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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Références

Le devoir, 2001-03-10, Collections de BAnQ.

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L E DEVOIR.L E S S A M EDI I O ET D I M A X l II I II M A H S 2 O O I Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Jacques Bellefroid Page D 6 Nathalie Grimard Page D 7 A ?LE DEVOIR ?JACQUES GRENIER LE DEVOIR A tfe 4 ENQUÊTE Bouts de chandelles CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR \ A côté des tables de livres thématiques montées pour souligner le Mois des Noirs ou la Saint-Valentin, plusieurs grandes étagères de la bibliothèque de l’école secondaire Saint-Luc sont vides.Dans une petite pièce adjacen-te, le directeur de l’école, Jean Morin, a empilé certains livres, donnés par lui-même et sa femme, ou par d’autres employés de l’école, dans le cadre de la collecte entreprise par la Commission scolaire de Montréal, il y a quelques semaines.Dans la pile, on trouve des romans, du Arlette Cousture ou du Noël Audet, du Jules Verne ou du Amin Maalouf.On privilégie les livres récents, les romans que les étudiants seront tentés d’ouvrir.La bibliothèque de l’école Saint-Luc n’est sans doute ni mieux ni pire que la plupart de celles des écoles secondaires de la CSDM.En fait, le budget annuel qui y est consacré à l’achat de livres, les subventions ponctuelles, du ministère de la Culture et celles de l’Education y compris, est de quelque 20 000 $ par année, pour une population de 1600 élèves.C’est plus que la norme de quelque 10 $ par élève par année, fixée par la CSDM.Pourtant, là comme ailleurs, les besoins en livres sont importants.Et déjà, l’ân prochain, la subvention ponctuelle du ministère de la Culture, accordée dans le cadre de la politique de la lecture, arrive à sa fin.Depuis quelques semaines, la Commission scolaire de Montréal a lancé un appel à tous, demandant au public de donner des livres pour renflouer les bibliothèques scolaires du réseau.Le cri d’alanpe donne des indices sur l’état du réseau.A la Commission scolaire de Montréal seulement, les bibliothèques des écoles primaires, quand il y en a, sont animées par des bénévoles, parents ou amis, qui donnent volontairement de leur temps pour ranger, étiqueter, classer les stocks de livres.Dans certaines écoles primaires, particulièrement celles qui sont bondées d'élèves, on ne trouve même pas de local de bibliothèque.Les livres sont alors répartis dans diverses salles de classe, sans que l'on sache toujours vraiment ce qui est disponible dans la classe du voisin.L’achat de livres, ainsi que l’état du local qui leur est réservé, dépend en grande partie de la volonté de chaque direction d’école.En fait, disent les experts, le réseau des bibliothèques scolaires de l’ensemble du Québec est en piteux état.Au moment de lancer cette collecte à la CSDM, son promoteur, Robert Cadotte, président de la commission pédagogique, avait transmis le message suivant «Nous ne voulons pas de vos livres ennuyeux et désuets, mais des livres qui vous sont les plus chers.Nous voulons les livres dont vous avez raffolé ou les livres que vos enfants ont tellement aimés qu'ils ont continué à les lire en cachette, même après le couvrefeu parental», disait-il.La pauvreté des bibliothèques scolaires, ajoutait le commissaire, correspond au degré de priorité accordé à la lecture dans la société québécoise.En fait depuis 1974, croit-il, année où l’on a laissé tomber certaines dispositions du rapport Parent la bibliothèque a cessé d’être le poumon de l’école.Par un étrange concours de circonstances, depuis un peu plus d'une semaine, le mot d'ordre de la lecture est lancé à l’école Saint-Luc.Et chaque jour, après que la cloche a sonné la fin du lunch, tout le personnel de l'école et chacun des quelque 1600 étudiants doivent prendre un livre pour se lancer dans un quinze minutes de lecture.VOIR PAGE D 2: ENQUÊTE Ralph Petty, Breaking The News, 1997 roman memoir a n c y Huston JACQUES NADEAU LE DEVOIR Entre la dinde de la Thanksgiving et une blague sur les blondes, Nancy Huston a parfois tendance à se prendre pour Dieu.CHRISTIAN RIOUX Au début du grand repas de la Thanksgiving, alors qu’il réunit ses amis dans sa grande maison du New Hampshire, Sean Farrell pose une question à ses invités: «Quel mot faudrait-il exclure de la conversation pendant cette soirée?» En rencontrant Nancy Huston au Café français de la place de la Bastille, je n’ai pas pu me retenir de lui demander quel mot elle souhaitait ne pas prononcer durant cette entrevue.Le mot qui déplaît le plus ces jours-ci à l’écrivaine albertaine immigrée depuis 25 ans à Paris est '-ambitieux».Depuis la parution de son dernier roman, Dolce agonia, une brique de 500 pages publiée chez Leméac et Actes Sud, l’écrivaine ne peut plus le voir en peinture.«Ça m’énerve, c’est le mot que j’entends le plus souvent au sujet du livre.Je trouve ça blessant.Il implique que j'ai voulu faire des choses difficiles et que, finalement, je n’ai pas réussi.» Heureusement, la langue française ne manque pas de synonymes.Car le mot est difficile à éviter lorsqu’on se prend pour Dieu.Un dieu qui fait d’abord mourir un à un ses personnages et qui les laisse ensuite se débattre comme des diables dans l’eau bénite.Dolce agonia ressemble à ces thrillers qui n’en sont pas vraiment puisque la fin est annoncée dès le commencement Comme dans un épisode de Columbo, le spectateur se transforme en voyeur ne cherchant non plus le coupable mais les petits détails qui mènent à l’hécatombe finale.Car on meurt beaucoup dans Dolce agonia.Ce peut être d’un cancer ou en sautant dans le vide, dans un incendie ou l’écrasement d’un avion.Nancy Huston s’est attelée à ce roman vers 1991.Elle voulait décrire le milieu qui aurait été le sien si elle n’avait jamais choisi Paris au lieu de New York, où elle a étudié et enseigné plusieurs années.Elle avait alors écrit 300 pages mais n’en avait gardé qu’une petite partie qui est ensuite devenue Im Virevolte (Actes Sud/Leméac, 1994).Les habitués retrouveront donc des personnages connus.En particulier son alter ego, Sean Farrell, dont Sylvain lelièvre a dit un jour qu’il était le plus beau personnage secondaire d’un roman.