Voir les informations

Détails du document

Informations détaillées

Conditions générales d'utilisation :
Protégé par droit d'auteur

Consulter cette déclaration

Titre :
Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier D
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
Notice détaillée :
Lien :

Calendrier

Sélectionnez une date pour naviguer d'un numéro à l'autre.

Fichiers (7)

Références

Le devoir, 2001-06-09, Collections de BAnQ.

RIS ou Zotero

Enregistrer
LE DEVOIR, LES S A M E D I !» K T l> I M A \ (HE I O .1 I I X 2 O O I LE DEVOIR L o J ii / a s / cr 4u ?"rf- m.f / *r •• ^ < éf- ’ '' a.'.1 !» .f' V'V fll.¦ • >* H-n •*l*‘1».-.,' ¦ ,»> .-‘jaci.VS • ¦Si inaaMiKiiiirai Gilles Marcotte Page D 2 Roman québécois Page D 3 Essais Page D 4 Le feuilleton Page D 5 Poche Page D 6 Littérature française Page D 7 Vie des revues Page D 9 Littérature jeunesse Page D 10 MARIE-ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR homme était malheureux.La mine sombre, le col relevé, avec un grand pli à la commissure des lèvres qui lui dessinait une cicatrice amère.La cause de ses malheurs, on ne la connaîtra pas, mais ce qui soudain le mit en joie, ça oui.Ce fut, raconte l’écrivain Robert Louis Stevenson, de croiser un jour un gamin qui dévalait la rue derrière une bille, et qui le faisait avec un tel plaisir qu’il en devenait communicatif.Pour pouvoir jouir du spectacle de la vie, il faut avoir du temps à sa disposition.En un mot, il faut savoir cultivçr l’oisiveté, mère de bien des vertus.L’auteur de L’île au trésor et du délicieux Voyage avec un âne dans les Cévennes, à défaut d’être tout à fait heureux, s’y connaissait un peu en la matière.Les éditions Allia, qui se sont fait une spécialité de la réédition (je textes denses, brefs et oubliés, ont repris récemment, de l’Écossais de Samoa, Une apologie des oisifs (Allia, 2001) que l’approche de l’été et des vacances devrait donner envie d’apprendre par cœur.L’oisiveté, selon Stevenson, «ne consiste pas à ne rien faire mais à faire beaucoup de choses qui échappent aux dogmes de la classe dominante».Appliquée à la lecture, cette attitude pourrait bien se traduire par un geste que l’abondance d’ouvrages intéressants disponibles dans les librairies et les bibliothèques, s’ajoutant aux lois du commerce qui cultivent la nouveauté jus qu’à plus soif, incite peu à faire: relire.On ne se baigne pas deux fois dans le même fleuve, a dit le philosophe.De même, relit-on vraiment le même livre dès lors que le lecteur et les circonstances de la lecture ont changé?Quel livre relirez-vous cet été?Cette question, nous l’avons posée à diverses personnalités en provenance de divers milieux.Passé le premier mouvement d’étonnement devant le préfixe qui changeait tout — relire —, celles-ci ont accepté avec plaisir de se prêter au jeu, et leurs réponses agrémentent les pages de cette première édition lectures d’été du cahier Livres (une seconde suivra la semaine prochaine), où l’on trouvera par ailleurs, avec les chroniques habituelles, nombre de comptes rendus d’ouvrages en nouveautés que nos collaborateurs vous invitent à glisser dans la besace estivale.Um littérature, ajoute Stevenson dans un autre texte repris dans cette édition pour faire bonne mesure, dans plus d’une de ses branches, n’est rien d’autre que l’ombre d’une bonne conversation.» Il faut être deux pour converser, rappelle-t-il.Et aussi |x>ur lire.Qui choisirez-vous?Il faut savoir cultiver l’oisiveté, mère de bien des vertus «ml v d# * 9 ^ J » » » Le cadeau idéal pour la fête des pères ! < < < Mlchtl Lacombe a rencontré Alain Bentolila, Dominique Wolton, Alain Touraine, Amin Maalouf, Philippe Schmitter, Guy Rocher et Marek Halter L'IDÉE DU SIÈCLE Un livre à lire et à entendre ! ioo pages .Livre et CD, 24,95 $ FIDES \ * T V/ V LECTURES D’ETE Quel livre relirez-vous cet été?MARC LAJOIE JACQUES BRAULT, écrivain ^ i Cet été, je vais lire les Essais de Montaigne, dans l’édition de Claude Pingannaud (Arlea, 1992), qui offre un texte libéré des habituelles notes et clauses.Je m’attends à être bousculé dans la langue et la pensée, mais avec une amicale nonchalance qui n’exclut pas les saillies d’humour, la vigueur expressive, une certaine anarchie de la composition et un lyrisme tout en sourdine.Cela, bien sûr, n’a rien à voir avec les écri-vailleries de primeur que l’on consomme vite avant qu’elle se consume.24 librairies au Québec Renaud-Brav www.renaud-bray.com NOS MEIUIURES VENTES du 30 moi au 5 juin 2001 1 Roman EN AVANT COMME AVANT 1 2 Michel FOLCO Seuil 2 Roman Qc ADÉLAÏDE - U goût du bonheur, T.2 V 10 Marie LABERGE Boréal 3 Roman Qt GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1 4P 27 Marie LABERGE Boréal 4 Biographie Qc JACQUES PARIZEAU, T.01 - Le croisé 4P 3 Pierre DUCHESNE Qc Amérique S Palm L OISEAU DES TÉNÈBRES 4P 2 MkJiael CONNELLY Seuil i Jeunesse HARRY POTTER ET IA COUPE DE FEU, T.4 4P 28 Joanne K.ROWUNG Gallimard 7 B.D.ASTÉRIX DIATRAVIATA 13 Albert UDERZO Albert René éd.» Roman Qc UN DIMANCHE À IA PISCINE À KIGALI 4P - Prix dm libraires 2000 • 32 G-COURTEMANOit Boréal 9 fcychologie CESSEZ D’ÊTRE GENTIL, SOYEZ VRAI 1 * 21 T.D ANSEMBOURG L'Homme 10 Roman LE DÉMON ET MADEMOISELLE PRYM 1 Paulo C0EIH0 Anne Carrière 11 Psychologie À CHACUN SA MISSION 4P 78 J.MONBOURQUETTE Novalis 12 Polar 2 SAN-ANT0NI0 Fleuve Noir 13 Roman DOLCE AGONIA V 12 Nancy HUSTON Actes Sud 14 Polar DEADLY DÉCISIONS 9 Kathy REICHS Robert LaHont 15 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE « - Éd.compacte - 35 A.-M.MACDONALD Flammarion Qc 16 Roman LE CIMETIÈRE DES BATEAUX SANS NOM S A.PEREZ-REVERTE Seuil 17 Guide GÈIES ET AUBERGES DU PASSANT AU QUÉBEC 2001 15 COLLECTIF Ulysse 18 Essai NO LOGO : La tyrannie des marques V 8 Naoml KLEIN Leméac 19 Sc Sociale Qc CONTES n COMPTES DU PROF LAUZON 6 Léo-Paul LAUZON Lanctôt éd.20 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION V 159 F.DELAVIER Vigot 21 Jeunesse A UamSÈ DB MONDES, T.3-Leméi* dorim 4P 9 Philip PULLMAN Gallimard 22 Tech, d’art 88 COLUCTIF Atlas 23 Roman LA VIE SEXUELU DE CATHERINE M.4 Catherine MILLET Seuil 24 Spirituals U GRAND LIVRE DU FENGSHUI 111 GUI HALE Manise 25 Polar DOSSIER BENTON 6 PHrido CORNWELL Calmann-Lévy 24 Biographie LES UENS DU SANG 3 NKASOt LAMOTHE L'Homme 27 Sc.Sociale Qc U SIMPUCITÉ VOLONTAIRE « 144 Serge MONCEAU Écosodété 28 Polar OPÉRATION HADÈS « 15 LUDLUM & LYNDS Grasset 29 Polar Qc L’ARGENT DU MONDE, T.U T.2 14 Jean-L PELLETIER Allre 30 BlographieQc PRISONNIER À BANGKOK 7 OLIVIER 8 LESTER L'Homme 31 Roman LE MORT QU’IL FAUT * 8 Jorge SEMPRUN Gallimard 32 Psychologie LA SYNERGOLOGIE « 55 Philippe TURCHET L'Homme 33 Roman Qc lA OÙ LA MER COMMENCE 10 Dandnique DEMERS Robert Laffont 34 Cuisine SUSHIS FACILES « 53 COLUCTIF Marabout 35 Guide PLAISIRS D'ÉTÉ PAS CHERS, 3* éd.3 Alain DEMERS Trécarré 34 Humour Qc JOURNAL D'UN TI-MÉ 30 Claude MEUNIER leméac 37 EssaiQc LE V1LUGE QUÉBÉCOIS D'AUJOURD'HUI * 8 MBANQONtKHMC Fides 38 Nutrition LES ALIMENTS DE L'INTEUIGENCE « 6 JeamMari* BOURRE Odile Jacob 39 Sport Qc MICHEL BERGERON A CŒUR OUVERT 10 Mathias BRUNET Qc Amérique 40 Polar DERNIER REFUGE V 18 PbMdo MACDONALD Albin Michel 41 Humour Qc LES CHRÉTIENNERIES 35 Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 42 Art U MAISON AU QUÉBEC « 10 Yves LAf RAMBOISE L'Homme 43 Psychologie DE U CONVERSATION « 91 Théodore ZELDIN Fayard 44 Roman LA MUSIQUE D’UNE VIE « 17 Andrei MAKINE Seuil 45 Roman Qc U PERTE H LE FRACAS 4P 10 Alistair MACUOD Boréal V : Coup do coeur RB ¦¦¦ : 1*" semaine sur notre liste t___________Nombre do semaines N.B.: Los dictionnairos et los titros è l'étude sont exclus depuis parution Les COUPS de «BUr Renaud-bray, du .‘ ‘ ‘ tout l'été ! Pour commander à distance ; S (S 14) 342-2815 www.renaud-bray.com CARREFOURS Claudel intolérable Je suis, ces temps-ci, chez Claudel.Claudel, Paul.Ambassadeur de France a Tokyo, à Washington et à Bruxelles, auteur dramatique, poète, prosateur, commentateur de la Bible en quelques milliers de pages.Et frère de Camille Claudel, la très belle, la maîtresse de Rodin, possédée d’un génie qui la conduisit à la maison de santé.Dans la famille, c’est elle qui avait l’ascendant, qui terrorisait par son ironie et sa beauté un Paul Claudel maladroit, fermé sur lui-même, fasciné par la grande sœur.Henri Guillemin va jusqu’à soupçonner une passion incestueuse — non accomplie, certes — entre ces deux êtres d’exception.Deux génies dans une famille, c’était trop.C’est Camille qui a cédé le terrain.Paul, lui, s’est tiré d’affaire comme il a pu, il a travaillé comme un forcené, il n’a pas été diplomate pour rire, et il a édifié une œuvre immense, de proportions maritimes.Comment parler de Claudel aujourd’hui, faire admettre qu’il a été un des quatre ou cinq très grands écrivains du vingtième siècle?Le catholique, le converti, le convertisseur fait écran: «Il gorillo cattoli-co», titrait un journal italien, et l’auteur de ces grosses farces que sont Protée, voire certaines scènes du Soulier de satin, en riait volon- Gil le s Ma rc otte tiers.Mais il ne riait pas quand il sommait André Gide, Jacques Rivière, André Suarès de se rendre aux raisons d’un Dieu effroyablement impatient, qui du reste lui ressemblait assez.Chaque fois que j’entre dans un de ces interminables duels, j’ai envie de résister, de prendre le parti des assiégés.D y a là de belles, de grandes, de généreuses pages, et splendidement écrites, mais elles sont entrecoupées de véritables coups de fouet, qui donnent l’envie de fuir.Parfois Claudel s’excusait, demandait pardon, parfois non.Il se connaissait bien, et ne s’estimait pas outre mesure, lisant, ces dernières semaines, l’immense volume — et ce n’est que le premier tome! — de ses commentaires bibliques.Le Poète et la Bible (Gallimard), je suis tombé sur cette phrase qui dit l’essentiel: «Seigneur! si je ne suis pas un saint il me restera toujours du moins comme ressource d’être intolérable!» Cette ressour- ARCHIVES LE DEVOIR Paul Claudel VIENT DE PARAITRE AUX PRESSES DE L’UNIVERSITÉ LAVAL Dans la couection /y Inter^/itltures La valeur de la vie humaine en Russie (1836-1936) Construction d’une esthétique politique de fin du monde Tristan Landry 200 pages • 23 $ En garde ! Instar Utoty La valeur de la vie humaine en Russie ('awrvît»« diw pittiyr ir N»wrek}?JM ¦«.NI'**«tri «u • ; 1^L«™ En garde ! Les représentations de la tuberculose au Québec dans la première moitié du XXe siècle Louise Côté 300 pages • 29 $ LES PRESSES DE L*ONIVERSITE LAVAL LES ÉDITIONS DE LTQRC Pavillon Maurice-Pollack, bureau 3103 Sainte-Foy (Québec) G1K 7P4 Tel.(418) 656-7381 - Telec.(418) 656-3305 Dominique.Gingrasj' pul.ulaval.ca http://www.ulaval.ca/pul ce, on ne peut pas dire qu'il ne l’a pas exploitée.Le mot me renvoie à un autre «intolérable», Arthur Rimbaud, dont Claudel, quoi qu’on en ait dit, a été un des rares vrais lecteurs.Mais je pense à Henri Guillemin, qui ne prenait pas des vessies pour des lampions, je pense à Albert Béguin, le grand critique et directeur d'Esprit, à Jean-Louis Barrault devenu pour Claudel une sorte de fils, à ces trois hommes si différents l’un de l’autre qui ont bien connu Claudel, et l’ont aimé profondément.Et c’est l’œuvre, avant tout, maintenant, qui compte.Je me trouvais un soir à La Presse, où j’étais directeur de service, lorsque le critique dramatique de l'époque revint d’une représentation de L'Annonce faite à Marie, avec, en Violaine, une Danièle Delorme admirable.Jean Béraud n’était pas, c’est le moins qu’on puisse dire, un claudélien de stricte observance.Il préférait sans doute à l’auteur de L’Annonce les ténors naturalistes de la première moitié du siècle, les Porto-Riche et les autres.D avait d’ailleurs rencontré Claudel, à Montréal, quelques années auparavant, et le personnage lui avait déplu.Mais, ce soir-là, il était bouleversé.Il était entré dans un univers verbal qui démolissait d’un coup ses préventions les mieux ancrées.Claudel est un auteur qui surprend, qui ne cesse pas de surprendre.Robert Lévesque en a fait l’expérience lorsqu’à Avignon il a subi pour la première fois le choc du Soulier de satin.Je parle du théâtre, où la force du spectacle est particulièrement apte à nous faire perdre pied, mais la même défaite peut nous surprendre dans les poèmes, dans les proses de Connaissance de l’Est, dans les textes sur la peinture (par exemple le superbe essai sur la peinture hollandaise), dans les commentaires bibliques.Je lis Claudel depuis ma jeunesse, qui commence à se faire un peu lointaine, et chaque fois que je reprends une de ses œuvres, même de celles qui s’étaient un peu éloignées de moi, Les Grandes Odes par exemple, je suis repris.Parlons du Journal.Philippe Sollers en a fait le sommet de l’œuvre de Claudel, et c'est pousser un peu loin le bouchon.(Mais que serait un Sollers qui ne pousserait pas le bouchon, qui ne serait pas le maître incontesté dans l’art de pousser le bouchon?) C’est une œuvre tout à fait singulière: on pourrait on devrait peut-être même dire que ce n’est pas une œuvre du tout, tant il est peu apprêté.Claudel dira à Robert Mallet, qui un jour le trouve en train d’y écrire, et s’excuse de l'interrompre: «Vous n'interrompez rien, me dit-il en riant: on n ’interrompt pas ce qui n’a pas de suite.Je note dans ce cahier des impressions, des pensées, des vers, je ne peux même pas dire au jour le jour, à la minute la minute.Les idées vont et viennent.Je n’essaie jamais de les faire venir.Je les attrape au vol, comme des mouches.Une mouche de plus ou de moins, ça n ’a pas d’importance.» Rien à voir donc avec le Journal de l’ennemi préféré, André Gide, ou même celui de ce catholique américain qu’était Julien Green.Ceux-là n’inscrivaient dans leur Journal que des phrases bien faites et des propos dont ils n’auraient pas à rougir plus tard.Claudel, lui, note ce qui lui arrive, événements ou pensées, comme ça lui vient, commente un passage de la Bible, décrit les paysages où il passe, les rencontres qu’il fait, la chronique familiale, s’amuse à composer des vers de mirliton, fait des colères épouvantables, contre Maurras par exemple, consigne en somme l’ordinaire de son existence.Et c’est magnifique, prodigieusement vivant.On est dans la tète, dans le cœur d’un homme, d’un écrivain.Pas d’introspection, quelle horreur! L’analyse interne, Claudel laisse ça aux autres, ceux dont il était question plus haut.Il est tout entier tourné vers l’extérieur, ou, plus précisément, vers ce qui se passe, ce qui a lieu.Aussi bien les choses qu’il raconte sont-elles souvent banales, mais la banalité dans son Journal acquiert paradoxalement le statut d'une véritable, d’une perpétuelle nouveauté.Et puis, voici, au milieu de ce cours plus ou moins tranquille, des perles en tout genre.Je m'empêcherai d’en citer plusieurs.Elles n’ont, à vrai dire, un sens complet que par ce qui les entoure, et dont elles sortent tout à coup, nous arrachant une exclamation d’admiration ou un éclat de rire.Je m’arrête à celle-ci qui, me semble-t-il, porte un sens particulièrement lourd dans les temps que nous vivons: «La vie serait encore supportable sans ses amusements.» Relire, remâcher: «La vie serait encore supportable.» ausol Célibat, lectures et marmua tel est le sous-titre de ce roman.L'histoire d'un jeune journaliste pigiste quiuailtive l'art de se mettre les piedK dans les plats.