Le devoir, 12 mai 2001, Cahier D
LE DEVOIR.LES SA M EDI I 2 E 1 I) I M A N ( Il E I S M A I 2 O 0 I Romans québécois Page D 3 Essais Page D 4 Le feuilleton Page D 5 Poésie Page D 6 Littérature française Page D 8 LE DEVOIR Œuvre d’Hubert Aquin Chronique d’une mort annoncée Il a vécu sa vie à rebours, comme à l’affût de sa propre mort.«Tout est fini»: ainsi commence son premier roman, écrit alors qu’il avait 30 ans.Celui-ci, L’Invention de la mort, ne sera publié qu’en 1991, 14 ans après que son auteur, Hubert Aquin, se fut suicidé, à Montréal.Tout récemment, la réédition en poche de ce roman a clos le cycle d’une douzaine d’ouvrages d’Hubert Aquin, publiés à la Bibliothèque québécoise dans le cadre des travaux de l’EDAQ (Edition critique d’Hubert Aquin), rassemblant autant son journal inédit que ses romans et des textes épars.Un projet que les chercheurs québécois auront mis 20 ans à réaliser.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR LJ Invention de la mort n’a pas été publié à l’époque de sa rédaction par-t ce que son éditeur, Pierre Tissey-re, craignait le scandale.«Ce n’est pas possible de publier un tel manuscrit, disait Tis-seyre à Aquin.Il a des qualités extraordinaires.Je suis emballé par votre étude de la jalousie.Je la trouve formidable.Mais cela ferait scandale.» Plus que les thèmes du suicide et de la violence, ce sont deux épisodes, ceux d’un avortement et d’une fellation, évoqués dans le livre, sujets tabous à l’époque, qui retiennent Tisseyre.Assortie de notes, de morceaux de correspondance et de pièces du journal de l’auteur, l’édition critique de L’Invention de la mort permet de saisir la fébrilité de son auteur, le contexte dans lequel il a été écrit, son sens.Impulsif, intense, ombrageux, imprévisible et profondément rebelle, selon l’image publique que l’on a de lui, Hubert Aquin n’avait pas fini de susciter des commentaires.Son deuxième roman, Prochain épisode, dont on a longtemps cru qu’il était le premier, l’a porté, les années passant au panthéon des écrivains québécois et Aquin est maintenant étudié dans les écoles.Pour éclairer ces œuvres, le projet de la Bibliothèque québécoise s’est d’abord attaché à publier le Journal d'Aquin, alors inédit, ainsi cça Itinéraires, une chronologie Puisa JACQUES GRENIER LE DEVOIR WKNÊÊ.Marie-Claire Un éclair blond traverse périodiquement son regard brun invariablement souligné de noir.Tout juste arrivée de Key West, toute menue dans ses pantalons et sa veste de denim noir, et rencontrée à Montréal, dans le hall décoré de fontaines et de sculptures exotiques de l’Hôtel de la Montagne, Marie-Claire Blais pourrait encore passer pour une adolescente en cavale.Pourtant, son dernier roman, Dans la foudre et la lumière, paru aux Editions Boréal, propose un regard mûri, perçant, lucide, presque apocalyptique, sur le monde moderne et ses excès.CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR On dit qu’elle est sauvage.Pourtant, elle s’impose difficilement la solitude nécessaire à l’écriture.Aussi passera-t-elle l'été dans les Cantons-de-l’Est alors qu’elle eût préféré vivre en ville, sortir et voir des amis.Métier oblige.Sauvage, donc, peut-être pas, mais secrète, sûrement, l’écrivaine aux cheveux bouclés.Difficile de retrouver Marie-Claire Blais dans le foisonnement des personnages qui peuplent son dernier roman.«Je suis un peu chacun d'eux», dit-elle.De tous, c’est à Daniel, l'écrivain, qu’elle affirme cependant ressembler le plus.«[.] [que] penser de la démangeaison de l’écrivain, écrit-elle à son sujet, qui chez lui était toujours à l’affût de ses personnages, pour quelque trait moral ou physique, ne poussait-il pas l’interrogation de ses semblables jusqu’à l’impudeur, questionnant partout les uns, les autres, où qu’il fussent, même pendant leurs moments de détente.» Ses amis, les anciens ou les nouveaux, ses connaissances, ces gens qui surgissent dans nos vies, dans la rue ou les journaux, ce sont eux qui tissent l’action touffue et dense du dernier roman de Marie-Claire Blais.Cette œuvre, qui fait suite à Soifs, paru au Boréal en 1995, dresse un portrait cru d’une société violente, déchirée, aux plaies ouvertes comme autant de contradictions, cette société où des enfants tuent et où ils sont condamnés à mort à leur tour, où les pauvres côtoient les riches et les puissants dans la rue, où l’art surgit comme ultime tentative d’expliquer le monde.VOIR PAGE D 2: AQUIN VOIR PAGE D 2: PULSATIONS dons modernes Blais «Ici, la ponctuation suit, .la phrase est longue parce qu elle suit l'accélération de notre vie actuelle.C est surtout cela que j'ai voulu donner comme dimension.» Yves Klein, Inprint, 1961.Life Size-Visual Arts library Michel Lacombe a rencontré Alain Bentolila, Dominique Wolton, Alain Touraine, Amin Maalouf, Philippe Schmitter, Guy Rocher et Marek Halter L’IDÉE du siècle Un livre à lire et à entendre! too pages • Livre et CD, 24,95 $ Fl DES t » $ I K I) E V 0 I K , L E S S A M EDI I ‘î ET I) I M A N CHE I 3 M A I 2 0 0 I I) 2 -«* Livres -*- PULSATIONS Sous son apparente réserve, Marie-Claire Blais est intarissable Mauii-Ci.AiKi Bi ais ; : /; DANS LA FOUDRE ET LA LUMIERE rlinin\ | Boreal SUITE DE LA PAGE D 1 Et même si elle vit aux États-Unis, à Key West plus particulièrement, plusieurs mois pçir année, même si elle a commencé à séjourner aux États-Unis dans les années 60, Marie-Claire Blais ne souhaite pas que Ton cantonne les problèmes sociaux décrits dans son livre a la société américaine.La réalité décrite dans son livre, dit-elle, c’est celle que nous vivons — ou que nous pourrions vivre — ici même à Montréal.«Je veux qu’on voie ça comme des problèmes qui nous concernent.Il n’est pas dit que nous-mêmes ne retournerons pas à des choses pareilles (la peine de mort, par exemple).Il n’est pas du tout sûr que tout ce qui est écrit là ne nous arrive pas à nous.Ce n ’est pas un portrait des Américains, c’est un portrait d’une vie qui est près de la nôtre.On ne peut pas se dire que de l’autre côté de la frontière, il y a les méchants, et que, nous, on est de simples Canadiens.On a des gens qui voudraient la peine de mort.FaitesAes parler, ils vont vous le dire.C’est une majorité, et c'est grave.Alors, il n’est pas dit que ce qui est si redoutable dans ce livre ne nous arrive pas.De toute façon, bien des choses nous arrivent déjà», dit-elle.Le personnage de la Vierge aux sacs, par exemple, qui hante ce roman, cette enfant de treize ans qui mendie dans les rues, elle dit l’avoir rencontrée à New York comme sur la rue Sainte-Catherine à Montréal.«Ce qui est frappant chez elle, c’est son extrême jeunesse», dit-elle.N’est-il pas inconcevable qu’une enfant de treize ans mendie dans les rues des villes d’Amérique du Nord?Et le massacre des enfants de l’école secondaire de Columbine, au Colorado, dont on retrouve une description à peine voilée dans le roman, p’est-il pas un écho de la violence qui avait secoué l’École polytechnique, il y a quelques années, faisant 14 morts parmi les futures diplômées de l’Université de Montréal?En fait, sous son apparente réserve, Marie-Claire Blais est intarissable.Et les 250 pages de son roman, écrites presque sans points et sans paragraphes, traduisent le flot ininterrompu d’une conscience.Elles témoignent de Textrème trépidation de la vie moderne, la sienne comme la nôtre.Une fois l’œil et l’esprit habitués à cette étonnante gymnastique, on s’y retrouve comme en pleine rue, croisant tour à tour une itinérante vaguement délirante, un jeune homme de bonne famille qui désire devenir danseur, un couple de juges qui réfléchissent à la peine de mort des adolescents violents, des pauvres et des riches, des patrons et des domestiques, un foisonnement luxuriant de personnages et de situations, une faune baroque telle qu’on pourrait la rencontrer dans le centre-ville d’une métropole nord-américaine.