«En 1991, je n'avais pas la maturité pour écrire ce livre.C’est l’idée de Dieu qui m’a permis d’aller jusqu’au bout.En relisant le début de la Genèse, j'ai découvert que Dieu était un artiste et qu’il devait recommencer sans arrêt.Il crée la lumière le quatrième jour.Comment peut-on être au quatrième jour si le Soleil et la Lune n’existent pas?Il lui a fallu du temps pour séparer la lumière des ténèbres, comme un écrivain qui recommence sans cesse.Ça m’a plu d'imaginer Dieu en train de nous regarder, comme l'écrivain regarde ses personnages avec l’impression qu'ils sont libres.» L’ancienne élève de Roland Barthes ne dédaigne pas non plus les clins d’œil.Clin d’œil à Alain Robe-Grület qui décréta un jour la mort du narrateur-dieu.Si Dieu n’existe plus, il faut au moins laisser la place vacante, disait Romain Gary, pour lequel Nancy Huston garde une immense tendresse: elle dit toujours «mon cher Romain Gary».Écrit d’abord en anglais avant d’être traduit par l’auteu-re, Dolce agonia est ce qu’on pourrait appeler un roman de l’hémisphère droit.Dans son livre précédent, Nord perdu, Nancy Huston avait longuement expliqué que le français était pour elle la langue étrangère, apprise, celle de la rationalité et donc de l’hémisphère gauche, alors que l’anglais était celle de l’émotion, de l’enfance et de la partie droite du cerveau.VOIR PAGE D 2: HUSTON I I.K I) K V O I R .I.K S S A M E D I M) ET DI M A X THE 11 M A R S > Il II I LES PRESSES DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL I li'.toire id.' .ii .•"u ir-K) LIBER»YVON BLAIS Jean-François Gaudreault-DesBiens Le sexe et le droit Sur le féminisme juridique de Catharine MacKinnon figure de précurseurs.En art lyrique, quelques grandes voix canadiennes, dont Emma Lajeu-nesse et Éva Gauthier, deux femmes au parcours passionnant, parviennent, presque par miracle, a s’imposer sur la scène internationale.De 1914 a 1954, le paysage se modifie rondement.En voie de professionnalisation et d'accession à la modernité, la grande musique québécoise est poussée sur le devant de la scène par de fortes figures d’ici qui travaillent d’arrache-pied pour la faire connaître et cultiver le goût du public.Wilfrid Pelletier, à la tête de la Société des concerts symphoniques de Montréal, Gilles Lefebvre, qui fonde les Jeunesses musicales du Canada, Claude Champagne, qui met sur pied le «premier véritable conservatoire de musique laïc, public et gratuit» sous Godbout, trouvent en Radio-Canada, radio et télé, un allié de première classe.Les Variétés lyriques de Goulet et Daunais connaissent leur heure de gloire et on assiste à l’émergence de nos premiers grands chanteurs: Raoul Jobin, Léopold Simoneau et Louis Quilico.Nos compatriotes s’inscrivent dorénavant dans les ligues majeures.Autour de la revue Le Ni-gog et du critique léo-Paul Morin, des débats sont lancés au sujet du concept de modernité et de la pertinence de contribuer à la création d’une identité musicale canadienne.La querelle littéraire qui oppose les régionalistes aux exotiques devient, dans le champ musical, une discussion entre les nationaux et les universels.Éclatement des tendances «Compositeur présériel [.] influencé par le romantisme de Wagner et le monde sonore de Debussy», l’énigmatique Rodolphe Mathieu y fait figure de véritable novateur, tout comme Jean Papineau-Couture (mort en 2000) dont les œuvres tentent «une synthèse du néoclassicisme et de la rythmique de Stravinski».Il est bien fini le temps de la musique comme art d’agrément pour les petites mères bourgeoises.À partir de 1954 et jusqu'à aujourd’hui, on assiste à un éclatement des tendances et à une consolidation de l’organisation de, la vie musicale au Québec.L’Etat subventionnaire change le décor, l’enseignement se démocratise avec les écoles publiques et les camps d’été accessibles, les orchestres de qualité et les formations en tous genres se multiplient, et les festivals et les concerts assurent une meilleure diffusion d’un art considéré comme élitiste.1954, c’est la date du premier concert qui présente au public québécois des œuvres contemporaines: Messiaen, Webern, Boulez, Morel, Tremblay, Garant.Sous l’influence du grand compositeur français Olivier Messiaen, les Québécois Serge Garant et Gilles Tremblay s’inscrivent dans une mouvance qui révolutionne la conception de la composition en privilégiant «une esthétique de la sonorité» inspirée par une forme de «structuralisme musical».D’autres, comme Jacques Hétu et André Prévost (mort en 2001), travaillent plutôt dans le sens d’une «tonalité élargie».Tous furent élèves de Messiaen a Paris.En musique électroacoustique, «issue d’un renouvellement de la pensée musicale axé sur le matériau et la représentation et sur la technologie moderne», ce sont des femmes qui tiennent le haut du pavé: Micheline Cou-lombe Saint-Marcoux, Marcelle Deschênes et Gisèle Ricard.L’espace sonore québécois est devenu pluriel, «il n’y a plus un type unique de musique contemporaine».Attaché à la mélodie, Claude Vivier, par exemple, n’en reste pas moins un compositeur expérimental et l’historienne parle de la création de son Ij>nely Child, en 1979-80, comme d’une «date repère marquant les débuts de la postmodernité musicale».Pendant ce temps, des musiciens plus traditionnels (Anne Lauber, Raymond Daveluy, F'rançois Dom-pierre) persistent à créer «une musique classique» d’aujourd’hui et contestent ce qu’ils perçoivent comme «la prédominance de la musique d’avant-garde».Débat récurrent, la question de la «québécitude» de notre musique occupe les milieux de la musique contemporaine, qui tranchent de plus en plus en faveur d’une approche universelle mais colorée, comme chez Serge Garant, qui «affirmait n’avoir jamais essayé d’être québécois dans sa musique, même s’il admettait que la musique d’ici avait une respiration particulière».Rafraîchissante, cette petite histoire de notre vie musicale s’avère donc une introduction plus qu’efficace.Odette Vincent y défriche avec soin une terre peu fréquentée et son travail