Le devoir, 16 octobre 1926, samedi 16 octobre 1926
Volume XVn.- No 211.Abonnements par la posta: Edition quotidienne CANADA.W.M Etats-Unis at Empira Brttanniqaa .8.00 UNION POSTALE.10.M Edition hebdomadaire CANADA.loo ETATS-UNIS ET UNION POSTALE .* 00 LE DEVOIR Directeur: HENRI BOURASSA FAIS CE QUE DOIS! Montréal, samedi 16 oct.1926.TROIS SOUS LE NUMERO Rédaction et adminstration: Î36-340 NOTRE-DAME EST MONTREAL TELEPHONE Main 7460 Sarrtea da nuit : Rédaction, Main 6121 AdminiatratioR.Main 6163 “One man car” et autobus A propos des changements que la compagnie tramways vient d’opérer des ' Pc : re On a pu voir dans le Devoir d’hier, en troisième page, que l’union des employés de tramway de Montréal proteste contre l'introduction du tramway dit one man car.Il ne s’ensuit pas que la compagnie prie tout de suite la Commission de le retirer de la circulation.Il faudra sans doute appuyer la démarche des employés syndiqués; d’autant plus que ceux-ci ne se placent point uniquement au point de vue de leurs intérêts corporatifs.Ils songent aussi au public./ Un billettiste du Devoir a déjà fait valoir les arguments qu’ils invoquent.N’y revenons pas en détail.Rappelons seulement sommairement que ce joli joujou, perfectionné et nickele de partout, invitant, remplacerait avec avantage le Toonerwlie Tramway, popularisé par la caricature, ou tout autre tramway de tranquille bônlieue, circulant sur une voie qui n’est pas sans cesse envahie par les voitures, comme le tramway du Bout-de-l’Ile, par exemple; mais il n’a pas sa place dans une rue à circulation intense, violente, difficile comme la rue Notre-Dame est.Il est dangereux.H n’est pas économique.Il est nuisible a la circulation.Nous avons vu, en plusieurs circonstances, que les commissaires du tramwayjoherchaient une solution à un problème qiu les taquine fort: Comment épargner du temps?Comment activer la circulation?Ils avaient même song*' dans le temps, si nos lecteurs se le rappe llent, à introduire ici le Peter Witt, précisément en vue d’activer le service, d’épargner du temps.Et dans l’administration des tramways comme dans toutes les autres, temps = argent.Plus le même tramway accomplit de trajets et plus il rapporte.Or le Peter Witt permettait d activer la circulation, de gagner du temps, parce que la perception des billets se fait en route, qu’il n’y a plus d’obstruction à l’entrée.Le nouveau tramway est exactement aux antipodes du Peter Witt.11 ne peut fonctionner sans que tout voyageur entrant soit en règle.Il est bête comme une machine.Il s’ouvre et se ferme tout seul, quand la mécanique n’est pas détraquée, et ne tient pas compte de l’imprévu.On en a fait une sorte de jouet savant avec un stétoscope muni de courroie de transmission fixé sur le coeur du wattman; dès que celui-ci fait une syncope, le tramway stoppe de lui-même.La vérité, c’est que ce tramway présente de très.grands dangers.Le moindre accident au wattman-contrôleur peut avoir de graves conséquences, peut causer des tamponnements sérieux.Le moindre accident à la mécanique de la porte de sortie peut causer de graves blessures, sinon la mort d’un enfant, d'une femme ou d’un homme distrait.Or il nous semble que la vie humaine est plus precieuse que les économies de la compagnie.C’est cela, le premier facteur, c'est le cas de le dire: le primo vivere.De plus, il est inhumain dans des rues où la circulation est impétueuse, où les autos semblent sauter comme des puces affo-• lées d’un côté à l’autre de la chaussée, où l’incurie des enfants cause des énervements perpétuels au wattman, d’obliger le même homme n avoir l’oeil à tout.On dit des gens chauves qu'ils sont peu timides, qu'ils ont du front tout autour de la tête, mais on ne connaît encore personne qui