«Ici, la ponctuation suit, la phrase est longue parce qu’elle suit l’accélération de notre vie actuelle.C’est surtout cela que j’ai voulu donner comme dimension.On est très très très pressés.On vit comme à bout de souffle.Il y a un élancement dans la phrase qui est lié à ce qu ’on vit maintenant.Il y a des choses qui s’engouffrent dans notre pensée.Elle sont là et elles entrent et elles sortent, même si on les chasse», dit-elle.Aussi, plusieurs pauses du texte surviennent dans le discours du moine bouddhiste Asoka, sans doute habitué à trouver le calme dans la tempête.Cet homme, qui visite inlassablement des prisons depuis l’âge de 14 ans, Marie-Claire Blais dit l’avoir rencontré au hasard de l’un des nombreux voyages qu’il a faits à l’étranger.Mais le reste du texte est surtout traversé de virgules, bien sûr, de points-virgules et de nombreux points d’interrogation.Est-ce le fruit du perpétuel questionnement de l’auteur devant la réalité actuelle?Toujours modeste, Marie-Claire Blais dit que l’indignation qui traverse ce roman, l’indignation devant la pauvreté, devant la peine de mort devant le racisme, devant la condition des femmes en Jordanie, c’est surtout l’indignation des gens dont elle s’entoure et qui lui dictent ses livres.Attentive, aux aguets, elle est à l’écoute de l’histoire de ses semblables, va à la rencontre de ses personnages.«J’aime le mot ‘‘indignation", dit-elle.C’est l’indignation des autres.L’auteur est caché partout.L’auteur laisse parler les autres.Ce sont les autres qui parlent.L'auteur est indigné, peut-être, mais c’est une indignation de chorus.» Née au Québec, Maré-Clare Blais a séjourné pour la première fois aux États-Unis dans les années 60, au moment d’écrire Une Saison dans la vie d’Emmanuel.Titulaire d’une bourse de la fondation Guggenheim, elle était alors étudiante à Harvard et dit avoir été très marquée par la vue des jeunes Américains qui étaient forcés d’aller se battre au Vietnam.C’était l’époque de la révolution noire, de la révolution féministe, deux courant^ qui ont fortement marqué l’écrivaine.Des Etats-Unis, elle dit d’ailleurs avoir connu le meilleur et le pire.Elle affectionne la communauté d'artistes, solidaires, qu’elle fréquente à Key West Loin d’être désabusée devant l’évolution des choses, loin de baisser les bras devant cette société actuelle qu’elle décrit, elle croit que les choses mettent du temps à se transformer, que des changements se sont quand même installés à demeure.Au milieu de la noirceur moderne, dans le vrombissement de la foudre, fuse un éclair de lumière.DANS LA FOUDRE ET LA LUMIÈRE Marie-Claire Blais Boréal Montréal, 2001,256 pages v Une maniée de soleil , aux Édi lions Trois-Pisloles Victor-Lévy Beaulieu BOUSCOTTE Le goût du beau risque roman • 400 p.• 29,95 $ tor-Lm Bearfeu Le goût du beau risque Collection «Œuvres complètes de VLB» ENTRE LA SAINTETÉ ET LE TERRORISME essais» 500p.«43,95$ SOPHIE ET LÉON théûtre» 128 p.«29,95$ POUR FAIRE UNE LONGUE HISTOIRE COURTE entretiens • 240 p.• 29,95 $ SyivieTremijIoy ON ANNONCE DU SOLEILÀLAFIN DU VOYAGE 208 p.*24,95$ Capoune! anecdotes • 108 p.• 15,95 $ GabrielleGourdeau Clins d'œil ù Romain Gary nouvelles • 232 p.• 24,95 $ Renaud Longdiamps Passions retrouvées poèmes • 96 p.• 16,95 $ ÉDITIONS TROIS-PISTOLES Distribution exclusive: Agence de distribution populaire LIBRAIRIE D’OCCASION" IVRE VOYAGEUR LIVRES EH TOUS GOMES ACHAT-VENTE-SERVICE A DOMICILE-ÉVALUATION 3547 RUE SHAIL, ANGLE CÔTE-DES-NEIGES MÉTRO CÛTE-DES-NEIGES H3T1P5 BRUNO LALONDE 514.736.0999 GROUPE- Renaud-Bray ^au Québec* “ VOIR Delhi Agra et Jaipur 29,95 $ Delhi AgrauJaiih R LES SEULS GUIDES TOUT-EN-UN QUI MONTRENT TOUT! Nouveautés 2001 tu ide < » voir Berlin 29,95 $ d IU) « • o IP Berlin Un U II U < ?\ o/R Bruxelles Bruges, Gand et Anvers 29,95 $ Bruxelles Km GE&CiAMlEI WW R' i lin Un-wr (.1 !IM < > \ ( )ll< GUIDÉS r» Voit Japon lilt U ( U ll'l < ?v< )1.1\ Singapour 29,95 $ Singapour lin hifi'Mf Bqpreæbi t { I) 1 L K DEVOIR.L E S S A M EDI I 2 ET I) I M A S C II E I \i M Al 2 0 01 Livres ESSAIS QUÉBÉCOIS Puriste d’hier, rabâcheur d’aujourd’hui VICTOR BARBEAU -UN RÉSEAU D’INFLUENCES LITTÉRAIRES Chantale Gingras L’Hexagone Montréal, 2001,224 pages CHU BEN COMME CHU (JE SUIS BIEN COMME JE SUIS) Constats d’infraction À l’amiable Georges Dor I anctôt Éditeur Montréal, 2001,152 pages Le Québec littéraire entretient assez peu la mémoire de ses essayistes d’avant 1960.11 y en eut, pourtant, et des remarquables (Asse-lin, Fournier, Groulx, Val-dombre), au rang desquels figure Victor dit Turc Barbeau (1894-1994).Critique élitiste, suffisant, à l’intelligence vive mais aveuglée par le sentiment de sa propre supériorité, partisan acharné du purisme linguistique, Barbeau, malgré ses défauts, mérite amplement le titre de «pionnier de la critique culturelle journalistique» canadienne-française que lui attribuait Michèle Martin, en 1997, dans son excellent essai sur l’homme paru aux Presses de l’Université Laval.L’ouvrage de Chantale Gin-gras, intitulé Victor Barbeau - Un réseau d’influences littéraires, vient redire, avec moins de force, l’influence majeure exercée par le critique sur le Québec littéraire des années 1920-70.Par une étude de sa correspondance avec des pairs, des collègues, des adversaires (très peu lui ont personnellement écrit) et des écrivains (Marcel Dugas, Paul Morin, Marie Le Franc, Gabrielle Roy, Rina Lasnier et quelques autres), Gin-gras veut montrer que Barbeau a occupé la place enviable de critique influent et respecté pendant plus de 50 ans, ce qui justifie qu’on l’étudie comme un phénomène.L’ennui, c’est que Barbeau lui-même manque souvent à l’appel dans ce livre.On nous sert essentiellement, ici, les lettres reçues et trop peu des lettres envoyées.On peut donc apprendre — c’est là le projet de Gingras — que le critique inspirait la crainte, la confiance et le respect, mais on reste en manque de ses idées, de ses partis pris intellectuels.Le chapitre premier, qui relate le parcours de Barbeau, s’avère le plus efficace.L’homme y est présenté dans toute sa prétention de «retour d'Europe»: «Barbeau a une idée très élevée de sa “mission”, qui est, selon lui, de former l'élite et de secouer l’apathie culturelle du Canada français.» On le voit en journaliste culturel {Le Devoir, La Presse et U l s Corn ses Cahiers de Turc qu’il rédige et conçoit en solo) ferraillant avec les régionalistes, en sociologue, professeur, économiste, linguiste, essayiste, et en infatigable animateur, fondateur, entre autres réalisations, de l’Académie canadienne-française en 1944.La suite, c’est-à-dire l’analyse de la correspondance, risque de n’intéresser qu’une poignée de spécialistes de notre histoire littéraire.Aussi, pour s’introduire à l’œuvre de Barbeau, on consultera plutôt Victor Barbeau: pionnier de la critique culturelle journalistique de Michèle Martin, plus complet et plus vivant.«La francophilie exacerbée de Victor Barbeau», écrit Chantale Gingras, a mal traversé la Révolution tranquille, période pendant laquelle on assiste à une «poussée d’autonomie» de notre littérature.Barbeau, dès lors, apparut à plusieurs comme un homme d’un autre temps, à juste titre d’ailleurs.Gingras, elle, ne partage pas ce jugement sévère.On l’a disqualifié un peu vite, dit-elle dans cet essai honnête qui manque toutefois trop d’allant pour susciter l’enthousiasme.Le rabâchage de Georges Dor En publiant Anna braillé ène shot en 1996, Georges Dor redonnait de la vigueur au sempi- ellie r Lancement d’un prix par vote populaire -PRIXde POESIE sao n Marché francophone de la poésie à la place Gérald-Godin, métro Mont-Royal • SAMED112 MAI 9 h 00 Atelier avec Alain Doom Une présentation du Regroupement des éditeurs canadiens-français.13 h 30 Lectures à la place Gérald-Godin Avec Guy Marchamps à l’animation et plusieurs poètes de la francophonie.15 h 00 «Avec des yeux d’enfants», d’Henriette Major animation Carmen Marois pour les 7 à 12 ans.17 h 30 Lancements «Zigzag poésie», de Frank Smith et Christophe Fauchon, Éditions Autrement.«Poésies du pays», Regroupement des éditeurs canadiens-français.21 h 30 Grande soirée de poésie au café «Porté dispam» (957, Mont-Royal Est) • DIMANCHE 13 mal 13 h 30 Lectures sous le chapiteau 16 h 00 Dévoilement du nom du lauréat du Prix de poésie SAQ Formulaires de participation disponibles sous le chapiteau 2L édition en collaboration avec Québec S S SALON w, UVRE «MONtRÉAl Ville de Montréal Jf^^ Ragrou Dament des SdHeurs canadiens fmne»» ¦I des Arts du Canada 1~^ Th< Canada Council for the Arts LE DEVOIR SRC # du 10 au 13 mai INFORMATION: (514) 526-6251 poesie-quebecoise.org présenté par Masamm en partenariat avec SAO • IBWa.'