Le devoir, 4 août 2001, Cahier D
L K 1) E V O I H .LES S A M E I) 1 4 E T l) I M A N l H E A 0 l T 2 0 (l I ?ü: DEVOIR ?Les touristes qui flânent, le nez en l’air, rue de la Commune, à Montréal, ou aux terrasses des cafés dans le Vieux-Québec, après avoir admiré le cap Diamant ou la chute de Montmorency, ont-ils changé depuis l’époque où ils débarquaient dans les ports respectifs de ces villes, après plusieurs jours d’une traversée exténuante?Il semble que non, à en juger par ce qui fait encore l’objet de leur admiration, hier comme aujourd’hui: les beautés naturelles du pays, la chaleur des habitants, le pittoresque et la singularité d’une société à majorité française, avec des lois, des coutumes et un parler qui lui sont propres, sur un continent qui vit par ailleurs à l’heure anglaise et américaine.Tout au cours de l’été, le cahier Livres du Devoir invite à voir le Québec à travers le regard de l’autre, de ces touristes d’une espèce choisie que furent, au siècle dernier, quelques écrivains-voyageurs — et non des moindres: Trollope, Whitman.—, des géographes, des journalistes, des poètes, des épistoliers, que les hasards de leurs pérégrinations conduisirent, de l’Angleterre ou des Etats-Unis, sur les bords du Saint-Laurent Dénichés sur les rayons des bibliothèques où ils attendaient d’être repris, ces textes, que nous vous invitons maintenant à découvrir, ont été choisis, réunis et traduits par le géographe Luc Bureau, friand de ce type de littérature, qui a su, dans le passé, en faire bon usage (Pays et mensonges - Le Québec sous la plume d’écrivains et de penseurs étrangers.Boréal, 1999).Les textes cette fois retenus ont tous la particularité d’avoir été écrits et conçus en anglais, d’avoir ajouté, en somme, à l’altérité du regard, celle de la langue, induisant une richesse de plus, une distorsion de plus.Un tel écart donne à rêver.Il donne parfois aussi des pages savoureuses.Les voici.Marie-Andrée Lamontagne Roman québécois Page D 3 Les Cahiers du Québec Page D 3 L'Ontario français Page D 4 L'Est en West Page D 5 L’estampe à Trois-Rivières Page D 7 Le Jardin des Premières-Nations D 8 LUC BUREAU Présenter Walt Whitman.Allons donc! J'ai des raisons de croire que I exercice est sinon impossible, du moins inutile.Autant discourir sur la hauteur insensée de l'Everest, la profondeur vertigineuse du Grand Canyon ou le bourdonnement terrifiant des chutes du Niagara.À bien y penser, cependant, ces images excessives de la Terre ne sont peut-être pas aussi vaines qu'il n y paraît pour juger de la stature exceptionnelle du poète.Car il se trouve un peu de tout cela dans Whitman, un peu de montagne, de cataracte, d'abîme.et de cosmos en sus: «Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le tils./ Turbulent, charnel, sensuel.mangeant, buvant et baisant» (Feuilles d’herbe).Whitman est l'homme de la parole, de la parole torte que l'on entend au loin, que l'on comprend.C'est une parole qui atteint tous les niveaux des sens et de la conscience, du Ciel et de l'Enfer, du grain de sable aux étoiles.Pas étonnant qu'une parole aussi pénétrante, si près du corps et des désirs, qui prêchait la liberté et l’amour, terrifia la pudibonde Amérique.Tant et si bien que, de son vivant.Whitman fut plus souvent traîné dans la boue que porté aux nues.Jamais d'Europe, jamais d'Asie ni d'Afrique.Si ce n est dans son propre pays.Walt Whitman n'a guère voyagé.Il a tout de même goûté quelques mois et quelques paysages du Canada.Après un long voyage dans l'Ouest américain, de septembre 1879 à janvier 1880, il repart en juin pour London, en Ontario, et visite en août, en compagnie de son ami, le D' Bucke, Montréal, Québec et la rivière Saguenay.Ce sont quelques extraits des notes de voyage prises au long de son itinéraire québécois, publiées après sa mort, que nous reprenons ici.Ces passages trahissent la fraîcheur et les légères imperfections des notes que Leur Amérique Le Québec sous le regard d’écrivains anglais, américains