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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier A
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 1995-10-11, Collections de BAnQ.

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Vol.I.X X X V I N o 2 3 (i T V U / T o r o il I o IS FONDE 19 10 MONTH K Al., I.K MERCREDI II OCTOBRE III» .1 i r> c T I’ S Christia n Rioux PERSPECTIVES Mardi noir en France En ménageant tout le monde, Chirac n’a réussi qu’à mécontenter tout le monde Grand événement collectif, la grève générale est devenue le symptôme du ras-le-bol des classes moyennes.En promettant «plus de social» et «plus de rigueur», le gouvernement français n’a peut-être réussi qu’à mécontenter tout le monde.Cfc est une tradition bien française à la-/ quelle personne n’échappe.Il y en a qui prennent la chose à rebours, comme un châtiment de la providence qui fera de leur journée une lente descente aux enfers.D’autres préfèrent la prendre du bon côté et profiter de l’été indien (25 °C à Paris) pour aller cueillir des cèpes dans le bois de Marly.Après tout, c’est la saison! Mais pour la plupart, la journée de grève générale d’hier qui a paralysé toute la fonction publique française aura commencé, comme à l’habitude, par un concert de klaxons à tous les carrefours.Elle se sera poursuivie par des embouteillages monstres de l’aube jusqu’à tard en soirée.Ceux qui se sont risqués dans le métro n’ont eu droit, dans le meilleur des cas, qu’à une rame sur quatre.Quant aux milliers de banlieusards qui dépendent du chemin de fer, ils ont dû s’entasser sur des quais bondés, certaines régions étant même totalement privées de trains.Personne n’a échappé à ce qui prenait parfois l’allure d’un grand happening collectif.Ni les écoles, ni les garderies, pour la plupart fermées.Ni la poste, ni la Corse privée de traversier.Les transports aériens ont été complètement perturbés et les contrôleurs de Montpellier, Perpignan et Limoges ont tout simplement fermé l’aéroport.Seule consolation, les policiers, qui n’ont pas droit de grève, distribuaient hier de fausses contraventions.Encore fallait-il pouvoir en profiter ailleurs que coincé dans un embouteillage.Le quotidien Le Parisien a gracieusement offert à ses lecteurs auto-stoppeurs une pleine page couleur sur laquelle était inscrit «Stop: je cherche une place».Même le Tartuffe de Molière et la chanteuse allemande Ute Lemper ont fait relâche aux théâtres publics de l’Europe et de Chaillot.Heureusement, ont tenu à préciser les fonctionnaires, l’électricité, le gaz et le téléphone ne seront pas coupés! Il y a cinq ans que ce cérémonial, courant dans les années 80, ne s’était pas répété avec une telle ampleur.Mais ce qui ailleurs déclencherait la colère reste en France relativement bien accepté.57 % des Français se disent favorables à la greve générale et seulement un sur quatre s’y déclare hostile.Plus d’un salarié du secteur privé sur deux soutient la journée d’action de ses collègues du secteur public.Les Français sont-ils tombés sur la tête?Pendant que le monde entier rechigne contre l,a «paresse» et les «privilèges» des employés de l’État, seulement un Français sur trois trouve qu’il y a trop de fonctionnaires et 66 % estiment qu’ils remplissent bien leur rôle.Parmi les services qui recueillent un haut niveau de satisfaction, on trouve la poste, la police, les trains et l’école! Honnis dans les années 80 et accusés de vivre aux crochets de la majorité, les fonctionnaires seraient-ils en voie de devenir le symbole des classes moyennes touchées par les réductions de personnel et les gels de salaires?Bien sûr, on trouve plus qu’incongrue cette sécurité d’emploi héritée du Moyen Age, que les fonctionnaires sont les seuls à posséder.Mais la plupart des Français reconnaissent que les employés de l’Etat sont souvent mal payés — on pense aux postiers, aux institutrices.Us envient même leur capacité de faire grève pour se faire entendre.Que faisait le gouvernement de Jacques Chirac pendant que des milliers de grévistes envahissaient les rues de Paris?Eh bien, il était comme la plupart des Français coincé dans un embouteillage, incapable de trouver la sortie.Forcé de tenir ses promesses de maintien du service public et de création d’emplois, le voilà confronté à la pression des marchés financiers qui font chuter le franc pendant qu’à l’horizon se profile la dette française dont dépend en dernière instance l’union monétaire annoncée d’ici l’an 2000.La confrontation était inévitable.Et elle risque de se poursuivre, le gouvernement Chirac ayant promis le beurre et l’argent du beurre.La France est un des rares pays occidentaux où les dirigeants se sont fait élire en promettant «plus de social» et «plus de rigueur».«La feuille de paie n’est pas l’ennemi de l’emploi», disait il y a cinq mois le candidat Chirac encadré par le libéral Alain Madelin, à droite, et le social Philippe Séguin, à gauche.Résultat: jamais un gouvernement n’avait chuté aussi vite dans les sondages.Ën ménageant tout le monde, on n’a réussi qu’à mécontenter tout le monde.57 % des Français se disent favorables à la grève générale des cinq millions de fonctionnaires INDEX M É T E 0 Agenda ,.B9 Avis publics.B5 Classées ,.B8 Culture ,.B10 Économie .Bl Éditorial .A6 Le monde .B5 Mots croisés., .B8 Les sports .B8 Montréal Ensoleillé avec passages nuageux.Max: 17 Québec 30 % de possibilité d'averses le matin.Ciel variable par la suite.Max: 15 Détails en B 5 LES ACTUALITÉS Paris accueille favorablement Le Confessionnal PAGE A 2 LE MONDE Israël remet le contrôle d'un village à l'OLP PAGE B 6 CULTURE Une stupéfiante Albertine à l'Espace Go PAGE B 10 Daniel Johnson prédit qu’un OUI coûterait 92 300 emplois KATHLEEN LÉVESQUE LE DEVOIR Québec — Daniel Johnson a ressorti le boulier de cristal, hier, en établissant à 92 300 le nombre de nouveaux chômeurs que créerait la victoire du OUI le 30 octobre.Du coup, le reste du Canada subirait l’effet domino de cette crise en perdant des centaines de milliers d’emplois.Déjà lundi, M.Johnson avait commencé à brosser un sombre tableau.Il concluait à la disparition, dans le fief souverainiste du Saguenay-Lac-Saint-Jean, d’environ 4000 postes dans la fonction publique fédérale.Hier, il a précisé que les régions de Montréal et de l’Outaouais encourent les plus grands risques de pertes d’emplois.Et aux gens d’affaires de la Chambre de commerce de Québec venus entendre son message fédéraliste, Daniel Johnson a finalement souligné qu’«il ne sert à rien d’être une capitale d’un pays affaibli».«Il est évident que minimalement, on s’en va dans des sables mouvants au lendemain d’un OUI», a averti M.Johnson, qui faisait campagne à Québec.Le chef fédéraliste s’appuie sur les conclusions d’onze études, dont cinq commandées par le ministre Le Hir, traitant des impacts de la séparation du Québec sur l’économie ou l’emploi.Parmi celles-ci, on retrouve l’étude (1991) de l’éco- nomiste Pierre Fortin, effectuée dans la foulée de la loi 150 (Commission sur les coûts d’accession du Québec à la souveraineté), qui chiffre les pertes d’emplois à 37 000, ainsi que celles de Patrick Grady, dont le scénario est le plus sombre avec l’élimination d'un minimum de 185 000 emplois au Québec.