Le devoir, 18 février 1995, Cahier D
LE ''.«A* ?revue et corrig de Westmount! à quelques surp: Vol.de 320 p.— EÔrnCLON > Al;|()U*t> Ilt;I Mérimée La Vénus d'illc I.V.I) Y.V 0 I It .I.!•: S S A M K I) I IS !•: T I) I M A X ( Il Y.I !» F K V H I V.H I !» !» .1 L I V R E S VITRINE D II DES LIVRES MONDE A l’histoire hommes ¦ v: my*t L'AVENTURE HUMANITAIRE Jean-Christophe Rufin Editions Gallimard, Découvertes numéro 226 176 pages du malheur des — guerres, catastrophes, épidémies, famines — répond la longue aventure de ceux qui tentent de les secourir.Jean-Christophe Rufin dresse ici le bilan de l’aventure humanitaire au cours des siècles.Soulager la souffrance humaine est une action aussi ancienne que l’homme et remonte pour certains jusqu’à l’arche de Noé, écrit l’auteur.Mais Rufin ne va pas aussi loin.Il commence sa réflexion sur ce thème à partir de l’époque chrétienne, immédiatement après la chute de Rome.Il évoque l’ambiguïté de la notion de charité dans le message judéo-chrétien, puis s’attaque au développement de l’action humanitaire qui prend réellement son envol avec les guerres de la fin du XIXe siècle et la création de la Croix-Rouge.Depuis vingt ans, l’aventure humanitaire s’est considérablement transformée.Elle a donné naissance à de multiples organisations et s’est médiatisée au point où elle sert maintenant d’alibi aux grandes puissances pour des interventions humanitaro-militaires comme en Somalie ou au Rwanda, dont l’auteur questionne le véritable sens.Voilà un livre précieux, superbement illustré et enrichi de témoignages et de documents indispensables.IE DROIT D'INGÉRENCE Charles Zorgbibe PUF, Que sais-je?, numéro 2916 128 pages L’aventure humanitaire a, en i quelque sorte, donné naissance au droit d’ingérence.Jean-Christophe Rufin a évoqué trop brièvement ce droit dans son livre.Celui de Zorgbibe, un juriste qui a déjà à son actif une trentaine d’ouvrages sur les affaires internationales et juridiques, vient combler cette lacune.L’auteur trace les contours du droit d’ingérence, comme la pratique de l’intervention dans les guerres civiles (Espagne), la reconnaissance des insurgés (guerre civile américaine) et des mouvements de libération (Algérie), l’action humanitaire (Biafra) et l’intervention pure et simple (Somalie).Il s’interroge sur la dérive de l’ingérence humanitaire qui, écrit-ij, «déstabilise les nations faibles, brouille les objectifs de l’Étal-intervenant et réduit l’action diplomatique à un angélisme sans frontières».CALIBAN NAUFRAGÉ Les relations Nord/Sud à la fin du XXe siècle Editions Fayard 329 pages Suand on a été, comme le Français Pierre Moussa, directeur à anque mondiale, banquier et inspecteur des finances, peut-on écrire avec rigueur sur le Tiers-Monde?Il faut croire que oui.Caliban naufragé est un vibrant plaidoyer pour de nouvelles relations entre un Nord satisfait, mais en pleine crise économique, et un Sud dévasté, mais regorgeant de richesses naturelles.Moussa tire sur tout ce qui bouge.____________________ Ainsi, il s’interroge sur la situation des paysans occidentaux protégés par leurs gouvernements et ceux du Sud a qui qn impose les lois du marché.Il égratigne la position de l’Église sur le contrôle des naissances.Il appelle le Nord à s’ouvrir à l’immigration et à découvrir que le Sud peut lui redonner «le sens du cosmos et celui de la communauté».THE VALOUR AND THE HORROR REVISITED Sous la direction de David J.Bercuson et S.F.Wise McGill-Queen’s University Press 185 pages Lorsque la société Radio-Canada a diffusé en 1992 les trois épisodes de La Bravoure et le Mépris, sur le rôle du Canada pendant la Seconde Guerre mondiale, une vé-, ritable tempête politico-médiatique a suivi.Les deux producteurs, les