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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


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  • Montréal :Le devoir,1910-
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  • Journaux
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Références

Le devoir, 1979-05-01, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR I Montréal,.mardi 1er mai 1979 le premier mai FÊTE DES TRAVAILLEURS 4 ' • < ' A , mm wÈÊMmêm WËÈm Pour l’emploi, pour les libertés Pour relancer l’unité d’action CSN par Norbert Rodrigue président de la CSN LA tâche qui attend quotidiennement les militants syndicaux, même si elle sait apporter beaucoup de satisfaction, n’en demeure pas moins extrêmement lourde et exigeante.C’est pourquoi une journée comme celle-ci, le Premier Mai, représente une occasion unique de vibrer à un idéal dont on sait qu’il est, au même moment, partagé par des millions de travailleuses et de travailleurs à travers le monde; c’est un moment privilégié où la solidarité, ce sentiment profond d’être ensemble du même côté dans un même combat, devient à ce point présent qu’on a l’impression de le toucher.Journée de solidarité mais, tout autant, journée de réflexion; à la manière de cette minute de silence observée à l’ouverture de nos assemblées, cet instant où déroulent devant nos yeux, comme sur un écran, les luttes syndicales et leurs difficultés, les injustices qu’il faut redresser, les leçons qu il faut tirer des échecs subis, le courage nécessaire à la poursuite de cette quete millénaire de l’homme pour sa dignité.Le Premier Mai, ce doit être aussi l’occasion pour les militants de s’élever au- Ce cahier a été conçu et payé par la CSN et la CEO 1 dessus de ce terrible quotidien, à ce point accaparant qu’il risque de masquer fa généreuse perspective dans laquelle doivent s’inscrire les luttes syndicales, celle des changements sociaux, des transformations radicales et profondes des conditions de vie et de travail qui sont faites à une majorité dépossédée de la prise sur son propre réel.A la CSN cette année, c’est l’emploi, ce sont les libertés que nous avons voulu souligner de façon toute particulière.La légèreté avec laquelle ceux qui dirigent cette société qufon dit civilisée ont toujours esquivé leur responsabilité dans la perpétuation de cette plaie sociale m’a toujours sidéré.Du printemps 75 à l’automne 78, 82,724 travailleuses et travailleurs québécois se sont retrouvés sans emploi, du jour au lendemain, après avoir reçu un avis de licenciement.Si on se penchait, ne serait-ce qu’un instant, sur les drames humains que recouvre une froide statistique comme celle-là, il me semble qu’on n’hésiterait pas à décréter qu’il s’agit effectivement du problème le plus crucial à résoudre.Si on ne le fait pas, et c’est ce qu’il faut malheureusement constater, c’est qu’on admet que des impératifs d’un autre ordre aient préséance.Ceux du profit en particulier.Un développement économique fondé sur une idéologie voulant que le chômage • soit une nécessité économique, un mal nécessaire sur le plan de la régulation des forces en présence, est un développement économique immoral.Les 350 millions de chômeurs à travers le monde, selon un relevé du Bureau international du travail (BIT), témoignent douloureusement du fait qu’à ce niveau, l’immoralité se porte bien.Comment reprocher aux chômeurs de ne pas travailler quand on sait qu’ils sont 32 pour im emploi disponible au Québec.Asseoir la richesse des uns sur la misère et l’insécurité des autres ne peut être qu’immoral.La défense de l’emploi, dans les circonstances actuelles, devient donc une priorité pour quiconque place la dignité de l’être humain au-delà de toute considération de rentabilité.S’il est un combat dans lequel le mouvement syndical a toujours été résolument engagé, c’est bien celui des droits, celui des libertés.Dans son rapport au dernier congrès, l’exécutif de la centrale écrivait que « les droits et libertés, dans l’histoire, ont été conquis et préservés à bout de bras, Ùtté-t.Ils I râlement.ont osé affirmer fondamentales au : ont été conquis et préservés • de par des hommes et par des femmes qui .et de" ’ ’ éfendre des valeurs moment où elles étalent tenues pour illégales par les pou poi voirs en place.Le de nos libertés ne s’est pas agrandi autre- par Robert Gaulin président de la CEQ EPUIS quelques années, les centra-dicales québécoises s’asso- les synuicaies que cient à l’ensemble du mouvement Le champ de nos droits et ment ».Cette défense des droits et des libertés prend un relief particulier au moment où, en quête de violence appréhendée, les policiers de la Sûreté du Québec enquêtent sur les syndicats, fichent les militants et dirigeants syndicaux et offrent des pots-de-vin pour se constituer un réseau d’indicateurs.Les droits et les libertés ont la même valeur intrinsèque, qu’ils soient menacés par la police d’Ottawa ou par celle de Québec.L’une it’est pas plus que l’autre à l abri des débordements de type totalitaire.C’est faire offense au fonctionnement démocratique de nos organisations, oui sur ce plan n’ont de leçons à recevoir de personne, que de les ravaler au rang de groupements illégaux ou criminels.Les réponses fournies et les précisions apportées jusqu’ici par le premier ministre et par le ministre de la justice ne sont pas satisfaisantes et la situation qui se poursuit devrait inquiéter au plus haut point les démocrates.Nous estimons élémentaire qu’à l’égard de tout gouvernement démocratique, nous soyons en droit d’exiger l’assurance qu’il respectera toutes les libertés, qu’il assurera l’exercice de tous les droits.ouvrier international pour souligner la Fête des travailleurs à l’occasion du 1er mai.Ce qu’on oublie trop souvent c’est que le 1er mai est né de la lutte des travailleurs pour obtenir de leurs employeurs une véritable reconnaissance de leur statut et la juste récompense de leurs efforts et des fruits de leur travail.S’il est une constante que nous retrouvons à travers l’histoire des luttes du mouvement ouvrier, c’est que les travailleurs n’ont jamais eu de cadeau et n’ont obtenu que ce pourquoi ils se sont battus.Si nous sommes passés de la semaine de 60 heures à ceUe de 40-heures ou moins, si nous avons mis fin au travail forcé des enfants et des adolescents, c’est par les efforts conjugués des travailleurs qui, à un moment ou l’autre, ont dû cesser toute activité, se révolter contre l’exploitation des grands entrepreneurs pour faire valoir leurs droits les plus élémentaires.Et s’il est une leçon que l’histoire du mouvement ouvrier nous enseigne, c’est que dans les grands moments, dans les moments les plus difficiles, c’est par l’unité, dans l’action concertée et conjuguée que les travailleurs ont réussi à améliorer leur sort et à faire triompher leurs justes revendications devant des patrons qui ne demandaient pas mieux que de voir s’accroître indûment les bénéfices et les fruits du capital investi.Mais la lutte des travailleurs pour l’amélioration de leurs conditions de vie, pour contrer constamment l’exploitation a laquelle ils sont confrontés est une lutte permanente.Quelles que soient les circonstances du moment ou la conjoncture plus particulière à laquelle nous avons à faire face, le sort des travailleurs dépend presqu’exclusivement de l’action syndicale.S’il est enfin une autre leçon que nous devrions tirer en cette Fête internationale des travailleurs, c’est que nous devons nous unir tous ensemble pour faire reculer les bornes de l’exploitation capitaliste.La Centrale de l’enseignement du Québec a écarté, à l’occasion de son dernier Congrès, toute idée de fusion organique avec les autres centrales syndicales comme perspective à court terme.Dans notre esprit l’unité syndicale ne saurait s’imposer par le haut mais doit davantage s’imposer d’elle-même et être le résultat d’une démarche dont les étapes premières seraient la concrétisation, chaque fois que possible, de l’unité d’action du mouvement syndical.La Fête du 1er mai est une occasion par-delà les différences d’approche ou de stratégie, nous avons, comme organisations syndicales, à rencontrer les mêmes difficultés et à vaincre les mêmes obstacles.Que ce soient les législations k m t Y: ?contraignantes, les gouvernements, les politiques continentaustes ou internationalistes des grandes entreprises, la lutte à l’inflation, les pressions à exercer pour obtenir des législations à portée sociale, les efforts à faire pour mener à bien chacune des négociations, ou les luttes à mener pour la protection du pouvoir d’achat des travailleurs, nous nous retrouvons encore, hélas, trop souvent l’un après l’autre plutôt qu’ensemble à exercer les mêmes actions.La Fête du 1er mai est avant tout un appel à l’unité d’action et comme Centrale de l’enseignement du Québec nous faisons nôtre cet objectif, et nous sommes disposés à multiplier les occasions d’agir ensemble à la grandeur du mouvement syndical Québécois.C’est pourquoi, à la Centrale, nous sommes disposés sans conditions préalables à reprendre les pouiparlers, les discussions, avec comme objectif d’en arriver à la signature d’un protocole de non-maraudage ou d’un certain nombre de règles régissant les changements d’allégeance syndicale.Sachant que les batailles les plus dures ont presque toujours affecté les groupes du secteur privé, nous serions disposes dans un premier temps à tenter d’en arriver à la définition a’un protocole régissant les travailleurs du secteur public.Une autre occasion de renforcer l’unité de tous les travailleurs, nous est fournie par la négociation du secteur public.Le ministre des Finances, M.Parizeau, tente depuis déjà un an de semer la division entre les travailleurs du secteur public.L’argument foncièrement démagogique du 4/5 payant pour le 1/5 vise à semer la division entre les travailleurs pour permettre au gouvernement de restreindre les augmentations dans le secteur public et de réduire la pression oue les conditions de travail du secteur public peuvent exercer d’une part sur le salaire miniumum et les mesures d’aide sociale, et d’autre part sur les emplois les moins bien rémunérés S’il est un groupe au Québec