Le devoir, 6 août 1994, Cahier C
[" I, K I) K V 0 I l< .I.K S S A M K I» I II K T I» I M A N (' Il K A 0 U T I H il I le Devoir Cinéma Page C3 Vitrine du disque Page C5 Livres Page C6 Agenda culturel Page C8 Arts visuels Page C9 Formes Page CIO ?Les sixièmes FrancoFolies de Montréal Cajun de l\u2019an 2000 Zachary Richard nous revient, frétillant comme une écrevisse dans Veau bouillante SYLVAIN CORMIER La pluie avait été torrentielle, depuis Memphis jusqu\u2019à Baton Rouge, tout au long de la route du blues, la 61.C\u2019était comme un violent orage d\u2019été qui dure dix minutes chez nous, mais en version Gone With The Wind de she heures.Après Baton Rouge, on avait pris le Highway 10, vers Lafayette, capitale du pays cajun.Il ne pleuvait presque plus, et pourtant, les essuie-glaces suffisaient de moins en moins à la tâche.On aurait dit qu\u2019il y avait une couche de gras sur le pare-brise.C\u2019était l\u2019humidité, me disais-je, conjuguée à l\u2019usure des essuie-glaces.Mon compagnon de voyage ouvrit sa fenêtre, puis étendit le bras à l\u2019extérieur de la Sunbird, pour célébrer la fin du déluge.S\u2019engouffra illico dans l\u2019auto une curieuse odeur.Mon ami renifla son bras: il puait l\u2019essence.Je m\u2019arrêtai au premier rest area venu.Toute l\u2019auto était enduite d\u2019un film poisseux, comme si elle avait été plongée dans un baril de sans plomb suprême.Si j\u2019avais frotté une allumette, j\u2019en étais certain, le ciel tout entier se serait embrasé.C\u2019était les émanations des raffineries de pétrole qui avaient voyagé avec le vent et la pluie, et qui empestaient l\u2019atmosphère.C\u2019était donc ça qu\u2019elle devenait, l\u2019invivable terre marécageuse où on avait fichu les Acadiens: la poubelle pétrochimique de l\u2019Amérique.Ma vision romantique des bayous, des two-steps grincés au violon la nuit durant dans les fais-dodo, en prenait pour son rhume.Sunset On Louisiane, la chanson de Zachary Richard, entendue un mois plus tôt (en décembre 1992) au Club Soda lors du mémorable show-retrouvailles du plus québécophile des Cajuns, me revint en tête: «My sister lost her baby premature / And my papa got the sickness that got no cure / But what they told us about it at the plant / We cannot be sure (.) It\u2019s sure the fish don\u2019t bite like they used to / When the industry come to town».Mes essuiesglaces étaient comme les poissons: ils ne pouvaient rien contre les hallebardes empoisonnées.Je relate l\u2019anecdote à Zachary Richard, de Montréal-Nord à Scott, Ixniisiane, d\u2019un bout à l\u2019autre du fil qui chante.Et je lui avoue combien j\u2019avais mesuré la justesse de sa chanson, surtout au troisième lavage de la Pontiac, qui avait exhalé ses relents de gazoil pendant des jours et des jours.Il n\u2019était pas surpris.«C\u2019est une tragédie qu\u2019on partage avec la planète.» Une chanson essentielle, à mon sens.Au sien également.«On m\u2019a demandé dernièrement quelle était la chanson la plus importante pour moi.Chaque chanson est importante dans le sens que c\u2019est une expérience créatrice, mais j\u2019avais pas à réfléchir, j\u2019avais deux chansons qui me sont venues en idée tout de suite, Réveil («Réveille le peuple acadien / Pour sauver le village», chantée par Zachary en 1975 au désormais légendaire rassemblement folklorique La veillée des veillées à l\u2019UQAM) et puis Sunset On Louisiane (une chanson de son dernier album sur le marché américain, Snake Bite Love).Elles sont plus importantes que Y entertainment value.«Généralement, les thèmes de mes chansons sont à peu près les mêmes que tout le monde: l\u2019amour, le chagrin, taratata.Cette année, les organisateurs ont insisté sur la capacité de communication de tous les participants.Misanthropes s\u2019abstenir.- ¦ i .¦ ¦ r-fry, g$|P§£i \u2022 ¦ ¦ 1^5wÆim m» PHOTO GUY L'HEUREUX MBS , \u2022 ¦ \u2022 &k Æ Le choix des artistes est varié.Beaucoup de jeunes, quelques exceptions à la règle, de purs inconnus et d\u2019autres plus expérimentés.Mémoire-Miroir ois moi qui est le peintre On se rend à Baie-Saint-Paul pour Vinépuisable beauté du paysage.On y reste pour faire ses leçons de création, voir l\u2019artiste à l\u2019œuvre, découvrir ses petites manies.Et on y revient toujours: à douze ans.le Symposium de la jeune peinture de Baie-Saint-Paul s\u2019inscrit à Pagenda de milliers de vacanciers férus d'art.MONA HAKIM Ala base du Symposium de la jeune peinture au Canada de Baie-Saint-Paul, il y a le couple artiste-public.C\u2019est sur cette dynamique d\u2019échange ou «d\u2019éducation active» \u2014 à laquelle la directrice de l\u2019événement Françoise Labbé tient mordicus \u2014 que le symposium a pris racine en 1982.Aujourd\u2019hui, la formule fait école.Derrière les œuvres se démènent un mois durant quinze artistes qui rêvent au but ultime: cette fameuse peinture grand-format qui devra cette année se cramponner au thème Mémoire-Miroir.Aux artistes du Québec, viennent se greffer comme à l\u2019accoutumée des créateurs de l\u2019extérieur, débarquant cette fois d\u2019Autriche, du Mexique, de Hollande et d\u2019Italie.Place à l\u2019hétérogénéité.Alors que l\u2019an dernier Écho fut imprégné d\u2019une saveur nettement latino, la cuvée 1994 manque de traits communs.Tout au plus peut-on déceler un bon pourcentage