frères Brian et Terence McKenna, ont été accusés d’avoir trafiqué les faits et projeté une image vicieuse des chefs de guerre canadiens.Le Sénat s’est même emparé de l’affaire.Cinq historiens et spécialistes font aujourd’hui le point sur cette série télévisée.Leurs conclusions sont sévères et posent toute la question de la responsabilité journalistique face à l’Histoire.HISTOIRE DE IA STRATÉGIE MILITAIRE DEPUIS 1945 André Collet PUF, Que sais-je?numéro 2919 128 pages Cinquante ans après la victoire des Alliés, un bilan s’imposait sur l’évolution de la stratégie militaire.En un demi-siècle, le monde a connu des bouleversements d’une ampleur et d’une rapidité inouïes tant dans le domaine de l’évolution des armes que de celui de la pensée stratégique.Collet analyse ces transformations surtout celles liées au pouvoir de l’atome.Jocelyn Coulon Pierre Moussa Caliban LITTERATURE CANADIENNE-ANGLAISE Salade de (creux de) saison Les droits inaliénables du lecteur édictés par ce bienfaiteur de l’humanité lisante qu’est Daniel Pennac — le droit de ne pas lire un livre qui ne nous accroche pas, le droit d’en sauter des pages, de ne pas le finir.— valent-ils aussi pour les chroniqueurs littéraires?Voilà des mois que je me promets de parler de The Book of Secrets de M.G.Vassanji, non seulement parce que c’est le prix Giller 1994 — un nouveau prix créé l’année dernière et qui se veut plus prestigieux encore que le Gouverneur général — mais aussi parce que je sais, je sens, je subodore qu’il s’agit d’un très bon roman.Hélas, depuis trois mois que j’ai le livre en mains, je lis le premier chapitre, je m’endors sur le second.Et retour à la page départ! The Book of Secrets est une lourde et capiteuse histoire à plusieurs époques et étages, qui se font écho dans les profondeurs mystérieuses de l’Afrique de l’Est.Le genre d’univers dans lequel on pénètre un matin de vacances, bien calé dans un bon hamac, pour ne plus en émerger que quelques jours plus tard, complètement désorienté, dépaysé, assoiffé, fourbu.Du moins, c’est ce que je devine.Je fais confiance à Vassanji parce que j’ai pu apprécier son talent dans un autre roman, No New Land, paru en 1990.Il y met en scène des personnages issus (comme lui-même) de cette colonie d’immigrants, originaires de l’Inde, qui s’étaient établis il y a plusieurs générations sur la côte orientale de l’Afrique, avant que des événements politiques ne les poussent vers le Canada, dans les années 70.L’histoire commence raide: Nurdin Lalani rentre un beau soir de son travail (décroché après des années de démarches humiliantes) pour annoncer à sa petite famille qu’on l’accuse de harcèlement sexuel.Ce début choc se démultiplie bientôt en une généreuse galerie de portraits, dans laquelle finissent par de- *n»» UKÜkifc * ARTS VISUELS Le MAC se prépare à fêter son 30e anniversaire On sort les Premiers dons 1964-1965 des boules à mites et on les astique pour l’accrochage du 28 avril ! .M.u.Lu.1! : uuXluaawm.u luaggKu : ' .ri.kfnBiipiF*» ipiisîK:.Kramiri: I TU'À'.V ^ imm* ~nmr.¦ i : : Imaginez une école où les élèves sont des maîtres Réservation de biile pour les représentations des opéras de Aix-en-Provence Circuit gastronomique Relais et châteaux de la Provence et du Périgord (circuit individuel en voiture) Voyages EQUUS (514) 523-2366 Festival de Aix-en-Provence Circuit de 14 jours du 13 au 28 juillet 1995 i?^TOniet^Qledei Pont-Aven MUSEE DES BEAUX-ARTS DE MONTREAL Une présentation du gsa TRUST BS ROYAL 1380.rue Sherbrooke Ouest Ouvert du mardi au dimanche, de 11 h à 18 h (jusqu'à 21 h le mercredi).Information: (514) 285-2000.par endroit.Et puis cette grande œuvre en cire, de Peter Krauss, qui présentait des signes de moisissure.Cette fois, l'artiste a été appelé à la rescousse.