«Il y a unanimité des tous les chercheurs, professeurs d’université, analystes financiers, économistes, comptables, que la séparation du Québec signifie des pertes d’emplois.Dans un scénario moyen, c’est 92 300 emplois de moins, en présumant de l’union monétaire, douanière VOIR PAGE A 8: JOHNSON Rencontre «fri, PHOTO PC LE PREMIER MINISTRE Jacques Parizeau et le ministre fédéral des Affaires étrangères, André Ouel-let, se sont effleuré la main, hier à Québec, lors de l’inauguration de la place de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture).Le ministre Ouellet a profité de l’occasion pour blâmer en termes à peine voilés M.Parizeau pour son attitude vis-à-vis certains gens d’affaires.M.Ouellet s’est servi de la mémoire de Lester B.Pearson, un des fondateurs de la FAO, pour faire l’éloge du «fédéralisme coopératif».Ses propos ont soulevé l’ire de l’épouse du premier ministre, Lisette Lapointe, qui a précipitamment quitté la tribune des invités en guise de protestation, M.Parizeau a qualifié l’attitude de son adversaire politique «d’incorrection extraordinaire».Nos informations en page A 5.De la «pétro-bourgeoisie» aux «mollahs Mercedes» Le salaire d’un Iranien est le quart de ce qu’il était il y a 16 ans; l’an dernier, les prix ont doublé et même triplé au pays des mollahs et pourtant, l’Iran des riches se porte à merveille.En fait, il ne s’est jamais aussi bien porté depuis la révolution de 1979.Mais le pays demeure ravagé par des luttes intestines.PAULE ROBITAILLE COLLABORATION SPÉCIALE 1 Téhéran — Dans le nord cossu de la ¦ capitale iranienne, un boom immobilier secoue la montagne.D’immenses immeubles résidentiels d’un blanc ostentatoire qui brillent au soleil poussent partout.Les villas clinquantes des nouveaux riches viennent obstruer la vue des grosses maisons de l’ancienne bourgeoisie.Les soirs de fin de semaine, toujours dans le nord, les pizzerias du parc Quétariyé sont bondées de monde.Des dames bien maquillées se regardent régulièrement dans le miroir, ajustant leur petit foulard de grand couturier pour mettre en évidence leur toupet.Ici, les tchadors, les longs voiles noirs symboles d'humilité, n’ont pas leur place.L'IRAN fl ‘ APRES LA Nissan Patrol et Mercedes Benz se succèdent dans le stationnement.En Iran, les nouveaux caciques ont monopolisé toutes les limousines.«L’islam est pour l’égalité, pour la justice sociale!», disait le clergé au bon peuple durant les grandes manifestations de l’hiver 1979.On jurait qu’on allait redistribuer la richesse, celle du pétrole, entre autres, dont on accusait le shah et sa suite de s’approprier.L’Iran est !e quatrième pays producteur du précieux or noir au monde.Et pourtant, malgré la révolution et toutes ses promesses, les riches sont toujours ceux qui incarnent le pouvoir ou gravitent autour de lui comme au temps du shah.Le népotisme règne.Cette fois, le clergé a VOIR PAGE A 8: IRAN «Lucien, Lucien, Lucien!» L’effet Bouchard agit rapidement: les militants se pressent, l’émotion monte PAUL CAUCHON LE DEVOIR Le chef du Bloc québécois, Lucien Bouchard, a montré hier qu’il entendait prendre le plus de place possible dans la campagne du OUI, et tout ceux qui suivent la caravane officielle du OUI ne pouvaient que constater l’effet Bouchard.Il n’était pas encore neuf heures que dans un centre communautaire de Sorel, le Centre Notre-Dame, environ 400 personnes attendaient fébrilement sa venue, malgré l’heure matinale, alors que les organisateurs avaient, paraît-il, prévu en attirer 200.Sur l’heure du dîner, à Saint-Hyacinthe, Lucien Bouchard était encore chaudement applaudi par quelque 200 militants, qui insistaient pour lui faire signer des autographes et lui serrer la main, scandant, comme dans la matinée: «Lucien, Lucien, Lucien!» Hier soir, ils étaient encore un millier de partisans ravis à l’acclamer dans une grande salle de Château-gu I.E U E V 0 I R .L E M E R C R R D I 0 C T 0 li l< K I I) » 5 D I T 0 R I A J La paix?B rousse au Fr an ç ois Iji Bosnie est-elle enfin au bout du tunnel?Au moment où l’ONU s’apprête à passer la main à l’OTAN, où s’ouvre à La Haye le procès exemplaire d’un criminel de guerre serbe, et ou la démission de Yasushi Akashi, émissaire de l’ONU sur le terrain, est un symbole d’espoir, on peut répondre: oui, peut-être.L ’immense scepticisme avec lequel on peut légitimement accueillir la «paix» en Bosnie — ou plutôt la tentative de cessez-le-feu à retardement mise au point la semaine dernière par les médiateurs américains — est conforté lorsqu’on constate, comme on a pu le faire toute la journée d’hier, la persistance des e passage de l’échéance prévue combats malgré pour la cessation des hostilités (hier matin à minuit et une).Cette persistance des combats contraste cruelle-rment avec le discours qu’on entend ces jours-ci à Londres, à Paris et surtout à Washington.11 y a là 'toute la distance entre la diplomatie des trois dernières années, et la dure réalité du terrain dans les Balkans.ii- Pourtant, il y a des raisons qui peuvent faire espérer que les combats tirent vraiment à leur fin dans cette terre labourée par la tragédie depuis maintenant près de quatre ans.La lassitude, la fatigue générale, la reconquête par les Croates et les forces gouvernementales bosniaques de terres qui leur sont de toute façon attribuées :dans les plans de partition en vigueur, tout cela.conforte un espoir mitigé.Simple poussée de fièvre avant l’accalmie définitive?C’est en tout cas ce qu’on répétait au cours des quatre derniers jours, qui, précisément, séparaient la signature de l’accord de sa supposée mise en application sur le terrain.- Dans cette optique, les différentes «factions» (cette expression, encore insultante il y a trois mois, au vu de l’insolente domination d’un agresseur sur toutes les autres parties, est aujourd’hui plus confor- En Bosnie, un espoir très fragile me à une réalité militaire qui tend au rééquilibrage) cherchent à se mettre dans la meilleure position possible pour l’heure H du cessez-le-feu.Ce qui expliquerait les ultimes atrocités serbes de ce week-end, notamment contre ce camp de réfugiés près de Zenica, et les ultimes poussées des forces croato-bosniaques.11 reste cependant, aujourd’hui, impossible de tabler sur la stabilité future de ce territoire dont l’instabilité historique est proverbiale.Au mieux, la pane qui se profile sera une «paix froide», confirmant et «fixant» l’horrible épuration ethnique.Au pire, il s’agira d’un énième trompe-l’œil diplomatique, dans une tragico-médie qui en a connu une enfilade presque sans fin.Car de nombreux périls pèsent encore aujourd’hui sur cette étrange «paix» attendue.Prenons deux exemples entre mille.D’abord, la promesse de «droit au retour chez eux de tous les réfugiés déplacés», inscrite en toutes lettres dans l’accord de la semaine dernière, contredit largement le «principe de la séparation» entre les communautés de l’ex-Bosnie, qui est à la base même de la solution retenue.11 y a ensuite la présence de deux républiques bien assurées de leur pérennité — la Serbie de Slobodan Milosevic et la Croatie de Franjo Tudjman — qui encadrent littéralement une «Bosnie» réduite et toujours vulnérable.Deux républiques dont le comportement futur à l’égard de la troisième reste une grande inconnue.Surtout lorsque, après toutes ces années d’atrocités serbes, les nouvelles en provenance de Croatie — notamment dans l’épuration ethnique de la Krajina reconquise — rappellent, certes à une plus petite échelle, de douloureux souvenirs récents.La paix?Attendons voir.Une inféodation Lise Bisson nette a crédibilité du chef du Parti libéral du Québec, Daniel Johnson, est gravement entachée par les dénégations qu’il multiplie autour de la position constitutionnelle de sa formation.Son explication ne tient pas.Pire, elle est le signe d’une inféodation sans précédent à son partenaire fédéral.! Rappelons les faits.À la fin d’avril dernier, le réseau TVA met la main sur un document issu du Parti libéral du Québec, une large réflexion socio-économique et constitutionnelle dont on retiendra surtout qu’elle propose désormais aux Québécois «l’affirmation tranquille», et la réforme de la fédération par simples «ententes administratives».Tout en souhaitant la reconnaissance d’un droit de veto québécois sur tout futur amendement constitutionnel, le document ne proposait aucune stratégie pour y arriver, et avalisait en pratique l’impasse créée en 1982 par le rapatriement de la Constitution sans le consentement du Québec.Dès le lendemain, M.Johnson répudiait le docu-, ment, niait qu’il soit l’œuvre du comité de son parti sur «l’évolution du fédéralisme canadien» (comité Richard) et le traitait de «brouillon» émanant du seul ' cerveau d’un «recherchiste».Il suffisait de voir le texte de 123 pages, sa structure et sa maquette, l’identification partout présente du «Comité sur l'évolution du fédéralisme canadien», pour prendre la thèse du recherchiste égaré avec un grain de sel.Cinq jours plus tard, par inadvertance, M.Johnson la discréditait lui-même: il prononçait à Ottawa un discours dont notre collègue Michel Venne a fait l’exégèse pour y retrouver, un peu partout, des passages littéralement copiés du «brouillon» que le chef : libéral avait, disait-il, mis à la poubelle dès la premiè-: re lecture.Autrement dit, le fameux document était si authentique que déjà matière centrale à discours du chef, et M.Johnson ne l’avait répudié que pour la galerie.La «note» fédérale que