leur » Maison du 3492 avenue Laval, à Montréal.Une Maison des écrivains, qu’ossa donne ?» L’Union, qui compte maintenant près de 850 membres, rêve à ce lieu de travail, de rencontre et de festivités depuis sa formation, en 1977.Pour l’instant, l’ancienne résidence du cinéaste Claude Jutra est peu accueillante sous ses allures de chantier ordinaire : une benne orange bourrée de cochonneries sur le parterre, de la pierre noircie, un balcon chambranlant et une échelle en guise d’escalier.L’ouverture officielle est prévue début septembre.La formule a fait ses preuves ailleurs dans le monde.Berlin, Bruxelles, Stockholm ont leur centre, plus ou moins actif et corporatiste selon les milieux et les traditions.La Maison des écrivains de Paris, qui a un peu servi de modèle à celle de Montréal, a ouvert ses portes en mars 86, dans un charmant petit hôtel du XVIIIe siècle, au coeur du septième arrondissement.Depuis, le lieu, vraiment bouillonnant, est un point de rencontre pour les gens de lettres, avec des services d’information juridiques sociale et professionnelle.Et des lancements, bien sûr.La Maison de Montréal se rêve un véritable carrefour de la littérature nationale.« On veut prendre notre place dans la Cité », annonce Bruno Roy, professeur de littérature présidant l’Union depuis six ans.L’UNÉQ a besoin d’un quartier général digne de ce nom.Elle organise un colloque annuel, administre trois prix littéraires (Prix du Journal de Montréal, Molson et Émile-Nelli-gan), dirige un programme de près de 200 rencontres entre écrivains et lecteurs, offre des services de consultations juridiques et gère un programme d’échanges avec la France.Ses locaux de la rue Cherrier étaient décidément trop étroits.On a creusé le sous-sol de la nouvelle Maison pour y aménager un centre de documentation sur la littérature d’ici, avec bibliothèque, salle de lecture, archives audio-vi- suelles, service d’index et de répertoire informatisés.Sera déménagé aussi l’actuel centre de la rue Cherrier avec ses 6000 livres, ses 250 dossiers bio-bibliographiques sur les auteurs québécois et ses fiches pratiques sur tous les membres de l’U-NÉQ.Étudiants et chercheurs connaissaient bien l’endroit très fréquenté.Rue Laval, au rez-de-chaussée, un grand espace de réception et d’animation servira à la tenue d’expositions, aux lectures publiques et à des lancements de livres.Le dernier étage constituera une aire de réunion pour des séminaires, des entrevues ou des productions audio-visuelles.Les écrivains et d’autres associations pourront utiliser temporairement deux petits studios.« Ce sera une Maison des écrivains et de la littérature », résume fièrement le président Roy.L’Union a déboursé 335 000$ en 1990 pour rénover l’immeuble délabré, avant même d’avoir obtenu un seul petit sou de subvention.Pourtant, 80% des écrivains gagnent moins de 3000 $ par année avec la vente de leurs ouvrages.On ferait un bien petit livre avec la liste des auteurs québécois qui vivent de leur plume.C’est d’ailleurs en opposant cette indigence généralisée des écrivains québécois à ce qu’il appelait Voir page D-2 : Écrivains SOMMAIRE Les adieux du poète Roland Giguère, grand peintre et poète devant l’Éternel, mais aussi éditeur et relieur, quitte Montréal pour la campagne.Son atelier du boulevard Saint-Laurent avait connu les belles heures des éditions Erta qui l’ont vu mettre au monde à la main, lettre par lettre, tant de livres d’artistes.Les presses ont été vendues, le matériel dispersé.C’est un peu de la poesie de Montréal qui s’envolent avec eux.Odile Tremblay l’a rencontré.Page D-3 La satire selon Reynaldo Arenas Reinaldo Arenas, écrivain cubain, est mort sidéen à 47 ans.Nul mieux que ce dissident exilé aux États-Unis n’a su peindre « l’enfer cas-triste ».Son oeuvre est une gueulante où l’irrévérence le dispute à la satire, avec des éléments fantastiques et quelques ellipses : « Le sida est un mal parfait », écrit-il laconiquement quelque part.Hervé Guay a lu son autobiographie et son oeuvre aujourd’hui traduites en français.Page D-5 MORGENTALER l’obstiné SYLVIE HALPERN «.il s’agit d’un livre fort intéressant sur une page d’histoire importante de l’évolution sociale au Québec.» Pierre Vennat, La Presse «Morgentaler l'obstiné n’est pas seulement l’histoire de Morgentaler l’homme, ni même de sa seule bataille entourant le droit à l’avortement S’y mêlent l’histoire des Juifs, l’arrivée d’un immigrant au Québec, l’émcrgeance du mouvement féministe québécois des années 70 et 80, l’évolution de la province au sortir de sa Révolution.» essai, 208 pages, 19,95 $ Josée Boileau, Le Devoir Boréal V ,D-2 M Le Devoir, samedi 18 avril 1992 je HP • leplaisirdes ivres Jean Basile par Jean Basile Odile Tremblay Entre les lignes LES GENS portent avec eux leur passé, pour nous presque invisible, à peine inscrit au détour du sourire ou du regard.Ni dans son haut port de tête, ni dans sa réserve, ni dans l’urbanité de Jean Basile, ne lisait-on, quand sa longue silhouette se profilait au Devoir, à peine entrevue, /•vite effacée, ce que furent les frames, les peines, la vie de cet iWiomme mi-Russe, mi-Français et si Québécois en bout de ligne.La ;|iittérature a cette grâce de révéler ipes mondes intérieurs même après [jftju’ils soient disparus à jamais.Depuis le 10 février dernier, Jean ^Basile n’est plus, mais les éditions "JÎvlb sous le titre Keepsake 1 traduction : album fait de pièces de levers et de fragments de prose tntremêlés de gravures) livre cette emaine un collage de textes, ni Romans ni critiques, tous écrits au .S* je », dans les pages desquels, tout à L'Seoup il se découvre un peu.i.U On me dira que rien n’est plus inégal que ces courtepointes d’écrits, Jean Basile IEEPSAKE1 Un proustien montréalais pnkêUè «/c Proust était-il aviateur?Deux médaillons familiaux intimes ( /*/)/) Deux petites odes poésie Un anniversaire nouvelle ?lb éditeur certains achevés, d’autres à peine esquissés.C’est vrai.Mais quelques textes de Jean Basile ouvrent en majesté de vraies portes intimes, avec son beau style parfois trop classique, freiné, qui n’ose creuser l’émotion, la nomme à peine et laisse l’imagination du lecteur faire le reste.Je pense à Deux médaillons familiaux à travers lesquels les î»| ü rT“F«7D : s I li' s J i 3 ï! » il in n MJl i i uni Serge Truffaut ¦ r 3_____ ¦f 3UE CE SOIT par le biais des ; manques d’information, de la ; photocopie ou autrement, le droit ’ fauteur est quotidiennement bafoué.; \fin d’y voir plus clair, Les - publications du Québec ont demandé ,'iè Victor Nabhan, professeur à la 'Jaculté de droit de l’Université Laval ;fet grand spécialiste de la question, : ^’écrire un livre permettant de Réparer le bon grain de l’ivraie.Il est ; important de mentionner que M.Nabhan a analysé les « grands ; principes du droit d’auteur et leurs : applications dans un domaine jusqu’ici peu exploré : les banques ’ d’information.» Entre autres choses, ",Jbn apprend que « le domaine visé par ‘a Loi sur le droit d’auteur est îaucoup plus large » qu’on ne le 'J>ense.Outre les oeuvres littéraires, musicales et cinématographiques, cette loi protège également « les tableaux, les compilations, les traductions et les programmes d’ordinateur ».En fait, le champ de cette loi est si large « qu’il n’est pas requis que l’oeuvre soit intelligible au commun des mortels.Ainsi les tribunaux ont protégé par le droit d’auteur une liste de mots sans signification utilisés comme code télégraphique, un catalogue de caractères et un système de sténographie.» Pour de plus amples informations sur cet ouvrage, on peut se renseigner auprès du ministère des Communications et des Affaires culturelles.Festival national du livre Le thème du quatorzième Festival national du livre est Le pouvoir des mots.Plus d’une centaine d’activités ont été organisées à travers le La ville -îc’est ailleurs que dans les poncifs de JComeau et Jean Doré que l’on va ¦ commencer à sentir un début de réflexion sur Montréal.< Dans le volet Une île entre deux pves, entre deux mondes, des universitaires, à défaut d’écrire avec sou-blesse, vont fournir une matière historique sur l’architecture de Montréal (les textes de David Hanna et îîlean-Claude Marsan), sur les luttes Île la démocratie et les régimes poli-iques depuis les années 40 (fort bon \\ exte de Bernard Dionne).• j On retrouve aussi, dans le troisième volet (Les noeuds de la lan-2 j.»urspar outremont, montréal tél.: 274-3669 cise Jean-Guy Beaupré, directeur du développement culturel au ministère.Effectivement, au pays des unions d’écrivains, l’UNÉQ n’est pas seule joueuse.Elle doit partager le gâteau avec d’autres, j’ai nommé notamment la Société des écrivains canadiens et le Centre québécois du Pen Club international.Les membres de ces organisations ont beau se sourire et palabrer pendant les congrès et les colloques, le milieu gronde et couve des animosités personnelles et des chicanes de clans.« L’UNÉQ veut s’approprier toute la place, proteste Jean-Éthier Blais, president du PEN Club.On ne se sent pas encore menacés, mais l’Union voit tellement grand.» Le président Roy décrit au contraire son organisme comme le seul à défendre « les intérêts professionnels de ses membres et des auteurs en général », alors que les autres se contentent de fonctionner « comme des associations d’animation littéraire».Bisbille, donc.Et le public là-dedans ?Avec la Maison de Montréal, il gagnera un endroit où consulter 6000 livres d’ici et une foule de dossiers.C’est déjà pas mal.« La Maison est avant tout un symbole », affirme Bruno Roy, en disant espérer que le lieu développera le sentiment de solidarité des écrivains.Ceux-ci vont se reconnaître un endroit de rencontre et une tribune pour dire à la population du Québec qui souvent les connaît si mal : « Nous sommes là.» 4 La cité C’est à ce moment-là que nous nous sommes associés à Robert Boivin ».Mais le lecteur montréalais, celui qui va acheter cette revue, il est indéniable que l’inédit, la nouveauté, l’étonnement, il est plus susceptible de le trouver dans les textes d’universitaires comme David Hanna ou Bernard Dionne, par exemple, que dans les textes de Georges-Hébert Germain ou Josh Freed.Sans rien enlever à ces derniers, il est évident que leurs articles ont la facture de ces papiers que tout un chacun peut lire à longueur d’année dans les revues ou magazines québécois ?« Peut-être.Mais il faut savoir que la politique éditoriale de la revue Au- LA TUQUE ET LE BÉRET Louis Caron L’Archipel/Édipresse 202 pages Entre 1981 et 1991, Louis Caron nous proposa une trilogie intitulée Les fils de la liberté.Aujourd’hui, il amorce une nouvelle trilogie qu’il a baptisée La tuque et le béret.Le titre du premier tome ?Les chemins du nord.Le sujet ?