‘ É|y| Un roman qui est aussi inEfl façon de danser sur la corail raide.Acheter un ouvrage de Lanctôt éditeur tture québécoise : ¦dsuuuns'JS LANCTÔT ïDITEUR ¦ ! i 4 Y 5 I) :t I) K V 0 I R .A NI K I» I LECTURES D'ETE wooie ^ «oude À L’ESSENTIEL Fragiles oiseaux du paradis LES OISLALIX DE SAINT-JOHN PERSE Nicole Houde Bibliothèque québécoise Montréal, 2001,216 pages Dès la première page de ce terrible ouvrage, le temps a déjà fait son œuvre.En franchissant la porte de cet appartement de la rue Laurier le 16 avril 1990, Josée, auxiliaire familiale au service du CLSC et narratrice de ce roman, découvre deux épaves échouées sur les rives de la sénilité depuis on ne sait trop quand.Maurice, 91 ans, et Estelle, 82 ans, mariés depuis 1970, vivent ici et maintenant, mais ailleurs et dans le passé.Ils ont eu des vies, des amours et des passions qu’ils ne savent plus désormais que se rejouer dans une splendide et terrifiante confusion.Roman de la vieillesse errante, des ravages de l’âge sur les corps et les esprits, Les Oiseaux de Saint-John Perse de Nicole Houde, qui a reçu le prix du Gouverneur général en 1995, déchire lame sans faire de tapage.Les divagations de Maurice et Estelle, leur déchéance devant laquelle on hésite entre l’attendrissement et l’effroi, subjuguent lentement la narratrice qui parvient à y lire, au prix d’une périlleuse compassion, les mots de l’humanité en quête de bonheur et de liberté.Devenus étrangers au monde, avec l’hospice pour seul horizon et Josée, elle-même en proie aux blessures de la mémoire, comme seule amie, Maurice et Estelle, reclus, livrent un combat perdu d’avance qui préfigure peut-être — comment ne pas y songer — notre propre sort à venir.L’émotion, dans ces pages, bouleverse plus qu’elle ne rassure.Passant du lyrisme visionnaire au réalisme pudique au gré des états d’âme de la narratrice et des soubresauts de conscience du vieux couple égaré.Les Oiseaux de Saint-John Perse distille une beauté malaisée dont la romancière Nicole Houde possède le troublant secret.Louis Comellier ROMAN QUÉBÉCOIS Pas si privé, le détective L’ŒIL PRIVE PROJET DAN AIDE Les aventures HALLUCINANTES DE Gl SSE Ol ALZERRE Daniel Da L’Effet pourpre Montreal, 2000 et 2001 En deux volumes de 271 pages aniel Da: qu’y a-t-il à lire dans ce nom de plume: un coup de chapeau aux dadaïstes, peut-être?On devine pourtant que l’auteur se réclamerait plutôt de Raymond Queneau et de Boris Vian.Da est un amoureux des mots, à n’en pas douter, rares, communs, crus, cuits ou déformés, qui lui paraissent tous riches de sucs inattendus.Et grâce à eux, il raconte des histoires et invente des personnages qui n’ont rien à faire de la «véridicité authentique».Il a horreur du réalisme, ce qui ne l’em- * pêche pas de se colleter à la réalité, qu’il préfère surprendre en simple appareil pour en montrer la bêtise.La fantaisie, ici, est une aire ouverte, choisie délibérément parce que le sens — y compris le critique — y circule plus librement qu'ailleurs.Le deuxième tome des aventures de Gusse Oualzerre va décevoir ceux qui n’ont pas lu le premier, voire les dérouter tout à fait.Cela démarre pourtant sur les chapeaux de roues, par des attentats à la bombe qui visent le patron d’une pizzeria, puis son livreur, Gérard De Champollion, un brave bougre qui éprouve une véritable jouissance à conduire sa voiture de marque lada.C’est un fait divers qui dissimule une affaire autrement plus grave.Les attentats seraient le fait d’une bande de motards d’origine chinoise, aux méthodes particulièrement violentes, les Wok Machine {sic).Or, le dossier atterrit sur le bureau d’un sergent détective, Ross Hainré, qui n’aspire plus qu’à une retraite tranquille, tout comme son beau-frère et bras droit, Julius De Lepen (re-sïc).Tous deux sont plus occupés par leur vie de couple brinquebalante que par cette mission qui leur tombe dessus.L’histoire, qui se déroule pendant une semaine de la fin d’un mois de juin, se complique corn- Ran Chart r a n d me il se doit.Mais elle piétiné au point de s'enliser dans des details inutiles.Les deux policiers n'ont pas envie d'en découdre et — Ross lui-même en convient — cette histoire ne se tient pas.Certains passages ne manquent pas de piquant, où policiers et politiciens sont joyeusement épinglés, tel ce chef de l'État, Auguste Pichonet, dont la carrière est dirigée par un imprésario.Les journalistes, eux, sont prétentieux et ignorants et la télé, idiote.Tout va pour le mieux dans ce pays imaginaire, où les riches peuvent compter sur des caisses de retraite qui leur permettent A'^élaborer une stratégie de claustration pécuniaire» et qui a son «ministère de la Délation et/ou du Civisme».Mais où est donc Gusse Oualzerre, dont on nous promettait la jH suite des aventures?Eh J bien, il est en «décennie sabbatique», le cher, sans qu'on nous dise pourquoi ni comment.11 existe à penne dans ce roman, furieusement amoureux de son Amanda Bellé-rophon et à se prendre, puisqu’il en a le loisir, pour un écrivain.Ce n’est pas lui qui écrit le roman en cours — heureusement! 11 se contente de prendre des notes et d’être mêlé à l’intrigue comme d’autres victimes.De loin en loin, on le voit chipoter sur l'œuvre à faire, puis décider d’en faire à sa tête et d’écrire comme il lui plaît pas de personnage «campé» dans son roman, où tous les personnages parleront de la même façon; et ce sera compliqué: «Je ne ferai pas vrai et je n’aurai aucune opinion sur les choses de la vie, sauf si c’est pour me moquer de cette stupide manie!» Ce roman de Oualzerre, qu’il veut semblable à celui que nous sommes en train de lire, on le souhaite meilleur que celui-ci.Plus proche, tiens, du tome premier des aventures du Gusse, paru au milieu de l’année dernière.L’Œil privé était offert, tout comme maintenant Projet Danaïde, dans une pochette de plastique, comme une pièce à conviction.La trou- vaille se disait commode: on pouvait lire le livre à la plage et près d’une piscine sans risque de l’abîmer.la presentation était habile, ce qui lui a valu un prix de design.La couverture est toute rouge — celle du second est bleue.Mais quoi qu'il en soit de l’allure séduisante du «produit», le premier tome des aventures de Gusse Oualzerre est très supérieur au premier.On le voyait devenir «œil privé» dans l’intention de réussir sa vie — bref de suivre le troupeau — et de détromper son amie de cœur qui lui reprochait son «inaptitude à l'aboutissement».Gusse jouait bravement le jeu sans les geignements des exclus de la génération X qui cassent du sucre sur le dos des baby-boo-mers.Toujours tiré à quatre épingles, on admirait sa «chemise pen'enche», ses «bas houille», ses «chaussures méthylène» et surtout son inseparable imper «odeur cinabre».Gusse était un homme de goût, qu'on ne pouvait pas rater au volant de sa Packard 1947.Et il payait de sa personne.Drogué, battu, laisse pour mort, il menait une enquête tordue dont le mystère s'épaississait à mesure.11 s'agissait ni plus ni moins que de sauver la population de la ville, du pays, d’un immense péril.Et d’écorcher au passage la malbouffe de restaurants comme Le Tchnernobile, où on s’envoie à ses risques et périls «deux McVo-mis, une portion de sel saupoudré de quelques bâtonnets frits, un chausson à la kératine et une orangeade faite avec de la véritable teinture d'iode».On trouve également dans L'Œil privé un [x>rtrait hilarant de la «chose banlieusarde», infestée d’animaux domestiques: «.dès qu'ils laissaient tomber une crotte ou un jet d’urine, un petit nègre muni d’une canne à pêche et d’un chapeau de paille s’empressait de ramasser les dégâts et repartait prestement vers son carré de pelouse au centre duquel reposait un pneu de poids lourd et un volatile rose aux longues pattes effilées.» Gusse Oualzerre circule dans une ville juteuse — avenue de l’Ascaride, rue de la Fistule, boulevard du Pylore.On voit comment il devient amoureux Anne jl?.i B.AIN CAVE N H 1'PE?jI rM/iUC! ‘ï/'t lu'i atout pour convaincre p Alice qu ils sont laits ’ ’ ' f ITm pour l'autre.Alain CAVENNE La petite Marie-Louise Roman.299 pages 27,95 S Un roman qui nous dans une série d'intrîfll!B avec la découverte d'unjgg squelette vieux de 97|fa|P et dont des représenlalli des Premières nations revendiqiiënt la propriété.Un roman pour cyber-pirates et amateürs d'archéologie.Acheter un ouvrage de Lanctôt éditeur c'est encoufwjpla culture tfuébécoise tiwRP pilleurs tlê-tomtks.fdj.: \ v .'4Sàâ 'fl Cï-f i d’Amanda et fait la connaissance de Ross Hainré.qui.avant d’être un flic fatigué, hit un quasi-philosophe: «Hjks vouliez réussir votre vie?Eh bien! attachez-vous, ça va faire mal: on ne s’exclut pas du monde.Oualzerre.on s’exclut dans le monde.Ça tape, hein1» La première embrouille de Daniel Da est nettement mieux menée que la seconde.Lire d’abord le petit livre rouge, pour se dilater la rate sans s’anémier le cerveau et, s’il reste un peu de limonade — c’est l’été —.alors le bleu.robert.chartrand5 iftsytn /mi t ico.ca Que relirez-vous cet été?y JACQUES (IRE N IKK I I DEVOIR LISE BISSONNETTE, présidente-directrice générale de la Grande Bibliothèque du Québec Si je me lançais en relecture, cet été ou en toute autre saison, je reprendrais le parcours de PJelligan, de Claire Martin, d’Yves Thé-riault et de la première Marie-Claire Blais, tous lus avec Baudelaire ou Rousseau et tous interdits dans le pensionnat de mes quinze, seize, dix-sept ans, tous empruntes à la bibliothèque publique et tous lus dans la clandestinité, la boulimie, l’urgence.Comment ce voyage à haute vitesse, ignorant et impressionniste, a-t-il pu laisser en moi un souvenir aussi indélébile?Je n ’en saurai sans doute rien car je passe ma vie de lecture ailleurs, dans une autre urgence, à rattraper les centaines d’œuvres qui auraient dû occuper mes saisons, de Prosper Mérimée à Stefan Zweig, d’Adrienne Choquette à Joyce Carol Oates, d’Ernest Hemingway à Victor-Lévy Beaulieu.Et vous parlez d’un seul été?hiéroglyphe W Paris, petits cris 1 Il est mille manières de prendre le pouls d’une cité.On peut l’arpenter.On peut la photographier.On peut aussi l’écouter.Marie Ouellet Grandes lectures estivales Une amitié rare, un amour dévastateur dans le Midwest des années 30 Une biographie jîa recherche forte ou n’étoutte jamais ’émotion CET ÉTÉ-LÀ Sarah Stonich 304 pages 29,95 S marie- ANTOINETTE LA MAL-AIMÉE HORTENSE DUFOUR 766 pages 24,95 S yllCHAflD8.iS.OTT L-arracheur DEVISAGES Un cauchemar absolu d’un réalisme sans concession ^ARRACHEUR de visages Michael Prescott 380 pages 29.95 S “robin n^!L mmii Un chef-d'œuvre de la littérature fantastiuue du XXe siècle |LA CITADELLE \ DES OMBRES I TOME 2 i robin Hobb I 899 pages 1 39,95 $ 1 l * I) 1 I K l> K V 0 I H , L E S S ,\ M K I) I !» ET D I M A X CHE 10 J L' I X 2 0 I» I ACTURES D'ETE ESSAIS QUÉBÉCOIS Des gens qui font l’histoire NOUVELLE-FRANCE LA GRANDE AVENTURE Louis-Guy Lemieux Dessins d’André-Philippe Côté Editions Septentrion Sillery, 2001,118 pages LES ANNÉES BOUCHARD André-Philippe Côté Textes de Michel David Préface de Ixicien Bouchard Editions Septentrion Sillery, 2001,168 pages LB historien et éditeur De-* nis Vaugeois exagère un peu, mais son commentaire résume toutefois un malaise ressenti par plusieurs amants de l’histoire qui ne sont pas des spécialistes: «Aujourd'hui, la mode est à l’histoire structurale, à une histoire abstraite, sans acteurs, sans événements.l^es tendances retiennent plutôt l'attention.Et encore, de préférence les tendances lourdes! C’est ainsi que l’histoire a cessé d’être l’histoire, que les historiens patentés ont perdu # , quelque peu leur public.» Aussi, c’est afin de contrebalancer cette hégémonie de l’histoire dite «scientifique» qu’il publie, cette saison, Nouvelle-France.Im grande aventure, un très bel ouvrage d’histoire populaire rédigé par le journaliste Louis-Guy Lemieux et magnifiquement illustré par le caricaturiste André-Philippe Côté, tous deux du Soleil.Sans prétention scientifique, sans cadre méthodologique ou idéologique contraignant, Ixiuis-Guy Lemieux a voulu partager librement avec nous sa vision per- H I S C o r n sonnelle et impressionniste de la Nouvelle-France: «J’ai choisi de la raconter, cette grande aventure, non pas en historien mais en journaliste.Comme un grand reportage.En cherchant l’insolite, le pittoresque.En faisant le lien entre la grande et la petite histoire.» Et en ne se privant pas de décerner, au plaisir, des prix de bonne ou de mauvaise conduite aux acteurs impliqués.Ainsi, en 25 tableaux agencés au petit bonheur, Lemieux évoque avec vigueur, et un certain humour, les grandeurs et petitesses de nos ancêtres, lancés à la poursuite du bonheur sur une terre souvent hostile.la Nouvelle-France a eu ses héros et le journaliste ne lésine pas sur les compliments à l’heure de les dépeindre.Décrétée «plus grand homme de la Nouvelle-France», Marie de l’Incarnation, celle «qui incarne le mieux le courage et la ténacité des premiers Canadiens», figure au sommet du panthéon «sans jamais quitter le cloître».lauis Hébert, «le véritable père du peuple québécois», selon l’ineffable Léandre Bergeron, s’attire aussi tous les hommages.Honnête homme égaré dans une foule de fonctionnaires corrompus, Jean Talon, le célibataire champion du peuplement, inspire de belles révérences à lxjmieux, qui en réserve aussi quelques-unes au véritable explorateur Louis Jolliet, au dévoué médecin Michel Sarrazin et au marquis de Vaudreuil qui, dans la tourmente de la Conquête, sut faire passer les intérêts des civils canadiens avant les siens.Enfin, à titre de figures héroïques qui appartiennent en propre à la Nouvelle- e 11 i e r SOliRCE SEPTENTRION Référendum.Bouchard réfléchit, 1999, d’André-Philippe Côté.Rt:c£HRNDur-’/.Bouchard rè’M-zïcao i ! iVxX t, i ; 11 "l""1*" 'r"' |" i ».|.y rXr •MW MM .7 '•"WR _ SêCc Louis Marsand Ils sont jeunes, boivent beaucoup, fréquentent les bars pour briser la monotonie et aussi pour y dénicher le grand amour.Un roman qui donne des frissons dans le dos.Acheter un ouvrage de Lanctôt éditeur c’est encourager ta culture québécoise ANc O L l ' I I HR J'y suis.SOURCE SEPTENTRION J’y suis, j’y reste, 1999, d’André-Philippe Côté.France, les coureurs des bois et les Filles du Roi («des conquérantes, des fondatrices, des pionnières et des mamans magnifiques», écrit un I^mieux ému) reçoivent une attention méritée.Que des héros?Bien sûr que non.Au purgatoire de la mémoire, Ijemieux place Cartier, qui «a en lui du héros et du salaud», l’énigmatique Champlain, M1" François de I aval et le «peu intéressant» Dollard Des Ormeaux.Quant aux vrais «méchants», ils sont aussi légion.Frontenac, «un des plus grands brigands de l’histoire de la Nouvelle-France», en prend pour son grade, tout comme le despotique M** de Saint-Vallier, successeur de laval.Imposteur, mythomane, l’explorateur Cavelier de La Salle se voit ici déchu de sa superbe et Pierre la Moyne d’Iberville récolte le titre de corsaire efficace mais sanguinaire.Après la claque d'usage administrée à l’intendant Bigot, une sorte de mafioso de l’époque, Louis-Guy Lemieux règle son compte à Montcalm, un personnage mesquin et un général incompétent: «Il est impossible de trouver à cet homme un seul côté attachant.L'intrigue lui sert de stratégie militaire.Im médisance et la calomnie s’attachent à chacun de ses pas.» L’aventure de la Nouvelle-France, ce fut aussi des événements et des lieux.La saga des traversées de l’Atlantique, les contacts entre Amérindiens et Européens, la rivalité Québec-Montréal, l’esclavagisme au Canada français et le désastre des plaines d’Abraham trouvent donc leur place dans ce compendium historique que les superbes et nombreux dessins d'André-Philippe Côté élèvent au rang de livre d’art.Pleins d’humour et de vitalité, comme les textes qu’ils accompagnent, les portraits tracés par le caricaturiste brillent par leur générosité.Malgré quelques erreurs dans la notation des dates (on écrit 1920 pour 1620 à la page 25,1923 pour 1623 à la page 34 et 1772 pour 1672 a la page 54), Nouvelle-France.La grande aventure apparait comme un projet séduisant S’il ne réinvente pas l’histoire (ses principales sources sont l’œuvre de Jacques lacoursiere et le Dictionnaire biographique du Canada), Lemieux la vulgarise cependant avec enthousiasme en lui donnant force couleurs humaines et ses jugements à l’emporte-pièce donnent une stimulante saveur polémique à l’ensemble.Ouvrage d’agrément, ce petit livre fera sourire les spécialistes mais ravira les dilettantes qui ont droit eux aussi, à des productions de qualité.Les déceptions de maître Lucien En duo cette fois-ci avec Michel David, réputé chroniqueur politique au Soleil, André-Philippe Côté nous offre du même coup Les Années Bouchard, un album de ses caricatures mettant en vedette l’ex-premier ministre du Québec qui, bon joueur, en signe la préface.Dans un solide texte d’ouverture intitulé La trahison des dieux, Michel David dresse un bilan plutôt négatif des années Bouchard.Perpétuellement en conflit avec un Parti québécois qui ne lui a accordé qu’une confiance conditionnelle, sermonné à la petite semaine par un Jacques Parizeau à la superbe inébranlable, embourbé dans une lutte contre le déficit mal reçue, à juste titre, par plusieurs militants souverainistes, victime des coups bas fédéralistes de Stéphane Dion et de, incapable de faire progresser l’appui à la Cause, Lucien Bouchard, celui qu’on croyait sauveur, se sera finalement contenté du statut de velléitaire.Qui l’aurait cru: «Moins d’une semaine après l’annonce de sa démission, c’est comme si on l’avait déjà oublié.Finalement, les années Bouchard avaient été une période plutôt désagréable pour la population.» C’est d’ailleurs ce qu’évoque une caricature de Côté qui montre un Bouchard, tout penaud, prêt à payer sa taxe à l’échec au comptoir du Comité de promotion de la souveraineté.Moins méchant qu’un Chapleau, par exemple, Côté allie très souvent le cynisme et la compassion dans cet album.En 1999, pour illustrer une déclaration du premier ministre