Le devoir, 24 novembre 1979, Supplément 1
LE DEVOIR Salon du livre ^ de Montréal Montréal, samedi 24 novembre 1979 B I Novembre s’amène nu comme un bruit de neige et les choses ne disent rien elles frottent leurs paumes adoucies d’usure ' • ' 'vV^: ^^\^^ :i'- ~ ^ ' ': Extrait de la maquette pour l’album 24 Murmures en novembre, poèmes de Jacques Brault et gravures en taille douce de Janine Leroux-Guillaume, à paraître bientôt au Noroît.Pour ^imaginaire POURQUOI ce cahier?Pour l’imaginaire, justement.Pour affirmer une littérature québécoise.Pour la laisser déborder d’elle-même dans ces pages publiées pour souligner le deuxième Salon du livre de Montréal, qui se tient du 27 novembre au 2 décembre à Place Bonaventure.C’est l’occasion de lire des écrivains en rapport avec leur imaginaire.Nous avons demandé à plusieurs femmes écrivains et à plusieurs romanciers et poètes de moins de 40 ans de commenter cette proposition: POUR L’IMAGINAIRE.Elles, ils ont toutes, tous ou presque répondu.Tant ef si bien que ce cahier a doublé ses pages en chemin et que nous n’avons pas pu y placer les textes de tous les écrivains qui ont répondu à l’appel du DEVOIR.Nous nous excusons auprès de ces absents.Mais nous croyons que l’ensemble de ces textes peut refléter les affirmations de tout un imaginaire.Je me réjouis de la participation en masse des écrivains invités.Ce cahier spécial renoue avec une des grandes traditions du DEVOIR, qui a longtemps convoqué annuellement les écrivains à commenter un thème ou l’autre.Cette année, en plein flou littéraire, oû les romanciers plus âgés publient moins, où les jeunes écrivains cherchent une place en littérature, le thème de l’imaginaire s’imposait de lui-même.On pourra plus tard le creuser dans ses fibres même.Mais il fallait d’abord ouvrir le puits.Voici ce qu’il en monte.Le philosophe français Mikel Dufrenne, directeur de la revue "Esthétique", a bien voulu introduire le thème de l’imaginaire, sur lequel il réfléchit depuis de nombreuses années.Près d’une trentaine d’écrivains répondent ensuite à la proposition: Yves Beauchemin, Claude Beausoleil, Nicole Brossard, Noël Audet, Louky Bersianik, Marcelle Brisson, André Berthiaume, Gilles Cyr, Lucien Francoeur, Pierre Fillon, Robert Mélançon, Madeleine Ouellette-Michalska, France Vézina, Michel Gay, Jean-Yves Thé-berge, Louis-Philippe Hébert, France Théo-rêt, Suzanne Paradis, Jovette Marches-sault, Philippe Haeck, Gabrielle Poulin, Marie Uguay, Jean-Marie Poupart, Claude Haeffely, Paul Chamberland et Françoise Bujold.Et ces textes sont accompagnés d’une vingtaine d’illustrations puisées à même l’imaginaire de la ligne, chez des peintres et graveurs de toutes tendances.J’ai réalisé ce cahier avec la collaboration du poète Claude Haeffely pour la collection des images, du photographe du DEVOIR, Jacques Grenier, de madame Jacqueline A vril, publicitaire, et de M.Jean Francoeur pour la mise en pages.Jean Royer MIKEL DUFRENNE Ouvrir l’avenir POUR l’imaginaire, oui! Parce que le réel nous pèse, parce que nous ne voulons pas nous soumettre toujours a ce principe de réalité que Freud recommande, parce que nous voulons vivre sans toujours sul ir la nécessité et sans méditer la mort.C’est l’idéologie dominante qui nous enseigne, à coups de tautologies, que le réel, c’est le réel, que nous y sommes pris et que toutes les issues sont bloquées: pas d’avenir, l’idéologie refuse l’histoire parce que les dominants ne veulent pas d’histoires.Et nous ne devons pas savoir non plus que ce réel est truqué.Le positivisme