Le devoir, 13 septembre 1994, Cahier A
[" LE DEVOIR Vol.I.X X X V N o I I M I) N T K K A I.I.K M A H D I I 3 S K I* T E M H H K H D | T \"\u2014I\u2014T V uortu! OPINION L\u2019euthanasie déborde le cadre médical ANNE VAILLANCOURT Montréal L \u2019euthanasie est une question qui confronte les médecins mais qui déborde le cadre de l\u2019acte médical.Récemment, on apprenait que le conseil général de l\u2019Association médicale canadienne (AMC) a majoritairement rejeté une proposition de son comité d\u2019éthique qui introduisait, avec certaines réserves, la pratique de l\u2019euthanasie et de l\u2019aide médicale au suicide.L\u2019AMC a finalement adopté une contre-proposition excluant toute participation de ses membres à l\u2019euthanasie et à l\u2019aide médicale au suicide, préférant s\u2019en remettre au principe des soins palliatifs.En soi, cette décision n\u2019a rien d\u2019étonnant.Ce qui mérite d\u2019être souligné, c\u2019est qu\u2019une proportion significative (soit 44% des membres de l\u2019AMC qui ont voté) a appuyé la proposition sur l\u2019euthanasie et l\u2019aide médicale au suicide.Cet appui traduit deux changements.D\u2019abord, il marque une transformation de la conception du rôle du médecin.Ensuite, il manifeste l\u2019évolution de notre regard sur la vie: on ne reconnaît plus désormais que le seul caractère sacré de la vie, on considère avec de plus en plus de force sa qualité (exercer son autonomie et vivre dans la dignité).Si j\u2019entrevois d\u2019un œil plutôt favorable la proposition formulée par le comité d\u2019éthique, je trouve quand même réconfortante la réponse donnée par l\u2019AMC.Le débat n\u2019est pas clos.Et c\u2019est tant mieux.La proposition du comité d\u2019éthique de l\u2019AMC ne constituera qu\u2019un jalon de la réflexion.Que la majorité des membres de l\u2019AMC aient préféré, à ce stade, s\u2019en remettre à la pratique actuelle des soins palliatifs n\u2019a rien de surprenant.Pour un médecin \u2014 pour n\u2019importe qui \u2014, faire face à des requêtes aussi délicates que l\u2019euthanasie peut sans doute devenir fort difficile.Outre le fait que les médecins et intervenants de la santé doivent se donner des lignes de conduite pour faire face à ces demandes, l\u2019euthanasie et l\u2019aide médicale au suicide posent en arrière-plan un problème d\u2019éthique de taille qui dépasse le champ médical et nécessite l\u2019apport d\u2019autres disciplines.L\u2019euthanasie remet en cause le rôle traditionnel du médecin et jusqu\u2019à un certain point les buts séculaires de la science médicale.Bien que l\u2019on puisse critiquer les aspects bureaucratiques \u2014 et inefficaces à certains égards \u2014 du système médical actuel, il n\u2019en demeure pas moins que les médecins et divers intervenants de la santé sont bien placés pour comprendre la souffrance engendrée par la maladie parce qu\u2019ils s\u2019efforcent de l\u2019enrayer ou à défaut de la diminuer.La maladie, qui existe toujours sous de nouvelles formes, représente aussi des défis pour les chercheurs qui doivent sans cesse repousser les limites de la connaissance médicale.En cela, la médecine est une science évolutive et ce qui est une cause désespérée aujourd\u2019hui ne le sera peut-être pas demain.Vu sous cet angle, on peut comprendre qu\u2019il soit difficile pour les médecins de reconnaître que leurs patients ont le droit de demander à mourir et implicitement d\u2019admettre que la mort soit parfois une solution.Cela dit, il est injuste de faire supporter les conséquences de l\u2019évolution de la science médicale par les patients pour qui la médecine n\u2019offre pas d\u2019alternative valable.Du point de vue du droit, malgré l\u2019introduction de dispositions législatives concernant l\u2019acharnement thérapeutique, l\u2019euthanasie et l\u2019aide au suicide sont encore à ce jour prohibées sans exception dans le Code criminel.Il est possible que cela contribue à alimenter la réticence de certains médecins à reconnaître la pratique de l\u2019euthanasie.Face aux demandes qui leur sont adressées, les médecins sont dans une position délicate, comme s\u2019ils étaient à la fois juge et partie: ils sont juges parce qu\u2019ils doivent décider de donner süi-te ou non aux requêtes de leurs patients, et ils sont parties parce qu\u2019ils encourent leur responsabilité! à l\u2019égard des actes médicaux qu\u2019ils choisissent de poser.Mais le plus grand inconfort face à la