capable de changer les règles du jeu par la diminution des écarts entre les hauts salariés et les bas salariés, c’est bien les 185,000 travailleurs du secteur public.Nous le savons, le gouvernement le sait, et les entreprises privées, les associations patronales qui depuis quelques années exercent des pressions et vont même jusqu'à faire du chantage sur le gouvernement, le savent aussi.C’est pourquoi nous devons nous dire que chaque sou d’augmentation accordé au secteur public n’est pas soustrait ou enlevé des poches de ceux qui gagnent moins, mais une occasion de forcer les entrepreneurs privés à suivre les modèles qui auront été consentis dans le secteur public.Si les travailleurs du secteur public ne réussissent pas à obtenir de l’Etat une véritable politique de préservation du pouvoir d'achat par des clauses d’indexation adéquates, combien de travailleurs du secteur privé pourront s’assurer cette même protection dans leur entreprise?Nous croyons que le gouvernement, comme employeur, doit exercer un leadership, doit servir d’exemple à beaucoup d’employeurs qui ne pensent qu'à augmenter leurs profits.Ces négociations du secteur public doivent donc être une occasion de renforcer l’unité entre les syndiqués du secteur privé et du secteur public, et peut être également une occasion de travailler tous ensemble à la syndicalisation massive des groupes de travailleurs qui, encore aujourd’hui en 1979, n'ont aucune protection valable.Faisons de cette Fête du 1er mai 1979 une occasion de relancer l'unité d'action des forces syndicales et de créer" une plus grande solidarité entre nous tous. H B Le Devoir, mardi 1 er mai 1979 le premier mai La répartition des revenus accumule les discriminations L a question de la rémunération des travailleurs et des chômeurs participe d’une ambiguité fondamentale qui traverse l’économie capitaliste, à savoir qu’il s’agit là d’un enjeu qui se trouve être à la fois privé et publio, à la fois individuel et social, bref, a la fois économique et politique.Conformément aux canons de l’économie orthodoxe, en effet, non seulement rémunération n’est due qu’à la suite d’une prestation de service, mais encore cette rémunération est-elle le résultat d’une négociation entre deux partenaires libres et égaux en droit.Il suit de cela, aussi bien sur les plans juridioue qu’économique, que le chômeur n'a droit à rien, de sorte que toute somme qui lui est versée participe plutôt du don et relève de l'arbitraire de l’Etat.Il suit de cela, en vertu des mêmes rationalités, que le salaire versé au travailleur correspond à la fois à ce qu’il mérite — puisqu’il y consent — et à ce qu’il vaut — puisqu’il le perçoit.En pratique toutefois, et malgré que sa légitimation fasse appel aux largesses ou libéralités d’un régime politique, le niveau de la prestation d’assurance-chômage est partie intégrante d’une politique economique.Dans le même ordre d’idées, en pratique toujours, le niveau du salaire est une variable dépendante dans le système en ce sens qu’il s’agit là de la totalité des sommes versées aux travailleurs une fois rémunérés tous les autres « facteurs » de la production: matières premières, outils, bâtiments, employes supérieurs, actionnaires, obligataires et créanciers.A leur tour, montant des prestations d’assurance-chômage et salaires participent d'une politique économique d’ensemble à l’intérieur de laquelle leur mouvement à la hausse ou a la baisse sera dicté par les besoins de l’accumulation de capital et, en particulier, pour ce qui con- gagner, une aggravation de son exploitation.Or, il est de bon ton par les temps qui courent de faire porter ailleurs la critique du mode actuel de répartition de la richesse et, sous prétexte que le capital ne rémunère pas décemment ses salariés non syndiqués, de prendre à partie ceux qui sont syndiqués et de les mettre en demeure de se priver.Cette critique attaque la mauvaise cible: le capital n’a jamais dans l’histoire su rémunérer décemment le travailleur nant aux salariés syndiqués de mettre un par Dorval Brunelle Sociologue et professeur à l’UQAM cerne notre propre contexte économique, par les impératifs de la rétribution des investissements étrangers faits au pays.C’est en ce sens qu’une politique salariale syndicale équitable et une politique de rémunération patronale sont irrémédiablement contradictoires: elles sont contradictoires tout simplement parce que ce qui est pour le travailleur une augmentation de sa compensation à la participation dans une production est, pour le patron, une perte; à l’inverse, ce qui est pour la patron une économie de salaire est, pour le travailleur, un manque à isolé et c’est pour cela que celui-ci a été* amené à chercher dans la solidarité syndicale un frein à l'arbitraire de la fixation anarchique des taux de salaires, un frein aux discriminations qu’un capitalisme sauvage faisait peser sur lui.Les syndicats ne contrôlent pas l’évolution des rémunérations; ce sont les détenteurs de capitaux qui ont en mains les leviers du pouvoir.Tout ce que le syndicalisme peut faire, dans ce contexte, c’est de limiter l’arbitraire patronal; dans ces circonstances, il apparaît pour le moins, contradictoire que l'on demande mainte- Non au travail qui tue! DANS une société comme la la nôtre, qui interdit le suioide et la mutilation volontaire, il devrait aller de soi que la santé et la sécurité au travail constituent une priorité non marchandable.Cependant, la réalité est tout autre pour des centaines de milliers de travailleurs qui doivent, chaque jour, risquer leur vie ou voir se dégrader leur santé pour pouvoir subvenir à leurs besoins essentiels: c’est que les conditions de travail ont un prix qui est celui des profits, celui de la rentabilité.Dans une société qui a les moyens techniques d’aller sur la lune ou de détruire l’univers en appuyant sur un bouton, la santé et la securité au travail sont mises en équation, non avec les possibilités techniques; mais avec les profits et la rentabilité.Dans une société qui prétend se préoccuper des droits numains fondamentaux et qui se permet des jugements moralisateurs sur d’autres sociétés prétendument moins « libres >1 et moins humaines, il faut encore, en 1979, se mobiliser, revendiquer, lutter, pour convaincre ceux qui dirigent cette même société que la santé au travail est un droit élémentaire, qui n’a pas de prix et qui doit précéder les profits, la rentabilité.Moins que jamais, on ne nous fait de , cadeau: nous ne pouvons compter que sur nos propres moyens.Encore faudrait-il que l’Etat (et le gouvernement qui en assume le pouvoir) favorise par ses lois les plus faibles de la société, la majorité travailleuse.Or il n’en est rien: on veut même nous empêcher d’utiliser les seuls instruments que nous contrôlons, notre seule force en fait: nos syndicats, dans ce domaine fondamental de la santé et de la sécurité au travail.Car c’est bien de cela qu’il s’agit: derrière la façade des mots du Livre blanc ou de l’avant-projet de loi sur la santé et la sécurité au travail du gouvernement, il y a la volonté clairement exprimée d’enlever ces droits du « domaine du conflictuel » que seraient les syndicats! Comme si les syndicats étaient la cause des conflits.La loi sur la santé et la sécurité au travail devrait être (comme la loi sur les normes minimales du travail) un plancher, une protection minimum pour les travailleurs non syndiqués.Elle devrait établir des normes et des règlements que nul employeur ne pourrait transgresser sans pénalités.Elle ne devrait surtout pas empêcher les syndicats, là où ils existent, d’assumer cette tâche fondamentale qui est de lutter pour améliorer ce plancher minimum, et surtout d’utiliser cette force collective qui est leur seule raison d’être.Comme la loi des normes minimales n’empêche pas un syndicat de négocier un salaire plus élevé, ou une duninution des heures de travail, ou plus de congés fériés ou une meilleure clause d’ancienneté! ’ Le Code du travail interdit à un employeur de s’immiscer dans les affaires d’un syndicat, de chercher à le contrôler.mais ce sera permis dans par Gisèle Cartier Vice-présidente dé la CSN le domaine de la santé et de la sécurité au travail! Quel plus bel exemple de syndicat de boutique qu’un comité paritaire?Puisqu'il enlèvera aux syndicats (toujours selon le Livre blanc et l’avant-projet de loi) le droit d’enquête indépendante, le droit de formation et d’information autonomes, etc.c’est une mise en tutelle qu’on nous propose! Bien sur, nous dit-on, les syndicats pourront continuer, parallèlement, d’assumer ces tâches, mais à quel prix?Dans la clandestinité?Qu’on pense, en particulier, au droit d’enquête interne sur le respect des normes ou les accidents: il suffit à un employeur de refuser les libérations syndicales nécessaires pour pousser un syndicat dans l’illégalité.La plupart des conventions collectives prévoient une autonomie et une indépendance beaucoup plus grandes que celles-là pour toutes les autres causes de griefs.Il ne devrait pas être nécessaire de le répéter: les employeurs n’ont pas intérêt à corriger les situations de danger, il faut les y contraindre: c’est à cela que devrait servir la loi, pas à transposer une partie des responsabilités sur les épaules des travailleurs.Les travailleurs doivent pouvoir arrêter collectivement de travailler dans des conditions dangereuses, jusqu’à ce que la situation soit rétablie à leur propre satisfaction.La loi doit donner aux travailleurs le pouvoir de faire changer les situations, au moins celles qui transgressent les règlements et les normes établies.L’ambiguïté fondamentale de la philosophie gouvernementale est de croire qu’il existe dans la société un équilibre de forces entre les employeurs et les travailleurs et qu’il suffit de leur confier paritairement les responsabilités pour que tout soit réglé par miracle.et surtout que cela suffise pour dégager le gouvernement de ses propres responsabilités.Nous croyons, au contraire, qu’il faudrait au gouvernement le courage politique de prendre véritablement parti pour la majorité, sans se laver les mains à la manière hypocrite d’un arbitre qui renvoie les adversaires dos à dos ou en coupant la poire en deux.En ce 1er