Le devoir, 28 avril 1993, Cahier A
LE DEVOIR PERSPECTIVES II.Il «Je suis votre femme, votre soeur, votre fille» Le mouvement féministe s'associe audacieusement aux hommes dans sa campagne contre la violence faite aux femmes Josée Boileau Après avoir beaucoup réfléchi, analysé et dénoncé la violence des hommes, le mouvement féministe québécois fait aujourd’hui preuve d’audace.Et s’associe directement aux hommes.% affiche est explicite: une femme recroque-' villée, dévêtue, figée par la peur, les vête- T ’ § ments en lambeaux, souffrante.Dans le coin 1 J gauche, une inscription: «Je suis votre femme, votre compagne, votre soeur, votre fille.Je suis victime d’agression sexuelle.» Pour lancer leur première campagne de financement et de sensibilisation, les CALACS - l’impossible abréviation des “Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel” - ont opté hier pour le grand coup.Ne pas se contenter de nommer la violence faite aux femmes, mais la montrer, crûment «Aller à la limite de l’intolérable», comme le disait la coordonnatrice des CALACS, Diane Lemieux.«A la fois choquer et ne pas fermer les yeux.» L’image, de fait, est troublante, bien loin des campagnes traditionnelles contre la violence où l’on a vu des visages de femmes bouleversés, tuméfiés, mais où le cqrps lui-même était oublié.Les CALACS auraient pu se contenter de cette première.Ils sont allés un pas plus loin en commettant l’impensable: s’associer à des hommes pour parrainer leur campagne.Des hommes aussi connus que l’ancien premier mi-rtlstre, Pierre Marc Johnson, le ministre de la Santé, Marc-Yvan Côté et un journaliste, Michel Vastel.Des hommes qui ont accepté de s’impliquer sur une base personnelle, qui ont parfois leurs propres nuances à apporter quant à l’analyse féministe du phénomène, mais heureux que pour une fois l’on fasse appel à eux.Par son caractère inusité, la démarche des CALACS est remarquable.Elle doit beaucoup à l’impulsion de sa dynamique coordonnatrice, Diane Lemieux.La toute jeune trentaine, Diane Lemieux est une avocate et militante de longue date qui a apporté un nouveau style au mouvement féministe québécois.Lors d’une entrevue au DEVOIR il y a quelques années, elle se décrivait elle-jouer la même comme une «féministe radicale dans mon analyse mais statégique dans logique mâle son application.Et je n’ai pas peur du pouvoir, je m’en sers».plutôt que la Elle s’en sert tant et si bien qu’elle s’est retrouvée première récipiendai-décrier re du Prix de la justice du gouvernement du Québec en 1991 et qu’elle ose des interventions encore peu courantes dans les groupes de pression.Elle fait notamment partie de cette nouvelle génération de féministes qui, plutôt que de seulement décrier la logique «mâle» des médias, ont cherché à en comprendre le fonction-neijnent, à l’apprécier et à en jouer à leur tour.A nouveau hier, Diane Lemieux a pris le taureau par les cornes.Il y a longtemps que le mouvement des femmes demande aux hommes de s’impliquer, de secoué!" leur indifférence.Plutôt que d’attendre en grommelant ces hommes qui ne venaient pas, bousculant le sacro-saint principe de la non-mixité - encore d’usage lors de grands colloques féministes - Diane Lemieux est allée les chercher pour sa campagne, en insistant au besoin, en réussissant à tout coup.Poussant l’audace jusqu’au bout, elle a ensuite laissé tomber la traditionnelle conférence de presse à l’hôtel, pour plutôt la tenir au Collège de Montréal, haut lieu d’études pour garçons seulement depuis 225 ans.Un symbple éclatant Son' pragmatisme la sert, Diane Lemieux le sait Par son allure engageante, par son discours mesuré, elle ne rebute pas les gens.Cela a permis à son organisme, comme elle le disait hier, de rassembler tous les ingrédients qui peuvent faire d’une campagne de financement somme toute modeste - l’objectif est de 50 000$ - un succès.Mais cette levée de fonds révèle aussi une nouvelle réalité avec laquelle les groupes de femmes doivent composer.Ces groupes vivent maigrement et le budget fédéral déposé lundi soir leur a appris que de nouvelles coupures de subventions les attendaient: 10% cette année, la même chose l’an prochain, puis 15% dans deux ans, 20% dans trois.