et autres Ist » > » 11** I on confie à un carnet.XZ2%£>- ncrex ** ¦ ¦ «MM l^e village de Tadoussac, v.1885 Balade au Canada , „.Walt Whitman Poète américain: 1819-1892 WALT WHITMAN Bref retour en arrière.J’ai quitté Philadelphie, coin de la rue Green et de la K', à 20h, le 3 juin [ 1880j, dans un wagon-lit de première classe, par la vallée Lehigh [dans le nord de la Pennsylvanie], çn passant par Bethlehem, Wilkes-Barre, Waverly et ainsi de suite [par Erié] à travers Corning jusqu'à Hornellsville, où nous sommes arrivés à 8h le matin et avons eu droit à un généreux petit-déjeuner.Je dois dire que je n’avais jamais passé une aussi bonne nuit lors d’un voyage en chemin de fer douceur, solidité, minimum de soubresauts et vitesse compatible avec la sécurité.Sans changement vers Buffalo puis Clifton, où nous sommes arrivés en début d’après-midi; ensuite, en quatre heures de plus, nous étions à London, Ontario, Canada — au total, moins de 22 heures de voyage.Je loge dans la maison si hospitalière de mes amis, le Dr Bucke et son épouse, sise au milieu des grands jardins et de pelouses de l’asile d’aliénés.[.] Un Zollverein entre les États-Unis et le Canada Quelques-uns des journaux les plus libéraux,du pays débattent de la question d’un Zollverein [une union douanière] entre les Etats-Unis et le Canada.On propose d’établir une union pour des raisons commerciales, d’abolir tout à la fois les ta- rifs douaniers et les services administratifs des douanes entre les deux pays, de s’entendre sur un tarif unique dont les recettes seraient partagées entre les deux gouvernements au prorata des populations.On dit qu’une grande partie des marchands canadiens sont en faveur de cette démarche puisqu’on croit que celle-ci aiderait au développement des affaires en supprimant les restrictions aux échanges qui existent entre les deux pays.Ceux qui s’opposent à cette politique croient que celle-ci, tout en augmentant sans doute le bien-être matériel du pays, affaiblirait les liens entre le Canada et l’Angleterre.Et ce sentiment l’emporte sur le désir de prospérité.C’est une question pour l’instant sans réponse de savoir si ce dernier sentiment peut continuer de supporter la pression unioniste.Plusieurs pensent que les considérations commerciales devraient l'emporter avant tout II semble aussi que l'on s’accorde sur le fait que le Zollverein, ou l'union douanière, bénéficierait bien davantage aux provinces canadiennes qu’aux Etats-Urps.(Tl me semble certain que tôt ou tard le Canada formera deux ou trois grands Etats, égaux et indépendants, avec le reste de l’Union américaine.le* Saint-Iaurent et les Grands lacs ne sont pas une ligne frontalière mais un grand canal intérieur ou central.) VOIR PAGE D 2: WHITMAN a < SOURCE UVERNOIS LE DEVOIR.LES SAMEDI J ET D I M A .V C H E 5 A O C T 2 0 0 1 I) 2 LIVRE WHITMAN SOURCE LIVERNOIS SUITE DE LA PAGE D 1 La voie du Saint-Laurent 20 août — En partant du principe selon lequel mes trois ou quatre mois passés au Canada étaient destinés, entre autres, à l'exploration de la voie du Saint-I^urent, entre le lac Supérieur et la mer (les ingénieurs du pays insistent sur le fait de considérer ce cours d’eau de plus de 2000 milles de longueur, y compris les lacs, les chutes du Niagara et tout le reste, comme un seul et même ensemble), je dois reconnaître que je n’ai réalisé jusqu'ici qu'une faible partie de mon programme.Tout de même, les 700 ou 800 milles déjà parcourus m’ont permis de constater que la question canadienne | -the Canadian question A dépend intégralement de cette grande voie d’eau, de ses configurations remarquables et des lieux de négoce, de son caractère humain, etc.J’écris ces lignes a prés de 1000 milles de mon point de départ, Philadelphie, en route vers Montréal et Québec, au milieu de régions qui s’étendent jusqu’aux extrêmes limites de la désolation: désert de beauté, domaine de terreur silencieuse et païenne, demeurant toutefois chrétien, aussi habitable et fertile