pratique de l\u2019euthanasie provient du fait qu\u2019elle soulève des questions si complexes qu\u2019elles dépassent la seule perspective de l\u2019acte médical.L\u2019euthanasie s\u2019inscrit dans l\u2019évolution des droits fondamentaux efrce qu\u2019elle implique justement de pousser encore plus loin les limites des droits individuels.Voilà un débat qui intéresse l\u2019ensemble de la collectivité.Jusqu\u2019où sommes-nous prêts à aller comme société dans la reconnaissance de l\u2019exercice de la liberté et de la responsabilité individuelle?Sommes-nous prêts à reconnaître à une personne le droit de décider de ses propres limites vis-à-vis la souffrance dans une situation où la médecine n\u2019offre pas d\u2019espoir?Et collectivement, jusqu\u2019où sommes-nous prêts à aller pour aider et assister les personnes malades dans leur choix de vivre et mourir dans la dignité?Autant de questions qu\u2019on commence seulement à débattre et pour lesquelles il n\u2019y a pas de réponses définitives.Il serait souhaitable que la réflexion sur l\u2019euthanasie se poursuive dans la multidisciplinarité, reflétant mieux ainsi la complexité et la diversité des questions posées.Toutefois, dans le but d\u2019aider les intervenants de la santé confrontés à ces demandes, il reste encore à envisager des moyens qui leur permettraient de mieux y faire face.Parmi l\u2019inventaire des solutions à moyen terme, une voie intéressante à explorer consisterait à décriminaliser l\u2019euthanasie en y prévoyant le recours à des comités d\u2019éthique.Ainsi, le traitement de ces demandes cas par cas s\u2019en trouverait légitimé tout en permettant la poursuite de la réflexion sur le sujet.La chronique de Pierre Graveline sera dorénavant publiée le jeudi.A P R, 0 P 0 S -?- .d\u2019augmentations salariales La rémunération hebdomadaire moyenne était de 571,94$ en juin, ce qui représente une augmentation de 2,9% par rapport au niveau de l\u2019année précédente.Ces lausses ont surtout profité aux industries à forte concentration d\u2019employés rémunérés à l\u2019heure, comme celles de la construction, du commerce de détail et de l\u2019hébergement et de la restauration.De plus, les employés horaires de ces industries ont obtenu leurs plus fortes augmentations de salaire en Ontario et au Québec.D\u2019une année à l\u2019autre, la rémunération s\u2019est accrue dans 12 des 14 principaux groupes d\u2019industries et a dimi- nué dans les deux autres, à savoir les administrations publiques et l\u2019exploitation forestière, la rémunération heb-domadaire moyenne a connu sa croissance la plus marquée dans la construction, où elle a progressé de 5,6% par rapport à juin 1993, pour atteindre 667,40$.La rémunération hebdomadaire moyenne s\u2019est accrue dans toutes les provinces par rapport à l\u2019année précédente.Des hausses supérieures à la moyenne nationale ont été enregistrées en Colombie-Britannique (4,3%) et en Ontario (3,6%).Statistique Canada, septembre 1994.LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 Directrice LISE BISSONNETTE Rédacteur en chef BERNARD DESCÔTEAUX Directenr délégué à l'administration FRANÇOIS TDOUIN Directeur de l\u2019information BENOÎT AUBIN Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, ROCII CÔTÉ Rédacteurs en chef adjoints JEAN-ROBERT SANSFAÇON, CHRISTINE IIOUDE 20 50.roc de Blenry, 9e étage, Montréal (Québec) Il3A 3MO.Té 1.: (514) 985-3! FAIS CE QUE DOIS 13 33 I.K l> K V H I It , I.K M ,\\ It I» I I îl A *¦ % Le monde démographique Le Canada doit consacrer des fonds pour le contrôle des naissances, sans lequel l\u2019accélération de la destruction de l\u2019environnement est garantie CLAUDETTE JOUI N Présidente Ligne des femmes du Québec t* 7 juillet 1994.en route Lpour la réunion du G-7 à Naples, le premier ministre Jean Chrétien s\u2019est arrêté à Rome.Prié p«ir le pape d\u2019endosser les vues rétrogrades, misogynes et contraires à la sauvegarde de l\u2019environnement du Vatican, M.Chrétien s\u2019est contenté de lui dire et de répéter aux caméras \u2022iî PHOTO THE WORLD BANK /Les pays en développement sont les plus touchés par la présente explosion démographique.et aux journalistes présents que la position du Canada était à l\u2019étude.Il a raté là une belle occasion de parler! Le simple bon sens aurait voulu qu\u2019il donne en exemple la situation canadienne faisant de l\u2019avortement à demande un geste médical sans encadrement juridique spécial, ce qui fonctionne