d\u2019artistes-peintres chevauchant aisément les techniques d\u2019impression.A lire leurs propositions initiales, leurs peintures ne devraient pas trop envahir le sol ni courtiser les autres disciplines, comme ce fut souvent le cas (à tort ou à raison) dans le passé.Sont donc au rendez-vous: les Québécois Marc-André Soucy, Gabriel Routhier, Bernard Paquet, Hanibal Srouji (d\u2019origine libanaise), Louis-Pierre Bougie, Isabelle Jal-bert, Michel Madore, Elaine Boily, Sylvain Beaulieu, Gilline Tran et Michael D.Sparks du Nouveau-Brunswick.De l\u2019extérieur, l\u2019Autrichien Alexander Netusil, la Mexicaine Ana Miriam Pelaez, l\u2019Italienne Barbara Villosio et la Hollandaise Iian Van Tuijl.Succédant à Horacio Sapere, René De-rouin est l\u2019artiste-vedette invité cet été.Derouin créera un projet inusité en photographie pour faire suite à son œuvre-clé Fleuve-Mémoire.Cette installation-synthèse est présentée actuellement dans la grande salle du Centre d\u2019exposition de Baie-Saint-Paul.Critères de sélection Le choix des artistes est varié.Beaucoup de jeunes \u2014 comme le veut la formule \u2014, quelques exceptions à la règle avec leur quarantaine bien sonnée, de purs inconnus et d\u2019autres plus expérimentés.Dans ce dernier cas, Louis-Pierre Bougie s\u2019est fait connaître par ses gravures, tandis que Bernard Paquet s\u2019est illustré comme peintre et critique d\u2019art.Quant à Michel Madore, il a quitté le Québec en 1977 pour s\u2019installer à Paris où sa carrière, dit-on, va bon train.En fait, s\u2019il répond aux critères de sélection et démontre un intérêt manifeste pour l\u2019aventure collective, rien n\u2019empêche l\u2019artiste d\u2019expérience de risquer sa chance au milieu de jeunes recrues.Idem pour les créateurs étrangers.Aux dires des organisateurs, l\u2019événement est de plus en plus populaire outre-frontière.Les candidatures venant de l\u2019extérieur se multiplient Cette année, on a insisté sur la capacité de communication des participants.Misanthropes s\u2019abstenir.L\u2019artiste doit forcément accepter le face-à-face avec le public.VOIR PAGE C2: BAIE-SAINT-PAUL VOIR PAGE C2: CAJUN LE NUMÉRO D\u2019AOÛT DE LIBERTE 205 PAGES 6,00$ LES MEILLEURS AUTEURS, LES MEILLEURS TEXTES La revue la plus lue au Québec QUOI QU\u2019EN DISENT CEUX QUI DISENT NE PAS LA LIRE C 2 1.K I) K V U I It .I.K S SAM K K T I) I M A N C II E 7 A II Û T I II III BAIE-SAINT-PAUL Un atelier à ciel ouvert SUITE DE LA PAGE Cl Le symposium n\u2019est pas un lieu d\u2019exposition proprement dit mais bien un atelier à ciel ouvert.L\u2019œuvre prenant un mois à mûrir, le visiteur s\u2019attend plutôt à observer son d\u2019élaboration, l\u2019envers de la médaille quoi.Pas facile pour l\u2019artiste de mettre à nu ses états d\u2019âme, de laisser épier ses moindres gestes, d\u2019exprimer de vive voix ce qu\u2019il préfère de toute évidence mettre en image.Or ce sont là les règles du jeu, fort prisées du public.Et dans ce rôle interactif, la plupart des participants, jusqu\u2019à présent, se sont relativement bien tirés d\u2019affaire.Une formule gagnante Pour les organisateurs, il s\u2019agit d\u2019une formule gagnante.Pas étonnant que l\u2019on s\u2019applique encore cette année à améliorer les activités d\u2019anima- tion: guides-animateurs sur place quotidiennement, documentation écrite, concerts classiques les dimanches, spectacles sur le site les vendredis, programmation vidéo de plus de 40 titres, et bien sûr la série de conférences échelonnée sur les cinq fins de semaine que dure le Symposium.Les sujets graviteront autour des thèmes Identité et Globalité, Ecosystèmes, Lieux de mémoire, Art et public.Au programme: une visite de l\u2019exposition Fleuve-Mémoire animé par son concepteur René Derouin (6 août), les conférences de Michel Saulnier (7 août), Nicole Paquin (13 août), Yvon Dubé (14 août), Belgica Rodriguez (20 août), Chantal Boulanger (21 août), Donald Goodes, dont le document vidéo Public impossible.public possible sera présenté ponctuellement sur le site (27 août), et Guy Durand (28 août).Les 28 août et 3 septembre, deux tables rondes seront animées respectivement par Nor- mand Biron (Le pouvoir des mots) et Robert Bernier (Art et public).Quant au thème Mémoire-Miroir, il confronte chaque artiste à son époque.Il rend visibles ses préoccupations, ses visions, ses propositions face à ce que l\u2019histoire lui a légué.Comme ce fut le cas avec Echo l\u2019an dernier, Mémoi-re-Miroire ouvre sur un champ d\u2019interprétation on ne peut plus vaste et fluide.Qualité ou défaut?L\u2019aventure exige à tout le moins de la part du créateur une bonne dose de concentration et d\u2019esprit de synthèse.Saura-t-il relever le défi?C\u2019est à suivre.SYMPOSIUM DE LA JEUNE PEINTURE AU CANADA Centre d\u2019art de Baie-Saint-Paul Du 5 août au 5 septembre 1994 FESTIVAL NATIONAL DE MUSIQUE CIBC Venez entendre les meilleurs musiciens classiques amateurs de tout le Canada.Soixante-quinze jeunes musiciens en compétition pendant deux jours : le 18 août de 9 h à 22 h et le 19 août de 9 h à 17 h Faculté de musique de l'Université de Montréal 200, avenue Vincent-d'lndy, Outremont Salles B421 (piano et musique de chambre), B484 (bois et cuivres) et B399 (voix et cordes).Entrée libre Les premiers prix des six catégories participeront en outre au Concert du Grand Prix le samedi 20 août à 19 h, Salle Claude-Champagne 220, avenue Vincent-d'lndy, Outremont.Des laissez-passer pour le concert sont disponibles dans tous les centres bancaires CIBC de la région de Montréal.Renseignements : 876-3473.c\u2014\u2014 LES THÉÂTRES EN ETE La SALLE ANDRÉ-MATHIEU CHERIE, LE CIEL T\u2019ATTEND! Tout nouveau! Michel Forget à Laval.Une comédie complètement folle, avec Sophie Faucher, Michel Forget, Markita Boies, Gisèle Dufour, Sylvie Potvin, Stéphan Cloutier et Jean Deschênes dans une mise en scène de Monique Duceppe.