ait des yeux tout autour de la tête.C’est ce qu’il faudrait pour le fonctionnement parfait dans les rues embarrassées —- du one man car.La dépense nerveuse du préposé à la manoeuvre doit être terrible.Et jamais cet homme ne pourra équitablement être tenu devant le coroner Responsable d’un accident.Créer le one man car, et de la part des autorités en permettre la circulation, c’est du même coup supprimer de fait les responsabilités du wattman et les garanties à la vie humaine.Pareil mépris de la vie, du bien essentiel aine qua non, ne peut exister que chez les barbares! Nous voulons croire que les employés auront' l’appui du public et que le tramway condamné ailleurs sera condamné ici.Au reste, dût-il être approuvé ailleurs que nous n’en voudrions pas ici.Quand finira-l-on d’aller chercher chez autrui tout ce qu’il y a de mal et d’y laisser soigneusement tout ce qu’il y a de bien?Il faut de l'importation sélective.Voilà un point.11 y en a un autre.La compagnie des tramways — ce n'est plus la Commission qui parle au public — annonce un changement de trajet pour les autobus Sherbrooke.Le billettiste dont nous parlions plus haut réclamait l’autre jour la boucle à l’est comme la boucle à l’ouest, la belle boucle, disait-il, le noeud français.Ce n’est pas ce que l’on donne à l’est.Il y a solution de continuité rue Clherrier et on s'arrête à la rue de Montignv.L’intention n’est pas claire.Veut-on irriter les uns contre les autres certains marchands, pratiquer un favori tisme arbitraire et profiter de la division engendrée?Or ce n’est pas l’intérêt seulement du commerce qu’il faut chercher, mais l’intérêt du public.La clientèle a le droif d’exiger que si elle veut acheter à l’est comme à l’ouest ou aller au spectacle à l’csl comme à l’ouest, on lui donne accès au magasin de son choix ou au théâtre de son choix.Ce n’est pas par de Monligny qu’on accède aux magasins de la rue Sainte-Catherine.La compagnie le sait bien quand il s'agit de l'ouest où elle ne craint pas de faire revenir l’autobus sur ses pas afin U!"“ ceinturer les magasins.Or on prétendra sans doute que la circulation est embarrassée rue Sainte-Catherine est.D'accord: elle l’est beaucoup trop k l’est; mais elle l’est beaucoup plus encore à l’ouest.Ce (jni n‘rm-pèchi* pas l«i compagnie de faire descendre ses autobus a Sainte-Catherine et d'aiouter sans cesse de nouveaux services de tramway qui ne circulent pus dans l’est.Citons de mémoire les diverses lignes — nous sommes sûr d’on oublier.A l’ouest: Sainte-Cathe-rine-Atwater.Sainte-Cnthcrine-Monklnnd, Montréal-Ouest-Windsor, Montrénl-Ouest-Snowdon, (luy-Bcaver-Hall, Park-Avenue-Atwater, Mont-Royal-Atwater, Saint-Denis-Windsor et.le soir, Saint-Dcnis-Ahuntsic.A l’est, pour le moment: Sninte-Catherine-Maisonneuve et Sainte-Catherine tout court; plus, en attendant l'autre Erontenac, toutes les dix minutes, Saint-Denis-Frontenac.Comment peut-on après cela arguer de l'encombrement de la rue Sainte-Catherine est?Nous confessons au reste que la rue Sainte-Catherine est encombrée — mais dix fois plus n l’ouest qu’à l’est.La solution s’impose.îvajoutons pas a cet encombrement.Où nQUR no pouvons avoir la miche complète, prenons la demi-micht.Plus d’autobus à boucle: la ligne nord-sud et la ligne est-ouest.La ligne droite — topographiquement comme.moralement.Cela non plus ne se fera pas seul.Appuyons la demande des démarches nécessaires.Secouons le conseil assoupi ou fainéant Silhouette du jour M.Cardin Sir Lomer G&uin disait, une de ces semaines-ci, au Cercle Universitaire, en se tournant vers M.Olivier MaurauU, nouveau curé de Notre-Dame : "Nous sommes, vous et moi, M.le curé, des Sorelois.Ne l’oublions pas.’’ Voilà deux Sorelois rendus aux sommets; et s’ils ne sont pas sur le même,.ils voisinent, à la Place d’Armes.Tout près, ils ont un troisième pays, un autre Sorelois, M.Cardin.U fait de brèves apparitions à l’Hôtel des Postes, aux bureaux du ministère fédéral.D’une activité tenace, il vient y surveiller à la fois les intérêts montréalais du ministère et du irti.Originaire d'une ville où on ne parle que chantiers, constructions navales, chenal, dragues et dragueurs, U convenait que M.Cardin prît la barre de la marine et la gardât, même si M.Doucet n’a pu rembarquer sur le Margaret.Quand ses concitoyens l’élurent pour la première fois en 1911, à 32 ans, M.Cardin était à peu près inconnu hors de son patelin.Pourtant, dès lors, un des plus brillants avocats montréalais, son ancien camarade d’université, dit dans un petit groupe : "Ou je me trompe, ou Cardin sera ministre." Borden, la guerre, Meighen et les années passèrent.M.Cardin fut du ministère King en 1924.Depuis, surtout, il s’est révélé.Tribun populaire déjà prisé dans toute la vallée du Richelieu avant 1921, connu d’un bout à l’autre de la province depuis 1925, recherché partout pendant l’élection de 1926, il a du pectus, du souffle, une fort belle voix.On connaît moins scs dons réels d’administrateur sévère, vigilant et juste, si les conservateurs ont appris, en 1925 et en 1926.à connaître à leur grand dam son esprit d’organisateur madré.On lui fait un défaut d'une ?>ualité rare chez un homme po-itique : la modestie.S’il sait parler au public, il parle peu aux Communes.Il s’y réserw, comme s’il doutait de soi.C’est que tant de députés y parlent! N’importe.S’il persiste à se taire, on le taxera de vouloir faire dire de soi : "Pourtant, si Cardin voulait.'' et de préparer sa rentrée.Paul DULAC La politique fédérale UN “JAUNE” MÉCONTENT Après le discours du docteur Edwards aux loges orangistes de Toronto — Le “grand maître de l’Amérique britannique” est en colère contre Rome Bloc-notes Pour le dimanche On aura lu avec une vive attention.nous l’espérons, dans le Devoir d’hier, le dernier communiqué du comité québéquois de la Ligue du Dimanche.Ce texte est d’autant plus significatif que les chefs de la Ligue du Dimanche sont connus pour Ja modération de leur langage, pour leur souci de ne prêter aucune prise aux reproches d’exagération ou de parti pris.Or, ils‘écrivent: Il g a plus de deux semaines que la lettre du premier ministre avertissant les fabricants de pulpe et de papier de cesser tout travail le dimanche leur a été adressée.La plupart n'en ont encore tenu aucun compte.Dimanche dernier et le dimanche précédent, à Shawfnigan, d Grand Mère, aux Trots-Btvteres, au Cap de la Madeleine, à East-Angus, à Donna-cona.tes ouvriers ont dit Ira-voilier, comme, auparavant, jus-qn'à sept ou huit heures du matin.Aucun motif sérieux ne peut être invoqué pour fnstifier une trite attitude : ni la nécessité, ainsi nue.l'a prouvé ta récente enquête; ni la soudaineté de l'ordre irrlnfstériel, puisque, comme M.Taschereau le fail remarquer dans sa lettre, il n'en est pas à son premier avertissement.Le fait est qu’aucun groupe de violateurs de la loi n’a jamais été traité avec autant d’égard et de patience que ceux qui.dans l’industrie de la pulpe cl nu papier, violent depuis si longtemps la loi du dimanche.Ottawa, 15.—- M.J.W.Edwards, député de Frontenac, ancien ministre de M.Meighen en 1921, grand maître et souverain de la Grande loge orangiste de l’Amérique du Nord, vient de faire à Toronto quelques déclarations intéressantes.Il s’est montré singulièrement communicatif, car il parlait devant des fidèles éprouvés; il s’est laissé aller aux confidences et aux aveux.Pour notre édification le Telegram de Toronto a publié des extraits de ce discours qui pourront servir à l’histoire politique de notre temps, et auquel le Devoir a déjà fait allusion hier.M.Edwards a mal digéré son exclusion du dernier ministère Md-ghen.Ix; chef conservateur qui a démissionné lundi lui avait donné un portefeuille en 1921, mais Ta laissé de côté en 1926.