mai 1979, Fête internationale des travailleurs, nous revendiquons le droit au travail pour tous, mais nous ne pouvons admettre que le travail, qui devrait être une activité créatrice et satisfaisante, devienne une condamnation à la mort, lente ou rapide.Nous voulons arriver à la retraite avec tous nos membres, avec des poumons et un coeur en bon état, un état physique qui nous permette encore de vivre en société et de jouir d une vie aussi longue que le permet la science moderne.Notre santé et notre vie sont des choses trop importantes pour les soumettre au bon vouloir et au droit de veto des employeurs, dont l’intérêt se situe ailleurs, au niveau des profits et de la rentabilité, faut-il de nouveau le répéter.Les oubliés du premier mai LE premier mai, c’est le jour et la fête des travailleurs actifs, actuels.La fête de celles et ceux qui travaillent encore et militent toujours.Mais les vieux travailleurs, ceux et celles qui ont vécu l’implantation du syndicalisme de combat et de lutte au Québec ne seront pas encore de la fête cette année.Ils ont été les lutteurs d’hier et ils sont les oubliés d’aujourd'hui.Parmi ces combattants d’hier et ces oubliés de la fête, il y a les quelque douze mille retraités de l'enseignement, ceux qui de 1936 à 1965 ont ouvert dans le flanc du secteur public une brèche au syndicalisme, — brèche qui a permis non seulement un envahissement mais un changement profond dans la fonction publique et para-publique.Les enseignants des années 40, 50, 60 n'ont pas cru, n’ont pas accepte qu’ils devaient eux aussi commencer à l’âge de la retraite, à 56, 60, 65 ans la période de la grande attente.Ils ont cru que leur lutte devait continuer tout en épousant les vrais besoins des retraités de l'enseignement Aujourd'hui, malgré l'individualisme qui affecte encore beaucoup d’ex-enseignants, près de cinq mille retraités militent dans leur association et prennent en main leurs problèmes.De plus, ils n’hésitent pas a se prononcer sur les grands problèmes sociaux qui agitent le Québec depuis une quinzaine d’années.Pour eux, ces retraités et ces oubliés, c’est là continuer la lutte.Bien sûr que le chômage ne sévit pas chez les retraités de l’enseignement, mais l’inflation est extrêmement dure à supporter malgré les indexations quand on est assis sur le seuil sans soleil d’une pauvreté dont on a un peu honte ét qu’on Veut cacher.C’est cette pauvreté cachée; un peu honteuse, dans une société quasi opulente, qui choque.Et aussi, ce sentiment d’inutilité sociale qui alourdit irrémédiablement cette « autre partie » de la vie qui arrive toujours trop tôt.Mais le drame de l'Association des retraités de l'enseignement du Québec (C.E.Q.), c’est de savoir que quelques milliers de retraités vivent réellement en deçà de ce seuil de pauvreté; mais aussi de se voir si démunie devant ce problème D’ailleurs les efforts de l’Association en vue d’amender le Ré- par Laval Grondines Conseiller de la CEQ auprès de l'Association des retraités de l’enseignement.gime de retraite des enseignants démontrent bien son inquiétude mais aussi son vouloir collectif d'améliorer le sort des plus démunis de ceux qu’elle regroupe.Cette pratique du syndicalisme appliquée au troisième âge illustre bien ce que déclarait Laure Gaudreault en 1958 devant des enseignants syndiqués: « Le syndicalisme est un moyen de revendication sans frontière; il peut servir tout aussi bien aux enseignants qu'aux autres travailleurs, aux hommes qu’aux femmes, aux jeunes qu’aux vieux.Cependant la pratique du syndicalisme si combatif soit-il n’exclura jamais l’usage d’un jugement sain ».Ce groupe de retraités de l’enseigne- ment formé de douze mille pédagogues et de centaines de syndicalistes chevronnés qui ont formé plusieurs générations de citoyens et ouvert la fonction publique au syndicalisme militant est sans aucun doute le groupe de retraités à la fois le mieux nanti intellectuellement mais aussi le plus sous-utilisé socialement.Quelle immense richesse que ce groupe pour un peuple en plein épanouissement et en pleine évolution.Bien sûr les retraités de l’enseignement veulent jouir d’un repos mérité mais à quel point aussi ils veulent être utiles et mettre aux services des autres leur vaste expérience de vie et aussi leur sagesse.D’ailleurs nombreuses sont les organisations à caractère social ou civique qui recherchent les services de ces retraités disponibles et dévoués.Certes il est pensable que la société québécoise puisse un jour, dans le respect de l'âge et des capacités physiques de chacun d’eux utiliser ces nombreuses ressources humaines que sont les retraités de l’enseignement.Tous les travailleurs à la retraite mais aussi les retraités de l'enseignement en ont vécu des premier mai.des premier mai qui n'etaient pas des jours de fête car, à l’époque, les travailleurs et aussi les enseignants ne fêtaient pas beaucoup! Les conditions de travail étaient minimes et les con- Î;és rares.Cependant chaque travail-eur militant de l’époque, tous ces oubliés d'aujourd’hui peuvent fêter et célébrer les mérites du passé et du présent en une journée qu’on appelle « la journée internationale des travailleurs ».Les retraités de l'enseignement espèrent qu’à l’avenir il y aura toujours une place pour eux dans les festivités du premier mai.frein à leurs demandes tout comme si, soudainement conscient de sa mission humanitaire, le capital allait dorénavant mettre le gros de son énergie à faire ce qu’il n’a jamais pu faire par le passé: accorder un niveau de vie aécent a ceux qui n’ont pas la force ou les moyens institutionnels de le lui arracher.A un certain niveau d’abstraction, celui où se maintiennent les économistes, nous serions tous riches, surtout si l’on établit les calculs dans le long terme.Kuznets en 1959 a montré que la part des salaires dans le revenu national passait de 47,4% en 1860-69 à 71.6 en 1945-54.Un peu plus tard, Fourastié fera valoir dans son livre « Machinisme et bien-être », non seulement que le salaire horaire du manoeuvre sera multiplié par 1000 en 350 ans mais également que « l.éoart entre le salaire annuel d’un fonctionnaire de très haut rang.a évolué d’un écart de 1 à 7 en 1960 ».Plus près de nous, le Conseil du Patronat parviendra même à « démontrer » que le revenu moyen d’un patron est inférieur au salaire moyen dès employés.Il y a derrière tous ces calculs une méprise fondamentale qui vient de la confusion que Ton entretient entre deux notions pourtant distinctes, celle de « revenu » et celle de « salaire ».Si, avec l’augmentation de la productivité et de la richesse, l’accroissement des revenus ne fait pas de doute, la croissance des salaires seuls est loin d’être aussi harmonieuse.Bien au contraire: c’est précisément parce que les salaires augmentent si peu, qu’ils sont si mal adaptés a la satisfaction des besoins immédiats des travailleurs, que les pouvoirs publics ont été contraints de s’immiscer dans la répartition pour re-distribuer des revenus aux laisses pour compte de la croissance capitaliste.C’est ainsi que, malgré toutes les grèves qui ont été déclenchées et malgré les pronostics de Kuznets, la part des salariés dans le Produit national au Québec passe de 54,1 à 58% entre 1969 et 1977, tandis que le revenu personnel augmente de 75,5% à 84% entre ces deux dates.Par ailleurs, TOPDQ a relevé que, si Ton établit des comparaisons internationales, « le Québec n’acoorde que 3,7% de son revenu personnel aux 20%.des plus pauvres de sa population.C’est le plus bas pourcentage relevé parmi les pays étudiés par TO.C.D.E.Le Canada et les Etats-Unis ne favorisent guère davantage ce premier quintile avec 3,8% comparativement à 5,9% et 6,0% pour l’Allemagne et la Suède respectivement, ainsi que 7,6% peur le Japon ».Autant, d’un côté, les revenus augmentent-ils de manière accélérée, autant de l’autre il ne semble pas que ce soient les salariés qui bénéficient de cette augmentation.Bien au contraire, alors que les salariés se battent sans cesse, il apparaît plutôt qu’ils sont systématiquement pénalisés dans la mesure même où ce sont eux qui financent, à même toutes les ponctions fiscales possibles et imaginables — impôts, taxes, redevances, etc.— la grande part de toute politique de redistribution qui s’applique aux plus démunis comme les chômeurs, les vieillards ou les assistés sociaux.Pour pouvoir accroître son mieux être de quelques sous, le travailleur doit se soumettre à toutes les évaluations, les pondérations, les vérifications, les tractations, tandis qu’à l’autre bout de l’échelle des revenus tout est par avance acquis.Ainsi le patronat se complait-il dans Tac-cumulation des contrôles, de la surveillance, de l’évaluation et impose-t-il des échelles de salaires découpées en multiples échelons afin de rendre toujours plus illusoire Tassomption économique qui mène de la privation à l’abondance.C’est pourquoi l’action syndicale doit s’engager dans la bataille pour le relèvement au salaire minimum et s’opposer à toute tentative, d’où qu’elle vienne, pour économiser auprès des plus démums.A cet égard, les syndicats ont toutes les raisons pour mettre en doute l'apparent réalignement social d’un patronat qui reclame concuremment et la mise au pas des syndicats et le gel du salaire minimum: le moins que Ton puisse tirer du rapprochement de ces deux mots d’ordre c’est que, si les syndicats cèdent à cette tactique, le patronat n’a pas l’intention d’opérer lui-même la redistribution des richesses auprès des salariés ou des chômeurs, mais compte bien s’en servir à ses propres fins avant tout.C’est pourquoi nos intérêts sont divergents, irréconciliables.L’économie capitaliste est une appropriation sociale effectuée pour une minorité.Le système n'a jamais fonctionné sinon à coup d’expédients.Jamais la répartition des revenus n’a été un tant soit peu équitable; elle semble bien au contraire accumuler les discriminations, les dévaluations.Il est pour le moins contradictoire, et significatif, que les syndicats avancent des objectifs simples et clairs, animés par une justice sociale minimale et que ces objectifs soient attaqués avec la dernière virulence par les pouvoirs en place, virulence qui s’alimente à même une « mauvaise foi » de moins en moins défendable.Nous nous trouvons en effet dans la situation paradoxale de devoir négocier le minimum vital avec ceux qui ont le maximum, et le plus étonnant dans tout ça, ce n'est pas que nous puissions avoir raison contre eux mais bien que ces nantis prétendent savoir mieux que nous ce qui devrait convenir aux plus démunis.Le Québec n’a pas de politique salariale, pas plus qu'il n'a élaboré de politique de répartition des revenus, se contentant d'absorber et de plier devant les exigences du grand capital.Or, quand on applique des schémas de pays riche dans une économie dominée, les effets y sont encore plus pervers qu’ils ne peuvent l’être ailleurs.Il ne s'agit pas d'aplanir les difficultés que sont susceptibles de rencontrer les investisseurs étrangers, mais de faire valoir.contre les injustices engendrées par le capitalisme, des exigences sociales qui auraient précisément pour effet de ralentir, voire de bloquer, le processus d’appauvrissement collectif que nous subissons.