À l\u2019affiche tout l\u2019été, dès le 17 juin.Du mercredi au vendredi 20h30, samedi 19h et 22h.À 1km de l\u2019autoroute des Laurentides, sortie 8 St-Martin Est.Réservations: (514) 667-2040 Forfaits disponibles.Groupes: (514)527-3644.La grange des soeurs de marieville EL DORADO SNACK-BAR Imaginez une famille: le père, Guy Mignault, la mère, Suzanne Garceau et le fils, Christian Bégin.Aux prises avec un snack-bar en déclin.On va tout essayer pour «faire de l\u2019argent» dans le but de sortir ce petit snack-bar au marasme financier dans lequel il se trouve.Et, pendant ce temps-là, la clientèle: le commis-voyageur, les travailleurs des environs, le livreur du dépanneur d'à côté, la voisine d\u2019en haut viendront tour-à-tour.Aider?Supporter?Donner un coup de main?Ça aidera peut-être pas le snack-bar à passer au-travers.Mais ça va sûrement nous aider à passer une El Dorado de belle soirée!!! 1979, rue St-Césaire, Marieville.Sortie 37, autoroute des Cantons de l'Est.Rés: (514) 460-2161 Supplémentaires en septembre.Billets en vente dès maintenant.Pour réservation publicitaire, composez le 985-3322 HÉATRE PALACE DE GRANBY CUL-DE-SAC 5 comédiens, 15 personnages.Une histoire pleine de surprises, un cocktail explosif! Avec Pierrette Robitaille, Bernard Fortin, Chantal Lamarre, Jacques Girard et Luc Gouin dans une mise en scène de Gill Champagne.25 juin au 27 août, du mercredi au samedi 20h30.135 rue Principale (route 112 au centre-ville) autoroutelO, de Montréal sortie 68, de Sherbrooke sortie 74.Réservations: région de Granby (514) 375-2262 ou extérieur 1-800-387-2262.Forfaits disponibles.Groupes: (514) 527-3644 CAJUN «Pour moi, le 15 novembre 1976, c'était un peu le début de ma carrière.» \u2014 Zachary Richard SUITE DE LA PAGE Cl «Et aussi j\u2019ai cette série de chansons qui sont quand même très drôles sur la Louisiane, Crawfish, par exemple, mais je ne peux pas les comparer à Sunset On Louisiane ou à Réveil, qui vont beaucoup plus loin que le chanteur.Ça me fait une énorme satisfaction de penser que j\u2019ai quelques chansons comme celles-là, parce qu\u2019il y a des gens qui m\u2019ont dit qu\u2019elles les avaient influencés, qu\u2019elles leur avaient permis de réfléchir, de percevoir la société d\u2019une autre façon et éventuellement de travailler pour améliorer les problèmes.» Mais Zachary s\u2019empresse de relativiser.«Je ne me suis pas assis pour écrire une chanson sur l\u2019environnement.J\u2019étais inspiré par des gens que j\u2019ai connus et des choses que j\u2019ai vues, c\u2019est tout.» Il tient toujours à replacer les choses en perspective, le Cajun de l\u2019an 2000.C\u2019est l\u2019historien en lui qui veut ça (entré à l\u2019université pour devenir avocat selon le désir de ses parenfs, il a fini par étudier l\u2019histoire en Ecosse à la fin des années soixante, avant de devenir «hippie à pieds joints» et de commencer à jouer dans les clubs de folk à New York).Derrière le folklore, au-delà des lieux communs, il y a pour lui,des vérités qui sont bonnes à dire.A commencer par la vérité sur ses origines.Non, il n\u2019est pas tombé dans la marmite à gumbo étant petit.Non, il n\u2019a pas appris à jouer de l\u2019accordéon sur les genoux de ses grands-parents.Pas lui, ni personne d\u2019autre de sa génération en Louisiane.«Ceux qui prétendent que c\u2019était le cas font de la propagande.J\u2019ai été élevé d\u2019une façon typiquement américaine.C\u2019était en anglais que ça se passait.La musique que j\u2019entendais, c\u2019était le rock\u2019n\u2019roll et c\u2019était tout à fait normal.Je n\u2019ai jamais eu l\u2019impression d\u2019être à part.Ça me paraissait normal d\u2019aller à l\u2019école en anglais et d\u2019aller chez mes grands-parents la fin de semaine et de parler français.» «Ce qui s\u2019est passé, c\u2019est qu\u2019au moment où, à la fin des années soixante, moi je me suis intéressé à la musique acadienne, il y avait un désert de dix ans.Il n\u2019y avait pas de relève, il n\u2019y avait rien.Ceux qui pratiquaient la musique traditionnelle étaient de plus en plus isolés.Et ça prenait des espèces d\u2019allumés comme moi et certains de mes collègues pour s\u2019intéresser à eux et à leur mu- sique.C\u2019était un peu la révolution russe.C\u2019était: on n\u2019est pas des intellectuels.On voulait glorifier les paysans.» Lancé sur le sujet, Zachary est un puits sans fond.Les vieux, m\u2019explique-t-il, ne transmettaient plujs l\u2019héritage aux jeunes.C\u2019est une poignée de blancs-becs en quête d\u2019iqçn-tité qui l\u2019extirpaient des anciens çij-core vivants.