— “Le groupe des Français catholiques et le groupe des Irlandais catholiques ont toujours des représentants dans chaque cabinet; ils en avaient dans la dernière administration conservatrice et, pourtant, un représentant remarquable de l’Ordre d’Orange n’a pas obtenu de portefeuille.J’ai averti Thon.Arthur Mci-ghen du fait que tant que je serais le chef de TOrdre d’Orange au Canada, on ne s’en servira pas comme d’un jouet que Ton caresse dans l'adversité pour le dédaigner dans la prospérité.J’ai dit 3a même chose à M.Howard Ferguson, et s’il effectue des compromis au sujet du Règlement XVII, je parlerai tant que Dieu me laissera la parole et je changerai tous les comtés que je pourrai.” Que lui, le représentant de l’Ordre Orangiste, n*ait pas fait partie, du cabinet Meighen, voilà qui le désespère évidemment.En même temps, il n’est pas satisfait du parti conservateur prqvincial ontarien puisqu’il juge à propos d’admonester M.Ferguson et de l’avertir.L’avenir se dessine mal pour les idées orangistes, si mal, en effet, que M.Edwards ajoute ce qui suit: "*Les vieux partis politiques peuvent nous obliger à former un parti britannique protestant canadien.Je ne sais pas encore si le temps est mûr pour un mouvement de cette sorte.Mais si vous étiez capable d’envoyez au parlement un groupe de dix à quinze députés environ, ne pensez-vous pas que vous pourriez faire réfléchir les chefs des deux grands partis?” Après avoir ainsi exprimé Bon désappointement et sa rancune d’avoir été exclu du cabinet Moi ghen, M.Edwards nous dit encore des choses intéressantes au sujet de la question des écoles de TAltoerta.Son impression confirme les impressions que d’autres que lui or.t éprouvées à la fin de la dernièré session.Et ses autres paroles indiquent combien il sera difficile de régler ce problème sans tapage et sans bruit.“Quatre-vingt dix-neuf oour cent des Canadiens croient, dit-il, que c’est le scandale des douanes qui a décidé un nombre suffisant de progressistes à voter avec le narti conservateur pour battre le gouvernement King en Chambre le printemps dernier.Ce n’était pas le scandale des douanes.Si vous analysez les votes, vous voyez que les libéraux ont été battus trois fois, fieux qui ont voté avec les conservateurs pour battre le gouvernement King venaient de la province d’Alberta et ont exprimé de la seule manière qu’ils le pouvaient le dégoût qu’ils ressentaient pour le gouvernement King qui n’avait pu leur remettre leurs ressources naturelles sans conditions.” Puis Toratcur poursuit encore: J’ai été le seul candidat de l’Ontario à parler du bill des ressources naturelles de TAlberta durant Ja dernière campagne.J’ai demandé à mon chef d’en faire une des questions principales de la campagne, mais celui-ci avait tellement tourné ses yeux du côté de Test qu’il ne pouvait regarder à Touest.H tentait de saisir l’ombre sous la forme de l’appui de Québec, ombre qui n’a jamais été plus qu’une ombre, et il laissait échapper la proie.