« Au début du siècle, les Canadiens français s’accrochent à un rêve : repousser les frontières du Nord.L’un d’eux, Félix Métivier, incarne le destin exemplaire de ses compatriotes.Il abat des pans entiers de forêt.Il entraîne à sa suite la joyeuse armée des bûcherons et des draveurs.Il se lie d’amitié avec un peintre français, Henri Ramier, venu se laver l’âme dans la sauvagerie du paysage ».LE SECRET DES ORATEURS Stéphane André ESF Éditeur 207 pages Après La langue de coton, ouvrage qui ridiculisait notamment le discours creux des politiciens, voilà qu’on nous propose aujourd’hui un livre qui passe à tabac la langue des politiciens aussi bien que des dirigeants que des journalistes.Dans son introduction, Stéphane André note : « Devenu mauvais, l’orateur moderne n’est pourtant pas devenu idiot.Il n’est pas dupe.Alors, pour boucler le cercle vicieux de sa déchéance, il se dit qu’au moins il est naturel et vrai».VIETNAM William Colby Perrin 363 pages Avant de devenir le no 1 de la CIA en 1973, William Colby fut le patron de la CIA au Vietnam entre 1959 et 1962, Directeur du département Extrême-Orient de 1962 à 1968.Bref, il a servi sous cinq président différents.Sur le Vietnam, on peut dire qu’il « a tout vu, tout entendu.» Aujourd’hui, il livre SA version du conflit Vietnam-USA.Il nous apprend notamment que la CIA s’est opposée à la Maison Blanche dans l’affaire Diem comme elle s’est opposée à l’usage massif des forces militaires.FAITS DIVERS ET CHÂTIMENTS Alphonse Boudard Le pré aux clercs 405 pages Au fond, Faits divers et châtiments c’est la suite de son Les grands criminels.Après Landru, Petiot et autres « gros » criminels, Boudard s’attaque aux « petits » criminels.Aux faits divers.Page 125 : « Il faut dire que cette appellation, police-secours, qui nous paraît aujourd’hui toute naturelle, était alors dans son neuf, fruit des cogitations d’un poulet épris de relations publiques.Police-secours.Ça dégage de toute connotation répressive.Avant, on appelait les flics, ce qui était nettement moins affriolant ! » Nicolas NICOLAS ET ALEXANDRA ET Alexandra l.'album de Jamillc Michel de Grèce Perrin 237 pages Depuis que les « cocos » ont été mis à la porte du Kremlin, voilà qu’on redécouvre, qu’on réhabilite, la nostalgie aidant, l’ère impériale.L’ère des tsars.Pour composer ce Nicolas et Alexandra, on a fait appel à un « aristo », soit Michel de Grèce, petit-fils de la.Duchesse Olga de Russie.Page 21 : « La mobilisation générale eut lieu malgré le tsar.Elle fut accueillie par la Russie avec une confiance bien mal fondée et un enthousiasme aveugle».Cet ouvrage, il est important de le souligner, est savamment illustré.trement suppose des textes inédits; un mélange d’historique et de littéraire; une définition concrète de la ville accompagnée d’une définition, si possible, de son état d’esprit au moment où sort la revue.Or ce regard insolite, ce regard personnalisé, le lecteur français, qu’il ne faut pas oublier, il le trouvera davantage dans les textes de Germain ou Freed ».Pourquoi avez-vous demandé à Jean Doré, maire de Montréal, de composer un texte sur Montréal, et à Gilbert Rozon, président du festival Juste pour rire, de composer un texte sur le rire.Autrement dit, pourquoi ne pas avoir demandé un reportage sur le jazz à Alain Simard, président du Festival de jazz, et une enquête sur le cinéma à Serge Losique, président du Festival des films du monde?! ! « Le texte de Jean Doré, cela va peut-être vous surprendre, de préciser Robert Boivin, mais les gens de la revue, qui sont tous des Européens, y tenaient beaucoup parce qu’il est un révélateur de l’attitude des politiciens nord-américains.En Europe, et en France en particulier, les maires refusent d’écrire dans ce type de revue parce qu’à leurs yeux, cela ne fait pas sérieux.Pour les gens d’Autrement comme pour les lecteurs français, le texte de Jean Doré symbolise la décontraction qui singularise nos politiciens des leurs ».Et Rozon ?« Tout d’abord, il faut souligner que le rire et surtout le mode de sa présence dans notre société est un phénomène particulier.Nous voulions un texte sur ce sujet.Et, croyez-nous, trouver quelqu’un pour l’écrire, c’était pas évident.On a pensé à des humoristes, mais vous savez ils sont plus occupés à faire rire qu’à écrire.À préparer des shows.Pour ce qui est du texte proprement dit, ce qu’il y a d’intéressant c’est que Rozon démontre qu’à l’instar des Juifs et des Polonais, les Québécois, peuple exploité dans l’Histoire, se sont retrouvés dans le rire ».Les textes composés par les universitaires, à travers des prismes différents, traitent tous de ce Montréal point de chute ou plutôt lieu de rendez-vous de deux cultures.On parle évidemment de l’anglophone et de la francophone.De ces articles, qu’est-ce que vous et vos collaborateurs français avez retenu ?Qu’est-ce qui distingue les liens qu’entretient la majorité francophone avec les minorités anglophone, italophone et autres, des liens que la majorité, disons « WASP » de New York ou Los Angeles, entretient avec ses minorités portoricaines ou mexicaines 7 » « Pour ce qui est des liens entre anglophones et francophones, et plus particulièrement du débat linguistique, le moins que l’on puise dire c’ëst qu’il est empreint de civilité.C’est vrai que ce débat génère des conflits, mais sans qu’il y ait eu de violents débordements.Maintenant, en ce qui concerne les liens avec les autres minorités, l’attitude des Montréalais en est une d’accueil et de tolérance.Comparativement aux autres grandes villes nord-américaines, la convivialité culturelle est exceptionnelle ».À la lecture des signatures réunies, on constate qu’indépendam-ment de la complémentarité culturelle ou intellectuelle deux générations sont présentes.Les jeunes et les moins jeunes.Qu’est-ce qui les distingue ?Qu’est-ce qui démarque les uns des autres ?.« L’inquiétude des jeunes».« Lorsqu’on lit les textes de Jean Barbe et Anne Dandurand, de souligner R.Boivin, on constate qu’il y a une inquiétude réelle.Même s’ils terminent leurs articles sur une note positive ».Après avoir fermé votre ouvrage, on est frappé par l’absence de sujets qui, ajoutés les uns aux autres, auraient peut-être permis aux Européens de mieux comprendre ou saisir l’américanité de Montréal.Par exemple, il n’y a rien sur le sport qui, Dieu sait, a une importance capitale.On dirait que cette américanité a été délibérément évacué de votre pro jet ?« C’est vrai.C’est vrai, de confier R.Comeau, que l’américanité aurait u être développé davantage.Pour tre encore plus précis, je pense qu’on aurait pu expliquer ou démontrer davantage les similitudes qui existent entre Montréal et les autres villes du continent.Mais je crois sincèrement que pour arriver à un tel résultat, il faudrait y consacrer un numéro complet ».Comment s’est effectuée la collaboration entre vous et le comité éditorial de Autrement.« C’est drôle, mais je n’ai jamais rencontré Dou-gier.On correspondait toujours par lettre ou par fax.Pour chaque texte, il fallait qu’il y ait unanimité entre nous quatre ».Que faut-il retenir de ce numéro ?« En ayant décidé de faire un numéro sur Montréal, les gens d’Autrement l’ont classé parmi les grandes villes du monde ».T>?f ‘ Roses et rosiers pour le Québec et Vest du Canada se veut un guide de référence pour les amateurs.Il s’intéresse autant aux cultivars des lignées modernes qu’aux variétés plus anciennes et présente une sélection importante de rosiers arbustifs modernes développés aux États-Unis, en Europe et au Canada.Les différentes étapes de la culture des rosiers sont expliquées et illustrées.Les principales maladies et les ravageurs les plus fréquents sont -présentés.Plus de 400 photos agrémentent ce guide qui vous permettra de mieux connaître les rosiers et sa fleur: la ROSE.En vente chez votre libraire ÉDITIONS DU TRÉCARRÉ / Le Devoir, samedi 18 avril 1992 Quand le bonheur est au bout QUAND LA MORT EST AU BOUT Francis Bossus Pierre Tysseyre 1992, 158 pages Louis Cornellier AUX YEUX du profane, le monde littéraire québécois n’est qu’un vaste tohu-bohu duquel parviennent à s’extirper, le temps d’un tour de piste, des plumitifs vaniteux dont les la-‘ mentations nécessitent tambours et trompettes qui détonnent pour être entendues.Sur les voix frêles mais justes qui disent non à la stratégie honteuse quoique payante de la plug, s’abat toujours un silence mesquin.Au royaume des émeutiers de salon, les m’as-tu-vu sont rois et les réfractaires voués à l’indifférence.Francis Bossus fait partie de cette rare espèce d’écrivains qui, aux coups d’éclats, préfèrent la compagnie des mots feutrés que l’on fignole avec de la ouate dans les oreilles.Son recueil de nouvelles intitulé Quand la mort est au bout démontre avec une sobriété exemplaire qu’il n’est point besoin de se regarder écrire pour faire efficace.Trop souvent, les recueils de toutes sortes que les auteurs jettent en pâture à un public de moins en moins sélectif ressemblent à des mosaïques dissonantes.On réunit pour réunir sans se préoccuper des effets désagréables que les patchworks ainsi constitués provoquent inévitablement.Ici, rien de tel.Dans le propos comme dans la manière se remarque un souci d’unité constant.D’un bout à l’autre, la mort obsède l’imaginaire de l’écrivain et le ton détaché mais aimant lui donne une couleur pastel propre à adoucir sa violence.Si ce n’était du climat d’absurdité que Bossus crée parfois autour du drame, cette phrase du compositeur français Gabriel Fauré résumerait bien la vision du trépas que nous propose Quand la mort est au bout : « C’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà plutôt que comme un passage douloureux ».Onze nouvelles.Onze versions d’un face-à-face définitif qui, tôt ou tard, s’abattra sur chacun de nous.Bien sûr, Bossus évoque la guerre.Toutefois, il évite avec élégance le piège du dégoût enfantin.Il en montre l’absurdité, mais il s’oblige à un détournement : « Vous n’aimez pas la guerre, lieutenant, et la guerre ne pardonne pas à ceux qui la font en amateur.C’est une sorte de servante, vous savez, qui assiste le destin.// Ensuite, elle lui avait dit que le seul moyen de conjurer le sort était de crier « Vive la guerre ! », là, devant tout le monde, après avoir arrêté l’orchestre ».L’hommage à la mort comme antidote à la mort.Ce refus de la simplicité idéologique multiplie l’efficacité du texte.Même quand il délaisse les zones de bombardements, Bossus n’abandonne pas sa proie.Au coeur de petits villages anodins, dans des espaces désertiques, dans des villes assaillies d’événements apocalyptiques, sur la route, il traque la Grande Faucheuse avec finesse tout en se maintenant sur le seuil de l’évidence.Ses chutes contredisent impitoyablement les projections jusque-là plausibles qu’entretenait le lecteur.« La différence », un des moments les plus forts du recueil, rappelle par plus d’un point l’univers et le style beckettien.Comme dans « La pro- f , Pierre Le Moyne D’Iberville PHOTO SOCIÉTÉ D'HISTOIRE DE LONGUEUIL 1., c • Prise d’otages en N ouvelle-France DE LA / NOUVELLE-ANGLETERRE A LA NOUVELLE-FRANCE Histoire des captifs anglo-américains -au Canada entre 1675 et 1760, ' Marcel Fournier, ¦ Société généalogique canadienne-française, 286 pages, 1992 Clément Trudel À, CE .JOUR, ce sont surtout des auteurs américains telle Emma Lewis Coleman (en 1925) qui ont fait l’effort de retrouver dans les archives la trace de ceux qui furent capturés ou faits otages en Nouvelle-Angleterre.Marcel Fournier, historien autodidacte, a mis trois ans à reconstituer ' iy feuille de route de ceux et celles que capturèrent les Abénakis (il y ayait, en quantité moindre, des Iroquois, des Ilurons et des Algonquins ' parmi les attaquants) et les troupes françaises et canadiennes, lors de ¦ pas moins de 70 raids meurtriers sur Deerfield, sur Corlear (Schenectady) ou sur d’autres villages.Ces raids étaient sous la responsabilité de Lemoyne de Sainte-Hélène, de Ni-pplas d’Ailleboust, de Louis d’Amour, de Jean-Baptiste Hertel de Rouville, e).