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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1993-06-12, Collections de BAnQ.

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ILLUSTRATION DE DESCLOZEAUX gggp /yj;\ •** ' J.jt».Y mm *17 .V:T .y ' V V 1 #>* 4 ¦ A?i MM y fi .rv* •ViV&¦* < > w » ¦ mm mm HpV/.,f,Hl SB / r, ¦- - O t ** i^V VKK LE DEVOIR *»k ATi/rc /es lignes Page D2 Lectures d'été Page D4 Philippe Djian Page D7 Essais québécois Page D9 LIVRES AS Le rien-ne-va-plus dans le couple , est le theme du jour.Chacun à sa maniéré, TOUTES EXPÉRIENCES CONFONDUES, MICHEL TREMBLAY ET DENISE BOMBARDIER, QUI VIENNENT TOUS DE PUBLIER, EN ONT LONG À DIRE SUR LA QUESTION.LIBERTE 207 juin 1993 En vente chez votre libraire 6 S + taxes Des nouvelles de Judith Cowan, de Lori Saint-Martin et de Pierre Sal-ducci; des poèmes de René Lapierre, de Marie-Andrée Lamontagne et de Jacques Rancourt; les réflexions d'Alain Roy sur le minimalisme et de Jean-Pierre Girard sur le besoin d'encenser qui sévit à notre époque.PHOTO JACQUES NADEAU Michel Tremblay, le romancier.¦'X' 'i'*' ^ AA/ ^ ^ iA.-V.Comme Simone de Beauvoir, la maman du féminisme, la Bombardier traîne une réputation d’horloge dans un frigidaire, de dure et de froide, de raison plutôt que de passion, sauf pour tout ce qui concerne sa propre personne.Le critique René-Homier Roy, qui s’y connaît personnellement, a écrit que si jamais Denise Bombardier meurt étouffée, ce ne sera pas par sa modestie.Pourtant, la tigresse des ondes s’est pointée dans les locaux du DEVOIR les griffes rentrées, le pelage au repos, sous son beau costume jaune canari, en somme, amadouée, prête à s’abandonner au doux jeu de la promotion littéraire.STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR C’est que Mme B-52 vient de lâcher sa dernière bombe.Après deux best-sellers reçus sévèrement par la critique (Une enfance à l’eau bénite et surtout l’harlequinisant Tremblement de Cœur), la sorcière bien aimée des médias québécois nous revient avec La déroute des sexes , un essai sur l’amour au temps du féminisme.Comme ses deux livres précédents, celui-là paraît au Seuil, dans la douce France qu’elle aime tant, et qui le lui rend bien.Le président Mitterrand lui a récemment accroché la rosette rouge de la légion d’honneur.Elle revient d’une énième participation à une émission littéraire de Bernard Pivot.Toutefois, la critique française n’est pas plus tendre avec ce livre-là.Le Monde vient d’écrire «qu’il n’est pas certain qu’il faille retenir la litanie de lieyx communs de La Déroute des sexes».L’hel> do L’Evénement du Jeudi n’a pas réservé son jugement: «Denise Bombardier vient d’écrire un bijou de conservatisme, une sorte d’ode à l’homme paumé face à la femme libérée».Mais, être savonnée par ces médias, c’est déjà quelque chose.La dame a réussi, comme on dit.Et elle le sait, puisqu’elle va jusqu’à écrire: «J’appartiens à la catégorie des superwomen».VOIR PAGE D-2: BOMBARDIER e ^ e £ X e PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR iJr ?lf ‘.Td! D' S® bjp J.p Surtout ne pas contribuer au festival internatio1^ nal de clichés.Éviter soigneusement de sud-*1: comber à l’inévitable et prévisible question «votre-roman-est-il-autobiographique?»; d’autres s’enj chargeront.Ne pas oublier non plus de lui parler dtp rôle de la critique et de l’euthanasie.Après tout, ces deiüP questions en apparence distinctes ne soulèvent-elles pafc1 un seul et même débat: le droit de vie ou de mort.Je ré-5 visais mon plan de match, affalé sous la lumière dorée dtp square Saint-Louis, lorsque Michel Tremblay apparut,L plu,s grand que nature.A l’entrée de son splendide appartement, un ami avait gentiment déposé une dizaine d’exemplaires, frais sortis5 des presses, du Coeur éclaté, son plus récent roman paru-chez Leméac.Même après vingt-huit ans d’écriture, le' plaisir charnel de palper pour la première fois son ouvras! ge subsiste.L’imagerie populaire, cette fois, ne trompe11 pas.C’est comme prendre son enfant aux premiers vtf-i gissements.Et Michel Tremblay prit bien le temps, souk1 mon oeil indiscret, de savourer le moment, le coeur lé1 ger et le sourire fendu jusqu’aux oreilles.J* Son récit, la suite du Coeur découvert, est profondément triste.C’est l’histoire de deux ruptures, de deux!' pertes.Nous y retrouvons l’attachant Jean-Marc, aux'-' prises avec le départ brutal de Mathieu — le père de Sé1" bastien — et avec la mort lente, interminable, de Luc, urr ancien amoureux souffrant du sida qui, entre l'humour noir et le désespoir, décrépit au point de ressembler k’ «un insecte écrasé sur la fenêtre»._ Pour survivre, Jean-Marc fuit à Key West, la Florida gaie.Il se retire dans un petit pavillon, où il troque fü présence chaleureuse de ses amies Mélène et Jeanne au profit de quelques loufoques compagnons.Michel Tremblay, lui, fuit dans l’écriture.Il le dit sansj détour.C’est un adepte de l’écriture thérapeutique] «J’écris pour me libérer, pour me guérir, pour me faire! du bien.C’est ce que j’ai toujours fait depuis 28 ans»., | La thérapie a, depuis longtemps, porté ses fruits.