que tout autre point de la Terre.la température demeure parfaite, certains la trouveraient un peu fraîche, mais je porte mon vieux pardessus gris, et je me sens très bien.Les jours sont remplis de rayons de soleil et d’oxygène.Je passe presque toutes mes matinées et tous mes après-midis sur le pont avant du bateau.Le Saguenay sauvage Remontée des eaux noires (du Saguenay] sur plus d’une centaine de milles — eaux toujours puissantes, profondes (des centaines de pieds, des milliers parfois), avec comme rivages des collines rocheuses vertes et grises toujours élevées —, ressemblant parfois à certaines parties de la rivière Hudson, mais d’un caractère toujours plus prononcé et audacieux.Les collines sont plus hautes et défilent dans un ordre ininterrompu.la rivière est plus droite et d’un débit bien plus élevé, et la couleur des eaux, bien qu’aussi noire que de l’encre, est exquisement polie et brillante sous le soleil d'août Complètement différente, cette rivière Saguenay, de toutes les autres rivières, produit des impressions différentes, possède une hardiesse, un jeu d'ombres et de lumières plus véhément qu’ailleurs.D’un charme rare de singularité et de simplicité.Comme un jeu d’orgue à minuit provenant d’un vieux couvent espagnol, Favorita — un seul accord, simple, monotone, dépouillé, mais indescriptiblement pénétrant.grandiose, impérieux.Lieu remarquable pour les jeux d’échos: pendant que notre bateau à vapeur était à quai a Tadoussac (taj-ou-sac), lorsque de la tuyère s’échappait de la vapeur, j’étais sûr d’entendre, de l’hôtel situé la-haut sur les rochers, jouer un orchestre — je pouvais même reconnaître quelques-unes des mélodies.Ce n’est que lorsque la tuyère s’est arrêtée quç j’ai su ce qui en était la cause.De même, aux caps Eternité et Trinité, le pilote, avec son sifflet à vapeur, produisit les mêmes merveilleux effets, les mêmes échos ineffable-ment fantastiques, alors que nous étions immobiles dans la baie sous l’ombre des masses rocheuses.Caps Éternité et Trinité Mais les majestueux, hautains et silencieux caps eux-mèmes, je doute qu’aucune saillie, aucune colline, aucun lieu historique — ou quoi que ce soit d’autre dans le monde — ne surpassent ces objets (j’écris au moment même où je suis en face-à-face avec eux).Ils sont très simples, ils n’impressionnent pas outre mesure — tout au moins dans mon cas — mais ils restent à jamais gravés dans la mémoire.Ils sont très près l’un de l’autre, côte à côte, chacun s’élevant avec ivresse des eaux du Saguenay.Un bon lanceur pourrait lancer une pierre sur chacun en passant — il me semble, tout au moins! En ce qui a trait à leur configuration, ils sont aussi distincts l’un de l’autre que deux corps parfaits, celui d’up homme et celui d’une femme, peuvent l’être.Le cap Eternité est nu, raboteux et sinistre (d’une indescriptible beauté cependant); il s’élève, comme nous venons de le dire, à pic, hors de l’eau, à près de 2000 pieds de hauteur.Le cap Trinité, un tantinet plus haut, au sommet arrondi comme une grosse tête aux cheveux de verdure coupés court, s’élève de l’eau d’une manière tout aussi abrupte.Je me considère bien payé d’avoir franchi un millier de milles pour jouir de la vue et nourrir ma mémoire de ce duo sans rival.Es m’ont remué plus profondément que tout ce que j’ai pu voir jusqu’à présent Si l’Europe ou l’Asie en étaient les dépositaires, nous en attendrions certainement parler dans des poèmes, des rhapsodies, etc., des douzaines de fois par année, dans nos journaux et revues.Chicoutimi et la baie des Ha! Ha! Non, en effet la vie, les voyages, la mémoire jamais ne m’ont offert et ne m’offriront des circonstances de vie aussi marquées, des panoramas ou des paysages aussi réjouissants pour l’âme que ceux que m’ont prodigués Chicoutimi et la baie des Ha! Ha', et mes jours, mes nuits de remontée et de descente de cette rivière sauvage si fascinante, les montagnes arrondies, cer- La grande décharge au Lac-Saint-Jean, vers 1890.taines