nous assure qu’il ne l’est pas; il invoque la caution de la science: le réel, c’est le fait que la science détermine, vérifié, indéniable, incontournable.Mais la science en acte, quand ce ne sont pas les technocrates qui parlent pour elle, est-elle si sûre d’elle-même et si autoritaire?Elle sait bien qu’elle ne maîtrise que quelques îlots de rationalité dans un océan d’ir- M.Dufrenne dirige en France la revue Esthétique et il enseigne présentement la philosophie aux Etats-Unis.rationnel, comme dit Michel Serres.Ne voyez-vous pas que le savant aussi joue, et sans se priver d’imaginer Ce n’est pas lui qui nous interdit d’en appeler à l’imaginaire.Mais les pouvoirs ne semblent pas l’interdire non plus: ils mettent l’art de masse à la disposition de la masse: du reve à ^ogo.Méfions-nous! cet imaginaire est aussi truqué et aussi opprimant que le réel; ne permettons pas qu’on rêve pour nous, et que ce rêve soit le gardien de notre sommeil, n’acceptons pas un irréel de commande, opium de la masse.Sans doute l’imaginaire collectif peut-il aussi véhiculer des images moins conformes, moins sécurisantes, comme celles qui sont à l’origine des mythes ou des légendes; mais cet imagi- naire encore « culturel » n’a de vertu libératrice que s’il mobilise l’invention.Faut-il donc en appeler à un imaginaire subjectif?Sans doute, mais sous condition; car ici encore un piège nous menace: nous sommes tentés de définir l’imaginaire, sous prétexte qu’il refuse le réel, comme irréel.Et cet irréel serait tout aussi aliénant que le réel s’il se réduisait à être l’expression aberrante d’une subjectivité repliée sur elle-même, prise au piège de ses rêves privés, obsédée par ses fantasmes: halluciner n’est pas se libérer.Est-ce même vraiment imaginer au sens fort du mot?Au vrai l’imaginaire n’est pas toujours une qualité de l’image.Pour lui donner son sens le plus fort, il faut en appeler à ce que la psychologie nommait à bon aroit l’imagination créatrice.Mais alors l’imaginaire cesse de se définir comme irréel.Il retrouve un premier rapport à la réalité en ce qu’il se réalise dans une oeuvre ou dans un événement.Il tourne bien le dos au réel prosaïque mais il est poétique: il promeut un nouveau réel, qu’on peut dire poétique.Ce sont les créateurs — poètes, savants, révolutionnaires — qui imaginent et leur imagination se mesure à la force de son inscription dans le monde.L’imaginaire qu’ils s’emploient à réaliser a encore un second rapport avec la réalité: loin d’être purement subjectif, il procède d’elle; il s’enracine dans la perception, quand la perception dérive vers l’originaire, quand la vision se fait voyance ou l’audition écoute, et aussi bien quand la colère ou l’espérance révèle un autre visage du monde social.Ce qui est alors saisi, c’est moins le réel que le surréel, le visible avec son halo d’invisible, cette aura qui est, comme disait Benjamin, “l’unique apparition du lointain ».Lointain qui est proche, car tout se joue dans la présence; ce que nous sai- sissons, nous saisit, nous ravit dans l’immédiat.Sujet et objet ne se délimitent pas encore dans cette expérience de l’originaire, et le surréel qui s’y découvre est plutôt un pré-reel Sans doute la réflexion est-elle bien forcée de distinguer déjà ce qui est encore mêlé; mais si elle invite à parler d’une charge d’imaginaire propre au perçu, elle doit dire aussi que cet imaginaire re-uiert l’imagination créatrice u sujet percevant, en sorte qu’il procède indissolublement de l’homme et du monde.L’homme est le témoin d’une Nature qui s’imagine en lui.Et c’est à ce témoin qu’il appartient d’accomplir cet imaginaire, de réaliser le possible dont la Nature est grosse, selon la praxis utopique de l’art ou de la révolution.Sachons écouter ceux qui sont encore capables d’imaginaire: c’est à ce prix que s’ouvre pour nous un avenir, et que peut-être luit une promesse de bonheur.v 3*1* ?