À la! documentation du DEVOIR, deux pleines pages font état! des prix et honneurs du fils de la grosse femme, du prixj des jeunes auteurs de Radio-Canada, en 1964,,au Doctm rat Honoris Causa de l’Université Stirling, en Écosse, en 1992.Ses 28 ans de thérapie en ont fait l’écrivain québé-j cois le plus reconnu à l’étranger.On étudie ses Belles\ soeurs dans les lycées de France.On le joue au Japon, ori l’étudie en Chine et on le traduit en yiddish à Montréal.Michel Tremblay aura 51 ans dans quelques jours.Et il s’en porte très bien, même si, pour un homosexuel] VOIR PAGE D-3: TREMBLAY K I) E V OIK, L E S S A M EDI I 2 E T I) I M A N C II E I 3 .JUIN I !J 9 3 LIVRES L A V I E L I T T É R, A I R E STÉPHANE BAI L LA R G E O N LE DEVOIR Femmes et féminisme Décidément, le sujet est dans l’air.La semaine où pa-çait La Déroute des sexes de Denis Bombardier, LE DEVOIR publie une Entrevue du lundi avec Annie Lebrun, auteur de Vagit-prop, courageuse critique des «sta-iïniennes en jupon» dans les années soixante-dix." En même temps, sous le titre «Femmes: le retour du bâton», Josyane Sauvageau, directrice des pages littéraires du Monde présente quelques ouvrages parus récemment en France pour relancer le débat autour du féminisme: Us femmes politiques (Seuil) de Laure Adler, La Libération des femmes.Us années mouvement (Seuil) de Françoise Picq et Us Hommes et les Femmes (Olivier Orban), un dialogue entre Françoise Giraud et Bernard-Henri Lévy.Au royaume du rouge et du camembert, le sujet est, paraît-il, de très mauvais goût.Les féministes françaises ont donc aussi récemment appelé en renfort Backlasch, The Undeclared War against Women , de Susan Faludi.L’ouvrage a mérité un prix Pulitzer à la jeune journaliste du Wall Street Journal, en 1991.Il est publié en français gous le même titre, (Backlash) aux Éd.Des femmes.La thèse de base, citée par Savi-gneau: «Nous assistons depuis dix ans à une revanche, à une puissante cintre-offensive pour annihiler les droits des femmes.» Cette revanche aurait été déclenchée justement parce qjije les femmes amélioraient leur situation.«Si les femmes sont si égales, pourquoi constitpent-dles les deux tiers des pauvres d’âge adulte aux Etats-ifeis?, s’interroge Faludi.Pourquoi une femme diplômée (Université gagne-t-elle en moyenne moins qu’un hom-«W qui n’a que le baccalauréat (le diplôme collégial), qppune c’était déjà le cas dans les années 50?Pourquoi ftftcompte-t-on que 19 femmes sur les 4 000 cadres diri-¦Onts, et comment expliquer qu’il n’y ait aucune femme (Uàs les conseils,d’administration de plus d’une entrepri-iglsur deux aux Etats-Unis?» ; ft que dit-elle des superwomen?Faludi observe que leicocooning va un peu plus loin que le retour au foyer (tas années cinquante» et qu’il est prôné par des femmes jttfeant elles mêmes une brillante carrière en conseillant SUbc autres de ne plus travailler et en «colportant ces raidis contre les femmes».Ije débat autour du féminisme est relancé.Je cours les concours '/La revue Arcade , la seule revue d’écriture au fémi-rîîù au Québec, vient de créer son prix de la relève f/ôtir la prose et la poésie.Les candidates doivent être citoyennes canadiennes, n’avoir jamais publié d’ouvrage chez un éditeur reconnu et soumettre un texte de trois à cinq pages, signé d’un pseudonyme.On demandé de joindre une enveloppe scellée contenant une courte biographie et le véritable nom de l’auteure du texte participant.Trois bourses totalisant 500 $ sont rattachées au concours.Les récompenses seront dé-cémées lors du lancement du numéro d’automne de la révue.Les manuscrits doivent être envoyés à la revue avant le 30 juin 1993: C.P.397, Succursale Outremont, Montréal, H2V4N1.Le prix Gabrielle-Roy ! L’Association des littératures canadienne et québécoi-sé (ALCQ) a décerné son prix Gabrielle-Roy 1992 à Montréal imaginaire.Ville et littérature (Editions Fides).L’étu-dè dirigée par Pierre Nepveu et Gilles Marcotte, a été rédigée par Michel Biron, Jean-François Chassay, Simon Hprel, Ginette Michaud et Pierre Popovic.Le prix récompense le meilleur ouvrage critique paru en français.ENTRE LES LIGNES Le diable à la Maison Blanche SOTOS Philippe Djian, Gallimard, 395 pages C’est l’arrivée de la brebis galeuse dans le salon bourgeois, c’est le retour du pendule, le pied de nez du mauvais garçon à tous ceux qui l’ont snobé jadis.Philippe Djian, autrefois magasinier chez Gallimard, le petit rien du tout qui emballait Gide et Proust, se trouve publié dans l’illustre collection blanche.Cendrillon a trouvé son prince.Où va le monde?demandent les puristes.Car Gallimard, qui crée les goncourables, demeure le grand gardien de la langue française.Et Djian a beau être l’écrivain le plus lu de la jeunesse, surtout depuis que Beineix a porté à l’écran son fameux 37'2 le matin, les critiques le conspuent: «De la littérature, ça?Non! Non! Non!».Quand il avait envoyé il y a une douzaine d’années son premier manuscrit à Gallimard, celui-ci lui avait retourné flanqué d’une lettre de mépris: «Vous vous placez délibérément hors de la littérature.» Sauf