donne le goût d’entendre tous ces airs et sons dont elle parle avec enthousiasme et respect.Ne nous reste plus qu’à ouvrir nos oreilles à ces richesses que nous avons trop souvent la faiblesse de méconnaître.louiscortiellier @parroinfo.net Improvisations à partir de sa propre vérité REVERIES Jean-Pierre Issenhuth Le Boréal, coll «Papiers collés» Montreal, 2001,265 pages DAVID CANTIN T ean-Pierre Issenhuth publie J peu, sauf qu’à chaque fois on a droit à un livre exceptionnel.On se souviendra des poèmes A’Entretien d’un autre temps, paru a L’Hexagone au début de la décennie 80, qui laissent toujours entendre cette sensibilité des plus évocatrices.A l’origine, les «rêveries» qui font l’objet de ce recueil furent publiées dans les pages de la revue Liberté entre 1987 et 2000.Désormais, elles forment un ensemble qui permet de révéler un monde aussi humble que fascinant On traverse cette prose où l’inquiétude se mêle à la joie, où la polémique est signe de courage.C’est lors de ces moments que la rêverie devient une véritable déambulation libre de toute contrainte.De quoi parle au juste ce livre?De tout et de rien, d’une rencontre inattendue, d’un souvenir persistant, d’une trouvaille sans prétention.Les couleurs changent et prennent souvent comme point de départ l’expérience la plus concrète.Pas question ici de divaguer sur place, de théoriser sur la langue ou encore de se faire prendre au piège du ronflement littéraire.Jean-Pierre Issenhuth s’intéresse surtout à des lieux, à des individus, à des auteurs et à des situations précises pour mieux entrer dans la transparence véritable d’une mémoire.La simplicité de cette prose est parfois trompeuse, puisque le mouvement de l’écriture s’abandonne tout entier à une attention rigoureuse.On fait la connaissance d’un géant vulgaire qui a l’envergure d’un seigneur, on entre dans une cathédrale pour aussitôt entrevoir l’ombre de Nicolas de Grigny, ou alors c’est à une modeste table Chez Fred qu’on partage un moment d’inspiration radieuse.Il y a aussi les lectures décisives qui se mêlent à cette approche du réel; des Récits de la Kolyma de Chalamov aux strophes du Windhover de Hopkins, de l’ironie de Guy Debord à la lucidité d’Henry David Thoreau.Plutôt que de se refermer sur elle-même, l’anecdote dépasse le ter- au-l’ieiTe l"cnhmli Pas question ici de divaguer sur place, de théoriser sur la langue ou encore de se faire prendre au piège du ronflement littéraire rain quelle déploie pour aussitôt s’ouvrir sur des questions aussi tragiques que légères.L’humour reste franc et subtil.Comme dans la poésie dTssenhuth, la nature occupe une place prépondérante.Elle se retrouve un peu partout comme toile de fond de cette existence en bribes.Elle ouvre un espace de contemplation, d’étonnement et de beauté diffuse.Parcourir à l’impro-viste une forêt voire un verger, demeure la seule façon d’habiter poétiquement ce monde tout en s’imprégnant de l’esprit de Walden.Il a aussi cette réflexion dans Prendre le maquis qui en dit beaucoup sur la quête durable de cet auteur: «La question fondamentale, pour un écrivain, est celle des moyens d’expression, de leur diversification, de leur approfondissement, de leur renouvellement.Vous n ’aurez jamais à votre disposition un trop grand magasin de formes, de tournures et de mots prêts à servir, et ils seront prêts parce que vous vous serez longtemps colleté avec eux.» La principale qualité de Rêveries se retrouve dans cette manière de rendre pertinente la rencontre fragile de ces souvenirs disparates.Entre le doute et la certitude, on surprend à travers cette recherche d’une parole claire l’émergence d’une musique qui atteint la «complicité mathématique, sonore, architecturale, spirituelle».Dans ces essais poétiques, un être élabore les divers états d’une seule et même réflexion.Plus que jamais, on succombe chez Jean-Pierre Issenhuth à cette façon de se tenir près du monde visible sans pour autant en oublier l’image toujours neuve.ZI dollars www.telequebec.qc.ca/ideesp£U^££ E U RS D'IDÉES Cette émission est enregist Dimanche 14 h et 23 b 05 Réalisation .Simon Girard Telé-Québec Rencontre avec le romancier Émile Ollivier Né à Port-au-Prince, Émile Ollivier mène au Québec depuis 36 ans une double vie de professeur de sociologie et d'écrivain.Écouter cet homme à la voix grave, c'est se retrouver au pied d'un grand arbre sacré d'Haiti ou dans un taxi montréalais et entendre parler d'exil, d'enfance, de femmes dans un français au rythme créole.Une voix de conteur.Le magazine littéraire de Télé-Québec Animé par Danielle Laurin Vendredi 19h30 • Rediffusions : dimanche 13.h30 et lundi 13h30 Cette semaine à CENT TITRES Dimanche, 13 h 30, une entrevue avec Louise Portai pour la parution de son roman L’Enchantée.Yvon Lachance a lu 84, Charing Cross Road, d’Hélène Hanff.D Kimm nous parle de Beurk! une Histoire d’Amour, un album jeunesse illustré par Marie-Louise Gay.Le livre de la semaine de Danielle Laurin : Do/’ce Agonia, un roman de Nancy Huston.Etes-vous de ceux qui aimez relire une œuvre?Dany Laferrière nous parle de l’importance d’être accompagné tout au long de notre vie par un auteur phare.• Vendredi, 19 h 30, Danielle Laurin rencontre Suzanne Jacob pour la parution de son roman Rouge, mère et fils.Olivieri 5219, chemin de la Côte-des-Neiges Montréal (Québec) H3T 1Y1 TéL: 514 739-3639 Télé-Québec HX LE DF.VOIR JAMAIS SANS MON LIVRE Invités : Maxime LeForestier, Louise Portai, Armand Vaillancourt et Roch Côté DIMANCHE 16h REDIFFUSION LUNDI 23M15 Animation : Marie-Louise Arsenault, Sylvain Houde et Maxime-Olivier Moutier Realisation ; Manon Giguère ICI RADIO-CANADA I I L K I) K V H I H .I.f.S S A M K t> I 10 K 1 D I M V \ ( Il K II M A K S L’ 0 0 I l> Livres La bonne adresse SIGNETS A/a rie -Andrée Lamontagne Le Devoir Cessez de lire cet article, cessez de lire ce journal, de faire la cuisine, de ranger les courses, de dormir, d'aimer.Courez a la librairie et demandez, exigez ce livre: 84.Charing Cross Road.d’Helene Hanff (Autrement, 2001).S’il ne s’y trouve pas, soyez sans pitié envers le libraire imprévoyant Si le client qui vous précède à la caisse