ç.Si vraiment, comme l’écrivait '¦* Georges Duhamel, « l’historien est le romancier du passé », Fournier n’est 'h‘as à vrai dire un romancier à suspense, mais plutôt un écrivain réaliste; il s'y entend à vulgariser des Tâits qui auraient pu ne retenir que des chercheurs au teint blafard consacrant leur vie à scruter les actes notariés ou les faits reliés à la « longue lutte pour la suprématie sur le territoire » à laquelle se livrèrent Français et Anglais.Il y eut, durant ces trois quarts de siècle couverts par l’ouvrage qui s’arrête après la guerre de Sept ans, des prises de guerre - 182 soldats, dont certains sont morts dans des hôpitaux de Québec ou de Montréal, la plupart après avoir abjuré leur foi protestante - et des otages - 227 hommes, femmes et enfants qui devinrent parfois des amérindiens assimilés.11 faut ajouter à ces deux catégories les « fugitifs»: Français (huguenots, présume-t-on), Irlandais ou personnes nées dans les îles Britan- niques.Certains (122 « pionniers et « pu pionnières ») ont eu une descendance qui s’est fondue dans le grand tout « canadien-français ».D’autres se sont alliés à des familles amérindiennes, ce qui explique la présence de nombreux patronymes anglo-saxons sur des réserves comme celles des Mohawks de Khanawake ou d’Aka-wesasne.Marcel Fournier nous sert 456 biographies, mais il nous prévient que le tiers seulement des Anglo-américains transférés contre leur gré en Nouvelle-France ont laissé des traces dans nos archives.Certains obtinrent la nationalité française, mais nombreux sont ceux qui retournèrent en Nouvelle-Angleterre à la faveur d'échanges de prisonniers, chaque fois qu’un traité intervenait.La source principale de Fournier se trouve dans les fichiers informatiques sur les immigrants, au Programme de recherche en démographie historique ( Département de démographie de l’Université de Montréal).Ce livre, dans 90 pages consacrées à un survol historique, explique comment des Edmunds sont devenus Edmond, des Carter se sont transformés en Chartier ou Charetier, des Stibbins en Stebenne, des Farnsworth en Phaneuf; comment des Lothman sont connus comme Bar-rois, etc.La supérieure des Ursuli-nes, à Québec, en 1760, était Américaine d’origine.L’on se trompe fort en attribuant aux seules descendantes de Français une fécondité phénoménale, quand on sait qu’Elizabeth Corse, née à Deerfield (Mass.) eut à 16 ans un enfant illégitime, puis quatorze autres enfants on ne peut plus légitimes avec ses deux maris successifs : Jean Dumontet, dit La-grandeur, mort à Laprairie, et Pierre Monet, dit Laverdure.L’éditeur affirme contribuer, par ce retour sur les origines culturelles multiples de la nation québécoise, au 350e anniversaire de la fondation de Ville-Marie-Montréal.Il s’agit bien d’un ouvrage qui fait oublier l'aridité de la recherche entreprise, et qui surtout, ressuscite des faits d’armes cruels, prouvant que les Acadiens ne furent pas les seules victimes de déportation lors d’expéditions punitives! f" ROLAND GIGUÈRE Les presses Erta plient bagage Odile Tremblay IL Y A des moments-clés chargés de nostalgie qui marquent la fin d’une époque.Par exemple, le jour où le fameux libraire Henri Tranquille a fermé boutique, laissant toute une génération de « liseux » montréalais comme orphelins.Ou bien cette semaine, alors que le poète-peintre Roland Giguère vidait son atelier du boulevard Saint-Laurent, près de Prince-Arthur.Ici, ont fleuri les riches heures des Editions Erta où tant de beaux livres d’artistes furent imprimés à la main, lettre par lettre, sur vélin d’Arche.À 62 ans, Roland Giguère quitte Montréal pour la campagne.Et c’est un peu de la poésie de la ville qui s’envole avec lui.Plus tôt cette semaine, la presse a été vendue, partie dans des caisses en pièces détachées.Mais des boîtes remplies de vieux caractères de bois s’empilent encore dans l’atelier.Il me donne un O, pour mon initiale, et un hanneton, parce que le dessin est joli, signes utilisés jadis pour les lettrines, les ornements.Il a beau ne pas être loquace, l’artiste-poète-ty-pographe ose quelques regrets.« Quand on a travaillé vingt-cinq ans quelque part.» Je suis dans un des tout premiers « lofts » poussés en sol montréalais.Roland Giguère travaille ici depuis 1964.Auparavant, l’endroit servait de manufacture de vêtements.Avec un ami artiste Gérard Tremblay, il en a fait son atelier de peinture et le chef-lieu de sa petite maison d’édition artisanale.Il fut un temps où Gilles Hé-nault, Claude Gauvreau, Marcelle Ferron, Jean-Paul Mousseau, d’autres peintres et poètes s’arrêtaient en passant.« Aujourd’hui, les artiste se fréquentent moins, soupire-t-il.Chacun vit dans son coin.L’ere est à l’individualisme ».Roland Giguère demeure notre éternel inclassable du monde des arts et des lettres, touche-à-tout, comme Cocteau, mais dans une veine surréaliste.On lui doit des poèmes (dont son célèbre recueil L'Âge de la parole), des gravures, des peintures.Graphiste, typographe, relieur, éditeur.« On se ressource en passant d’un métier à l’autre », dit-il.Autrefois, il a commencé à dessiner dans les marges de ses poèmes, puis, peu à peu, ces marges sont devenues trop étroites.Giguère s’est mis à peindre.Pas étonnant qu’il ait eu le goût de mettre au monde des livres d’artiste, ce mariage de l’image et de la parole dans lequel le volume perd toute fonction utilitaire pour atteindre le statut d’objet d’art : papier fin, reliure luxueuse, gravures, typographie artisanale, amoureusement tracée, caractère par caractère.« Le livre est une passion, écrivait-il quelque part.Autant pour celui qui l’écrit que pour ceux qui le composent, l’impriment, le reûent, et parfois le lisent.» L'aventure des Éditions Erta commence en 1949.Roland Giguère avait étudié la typographie à l’Institut des Arts Graphiques de Montréal.Sur les presses de l’école, il a imprimé un Roland Giguère recueil de ses poèmes Faire naître orné des sérigraphies d’Albert Dumouchel, son professeur en art visuel.Depuis, les Éditions Erta ont Sublié une trentaine d'ouvrages, tirés moins de cent exemplaires en gé néral.Certains vraiment spectacu laires sous leurs coffrets, leurs cou vertures de velours ornées de pla ques de cuivre.Sérigraphies, litho graphies, eaux fortes signées Jean Paul Mousseau, Albert Dumouchel, Gérard Tremblay viennent prêter écho notamment aux poèmes de Gaston Miron, de Gilles Hénault, de Giguère lui-même.Chaque page a été imaginée, montée, créée avec art et amour par le bâtisseur de livres qui toute sa vie a confondu les rituels du texte et de l’image.Mais depuis plusieurs années, les presses d'Erta demeuraient muettes.Le dernier recueil publié, Arbres de Paul-Marie Lapointe, date de 1978.Quand son compagnon Gérard Tremblay est tombé malade, la tâche d’imprimeur a semblé trop lourde à Roland Giguère.Et voici qu'àujourd’hui, il TRIPTYQUE C.P.5670, SUCC.C MONTRÉAL (QUÉBEC) H2X3N4TÉL: (514) 524-5900 ou 525-5957 Mythes et symboles DANS IA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Hélène Legendre-Dc Koninck LES RACINES DE PIERRE La terre émergeait i peine de ion collier de nuit Antoine Sirois Mythes et symboles dans la littérature québécoise 156 p„ 18,95$ Dans ce recueil de textes, Antoine Sirois s'est plu à retracer les grands mythes et symboles gréco-romains et bibliques qu'ont marqué notre civilisation occidentale.L'auteur montre comment Ringuet, Gabrielle Roy, Anne Hébert, Jacques Ferron et d’autres romanciers ont transposé, adapté les récits anciens dans leurs propres récits et soulevé les questions qui, de tout temps, ont hanté l'humanité en quête de sens.Pierre Monette Le guide du tango 260 p., 17,95$ Synthèse d’informations unique en son genre parmi tous les ouvrages publiés sur le sujet, tant en français qu’en espagnol.Le guide du tango contient une présentation de l'ensemble des oeuvres, compositeurs, paroliers et interprètes du répertoire.Il répond autant à la curiosité des connaisseurs du tango qu'à celle des amateurs de musique.Hélène Legendre-De Koninck Les racines de pierre 70 p„ 12,95$ Hélène Legendre-De Koninck a remporté le Prix de poésie du Centre International de documentation et d’échanges de la francophonie en 1988.Spécialiste du temple d’Angkor Vat, elle en élargit l'esprit des pierres dans le présent recueil de poésie.priétaire, la ville et la poussière » et « La liste d'épicerie», une tension belle et soutenue réussit à séduire grâce au maniement du paradoxe que Bossus pratique avec succès.Sur un rythme très lent duquel une certaine douceur émane, on assiste à la décomposition en règle de situations préalablement normales.N’oubliez pas, quand vous sortirez de la librairie avec Quand la mort est au bout en main, d’arrêter à la pharmacie du coin, question de vous procurer de la ouate.Elle pourrait vous être utile.Pour oublier l’émeute, mais aussi pour amortir le choc.w w > PHOTO JACQUES NADEAU vend tout.Mais jusqu’au 27 mai, la galerie Tranchefile au 5331, boul.St-Laurent expose toutes les publications Erta.Pour le souvenir.Avant de se fixer au Québec, le poète-graveur a longtemps habité la France, dont un long séjour de 57 à 63 au cours duquel il fut le disciple d’André Breton qui, même à la fin de sa vie et malgré que les compagnons de la première heure aient quitté son navire, prêchait le surréalisme jusqu’au bout.Cela plait à Roland Giguère cette fidélité à un style dans laquelle il se reconnaît.« Je poursuis le même sillon depuis toujours, me dit-il.Mais avec une poésie un peu plus dépouillée et des images plus lumineuses qu’avant.» Aux yeux de Roland Giguère, la poésie n’est pas morte.« Mais elle vit sur elle-même.Les poètes se lisent entre eux.Notre monde matérialiste les a oubliés.» Pourtant à son avis, un jour, la poésie retrouvera se lettres de noblesse et son pouvoir sur le coeur et l’âme.C’est la grâce que Roland Giguère lui souhaite.P4 (X < H co W CO CO d lO X < £ »o Ol 04 Ol I CO CO Ci rf 'W Ci PQ- CO CO U O* 'W Pi U U If) U w D Cf (/) O U < O PP X O X D-4 ¦ Le Devoir, samedi 18 avril 1992 • le plaisir des ivres LU SS Andrée MAILLET A choses écrites Carnet 31 À LA VITESSE DE L’AUTOUR.je survole les siècles en glanant ici, en glanant là des brins de ma généologie — des images, des voix.Dans le dernier Éthier-Blais, je crois, je lis : Dieu reconnaîtra les siens ! Sans référence.Mot terrible ! Froidement prononcée par Simon de Montfort devant la ville de Béziers.— Seigneur ! il y a là, de bons catholiques ! i- Tuez-les tous ! dit le sire de Montfort, grand baron du saint roi Lcfuis, Dieu reconnaîtra les siens.30 000 morts à Béziers, sous l’impulsion de Dominique de Guzman, inventeur béatifié de l’ordre prêcheur — les Dominicains — et de la Sainte (ô combien) Inquisition.i Je préfère sainte Philomène qui rfâurait pas existé à saint Dominique bien trop réel.L’existence de sainte Philomène est attestée au moins autant que celle de millions et millions de femmes ayant la valeur d’un boeuf ou d’un chameau.Les Maillet, de tradition (les meilleurs d’entre nous s’entend) s’opposent à tous les pouvoirs — à celui de l’Église, à celui du seigneur — mais rarement au monarque héréditaire car il appartient au peuple.Les Maillet ont sans doute fondé la commune de MAILLET, sur les Marches de Provence.Elle a son monument aux morts de la guerre (14-18) à l’instar de 35,692 communes françaises.L’ayant fondée, ils se sont empcressés d’essaimer partout ailleurs, en petit nombre, de monter à Lyon, à Paris, de descendre aussi dans le Rousillon, le Comtat Venaissin, que sais-je ?Le plus ancien, connu de moi, était au 13e siècle un Provençal.Il protégea les Catharecs, sans être des leurs.Il y risqua sa vie, même s’il ne mourut pas à Béziers.Il était de robe ou un tout petit gentilhomme puisqu’il est identifié nommément dans l’Histoire comme ami des Albigeois.Paysan ou simple quidam, il eut été écrapouti ni vu ni connu à l’instar de bien d’autres, (à suivre).?Le seuil des vingt ans de Jean Éthier-Blais est aussi un roman dont les personnages sont les Pères Jésuites affectés à l’enseignement du cours classique aux garçons.Que nous n’ayions pas eu de Jésuites comme professeurs, quelle injustice envers nous, les femmes ! J’ai connu plusieurs Jésuites outre Hertel qui revenait de son stage punitif de Sudbury, et qu’on priait de rallier Saint-Boniface; et pour cela, qu’il jugeait atrocement injuste, il quitta la Compagnie ou la Société.Jugez combien les femmes sont jésuites a écrit Balzac (exemple du Robert).Nonobstant, nous nous entendons assez bien avec les MK % hommes du clergé régulier — fidèles à leurs voeux.Et, en majorité, plus intelligentes que les hommes, nous aurions mieux profité de ces enseignants supérieurs, et le monde serait meilleur qu’il ne l’est.