Le devoir, 4 avril 1998, Cahier D
«««I /> , • / / f '+j-' t ™||j J(/a p cmMsa/i we (a iitterc/ti/re Cette saison le groupe Ville-Marie Littérature vous propose pas moins de vingt-cinq nouveautés en édition courante et six titres en format de poche.CONSULTEZ NOTRE CATALOGUE COULEUR INSÉRÉ DANS CETTE ÉDITION DU DEVOIR l’HEXAGONE vlb éditeur TYPOIÏ LE DEVOIR r i#e n c.e eri eure STÉPHANE BAILLARGEON LE DEVOIR Comparaison n’est pas raison.N’empêche.Pour faire une image, disons que, si Charles Taylor était peintre, il serait une sorte d’égal de Riopelle.Dans le merveilleux monde du sport — pourquoi pas, étant donné l’importance de la «vie ordinaire» dans son œuvre —, cette grosse pointure trônerait tout en haut, avec les Richard, Lemieux et autres mégastars québécoises.Mais voilà, Charles Taylor est philosophe, ce qui, on le sait, porte moins à la reconnaissance populaire.Il est donc de ces esprits exceptionnels qui se comptent sur quelques doigts dans chaque nation et dont la nôtre peut et doit s’enorgueillir.Il suffit d’ouvrir le dernier Magazine littéraire, publié en France, pour s’en convaincre.Le dossier spécial sur «Les nouvelles morales» lui consacre une longue entrevue et son Sources of the Self est inclus dans la liste des vingt-deux livres clés «qui ont marqué la réflexion morale au cours du siècle».Charles Taylor, né à Montréal en 1931, se retrouve ainsi en compagnie de John Dewey, Jean-Paul Sartre, Jacques Maritain, John Rawls, Paul Ricoeur et Jurgen Habermas.On voit pire comme acoquinement.Son ouvrage phare est paru en 1989 aux prestigieuses Presses de l’université Harvard et a alors reçu le prix américain du meilleur livre d’histoire de la philosophie.Des versions italienne (1993), allemande (1994) et espagnole (1996) ont précédé la version française, qui paraît maintenant au Québec chez Boréal et en France au Seuil.Une traduction chinoise est également en préparation.Il était donc temps qu’on s’y mette.Mais le principal intéressé, toujours d’une sincère et touchante affabilité, ne s’offusque pas de ce retard un peu gênant et réussit même à le justifier.«Ici, une grande partie du public montréalais qui s’intéresse à mon livre l’a déjà lu en anglais, dit le philosophe rencontré dans son appartement de la métropole, où il revient entrp deux conférences en Asie, en Europe ou aux Etats-Unis.Mais la traduction va permettre à d’autres personnes de le découvrir, au Québec comme en France.» En fait, la France est prise d’une sorte de «tay-loromanie» depuis quelque temps.Plusieurs ouvrages de Taylor viennent d’être traduits coup sur coup (quatre en quatre ans), quelques autres traductions sont en cours et un important colloque lui a été consacré par le Collège de philosophie, à Cerisy.Probablement parce que avec lui, mais aussi avec John Rawls ou Alasdair MacIntyre, les Français découvrent tout un continent qu’ils ont longtemps négligé de défricher, celui de la philosophie morale et politique, pratiquée avec brio par les Anglo-Saxons, mais en plus dans un esprit de clarté et de souci de l’autre et de la communauté, primordial en ces matières.VOIR PAGE D 2: TAYLOR «Nous sommes tous devenus d£S Charles modernes, mais uncnÔiWelle c pour autant.» JACQUES GRENIER LE DEVOIR Tayl or Après l'Allemagne, l’Espagne et ritalie, la France et le Québec publient enfin une traduction de Sources of the Self, le maître ouvrage du philosophe Charles Taylor, de l’université McGill, qui retrace la genèse et le développement de l’identité moderne.L’apocalypse maintenant Yves Berger est un «fou d’Amérique».Cet auteur, qui est et demeure un Européen, en est à son cent vingt-cinquième voyage de ce côté-ci de l’Atlantique, Il nous parle de son dernier roman, Le Monde après la pluie, de Mocassin et de Christophe Colomb.ROBERT CHARTRANI) Yves Berger est un homme de culture: directeur littéraire des éditions Grasset depuis près de 