«Je me suis acheté un accordéon diatonique, mais y avait personne pour me montrer comment faire.Il y avait un certain Félix Richard qu\u2019on disait qu\u2019il avait joué l\u2019accordéon dans le temps.Je suis allé chez lui.,C\u2019était un voyage pour nous deux.A la suite de ça, il s\u2019ést acheté un accordéon et il a recommencé une carrière qui était en attente depuis plus de trente ans.J\u2019ai recommencé à jouer les veilles chansons à ce moment-là, vers 1973, .encouragé par les Québécois, des expatriés qu\u2019on trouvait en Louisiçtpé parce qu\u2019ils enseignaient dans les écoles.Ils étaient mon seul public,y Le filière québécoise remonte jusque là.On connaît la suite.Zachary est invité au Carnaval de Québec en 1975.Suit La veillée des veillées, puis le premier album de son groupe, le Bayou des Mystères, première tentative d\u2019intégration du rock\u2019n\u2019roll de l\u2019enfance au cajun militant de l\u2019adulte.Rapidement, L\u2019arbre est dans ses feuilles le consacre gloire locale, puis Travailler, c\u2019est trop dur\\e confirme en France.Installé chez nous en 1976, il repart chez lui en 1981.Pourquoi?«On avait épuisé le marché, trop pressé le citron.On était rendu en 1980, et puis, curieusement, c\u2019était un peu le déclin du Parti québécois.Pour moi, le 15 novembre 1976, c\u2019était un peu le début de ma carrière.Peut-être que p\u2019est juste une coïncidence.» Pas.sûr.Voilà qu\u2019il offrira aux FrancoFolies de Montréal, en plus de participer à la Fête à.Félix Leclerc et à la Fête acadienne, étape montréalaise du Congrès mondial des Acadiens, son premier show en français depuis le référendum, après des années de carrière américaine bien enclenchée, en pleine campagne électorale.Une autre pure coïncidence.C\u2019est la bande à Parizeau qui doit se réjouir.ZACHARY RICHARD Au Spectrum dimanche 7 août, à 22h; dans le cadre des FrancoFolies de \u2022 Montréal.Le Festival International du Domaine Forget St-Irénée, Charlevoix Du 18 juin jusqu\u2019au 21 août 1994- 20h30 Samedi, 6 août if?1 Dimanche, 7 août à 16 hres Régis Pasquier, violon' ; Marie Fabi, plant) ' La Bande Baroque\u2019 En 1 (Église St-Louis, Ilc-aux-Coudres Mercredi, 10 août Vendredi, 12 août «î Samedi, 13 août I A 0 I T I) I M A N (' Il E I) E V (> I It I.E S arts visuels m 4.V\" 'n i>w* WJLài j Musée McCord RUE SHERBROOKE OUEST.MONTRÉAL \u2022 J98 71C0 Le tour du monde en 330 objets *>v>.RÉMY CHAKEST CORRESPONDANT À QUEBEC PHOTO WOLFGANG OBERLEITNER Camée de Plolémée, détail représentant un couple royal de la dynastie des Ptolémée, environ 278 avant notre ère.ser de bons moments à démêler le C41 du C48, à ne pas confondre avec le C43, trois objets similaires pour lesquels les textes d\u2019identification sont disposés d\u2019une manière qui n\u2019aide pas plus le visiteur à faire facilement l\u2019association.On ne nous demande pas la patience de l\u2019archéologue, mais il en faut tout de même une bonne dose.On fera plus facilement ce genre de travail avec le superbe catalogue de l\u2019exposition, arrivé il y a à peine deux semaines au Musée de la Civilisation pour cette exposition commencée en mai.Le Kunsthisto-risches Museum ayant insisté pour le faire imprimer en Allemagne, les délais se sont allongés considérablement, au grand dam des visiteurs des deux premiers mois.Une fois le livre arrivé, on se dit toutefois que le jeu en valait la chandelle.Compte tenu de l\u2019abondance des photographies couleur de toute première qualité, et de l\u2019ajout d\u2019explications détaillées sur les objets présentés, le prix du catalogue s\u2019avère exceptionnellement bas: 24,95 $.Une véritable aubaine pour tous ceux qui ont une fibre antique, aussi mince soit-elle.Pas de boom de fréquentation Malgré l\u2019événement quelle représente, l\u2019exposition Trésors des empereurs d\u2019Autriche n\u2019aura toutefois pas suscité d\u2019explosion de la fréquentation au Musée de la Civilisation, malgré une saison touristique exceptionnelle à Québec et un temps: tout à fait propice aux activités d\u2019intérieur.Pour la période du 20 juin au 24 juillet, 107 260 entrées ont été enregistrées, contre 106 760 en 1993, soit une augmentation quasi-inexistante de 500 entrées.La fréquentation du Musée ayant eu tendance à baisser petit à petit au1 cours des dernières saisons, bien' quelle demeure encore impressionnante, les résultats peuvent toutefois laisser supposer que les superbes antiquités vienno-romaines ont eu un effet positif.Du côté du Musée du Québec; après la saison tranquille \u2014 c\u2019est un.euphémisme \u2014 de l\u2019année dernière,\u2019 la fréquentation a repris du poil de la: bête pour Québec plein la vue et tout ce qui l\u2019entoure.Au milieu de l\u2019été, on a ajouté quelques points de pourcentage aux chiffres de 1993.Compte tenu des efforts effectués pour ranimer le contenu, requinquer le contenant et toucher un public élargi par la publicité \u2014 notamment en s\u2019associant au populaire réseau TQS.