que la jeune maison Bernard Barrault récupérait le marginal et récoltait les millions de ses best-seller.Ce dont sans doute Gallimard conçut quelque dépit.D’où le revirement actuel.Ainsi, pour son onzième roman, Sotos, la grosse maison blanche déroule à Djian le tapis rouge; à la grande rigolade bien évidemment, de tout le milieu littéraire français.On le dit, et c’est devenu un cliché que de le répéter: Djian, ce n’est pas un style, c’est une énergie.Or le cliché dit vrai.Surtout dans ce Sotos de ODILE TREMBLAY près de 400 pages qui a tout de la forêt embroussaillée que nulle main humaine n’a défrichée.L’écrivain affirmait lui-même ne pas s’être trop soucié de style dans l’aventure.Sotos nous offre donc une écriture fouillis.Fouillis également que cette histoire échevelée, qui papillonne en tous sens sans vraiment trouver à se poser.Le bon côté de Dijan, c’est qu’il exsude une écriture d’urgence.Le mauvais, c'est que la porte de l’urgence s’ouvre sur un grand vide.On dirait qu’il court sur une falaise s’écroulant derrière ses pas.S’il s’arrête, c’est la mort.Alors il continue sa course folle, traînant le lecteur es-souflé derrière lui.Que cette course folle ne mène nulle part, ne semble pas lui causer problème.On y va à bride abattue.Pas de descriptions ou presque, le vif du sujet.On baise, on assomme le voisin, on met le feu aux meubles.Djian ne fait ni dans la dentelle ni dans la nuance.Et l’analyse psychologique n’est pas son fort.Les femmes sont traitées comme des mouchoirs jetables, mais elles griffent et se rebiffent.Il y a du sport.Ça, oui.Son énergie est un trop-plein qui se déverse comme un volcan.L’histoire se déroule dans un Sud Philippe Djian, ce n’est pas un style, c’est une énergie.imaginaire, une sorte de Pays Basque mâtiné d’Alabama, d’Espagne et de montagnes perdues habitées par des cousins des Hillbellies semblant sortis tout droit du film Deliverance.Une famille bourgeoise avec grand-papa Dieu le père, maman qui ne pense qu’à livrer son corps à tout venant, et Vito, l’ancien amoureux de maman qui réapparaît vingt ans plus tard dans le décor et que grand-papa attend de pied ferme, et banderilla à la main.Il y aura des corridas, de la «dope» à profusion, un incendie irradiant, des batailles homériques, des scènes de sexe fidèles à son style cru.Et là-dessus Djian n’a pas démérité.Ses passages les plus forts sont les descriptions érotiques en coup de poing, et quelques bagarres mémorables où on pend l’ennemi par les pieds en l’allumant comme une chandelle qui tourbillonne.Ou bien on lui arrache la moitié des oreilles.Ça fait de l’effet.Les sotos sont des petits êtres tenant de la fourmi et du lutin qui habitent entre l’arbre et l’écorce et veillent sur les mortels de cette contrée imaginaire peuplée de personnages mal creusés, mais somme toute rigolos.Djian sait créer à gros traits une faune colorée.Le grand-père tyrannique a de l’envergure, la maman est attachante parce qu’elle n’a rien d’une mère finalement, mais persiste à demeurer femme avant tout.En contrepoint, on a droit à un narrateur décoloré, écrivain,comme chaque héros central de l’univers de Djian, juste assez insignifiant pour mettre en relief la folie des autres.La construction du roman en trois parties est intéressante.La première et la dernière sont au «je», celle du milieu adopte le ton du récit racontant la jeunesse du faux beau-père du narrateur et remontant le cours de l’avenir pour l’exliquer.Mais l’ordre général est perturbé par la confusion de la ligne, de la page, du chapitre.L’univers de Djian est moderne, amoral, boulimique.Mais il sue le procédé de celui qui se veut moderne, amoral, boulimique.Sotos est un roman non élagué, non nettoyé, souvent confus, agaçant de revendiquer haut et fort son statut d’esquisse.On lui pardonne ses constructions grammaticales fautives, son usage fantaisiste du subjonctif, («qu’il éclosît»).On lui pardonne moins son écriture garrochée.Céline, qu’il admire, a mis à l’écrit la langue parlée, mais avec quel style! Son émule manifeste moins d’exigence pour lui-même.Djian est un phénomène, et tient le pari de se faire lire d’une génération qui ne lit plus.C’est déjà beaucoup.Ça n’excuse pas tout: le fatras de ce pavé, par exemple.LA VI T R I D U L I V R.IA RELIGION PAR LES FEMMES N.Auer Falk et R.M.Gross Labor et Fides, 448 pages La femme a-t-elle une approche de la religion et un comportement religieux différents de l’homme?Pour répondre à cette vaste question les auteurs ont réuni des études sur des expériences, des initiatives et des rites' dans lesquels les femmes occupent un rôle central: une femme devin d’Afrique, des chamanes de Corée, des Iro-quoises d’Amérique du Nord, etc.Deux fils rouges travel sent le tout D’abord une préoccupation pour le contraste; entre les vocations exceptionnelles et traditionnelles des femmes.Ensuite, une interrogation sur la place faite aux femmes et le soutien qu’elles reçoivent lorqu’elles se sentent appelées à des destins hors du commun.FRANÇOISE DOLTO ITINÉRAIRE D'UNE PSYCHANALYSE Jean-François de Sauverzac