À présent, soixante pour-cent de filles forment la masse étudiante — cette proportion s’accroîtra lorsqu’on aura1 haussé les normes — alors les vocations masculines augmenteront peut-être.Parce qu’en général, les Jésuites sont intelligents et cultivés, et que le défi de se mesurer à des cerveaux féminins supérieurs est chargé de magnétisme.On assisterait à de véritables épousailles d’esprits.Car, non seulement on naît femme, et aucun trans-sexuel, travesti ou homosexuel ne peut jamais espérer le devenir, mais cette condition congénitale n’est pas que physique — on s’en rend compte maintenant, après des décennies de dénégations — elle est aussi intellectuelle.C’est dans le domaine du coeur que les sexes se ressemblent le plus.La sensibilité d’Éthier-Blais est au plus haut degré féminine — et l’était celle d’André Laurendeau — à preuve leur passion pour la musique française que je partage entièrement et naturellement.Ceci dit, j’ajoute en deux mots, parce que l’espace m’est compté que Le seuil des vingt anse s un roman (?) non-fictif (?) très passionnant, d’un style qui n’a pas d’âge — tout simplement magnifique.J’en acquiers à sa lecture des connaissances extrêmement précieuses pour • enrichir le principal sujet de mes études et leur objet — autrefois sur le terrain — et à présent par les livres et l’écoute, et qui est l'homme sans majuscule, le mâle humain dan toutes ses dimensions.Les femmes, je les connais.?QUE FAISIEZ-VOUS au temps chaud ?au temps frais ?au temps bénin de Pâques ?Où, par un automne à l’odeur de résine, à l’arrivée des aquilons sous un firmament gris que trouvait, ponctuel, un vrai ciel d’immuable turquoise, où logeaient vos délices ?Où dormait votre amour, ne le direz vous pas ?Il faut se décaler du Temps, s’en déboîter, y tenir par de légers liens d’or — on ne s’en libère pas même en mourant — Il est partout, tout est en Lui : le Temps, c’est Dieu.Insérons-nous dans le Présent, coiffons-le d’une capitale : il est très beau car il existe.Il m’est utile d’être présente en datant l’écriture chaque jour que j’écris.Et.s’en détacher aussitôt.revenir en arrière : j’étais là ! j’étais là ! Ici ! J’y suis encore.Je suis celle qui écrit pour faire durer tout ce qui vit et rappeler des nappes creuses, souterraines, les silhouettes après les ombres, et puis l’image du passé rendu présent.Est-ce le présent ?(suis-je présente ?) alors, s’en redétacher aussitôt.Retourner en arrière et très loin, et se reprendre à vivre dans la mémoire fixée : ainsi le Temps se garde — ô douce illusion !.Mais la vie se conserve au Présent : je suis ce que je fus — passer ne m’importe guère.Je suis ce que je fus, et je n’ai rien perdu.?JE NE SAIS si Clément Marot inventa la musique de son poème, retrouvée par Yvette Guilbert, que je me chante à moi pour me donner du cran.Nous la chantons tous, elle ouvre notre intime fontaine d’eau amère qu’il faut parfois laisser couler s’il est vrai que les larmes secrètes rafraîchissent le coeur.En voici les paroles : écoutez ! Plus ne suis ce que j’ai été / plus ne saurais jamais l'être / Mon doux printemps et mon été / ont fait le sa ut par la fenêtre / Amour ! Tu as été mon maître/Je t’ai servi sous tous les dieux / Ah ! si je pouvais deux fois naître / Combien je te servirais mieux/.(Avecla musique, c'est encore plus triste).ON ATTEND ou qu’on soit.La vie entière passera-t-elle sans qu’un soir elle s’arrête quelque part, où qu’il soit ?et sans qu’il attende, dehors, derrière ma porte à moi ?Il espère.Elle rêve.Parviendront-ils jamais à retracer les signes, à émettre les fluides méconnus, si puissants ?Y parviendront-ils ?Il semble que, presque toujours, la peau la plus mémorisante et rétentive ait faculté d’oubli.Préférence d’oubli, dédain d’une attirance de naguère envers un objet usé à l’excès, sans plus aucun mystère.( Les Princes de Sang I, roman : à paraître) ?IL Y A CES MOMENTS extrêmement rares, fulgurants, qui suscitent avec une rapidité prodigieuse une folie de haute voltige, une furie toute enveloppante, étourdissante; nous perdons l’envie de manger, le besoin de boire; du boire et du manger nous nous détournons, tellement une autre soif, une autre faim — qui satisfait l’être, en outre, par un spasme du plexus solaire — nous obsèdent à en perdre aussi le sommeil, et aussi l’amour du soleil.Ce désir nous détourne du jour, la nuit nous invite à veiller, nous devenons guetteurs de luné, nous écoutons le roulement des voitures, en ville; à la campagne, le chant du vent, les sons mats de l’automne, les voix suraiguës du printemps, les sons inconnus, non-reconnus, ambiguës, de l'été; et le silence de l’hiver coupé par le bris d’un glaçon au toit d’une galerie ou par le craquement d’un arbre d’où un amas de neige a chu.— A.M.Baromètre et boussole Jean-Pierre ISSENHUTH À Poésies RUSH PAPIER CISEAU Patricia Lamontagne L’Hexagone, 1992 CHIEN D’AZUR José Acquelin L’Hexagone, 1992 NÉE à Montréal en 1959, Patricia Lamontagne a publié Les faits saillants (Paje éditeur) en 1989.L’Hexagone propose maintenant Rush papier ciseau, suivi de Allumette, une soixantaine de courtes proses qui, selon la couverture du livre, « apportent du nouveau parce qu’elles constituent une sorte d’apocalypse ».C’est une invitation à garder la tête froide.Je ne doute pas qu’un ethnologue, un anthropologue, un psychologue, un sociologue ou un historien curieux de phénomènes urbains insolites trouvent matière à observation et à réflexion dans Rush papier ciseau.Il me semble qu’il y a la des renseignements de première main sur l’âme multidisciplinaire qui s’éclate dans l’immédiat, dans l’actuel, etc.La poésie, quant à elle, est un art.Je ne crois pas qu’elle puisse se contenter de faire péter un baromètre pour indiquer un temps d’apocalvpse.Le coq-à-l’âne et le collage a répétition sont des procédés mimétiques bon marché qui donnent tout au plus un document-vérité ou un vidéo-clip.Les amateurs de symptômes spectaculaires pourront courir après les éclats du baromètre.Du point de vue de la poésie, le résultat n’en restera pas moins de dernier ordre.Allons plus loin : la fameuse apocalypse, dont parle la quatrième de couverture, n’est-elle pas un emballage commode qu’on charge, une fois de plus, de justifier un recueil à peine moins primaire que ceux de Lucien Francoeur ?Une éruption inarticulée est toujours suspecte; il faudrait vérifier qu’elle ne dissimule pas l’inaptitude toute simple à écrire une phrase.L’oeuvre de Claude Beausoleil a connu son Waterloo le jour où j’ai lu de lui une ligne de prose ultra-cafouilleuse, que toutes les suivantes ont limitée.Par ci par là, des vers réussis par hasard pouvaient faire illusion, mais la prose, non.C’est ainsi que le zeppelin s’est aplati.Rush papier ciseau laisse-t-il présager mieux ?J’en doute.Puisse l’avenir me donner tort.Il y a heureusement autre chose dans Chien d’azur de José Acquelin.Né à Montréal en 1956, Acquelin a déjà publié deux recueils : Tout va ; ; • i rien (L’Hexagone, 1987) et Le piéton immobile (L’Hexagone, 1990).Passons vite sur les jeux de mots ' ! simplets de la quatrième de j couverture (« la mort qui mord et • ¦ ! fait mourir avant la mort ».« les • ¦ ; mots qui nous usent et nous ; rusent ».».Allons aux 65 courts poèmes qui composent le livre.Ils sont d’un intérêt assez inégal.; Pourtant, Acquelin invente, et rares ; sont les poèmes où un vers ou deux ; ne vous arrêtent pas : tes mains s’élèvent comme l’arbre te l’a montré: parfois je crois que je ; pleure par soif du feu, les gens vont ; manger avec leurs visages: un oiseaua crié trois fois la lettre A.Ce qui me manque, parfois, c’est un ’ ' fil conducteur plus clair, qui conjurerait l’effet, un peu lassant à ' » la longue, des juxtapositions envahissantes.Chose importante et rare : un , -grand calme se dégage de la poésie d’Acquelin.Y a-t-il, aujourd’hui, ‘ ¦ quelque chose de plus scandaleux “ ' ' que le calme ?Dans la fébrilité hystérique de l’apocalypse, le calme ' est un choc.Il me semble même que ' la poésie d’Acquelin trahit une confiance mystérieuse, encore plus scandaleuse que le calme.Et quant).l’invention, la juxtaposition, l’énumération, le calme et la confiance s’unissent durablement, it peut résulter de leur alliance une , réussite de ce genre : il y a un vent penché vers les Indiens / une lumière du malin alors qu'on est le • ; soir / il y a une usure du rêve un appelé l’abandon / et des yeux fatigués de voir le fond des choses/' ' • il y a qu'il faut défaire l'amour / pour ' saisir qu 'il nous fait ! il y a un corps fort / de mourir.Un voit qu’un constat n’est pas nécessairement hystérique, et des poèmes comme celui-ci me portent à deviner, dans Chien d’azur, une boussole dont l'aiguille indique une : direction intéressante, personnelle, .féconde, même si elle est inconnue.L’ignorance est au coeur de la poésie d’Acquelin, comme elle est au coeur du Livre des anges de Lydie Dattas (Arfuyen, 1990), dont Chien • .d'azur rappelle parfois le rythme et • les énoncés tranquilles, mais avec : plus de variété, sans les redondances abrutissantes qui laissent l’impression qu’on veut enfoncer un clou : la beauté doit être dans celte, ignorance sans calcul / qui fait aussi que tu es là même absente / ce que.j'ai à te dire n’a pas plus d’importance / que ce qui relie le lampadaire à la lune / il est stellaire que je t’aime / parce qu’il est terrestre de le dire.Les poèmes oscillent entre cette gravité contemplative et une désinvolture familière, mais la place de cette dernière me semble avoir diminué depuis Tout va rien.Du côté grave et du côté désinvolte, Acquelin fait preuve de la même logique imprévue.Trois romans à côté des tiroirs LITTERATURE JEUNESSE SHAN DA ET LA CITÉ INTERDITE de William Bell traduit par Paule Daveluy Collection des Deux solitudes jeunesse Pierre Tisseyre, 1991, 330 pages LE CIEL CROULE de Kit Pearson traduit par Paule Daveluy Collection des Deux solitudes jeunesse Pierre Tisseyre, 1991, 355 pages LA MAISON VIDE de Claude Gutman Collection Page Blanche Gallimard, 1991, 113 pages Dominique Demers IMAGINEZ une grande commode avec deux vastes tiroirs.Celui du haut pour les livres édifiants, celui du bas pour les livres amusants.Les adultes prescrivent les premiers, les jeunes s’emparent des seconds.Depuis qu’on l’a inventée, la littérature jeunesse se laisse assez sagement ranger dans un meuble à deux compartiments.Sauf qu’à chaque année, dans à peu près tous les pays, quelques titres échappent à la règle.Ils se moquent des cloisons.N’ont que faire des intentions étroites.Ces livres me rappellent toujours les paroles d’un personnage, un prof, dans L’amoureux de ma mère, un très beau roman de Anne Fine : « La vie, c’est un truc long et difficile.Et les histoires et les livres, ça aide.Il y en a qui aident pour la vie elle-même, d'autres qui aident juste à faire une petite pause.Les meilleurs aident aux deux à la fois».Ces livres trop grands pour les tiroirs nous cueillent là où nous sommes, dans notre jardin, mais ils ne nous ramènent jamais au même point.Pendant le voyage, la case de départ s'est effacée.On est changé.Trois romans parus au cours des derniers mois traînent à côté des tiroirs.Ils ont tous été couronnés de prix prestigieux et les trois parlent de guerre et de violence.Pour dénoncer la violence, on peut interdire la vente des pistolets à eau, punir les petites puces criant « pow pow, t’es mort ! » à leur copain de la garderie et construire des pyramides de jouets de guerre à tous les mois de décembre.Mais on peut aussi déclencher une pluie de rafales sur des personnages bien vivants et, pendant que leurs corps s’empilent, LE DEVOIR présente le BELLE GUEULLE de nouvelles 4eécfft/o/i ggg'EBSZSL La Revue STOP organise pour la quatrième année consécutive le Concours BELLE GUEULE de nouvelles.1er prix : 1 000$ 2e prix : 750$ ' 3eprix: 500$ 10 mentions s'ajouteront à ces prix BELLE.GUEULE BELLE GUEULE LE DEVOIR LES BIBUOTHÈQUES PUBLIQUES DU QUEBEC C K R L à Québec SALON DU LIVRE DE MONTREAL csai i=a i Le dépliant de participation est maintenant disponible dans les BIBUOTHÈQUES PUBLIQUES DU QUÉBEC, dans la Revue STOP n°124 en vente chez votre libraire, ou en écrivant: Concours BELLE GUEULE de nouvelles, C.P.983, Succ.C.Montréal Qc H2L 4V2 La Fevpe STOP sera au Salon du Livre de Québec spand tp.126 hlv nmmÊÆmsm m ; *** HHÏSkwî/fâk rSSSSBk WB3S& SHAN DA ET LA CITÉ INTERDITE I III K10 MSM \H| laisser le lecteur se demander ce qu’il en pense.Avant de faire la classe à des adolescents en Ontario, William Bell a enseigné l’anglais en Chine pendant deux ans.Forbidden City — Shan Da et la cité interdite — son dernier roman, prix Ruth Schwartz 1991, met en scene un petit gars de Toronto dont le coeur a été bombardé.