Le devoir, 13 février 1993, Cahier D
LE DEVOIR IS , Entre les lignes Page 2 L’entrevue Page 3 Poésie Page 4 Le Bloc-notes Page 5 rV'Ss.' Le parcours sinueux ^de la littérature érotique En ces temps de Saint- Valentin, les happenings érotiques se multiplient dans la ville.Même la sacra suinte Chapelle historique du Bon-Pasteur retentira de contes sulfureux en musique.Un genre (pii a éclaté depuis Sade.D’où rient-il?Où va-t-il?FRANCINE MO RDELFAU Ce que l’anthropologue Bernard Arcand disait de la pornographie d’aujourd’hui dans U Jaguar et le tamanoir — «elle est allée tellement loin que son prochain stade, celui qui pourrait dévoiler davantage, est le chirurgical- —, Sade le réalisait avec la littérature il y a deux siècles.A la fin des Cent vingt joins de Sodome, lorsque toutes les manières et les jouissances ont été expérimentées, il ne reste en effet au sexe des libertins qu’à pénétrer des viscères et des muscles.Ce qui sera fait.Voix et soupirs de femmes Or bien que le marquis ait conduit le genre à son ultime limite, les écrivains érotiques persistent et signent.C’était, hier, les scandaleuses Pauline Réage (Histoire d'O) et Emmanuelle Arsan (Emmanuelle) qui, tout en élaborant une philosophie de l’érotisme, jetaient les bases d’un discours féminin sur le sexe.I xur en a-t-on voulu a ces deux-là de révéler le plaisir que les femmes pouvaient retirer de la soumission ! AmJ< turd’hui, c’est l’Espagnole Altnuneda Grandes, éni\We de Réage plutôt que de Régine Deforges, dont h'S fies de hndou renouvelle le genre en diable.Relatant le parcours d'une femme qui finit par devoir son plaisir à des mises en scène de plus en plus tordues (elle achète les services de jeunes homosexuels, par exemple), ce roman est un fascinant «voyage au bout de h.nuit» du corps.Et une plongée dans le sordide.L’érotisme, les femmes sont légion à l’aborder, au point où l'on se demande pourquoi Anne Dandurand, devenue — bien à tort — l’une des représentantes québécoises du genre, en fait un phénomène si digne de mention.Et il s’agit généralement, j’insiste, d’pn érotisme plutôt glauque, car exceptions faites d’Elizabeth Heflfgott (Le Dieu et l'amant déchu) ou de la Québécoise Paul ine Harvey (Un homme est une valse), les femmes semblent plutôt enclines à associer lieu de la niisea nu du corps au tragique.Ainsi jouir, nous dit Geneviève Hélène dans Une scène de dévoration, «cela bâillonne l’âme — si peu».Ou encore: (l’homme) «1111' prend dans ses bras me tient sous lui m’ordonne de profit®*, Promet qu’il durera toute une jouissance/nuit».«Même aux écrivains dont l’imagination érotique veut outrepasser toute barrière, il arrive d’employer un langage qui, partant de la plus grande clarté, passe a une mystérieuse obscurité dans les moments précis où la tension devient extrême: comme si le but ne pouvait être que l’indicible», écrit Halo Calvino (U Machine littérature).Une maturité nouvelle Et cette volonté est sans aucun doute ce qui explique le retour en force de la littérature érotique ces années-ci.Chez les femmes, mais aussi chez des hommes: Jacques Abeille (En mémoire morte) et Hugo Marsan (Monsieur désire) que nous donne à lire ' la (Jetile maison spécialisée Zulma, le texte érotique acquiert «maturité», complexité et liberté.Ainsi Abeille, pour ne parler que de lui, ne craint pas de se réapproprier, avec bonheur, une forme de sadomasochisme qmil «si impossible d’associer au machisme.