Aubier, 403 pages L’auteur parcourt et interroge urje vie, une clinique et une théorie étroitement mêlées.A la fois récit et commentaire, le livre mélange la constellation familiale, l’univers personnel et le monde intérieur de la psychanalyste et pédiatre de renom.On la suit dans sa formation et on comprend son originalité par rapport à la sexualité féminine, au traitement des psychoses, au sentiment religieux.LE SERPENT À PLUMES No 1,139 pages Une réédition en format poche du premier numéro de la célèbre revue.Deux autres ont suivi.Le Serpent à plumes, c’est rien de moins que les meilleurs auteurs de notre époque, les plus grands courants de la littérature, contemporaine: Nabokov, Dürrenmatt, Updike, Tournier, Bowles, Amado, Bove, etc.La dizaine dé récits et dé fictions courtes sont livrés sans aucun commentaire.Tout à la littérature, quoi, en plus en format hyper-pratique qui tient réellement dans une poche.; RUPTURES Juillet-sept.1993, no 3, 148 pages Ruptures se présente comme «la revue des trois Aîné-, riques».La publication trimestrielle, multidisciplinaire, propose des inédits et des traductions de textes et de poèmes en français, anglais, espagnol et portugais.U's, collaborateurs de ce dernier numéro viennent pour la plupart du nouveau continent (Chili, El Salvador, Mexico.), mais sont établis au Québec.L’éditorial s’interroge' sur la notion de transaméricanité et chante «l’abolition des frontières», «l’alliance entre migrants de l’imaginai-' re».Le reste pratique la chose textuellement.V ATLAS DE L'ENVIRONNEMENT DANS LE MONDE Autrement, série Atlas, 128 pages D’abord une conviction partagée par tous les collaborateurs: l’habitat terrestre est gravement menacé.Ensuite, une volonté: mettre l’information spécialisée sur l’état de la Terre à la disposition du public.D’où ces cartes en couleurs qui valent des milliers de mots et ces textes courts et chocs pour pousser un peu plus loin la compréhension et l’explication des problèmes.Conclusion: tout est dans tout, comme disait l’autre.Par exemple, la rupture d’un équilibre local à des répercussions globales: l’érosion des sols dans l’Himalaya participe aux inondations massives du Bangladesh: la déforestation de l’Amazonie modifie, l’équilibre atmosphérique de la planète tout entière; et le Pinatubo qui nous fout le bordel cet été.S.B.BOMBARDIER Dans un nouveau rôle de repentie du féminisme hard-core L’ÉTÉ EN HISTOIRE AU SEPTENTRION DU SM-PLTftL dans le gruau •Mtr* vk tfJtTTS ** VOYAGE AU LEVANT De Lawrence d’Arabie à René Lévesque Michel Lemieux DU SALPÊTRE DANS LE GRUAU Souvenirs d’escadrille 1939-1945 Gabriel Taschereau ÉCRITS SUR LE CANADA FRANÇAIS Mémoires, journal, lettres de Bougainville Roland Lamontagne JEAN GIRARD Musicien en Nouvelle-France 1696-1765 Elizabeth Gallat-Morin Î52 paRes 27.50 5 Les Editions du Septentrion 1300, av.Maj’uire^JjilleryC^^ 1Z3 Les carriéristes en tailleur Chanel font peine à voir, tiraillées entre travail et enfants, mariage et amant, machisme au féminin et nouvel homme rose, dont elles ont par ailleurs forcé l’accouchement.Mme B.en long à dire sur ce conte de fée féministe virant au cauchemar à la Stephen King.Les Les Belles Rencontres de la librairie HERMES Vendredi 18 juin de 16h à 18li Lancement du livre K V 11 1 li • I' !'• s s A M E I) I 12 K T DIMANCHE 13 JUIN 1993 1) () L I V R ES JAUNIS ifiti.G IL LES ARCHAMBAULT ./ïyr ?C’était hier LE POIDS DE DIEU Gilles Marcotte Paris, Flammarion, 1962.illes Marcotte publie des recensions dans L’actualité.On trouve dans Liberté des commentaires que lui inspire l’écoute de la musique.Nul ne se fera prier pour affirmer qu’il est l’un de nos meilleurs critiques, oublie parfois qu’il a aussi écrit des romans.L’une raisons d’être de cette chronique est de fùreter dans sé.Je ne m’en prive pas, me livre sans parti pris à la ¦rche paresseuse de lectures stimulantes.Ma dé-he est celle d’un lecteur, non celle d’un critique.Je ne tenterai pas de le dissimuler, ce Poids de Dieu fl'est pas un roman que j’ai lu sans difficultés.Il y est flqestion du destin d’un jeune prêtre.Claude Savoie, virai re dans une petite ville.de province, accepte mal l’au-fttgftarisme de son curé.A l’occasion d’une menace de |fn?Ve qui pèse sur l’usine locale, les ouvriers suivront poartant l’avis de ce dernier et se soumettront.L’abbé sortira humilité de l’aventure.Les idées qu’il a sur le problème ouvrier ne lui ont servi à rien.Son curé l’a vaincu, qui disait: «Il ne faut pas que le syndicat devienne un alibi à la paresse et à la négligence des ouvriers.Ta fonction, à toi, sera d’abord de leur inculquer de la morale, le sens du devoir, le respect du travail.Le patron des ouvriers est Saint Joseph.Ce n’était pas un révolutionnaire, Saint Joseph».Claude Savoie n’est pas de ceux qui luttent bien longtemps.Pétri de doutes, il rentre dans le rang.On n’a aucune peine à croire aux implications sociales d’abandons de cette nature.Les ouvriers ont eu peur de leur curé parce qu’ils ont reconnu en lui une force aussi fruste que la leur.Il y a encore du séminariste dans le jeune abbé.On