qui affirmait alors: «J'y suis, j’y reste!», il dessine très sobrement une canne bien enracinée au sol.En janvier 2001, au moment de la démission, la canne est tombée, coupée au ras des racines.Aussi, autant pour les textes de Michel David que pour les dessins d’André-Philippe Côté, Les Années Bouchard s’impose comme un document indispensable pour revivre cet épisode encore chaud de notre histoire.lou iscomellier (dparroinfo.net Quel livre relirez-vous cet été?FRÉDÉRIC BACK, cinéaste JACQUES GRENIER LE DEVOIR FRÉDÉRIC BACK, cinéaste ¦ndrx.'g si CaS aâ t'oSHà t i -iirtr ^ Pierre Dansereau m’a adressé amicalement un livre de Theodore Monod intitulé Si l’aventure humaine devait échouer (Grasset, 2000), et c’est un livre extrêmement riche de réflexions, de références à des philosophes, à des penseurs qui essaient d’analyser justement toutes les contradictions qu’il y a dans l’aventure de l’humanité, qui fonce tête baissée et trop souvent aveuglément vers un avenir de plus en plus incertain.C'est une mine inépuisable de réflexions enrichissantes, troublantes, et j’y retourne chaque fois que j’ai un moment de liberté, entre deux dessins.ESSAIS Autour de la fragilité et de l’exigence DAVID CANTIN On n’insistera pas pour dire à quel point l’œuvre de Michel van Schendel n’a peut-être jamais reçu l’accueil qu’elle méritait vraiment au Québec.Certains la jugent trop difficile alors que d’autres préfèrent porter un jugement rapide plutôt que de prendre le temps de lire un seul recueil.Afin de souligner le quarantième anniversaire d’un parcours rigoureux, voilà que L’Hexagone en profite pour faire paraître un magnifique hommage à plusieurs voix.Poésie et politique - Mélanges offerts en hommage à Michel van Schendel a l’avantage de ne pas simplement miser sur une seule approche.Au contraire, ce livre qui compte plus de 500 pages peut être parcouru à travers les voies de l’étude exhaustive, de la création ou du témoignage personnel.Sous la direction des collèges Paul Chamberland, Michaël La Chance, Georges Leroux et Pierre Ouellet, le titre de même que l’ampleur de l’ouvrage peuvent surprendre à première vue.Toutefois, dans sa préface, Ouellet emprunte l’image à’«une photo de groupe, où des paroles se rassemblent, autour d’une voix, unique, singulière, multiple et solidaire aussi, pour faire écho à cette écoute qu’elle prête aux autres dès qu’elle s’écrit».La meilleure façon de s’introduire à cette œuvre poétique est peut-être de parcourir, librement, ce vaste ensemble qui a le mérite d’être à la hauteur des attentes.Le livre s’ouvre d'ailleurs sur un bref extrait d’un récit à paraître de van Schendel, autour de «quelques éléments d'un chemin de vie».Les lectures qui suivent optent pour un tracé parfois universitaire (Inde Bourassa).parfois plus personnel (Daniele Pieroni).Heureuse idée aussi d’inclure des poèmes et des proses qui offrent la possibilité de lire quelques inédits.On pense d’ailleurs à ces strophes de Gilles Cyn «Mon cher Platon, tes oiseaux si naïfs / et curieux des choses d’en haut / ici du crayon je me gratte le dos / et par la vue tentés, croient-ils / toujours aux démonstrations fermes?», ou encore à un texte étonnant de Michel Deguy à propos Du rythme.Certains témoignages, de Naïm ot polïlfcft*# ojivri* m hammifytr a Mtch&I van Schendel 3***»*;,-IC# Kattan à Roch Denis, renseignent davantage sur l'engagement politique de van Schendel ou sa carrière professorale.Certains, comme Paul Chamberland et Gérard Bucher, tentent d’entrer dans l’œuvre par la voie d’un livre charnière comme L’Impression du souci ou l’étendue de la parole (L'Hexagone, 1993).Il s’agit peut-être de la façon la plus simple et la plus efficace de suivre le parcours sinueux de Michel van Schendel, de choisir une approche du monde, L’Extrême Livre des voyages (L'Hexagone, 1987) par exemple, pour ensuite se laisser guider vers d’autres manières de voir dans un trajet aussi dense.Chez cet auteur, il faut surtout prendre le temps de lecture nécessaire pour comprendre le rapport très particulier aux choses ainsi qu’au langage poétique.Poésie et politique montre qu’il est possible de rendre hommage et de mesurer l’importance d’un travail de création aussi exigeant.Pour reprendre les mots de Joseph Melançon, en ce qui a trait à une pareille expérience de l’écoute et de l’écrit, «notre lecture peut facilement être piégée».POÉSIE ET POLITIQUE -MÉLANGES OFFERTS EN HOMMAGE À MICHEL VAN SCHENDEL Sous la direction de Paul Chamberland, Michaël La Chance, Georges Leroux et Pierre Ouellet L'Hexagone Montréal, 2001,511 pages SILENCE OJ SEAUX (D TRAIT D’U N I ¦ N Le Silence des oiseaux Michel Lebœuf Les oiseaux abandonnent les hommes.Pourquoi ?Un thriller écologique captivant.La Conquête de Mexico Yves Sioui Durand La rencontre de Coïtés et des Aztèques : une œuvre théâtrale essentielle sur l'Amérique.Histoire et mythologie sont au rendez-vous.i r www.traitdunion.net L E I) E VOIR ES SA M E I) I ;> ET I) I M A \ (HE I 0 .1 l I X 2 O O I LECTURES DITE LE FEUILLETON Une érudition qui tombe à Teau.Quel livre relirez-vous cet été?LE CIMETIÈRE DES BATEAUX SANS NOM Arturo Pérez-Reverte Traduction de l'espagnol par François Maspero Editions du Seuil Paris, 2001,571 pages On m'avait demandé une «lecture d’été», en d'autres mots un bon gros roman qui demande plusieurs jours de lecture (pas nécessairement intensifs) et qui, sans être forcément simple, se lit sans trop d’effort Ajoutez-y un peu de fantaisie, de suspense ou d’aventure (le mystère n’est pas mal non plus) et vous voilà avec une lecture d’été.Les vacances ou les temps de chaleur, c’est bien connu, nous rendent un peu paresseux.Qui, en effet, voudrait en cette saison se casser la tète quand le corps peut enfin exulter et que tous les sens sont en éveil?! Je croyais donc bien faire en choisissant Arturo Pérez-Reverte, un auteur espagnol qui a déjà une solide réputation dans son pays et à l’étranger (il est traduit dans'vingt-cinq langues et circule dans une trentaine de pays), et dont plusieurs romans ont déjà été adaptés à l’écran: Le Maître, d'escrime, Le Tableau du maître flamand et, plus récemment.Le Club Dumas sous le nom de La Neuvième Porte, par nul autre que Roman Polanski (avec Johnny Depp en chercheur de vieux grimoires, dans un thriller fantastique placé sous le signe du Malin avec femmes fatales et meurtres en série).Vous aurez deviné à cette simple description qu’Arturo Pérez-Reverte aime bien les vieilles choses, le suspense, l’action, le mystère.et même les histoires de cap et d’épée, comme dans son roman Le Capitaine Alatriste qui se passe à Madrid sous le règne de Philippe IV.Pour ne rien gâter, il adore les livres et les encyclopédies.Je le soupçonne même de souffrir d’encyclopédisme.comme cela est évident à la lecture de son dernier ro- Jea n- Pierre Denis man, Le Cimetière des bateaux sans nom, un mélange de policier et d'aventure, avec trésor à la de.où sa vaste connaissance de la mer et des cartes marines nous en met plein la vue.Plein la vue, mais guère plus.Ses personnages, minces et caricaturaux, font penser à ceux que l'on trouve dans les romans policiers, avec leurs tics, leur dégaine, leurs petites obsessions, leurs idées noires, leur sens exacerbé de la logique, leur naïveté aussi, et qui m’ont toujours semblé complète^ ment improbables.C'est sans doute le prix à payer pour qu’il y ait action et que le lecteur surfe sur les seuls événements narra-tifs.au détriment de toute épaisseur psychologique et de toute réalité sociologique.Encore que là je ne peux pas dire que Pérez-Reverte ait vraiment réussi son coup.L’intrigue est dispersée sur des centaines de pages, avec des temps morts occupés par une histoire sentimentale qui ne tient pas debout, des considérations d’ordre historique et maritime (des histoires de cartes) qui n’en finissent plus de nous perdre dans des longitudes et des latitudes auxquelles nous ne comprenons rien, bref, un mélange qui nous fait poireauter d’un côté et nous rend incrédules de l'autre.Pourtant, il y avait là matière à faire une superbe histoire! Comme les personnages qui se plaignent que la mer a changé ainsi que notre rapport à elle, il faut bien avouer que les auteurs aussi ont changé et qu’ils ne savent plus toujours raconter.Le secret des jésuites Donc, personnages.Il y a Coy, un marin barcelonais qui a perdu son droit de naviguer à la suite d’un naufrage et qui rencontre, lors de la mise aux enchères d’une carte maritime du XVIIT siècle, une jeune femme du nom de Tanger Sotto qui travaille pour le musée de la Marine de Madrid.Elle est venue spécifiquement pour récupérer cette carte qui pourrait l’aider à retrouver un bateau affrété par des jé- Arturo Pérez-Reverte le £lMèilERE DES BATEAUX SANS NQkV , J suites — le brigantin Dei Gloria —, qui a été coulé au large des côtes espagnoles en l’an 1767 par des pirates et qui contiendrait selon toute vraisemblance quelques deux cents émeraudes brutes grosses comme des œufs.Elle emporte la mise contre un mafieux du nom de Palermo, pilleur d’épaves, qui voulait aussi l'avoir en sa possession (ce qui, soit dit en passant, n'a pas de sens quand on sait qu’il est beaucoup plus riche qu’elle et qu’il aurait pu tripler la mise).Un peu malgré lui, et paire qu'il en est tombé amoureux, Coy va se laisser entraîner dans une aventure qui est loin d’être sans risque: retrouver cette épave et veiller à écarter Palermo qui les suit à la trace, aidé par un Argentin, Kiskoros, qui a fait la guerre des Malouines et a été tortionnaire dans son pays.Bien entendu, on ne se lance pas dans une telle aventure sans avoir toutes les informations requises pour positionner avec exactitude une épave perdue en pleine mer.Pour cela il faut tenir compte d’une foule de détails qui tiennent aux méridiens choisis par les navigateurs de l'époque (avant celui de Greenwich, il y en avait un grand nombre) et à l'ensemble des informations qui ont alors été consignées par les autorités espagnoles.Là est la véritable énigme de ce roman qui est un jeu de lecture et d’intuitions, mais aussi de forte érudition des conditions politiques et stratégiques du XYIIL siècle.Cette précieuse cargaison, affré- ROMAN QUÉBÉCOIS Maudit bonheur DIANE PRÉCOURT LE DEVOIR Marie Laberge a le sens de la chute, c’est le moins qu’on puisse dire.Les dernières lignes de ses deux plus récents romans tantôt surprennent tantôt étonnent révoltent même.Ainsi, le deuxième tome de la trilogie romanesque Le Goût du bonheur laisse le lecteur sur une note assez dramatique.Non pas qu’il ne la voie pas venir, le lecteur, mais la fiction l’emporte sur sa propre imagination.Gabrielle est une femme attachante, Adélaïde, sa fille qui lui ressemble tant finit par l’être au fil du livre dont elle est le centre, à force d’aspirer, envers et contre tout «à ce qu’il y a de mieux pour elle et ceux qu’elle aime».L'une vit les années d’avant-guerre, l’autre subit celles de la guerre.Dans une époque obnubilée par la religion, elles se débattent chacune à sa manière pour une portion de bonheur souvent arrachée à des codes sociaux contraignants, pour mieux se créer un espace de liberté.Bien sûr, les désirs et les passions, même refoulés, ne sont pas moins ardents dans ce monde où l’important n’est pas tant d'être heureux que de faire son devoir.Les deux femmes nagent dans une vie rendue tortueuse par les dilemmes, la fille allant jusqu’à éjxm-ser l’homme qui aimait secrètement sa mère, et lui confiant la «paternité» de l’enfant d’un autre.La guerre fera le reste, imposant ses diktats, apportant sa part de bouleversements, au sujet desquels les références historiques de l’au-teure ne manquent pas d’intérêt Dans les deux premiers tomes, l'histoire se passe en grande partie à Québec et à l’île d'Orléans, où l'on suit avec «bonheur» les péripéties de tous les personnages que Laberge met en scène autour de ses deux héroïnes, notamment celui de Florent, qui devrait être au centre du troisième tome, à paraître en novembre prochain.Florent si diffèrent des deux femmes, à l’existence profondément marquée par les épreuves, mais dont le mérite s’impose, telle une bouée à laquelle s’accrocher.Ajoutons que, dans le second volume, le personnage principal, Adélaïde, met du temps à s'imposer, faisant cruellement ressentir le deuil de l’autre héroïne, Gabrielle, qui meurt à la fin du premier tome, à l’aube de la quarantaine, laissant son mari, Edward, complètement désemparé et ses cinq enfants brusquement orphelins.De plus, ce «bonheur»-là de lec- ture est parfois un peu assombri lorsque l'auteure se lance dans des descriptions ou explications à tout crin, y mettant une telle ardeur que le lecteur, perdu sous une avalanche de mots, jongle avec le fameux «N’en jetez plus, la cour est pleine!».Cela étant Le Goût du bonheur, sans aucun doute, cultive chez le lecteur le goût de connaître la suite du monde, plus exactement celle de l’aventure de Florent GABRIELLE ADÉLAÏDE Marie Laberge Trilogie «Le Goût du bonheur», (Jeux tomes parus Editions du Boréal 2001, respectivement 606 et 649 pages out du bonne Boira A nze nouvelles où il est question de destin, d'âme, de hasard et de l'envers du décor.Une plongée vers des horizons insoupçonnés.Plaisirs solitaires à regarder, au ralenti, ce que l'avenir peut réserver à ceux qui risquent l'aventure.Acheter un ouvrage de Lanctôt éditeur c'est encourager ta culture québécoise TA 1 AN CTO T — ibinuR ffcttteUti tee par les jésuites, avait pour but de soudoyer la royauté afin d’écarter la dissolution de leur ordre.Comme les jésuites étaient d'une grande habileté diplomatique et aussi d’une grande efficacité stratégique, ils avaient tout prévu, sauf, bien sûr, que des pirates seraient sur leur route.On apprendra vers la tin du roman qu'ils utilisaient par ailleurs des codes de navigation bien à eux.Enfin, après une prt» mière tentative infructueuse, peut-on mettre la main sur le trésor?Comme de bien entendu, rebondissement, inversement de situation.Palermo les attend au port.Nouveau rebondissement, Sotto avait tout prévu! Rt'-rebondissement.Tout le monde peal.Je l’ai dit: sujet exaltant, triste mise en scène.Autant d’érudition et si peu de finesse pour mettre tout cela en forme.C’est bien donv mage.Sans compter ce parallélisme constant entre la femme et la mer, si pleines d’écueils toutes deux, si trompeuses aussi, et qui s’inspire du plus mauvais machisme (d.ftuisé, comme il si» doit).En somme, un roman fort décevant qui.se targuant de faire le pont entre l’ancien et le moderne, nous donne plutôt le goût de retourner à l’ancien.don isjfia videotron, ca FRANÇOIS RICARD, souri K m k gui:m u L’été, pour moi, est la saison des lectures en retard (tous ces livres qui se sont accumules sur ma table et que je brûlais de lire depuis des mois) plutôt que celle des relectures.Mais jouons le jeu.Si j’avais un seul livre pour tout l’été, et qu’il fallait que ce fût un livre déjà lu et aimé, sûrement ce serait un roman.Et un roman immense, inépuisable, que je n aurais jamais fini d’admirer, d'interroger, de découvrir comme si c’était encore la première fins: un roman qui serait le parfait résumé du monde et de l'existence; donc un roman drôle et beau, habité par un héros qui serait à la fois moi-même et infiniment plus que moi-même; un roman littéralement sans fin.Sûrement ce serait le Don Quichotte dans la traduction de ( htdin et Rosset.LES ROMANS DE L’ÉTÉ AU SEUIL c o n n t i i v L’OISEAU DES TENEBRES MICHAEL CONNELLY L'OISEAU DES TÉNÈBRES Comment l'ancien profileur du FBI, Terry McCaleb, héros de Créance de sang, en vient à soupçonner de meurtre l'un des plus grands inspecteurs de la police de Los Angeles, Marry Bosch ?« Après L'Envol des anges, Harry Bosch est de retour, dans un Connelly du meilleur cm.Un polar où il mène de front deux enquêtes bien distinctes pour finir, façon Connelly, par les entrecroiser avec brio.» Marie-Claude Fortin - Voir 420 pages - 29,93 $ HENNING MANKELL LES MORTS DE LA SAINT-JEAN « La traque d’un serial killer, qui, dans la touffeur de l'été suédois, s'applique à tuer des gens heureux |.j.L'intrigue est captivante , remarquablement menée : on savait déjà avant ce quatrième titre traduit que Henning Mankell était un virtuose du roman policier.Il atteint ici un sommet de noirceur dans cette radiographie de la société contemporaine.» Gérard Meudal - U’ Monde -emm M A N K E t t LES MORTS DE LA SAINT-JEAN 492 pages - 29,99 > MICHEL FOLCO EN AVANT COMME AVANT Après Dieu et nous seuls pouvons et Un loup esl un loup, voici la suite des aventures de Charlemagne Tricotin qui, après avoir dit non le jour de son mariage avec la fille du bourreau l’ibrac, se retrouve condamné à 501 ans de galère.Une écriture réjouissante et énidite, une reconstitution haute en couleur de la France de la fin du XVIII' siècle.