40 ans, on dit de lui, dans les officines du Tout-Paris littéraire, qu’il est un redoutable chasseur de prix littéraires — au profit des auteurs de sa maison, s’entend.Et il écrit lui-même des romans, où se manifestent sa passion des mots — ce sont parfois de véritables fêtes lexicales — mais surtout sa passion profonde pour l’Amérique.Il ne s’en cache pas: Yves Berger est un «fou d’Amérique», comme il l’indiquait par le titre de son deuxième roman, paru en 1976, de l’Amérique du Nord en fait, ou plutôt «septentrionale, précise-t-il, car le mot est beau, il a quelque chose de magique».Cette Amérique rêvée, fantasmatique, remonte à l’en far.de Berger, comme il l’a raconté dans son roman Les Matins du Nouveau Monde: un jour, pendant la Deuxième Guerre mondiale, il voit les colonnes blindées des G.I’s américains qui entrent dans son village natal du sud de la France: elles viennent libérer le pays de l’occupation allemande.Cette scène impressionnera si fort le jeune garçon qu’il ne l’oubliera jamais: image déterminante que les lectures, les voyages et l’imagination vont nourrir et enrichir jusqu’à aujourd’hui.Et il vient souvent la voir, cette Amérique de ses rêves.«J'en suis très précisément à mon cent vingt-cinquième voyage.Et j’éprouve toujours en touchant le sol ce même frémissement, cette même excitation de mon imagination que la toute première fois.» Mais qu’on ne s’y méprenne pas: Yves Berger est un rêveur lucide, éveillé.Il sait bien que son Amérique à lui est idéale, fantasmatique; qu’il ne reste plus que de rares traces, dans les paysages actuels, de l’Amérique d’avant les Blancs.Comment alors entretenir l’image idéale qu’il s’en est faite?«Si je m’étais installé ici, je sais fort bien que mon rêve se serait étiolé peu à peu.» Il valait donc mieux garder ses distances en demeurant Européen; Yves Berger vient en Amérique comme un amant rend visite à sa maîtresse — la comparaison est de lui: «Ainsi, chaque fois que je la revois, je suis animé de cet amour fou que l'éloignement ne fait que creuser.» Récits baroques Cette passion pour une certaine Amérique, il la vit et la met en romans, pour la plupart des récits baroques où se mêlent la fantaisie et l’observation amoureuse des lieux.«Ce sont des histoires folles, où j’exerce ma liberté de romancier, mais que je m’efforce de rendre plausibles.» Dans le précédent, Immobile dans le courant du fleuve — paru en 1994 et qui avait remporté le prix Médias —, le personnage se trouvait sur un territoire que les cartographes n’avaient jamais repéré.VOIR PAGE D 2: BERGER Lettres québécoises Page D 3 Le feuilleton Page D 5 Grille télé du week-end Page D 6 Pierre Bonnard Page D 8 Formes Page D 10 Yves Berger R L E S C H A TAYLOR LES SOI R( BOR Si w .2* .-1 EST-CE JE TE DÉRANGE ?roman Seuil Bertrand Cerv**» Lecture littéraire c, cplotntion» «n littérature américaine rnto ifwrrj XYZ éditeur Anne Hébert XYZ éditeur 1781, rue Saint-Hubert, Montréal (Québec) H2L 3ZI Téléphone : 525.21.70 • Télécopieur : 525.75.37 144 PAGES • 17,95 $ Les Éditions Est-ce que je te dérange?roman ** BERGER La marche vers VOuest SUITE I)E LA PAGE D 1 Autre décor fantastique pour Le Monde après la pluie: nous voici dans un inonde fini, quelque temps après un cataclysme quelconque où tout a été détruit, dont il ne subsiste qu’une boue originelle où huit rescapés de l’humanité vont tenter de survivre.Avec à leur tête un ethnologue, Ar-cadi — «Je me suis un peu décrit dans ce personnage->, avoue l’auteur —, les survivants vont entreprendre une marche longue et éprouvante vers l’Ouest, cette direction mythique des conquérants nord-américains, devenue ici un ultime lieu de survie que les animaux en fuite leur ont indiqué.Le roman se situe à l’époque actuelle, mais il n’empêche que l’ombre de Christophe Colomb plane sur tout le récit; Yves Berger a d’ailleurs inséré quatre phrases de l’explorateur à des moments stratégiques de l’histoire.