«Autant dire la disparition des groupes de femmes dont l’existence dépend d’un financement de base des fGouvernements», s’indignait hier Lucie Bélanger de Re-ais-Femmes.Les gouvernements, en fait, souhaitent fortement que les groupes trouvent plutôt leur financement auprès du grand public et du secteur privé.Un défi que des groupes bien structurés comme les CALACS peuvent tant bien que mal relever.Mais une aventure impossible pour des organismes féministes plus petits.Finira-t-il par y avoir surenchère et compétition dans les levées de fond?Parce que les militantes se parlent et se coordonnent - ainsi, elles se verront la semaine prochaine pour discuter du budget fédéral -, à court terme le danger est écarté.Mais le risque est réel de finir par se marcher sur les pieds, et cette perspective suscite de vives inquiétudes dans un mouvement traditionnellement solidaire.I N 1) E X Les Actualités .A2 Éditorial .A8 Agenda culturel .B6 Idées .A9 Annonces classées JM Le Monde Avis publics.B2 Montréal .A3 Météo Culture .B7 Mots croisés.B2 Ensoleillé Découvertes.Bl Politique .A4 Max.: 14 Économie .NI Les Sports .A6 Détails en B2 L'ÉCONOMIE Tina Turner, ou comment survivre à son passé PAGE B-8 ?LES ACTUALITÉS Ontario: impasse dans le secteur public PAGE A-4 ?L’ÉCONOMIE La confusion s'installe dans la construction PAGE A-7 Le métro vers Laval dès l’automne Le maire Vaillancourt dit en avoir obtenu l’assurance de Québec LAURENT SOUMIS LE DEVOIR Le maire de Laval, M.Gilles Vaillancourt, affirme avoir obtenu du gouvernement québécois l’assurance du début des travaux de prolongement du métro jusqu’à l’île Jésus dès l’automne prochain.Au cours d’une entrevue au DEVOIR, le maire a soutenu avoir obtenu cette promesse «du plus haut niveau», à savoir le bureau du premier ministre Robert Bourassa.«Quand je négocie, c’est au plus haut niveau», a expli- qué M.Vaillancourt qui s’est dit convaincu que les crédits seront votés dès l’automne prochain et que les travaux débuteront d’ici la fin de l’année.In facture du prolongement du métro est actuellement évaluée à au moins 50 millions$.Sa construction devrait s’étendre sur une période de près de trois ans.«L’échéance électorale (provinciale) approche, et je suis sûr qu’il y a des gens qui devront prendre leurs responsabilités», de commenter le maire qui sollicite lui-même un nouveau mandat en novembre prochain.M.Vaillancourt n’a toutefois pas voulu hier préciser ni les conditions, ni la date exacte à laquelle sera faite l’annonce officielle.Ixirs de la campagne de 1989, le premier ministre Robert Bourassa s’était engagé à prolonger le métro de la Société de transport de la Communauté urbaine de Montréal (STCUM) vers Laval.Mais après de multiples tergiversations qui n’étaient pas étrangères au contexte budgétaire, le ministre des VOIR PAGE A-10: MÉTRO Comment revitaliser Montréal?5'^ jr——•> fer W- .m*.« PHOTO JACQUES NADEAU AUX PRISES avec une conjoncture éprouvante, Montréal veut maintenant prendre les grands moyens pour créer sur son territoire un climat propice aux affaires.Et parmi les nombreuses — mais vagues — intentions que contient le Plan de développement économique de la Ville rendu public hier, on parle de revitaliser la rue Sainte-Catherine (photo).Comment s’y prendra-t-on pour sortir la métropole du gouffre?Nos informations en page A-3.Québec se découvre une vocation pour la francophonie canadienne MICHEL VENNE DE NOTRE BUREAU DE QUEBEC C>est en pleine tourmente linguistique