le Parti québécois a publiée lundi vient tout simplement confirmer les énormes libertés que M.Johnson a prises avec la vérité en avril.Le sous-ministre aux Affaires intergouvemementales du Canada, Ronald Bilodeau, qui cite au texte le fameux document «sur l’évolution du fédéralisme», le résume à l’intention de la ministre fédérale du référendum, Lucienne Robillard.Datée du 12 avril, la note distribuée à une dizaine de hauts gradés du gouvernement fédéral, y compris au bureau du premier ministre, affirme que «le document est presque en forme finale», l’attribue nettement au Comité Richard, et précise que le PLQ en retarde la publication pour des raisons stratégiques.De plus en plus mal enferré dans sa fiction, M.Johnson a d’abord traité hier M.Bilodeau de «vague fonctionnaire», avant de l’accuser d’être «mal informé».Ce qui équivaut à accuser d’incompétence le ministère fédéral qui gère, pour Ottawa, la relation Québec-Canada.En maniant aussi mal le camouflage, M.Johnson ne réussit qu’à mettre en évidence la soumission à laquelle il consent.Même faiblarde, sa position constitutionnelle contredisait des positions fédérales, comme le souligne M.Bilodeau: le chef du PLQ l’a donc mise sous le boisseau.Il a accepté ce que voulait M.Chrétien, défendre un NON sans condition, qui serait par conséquent un chèque en blanc aux politiques fédérales d’intrusion continue dans les affaires des provinces.En 1980, faut-il le rappeler, le PLQ ne mangeait pas de ce pain-là.Il avait formulé ouvertement ses revendications dans son fameux «livre beige» et M.Ryan, alors chef du parti, ne soumettait pas ses «brouillons» à M.Trudeau, alors premier ministre du Canada.C’est ce qui a permis au PLQ de s’opposer au coup constitutionnel de 1982.De sa répétition, à laquelle un NON donnerait le feu vert, M.Johnson serait cette fois complice.LETTRES -?- Survivance des Français d’Amérique Le référendum de 1995 n’est pas une affaire de parti politique, mais de survivance des Français d’Amérique.Québec sera toujours le berceau des premiers bâtisseurs d’un pays où nous parlerons toujours français, la seule «distincte» parmi les autres provinces du Canada, puisqu’elle a la forme d’un cœur.Elle est prédestinée à accomplir de grandes choses que nous n’avons jamais pu faire à cause de cette peur, qui dure depuis 128 ans; nous serions les plus riches du monde! Ce référendum sera cette chance unique, si les Québécois savent s’unir en une seule voix: «liberté».Répétons ensemble: «Une nation sage conserve ses archives, recueille ses documents, fleurit les tombes de ses morts illustres, restaure ses importants édifices publics et entretient la fierté natio- nale et l’amour de la patrie en invoquant sans cesse les sacrifices et les gloires du passé.» Jeanette Coron 87 ans Mont Saint-Hilaire 1" octobre 1995 Monntry-all Sera-ce la future orthographe de l’ex-métropole du Canada?De l’ex-capitale de la Révolution tranquille et de la culture française hors la France?C’est en tout cas ce qu’elle mériterait actuellement si l’on se fie aux résultats des derniers sondages, qui montrent, comme tous les Québécois vivant en dehors de l’île le présument depuis un certain temps, que les Montréalais vont voter NON au prochain référendum.C’est quand même dramatique de constater que ce sont les habitants de la plus grande ville du Québec qui vont, par manque de mémoire ou de fierté, forcer tous les autres Québécois à rester enli- sés dans le bourbier de la Constitution canadienne.Cette réponse que donnent pour l’instant les Montréalais à une question simple, claire et sans détour (malgré ce qu’en ont dit certains) reflète un manque de dynamisme, de lucidité et de jeunesse des plus inquiétants.Montréal serait-elle entrée dans une phase de déchéance, après les florissantes années 70?Cette espèce de pouvoir décisionnel que pourront exercer les Montréalais constitue toutefois une arme à deux tranchants, dont le deuxième coupe nettement mieux.Ils doivent se rendre compte que s’ils réévaluent leur position jusqu’à voter majoritairement OUI le 30 octobre prochain, le Québec se rapprochera de l’accession à la liberté pour laquelle tant de ses citoyens se sont battus et se battent encore.Miguel Deschênes Saint-Bruno 1” octobre 1995 DOUVE ILE CARRIERE ^OOR ÜSêTTE pi AP* y* 4 y/' S*-'f V f ! Le ressort de la peur lus encore qu’en 1980, la peur est au cœur de la campagne du NON.Dans les milieux politique et financier fédéralistes, on voit le OUI comme une menace à l’ordre établi et aux intérêts d’une certaine élite.Plus concentrée que dans tout autre pays occidental de taille comparable, l’élite nationaliste canadienne, tant francophone qu’anglophone, panique face à la possibilité de voir le Québec devenir souverain.D’où les injures bien senties sur la présumée «petitesse» du Québec et sur le désir de vouloir «écraser».Le ton du camp du OUI a immédiatement monté à la suite de ces invectives.On procéda ensuite à la nomination de Lucien Bouchard comme négociateur en chef d’un éventuel partenariat avec le Canada.Jouissant d’une forte crédibilité auprès de nombreux Québécois et de leur confiance, M.Bouchard incarne le désenchantement vis-à-vis d’un fédéralisme qui se refuse à négocier une nouvelle relation Québec-Canada.De concert avec Jacques Parizeau et Mario Dumont, il complète l’équipe politique qui jouit de la confiance de la majorité des Québécois.Mais 1980 a clairement démontré que la confiance et la popularité ne suffisent pas.Pour contrer la peur imposée par le camp du NON, il faudra plus, beaucoup plus.Avant tout, les souverainistes doivent trouver le moyen de rassurer rapidement et explicitement la population — au delà des personnalités — quant à la certitude d’un partenariat.Tous les sondages démontrent qu’avec une telle certitude, le OUI dépasse facilement les 55 %.Ce n’est pas rien.Il importe également de débattre durement du fond de la question, soit la marginalisation politique croissante du Québec à l’intérieur du Canada et la nécessité de se gouvernersoi-même.De 1971 à 1992, le Québec, le gouvernement fédéral et le Canada anglais ont procédé à moult négociations constitutionnelles.Une seule constante les dominait: la demande du Québec d’établir une relation égalitaire avec le reste du pays.Dès 1963, la Commission Lauren-deau-Dunton parlait de «recommander les mesures à prendre pour que JT-* OSÉE L E G A U L T ?la Confédération canadienne se développe d’après le principe de l’égalité entre les deux peuples qui l’ont fondée».Dans sa version anglaise, la Commission parlait carrément d’un equal partnership! Les concepts de «partenariat» et d’«égalité» n’ont donc rien de nouveau.Mais que s’est-il passé depuis?Ce rêve d’égalité ne s’est jamais réalisé et ne se réalisera jamais à l’intérieur d’un Canada dont l’identité nationale se cimente de plus en plus sans le Québec.Après avoir subi un rapatriement qui réduisait ses pouvoirs — entre autres sur la langue — le Québec a perdu jusqu’à sa capacité d’initier des négociation?à l’intérieur du cadre canadien.A ce chapitre, rien n’est plus explicite que la combinaison de l’alignement complet du PLQ sur le PLC, et du refus d’Ottawa comme du Canada anglais d’établir cette nouvelle relation.La nouvelle sagesse dominante au Canada anglais fut exprimée dans un article de Clyde Wells paru récemment dans The Gazette.Il écrit: «Nothing in history justifies the proposition that Canada is a two-part partnership»] (.) «every province is equal in its status and rights».En d’autres termes, la seule façon de briser ce moule est de donner au gouvernement du Québec le mandat explicite de négocier une nouvelle relation avec le Canada- Mais pourquoi donner ce mandat?Parce que la gouvernance réelle de soi est devenue clairement impossible à l’intérieur du Canada.La nécessité de devenir pleinement souverain devient incontournable face à un nationalisme canadien qui exclut de plus en plus le Québec.En fait, l’identité nationale canadienne se renforce au gré de deux tendances antinomiques.Primo, une culture politique qui se veut «com- A P R 0 -?