é' :4 -v H &*••; ^ 4 * % Ai’T> % 4 ‘2* •*/ V i h Oeuvres Créatrices Complètes Claude Gauvreau parti de commande nous assumons les frais d’expéditicm^j CT-joint mon chèque D mon mandat postal ?ou moniant de S litres choisis nom adresse code postal Claude Gauvreau (1925-1971); poète, dramaturge et polémiste québécois, a puissamment contribué à l’émancipation sociale et à la libération artistique de ses compatriotes.Son oeuvre littéraire, hermétique, lyrique par accès, adi» , ______ e-Tc noi de et dure «V11*®» profondément 1.49K panes, $75.00 contestataire.’L'auteur,(signataire de Refus global (1948) récuse la structure et les fondements même» de l'existence.90 p.|00 des textes recueillis sont inédits.Principales œuvres reproduites Les Entrailles fthéâtre) — Le Vampire et la nymphomane (opéra) — tia! mixte (poèmes) — Brochuges (poèmes) l es Oranges sont >w/fî (théâtre), etc.Un ouvrage monumental ! Les Editions PARTI PRIS 94 7 eat, rue Duluth, Montréal, Québec H2LIB7.tel: 523-0810 Le Devoir, samedi 24 novembre 1979 ¦ III AUJOURD’HUI: 3/11/79 J 'ÉCRIS à partir du corps féminin contemporain accessible dans son intégrité.Intégrale et radicale: mon propre sujet exploré en s’initiant à l’espace.Non pas cet espace (espèce) de désir annote par la psychanalyse, mais un espace dans lequel les mots et le corps peuvent circuler dans tous leurs sens.Du côté de la mémoire et du côté de la pensée.Voici venir ce corps (qu’il ne s’agissait pas de tromper) du continent de l’espace imaginaire, ce corps ravi a même l’espace.Tout cela commence quand le texte se déplace lentement entre les lignes, croisant au passage les versants et les versions qui forment la fiction, suggérant qu’en réalité, il pourrait s’agir d’une peau iné- PREMIËRE marche du réel, ou son premier pas, l’imaginaire avance toujours dans la brèche pour donner sens.Dans la fissure, dans la prise qu'offre la muraille du réel, qui n’est même pas muraille nors de cette rencontre.Et quand je m’y livre, il m'emporte alors que je croyais le conduire, parce qu’il a son histoire et sa direction.Je régresse et je viens m’installer dans l’épaisseur des choses qui se mettent à chapter, je veux dire plus que parler puisqu’il y a aussi la pulsion du mondé et les voix différenciées.Je remonte dans sa barque, réelle, pour traverser la nuit sur son langage, abandonné, à sa merci plutôt tendre que menaçante.À la dérive dans les renhous qui sa- pour VImaginaire NICOLE BROSSARD Un pour Nicole Brossard est née à Montréal en 1943.Elle vient de publier la rétrospective de sa poésie à l’Hexagone: Le Centre blanc.Elle a été la co-fondatrice de la revue La Barre du Jour.dite dans la perspective de l’expérience.Quand le corps à texte glisse sur ses surfaces, c’est alors qu’il sait ne plus pouvoir échapper à sa propre constitution.MINUIT: 5/11/79 Pour l’imaginaire, c’est déjouer les ruses de la réalité et des écritures sorties du sexe patriarcal, c’est-à-dire, issues du désir annoté, de la violence, du sadisme et de la névrose systématisée en NOELAUDET corps écrire art ou en or.Pour l’imaginaire, c’est être en posture nouvelle, initiée par sa constitution retrouvée suite à ce trajet parcouru dans la