« Une langue drôle, truculente, pleine d'ironie, originale et extrêmement érudite.» Pascale Navarro - Radio-Canada / Indicatif présent .484 pages - 29,95 $ ARTURO PEREZ-REVERTE LE CIMETIÈRE DES BATEAUX SANS NOM « N'oubliez pas ce livre, ce roman superbe, baroque et classique en même temps, et moderne en plus.|.| il se lit avec une sorte de passion, comme tous les romans d'aventures, de tempêtes en fonds sous-marins glauques, de chasseurs d'épaves sans scrupules en femmes dangereuses et belles comme la mer.Et lorsque vous l'aurez lu, vous ne l'oublierez pas non plus.» Jacques Folch-Ribas - Im Presse AfttUMO Pic - R« v e «Te '' r fi LT T %, a ; FhrtUm A Clt Catharine MHIet La vie sexuelle de Catherine M.576 pages - 14,95 $ CATHERINE MILLET LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M.« Pour la première fois, une femme décrit exactement le lieu où sa jouissance se forme, se construit, se joue, se déploie.Le fameux continent noir de la sexualité féminine s'éclaire.Ce n'est pas trop tôt.» Philippe Sobers - D Monde • Un livre hors catégorie, où ce qui se dit sur le sexe sonne juste et vrai comme jamais avant.» Nelly Kaprièlian - Les Inrockuptibles 224 pages - 29,95 $ Editions du Seuil y tÊÉÊ MÉiMnatiiaiaiiMaiMMttÉiiafltÉiaM L E I) K V 0 I B .LES S A M EDI 9 ET D I M A N CHE I 0 J I I X 2 0 0 I I) (> DANS LA POCHE Anesthésie temporaire.JOHANNE JAHRY Oublier, telle est la devise.Oublier le bureau, les patrons, les tracas et, surtout, ce mauvais temps qui ose sévir alors que nous sommes en vacances.Pour faire le vide en soi, rien de mieux que les polars et les romans noirs.Recommandons aux plus soucieux un dépaysement complet avec Vengeances tardives (Pocket).Le Britannique Michael Dibdin a situé l’action de son polar dans le Piémont, région italienne réputée pour ses grands crus.On y retrouve le commissaire vénitien Aurelio Zen, à qui un riche amateur de vins a forcé la main pour enquêter sur le meurtre d’un vigneron.Car si celui qu’on accuse (le fils de la victime) est reconnu coupable, une récolte des plus prometteuses sera compromise.Ce polar a plus d’une qualité: ses personnages, à commencer par Aurelio Zen, pensent beaucoup plus loin que leur nez; le style de Dibdin ne recherche pas uniquement l’efficacité propre au genre et sa prose est bien traduite (Serge Quadruppa-ni).Accompagner d’une bouteille de rouge, du Barbaresco, du Bru-nello ou du Barolo.«Jamais été manichéen.Jamais été un de ceux qui ont la vérité en poche: mais dispçsé à combattre pour ma vérité.» A la fin du siècle dernier, en Sardaigne cette fois, on fait connaissance avec l’avocat Bus-tiani à l’heure du Sempre Caro (Points), titre que donne Marcello Fois à son roman et qui veut dire, pour les gens de la région, «aller se prendre le frais sur les hauteurs».Bustiani accepte de défendre le jeune Zenobi, accusé d’avoir volé du bétail.Résoudre l’énigme n’est pas ce qui captive en premier lieu; on est séduit [)ar la manière dont Marcello Fois (né en Sardaigne) inscrit son roman dans la tradition orale des histoires transmises de père en fils, une forme qui confère un caractère authentique à son récit Du même auteur, on peut lire Sheol (Points), une intrigue romaine pendant la première campagne de Berlusconi, et Plutôt mourir, qui vient tout juste de paraître (Seuil).Auteur à surveiller.C’est aussi un avocat, florentin celui-là, qui mène l’enquête dans Ixi Nuit des roses noires (Série noire) de Nino Filasto, un polar où il est question de falsification de statues du célèbre Modigliani.Les enquêteurs sont sympathiques, mais ceux qui ont un faible pour les intrigues artistiques se laisseront peut-être prendre plus facilement au jeu du vrai ou du faux.Pepe Carvalho serait probablement mauvais joueur, lui qui dit que «la culture n'apprend pas à vivre.C’est Juste le masque de la peur et de l'ignorance.De la mort».Retour en force du cynique détective espagnol, qui quitte les Ramblas de Barcelone pour enquêter sur la disparition d’un cousin à Buenos Aires.Ce qu’il pense de la capitale?«Toujours pleine d'Argentins déprimés.» Le Quintette de Buenos Aires (Points), de Manuel Vazquez Montalban, est un voyage.Les villes changent, Carvalho, non.11 brûle des livres, cherche les bonnes tables, rumine ses amours (eh oui, il vieillit), se met sans peine en danger.Machisme atténué par la lucidité du personnage qui ne se prend pas trop au sérieux.Ravigotant.New York a longtemps été une ville de prédilection pour les auteurs de polars.Réputée pour sa violence, elle permet au lecteur de ———~ John Saul Paradis Blues prêter à ses habitants les pires intentions.Ce n’est pas cette voie sanglante qui inspire Torn Topor dans L’Orchestre des ombres (Folio policier).Un détective tente de retracer un célèbre pianiste juif déclaré mort dans les camps de concentration par les autorités américaines.Pourtant, sa femme croit l’avoir croisé à plusieurs reprises dans les rues de New York.Les personnages de Topor, surtout cette vieille dame encore si amoureuse, sont vraiment attachants, à mille lieues de la caricature.Un thriller sensible, intelligent, couronné du Prix rpystère de la critique en 1987.A recommander, sans aucune hésitation.Par contre, ceux qui aiment les histoires sanglantes seront servis avec Un dernier verre avant la guerre (Çivages/Noir) de Denis Leha-ne.A Boston, la disparition simultanée d’une femme de ménage noire et de papiers compromettants déclenche une guerre entre deux gangs.Au cœur de cette tempête, deux enquêteurs blancs chargés de retrouver ce qui pourrait compromettre la vie de politiciens bien en vue.Prenant et bien rythmé, ce roman réserve toutefois peu de surprises au lecteur, et ce, malgré son duo d'enquêteurs plutôt original: un Patrick Kenzie qui se morfond d’amour (et de désir) pour son associée Angela Gennaro, régulièrement battue par un mari jaloux.Cette violence faite aux femmes est au cœur du roman de Judith Messier, Dernier souffle à Boston (Courte Echelle), où un Harry Ostling tente de mettre la main sur un violeur en série.Le style est inégal, les personnages, trop prévisibles.Chez le même éditeur, les inconditionnels de la détective Maud Graham, héroïne créée par Chrystine Brouillet, pourront lire C’est pour mieux t’aimer, mon enfant.La mission de Maud: retrouver l’assassin d’un enfant Les Rivières pourpres de Jean-Christophe Grangé, grand succès en librairie et au cinéma, sera sans doute l’un des polars qu'on déposera dans le fond des barques et sur les plages cet été.Pour mordre à cette histoire passablement tordue, il faudra éprouver un minimum de sympathie pour les héros.Ceux de Grangé sont des durs qui ne craignent rien, ce qui les rend un peu ennuyants, mais tous les goûts sont dans la nature, comme on le sait.Enfin, comment oublier Paradis Blues (Rivages poche) de John Saul?lœ héros de ce roman, qui gagne à être lu en pleine canicule, est un journaliste usé, incrusté à Bangkok par amour du pays.Corruption, drogue, prostitution: ça se lit comme un polar.Sueurs asiatiques garanties.LECTURES D'ETE • Poétique de l’enfouissement SIGNETS MARIE ANDRÉE LAMONTAGNE LE DEVOIR Ils sont à la fois très anciens et très proches.Comment télescoper l’un et l’autre temps, les juxtaposer ou les faire se succéder, parfois à rebours de l’ordre attendu?Ainsi, qui vient en premier lieu, du paysan de Saint-Hilaire-des-Landes ou de la minuscule communauté de chasseurs, bientôt d’éleveurs, du néolithique dont les silhouettes affairées hantent les bois, reprenant les mêmes gestes, avec souvent les mêmes outils, à des dizaines de milliers d’années d’intervalle?Malheureux, le lecteur qui, dans l’espoir de répondre à cette question, aura cherché à rompre l’enchantement de sa lecture.Avec Dormance (Gallimard, 2000), Jean-Loup Trassard signe un roman recueilli et attentif, dont chaque ligne est une victoire sur le temps qui a décidé un jour que l’été, que le monde auraient une fin.Ainsi, il n’y aurait qu’un livre à emporter pour occuper l’intervalle compris entre le solstice d’été et les premières rousseurs de l’automne que ce serait Dormance.Un homme, paysan né parmi les paysans, l’étant demeuré malgré les livres, les études, le savoir, malgré les photographies qu'il réussit à tirer du paysage et des objets qui l’entourent, malgré sa connaissance de la terre, des plantes, des pierres et des hommes, ou plutôt grâce à tout cela, se résout un jour, après plusieurs années de rumination, à tenter d’écrire sur les ombres qu’il aperçoit Enfant, il se blottissait avec sa mère dans le tronc d’un arbre creux afin, lui chuchotait-elle, d’y surprendre les fées.Le voilà devenu adulte.La caverne sur la paroi de laquelle il cherche dorénavant des réponses, ce sont les ruisseaux qu’il enjambe, les arbustes qu'il écarte de son chemin, les châtaigniers qui poussent en abondance dans la région, même s’il n’en a pas toujours été ainsi.En effet, ce n’est qu’après la glaciation que l’espèce, lit-on dans Dormance, a réellement commencé à gagner du terrain vers le sud de l'Europe, et encore, la chose ne s’est-elle faite que lentement, sans le secours du vent, puisque les châtaignes ne volent pas, avec celui, en revanche, de la terre siliceuse, favorable à ce type de végétation.Car le sol, lui, n’aurait pas changé.Le roman de Trassard se déploiera donc autour de cette interrogation dépourvue d'angoisse: qu’est-ce qui a changé?qu’est-ce qui est resté?«Aujourd'hui, on doit creuser profond pour tenir une poignée de terre sur laquelle personne n'a marché, pas un empan de surface qui n 'ait reçu la semelle peut-être des milliers de fois, même en dehors des chemins.Et le relief se voit plus d'une terre mise à nu, sans cesse pâturée, fauchée, barbeyée.» Pourtant, à qui sait en déchiffrer les signes, la terre renvoie encore l'éclat fossile des jours neufs, quand l’homme ingé- nieux, et quoique soumis a des forces ataviques, comprit, en décidant de se tenir debout, qu’il pouvait commander, tailler, polir, tandis que sa compagne, souple, agile, ne put se satisfaire de ce qu’elle tirait adroitement ses flèches et sortit d’une musette en peau la poignée de graines confiée par sa mère en partant.La vie paysanne Le commentaire a ses limites.Ainsi évoqué, le sujet de Dormance pourrait faire croire à quelque fiction préhistorique avec grognements, peaux de bêtes et sauvagerie à l’avenant, alors que le roman tient plutôt de la méditation sur la vie paysanne, celle enfuie comme celle qui perdure, et dont l’auteur de L’Amitié des abeilles et de l’émouvant Inventaire des outils à main dans une ferme (tous deux chez l’éditeur Le temps qu’il fait) se veut depuis 30 ans le prosateur patient.A quoi se révèle le paysan?Qu’il soit de l’Est, d’où Jean-Loup Trassard a ramené un récit.Campagnes de Russie (Gallimard), qui devait le faire connaître du grand public, qu’il soit d’Emilie, de Sicile, du Poitou ou du Canada français, il se reconnaît peut-être à une certaine façon d’accéder de plain-pied au paysage qui n’a dès lors plus rien de muet De même, le narrateur de Dormance veut-il d’abord «saisir l’espace, la nécessité de l’habiter, ou mieux, par les yeux, c’est-à-dire par l’intérieur, de modeler, écrit-il, mon corps sur la forme qui est là, d’essayer par maints changements de position de m’étirer selon la forme dite “vallée”, oui, c’est cela que je photographiais».Ce faisant, c’est aussi à une manière d’archéologie que se livre Trassard, ce que quelques haches de silex, découvertes par hasard par un voisin, disent assez.Ces haches ne viennent pas seules.Avec elles, dans le roman, il y a l’aiguille, inventée des milliers d’années avant que l’aurochs ne soit domestiqué sous le nom de vache, cette Anjou, précisément, qu’il est l’heure de mener au pré.h y a le chien, qui, en vertu d’une mystérieuse empathie, a choisi un jour de délaisser la compagnie des loups pour celle des humains (la chienne Kaab vit avec les deux hommes du roman, Gaur et Pek, et leurs deux femmes.Mue et Souaou, tous partis s’établir à l’écart du clan).Il y a le paysan du XVIIL siècle qui se souvient, au moment d’élever les murs de la maison qu’habite maintenant le narrateur de Dormance, du pisé primitif de boue et de branches avec lequel ses prédécesseurs calfeutraient leurs fragiles habitats.11 y a le langage, enfin.Dans un riche essai sur lequel on reviendra {Grammaires de la création, Gallimard, 2001), Georges Steiner fait remarquer que l’existence d’une Ur-Sprache, d’une langue adamique, sur laquelle avaient fantasmé des générations de linguistes avant d’en rejeter l’hypothèse comme une élucubration, vient de resurgir à la lumière des dernières recherches anthropologiques.Dans Dormance, les gorges de Pek, Gaur, Muhe et Souaou émettent donc les sons hésitants d’où découleront peut-être tous les autres.Mel, disent-ils en recueillant la cire jaune et sucrée des abeilles sauvages.Farr ou ferr, comment savoir?, mais ces graines pilées deviendront bel et bien farine.Maan!, crie le petit Ouen à cette femme dont il ne veut pas lâcher le sein.Du coup, la prose de Trassard peut user sans dommages ni affectation d’archaïsmes et de mots devenus rares dans la langue française, pour la seule raison que ces termes sont plus précis: «il s'agit, après l’avoir dégrossi par des coups exacts de percuteur (épannelé, dit-on dans l'artisanat [.]»; «il suffisait de couper la moustache de la châtaigne d’un coup de dent puis de presser son cuir entre pouce et index pour faire issir la pointe [.]»; «L’idée de Gaur [.] était peut- être de plesser, entrelacer les branches vives Pour autant aucune nostalgie, aucun attendrissement ne sont ici à l'œuvre, mais une volonté de traverser la vitre des apparences et du présent pour entrer dans l’épaisseur du temps, à la recherche de soi, comprend le lecteur à la toute fin, bouleversé.Mais comme la graine enfouie doit pouvoir procéder en secret à son travail de germination et meurt de la main impatiente qui l’exhume au grand jour, l’étude du passé agissant sur le présent exige patience et silence, et n’a que faire de la précipitation.Le geste de créer, chez l’écrivain, ne procède pas autrement, et il court dans Dormance une poétique dont le lecteur, s’il se double d’un écrivain, voudra avec profit méditer les signes.Comment rendre justice à ce roman?Il faut le lire, s’en pénétrer et tâcher de regarder la réalité à travers son regard.Quant à le prêter, on aura au moins compris cela, il n'en est pas question.DORMANCE Jean-Loup Trassard Gallimard Paris, 2000,324 pages Quel livre relirez-vous cet été?JACQUES NADEAU LE DEVOIR GINETTE NOISEUX, directrice du théâtre Espace Go •>ti ‘¦Mi-.'.¥•* r» Petit matin chez le libraire, le cœur serré devant tous ces livres, toutes ces promesses d'expériences enivrantes avec la part en nous-mêmes qui vit en exil — où nul autre ne peut faire intrusion.Depuis la naissance des enfants, mon rapport à la lecture s’est profondément modifié.Dorénavant, le temps se dérobe et, avec lui, ma propre part sauvage, exigeante, libre.Irritée, je me plante devant le rayon des romans policiers! Renoncer pour les dix prochaines années aux briques et aux essais, voilà où j’en étais.Le libraire a-t-il saisi, ce matin-là, la bataille qui se jouait chez moi, quand il m’a proposé ce livre fabuleux de Manguel (Une histoire de la lecture, Actes Sud/Le-méac, 1998) où l’auteur part à la recherche des raisons qui lui ont fait aimer les livres?Et, de ce fait, évoque la marche de l’humain.Ce qui amène à la véritable humanité, je veux dire.Ce livre savant se lit — et se relit — comme un roman d’aventures.Il ne souffre ni de se voir abandonné, ni de se voir interrompu, même au milieu d’une phrase.