dénudées et grises, certaines d'un rouge émoussé, certaines drapées d’une verdure enchevêtrée ou de vignes, les amples, calmes et éternels rochers, les longues bandes d’écume bigarrée, le blanc laiteux des vagues étincelantes de la rivière, les petites goélettes à deux mâts, d’un jaune lugubre, avec des voiles rapiécées posées comme des ailes s’approchant de nous, venant insolemment avec deux hommes à bord au teint hâlé et aux cheveux noirs, les ombres fortes tombant sur le contour gris et jaune des collines durant toute la matinée alors que nous naviguions à portée de fusil de ceUes-ci, tandis que toujours le ciel pur et délicat se répandait sur tout Et les splendides couchers de soleil, et le spectacle de la nuit, les mêmes vieilles étoiles (apparemment quelque peu différentes, comme je vois, si loin vers le nord), Arcturus et Lyre, l’Aigle et la planète Jupiter comme un globe d’argent, et la constellation du Scorpion.Ensuite, les lumières nordiques, presque chaque nuit Les habitants — la «belle vie» Si sévères, si rocheux et si ténébreux que soient ces parages, vous ne devez pas croire, cependant, que la bienveillance humaine, que l'aisance et la «bel- le vie» y soient absents.Juste avant de prendre ces notes, j’ai fait un somptueux déjeuner avec de la truite et un dessert de framboises.Je trouve partout des sourires et de la courtoisie; curieusement, la physionomie des gens ressemble en général à celle que l’on observe aux Etats-Unis (j’ai été étonné de trouver les mêmes ressemblances partout à travers la province de Québec).Règle générale, les habitants simples et courageux de cet âpre pays (les comtés de Charlevoix, Chicoutimi et Tadoussac ainsi que la région du Lac-Saint-Jean) travaillent en forêt, chassent les animaux à fourrure, naviguent, pêchent, cueillent des bleuets, font un peu d’agriculture.Je surveiUais un groupe de jeunes canotiers en train de prendre leur repas matinal, rien d’autre qu’une immense miche de pain, de la mesure d’un boisseau, qu'ils débitaient en gros morceaux à l’aide d’un couteau de poche.Tout cela doit être un extraordinaire pays hivernal, quand le froid et la glace s’installent tout à fait Extraits de The Complete Prose Works Of Walt Whitman, volume 1, New York and London, G.P.Putnam’s Sons, 1902,324 pages, pages 292 à 301.Traduit de l’anglais par Luc Bureau.'VÜÎ 1 Roman Je ADÉLAÏDE ¦ Le goût du bonheur, T.2 V Marie LABERGE Boréal r 18 2 Roman Qc GABRIELLE - Le goût du bonheur, T.1 V Marie LABERGE Boréal 34 3 Fantastique HARRY POTTER ET LA COUPE DE FEU.T.4 ?Joanne K.ROWLING Gallimard 36 4 Dictionnaire LE PETIT WROUSSE ILLUSTRÉ 2002 COLLECTIF Larousse 4 5 Polar DANS LA RUE OÙ VIT CELLE QUE J'AIME M.HIGGINS-CLARK Albin Michel 8 6 Spiritualité LE GRAND LIVRE DU FENG SHUIV - Êd broché GUI HALE Manise 119 / Psyctiologie CESSEZ D'ETRE GENTIL, SOYEZ VRAI ! V T.D’ANSEMBOURG L'Homme 29 8 Polar L'ENGRENAGE John GRISHAM Robert Laftont 7 9 Roman PORTRAIT SÉPIA AP Isabelle ALLENDE Grasset 6 10 Roman EN AVANT COMME AVANT ' AP Michel FOLCO Seuil 10 11 B.D.ASTÉRIX ET LATRAVIATA Albert UDERZ0 Albert René 21 n Psychologie A CHACUN SA MISSION AP J.M0NB0URQUETTE Novalis 86 il Polar MEURTRES EN SOUTANE AP P 0.JAMES Fayard 5 11 Roman DOLCE AGONIA V Nancy HUSTON Actes Sud 20 11 Roman Qc UN PARFUM DE CÈDRE V - Êd.compacte A-M.MACDONALD Flammarion Qc 43 16 Roman Qc UN DIMANCHE A IA PISCINE A KIGALI AP Prix des libraires 2000 G.COURTEMANCHE Boréal 40 TT Roman JE PENSAIS QUE MON PÈRE Et Alt DIEU AP Paul AUSTER Actes Sud 7 !i Psychologie QUI A PIQUÉ MON FROMAGE ?Johnson SPENCER Michel Eaton 32 11 Roman LE MARIAGE Danielle STEEL Pr de la Cité 7 20 Polar L'OISEAU DES TÉNÈBRES AP Michael CONNELLY Seuil 9 21 Sc.Sociale Qc U SIMPLICITÉ VOLONTAIRE V Serge MONCEAU Écosociété 172 22 Jeunesse A IA CROISÉE DES MONDES, T.3 - Le miroir d’ambre V Philip PULLMAN Gallimard 17 23 Sociologie LE NOUVEL ART DU TEMPS SERVAN-SCHREIBER Albin Michel 80 24 Cuisine LES SALADES Anne WILSON Kônemann 12 ?b Flore