“Et laissez-moi vous dire que la question des ressources de TAlberta n’est pas encore réglée.On ne pourra l’éviter.Nous devrons lui faire face.Si personne ne la soulève en Chambre durant la prochaine session, c’est le grand maître de l’Amérique (britannique du nord qui la soulèvera " M.Edwards n’a pas dit là que sa pensée personnelle.Comme peut le révéler n’importe quelle conversation avec un député conservateur un peu communicatif, le parti con servateur a été tenté de faire une lutte électorale sur le dos de Québec à la dernière élection; i] Tau-rait probablement faite, prenant la question des ressources naturelles de TAlberta comme cheval de bataille, si le bon sens de certains de ses chefs n’avait pas pris le des sus.L’aile la plus fanatique du parti, l’aile ontarienne conduite par les Edwards, les Hocken, les Church, a tenté de soulever des débats là-dessus, durant la dernière session.A la fin, on Ta laissée faire mais d’une manière détournée.Cette idée d’une élection contre le Québec, certains éléments du parti conservateur continuent à la ruminer et à la caresser.Ils y voient, à tort certes, un moyen dé revenir au pouvoir dans un bref délai et de culbuter le gouvernement King.Les ressources de TAlberta, fourniraient le prétexte.Mais certains autres conservateurs reculent devant possibilité d’un violent conflit de races, iandis que certains autres encore, qui ont un sens national in tense et un esprit plus large, ne veulent pas en entendre parler et tentent de diriger leur parti sur d’autres routes.Toutes ces tendances étaient, parait-il, assez visibles au caucus de lundi.Et quelques articles publiés dans la presse conservatrice du pays, depuis quelque temps, révèlent la même chose.I>e choix de M.Guthrie, comme chef, peut avoir une explication de ce côté.Sans espoir de faire dos progrès bientôt dans le Québec, découragés par leurs insuccès successifs, les conservateurs étroits ne s'occuperaient plus de reconquérir l’estime et les ¦fe ~ idF Tour de Bretagne Chez Corentin Quimper — Saint-Tugen — Finis terra* — Légende de la ville d'Ys — Le pardon des Filets bleus — Sur la tombe de Botrel, au pays des moulins (par Jean Bruchési) (FIN) Toute la population, qui veut la justice dans l’administration des araires de la compagnie, peut parler haut.Et cela gagné, ce ne sera qu’un point.Quand créera-t-on à l’eat le pendant dea ligne» nord, nord-est-oue»t qui favorisent tant le déplacement de la population et qui, systématique ment, créent l'encombrement des rues?Des comptoirs aussi 1 Louis DUPIRE.Il faut en finir Il faut tout de même en finir avec un pareil régime.Rien ne contribue davantage à développer le mépris des lois que de pareils exemples, tombant de milieux riches.Aussi le comité québécois de la Ligue du Dimanche écrit-il: De tels actes sont subversifs de Tordre social.Ils enlèvent à ta classe patronale le respect et la confiance auxquels elle a droit et contribuent plus que toute autre cause à dresser contre elle la masse des travailleurs.Aussi, soucieuse de voir la pair régner dans le monde Industriel votes des Canadiens français et profiteraient de toutes les occasions pour s’attacher solidement le vote protestant et anglais du pays.L’un d’entre eux exprimait leur sentiment en disant: “Il ne sert de rien de tenter de reprendre Québec.Depuis 30 a ns, nous échouons et en essayant d’y Paire élire -des députés, nous en perdons des nôtres." C’est une tendance que le parti conservateur combattra sans doute s’il aspire encore à des »ueeès nationaux.Léo-Paul DESROSIERS de notre province et convaincue qu’elle ne peut exister qu’ap-puffée sur le respect moral des droits et la juste observation des lois, la Ligue du Dimanche proteste de nouveau contre cette violation du repos dominical.Elle adresse un appel pressant an premier ministre intérimaire pour qu’il use de son autorité et fasse observer rigoureusement In loi.L'honorable monsieur Taschereau a déclaré, avant son départ, qu'il ne tolérerait plus de manquements sur ce point.De telles déclarations, accueillies avec satisfaction par la grande majorité de notre population, ne peuvent rester lettre morte.Vappel au publie .Cei appel nu gouverne ment, le comité québécois le fait suivre d’un pressant appel nu public.Nous faisons