(lie trouve dans ces livres beaucoup plus qu’un défi à ift morale et à la censure (du reste fort élastiques): c'est le sens de cette zone irrémédiablement trouble qu’est le corps, dans des interprétations qui n’ont plus pi nr de s’avouer masculines ou féminines, que tente d'appréhender la littérature érotique d'aujourd'hui.Les lettres québécoises participent de ce courant mais ont encore besoin, semble-t-il, d’alibis (oublions les Lili Gulliver et Charlotte Boisjoli, auteures d’ouvrages trop mâl ficelés).Ainsi chez Denise Bombardier (Trcmble-mtAtde coeur), notamment, les descriptions à saveur erotique venaient pimenter une histoire d’amour ou de paftion, comme il arrive souvent.Or dans le texte érotique, c’est le corps qui ne se raconte plus d’histoires, c’estl'écriture qui, à force de parler du corps, espère piVjbètre faire surgir l’àme, si tant est qu’elle existe.I !¦: I) Y.V u S A M E DI I :t D I M A X < Il K I I Y K V I! I I I! I !l !l A LA RECHERCHE Notre littérature est jeune, mais elle a déjà ses classiques Mal connus, souvent oubliés, on commence à peine à les livrer à la mémoire collective.Mais un classique, c’est quoi?me P y.'Â ‘ ' - Tuantes L.i _____ v-c t/S'S /zi*.* 1 (OMÂ ' «Nelligan, c’est le classique type», affirme l’historien des lettres Paul Wyczynski, qui a publié un Dictionnaire des auteurs de langue française en Amérique du Nord.Partirait-il sur une île déserte qu ’il emporterait un seul livre sans hésiter: Poésies complètes, de Nelligan.Emile Nelligan S T É P 11 A N K M A 11.1.A R G E O N ¦ i Supposons que sur une île déserte, on vous ; laisse le choix d'apporter un seul et unique w livre d’un auteur québécois, quel classique , , d’entre les classiques choisiriez-vous?Pour l'historien des lettres Paul , Wyczynski la réponse est évidente: Ce serait les Poe- , sies complètes de Nelligan, de préférence les deux tomes parus récemment dans une magnifique edition , critique,chez Fides, collection «le Vaisseau d’or».Wyczynski est fou de Nelligan.Fondateur du | Centre de recherche en civilisation canadienne-fran-.1 i çaise de l’Université d’Ottawa, il a consacré au poète une bonne part de son oeuvre impressionnante qui compte plus de 40 ouvrages, souvent des briques, ; [ dont le Dictionnaire des auteurs de langue .française en ., Amérique du nord, qu'il a publié en 1989 avec Régi- , nald Hamel et John Hare., ,, «Nelligan c’est le classique type», dit-il.Nelligan a ¦ même eu l’honneur de la premiere édition critique québécoise, en 1952.Mais un classique, c’est quoi?La définition de Wyczynski est toute prête: «Une oeuvre qui survit à l’épreuve du temps par ses qualités esthétiques intrinsèques et les témoignages d’approbation des générations successives de publics et de critiques.» Tout de même, seul sur une île déserte, le professeur aimerait bien pouvoir apporter d’autres ouvrages, 30 arpents, Metiaud, maitre-draveur, des poèmes d’Anne Hébert, des essais de Vadebon-coeur et du théâtre.Les listes des «musts» dressées par des éditeurs ou d’autres professeurs se recoupent toujours à quelques exceptions près: Gabrielle Roy, Ringuet, Anne Hébert, Félix-Antoine Savard, Gaston Miron, Hubert Aquin, et toujours Michel Tremblay et encore Jacques Ferron.La collection de poche la «Bibliothèque québécoise» qui appartient conjointement à Fides, Hurtubise HMH et Leméac compte déjà plus de 70 litres, des recueils de Félix Leclerc au Survenant de Geneviève Guèvremont en [tassant par Us Contes vrais de Pamphile Lemay, Us Iles de la nuit d’Alain Grandbois et Une saison dans la vie d’Emmanuel de Marie-Claire Blais.«Idéalement, j’aimerais étendre la collection aux fonds d’autres maisons pour finalement constituer un corpus complet de nos oeuvres classiques», rêve Marie-Andrée Lamontagne, nouvelle directrice de la BQ.Les classiques: une affaire d’or L’affaire des classiques est payante.