LES CHAMPIGNONS SAUVAGES DU QUÉBEC V - Nouvelle édition - SICARO / (AMOUREUX Fides 7 Polar OPÉRATION HADÈS AP WDIUM / LYNOS Grasset 22 IL Guide PLAISIRS D'ÉTÉ PAS CHERS.3e édition Alain DEMERS Trécarré 11 28 Jeunesse LES Plus BEAUX CONTES DU TEMPS PASSÉ AP COLLECTIF Hachette 346 29 Roman LE DÉMON ET MADEMOISELLE PRYM Paulo C0ELH0 Anne Carrière 16 30 Roman Qc lA OÙ IA MER COMMENCE Dominique DEMERS Robert Laffont 18 3Ù Nutrition LE JUSTE MILIEU DANS VOTRE ASSIETTE AP SEARS / LAWREN L'Homme 222 32 Polar CÉRÉALES KILLER SAN-ANT0NI0 Fleuve Noir 10 33 Essai NO LOGO La tyrannie des marques T Naomi KLEIN Leméac 16 Sc Sociale Qc CONTES ET COMPTES DU PROF LAUZON Léo-Paul LAUZON Lanctôt 14 11 Spiritualité LE POUVOIR OU MOMENT PRÉSENT Eckhart TOLLE Ariane 45 36 Jeunesse CHANSONS DROLES.CHANSONS FOLLES AP (Livre A CO) Henriette MAJOR Fides 45 ;¦ Cuisine SUSHIS FACILES AP COLLECTIF Marabout 61 11 Sport GUIDE DES MOUVEMENTS DE MUSCULATION AP F.OELAVIER VigOt 164 11 Psychologie DE U CONVERSATION AP Théodore ZELDIN Fayard 100 40 Biographie Qc JACQUES PARIZEAU.T, 01 - Le croisé AP Pierre DUCHESNE Qc Amérique 11 41 Maternité MON BÉBÉ : je l'attends, je l'élève E.TENWICK Reader's Digest 218 11 Humour Qc LES CHRÈTIENNERIES Pascal BEAUSOLEIL Intouchables 43 .11 Roman LA VIE SEXUELLE DE CATHERINE M Catherine MILLET Seuil 12 44 Guide COLLECTIF Bidède 7 45 Arts ILS ONT ÉTÉ LA MUSIQUE DU SIÈCLE AP Pierre BEIQUE Pierre Berque 9 ?; Coup de coeur RB ¦¦¦¦¦ 1** semaine sur notre liste Nombre de semaines N B, Hors prescrits et scolaires depuis panltlon Pour commander à distance : B (514) 342-2815 www.renaud-bray.com [ - SCABRINI MEDIA Bien au-delà de la simple impression et [ 1 AGMV Marquis aT | IMPRIMEUR INC.La passion du livre québécois Longueuil • Montréal • Montmagny • Sherbrooke HISTOIRE DES CIVILISATIONS Florilège grec CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR Pour Jacques Lacarrière, la langue d’Homère et la culture grecque sont une sorte de deuxième peau.L’écrivain français a traduit les grands auteurs grecs, de Sophocle à Esope en passant par Hérodote, rédigé de nombreux ouvrages sur la Grèce et commis plusieurs œuvres personnelles qui l’avaient pour thème.Et à partir de ces mots qu’il a cent fois soupesés, analysés, évoqués, nommés, il s’est une fois de plus lancé, avec ce Dictionnaire amoureux de la Grèce (Plon), à la conquête de ce pays qui inspira mille vers et miUe soupirs.Parce qu’il maîtrise à fond son domaine, Lacarrière navigue sans difficulté à travers trente siècles d’une langue qu’il connaît par cœur.L’ouvrage mêle donc sans transition le plaisir et l’érudition, l’un n’étant d’ailleurs pas étranger à l’autre.Du pas léger du connaisseur, ce grand marcheur qu’est Jacques Lacarrière passe ainsi sans plus d’ambages de la Grèce antique à la Grèce moderne, citant, selon son sujet et son humeur, Hippocrate ou Anaxore, du V' siècle avant J.-C., ou encore les poèmes de l’auteur grec contemporain Patrikios Titos.Ce dernier a d’aiUeurs ces jolis mots sur son pays.«D'abord, il y eut la mer.Je suis né au mi- ARCHIVES LE DEVOIR Socrate, philosophe grec.lieu des îles / île moi-même juste émergée / Le temps d’entrevoir la lumière / Elle aussi pétrifiée et de retourner à l’abîme.Les montagnes sont venues plus tard.Elles, je les ai choisies.Pour partager ensemble le fardeau / Qui pèse sur ce pays depuis des siècles», écrit-il dans Montagnes.Et c’est bien d’humeur qu’il s’agit ici, l’auteur ayant délibérément choisi de laisser aller son cœur pour sélectionner chaque entrée de ce petit dictionnaire qui traverse l’histoire, d’Alexandre le Grand à Constantinople en passant par l’ensemble des Néréides, décrites par ordre alphabétique, d’Actæ la riveraine à Thésis l’immense, ou encore par un extrait de sagesse socratique.Qui, en effet, au fond, expliquera ce faible amoureux qu’on a pour un auteur, un livre, un objet ou un mot?Ansi Jacques Lacarrière oscille-t-il entre histoire, littérature et mythologie, sans se priver