.t ternel débat sur la qualité de la langue parlée au Québec.Plein de compassion pour ses compatriotes incapables de s’exprimer correctement, il suggérait une généralisation de l’enseignement de la langue parlée à l’école primaire pour contrer le fléau de notre misère langagière.Naïve, inspirée par de nobles sentiments mais mal informée, sa prise de position fut taillée en pièces par la linguiste Marty La-forest dans son admirable États d’âme, états de langue.Entêté, Georges Dor en rajoutait, en 1997, avec Ta mé tu là?, un pamphlet d’une affligeante pauvreté argumentative qui déformait le point de vue de ses opposants afin de le critiquer.Ses états d’âme, il y tenait! Les qui qui et le que que, ou le français torturé à la télé, paru en 1998, poursuivait la croisade et témoignait de l’acharnement d’un homme obsédé par sa vérité.Que dire, alors, de ce Chu ben comme chu, qui en remet?Recueil de 469 erreurs langagières entendues lors de l’écoute des bulletins de nouvelles télévisés, ce nouvel essai a-t-il une quelconque utilité?Georges Dor répète à toutes les deux pages qu’il faudrait enseigner la langue parlée à l’école primaire (ne le fait-on pas déjà?), il collige frénétiquement les formules bancales qui échappent aux journalistes, il reprend à son compte, au passage, le préjugé se- lon lequel le laxisme régnerait dans l’enseignement des sciences humaines au Québec et il se moque des linguistes-aména-gistes qu’il caricature en partisans du laisser-aller linguistique.En gros, donc, il nous fait perdre notre temps.Bon romancier populaire et homme charmant, Georges Dor, en puriste qui se présente sous des allures bonhommes, est injuste.Les journalistes-reporters, c’est vrai, font des fautes de français.Obligés, en Amérique du Nord, de travailler dans un contexte d’improvisation stressant (ce que Dor reconnaît) et peu propice à l’autosurveillance linguistique, ils dérapent parfois, cherchent leurs mots et laissent échapper des phrases grammaticalement douteuses.Y a-t-il là matière à scandale?A qui la faute?Aux journalistes ignorants ou à la logique spectaculaire propre au support télévisuel qui impose le diktat du direct?Il ne s’agit pas de se réjouir des fautes de français des reporters.Eux-mêmes s’en désolent, cherchent sans cesse à améliorer la précision de leur langue et consultent même, parfois, les bien utiles 400 capsules linguistiques de Guy Bertrand.Il s’agit plutôt de reconnaître que c’est là la conséquence du nouvel impératif de l’information «chaude».Les discours moralisateurs et les solutions simplistes n’y changeront rien.Les puristes, qu’ils soient prétentieux comme Victor Barbeau ou sympathiques comme Georges Dor, commettent toujours la même erreur: ils oublient que la langue parlée s’actualise en contexte, que son usage est fonction des conditions d’énonciation et, donc, que les manquements à la norme, souvent, relèvent moins de l’ignorance des locuteurs que des situations de communication qu’on leur impose.Les puristes multiplient les sermons chagrins, se donnent bonne conscience et confondent tout.Pour défendre la langue, ils délivrent des constats d’infraction.louiscornellier fiparroinfo.net ESSAI Parler de Dieu N AÏ M KATTAN On a demandé à Jean Grosjean d’écrire un livre sur Dieu, de dire qui II est Que peut-on dire de plus sur Dieu quand on n’a, comme Jean Grosjean, parlé que de Dieu livre après livre de poésie et de récits sur Adam, sur Elie, sur le Messie.Que peut-on ajouter quand on a, comme lui, traduit la Bible, le Coran, Sophocle et Shakespeare, quand on n’a pas terminé une lecture qui va à l’infini et quand on n’a pas assez répété une parole qui demeurerait inachevée tant qu’elle n’est pas réitérée?Dans ce court livre, la parole demeure: une poésie qui se fait entendre comme un murmure tellement intime quelle fait taire tous les bruits.«L’Écriture est une bourrasque.Elle nous emporte.Dans son désordre, elle sait où elle va.Elle s’avance à travers l’embrouillement des reflets parmi des échos indémê-lables.Ses sentiers sont allusijs, coupés de triomphes trompeurs ou de malheurs solubles.L'Ecriture plus vraie que le monde et que soi.C’est le monde et soi chez Dieu.l£s tourmentes du monde et de soi chez Dieu.L’Absent n’est plus que voilé, le Tacite est traduit.» Dans cet ouvrage, Grosjean reprend une prière où la voix haute se fait chuchotement, où, neuve, la mélopée est puissante à force d’être reprise.Ce livre n’est ni un bilan ni une synthèse.Comme toute l’œuvre de Grosjean, elle est un début une perpétuelle reprise.Poète, il a appris à s’adresser à Dieu, à lui parler dans la familiarité de la filiation qui est amour.Dieu ne peut sembler lointain que parce qu’il est proche et son silence se ressent comme un écho de sa parole: loin de lui, on n’est plus soi ou bien on n’est soi-même que par le souvenir qu’on a de lui et par le dessein que l’on a de le retrouver.Paradoxalement dès qu’on est sûr de pouvoir bientôt le rencontrer, on n’éprouve plus la même hâte.Si peu est un très beau livre.SI PEU Jean Grosjean Éditions Bayard, coll.«Qui donc est Dieu?» Paris, 2001,72 pages J- “Y MOf LITTERATURE Le dimanche 13 mai MONDIAL T DE LA LITTERATURE INFO-FESTIVAL (514) 844 2172 www.urieq.qc.ca/festival LES PREMIÈRES NATIONS À L’HONNEUR Il H I 3 H À 17 H K i?LION D’OR Ville de Montréal Hl Brunch littéraire : MINI TAU KAPI (Buvons un café) Causerie de l’anthropologue Serge Bouchard.Maison des écrivains.Entrée libre.Réservation obligatoire : (514) 844-2172.Activité en plein air : MARCHÉ D’ARTISANAT AMÉRINDIEN En présence d’artisanes autochtones des commnautés d’Odanak, de Kahnawake, de Kanesatake et de Montréal.Carré Saint-Louis.Entrée libre.Activité en plein air : DIALOGUES AVEC UN SAUVAGE Avec les comédiens Charles Bender et Benito Gil.Deux outres représentations sont prévues soit à 15 h et à 16 h Carré Saint-Louis.Entrée libre.Spectacle : HOMèMCE À BERNARD CHAGNAN ASSINIWI En collaboration avec Terres en vues Avec Johanne Matpiché, François Vincent, Louis-Amik Lalonde, Sylvianne Sioui-Trudel, Michel Noël ainsi que la troupe Thunder Hawk.Musique : Pascal Gemme et Nicole O'Bonsawin.Animation :André Dudemaine.Mise en scène : Sylvain Rivard Lion d’Or, 1676, rue Ontario Est.Entrée libre.Une présentation de l’Union des écrivaines et écrivains québécois 13 H 20 h CanadS -rrNi: CONS|U Québec.- «y lf.devoir V » " • «U'- sites web en frarnais Dans la même collection - 17,95$ «-• » Qucbccxj Québécor Du cinéma Laurence Lemieux 17,95$ Des animaux Ida Lyne 17,95$ De téléchargements Nicolas Gascon 17,95$ Les 100 meilleurs sites web de l'auto Les 100 meilleurs sites web de jeux vidéo Les 100 meilleurs sites web de l'humour Les 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auteurs ont pu être publiés.Quant à mon admiration, elle est tout entière tournée vers l’écrivain qui a su rester fidèle à ses valeurs tout en renouvelant son style et sa manière.Car Calvino est une formidable machine littéraire! Pas seulement au sens technique du terme, mais surtout dans le sens de la découverte, de la production de formes.Qu’on pense seulement à ses Cos-micomics, à ses Villes invisibles, à son Château des destins croisés, à sa trilogie de contes philosophiques (Le Baron perché, suivi par te Vicomte pourfendu et te Chevalier inexistant), enfin à son Si par une nuit d'hiver un voyageur, et l’on verra à quel point Calvino (en cela, il me fait penser au jeune Alessandro Baricco) est un aventurier de l’écriture, un métaphysicien de la forme et du sens, un créateur d’objet^ singuliers.A propos d’aventures, le recueil de courts récits que font paraître aujourd'hui les éditions du Seuil sous le titre Aventures se distingue de celui de la précédente edition (1991, collection «Point roman») sur deux points: il est accompagné de dessins de Yan Nascimbene et ne comprend pas la deuxième partie du volume, dans l’édition de 1991, intitulée «La vie difficile».Un profond sens de l’humanité Que trouvons-nous donc dans ce recueil