«Ce qui me plaît surtout dans la restauration en art contemporain, explique justement Mme Challan-Belvaî, c’est le contact avec l’artiste.» Ce contact permet d’ajuster les interventions.Iœ temps, qui fait immanquablement son œuvre, travaille parfois dans un sens accepté par le créateur, en patinant ici, en rouillant là.D’autres fois, l’artiste préfère nier les outrages et revenir à l'original.Bref: «Où commence la.dégradation voulue et où finit-elle?» C’est la question clé, trente ou trois mille ans plus tard.«L’important, c’est de comprendre ce que l’artiste souhaite ou souhaitait, conclut la restauratrice.Finalement, nous, ce qu’on nous demande, c’est de remettre des œuvres en état d’être accrochées et qui respectent cette règle fondamentale.C’est là, dans les salles, que l’essentiel commence.» PHOTOS JACQUES GRENIER Plus d’une centaine d’œuvres seront «traitées» pour préparer les deux expositions consacrées aux dons.534 heures de travail ont été planifiées.Il en reste encore environ 400 à réaliser d’ici l’ouverture de l’exposition pour le 30e anniversaire.tion des toiles au vernissage, pour ne reprendre que l’exemple de la peinture.Et cela sans compter l’usure «normale» et les accidents.Oui, trente ans, c’est long.Pour que les œuvres de la fondation soient présentables, il fallait donc les tirer des boules à mites, les astiquer, parfois même leur refaire une retouche ou un lifting complet.Et c’est là qu’entrent en scène Marie-Noël Challan-Belval et son fidèle adjoint Serge Collin.Elle qst restauratrice.Il est technicien.A eux deux, ils forment une sorte d’équipe médicale des œuvres, qui se penche sur ses patients adorés pour ausculter, diagnostiquer, prescrire, opérer.«Ce sont des patients dociles, mais fragiles», dit Mme Challan-Belval dans son laboratoire, propre comme un bloc opératoire.Le travail sur les œuvres de 1964-1965 a commencé en janvier.Le labo a alors reçu de l’équipe de conservation la liste de celles qui devraient faire partie de l’exposition.Les deux spécialistes les ont inspectées une à une, puis ils ont évalué le traitement requis dans chaque cas.Tout a été scrupuleusement noté et classé: l’état de l’œuvre, les travaux de restauration envisagés, les techniques à employer, les matériaux nécessaires, etc.«C’est le dossier du patient», dit la restauratrice en ouvrant son grand classeur.Si elle était payée «à l’acte», la «doctoresse» Belval ferait fortune.Cet hiver, elle doit préparer une autre exposition consacrée à des «dons», plus récents ceux-là, Les Dons 1989-1994, qui présentera une sélection d’environ le tiers des quelque 300 œuvres offertes au Musée au cours des cinq dernières années.Le musée prépare également une importante rétrospective consacrée à Guido Molinari, qui réunira plus de cent œuvres réalisées depuis la fin des années 40 par le maître de l’abstraction au Canada.«On ne chôme pas», dit laconiquement Mme Challan-Belval.Et c’est sans compter les expositions temporaires qui viennent de commencer, consacrées à Graue-rholz, Snow et Ocampo.Ni les travaux routiniers: contrôler la lumière ou le taux d’humidité dans les salles d’exposition, ou la présence d’insectes nuisibles.Justement cette semaine, le labo a transmis une nouvelle «prise» à l’Insectarium de Montréal pour évaluation.Mme Challan-Belval a écrit une lettre de présentation du spécimen avec dessin d’accompagnement, s’il vous plaît.«Ce sont les larves qui font généralement des dégâts», explique la restauratrice-artiste.