dissidence d’avec les pères, dans la distance maintenue avec les fils dissidents mais bien vite, héritiers du pouvoir et de la domination des pères et de leur langage sur les femmes.Pour l’imaginaire, c’est traverser son texte, son voile de papier, comme on traverse de soi la femme fictive pour y trouver une femme réelle, assise à sa table de travail.Nouvelle configuration.Simultanément, i’anticipe sur les mots, sur le savoir, sur l’émotion.Et j’y reviens.CE MATIN: 7/11/79 J’imagine au présent du texte l’emotion même qui le lie à sa propre intelligence.ffr iw r tiM* ftnifiwrifi .i n um •.•• • ««¦%¦ 111! ÿvx;:; ¦ J’interviens dans l’histoire de mon corps à travers ses mémoires, ses actes de recueillement: sa réflexion.Car le corps féminin longtemps figé (saisi) dans la glace du système d’interprétation et de fantasmes que le sexe patriarcal n’a cessé de renouveler, traverse aujourd’hui dans son contact, son rapprochement à d’autres corps de femmes les dimensions inédites qui le rendent à Vivre l’imaginaire Noël Audet est né à Maria en Gaspésie en 1939.Il a publié deux recueils de poèmes: Figures parallèles et La Tête barbare.vent insconscients tresser les noeuds et les signes.Amour matière musique, s’écrire, se porter au compte de ce qui vit, fabuler, l’imaginaire n’a jamais défait le sens.J’ai vu des raisons circonvenir la ort:«ac «rn eomoê Ki «noltfi es kfj v-yjat f**» toute nouvelle édition qui Inclus des photos du film de Jean Beaudln, et met en vedette Louise Portai.Pour les cordons-bleus é la recherche d'idées culinaires originales et simples à réaliser.la cuisine de Mlrelle Beaulieu sera certes fort appréciée.Vous pouvez Offrir: Menus pour tou* les Jour* de fête ($9 95).101 façon* de préparer la viande haché* ($6.95).et Cuisine pour gens pressé* ($5.95).Gaby Croft a également recensé les Recettes tradition- nolle* du temps de* sucre* ($6 95), dont le texte est accompagné des dessins d'Edmond J.Maasicotte.Les amateurs de romans auront plaisir è lire et è relire L'iroquola* ($4 50).de Bernard Clavel.L'Agonie d'un* salamandre ($9.95), de Dominique Blondeau.Kesten ($4.95) et T Appelante ($4.95) d'Yves Thérlault, prix Athanase-David 1979; le premier roman de Suzanne Daigle, Fly, baby, fty ($8.50) qui vous transporte dans un univers rempli d'aventures et d'amour.Et II ne faudrait pas oublier le dernier roman d'Ella Kazan, Actes d'amour ($14.95) qui ne manquera pas d'émouvoir et de passionner.ANMtfrijran 11 4" de* pfttrt .rtfcimwr i orsutnMxs * a MAftPrS LA TBAUDE Pour ceux qui recherchent des récits haut en couleurs et en suspense.Cosa Nostra ($9.95), de Pierre de Champlain, et Crime* plus que parfait*, parfaits et Imparfait* ($7.95) d'Andrée LeBel, leur procureront certainement dea heure* de lecture excltantesl Quant è la Petit* histoire de* grand* maître* de la fraude ($9.95), c'est un véritable bijou de suspense et d'humourl D'autres ouvrages plairont aux personne* soucieuse* de leur mieux-être.Pourquoi pas le bonheur?($9.95) de Michèle Morgan, Le Principe de Lafontaine ($7.50) de Qhlslalne Meunier-Tardif, permettront de mieux comprendre dee phénomènes souvent Imperceptibles de la personnalité humaine, qui pourtant déterminent des comportements et dee'acte* qui marquent la vie entière.Pour lea bricoleurs, le Guide de rénovation ($7.95) de Jules Auger, Robert Paradis, Llette Charland et Johanne Lavallée, se révélera un outil précieux, bien adapté ftarm *< T*?s kfkf i> evniiéis r«./**« huit ¦.< Ion*} < f /«*«>/:»'
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