s’en est avisé aisément.Partant de là, on ne l'écoute pas.Le péril de l’arrêt de travail enfin écarté, l’abbé accepte de bénir les fiançailles de deux jeunes gens.Rien de plus normal, sauf qu’il appert que le fiancé s’est délesté d’une vocation sacerdotale pour s’intéresser à Marie, bientôt gravement malade.Tout autour on souhaite que le vicaire détourne l'amoureux de son projet.Seule la mort de la petite tuberculeuse calmera le désaveu général.Après une profonde crise intérieure, l’abbé se résout à accepter le poids de Dieu et à reprendre son ministère.Tu es sacer-dos-in aetemum.Il est prêtre pour l’éternité.est évident que les difficultés de lecture que j’évo-— > plus haut ont à voir avec l’inspiration religieuse du , Le Poids de Dieu est l’oeuvre d’un écrivain croyant N écrivain qui décrit de l’intérieur la crise de conscience çfe son héros.Le lecteur que je suis est bien plus pt*ôche du docteur Marien, personnage du roman, agnostique se réfugiant dans l’ironie, que de ce jeune vicaire parfois trop timoré.Au reste, l’abbé Savoie semble beaucoup plus convaincant quand il affronte son curé *qu« lorsqu’il se laisse glisser dans cette histoire de fiançailles un peu falote.Il n’empêche que je suis parvenu à passer outre à ces empêchements.1^ sûreté de l’écriture de l'auteur y est pour beaucoup.Une écriture sans brio, sans morceaux de bravoure, mais d’une belle fermeté.Je ne détesterais pas du tout lire un nouveau roman de Gilles Marcotte.Je l’imagine grave, non dénué d’humour toutefois, de ces livres dont on dit qu’ils sont des oeuvres de la maturité.1.3 littérature québécoise en possède un peu.Le Poids de Dieu est l’oeuvre d’un f écrivain croyant.* : Un écrivain qui décrit de l’intérieur la crise de conscience de son héros.Singulier Les Éditions du Singulier 30, place Giroux Laval.Que.H7N 3J2 L I V R p Entrevue avec Pierre Tisseyre Un demi-siècle d’édition québécoise De quelques ratages et de quelques bons coups • ¦ ."¦ ÊÉSl -iÉP ¦ ; v.•Y; Ÿ-Mfl .- «Neuf fois sur 10, dans les manuscrits que je reçois, c’est la forme qui pèche le plus.» «11 y a de l’imagination, le fond est valable, mais beaucoup de problèmes de forme.» «Les expériences amoureuses remplissent la majorité des manuscrits.Plusieurs vont trop loin, à mon avis, cela devient de la pornographie.» i Guy Laflèche POLÉMIQUES 320 p.- 24 S (cheque, Visa, M/C) • • «Boulets rouges» L'ACTUALITÉ «Iconoclastic» Robert Saletti LE DEVOIR • «Métier: polémiste» Michel Gaulin ETTRES QUÉBÉCOISES «Un petit bijou» Réginal Martel LA PRESSE • «Du sang» Robert Major VOIX ET IMAGES Nuit blanche éditeur présente QUATRE NOUVEAUX TITRES Fêtes et spectacles du Québec.Région Saguenay-Lac-Saint-Jean par Rémi Tourangeau.Une contribution majeure à l'histoire culturelle du Québec Incluant le texte intégral de La fabuleuse histoire d'un royaume, de Ghislain Bouchard Les ailleurs imaginaires.Let rapports entre le fantastique et la science-fiction Sous la direction d'A.Boivin, M.Émond et M.Lord Un indispensable collectif sur ces deux "genres" littéraires Le romantisme au Canada Sous la direction de Maurice Lemire Le point sur un mouvement littéraire capital au XIXe siècle La littérature au cégep (1968-1978) par J.Melançon, C.Moisan, M.Roy et collaborateurs.À l'heure de la crise, une étude scientifique sur le phénomène de l'enseignement de la littérature daas les cégeps [Distribution : DIMEDIA] PAULE DES RIVIÈRES LE DEVOIR Pierre Tisseyre se rappelle très bien, et non sans regret, comment il a «raté» Marie-Claire Blais.«Elle m’avait envoyé un manuscrit qui n’était pas bon.Je l’ai refusé.Elle l’a ensuite soumis à Jacques Hébert qui a réagi différemment, se disant que le suivant serait meilleur.Le suivant, c’était Une saison dans la vie d’Emmanuel.» L’éditeur, qui fut le premier à publier des romanciers québécois, à une époque où le clergé veillait religieusement au grain, a aussi raté Réjean Ducharme.Mai dans ce cas, il n’a aucun reproche à se faire car «il m’avait envoyé un manuscrit (L’Océanthume) très mal tapé avec des ratures, des mots coupés n’importe comment, bref illisible.C’est ce que je lui ai dit mais il a pris mes com-mejntaires pour un rejet, malheureusement».A 84 ans, l’oeil vif et la mémoire alerte, Pierre Tisseyre vient de publier L'art d'écrire, un recueil de conseils aux jeunes désireux de se lancer dans l’écriture.M.Tisseyre y insiste entre autres sur l’importance de la technique.«Neuf fois sur 10, dans les manuscrits que je reçois, c’est la forme qui pèche le plus.D y a de l’imagination, le fond est valable, mais beaucoup de problèmes de forme».Et ils parlent de quoi, les manuscrits que les auteurs envoient aux éditeurs, par les temps qui courent?«Les expériences amoureuses remplissent la majorité des manuscrits.Plusieurs vont trop loin, à mon avis, cela devient de la pornographie.» Toujours, les manuscrits, même si leur vague de fond ne remonte pas nécessairement à la surface, traduisent leur époque.Dans les années cinquante, Pierre Tisseyre recevait surtout des histoires de révoltes contre l’autorité.Tisseyre lui-même a eu, de nombreux démêlés avec le clergé.La publication de Evadé de la nuit d’André Lange-vin, en 1952, lui valut des invectives de la part du clergé à Sherbrooke, en chaire par dessus le marché.