aussi appel, dit-il, au public.Que par des réunions, des pétitions, des démarches, les bons ritogens expriment énergiquement leur opinion.Qu'Ils interviennent auprès de leurs députés.Qu’Ils fassent agir les associations dont ils font partie, t.a question est grave.Tous doivent s’g Intéresser.Cet appel devrait déclencher un puissant mouvement d’opinion.Nous le recommandons à l'attention de tous les hommes de coeur, nous lui donnerons un large écho._ 0.H Billet du soir Cruelle énigme Astis autour de ta table Immense, dans la grande salle aux murs trop blancs pour n'être pas en chiqué, aux sonorités trop amples pour être harmonieuses, douze hommes sont butés devant un problème Insoluble.Certes, l’affaire est importante.La métropole, dont ces messieurs représentent la fortune commerciale, vient de se voir octroyer un ministre.par le gouvernement gâté, d’un peuple admirateur.Le gouvernement, sûrement, doit être félicité d'une telle munificence, on ne fait pas de politique dans la docte assemblée, mais quand mime, il faut prouver de la reconnaissance à qui reconnaissance est due et M.No-brahc, dont le regard malicieux pétille derrière les lourdes lunettes de corne, chevauchant une absence de ne: perdu dans une bouche sans dents, veut qu’on se prononce.Pensez donc, on avait négligé la métropole autrefois, on ne lut avait pas donné de fonctionnaire à qui on pouvait dire, en s'inclinant bien bas: "Mossieu le minisse.mais maintenant, il faut faire quelque chose, le gouvernement mérite qu'on le loue et qu'on le loue officiellement.Mais M.le président ne volt pas comment, sans faire, de politique, on peut féliciter le gouvernement.D’ailleurs, M.le président, — il ne, le dit pas, mais chacun connaît ses idées politiques qui ne sont pas celles du nouveau "mossieu le ml-nisse", — trouve qu’on ne devrait pas faire de précédent, qu’il ne faudrait pas montrer an gouvernement qu’on prise son geste.D’ailleurs.Les journaux ont récemment coiv té l’histoire de eet Américain qui héla un fiacre dans une rue de Paris, et jeta au cocher stupéfait: “à Biarritz!” Après un mois rie voyage, ils y sont arrivés tous les quatre: ’Américain, le cocher, Cocotte et la voiture.Nul ne contestera que ce ne soil là Tunique moyen de voir en détail les pays qu’on traverse.Mais il faut du temps.et si je suivais cet exemple, le lecteur en serait encore aux environs de Tré-guier! Mes compagnons de voyage, frère et soeur aimant les beaux-arts, et moi, nous sommes entrés à Quimper sous un ciel gris d'où tombait une pluie fine.Les allées de Loc-Maria n’avaient pas cependant tout perdu de leur charme, et.le long de TOdet qui traverse la ville, quelques pêcheurs exerçaient en rêvant leur éternelle patience.Nous avons dormi au relais Saint-Corentin, vieille maison bretonne de 1594, toute moderne à l’intérieur malgré les meubles anciens.L’hôtel “sert à boire et à manger, loge à pied à l’enseigne du poisson coupé”.La façade donne sur la place de la cathédrale, dans Tombre des tours aux fines flèches.Le samedi matin, sur la place, c’est jour de marché.Les tentes se dressent, les étalages s’alignent, les sabots sonnent sur les pavés, et les coiffes s'agitent.Entre les deux flèches, placide, le roi Grallon à cheval contemple la scène habituelle où passent les Bretons du 20e siècle, comme ses bons et fidèles sujets de l’ancien royaume de Cornouailles.Pénétrons dans la cathédrale.le plus beau spécimen d’architecture gothique en terre lire-tonne.On y travailla de 1239 à 1515.on la restaura un peu plus tard, et c’est un superbe vieillard au regard de feu.