«.la lecture, ai-je découvert, vient avant l'écriture.Une société peut exister — beaucoup existent — sans l’écriture, mais aucune société ne peut exister sans la lecture.» Et c’est ainsi que chaque page vous fait une journée entière à rêver, un gamin sur les genoux, tenant dans ses menottes un beau grand livre d’images.Des titres remarquables .Mary l'Irlandaise de Maryse Rouy MARYS! ROUY « Un bouquin qu'on arrive pas à refermer malgré nos paupières lourdes à 1 h du matin.» Corinne Detandt, Clin d'oeil Les Choses terrestres de Jean-François Beauchemin JEAN-FRANÇOIS BEAUCHEMIN Les Choses terrestres îWman « Un livre que chacun voudrait sinon avoir écrit, du moins avoir inspiré à force de bonté.» Jean Vigneault, Le Courrier de St-Hyacinthe Le Mangeur de pierres de Gilles Tibo GILLES TIBO LE MANGEUR DE PIERRES Roman « Tibo construit son récit comme une suite de tableaux et de paysages, que l'on contemplerait sans se lasser.» Pascale Navarro, Voir QUÉBEC AMÉRIQUE www.quebec-amerique.com Disponibles en librairie v V « L K I) K V 01 R .I.K S SAMEDI !l K T D I M A N t II E I 0 .1 I I X 2 0 0 I LECTURES D'ETE D 7 ESSAIS Retour de Chine LITTÉRATURE FRANÇAISE La vie qui sauve l.iikacs avait assurément du flair.Mais il n'y avait |xis que cela 11 existe, me sotnbkM-il.une parente plus profonde entre les deux hommes.Tous les deux ont résisté aux dictatures et aux totalitarismes: fascisme, nazisme et, plus tard, stalinisme.1 ukaes est reste à l'interieur de l’appareil qui, tour à tour, le tolérait ou l'acculait à l'exil.11 ne rompit jamais ses liens avec les communistes comme le til Semprun plus tard.Cependant, les écrits de 1 ukacs marquaient sa distance par rapport au stalinisme et son indépendance d'esprit.lx's panes les plus émouvantes de ce livre sont celles où Sempruq décrit la liqueur des internes communistes.A leur liberation, ils tu rent presque tous broyés par le totalitarisme stalinien.Comble de l'absurde, ils furent accu ses de trahison et executes pour collaboration avec la (îestapo à l’intérieur du camp.Semprun met en lumière la fragilité mais aussi la persistance de l'humanité de l’homme.Nombreux sont ceux qui ont succombé, emportés par la tourmente.Ceux qui demeurent sont les perpétuels résistants qui, comme Semprun, se transforment en témoins.Dans ce dernier fragment de son bouleversant témoignage, il fait honneur à l'humanité de l’homme.ESSAIS Le chassé-croisé de deux inconscients N AÏ M KATTAN Fils d'un républicain espagnol réfugié à Paris.Jorge Semprun ht partie de la Resis tance.Arrêté par les Allemands, il fut déporté au camp de concentration de Buchenwald.11 avait 20 ans.Dans les divers ouvrages où il évoquait l'epreuve concentrationnaire, Semprun insistait sur la puissance de la vie face à une mort quotidienne, perpétuellement répétée.Dans son livre L'Ecriture ou la l le, la parole apparait comme la sauvegarde, l'arme ultime et le chant de l’instant.Dans son dernier ouvrage, La mort qu 'il faut.Semprun a egalement recours à la littérature, i.e.la poésie et la philosophie, pour décrire sa résistance à la mort envahissante.Buchenwald n'était pas Auschwitz.Ce dernier était le camp de la destination finale où l’on expédiait les victimes, en majorité des juifs, à leur mort dans les chambres à gaz.Buchenwald était un camp de travail où se retrouvaient surtout des résistants, des opposants, aussi bien communistes que témoins de Jehovah.Eux aussi allaient à leur fin: une mort lente, de fatigue, de faim et de maladie.Semprun décrit les mécanismes de l'autorité à l'intérieur du camp.Ia»s SS gouvernaient en maîtres absolus et se faisant seconder par des exécutants qu'ils recrutaient parmi les internés.Parmi les internés, la solidarité s’élaborait, obéissant à des hiérarchies précises, basées sur l’idéologie et l'origine nationale.Ainsi, ce furent les communistes et les Alle- mands qui dominaient et les Allemands membres du Parti communiste qui faisaient fonctionner le mécanisme de la mort.Semprun leur doit la vie.Ayant eu vent d'une demande de renseignement de Berlin à son su jet, ils décident de le sauver et organisent une substitution de corps et d'identité avec un Français mourant.Celui-ci était un résistant, dont le père, milicien, en désaccord avec lui, l’avait cruellement abandonné à son sort, refusant d'intervenir pour le sauver.11 était classe par les autorités du camp parmi les «musulmans-, terme qu’on accolait à ceux qui se résignaient, abandonnant toute volonté de vivre et de combattre, se soumettant à la loi de la mort comme les musulmans se soumettent à celle de Dieu.Pour ne pas se laisser aller à un semblable abandon de lui-même, Semprun appelait à sa rescousse la poésie, évoquait des philosophes, ses maîtres ou ses professeurs.11 fait souvent référence au philosophe hongrois Gyorgy Lukâcs.dont il avqit découvert les livres dans une bibliothèque.À ce propos, je voudrais évoquer un souvenir personnel.En lùbti, à Budapest, j'ai interviewé laikacs, qui venait de sortir de la semi-clandestinité et du silence imposés à la suite de sa participation à la Revolution hongroise de 1956 (entrevue publiée peu après dans Is Devoir).}e lui demandai son opinion sur les écrivains marquants de l’heure.«Jorge Semprun».me répondit-il.Celui-ci avait certes publié quelques ouvrages mais n’était pas encore l’écrivain qu'il est aujourd’hui.GEORGES LEROUX Le style de ces entretiens peut déconcerter, surtout si on en attend une introduction à l’oeuvre déjà importante de François Jul-lien (pour mémoire, et entre autres, Le détour et l'accès - Stratégies du sens en Çhine et en Grèce, Grasset, 1995, Eloge de la fadeur.Livre de poche, 1993, et Du temps - Eléments d’une philosophie du vivre.Grasset, 2001), et encore davantage s’il s’agit de se familiariser avec le vaste sujet de la pensée chinoise.Ces échanges, habités d’une authentique admiration pour un parcours de pensée aussi riche qu’inhabituel, reposent en effet sur ce qui semble constituer une longue complicité entre le questionneur et son hôte.Ils exigent aussi du lecteur ignorant des turbulences du milieu des sinologues une certaine tolérance au sous-entendu.Et pourtant, quel voyage dans l’écriture de la Chine! Même si, pour ces raisons, plusieurs enjeux de méthode ou certains choix philosophiques ne s’éclairent qu’au détour d’explications elliptiques et à l’occasion de remarques sur une traduction, ce dialogue demeure rare et précieux, et il faut remercier Thierry Marchaisse de l’avoir provoqué.En se plaçant en quelque sorte derrière lui, on trouvera dans ce livre un accès vivant et rigoureux à une manière absolument inédite de s’engager en philosophie.L’ouverture de ces entretiens est à la fois théorique et autobiographique.On y suit un jeune helléniste, formé aux disciplines de la philologie et de l’histoire des idées, s’expatrier dans la Chine de la révolution culturelle (avec plein d’aperçus intéressants sur le maoïsme au quotidien, pour ne rien dire du regard porté sur le maoïsme des intellectuels français), y étudier la tradition des grands lettrés et développer un projet de pensée visant à rendre raison de l’insaisissabilité de la pensée chinoise, de son essentielle hétérotopie (une notion empruntée à Michel Foucault).Mais alors que tout l’effort des études de sinologie est pour d’autres de contraindre cette pensée dans des cadres prédéterminés, ceux de la philosophie occidentale (pensée du sujet et métaphysique) , condamnant ainsi par avance ce travail à une traduction impossible, François Jullien entreprend de faire ce chemin à rebours.Loin de chercher les catégories similaires pour élaborer un comparatisme toujours séduisant mais qui risque le faux à chaque pas, il propose la voie inverse: décatégoriser afin de reconfigurer la différence et d’en tirer une nouvelle lecture de la nature du même et de l’identique dans la pensée occidentale.Ainsi s’éclaire le sous-titre de ces entretiens: si l’Occident peut devenir extrême, c’est que lui-même, abusé par son propos d’universalité, est entré dans une phase de méconnaissance de son identité particulière.Cette méconnaissance ne peut être, aux yeux de François Jullien, qu’aperçue et dénoncée du dehors.Il serait sans doute exagéré de dire que le philosophe n’entreprend de connaître la Chine que pour exposer le destin singulier des catégories occidentales, mais dans la mesure où il ne s’en approche que selon la stratégie d’un détour marqué d’un infini respect, son œuvre apparaît comme la recherche d’un point de vue d'extrême extériorité.Chaque page est l’occasion d'une rencontre éclairante mais aussi d’un fascinant retour sur soi-même.Prenons seulement l’exemple du monde, de l’intérêt de réfléchir, à compter d'un dehors où la représentation est absente, sur les contraintes du rapport du moi au monde.À la place de l'universelle mimèsis qui caractérise l'Occident, la Chine pense des pôles d'interaction: citant Wang Fuzhi, Jullien montre l'impossible écart entre paysage et émotion.Prenons également les exemples nombreux qui surgissent des efforts des missionnaires chrétiens: les nécessités de la métaphysique pour penser le salut eternel mettent en relief la différence d’une pensée où le sensible n’a pas d'opposé.«Qu’est-ce que le plan d'expérience quand il n'en est pas d'autre?» Cette question n'est pas seulement une affaire de concepts mais de culture: le Chinois est taoïste devant ses bambous Uullien a consacré au I Ching un livre magnifique.Figures de l’immanence, Livre de poche, 1995), confucéen devant l’autorité et bouddhiste devant la mort Critique d’une spécialisation qui interdirait une telle recherche, François Jullien ne sous-estime pas la difficulté de son entreprise.Non seulement en raison de l’unicité de la Chine, de sa radicale exceptionnalité au regard de l’universalisme occidental croissant, mais surtout en raison de la profondeur des malentendus liés à tout exercice de différenciation.Si on veut éviter les écueils d’une conceptualisation qui force les rapprochements et ne pas répéter les erreurs de générations de traducteurs désireux de retrouver l’être.Dieu, la vérité, la liberté, le sujet partout où ils ne se trouvent pas, et si on veut néanmoins dire quelque chose, il faut renoncer au confort du semblable et s’enfoncer dans des clivages qui exigent une nouvelle procédure pour faire advenir le sens.Tous les livres de François Jullien répondent de cette exigence et prennent le risque de concepts placés dans l’interstice: propension, régulation, fadeur, tout est mis en place pour favoriser un dévisagement mutuel.Hegel, Leibniz, Rousseau, Kant (relu dans Mencius) jouent ici leur rôle, celui des penseurs de la raison, auxquels aura échappé l’indistinct, le transitoire, l’inassignable.Seul Spinoza paraît capable de l'interstice.Ce projet ne vise aucun relativisme, il recherche plutôt à montrer la contingence des évolutions de la pensée et à faire voir comment elles peuvent s’éclairer mutuellement.Combien de voyageurs sont encore à la recherche de la différence dans la pensée, chacun se rendant aux diktats de la mondialisation?Ces entretiens, qui sont un véritable dialogue, proposent un voyage aux limites de la pensée, vers l’impensé actuel de la philosophie.François Jullien dit de la pensée chinoise quelle est un gisement infini à ciel ouvert «Ce que j’ai dabord découvert en passant par la Chine, c'est combien je peux ignorer la culture d'où je viens.» Combien de voyageurs voudraient pouvoir dire cela au moment de leur retour! PENSER D’UN DEHORS (LA CHINE) -ENTRETIENS D’EXTRÊME-OCCIDENT François Jullien et Thierry Marchaisse Editions du Seuü Paris, 2000,506 pages MARIE CLAIRE LANCTÔT BÉLANGER Intellectuel français important, Jacques Rancière participe aux grands débats qui agitent les idées.Ce dernier texte tisse sa trame dans le domaine de l’esthétique en y confrontant Freud et d'autres penseurs qui se réclament de la psychanalyse.L'esthétique désigne, depuis Kant et la fin du XVIII' siècle, «un mode de pensée qui se déploie à propos des choses de l’art et s’attache à dire en quoi elles sont choses de pensée».C’est le Freud amateur d’art, amateur de littérature, qui est convoqué.Non pas pour remettre en question ce que d’aucuns nomment avec mépris «la psychanalyse appliquée» ou «la psychanalyse hors cure» puisque l'art, Rancière l’affirme dès le début, est le domaine privilégié de l’inconscient.Ce qui s’écrit, ce qui se sculpte, ce qui se peint entre le pathos et le logos, «dans le non-savoir et la non-pensée qui habitent la pensée», dans les liens complexes entre le visible et le dicible, toutes les œuvres d’art, en somme, se donnent à interprétation.Mais quel est l’inconscient qui se déploie à travers ces œuvres?De quel inconscient s’agit-il ?Rancière inscrit la naissance de la psychanalyse dans un contre-mouvement à la philosophie de Schopenhauer et de Nietzsche.C’est le moment où toute parole, qu’elle soit prononcée ou restée muette, de même que tout signe, devient trace: tel un hiéroglyphe, tout parle, tout s’écrit, tout se déchiffre, tout s’interprète.Rien n’est insignifiant pour un Freud qui a la passion du détail.En élaborant la science nouvelle de la psyché, Freud se sert du domaine de l’art moins pour exhiber les secrets enfouis que pour «remettre la fantaisie, la poésie et la mythologie au cœur de la rationalité scien- tifique».L’alliance de Freud et des artistes s’est ainsi dressée contre l’entreprise nihiliste où les «fantaisies de l'esprit» étaient sans intérêt et où l'entropie emportait le sens.Avec Freud, le «contenu» de l’œuvre devient imixirtant.Bien que Rancière se défende de réduire la notion de l'inconscient freudien au «savoir non su et à la pensée qui ne pense pas», il construit, avec insistance, un Freud un peu étriqué, causaliste et rationaliste.Même si, on peut le rappeler, l’association libre et l’écoute flottante, méthodes de la psychanalyse, se situent hors de la rationalité.Et que les connexions des processus primaires de l’inconscient s’établissent hors de la causalité linéaire.Face à cet inconscient mis au jour par la psychanalyse, Rancière pose un autre inconscient, l’inconscient esthétique.Celui-ci redéfinit «les choses de l’art comme modes spécifiques d'union entre la pensée qui pense et celle qui ne pense pas» et dans «l’équivalence tragique entre savoir et souffrance».Le choc de ces deux inconscients, leur complicité et leur différence dessinent l’horizon privilégié sur lequel Rancière fait défiler divers personnages du monde de l’art.Ces personnages ont déjà fait l’objet de l’attention particulière de Freud en étant utilisés pour appuyer des éléments théoriques de la psychanalyse.Ils vont devenir ici objet d’une relecture, d’une réinterprétation à la lumière de l’inconscient esthétique.Défileront, à la suite d’Œdipe, le Moïse de Michel-Ange, les personnages de Flaubert, d’Ibsen, de Zola et ceux de la Gradiva de Jensen.L’exercice est intéressant.La relecture que fait Rancière est souvent éclairante.Elle lui permet aussi, tout en réduisant l’apport de Freud, de se différencier de penseurs contemporains qui, de près ou de loin, s’associent à la méthode psychanalytique.Louis Marin et Georges Didi-Huberman, par exemple.Ceux-ci, bien que touchés par la forme de l'œuvre, seraient trop proches d’une lecture du détail ou du fragment qui livrerait la vérité de l’œuvre.Au désarroi du sujet, chez Freud, devant l’énigme de l’œuvre d’art, Rancière oppose J.-F'.Lyotard et l’esthétique du sublime, où la puissance de l’œuvre est liée à son effet de désemparement.Jusqu'à ce qu'un LE MORT QU’IL FAUT Jorge Semprun Editions Gallimard Paris, 2(X)1,197 pages nouveau tournant, celui du freudisme radical, annonce Rancière, ne vienne vriller, l’un avec l’autre, les deux inconscients.L’INCONSCIENT ESTHÉTIQUE Jacques Rancière Galilée Paris, 2(X)1,80 pages Quel livre retirez-vous cet été?JACQUES NADEAU LE DEVOIR PIERRE BOURQUE, maire de Montréal Le livre que je relirai avec passion, c’est Li Peste, d’Albert Camus.Je voudrais voir si j’ai toujours la même relation avec l’existentialisme, revoir toute cette notion de l’absurde qui a pris naissance il y a 50 ans, une réflexion face à la vie et à la mort.Je voudrais voir si les valeurs ont évolué — sentir cette Algérie qui vivait la guerre, revoir comme se pensait la lutte contre l’intolérance.U à mettre dans sa valise! Le Bain d'Amélie de Nathalie Fredette NATHALIE FREDETTE Le Bain d'Amélie Une nuit à l'hôtel d’Yves Beauchemin YVESBEAUCHEMIN « Très épicurien [.] rempli de passages qui donnent le goût des vacances [.] » Tristan Malavoy-Racine, Un dimanche à la radio, SRC Une nuit à l’hôtel « Une délectation [.] des moments de grâce [.] » Jean Fugère, Samedi et rien d'autre, SRC « C'est un véritable festin littéraire [.] » Martin Francoeur, Le Nouvelliste L'Enchantée de Louise Portai LOUISE PORTAL jS cjnchanlée Tfdréf ihm* ***»*- « Un roman touchant, plein de douceur, qui porte la marque de l'authenticité.» Danielle Laurin, ü\e Québec QUÉBEC AMÉRIQUE Disponibles en librairie www.quebec-amerique.com i i L K D K V 0 I K .L E S S A M E 1> I it ET I) I M A X CHE 10 J T I X 2 0 0 I I) K .ECTURES D’ETE Clips littéraires LITTÉRATURE L’esprit BENNY VIGNEAU LT Par les thèmes qu’il aborde, les symboles qu’il convoque et l’atmosphère qui s’en dégage, Ga-brielle au bois dormant, le premier roman de Denyse Delcourt, fréquente l’univers du conte.Déjà le titre, avant même de tourner la première page du livre, lance le lecteur sur cette piste.Ainsi, comment les éléments du conte s’inscrivent-ils dans l’histoire «vraisemblable» que ce dernier s’apprête à lire?Quelles sont les incidences d’une telle facture quant au pacte de lecture ici proposé?Ce que ce roman doit au genre, de par l’intention qui le porte, est à chercher ailleurs que là où il se laisse attendre.Au premier plan, Gabrielle au bois dormant présente l'histoire d’une rencontre.Conviés par'ITié-rèse à se prêter à des retrou-vailles, Marguerite, Suzanne, Ix-o, Mimi, Paul, Cécile, François et Jacqueline, sans grand enthousiasme, se réunissent pour quelques jours dans une immense maison au bord d’un lac.Qu’ont-ils tous en commun?D’abord, le sentiment d’appartenance à un lieu, à un coin de nature devenu pour eux quasi mythique qu’ils appelaient le Palus — qui signifie marais —, au sein duquel ils ont vécu ensemble leur enfance et une partie de leur adolescence.