-«•r, ***/ Mm IgiSsi if ; ^ iXMMMsà.I m : T* y *3i- liiiife Enrayer le chômage et préserver les emplois DANS une société « monétarisée » comme la nôtre, la reconnaissance du droit au travail revêt la même importance et la même valeur que la liberté d’expression et le droit de vivre.A l’exception des gros possédants, personne ne peut vivre de façon décente aujourd’hui à moins d’avoir un emploi.Toutefois la création et le maintien des emplois découlent principalement de la stratégie qu’emprunte le patronat et les gouvernements a cet égard.Cette stratégie, sous le couvert de l’efficacité de la compétition et de la baisse des profits a pour objet de reléguer le travail au rang d’outil: le simple moyen d’atteindre une fin.Selon cette stratégie le travail peut être orienté dans un sens ou dans l’autre, utilisé ou non, avec une facilité égale, au gré des profits prévus.La pénurie d’emploi, le chômage, les mises à pied temporaires et les fermeturès de postes, quelles que soient les raisons économiques ou politiques invoquées, sont fondamentalement le résultat de la stratégie du capital par rapport à l’emploi.La lutte pour la reconnaissance du droit au travail n’est pas une nouvelle pour le mouvement syndical.Cette lutte a pris naissance dès le XIXième siècle, par Tim-position aux entrepreneurs de contraintes liées à leurs pratiques d'utilisation de la main-d’œuvre, à la rémunération, à la sécurité d’emploi et même à la création d’emplois nouveaux.Dans toutes les conventions collectives de travail, on peut trouver aujourd’hui cadre traditionnel imposé par la stratégie du capital, se sont ajoutées les menaces de transfert d’entreprise d’un pays à l’autre et, pour lutter contre l’inflation, les gouvernements et le patronat ont institue ou priviligié des politiques économiques visant à créer et maintenir un haut niveau de chômage en vue de préserver à tout prix la stabilité des profits.La crise de l’emploi, ou, inversement, celle du chômage, atteint aujourd’hui des dimensions éloquentes dans tous les pays du monde.Au Québec le visage du chômage et du sous-emploi est également éloquent.En plus du chômage conjoncture^ la persistance d’un plus haut taux de chômage au Québec est attribuable essentiellement aux structures économiques fortement dépendantes du capital étranger et à la faiblesse du développement autonome québécois.Pour faire face à la crise de l’emploi, la CSN a revendiqué auprès des gouvernements un ensemble de mesures ayant pour objet de prévenir et interdire les mises à pied et, d’autre part, en vue de stimuler la création d’emplois nouveaux.Ainsi, selon la CSN, la loi devrait obliger les entreprises à divulguer toute information pertinente à leur opérations présentes et futures: financement, investissements à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise, politiques de prix, carnets de commandes, inventaires, politique de main-d oeuvre, projets et perspectives d’avenir, l’aide publique reçue et son utilisation.par Kemal Wassef Directeur du service de la recherche (CSN).des dispositions sur la définition des tâches, sur la distribution du travail, sur la rémunération, les conditions de mise à pied, de fermeture ou d’ouverture de poste.Ces mesures constituent une partie importante de la lutte entreprise par les travailleurs en vue de faire reconnaître, ne serait-ce que partiellement, leur droit au travail.Parallèlement, le gouvernement syndical a développé des revendications d’ordre plus général, susceptibles de garantir la création d'emplois nouveaux et le maintien de ceux qui existent.De telles revendications ont été formulées aux gouvernements sous le nom de « politique de plein emploi » et elles recouvrent une définition précise quant au taux de chômage.En effet, selbn cette politique, le taux de chômage n’est acceptable que dans la mesure où il est très bas et est occasionné par les seules mises à pied saisonnières et les mises à pied temporaires visant à mieux former et recruter la main-d’oeuvre, quand des changements technologiques nouveaux conduisent à l’instabilité de l’emploi occupé.Evidemment une telle politique ne fut jamais réellement mise en application même si certains gouvernements en ont fait un objectif de leur politique économique officielle.Aujourd’hui, avec le rythme d'augmentation de l'inflation, la croissance des échanges internationaux axée sur le rythme de développement des multinationales, l’emploi est devenu un enjeu encore plus fondamental: cette bataille difficile implique désormais l'ensemble du mouvement syndical.Ainsi, en plus du Afin de prévoir les mises-à-pied et de bénéficier d’un délai pour l’étude de chaque cas aucune fermeture ou mise à pied collective ne devrait être permise sans un préavis d’un an.Au cours de cette période, un organisme paritaire (gouvernement-syndicat), dont le mandat serait de sauver les emplois menacés, ferait enquête, formulerait des recommandations et veillerait à leur application.Pour que les entreprises assument les coûts sociaux de leurs décisions unilatérales, à l'origine du chômage, une Caisse de stabilisation de l’emploi, financée à même les contributions des seuls employeurs, maintiendrait le revenu des travailleurs touchés par des fermetures ou des mises à pied pendant la première année de chômage et è 50% pendant les deuxième et troisième années consécutives.L'autre moitié serait alors versée par Tassurance-chômage.C’est justement en vue de stimuler la création de ces nouveaux emplois que la CSN a réclamé du gouvernement la nationalisation de l'argent accumulé dans les régimes d’assurance collective et dans les fonds de pension.Cette épargne collective des Québécois servirait alors prioritairement leur propre développement économique.Les mesures réclamées par la CSN sont essentiellement axées autour de deux objectifs: garantir des emplois à tous ceux ui en cherchent et rencontrer les besoins e nature sociale identifiés au cours des années par les travailleurs.Il s’agit d’un seuil minimum en deçà duquel aucune société ne peut se situer si elle affirme contrôler son développement.r- le premier mai ! .I J Le Devoir, mardi 1 ar mai 1979 Bill La question nationale \ ^ A ÇttÀ \ DE N€G^I « v «wr?p8jP*i Ék * Af ! r y-»ft *¦' y » La CEO et la CSN ont été de toutes les luttes nationales et linguistiques.Notre photo: une manifestation organisée en 1974 par le syndicat CEQ de Laval contre l’anglicisation d’une école secondaire française.Pour un LE 1er Mai, jour que les travailleurs ont voulu consacrer à des manifestations pour mettre (}e l’avant leurs revendications, est une occasion privilégiée pour aborder la Question nationale, pour faire le point sur l’importance du débat actuellement en cours a la CEQ.Il importe de mettre en lumière la démarche éminemment démocratique que le Congrès de la Centrale a voulu pour la conduite du débat de la Question nationale.La Question nationale s’est posée avec une insistance particulière dans les dernières décennies de l’histoiie du Québec.Cette Question, qui plonge ses racines profondément dans notre histoire, se pose maintenant d’une manière pressante avec la tenue imminente d’un référendum sur la souveraineté-association.Nos organisations syndicales jugent nécessaire de débattre des questions qui ont des conséquences importantes sur les conditions de travail et de vie de leurs membres, de prendre position et d’intervenir dans le sens de leurs intérêts.La négociation a ses limites et sans une action continue et globale du mouvement syndical pour obtenir des politiques économiques et sociales qui servent mieux les intérêts des travailleurs, on réalise souvent trop tard qu’on perd sur un terrain ce qu’on gagne sur l’autre.Les augmentations de salaires sont grugées par l’inflation; la sécurité d’emploi menacée par le chômage, etc.Quel que soit le dénouement de la crise politique actuelle, aue le statu quo l’emporte ou que des changements constitutionnels considérables soient accomplis, nos conditions économiques, sociales et notre culture en seront affectées; peut-être aussi nos droits politiques.Pour des travailleurs comme ceux du Québec à la mesure des aspirations des travailleurs secteur de l’enseignement, cette question revêt un caractère particulier à cause du rôle social et économique de l’école et à cause de l’importance de la langue comme instrument de communication et de formation.On comprend donc facilement que nos organisations syndicales se soient préoccupées depuis plusieurs années de la Question nationale et soient intervenues à certains moments dans la rue, en particulier sur la question linguistique.La CEQ et plusieurs de ses syndicats affiliés ont participé aux Etats généraux du Canada français en 1966.Une lutte acharnée a été menée contre des politiques linguistiques inacceptables: la loi 63, la loi 22, et nous sommes intervenus publiquement en faveur de la Charte du français.Nous avons appuyé les grévistes de la General Motors qui se battaient pour le français, langue de travail.En 1964 et en 1972, la question de l’indépendance a été débattue.Nos organisations syndicales doivent continuer St intervenir sur cette question fondamentale si nous ne voulons pas que la crise politique canadienne