«Colomb est un personnage que j’admire pour son intrépidité, pour sa faculté de rêver, et que j’exècre tout à la fois.Ce rêve américain qu’il nous a donné, il l’a lui-même raté, comme les autres Européens qui l’ont suivi.On voudrait que Colomb ait été bon, qu 'il ait prêché la paix et la générosité.Malheureusement, il avait les sentiments et les préjugés de ses contemporains.Leur fanatisme religieux les a poussés à vouloir convertir les Indiens, comme si ceux-ci n’avaient pas eu de vraie religion; et puis, il y a eu ce terrible leurre, du moins pour l'Amérique septentrionale, de l’Eldorado, qui a donné lieu aux excès que l'on sait.» Les Amérindiens Yves Berger, dans sa passion pour l’Amérique, s’intéresse particulièrement aux Amérindiens, qu’il a étudiés et qu’il fréquente assidûment; il ne pouvait manquer de s’en trouver un parmi les personnages principaux de son odyssée apocalyptique.Mocassin I — c’est le nom qu’il s’est lui-mêmç donné — est un personnage que Bel'- ' ger a mûri longuement.«J'ai fini par comprendre que, pour les besoins du ru-, man, cet Indien devait être l’équivalent d’un intellectuel chez les Blancs, c’est-à-dire un homme qui pouvait prendre du recul par rapport à sa propre condition et s'interroger sur sa propre identité.» Voilà pourquoi Mocassin a fait des études supérieures, même si, comme Berger le sait fort bien, la chose est encore rare de nos jours, chez eux.«Je l’ai nourri de mon expérience citez plusieurs d’entre eux, et notamment ceux qui travaillent à la centrale atomique de Los Alamos, au Nouveau-Mexique, et qui vivent à l’américaine.» Comme eux le font sans doute, Mocassin cherche sa propre vérité.Qu’est-ce que c’est, même si on est de sang pur, de se sentir Indien au quart ou au dixième dans son existence quotidienne?D’où cette phrase terrible qu’il a: «Il n'est pas besoin d’être métissé dans son corps pour l’être dans son cœur.» Quant à la fin du monde telle qu’elle s’offre dans le roman, elle est interprétée dans la perspective amérindienne.Comme le dit Mocassin, cette destruction est peut-être le résultat d’un «ras-le-bol de la Terre», de cette Terre-mère qui, à force de subir toutes les agressions imaginables — déboisement, épandage de substances chimiques, etc.—, a soudain décidé de se venger, comme l’ont laissé entendre certains prophètes amérindiens.Ainsi se trouvent conjointes, sous la plume d’Yves Berger, les croyances des autochtones et les préoccupations des écologistes.Car la Terre elle-même, dévastée, est aussi un des personnages du Monde après la pluie.«J’ai bien glissé dans le récit une histoire d’amour et des conflits personnels, mais je suis avant tout un romancier cosmique, un visionnaire de l’espace, plutôt qu’un romancier psychologique.» Si on ne peut refaire l’Histoire ou, comme le dit Mocassin, «on ne peut empêcher Christophe Colomb», il est en tout cas possible de rêver à un espace fou où laisser errer nos angoisses et nos espoirs.C’est ce à quoi nous convie Yves Berger dans ses romans.LE MONDE APRÈS IA PLUIE Yves Berger Grasset, Paris, 1997,248 pages Note La chronique de Robert Saletti sur les essais québécois fait exceptionnellement relâche.Elle sera de rt*-tour la semaine prochaine.« C'est une écriture encore et toujours hantée.I.] Dérangeant ?Oui, dérangeant, car ce livre nous renvoie aux limites de la compassion humaine.» Jean FUGÈRE, Samedi et rien d'autre.SRC « Le dernier roman d'Anne Hébert frappe de plein fouet.Poétique toujours, son écriture y est d’une rare vivacité.[.1 Un roman troublant, dérangeant, étonnamment jeune et alerte.» Suzanne DÉCARIE, Femme plus '* Côt-ce que je te dérange ?est un roman différent de ceux qu’Anne Hébert a écrits jusqu'ici.