«J’ai failli me faire excommunier», se rappelle-t-il, au cours d’un entretien cette semaine, dans les nouveaux bureaux des éditions Pierre Tisseyre à Ville Saint-Laurent La maison se consacre aujourd’hui principalement à la littérature jeunesse et, par le biais des Editions du renouveau pédagogique, au manuel scolaire.Dans le contexte quelque peu étouffant de l’époque, la réaction de Pierre Tisseyre à un manuscrit d’Hubert Aquin ne fut pas surprenante.En 1963, le grand écrivain québécois lui remit un petit roman, «une histoire de ja-lo’ .sie féroce», vue par l’amant, jaloux du mari, qui voulait tout savoir des relations entre sa maîtresse et son mari.«C’était remarquable.Cela faisait penser à Proust Mais nullement publiable.Sinon j’aurais été accusé de publier de la pornographie», explique Tisseyre.Aquin comprit et revint le voir deux ans plus tard avec Prochain Episode.Quelques années auparavant, Tisseyre avait été sommé de rencontrer «Monseigneur Léger de Montréal», qui lui offrit rien de moins qu’un censeur personnel attitré.L’éditeur refusa et le censeur fut refoulé à l’imprimerie Saint-Joseph, qui publiait les ouvrages de Tisseyre.«Dans ma vie, je ne me suis retrouvé devant quelqu’un qui pouvait me casser qu’à deux reprises: pendant la Seconde Guerre, devant la Gestapo.Et devant Monseigneur Léger à ce moment-là».La route qui a mené Pierre Tisseyre à l’édition québécoise est inusitée.Fils d’un homme spécialisé dans le droit d’auteur, en France, Pierre Tisseyre compléta des études en droit, avec un intérêt particulier pour les auteurs.En 1931, il entre à la Paramount (il rédige d’ailleurs en partie le contrat de Marlene Dietrich sur le point de s’envoler vers Hollywood).Quatre ans plus tard, il quitte tout pour effectuer un raid transafricain en automobile, afin de tracer une nouvelle route d’Alger, au Cap.Il parcourt la distance Paris-Le Cap en 89 jours.A son retour l’Alliance française l’invite à effectuer une tournée de conférences aux Etats-Unis.La guerre éclate au moment où notre jeune homme était sur le point de s'établir comme correspondant à l’étranger.Il rentre en France et part au Front.Après 55 heures dans les tranchées, il est fait prisonnier pour cinq ans.Il écrit un roman, 55 heures de guerre, que Flammarion publie et qui reçoit le Prix Cazes en 1943.Libéré en 1934, il retourne à New York pour constater que sa jeune épouse américaine s’est remariée.Il démémage à Montréal - où il rencontrera Michelle, sa seconde épouse - et lance l’édition canadienne de deux publications.Monde français et Carrefour.Les deux initiatives s’avèrent peu populaires.Il est par la suite amené à prendre la direction du Cercle du Livre de France au Canada, une entreprise mise sur pied aux Etats-Unis afin d’approvisionner en lecture les nombreux Français qui ne reçoivent plus leurs livres de France.Consacré initialement à l’impression de livres français, Le Cercle du Livre adopte une nouvelle voie avec M.Tisseyre qui se met à publier des auteurs d’ici.C’est ainsi que sont publiées les caricatures de Robert Lapalme.Suivirent les premiers romans québécois.Entre 1949 et 1959, Pierre Tisseyre publie à lui seul 27% des romans québécois.«Le roman, c’est ce qui fait démarrer une jeune littérature», dit celui qui est, encore et éternellement, à la recherche du manuscrit cachant un grand auteur.Cet été laissez-vous séduire par la voix d’un livre cassette.LITTERATURE G EORGES S IMENON MAIGRET A VICHY En vente chez votre libraire Comptoir de diffusion du livre 3 cassettes, durée 4h 39,95 $ Téléphone : 683-4102 Entre 1949 et 1959, Tisseyre publie à lui seul 27% des romans québécois.Tisseyre lui-même a eu de nombreux démêlés avec le clergé.Après 55 heures dans les tranchées, il est fait prisonnier pour 5 ans.) I.K I) K VOIR I K S S A M K T 1) 1 M ANCHE 1 3 .1 l! I N I 9 9 3 I) V R l S Entrevue avec Philippe Djian Philippe Djian se défend contre les attaques de la critique qui l’assaille de toutes parts.PHOTO JACQUES SASSIER Un écrivain en colère L’auteur le plus controversé des lettres françaises vide son sac RÉMY CHAREST Bordeaux — Ce printemps, en France, on entendait beaucoup parler de deux produits bordelais: le millésime 1992, un désastre, semble-t-il, et Philippe Djian, objet d’une énorme controverse suite à son entrée dans la collection Blanche de Gallimard.Remarquez, à Bordeaux même, c’est surtout le vin qui préoccupait les gens.Mais à Paris, on ne parlait que de Philippe Djian, importation toute récente dans la région.