se regie sur le dos des travailleurs.Les patrons, eux, se sont organisés.Un grand nombre d’entre eux se sont regroupés au sein du Conseil pour l’unité canadienne, organisme dirigé par un conseil d’administration regroupant principalement des dirigeants de grandes sociétés qui font des affaires au Canada; on y trouve entre autres pour le Québec, les présidents de Robin Hood, de Celanese Canada Ltée, de Bell Canada, des Minoteries Ogilvie, d ’Air Canada et de Seven-Up.Le Conseil du patronat du Québec, où dominent des grandes entreprises, s’est déjà prononcé sur la base de ses intérêts contre la souveraineté-association.Le Conseil des hommes d’affaires québécois, voué à la défense des petites et moyennes entreprises s’est prononcé en faveur de la souveraineté.Si les travailleurs ne se font pas une idée à eux, s’ils ne prennent pas position au sein de leurs organisations, le seul point de vue défendu dans cette importante question sera celui des patrons et des partis politiques qui ne sont pas les porte-parole des salariés.Le mandat que les membres confieront à leur organisation syndicale lui permettra d’être présente dans le débat, de mettre de l’avant des points de vue basés sur les intérêts de ses membres tout en laissant évidemment chacun libre d’exercer son droit individuel de vote.ner des orientations et des propositions qui seraient débattues et sur lesquelles porterait la consultation et il a adopté un ensemble de résolutions pour amorcer le débat dans les rangs.Ces orientations énonçaient que les travailleurs doivent conduire ce débat en toute indépendance et autonomie par rapport au gouvernement et aux partis politiques sur leur propre base et en leurs propres termes.Une proposition portait sur la question de l’indépendance elle-même.Elle se formulait de la manière suivante: « Le présent Congrès recommande aux affiliés de soumettre à leurs membres pour fins de débat dans le milieu la présente position, à savoir: se prononcer en faveur de l’indépendance du par Gilles Ménard Vice-président de la CEQ La CEQ ne doit pas se laisser entraîner dans, la voie de ceux qui voudraient qu’elle dégage le terrain pour prendre la place.C’est pourquoi, conscient des intérêts spécifiques que les travailleurs ont à défendre dans ce débat, le Congrès de la C.E.Q., en juin 1978, a décidé de la mise en oeuvre d’un vaste processus de consultation et de débat qui permettrait de prendre une position éclairée à un Congrès spécial qui a été fixé depuis, à la fin juin de la présenté année.Le Congrès, l’instance la plus représentative, jugeait ainsi qu’il ne pourrait prendre position qu’après avoir reçu cet éclairage.Il ne voulait pas cependant se dégager de la responsabilité ae détermi-Québec et considérer que la lutte pour l’indépendance est indissociable de la lutte pour une société que les travailleurs québécois ont à définir et à bâtir aux plans économique, social, culturel et politique en fonction de leurs intérêts.» Cette proposition devait être interprétée erronément par d’aucuns comme étant la position de la Centrale et non une proposition pour fins de consultation.La préparation même du document de consultation a fait appel à la participation de l’ensemble des affiliés.Un premier projet de dossier a été soumis par le Bureau national à la discussion et à la critique des délégués d’écoles et d’établissements de chaque syndicat.Près de 1,300 délégués ont participé ainsi à son élaboration.La seconde version a été rédigée et proposée au Conseil général en mars der- nier.Celui-ci a adopté le dossier accompagné de l’instrument de consultation permettant aux membres d’indiquer leurs points de vue sur la question.Chacun des syndicats a été invité par la C.E.Q.à mener le débat et la consultation au cours du mois d’avril.« Pour un pays à la mesure des aspirations des travailleurs Québécois ».Tel est le titre du document de travail adopté par le Conseil général pour les membres des affiliés.Le Conseil général, en plus de traiter de l’importance de débattre de la question nationale à l’intérieur de l’importance des organisations syndicales, aborde les autres aspects mis de l’avant dans le débat actuel.Mettant en lumière les fondements démocratiques du droit à l’autodétermination, il souligne l’importance de la reconnaissance du droit à l’autodétermination du peuple québécois.Il analyse l’oppression nationale, ses racines et ses effets économiques, sociaux, linguistiques et culturels, ses effets sur l’éducation et sur la condition féminine; il oppose à cette oppression nationale les luttes des travailleurs québécois, l’affirmation nationale et le développement de la conscience nationale du peuple québécois.Le Conseil général soumet des éléments de réflexion-critique sur les projets politiques les plus discutés actuellement: le fédéralisme renouvelé et la souveraineté-association; il suggère leur inadéquation par rapport aux problèmes des travailleurs québécois.L’ensemble de cette réflexion conduit à proposer aux membres d'inscrire leurs aspirations et leurs revendications dans un projet de société dont l’indépendance serait le cadre.Le document se termine par la conclusion suivante: « Ce débat sur la question nationale nous offre l’occasion d’inscrire nos aspirations et nos revendications dans la définition d’un projet de société dont l’indépendance est le cadre et la condition.À la condition d’une grande lucidité dans les alliances à faire, d^une grande ténacité dans les étapes à franchir, d’une reconstruction de l’unité de vues et d’action du mouvement syndical et d’une firise de conscience par nos adhérents que eurs intérêts leur dictent une alliance définitive avec les autres travailleurs, le mouvement syndical québécois est particulièrement bien placé pour donner son plein sens au débat sur la question nationale ».Le document de travail est accompagné d’un instrument de consultation composé de onze questions précises sur lesquelles les adhérents sont appelés à se prononcer.C’est en se basant sur les résultats de cette consultation que la Centrale verra à la préparation du Congrès spécial prévu pour les 28, 29 et 30 juin prochains.Ce Congrès devrait egalement être l’occasion de mettre de l’avant une plateforme de revendications et d’articuler les actions à entreprendre pour concrétiser les positions éventuellement adoptées par le Congrès.Lorsqu’à l’occasion du 1er mai 80, nous célébrerons à nouveau la Fête des travailleurs, des événements importants se seront inscrits dans l’histoire du peuple québécois.Le mouvement syndical aura adopté ses orientations sur la Question nationale, le référendum aura eu lieu.Ces événements font de l’année qui vient une année capitale.Leurs intérêts spécifiques commandent aux travailleurs de défendre avec vigueur durant ces prochains mois leurs revendications dans la question nationale.Pour une démarche autonome du mouvement syndical La question nationale n’est pas neutre.Lieu de pouvoir, elle prend le visage et la foime de ceux qui la dominent.Lieu de confrontations, elle porte aussi en elle les marques, les empreintes de traditions, de modes de vie et de revendications populaires.Au Québec, dans la lutte contre l’oppression nationale (1) et pour l’affirmation politique du peuple québécois, réduire les revendications nationales à l’utilisation qu’en ont toujours fait ceux qui politiquement ont dominé et dominent cette lutte, c’est renoncer à dégager la portée populaire de ces revendications.C’est aussi abandonner ce champ de revendications à tous ceux qui ont cherché et cherchent à le maîtriser pour assurer ainsi les assises de leur pouvoir.Le comité d’orientation de la CSN présentait aux délégués du congrès confédéral de juin 78 un document de réflexion et d’analyse sur la question nationale (2).Le comité insistait particulièrement sur la nécessité pour les travailleurs, les travailleuses et les couches populaires d’assurer leur présence active, sur leur propre base et en fonction de leurs besoins et aspirations, dans l’acheminement politique de cette question.Ainsi, depuis quelques mois, plusieurs centaines de travailleurs et de travailleuses de la CSN, à l’occasion de congrès régionaux, de réunions de leurs secteurs professionnels et de rencontres de discussion dans leur syndicat, poursuivent l’étude des analyses et revendications que notre mouvement met de l’avant dans ce débat, afin de se préparer ainsi au congrès spécial sur la-question nationale qui se tiendra les 1er, 2 et 3 juin prochains.Ce congrès, moment privilégié de la démocratie syndicale, se veut l’expression la plus fidèle des véritables préoccupations et aspirations des travailleurs sur cette question.La CSN intervient sur la question nationale, en tenant compte de sa nature particulière comme organisation syndicale, organisation de travailleurs et de travailleuses qui, tout en partageant les mêmes dif- ficultés et les mêmes combats, n’en sont pas moins d’idéologies, d’opinions et de sensibilités politiques fort différentes.Produit eile-meme de la résistance à l’oppression nationale en ce qu elle est née, malgré des ambiguïtés idéologiques certaines, d’une volonté de contrôle des travailleurs québécois sur leurs organisations, la CSN intervient aussi sur cette question en rappelant les nombreuses revendications qu’elle a toujours défendues pour faire du français la langue de travail, des négociations et des conventions collectives et pour combattre les différentes discriminations de cette oppression.Dans l’histoire récente de notre peuple, de « l’autonomie provinciale » du régime Duplessis à la « souveraineté culturelle » de Robert Bourassa, les dirigeants politiques auront réussi à utiliser notre volonté de résistance, pour consolider ainsi les intérêts de ceux qu’ils représentent.Quant au gouvernement du Parti québécois, bien que son arrivée au pouvoir ait été saluée comme une victoire populaire, l’aisance avec laquelle ses dirigeants justifient le freinage du salaire minimum et des allocations sociales, les réductions continues dans les secteurs hospitaliers et scolaires, la présence de forces policières au sein des organisations ouvrières, l’arrogance qu’ils affichent envers les revendications des travailleurs et