À 12 ans, quand sa mère a claqué définitivement la porte.Depuis, Alex noie son désarroi dans une passion : la guerre.Il coule lui-même ses soldats de plomb, dévore les films de guerre, collectionne les modèles réduits d’avions et de blindés et méprise tous les pacifistes, ces grands naïfs qui n’ont rien compris.À 17 ans, alors même qu’il reconstitue les batailles épiques de la Chine de Qin Shi-huang, le premier empereur, son père, cameraman à Radio-Canada, l’invite à Beijing.Nous sommes en 1989.Et c’est le printemps.Alexander Jackson verra de longues lancées de flammes émerger des gueules des AK 47 et les gens tomber « en petits tas mous comme des sacs de grain jetés dans des camion ».« La canonnade à la télé et dans les films, tous ces pow pow, ces lacalacatacatac, ces ziing, ça m’a toujours excité », nous confiera alors le héros, avant d’ajouter : « Dans la vie, c’est différent».Shan Da et la cité interdite est un roman important admirablement traduit par Paule Daveluy et l’éditeur a bien fait de nous le faire connaître en même temps qu’un autre livre venu du Canada anglais, Le ciel croule — The Sky is Falling — de Kit Pearson, prix Christie 1989.Ici aussi, la trame narrative puise dans un fait historique.Pendant la Deuxième Guerre mondiale quelque 1500 enfants anglais, parrainés par le Children’s Overseas Reception Hoard, ont été recueillis par des familles canadiennes, le temps que cessent les « hostilités ».À l’âge où d’autres collectionnent des timbres, Norah ramasse tout ce qui tombe du ciel : éclats d’obus, douilles de cartouches, insignes militaires .Ce sont ses trophées de guerre.Elle a 10 ans et croit que la guerre est ce qu'il y a de plus excitant : un grand match joué dans le ciel avec scores à la radio tous les soirs.Et voilà qu’un jour, son grand-père arrive en courant : une bombe a défoncé sa maison.Le ciel croule sur l’Angleterre et on parle d’expédier Norah et son petit frère au Canada.Mais Norah s’entête.La fuite, c’est bon pour les mauviettes.Norah se sent grande et courageuse au coeur des pétarades.Ses parents lui feront rater la guerre.Bien au chaud, dans un ouar-tier cossu de Toronto, Norah découvrira que les plus braves n’ont pas toujours un parachute au dos.Que la guerre, c’est aussi l’éloignement, l’absence, le vide.Et la mort qui guette ceux qu’on aime.À 10 ans, Norah comprendra aussi que les luttes les plus courageuses sont parfois silencieuses.Ce sont ces batailles qu’on gagne au fond de soi.Le Français Claude Gutman se décrit comme « un enfant juif de l’après-guerre, hanté par le souvenir d'impalpables moribonds ».Dans La maison vide, paru en 1989, David, 15 ans, voit ses parents, l’étoile jaune au manteau, partir un matin encadrés par des policiers.L'hôtel du retour, prix Montréal-Brive 1991, raconte la suite.Comme dans La maison vide, le ton est dur, lourd, triste, triste.Pourtant, ce deuxième tome est plus accessible, le récit étant mieux construit.Peut-être parce que l’introspection laisse un peu de place à l’a- L’IIOTFJ Di i l roi it venture.On s’attache alors aux pas d’un adolescent portant gauchement les armes de la résistance dans la boue du maquis.Malgré les miettes d’action, les confidences du personnage nous étourdissent rapidement.Tant et si bien qu’on voudrait arrêter la lecture.C’est trop lourd à porter,.; Claude Gutman a voulu déranger,” Réveiller des fantômes et ne rien régler.Nous laisser seuls avec la dml- ' leur et les questions.Il explore une solitude et une souffrance terribles en accumulant furieusement les mots, sans aucune mesure.Comme si les mots justes et efficaces n’exis- ¦ taient pas.Uc» Au début, on lui en veut.Puis, peu à peu, on comprend.Gutman refusé , de couler l’expérience dans le moulp des mots.Parce que tout serait trop bien rangé.On pourrait ensuite tourner la page.Les pires cauchemars' ,* ne sont-ils pas ceux où l’on crie à s’ëh' déchirer les poumons sans mente qu'un son ne soit émis ?Claude Güt-man dit simplement qu’il y a des hôr-reurs qui dépassent la parole.Le héros, lui, a compris : « Papa m’avait menti.Avec un dictionnaire on ne peut pas décrire tout ce que l’on voit,, ! tout ce que l’on ressent.Il manquait des mots au Petit Larousse, et personne pour les inventer.Des mots pour dire ce qui ne peut être dit.Il ne .me reste que les mots de tous les , jours pour faire comprendre qu’à' • cette minute j’ai su que jamais Mau- , rice, Hanna, Samuel, la petite Perla -ne reviendraient ». Le Devoir, samedi 18 avril 1992 • leplaisirdes ivres Du côté de chez ma mère Lisette 7HORIN K] ?Le feuilleton LE MIRADOR Élisabeth Gille Paris 1992, Presses de la Renaissance, 268 pages CES « MÉMOIRES rêvés » sont indiscutablement, peut-être même d’abord et avant tout une oeuvre littéraire.En empruntant la personnalité de sa mère, Élisabeth Gille lui a prêté non seulement son talent d’écrivain mais un amour filial que le temps écoulé, cinquante ans, n’a fait qu’exacerber.Irène Nemirovsky fut l’une des innombrables victimes du génocide, de ce qu’il est convenu d’appeler plus généralement l’holocauste.Elle fut déportée et mourut à Auschwitz en 1942.Sa fille cadette, Élisabeth, n’avait alors que cinq ans.Le mirador est donc une reconstitution, un récit où le souvenir est alimenté par les témoignages de quelques amis survivants mais surtout par l’extraordinaire travail de documentation qu’a accompli sa soeur aînée, Denise Epstein-Dauplé.Les deux petites filles ayant échappé au sort funeste qu’ont connu leur mère, leur père et plusieurs membres de leur famille, sont évidemment devenues des citoyennes françaises et le projet, admirablement mené à bien par Élisabeth Gille, est la reconquête d’une vie coupée abruptement par les malheurs de la guerre.Tout commence à Kiev, en février 1903.Irène y naît dans une famille bourgeoise, pas encore aussi riche qu’elle le deviendra, plus tard, à Moscou et à Petrograd, grâce au génie des affaires du père, rompu à tous les arcanes des transactions bancaires et boursières, et dont la fortune, immense, facilitera le départ de Russie, et un exil doré en France dès juillet 1919.Toute la première partie du livre — l’enfance d’Irène et l’atmosphère qui l’entoura, de sa première à sa quinzième année — et un tableau d’époque que la culture de l’auteur, des lectures sans doute exhaustives de la littérature russe et française, rendent étonnamment vivant.Comme dans toutes les familles riches, où la langue seconde était le français, la petite Irène, enfant unique, eut une gouvernante française, une madame Rosa que la petite exilée tentera en vain de retrouver à son arrivée à Paris, et, plus tard, une dame anglaise, tout à fait conforme à tant et tant de récits d’auteurs français — dont l’incontournable comtesse de Ségur, née Rostopchine — en ont mise en « situation ».Cette petite fille est tout à fait étonnante par sa précocité.On peut même parler, en utilisant un terme qui n’existait pas à l’époque, d’une enfant surdouée.L’imaginaire, il faut peut-être le reprocher à l’auteur, joue sans doute un grand rôle dans le récit de cette jeune Russe, d’origine juive, qui possède un esprit critique déjà très éveillé, entre huit et douze ans, lui permettant de juger sévèrement sa mère qui pratiqua toute sa vie l’esprit de frivolité, cette frivolité dont Alain parle quelque part comme « d’un état violent ».La description de la vie de plaisir, et même de luxe, que connaît en France la famille Nemirovsky, recoupe bien d’autres histoires, souvenirs, mémoires ou biographies.On veut bien qu’Irène fût gâtée par l’existence, qu’elle réussît sans effort de brillantes études de lettres, et de langues, qu’elle connût même des succès littéraires (ils sont indéniables puisque Grasset a réédité les oeuvres principales de Nemirovsky : Le Bal, David Colder, Les Mouches d’automne, dans sa collection « les Cahiers Rouges ») mais l’ensemble des mémoires rêvés de sa fille reflète, en même temps qu’une tendresse rétrospective, puisqu’elle ne put s’exercer à l’âge normal comme une fille l’entretient pour une mère vivante, le talent littéraire d’Élisabeth Gille, dont c’est pourtant le premier livre mais qui est directrice littéraire des Éditions Julliard.Elle me semble avoir embelli cette vie de femme et de mère qui profita de tous les bonheurs avant les saisons amères de la persécution des Juifs, en France, et la fin tragique en déportation.Plus convaincants, plus émouvants, les derniers chapitres, ceux qui confrontent Irène à la pauvreté et à cet autre exil dans une campagne française où ses amis parisiens, et jusqu'à ses éditeurs, l’ont abjectement lâchée, puisqu’elle est marquée de l’étoile jaune.Il n’est pas douteux que pour ces souvenirs-là, la soeur aînée dut se montrer particulièrement secourable.Autre procédé, particulièrement intéressant : le recours, de loin en loin, à des flashes qui permettent à l’auteur « d'actualiser », en le personnalisant véritablement, ce qu’elle a, de bout en bout du Mirador, laissé à la plume de sa mère courant « la bride sur le cou ».Une belle oeuvre d’affectueuse réminiscence envers une mère, et une famille, que l’auteur aura, hélas ! fort peu connues.Mais Élisabeth Gille surtout un premier livre qui pourrait annoncer une carrière littéraire PHOTO GAMMA i iti > iltl dans la fiction dont l’auteur est u'G indiscutablement capable.Combattre le chaos L’ART DE LA FAIM Paul Auster Paris, Actes Sud, 1992 299 pages Jean-François Chassay ON PEUT (et on doit, en réalité) s’interroger sur cette pratique qui consiste à colliger en une seule publication une série de comptes rendus qui ne dépassent pas souvent la simple présentation.La critique journalistique, nécessaire, essentielle, souffre souvent de cet étrange narcissisme qui consiste, chez certains critiques, à voir imprimer dans un livre le moindre feuillet de leur prose.On constate alors très souvent que le texte ne résiste pas au temps, ce qui se révèle d’ailleurs normal : la brièveté du texte de critique journalistique, sa rédaction « à chaud », ne donne pas le recul et l’espace nécessaire à des analyses plus soutenues qui peuvent être supportées par le livre.Les modalités d’écriture ne sont pas les mêmes et on n’a pas à juger l’intérêt et les mérites de la critique