«Quand on voit un insecte inconnu, on essaie de l’attraper.On a même des pièges pour ça.» Le contact avec l’artiste Les œuvres données dans les années 1964-1965, dont beaucoup de peintures et d’œuvres sur papier, n’ont pas été attaquées par les «be-bittes».Plus d’une centaine vont tout de même être «traitées» pour préparer les deux expositions consacrées aux dons.534 heures de travail ont été planifiées.Il en reste encore environ 400 à réaliser d’ici au 28 avril prochain.De menus ouvrages la plupart du temps.Comme cette petite sculpture en métal de J.-Jacques Besner, de 1963, qu’il a fallu polir et dérouiller à «à l’huile de coude».Ou l’œuvre peinte de Edmund Alleyn, retouchée Catherine Farish Nikol Brunet Elmyna Bouchard Paul Cloutier Lysandre Donaldson Christian Le Poul Ginette Maheu Michel Lancelot Denis Simard L’Atelier Circulaire vous INVITE À l’exposition PATINES CHARBONNEUSES DU 19 FÉVRIER AU 15 MARS La galerie de l’atelier EST OUVERTE TOUS LES JOURS DE llh à 17h 40, Molière Est (métro De Castelneau) 272-8874 L’ATELIER CIRCULAIRE EST EN NOMINATION POUR LE GRAND PRIX 1994 DU CONSEIL DES ARTS DE LA COMMUNAUTÉ URBAINE DE MONTRÉAL CCA Les photographies d'Édouard Baldus : Paysages et monuments de France Du 25 janvier au 23 avril 1995 Édouard Baldus, Gore de Toulon, 1861 ou après.Épreuve argenhque à l'albumine à partir d*un négatif verre au collodion humide, 27,5 x 43,2 cm.Collection CCA Cette exposition a été organisée par le CCA, le Metropolitan Museum of Art de New York et la Réunion des musées nationaux (France).Les frais de transport aérien sont couverts en partie par Air France.Le CCA remercie le Consulat général de France de son appui à l'exposition.Des visites commentées de l'exposition sont offertes.Renseignements : (514) 939-7026 Richard Henriquez et le Théâtre de la mémoire Prolongée jusqu'au 23 avril 1995 Centre Canadien d'Architecture/Canadian Centre for Architecture 1920, rue Baile, Montréal, Québec, Canada H3H 2S6 STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR A Etre jeune, c’est être né après le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC).Ceci dit sans vouloir faire mal à personne.Le temps file et ne s’arrête jamais.L’art, lui, quand il a la prétention d’être bien de son temps, doit s’arrêter dans cet établissement inauguré il y a donc trente ans, ou presque.Les galeristes, les critiques et surtout les artistes eux-mêmes ont été associés de près à la formation du «premier musée d’art contemporain au Canada», qui est d’ailleurs toujours le seul.Une exposition intitulée Premiers Dons 1964-1965, qui sera présentée à compter du 28 avril prochain, va d’ailleurs rappeler cette implication majeure du milieu, à l’origine du musée.La petite histoire raconte qu’à la lin de 1963, le Dr Otto Bengle, grand amateur d’art contemporain et propriétaire de la Galerie 60, a persuadé environ 75 artistes de faire don de leurs œuvres pour constituer le point de départ de la collection permanente de l'établissement dont tout le milieu rêvait.Le docteur se rendit même à Paris pour faire signer une promesse de don à des artistes établis là-bas, par exemple Jean-Paul Riopelle, Fernand Leduc, Marcella Maltais, Marcelle Ferron et Edmund Alleyn.Il réussit aussi à convaincre quelques artistes étrangers, notamment Di Tiana et Szelezy.Le jeune ministère des Affaires culturelles, créé en 1961 çt tenu à bout de bras par George-Emile La-palme, réagit comme un seul homme — c’était un peu ça d’ailleurs: le ministère d’un seul homme, la «bé-belle à Lapalme», quoi.Le projet de loi fondant le musée a été déposé en juin 1964.Le maire Drapeau lui-même offrit ensuite d’installer les œuvres des artistes donateurs dans le grand hôtel particulier du château Dufresne où le Musée d’art contemporain de Montréal a été officiellement inauguré, le 12 juillet 1965.C’était une autre époque, qui peut sembler préhistorique, même aux plus de trente ans.Les citoyçns pou-j valent alors