vient d'acheter le dernier exemplaire, arrachez-le-lui des mains avant qu’il ne franchisse la porte.Soyez prêt à en venir aux coups.Vous sèmerez les policiers dans la ruelle.S’il le faut, soyez prêt aussi à remettre votre démission si votre patron — barbare! — ne comprend pas pourquoi vous ne voulez plus bouger de votre lit où, là seulement, il vous est loisible, toutes portes closes, amant, maîtresse, mari, épouse ou enfants congédiés, de lire et de relire ces 114 pages de pur ravissement En 1949, Helene Hanff vivait à New York dans un meublé miteux, au rez-de-chaussée d’un immeuble en grès brun situé dans la 95' Rue.Ecrivain sans gloire, elle subsistait en rédigeant les scénarios d’une série télévisée intitulée Les Aventures d’Ellery Queen.Tout en assassinant ses personnages selon les règles de l’art télévisuel et en se conformant aux exigences du commanditaire (un fabricant de cigares qui ne supportait pas la vue de mégots de cigarettes dans les cendriers du décor de la sérié), elle écrivait des pieces de theatre dont aucun metteur en scène ne voulait.Parallèlement, et chose plus importante, cette autodidacte s'abandonnait, sans autre retenue que celle imposée par son budget, à sa passion pour la littérature anglaise ancienne.Mais où trouver à New York, voire en Amérique, les huit volumes du Journal de Samuel Pe-pys (1633-1703) ou une edition en bon état des Vies de Walton (1593-1683)?Le 5 octobre 1949, lasse d’avoir écumé en vain les librairies d’occasion new-yorkaises et découragée par les prix prohibitifs de Barnes & Noble, Helene Hanff répond à une petite annonce dans la Saturday Review of Literature.A Londres, les libraires de livres anciens Marks & Co.ont installé leur commerce au 84 Charing Cross Road.Elle leur envoie une liste de titres.Deux semaines plus tard, elle reçoit un colis contenant les deux tiers des ouvrages commandés, une facture ainsi que la promesse de se mettre en chasse du tiers restant le tout enrobé des marques d’une exquise politesse.C’est le début d'une correspondance drôle, intense, vibrante d’humanité, qui devait se poursuivre pendant vingt ans et ne s’interrompre qu’avec la disparition de l’un des protagonistes.Cette amitié entre un libraire, Frank Doel, et sa lointaine cliente aura laissé un ensemble de lettres que l’éditeur américain à qui elles furent soumises en 1969 voulut aussitôt publier.Bien lui en prit.Le succès, pour une fois, est à la hauteur de la qualité du texte: immen- se.Ln film en a ete tire, dont on dit le plus grand bien — qu'importe.Ce sont les lettres qu'il faut lire, dans la traduction française qu'en proposent maintenant, plus de 30 ans après les faits, les éditions Autrement et la traductrice Marie-Anne de Kisch.I n charme inexpliqué Comme l'amour mystérieux, le charme qu'exerce ce livre résisté ra a toute tentative d'explication.Cependant, le lecteur ne pourra pas ne pas voir l’extrême vitalité qui s’en dégagé, présenté dès les premiers échangés.Elle jaillit sous la plume énergique et tendrement bourrue de l'Américaine.Elle couve derrière la reserve toute professionnelle de l'Anglais qui, en renonçant un jour à verser le double des lettres qu’il adresse à Helene Hanff au dossier-client de la librairie, largue les amarres, brûle ses vaisseaux.Mais qu'on ne se méprenne pas: c’est toujours de littérature et de livres qu’il s’agit, non d'une quelconque bluette transatlantique avec baiser final des amoureux sur fond de rayonnages.Chevaleresque, Frank Doel fouille tous les châteaux d’Angleterre à la recherche d’ouvrages oubliés qu'il dépose chastement aux pieds de cette singulière dame qui frime, boit du gin, se couvre de trois épaisseurs de chandails pour lutter contre le froid envahissant l’immeuble de la 95' Rue, laissé sans chauffage entre 9h et 5h, quand ses propriétaires croient tout le monde au travail.Ces deux-là ne sont pas seuls.Il y a le personnel de la librairie, qui adopte rapidement la cliente fauchée mais dont le compte est presque toujours créditeur tant elle met d’empressement à régler les factures.Celle-ci leur fait en- voyer des colis de nourriture, quand ce ne sont pas des amis de passage, accueillis en princes a la librairie pour la seule raison qu'ils sont les amis de l’amie de Frank Doel.En 1949, l’Angleterre rit encore à l’heure du rationnement.Des jambons feront donc le voyage New York-Londres via le Danemark.Des conserves, des œufs en poudre, des bas-nylon pour l'épouse et les lilies du libraire.Bien que directeur, ce dernier n'est pas le proprietaire de la maison.Cela ne l'empêchera pas de refriser jalousement que soit confie à d'autres le soin de satisfaire l'insatiable lec-trice-déesse qui commente les livres qu'on lui expédie dans le même souffle imprécatoire qui lui fait en réclamer d'autres.Un jour, une nappe brodée par une vieille voisine traversera l'Atlantique dims l'autre sens, et aussi la recette du Yorkshire pudding.Malgré l'étiquette «roman» apposée sur la couverture, la vie, sans apprêts esthétiques, bouleversante de vérité, avec cependant la dis tance de l’art qui garde du voyeurisme, coïncide ainsi sans efforts avec la littérature, et la chose est trop rare pour ne pas être soulignée.84.Charing Cross Road plaira aussi aux adeptes de la secte du livre, dont on sait le fanatisme, les gestes de folie.