— P 0 S .de pénurie de main-d’œuvre Lors de la dernière récession, la proportion d’entreprises manufacturières à court de travailleurs spécialisés n’a jamais été inférieure à 2 %.Au troisième trimestre de 1994, cette proportion atteignait 4 %, témoignant ainsi de l’amélioration qu’a connue l’ensemble de l’économie cette année-là, en particulier LE DEVOIR E N R I BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FONDE PAR Directrice LISE BISSONNETTE Rédacteur en chef BERNARD DESCÔTEAUX Vice-président, finances et administration FRANÇOIS TI10UIN Directeur de l'information CLAUDE BEAUREGARD Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, GUY TAILLEFER Rédacteur en chef adjoint JEAN ROBERT SANSFAÇON Directeur artistique ROLAND YVES CARIGNAN 2050.ruede Bleury, 9' étage, Montréal (Québec) 113 A SM 9.Tél.: (51 4) 985-3333 FAIS CE QUE DOIS munautariste», tel qu’en attesté la protection accordée à certains droits collectifs dans la Charte fédérale dès droits et libertés.Au mieux, le Qüè-bec, ou plus spécifiquement ses frah-cophones, sont considérés comMe une communauté parmi d’autres.Par contre, le Canada est submergé par une impressionnante vagüe de droite marquée par un individualisme de plus en plus féroce.En témoignent les taux de popularité saiis précédent des gouvernements lès plus durs du pays, y compris celui de Jean Chrétien.Ce qui menace’de front le communautarisme pourtant minimaliste du cadre canadiéh.Coincé entre ces deux grandes tendances — communautariste et irtdi-vidualiste —, le Québec attendfa longtemps l’heure de sa reconnàis-sance comme nation distincte et l’obtention de pouvoirs conséquents.Tout récemment, Robert Bourassa faisait une sortie contre la souveraineté qu’il qualifiait de concept dépassé.Le Québec, nous disait-il, aurait tous les pouvoirs dont il a besoin.Et pourtant, on ne lui fera pas l’injure de croire qu’il aura traîné le Canada tout entier à travers trois psychodrames constitutionnels pour rien.On lui prêtera plutôt l’intelligence de comprendre la nécessité de rétablir un rapport de forcés qu’il aura eu l’erreur historique de détruire lui-même en 1990.On le considérera suffisamment perspicace pour qu’il comprenne les dangers réels d’un nationalisme canadien qui nie l’existence d’une nation québécoise.Si le fédéralisme est bel et bien le régime de l’avenir, comme il le prétend, seules les fédérations véritablement multinationales — et non seulement multiethniques — risquent de survivre.Ce qui, M.Bourassa l’aura compris, est loin d’être le cas du Canada.?Note de campagne: Lisette La-pointe annonçait récemment son prochain départ du gouvernement.De nombreuses Québécoises vont regretter ce geste.Mais elles auront apprécié de voir un premier ministre montrer autant de respect et de reconnaissance publique pour l’intelligence et la contribution de son épouse.Cela nous aura changé des éminences féminines cachées.dans le secteur manufacturier, où l’on a enregistré une croissance de l’emploi au cours des trois derniers trimestres.L’Emploi et le revenu en perspective Statistique Canada Eté 1995 E i) K V 0 I B .I.K M K It C II K l> I II ü (’ T (I H It K I II II .1 H H La déroute du PLC Pris entre sa peur de l’éclatement du Canada et la montée du Reform Party, le leadership politique actuel n’est pas en mesure de penser la nation plurielle LINDA CARDINAL Science politique, Université d'Ottawa CLAUDE COUTURE Sciences sociales, University of Alberta le epuis le 12 septembre 1994, avec l’arrivée au pouvoir du Parti québécois, le gouvernement libéral de Jean Chrétien n’a cessé d’insister sur l’idée selon laquelle les Canadiens ne seraient pas intéressés à entendre parler de Constitution.Ils veu-ent que l’on s’occupe d’économie et surtout de la création d’emplois et de la lutte contre le déficiL II s’agit bien d’une première, car historiquement économie et Constitution n’ont jamais été mis dos à dos.Au contraire, il y a lieu de reconnaître qu’ils ont souvent été présentés comme un couple inséparable.Il est difficile de ne pas voir dans le discours actuel sur le statu quo constitutionnel un moyen visant à empêcher tout débat sur l’avenir des rapports entre groupes nationaux au Canada.Qui plus est, l’idée de négociations possibles en 1997 n’est que fumisterie.Il n’y a aucun appel ou référence à une possibilité de négociation dans ce récent discours.Nous sommes d’avis que l’opposition entre économie et Constitution afin de justifier un fédéralisme du statu quo apparemment évolutif cache une crise importante de la représentation politique au Canada.En d’autres mots, le jeu actuel des partis politiques fédéralistes serait symptomatique d’une crise du partage du pouvoir.Du fait qu’il n’est la propriété d’aucun, le pouvoir partagé doit permettre à la société démocratique de s’épanouir et de se reconnaître dans ses unités particulières sans que jamais l’une d’elles ne s’approprie la totalité du pouvoir.Le leadership actuel peut difficilement gérer cette crise dans la mesure où il participe lui-même à un mouvement généralisé d’intolérance à l’égard de toute forme de diversité au Canada.Le plus beau pays du monde, en cette année internationale de la tolérance, semble avoir perdu la raison.Incarné d’abord par des formations politiques comme le Reform Party, ce mouvement considère que le Canada aurait perdu son unité en raison d’une trop grandé ouverture à la pluralité.En réaction, nous assistons de plus en plus au Canada à un appel à l’unité qui s’apparente à un appel à plus d’homogénéité, au nivellement de la société canadienne.Le discours du Reform Party sur l’égalité des provinces, la réduction du déficit, sa critique des lois sur les langues officielles et le multiculturalisme sont des cas types de cette quête d’une société homogène.Ultimement, leur opposition à la réalité plurielle de la société canadienne vient renforcer le pouvoir d’un groupe en particulier, celui des Canadiens anglais de souche ou de tout groupe s’étant assimilé à la culture anglo-saxonne conservatrice issue du XVIII' siècle.Les partis souverainistes vont continuer d’œuvrer à l’autonomie du Québec à l’extérieur du fédéralisme issu de la Constitution de 1867, quel que soit le résultat du référendum de 1995.La politique canadienne est dorénavant caractérisée par le paradoxe suivant: l’initiative appartient à la droite, fort bien articulée et organisée, qui vise un projet de société homogénéisant, lequel ne fait que creuser les écarts entre les groupes et, par conséquent, attiser les tensions, notamment entre le Québec et le reste du Canada.Le Parti libéral du Canada contribue à une telle politique en proposant un discours du statu quo qui vient remettre en cause la possibilité de reconnaissance de la spécificité du Québec par rapport au reste de la société canadienne.Il y contribue aussi en se concentrant uniquement sur la crise budgétaire contrairement aux promesses de sa campagne électorale qui étaient de relancer l’économie et de créer des emplois.Le Parti libéral serait ainsi difficilement en mesure d’endiguer la mutation idéologique incarnée par le Reform Party, que vil la société canadienne.De fait, ce qui le distingue du reste de la droite est simplement une question d’intensité dans le projet d’homogénéisation de la société canadienne.Ainsi, le Parti libéral du Canada veut forcer le Québec à accepter le régime d’égalité arithmétique, d’égalité des provinces prôné par le Reform Party.De plus, l’illusion actuelle par rapport au référendum québécois est de croire que le statu quo est porteur de stabilité alors qu’au contraire il est essentiellement un générateur de tensions.Au lieu de favoriser une pensée qui voit le Québec comme un espace distinct, une cité politique avec des préoccupations politiques particulières, le discours du statu quo vient plutôt renforcer le nationalisme misérabiliste qui persiste à voir le Québec comme une victime continuelle du Canada anglais et qui insiste sur l’inefficacité du fédéralisme.La démarche du Parti libéral du Canada porte ainsi atteinte à celle d’un Québec pluraliste et démocratique.Par ailleurs, depuis les années 60, le Parti libéral du Canada a sans doute été l’une des formations politiques qui a le plus œuvré en faveur de l’accommodement entre les différents groupes au pays.Par contre, ses actions n’ont pas empêché le Parti libéral du Québec d’osciller depuis les années 70 entre une vision fédéraliste et une vision beaucoup plus nationaliste de la place du Québec dans la Confédération.Force est de constater que les formations politiques fédéralistes libérales principalement n’ont jamais pu s’entendre sur le principe selon lequel