«Les générations successives de publics et de critiques», ça finit par faire du monde.La BQ a déjà écoulé environ 14 000 Poésies complètes de Nelligan, 8 000 exemplaires de chacun des trois romans de Tremblay, autant de ceux de Jacques Poulin (Us Grandes marées et Faites de beaux rêves).U maison Stanké est présentement en Cour supérieure pour obtenir le droit de continuer à publier les oeuvres de Gabrielle Roy.Elle en a déjà vendu plus de 400 000 exemplaires depuis la fin des années soixante-dix.Bonheur d’occasion a fait à lui seul l'objet de treize tirages entre 1977 et 1990, pour un total d’environ 150 000 bouquins.Il y a un «timing» pour dépoussiérer un classique.Ix* film Agaguk arrive en salles; on ressort Thériaut.C’était le cinquantième anniversaire de la mort de Nelligan en 1991; on a peaufiné une édition de luxe.Cette année devrait donner lieu à une pluie de Saint-Denys ; ; Gameau: le poète est disparu il y a un demi siècle.Les très sérieuses éditions critiques de la collection de la «Bibliothèque du Nouveau Monde» des Presses ! de l'Université de Montréal sont destinés à un public ‘ 1 plus restreint, surtout des professeurs et des étu- i : 1 diants.L’idée est de présenter «les textes fondamen-1 ] | taux de la littérature québécoise», mais en offrant au ; ; lecteur l’avantage d’un texte sûr, de versions défini- ; î » lives accompagnées d'explications textuelles et .contextuelles qui orientent la lecture et la compréhen- ' I ; sion des oeuvres.Sur présentation de luxe.Comme ' une petite Pléiade.«On essaie de constituer une sorte de musée imagi- ; î naire collectif, dit le professeur Jean-Louis Major de •»* l'Université d’Ottawa, un des co-directeurs de la “* BNM.On colporte des stéréotypes sur notre passé, on manque désespérément de mémoire littéraire et VOIR PAGE D-2: CLASSIQUES Claude Mardi et Marie Riopel Les obsédés du jeu :L’épidémie invisible Lo UÀÀ Û.CL O UUiS £jCX U, É D I T R I C E 4 4 En vente partout 184 pages 18 $ Diffusion Prologue (514) 434-0306 La maladie du jeu, véritable épidémie silencieuse, sera la principale dépendance sociale des prochaines années.Les obsédés du jeu aborde un phénomène encore inconnu des Québécois.Cet ouvrage révèle l'univers obscur et fermé des joueurs compulsifs et les ravages physiques, émotionnels et spirituels qui en découlent.Les auteurs Claude Marcil et Marie Riopel ont obtenu des témoignages saisissants de joueurs et joueuses et de leur entourage.Ces hommes et ces femmes nous racontent leur obsession du jeu, leur dégringolade et leurs nombreux ennuis avec les bookmakers et les shylocks.Soutenus par une recherche approfondie, ces témoignages rapportés fidèlement nous permettent de saisir toute la portée de ce fléau social.Les auteurs soulignent le rôle essentiel de l'association des Gamblers Anonymes (514-484-6666) pour ceux et celles qui sont obsédés par le jeu et déplorent l'indifférence de nos gouvernements face à ce problème social.CLICHÉ RÉPÉTÉ A ÉCLAIRAGE DIFFÉRENT, EN RAISON OU TEXTE MAL IMPRIMÉ I.K I) K V (III!.S A M K I) I I I) I M A X ( Il K II I K V II I K R I II II A LIVRES I \ Y I V K N ' r K E L E S LIGNES I \ \t T |) V 1- h A \ L L \ h i\ Rattraper le moi qui fuit STÉP H A N E B A I L I.A K G E O N LE DEVOIR Contes érotiques en musique T'A rôle d’endroit pour du salé: les jeudi 18, vendredi 19 ;i_y et samedi 20 février à 20h, la chapelle historique du Bon-Pasteur accueille une lecture des plus beaux textes .