de quelques digressions inattendues sur le thème de l’exocet, ce poisson qui a des fuites soudaines hors de l’eau, ou encore sur celui du combologue, sorte de chapelet de perles ou de grains enfilés que l’on fait gfisser entre les doigts.La chose aurait au moins deux usages: à l’église, où elle joue le même rôle qu’un chapelet; à la taverne, où l’on s’en sert pour cogner contre son verre en chantant des chansons — comme les deux facettes d’une même médaiUe.Lacarrière ne dédaigne pas non plus de relater au passage les mythes d’Europe, d’Icare ou de l’Atlantide.Tel un amoureux, il revient ainsi à certains lieux qu'il a déjà fréquentés et n’hésite pas, par exemple, à citer entre autres sa propre suite de poèmes, intitulée (f/care: «Car oiseleur fut mon père qui de moi fit un oiseau manqué.» Lacarrière peut aussi, tout à sa guise, disserter sur les rebetiko, rebetika au pluriel, cette sorte de blues des Grecs, dont le sens proviendrait de rébétès, qui veut dire marginal, déclassé, asocial ou encore truand et hors-la-loi.Le genre musical a évolué dans _ un monde clandestin avant d’émerger en Grèce dans les années 50, après la guerre.Et, comme du reste, Lacarrière peut en parler, car il a traduit plusieurs de ces chants qui s’éloignent, pour reprendre ses mots, de la Grèce de la bourgeoisie et des hellénistes pour entrer dans celle de l’ombre.«Cinq ou six grands fumeurs de hasch / Ont rencontré Charos / Pour lui demander ce que font / Dans l’Ha-dès leurs vieux complices», lit-on dans Rencontre avec la mort, traduit par Lacarrière.On a donc ici affaire à un collier des perles, gemmes que l’auteur aurait amassées au fil de longues et nombreuses recherches et dont il n’a conservé que ses préférées.On ne s’en plaindra pas, quitte à compléter ses lectures ailleurs, la passion ayant la propriété d’être contagieuse.la légèreté permettant d’y circuler à l'aise et la Grèce étant un sujet riche entre tous.DICTIONNAIRE AMOUREUX DE LA GRÈCE Jacques Lacarrière Plon Paris, 2001,603 pages RÉC ITS Rage cycliste CAROLINE MONTPETIT LE DEVOIR C> est une démangeaison, un souffle, une envie.Une passion qui donne naissance à de petits et grands exploits.Le besoin de rouler, de regarder la route défiler sous ses pieds, de tendre ses muscles au maximum, d'aligner les kilomètres, celui d’être épuisé et de s'être épuisé.L’écrivain Paul Fournel avait déjà obtenu le Concourt de la nouvelle pour Les Athlètes dans leur tête.Dans Besoin de vélo (Seuil), il reprend les phrases brèves, le texte court pour évoquer les heures passées à suer, à pédaler, à monter, à descendre, à rêvasser, et à écrire, sur le vélo.Sous les entêtes évocatrices — machine, jambes, plat, bruit.odeurs, vent ou paysages —, on retrouve cet entêtement sans cesse renouvelé du cycliste qui monte une côte, la flamme d’admiration dans les yeux de l'amateur qui détaille le costume et la performance des coureurs du Tour de France,.Et aussi, en filigrane, comme un appel, on entend la conscience de l'homme qui vieillit, soit, mais qui grimpe et qui grimpe encore.En dernier lieu, on retrouve l’écrivain au Caire, dans une ville où il manque d’espace pour rouler, souffrant d'un certain mal du pays, songeant aux vallons et aux vallées de la France.C’est le pays même du vélo, ce pays où, dans la même journée, on «peut changer trois ou quatre fois de pays, et la succession de ces paysages possède un charme fort».écrit Fournel, avant d’ajouter: *[.] notre pays est cycliste par le maillage serré de ses routes et par la variété de ses formes».Dans la peau du cycliste il y a aussi l’écrivain, dont certains textes sont venus à grands coups de pédalier.