«Rien à dire sur la ville, nous n’y sommes que depuis six mois», tranche-t-il.Juste le temps pour l’auteur et sa femme de trouver un superbe logis réfugié derrière les quais.Car voyez-vous, derrière l’image de bourlingueur dur de dur, porteur de santiags et de boucle d’oreille, créée par des médias qui ne l’ont pas beaucoup vu au fil des ans, il y a un bonhomme sympathique, qui vit avec la même femme depuis vingt ans, qui aime les arrière-cours tranquilles, un père de famille qui me prévient que nous avons jusqu’à trois heures, car il doit aller chercher sa fille à l’école.D’ailleurs il ne porte pas de boucle d’oreille.C’est à Bordeaux tout de même que Djian a terminé son dernier roman,Sotos, commencé l’année précédente à Florence.Un roman touffu, une histoire de famille et de corrida qui surprendra ceux qui chercheraient un autre 37.2\ Favorablement reçu par le Nouvel Obs, par Libé, objet d’un traitement équilibré par l'Événement du Jeudi (une critique pour, une contre, et une entrevue), Sotos fut toutefois attaqué férocement par tout un pan de la critique parisienne.«Tempête dans un verre d’eau, décrète l'auteur.Ça ne met en jeu qu’une dizaine de Parisiens, dans trois ou quatre cafés du sixième arrondissement.Mais à l’échelle du milieu littéraire, ce fut l’horreur, du jamais vu.Une marée déferlante de hargne et de haine.» «On s’attendait, chez Gallimard, à ce que mon arrivée fasse quelques histoires, mais jamais à ce point.Les remous furent si forts, en fait, que je me suis retrouvé numéro un dans les ventes pour la première fois de ma carrière.Je n’aurais jamais pu rêver meilleure publicité que ces critiques déchaînés.Ils en ont vraiment h op fait.”Ju-gez plutôt: ‘De la merde dans un bas de soie’, selon Rinaldi, de l’Express, ‘Sulitzer des bourlingueurs’ ou ‘pervers polymorphe’, selon d’autres.«Tant que vous êtes chez un petit éditeur, pas trop bruyant, ça va», poursuit un Djian, plus fâché qu’il ne le laisse paraître.Tant que les enfants jouent dans le jardin et qu’ils ne viennent pas vous emmerder au salon, ça va.Mais la collection Blanche, c’est le temple de la littérature française.Quand j’y suis entré, plein de gens se sont aperçus, tout à coup, que j’écrivais.» «Moi, je n’allais pas porter ma gerbe sur l’autel: A la suite d’ennuis avec mon ancien éditeur, je m’en suis cherché un nouveau.Comme je connaissais déjà un peu Antoine Gallimard, ça s’est fait comme ça.J’ai mes lecteurs.Ixj fait de publier dans la Blanche ne va pas changer grand chose pour eux.Comme la plupart des gens qui m’ont attaqué publient chez Grasset, alors en plus, il y une petite guerre de maisons là-dessous.» La guerre, yes sir.«J’écris le livre que j’ai envie de lire.C’est tout,» déclare bien haut Djian, en faisant mine de ne pas trop s’en faire.Mais pour qu’un auteur qui évite traditionnellement le jeu des médias décide de se lancer à fond de train dans l’arène, il fallait bien que la révolte gronde.Djian réplique par la bouche de ses canons.’Au moment du Salon du livre de Paris, on s’est demandé pourquoi la littérature française ne s’exportait plus.Mais croyez-vous vraiment que les Anglais, les Américains, les Espagnols soient intéressés par ce qui se passe dans le petit nombril parisien?Di critique qui m’a attaqué ne défend que ses amis, son style d’écriture, ses trucs: comme dans le film Deliverance, ils sont une bande de tarés ensemble.«Prenez un exemple, la littérature canadienne: j’aime beaucoup ce que vous faites avec la langue, votre manière de jouer avec les mots, tout ça.Et à Paris, on aime bien aussi, comme on aime les Créoles, pour l’exotisme.Mais essayez d’être aussi ludique en France, on vous dit que vous écrivez mal.“On m'a reproché d’utiliser «il éclosit», parce que c’est un verbe défectif.Mais même Littré trouve dommage qu’on ait renoncé à une si belle forme, alors je l’ai pris.Mieux encore, on s’est moqué de me voir écrire: “malgré que j'avais”, à l’instar de Claudel, Gide, Mauriac.Les critiques prétendaient que cette forme ancienne traduisait chez eux une maîtrise de la grammaire, et chez moi, évidemment, le fait d’écrire comme un pied! «Parions que le travail de Djian pour son bon ami Stéphan Ficher — huit chansons sur le nouvel al-bumCarcassonne lancé la semaine prochaine à Montréal — sera moins controversé.Mais ça, c’est une autre histoire.De toute façon, il est trois heures quinze: Philippe Djian doit aller chercher sa fille.| sur P .dececo«Po0 nation üc * de réduction sur un livre j de votre choix g LIBRAIRIE PAPETERIE w ;le Parchemin y; à partir du prix régulier (sur livres en inventaire seulement) sauf ceux marqués d'un x Mezzanine Métro Berri-UQUAM • tel.: 345-5243 Offre valable jusqu'au 30 juin 1993 NORMAND CAZjEL MS NORMAND CAZELAIS ETRANGERS D’ICI ET D’AILLEURS.UN TOURISME À VISAGE HUMAIN Lisez.Vous tomberez sous le charme.815, rue Ontario Est, bureau 201, Montréal (Québec) H2L IPI M Un roman de l’Inde Le récit d'un pays dans un grand poème classique LE GRAND ROHAN INDIEN par Shashi Tharoor Traduit de l’anglais ,par Christiane Besse Editions du Seuil, Paris NAÏM KATTAN Né à Londres en 1956, Shashi Tharoor a passé sa jeunesse en Inde et a fait ses études à Delhi et ensuite aux États-Unis.Pendant nombre d’années, il a vécu dans plusieurs pays, travaillant, dans le cadre des Nations Unies, pour le Haut Commissariat aux Réfugiés.Il est l’auteur de nouvelles, d’un roman Show Business et d’un ouvrage sur la politique extérieure de l’Inde.Si Tharoor a intitulé cet