«Quel monde étrange que le nôtre où on peut posséder une chose aussi belle à vie pour le prix d'un ticket dans un grand cinéma de Broadway ou pour le 1/50 du prix d'une couronne chez le dentiste.» De plus, contre les rails de la distribution de masse, il réaffirme la toute-puissance de l'indivi-du-lecteur.Quiconque a un jour cherché sur les rayons d'une librairie dite de livres neufs un ouvrage «vieux» de quelques années, rejeté, apprend-il bientôt.dans les limbes d’entrepôts inaccessibles.prendra plaisir à lire cette quête des lectures que le destin lui reserve, et à lui seul, dans la grande botte de foin éditoriale, sur le versant de l'ancien, de l’occasion.de l'aleatoire.Car la plus belle leçon du roman reside encore dans l’art de l'attente qu’il distille à chaque page, élevé au rang de philosophie.Dans ce monde-là, il ne suffit pas de vouloir acquérir un livre ni d'avoir l’argent pour le faire.Encore faut-il le trouver.Des mois, des années peuvent s'écouler sans que le désir soit satisfait.Nourri par l'attente, exacerbé par la distance, bridé par les contingences, le désir, qui rapproche gens et livres, morts et vivants, traverse ainsi ces lettres et leur confère un surcroît d'âme.11 y aura toujours pour vous une chambre à la maison, répète Frank Doel à sa correspondante, et son épouse, dans des lettres circonstancielles, ne dit pas autre chose.Malgré tout, trop pauvre, Helene Hanff devra sans cesse différer le voyage, tout en soupçonnant, en écrivain qu elle est, que le loin 1res rêvé d’une Américaine et cet amour incandescent de non-dits, un peu comme le Globe qui survécut à sa destruction, en 1642, sur ordre du Parlement, à travers le théâtre de Shakespeare, sont plus forts et plus vrais que les dérisoires réalités que leur opposent les hommes, la guerre, la gloire, la mort.84, CHARING CROSS ROAD Helene Hanff Traduit de l’anglais par,Marie-Anne de Kisch Editions Autrement P;uis, 2(X)1,114 (jages 'tttVMiE -.'Mtlt *1 UZMa-W .««MX wm vAiniK|MriitMa it cotfua i LA FORMATION FONDAMENTALE! UNtSPACIÀPtnNWl la formation fondamentale: Un espace à redéfinir Q'h l'iohirr ci S l aunn • S° '81 8 '60 p • 28.9S $ kntrt culture, competence et contenu, dans une perspective pluraliste et non prescriptive, voici un ouvrage qui situe la notion de formation fondamentale dans un inonde marque par la mondialisation économico culturelle et les nouvelles technologies.U A N I l *Ut» MtW Il (QfltVNf CQMPRENDRE L'EDUCATION J.-C Brief et J Morin • 2-89381 7^2.1 288 P • 24,9S 5 Il faut bien plus que des mots d'ordre pour comprendre l’éducation, car elle se ressource à même la genèse du développement humain.Comptrndre l'éducation offre une diversité étonnante de propositions qui, en ces temps de grandes réformes, permettent de réfléchir et d’innover.S P E C T A C L E Mots d’humour L’AMOUR QUE JE VOUS VOUE NOUS NOUE , Bruno Coppens Les Editions internationales Alain Stanké Montréal, 2(X)1,116 pages SOLANGE LÉVESQUE En 116 pages, les Editions Stanké publient quatorze monologues parmi les meilleurs de Bruno Coppens, dont la plupart sont choisis parmi ceux du spectacle Parlez-moi d'humour, auquel les Montréalais ont pu assister à l’Espace Go l’automne dernier et qui a par la suite sillonné la province à l’hiver 2001.Sur scène, Coppens brûle les planches.Mais le test ultime, pour un humoriste, c’est d’offrir ses textes à lire.Les monologues doivent alors se défendre tout seuls, sans le soutien de la mise en scène, des costumes, des accessoires, de la bande sonore et des éclairages.Ceux de Coppens s’en tirent haut la main.Comme Sol (Marc Favreau) et Raymond Devos, avec un esprit qui rappelle parfois les jeux d’allitération du chansonnier français Boby Lapointe, cet humoriste «belgo-moteur» travaille d’abord sur les mots.Et comme ces grands maîtres-jongleurs de la langue, il raille avec beaucoup de lucidité les travers de l’homme et de sa société en nous livrant sa «déclaration d’humour».La recherche de l’âme sœur, les origines, les relations avec les parents, le travail, la dépendance envers les médias et particulièrement envers le téléphone cellulaire, leitmotiv de son plus récent spectacle et, en tout premier lieu, l’amour sont l’objet et le sujet de ce recueil «fiftyfictif>.«Une seule lettre nous manque, affirme Bruno Coppens, et tout est dépeuplé.» Les mots, leur musique, leurs affinités, leurs hiatus et leur plaisir constituent son matériau de prédilection.Il les confronte, les entrecroise, les brise et les rafistole de la manière la plus fantaisiste.Cela donne ir«CT4CI.It* TRKTtS CHOISI» des trouvailles comme «voir les choses en fax», «les fourberies d’escarpin», «votre chevalier des temps modem dans un corps de logis-ciel» ou «des romans d’antici-pe-passion»: des vérités comme «la came isole de force».Parfois, il n’a besoin que de les juxtaposer, et cela produit le très juste titre du livre: L'amour que je vous voue nous noue.Dans cette anthologie réunissant quatorze monologues extra- its des spectacles Scènes de méninges, Où cours-je?et Im Tournée du grand dupe, on trouvera, entre autres, Mon truc en p’iure, la charmante Histoire de deux allumettes, qui se sont embrasées en se rencontrant dans une boîte (le plus poétique), une Visite chez le toc-teur (sic) ainsi qu'une Visite en ter-re-happy et la littérale Chute qui clôt le livre.L’éditeur a agrémenté le coin inférieur des pages de droite de photos miniatures de Bruno SOLDE FINAL DE FERMETURE °/d et plus de rabais sur tous les livres en magasin.Nous fermons pour faire place à la Grande Bibliothèque du Québec.Librairie Marché du Livre i SURVEILLER s nouvelle adresse nouvelle marchandise / AVRIL 2001 Palais du commerce (angle De Maisonneuve et Berri) INDIGO PRESENTE Nancy Huston Le mardi 13 mars, de 19h à 21h Place Montréal Trust - 1500 avenue McGill College Indigo Livres musique (Sucafé Nancy Huston, autcun-de renommée internationale, nous i fera l’honneur de lire certains / passages tie Dolce Agonia, son tout j dernier roman.Un rendez-vous j à ne pas manquer ! ( www.indigo.ca Coppens, qui s’animent quand on fait défiler rapidement les pages, lin petit livre qui se glisse dans la poche, à lire pour bénéficier du pouvoir vitaminique des «mots d’humour» de cet humoriste belge en attendant de le retrouver lors d’un prochain spectacle.lÿCitom jvR.u.Mtra T 'HKVLSI l’HEXAGONE www.edhexagonex^i Jf La y.V «IR.L K S S A M EDI I « K T D I M A \ I II K II M A K S i « « I Livres Entretien avec Jacques Bellefroid La jouissance de l’intelligence La vie intérieure GUYLAINE MASSOUTRE Qu’auriez-vous pu être, Jacques Bellefroid, dans la vie?Professeur, médecin, architecte, politicien, banquier comme votre pere?Sûrement n’importe lequel de ces métiers vous aurait été comme un gant.Mais voila.Dès l’enfance, vous saviez que vous seriez écrivain.Votre vocation, si on vous en croit dans votre autobiographie Voleur du temps (1987), a débuté avec l’écriture du mot «merde», appliqué dans le lieu d’aisance a sa juste place.Ce