qui aurait pu s’appeler tes Amours difficiles s'il avait respecté le titre italien, GU amori difficile Des aventures.Celles d’un soldat, d’un bandit, d'une baigneuse, d’un employé, d’un photographe, d'un voyageur, d’un lecteur, d'un myope, d'une épouse et de quelques autres personnages.Ecrits principalement entre 1949 et 1958, avec un seul texte datant de 1967 («L’aventure d’un automobiliste»), ces récits montrent déjà tout le génie de Calvino, capable de s’intéresser aux plus petits détails de la vie et du quotidien sans jamais céder à la fa-cilifé ni au bavardage.A l’évidence, Calvino sait entrer en symbiose avec ses personnages et ne jamais porter de jugements sur eux.Il faut le voir décrire et accompagner les gestes honteusement et tendrement libidineux du soldat Tomagra qui, dans un wagon de train, voit arriver une veuve de province qui s’assied à côté de lui.Commence alors un jeu de Jean-Pierre De nis ITALO CALVINO k AVENTURES lLLC*%TKf V*N VJlNCÏU*rNr UVIL cache-cache fait de main et de doigts s’immisçant tout doucement contre la cuisse de la voisine, puis un peu plus loin, guettant le moindre signe d’acquiescement tacite, n’en étant jamais certain, risquant à tout moment le scandale mais incapable de s’interrompre, bref, une attitude que tout adolescent un peu timide a expérimentée un jour dans ses jeux de séduction.C’est remarquablement rendu! 11 faut le voir encore, dans «L'aventure d’une baigneuse», suivre les pensées d’une jeune femme qui vient de perdre son maillot de bain dans la mer et qui ne sait plus comment revenir à la plage alors que la mer est parfaite ment transparente et laisse deviner ses formes à quiconque s’approche.Ou encore, dans «L’aventure d'un photographe», le voir épingler l’un de ces photographes du dimanche qui, petit à petit, développe une véritable obsession de la photographie, jusqu'à tenter de saisir l'essence même du temps qui luit («La photographie n a de sens que si elle épuisé toutes les images possibles»),'jasquà photographier l’absence même du modèle dont il était tombé amoureux et qui, de guerre lasse, s’est enfuie, jusqu'à photographier, en une sorte de mise en abyme, les photos qu’on trouve dans les journaux.Chaque fois.Calvino dévoile un «fond» — angoisses, obsessions, peurs, rêves, désirs inquiets, limites subjectives ou objectives — qui parle des eaux troubles dans lesquelles chacun tente de trouver son chemin et qui, parfois, s'éclairent d’un rayon lumineux qui ouvre le sujet à la vie et à l’amour de soi.Mais rarement.la plupart du temps, il nous reste un sentiment d'inaccomplissement, de trouble.Mais comme Calvino n'est pas sujet à s’apitoyer sur soi pas plus que sur ses personnages, il y joint toujours une dose d’humour ou de délicate ironie qui nous sauve du naufrage.J’ai dit plus tôt que le texte «L’histoire d’un automobiliste» avait été publié presque dix ans après les derniers, en 1967.Et c’est là aussi un des intérêts de cette collection de récits que de nous faire saisir (comme lorsque nous assistons à l’exposition d’un peintre où nous est présenté le travail de plusieurs décennies) l’évolution d’un style et les principes de narrativité propres à un auteur.EL en effet, le dernier récit est extrêmement révélateur du saut qualitatif et formel qu'a accompli Calvino à partir des années 60.Ce que nous y voyons à l'œuvre, c’est une formidable ma- chine à engendrer du récit, à formuler les événements dans un cadre logique et à epuiser la logique même de ces événements A la rigueur, on pourrait dire de cette histoire ce que certains commentateurs ont pu dire de la structure des échanges amoureux d;ms les pièces de Racine: A aime B qui aime C qui aime A.De même cet automobiliste qui se rend en voiture vers sa bien-ai-mée, avec laquelle il vient de se disputer (et qui demeure à une bonne distance), en est-il réduit, pendant h' trajet, à épuiser toutes les possibilités logiques qui s'offrent à lui: je risque de la croiser sur la route alors qu’elle vient à ma rencontre, je risque de suivre ou d’être suivi par l'autre homme qui est amoureux d'elle et à qui elle a peut-être telephone après notre dispute: si je rebrousse chemin, croyant la poursuivre alors qu'elle aurait choisi de venir chez moi, je peux aussi bien laisser la place à l’autre homme qui se rend peut-être chez elle, et elle croira que je ne l'aime pas assez, etc.Voilà de la forme et de la structure à son état le plus pur! Et pourtant, tout cela reste étonnamment crédible.C’est du grand art.den isjfiâvideotron.ca AVENTURES Italo Calvino ( Traduit de l’italien par Roland Stnigliati, Jean Thibaudeau, Jean-Paul Manganaro et Maurice Javion Illustratipns par Yan Nascimbene Editions du Seuil Paris.2001,181 pages LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Un polar féministe SOPHIE POULIOT Arpentant toujours les rues de la métropole, les héroïnes de Danielle Charest traquent les suspects armées de téléphones cellulaires, de noms de code, de perruques et, surtoufi d’une implacable organisation.Le Groupe, que connaissent les lecteurs de l’ouvrage précédent de l’au-teure, L’Echafaudage, est encore une fois confronté à un mystérieux crime qu’il lui faudra élucider.Un roman policier montréalais et.féministe.L’ancienne amante de la très ordonnée Stéphane — les noms des protagonistes, volontairement unisexes, sèmeront d'abord la confusion pour celui qui n’a pas lu les œuvres antérieures de î’auteure — est soupçonnée d’avoir mis fin aux jours de son ex-mari, Guy Desrosiers.Les membres du Groupe se répartiront les tâches afin de trouver le véritable assassin et d’innocenter leur amie.Les unes interrogeront les différentes conquêtes de l’ancien fonctionnaire de l’Immigration, dont celui-ci notait les performances sexuelles dans un calepin.Les autres retraceront les victimes du très lucratif manège auquel se livrait Desrosiers.Celui-ci, vu le poste qu’il occupait, accordait la citoyenneté canadienne à certains requérants en échange d’un considérable pécule.La trame de l’histoire invite immanquablement à la dénonciation.Dénonciation des abus commis par les Blancs contre les minorités, mais surtout critique de l’exploitation des femmes par les hommes.Le ton est alors donné.Danielle Charest L’Étouffoir te* m iMN »i '.mat L’Étouffoir n’est pas un simple et banal polar, il est parsemé de réflexions féministes s’attaquant, entre autres, tantôt au manque de reconnaissance du travail des mères, tantôt au statut unique d’objet sexuel, trop souvent dévolu à la femme.Il n’y a là, certes, rien d’étonnant si l’on considère que L’Échafaudage avait pour point de départ le massacre des étudiantes de l’École polytechnique, survenu en 1989, événement que l’auteure militante souhaitait ardemment voir déclaré crime antiféministe.Unies, donc, contre le crime et pour la femme, les membres du Groupe consacrent la majeure partie de leur vie à l’accomplissement de leur mission.Visiblement, elles prennent un malin plaisir à triompher des énigmes les plus corsées et des coups montés les plus vils.Ce plaisir, les protagonistes le communiquent plutôt bien au lecteur.Cependant, l’action est souvent interrompue par la narration de fragments de vie des détectives, épisodes qui ne servent d’aucune façon l’histoire.Par exemple, on racontera que l’une des membres du Groupe, musicienne dans le métro lorsqu’elle ne pourchasse pas l’ennemi, enfouit ses partitions, dès quelle en a terminé l’usage immédiat, tout au fond de sa commode, et ceci bien qu’elle habite seule.Il s’agit là, dira-t-on, d’une séquelle laissée par son enfance vécue dans une chambre partagée avec sa sœur.Ce genre de détails a sans doute pour objectif d'huma-niser le récit mais, hélas, ne présentant que très peu d’intérêt, il en sape plutôt le rythme.Entre les envolées féministes de l’auteure et ses descriptions — brèves, heureusement — d’extraits de la vie personnelle des membres du groupe d’enquête, l'intrigue de LÉtouffoir est tout de même bien tissée et ses fils sont suffisamment emmêlés pour tenir le lecteur en haleine, curieux qu’il sera d’arriver enfin à les dénouer.Dans un langage québécois réaliste — avec lexique annexé à l'usage des lecteurs français —, le roman policier propose une enquête menée de main de fer par des détectives féminins qui n’ont rien à envier à leurs homologues masculins.Bien au contraire.L’ÉTOUFFOIR , Danielle Charest Éditions Le Masque, coll.