faire bouger l’État.Il y I avait même alors un professionnel, un ministre des Affaires culturelles jet un maire de Montréal amateurs ! d’art contemporain.On croit rêver! Le rêve a tenu le coup.Et après I maintes crises de croissance, le Mu-! sée se prépare donc à fêter son trentième anniversaire officiel avec une exposition rappelant ce valeureux temps de sa jeunesse.L’événement va réunir une trentaine des œuvres données à l’époque de la fondation.Non pas les plus vieilles de la collection, mais assurément celles qui y dorment depuis le plus longtemps.La très grande majorité, sinon toutes, en seront d’ailleurs à leur première sortie au grand air en trois décennies.Même des pièges Trente ans, c’est long.C’est-à-dire à l’échelle de l’art contemporain (et même moderne) qui a favorisé la multiplication des techniques et des matériaux (du sable à la graisse en passant par le néon et l’écran cathodique) et qui a en même temps délaissé plus ou moins délibérément le «bon vieux métier», de la prépara- * s* V mm i £3Ü /V *hj M nil il I) 10 LE DEVOIR ceux cflu1 De Vienne la Rouge à Montréal la «drabe» continuons la comparaison camarades.SOPHIE GIRONNAY uand on voit ça, dit Richard de la Riva, ça donne mal au cœur: on voudrait bien pouvoir en faire autant.» Richard de la Riva n’a jamais réalisé de logements sociaux, même si les habitations pour premiers acheteurs qu’il a signées rue Georges-Vanier (dans le cadre du programme municipal L’Art de vivre en ville) compte ici parmi les projets les plus novateurs et intéressants, dans cette gamme de prix.Le «ça» qui lui donne mal au cœur, c’est l’exposition qui se tient actuellement au Centre de design de l’UQAM (jusqu’au 26 février), sur les logements sociaux à Vienne des années 1920 jusqu’à aujourd’hui.Des plans, des dessins, des images en foule témoignent d’une fantastique liberté d’expression architecturale, soutenue et financée par les pouvoirs municipaux.Un de la Riva ne chômerait pas, à Vienne.La capitale autrichienne a connu, dans les années 20, un âge d’or du logement social qui lui a valu le surnom de «Vienne la rouge».Le nouveau régime social-démocrate construisit non seulement beaucoup (quelque 63 000 appartements de 1923 à 1934!) mais aussi bel et bon.Et la tradition s’est maintenue.Depuis l’énorme complexe ouvrier bien nommé du Karl Marx-Hof de 1927, long d’un kilomètre et quelque peu soviéti-sant, jusqu’au-delà des pâtisseries libertaires roses, bleues, dorées, croulant sous la verdure, du peintre-architecte Hundertwasser en 1985 — deux extrêmes emblématiques —, toutes les expériences ont été permises.«Pour les jeunes architectes viennois, dit George Adamczyck, directeur du Centre de design, l’âge d’or des années 20 n’est pas source de nostalgie mais, au contraire, d’énergie, à laquelle ils puisent.» Le HLM est-il voué, par définition, à l’architecture moche et triste, à la monotonie?Vienne prouve que non quand, au Québec, le mot d’ordre a longtemps été «profil bas».De peur de se faire accuser de gaspillage, les subventionneurs ont découragé tout ce qui pouvait donner aux nouvelles bâtisses une apparence trop luxueuse ou sophistiquée (et dans certaines officines, ce serait encore parfois le cas, m’a-t-on chuchoté).Qu’est-ce qu’ils ont qu’on n’a pas, les chanceux Viennois?La kultur, mein Herr, la kulturl «Il existe à Vienne une complicité culturelle entre les architectes et les artistes d’autres disciplines: écrivains, musiciens, etc., explique George Adamczyck.Les significations qui sont exprimées dans un bâtiment peuvent jouer sur plusieurs registres qui nous seront, parfois, inaccessibles, parce qu’il s’agit d’une conversation entre deux architectes par bâtiment interposé, au moyen, par exemple, d’un détail de construction.C’est comme si les discussions de café s’étaient poursuivies dans l’architecture à travers un échange, une complicité a priori.Comme si tout le monde œuvrait à créer cette espèce d’identité et d’atmosphère viennoises.» Dans Vienne la rouge, commandes ou concours se faisaient toujours sous la responsabilité d’architectes coordonnateurs.Le fameux Adolf Loos lui-même fut en charge de l’urbanisme.«Il y a un souci permanent de la qualité de l’architecture, vue pas seulement comme une qualification, une plus-value, mais aussi comme un savoir qui fait partie de la tradition viennoise.Ce n’est pas un savoir parachuté mais porté par les architectes eux-mêmes, qui en sont un peu les gardiens, les jardiniers et les expérimentateurs.A partir du moment où l’architecture est vue comme une composante de la culture, en situation de dialogue avec les autres composantes, ça devient difficile de court-circuiter ça.Elle n’a pas ce statut-là ici.» Montréal modeste Les architectes Boutros + Pratte viennent d’essuyer les plâtres de ce qui sera sans doute le dernier HLM neuf à être construit à Montréal.Beau temps pour un bilan.Faute de subventions pour constructions neuves — coupées il y a deux ans, au grand dam de groupes comme le FRAPRU, qui manifestait encore cette semaine à la défense des mal-logés — l’Office municipal d’habitation de Montréal (OMHM) termine les projets en cours, avant de se consacrer exclusivement à la gestion des 16 682 logements qu’il a bâtis ou rénovés depuis sa création en 1969.Jacques Parenteau, qui encadrait, guidait, chouchoutait, rassemblait, réconciliait les équipes d’architectes et d’entrepreneurs engagées par l’OMHM depuis quinze ans, n’aura plus qu’à se recycler.«L’OMHM est un bon client, affirme Raouf Boutros.Si ce n’était pas de Jacques Parenteau qui nous a soutenus tout du long dans notre effort de qualité.(il a même tenu bon contre l’avis du Comité Viger!)» Et il a bien fait, car si Plaza Laurier marque la fin d’une ère en construction d’HLM, on peut dire qu’elle la termine avec les honneurs.Plaza Laurier, un projet en trois phases de tailles diverses distribuées autour du coin Laurier et Henri-Julien, manifeste un très haut souci de qualité architecturale, avec plus ou moins de bonheur suivant les morceaux, mais avec une élégance d’ensemble très remarquable.Jusqu’à maintenant, le bureau Boutros + Pratte s’était signalé surtout par des rénovations raffinées (comme l’usine Canadian Bag changée en condos au bord du canal Lachine).Mais ce projet fait à juste titre la fierté de Raouf Boutros: «Moi, dans ma tête, je ne fais pas des choses pour les pauvres, et d’autres pour les riches, ça ne tient pas», dit-il.Oui, il existe bel et bien un style architectural du logement social montréalais, qui s’est doucement affirmé à travers les meilleurs projets (des exceptions, tout de même).Il se distingue par l’usage de'la brique, un dépouillement frisant l’austère, un jeu tout en finesse sur les ouvertures, les balcons, les accès.Subtil, mon vieux, supersubtil.Car il s’agit de faire plus avec moins, sans ostentation, à l’intérieur de règles strictes et de budgets serrés (45 000 $ par logement).Les balcons sont obligatoires, les grandeurs de pièces prédéterminées.Pour un architecte, au fond, c’est le test suprême.«Pour économiser, dit Raouf Boutros, il faut compter beaucoup sur la répétition, marcher sur une trame forte et bien balancer les pleins et les vides, donner un dynamisme aux élévations extérieures, pour éviter cette image terne qui signale le logement social.» Plaza Laurier est une boîte simple, faite de murs à pic sans rien qui dépasse, mordus par des trous.Tout l’art tient dans le rythme des percements et dans la finition.Dans la troisième phase, par exemple, il fallait démolir un duplex fichu et le remplacer par un trois-étages.M.Boutros a voulu conserver le souvenir du volume détruit: il a donc fini les premiers étages à la brique, et le troisième à la pierre.Le percement du balcon du haut est inversé, pour laisser apparente, sur le mur mitoyen, la trace de l’ancien bâtiment, une ligne de briques rouges.