québécoise que les francophones du reste du Canada sont venus proposer, hier, d’amorcer un rapprochement entre eux et le Québec fondé sur le principe que «la francophonie canadienne est une force unique qui dépasse les frontières».Cette nouvelle alliance a notamment pour but de «raffermir la place du français dans tout le pays».La proposition épouse la thèse du comité des droits de l’homme de l’ONU selon laquelle les francophones re- présentent une seule et même minorité à la grandeur du Canada.Le Québec et les communautés francophones du reste du pays «ont tous deux besoin de mesures particulières de protection parce que tous deux sont noyés dans la mer anglophone nord-américaine.» Québec a fort bien accueilli ces propositions.La Fédération des communautés francophones et acadiennes du Canada propose au Québec, auquel il avait pourtant tourné le dos en 1991, se disant ignorée par lui, de devenir «le leader de la francophonie canadienne et d'Amérique» et même «le VOIR PAGE A-10: QUÉBEC Sévères sanctions contre le budget Mazankowski Chute marquée du dollar et hausse prononcée du taux d’escompte SERGE TRUFFAUT LE DEVOIR La sanction sévère des marchés financiers à l'endroit du budget fédéral s’est traduite par une chute marquée du dollar et une hausse prononcée du taux d’escompte qui ont convaincu la firme Canadian Bond Rating Service (CBRS) qu’il fallait abaisser la cote de crédit du Canada.Après que de multiples attaques émanant aussi bien de l’Amérique du Nord que de l’Europe eurent retranché 86 points de base à la valeur du dollar, à 78,65 cents US, la firme d’évaluation CBRS a annoncé que le crédit du Canada valait une note de AA+ au lieu du AAA antérieur.Et ce, après que la Banque du Canada ait commandé une hausse de 33 points de base de son taux d’escompte pour le fixer ainsi à 5,60%.Cambiste à la CIBC, M.Normand Faubert a souligné que si les répu- VOIR PAGE A-10: SANCTIONS Une île de prière dans un champ de pierre À quelques kilomètres des massacres bosniaques, apparaît un village épargné par la haine: Medjugorje, une «zone protégée» par la foi Depuis le début des présumées apparitions de la Vierge Marie dans le village bosniaque de Medjugorge en 1981, des charters pleins de pèlerins québécois se sont rendus en Yougoslavie pour honorer la Madone.Malgré la crise qui déchire actuellement l’ex-Yougoslavie, au début avril, 65 voyageurs sont partis de Montréal pour aller se recueillir dans le village «miraculeusement protégé».Le père Aurèle Villeneuve était du voyage.«À Medjugorje c’est la paix.Ce n’est pas plus la guerre qu’à Montréal, raconte-t-il.De l’aéroport de Split jusqu’au village (3 heures de route), on ne nous a arrêtés que deux fois pour voir nos papiers.Une fois à Medjugorje, ceux qui ont l’oreille fine ont entendus des «pétarades», mais de loin.» JEAN-BAPTISTE NAUDET LE MONDE Medjugorje (Bosnie-Herzégovine) — C’est une oasis de paix dans l’enfer de la guerre.Une sorte de «zone protégée» où les soldats croates n’ont même pas leur uniforme et où ceux de l’ONU, quand parfois ils viennent, enlèvent leur casque en entrant dans l’église.Une île de prière dans un champ de pierres, où tout est calme et recueillement.C’est dans le sud de la Bosnie-Herzégovine décomposée, à quelques kilomètres de sanglants combats, du nettoyage ethnique et des massacres, non loin de Mostar: un village épargné par la haine, un flot d’espérance.ou d'invraisemblable inconscience.Medjugorje, «zone protégée» par la foi, par la Vierge ou par Dieu lui-même, disent les fidèles, «par des ordres supérieurs venus de Belgrade», affirment les mécréants.Au milieu de la rage des hommes, un village de quelques centaines d’âmes, toutes croates et catholiques, avec des apparitions de la Vierge, là-haut sur la colline, et des centaines de milliers de pèlerins.Chaque année, ils viennent du monde entier.Cette