érotiques du monde de toutes les époques, La claveciniste Sarah Fraser et le violoncelliste Mark Fraser accompagneront les comédiens Héléne Loiselle, Geneviève Rioux ;et René Gagnon.Le spectacle mis en scène par -Alexandre Hausvater est intitulé «Iitdy Chatterly, Vénus let tous les autres».line soirée Valentin XXX Des amours érotiques.Quelques heures à peine avant la Saint-Valentin, ce soir à 20h30, les éditions-produc-I rions Sous le manteau lancent leur premier fascicule éro-; tique, dans un happening qui se promet salé, au nouveau bar Les dz'arts, 4282, rue Saint-Denis, à Montréal.I ; Une quinzaine d'artistes vont chanter -la pomme et ses /pépins qu’adorent déguster les vers sveltes et libres», par-•fiii lesquels Nathalie Dion, François Martel, Nathalie Dero-"me, Mario Cholette, Jean-Sébastien Huot et Irène Mayer.y Une centaine d’exemplaire numérotés du petit cahier l'érotique intitulé Les langues du coeur seront alors mis en ; vente au coût de 6 $, avec une gravure originale en prime.Sous le manteau en met aussi 200 autres copies sur le marché, sans gravure celles-là, qu’on peut dès maintenant se procurer dans les magasins de Ixi capoterie.Marie suivait Le Monde ;T * ./; La romancière Lise Bissonnette s’est méritée une critique élogieuse dans h' Monde du vendredi 5 février 1993.I-e critique Pierre Robert Leclercq écrit: quand on rentre dans le tableau décrit dans son roman Marie suivait l’été on ne le quitte plus, et -c’est le critère du talent».11 félicite la force d’évocation des lieux de l’oeuvre et leur sensualité, «l’esprit qui donne a chacun sa spécificité», et cette façon bien à l’auteure «de dire ainsi le plus simple, le plus complexe, le plus secret» de l’existence de ses héroïnes.Parler Pantoute La librairie Pantoute de Québec tient salon.Mercredi, on reçoit l’essayiste Pierre Vadeboncoeur qui s’entretiendra de son bouquin, Le Bonheur excessif, paru chez Bellar-min.En mars, ce sera au tour de Colette Beauchamp auteur de la biographie Judith Jasmin, de feu et de flamme, qui trône en tète des liste de best-sellers depuis quelques semaines.Les causeries se déroulent au Pub saint-Alexandre, rue Saint-Jean à Québec, à partir de 17h30.Je cours les concours Les auteurs ou leurs éditeurs ont jusqu’à la fin du mois pour soumettre les recueils de poèmes au Prix Alain-Grandbois et les essais au Prix Victor-Barbeau, qui seront décernés au printemps par l’Académie des lettres du Québec.Quatre exemplaires de chaque ouvrage doivent être déposés avant le 28 février à la permanence de l’Académie, 5724 chemin de la Côte Saint-Antoine, Montréal, Qc, H4A lR9.Les prix (1000$) seront attribués en mai 1993.UN A UN DE L'INDIVIDUALISME EN LITTÉRATURE Pierre Pachet, ed.du Seuil, 1993, 143p.Certains thèmes peuvent se prêter à des ramifications infinies.On est parfois frappés par l’ampleur d’un sujet, curieux de découvrir son fil conducteur.Pour moi, ce fut celui de l’universitaire français Pierre Pachet qui vient de publier un essai fort intéressant au Seuil.Intitulé Un à un.c’est coiffé du sous-titre: de l'individualisme en littérature.Or, me disais-je, s’il est un acte par essence individualiste, c’est bien celui d’écrire.Tous les romanciers, tous les poètes n’ont-ils pas poursuivi une quête d’identité à travers des oeuvre?Parler d’individualisme en littérature m’apparaissait comme une sorte de pléonasme.Mais aux yeux de Pierre Pachet, l’individualisme est lié au destin même de la littérature moderne.Selon lui, l’après-Freud, l’après-Proust, l’après-Joyce que nous traversons, dans nos sociétés démocratiques qui dressent par ailleurs un pont d’or à la personne, est le seul terreau vraiment fertile pour l’individu.Dans sa curiosité sans limites, sans tabous, dans sa recherche éperdue de nouveaux sujets, la sensibilité moderne a créé une nouvelle écriture fragmentée, ne laissant