«Les Reines du crime» Paris, 2000,285 pages MOf LITTERATURE DU 11 AU 19 MAI MONDIAL DE IA LITTERATURE INFO FESTIVAL (514) 844 2172 www.uneq.cjc.ca/fesfival LES RENDEZ-VOUS LITTÉRAIRES DU DEVOIR CHEZ OLIVIERI À la librairie Olivieri, SI 19, chemin de la Côte-des-Neiges, métro Côte-des-Neiges.Prix d'entrée incluant le repas : 25 $ ( grand public) 20 $ (membres de l'UNEQ, amis de la librairie Olivieri et abonnés du Devoir).Réservation obligatoire : (514)844-2172 Pour le plaisir des sens et celui des mots partagés : des soupers littéraires en compagnie d’écrivains d’ici et d’ailleurs.Lundi 14 mai à 19 h -VERRES BRISÉS Souper-causerie en compagnie des écrivaines Michèle Gazier (France) et Suzanne Jacob (Québec).Animation : Marie-Andrée Lamontagne (Le Devoir).AU MENU Crème de carotte au gingembre ou salade verte Escalope de saumon a la vierge citronnée Salade de fruits frais et sorbet Un verre de vin rouge ou blanc, café ou thé Mercredi 16 mai A 19 h - RÉAPPROPRIATIONS Souper-causerie en compagnie de Robert Dessaix (Australie) et Gail Scott (Québec).Animation : Robert Chartrand (Le Devoir).AU MENU Crème de volaille aux amandes ou salade aux agrumes Bœuf a la ficelle Tartelette aux poires Un verre de vin rouge ou blanc, café ou thé Vendredi 18 mai A 19 h - POÉSIE ET MUSIQUE Souper-causerie en compagnie de Claudio Pozzani (Italie) et Francis Catalano ( Québec).Animation : Robert Chartrand (Le Devoir).AU MENU Velouté de saumon ou salade de céleri rémoulade Suprême de poulet forestière Assiette de fromages Un verre de vin rouge ou bkmc, café ou thé LF.DEVOIR Olivieri * ilkreirie • bi*t>e Canad3 "'“"rsrsGX S Québec co««a «Sdm _ _ vw *3gE£ 0 estms.Les P.ensees e a la fa Af.raine Cjaiumar :r «Tu n'es pas vraiment fichu, tant qu'il te reste une V.bonne histoire et quelqu'un à qui la raconter» Alessandro Baricco Novecento WAJDI MOUAWAD ( niRfOruH ARTISTIQUE ET GÉNÉRAI DU THEATRE Eÿ QUAT'SOOS ) rencontre SUZANNE JACOB ( AUTEUR ) samedi le 19 mai à 13h30 au 3700, boul.Saint-Laurent à Montréal Tél ; 514 499 2012 UNE COLLABORATION QUAT-SOUS ACTIVITÉ GRATUITE ^ibrairie Gallimard www.gallimardmontreal.com Lauréat du Prix du livre d'affaires Price waterhouseCoopers 2001 L’Aventure, récit d’un éditeur de Jacques Fortin Jacques Fortin L’Aventure R et h vl un éditeur W OUtBf C.AMI RIOUt QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com C*- L'Enchaînement des millénaires ISBN 2S942SS23-X m pages-14,95 S *0 Régnier ô Homan ‘UjMi ISBN 2-8942S-517-5 244 pages-22.50$ ka Petite Cantate Cantate Homan ISBN 2-89428-528-0 140 pages-18,95$ niTitui ÉDITIONS HURTUBISE HMH y I I.K l> E V 0 I K , LE S S A M E I) I 12 ET DIMANCHE 13 M A I 2 O 0 1 -—^ Livres ¦*- Écrivains de la nation SIGNETS Marie -Andrée Lamontagne Le Devoir 1 1 octobre 1998.L’écrivain Martin Walser reçoit le prix de la Paix des libraires allemands.remise du prix a lieu à l’église Saint-Paul de Francfort.Comme plusieurs villes allemandes, Francfort fut durement touchée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale.Ije centre historique, notamment, fut presque entièrement reconstruit.Mais ce faux neuf pimpant ne suffit pas à effacer le passé qui s’est réfugié dans l’église Saint-Paul, prêt à éclater à la figure des gens présents.Répercutée dans Réginr Rohm I î I 11 I .1 \ ZMè cm wni'iis la presse, la controverse gagnera l’ensemble de l’Allemagne et une partie des milieux intellectuels européens.Que dit Martin Walser, ce jour-là?Que, même s’il se sait appartenir de manière irrémédiable au camp des coupables, il s’élève contre Y «instrumentalisation» de l’Holocauste et de la honte qui en a résulté pour l’Allemagne, toutes choses qu’il voit trop souvent détournées à des fins actuelles.Qu’à un devoir de mémoire collectif et ostentatoire, il oppose la conscience individuelle, son travail de réflexion et, aussi, sa liberté.Invariablement, et même dans le rappel de l’horreur, le collectif finit par s’user et mener à.des adhésions de façade, sans réelle réappropriation du passé.L’individuel, qui appartient de plus à la tradition protestante de l’examen de conscience, est, à ses yeux, porteur de sens et d’action.Ignatz Bubis, qui dirige le Conseil central des juifs en Allemagne, répond à Martin Walser le 9 novembre, au moment de commémorer le 60' anniversaire de la Nuit de cristal, en l'accusant de formuler brillamment des arguments susceptibles d’être repris par les révisionnistes.Les deux hommes, comme le fait remarquer Brigitte Krulic dans un essai instructif sur l’Allemagne de l’après-guerre vue à travers le prisme de sa littérature (Écrivains, identité, mémoire - Miroirs d’Allemagne, 1945-2001, Autrement, 2001), appartiennent à la même génération.Septuagénaires, ils sont les vivants dépositaires d’une mémoire douloureuse, tiraillée entre les nécessités pédagogiques du souvenir et la paix que procure l’oubli.Juin 1990.Avec Ce qui reste (1996, pour la traduction française chez Stock), l’écrivain Christa Wolf publie un récit dont la rédaction avait commencé en 1979.Les dates sont importantes car, entre-temps, Écrivains, identité, mémoire Miroir» cTAHrrrugncs 1945-2000 il y a eu 1989 et la réunification.Dans Ce qui reste, Christa Wolf raconte comment une femme écrivain célèbre de la RDA prend peu à peu conscience quelle est fichée et surveillée par la Stasi.Deux critiques, Ulrich Greiner et Frank Schirrmacher, lui reprochent alors avec virulence d’avoir attendu la chute du Mur pour mieux profiter, pendant toutes ces années, des privilèges liés à son statut d’écrivain célébré de la RDA.En janvier 1993, la controverse est relancée par Wolf Biermann, qui révèle que Christa Wolf aurait elle-même espionné pour le compte de la Stasi de 1959 à 1962.Pour Régine Robin, dont le Berlin chantiers (Stock, 2001) se déploie tout entier autour de la mémoire effacée, ou que l’on voudrait telle, et dont cette capitale devient le lieu emblématique, le procès fait à Christa Wolf relève d’une entreprise plus vaste de discréditation et, partant, d'effacement de tout ce qui appartenait à l’Est d'avant la chute du Mur, comme s’il ne faisait pas de doute que la vertu démocratique, économique et intellectuelle était le fait de l’Ouest.Hier, le passé communiste; avant-hier, le passé nazi: l’Allemagne a maille a partir avec sa mémoire, et il semble que les médecins qui s’activent à son chevet soient souvent des écrivains.Unir l’Allemagne 1991.À l’église Saint-Paul de Francfort (voilà pourquoi la controverse Walser-Bubis y résonnera plus tard de façon symbolique), un groupe de travail se réunit afin de proposer, dans la foulée des réflexions de Jürgen Habermas sur la notion de patriotisme constitutionnel, une nouvelle Constitution devant favoriser l’union de l’Allemagne, et non son unité, pour reprendre la distinction établie par l’écrivain Günter Grass.C’est peu de dire de ce dernier qu’il est une figure de proue de la littérature allemande.Celui qui fit campagne aux côtés du socialiste Willy Brandt dans les années 70 et reçut l’année dernière le prix Nobel de littérature peut-il être considéré comme une variante occidentale et, dès lors, présentable de la figure de l’écrivain officiel chère à l’Est?Ce serait oublier les critiques sévères avec lesquelles fut accueillie, il y a quelques années, la sortie de Toute une histoire qui, dans une forme romanesque, télescope les siècles passés et le présent le plus actuel autour d’une Allemagne à réunifier.De plus, aucune nouvelle Constitution ne sortit des murs de Saint-Paul.Et Grass, Anna Seghers et certains écrivains des générations qui suivront entendent bien se définir, rappelle Brigitte Krulic, «non comme des “Allemands” mais comme des “écrivains de langue allemande”, exprimant ainsi leur méfiance et leur volonté de distanciation par rapport à l'identité nationale associée à l’État».Ces deux ouvrages que l’actualité éditoriale fait cohabiter sur les tables de nouveautés viennent rap- peler, chacun à sa manière excellente, plus frémissante chez Robin, distanciée chez Krulic, le rôle important que les écrivains sont appelés à jouer dans leur société, que cet ancrage soit vécu sur le mode du rejet, de la mise à distance, de l’exil intérieur, de l’émigration, de l’accompagnement prudent ou parfois abusé.Mais alors, c'est moins par l’empressement ou non qu’il met à épouser certaines causes, à manifester son désaccord ou à prendre parti que l’écrivain est le plus agissant; c’est lorsqu’il se bat avec la fiction.Comment expliquer autrement, ainsi, l’intérêt soudain que suscitent certaines littératures nationales, sinon que parce qu’au delà des conditions sociologiques favorisant leur diffusion, chacun croit pouvoir faire à travers celles-ci une lecture plus vraie de l’actualité politique et sociale du pays en cause que par la lecture des journaux ou en prêtant l’oreille à la rumeur publique?