journalistique à l’aune du travail effectué par l’essayiste ou le théoricien.Tout cela pour dire que L'art de la faim recueil de textes publiés par le romancier et poète Paul Auster entre 1973 et 1988, n’évite pas toujours ce travers.L’article portant sur La vie mode d’emploi de Georges Perec, par exemple, n’est rien de plus qu’un bon résumé pour le néophyte; celui sur La correspondance de Kafka, malgré la passion qui le traverse, apprend peu au lecteur.Pourtant, malgré des redondances, cet ouvrage offre des lectures souvent précises, parfois élaborées d’ouvrages littéraires (surtout de poésie).Mais, en tout premier lieu, L'art de la faim permet de rendre compte de la conception de l’écriture pour Paul Auster, ce qui devrait intéresser les lecteurs de ses ouvrages de fiction.Car si l’auteur de Moon Palace n’a jamais écrit sur sa pratique de l’écriture, on a l’impression que c’est d’abord de cela qu’il parle à travers les livres des autres, rendant compte des « élément(s) permanent(s) de (s)a mythologie intérieure», pour utiliser une de ses expressions.Cela se manifeste dès le premier texte, portant sur La faim de Knut Hamsun, livre à propos duquel il affirme, analysant la situation du narrateur, « Il s’efforce de percer l’obs- curité que la faim a créée autour de lui, et ce qu’il découvre est absence de langage.La réalité est devenue pour lui un désordre de noms sans objet et d’objets sans nom.Le lien entre l’individu et le monde est brisé ».Cette rupture radicale ente le sujet et son objet, le moi et le monde, signe d’une perte qu’on croyait encore pouvoir résoudre à l’époque romantique, elle exprime également la situation des personnages d’Auster.Lorsqu’à propos de l’oeuvre de Beckett il avance que le mot clé à retenir est celui de dépossession, qu’il soutient que l’oeuvre poétique de George Oppen « ne propose aucune solution aux problèmes qu’il soulève, et (que) sa façon d’affronter le monde et l’histoire paraît issue d’un sentiment d’isolement et de perte plutôt que de foi naïve en l’avenir », que dans les textes de Charles Reznikoff, « chaque instant, chaque objet doit être gagné, arraché au chaos d’une matière inerte », on ne peut faire autrement que lire en palimpseste les romans de Paul Auster lui-même.Dès lors, ce livre permet une double lecture : celle d’une analyse de textes considérés importants par Paul Auster, des poètes essentiellement, connus et moins connus (Jacques Dupin, Laura Riding, André du Bouchet, Paul Celan, Giuseppe Ungaretti, sans oublier Emily Dickenson, qui ne fait l’objet d’aucun texte mais se voit citée à plusieurs reprises); mais également la lecture d’une série de repères pour Paul Auster, qui lui permettent d’indiquer une filiation (pour justifier et organiser ce chaos du langage) et de mettre en place, sous les yeux du lecteur, au fil des années, une véritable poétique.Ces recensions sont tout naturellement complétées par trois longues conversations reproduites en fin d’ouvrage, deux sur son travail d’écrivain, une troisième sur son travail de traducteur (dans un très beau texte d’érudit, qui servit d’introduction à une anthologie de la poésie française qu’il a préparée aux États-Unis, il démontre l’influence marquante, de tout temps, de la langue et de la poésie françaises sur les écrivains anglo-américains).Ce livre se révèle donc essentiel pour tout lecteur de Paul Auster, non seulement pour découvrir ses propres lectures mais, à travers elles, entrer dans le laboratoire de son écriture.Reinaldo Arenas / Le désir, source de vie AVANT LA NUIT Traduit de l’espagnol par Liliane Hasson Paris, Julliard, 1991, 443 pages LE PORTIER Traduit de l’espagnol par Jean-Marie Saint-Lu Rivages, Paris, 1990, 247 pages VOYAGE À LA HAVANE et LA COLLINE DE L’ANGE Traduits de l’espagnol par Liliane Hasson Presses de la Renaissance, Paris, 1990 et 1989 179 et 177 pages Hervé Guay ÉCRIVAIN CUBAIN et dissident notoire, Reinaldo Arenas a mis fin à ses jours le 7 décembre 1990 à 47 ans.Le temps de terminer son autobiographie, Avant la nuit, commencée en cavale à Cuba, longtemps avant son exil aux États-Unis.De manière aussi à mourir dignement — car le sida l’avait déjà énormément affaibli.En tout dernier lieu, pour ne pas imposer son agonie aux quelques fidèles qu’il voyait encore.La disparition d’Arenas a sûrement réjoui la dictature castriste dont il était un ennemi des plus farouches, de surcroît, romancier prolifique.Un qui choisissait moins les mots que ceux-ci ne s’imposaient à lui vivement, dans l’empressement qui était le sien à faire de la littérature partout.D’autant plus qu’il savait ses livres menacés.Seul son premier roman a paru dans son pays.Après quoi, il s’est battu pour les faire éditer à l’étranger par amis interposés.Homosexuel sous le castrisme, Arenas n’a eu de cesse de dépeindre Cuba comme un enfer.Une sorte de sous-produit de l’empire soviétique où la mégalomanie stalinienne de Castro conduit aux mêmes aberrations.D’autre part, il n’a pas été tendre non plus pour son pays d’adoption.Arenas voyait peu de différence entre capitalisme et communisme : « Tous les deux nous donnent des coups de pieds au cul mais, dans le système communiste, tu dois applaudir, tandis que dans le capitaliste, tu peux gueuler».Gueuler, ne pas ménager ses mots, il l’a fait aussi bien aux États-Unis, qu’à ses risques et périls à Cuba.Toute son oeuvre est une gueulante où l’irrévérence le dispute à la satire, parfois féroce.Et puis, pour éviter l’étau normatif, j’imagine, le fantastique jaillit, habituellement par l’intermédiaire d’animaux, souvent plus humains que leurs maîtres.C’est le cas des bêtes du Portier, par exemple.Son autobiographie, directe comme un jet de pierre de gamin, est enfin traduite en français.Elle possède les qualités et les défauts de ses romans.Erotisme et imagination débridés, dénonciations tous azimuts, ode à la beauté et à la mer.Tout cela, coloré du poids de l’exil et de la maladie, dont on ne sait lequel des deux a premièrement tué Arenas.Cet écrivain volubile est pourtant resté bien silencieux sur le sida.S’il en parle au début d’Avant la nuit, la comparaison politique est de mise.Aveu de son impuissance devant le fléau ?Peut-être.« Je n’ai guère parlé du sida.Je ne peux pas le faire, je ne sais pas ce que c’est.Personne ne le sait réellement.J’ai vu des dizaines de médecins et, pour eux tous, Reinaldo Arenas Voyage à La Havane iroduit do l'ftipagnol (Cuba! per L'Iiono Hatton 1 mstt&Bwniittancr c’est une énigme.Il semble relever du secret d’Etat.» « Le sida est un mal parfait.Il suggère la possibilité de la main de l’homme dans son invention.Les puissants de tous les systèmes ont tout lieu d’être fort satisfaits; cette calamité fera disparaître une grande partie de la population marginale qui, n’aspirant qu’à vivre, est par conséquent hostile à tout dogme et à toute hypocrisie politique.» Le sida a d’ailleurs confirmé Arenas dans sa lutte contre l’édification de normes extérieures à l’individu par ceux qui accèdent au pouvoir : Batista et Castro confondus.Et ce, même si son oeuvre proposait le désir comme contre-pied au carcan politique et social.Car, pour lui, le désir maintient en vie.À tel point que, chez lui, cela tient fréquemment du délire.Auquel s’additionne bien entendu le nécessaire bris des interdits qu’entraîne l’homosexualité.Du reste, dans le dernier quart de sa production, la troisième partie de Voyage à La Havane offre un concentré saisissant de son univers.Il s’agit pourtant d’une intrigue toute simple : un exilé nostalgique rentre une semaine à Cuba et y perd ses.dernières illusions.1 y Voilà alors le lecteur plongé dan^ • une contrée kafkaïenne d’un éro- > tisme trouble.Diverses réminiscen-; ces du protagoniste parsèment soh retour inopiné au bercail, ce qui rem-," place le rentre-dedans habituel d’A-renas, lequel n’est pas sans puissance par ailleurs.L’aventure du héros se solde par ce constat qui exprime on ne peut mieux la pensée d’Arenas.« Comment se pouvait-il que tant d’années • durant il n’ait pas compris qu’il n’y a que deux options : le risque qu’implF ¦ que l’aventure d’un certain bonheur, ou bien le repliement, la mort lente,' nantie d’une sécurité sans significa1-tion ni brio, prévue, mesquine jusque dans ses jouissances triviales, éloignée de toute explosion vitale, de toute grandeur, et par conséquent dç tout risque.» Conclusions auxquelles en arrivait Arenas après une vie tourmentée :< séjour dans les prisons cubaines, baises effrénées, intraitabilité à l’égard des sbires du régime, ultime désillusion étatsunienne.« Au bout de quel* ques années passées dans ce pays, j’ai compris que c’est un pays sans âme car tout y est conditionné par l’argent.» Restait en lui en guise de baumo une enfance dénuée de toute coercition.« Je crois que mon enfance a été d’une splendeur unique parce qu’elle s’est déroulée dans la misère absolue, mais aussi la liberté absolue ».De même que la consolation de-« partir sans avoir à subir auparavant l’insulte de la vieillesse», comme il l’a professé peu avant son suicide.L’érotisme, comme un des beaux-arts LE DIEU ET L’AMANT DÉCHU Élizabeth Herrgott Jacqueline Chambon, 1992,181 pages Francine Bordeleau yUE SIGNIFIE être amant de son état, c’est-à-dire se définir comme homme à femmes au même titre que d’autres se disent avocat, fonctionnaire ou plombier ?Pour Élizabeth Herrgott, une psychanalyste qui publie régulièrement des nouvelles dans Penthouse et dont Le Dieu et l’amant déchu est le troisième roman, l’amant est un homme qui se situe d’emblée du côté du féminin.« Pendant que les autres hommes font la guerre, se battent pour la gloire qu’il leur laisse volontiers, il se donne à la femme, l’écoute, la flatte, l’adore, l’adule, la courtise, la fête et la baise.(.) La femme est son modèle.» Écrivain qui invente des histoires tortueuses à l’érotisme sophistiqué, Gaspard est cet amant qui papillonne d’une petite culotte à l’autre, qui sans doute « aurait aimé être une femme dissolue qui aurait eu plaisir à exhiber sa nudité ».Premier arrêt sur l’image de Desdemone, une femme qui, un temps, aura partagé l’alcôve de Gaspard.Puis sur Nou-fissa, la dernière.Radiographier la passion dans tout ce qu’elle a d’essentiellement sexuel, physique, est un sujet fort à la mode, j’en conviens.Mais, pour qui aime la littéraure érotique, ce très bref livre d’Élizabeth Herrgott sera pures délices.D’abord à cause de son écriture : extrêmement crue en même temps que non dénuée d’un certain lyrisme, elle joue ici pleinement son rôle qui est d’alimenter le fantasme.Excitante à souhait, l’écriture de madame Herrgott est d’une dangereuse efficacité.L’intérêt du récit doit ensuite beaucoup au point de vue adopté par l’auteur.Pas de ce triomphalisme re- vanchard qui consiste, comme on le rencontre encore trop souvent chez les femmes qui se mettent (sans jeu de mots) à la littérature érotique, à transformer les hommes en sexualité où homme (puisqu’il n’y en a qu’un) et femmes sont egalement cochons, pervers et simultanément objets et sujets de désir.Et, que dire du portrait, à la fois juste, réaliste et tendre, de cet amant qui « se perdait dans d’incessantes allées et venues entre ses diverses conquêtes » avant de déchoir, de devenir un « petit homme satanique » et « chétif » ! En plus, dans cette histoire torride mâtinée d’humour, Herrgott cabotine juste assez bien pour assurer la distance.Pures délices, vraiment ! & AMNISTIE M.INTERNATIONALE (514) 766-9766 LA OU VOUS RISQUEZ LE PLUS DE TROUVER plus de 100 000 titres sur tous les sujets 1246 rue St-Denis JEUNESSE-POP—L'IMAGINATION EN TÊTE L’OMBRE ET LE CHEVAL Esther Rochon 128 pages * 7,95$ Anskad, le créateur des « chevaux de ciel », a disparu dans le désert.Sa petite-fille Ella doit lui succéder à la tête du village — et surtout, découvrir ce qui lui est arrive.Une autre oeuvre remarquable d’Esther Rochon.LE VOYAGE DES CHATS Luc Pouliot 136 pages * 7,95$ À la recherche de nouvelles terres où s’établir, la nation des chats fait face à un péril venu du sud: une nuée sombre s’étend sur le monde et répand la terreur.Un récit animalier inusité.Francine Pelletier Le Septième jeran t ?