\u2014 on est toutefois plus ou moins satisfait des résultats.Bref, on apprend à la dure que l\u2019image d\u2019un musée et son pouvoir d\u2019attraction ne se refont pas en un jour.TRÉSORS DES EMPEREURS D\u2019AUTRICHE Au Musée de la Civilisation.Jusqu\u2019au 2octobre Avec ses Trésors des empereurs d\u2019Autriche, le Musée de la Civilisation remporte sans aucun doute la palme des expositions estivales de Québec et probablement du Québec.Gracieuseté du Kunsthistorisches Museum de Vienne, ce tour du inonde antique de l\u2019Athènes de Périclès à Byzance, en passant par l\u2019apogée de Rome, les migrations germaniques et même, la Vienne impériale, est carrément du jamais vu.Tous les objets présentés dans le cadre de l\u2019expositon sont des exemples de premier plan de leurs catégories, que ce soit le bronze, la céramique grecque, l\u2019orfèvrerie et surtout, les camées, qui font passer ceux que nos grand-mères affectionnaient pour des copies de chocolat Laura Secord.Et si on vous dit qu\u2019il y en a 330, ça donne une idée du nombre d\u2019heures qu\u2019on peut passer sur place en regardant le moindrement attentivement ce qui nous est offert.Simplement à regarder la statue d\u2019Isis, la toute petite Vénus détachant sa sandale, YEnfant à l\u2019oie, le Jeune homme de Magdalensberg, grandeur nature, ou les Camées des Ptolémée et des Habsbourg, on en a popr un bon moment à se pâmer.A tel point qu\u2019on ne protestera presque pas de voir se mêler, comme c\u2019est coutume au Musée de la Civilisation, quelques copies aux originaux: on a d\u2019ailleurs placé ces galva-nocopies de délicats objets d\u2019or, que le musée viennois n\u2019était pas prêt à voir traverser l\u2019Atlantique, en toute fin d\u2019exposition et même, dos au centre de la salle.Dans son ensemble, l\u2019exposition séduit d\u2019ailleurs par la qualité de l\u2019organisation spatiale et par l\u2019excellence des textes de l\u2019exposition, en bonne partie dus à l\u2019enthousiaste et communicateur expert Jacques Desautels, professeur de civilisation gréco-romaine à l\u2019Université Laval.Après une introduction portant sur les Habsbourg et le développement des collections impériales au fil de quatre siècles, on passe à l\u2019exploration de la connaissance du passé, telles qu\u2019on la concevait au moment de l\u2019ouverture du musée viennois, en 1891.Puis, c\u2019est le déferlement d\u2019objets rares et précieux, que le Musée de la Civilisation a présenté sous l\u2019angle sociohistorique plus que comme un cours d\u2019histoire de l\u2019art, tel que sa mission l\u2019exige.Ce qui n\u2019empêche pas les guides de souligner abondamment, au passage, les qualités esthétiques des œqvres.A l\u2019intérieur de ce cadre opératoire intelligent et informatif, qui comporte même sa part de devinettes, on note toutefois quelques agaçants défauts de présentation.Des défauts d\u2019éclairage cachent les détails de quelques pièces.Nombreuses sont les vitrines où il faut courir un peu loin pour aller identifier les objets présentés et lire les textes qui s\u2019y rattachent.De plus, les objets en question sont identifiés par de minuscules chiffres et lettres qui rendent souvent la lecture d\u2019un ensemble malaisée: on en vient à pas- PHOTO BILL JACOBSON Une photo de l\u2019exposition Dessins de la Glyptothèque, de Jim Dine.JIM DINE: DESSINS DE LA GLYPTOTHÈQUE Musée des beaux-arts de Montréal, Pavillon Benaiah Gibb, Jusqu\u2019au 11 septembre 1994 MARIE-MICHÈLE C R O N Il serait injuste que, coincée entre les superficielles peintures de la Joanne Corno des années vingt, miss Tamara de Lempicka et la magistrale rétrospective que consacre le Musée des beaux-arts de Montréal à l\u2019actif Roy Lichtenstein avec force opérations de charme (jusqu\u2019à plus soif parfois) l\u2019exposition Jim Dine: Dessins de la Glyptothèque passe sous silence.D\u2019abord, parce qu\u2019elle démontre l\u2019indiscutable technique graphique d\u2019un artiste lui-même rodé à diverses disciplines, que ce soit le happening dans la trajectoire de Kaprow, la musique ou la poésie.Mais aussi, parce que c\u2019est peut-être aussi l\u2019une des rares occasions de constater, pour mieux les reconstituer et les établir, les corréla-tions entre la pratique du dessin et l\u2019œuvre peinte et gravée dans lesquelles l\u2019artiste excelle et qui en résume, réciproquement, le génie.On regrettera ainsi le peu d\u2019explications (textes relayant les œuvres entre autres) fournies par le musée sur la place, excentrique, que Dine occupe au sein de la mouvance Pop à laquelle on l\u2019a maintes fois associé (la célèbre critique Luçy R.Uppard le rapproche du népsurréalisme européen entre autres) afin de mieux observer (dimension éducative qui est loin d\u2019être négligeable) les liens dialogiques qui auraient pu se tisser entre lui et, Lichtenstein, cette autre figure majeure et complexe de l\u2019art du XX' siècle.Car, disons-le d\u2019emblée, cette exposition organisée par le Madison Art Center (Wisconsin) et coordonnée à Montréal par Omise Déiy est magnifique.Force, émotion, romantisme même, se sont indissociablement ligués pour permettre au spec- Jim Dine, premier peintre qui exposa en 1962 des toiles «d\u2019objets ordinaires», marquera, un an après l\u2019exposition Oldenburg, les débuts du pop new-yorkais.tateur de chercher derrière ces sculptures grecques et romaines que l\u2019on retrouve dans les collections de la Glyptothèque de Munich et dont Jim Dine s\u2019est vastement inspiré, un souffle de vie, une présence dramatique et solaire.Jim Dine, premier peintre qui exposa en 1962 des toiles «d\u2019objets ordinaires», marquera, un an après l\u2019exposition Oldenburg, les débuts du pop new-yorkais.Si on y décèle des références dadas et surréalistes qu\u2019il appliquera, tout