[.] On y trouvera une familiarité de ton qui ne lui est pas coutumière.Restent cependant les thèmes chers à l'auteure et, dans l'écriture, cette musique hébertienne, toujours aussi belle.» Robert CHARTRAND, Le Devoir « Très dense, comme toujours.» Réginald MARTEL, La Preue « Anne Hébert reprend les thèmes qui imprègnent tous ses livres et les rendent si bouleversants, si humains : l’enfance tourmentée, la solitude et la mort.» Gilles CREVIER, Le Journal de Montréal TAYLOR «Définir ce quest l'être humain aujourd'hui» editerur « La réponse à la question posée par le titre du roman me semble évidente : oui, madame Hébert, vous dérangez toujours.Fort heureusement pour nous, d’ailleurs.» Stanley PÉAN, Ici SUITE DE LA PAGE 1) 1 «Pendant une période, les Français ont été un peu recroquevillés sur eux-mêmes, commente Charles Taylor.Maintenant, ils s’ouvrent sur le monde et jettent des ponts vers d'autres traditions, américaines ou allemandes.» Et que trouve-t-on, maintenant en français, du côté des Sources du moi?Rien de moins qu’un long et patient portrait de la genèse et du développement de la conception de l’identité moderne, du sujet qui a la prétention d’être libre, autonome et rationnel.Charles Taylor développe un point de vue analytique et historique sur les composantes essentielles de cette mutation, le sens de l’intériorité, la recherche de l’authenticité, l’affirmation de la vie ordinaire et le sentiment d’appartenir à la nature.Il traverse au pas de charge des siècles et des siècles de témoignages intellectuels culturels et, au passage, il dialogue avec saint Augustin, Montaigne, Descartes, Calvin, Rousseau et tant d’autres géants de l’Occident.Beaucoup d’artistes en fait, des romanciers et surtout des poètes, de Yeats à Rilke, dont Taylor interpelle les œuvres avec une profonde perspicacité.«C’est une tentative de pensée en dehors des limites disciplinaires», résume humblement l’auteur.Son colossal travail montre comment les concepts, les idéaux et les interdits de cette identité façonnent notre pensée, notre épistémè, notre manière d’être, sans pareil.«Les doctrines qui prétendent résulter de l’examen détaché d’un domaine dans lequel le moi n’est pas censé intervenir reflètent, en réalité, beaucoup plus que nous le pensons les idéaux qui ont contribué à former notre identité», écrit-il dans la préface de l’ouvrage traduit par Charlotte Melançon.Surtout, toute cette érudition déployée sur 700 pages ne vise pas à condamner notre condition, comme il est si habituel de le faire maintenant.Charles Taylor décrit la combinaison unique de «grandeur et misère de la modernité».C’est d’ailleurs le titre de son petit ouvrage publié par Bellarmin en 1992, et qui est une sorte de condensé simplifié de sa grosse brique.Hegel dans tous ses rêves Ce travail sur le sujet et la «vie de l’esprit» modernes n’étonne pas venant d’un des plus grands commentateurs d’Hegel du siècle — ses livres sur ce philosophe ont été traduits en hollandais, en polonais, en suédois, en japonais, en turc et même en allemand.«Hegel a en quelque sorte inventé le sujet moderne et développé l’idée qu ’il y a dans un temps, une époque, un cadre de référence complexe, où la religion, la pensée, l’art, la littérature, la science sont reliées entre elles, dit son commentateur.Il m'a appris à rechercher des liens entre toutes ces formes.Mes travaux sur son œuvre ont donc été comme des exercices de répétition aux Sources du moi.qui n’est tout de même pas une histoire de la pensée, même si ce l'est peut-être encore trop.Le premier objectif de ce livre, c’est de définir ce que c’est qu’être humain aujourd'hui, en Occident, en analysant et en suivant le développement de la setisi-bilité individuelle.» Ce cadre est à la fois l’effet et la cause d’un vaste processus.