Le devoir, 1 juin 1996, Cahier A
?FONDÉ EN 1 9 1 O ?¦ Vol.J.X X XVI - N o I 2 S M O N T li K A L.I.K S S A M E D I I LIVRES Les jardins de Paul-Louis Martin PAGE I) 1 LES ARTS Claude Chamberlan frappe encore PAGE B 1 ET DIMANCHE 2 .M l X I 0 fl II I (' A II I E H S - I .D 7 S T l‘ S T V Q ?LES ACTUALITÉS Herbe à poux: Cliche montre les dents PAGE A 6 ?•H' Kl.J f _1 L.L I FORMES L'UQAT, cette belle vitrine du savoir nordique PAGE l) H PERSPECTIVES La mémoire en miettes Au moment même où une coalition se forme pour pousser le gouvernement à faire une plus grande place à l’histoire à l’école, une étude publiée par le Reader’s Digest vient rappeler que les jeunes Québécois ont une connaissance de l’histoire semblable à un gruyère (voir texte en page A 6).Faut-il s’étonner qu’à l’ère de l’instantané, la mémoire historique soit en train de devenir une faculté oubliée?Qu’ont en commun Jojo Savard et les docteurs ès futurologie qui tentent de prédire l’avenir?Une même conception du temps.Que le médium soit un astrologue, un chiromancien ou un statisticien capable de prolonger les courbes décrivant l’évolution d’hier à aujourd’hui importe peu: dans tous les cas, on trouve une même prétention — voire une même fatuité — à dire le monde de demain, tel qu’il pourrait être extrapolé d’un présent réduit au statut de réalité objective.Cette lecture du futur, nourrie d’un extraordinaire rétrécissement des possibles historiques, connaît sa contrepartie dans la perception que l’on se fait du passé.Pendant que la mondialisation, le développement accéléré des technologies et la complexification de la vie sociale sont hissés au statut de traces d’un inéluctable demain, l’histoire dont on déplore tant la perte envahit les musées.Au Québec comme ailleurs en Occident, l’explosion muséolo-gique trahit une pétrification de la mémoire culturelle qui se développe concurremment à l’enfermement de l’avenir dans un sillon déjà tracé.Ainsi, depuis le début des années 70, le nombre d’institutions à caractère muséal au Québec a explosé, pour passer de moins de 100 à près de 400.L’ouverture imminente du Musée des arts et des traditions populaires du Québec, à Trois-Rivières, le Musée de la civilisation, à Québec, le Musée des civilisations, à Hull, et le Musée d’histoire et d’archéologie de Montréal (Poin-te-à-Callières) : autant d’éléments semblant pouvoir tailler en pièces le sentiment selon lequel la connaissance de l’histoire s’est perdue dans les poubelles.de l’histoire.Pourtant, les études témoignant d’une ignorance abyssale de l’histoire, ici comme ailleurs, sont nombreuses.Mais que 42 % des jeunes de 16-17 ans, comme le révèle le Reader’s Digest, ignorent en quelle année «Jacques Cartier a découvert le Canada» (sic) ne constitue peut-être pas un écart si marqué par rapport à la moyenne, tous âges confondus.De toute façon, la question n’est pas tant celle de la connaissance factuelle d’événements historiques que celle de la reconnaissance par chacun de son incontournable inscription dans une mémoire commune.L’histoire est avant tout affaire d’identité.Quand une société accepte d’assumer politiquement son destin plutôt que de le confier à une quelconque puissance religieuse, le sens qu’elle prêtait jusque-là à son évolution devient trouble.L’abîme séparant les diverses interprétations du monde présent sera alors comblé de manière tendancielle à travers une double projection dans le passé et le futur: la lecture approfondie du hier est indissociable d’un projet de construction du demain.Autre façon de dire que l’histoire s’est écrite dans le livre ouvert du progrès ou de ce qui en tenait lieu, et que c’est sur ses pages que l’identité — tant individuelle que collective — peut être lue.Certes, les musées qui poussent çà et là dans le paysage québécois sont souvent très intéressants.Mais on ne peut feindre d’ignorer qu’ils croissent dans les pores d’une perte de la mémoire vivante.L’histoire ne se trouve confinée dans les