travailleuses des secteurs publics et parapublics, la facilité déconcertante avec laquelle ils arrivent à légitimer les égarements qu’ils prennent envers des aspects progressistes du programme de leur parti; tout cela nous fait déjà entrevoir que le projet de « souveraineté-association » risque lui aussi d’être subordonné aux grands intérêts économiques dominants.Cette insistance que met la CSN pour l’affiimation d’une démarche autonome et unitaire de tout le mouvement ouvrier québécois sur la question nationale est l'expression du refus de ceux des travailleurs.C’est aussi une mise en barde que le règlement de cette question ne saurait se Taire, en aucune manière et en aucun temps, sur le dos de la classe ouvrière et des masses populaires.Favoriser une présence autonome du mouvement ouvrier et populaire, cela nécessite la réappropriation du sens de notre histoire.Revenir à la Conquête, scruter les véritables intérêts qui ont façonné le Canada, saisir la portée des mouvements de revendications populaires, tels l’appui aux patriotes de 37-38, le large soutien à la cause de Louis Riel, les crises de la conscription de 1917 et 1941, la mobilisation autour de la loi 63.Nous devons également dégager, en partant des milieux de travail et de vie, les manifestations quotidiennes de l’oppression nationale que subissent les travailleurs québécois francophones: discrimination dans l’emploi, les salaires, l’accès à l’éducation, le logement, la santé, la culture; absence de maîtrise de leurs institutions politiques.Tout cela bien sûr ne saurait nous faire l’oppression nationale, surtout lorsque l’on peut constater que des inégalités de développement défavorisent davantage les provinces atlantiques qui sont pourtant à majorité de langue anglaise.Il faut donc réaliser que les inégalités de développement régional caractérisent toute économie capitaliste, même celle où n’existe aucune minorité nationale.Intervenir de façon autonome sur la question nationale, cela nous incite également à préciser comment nous entendons lier la lutte contre les effets de cette oppression au combat plus global pour l’avènement d’une société nouvelle, bâtie par la très grande majorité du peuple, en fonction des besoins et aspirations des travailleurs, des travailleuses et des couches populaires, ce que nous appelons une société socialiste et démocratique.Le socialisme démocratique est, à la par Marc Lesage Conseiller syndical à l’action politique (CSN) oublier qu’au Québec, d’autres minorités nationales, tels les Amérindiens et les Inuit, ont aussi à subir, et cela de manière beaucoup plus directe, les effets de cette forme d oppression.Enfin nous avons à situer les manifestations de l’oppression nationale comme étant l’une des formes que prend l’exploitation de la force de travail par le capital.Nous demeurons bien conscients que l’exploitation du travail ne saurait se r£ duire aux diverses discriminations que prend l’oppression nationale et qu’en ce sens les travailleurs canadiens anglophones ont aussi à subir cette exploitation: bas salaires, conditions de travail dangereuses, discrimination envers les femmes, discipline infantile imposée aux’ travailleurs dans leur milieu de travail, etc.Enfin, quand on analyse le sous- port à Vautres régions du Canada, nous pouvons difficilement conclure que celui-ci est la conséquence exclusive de CSN, l’expression d’une recherche collective de ce que pourrait être une vie nouvelle.Cela n’a rien à voir avec la proclamation d’un dogme, d’une certitude, ou l’importation de modèles étrangers.Il ne s'agit donc pas d'une formule achevée ou figée, mais d’un processus créateur au-uel le plus grand nombre de travailleurs oivent apporter leur contribution.Notre conception du socilaisme démocratique est aussi tout le contraire de l’oppression et de la négation des droits de la personne.Ce que nous voulons, c’est l’élargissement du champ de la liberté, c’est la liberté pour les travailleurs de diriger les politiques de leur quartier, de leur ville, de leur pays; la liberté de gérer leurs usines, leurs écoles, leurs hôpitaux; la liberté de créer et d'assumer leur propre culture (3).Il nous faut reconnaître que les multiples contradictions dans les « socialismes existants » nous obligent à aborder ce sujet avec davantage de clairvoyance et de rigueur.C’est sans aucun doute une réflexion que nous aurons à poursuivre au cours des prochains mois et des prochaines années.De même nous aurons à préciser davantage l'articulation que nous concevons nécessaire entre la lutte contre l’oppression nationale et notre projet de société.Il ne saurait suffire de souhaiter vertueusement l'avènement d’une nouvelle société, pour s’acquitter ainsi, comme par enchantement, des tâches qui nous reviennent comme organisation syndicale.Nous ayons des tâches importantes à assumer dans la formulation quotidienne, la mise en oeuvre de notre projet de société.Ainsi, dans la lutte contre l’oppression nationale, la CSN fait de sa plateforme de revendications son axe privilégié d’intervention, Cette plate-forme suppose notre capacité de tracer des moments, des étapes pour la réalisation de nos objectifs.Cela suppose également de maîtriser le plus possible ces étapes, la chronologie de nos revendications, de nos luttes; Cela suppose enfin de nous préoccuper de la qualité et de la portée de chacune de nos revendications.Concrètement, notre présence dans l’acheminement politique de la question nationale doit contribuer à: ¦ Préserver les acquis des travailleurs — Assurer les acquis économiques et sociaux que les travailleurs ont gagnés par leurs luttes.Par exemple, les acquis de nos conventions collectives, les libertés de la personne, les droits syndicaux, etc.¦ Faire reculer les diverses manifestations de l’oppression nationale — C’est-à-dire les discriminations dans l'emploi, les salaires, l’enseignement, l’absence de maîtrise de nos moyens politiques, etc.¦ Créer des conditions meilleures pour le développement de formes nouvelles de la démocratie — Les acquis démocratiques sont limités, et particulièrement fragiles en période de crise économique.Voilà pourquoi nous avons à nous préoccuper de les consolider sans cesse, de les élargir, de les faire déboucher sur de nouveaux champs d’intervention permettant aux travailleurs d’accroître leur emprise sur les différentes dimensions de leur vie quotidienne (travail, quartier, culture, loisir, environnement) Finalement, plus que jamais, face aux agressions qui se multiplient depuis quelques années, nous devons exiger le respect et l’élargissement de nos droits démocratiques et de ceux de toutes les minorités.Tout projet politique, toute proposition constitutionnelle qui menacerait les droits démocratiques devraient être combattus par les organisations syndicales et populaires, qui les ont acquis par les dures luttes qui jalonnent notre histoire.L'affirmation politique du peuple québécois ne saurait se faire à ses propres dépens.NOTES: (1) Par oppression nationale, nous entendons la domination d’une nation sur un peuple ou sur une autre nation, domination qui a des effets économiques, politiques et culturels.Comme ceux du Québec, les travailleurs canadiens subissent les effets de l’exploitation capitaliste.Mais les travailleurs québécois subissent de plus l’oppression nationale, qui en est une forme particulière.Ce terme peut effectivement avoir dans le contexte québécois une connotation légèrement « misérabiliste ».Cependant cela n'enlève rien d la réalité qu’il décrit.(2) On peut se procurer les documents « Pour les droits et libertés des travailleurs et de leurs organisations, être présents dans la lutte contre l’oppression nationale » et « Proposition de la CSN pour la discussion sur la question nationale », en s’adressant au Service de l’information de la CSN.(3) Les militants de la CSN recon-naftront ms doute ici de nombreux extraits des documents' du comité d’orientation.En rédigeant ce texte j’ai surtout cherché d traduire le plus fidèlement possible la démarche de notre mouvement afin de donner ainsi le goût — pourquoi pas! — au plus grand nombre de lecteurs de ce quotidien de mieux connaftre, discuter et partager les réflexions et préoccupations de la CSN sur cette question. IV ¦ Le Devoir, mardi 1 er mai 1979 le premier mai Les revendications actuelles à la lumière du passé _ % * Pour l’emploi et les libertés à l’époque de la Grande noirceur (1945-1960) Le Devoir, mardi 1 er mai 1979 ¦ V ie premier mai Le nombre des syndiqués au Québec va augmenter de façon remarquable de 1945 à I960, malgré la répression antisyndicale du régime Duplessis.Les effectifs passent de 180,000 à la fin de la Deuxième Guerre à 375,000 en 1960, soit de 20% à près de 30% de la main-d’œuvre.En une seule année, de 1945 à 1946, le taux de syndicalisation passe de 20 à 25%.Il s’élèvera modérément par la suite, avec une pointe en 1955 et une baisse lors de la récession qui débute en 1957.En quinze ans, le nombre des adhérents québécois des unions internationales et pan-canadiennes passe de 150,000 à 250,000.En 1960,100,000 d’entre eux sont membres de la nouvelle Fédération des Travailleurs du Québec (FTQ), fondée en 1957, l’aile québécoise du nouveau Congrès du travail au Canada (CTC).Pendant ce temps, le membership des syndicats nationaux et catholiques passe d’un peu plus de 60,000 à 94,000.En 1960, la CTCC se deconfessionnalise et devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN).Quant à la Corporation des instituteurs catholiques (CIC), ses effectifs passent de 10,000 à 16,000 membres entre 1945 et 1960 (.) Le Règlement numéro 1 Le gouvernement duplessiste ne se contentera pas d’exploiter les tarés de la Loi des relations ouvrières de 1944 qui restreint déjà l’exercice des libertés syndicales.Il utilisera tout un arsenal de moyens ppur attaquer systématiquement le mouvement ouvrier organisé et entre autres de la Loi du Cadenas, qu’il a fait adopter présumément contre la « propagande communiste » en 1937.lSn'1946 est promulgué le célèbre « Règlement numéro 1 » de la Commission des relations ouvrières (CRO) du Québec, formée pour veiller à l’application de la Loi des relations ouvrières.La Commission — créature fidèle du pouvoir — décrète qu’une association syndicale doit être « de bonne foi » pour être « reconnue ».Lorsqu’elle juge un syndicat « représentatif », la CRO émet un certificat de reconnaissance (accréditation) syndicale qui demeure la propriété de la Commission et non du syndicat.La CRO peut ainsi retirer à un syndicat déjà reconnu son certificat.Il suffit qu’elle estime que le syndicat n’est pas représentatif, ou encore qu'il n’est plus « de bonne foi ».La Commission se servira de ce « Règlement numéro 1 »- maintes et maintes fois, pour ôter leur certificat de reconnaissance à des syndicats que le pouvoir juge trop militants.Elle leur interdit ainsi toute possibilité de négocier et de faire légalement une grève, puisqu’ils ne sont plus « reconnus » par l’État.La CRO fait preuve d’une partialité constante en faveur des patrons.Cette partialité est tellement évidente que l’une des revendications majeures de chacune des centrales, en matière de législation du travail, concerne la transformation, de fond en comble, de la Commission.i L’arsenal antiouvrier de Duplessis ne serait pas complet sans l’intervention rapide et brutale de sa police lors de nombreuses grèves.La Police provinciale de Duplessis, la .; v ÊmÉïm.