Le devoir, 21 mars 1996, Cahier A
?F « N I) E EN 1 9 I 0 ?CSîï ji V .VI— ( ! WW VyV "18& LE DEVOIR Vol.I.X XXVII - N o (î K .VX Serge Truffant I’ E RSPECTIVES L’économie assujettie à la finance Les entreprises licencient au moment où elles encaissent des bénéfices records.Les spéculateurs exigent de plus en plus de rendement.Les gouvernements ont une peur bleue de la décote.Bref, la finance a assujetti l’économie industrielle.Bell Canada ne fait pas dans le détail, lin 1996, cette compagnie va confectionner d’autres charrettes de licenciement.Elle prévoit supprimer 6000 postes d’ici la fin de l’année.Entre 1995 et 1997, ce sont 10 000 emplois que cette entreprise aura envoyés à la trappe.Parallèlement à la saignée effectuée dans sa force de travail, Bell Canada aura été suffisamment astucieuse pour trouver le moyen de verser à ses actionnaires des sommes beaucoup plus importantes que les bénéfices nets réalisés lors des trois années en question.Ainsi, cette semaine, Bell a confié que son revenu net pour cette année atteindra 712 millions de dollars et qu’elle entendait verser 890 millions aux détenteurs d’actions.On se souviendra qu’en 1995, exercice au cours duquel Bell a licencié à tour de bras, les actionnaires s’étaient partagé près de 900 millions en dividendes.Bref, la haute direction de Bell a fait — et fera — aussi fort que la haute direction d’AT&T qui, récemment, faisait la une de Newsweek.Le titre?«Corporate Killers» («Les tueurs corporatifs»).Dans cette vague de mises à pied qui se poursuit au moment où l’on se penche sur l’avenir socioéconomique du Québec, Bell ne fait pas cavalier seul.La Banque Royale, le CN, le CP, Air Canada, La Baie, Zellers, Dylex, bref tout le secteur du détail, toutes ces compagnies, à l’instar de Bell, n’ont pas fait dans la dentelle.Ajoutez les gouvernements et vous obtenez le niveau de confiance le plus bas de la part des consommateurs.D est bien bas, le niveau de confiance des consommateurs, et pourtant l’économie tourne.Elle avance.A petits pas, il est vrai.Mais elle avance.Actuellement, il y a croissance économique.Mais cette croissance se distingue, ont constaté les historiens de l’économie, de toutes les croissances étudiées depuis la Deuxième Guerre mondiale par le phénomène suivant: pour la première fois, les consommateurs ne sont pas des acteurs agissants ou influents.Résumons: les entreprises engrangent des bénéfices records, mettent à la porte des milliers d’individus, distribuent des dividendes qui incidemment garnissent les coffres de bien des caisses de retraite de syndiqués, et les consommateurs ont la peur chevillée au corps.Quoi d’autre?Les gouvernements aussi ont peur.De quoi?D’une décote de crédit.Il en a été abondamment question lors du sommet socioéconomique.H y a un an à peine, un éditorialiste du New York Times avait ainsi résumé l’état actuel de la politique économique: avant, lorsque nous, c’est-à-dire les Américains, voulions imposer nos vues aux pays récalcitrants, on envoyait des bataillons armés.Ça coûtait très cher.Aujourd’hui, on obtient de meilleurs résultats en dépensant très peu.On se contente d’envoyer un petit jeune, au Mexique par exemple, et de commander une décote.Tout est là.Quoi donc?Tout ce qui précède révèle, traduit, symbolise la «financiarisation» de l’économie.Celle d’ici et d’ailleurs, partout ailleurs.Depuis une quinzaine d’années, «on assiste à un assujettissement de l’économie industrielle à l’économie financière», a souligné Gilles Gagné, professeur en sociologie à l’Université laval.Nous traversons une période où «le financier vampirise l’industriel», a renchéri Gilles Dos-taler, professeur d’économie à l’UQAM.L’exemple le plus récent, le plus frappant de cette monétarisation de l’économie, «c’est sans aucun doute la chute du Dow Jones, a souligné M.Dostaler, il y a une quinzaine de jours.On annonce une baisse du chômage.On annonce une bonne nouvelle.Et que se passe-fil?Les spéculateurs vendent des paquets d’actions».A l’inverse, qu’une entreprise annonce des licenciements massifs et nos spéculateurs se ment sur le titre.Le fondement idéologique de la culture économique aujourd’hui dominante a été fort bien résumé, selon Gilles Gagné, par cet axiome de Margaret 'ITiatcher: «Il va falloir que ça aille mal avant que ça aille mieux.» D’apçès M.Gagné, «c’est un discours qui vise à purger.A punir.Le drame, cjest qu’il y a eu une généralisation de ce discours».Economiquement, cela s’est traduit par la mise à jour de la déflation compétitive.Et comme l’histoire est désormais très peu enseignée, on ne sait pas — ou l’on feint d’avoir oublié — que cette domination du capital sur l’industriel, que cette obligation du rendement toujours plus élevé pour satisfaire les actionnaires, notamment les caisses de retraite des syndiqués, que tout cela donc distingua les années 20 et les années 30.«Il a fallu un économiste comme Keynes, a souligné M.Dostaler, pour qu’on comprenne enfin que le chômage n’est pas une fatalité.Le discours d’aujourd’hui fait bizarrement écho au discours économique qui avait cours en Angleterre au siècle dernier, à savoir: si les gens sont au chômage, c’est de leur faute.C’est parce qu’ils ont transgressé les lois naturelles de l’économie.» La solution?De plus en plus d’économistes, tant en Europe que de ce côté-ci de l’Atlantique, estiment qu’il faudrait imposer une taxe sur les mouvements de capitaux.En attendant, tout ce que l’on fait, «c’est poursuivre notre course vers la connerie», a conclu M.Gagné.Les consommateurs ont la peur chevillée au corps INDEX METEO Agenda.B7 —¦ Avis publics.B4 Classées.B6 .Culture.B8 Économie.B2 .Editorial.j\6 Le monde.B5 .*’5sfeX> Mots croisés.B4 ’ Les sports.B6 4 Montréal Neige se changeant en pluie.Max: 4 Québec- Neige.Accumulation totale de 10 à 15 cm.Max: 1 Détails en B4 M O N T 11 F.A I.I.K ,1 F U I) I 2 1 M A R S I » !>
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