émerger que «la lame du présent, une urgence intime, un appel à faire face à ce qui n’a pas de visage».La littérature, nous dit Pierre Pachet, est arrivée au bout de son rouleau.Elle éclate.Et l’écrivain contemporain saute avec elle.A lui de se réinventer.Et de citer Henri Michaux, le poète français qui fit tant d’expériences sur lui-même, bourré de mescaline, cherchant à rattraper un ego à la dérive après que toutes les certitudes, les constructions de l’esprit, les ha-leurs comme dans le Bateau ivre de Rimbaud l’aient lâché seul sur son fleuve maudit.«On veut trop être quelqu’un», écrivait Michaux dans sa postface de Plume.Funambule de l’esprit, il se cramponnait à un balancier pour éviter les précipices qu’il s’était lui-mème créés.Noyé dans un ouragan de sensations et d’images provoquées par ses voyages hallucinogènes, son identité lui paraissait infi- O I) I I.E T K E \1 B L A A’ ?\k N niment ténue, comme une sorte d’écume qui persistait après que tout le reste ait foutu le camp.«Comment noter une présence quand on est absent?», demandait-il avec angoisse.Pour d’autres, cette quête de l’individualité parait un peu absurde.«L’idée de liberté, l’idée de conscience qui en est une part, on ne les trouve pas dans l’islam.On cherche plutôt quelle est la Loi, pour lui obéir», rappelle l’écrivain V.S.Naipaul dans une entrevue accordée à Pachet.«11 vient un moment où règles et rites PIERRE PACHET UN À UN Do l'individualisme en littérature (Michaux, Naipaul.Rushdie) * Ht 1 t * t * * 1 H * r ** -/ob j' (Ktt M Seuil deviennent une part de votre identité», Naipaul se tient au confluent de tant de cultures, que pour lui la recherche de l’individualité est virtuelle, un effort tâtonnant, ce vers quoi tend celui que tous les moules extérieurs essaient de modeler et qui dans le tréfonds de sa petite différence leur échappe pourtant.D’origine indienne, de caste brah- manique, né dans Pile antillaise de Trinidad, adopté ensuite par l’Angleterre comme un de ses écrivains majeurs, Naipaul s’est fait reprocher le regard très dur qu’il posait sur un certain tiers-monde, l’Inde notamment qu’il a arpentée et décrite sans complaisance, même, a-t-on dit.sans pitié.Mais à ses yeux, la révolte contre la misère, contre la bêtise et la cruauté constitue l’affirmation suprême de soi.«Un mouvement de colère est un instant de lucidité exaltée», écrit-il dans L'Illusion des ténèbres.Elle est ce moment de grâce où les égards pour autrui, le souci de la décence dissipent les faux-semblants.Je suis en colère, donc je suis, proclame toute son oeuvre.Pachet compare l’univers douloureux et blessant de Naipaul au style multiforme, imaginatif d’un Salman Rusdie, qui au delà de l’anathème dont il est l’objet, choisit en tant qu’écrivain de se définir à travers les métamorphoses de ses personnages, comme un être en mouvement qui lui inspire une tolérance amusée.Mais en quelque part, cette quête d’individualité demeure essentiellement moderne et occidentale.Car encore faut-il pour prétendre y aspirer, jouir d’un système social et économique à peu près décent.«Dans toute culture, aussi antique ou archaïque quelle soit, l’individu existe, avec l’obscurité impénétrable de sa fermeture sur soi, avec l’énigme de son être-là, avec l’angoisse qu’engendre sa formidable solitude, précise Pachet.Mais seule «notre civilisation universelle», ferait droit à cette énigme et lui donnerait un rôle central».