ÇHYnVi ' S n' ‘ t* / * • y Les 185,000 travailleurs du Front Commun des services publics FTQ-CEQ-CSN ont entrepris leur démarche de négociation en vue du renouvellement de leurs conventions collectives.Cette négociation est sans doute la plus importante et la plus cruciale qu’ils aient jamais eu à mener.Dans une conjoncture sociale, économique et politique particulièrement difficile, ils doivent littéralement « ramer à contre-courant ».Jamais auparavant leurs droits acquis n’auront été autant menacés., Pourtant, à la condition qu’ils mènent une lutte lucide et qu’ils iranchissent les principaux obstacles qui se dressent devant eux, ils pourront améliorer leurs conditions de travail et mettre un terme à la détérioration des services publics à laquelle nous assistons actuellement.double allégeance - C’est un secret de polichinelle que les membres de la CEQ comme les travailleurs du secteur public en général, sont majoritairement sympatiques au Parti québécois.Plusieurs d’entre eux ont investi du temps et de l’énergie pour lui permettre d’accéder au pouvoir et un grand nombre y ont placé beaucoup de leurs espoirs.Le premier obstacle que l'on rencontre est donc la confusion que l’on semblait véhiculer à propos de l’allégeance pé-quiste confondue avec l’allégeance syndicale Cette confusion est sans doute née du fait qu’on croyait ou qu’on entretenait l’illusion que les travailleurs pouvaient davantage compter sur d’autres que sur eux-mêmes pour améliorer leur sort.Mais il apparaît évident maintenant que les syndiqués commencent à faire la part des choses et comptent sur leur syndicat pour défendre leurs intérêts et non sur le parti au pouvoir.Quelles que soient les différences d’approche, il est évident que le gouvernement en négociation est le patron, qu’il agit en patron et qu’il défendra ses intérêts de patron.Aux travailleurs de défendre les leurs.La question nationale — Un deuxième obstacle peut se situer au niveau de la question nationale.De fait, l’avenir du pays affectera, à long terme, qu’on le veuille ou non, les conditions de travail de tous les travailleurs québécois pour le meilleur ou pour le pire.Tout comme les négociations en cours affecteront, elles, à court terme, les conditions de travail et de vie des travailleurs.Mais, il n’y a pas de vases communicants à établir entre le référendum qui se tiendra bientôt au QuébeCj et la négociation.Nous n’avons pas à etre moins actifs en négociation pour être plus présents dans le débat référendaire.Ni à sacrifier nos intérêts dans le débat sur la Question Nationale parce que nous sommes en négociation.Pour le mouvement syndical ce sont deux ordres de questions de niveau différent, aussi importantes l’une que l’autre, mais qu’il n’est pas question de confondre.Il importe donc de mener à bien la négociation sur la base des mandats obtenus, peu importe la stratégie référendaire que le gouvernement utilisera.Quand arrivera la question du référendum, il nous faudra agir à partir du mandat de nos instances sur la question nationale, en toute indépendance et sans prétendre que la question référendaire est du seul ressort d’un parti politique.Nous aurons à cette occasion egalement défendre nos intérêts.Cette distinction n’est pas superficielle Elle est essentielle à la clarification de nos objectifs.Si le gouvernement veut utiliser l’arme référendaire pour semer de la confusion dans la négociation, ce sera sa responsabilité et il en subira les conséquences.Quant à nous, nous ne ferons pas de chantage, mais nous ne serons pas les dindons de la farce, non plus.Les stratégies patronales - Un troisième obstacle se situe au niveau des stratégies patronales que nous devons analyser et comprendre afin de mieux situer leur action et la nôtre.Le premier élément de cette stratégie patronale est la « dédramatisation ».Le gouvernement a déjà dit que la négociation du secteur public serait son premier véritable test.Il sait que par le passé ces négociations ont occupé une grande place et on eu un impact fort négatif sur le gouvernement précédent.Il sait également que le public n’aime pas les moyens de pression et les grèves, préfère se faire dire que tout/va bien.Un gouvernement qui ne dérange pas se verrait sans doute mieux apprécié à ce moment-ci.Cette théorie de la dédramatisation amène donc le gouvernement à faire peu de déclarations publiques, à développer une stratégie d’avance et de recul, à laisser entrevoir l’espoir du lendemain et la porte constamment entrouverte pour né-ocier.Il cherche à entretenir l’illusion émobilisante de jours meilleurs ou de nouvelles offres ou de nouvelles propositions qui sont constamment à venir.Il laisse donc aux représentants syndicaux le soin de faire les déclarations publiques, qui annoncent les « mauvaisés nouvelles » si bien que lorsqu’il ne pourra plus éviter d’avoir à admettre que les négociations vont mal, on attribuera la faute aux syndiqués.Le deuxième élément de cette stratégie patronale est la recherche d’un règlement en bas du statu quo.L’Etat va sans doute négocier, il s’est donné une grande marge de négociation en revenant systématiquement sur tous les acquis.Dans cette stratégie patronale, le pire qui pourrait arriver au gouvernement serait de maintenir le statu quo sur un certain nombre de sujets.Nous ne sommes pas naïfs face à sa propagande.Le troisième élément consiste à vouloir récupérer les droits de gérance au détriment des droits syndicaux.Cela fait partie du pacte secret concocté entre le gou- vernement et les associations patronales.Il n’est pas surprenant alors de voir que les commissions scolaires, la Fédération en tête, qui étaient parties en guerre pour conserver le pouvoir de taxation, n’ont presque pas réagi lorsque M.Parizeau a annoncé que" la taxation scolaire disparaîtrait au 1er janvier 1980.L’explication se retrouve dans les offres patronales.Les rumeurs — Un quatrième obstacle se situe au niveau des rumeurs.Toutes ces rumeurs ont ceci en commun qu’elles tendent à créer un effet de démobilisation ou à démontrer qu’il est inutile de tenter de constituer un rapport de force, le gouvernement se gardant une arme secrète ultime.Ainsi, il entretient la rumeur d’un décret au 30 juin, au début de septembre ou encore à la mi-septembre.Sans doute un gouvernement qui a été capable de faire un décret de cette nature sur le partage des objets de négociation des enseignants des commissions scolaires est-il capable de décréter les offres patronales, certes.Il faudrait cependant, dans le contexte actuel qu’il recoure dans un premier temps à une loi spéciale, ce qui ne peut se justifier à court terme.On parle également du lock-out au mois d’août ou avant.La partie patronale aura le droit au lock-out au 1er juillet.Mais nous prendrons nos précautions pour éviter de nous retrouver dans la situation du 31 août 1976.Dès le mois d’août nous retrousserons nos manches et nous nous mettrons au travail.Toutefois, les tournées que nous faisons et les contacts que nous avons de façon régulière et poussée avec nos adhérents nous permettent de penser que le « coup du 31 août 76 » ne se refera pas.Une autre rumeur concerne la prolongation d’un an de la convention collective.Une offre serait déposée le 30 juin prochain ou début septembre.Cette rumeur peut prendre de l’importance, devant le peu de hâte de la partie patronale à négocier et devant la qualité de ses offres.La prolongation d’un an permettrait de faire une pause pour laisser passer la campagne référendaire et placerait le gouvernement en situation de déclencher des élections si les négociations allaient mal au printemps prochain.Mais il faudrait, pour donner du poids à cette rumeurs, qu’il y ait une clause d’indexation et de nouvelles augmentations salariales.De plus, cette stratégie patronale rendrait la situation financière de la Centrale plus difficile.Elle viserait à l’accaparer sur le terrain de la négociation et à lui faire admettre qu’en fin de compte, elle ne tient pas à ses priorités normatives.Nous saurons faire face à cette situation en rétirérant notre volonté de négocier rapidement sur la base de nos acquis, d’améliorer nos conditions de travail, et de poursuivre la négociation jusqu’à la conclusion des conventions collectives.Une autre rumeur « classique » est celle des offres finales.Mais elle n’a rien d’alarmant.Chaque fois que nous recevrons des offres finales qui ne seront pas satisfaisantes, nous les traiterons de la même manière que nous traitons n’importe quelle offre patronale qui ne constitue pas une base sérieuse de règlement.L’information — Un cinquième obstacle que nous aurons à affronter se situe au niveau de l’information.Nous traversons une période difficile pour le syndicalisme, et particulièrement pour la C.E.Q.qui est aurement attaquée pour toutes sortes de raisons souvent contradictoires.Ce n’est pas verser dans la paranoïa que de constater à quel point les choses ont changé.On remet même en question la