le Québec constitue une nation et non une province comme les autres.Il y a, sur ce plan, une incompatibilité d’idéologie politique entre le Québec et le Canada.Pour cette raison, les partis souverainistes (Bloc québécois et Parti québécois) vont certainement continuer à œuvrer en fonction de l’autonomie du Québec à l’extérieur du fédéralisme issu de la Constitution de 1867, quelle que soit l’issue du référendum de 1995.Malgré les déboires des poli- «r* tiques fédérales d’accommode- SL i ment par rapport au Québec, force nous est aussi de recon- naître qu’une certaine démarche de reconnaissance de l’autre a toujours été au cœur de l’aventure canadienne, principalement grâce à la présence du Québec.Celle-ci a notamment permis d’endiguer les formes homogénéisatrices et conservatrices du nationalisme canadien-anglais revenues en force depuis les années 80, inspirées par la montée de la nouvelle droite aux Etats-Unis et en Angleterre.Cette démarche de reconnaissance de l’autre a aussi permis une représentation de la société canadienne en fonction de sa pluralité plutôt que de ses nationalismes.Cela dit, la montée des nationalismes québécois et autochtones ne révèle-t-elle pas que cette démarche de reconnaissance n’a pas encore été réalisée à son plein potentiel?Par ailleurs, l’ouverture des partis politiques au débat démocratique sur le sujet supposait que le nationalisme pouvait être endigué au profit d’un développement de la pluralité nationale.Or, le problème aujourd’hui est que le Parti libéral, de façon particulière, serait incapable, depuis qu’il est de retour au pouvoir, de relancer le débat sur les possibilités de réformes dans le sens d’une plus grande reconnaissance.de l’autre au pays.Pris entre la crise de l’Etat-providen-ce et un antiaméricanisme peu fécond, pris aussi entre sa peur de l’éclatement du Canada et la montée du Reform Party, le leadership politique actuel n’est pas en mesure de penser la nation plurielle, de favoriser son épanouissement et d’encourager sa visée démocratique.La peur de la souveraineté du Québec surtout a pris le dessus sur toute volonté politique possible en vue de régler la question.Depuis 1982, nous reconnaissons également que les réformes constitutionnelles à l’initiative du gouvernement fédéral n’ont rien réglé par rapport au Québec, si ce n’est que de contribuer à polariser davantage le débat.De plus, 15 ans après le référendum de 1980, il semble que l’opinion publique n’ait guère évolué; près de 40 % de la population du Québec se dit souverainiste, en soi une proportion non négligeable alors que 60 % oscille entre un fédéralisme renouve- lé qui reconnaîtrait la spécificité du Québec et l’idée du statu quo.Il y a donc un Québec qui réclame sa souveraineté sans que l’ensemble des Québécois soient complètement décidés à entreprendre l’aventure souverainiste bien que cela puisse être appelé à changer; alors que de l’autre côté, on retrouve un Canada anglais qui semble prôner majoritairement le statu quo.Cela dit, lorsque l’on tente d’évaluer les effets pervers de la situation politique actuelle, force nous est de reconnaître que l’altitude de fermeture de la part du Canada anglais à l’égard du Québec risque de produire l’effet inverse d’une stabilité fondée sur un fédéralisme consolidé.En réalité, la question qui se pose autant pour le Québec que le Canada est de penser la nation sans le nationalisme borné, de proposer une association entre les deux sociétés — laquelle devrait aussi inclure les Premières Nations —, une association disons-nous, soit à l’intérieur ou à l’extérieur du fédéralisme constitutionnel actuel.Le Québec doit bénéficier des moyens en vue de poursuivre sa démarche d’ouverture sur le monde et son intégration d’une population immigrante à un projet d’une société francophone moderne et interculturelle en Amérique du Nord.Malgré l’importance que nous accordons aux questions budgétaires, nous insistons pour dire que la classe politique canadienne, fédéraliste, sous-estime ^ la portée déstabili- satrice de son discours., Tf / » .’ t /, i .Éi/i m 345SH1 rsa i WM '-m vTr* • -y, 1 tas CARICATURE SERGE CHAPLEAU i Référendum et sondages L’estimation des proportions de classes inconnues Deux éléments dont on parle rarement peuvent biaiser les résultats: les personnes non rejointes et les non-votants PIERRE W.BÉLANGER Université Laval JEAN-J.FORTIER Société de mathématiques appliquées ans un texte récent publié dans Le Devoir, le professeur Drouilly et ses collègues prédisaient une victoire du NON au référendum, pour plusieurs raisons, et en particulier sur la base de la répartition du vote probable ===y des non-répondants et des discrets que les maisons de sondage ont l’habitude de distribuer proportionnellement aux intentions de vote exprimées.Après analyse des sondages et des résultats réels de votation, M.Drouilly et ses collègues estiment au contraire que la répartition des non-répondants et des discrets devrait se faire selon des proportions de 75 % de NON et 25 % de OUI.Devant de pareilles différences, nous croyons qu’il est inadmissible, dans l’état actuel des conaissances, que les maisons de sondage continuent de présenter leurs résultats uniquement selon une distribution proportionnelle des non-répondants.Elles devraient de préférence présenter la répartition des répondants, telle qu estimée par une méthode statistique objective.Il existe une théorie statistique, fruit d une re- cherche très active, dite de «l’estimation des proportions de classes inconnues».C’est le cas, ici, des classes de ceux qui ont une opinion favorable au OUI ou au NON, sans l’exprimer explicitement ou avoir pu le faire.Les individus de ces classes fournissent par ailleurs des indices (indicateurs) d’appartenance à une classe ou l’autre, qui sont leur âge, leur sexe, leur langue d’usage, etc., et les réponses à d’autres questions pertinentes dont di-posent les maisons de sondage.Chacun des non-répondants possède une configuration de ces caractéristiques qui rend plus ou moins probable son «appartenance» au OUI ou au NON.Cette probabilité (qui peut être mesurée à l’aide des réponses des répondants) permet d’estimer la répartition des non-répondants par rapport à l’intention de .vote (par exemple: les Blancs et les Noirs aux Etats-Unis au sujet de la culpabilité d’O.J.Simpson).Cette opération est, selon nous, incontournable à l’approche du référendum où nous serons envahis par les sondages.Il reste aussi deux problèmes, dont on parle rarement mais qui peuvent entacher de biais les résultats de tout sondage: ce sont les personnes non rejointes et les non-votants.Nous croyons que les maisons de sondage, à partir des connaissances qu’elles possèdent des personnes non rejointes (personnes n’ayant pas de téléphone, personnes régulièrement absentes aux heures où sont faits les sondages, répondeurs toujours en fonction, etc.) pourraient estimer leurs intentions de vote; mais il s’agit là d’un problème complexe lorsque les numéros de téléphone servent de liste (frame) d’échantillonnage et qu’ils sont générés au hasard.(Il faut dire que ce biais est en partie corrigé par les maisons de sondage selon une méthode de pondération en fonction de caractéristiques de la population totale.) Quant aux non-votants, on les ignore généralement dans les prédictions du vote.Iœs analystes des résultats des sondages projettent ceux-ci sur les résultats du vote comme si 100 % des électeurs exerçaient leur droit de vote lors de la journée du scrutin.Or, on sait tous que le pourcentage des votants dépasse rarement 80 % et qu’il varie selon certaines caractéristiques (sexe, âge, etc.).Pour bien prédire les résultats du vote à partir de sondages, il faudrait tenir compte des caractéristiques des non-votants et pondérer les résultats en conséquence.Cela revient à estimer le nombre de non-votants dans chaque groupe d’opinion, en utilisant des méthodes statistiques objectives comme celles mentionnées ci-haut Dans ce cas cependant les probabilités doivent être obtenues à partir des réponses à des sondages antérieurs dans lesquels on a posé, entre autres, la question: «Avez-vous voté aux dernières élections?» » Se soumettre, vous dites?tes gens qui vont déjà aux 1 funérailles de l’écrasé risquent de se tromper de corbillard PIERRE VADEBONCOEUR Essayiste i la souveraineté devient hors de question, au S cime politique constitutionnelle qui serai! nôtre ne pourra plus exister.Passé cette limite.nous n’aurons plus do politique.Dans 1a | réalité sinon dans le discours, seulement 1a 1 ' ~ N politique constitutionnelle des autres subsistera.Je ne dis pas que cette échéance, en quelque sorte-finale, doive être envisagée précisément pour demain.Je dis simplement que.dans l’hypothèse considérée, QD doit la tenir pour relativement peu lointaine, et il se pept même quelle soit |x>ur demain.La partie souverainiste vraiment perdue, ne croyez pàs qu’on pourra encore rêver d’un fédéralisme amendé, ou asymétrique, ou décentralisé, ou renouvelé, etc.Ces politiques ou leurs équivalents, susceptibles de nous représenter un peu, n’auront plus la moindre chance de s’imposer, si tant est quelles en aient jamais eu une, car elles ne s’appuieront plus sur une force même virtuelle, ljês «rapport Allait e» et autres propositions de compromis, considérés comme solutions de rechange, appartiennent à une époque révolue, celle des années 80, terminées par la traîtrise de Bourassa.