«Nos âges différaient sans doute, nos familles se méprisaient parfois, et nous ne nous entendions pas toujours les uns les autres, mais ce qui nous liait n'avait rien à voir avec ces considérations.Nous appartenions tout simplement et entièrement au lieu dans lequel nous vivions.[.] 1m connaissance intime de notre univers nous rassemblait.» Mais cette rencontre, le lecteur le comprendra assez tôt, tient à quelque chose qui dépasse le seul attachement à un bras de rivière ou à un boisé, quelque chose qui semble avoir poussé ces gens à se réunir, près de trente-cinq ans plus tard, malgré eux — il faut savoir qu’ils ont tous été étrangement fascinés par une photo du Palus prise à vol d’oiseau, que Thérèse a pris soin de joindre à l’invitation.Or, rassemblés d’abord dans le but de se souvenir des beaux jours du Palus, avec l’espoir illusoire de recréer le «noyau original», le groupe reste surtout irrémédiablement lié par un événement que chacun veille à ne pas rappeler: la mort de Gabrielle, survenue lors du splendide été de 1951.Composée de trente-trois chapitres brefs, l’histoire est d’abord rapportée par Jacqueline, mais aussi, à l’occasion, par quelques autres, dont les propos servent à éclairer, à nuancer ou à appuyer le récit de la première.«Il me semble parfois, dit-elle, n'avoir tien fait d’autre pendant l'enfance que d’observer mon amie, sa famille et les êtres étranges qui la touchaient.» Annoncée dès le début, la mort de QUÉBÉCOISE | du lieu Dm>«e Ucicoun GABRIELLb AU BOIS DORMANT rimvan 3 Gabrielle n’est pas un secret L’intrigue repose donc essentiellement sur une autre question: quelle est la cause réelle de la mort de la jeune adolescente?Pour Jacqueline, la résurgence d’images du passé l’oblige à se remémorer les circonstances mystérieuses de la mort de sa meilleure amie.Le conte prend ici naissance dans l’invraisemblable, dans l’inacceptable et l’irrationnel de l’histoire racontée par Jacqueline.Pour cette dernière comme pour les autres, la vérité semble défier l’entendement Qu’allait donc faire Gabrielle dans les bois, lors de ses longues escapades nocturnes?Ces étrangers, cet homme et cette femme aux yeux dorés, habitaient-ils le manoir en ruines au cœur de la forêt?Y avait-il vraiment des loups dans ces boisés?Et que dire de l’étoffe rouge, de la voiture bleue, du caveau, de l’arbre et du serpent?Ont-ils réellement existé ou sont-ils simplement le fruit des ratés de la mémoire de la narratrice?Servi par un récit lent et réflexif qui s’inspire à certains égards de La Recherche de Proust pour fouiller le passé et défier le travail du temps, Gabrielle au bois dormant rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour se libérer de ses fantômes: «La pluie tombe doucement sur le lac.Est-ce que raconter cette histoire m'a soulagée?[.] Four avoir longtemps lutté contre l’inexplicable, peut-être en suis-je enfin arrivée à céder: embrasser l'obscur, accepter l’énigme, faire acte d'humilité.Est-ce cela la liberté?» Si Jacqueline arrive finalement à exorciser la mort de Gabrielle, c’est parce qu’elle réussit à tirer profit de la puissance de la parole et des vertus de l’imagination.Ainsi, certainement, le roman de Denyse Delcourt a-t-il avantage à se placer à l’ombre bienveillante du conte.GABRIELLE AU BOIS DORMANT Dçnyse Delcourt Editions Trois Laval, 2001,192 pages GUY LAI N E MASSOUTRE Les nouvelles sont autant de bouffées d’oxygène que des sorties d’été.lœ temps de la lecture est limité: une demi-heure suffit souvent.L’anecdote est fragile, mais on la lit d’une traite.L’émotion y change comme le temps.Ces recueils aux personnages variés, ces fragments de réalité, ces rencontres furtives ne vous envahiront pas.Ce sont des livres rares, minces, pratiques à lire, faits pour les esprits capricieux et légers.Simples éclats du grand univers, ils n’en sont pas moins les symptômes de son état Flaques livides, petits bouillons, lames de fond ou écume légère, ils collent au climat AU LECTEUR PRÉCOCE Claude Pujade-Renaud Actes Sud Arles, 2001,185 pages Avec ses quatorze nouvelles, Claude Pujade-Renaud donne le meilleur de son style.Phrases brèves, allure aimable, grâce paisible des personnages, économie du texte, ces qualités sont de celles qui retiennent comme des instantanés photographiques.Serait-ce une question de regard?Sans doute: l’auteure observe, cadre et saisit sans rien laisser au hasard.L’effet de résonance est solide, durable.Quel trait de plume réussit-il à transformer un bref récit en chambre d’écho?Au lecteur précoce retient dans une tiédeur habitée.On s’y installe dans une chaleureuse sensualité.Question de confort, rien ne vaut les souvenirs heureux du temps passé.Tous les ingrédients d’un repos paisible sont présents: maisons anciennes, jardins se- Le soir, un homme sort la poubelle.La veille, il a mangé un artichaut.Le lendemain, il va chez le coiffeur se faire couper les cheveux.Ce sont des gestes on ne peut plus quotidiens, anodins.Des gestes routiniers qu’on remarque à peine, auxquels on n’accorde pas de signification particulière.Ce n’est pas ce que fait Philippe Delerm.Pour lui, il s’agit dans chaque cas d’actes significatifs, d’opérations qui se situent au seuil du drame, qui révèlent le comportement profond de l’être et dessinent le portrait d’une personne à travers la banalité dès lors que celle-ci est pourvue de sens.L’écrivain regarde, est sensible à l’expression de la vie.Pour d’autres yeux, ce sont des riens quasi imperceptibles, alors que lui ne cesse de s’étonner.Voici des textes courts, sans prétention de style.Delerm soustrait, avec un talent qui lui est propre, le quotidien de l’anodin et révèle toute la richesse, voire la profondeur, de nos gestes ordinaires.L’homme ne reste pas confiné à son domicile.La rue offre la vision complexe d’une société tout à la fois mesquine et généreuse où le quant-à-soi et l’égoïsme se donnent des airs de réserve, voire de timidité et de pudeur.Dans le métro, cet homme se sent accablé par la foule des passagers dont le nombre, station après station, s’accroît et finit par l’étouffer.11 attend l’après-midi pour se retirer et plonger dans le crets, appétits goulus, joie des corps.Le Midi de la France y murmure, dans des imparfaits qui suggèrent une jouissance inépuisable et éternelle.On y expose une qualité de vie qui fait oublier les tracas modernes, obstacles sur lesquels les rêves s’échouent De même qu’on s’attend à ce qu’une illusion s’effondre, la nouvelliste ne s’endort pas dans les atmosphères encoconnées.Dans la première nouvelle, qui s’intitule Mourir à petite pluie, elle brosse les relations, d’abord aimantes, entre trois adultes et une adolescente.Mais le temps des questionnements — ici le passage de l’adolescente au monde adulte — fait basculer la vie balisée sur des routes glissantes, angoissantes: pourquoi a-t-elle choisi une fausse sortie, l’amour à l’intérieur de sa propre famille?Comment vivre ces chassés-croisés des sentiments les plus intimes?Quelle morale y prœ parent ces familles libérales, éclatées, de la modernité?Claude Pujade-Renaud, à qui les drames et dilemmes classiques sont familiers, qui a beaucoup écrit sur les sentiments de famille, se glisse avec aisance entre les lumières dansantes des flammes de la vie.Elle sait décrire comment le ciel serein soudain se minéralisé.Des nouvelles martelées sur enclume Les autres nouvelles ont le même caractère ensorcelant de la bizarrerie des choses qui font irruption.S’agit-il d’offrir un ours en peluche, de déraper de Cécile à Céline, de prendre une leçon de danse, l’impulsion ébranle l’espace ordinaire.Quelque chose se détraque, s’arrête, plus rien n’est comme avant.Un mot suffit à ouvrir un nouvel espace; voyez Lustrum, une histoire de lustre qui tin- plaisir perpétuellement renouvelé de la sieste quand un visiteur inattendu sonne à la porte à l’im-proviste.Il arbore un sourire accueillant, simule le plaisir alors que, importuné, il regrette la sieste assassinée.Qui n’a pas fait un jour l’expérience de téléphoner à un personnage important?Une secrétaire vous demande de vous identifier, vous fait attendre et vous signifie finalement votre congé.Le monsieur en question est absent, en réunion, en rendez-vous.Bref, vous n’aurez pas accès à sa voix.Si ce même monsieur vous accorde la qualité d’être l’un de ses proches, le ton de la secrétaire change et devient accueillant, chaleureux.Delerm observe des inconnus.Par un simple geste, toute une vie se déploie.Un homme ou une femme exhibent au grand jour les secrets d’une existence ratée, d’une ambition frustrée, d’une envie abandonnée, d’une avidité inassouvie.Parfois, ce sont de petites vieilles devant des machines à sous.A une autre occasion, des voisins qui se saluent courtoisement dans les couloirs de leur immeuble, se croisent par hasard à l’étranger et se croient obligés de se parler pour la première fois pour se rendre vite compte qu’ils n’ont rien à se dire.Chacun de ces textes libère un univers enfermé dans l’inattention, la distraction, et nous oblige à faire un retour sur nous-mêmes, sur nos propres gestes.Que de secrets inavoués, retenus, refoulés! On sourit et l’on se sent soulagés que l’écrivain nous remplace.lande Pujade-Renaud AU LECTEUR PRÉCOCE V jlfiVÏ» tinnabule dans un inconscient comme un rire de cristal.Liège et rêves se passe sur un divan.Evidemment, la psychanalyse est une caverne d’Ali Baba pour la nouvelliste.Mais grâce à son amour des paysages, le lieu clos s’élargit; l’air qui circule y rend quasi transparentes les figures qui passent.Quel bel hommage à Daniel Zimmermann, compagnon d’écriture et de vie décédé en décembre 2000.La dernière nouvelle, Au lecteur précoce, la plus sombre parce que, de biais, elle évoque l’effraction d’écrire, entraîne le lecteur tout près de l’enclume.Est-il surtout question d’effort harassant, du vacarme des mots, de l’angoisse de forger autrui?L’espoir et l’angoisse sont frappés à la même forge.Chauffé à blanc sur un rythme sûr, le lecteur sur- nous met en face de notre vie, nous révèle des moments d’existence qui auraient été dépensés en pure perte.Ajoutons que les petits bonheurs se trouvent à côté des actes manqués.Les événements sont réduits à de menus incidents porteurs de nos désirs, de nos déceptions.Ils seraient trop lourds autrement.Décrits prendra le secret de La Maison mère, ventre dç l’écriture.Jouissance ou viol?A chaque livre de forger la nature profonde de cet «enfant précoce» qu’engendre l’union du texte et de la lecture.UNE MINUTE D’ABSENCE François Bott NRF Gallimard Paris, 2001,133 pages Une minute d'absence est la seconde nouvelle de dix-sept, d’un tout autre style.François Bott chausse les souliers du voyageur et récolte des curiosités tous azimuts.Son pot-pourri d’histoires rassemble un ancien capitaine d’infanterie de l’armée coloniale, un gardien de but qui perd sa femme |x>ur avoir encaissé un penalty dans une seconde de distraction, un dingue qui se balade un fusil à la main dans les rues de Paris, autant de portraits réalistes, découpés sur le monde anonyme du fait divers.Et il y a ceux, au contraire, dont les noms trop célèbres ont fait oublier les penchants quotidiens: Littré, en pantoufles, s’échauffait dans la linguistique (dans Emile, ne te couche pas trop tard.).Et à entendre Marie et Sidonie, dont les rendez-vous clandestins prennent la dimension d’une correspondance littéraire, ne sourit-on pas, tandis que complotent et papotent la marquise de Sévigné et la grande Colette?De même, il permet que se rencontrent à Paris, à la Libération, Boris Vian et Salinger c’est à peine pousser l’histoire.François Bott appelle ces moments «les blancs d’une existence», nuages d’un ciel variable.On remarque aussi qu’il en profite, très simplement, pour donner en partage, ici et là, son grand amour du sport avec l’ironie et la plume alerte de Delerm, nous les accueillons avec la joie de la découverte et en redemandons.LA SIESTE ASSASSINÉE Philippe Delerm Gallimard/l’Arpenteur Paris, 2000,97 pages LECTURE AM I III QU MOU V F M F N D'ETÉ ( UdcAiq "PcaJ^G.UN VENT SE lÈVE QUI ÉPARPIL1E ROMAN M AT v \\ *< n IS| DE PAROLEJAVRE LE PLAISIR f Ml I Prix Emile-Nelligan 2000 Prix Jacqueline-Déry-Mochon 2001 TANIA LANGEAIS Douze bêtes aux chemises de l’homme LES HERBES ROUGES / POÉSIE Que relirez-vous cet été?JACQUES GRENIER LE DEVOIR JEAN-CLAUDE SCRAIRE, président du conseil et directeur général de la Caisse de dépôt et placement du Québec Je voudrais relire Le Moine et le Philosophe, un livre de Jean-François Revel et Matthieu Ricard (Pocket).Ce livre contient des réflexions intéressantes sur les rapports parents-enfants et sur la religion, et, de façon plus générale, il propose une réflexion sur la vie pleine d’intérêt.Enfin, dernière raison, cela fait déjà un bout de temps que j’ai lu l’ouvrage, et il me plairait de me replonger dans cette réflexion."LIBRAIRIE D'OCCASION" IVRE VOYAGEUR1- umsamsmus MtttT-VBTt-SEWIK i WWOU-tYAlMTIW 3547 RUE SNAIL, AWIE CÛTE-OfS-Ntl6£$ nflltO COTE-DES-NEIGES H3TIP5 MUIOUUMK 514 TM 0994 Gabrielle au bois dormant rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour se libérer de ses fantômes RÉCITS Bonheurs et drames du quotidien NAIM RATTAN 1 \ y ¦¦MH LE DEVOIR.L E S S A M E D I il ET DI M A X ( Il E 10 .1 T I N 2 0 0 I LECTURES D'ETE VIE DES REVUES Les gars, les filles CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR La guerre.Pas celle d’Israël ni celle qui déchire l'Afghanistan.Celle qui se passe sous notre toit la guerre des sexes.Sujet intarissable, s’il en est, à la fois terriblement familier et insaisissable.Il a inspiré le dernier numéro de la revue Moebius (n° 89).Le titre, Les Gars, pourrait laisser entendre un parti pris pour le sexe fort (mais î’est-il vraiment?).Celui-ci est pourtant particuliérement attentif au sexe faible (!).Les plumes d’hommes et de femmes, les textes qui défilent dans les pages, témoignent, ligne après ligne, de la douloureuse, sensuelle, admira-tive, colérique, jalouse, fantasmatique relation qui arrime un sexe à l’autre depuis la nuit des temps.Les deux sexes sont intimement liés, en une guerre attisée savamment, tendrement, de jour en jour par les amants.Avis aux intéressés, le poète Stefan Psenak y énumère les règles du parfait amoureux, dans un texte intitulé Les Douze Stations du jour.Si-gnalons-en quelques-unes: «En soirée, échajauder des projets d'avenir et ne parier que de rêves irréalisables.Après tout, le temps est à la guerre.Ne pas oublier que si l'armistice survient, les corps cesseront de lutter et la passion pourrait s’évanouir.Il est des dangers plus grands que la mort.» Un autre conseil suit encore: «La nuit, ne pas la couvrir d’autre chose que du regard.Respirer lentement et ne bouger que si le sort de Le poème ©n revu© M E MUS icaiiiai» iiTTtBATiai LES GARS un nuwro dtngv par Racheüe Rrrautl r-eituairt l’humanité en dépend.» Une ambition à poursuivre, de peine et de misère, même si elle est «démesurée, comme le reste».Dans le domaine de la conquête du corps, Lucienne Piché aborde avec humour les relations d’une mère avec son fils.Relation fragile du nouveau-né, «boule de chair surmontée d'une touffe de cheveux noirs», qui saisit le sein de sa mère alors que celle-ci se soulève pour ne pas l’écraser.Relation câline de la nouvelle maman qui bécote son trésor, en lui enfournant de la purée de pommes dans la bouche.Mais il faut bien que la guerre se déclare un jour, et l’apparition des premiers poils de barbe n’y est pas étrangère.