«Ce dont on ne peut parler, l’art peut en /aire un poème», disait Anna Seghers, prenant le contre-pied de la proposition de Wittgenstein selon Anna Seghers Jans va mourir lequel «ce dont on ne peut parier, il /dut le taire».C’est aussi Adomo sur la poésie devenue impossible après Auschwitz.Comme si des vieillards-philosophes avaient été trop vite accablés par les limites du langage, ce que certains écrivains venus après eux, dans leur juvénile inconscience mais aussi avec la gravité des enfants, ne pouvaient envisager.ÉCRIVAINS, IDENTITÉ, MÉMOIRE Miroirs d’Allemagne, 1945-2000 Brigitte Krulic Éditions Autrement collection «Mémoires» Paris, 2001,224 pages BERLIN CHANTIERS Régine Robin Stock, collection «Un ordre d’idées» Paris, 2001,456 pages La curiosité fera lire Jans va mourir, un court roman de jeunesse d’Anna Seghers que les aléas de l’exil avaient laissé jusqu’ici inédit et qui a paru l’année dernière en Allemagne.Sans doute pour faire bonne mesure, l’éditeur a cru bon de lui adjoindre une préface du fils d'Anna Seghers, qui explique les circonstances de la découverte, ce qui n’est pas inutile.On ne peut en dire autant de la postface de la traductrice, presque aussi longue que le texte qu’elle s’efforce en vain d'expliquer.JANS VA MOURIR Anna Seghers Traduit de l’allemand par Hélène Roussel Editions Autrement, collection «Littératures» Paris, 2001,72 pages Apprendre en passant MOUVANCES Isabelle Courteau L'Hexagone, collection «Poésie» Montréal, 2001,95 pages LE GRAND RESPIR Mathieu Boily Les Herbes rouges Montréal, 2001,55 pages DAVID CANTIN Le quotidien peut parfois être vu en profondeur plutôt qu’en surface.Quoi de plus encombrant qu'une vision purement narcissique du monde?Il arrive que certains poètes trouvent une façon d’exprimer le réel sans que celui-ci devienne nécessairement le miroir des angoisses les plus fragiles.Chez Isabelle Courteau et Mathieu Boily, les repères familiers se transforment pour devenir un espace d’ouverture où l’image et l’émotion se réunissent.Un che- Et si la Belle et la Bête avaient vécu au Québec au XIXe siècle.ominique Deniers Le nouveau livre de Dominique Demers Dans la lignée de Marie-Tempête, Un roman qui va droit au cœur min d’écriture qui ne fait pourtant que commencer.En 1998, L’Inaliénable (L’Hexagone), d’Isabelle Courteau, affichait déjà d’heureuses promesses.Ce premier recueil avait l’audace de ne pas tomber dans les pièges d'une révolte aussi faible que prévisible.Au contraire, on sentait dans la voix d’Isabelle Courteau une inquiétude ainsi qu’une profonde remise en question de l’acte même d’avancer.Voilà que Mouvances remet de nouveau en question le statut de cette présence au monde.Toutefois, on remarque que ce deuxième livre retire des faits et gestes du vécu une substance évocatrice beaucoup moins confuse.Toujours assez court, le poème filtre des échos de souvenirs, de gestes et de réponses possibles.On entend chez Courteau un bourdonnement intime des rencontres qui ont eu lieu.Une phrase se casse, glisse dans des mots qui cherchent à maintenir un certain nombre de questions.la vérité se fait silencieuse, simple et obscure à la fois.C’est alors que le ton passe du familier à l'énigmatique, du doute à la foi presque naïve envers les choses.Cette écoute du monde retrouve les mailles d’une parole qui s’adresse à l’autre sans jamais oublier le passé comme le futur du déroulement créateur.Un vers prend parfois l'apparence d'un aphorisme alors qu’une strophe plus complexe oblige le lecteur à rester sur ses gardes: «Au désir de savoir/ la liste du connu se brise / entre mes mains trop blanches / Mes sensations se tissent de vertiges et de cassures / ce sont fils étranges qui se lient/C’est la rencontre de l'autre / Elle est abouchement / Et nous nous instruisons au passage vibrant / des constella- 1SABK1.I.K COt'RTKAl* mouvances » I HEXAGOMC fions de chemins possibles / où sont notre monde et les autres.» Comme le titre l’indique si bien, l’être ou le poème ne se définissent qu’à travers leurs nombreuses mouvances.C’est pourquoi on a toujours l'impression que cette poésie se mêle à la lumière comme à l'obscurité.Le temps, les saisons et la nature se chevauchent dans ces intuitions d’un apprentissage constamment à refaire.La mémoire se libère de ce poids qui l’encombre, comme elle tente toujours de se rapprocher un peu de son écho.D est bien sûr question de malaise dans ce recueil, mais aussi d’un bonheur qu’on garde nécessairement à distance de soi.Le désir vibre dans ces motifs d’une vie qui se déplace.Un amour qui aurait pour tâche de surprendre la plénitude de l’innocence des pas.Au début de Mouvances, Isabelle Courteau écrit «Je suis au milieu de ma vie /Je cherche encore / cela que je ne sais nommer.» C’est vers un parcours semblable que s’articule ce livre où la beauté et l’inquiétude s’échappent pour mieux saisir l’espace du tremblement intérieur.Vigueur Même s’il ne s’agit que d’un premier recueil, on entend dans Le Grand Respir de Mathieu Boily une parole qui n’a pas peur de secouer la nature ainsi que le rapport à l’autre.Le ton lapidaire de même que la force indomptable des images rappellent d’une certaine façon, les promesses d’un ensemble rigoureux comme Le Mus Petit Désert (Les Herbes rouges, 1993), de Martin-Pierre Tremblay.D est question ici de la venue de l’automne, des multiples visages du quotidien, mais aussi d’un monde discret toujours susceptible d’émerveiller l’observateur.Ces poèmes interrogent la vie qui passe, laissant derrière elle des détails d’une fulgurance élémentaire.L’énigme du monde suit ces paysages de ville où le présent refait l’histoire individuelle.Boily entre dans l’existence grâce aux nombreuses perspectives qui se succèdent Un pot de yogourt, un gilet ou encore une mouche tissent cette façon, à la fois simple et particulière, de comprendre le territoire secret d’une intimité: «fy reviens / il y a un vent de nuit dans le jour / la paume du soleil retire sa mise / on entend déjà crier les racines arides / le cri sourd qui Jait encore partie du paysage / la chaleur a des trucs à /aire ailleurs / accroche-toi / je ne sais pas moi / monte un peu dans ta voix / chercher du bois / l’automne a de ses vents humides / entre nous il y a sûrement assez de jour/ pour assez de nuits.» Le dépouillement de cette voix n’est pas synonyme de minceur.Les actes du quotidien retrouvent une émotion qui déchire d’un trait l’absence tragique.Le drame amoureux se mêle à une sorte de renouvellement de la réalité la plus fréquente.Les métaphores inventent un réseaq de pistes et de signes à suivre.Evidemment, on aimerait que certaines tournures s’appuient moins sur l’effet poétique ou que la retenue se fesse parfois moins grande.Par contre, Mathieu Boily possède déjà un certain timbre qu’il sera intéressant de suivre au cours des prochaines années.Comme le tableau d’Egon Schiele en couverture, il faut prendre le temps de contempler les tons, les contours et les formes de cet éveil aux mouvements subtils.Ce Grand Respir, c’est aussi le regard de ce jeune auteur qui traverse cette seconde naissance des choses.Après Tania Langlais, une autre belle découverte récente aux Herbes rouges.MATHIEU BOILY Le Grand Respir Robert Laffont Le poète se fait ici l’observateur des choses qui l’entourent.LES