ouvrage Le Grand roman indien, ce n’est ni par manque de modestie ni par ironie ou dérision.Il a, tout simplement, cherché à rendre hommage à sa source d’inspiration: l’ancien poème épique du Mahabharata et en sanscrit Maha veut dire «grand» et Bharata «Inde».Se donnant pour modèle le grand poème classique et en en épousant les noms propres et les péripéties, Tharoor fait le récit de l’histoire récente de l’Inde.Ceux qui sont versés dans les écrits traditionnels de ce pays, considéraient cette entreprise comme un tour de force.Les autres y verront une tentative ambitieuse et soutenue d’inscrire les événements qui ont bouleversé l’Inde au cours du dernier demi-siècle, dans une grande tradition, dans une légende qui est en passe de devenir un mythe.Tharoor commence par évoquer les dernières années d’un colonialisme britannique obtus et aveugle qui sera vite dépassé par les événements.Il retrace la montée du nationalisme indien, les débuts de la nonviolence et dresse un portrait saisissant de Gandhi.Il emprunte les noms antiques de son modèle pour couvrir ceux de Jinnah, de Nehru, de Lord Mountbatten, d’Indira Gandhi.On peut céder à l’agacement si on lit ce livre comme un roman à clefs.Ainsi Mahaguru Gangaji est Gandhi, Priya Duryodhani est Indira Gandhi et Dhritarashatra, Nehru.On se rend vite compte, cependant, que l’auteur, en plaçant les figures de l’Inde contemporaine dans un cadre antique voulait dire que les personnages, y compris les plus considérables comme Gandhi, passent.Seule l’Inde est étemelle.11 en résulte un mélange de contes légendaires qui frisent parfois le fantastique et un récit historique rigoureux fut-il coloré.Tharoor ne fait pas mystère de son immense admiration pour Gandhi.I.a fiction lui donne la liberté de décrire le personnage dans toute sa dimension, y compris ses contradictions.Le romancier admire Nehru, certes, et rend compte de son rôle historique.Par contre, la partition de l’Inde lui apparaît comme une absurdité perpétrée par une puissance coloniale qui avait délibérément décidé de partir en laissant s’installer le désordre et la confusion.Les tractations entre Jinnah, le futur chef du Pakistan et le parti indien du Congrès donnent du jeu politique une image de petitesse et de mépris des principes.L’auteur introduit souvent dans son récit des anecdotes savoureuses; quand le jeu des hommes intervient dans le déroulement du destin, il donne à l’histoire une dimension de dérision.S’il n’avait voulu écrire qu’un roman historique, l’entreprise de Tharoor aurait été louable, voire réussie.Mais ce n’était point là son dessein.Pour lui, l’Inde n’est éternelle que dans la mesure où elle vit l’Histoire.Quand ses dirigeants ne sont pas à la hauteur de la légende, ils tombent très bas manquant manifestement non seulement de sagesse mais de simple bon sens.Ce roman est le constat qu’enregistre un homme déçu et triste.Si sa révolte est contenue c’est que toute action lui semble piégée.Reste l’écriture qui est à la fois la source et la continuité: Au lieu du désespoir, Tharoor choisit la lucidité: «La force de l’esprit indien, c’est de savoir que certains problèmes ne peuvent être résolus, et il apprend à s’en accommoder le mieux possible.C’est la réponse indienne à la difficulté insurmontable.On ne se bat pas contre ce qui doit vous vaincre à coup sûr, mais on trouve le meilleur moyen de vivre avec».Ni rêve, ni résignation.Continuer.Un débat public au-delà de l’actualité Un livre pour comprendre le phénomène Drewermann: LE CAS DREWERMANN Les documents On retrouve dans ce livre non seulement une introduction à l’ensemble de son œuvre, une biographie détaillée mais aussi les discussions et les prises de positions officielles.Vol.de 304 pages — 33,55S Le cas Drewermann.Les documents.Pour aller plus loin: L’ÉVANGILE DE MARC Images de la Rédemption Vol.I — Introduction Le meilleur de la pensée de Drewermann: la prise en compte de la souffrance humaine et la promesse du salut qui saisit l’homme jusqu’au plus profond de son existence.Vol.de 128 p.-20,15$ NEIGEBLANCHE ET ROSEROUGE Une lecture psychanalytique d’un conte de Grimm.Vol.de 104 p.-15,85$ Distribution FIDES Le Grand roman indien est celui de la continuité, de la vie préservée.Ce livre n’est ni un appel à l’action qui se réduirait en gestes théâtraux, ni exotisme frelaté et facile.C’est l’image rigoureuse et sévère d’un pays, d’un peuple qui accepte, fût-ce dans l’adversité, de vivre son destin.1 iU 1 V- -> L’Inde: Ni rêve, ni résignation.Continuer.\$l5 lum WUCHEU TREMBLAV LE PREMIER QUARTER DE CA CUNE Bp ! J de Michel Tremblay ssfflssr ttSSSSS* a 5 CŒUR DÉCOUVERT assass*» de Jacques Poulin m'wuxk»» d'Anne Hébert HH Lt torrent de Suzanne Jacob IA SURVIE d'André Maior 7* L'HIVER PM au cœur de Marie-Cla-re B'®'5 LJ lexilé C/3 ÎsvÏvageurs HH SACRÉS^^^^^^ O U d'Yves TbèriauR -H «K1»»** Mseul de Jacques Ferron 'CONTES La bibliothèque d’hier el de demain Cette publicité a ôté réalisée avec l aide du ministère des Affaires culturelles du Québec. !• I- I* I- V
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