en les détournant de leur axe premier, aux contingences de l\u2019expressionnisme abstrait, il y a également chez lui, une mise à distance de la dimension iconoclaste du pop et de son empathie formelle excessive.Qualité sculpturale Sans renier un certain humour, les objets qu\u2019il intègre dans ses toiles \u2014 et qui naviguent de l\u2019outil de jardinage à l\u2019instrument associé au travail artistique \u2014 ou qu\u2019il place devant une tablette, préfigurent son intérêt pour le traitement bidimensionnel de motifs tridimensionnels.Cette qualité sculpturale qui anime les tableaux se retrouverait ainsi dans les dessins, opérations mystérieuses de l\u2019esprit qui traqueraient sur papier une tactilité féroce et prégnante, une ossature faite de ténèbres et de transparences dont elles semblent émaner.Comme le collage, technique et notion dont Dine connaît bien les tenants et les aboutissants, ces dessins, une soixantaine, juxtaposent sujets intimes et thèmes universels, combinent images de l\u2019Antiquité classique qui a depuis longtemps fasciné l\u2019artiste et modelés contemporains, scrutent les époques et les cultures comme ils naissent abondamment de l\u2019utilisation du fusain, de l\u2019aquarelle, du bâton d\u2019huile, du crayon de couleur, de l\u2019émail.La série des quarante Dessins de la Glypthotèque en noir et blanc de 1987-1988 que l\u2019on regarde aujourd\u2019hui comme une installation unique \u2014 c\u2019est un torse masculin appartenant au Musée d\u2019Israël à Jérusalem qui fut, entre autres, l\u2019un des points d\u2019inspiration \u2014 alimentée d\u2019esquisses créées à partir de photos ou de reproductions extraites de catalogues ou d\u2019autres sculptures appartenant à des musées étrangers, font transparaître la vive curiosité de l\u2019artiste pour la figure humaine qu\u2019il traduit en anatomies fortes, très architecturées.Le papier mylar n\u2019y sert pas simplement de support mais également de repoussoir, guettant la lumière là où elle se trouve, rejetant dans l\u2019ombre les aspects les plus tragiques du corps.Il en naîtra, avec l\u2019aide du graveur Kurt Zein qui l\u2019assista, un livre de gravures à tirage limité ainsi qu\u2019un recueil d\u2019estampes, sorte de musée portatif d\u2019art antique et personnel recensant une histoire personnelle de l\u2019art ainsi que des mémoires intemporelles.In der Glyptothek En octobre 1989, invité par le directeur de la Glyptothèque à y travailler durant les heures de fermeture, s\u2019imposant une discipline de fer, à raison d\u2019une œuvre par jour dont certaines seront terminées dans son studio londonien, Jim Dine produisit alors In der Glyptothek, dix-sept grands dessins intenses dont les fonds grattés, retravaillés, texturés acculent couleurs sommaires et emblématiques à intensifier l\u2019aspect mythique et héroïque de leur sujet.Ainsi de ces têtes d\u2019Homère et de Socrate qui surgissent de l\u2019abyme, de ce portrait de l\u2019Empereur Titus cerné d\u2019un rouge sang; ou encore, de cet archer troyen entouré d\u2019un cadre tronqué et presque cruciforme et que l\u2019artiste sculpte dans le papier comme il le ferait avec le marbre ou le granit.Cela est encore plus perceptible dans Roman Head from Glyptothek in Copenhagen de 1991, qui avec Three Roman Heads et Panther, constitue un moment crucial de l\u2019exposition.Au grain du papier fait main et à la densité des matériaux employés, se conjuguent ces éclaboussures d\u2019émail noir.Le visage est un suaire, un sceau brûlant.Et dans Panther, c\u2019est l\u2019étrange torsion de la forme centrale qui se matérialise en chair animale vivante, fragile, rappelant en un bref instant, un corps plié par la douleur, de Betty Goodwin.Saisissant.LE SYMPOSIUM DE LA JEUNE PEINTURE AU CANADA à Baie-Saint-Paul du 5 août au 5 septembre 1994 Une expérience unique de création 18 grands formats Une rencontre des artistes d\u2019ici et d\u2019ailleurs \t\t \t\t 6 août: René Derouin, Visite de l\u2019installation: \"Fleuve-Mémoires\" Centre d\u2019exposition, 16h.\t* 7 août : Michel Saulnier, \"Parcours d\u2019artiste\", Site, 16h \u2022 Avenir CONFÉRENCES SUR LES ÉCOSYSTÈMES -13 août : Nicole Paquin el 14 août : Yvon Dubé \u2022 SPECTACLES * 12 août : Mario Brassard, Auteur, compositeur, Site, 16h.* À NE PAS MANQUER du 31 juillet au 28 août, nos Concerts Classiques \"BRIOCHES ET CAFÉ\" Dimanche à 11h., Centre d\u2019exposition.Site du Symposium, 11 rue Forget, Baie-Saint-Paul Pour Informations: 418-43S-3681 cirvoax CENTRE D'EXPOSITION\tART CÉRAMIQUE CONTEMPORAIN GROUPE CRÉA '94 Centre de céramique Bonsecours SAMIA FERHANI, AUDREY KILL0RAN, RAYMONDE RACINE, GHISLAIN 0UELLET, CLAUDE MEERKAMPER, NATHALIE DUCHARME, CHRISTINE BOUDREAU, MARIE-JOSÉE N0ISEUX, MARIE-CHRISTINE LÉTÉ Vernissage le samedi 6 août \u201994 de 14H00 à 18H00 Du 6 au 20 août \u201994 372 rue Sainte-Catherine ouest, # 444 Tél.: 393-8248 du mercredi au samedi de 12H00 à 17h30 Le Centre d'exposition Circa remercie le Ministère de la Culture du Québec et le Conseil des arts de la Communauté urbaine de Montréal.Les beaux jours de Vombrelle LA GALERIE DES MÉTIERS D\u2019ART DU QUÉBEC PETITS FORMATS jusqu'au 2 septembre mardi au vendredi, 10 h a 18 h 384, RUE SAINT-PAUL OUEST, (coin McGILL).MONTREAL (514) 287-7555 Jim Dine, artiste