«Maintenant, il a quatre poils au menton, et je n’ose plus», constate-t-elle, dépitée.Parlant d’humour, la revue L’Inconvénient (n° 5, mai 2001) produit ce mois-ci un numéro sur la question intitulé Peut-on encore rire?On y aborde le petit et le grand humour, ce dernier ne se nourrissant, selon le texte de François Ricard, que de la plus totale abnégation, fuyant les farces et les doubles sens, mélangeant «le terrible et le risible», atteignant, ajoute-t-il non sans férocité, un haut niveau de pin-cesans rire, comme dans, souligne t-il, le livre de Jacques Pelletier, La gauche-a-t-elle un avenir?Dans la même édition, mais sur un autre thème, et pour revenir aux guerres de la rie intime, Nadine Bismuth aborde avec brio l’epineuse question de La Vie sexuelle de l'écrivain.Ce dernier, explique-t-elle avec une bonne pincee d’ironie, doit savoir combiner repli sur soi, et concentration sur son œuvre, avec ouverture sur le monde.Ainsi, une chambre destinée à l’écriture, au milieu d’une maison habitée, pour reprendre le thème d’Une chambre à soi, de Virginia Woolf, serait indiquée.Mais le drame de l’écrivain n’est pas réglé pour autant.Bismuth cite à titre d’exemple Gabrielle Roy, dans La Détresse et l’Enchantement.«Mes litres, écrivait-elle, m ont pris beaucoup de temps dérobé à l’amour, à l’amitié, aux devoirs humains.Mais pareillement, l’amitié, l’amour, les devoirs m’ont pris beaucoup de temps que j'aurais pu donnera mes litres.En sorte que ni mes livres ni ma vie ne sont aujourd'hui contents de moi.» En ultime recours.Bismuth jongle avec la pertinence, pour un écrivain, de partager sa vie avec un autre écrivain, sans retenir cette solution.Car Bismuth évoque ainsi une conversation imaginaire: «Emmène-moi à la plage, dira l’un.J’ai terminé mon chapitre! — Tant mieux pour toi! dira l’autre, je dois finir le mien.» «Et que penser de la compétitivité qui est susceptible d’envenimer cette relatùm?» ajoute-t-elle.Le lecteur ne trouvera donc pas de «fin joyeuse» à ce dilemme, et pour l’heure, Nadine Bismuth, jeune écrivain, n’en trouve pas non plus, à son joyeux désarroi.Dans un tout autre ordre d’idée, mentionnons l’édition de juin de la revue Relations (n° 669), qui consacre un imposant dossier à la maladie mentale et aux enjeux qu’elle pose dans la société moderne.D’entrée de jeu, le rédacteur en chef, Jean Pichette, pose le problème de {’«idée fétiche de l’autonomie» qui hante nos sociétés, un absolu qu’il faudrait peut-être repenser, évitant ainsi que «la chimère de l’autonomie ne finisse par faire de nous tous des exclus de ce monde.».On y propose aussi une entrevue avec le sociologue Alain Ehrenberg, auteur notamment de Im Ea-tigue d’être soi.Dépression et société, publié aux Editions Odile Jacob, en 1998.Un texte, signe Jean Gagné, fait la genèse des services de traite ments psychiatriques au Quebec, des premiers lieux de reclusion où on enfermait les malades mentaux à la «désinstitutionnalisation» amorcée au cours des dernières années.Enfin, le numéro compte un dossier, signe François Nduwimana, sur le thème trop ignoré du monopole des compagnies pharmaceutiques en matière de traitement contre le sida.On y met en evidence l’affolante disparité entre le revenu moyen des citoyens ;ifricains, parmi lesquels le sida atteint des proportions endémiques, et le coût des médicaments pour traiter la maladie.«Il serait normal, s’excla-me-t-on, que, dans un continent où 290 millions de personnes survivent avec moins de un dollar par pur, on demande aux malades du sida de payer 400 $ par mois pour l'achat de médicaments!» Parce que la beauté est nécessaire, glissons un mot encore sur la revue de poésie Estuaire (nJ 105), qui en plus de s’intéresser à la poésie de différents pays du monde, et de présenter cette fois une poésie française de Belgique, propose une jolie suite poétique d’Hugues Corri-veau.Intitulée lcrs ramante, elle salue juste à point l’arrivée du printemps.Elle^débute d’ailleurs sur ces mots: «À l’encolure des plumes, l'oiseau tient le printemps dans sa gorge.» Le reste se déroule comme une rêverie paresseuse sous le chaud soleil de l’été, au cri des grillons.Juste ce qu’il fallait après les ondées des derniers jours.RelatioNS U société dans ie miroir de la maladie mentale f tw ftfcuotn ne r> i»ètr I.» t hriai ic â Dptvevr de ta fttllunr l’finpm* l»r**fi«nnt Lectures d'été U WOHÏ — Jorge Semprun : Le Mort qu'il faut Un épisode cauchemardesque au camp de Buchenwald.24,50 $ —Annie Emaux : Se perdre Le journal intime d'une passion.Cru et vrai.27,50 $ _Jonathan Coe: Les Nains de la Mort Jeunes, pauvres, paumés et amoureux.Très drôle ! H la ftdfr laiileu’M* PRIX DES LIBRAIRES DU QUÉBEC uai Sijie : Balzac et la Petite Tailleuse chinoise — • Gilbert , Smoue : Des jours et des nuits Il recherche Sara.Il l'a connue il y a 3000 ans.27,95 $ Schlink Bernhard Schlink Malmux Amours en fuite Comment les amours naissent et finissent.27,50 $ Findley : Pilgrim Étrange, cet immortel patient du docteur Jung ! 29,95 $ André Malraux La biographie sans fard d’un menteur magnifique ! 39,95 $ Pullmpan : Çbiofe (Chine Collectif : - 4e édition Plus de mille pages.Mise à jour 2001 49,95 $ Gallimard A la croisée des mondes Des explorations et des aventures époustouflantes ! Il y a tout un monde après.Harry Potter ! Les Royaumes du Nord (Folio junior) 14,50 $ La Tour des Anges (Folio junior) 14,95$ Le Miroir d'Ambre (Grand format) 27,95 $ 192 pages • 29,95 $ Benoît Melançon et Pierre Popovic LE VILLAGE QUÉBÉCOIS D’AUJOURD'HUI Glossaire Danielle Blouin UN LIVRE DÉLINQUANT Les livres d’artistes comme expériences limites Cette etude démontré le potentiel subversif et transgressif du livre d’artiste qui, par son côté délinquant, opère une rupture libératrice des conventions structurales du livre.tTIjlVIl’HH « Les auteurs, avec un succès qui tend A prouver que l’intelligence est une forme d’humour, ont fabriqué des définitions.» Reginald Martel, La Presse « Le livre que j’aurais voulu écrire.» Marie-France Bazzo 152 pages • 14.95 $ L’EQUILIBRE SACRE «lofcewait HâCt B*Nt l* NAK’tt 0AVID SUZUKI yi—"1 " ir—IP'iif 306 pages • 24.95 $ David Suzuki En collaboration avec Amanda McConnell L’ÉQUILIBRE SACRÉ Redécouvrir sa place dans la nature À travers une magistrale odyssée scientifique, Suzuki donne au débat sur l'environnement toute sa dimension spirituelle et invite à une réflexion approfondie sur la place de l’homme dans la nature.Sous la direction de Marie-Andrée Lamontagne UNE ANNÉE CULTURELLE AU DEVOIR 1999-2000 Celte anthologie rassemble une centaine d’articles culturels parus dans le journal Le Devoir.Des entrevues, des critiques et des analyses font revivre les événements qui ont «fait» cette année culturelle, au Québec et sur la scène internationale.306 pages • 24.95 $ 7m bataille la,-; 11 ffoman jM*/ mS 576 pages • 29,95 $ Lionel Bernier LA BATAILLE DE FORILLON I.e 22 juillet 1970, le gouvernement annonce à quelques milliers de villageois de la pointe de Forillon en Gaspésie qu’il les exproprie de leurs terres pour faire un parc national.Ce livre raconte une lutte à armes inégales qui donne, pour une rare fois, raison aux plus faibles.PRIX RICHARD-ARÈS 2000 Yvan Lamonde HISTOIRE SOCIALE DES IDÉES AU QUÉBEC 1760-1960 Cette première synthèse de l’histoire intellectuelle du Québec trace sur près de deux siècles — de 1760 à 1896 — la double trame des grands courants d’idées et du développement des institutions culturelles de la colonie britannique qu’est alors le Québec.WA* LAMOMUI! HISTOIRE SOCIALE DLS IDÉES AU QUÉBEC 576 pages • 34,95 $ FIDES \ 831^11 I) m I.K I) K V OIK.L E S S A M E I) I » E T I) I M A X < H E 10 J U I N 2 0 0 I BANDES DESSINÉES Dessine-moi un australopithèque DENIS LORD Qu’il explore l’époque actuelle (L’Invasion, 2000), celle des pirates (Les Furies, 1996) ou encore la préhistoire, comme c’est le cas avec Wunda et les dinosaures, Arnon persifle et saigne dans la même attitude rock’n’roll Feu importe les siècles, ce que l’auteur illustre, ce sont les vices et défaites au quotidien de marginaux aussi mésadaptés socialement qu’impropres au régime conjugal.Ses pirates se sabordent eux-mêmes et, chez ses hommes des cavernes, la découverte du feu n’est qu’un prétexte de plus )K)ur se brûler les neurones.Comme si la zone était intemporelle.D’ailleurs, dans Wanda et les dinosaures, les parallèles entre passé et présent sont plus qu’évidents puisque le monde primitif imaginé par Arnon est bâti sur les ruines de notre civilisation.I>e peigne d’Klvis est adoré comme un objet de culte et de pouvoir, symbole du feu céleste; du haut de sa montagne, Norma Jean reçoit les sacrifices propitiatoires de ses adoratrices.Personnage principal, le lubrique biddy, amant de Wanda et serveur au Badbone Bar, est tout autant victime des vicissitudes du quotidien (dettes, problèmes de transport) que héros bien involontaire d’aventures où il se mesure à des hordes aussi grotesques que létales.la référence aux Pierrafeu frappe immanquablement l’esprit, sauf que c’est sexy, adulte et mordant.Surenchère la présente édition d’Albin Michel reprend l'intégrale de la série Dinosaure Hop, initialement publiée p;u- Zenda de 1989 à 1994.La facture de l'œuvre, en noir et blanc, marque l’influence de l’école de Jack Kirby, en particulier sa série Kamandi.C’est très américain dans la surenchère expressive, pers|)ectives outrées, calligraphies percutantes; il n’y manque que les musculatures hypertrophiées.Malgré le professionnalisme d’Ar-non, sa générosité dans le détail, on peut préférer, graphiquement, l’album ultérieur, Cœurs de silex.Les personnages de Wanda et Eddy y reviennent dans de très jolies couleurs.De l’enfance et de la mort Cet étrange petit album genevois a suscité des commentaires fort élogieux de la pint d’un cercle de connaisseurs dont j’apprécie habituellement les opinions, bien que leur haleine ne soit pas tou-jours des plus fraîches.Attends est signé par un illustrateur norvégien sur lequel le quatrième de couverture nous apprend peu de choses, hormis le fait qu'il a eu 12 ans le jour de la mort d'Elvis et que son premier album s’intitulait Lomma Full Av Regn.C’est fou ce que les langues Scandinaves res- SOURCE ALBIN MICHEL K H) Détail d’une planche tirée de Wanda et les dinosaures, d’Arnon." semblent parfois à de l’exploréen à l’envers.Le récit de Jason se meut par ellipses déconcertantes et il faut un certain nombre de pages avant d’assimiler sa mécanique narrative.Pensez: il suffit que le personnage principal, Jon, éternue pour qu’à la case suivante il soit devenu un adulte! Et c’est bien de ça qu’il est question ici; de l’enfance et de l’âge d’homme, quand la mort, à la suite d’un lamentable accident, enlève le meilleur ami de Jon.Il en restera mélancolique, hanté.«Ça n a pas été exactement la vie à laquelle je m’attendais», dira-t-il à la mort.«J’aurais pu comprendre s’il s'agissait d’une punition, si j’étais une mauvaise personne, mais je n’ensuis pas une.» Hormis quelques éléments insolites, comme ces adultes qui se baladent en échasses, l’album de Jason s’en tient à un cadre réaliste.La poésie qui en émane provient de sa manière d’agencer des fragments d’existence, de ces objets récurrents qui prennent valeur de symboles: machine, arbre, ballon.Et du dessin, bien sûr.Econome en mots, Jason se fait aussi minimaliste dans l’image, ses personnages animaliers se mouvant dans un décor dépouillé.Il y a même six cases complètement noires et huit entièrement blanches, tout cela dans un immuable découpage de six vignettes par page, ceinturées de noir.Cela n’empêche pas le dessin d’être fort juste et expressif.La première bédé existentielle norvégienne?lordcPci caramail.corn WANDA ET LES DINOSAURES Arnon Albin Michel Paris, 2000,195 pages ATTENDS Jason Atrabile, collection «Flegme» Genève, 2000,66 pages Là référence aux Pierrafeu frappe immanquablement Tesprit, sauf que c’est sexy, adulte et mordant LES EDITIONS DE LHOMME FÉLICITENT Micheline Lachance Grand Prix du livre de la Monté régie 2001 CHfcUr CHW ' MlCHR iNj ' 1 tACHANCi V Paul-Émile Léger '¦f :ViiuvJe!>'üîij{, 1 £flYi\eU*Qer federweT' LISEZ LA BIOGRAPHIf COM Pit If DU C ARfHNAl 1.1 Gtk 0u.s tomoNS lx i.Mi, L’HOMME Lk rt » w i-dMomnit LECTURES D’ETE LITTÉRATURE JEUNESSE Fruit mûr du printemps : Ann Lamontagne GISÈLE DESROCHES Au fil des lectures effectuées pour le compte de cette chronique, il est parfois des bonheurs-surprises qui se glissent, tel un fruit mûr qui tomberait dans la main.Ne reste qu’à le porter à la bouche et à le savourer.D’autant meilleur qu’inattendu.Les deux titres signés Ann Lamontagne chez Vents d’ouest ce printemps m’ont paru une découverte.Une nouvelle venue en littérature jeunesse dont la voix sonne juste, une fraîcheur nouvelle, un ton assuré du premier coup.A la fois par le regard et la manière.Elle signe deux titres: Les Mémoires interdites, dont je parlerai plus loin, ainsi que Le Petit Parrain, premier d’une série annoncée intitulée «La piste des Youfs».d r a n e Ann Lamontagne Les mémoires interdites JT L’intrigue de celui-ci se développe autour d’un trafic de muscade (astucieux, non?) lancé à l’école par le chef des Youfs: de petits sacs de la précieuse poudre sont échangés contre de menus services ou des biens personnels, de telle sorte qu’apparaissent peu à peu de jeunes victimes à la bouche cousue d’une part et de jeunes potentats à la hiérarchie rigoureuse d’autre part.A la demande de la directrice et à la suite de quelques plaintes de parents, un jeune stagiaire policier ouvrira une enquête.Le parallèle est assez clair merci, mais le sujet est traité sans moralisme (après tout la muscade est inoffensive!), sur un ton d’aventure et de mystère.Le plaisir de la lecture est complet, l’auteure se faisant d’emblée complice des jeunes protagonistes, tous des garçons.«Ils savaient bien que les adultes n’aiment ni les mensonges, ni les initiatives privées et que sans les premiers, les secondes deviennent impossibles!» (p.80).Les jeunes personnages sont rusés, astucieux, frôlent des dangers réels (je veux dire réalistes), jouent aux petits bandits tout en demeurant paradoxalement vulnérables, se débrouillent intelligemment, relançant sans cesse l’intrigue et déjouant même le policier.L’écriture est mûrie, l’auteu-re ayant fait ses gammes dans divers journaux et magazines; elle compte également un titre pour adultes chez HMH: La Flèche du temps (1994), que j’ai bien envie de découvrir.L’écriture coule, fourmille de détails, d’inventivité et de surprises.U.am rypi.W Dans Les Mémoires interdites, c’est d’écriture aussi qu’il est question, et de son corollaire: la lecture.A peine entré au secondaire I, Grégoire, parrainé par son professeur de français qui le trouve extraordinairement doué, se lance dans la préparation d'un concours d’écriture dont le prix est un voyage à Paris.Il se voit déjà glorieux et vainqueur, mais quel correcteur peut ignorer la reproduction intégrale, à la virgule près, des premières pages du Petit Prince de Saint-Exupéry?Plagiat honteux pour les uns, mémoire exceptionnelle et déroutante pour les autres (Grégoire agit en toute bonne foi), catastrophe innommable pour Grégoire.Ce sera sa Passion, avec scandale foudroyant à la clé, honte, déshonneur, incertitude, repli sur soi.Le style est un peu poussé, c’est ce qui fait son charme, le regard est aiguisé, avec juste ce qu'il faut d’ironie et de recul, d’esprit critique et d’exagération amusée pour nous accrocher un franc sourire lors de certains passages.Les descriptions de la vie à la polyvalente (la grosse dondon) enchantent qui y a déjà mis le pied, tant lors de l’inévitable bousculade près des casiers que dans la salle des professeurs où le nouvel enseignant de français, Monsieur Moab, remet de l’ordre et refait du café.Le récit est fleuri de références littéraires et de précisions scientifiques, notamment sur la mémoire, qui s’intégrent à merveille sans «faire didactique».Plus loin, ça se corse et ça donne davantage dans l’angoisse, mais l’auteu-re a l’art de dépeindre un personnage ou une situation en deux coups de chapeau.D’y mettre de la couleur.D’y ajouter en douce son petit grain de sel sans ralentir le rythme.C’est santé, tonique et consistant tout en étant bien emballé et croustillant.Exactement le menu qui convient aux adolescents.LES MÉMOIRES INTERDITES Ann Lamontagne Vents d’ouest, coll.«Roman ado» Hull, 2001,208 pages LE PETIT PARRAIN Série «Sur la piste des Youfs» Ann Lamontagne Vents d’ouest coll.