musées que parce que l’avenir lui-même est peu à peu bâillonné.Quand la mémoire historique vacille, un nouveau péril se profile ainsi: celui de voir disparaître la capacité collective d’imaginer un avenir non totalement contenu dans un présent que les spécialistes pourraient administrer.Ce phénomène, observable sur toute la planète, mine d’ailleurs de plus en plus le travail des médias, contaminés par l’idéal de «l’information en temps réel» imposé par des chaînes comme CNN.Les technologies de l’information et des communications, qui concourent à réduire le monde en un présent sans épaisseur historique, constituent ainsi, peut-être, le cheval de Troie pour le sentiment d’une existence marquée au sceau de la durée.Dans ce cadre sociopolitique, l’enseignement de l’histoire, s’il doit bien sûr être encouragé, ne constitue pas une panacée, même pour ceux qui croient qu’elle apporterait des appuis à la thèse souverainiste.Essentiellement ouverte, et donc éloignée de toute hagiographie, l'histoire permet néanmoins de renouer avec l’idée d’un futur à construire plutôt qu’à subir.Cela n’est pas rien, loin s’en faut.Se souvenir — comme dans «je me souviens» —, n’est-ce pas d’abord renoncer à toute fatalité?INDEX Agenda .D6 Les Arts.B1 Avis publics.C13 Classées.04 Économie.B1 Éditorial.Al 4 Le monde.Al2 Mots croisés.C15 Les sports.CI6 MÉTÉO Montréal Ensoleillé.Max: 27 Dimanche: ennuagemenL Max: 23.Québec Ensoleillé.Max: 25.Dimanche: passages nuageux.Max: 23.Détails en C 15 Jean Pichette ?:4-’- ! Harel soustrait en douce 84 millions à l’aide sociale 90 000familles voient leurs prestations réduites KONRAD Y A K A B IIS K1 DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Plus de 90 000 familles vivant de l’aide sociale auront moins pour se loger dès le 1er août alors que les prestations de 105 000 assistés sociaux inaptes au travail ne seront plus indexées en raison d’une nouvelle ronde de compressions au régime de la sécurité du revenu effectuée par le gouvernement Bouchard.En tout, ce sont 20 000 familles qui perdront la subvention visant à alléger le coût de leur loyer alors que 70 300 ménages — la majorité d’entre eux étant des familles monoparentales — toucheront entre 17 $ et 53 $ de moins par mois.Et le maximum de la subvention mensuelle tombera de 90 $ à 60 $.Après l’adoption de la loi 115 visant à récupérer 186 millions de dollars par la voie, notamment, d’une réduction des prestations aux assistés sociaux aptes au travail, voilà que le gouvernement Bouchard compte maintenant réaliser des économies additionnelles de 28,5 millions cette année et de 55,5 millions l’an prochain en diminuant l’allocation-logement et en mettant fin à l’indexation des prestations des «inaptes au travail».Les nouvelles compressions, qui font l’objet d'un projet de règlement publié discrètement dans la Gazette officielle du 29 mai, viendront sûrement alimenter la colère des milliers de femmes qui marqueront demain à Québec le premier anniversaire de la Marche des femmes.Le gouvernement Bouchard vient en effet de faire fi de l’une de leurs revendications, soit la fin des compressions à l’aide sociale.VOIR PAGE A 16: HAREL PHOTO JACQUES GRENIER & ¦ : S-Sîii TT:-:' Françoise David, présidente de la Fédération des femmes du Québec, a reproché hier à Québec de retarder l’étude du projet de loi sur l'équité salariale.Rien de plus faux, lui a fait observer Lucien Bouchard, affirmant que son gouvernement avait au contraire respecté son échéancier à ce chapitre.Touche pas à mon vote ! PHOTO JACQUES NADEAU SËËIIÉ Il y a un an, «Du pain et des roses» Les femmes n’ont pas fini de marcher Grand rassemblement ce week-end à Québec CAROLINE MONTPET1T LE DEVOIR Françoise David n’a pas fini de marcher, ni d’ailleurs de s’exprimer en public pour l’éradication de la pauvreté.Aujourd’hui et demain, la présidente de la Fédération des femmes du Québec sera dans la Vieille Capitale avec environ 1500 autres femmes pour encercler le parlement de