fut votre première volupté littéraire.Vous découvriez alors l’insolence capable de déclencher des foudres.Celles de l’autorité, puisque, après tout, votre graffiti pouvait être pris pour ce qu’il était une déclaration de guerre à l’école.Ce grave petit fait somme toute inoffensif, allail entraîner votre existence.Né à Lille en 1936, vous avez été refoulé, vous et votre famille, à Nantes par la guerre.Vous avez vu les ruines, la désolation, les morts.Singulière et traumatisante expérience de l’ordre, bâti sur les plus grands désordres.Or il existe des enfants nés philosophes, capables de prendre des vacances de ces paradoxes dont le sens leur échappe.La découverte de l’école buissonnière vous fit arpenter les marges des règles, des devoirs accomplis.Quelle jubilation de sentir le désir, le temps, le paradis dans l'instant, l’envers de ce que les autres, les normatifs, appellent «la réalité»! Et ce pli, par-dessus ce qu’on vous invitait tant à être, vous est resté.Le pouvoir des mots Jacques Bellefroid, accompagné de son épouse, la romancière d’origine mexicaine Vilma Fuentes, vient de passer quelques semaines à Montréal pour y présenter son dernier roman, L’Agent de change.Il y a rencontré des lecteurs et des étudiants, tout en poursuivant de sa plume un dialogue littéraire qu’il mène depuis ses premiers textes, publiés à la NRF en 1957.Son prochain livre sera un essai, somme d’une vie entièrement consacrée à la littérature.Être écrivain, explique-t-il, comporte une large part d’»immatériali-té», un positionnement privilégié pour vivre plus intensément -Dans L'Agent de change, mon personnage vit l’étonnement, qui est le premier pas de l’intelligence et de la pensée.Tout est étonnant, à commencer par la plus étonnante des choses: qu'on sent vivant.Cet étonnement n’est pas celui de la conscience malheureuse.À la questicm “Qui est là?", celle qui pose l’énigme de notre existence, on peut passer sa vie à chercher la réponse, sous la forme “Qui suis-je?”— la question de Breton au début de Nadja —, ou encore “Qui va là?”— celle de la sentinelle au début de Hamlet Ce sont des questions essentielles, auxquelles on peut donner des fragments de réponse.» Ces fragments de réponse, un romancier les dissémine à chaque publication.Dans L'Agent de change, la femme du personnage principal, qui développe toute une stratégie pour échapper à la folie qui le guette, accepte, par amour, de partager le plaisir qu’il y trouve.Ils basculent ensemble dans le rêve.la meilleure lectrice de Bellefroid, Vilma Fuentes, a reconnu, à la lecture du roman, une variation sur le thème d’Adam et Eve.Ce désir de vivre «plus intense, plus fou, plus démesuré [.] ne signifiait finalement rien d'autre que de vouloir ajouter aux misères et aux délices de la vie une jouissance renouvelée par le pouvoir des mots», écrivait Bellefroid à propos de sa nature d’écrivain dès l’enfance.On comprend, à le lire et à l’entendre, sa jubilation d’adulte: la liberté de l’écrivain qui s’inscrit dans une tradition d’écriture, elle-même à distance de la loi commune, crée un rapport à l’autre dont le meilleur symbole est la bouteille à la mer.la littérature, parole de Tailleurs, est par nature imprenable et imprévisible; lorsque cette bouteille parvient au lecteur, elle s’avère aussi énigmatique que le rire, cette connivence entière du corps et de l’esprit.Et Bellefroid de citer Hdlderlin: «Le roi Œdipe a un œil de trop, peut-être.» Ou encore, l’épigraphe de son dernier livre: «Le fou est l’homme qui a tout perdu, sauf la raison», de Chesterton.Le fou aurait-il raison?L’Agent de change illustre bien la fantaisie drolatique et le sérieux — mélange d’identités potentieDes et d’une connaissance approfondie de la littérature — qui fait le caractère apparemment enjoué, mais finalement secret, de Jacques Bellefroid.Car derrière l’amateur de paradoxes, bien énqncés dans une langue classique, se cache un observateur impitoyable de la réalité ordinaire.L’agent de change, cet être rationnel, peu rêveur, enquête à propos d’une délicieuse incongruité.Parce qu’il s’entête à voir le monde sous le jour de son obsession, sans couper les liens, bien au contraire, D démasque la folie d’autrui.L'histoire, irrésistiblement comique, vire a la folie douce, en soulevant des pans mi absurdes et mi allégoriques.On pense à Ionesco et à Michqux ou, chez les jeunes auteurs, à Eric Chevillard qui, dans ce genre, ont poussé loin ensemble l'art et la logique.La folie est tout près.«Nous croyons tous voir la même chose.Mais ce n’est pas si sûr A partir du moment où les certitudes basculent, tout est pris d’un mouvement tremblant.La fragilité apparaît.L’agent de change perd de me les repères sur lesquels chacun base son existence.S’il y avait un envers des choses?C’est ouvrir la porte à un terrain dangereux.Ce qu’il y a de redoutable serait de tomber sous le coup de la logique psychiatrique.» Plus fort que Languisse d’être malade, ce personnage ambigu éprouve une joie intense devant ce qu'il découvre.Sa bizarrerie ne le prive pas de la raison, faute de quoi ü pourrait basculer dans sa névrose.«De tous les personnages qui circulent dans ce livre, l'agent de change est peut-être le moins fou.L’ironie est souvent de son côté.Je me suis inspiré d'un jeune homme schizophrène de mes relations; il parle très peu, mais, dans une soirée, je ne.l’ai jamais entendu dire une sottise.Quand il prend la parole, c’est pour tenir des propos percutants.» La vraie vie de Tailleurs Se pourrait-il que nos repères ne soient qu’un vaste système d’aveugle, comme le soutient Bellefroid?Est-ce pour cette raison, par exemple, que les tableaux offrent des perspectives fascinantes et troublantes sur la vie réelle?La littérature tenterait-elle de rejoindre cet ailleurs?