•À « • -4" >'• 'LH LE SEPTIÈME ÉCRAN Francine Pelletier 160 pages * 7,95$ Des braconniers pillent la réserve écologique de la planète Arkadie, profitant de plicités en haut lieu.Arialde comp parvit leur faire échec?parviendra-t-elle à trouver les coupables et let ep En vente chez votre libraire ÉDITIONS PAULINES 3965, boul.Henri-Bourassa Est Montréal, QC, H1H 1L1 Tél.: (514) 322-7341 Télécopieur (514) 322-4281 (Culture inventée LES STRATÉGIES CULTURELLES AU XIXe ET XXe SIÈCLES Sous la direction de Pierre Lahthier et Gulldo Rousseau /¦ a culture n’est pas simplement un -/-/héritage.Elle participe à la genèse, à la consolidation el au renouvellement des classes sociales.Dans cette perspective, la culture québécoise n'obéit pas à quelque permanence.Elle évolue, s'adapte, se transforme, se construit.En un mot, elle s'invente au fil des besoins, des attentes, des intérêts de ceux qui la portent.£es textes réunis dans cet ouvrage reconstituent les expériences collectives qui, d'hier à aujourd'hui, ont façonné la culture québécoise et assuré son émergence en terre nord-américaine.Au-delà des stratégies identitaires, sociales et économiques, qui apparaissent comme autant d'enjeux sociaux incontournables, ce sont les acteurs eux-mêmes—les individus comme les groupes — qui occupent ici l'avant-scène de l'histoire à la fois comme produits et producteurs de la culture.INSTITUT QUÉBÉCOIS DE RECHERCHE SUR LA CULTURE 14, rue Haldimand, Québec G1R 4N4 Telephone: (418) 643-4695 Télécopieur: (418) 646-3317 V 1 D-6 ¦ Le Devoir, samedi 18 avril 1992 WlHSÏÏ le plaisir des De la « mouvance » souverainiste Robert SALETTI ?Essais ¦Québécois SOUVERAINETÉ DE L’INDIVIDU Michel Morin Les Herbes rouges, « Essai», 121 pages LE VIRAGE L’évolution de l’opinion publique au Québec depuis 1960 (Ou comment le Québec est devenu souverainiste) Édouard Cloutier, Jean IL Guay, Daniel Latouche Québec/Amérique, 181 pages LES HOMMES ne vivraient pas longtemps en société s’ils n’étaient dupes les uns des autres, a déjà dit La Rochefoucauld avec son humour noir coutumier.Les individus sont grégaires par mégarde.C’est pour cela qu’ils ont toujours pris soin de se doter d’institutions qui leur permettent d’atténuer leurs différends et de contrer les imprévus.Ainsi sont nés l’État et, plus récemment, le sondage d’opinion.Sans eux, la solitude de l’homme serait incommensurable et les occasions de rire (jaune) considérablement réduites.Le nouveau livre de Michel Morin, commence avec une affirmation provocante : « Ma langue maternelle n’est pas une langue », et se clôt sur une série d’aphorismes qui disent « l’expérience de la fissure » que constitue l’Amérique.Ceux qui connaissent les essais antérieurs de Michel Morin ne seront donc pas dépaysés.L’auteur y reprend, articulé autour du thème de la souveraineté, l’essentiel de la thèse au Quebec depuis 1960 irag révolutiorPTt de l’opinion publique au Québec ou comment le Québec est devenu souverainiste Préface de Vincent Lemieux Québec/Amérique de Territoire imaginaire de la culture paru en 1979 (en collaboration avec Claude Bertrand).Là comme ici, la culture et l’identité tiennent de l’arrachement à soi, de l’apprentissage de la distanciation.Créer et penser — les deux gestes sont irrévocablement soudés — sont le fruit d’une exigence, celle de s’élever au-dessus de ce qui est donné d’avance à l’individu, à savoir les liens d’appartenance à sa communauté organique.L’erreur des nationalistes des années 1960-1970, nous dit Morin, fut de miser sur cette organicité de la communauté québécoise et de privilégier la dimension politique de la nation.D’ailleurs, la désignation « Québécois » est un leurre.Pour Morin, nous sommes des Canadiens-français d’Amérique.Si, en tant que nation, nous voulons accéder à l’universalité, il faut se réapproprier ce qui, dans notre culture, est français — par une revalorisation de la langue française — et américain — par la redécouverte de la figure mythique du coureur des bois.Politiquement parlant, cette accession à l’universalité n’est possible que dans le cadre de l’État libéral, seul dépositaire de la Loi ( coup de chapeau à Hegel) et seul garant de la liberté individuelle (coup de chapeau à Trudeau).La nation ne sera jamais davantage qu’une somme d’individus souverains.Plutôt que de rechercher la souveraineté politique, les Québécois (sic ! ) devraient s’occuper, par gestes-créateurs et individus impériaux interposés, à faire naître leur culture.Comme on le constate, l’auteur n’a pas peur de ramer à contre-courant.Reprenant pour le compte de la philosophie le combat que mène à certains égards Jean Larose pour la littérature, Morin dédaigne le contingent, le subjectif et le passionnel.La raison cartésienne est sa raison d’État.S’arracher à tant de « vulgarité » donne toutefois le vertige, fait peur.Dans son attachement à la pensée, le penseur se coupe lui-même les vivres.Au pays de l’Art, de la Culture, de la Raison, et de l’Individu, y a-t-il assez d’oxygène pour simplement vivre ?De plus, faire de la création individuelle l’acte fondateur de la culture, n’est-ce pas en définitive adopter une posture élitiste ?Puisque, sous peine d’axphysie par abondance cette fois, tous les individus ne peuvent donner de grandes oeuvres, ne serait-on pas amener à dire qu’il y en a — des philosophes sans doute — qui sont plus individus que d’autres ?Quand il lui arrive de ne pas trop s’élever au-dessus de la mêlée pour penser, l’individu a aussi des opinions.Et quand il n’est pas trop occupé à faire oeuvre ou à écrire des livres songés, il n’a pas d’objection à ce que cette opinion devienne publique.Voyant cela, des dépisteurs d’opinion ont créé le sondage.De sondage en sondage, la vie de l’individu ne fut plus jamais la même.Voyant les sondages se multiplier comme des lapins en rut existentiel, des politicologues fondèrent ainsi le GROMOP (ou Groupe de recherche sur la mobilité de l’opinion publique) et se livrèrent à une analyse des dits sondages dans une perspective historique.Comme les sondeurs se sont de tout temps intéressés à l’option politique de 1 'homo quebecensis, nos politicologues ont eu l’ingénieuse idée de vérifier le cours évolutif de la pensée souverainiste.Édouard Cloutier, Jean H.Guay et Daniel Latouche (celui-ci, bien connu des lecteurs du DEVOIR) sont les politicologues en question.Et Le virage est le résultat de leur analyse.D’emblée, ce qui frappe dans cet ouvrage, c’est l’important nombre des mesures de l’idée souverainiste sur lequel s’appuie la recherche.Pour décrire le destin de la pensée souverainiste, les auteurs se sont en effet astreints à dépouiller tous les sondages touchant les options Sues ou constitutionnelles des cois effectués entre 1962 et 1991.Dans cette première partie du ¦ travail, l’analyse a donc pour objet autant les sondages eux-mêmes que leurs résultats immédiats.Il s’agit là d’un exercice qui nous change de la perspective à court terme dans laquelle les sondages (et leurs effets médiatiques) nous placent habituellement.Dans un deuxième temps, nos politicologues ont effectué en 1990 et 1991 des « panels », technique qui consiste à faire une série de sondages effectués auprès MICHEL MORIN SOUVERAINETÉ DE L’INDIVIDU LES HERBES ROUGES / ESSAI des mêmes répondants, de manière à mesurer la mobilité de la pensée souverainiste sur un plan individuel.Dans un troisième, ont été ensuite examinées les caractéristiques sociales et démographiques des répondants, question de connaître les variables qui ont le plus d’influence sur révolution de l’opinion.Il s’agit d’un vaste programme méthodologique, mais les auteurs s’en sont acquittés avec bonheur.Contre toute attente et malgré l’amas de statistiques, cet ouvrage se lit avec agrément.Si on le désire, on peut même remiser sa lorgnette sociologique et sauter la plupart des tableaux.L’intérêt du Virage se trouve dans l’argumentation, dans la façon qu’ont les auteurs de faire parler les chiffres sans jamais leur prêter une scientificité qu’ils n’ont pas, et d’émettre des hypothèses.Parmi les hypothèses avancées par nos politicologues, la principale est que l’opinion publique québécoise est majoritairement souverainiste-associationniste depuis trois ans, même en tenant compte que la souveraineté-association est une option parapluie qui attire par défaut certains fédéralistes.À cela se greffent plusieurs constatations mineures : que le point tournant est survenu en 1989, l’année du maintien de la Loi sur l’affichage malgré le jugement contraire de la Cour suprême, l’année aussi où ont commencé les manifestations d’antipathie des Canadiens-anglais à l’égard du Québec; que la « fulgurante » progression de l’option souverainiste s’est concrétisée au printemps de 1990 après Meech; que le camp souverainiste est aujourd’hui plus diversifié qu’autrefois (même si certaines variables comme l’âge, le revenu et le sexe ont à peu près la même influence sur le choix de l’option) ; et, finalement, que la mouvance individuelle est parfois plus forte que la mouvance collective, plusieurs des répondants ayant en effet changé d’« idée » à quelques reprises.Le virage est un livre qui donnera matière à discussion (et à réflexion) à tous ceux qui croient à l’effervescence et à la précarité des idées politiques.Le sondage d’opinion est une activité pleine d’enjeux sociaux et une question comme « Êtes-vous plutôt souverainiste ou plutôt fédéraliste ?» n’est jamais neutre, ni même simple.Cloutier, Guay et Latouche refusent donc de donner une valeur de prévisibilité à leur analyse (dans le cadre d’un éventuel référendum, par exemple), trop conscients qu’ils sont de la mobilité de l’opinion, et de la relative précision des mesures de cette opinion, John Majors leur donnerait raison.