(Encore qu’on pourrait faire, Revivre la plaisanterie de Meech ou proposer celle de Manning.) Désarmés pour le projet souverainiste, nous le ferons alors, par une conséquence rigoureuse, pour tout projet confédéraliste.Car le premier seul, rien d’autne, est le support indirect mais essentiel du second.Pas de moyen terme Donc la seule politique constitutionnelle plausible, ad-venant une défaite souverainiste concluante, sera celle du Canada anglais.Il n’y en aura pas d’autre.C’est Trudeau qui a planté le clou de cet enfermement absurde.Hormis le cas de souveraineté effective ou poursuivie, ce clou tiendra.Par conséquent, mais dans l’immédiat cette fois, ad venant une défaite du OUI au référendum, une question se soulèvera illico.Il s’agira de savoir si le souverainisme continue, ou bien si nous n’avons plus rien à dire; mais il n’y aura pas de moyen terme.Du moins, il n’y en aura pas de réel.Nous réagirons peut-être simplement par le découragement et la torpeur.Mais, cette fois, contrairement à ce qui s’est passé en 1980, l’impact, par sa profondeur, provoquera peut-être en même temps un phénomène de refus et de résistance inconnu jusqu’ici.Les fédéralistes semblent avoir dépassé les bornes, à la fois par leur insolente inflexibilité et par leur trop visible instinct de domination et d’intransigeance depuis 30 ans et cette fois-ci, leur image est mauvaise.Les souvenirs seront trop amers., De plus, les politiciens fédéralistes du Québec se feront trop absolument couchés.Mais ce n’est pas tout: une grande partie des Québécois se sentiront pris dans une trappe.Ou le dos contré le mur.Au bout du chemin.Acculés.Il se pourrait alors qu’un sentiment nouveau, paradoxal dans la défaite, provoque chez un certain nombre un fort réflexe, celui de repousser cette extrémité, faisant taire du même coup leur chagrin et dissipant la torpeur autour d’eux.La blessure serait sans doute pire que jamais.Il n’est pas complètement exclu que la réaction, en ce cas, soit en conséquence, mais de sens contraire.Alors, des milliers de militants n’accepteront pas l’inacceptable.Les gens qui vont déjà aux funérailles de l’écrasé risquent de se tromper de corbillard.Pensent-ils qu’on aura mis fin à une situation foncièrement historique?Lise Bis-sonnette a plus de sens, qui écrit: «La dynamique Québec-Canada est celle d’un conflit brut, qui dure et se durcit.» La réaction au référendum de 1980 fut de signe négatif.Pour 1995, dans la même situation, il y aura peut-être au contraire une inconnue.Je ne vois d’ailleurs pas pourquoi le souverainisme, comme projet politique, comme impératif, comme histoire en travail, comme forme politique attendant son heure, voire comme condition de toute politique constitutionnelle québécoise libre — et comme volonté! — se soumettrait L’ÉQUIPE DU DEVOIR » V LA RÉDACTION Journalistes à l’information générale et métropolitaine: Sylvain Blanchard, Paul Cauchon, Jean Chartier, Louis! Gilles Francoeur (environnement), Kathleen Lévesque, Caroline Montpetit, Bernard Morrier, Isabelle Paré, Louis Lapierre (adjoint au directeur de l’information), Konrad Yakabuski; Jean-Pierre Le-gault (responsable des pages thématiques), Diane Précourt (pages éditoriales, responsable de la section Tourisme); Martin Duclos et Chris; tine Dumazet (relecteurs); Jacques Grenier et Jacques Nadeau (phot tograplies); à l’information culturelle: Michel Bélair (responsable), Stéphane Baillargcon, Paule des Rivières, Robert Lévesque, Benoit Munger, Odile Tremblay; à l’information économique: Gérard Bérubé (responsable), Robert Dutrisac, Claude Lévesque, Sergé Truffaut, Claude Turcotte; à l’information internationale: Jocelyn Coulon (responsable), François Brousseau (éditorialiste), Antoine Char, Sylviane Tramier, Clément Trudel; à l’information politique: Pierre O’Neill, Jean Dion (correspondant parlementaire à Ottawa), Gilles Lesage (correspondant parlementaire et éditorialiste à Québec), Michel Venne (correspondant parlementaire à Québec); Serge Chapleau (caricaturiste); à l’information sportive: Yves d’Avignon; Marie-Claude Petit (commis), Marie-Hélène Alarie (secrétaire à la rédaction).La Documentation: Gilles Paré (directeur); Manon Scott, Serge Laplante (Québec), Rachel Rochefort (Ottawa).LA PUBLICITÉ Lucie Pinsonneault (directrice), Yves Williams (superviseur, Avis publics et annonces classées).Jacqueline Avril, Daniel Bar-: beau, Jean de Billy, Brigitte Cloutier, Gyslaine Côté, Marlène Côté, Sylvie Hanna, Christiane Legault, Suzanne Miscevic, Jacques A Nadeau, Micheline Ruelland, Monique Verreault (publicitaires) ; Sylvie Laporte, Pierrette Rousseau, Micheline Turgeon; Michèle Bouchard (secrétaire).L’ADMINISTRATION Yves Bouthiette (contrôleur), Dany Dépatie (adjointe à l’administration et coordonnatrice aux ressources humaines), Nicole Carmel (responsable des services comptables), Jeanne-d'Arc Houde (secrétaire à la direction); Florine Cormier, Céline Furoy, Nathalie Perrier, Danielle Ponton, Danielle Ross.LE MARKETING ET SERVICE À LA CLIENTÈLE Johanne Brien (secrétaire), Manon Blanchette, Monique L'Heureux, Lise Lachapelle, Rachelle Leclerc-Venne.LA PROMOTION ET LES RELATIONS PUBLIQUES Louise Gagné (directrice), Chrystian Guy (superviseur à la promotion des abonnements).LA PRODUCTION Jocelyn Arsenault (directeur de la technologie et des approvisionnements), Michael Schneider et Marie-France Turgeon (direction de la production), Johanne Brunet, Danielle Cantara, Richard DesCormiers, Marie-Josée Hudon, Sylvain Lesage, Michèle Malenfant, Christian Vien, Olivier Zuida.LE CONSEIL DU DEVOIR INC.Marcel Couture (président).LA FONDATION DU DEVOIR Marcel Couture (président), Roger Boisvert (vice-président et directeur général).% A A 8 I.K I) K V 0 I H .I.K M K l< C RED) Il OC T O II K K I f» » 3 LE Michel Venne ?-CH.RONIQUE RÉFÉRENDAIRE Le OUI des exclus En 1980, les mouvements sociaux, les organisations communautaires boudaient le camp du OUI.Soit que, infiltrés, à l’époque, par des groupuscules marxistes, ils appelaient à l’annulation du vote, estimant que l’un et l’autre camp prônaient de toute façon les valeurs capitalistes; soit que, tièdes devant le discours nationaliste, ne retrouvant pas dans le projet de René Lévesque l’espoir d’un Québec plus généreux, ils disaient OUI du bout des lèvres, ils disaient «OUI.mais».Surtout qu’Ottawa n’était pas encore endetté jusqu’aux yeux.La situation, en 1995, est totalement inversée.Le camp du OUI peut compter cette année sur l’appui militant de très nombreuses organisations communautaires, qui défendent les chômeurs, les assistés sociaux, les droits des femmes ou ceux des locataires.Ils forment une petite armée qui patrouille les ____ quartiers pauvres, qui organise des débats autour d’une soupe populaire ou d’un café.Claudette Champagne, du Front commun des personnes assistées sociales, me raconte comment ils procèdent.Ils réunissent des petits groupes, de 10, de 20, de 60 personnes.Hier soir, par exemple, Françoise Laliberté, du Mouvement Action chômage, rencontrait 25 femmes.Elle leur a demandé de faire la liste des avantages et des inconvénients de la souveraineté et du fédéralisme, à partir de leur vie, de leur «vécu», comme elles disent.Le plus souvent, les avantages de la souveraineté l’emportent, dit Mme Champagne, qui demande alors aux participants d’écrire en deux mots pourquoi ils voteraient OUI.Les mots qui reviennent le plus souvent, dit-elle, c’est «espoir», «reconstruire», «prendre sa place».Bien sûr, ni Mme Champagne — pas plus que Mme Laliberté — ne prétendent parler au nom de tous les assistés sociaux, de tous les chômeurs, des 800 000 exclus du Québec.