À l’arrière, une colonne de pierres masque l’escalier de secours.«Ah, cette colonne, j’y ai passé mes honoraires dix fois!», dit M.Boutros.Ça et les pierres verticales d’un seul bloc qui ajoutent aux ouvertures une note toute simple de grand chic.Il en a fallu, des heures d’insistance, pour que l'entrepreneur se résigne à les mettre.De par la loi, l’OMHM engage l’entrepreneur qui a été le plus bas soumissionnaire, puis l’impose à l’architecte (lui-même embauché par roulement du fichier central gouvernemental): «La concurrence joue dur et on ne se retrouve pas forcément avec les ouvriers les plus qualifiés.Parfois, l’entrepreneur finit même par convaincre le client que tel ou tel détail est superflu.Il faut résister aux pressions, surveiller le chantier constamment, ne pas céder.» Une longue expérience en habitation a permis à Raouf Boutros et Jean-Jacques Pratte d’utiliser un maximum d’astuces pour créer des espaces intérieurs lumineux et d’apparence vaste, malgré l’exiguïté: baies de fenêtres en angle, cloisons partielles, divisions symboliques, découpage de gypse, et parfois même jeux de couleurs.«Tous les moyens sont bons», dit Raouf Boutros, qui conclut que pour un architecte, l’expérience du HLM est exigeante mais stimulante: «Parce que ce sont des projets importants dans le cadre d’une ville puisque nous contribuons à revaloriser des quartiers qui n’intéressent pas les promoteurs privés.Et parce que nous servons des gens défavorisés.Je crois qu’il faut rester animé d’une mission, et ne pas gaspiller les grands principes de l’architecture.Surtout pas, encore moins peut-être, lorsqu’il s’agit de logement social.» Au Québec, un architecte peut-il s’exprimer dans le cadre serré du HLM?«Oui!, clame d’emblée Dan S.Hanganu.Non pas une architecture extravagante, mais la modestie a ses vertus.Les budgets sont serrés, soit, mais réalistes.Si on compare à la France, où l’architecture la plus innovatrice est celle qui se fait dans les logements sociaux, c’est vrai que chez nous on est plus conservateur.Si quelqu’un devait encourager l’innovation, selon moi, ce devrait être le pouvoir, mais au moins, pour l’instant, ils font plus que les promoteurs privés.Et M.Parenteau de l’OMHM est un type bien.» Dan S.Hanganu a marqué le logement social avec des projets fondateurs comme l'Habitation Crémazie (1986) sculpture monumentale en éperon sur Bern, face au Métropolitain.(À voir, aussi, l’Habitation Rachel sur Papineau).Réal Paul est moins affirmatif: «Le HLM est un bon cadre de tra- vail, qui demande d’exercer à fond son habileté et son imagination, et un bon domaine pour les jeunes bureaux.Mais les résultats sont très inégaux, parce qu’il faut vraiment tenir son bout tout le long, et ça dépend des caractères.Nous avons voulu donner aux gens un cadre dont ils sont fiers, dont ils prendront soin, mais tout les paliers de pouvoir ne pensent pas comme ça.» Réal Paul obtenait en 1994 une mention aux prix d’excellence de l’Ordre des architectes pour Jérôme-Le Royer, sis au 14 200, rue Notre-Dame Est.En route, admirez les Habitations Notre-Dame, par Pierre» Boyer-Mercier, dans le quartier Maisonneuve.Avis Le peintre viennois Hundertwasser fait aussi l’objet d’une exposition à la Galerie landau, rue Sherbrooke, jusqu'au 25 février.
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