«La lecture a comme espoir de voir beaucoup mieux que nous ne voyons d’ordinaire.Un grand texte m’apporte une lumière sur des choses que je ne distinguais pas très bien par moi-même.On est enchanté de voir mis au jour ce qui n’était pas sous le projecteur.» L’écriture rejoint ainsi quelque chose de caché, comme la faute originelle.L’œuvre de Bellefroid montre que personne n’échappe au regard d'autrui.Loin d’être une fuite, la littérature exige de l’auteur qu’il s’expose au plus vrai.Dans Fille de joie, un personnage comprend soudain, en regardant des toiles peintes par Hitler, qu’une certaine représentation mène tout droit au crime.L’écriture tente de voir ce que les choses sont et non ce qu’elles paraissent: «Charlus, chez Proust, est plus vivant que Robert de Montes-quiou.Les clones sont parfois plus réels que les vivants.» Bellefroid a un humour prodi-gieux.On Ta comparé à Swift.Il est vrai qu'il raconte mille anecdotes avec une intensité qui rend le moment présent vivant et sa perception d’autrui sensible.De plus, son écriture a pour qualité la limpidité des contes d’enfant «Ce que je préfère, c’est raconter l’histoire la plus aisée à suivre et la charger de sens pour développer l’imagination.Il peut y avoir dans une histoire simple une charge de pensée aussi profonde que dans une philosophie savante.» L’activité futile et marginale de l’écriture, sous sa gouverne au centre de l’existence, supporte le poids réel des choses: «La poésie n 'est qu 'un jeu.C’est le plus dangereux de tous les jeux, disait Hôlder-lin.» En lisant Bellefroid, cette déclaration devient éclatante.L’intelligence y touche le vertige.L’Agent de change, La Différence, Paris, 2000,173 pages.Fille de joie, La Différence, Paris, 1999, 495 pages.Folio, en mai prochain.Les Étoiles filantes (1984), Folio, 2001.Le réel est un crime parfait, monsieur Black (1985), Folio, 2001.MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER L’ enfance.L’enfance d’une petite ' fille, racontée au plus près de la vie qui l’anime.Sans grands événements, sans grands fracas, sans grandes surprises.La musique des mots clairs.Les êtres et les choses, tous animés de cette même palpitation intérieure.Celle que leur prête cette petite fille en les laissant entrer dans sa vie.La vie se passe, de son observatoire, entre la vitre et le rideau, dans des pièces où le voilage des fenêtres donne cette lumière opaline, rare et précieuse au jour flamand.Souvent, c’est devant le bol de lait chaud du matin, difficile à boire, avec ses mouvements liquides et ses caillots à la surface, que la petite fille réfléchit longuement.Parfois, la vie se situe dehors, à marcher, sa main dans celle de la dame mince, dans les parcs, la cour de l’école.A observer le vol des guêpes ou celui des moucherons.Toujours, l'angle aigu de l’intime guide le regard et la voix.Jusqu'à l’intérieur du corps qui se manifeste.Pas tant celui de la souris disséquée dont on prélève les organes avec des pincettes, mais un intérieur qui lui fait peur.Celui qui abrite les précieuses amygdales qu’une opération pourrait lui faire perdre.Celui qui se voit lorsque la peau se fend sur les genoux, après une chute.Alors, bizarrement, le dedans, les gouttes de sang rouge vif, les lèvres de chair rose se montrent par la fente: «l’intérieur humide et secret de son corps avait rencontré le monde, la terre et les cailloux».Cette question de saigner — «peut-on saigner sans cicatrice?» se demande-t-elle dans une parenthèse — évoque, sans que rien soit dit, le sang qui, un jour prochain, tracera la limite de l’enfance.Comme si la petite fille, sans le savoir, en avait une connaissance obscure.Les gouttes de pluie, si fréquentes en ce pays, embuent les vitres.Celles de l'appartement comme celles de la lunette arrière de la voiture.Elle y écrit parfois une initiale aimée.D’autres fois, au contraire de ce que le corps ouvert laisserait voir, «les gouttes sont à l’envers».Très beau récit au «elle» qui n’a pas de prénom, comme la mère que Ton devine sous «la dame», alors que la poupee Dorothée, les voisins, les camarades, le fiancé, plus tard, eux, auront des noms.Le monde des adultes, c'est celui des dieux olympiens sans cesse occupes à donner tort aux enfants.Le pere, monsieur Anbain, est particulièrement sensible à la qualité des notes.Il est aussi celui qui.inlassablement, prend des photos et filme les événements de cette enfance sous la lumière laiteuse au nord et celle dorée au sud.Puzzles pour aimanter la mémoire.Devant le père, le récit du mensonge pour cacher le zéro en calcul, emportera le lecteur dans ce même «petit choc qu 'on ressent en avion, juste au moment du décalage».Une enfance dans une ville du Nord, pleine de bruits d'eau où la pluie noire installe son ombre jusqu’au creux des pièces de la maison.Jusqu'au creux de lame.Puis, en deuxième partie, la lumière bouge, le vent se fait différent, les odeurs s'amplifient, les bonbons changent de goût, la petite est en vacances chez la grand-mère, dans le sud de la France.Là où, parfois, le soleil saigne, brûle tout et, même, va jusqu’à tatouer les corps qui s’y exposent.Fin des années soixante, la petite fille va passer un été qui sera peut-être le dernier, avec Thierry, «son fiancé» mais pas son amoureux.Entre eux, pas question de cet amour mou dont on rit dans la cour d’école, mais plein d'histoires à se raconter, d’épreuves à réussir, de chats gris à surveiller.Un été éternel.C'est émouvant comme un tableau de Vermeer, ouvert sur la vie intérieure: la clarté des êtres et des objets, leur exquise durée, la lumière oblique qui traverse le verre, les soirs d’été qui s’étirent C’est beau comme Enfance, de Nathalie Sar-raute.Avec le même effleurement discret de Tâme.Les souvenirs s’effacent et pâlissent, gardant le rayonnement de la mémoire au fond des yeux, au bord des mots.les êtres quittent le monde.Reste l’absence des choses.La vie recommence.On voudrait que cela s’enroule et ne s’arrête jamais.LE TEMPS DES DIEUX Dominique Barbéris Gallimard/L’arpenteur Paris, 2000,160 pages JULIEN RINGUETTE De choses et d’autres Poésie classique nouvelle Simplement écrite avec des beaux mots, des mots vrais qui collent à la vie.L’auteur propose une forme d'expression littéraire caractérisée par l'utilisation harmonieuse des sons et des rythmes du langage, notamment dans le vers, et par la grande richesse des images évoquées.En vente dans les librairies au Canada, en France, en Belgique et en Suisse.LATIN mfthm ^ )(nê rSdkw dp tjalafwuh