«Laurent Beaudoin [de Bombardier] traduit-il la pensée de tous les gens d’affaires du Québec quand il s’exprime en faveur du NON?», demande Mme Champagne.Ces femmes-là, ainsi que des centaines d’autres militants de groupes populaires, de centres de femmes, d’animateurs d’église populaire, de travailleurs sociaux, parlent surtout «aux» exclus.Et chaque personne qu’ils convainquent est un vote difficilement arraché à la peur.Car les gens ont peur, comme on le leur dit beaucoup dans le camp du NON, de perdre le peu qu’ils ont.Un vote arraché aussi à l’ignorance, car ces gens-là, souvent, ne ’¦^regardent pas Le Téléjournal ni ne lisent Le Devoir, me fait valoir un organisateur du camp du OUI.Pourquoi les organisations communautaires, pourtant si méfiantes à l’égard du gouvernement péquiste, se rangent-elles derrière le OUI cette fois-ci?Plusieurs motifs peuvent être invoqués, dont certains qu’on devine, par exemple la crainte — en fait la certitude — de l’affaiblissement des programmes sociaux au Canada dans la foulée des compressions budgétaires fédérales et de la réforme Axworthy.Cet appui à la souveraineté n’est pas un appui au gouvernement.D’ailleurs, les gens du regroupement communautaire pour le OUI portent un macaron: «OUI à la souveraineté, NON au PQ.» François Saillant, par exemple, travaille au Front d’action populaire en réaménagement urbain, le FRA-PRU.L’automne dernier, il est allé à Québec, avec des membres de son organisation, qui vient en aide et défend les droits des mal-logés, pour construire une espèce de taudis temporaire, juste devant la nouvelle résidence du premier ministre.Devant le 1080 des Braves, il y avait le 1080 des Pauvres.Eh bien Saillant, hier, il tenait le mégaphone, devant le siège de Bombardier, à Montréal, et animait une manifestation en faveur de la souveraineté.«Avec un OUI, explique-t-il, c’est vrai que nous n’avons pas la garantie d’une amélioration, mais avec un NON, nous avons la garantie d’une détérioration.» Saillant m’explique que la meilleure garantie qu’après un OUI des politiques sociales généreuses soient mise?en œuvre, en dépit des difficultés financières de l’État — qu’il reconnaît —, c’est le rapport de force que le peuple aura établi et que les groupes communautaires auront établi en étant très présents au débat.Mais surtout, Saillant croit que la souveraineté va créer une «dynamique en faveur du changement», alors qu’un NON entraînerait une «démobilisation».«Le Québec ne grandit plus», dit Mme Champagne.«On a l’espoir de construire une société plus juste.Peut-être une société modèle», renchérit Françoise Laliberté.JOHNSON Le chef libéral se défend d’être alarmiste SUITE DE LA PAGE 1 et économique», a affirmé M.Johnson, qui se défend bien d’être alarmiste avec cette compilation «raisonnable».Le camp du NON a toutefois indiqué que des pertes d’emplois dans les secteurs du tourisme, du textile et de l’habillement ainsi que dans l’agriculture et la construction viendraient s’ajouter à ce chiffre de 92 300.Ces secteurs d’activité font tous l’objet de traités qui devraient être revus à la lumière d’un OUI majoritaire.De plus, le professeur d’économie de l’UQAM, Yves Rabeau, que l’équipe fédéraliste a consulté pour faire ce résumé et qui dit n’avoir aucun lien politique partisan, assure que «tout le monde au Canada y perdra».Il n’hésite pas à parler de la disparition de centaines de milliers d’emplois.Selon lui, une victoire du OUI entraînerait inévitablement des «perturbations économiques énormes» pendant près de quatre ans.«Le Canada deviendrait un espace économique dislo- qué», a soutenu M.Rabeau, qui rappelle que l’issue des négociations qu'enclencherait un Québec souverain pour établir un partenariat avec le Canada demeure une inconnue.Et cet élément n’aurait rien, semble-t-il, pour rassurer les marchés étrangers.Ainsi, le professeur Rabeau accrédite l’analyse du camp du NON quant à une hausse importante des taux d’intérêt dans l’éventualité d’un appui au projet souverainiste.«Quand la panique prend, les taux d’intérêt peuvent atteindre des plafonds», prédit l’économiste, qui explique qu’un Québec indépendant devra offrir aux détenteurs internationaux d’obligations québécoises des taux d’intérêt alléchants pour couvrir le risque qu’ils encourraient.Pour ce qui est des fuites de capitaux qu’annonce le camp du NON, le président du comité organisateur du NON, Michel Bélanger, s’est montré explicite.«Les pressions de l’étranger se font sur le maillon le plus faible.Et comme le Québec dépend de l’épargne étran- gère pour balancer ses emprunts, il serait plus frappé que l’ensemble du Canada», a dit M.Bélanger.Èn faisant vibrer la corde sensible de l’emploi, Daniel Johnson n’a pas manqué d’écorcher son adversaire.«Dans un exces de candeur, le premier ministre Jacques Parizeau a indiqué qu’au lendemain d’un OUI, ce n’est pas l’emploi assuré, ce n’est que la garantie que l’on a les instruments pour pouvoir bouger et aboutir.Ça aide beaucoup les 100 000 Québécois qui vont perdre leur emploi de savoir que M.Parizeau peut bouger et aboutir», a ironisé Daniel Johnson, qui a ajouté que le seul emploi que la victoire du OUI créera est celui de «séparateur en chef», occupé par Lucien Bouchard.Par ailleurs, le premier ministre du Canada Jean Chrétien effectuera une deuxième sortie publique dans le cadre de la campagne référendaire le 18 octobre prochain.Il portera son message fédéraliste aux gens d’affaires de la Chambre de commerce du Québec métropolitain.BOUCHARD SUITE I)E LA PAGE 1 cident cocasse à Saint-Hyacinthe, très révélateur de son flair politique auprès des foules.Il était censé présenter son discours dans le minuscule local du comité du OUI de Saint-Hyacinthe.Constatant que le foule ne pouvait évidemment entrer dans le local, il a refusé d’y demeurer, exigeant de sortir à l’extérieur pour parler à plus de gens possible.C’est alors qu’il s’est carrément retrouvé juché sur la caisse d’un camion pour haranguer les électeurs.Dans son discours matinal à Sorel, Lucien Bouchard a démontré qu’il entendait s’adresser directement aux vo-teurs indécis et même à ceux qui pensent voter NON en explorant certaines contradictions des Québécois.Le chef du Bloc québécois remarque d’emblée que selon plusieurs sondages, une majorité de Québécois croient qu’un jour, le Québec sera souverain, même si plusieurs d’entre eux s’apprêtent à voter NON.«Les Québécois savent que la décision doit être prise un jour, a-t-il dit.Plusieurs se disent qu’on peut décider plus tard, qu’on peut laisser cette décision à nos enfants.» Mais, a-t-il plaidé, «on n’a pas le droit de remettre ce fardeau dans les mains de ceux qui nous suivent.Nous avons perdu trop de temps en débats stériles qui tournent en rond».Lucien Bouchard a également dit constater que «les gens qui veulent remettre la décision à plus tard veulent pour la plupart de grands changements, et ils espèrent qu’ils se fassent dans le régime fédéral».Mais, a-t-il ajouté, «tous ceux qui s’apprêtent à voter NON savent que Daniel Johnson n’obtiendra rien du fédéral.Parce qu’il n’osera rien demander».Lucien Bouchard a soutenu que le chef du camp du NON Daniel Johnson se contentera d’un Québec bilingue, avec des ententes administratives avec le fédéral qui porteraient sur «notre langue, notre culture».M.Bouchard a continué en évoquant l’image d’un Canada qui ploie sous les dettes («Ottawa va dépenser 50 milliards cette année seulement sur les intérêts de la dette», a-t-il dit).«Les gens au fédéral savent très bien qu’il faut reprendre le contrôle et refaire ce pays dont ils rêvent, ce pays inaccessible, artificiel, impossible.» Pour refaire le pays, a ajouté M.Bouchard, le fédéral sait donc très bien qu’il devra sabrer dans les programmes sociaux et «centraliser l’économie au maximum» pour tenter de régler la dette.Et surtout, a-t-il ajouté, «ils [les gens du fédéral] doivent faire place nette pour refaire le pays, ils veulent se débarrasser de l’idée de souveraineté, ils en ont assez du Québec.C’est pourquoi ils veulent l’écraser, c’est pourquoi il y a de la hargne.Ils ont besoin de faire place nette pour pouvoir imposer ce qui s’en vient après le 30 octobre».