«En quoi l’individu est-il une énigme à la Chirico apparaissant en pleine lumière, avec des contours si nettement dessinés, si conventionnels même quelquefois , mais dont les figures semblent surgir à la suite d’un événement dont l’essentiel nous est dérobé?», demande avec des accents de poésie l’auteur d'Un à un.L’essai qu’il nous livre est un questionnement très personnel soulèvant des pistes, évitant les réponses fermes, questionnant la littérature moderne à travers une grille originale qu’on pourrait appliquer ensuite à tous les écrivains du monde et qui vient modifier et enrichir la lecture de leurs oeuvres.PETITES ANNONCES, GRAND AMOUR (AVENTURIERS S'ABSTENIR) Paul Fournier Stanké/ 167 pages L’auteur a succombé à la tentation des petites annonces r des publications québécoises et françaises.Il passe en revue les trésors d’imagination des rédacteurs en mal d’amour, les appels à la perversion, les mille et un modèles de la confusion.11 apprend même comment des petites annonces savamment rédigées peuvent permettre d’élargir le cercle de ses relations, voire de trouver laine soeur.L’ouvrage est d’ailleurs préfacé par Josée Blanchette, qui a rencontré un certain Paul de cette façon, stin «homme de bonne volonté», quelle n’a plus quitté depuis.LES OBSÉDÉS DU JEU.L’ÉPIDÉMIE INVISIBLE Claude Mardi et Marie Riopel Ijouise Courteau éditrice/ 184 pages 11 y aurait entre 20 000 et 71 000 joueurs compulsifs1 au Québec.Plus du tiers sont des femmes.Un joueur sut* 20 développe un rapport maladif au jeu.Des témoignages chocs sur les ravages physiques, émotionnels et spirituels vécus par les joueurs ou leur familles, leur dégringolade, leurs ennuis avec les bookmakers et les shy-locks.Et tout ça à l’heure où Je gouvernement se lance dans l’aventure des casinos d’Etat.Merci Québec! DU CANADA AU QUÉBEC.GÉNÉALOGIE D'UNE HISTOIRE .Heinz Weinmann L'Hexagone/ 477pages Le Québec dans le rétroviseur de son histoire.Une'réédition attendue pour cette brique monumentale épuisée depuis plus d’un an.Weinmann propose rien de moins qu’une lecture généalogique, psychanalytique et symbolique de l’histoire du Québec, avec en toile de fond, l’échec du référendum de 1980.Conscient et inconscient s’entri' choquent allègrement et les points d’ancrage réels ou fictifs se combinent parfois à des siècles de distance pour ari> ver à un portrait pour le moins original de notre histoire.LE MENSONGE La pensée et les hommes, 131 pages.Le dernier numéro de cette revue belge s’interroge sur la part de vérité et de mensonge qui constitue notre réel, notre quotidien: le mensonge dans la science, les médias, les images, devant les cours de justice, en art, dans la littérature.Finalement, la question se pose: et si le mensonge était utile, ne serait-ce que pour accompagner la vérité sur le chemin du réel?¦ # LE MÉDIA CHOC Alain Mine Grasset/248 pages Après La Machine égalitaire, L’Argent fou et La Vengeance des nations, le golden boy de la sociologie et de l'économie française s’attaque maintenant au système des médias en France.D‘ constat est tout simple: par ses archaïsnies financiers, intellectuels et moraux, le monstre est très mal adapté aux exigences d’une démocratie moderne.S.B.À l'occasion de son 25e anniversaire, FORCES publie un numéro exceptionnel Une fête de la mémoire par le texte et l'image, et un éclairage inédit sur les décennies qui viennent.Quebec social and cul Economie.quarterly CÏSfeîïUl cinq,viSS VINGT DU m l .U IT ÉVOLUTION « IM! 1 I II IU >M l\tlt IIONM L (VI ION 1 IIUMATION IU.I.U I KEUAHDS IN I K.IC" AV KM K SI K I (FORCES En kiosque et en librairie à compter du samedi 30 janvier 1993 Un numéro double au prix régulier : 6,25 S Des synthèses, des témoignages, des interrogations, des projections.Ont collaboré à ce 100e numéro : Roland Arpin, Claude Béland.Dr Pierre Bois, Pierre Bouchard.Dr Martial