«Les jours de randonnée paisible sont des jours parfaits pour brasser du texte.Je pars avec une phrase, une idée, et je la mouline pendant quelques heures.Il m 'arrive de rentrer avec une nouvelle quasi bouclée, un article, un bout de texte», confie-t-il.Aussi, ses phrases, ses flashes, défilent, et dans l’ellipse, on sent le vent passer.Puis, on avale quelques lignes comme on contemple, le souffle court, le paysage, le temps d'essuyer sa sueur et de s’asperger d'une bonne giclée d’eau.Cycliste accompli, Paul Fournel.qui a fréquenté le groupe de l'Oulipo de Pérec, Queneau et Calvino, n'est pas le moindre des écrivains.A vrai dire, vélo et littérature sont deux amours qui lui sont venus simultanément, comme deux miracles qui l’ont porté toute sa vie.«À quelques mois d’intervalle, raconte l’éditeur et l’écrivain, j’appris donc, dans cet ordre, à faire du vélo et à lire.Au Noël de mes cinq ans j'étais un homme fait: je savais mon travail et mon loisir.» Devant lui, le monde restait à conquérir.BESOIN DE VÉLO Paul Fournel Editions du Seuil Paris.2001,240 pages > LE D E V 0 I K .LES SA M EDI I E T I) I M A N ( H E A (I I I > 0 O I I) -^ Livres '»- ROMAN QUÉBÉCOIS A Etre seul.comme tout le monde CAHIER D’ÉTÉ My Lan To Triptyque Montréal, 2000,91 pages Le regardeur qui se déplacé fait-il bouger ce qu’il voit?Et lui suffit-il de «fixer* le soleil ou la terre pour les immobiliser?Assurément, ont répondu certains philosophes empiristes et, à leur suite, de très nombreux poètes.Tout, alors, ne serait que perception.Illusions que tout cela, mais précieuses, pense plutôt le narrateur de Cahier d'été, un garçon de 15 ans qui ne se prend pourtant pas pour un philosophe.Gabriel est un jeune homme de bonne famille qu’on pourrait croiser dans la réalité: sensible, tourmenté comme on peut l'être dans le plein de l’adolescence, à qui il ne manque que ce cynisme blagueur, si porté aujourd'hui, pour qu’on le dise tout à fait englué dans notre époque.Il lui arrive de pleurer à chaudes larmes, mais en secret.Il a surtout le sentiment d’une solitude foncière, natale — «Je suis né seul», assure-t-ü Robert — et de son étrangeté profonde.Chart rond Ce qu’il a en commun avec le res-^ # ^ te de l'humanité, c’est une réticence quasi instinctive à s’ouvrir aux autres.Il se raconte avec le plus de lucidité qu’il peut tout en se laissant aller aux épanchements propres à son âge: narcissisme, rejet parfois hautain du monde, repli sur soi.Gabriel vit et écrit son mal d’être généralisé, diffus.Cette disposition d’esprit donne lieu à de fortes tempêtes intérieures, qui contrastent avec la sérénité de ce qu’il faut bien appeler sa réalité.Il est de bonne famille: la mère est discrète mais attentive, le père, un brin taciturne, et son jeune frère est gentil.Pas de drame ni de conflit grave de ce côté.Cet été de ses quinze ans, comme les précédents, il va le passer avec sa famille dans un coin retiré, au bord d'un lac où les chalets sont rares.Ce sont, encore une fois, de longues vacances en perspective, un espace de temps dont il va pouvoir disposer à sa guise.Gabriel se sent à la fin d’une epoque de sa vie.ou il prend conge sans nostalgie d’une enfance qui semble avoir ete sans histoire, de même que d'une école — qu’on devine privée — qu'il a îrequentee depuis onze ans.Il ne reverra sans doute jamais ses camarades, ses «contemporains», comme il les désigne avec un brin d'ironie, parmi lesquels il s'etait toujours senti etranger.D n’y en eut qu’un, Porto, avec qui il se devinait des affinités.Mais ils étaient aussi ombrageux l’un que l'autre, si bien qu'ils n'ont jamais fraternise.Les jours s’écoulent lentement, où Gabriel a tout loisir d'éprouver le vide de son existence, d’aménager la mort d’une part de lui-même et, si possible, une certaine resurrection.Il se dit, lui.en «convalescence», d'une maladie qui l'a de toute evidence affligé dès la naissance.A quoi mourir, à quoi renaître?Comment se debarrasser de cette rage rentrée, de cet ennemi familier qui le constitue ?Gabriel se cherche un «frère», en fait une âme sœur, dont le sexe ou l’âge, en l’occurrence, importent peu.Quelqu’un — mais surtout pas n’importe qui — à qui il pourrait s’ouvrir et qui lui offrirait la réciproque.Sans amis ni confidents jusque là, il ressent cet été-là sa solitude comme une perdition: «Je me perds en moi», note-t-il, et ü lui faut du secours.D va recourir à son imagination et à son amour des mots en entreprenant la rédaction d’im récit imaginaire, consigné dans un cahier d’écolier, qu’il aurait aime écrire avec son propre sang.11 se contentera de la plombagine, c’est-à-dire de la mine de plomb, si jolie lorsqu’on la désigne ainsi.Il se projette dans ce cahier plus qu’il ne s’y épanche, car l'entreprise est, dès le départ, très organisée.11 racontera dans ce cahier d'été les tribulations de trois personnages: Isma, le père de celle-ci et un vagabond blessé, recueilli et soigné par elle, dont chacun est associé à un élément fondamental — le vent, l’eau, le feu.Alors que le cahier progresse, que les personnages imaginés donnent à leur auteur le sentiment de se faire dérober le peu de douceur et de paix qui lui restaient Gabriel, à écrire, se sent paradoxalement «unifié».Et pendant ce long temps, la réalité banale des vacances d’été suit son cours.Les jours et les nuits se succèdent Gabriel se baigne dans le lac.Il communie avec le soleil et la lune.11 pense même avoir découvert un frère en humanité dans la personne d’un voisin lointain, Hervé, un sexagénaire, ami de la famille, dont le SOVRCK l'Rimgi i' Gravure illustrant le Cahier d’été de My Lui To.chalet et la personne l’impressionnent Séduit par ce qu’il devine de la maturité et de la culture de cet homme — il possède beaucoup de livres, son chalet est encombré d'objets rapportés de ses voyages —, Gabriel croit avoir deviné en Hervé, pourtant sec et glacial, le «maître» qu'il cherchait Cet homme d’un âge certain demeurera un étranger.Qui est ce garçon qu'il héberge, neveu ou petit ami, que Gabriel qualifie de «serpent androgyne»?Un rival fantasmatique de Gabriel, son alter ego?Il y a des passages troublants dans ce Cahier d'été, où le narrateur cherche manifestement à séduire un homme vieillissant — «Mes jambes nues effleuraient sa veste grise, je sentais la chaleur sanguine de son dos contre ma cuisse» —, où il se demande en toute candeur «Se pourrait-il que j’aime un homme?», et où il fabrique de toutes pièces, entre Hervé, son protégé et lui-même un «ménage à trois», dont on se doute bien qu'il n'a existe que dans l'imaginaire tie vieux du narrateur.Ce trio «réel» fait echo à celui que le jeune Gabriel invente dans son journal d’ete.Et bien malin, ici, qui pourrait distinguer le vrai du faux Hervé le sexagénaire aura eu le mente d’entrouvrir son intimité profonde — mais laquelle?—, d’offrir au jeune narrafetu- du Cahier d’été son charme secret et, au bout du compte, sa vulnérabilité et sa solitude qui sont le lot de chacun.L'imagination et les désirs du jeune homme auront galopé pendant ses somptueuses vacances.«Bouleverse, le diable au corps», parfois il s'imagine, dans un fantasme concomitant aux autres, être «une plage qui attend le corps de la jeune fille noyée» où elle et lui seraient «unis par le mûr destin et la finalité de la mort».I .e garçon île ce récit ne s'inquiète jxts de son «orientation» sexuelle, l'as si bêle.Il se tient encore, à l’orée de l’âge adulte, pour quelque temps encore, dims l’in-detemüne, où toutes les virilités sexuelles, morales, relationnelles — sont encore envisageables et ne vase ni victoire ni solutions.Son cahier demeurera inachevé, et intacte, son inquietude foncière.Il s»' rendra à une certaine acceptation de soi et du monde, à la lin d'un été où il s’est tenu loin de la planification et de l'examen de conscience la» personnage du court récit de My Lui To est egalement un amoureux des mots, qui fait mine de découvrir sur le tard le solipsisme alors qu’il n’a jamais cessé d’en pratiquer le sens.Son paysage imaginaire est voisin du Rainer Matin Rilke des Ijcttrcs à un jeune poète et des Cahiers de Malte Ijiuris Brigge, et iieut-être également de Saint Deny s Garneau.11 pratique, sans les chanter, la nécessaire solitude, la parenté d
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