solaire C K) I.K H K V 0 I It , I.K S S A M K I) I II K T l> I M A N C II K ! A 0 V T I II II I ?LE DEVOIR ?Une vitrine Mallet-Stevens, neuf ans après Cormier EN VOITURE! Il existe une étrange parenté entre Ernest Cormier et Mallet-Stevens.Chacun d\u2019une manière différente se place à la charnière du mouvement artdéco et du style international.Cormier par exemple, est franchement Art Déco partout, à L\u2019UdM entre autres.sauf lorsqu\u2019on lui confie, en 1918, de faire la façade du premier «showroom» d\u2019automobiles à Montréal, au 314, rue Sherbrooke! Ici comme pour un aérogare qu\u2019il construira à Pointe-aux-Trembles (et qui sera démoli vers 1980), il utilise des techniques et des matériaux, appris du Français Auguste Perret, qui font de lui, soudain, un précurseur du modernisme au Québec.Même habillées de marbre, ses structures en béton, en métal, ses lignes dépouillées le prouvent.On a beaucoup écrit sur l\u2019influence de la machine, de l\u2019auto, de l\u2019avion, sur les peintres des années 20 et 30 (Picabia, Léger, les futuristes italiens).On sait moins que les architectes aussi se sont emballés pour le moteur, détonateur d\u2019explorations formelles nouvelles.Mallet-Stevens signe le garage Alfa-Roméo en 1925, la vitrine Peugeot en 1929, crée un prototype de garage, d\u2019aéro-club, dessine un aéroport.La façade Cormier, qui existe encore, mais que des rénovations menacent dangereusement, mérite pour ces raisons d\u2019être remise dans un état voisin de sa version originale.DU RIFIFI DANS LA RÉNO Ah! si Claude Gosselin avait su qu\u2019il mettrait les pieds dans un tel guêpier! Il était tout heureux, le patron du Centre international d\u2019art contemporain, d\u2019avoir trouvé enfin de beaux locaux pour ses Cent jours, et même un nouveau proprio de rêve, l\u2019investisseur londonien Andrew Spear, désireux d\u2019installer dans ce complexe immobilier du 314, rue Sherbrooke Est une base montréalaise pour un réseau international d\u2019art actuel appelé START.Comble de chance, la façade était de Cormier! Hélas, allant chercher appuis et information auprès du Centre canadien d\u2019architecture où est conservé le fonds d\u2019archives du grand architecte, Claude Gosselin découvrit bientôt que les rénovations prévues sur la façade n\u2019étaient pas, mais alors pas du tout, du goût des défenseurs du patrimoine (dont Phyllis Lambert, Héritage Montréal, etc.), du coup alertés et catastrophés.Qu\u2019ont attendu tous -f- ces gens pour se réveiller?Mystère.Car les plans de rénovation, dessinés par les architectes Peter Franta et James Hogdon, sans avoir obtenu le permis définitif de la Ville ont reçu ce printemps le feu vert du Service d\u2019habitation et développement urbain (SHDU) après être passés devant la Commission Jacques Viger, dont le mandat est précisément d\u2019évaluer les demandes de permis dans les secteurs à valeur historique.Interrogé, son président Guy Desbarats ne trouve dans sa mémoire aucun souvenir précis de ce dossier.Quant à ses collègues, ils sont en vacances.«Nos plans, explique Hogdon, sont le résultat de demandes de propriétaires et de locataires successifs, et notre mandat n\u2019était pas du tout de retrouver la façade Cormier! On a cherché à faire le moins de dégâts possibles, tout en satisfaisant aux besoins d\u2019aujourd\u2019hui.» Pas d\u2019accord, dit Michèle Picard, spécialiste ès Cormier au CCA.Pour donner à d\u2019autres locataires, la firme Buzz et La Fabrique d\u2019images, l\u2019accès indépendant à la rue qui est stipulée dans leur bail, le proprio a démoli l\u2019escalier ancien.Pour l\u2019entrée du CLAC, il crève la vitrine en plein centre.«Or, cela dénature tout le concept originel de Cormier, qui décalait le processus d\u2019entrée à partir du coin droit, en indentation.On aurait dû consulter plus tôt nos archives, et imaginer une autre solution avec plus de soin!» Une fois le mal fait (voir ci-dessous une photo prise cette semaine) et les rénovations intérieures entamées à grande vitesse \u2014 car on tient à ouvrir le 1er septembre \u2014 un deuxième architecte a été contacté in extremis pour sauver les meubles.Mais celui-ci, réflexion faite, refuse de s\u2019en mêler et tient à garder l\u2019anonymat.Quant à Claude Gosselin, il se cache désormais derrière son proprio.qui demeure incommunicado dans les brumes de Londres.Sombre affaire, mon cher Watson, sombre affaire! L STUDIO HAYWARD.1920, ARCHIVES CCA AIAIN LAFOREST.1994 là»! C ¦\t1.jMI *- j'm ./ % A pggglg MBAM COPYRIGHT VIS*ART Ma chère! Il ne faut pas manquer ça, c\u2019est au 7.de la rue Méchain.um.î.