G.Bourassa, Gretta Chambers, Dr Michel Chrétien.Claude Corbo.Jacqueline Darveau-Cardinal.Jean-Paul Desbiens, Richard Drouin.Fernand Fontaine, Lise Gauvin.Dr Jacques Genest.Jacques Girard, Claude Gravel.Jean Guertin, Jean-Paul L'Allier.Ginette Laurin.Jean-Marc Léger, Jean-Paul Lejeune.Robert Lepage.Danielle Ouellet, Jean Paré.Julie Payette.Pierre Péladeau, Guy Rocher.Françoise Têtu de Labsade et Lorraine Vaillancourt Société d’édition de la revue FORCES, 500, rue Sherbrooke ouest, bureau 1270, Montréal (Québec) H3A 3C6 Pour abonnements : Téléphone (514) 286-7600 CLASSIQUES Partir à la redécouverte SUITE DE LA PAGE 1)1 l’idée est de réactualiser les oeuvres, de stimuler le souvenir.» Les programmes scolaires sont naïfs et amnésiques: Les Filles de Caleb y détrônent maintenant Kamouraska.Ijo corpus de la BNM est assez large pour englober des écrits de la Nou-velie-France, comme les Relations de Jacques Cartier, des textes du XIXe siècle telles les Chroniques d’Arthur Buies et des ouvrages plus récents, Les Demi-civilisés de Jean-Charles Harvey ou Un homme et son péché de Claude-Henri Grignon, «notre premier vrai roman canadien», comme on disait à l'époque de sa parution.Une trentaine d’ouvrages sont déjà parus dans la collection.On prépare actuellement la publication des Contes vrais de Pamphile Lemay et plusieurs tomes consacrés à l’oeuvre de Grandbois.Si on lui donnait carte blanche et des moyens, le professeur Major aimerait envoyer sous presses des oeuvres complètes de tous les grands noms de la littérature d’ici, les Roy, Thériault, Ferron et autres.Et puis, en élargissant la définition de la littérature à tout ce qui est écrit (essais, mémoires, etc.), il publierait des textes de la Nouvelle-France, un domaine honteusement négligé par l’édition.C’est le cas de.s Relations des Jésuites, parues aux Ed.du Jour’en 1972, avec quatre pages de préserfta-tion pour les six volumes.La Correspondance de Marie de l'Incarnatiqn, un des grands textes mystiques classiques, et les récits de voyagé tie Louis Hennepin (1626-1705), sont tous introuvables en français.Trésors oubliés Quelques petits ou grands trésors oubliés dorment encore dans les coffres des vieilles maisons d’éditions.Fuies vient de relancer sa collection «Iæ N ’ rus 61 titres t.^,—.siques comme Menaud, le premier titre de la série, a Convergences de Jean Lemoyne, qu’on vient de rééditer.( )n pense à relancer la collection des «Classiques canadiens», sur les figures marquantes de notre histoire, comme Saint Jean de Brébeuf, Octave Crémazie ou Robert Choquette.Quant aux grandes redécouvertes, Mailhot les croit encore possibles.11 cite l’exemple de Major qui, en 1988, a préparé l’édition critique du Journal d’Henriette Dessaulles, une oeuvre forte, oubliée pendant plusieurs décennies.«A mesure qu’on fouille, on développe un sens de la conservation, renchérit le professeur Major.Le classique de la littérature alimehte notre inconscient collectif: c’est if he partie de nous-méme, qui nous défi- TROIS DOSSIERS SENS UNIQUES ART ET SOCIÉTÉ En kiosque dès maintenant IAN 5 NUMÉROS 20$ ?(TPSincluse) Veuillcr abonner Nom : Adresse : Chèque ou mandat poste A l'otdre de Vice Versa.C P 991, Suce.A.Montréal (Québec) H3C ?W9 LIVRES RECENTS ANCIENS-RARES ET D'AUBAINES RISQUEZ TROUVER ACHETONS LIVRES ENCORE UTILES TÉL.:845-7307 SUtNCE, OBI COODE II Ml R R» Earn cI'uini si ult IiaIi îni , (Ians un siylt Aussi cru QUE CE Qu'il A À cliltE, CE ROMAN, QUÎ RLVl'Il II S (Il SSOUS (lu MÜil U (lu CÎNÉMA QUÉliÉCois, SAURA EN AMUSI R OU 1 N A(jACER |)llJS (I'UN ! Collection L'Arbre 116 pages 14,75$ A surveiller chez votre libraire H Mill II CLICHE RÉPÉTÉ A ECLAIRAGE ^ L K l> K V OIK.S A M EDI I A It I M A \ C II E II EE V I! I E I! I !l !l A I) H L I V R E S CRITIQUE Le rapt du texte Pellicule, cellulose et gélatine SILENCE, ON COUPE Luc Lussier, roman, Montréal, «L'Arbre», HMH, 1993, 111 p.JACQUES ALLARD LP hiver est dur aussi pour les amateurs de littérature.f On manque de livres.Lois du marché obligent: les éditeurs vendent maintenant de l’événement.Après la course automnale des prix et le passage du père Noël, ils lorgnent maintenant le printemps, les petits salons, en attendant le grand.Ne serait-ce pourtant pas le moment, en ce creux de saison, de ménager aux lecteurs quelques surprises?Du genre de cette Vie aux trousses (d’André Brochu) que LE DEVOIR recommandait la semaine dernière?HMH a peut-être voulu le faire avec un nouveau titre dans sa collection de «l’Arbre».Mais c’est raté: ce qui fut autrefois une de nos plus prestigieuses collections de romans ne va pas retrouver son lustre avec Silence, on coupe, «Projet-de-lettre-d’un-assistant-caméraman-montréa-lais-à-son-beau-frère-Tourangeau-qui-est-médecin-du-tra-vail-dans-une-centrale-nucléaire-à-Chinon.» L'éditeur a beau dire qu’il s’agit d’un «roman luxuriant qui révèle les dessous du milieu du cinéma québécois», on reste plutôt tiède devant un tel débordement d’anecdotes de troisième ordre, même si l’ensemble est porté par une verve indéniable (en jouai, en anglais et en français).Les six mille pigistes du milieu québéco-canadien s’y retrouveront-ils?Grand bien leur fassse.Mais que retiendra-t-on généralement de cette logorrhée?Que Fried-kin, le réalisateur de l'Exorcist n’a pas aimé la tête de telle maquilleuse québécoise?Que lors du tournage d’un documentaire sur l’architecte de Y Opéra-Bastille, le réalisateur manitobain était absent?Que pendant les années soixante-dix, on tournait ici trop facilement, trop vite, trop fiscalement, trop saoul, trop drogué?Que les tournages ont bien fait voyager des techniciens incompétents?On a là un autre exemple d’un type romanesque assez pratiqué ici: le roman-projet qui dit: j’t’en mets au max, j’te garroche le paquet, attrape ce que tu peux, imagine surtout ce que je ferais avec un pareil stock, si je m’en donnais la peine, si ma femme me laissait tranquille, si le beauf était intéressé, si j’avais le temps.Tu comprends pas toutt?Mais baquet! c’est mon style, le toutt-toutt! Bon, ok, je te le torche sur une gosse ton petit glossaire, en lin de volume.Vous voyez le genre?Genre limite.Ça peut être drôle, pendant plusieurs pages.Mais à force de faire comme si le roman était fait, on a l’impression, comme l’on dit sur le plateau, à la fin du tournage (quand on ramasse l’équipement, qu’on «remballe») que «c’est un wrap!».Le «wrap» du soi-disant septième art?Ix rapt du texte, celui de l’oeuvre, tout le reste est pellicule, cellulose et gélatine.Il n’est pas facile à réaliser, le roman-projet.Il doit naître d’une véritable urgence intérieure, comme celle qu’Aquin vivait à l’été 1964 quand il s’est mis à écrire Prochain épisode.Il ne saurait surgir que d’un programme: un ensemble de formes qui trouvent leur réalisation dans le feu de l’écriture, dans la réussite d’une thématique de l’inchoaüf, où le commencement rejoint la fin, la naissance la mort.Silence, on coupe est un livre qui porte bien son titre mais dont le sous-titre annonce une appendice, cette inflammation du secondaire, du complément, du dérisoire.Dans le genre de ce qui s’appelle souvent ici de l’humour: la steppette.Pour amateurs seulement.E N T R E V l E Luc Lussier fait son cinéma mm SILENCE, ON COUPE! 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