représentativité des mandats syndicaux, le rôle que nous occupons sur la scène économique, sociale et politique, et notre droit de penser de façon différente de la « version officielle » du pouvoir.Toute critique, toute action qui vise à présenter une image négative du mouvement est amplifiée.Toute action qui permettrait de « positiver » l’action syndicale est minimisée quand elle n’est pas totalement éliminée.Une lettre ouverte d’un membre dissident est davantage mise en évidence que la réaction et l’analyse du Front Commun aux offres patronales salariales, pour ne prendre qu’un exemple récent.L’information n’est pas neutre, elle ne l’a jamais été.Et nous devons admettre courageusement, franchement, lucidement, que les médias d’information ne sont pas là pour faire notre travail et que nous pouvons moins que jamais compter sur eux.Cela ne nous empêchera λas de nous battre pour faire reconnaître e droit du public à etre informé et d’utiliser les moyens d’information pour tenter, malgré tout, de transmettre notre message.Mais il faut savoir que nous devons gagner la bataille de la crédibilité auprès de nos membres d’abord et avant tout pour réussir à obtenir satisfaction dans cette négociation.Le Front commun patronal - Un dernier obstacle réside dans la solidité et la cohésion du « Front Commun Patronal ».Cette fois, nous n’avons pas trop d’énergie à perdre pour tenter de diviser les employeurs entre eux.Nous savons que nous n’avons pas à compter sur eux pour défendre nos intérêts et c’est par notre action propre que nous réussirons à faire valoir notre point de vue.Ils sauront sans doute se renvoyer la balle entre eux, mais pour nous ce qui est important c’est de voir clair dans leur stratégie, et surtout d’agir entre nous sur notre base.Agir sur notre base, c’est mettre de l’avant constamment les priorités et les demandes que nous avons formulées dans cette négociation.Nous sommes en droit cette année d’exiger un pas de plus en avant et non pas un retour à la situation de 1968; et à condition de mener une lutte consciente, nous y parviendrons.par André Therrien Coordonnateur de la CEQ au Front commun Un voile d’équité qui couvre l’injustice Le 30 juin prochain les conventions collectives d'environ 250,000 travailleurs des secteurs public et parapublic québécois viendront à échéance.Les négociations pour leur renouvellement sont déjà commencées.De l’aveu même des principaux porte-parole du gouvernement, cette ronde de négociations qui s’amorce risque de marquer profondément le devenir social, économique et même politique du Quebec.Déjà, même si les échanges formels de négociations sont à peine enclenchés, l’observateur un peu attentif de l’actualité sait sur quel terrain va se dérouler l’essentiel du débat et sur quel enjeu partira la confrontation, v Il s’agira d’une lutte pour l’approfondissement de l’équité.Pour le Front Commun 1979 — car il y a encore une fois regroupement autour des mêmes objectifs des 200,000 travailleurs des secteurs public et parapublic affiliés à la FTQ.à la CEQ et à la CSN -l’objectif n’est pas au fond différent de celui que s’étaient donné les Fronts Communs antérieurs.Encore une fois, c’est le partage plus équitable des ressources collectives qui charpente et anime le cahier de revendications préparé et déposé par les travailleurs regroupa en Front Commun.Salaire minimum décent, partage en parts égales de l’augmentation de la richesse collective, élimination des discriminations salariales arbitraires sont en effet, avec la relance du développement des services de santé, des services sociaux et des services éducatifs, les éléments d’une politique de négociation toute axée sur la recherche d’une plus grande justice sociale.Ce qui, à première vue, semble faire l’originalité de cette ronde-ci par rapport aux précédentes, c’est la prétention qu’a le gouvernement de se situer lui aussi sur le terrain de la lutte pour l’approfondissement de l’équité.On voit meme les éternels appuis patronaux du gouvernement, traditionnellement moins préoccupés de justice sociale que de rentabilité des investissements, s'engager eux aussi à ses côtés dans une croisade qui, à première vue, n’a l’air d’être inspirée que par l’élimination des disparités salariales.Cependant, pour ces alliés, la recherche d’une plus juste répartition des ressources coflectives passe par le gel du salaire minimum et le resserrement des crédits affectés aux missions sociales et éducatives de l’État.Elle passe aussi, « c’est une question d’équité élémentaire », selon l’expression du président du Conseil du Trésor, par l’alignement des salaires des travailleurs à l’emploi de l’État sur les moyennes généralement observées dans le secteur privé de l’économie.Si, sur le premier point, on voit mal comment une plus grande justice sociale pourrait résulter de mesures toutes destinées à raffermir les profits déjà astronomiques des grandes entreprises, il faut reconnaître qu’il y a apparence de recherche d’équité sur le deuxième point puisqu'il s’agit de gommer des disparités.Pourtant, que signifierait au fond, un succès gouvernemental à l’égard de ces deux objectifs?Quelle serait la signification sociale d’un arrêt de la croissance des grands réseaux publics d’Éducation, de Santé et de Services Sociaux?Les grands réseaux publics assurent la couverture de besoins populaires (besoins de santé, d’éducation, de perfectionnement,.) qui, dans le libre jeu des lois du marché, ne seraient couverts que pour une minorité de Québécois.de l’entrepreneur accès à l’éducation supérieure, il ne devrait pas être question pour la société québécoise de cesser des efforts dans la direction de la démocratisation de l’éducation.Or la progression dans cette direction passe à la fois par l’action systématique de l'État pour l’équité des conditions socio-économiques des jeunes, et donc de leurs parents, aussi bien que par une distribution plus équitable des ressources de son réseau d’enseignement public de façon à tenir compte des rattrapages à par Marcel Gilbert Coordonnateur de la CSN au Front commun Pourra-t-on parler d’une augmentation de l'équité parce qu’on aura choisi de stopper là.Pourra-t-on parler d’une augmentation de l'équité parce qu’on aura choisi stopper la croissance d’un moyen équi-< table de distribution des ressources sociales, parce qu'on aura choisi d’augmenter la part du produit collectif qui est distribuée inéquitablement selon les.lois du marché?Nous sommes convaincus que non.Tant que le fils ou la fille de l’ouvrier, du préposé à l'entretien ménager ou de l’employée (employé) de bureau n’a pas autant que le fils ou la fille de médecin ou faire pour les jeunes provenant de milieux socio-économiques défavorisés.D’autre part, tant que l’on observera des niveaux de santé différents entre Westmount et Pointe St-Charles, tant qu’on verra des travailleurs réduits à l'assistance publique à 40 ans parce que désormais incapables de travailler, il faudra bien que l’État intensifie son intervention en matière de santé en même temps qu’il poursuit la lutte contre les disparités criantes que génère et entretient le salariat.Or, jusqu’à maintenant, la seule pression politiquement significative qui s'est exercée, et qui continue de s’exercer sur l'État québécois pour la correction de ces inéquités-là, provient des milieux syndiqués.Comme d'ailleurs les groupes syndiqués du secteur public et du secteur privé sont les seuls véritables recours de la justice dans le secteur de l’économie dominé par la loi de la jungle que les'milieux patronaux appellent pudiquement les lois du marché.Un gouvernement véritablement préoccupé d’équité aurait reconnu le caractère essentiel de l’intervention syndicale dans la lutte pour corriger les iniquités profondes que laisse subsister et que renouvelle constamment le secteur de l’économie dominé par les lois du marché.A l’inverse, le gouvernement actuellement au pouvoir a Québec, sous prétexte de corriger une disparité, propose à ses employés de les aligner sur les structures et les hiérarchies salariales d’un secteur si faiblement syndiqué que les disparités des plus criantes n’ont pas pu être contestées effectivement.Aussi, sous une apparence de plus grande équité, la position gouvernementale conduit tout droit à la garantie de la permanence tranquille des inéquités actuelles ou même à la garantie d’un retour tranquille des inéquités que seules les luttes syndicales conjuguées des syndi- ?|ués du public et du privé avaient réussi à aire reculer.Le mouvement syndical — le Front Commun du secteur public en particulier — est autant que le gouvernement préoccupé de l’utilisation rationnelle des ressources de l’État et de l’augmentation du * bien-être des Québécois, surtout des gagne-petits ou des gagne-pas-du-tout.Le Front Commun, comme le gouvernement, est préoccupé des disparités public-privé; il souhaite lui aussi voir disparaître et travailler à les réduire.Cependant, cela ne pourra visiblement pas se faire en renonçant à la poursuite d’une politique salariale, dans le secteur public comme dans le secteur privé, fondée sur la couverture d’un minimum de besoins et sur la correction des injustices et des inéquités que secrétent et perpétuent les lois du marché.Ce n’est pas en renonçant à une politique salariale équitable qu’adviendra l’équité.Cet objectif sera plutôt atteint en prenant les moyens pour que se développe la -lutte de tous les travailleurs dans la mrec-tion de cette politique salariale.Or cela n’est possible que par l’élargissement de la syndicalisation dans le secteur privé.I A la CSN nous y travaillons quotidiennement et, dans ce travail quotidien, nous découvrons le vrai visage de ceux qui nous tiennent des discours d’équité.Nous découvrons notamment que le gouvernement québécois d’aujourd’hui ne fait pas grand chose pour éliminer dans les lois les obstacles à la syndicalisation introduits par ses prédécesseurs, pour faciliter le regroupement et l’organisation syndicale des travailleurs, pour réprimer les gestes patronaux, souvent illégaux, posés afin de maintenir le libre jeu de 1 exploitation du travailleur isolé par les lois du marché.i t
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