HERBES ROUGES / POESIE ^ .P*' ,l»’‘ L’Ordre de Jacques Cartier Une étude qui donne une vision claire et peu fréquente du Québec nationaliste des années trente, quarante et cinquante.3f6ptga-2S,S0S tiUTtONS HUnWISI HMH L E I) E V O I R .L E S S A M E l> I E T I) I M A N ( H E I M A I Il I) I) nr Livres BANDES DESSINÉES Le côté sombre des bons sentiments DENIS LORD INNUAT - EN QUÊTE DE MÉMOIRES lidwine, Baudouin.Cabanes et autres Paquet Genève, décembre 2000, y 192 pages A la lecture de cet album collectif lancé par une correspondance scolaire entre Innus et Français, on est partagé entre l’irritation, l’excès gluant de bons sentiments et, malgré tout, la beauté et la nécessité d'une œuvre de ce genre.Se voulant un pont entre les cultures, In-nuat rassemble près de 70 artistes, illustrateurs, photographes et bédéistes, pour l’essentiel européens, autour d’une vision de la culture innue.La plupart des œuvres sont basées sur un document fédéral de 1996, Points saillants du rapport de la Commission royale sur les peuples autochtones, mais se réfèrent également à des légendes et récits.De l’encre de Baudoin à la gravure de Géraldine Servais, du naturalisme au fantastique, les styles et les techniques sont diversifiés, et il y a là de fort jolies œuvres.Pouvait-on parler d’Amérin-diens sans évoquer l’acculturation, l’alcool, le colonialisme, la communion avec la nature ou sa destruction?Bien sûr que non.Mais malgré la pompeuse préface de Jil Silberstein, où il est dit que «le romantisme bon marché cède la place à une volonté de se documenter», on finit par tourner en rond dans la redondance et les images d’Epinal.Les caribous, on les ramasse à la pelle dans ces pages; plus jamais je ne pourrai en voir un en peinture.Il eût fallu structurer le projet — par ailleurs intéressant —, de manière à éviter les redites, et il IOf SACCO Goraide aurait fallu ne pas craindre d'y glisser un peu plus d’humour, comme ce que proposent Maxime Peroz ou Jean-Marc Mathis.GEMMA BOVERY Posy Simmonds Traduit de l’anglais par Lili Sztajn et Jean-Luc Fromenthal Denoël Paris, 2000,106 pages La plupart du temps, la bande dessinée verbeuse, surtout celle dont les récitatifs s’éternisent, témoigne d’une certaine incompréhension, sinon d’une mauvaise utilisation du médium.Ça manque de fluidité, c’est pâteux.Relecture du roman de Flaubert, le Gemma Bovery de l'Anglaise Simmonds, paru en feuilleton dans le quotidien The Guardian, constitue une étonnante exception par son intelligence formelle.Dans un format inhabituel (17,5 cm sur 29,5 cm de haut), l’auteure aère et dynamise de remarquable façon ses planches en présentant des cases et des phylactères sans contour et en diversifiant les mises en page et les calligraphies.Côte contenu, c’est à l'avenant, acere dans la psychologie, genereux dans le detail, savamment structure.Mal mariee avec un artisan domine par son ex-opouse.Gemma déménagé avec lui en Normandie où.dans un microcosme social étouffant, elle concilie très mal ses velléités de bohème rustique et sa profonde nature sensuelle.Un des grands titres des dernières années.GORAZDE (PREMIÈRE PARTIE) Joe Sacco Rackham Montreuil.2001,108 pages Gorazde, petite ville de Bosnie orientale.lœs Musulmans (70 %) et les Serbes (26 %) semblent avoir oublié les sanglants clivages ethniques de la Seconde Guerre mondiale et cohabitent sereinement.A la suite de l'indépendance de la Bosnie cependant, début 1992, la guerre éclate.Pendant plus de quatre ans, Gorazde sera assiégée, bombardée, massacrée, privée d’eau courante et d’électricité.Anciens voisins, anciens amis, les Serbes bosniaques, inféodés au pouvoir de Belgrade, sont maintenant dans les collines avoisinantes — plus près parfois — et n'hésitent pas à tirer sur les enfants.Né à Malte, Joe Sacco arrive aux États-Unis après 11 années passées en Australie.Il se spécialise dans le journalisme en bande dessinée et remporte ainsi l’American Book Award pour Palestine, une nation occupée.Sacco a passé l'équivalent d’un mois à Gorazde entre 1995 et 1996.Déclarée «zone de sécurité» par l’ONU, la ville était alors, selon Sacco, un des endroits les plus dangereux de la Bosnie.Son récit illustre avec beaucoup de force le quotidien des habitants de Gorazde.Le dessin est solide, quoiqu'il manque peut-être un peu de maturité, influencé par Crumb.SUPER-PARADISE Rail Konig Glénat Grenoble, 2tXK\ 197 pages Pour le dessin, on pense à Bretécher; pour la peinture de mœurs et les dialogues décapants.à Woody Allen.Sinon, ça n'a aucun rapport, c’est allemand, homosexuel et de surcroît excellent, toutes particularités qui nous autorisent à faire état de ce livre bien qu’il soit paru il y a un certain temps déjà.Gaillarde, parfois aigrie mais plus souvent égrillarde, la faune de Konig promène sa libido jusqu’aux plages de Mykonos.Et la libido, elle, n’est vraiment pas en vacances, celle de Paul en particulier, un petit romancier poilu et bien membré dont la vie de couple avec un pianiste bat dp l’aile depuis plusieurs années.A la fois cru et sensible, imprégné de réflexions existentielles — sinon sociobiologiques —, le récit de Kiinig a la qualité de rejoindre un public qui ne partage pas nécessairement les penchants de ses personnages.Phrase fétiche: «Il a eu un poil de cul noir dans la bouche après m'avoir embrassée.Depuis, il se doute de quelque chose.» lordda caramail.com À L ’ K S S K N T I K L Santé et spiritualité LE GUIDE DES MÉDECINES PARALLÈLES Traduit de l'anglais par Camille Gondolin Editions Accord Toulouse, 2tXX\ 2US pages Voici un autre ouvrage dont la .présentation sort de l’ordinaire.A spirale avec couverture solidement cartonnée, on ixait repérer chaque sujet abordé à l’aide de si guets originaux.Ce livre a d’abord été publie en anglais, lui aussi en Lui 2tXX), |iar Time-Life Books sous le titre The Directory’ if Complementary Therapies.On trouve rassemblée dans ce guide visuellement beau une description «précise et globale» des principales thérapies «'levant des médecines parallèles: na- Le guide mm des médecines rparallèles turopathie, relaxation, visualisation, meditation, technique Alexander, chi kung, massage, réflexologie, yoga, musicothérapie, médecine ayurvédique, ostéopathie et beaucoup d'autres encore.En plus des renseignements sur la philosophie ainsi que les buts et les domaines d’application de chacune de ces therapies, on donne des conseils pratiques permettant de se soigner soi-mème.Un livre utile aux illustrations de qualité exceptionnelle.LES CHEMINS DU BOUDDHA Jean-1 ne Toula-Breysse 1 iachette, collection «Phare» Paris, 2(XX>.125 pages L’ouvrage se présente en cinq sivtions: découvrir fil y a 25(X) ;ms.Bouddha enseigna la méditation profonde); savoir (l’éveil de Sid-dharta Gautama, son enseignement et l’expansion du bouddhisme dans le monde); voir (les trésors de l’art bouddhique de Nara et Kyoto, au Japon); comprendre (la symbolique dans l’art bouddhique, les rites et les hauts lieux du bouddhisme); trouver (des paroles de sagesse à méditer, les grandes ligures du bouddhisme, des livres et des adresses ixmr aller plus loin).Un livre bien fait, dont les illustrations choisies par Philipix' Andrieu sont souvent des photos de pièces de musée.Renée Rowan LE FESTIVAL Æ à >1/^ #1 DELA f MO/ LITTERATURE w À l’aube de ce xxie siècle, on est en droit de se demander où sont passés les intellectuels.Ont-ils renoué avec leur devoir d’intervention ?Ou doit-on plutôt parler de leur désengagement?OÙ SONT Un débat en présence de Pierre Lepape, feuilletoniste du Monde des livres et essayiste, PASSÉS LES et du sociologue Gilles Gagné.INTELLECTUELS ?Animation : Jean Larose Mardi 15 mai, 20h À la librairie Olivieri Diffusé sur les ondes de la Chaîne culturelle de Radio-Canada 5219, chemin de la Côte-des-Neiges, dans le cadre de l'émission Passages.métro Côte-des-Neiges.Prix d'entrée : 5 $ Réservation obligatoire : (514) 844-2172 Une présentation de l’Union des écrivaines et écrivains québécois Ifr ¦?1 2sr ssïït CanadS SWuropuniw ut- ?