«Il n’y a pas de primauté, de principes déterminants.Les déterminismes sont complexes, s’entremêlent et se combinent.Je crois que c'est une illusion très forte des marxistes et de certains autres courants des sciences sociales de vouloir simplifier la richesse de la vie en identifiant une cause première.» Charles Taylor travaille aussi constamment dans la perspective d’une longue continuité historique et donc contre l’idée de la rupture que favorisent beaucoup de prophètes actuels de la postmodernité.«Je suis un partisan de la longue durée.Les postmodernistes tirent leurs conclusions de rupture à partir de si- tuations éphémères.Bien des éléments servis en preuve, que ce soit l’éclatement de l'identité ou des référents culturels, se retrouvent dans le passé, par exemple chez les Romantiques.Ces éléments reviennent sous d'autres formes évidemment, mais nous sommes à l'intérieur d'un cadre d'autocompréhension qui dure depuis au moins200ans.» Ce qui ne l’empêche pas de relever des transformations contemporaines importantes et de les critiquer.Par exemple, l’exacerbation du moi qui mène au narcissisme.Ou la généralisation de pratiques autrefois réservées à une certaine élite.Les pages consacrées à la «vie ordinaire» de ses contemporains sont de beaux exemples de ce que la philosophie peut encore donner comme leçon de compréhension et d’explication.Par exemple, quand Charles Taylor, le fin connaisseur des poètes, décortique un livre de psychologie populaire.«C’est la première fois dans l’histoire qu’il est considéré comme normal et suffisant que les gens se réalisent à l’intérieur de la vie ordinaire, ce qui aurait été une aberration pour les Anciens.C’est pour ça que des gens vont chez Jean Coutu acheter un livre qui leur explique comment se réaliser.Mais encore une fois, il y a une longue histoire derrière ce phénomène.Nous sommes tous devenus des modernes, mais ce n’est pas une nouvelle ère pour autant.» C’est l’Apocalypse! Par contre, Taylor appuie moins que d’autres penseurs actuels, moins qu’Habermas par exemple, sur les dérives catastrophiques inhérentes à la modernité, du totalitarisme à l’Apocalypse nucléaire.«Le fait que la modernité ait aussi produit Auschwitz, le Goulag et Hiroshima n ’infirme pas ce que je décris.D’entrée de jeu, j’ai accepté la possibilité et la réalité de ces déviations terribles.Là encore il faut regarder que cette ère a aussi produit la Croix-Rouge, Amnisty International, Médecins sans frontières et d’autres œuvres d’entraide.Je ne vois pas les époques en bloc, toutes noires ou toutes blanches, c'est trop primaire et trop simpliste.Oui, le dévouement de saint François est formidable, mais son époque était aussi désolante avec ses flagellants.On ne peut juger de la valeur d'un temps uniquement par ses déviations.Ft pour vraiment parer aux dangers de notre époque, il faut comprendre notre situation dans toute sa complexité.» Cette position en équilibre constant, entre le noir et le blanc, entre une multitude de disciplines, entre la continuité et la rupture, entre la grandeur et la misère de la modernité, Charles Taylor l’attribue en partie à sa propre situation sociale, à sa propre origine biculturelle, francophone et anglophone, à Montréal, au Québec, au Canada.«J’ai fait ce livre sur la marche de l’humanité occidentale sous le signe de ma pluralité personnelle et de la pluralité de ma société.Quand on vient de là, il est difficile de croire en l'unicité de la vocation humaine, en une seule voie, un seul chemin pour tous.» Ses derniers travaux, entrepris depuis la première édition de Sources of the Self, vont évidemment dans ce sens, ouvert et critique, où la comparaison a ses raisons, puisqu’il le faut.