à la voix de stentor, qui s’assied aujourd’hui sur le siège épiscopal de saint Corentin: Mgr Duparc.Remarquons à l'intérieur la curieuse déviation vers la droite de l’axe de la nef.On la trouve dans quelque» autres églises bretonnes, mais c’est jci sûrement qu’elle est la plus accentuée.Pourquoi cette déviation?On l’explique de différentes manières; et certains veulent que ce soit pour rappeler la tragédie du calvaire lorsque Jésus, expirant, inclina la tête du côté droit.Quand on est à Qtiimper, il ne faut pas manquer, même s’il pleut, de se rendre ô la Pointe du Haz.C’est classique.En route donc dans la confortable limousine qui file sur le bitume trempé.Le brouillard nous empêche d’admirer la baie d’Audierne.Mais le grand port sardinier est plein d’animation.Les pêcheurs, pantalons et vareuses rouge brique, vont, viennent, raccommodent les filets.Des mousses jouent aux billes; assis sur des tonneaux.de vieux “loups” envoient vers les nuages la fumée grise de leur pipe.On crie, on s’interpelle.C’est aussi jour de marché; et.dans la musique des sabots, chacun vante ses produits: des crabes, du thon des lacets, des bas, de la verroterie, etc., ete.Que n’y a-t-il du soleil sur toutes ces coiffes! Nous repartons.Mais avant d’arriver à In pointe, notre chauffeur enfile un chemin de côté el nous conduit nu sanctuaire de Sninl-Tu-gen.Sous le porche de la vieille église cachée au milieu d'un bouquet d’arbres, un vénérable prêtre à cheveux blancs, ancien missionnaire à Tahiti, qui achève là ses vieux jours, nous accueille par un laroe sourire.A sa suite nous entrons dans l’église qui ne sert près-1 que plus nu culte.11 parle, nous prodieuant les détails sur la vie de saini Tugen, l’archilccture du sanctuaire elle symbolisme de certaines sculptures.La campagne est de plus en plus sauvage.Pas un arbre.Quelques maisons et des lopins de terre que divisent, comme un damier, des murs bas en pierres sèches.Une forte odeur de varech emplit 1rs narines, et le bruit de la mer toute proche arrive à nos oreilles.Il faut maintenant descendre rtc voiture; et.après déjeuner, sous une pluie très fine qui s'arrête par moments, nous suivons notre guide pour faire le tour de la Pointe.I n trie à Notre-Dame des Naufragés dont la statue se dresse près du poste de télégraphie, le visage tourné vers la mer.En face de nous, une masse de rochers qui s’avancent dans l'eau comme la pro J d’un gigantesque navire.Nous sri» mes au point extrême de la Fran® Finis ternie, dont on a fait Finistère.Détaché de la masse, à trois kilomètres, un autre rocher qui porte le phare de la Vieille.Deux hommes y rêvent seuls; et il leur arrive parfois de rester Irois ou quatre mois sans pouvoir communiquer avec la terre, par suite de la violence des vagues.La Pointe sépare les eaux de l'Atlantique et celles de la Manche.Les unes et les autres, avec un fracas terrible, frappent sans cesse de eha que côté.Nous allons, saisis par colle majesté de la nature laissée à elle-même.Nous montons, descendons.tournons.Ici il faut sauter, là glisser doucement.Et en bas, à 80 ou 100 mètres, dans les grottes, l’eau s’engouffre avec un bruit de tonnerre ou de canonnade: c’est l’enfer de Plogoff où, suivant la lé gondo.la belle Dnhut, fille du roi Grallon rie Gornouaillcs, faisait précipiter ses victimes par un cavalier noir.Entendrons-nous leurs râles affreux?Entendrons-nous les cloches de la ville d’Ys que saint Gué-nolé, d’après l’autre légende, ne put sauver de la colère du ciel, el que la mer recouvrit en quelques heures?Verrons-nous danser les Korrigans que les Druides de Tile de Sein envoyèrent travailler à la ville maudite?Le moine, figé dans la pierre, et dont les vagues submergent le corps, vn-l-il se lever nour bénir les pauvres cadavres flottants, à l'entrée de la baie des Trépassés?T.a pluie s'est remise à tomber nour de bon.Nous traversons Douarncncz.Le célèbre port sardinier, noyé dans le