très bien.Quant au contrôle des naissances, M.Chrétien n\u2019avait qu\u2019à citer son autobiographie au pape.Dans ce petit livre, il ne fait aucun mystère des 19 enfants engendrés dans la résignation par les parents Chrétien, du temps où «Dieu décidait du nombre d\u2019enfants dans les familles».Les nouvelles qui nous sont parvenues du Caire nous ont appris que le ministre fédéral Sergio Marchi, délégué du Canada à la Conférence mondiale sur la population, s\u2019est contenté de tergiverser: le Canada se fait tirer l\u2019oreille au lieu d\u2019annoncer des fonds consacrés au contrôle des naissances, sans lequel l\u2019accélération de la destruction de l\u2019environnement et l\u2019ampleur et la sauvagerie des guerres sont garanties.Pourtant, le temps presse.En 1974, lors de la première Conférence internationale sur la population, nombreux étaient ceux qui souhaitaient la contrainte volontaire pour ralentir la croissance de la population humaine.Depuis, la Chine a jugé bon de mettre en œuvre la contrainte forcée pour freiner le rythme des naissances.Néanmoins, la croissance s\u2019est tellement accélérée que, déduction faite de tous les morts, c\u2019est presque l\u2019équivalent de quatre Canada par an qui s\u2019ajoute à la population de la terre.Des régions entières se détruisent littéralement sous leur poids démographique.Pourquoi?Parce que les pays développés exportent leur technique sans s\u2019astreindre à prévoir les conséquences de leurs gestes.Parce qu\u2019ils tardent à admettre que le combat La croissance s\u2019est tellement accélérée que c\u2019est presque l\u2019équivalent de quatre Canada par an qui s\u2019ajoute à la population de la terre.contre les décès prématurés doit obligatoirement s\u2019accompagner d\u2019efforts efficaces et soutenus pour réduire le nombre des naissances.Parce que leur imprévoyance empire, volontairement ou pas, des déséquilibres dans les ratios population/territoire et enfants/adultes productifs, condamnant de la sorte des innocents .i la famine et à la depossession.Si la tendance se maintient \u2014 et il ne faut pas mâcher les mots pour le dire \u2014, le comportement de chenilles des humains va incessamment radie-ver leur arbre, la Terre.Les pays en développement sont les plus touchés par la présente explosion démographique, ce qui explique que les nantis mettent du temps a diagnostiquer ci a aborder lucide ment ce qu\u2019ils ne perçoivent que de loin.Or, la souffrance et la dévastation seraient bien moindres sans les inventions et les interventions de l'Europe et de l\u2019Amérique.Ainsi, en matière d\u2019hygiène et de soins médicaux, le chemin parcouru depuis Lister et Pasteur nous confère une efficacité toute récente et mal digérée.C\u2019est cela qui nous rend redoutables.Face à la technologie moderne, la médicale comme les autres, on ne peut plus dire A Dieu vatl Nos succès nous condamnent à prévoir les conséquences, à calculer les limites et à agir des deux côtés à la fois, si l\u2019on ne veut pas faire chavirer toute la barque! En matière de reproduction et de santé des femmes, les patriarches ne font pas le poids face à Nafis Sadik.La docteure Sadik est directrice exécutive du Fonds des Nations unies pour la population.Cette grande dame, née en 1929, dans une famille traditionnelle musulmane, a commencé sa carrière d\u2019obstétricienne-gynéco-logue au Pakistan, en 1952.Dans les petites communautés rurales, il y a 40 ans, elle a pris sur elle d\u2019éduquer les couples pour alléger le sort de celles quelle décrit comme machines for having children.Mme Sadik a gardé son aptitude à ne pas faire l\u2019autruche.Dans une entrevue accordée à Scientific American, parue en juin 1993, elle rappelle comment la moitié du demi-million de femmes qui meurent des suites d\u2019une grossesse chaque année, sont victimes d\u2019un avortement mal fait, ce qui doit cesser.Elle sait par expérience qu\u2019à la racine du problème démographique, on trouve le manque d\u2019équité envers les femmes et elle le répète à tous ceux qui ont des oreilles pour entendre.Notre gouvernement doit sans tarder lui manifester un appui plein et entier, moralement et financièrement.T\" Î1II J .U l-J XJC3 -)trt » 1111 In i> a à 2! iôir jjnc Ü\\j VT \u2018A Une police d\u2019assurance La «police professionnelle communautaire», c\u2019est une stratégie pour l\u2019avenir *2! \u2022 * \u2018-Vv.VIÎJ s/l*l isrr
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