«Je considère Les Sources du moi comme le premier tome d'une œuvre plus grande.Maintenant, je m'intéresse au problème de la sécularisation, qui est une autre constituante clé du processus de transformation de l’imaginaire social de la modernité.» LES SOURCES DU MOI La formation de l’identité moderne Charles Taylor Boréal, Montréal, 1998,710 pages A partir d« œuvres de Vladimir Nabokov, de William Gass, de John Hawkes.de Don DeLillo et d’autres textes de littérature américaine, Bertrand Gervais explore dans cet essai différents aspects de la lecture littéraire.Bertrand Gervais Lecture littéraire et explorations en littérature américaine Commandez vos livres chez Renaud-Bray Nous expédions partout au Québec poste ou messagerie.I Montréal : 342 - 2815 j Extérieur : 1-888-746-2283 E-mail : sad(c/'rcnaud-bray.com.La revue du manuscrit canadien L’instrument de travail des i Ecrivains ¦ Éditeurs ¦ Librairies Périodiques ¦ Universités ¦ Bibliothèques MANUSCRITS ' franco- et anglo-canadiens Pour les conditions de soumissions des manuscrits et abonnements, veuillez contacter : Téléphone 902 634-9548 Fax 902 634-9548 Courriel : testac@tallships.istar.ca Manuscrits pour l’édition de septembre acceptés jusqu’au 30 avril 1998 e J LE BOUT DE LA TERRE Yan Muckle Boréal, Montréal, 1998,285 pages A bien des égards, Alexis Soares, le narrateur du roman de Yan Muckle, ressemble à ces jeunes gens de la génération X que l’on peut croiser dans la rue ou dans d’autres romans: désemparé devant la vie, ne sachant pas trop ce qu’il est ni ce qu’il voudrait faire de sa vie, idéaliste ou cynique selon l’humeur du moment, il esquive les servitudes du quotidien.Alexis a des dispositions pour devenir un décrocheur perpétuel.Il n’étudie plus et ne travaille pas encore; il n’a pas plus envie de rejoindre sa mère, d’origine portugaise, repartie pour New York où elle poursuit sa carrière de pianiste de concert, que de retourner chez son père qui est entomologiste et qui vit à Québec.Ayant l’impression de n’être personne, se laissant porter par les événements, il va s’immiscer sans en être conscient dans un autre couple, plus jeune que ses parents mais défait lui aussi; le hasard lui fait rencontrer Pietro, un raté cynique dont l’humour à froid et les paradoxes vont le charmer tout à fait, et Sarah, une jeune poétesse dont il deviendra amoureux à son tour — est-ce par mimétisme?— et avec qui il cohabitera quelque temps.Alexis se sent alors devenir une sorte de trinité tant ce garçon qu’il admire et cette fille qu'il aime lui sont nécessaires; à leur contact, il se sent exister enfin.Sarah écrit des poèmes et entreprend des études de lettres; Pietro joue volontiers à se rendre invisible et végète en philosophant.Alexis, lui, se cherche parmi eux.Un jour, alors qu’il jouait à être aveugle, il s’est senti habité par une énergie lumineuse, comme s’il vivait pour la première fois en harmonie avec l’univers, «dans cette unité à laquelle la pierre et la fleur, le nuage et le vent ont droit».Le rêve, dit-il, ce serait de n’être «rien d’autre que la vie qui se ferait en moi et par moi, acteur total».Car c’est là que se trouve son tourment, dans cette distance infranchissable qui le sépare des autres, de lui-même, de son propre corps.fl pressent qu’il tient là une piste pour l’avenir.C’est décidé: il sera comédien, il pratiquera ce jeu étrange de coïncidence avec soi-même et de dédoublement, où il faut habiter son propre corps pour, paradoxalement, le prêter à un personnage.Il sera lui-même et un autre, tout à la fois.Alexis fera de son désarroi un métier.Une courte carrière lœ comédien apprenti connaîtra un moment de grâce lors d’une trop brève session avec un metteur en scène polonais qui prône un jeu très corporel à la manière de Jerzy Grotowski.Mais l’étude et la pratique du métier le déçoivent: il quitte l’Ecole nationale de théâtre, où l’encadrement lui paraît trop strict, puis abandonne, dès la troisième représentation, le rôle qu’il tenait dans une pièce de Molière, mise en scène de manière trop racoleuse.Dégoûté des pitreries qu’on lui demande, il ne remontera plus sur les planches.Suivant en cela les conseils et l’exemple de son ami Pietro, Alexis bouge beaucoup.Il suit Sarah à Montréal, puis il retourne brièvement à Québec, le temps de liquider son enfance, prostré dans la maison de son père: il y avait bien sa chambre mais ne s’y était jamais senti chez lui.L’errance d’Alexis pourrait n’être qu'une autre chronique réaliste de la dérive de ces jeunes exclus d’aujourd’hui si le personnage de Yan Muckle, parmi ses éclairs d’exaltation fiévreuse suivis de longs abattements, ne se moquait parfois de lui-même et ne se mettait à douter de tout ce qui lui arrive.