œ JB '¦ Québec" ^ LE DEVOIR ( MONDIAL DELA LITTERATURE INFO FESTIVAL (S14) 844 2172 www uneq.qc.ca/festival DELA COULEUR DES MOTS Mercredi 16 mai, 20 h 30 Musée d’art contemporain de Montréal, 185, rue Sainte-Catherine Ouest, métro Place-des-Arts Entrée libre.: MUSft 0 ART CONTEMPORAIN DE MONTRtAI QupE>« S- Sept écrivains ont écrit un texte en s'inspirant d'une œuvre de la collection permanente du Musée d’art contemporain de Montréal.Sept regards, sept histoires à découvrir lors d’un spectacle témoignant d’une belle rencontre entre la littérature et les arts visuels.Mise en scène : Martine Beaulne Musique : Hélène Boissinot Lectures : Martine Beaulne (texte de Chrystine Brouillet) Hélène Boissinot (texte de Denise Desautels) Herménégilde Chiasson, Roland Giguère, Suzanne Jacob, Claire Martin, Lucie Papineau Conception éclairage : Lou Artau Une présentation de l’Union des Ecrivaines et écrivains québécois "'-ths ï.r— Québec S S «Z uravoiR (Jjuawm.John K Gr»nde UNE DENI CONTRE DIEU Rèiane CharpenDe Un Autre Monde I* » Jasmine Dupé Le secret de RADISSON La Mère Merle i.ntiti-DommQye Lavignr r I.K I) K V O I H , L K S S A M EDI I 2 K T I) I M A \ < Il E I :i M Al 2001 I) 8 «• Livres •» LETTRES FRANCOPHONES Humour noir LISE GAUVIN La toute nouvelle collecüon intitulée «Continents noirs» de la maison d’éditions Gallimard vient de s’adjoindre deux nouveaux titres, Place des Fêtes, de Sami Tchak, romancier et sociologue d’origine togolaise, et Rift, routes, rails, d’Abdourahman A Waberi, écrivain né à Djibouti dont les premiers recueils de nouvelles.Pays sans ombre et Cahier nomade, ont été salués par une critique enthousiaste.U's deux auteurs ont en commun, outre le fait d'être nés ailleurs et de vivre actuellement en France, de participer a l’aventure d’une collection dont la fonction principale, selon son directeur Jean-Noël Schifano, est de parier sur «l’écriture des continents noirs pour dégeler l’esprit romanesque et la langue française du nouveau siècle».Im pari, s’il est tenu, ne pourra se vérifier que sur la longue durée.Après des premiers titres plutôt décevants, auxquels se greffait la réédition, l’année dernière, d’une traduction par Queneau de L'Ivrogne dans la brousse d’Amos Tutuola, voici deux nouvelles propositions romanesques, réunies par le hasard d’une publication simultanée.Place des Fêtes est une tentative de prendre le racisme à rebours, d’en déjouer le fonctionnement, d’aligner les clichés les plus méprisants, d’aller si loin dans l’horreur que tout aura été dit sur le lamentable sort des Africains immigrés en France ou des Africains nés en France et ne sachant trop à quel dieu se vouer pour sortir de leur «putain de clan» ou de leur «putain de vie».Dans cet inventaire de la misère humaine, faite par un narrateur-témoin qui raconte les diverses étapes de son parcours, personne n’est épargné.Surtout pas le père, un «né là-bas» qui n’ose retourner étaler sa pauvreté en Afrique mais a prévu le rapatriement de son corps vers sa terre natale et prétend que son fils, avec les études qu’il a faites, n’a pas eu les emplois qu’il mes ritait à cause de la couleur de sa peau.Et le fils peut bien répondre, en défendant la France, que les études de sociologie et de littérature, ce n’est pas très vendable: «Où est iBi.-.r’'*'"'- - ‘K' mi ij l.a pochette du disque de Steve Reich, avec la dernière image du film Wavvlvitghl de Michael Snow.contiennent des voix qui racontent les prouesses de vieilles locomotives et reproduisent leur siftle-ment (de la série des Sounds of Steam Locomotives; il y a aussi ce disque au titre curieux, Directives au personnel de train lorsqu'il s’adresse aux voyageurs).Ce dernier ensemble pointe vers une des initiatives heureuses de celte exposition, soit de rapprocher les pouvoirs de la photographie et de la phonographie comme traces.Sur ce point, les jeux sont étonnants, ouvrent grande la porte à l’imaginaire.En font tout autant les œuvres de Rober Racine, qui a tenté dans une performance (1982) de faire revivre la comtesse de Castiglione (1837-1899), ou cette autre pièce, étonnante celle-là quand on connaît sa production, de Richard-Max Tremblay, presque de la taille d’une pochette de CD, où une portion d’un texte de Kafka est reproduite sur un miroir où vient se perdre notre relict.Aussi, ce disque de Roman Opalka, celui qui compte le temps et les mètres de toile sur des tableaux où il accumule les chiffres depuis des lustres.Ici, dans ce contexte, la photographe (un studio au complet), le son (Opalka qui compte à voix haute) et le tableau où sont reproduits des chiffres donnent une nouvelle signification au mot «numérique».D’autres pistes de lecture sont possibles.Certaines pochettes de disques révèlent les liens entre la photographie et la phonographic, entre les arts musicaux et les arts visuels: '/7ic Photographer de Philip Glass, Exile on Main Street des Stones, avec sa mosaïque de photos, ou le coffret Ihe Complete Benedetti Charlie Parker, avec l’image de la machine utilisée par Benedetti pour subtiliser les solos de Parker (le disque contient des fragments musicaux formés des solos de Parker, avec différents ensembles de jazz).Cette portion est davantage portée sur lïcono-graphie qui' sur d’autres rapprochements (sociaux, artistiques, esthétiques), mais elle constitue un complément fort appréciable de ce parcours.A savourer.On lira les notices sur les murs, de véritables ix-tits romans.classicismes SYLVIE BOUCHARD MICHEL DENÉE FABRIZIO PEROZZI œuvres récentes du 5 au 27 mai 2 0 01 MONTRÉAL TÉLÉGRAPHE 206, RUE DE L'HÔPITAL, VIEUX-MONTRÉAL Métro Piace-d'Armes D u j e u d i a u d i -ni a n e h e d e 1 2 h à I 7 h 3 O Lawrence Paul Yuxweluptun : Colour Zone jusqu'au 27 mai 2001 Des visites commentées sont offertes gratuitement au public à tous les jours, du lundi au jeudi de 14 h à 19 h, et le dimanche de 10 h à 17 h.Galerie Liane et Danny Taran Centre des arts Saidye Bronfman 5170, COte-Ste-Cathenne, Montréal (Québec) H3W 1M7 (514) 739-2301 www.sbca.qc.ca La Galerie remercie le ministère de ia Culture et des Communications du Québec, le Conseil des arts# de la Communauté urbaine de Montréal et le Conseil des arts du Canada.i_« SI-ENNflL-E ne /'iff u es* t r a t f a n Q U -É e É C O 1 5 .vjÿK tao ,T;9./M lu-usTfwnoN €N omecT s«m.SH mm • E3 • j £?hvril nu SO mm mmsoN De en cui_Tuete •FnoNTENinc 5550, ONmmo -Est ¦ mémo EnoNTENnc mnn-jcu I 13 n n 13 n • veN-Dim : 13 n n 17 h n«*0CmT10N l^t-UST«flTeuRS «T ILLUSTWetTWlCem Ou QufTHFC ?•-4a ¦ iN«*a£*iiQ.Qe.e** s s S i ^ stressa** au* jeunes créateurs mmhm en 11erS A*art Ouvert aux jeunes artisans professionnels pour leur apport original à l’exercice d’un métier d’art relié à la transformation du bois, de la céramique, du cuir, des métaux, du papier, des textiles, du verre ou de tout autre matière.PRIX "ŸrhW" vTu.r de month Lai .cmaq Le prî« • Une bourse de 3 000 $ offerte au lauréat; • Un budget de 2 500 $ pour l'organisation d'une exposition individuelle; • L'acquisition par ta Ville de Montréal d'œuvres ' ou d'objets choisis parmi les créations des finalistes; •Une participation à une exposition collective à la Galerie des métiers d'art au marché Bonsecours.Date limite d’inscription : le 25 mai 2001 avant 17 h Renseignements : Conseil des métiers d'art du Québec : (514) 878-2787, option 2 www.metiers-d-art.qc.ca Ville de Montréal : Normand Biron (514! 872-1160 www.ville.montreal.qc.ca/culture Ville de Montréal L'architecture, le design et le développement durable un modèle de développement économique Conférence au Locoshop Angus Premier bâtiment industriel écologique au Canada Avec ; M.Dinu Bumbaru Héritage Montréal Mme Helen Stavridou Institut de Design Montréal Mme Andrée-Use Méthot Eortds d'action québécois pour le développement durable M.Guy Favreau AEdifica et M.Jacques Charest Société de développement Angus Cet événement est organisé par la Société de développement Angus et l’Institut de Design Montréal et est sous la présidence d’honneur de M.André Boisclair Ministre de l'Erndreppement C'est un rendez-vous! Réservation requise avant le 14 mai Catherine Guyot (514) 528-5230 18 mai 2001 11*30 à 14*00 Locoshop Angus 26(X).rue William-Tremblay Montréal IDS HlSsir- Québec Affair** muradpat** « d» la Métropol» mDév«lopp
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