brouillard, abrite huit cents bateaux de tous tonnages.Quelques-uns viennent de rentrer, et de larges paniers sans anses reçoivenl leur cargnison de poissons d’argent.Après Douarncncz, e’es! Lorrouan dont la place, avec la vieille église, les maisons plusieurs fois centenaires et l’ancien*puils banal, semble sortie d’un conte breton.Plus loin, Pont-Croix et Confort.Légendes, histoire, sons de cloche, grondement de la vague: c’est avec tout ce bagage que nous rentrons à Quimper.I,c lendemain, la plus bretonne des villes bretonnes s’éveille en oleine lumière.Le soleil joue dans le feuillage de Loe-Maria.Les cio cbes de la cathédrale sonnent à toute volée.Quelques paires de sabots rendent un son plus clair sur la place.C’est dimanche.Et, là-bas.à Concarneau, e’esl aussi le Pardon des Filets bleus.Tous les artistes sont ailés à Concarneau; tous les poètes en ont ré lébré le pittoresque, et les ama leurs de jolis coins ont fait le tour de la ville close sur les remparts dont l’eau baigne le pied.Aujourd'hui un long bourdonnement monte des petites rues, de la Granri'-nlaee, des quais, de partout.Dans le port quelques renlaines de voi liers, sardiniers ou thoniers, la oroue vers la mer, sont rangés en longues files.Suivons la foule qui s’engouffre dans la ville close.Al Ions aussi à In fête.Laissons-nous guider par toutes ces coiffes oui s’agitent.frémissent, comme des oiseaux blessés.Comme elles sont jolies les petites Bretonnes qui vont par quatre, six ou dix! Chaque oeil çst une flamme hleue; nu coin de chaque lèvre, un sourire a fait son nid.Les longues jupes ont des frous-frous légers, et le collet tuyauté est vra'-ment une auréole sous les cheveux blonds.nement, Ment ce n'est pas féliciter "Mnssirur le minisse".Il faut trouver antre chose.!ai séance se prolonge.atmosphere de la salle s'alourdit de discours et de fumée de tabac.Dehors, le jour d’automne s'étire languissamment avant d aller se enticher dans les lourds edifices sans charmes de ta grande rue commerciale et laide.On ne i>rnt en venir à une entente.Il ne faut froisser personne.M.le président ne veuf pas que Ton félicite le gouvernement, et plusieurs de ces messieurs croient qu’il ne serait pns juste de féliciter "Mossieu le minisse" et de laisser ilans Tombre le gouvernement qui te créa.Mais l'heure de la clôture de la séance est depuis longtemps passé?.cette nomination, elle était bien due \ he.s estomacs partent pins haut que à la grande métropole, que Ton avait bien néaUyée auparavant, bref, il n'g a rien a faire, on si, plutôt, et la voix de M.le président semble toute joyeuse d’avoir trouvé, on pourrait féliciter "mostieur le mi-nisse” d’avoir été nommé par le gouvernement.Ce serait plus simple et pas compromettant pour un sou.Les opinions des douze messieurs ne s’accordent pas, elles se chicanent entre elles.Féliciter "Mossieu le minisse", ce.n’est pas féliciter le gouvernement et féliciter le gouver- l’estime pour "Mossieu le minisse on le gouvernement.Il faut se séparer et M.le président demande que Ton laisse la question sur la table, sans lui trouver de solution.Comme les douze s'éloignent, satisfaits quand même, mon camarade me souffle à Torrillc: "Dis donc, vieux, n la prochaine séance, je vais proposer è M.le président de les féliciter tous les deux, et "Mossieu le minisse" et le gouvernement.C'est simple, pas’'.JANO Mid.JVhn* •nrtmi) 1rs suis Coutrur « ria,S{)"r.f|er rîmettw du pava.Ge problème ne paraissant n, în1! Jr l'01"1" pas près d’Mro résolu.U estime que ^ .,a vo“’; .l,Br w'f.ra .0^ la théorie régionaliste.au Canada ^ldé”’«n ,U1 t^ -’s/vc* français du moins, tiendra l'affiche son llvro' Jf nrism *’ longtemps encore.vous ce que r’est
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