ppMm Im akte Le 3 avril 2001 I N G U E TYT.E i/tcau’/Z /c ùoe/fns- DH CI lOSLS CENTRE DES ARTS ENTRE FOR THE ARTS Information (514)739-2301 poste 310 Billets à partir de 225 S ÉDITIONS Québécor S printemps 2001 7, chemin Bates, Outremont (Québec) H2V 1A6 Tél.: (514) 270-1746 revue Des femmes et des hommes ESSHS ET ANALYSES la fin «1« l’homme ef rinvention 0 K T I) I M A \ ( Ht II M A R S 2 0 0 ] li 1S ARTS V 1 S II E 1.S Dans les bras de Morphée Nathalie Grimard s’attarde au processus si délicat de la réanimation des corps inertes PREMIERS SOINS.LA NIH AVANT DE M'ENDORMIR J’AI PEI R Nathalie Grimard Galerie Trois Points 372, rue Sainte-Catherine Ouest espace 520 Jusqu'au 24 mars BERNARD LAMARCHE LE DEVOIR Ça fait une mèche qu'on n'avait pas vu Nathalie Grimard dans une galerie.Depuis 1997 en fait.Celle qui nous avait donné des installations ambitieuses au centre Skol et à la galerie Trois Points propose ici des séries de photographies fort intéressantes.On y retrouve encore cette fascination pour le sommeil qui caractérise le travail de l’artiste.L'esthétique médicale est atténuée, mais l’artiste continue de se référer au domaine de la santé.A Trois Points, Grimard s’attarde au processus si délicat de la réanimation des corps inertes.Les résultats sont parfois très brillants, avec des images fantomatiques; parfois moins, avec des images passablement plus graphiques.On ne pourra cependant pas parler d’une demi-réussite.Il est vrai qu’une partie de l’exposition fait appel à des stratégies éprouvées (pixellisation de certaines zones de l’image photographique), moins saisissantes.Cela dit, le reste de l’exposition est si réussi qu’on en vient presque à oublier ce qui se révèle, à l’œil, comme une ultime etape d'épuration qui aurait été escamotée.Dans ces series qui sont en tin de compte des autoportraits en personne souffrante (ce qui est déjà intéressant du point de vue de la representation sociale de l’artiste), Grimard est aidée par des sauveteurs masculins, dans ce qui se veut un guide revu et corrigé de premiers soins.L’artiste a fait usage, de layon récurrente, d’une technique de manipulation de l’image visant, dans certaines œuvres, à grossir les pixels d’une zone de l’image et, à la surface d'autres images, à rendre floue une aire tout aussi spécifique.Dans les deux cas (sauf exception dans l’une des séries), c’est toujours l’image de l'artiste qui est partiellement gommée, le reste de la représentation ne subissant pas une telle manipulation.Dans les œuvres moins intéressantes, comme dans Et si c’était pour de bon: transport d’un blessé inconscient en sept temps (2001), qui se présente comme une planche didactique, un modèle masculin transporte le corps évanescent de l’artiste se prêtant à une série de poses plus ou moins confortables.Chacun de ces mouvements est serti d’une signalé-tique qui en organise la séquence.Dans cette œuvre et dans cette autre, L’Ascension: la chaise (2001), les pixels grossis servent tout à la fois à rendre anonyme la figure rescapée et à lui retirer de sa vitalité.A peine éteinte, en plei- ne tentative de secourisme, l’image du personnage s’efface.Par contre, dans ces œuvres, l'effet de l’effacement est relatif, puisqu’on ne s’éloigne pas du traitement maintes fois rencontré dans les productions photographiques contemporaines.En raison de la signaletique a laquelle l’artiste fait appel et de la facture ébauchée de l’image, le duo reste à un niveau didactique.«Je suis morte» Là où l'exposition atteint davantage son but, c'est dans deux autres séries, pourtant similaires aux premières.L’une d’entre elles montre une séance de réanimation cardiorespiratoire.Dans ces séries, le corps de l’artiste perd de sa substance.Plus particulièrement dans La Tête bien pleine (2001), qui vaut à elle seule le détour à la galerie Trois Points, un étrange renversement s'opère.Par un traitement déroutant des details, Grimard est parvenue à rendre morbide l’image de son sauveteur.Tout se passe comme si, dans cette image, le réanimateur avalait la défaillance de celle dont il tente de prolonger la vie.Troublant.Une autre série joue de la même manière avec les âmes qui s’effacent.Les Elévations: transport d'un blessé inconscient à trois sauveteurs (2001), en mettant en relief un autre motif, celui de la montée (au ciel), que Grimard reprend dans L'Ascension: la chaise.Mais dans ce bouche à bouche entre deux per- sonnages morts a demi, il faut prêter attention à l’aspect charnel du modèle, à la chair marmoréenne de ses doigts.On se souviendra peut-être de l’apparition, en 1998, de Nathalie Grimard lors de l’exposition Counterposes.Reconcevoir le tableau rivant, tenue à la galerie Oboro, pendant trois jours.Une sérié de tableaux vivants, genre populaire du XIX siècle et tombe depuis en désuétude, y avaient été présentés, a mi-chemin entre l’exposition et le spectacle.Grimard s’y était mise en scène, endossant le role d’une patiente en remission dans une chambre d’hôpital aménagée en pleine galerie.L’historienne de l’art Johanne Lamoureux avait alors écrit dans la revue Parachute qu'en exposant le corps en souffrance, Grimard nous plaçait dans une situation où nous étions sans rite et sans convention pour «baliser la conduite à suivre», nous laissant devant «le malaise de la visite».C’est visiblement là que Grimard s’avère la plus touchante, dans sa capacité à mettre en scène de petits théâtres du malaise.SOI Kl I CAI l- Kll 1KOIS COIN is La Tête bien pleine, détail d’une série de photographies de Nathalie Grimard.GA L ERIE BERN A R D M.FERNAND TOUPIN (r.c.a.) AIRES ÉCLATÉES Œuvres récentes DU 10 AVJ 3 1 MARS 2001 90 av.Laurier Ouest Tél.: (514) 277-0770 du mardi au vendredi de 11 h 00 à 18 h 00, samedi de 1S h 00 à 17 h 00 GALERIE DE BELLEFEUILLE EXPOSITION DU 4 AU 22 MARS SOPHIE RYDER OEUVRES RÉCENTES CATALOGUE DISPONIBLE 1367 AVE.GREENE, WESTMOUNT TEL: 514.933.4406 FAX 514 933 6553 LUN- SAM: 10H - 18H I DIM: 12H - 18H WWW.DEBELLEFEUILLE.COM VERNISSAGE LL DIMANCUI 1 1 MARS Jusqu’au 30 mars Ghitta Caiserman-Roth céramistes enseignants rd LL-udye- tai
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