Québec et remettre à l’ordre du jour du gouvernement trois préoccupations majeures: une hausse du salaire minimum à 7,60 $, l’adoption finale d’une loi sur l’équité salariale avec amendements concernant les petites et moyennes entreprises, et le retrait des compressions dans les programmes d’aide sociale.Un an après la marche «Du pain et des roses», la Coalition nationale des femmes contre la pauvreté a en effet encore énormément de chemin à faire avant d’arriver à ses fins.Dans un bilan qui sera présenté aux partici- VOIR PAGE A 16: FEMMES B lire aussi en page Idées (A 7) le texte de Diane Lemieux, présidente du Conseil du statut de la femme.Étiquetage des produits casher Ottawa s’en prend aux juifs -ü- IMPORTANTE manifestation organisée par Alliance Québec hier midi devant les bureaux montréalais du premier ministre Lucien Bouchard, où se sont réunies environ 2000 personnes pour réclamer la tenue d’une enquête publique sur les irrégularités survenues lors du vote référendaire du 30 octobre dernier et exiger la tête du Directeur général des élections, Pierre-F.Côté.Les Québécois, a soutenu le président d’Alliance Québec, Michael Hamelin, ont perdu confiance dans l’intégrité du système électoral.Nos informations en page A 9.Des poursuites sont intentées pour violation de la loi sur le bilinguisme LITTÉRATURE PIERRE O’NEILL LE DEVOIR Comme un pompier accourant sur les lieux d’un incendie La parution du roman Le Ventre en tête de Marie Auger secoue le petit monde tranquille des lettres québécoises PIERRE CAYOUETTE LE DEVOIR Tandis que la France cherche toujours à démasquer Chimo, l’auteur mystérieux de Ula dit ça, voilà maintenant que le Québec littéraire n’est plus tout à fait en reste et s’offre à son tour une petite bombe.La parution, chez XYZ, du roman Le Ventre en tête de Marie Auger secoue en effet le monde tranquille des lettres québécoises.Son roman étonne, éblouit ou choque.Chose certaine, il pique la curiosité, ce qui, par les temps difficiles qui courent, relève déjà de l’exploit Toute cette histoire débute par une habile astuce.Le coupable se cache en effet sous un nom de plume.Il a pour nom Mario Girard, alias Mario G., alias.Marie Auger! Il est la plus récente prise de l’éditeur André Vanasse, celui-là même qui a découvert Mistral, Flora Balzano, Sergio Kokis et Louis Hamelin.Ça crève l’œil dès les premières pages.Le jeune Girard, 31 ans, a bouffé du Ducharme à outrance, s’est gavé de Prévert et a tout bu Emile Ajar.Ce qui saute aux yeux, aussi, c’est que VOIR PAGE A 16: INCENDIE Mario G., alias Marie Auger.Il n’y a pas que l’Office de la langue française qui a dû intervenir auprès de la communauté juive pour que l’étiquetage des produits casher soit conforme aux lois linguistiques.Ottawa est allé beaucoup plus loin en portant la cause devant les tribunaux.Lorsqu’en avril dernier une fonctionnaire de l’OLF a prévenu les grandes chaînes d’alimentation de l’ouest de Montréal que les produits casher étiquetés uniquement en anglais contrevenaient à la loi 101, les leaders de la communauté juive de Montréal ont crié au harcèlement L’affaire a alors provoqué un débat public, qui a notamment permis d’apprendre que cela faisait 18 ans que les distributeurs de produits casher refusaient de se plier aux dispositions de la loi 101 et ignoraient les rappels à l’ordre de l’Office de la langue française.A l’Assemblée nationale, l’opposition libérale y a vu des relents d’antisémitisme.Il y avait belle lurette qu’Ottawa, sans le crier sur les toits, avait lui, perdu patience et y était allé d’une intervention musclée.Dès novembre 1992, le ministère fédéral de la Justice avait amorcé des procédures judiciaires contre les Hahamovitch Kosher Imports Inc.de Montréal.Le procès n’est pas terminé; il se poursuit en Cour VOIR PAGE A 16: JUIFS LE MONDE La victoire de Netanyahu est confirmée PAGEA 13 I • .i l\ %• ¦ ' s, iiSI '4' v-V;-; W| ** », o»| >i«mh
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