ÿ,*«fS f asis m : i \u2022T.' *¦: A SOPHIE GIRONNAY Viendrez-vous, ce soir, ma chère, à la fête que donne Tamara de Lempicka?Ce sera du dernier chic et le tout-Paris, certainement, va s\u2019y noyer dans des flots de champagne.Rendez-vous compte: la belle Polonaise pend la crémaillère de son tout nouvel atelier! L\u2019entrée est facile à trouver: c\u2019est au 7 de la rue Méchain.Cherchez un immeuble ancien, avec au rez-de-chaussée une porte cochère aux lignes toutes simples, et de chaque côté, de drôles de petites fenêtres en rond et en vitrail.Entrez, traversez l\u2019immeuble, continuez jusqu\u2019à la cour intérieure, un jardin en fait, et c\u2019est là, au fond.Attendez-vous à recevoir un choc: il s\u2019agit d\u2019un vulgaire immeuble de rapport en L, huit étages à droite, cinq étages en face.Des appartements et deux ateliers.Celui de Tamara, un duplex, est dans l\u2019aile de gauche, façade nord.Vous le reconnaîtrez à sa haute verrière.Drôle d\u2019endroit pour une ravageuse, hein?, mais que voulez-vous! On a beau briser cœur sur cœur, être l\u2019une des femmes les plus lancées de Paris, peindre le portrait de toute l\u2019aristocratie d\u2019Europe et se donner du «de», on n\u2019a pas pour autant les moyens de s\u2019offrir un hôtel particulier.Et puis notez que l\u2019immeuble est une construction de l\u2019architecte le plus à la mode en ce moment, un type épatant: Robert Mallet-Ste- vens.Il y en a qui n\u2019aiment pas ce qu\u2019il fait, c\u2019est blanc, géométrique, «cubiste», quoi.Mais il faut bien être moderne, que diable.On est en 1929 tout de même! Un atelier Mallet-Stevens Robert Mallet-Stevens, prince de l\u2019élégance architecturale, fut le deuxième plus grand architecte français de l\u2019entre-deux-guerres après Le Corbusier.qui était suisse.Mais comme il a surtout construit des résidences privées destinées à l\u2019élite, les critiques ont longtemps hésité à le considérer avec tout le sérieux qu\u2019il mérite.Toutes proportions gardées, Tamara, elle aussi, a souffert de l\u2019étiquette d\u2019artiste mondaine qui l\u2019a reléguée aux sous-para-graphes de la petite histoire de l\u2019art.Aussi lorsqu\u2019on découvre, dans la rétrospective que lui consacre le Musée des beaux-arts de Montréal jusqu\u2019au 2 octobre, que celle-ci vécut «chez» celui-là, a-t-on envie d\u2019y aller voir de plus près.En 1929, Mallet-Stevens est au faite de sa gloire.Il bâtit une rue entière de maisons dans Auteuil, qui porte son nom et que des ministres inaugurent.Il a étonné aux Salons dont le plus déterminant, le Salon des arts décoratifs de 1925.Il a construit de nombreux décors de cinéma, dont celui du film-fétiche de Marcel L\u2019Herbier, en 1923, L\u2019Inhumaine, condensé de l\u2019art de ces années où s\u2019affirment les affinités artistiques de Mallet-Stevens: in- térieurs de Fernand Léger, forte influence du mouvement De Stilj (van Doesburg, Mondrian).Sa première construction, une villa de vacances à Hyères en 1923, a tellement charmé son propriétaire, le vicomte de Noailles, que le richissime mécène y a fait tourner deux films pour mémoire, l\u2019un par L\u2019Herbier, l\u2019autre par Man Ray, U Château du destin du dé.Des couturiers célèbres, dont Poiret \u2014 qui habilla probablement Tamara \u2014 commandent à leur tour «leur» Mallet-Stevens.Le 7 de la rue Méchain, situé sur un terrain trapézoïdal, sera son unique bloc appartement.Sans doute s\u2019y sent-il moins libre de jouer comme ailleurs (par exemple au casino de Saint-Jean-de-Luz), avec son élément volumétrique de base, le parallélépipède, pour arriver aux décrochements, retraits, terrasses, coins ronds et saillies surprises qu\u2019il décline avec tant de maestria, pour le plaisir «gratuit» de l\u2019esthétique.Dans un immeuble de rapport, la gratuité n\u2019est guère de mise.On y retrouve quand même le langage Mallet-Stevens.D\u2019abord la structure en béton armé, les surfaces unies en crépi, les fenêtres de grandeurs variables, les détails intégrés dans la maçonnerie comme les bacs à fleurs.Et aussi les volumes cubiques, ici les deux ailes, articulées autour d\u2019un axe-pivot abritant la cage d\u2019escalier, dont la verticalité est accentuée par une verrière en verre blanc, signée I jouis Barillet.L\u2019architecte, passionné d\u2019art décoratif sous toutes ses formes, commandait presque chaque fois des vitraux à Barillet, des portails, des grilles aux frères sculpteurs Martel ou à Prouvé, et supervisait l\u2019aménagement intérieur, dessinant des meubles aussi.Rue Méchain, de nombreux détails, tels la rampe d\u2019escalier recouverte de fine mosaïque, ajoutent au luxe raffiné du lieu.Chez Tamara, le mobilier est de la sœur du peintre Adrienne Gorska, mais c\u2019est Mallet-Stevens qui a conçu le mur bar et bibliothèque en noyer ainsi que l\u2019éclairage.II inaugure ici ce qui sera l\u2019un des signes distinctifs du décor années 30, l\u2019éclairage indirect, égal et doux, que diffusent d\u2019invisibles lampes masquées au plafond par les moulures.Quoi de mieux pour mettre en valeur la beauté de cette Tamara-Garbo, à qui le rôle-titre de L\u2019inhumaine aurait bien convenu et dont le sens de la mise en scène apparait si fort dans les photos d\u2019elle qu\u2019elle nous a laissées.L\u2019histoire ne dit pas si «Rob», comme jl signait, et Tamara se sont fréquentés.A Rapproche de la guerre, Tamara, exilée aux Etats-Unis, perdit son talent dans le voyage.Mallet-Stevens, réfugié dans le midi de la France avec son épouse israélite, cessa de produire jusqu\u2019à sa mort prématurée en 1945.Tous deux avaient été les artistes d\u2019un lieu, d\u2019une époque que la guerre allait détruire, après les en avoir chassés.Ijcs photos Mallet-Stevens sont tirées de l\u2019ouvrage collectif Rob.Mallet-Stevens, architecture, mobilier, décoration, Paris, Philip/je Sers éditeur, 1986, et du livre somme de Deshotdiéres et Jeanneau (et ai), Rob.Mallet-Stevens, architecte, Bruxelles, A.A.M., 1980."]
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