fois à portée d’obus, ils prient pour la paix.Tout a commencé le 25 juin 1981.Ix* maréchal Tito était mort depuis un an et la guerre couvait déjà: l’état d’urgence avait été déclaré en avril au Kosovo.Inscrite sur le mur de l’église, la légende raconte: «Des enfants du village, Ils étaient deux mille cinq cents pèlerins pour Pâques.Ils sont trois cent cinquante en cette fin avril, alors que la guerre a repris de plus belle, que les «frères ennemis» croates et musulmans s'affrontent.VOIR PAGE A-10: PRIERE LE DEVOIR, LE MERCREDI 28 AVRIL 1993 A 2 LES ACTUALITES E N R E F LE CANDIDAT CHOISI À PILE OU FACE OTTAWA (PC) — Le Parti libéral du Canada a décidé que le candidat de Lanark-Carleton, à Ottawa, pour les prochaines élections fédérales sera choisi à pile ou face.Cette méthode inhabituelle a été adoptée à la suite d’une lutte serrée pour l’investiture: la candidate défaite, l’ancienne députée de l’assemblée législative de la Saskatchewan, Linda Clifford, a constesté la victoire du lobbyist d’Ottawa, Ian Murray.Un comité des affaires juridiques du parti a indiqué qu’au lieu de tenir un autre vote, l’égalité des voix entre les deux candidats aurait dû être tranchée en tirant au sort Mme Clifford et M.Murray vont tirer à pile ou face aujourd’hui au quartier général du parti.Le ministre des Approvisionnements et Services, Paul Dick, représente actuellement la circonscription de Lanark-Carleton.LES SOLDATS DE RETOUR DE SOMALIE À LA MI-JUILLET (PC) — Les soldats canadiens, membres de la force internationale déployée en Somalie et dirigée par les troupes américaines, reviendront au pays à la mi-juillet, a annoncé hier le lieutenant Hugh McEwen, attaché militaire auprès du Haut-Commissariat canadien à Nairobi, au Kenya.Environ 900 Canadiens font partie de la coalition internationale qui, depuis décembre dernier, a pour mission de protéger les convois d’aide alimentaire destinés aux populations touchées par la guerre civile et la famine qui auraient fait 350 000 morts.LES CANADIENS VOYAGENT MOINS OTTAWA (PC) — Les Canadiens n’ont effectué que 26,9 millions de voyages d’un jour dans leur pays, de juillet à septembre 1992.C’est le nombre le plus faible depuis l’été 1986.«Plusieurs Canadiens vont préférer oublier l’été 1992 et son temps d’automne», a commenté Statistique Canada en publiant les résultats de son enquête.Presque la moitié des voyages d’un jour ont été faits uniquement par plaisir.Environ 36 pour cent avaient également pour but de visiter des parents ou des amis.Seulement 10 pour cent de ces voyages d’un jour avaient pour motif les affaires.Plus de 90 pour cent de ces voyages ont été effectués en automobile.DES RUSSES SUIVENT UN STAGE SUR.LA DÉMOCRATIE SASKATOON (PC) — Des bureaucrates russes apprendront bientôt de leurs homologues canadiens la manière de fonctionner dans une démocratie.Une cinquantaine de Russes viendront au Canada cet automne grâce à un programme de 20 millionsS, la Bourse Eltsine, a indiqué Asit Sarkar, coordonnateur des échanges commerciaux et académiques au Bureau international de l’Université de la Saskatchewan.Le programme vise à promouvoir la démocratie russe.Chaque année, pendant dix ans, des groupes de 50 participants russes, composés de fonctionnaires et de jeunes leaders réformistes, viendront faire des stages au Canada.Le plan de redressement du CN Les employés vivent dans l’incertitude DANNY VEAR LE DEVOIR Depuis quinze ans, Marc Hogd-son a effectué bien des tâches au Canadien National.Il a repeint de long en large la structure du pont Victoria.Il a lavé des wagons.Au cours des cinq dernières années, il a travaillé au service de la facturation du CN.Depuis que le CN a annoncé un plan de relance qui prévoit notamment l’abolition de 11 100 emplois, soit le tiers de tous les emplois
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