«Roman ado» Hull, 2001,168 pages jardins Albert Mondor I Guuk pratique sli* RENÉE ROWAN LE GRAND LIVRE DES VIVACES Albert Mondor Éditions de l’Homme Montréal, 2001,390 pages Ce guide pratique de belle facture traite des plantes vivaces dont la diversité est grande et qui, à cause de leur polyvalence, offrent d’immenses possibilités pour la réalisation d’aménagements paysagers.L'auteur présente dans cet ouvrage les vivaces qu’il préfère, les plantes qui lui semblent les plus productives.les plus attrayantes; il y ajoute quelques espèces plus rares ou méconnues ainsi que certains cultivars tout récemment introduits sur le marché horticole local.Albert Mondor, horticulteur, auteur, spécialiste en aménage- Des livres pour savoir U CAVERNE DE MONTÉSINOS Un essai de Yannick Roy sur les mauvais lecteurs dans les romans de Don Quichotte à Madame Bovary ART DE Vie des ment paysager, enseignant et conférencier, a lui-même réalisé les abondantes photos qui illustrent cet ouvrage dans lequel chaque plante est décrite, indiquant la période de floraison, les conditions d’ensoleillement, le type de sol et la zone de rusticité.L’auteur y traite également de l'utilisation des vivaces comme couvre-sol, des moyens d’améliorer le drainage et de la meilleure manière de prolonger la floraison.IA BIBLE DU POTAGER Edouard C.Smith Traduit de l’américain par Ginette Patenaude Éditions de l'Homme Montréal, 2001,301 pages Autre album bien fait, qui nous vient cette fois d'un auteur américain qui se consacre à la culture légumière depuis plus de vingt ans.Cet ouvrage propose de nouvelles techniques de jardinage qui permettent, assure-t-on, d'obtenir «des récoltes spectaculaires avec un minimum d’efforts».Attrait non négligeable dont nous n’avons pu vérifier la promesse.Quoi qu'il en soit.Smith y guide le lecteur pas à pas à travers tous les dédales d’un potager bien planifié et autosuffisant en s’appuyant sur une longue expérience personnelle qui l'a amené à développer une nouvelle technique de jardinage qui a beaucoup à voir avec les racines.Il explique comment obtenir un sol riche et nourrissant, comment fabriquer et utiliser le compost, comment lutter contre les insectes nuisibles et les maladies susceptibles de s’attaquer à la plante.Èn dernière partie du livre, il traite des légumes et des herbes aromatiques de A à Z: variétés de plantes potagères, renseignements utiles sur leur cycle de vie, semis et repiquage, crois- sance, récolte et conservation.Des photos couleurs illustrent abondamment l’ouvrage qui aborde aussi la question de la culture organique.LA BONNE CUISINE DES SAISONS Frère Victor-Antoine , d’Avila-Latourrette Éditions de l’Homme Montréal, 2001, 288 pages Le bon frère n’abandonne pas: il en est à son quatrième livre de recettes, tous publiés chez le même éditeur.Bon cuisinier, le frère Victor-Antoine vit et travaille au monastère Notre7Dame de la Résurrection dans l’État de New York, où il a eu la bonne idée de transformer des recettes traditionnelles françaises à la mode végétarienne.Qui a dit que la cuisine du monastère était fade et monotone?Son livre regorge de bons plats et d’idées nouvelles: artichauts à la Gascogne, fenouil au citron, gratin savoyard, salade de carottes Bonaparte, petits pois et oignons à la menthe fraîche, ragoût de légumes trois couleurs, spaghettis à la sauce verte, clafoutis aux poires, soufflé de l’aurore.de quoi nous faire rêver et nous mettre l’eau à la bouche! ¦y, i’ll i Je vous entends écrire lin rendçz-vous radiophonique tous les lundis à 19 heures sur les ondes de présenté par l'écrivain ______ Line Arsenault lavée : I .• i .• 119 /rrrr.a,ns,,-,ne Uha,c.Michel Pleau Robert Jasmin Anique Poitras Marc Chabot Luc Bureau Stella Goulet Jacques Ouellet Camille Bouchard Alain Beaulieu www multimania com/jevousentends 1 LM Ll.>j 114 p.20,95$ Editions Ma bene y « I 1 LE DEVOIR, LES SAMEDI D ET DIMANCHE 10 J TIN 2001 • LECTURES D'ÉTÉ • HISTOIRE LITTÉRAIRE Dessine-moi un destin Saint-Exupéry L’existence de l’énigmatique père du Petit Prince, disparu par un beau jour de juillet 1944, en Méditerranée, à bord de son avion de l’Aéropostale, a fasciné des générations de lecteurs, demeurés jeunes de cœur et d’esprit, comme en témoigne l’actualité éditoriale des derniers mois, dont voici un aperçu.MARIE CLAUDE MIRANDETTE SAINT-EXUPÉRY -VIE ET MORT DU PETIT PRINCE Paul Webster Traduit de l’anglais par Claudine Richetin Editions du Félin Paris, 2000,159 pages La parution de cette biographie de Paul Webster, édition revue et complétée d’un ouvrage originellement paru en 1993 — simultanément aux Editions du Félin et chez MacMillan London —, en rassérénera plus d’un, d’autant qu’elle marque le centième anniversaire de la naissance du bel aristocrate fougueux.Même s’il fait la part belle à la pratique littéraire de Saint-Ex, Webster consacre une bonne portion de son étude à l’être tout en contrastes qui se dissimulait derrière l’ombre du monumental écrivain.Au delà du mystérieux héros de guerre, de l’aviateur aventurier livrant aux quatre coins de l’Europe et en Afrique du Nord un courrier essentiel, au delà de l’humaniste militant, c’est l’amoureux passionné hantant le bel aristo au nom qui chante qui est ici évoqué à travers un portrait sensible et intelligent.Du rebelle et de l’anticonformiste qui relégua aux oubliettes le jeune collégien monarchiste pour en faire un véritable hérault de l’humanisme, Webster brosse à larges traits un portrait plus grand que nature de cet éternel utopiste à l’indéniable talent.Célébrant l’amour et la fraternité, Saint-Ex écrivit Le Petit Prince, on le sait.Mais son petit prince à lui eut pour prénom Consuelo, et les relations tumultueuses de l’indomptable rêveur d’un monde meilleur avec son épouse, une belle Salvadorienne au tempérament latin exubérant rencontrée par hasard à Buenos Aires, sont au cœur de ce portrait intimiste qui égratigne un tantinet le grand mythe que d’aucuns se sont plu à forger et à entretenir.Il en ressort un être imparfait, tout en contradictions mais néanmoins — ou d’autant, c’est selon! — attachant.Et on a envie de dire, au terme de ce voyage aux confins de l’humain derrière l’humaniste, qu’il a bien mérité la mort qu’il a eue.Enfin un homme dont le départ fut véritablement à la hauteur de la vie qu’il avait menée! Essayiste de réputation et journaliste au Guardian, Webster est un biographe hautement prisé à qui l’on doit, entre autres, un excellent ouvrage sur le France de Vichy, publié aux Editions du Félin et intitulée L’Affaire Pétain.VI* et mort du petit prince ne avait semble-t-il, son caractère et se prenait — ô horreur! — pour une artiste.Mais Saint-Ex, ce bel aristocrate, était-il un homme facile à vivre?Et son génie excuse-t-il à lui seul ses sautes d’humeur, ses nombreuses aventures amoureuses et sa passion versant parfois dans l’excès?Mais, c’est bien connu, ces femmes qui enquiquinent jouent de leur charme et de leur talent de séductrice n’ont généralement guère la cote, surtout auprès de la gent féminine.Et elles sont nombreuses, surtout à cette époque de changement et d’émancipation, à déranger.11 suffit de penser à Anais Nin, l’ami des écrivains et surtout d’Henry Miller, et à tant d’autres dont on a dit tour à tour qu’elles étaient égocentriques, sangsues du génie créateur des autres, vivant à leurs dépens, filles Lesbos, et quoi encore! Mais qu’auraient été Dali sans Galla, John Lennon sans Yoko Ono (ceux qui en doutent n’ont qu’à réécouter Starting Over) et.Saint-Ex sans Consuelo?Car celle qui hit la «rose du Petit IVince» (les éditions Plon ont d’ailleurs fait paraître, sous ce fort joli titre, la fascinante autobiographie de Consuelo l’année dernière) était belle, envoûtante, sensuelle et mystérieuse comme les latines aux yeux et aux cheveux sombres savent l’être, mais aussi sculpteur et peintre à ses heures.Surtout, elle hit une muse, voire une véritable drogue pour le pilote de la Seconde Guerre mondiale.Cela ne pardonne pas.Pourtant, malgré ses travers gros comme une maison, Consuelo était un être authentique, passionné, sans demi-mesure et somme toute à la hauteur de l’amour inconditionnel que lui voua l’un des plus célèbres écrivains du siècle.A lire en complément de l’ouvrage précédent Vous ne serez pas déçus! LETTRES DU DIMANCHE Consuelo de Saint-Exupéry Lettres colligées, corrigées et annotées par Alan Vircondelet Paris Plon, 2001,185 pages Pour compléter ce tour d’horizon déjà passablement encombré, les vrais fanas liront obligatoirement les lettres que Consuelo a écrites, tout au long de la guerre et même après la mort de «Tonio», alors qu’elle vivait en exil à New York.Puis, de retour à Paris, elle reprit quelques années durant, cet étrange exercice.Religieusement, chaque dimanche — d’où le titre de l’ouvrage —, elle a écrit à Saint-Ex une lettre, en espagnol s Consuelo %r ’manche CONSUELO DE SAINT-EXUPERY -LA ROSE DU PETIT PRINCE Paul Webster Paris Editions du Félin, 2000,297 pages Salvadorienne, muse et vamp, Consuelo fut ce genre de femme que les femmes aiment détester, comme bien d’autres compagnes d’hommes célèbres qui se sont affirmées et n’ont laissé personne indifférent Suscitant les réactions les plus diverses, les commentaires les plus extrêmes, l’allumeuse lati- ou en hançais.Ou encore, elle a confié au dictaphone ses pensées intimes, ses souvenirs les plus vibrants.Mais jamais ces lettres ne furent postées.Elles demeurèrent secrètes et muettes au fond des malles de l’exil new-yorkais, ces fameuses malles dans lesquelles on découvrit les précieuses archives de Saint-Ex et desquelles on a extirpé tant de trésors essentiels à la compréhension de l’œuvre et de la vie de l’écrivain.On les découvre ici avec bonheur, malgré leur langue parfois approximative et leur immense subjectivité.A travers elles, Consuelo relate sa vie à New York durant les années de guerre, ses souvenirs et ses espoirs de voir revenir celui dont elle hit la muse.Puis, après l’annonce officielle de la disparition de l’aviateur et le retour à Paris, s’affirme une indéfectible volonté de garder vivante la mémoire et de préserver de l’oubli et l’écrivain et l’histoire d’amour qui les a unis.Tel un journal intime, ces lettres que le destinataire n’eut jamais l’occasion de lire éclairent d’un jour nouveau les liens étranges qui lièrent ces deux êtres dans la passion comme dans la mort Signalons par ailleurs la sortie chez Pocket d’une version revue et corrigée des Mémoires de la rose, de Consuelo de Saint-Exupéry et, dans les Cahiers de la NRF, sous le titre Cher Jean Renoir, un texte de Saint-Exupéry qui évoque le projet de film enregistré en 1941, d’après Terre des hommes.BEAUX LIVRES Redécouvrir Québec CAROLINE MONTH ETIT LE DEVOIR La ville de Québec a été cette année, à l’occasion du Sommet des Amériques, au centre de l’actualité sociale, politique et économique.Aussi, Québec, ville et capitale, publié aux Presses de l’Université laval, dirigé par Serge Courville et Robert Garon, arrive-t-il à peine un peu tard pour alimenter la curiosité de ceux qui découvraient cette ville.Publié dans la collection des Atlas historiques du Québec, ce beau livre de quelque 450 pages, richement décoré d’illustrations, de photos et de graphiques, et élaboré avec la collaboration des Archives nationales du Québec, de la Commission de la capitale nationale du Québec et de la Ville de Québec, donnera de quoi nourrir les amateurs de sociologie et de politique, et les touristes consdencieux.De Jacques Cartier à Robert Bourassa, les chapitres s’attardent principalement à l’histoire sociale et économique de la viDe.Il se divise en quatre parties.La première s’intéresse aux tout débuts de la ville, s’étendant par exemple sur le choix du site de ce comptoir de commerce, perché au bord du Saint-Laurent sur les lieux de l’ancien village amérindien de Stadaconé, pour les négociants tentant leur chance en Nouvelle-France.Mais le site ne compte pas que des avantages.Il présente des faiblesses sur le plan du climat et sur le plan militaire.Dans la deuxième partie de l’ouvrage, Québec, devenue forteresse, est consacrée capitale de la Nouvelle-France.Sous la tutelle du ministre de la Marine hançais, Jean- Baptiste Colbert le peuplement de la colonie va s’intensifier.C’est l’époque des Filles du Roy.Devant l’expansion de Québec, on tente de tracer des rues facilitant le trafic des charrettes et des voitures.Un plan d’urbanisation plus élaboré prend forme.Mais vient 1760, et Québec passe aux mains des Anglais.Après la Conquête, dans les écoles, les protestants côtoient désormais les catholiques.Et avec la venue des Anglais ouvre aussi le premier atelier d’imprimerie de Québec, en 1764.Le XK' siècle est traité en troisième partie.Depuis 1791, le pays est divisé en deux provinces, le Haut et le Bas-Canada.La ville de Québec reçoit un nombre important d’immigrants irlandais et doit passer d’une vocation commerciale à une vocation industrielle.On assiste à une montée du commerce de détail et parallèlement, à l’éclosion de conflits ouvriers.Enfin, la quatrième partie est consacrée à Québec aujourd’hui, point de mire de l’industrie touristique québécoise.L’ouvrage propose d’ailleurs une promenade dans les rues de la ville et donne l’exemple, historique, de la Côte de la montagne, tracée initialement par Champlain.Une façon comme une autre de mesurer le passage du temps.QUÉBEC, VIU£ ET CAPITALE Collection des Atlas historiques du Québec Sous la direction de Serge Courville et Robert Garon Les Presses de l’Université Laval Sainte-Foy, 2001,460 pages J «J Des I i v res pour savoir Ll lioutdlc Ullivei si) • 'WK i ’J m f.w - I -i VÆ»#'" Pierre Hébert La nouvelle université guerrière Ce livre sur l’université actuelle sonne le tocsin et nous invite à assumer notre responsabilité afin que cesse ce détournement périlleux de l’intelligence humaine.• • • Le vent des Khazars par Marek Halter Mêlant thriller et roman historique, l'auteur de La mémoire d'Abraham et des Mystères de Jérusalem part à la découverte de ce peuple ignoré que sont les Khazars.HCKKUrm WM.TT N Honni soit qui mal y pense par Henriette Walter «Ce livre peut être perçu comme une provocation, mais sa lecture est instructive, amusante, utile et rafraîchissante,.et devrait intéresser tout locuteur francophone, qu'il soit linguiste, enseignant, journaliste, historien, curieux du sort des mots ou simplement déprimé par les inéluctables débats de la langue.» Jacques Godbout, L'Actualité Hon/ii soit qui mal y pense II était minuit cinq à Bhopal par Dominique Lapierre et Javier Moro « Cette tragédie n’était pour nous qu'un vague souvenir.Avec ce livre elle revêt le plus poignant des visages humains.» Le Figaro Magazine « Que l'on ne s'y trompe pas ! Le dernier livre de Dominique Lapierre, écrit avec Javier Moro, n'est pas seulement un best-seller pour l'été.C'est aussi et d'abord un livre sensible et richement documenté sur l'Inde d'aujourd'hui.Une magnifique épopée.» Le Point La rage au cœur par Ingrid Betancourt « Ingrid Betancourt: une femme contre les barons de la drogue.» Le Devoir D'abord élue députée, puis sénateur, elle se présente à la présidence de la Colombie en 2002, malgré les menaces de mort contre elle et ses enfants.Si elle réussit, elle aura changé le cours de l'histoire.Püifiïsie Le pianiste par Wladyslav Szpilman Wladyslav Szpilman jouait du piano sur les ondes de la radio de Varsovie en septembre 1936.Le récit intime et bouleversant d'une survie.Roman Polanski en a tiré un film qui sortira en 2002.0 EDITIONS Robert Laffont » 1 f.v.Boreal , » f., , , .«sRdmawB «b 4 ¦BHël Wÿkfli € l'iv- •V# ’ ’?r"/ .vi -• .•î 1 jM* «H" ^ ' 'r Ir ¦¦ UL t/‘f B »vi pi* r*,[/ I S à 'IiiTr Tt- ?ANS t.A KJUORt tlolA IUM!ÊRfc fSmWl •V 4fîWÊ ï- I UN 01 MA fi C" H f.A IA î>tS( S» î t' ^ ¦ I t|i Ï4 b.j.Tf! niH'feysfT'i 81 fÆsaf yji:P i UN ARDIN OANS IA NUI! S ¦.ïii vj %- od < I-/; éy I f ¦ -i < Œuvre à la fois éblouissante et exigeante.Dans la foudre et la lumière est un événement littéraire.Lise Lachance, Le Soleil ROMAN -256 PAGES-24,95$ !mfàÆBBÈÈ$£Êfâ!$ÊÊÊË£ÊÈSÈIlÊÈ PRIX DES LIBRAIRES Stanley Péan, La Presse ROMAN-286 PAGES-24,95$ *• ' Le deuxième volet Uhili iBiiH l'i-i [‘I* ii'iii‘ [j u (‘ji nim&z LîÀJU.JIi3fu.:i:, ROMAN -656 PAGES ROMAN-174 PAGES-19.95$ ni im & Michael Ondaatje ROMAN • 270 PAGES -24,95 $ W 5 ET POÈMES 186 PAGES • 19,95 $ £ssais et documents.” y.V^W.• " • - VîwwaTf WSÊÊËmL I in x D S s O u K D LU */! LU H 5 H 6 LU IU O < Serge Bouchard et Bernard Arcamt Sfr»- IlinK luinl ft rriartl Arraml (A Jean-Pierre Üf issenhuth tt LU > rti I ! Jean-Picnr IsM'iilmtli tt RJ François 2 Blais g Dl PIPI.DU CASPIIJ.ACK d -k*)»! atttrM lÀ'iix l'nmimnts Ht**») Bouchard et Arcand puisent dans des pratiques et des choses, insignifiantes à première vue, des trésors insoupçonnés de sens, de dérision et de beauté.228 RAGES -22,50$ RKYKRIKS Kmil Du ver de terre à l’œuvre de Shakespeare, de Troyes en Champagne à la rue Bélanger, de la Bible au boui-boui Chez Fred, Jean-Pierre Issenhuth trouve matière à penser, à écrire, à rêver.264 PAGES -25,95$ ftearges ikmùééi Ui 3' tt *f*s JÊnm m wnype üy vfife lit* -îiiuf.iï;'i (liOMui^je O l -AV.•!;.{
de

Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.

Lien de téléchargement:

Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.