À trop frayer avec le diable.Robert LÉVESQUE Le ?Bloc-notes UN MÉDECIN est appelé au chevet d’un malade qu’il ne connait pas.C’est le mois d’août, nous sommes en 1946, Paris est ensoleillé et la France reprend son souffle.Ce médecin a promis à quelques confrères, partis en vacances, de prendre en charge leurs patients.Le docteur Bonduelle arrive donc rue de Grenelle, dans un entresol où des bustes de l’impératrice Eugénie et du Prince Impérial, faits pour d’autres espaces, bloquent presque le passage ; dans la chambre, au bout du couloir, le patient : c’est Lucien Daudet.Il a 68 ans.Il meurt dans trois mois.Bonjour.Entre le docteur Bonduelle et Lucien Daudet se noue une amitié, ultime pour ce malade reclus dans sa chambre.Dans les manières raffinées, plus 19e que lendemains de 39-45, le médecin reconnaît le fils de l’écrivain Alphonse Daudet, Les lettres de mon.vous savez quoi, et frère du polémiste de l’antisémitisme, Léon, mort en 1942; Bonduelle n’a pas lu les livres de souvenirs que Lucien Daudet a consacré à l’impératrice Eugénie dont il fut le confident, et dont il lui parle faiblement, mais il sait très bien que ce Lucien Daudet a connu ANDRE GIRÂRtf DIEU ET VAMPIRES, RETOUR À CIIIPAYA Nathan Wachtel Paris, Seuil, coll.La librairie du XXe siècle 1992, 160 pages En octobre 1989, l’ethnologue Nathan Wachtel retourne sur les hauts plateaux de la Cordillère des Andes.Là, il avait visité les Indiens Chipayaspour la première fois 16 ans auparavant, et séjourné parmi eux à plusieurs reprises vers la fin des années 70.Familier du calme et de la poussière des dépôts d’archives, décrypteur de la voix des À l’ombre Marcel Proust.On en vient vite à Proust, et après quelques visites, quand septembre ramène à Paris son médecin, Lucien Daudet remet au docteur Bonduelle une boîte en carton avec étiquette du Bon Marché et ruban fané.Elles contiennent, en désordre, une quarantaine de lettres de Marcel Proust à Lucien Daudet, dont 30 de la période 1895-1897, celle de la rencontre, de la séduction, de l’amitié amoureuse.Elles ne sont publiées que maintenant, ces lettres, 45 ans plus tard.Le docteur Bonduelle a pris son temps.Il a mené seul son travail de recherche, à travers les correspondances de Proust, ce travail minutieux de Philip Kolb chez Gallimard, et il a voulu les situer chacune dans le contexte temporel, émotionnel, chacune mise en situation.Avec un profil de Lucien Daudet, qu’il trace à partir de ses écrits, des 60 lettres de Proust que Daudet a lui-même publié en 1928, puis ses portraits brossés par d’autres, dans les souvenirs des acteurs de sa vie (1878-1946).Travail lent et patient d’un médecin qui fait la dissection d’un amour, en lettres étalées.Marcel Proust a rencontré Lucien Daudet le 27 décembre 1894 dans un des « jeudis » des Daudet, rue de Bellechasse, où se rencontrent les têtes du temps, les vieux comme Zola, Edmond de Concourt, les jeunes comme Courteline, Barrés.Proust a 24 ans, et Lucien Daudet, La voix morts, dès lors « enquêteur sur le terrain », il fut mené par l’écho des récits aux chullpas : ces êtres mythiques qui peuplaient la terre furent brûlés lorsque surgit le soleil, sauf quelques-uns, réfugiés dans les lacs.De ceux-ci descendent les Chipayas, survivants de l’ère présolaire que leurs voisins, les Indiens Aymaras, qualifient de chullpa-puchu, « rebuts » exclus de l’actuelle humanité.Le mois d’octobre correspond à la saison des semailles et voit la Toussaint approcher.Nathan Wachtel retrouve les Chipayas dans leur village; entre ceux qui furent ses « informateurs » et lui, une certaine gêne s’est immiscée.Lui n’est plus l’infatiguable auditeur des rites et des croyances; eux ont vécu les scissions provoquées par l’implantation de nouveaux groupes religieux.Pentecôtistes, évangélistes et catéchistes se sont opposés aux de Lucien qui « fait le quatorzième » à la table, a 17 ans.Il est, c’est Jules Renard qui le décrit dans son journal : « un beau garçon, frisé, lingé, pommadé, peint et poudré, qui parle avec une petite voix de poche de gilet ».Il ensorcelle Proust qui vit pourtant une autre de ses grandes amitiés amoureuses, avec Reynaldo Hahn, jeune Vénézuélien rencontré il y a un an et qui deviendra le musicien des Chansons grises.La première lettre de Proust à Lucien, postée de Beg-Meil dans le Finistère en octobre 1895 (Proust ne date jamais précisément ses lettres, le docteur Bonduelle a toutes les misères à classer), s’ouvre sur un « cher monsieur » et se termine par une certaine lourdeur (« Mon souvenir le meilleur à vos oeillets qui charment le mien »), mais elle ne dissimule pas l’ardeur à poursuivre une cour épistolaire.Qui sera régulière, vive, attendrie (il envoie un petit chat), minutieuse (il donne des rendez-vous à moins quart, et dix, etc.), parfaitement en sous-entendus durant un an et demi, durée normale des poussées d’amitié amoureuse lorsque, au bilan, le corps n’a pas l’entrain du coeur.Lucien Daudet et Reynaldo Hahn sont les vrais amours de Marcel Proust, les garçons en fleurs à l’ombre desquels il vit sa vie de jeune homme et entreprend sa vie d’écrivain.Ni Daudet ni Hahn ne vont servir de modèles à la faune de La Recherche.D’eux, il ne vole rien.Il va puiser ses personnages à de rites « païens », qualifiés d’idôlatres parce qu’ils continuaient à pratiquer les rites en l’honneur des saints et des mullkus, ces divinités confondues avec les montagnes.Ces écarts permettent à l’ethnologue de suivre le cheminement, l’évolution et la transformation, de figures religieuses.Ainsi du kharisiri, ce personnage des chemins déserts et de la nuit qui endort sa victime pour lui dérober, lui extraire sa substance vitale.Autrefois assimilée à l’envahisseur espagnol et revêtue d’une tunique sombre cachant un long coutelas et des poudres magiques, l’image du vampire prit dans les milieux urbains les traits, entre autres, de gringos vêtus de blouses blanches, venus pour enlever les yeux des enfants dont la vente réglerait la «dette extérieure».La transcription du récit d’un homme accuse, par des membres de sa propre tribu (accusation que se travers d’autres amitiés particulières, des camarades du lycée Condorcet, Daniel Halévy, Jacques Bizet, Robert de Fiers, chez les aristocrates du faubourg Saint-Germain, Antoine Bibesco, Bertrand de Salignac-Fénelon, Léon Radziwill, d’Albufera, chez les modestes, ses chauffeurs (Alfred Agostinelli), secrétaires (Henri Rochat), valets de chambre (Forssgren).Avec Lucien Daudet, son « cher petit » (les lettres, après la première, débutent ainsi), dont il encourage les dons littéraires (l’oeuvre de Lucien est aujourd’hui oubliée), Proust est heureux, il ne pense pas l’« écrire » ou le « décrire », à le transformer en « jeunes filles en fleurs », et s’il va (ô horreur) travailler à la Bibliothèque Mazarine c’est parce que Lucien vient l’y chercher à cinq heures.Avec lui, il développe un langage, celui des « louchonneries » ou l’on tourne en ridicule les clichés, les expressions.Mais la passion amoureuse, que Lucien n’avive pas, s’apaise et ils deviendront (dans les lettres que l’on connait déjà, publiées par Philip Kolb chez Gallimard) des amis.Lucien Daudet sera des rares à lire Swann avant la publication en 1913.Voilà ces lettres.Le docteur Bonduelle y a mis du temps.Mais elles sont la, et quelques lumières de plus sur la vie de Marcel Proust sont apparues.?Mon cher petit, Lettres à Lucien Daudet, Marcel Proust, Gallimard.justifiait d’un dogme religieux) d’être un kharisiri suscite chez Nathan Wachtel un regard différent sur l’ethnologie : la présence de l’ethnologue joue sur les équilibres et déséquilibres en cours et « consciemment ou non, il devient un enjeu entre les factions en présence (.).Impossible de s’abstraire en pur regard extérieur (.)» Prenant part aux célébrations de la Toussaint et aux rites agraires, parrainant même un de ceux « qui ont une âme» (qui ont perdu un parent proche lors des trois dernières années), Nathan Wachtel écoutera, dans la voix des rites, la prépondérance du don : « c’est encore et toujours le don : la bonne récolte n’est reçue qu’en retour de ce que les hommes ont offert aux dieux (.) Il peut bien y avoir incertitude théologique, elle n’affecte en rien la nécessité, pour les hommes, d’abord de donner».MYTHES ET SYMBOLES DANS LA LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Antoine Sirois Triptyque 1992, 154 pages Louis Cornellier LA GUERRE, parce que c’en est une et qu’il convient de la mener sans relâche, qui oppose les adeptes de la psychanalyse freudienne aux apôtres du docteur Jung se présente comme une longue suite de rebondissements.À l’image de Yasser Arafat, l’homme aux sept vies, la théorie jungienne, périodiquement discréditée dans les milieux où la réflexion se veut sérieuse, revient sans cesse hanter les arcanes des études littéraires.Forte d’une panoplie de concepts simplistes et facilement applicables parce qu’ils ne s’embêtent pas de l’individuation, caractère irréductible de tout être humain, elle parvient parfois à s’imposer dans le débat intellectuel sans que ses victimes ne réalisent l’ampleur du malentendu.Il n’est pas du tout dans mon intention de crier à l’imposture devant l’essai d’Antoine Sirois intitulé Mythes et symboles dans la littérature québécoise.Son entreprise a le mérite de l’honnêteté, car elle se place clairement sous la férule de deux penseurs : C.G.Jung et Mircea Eliade.Dès l’introduction, Sirois se positionne face à son objet de travail.La méthode qu’il préconise, la my-thocritique façon John J.White, « ne travaille pas sur l’inconscient du texte, elle n’est pas à la recherche d’un sens latent, rattaché au désir, aux obsessions ou aux refoulements d’un écrivain.(.) Elle s’intéresse plutôt aux mythes traditionnels, disons collectifs, qui peuvent sous-tendre un texte, mais que l’auteur, généralement, a utilisés de façon consciente.Les 10 enquêtes menées par Sirois procèdent donc toutes du même schéma analytique : une oeuvre québécoise est placée sous l’éclairage d’un mythe tiré de l’héritage gréco-latin et/ou des récits bibliques.Pour Trente arpents de Ringuet, l’essayiste fait appel au mythe de la Terre-Mère.Dans une analyse comparative entre les romans canadiens-français et canadiens-anglais du terroir, c’est le mythe de la Mère-Nature qui sert de base à la réflexion, celle-ci relevant la principale opposition dans ce corpus : amour pour la terre versus répulsion pour la ville.Ailleurs, les Chroniques du Plateau Mont-Roy al de Michel Tremblay se retrouvent en compagnie du mythe des Parques et des Muses, New Medea de Monique Bosco est couplé avec la Médée d’Euripide, VHéloïse d’Anne Hébert s’éclaire à la lampe d’Orphée, et ainsi de suite, les autres écrivains analysés étant Damase Potvin, Gabrielle Roy, Jacques Fer-ron et Roger Fournier.Au niveau de la description des oeuvres et du repérage des éléments mythologiques présents dans les textes modernes, le livre de Sirois est une réussite.Toutefois, les conclusions qu’il tire des oeuvres parcourues laissent le lecteur sur sa faim.Des commentaires du genre « voilà, c’est évident, tel roman de Roger Fournier correspond à tel mythe » n’arrivent guère à contenter l’appétit de celui qui suit pas à pas, depuis le début, une démonstration qu’il espère signifiante.L’essai intitulé « Saint Michel contre le dragon » qui porte sur les romans d’Anne Hébert est celui qui va le plus loin dans ce sens.Son aboutissement révèle un aspect intéressant du corpus romanesque hébertien : « Tout est dualité dans l’oeuvre : bien et mal, lumières et ténèbres.Les références à la Bible souligne ce combat entre deux forces, divines et sataniques, entre lesquelles les humains sont déchirés et éprouvent, malgré leur désir de vie et leur nostalgie de l’enfance et de l’innocence, une forte propension vers le mal et la mort, et un besoin continuel d’expiation ».Les autres textes (exception faite, peut-être, de celui sur Gabrielle Roy) restent en plan.Or, même si cet inachèvement déçoit, je persiste à croire que le défaut le plus flagrant de Mythes et symboles dans la littérature québécoise se situe au niveau de l’absence de toute justifiction d’ordre philosophique concernant le recours à Jung et Eliade, « c’est-à-dire les deux pires figures de l’obscurantisme » (Lar-dreau et Jambet, Art press, no 143, janvier 1990), comme base théorique.Sirois, je l’ai déjà dit, grâce à sa clarté, ne peut être accusé d’entretenir la confusion qui mine la crédibilité de la méthode psychanalytique.Il n’en reste pas moins qu’à trop frayer avec le diable, on finit parfois par être séduit.Encore Lardreau : « Mircea Eliade, voilà l’exemple exact de ce qu’il ne faut pas faire ».L’heure de l’esquive est écoulée.Aux armes ! “Québec la mystérieuse” RÉSERVATIONS PUBLICITAIRES 842-9645 Date de tombée le 21 avril 1992 PARUTION le 25 avril DANS LE DEVOIR • le plaisir des mes Le plaisir des Livres du 25 avril prochain consacrera une large place au SALON DU LIVRE DE QUÉBEC qui se tiendra du 28 avril au 3 mai 1992.Des rencontres, des histoire de cette ville mystérieuse et insolite.
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