«Leur rêve fou, a-t-il continué, c’est d’avoir au Québec quelqu’un comme Daniel Johnson qui dit oui à l’avance à tout ce qu’ils demandent.Ils vont patauger dans ce que nous avons de plus sacré» O’éducaüon, par exemple).Donc, pour éviter « qu’on nous lessive dans ce grand glacis canadien, dans cet espèce de pays artificiel [de plus en plus dirigé] par des fonctionnaires du ministère des Finances à partir des impératifs des marchés financiers», la souveraineté s’impose.Et ce, d’autant plus que «nous sommes un vrai pays.Il nous faut nous décider à naître, à se décerner le certificat de baptême».En après-midi, dans un autre discours, le chef du Bloc québécois a averti le Canada anglais qu’il entendait négocier pleinement les actifs du Québec advenant un OUI à la souveraineté.M.Bouchard s’est moqué des propos de la veille de Daniel Johnson, qui prédisait la fermeture de la base de Bagotville advenant la souveraineté.Pas question de fermer cette base, a-t-il dit, d’autant plus que «le Québec souverain participera aux missions de paix dans le monde».«Le 22e Régiment, ça nous appartient, a-t-il ajouté, et quand nous négocierons avec Ottawa, nos F-18, ceux que nous avons payés, ils resteront chez nous!» IRAN SUITE DE LA PAGE 1 remplacé le monarque.On.les appelle les «mollahs Mercedes».Autour d’eux, des marchands des bazars, les «baza-ris», et une classe de nouveaux riches qui, entre autres, a fait sa fortune rapidement en jouant sur la dévaluation du rial, la devise du pays.Pour devenir riche en Iran, il faut connaître les rouages corrompus du pouvoir.Cela non plus n’a pas changé.Monsieur A., un architecte qui préfère garder l’anonymat, décorateur pour les fastes fêtes du shah, recommence depuis quatre ans à faire d’excellentes affaires.L’exode de sa clientèle durant la révolution, les purges et huit ans de guerre contre l’Irak l’ont pratiquement mené à la faillite.Mais tout refleurit.Il montre fièrement les somptueux immeubles résidentiels avec piscine intérieure et fontaine à l’entrée qu’il construit dans les quartiers du nord.Il est pourtant peu loquace lorsqu’on lui demande de décrire ces nouveaux clients.La richesse postrévolutionnaire se fait plus discrète que la précédente.Elle se cache à l’abri de ses murs.Les épouses des nouveaux seigneurs, de milieux populaires et religieux pour la plupart, s’en vont rapidement, leur tchador qu’elles tiennent serré sous le menton.Pour leurs filles, c’est différent.Elles se laissent plus librement séduire par les plaisirs de l’Ouest.Luttes intestines L’Iran des mollahs est ravagé par des luttes intestines.Les nombreuses factions du clergé se jalousent et s’opposent.Les élections parlementaires prévues pour mars prochain et les présidentielles dans un an et demi augmentent les tensions.Trois principaux groupes dominent le régime.Le président Ali Akbar Hashemi Rafsanjani et le guide actuel, l’ayatollah Ali Khameini, rallient les modérés, les pragmatiques, ceux qui veulent s’ouvrir à l’Ouest et réformer l’économie.Leur pouvoir est faible.Les traditionalistes, les hommes du bazar, contrôlent le Parlement, le Majlis, par le biais du président de la Chambre, Nateq Noori.Les «bazaris» veulent protéger leurs monopoles, enracinés encore plus depuis la révolution.Ainsi, ils sont contre les réformes économiques, mais ils pourraient pactiser avec l’Ouest et les Américains pour la bonne marche de leurs affaires.Puis il y a les radicaux religieux, les puristes.Ils n’ont pas de chef précis mais dominent le ministère de la Culture et de l’Orientation islamiste et celui de l’Intérieur.Ils ont toujours beaucoup de poids.Ce sont eux, surtout, qui tiennent mordicus à la fatwa contre l’écrivain Salman Rushdie.Ils sont réfractaires à l’idée de renouer avec l’Ouest et anti-américains.Ils se chargent de faire respecter la loi islamique.En plus, la révolution islamique a créé des monstres.Certaines fondations responsables de gérer les compagnies et les biens confisqués durant les années troubles sont devenues des empires.La fondation des déshérités (Bonyad Mostazafan) avait pour rôle d’administrer les propriétés et les entreprises des Pahlavi, la famille du shah, et cçlles des grands industriels.Elle s’est transformée en Etat dans l’Etat Aujourd’hui, elle contrôle 1200 compagnies et domine presque tous les secteurs de l’économie.Tous les grands hôtels, anciens Hilton et compagnie, lui appartiennent.Elle est dirigée par l’ancien homme de main de l’ayatollah Khomeiny, Mohsen Rafiqdoost, dont le frère a été condamné pour avoir fraudé l’Etat de plusieurs centaines de millions de dollars.M.Rafiqdoost a lui-même été accusé de corruption mais s’en est sorti indemne.C’est dans cette cacophonie d’intérêts divers que le pays vogue.Sa direction économique est confuse.Pourtant, les décisions pressent.En cinq ans, le pays a accumulé une dette extérieure de 40 milliards de dollars.La production de pétrole, première source de devises, a chuté de moitié depuis 1979.La population, elle, a doublé durant la même période, se chiffrant aujourd’hui a 60 millions de personnes.Les gens grondent.Les émeutes se multiplient.Pour contenir les foules, le gouvernement compte de moins en moins sur les policiers, aussi insatisfaits que les autres.On envoie les troupes spéciales.Comment les dirigeants d’un des pays les plus riches du Moyen-Orient en sont-ils arrivés à une telle situation?Le gouvernement vous dira que la guerre de 1980-1988 contre l’Irak a retardé la reconstruction du pays, que le passage d’une économie contrôlée à un libre marché est délicat et long.Mais des hommes d’affaires en colère vous parleront des erreurs colossales de ce régime de clercs.De 1990 à 1993, la banque centrale a fait fondre les réserves de devises étrangères en vendant des dollars contre des riais aux compagnies du gouvernement, aux ministères et aux fondations pour 5 % de la valeur réelle du dollar.Lorsque les pragmatiques du gouvernement de M.Rafsanjani tentent d’entamer des réformes, ils sont très souvent bloqués par les traditionalistes qui protègent leur monopoles ou les radicaux islamistçs qui tiennent mordicus à ce que tout soit contrôlé par l’État L’embargo américain déclare le 30 avril par le président des Etats-Unis, Bill Clinton, ne fait qu’empirer la situation.Il affaiblit la seule faction pragmatique au pouvoir et donne un argument de plus aux radicaux antiaméricains.Des problèmes urgents La révolution a eu du bon.Elle a poussé le pays à devenir plus autonome, à développer son secteur manufacturier.Mais la soif d’investissements étrangers demeure urgente.L’équipement nécessaire à l’extraction de pétrole est américain et les pièces manquent.Privé de commerce avec les États-Unis, encore officieusement le partenaire économique numéro un du pays, l’Iran va aussi vers le Canada, les pays d’Europe et d’Asie, mais de plus en plus vers le nord, vers la Russie.La vente d’un réacteur nucléaire russe à l’un des premiers producteurs de pétrole attise les doutes sur le développement d’armes nucléaires en Iran.Le pays nie avoir tout désir en ce sens.Il a des problèmes plus urgents.«Les mollahs n’ont pas la compétence pour gérer un pays», estime un jeune homme d’affaires qui, jadis, a participé aux manifestions révolutionnaires de 1979.«Ils doivent retourner dans leurs mosquées et laisser leur place à des professionnels compétents.» Il s’arme de patience.L’Iran n’a surtout pas besoin d’une autre révolution.?Ces reportages ont été rendus possibles grâce à la Fondation canadienne des droits de la personne et du développement international 1832, Sherbrooke Ouest Montréal (Québec) H3H 1E4 (Métro Guy) Tel.: (514) 935-6616 Dr.Robert Prescott & Associés (Omnipraticiens) LlPOSUCCION (Anesthésie locale) • Greffes de cheveux • Collagene • Injections de Gras • Varices-Obésité «M Célbie Simard, dir.consultante CLINIQUE CAPILLAIRE INTERNATIONALE INC.& membre associé HairfaX Intégrateur- VOLUMATEUR La Micro-Greffe • Une technique sûre et efficace • Une intervention chirurgicale mineure • Un résultat permanent 1832, Sherbrooke Ouest, Montréal (Québec) H3H 1E4 (Métro Guy) Tel.: (514) 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