«Im seule chose qui me paraît tangible, indiscutable, c’est mon désarroi.Le reste, tout le reste, peut-être l'ai-je inventé parce que j’en avais désespérément besoin.» Alexis n’est pas un stéréotype de quelque victime du «système»; ce gar-çon qui voyage — mais, en fait, il tourne en rond autour de lui-même — a le chic de se trouver pitoyable et de pratiquer la mésestime de soi.Il est, par là notamment, un véritable personnage romanesque, un être d’écriture.Ceci dit, le roman de Yan Muckle — c’est son premier — n’est pas sans faiblesses, de construction et de style.Certains épisodes paraissent superflus; quelques dialogues, plats, sortent tout droit de quelque téléroman; le style s’alourdit lorsque s’accumulent les adjectifs ou les phrases symétriques; et puis il y a cette récurrence de la vieille métaphore maritime, à propos du voyage de la vie.Ce sont là des défauts de jeunesse d’un roman par ailleurs réussi.Le poète Pessoa On peut, si l’on veut, lire l’histoire du désarroi d’Alexis Soares en s’en tenant à l’anecdote.Cependant, celle-ci recouvre une tout autre piste romanesque, plus complexe, dont on devine çà et là le parcours et qui a trait au Portugal et à un de ses plus grands écrivains, le poète Fernando Pessoa.Le Portugal du roman de Muckle, c’est le pays d’origine de la mère d’Alexis, cet- MAKTINK DOYON Yan Muckle te femme forte et fragile dont il parle peu mais qu’il admirait manifestement beaucoup, qui faisait corps avec la musique qu’elle pratiquait; c’est également le pays où Sarah est allée en voyage et dont elle revient, «brûlée» intérieurement, après avoir assisté au terrible incendie qui a détruit une partie de la ville de Lisbonne — cela s’est vraiment produit en 1988.Mais surtout, c’est la patrie de Pessoa, l’auteur du fameux Eloge de l’intranquillité (paru en français chez Christian Bourgeois en 1998, par coïncidence.).Si le poète lui-même n’est jamais nommé dans le roman de Muckle, sa figure et son œuvre y sont pourtant, dans le personnage de Pietro, avatar transparent, quoique déguise*, de Pessoa.Pietro a beau être d’ascendance italienne, ses propos et son comportement ressemblent à s’y méprendre à ceux du poète portugais qui, on le sait, pratiquait lui-même volontiers l’art de la dissimulation en déménageant notamment sans cesse dans Lisbonne pour fuir ses admirateurs.Pietro aura d’ailleurs ces mots, adressés à Alexis: «L'intranquillité, Soares, l’intranquillité.Tu ne peux pas y échapper, c'est écrit.» Réincarné dans le personnage de Pietro, Pessoa — l’homme et l’œuvre — donne au roman de Muckle une envergure remarquable qui lui permet de décoller du plat réalisme.L'ombre du poète portugais éclaire d’ailleurs la quête du jeune Alexis, qui tente de rejoindre et d’imiter ce Pietro qui lui paraissait détenir la vraie clé de l’existence; au fond, l’attitude déroutante et séduisante de Pietro tenait à ceci, qui est de la plume de Fernando Pessoa lui-même: «Mon isolement n’est pas une quête du bonheur, que je n'ai pas le courage de chercher; ni la tranquillité, que nul homme ne peut obtenir, sauf à l'heure où il ne pourra plus la perdre — mais de sommeil, d’effacement et de modeste renoncement.» Robert C h a r t r a il cl Des défauts de jeunesse dans un roman réussi LA VIE LITTÉRAIRE Des livres au soleil Le Salon du livre de l’Outaouais aurait-il attiré dans ses filets plus d’amoureux du livre si un radieux soleil, combiné à des températures dépassant les 20 °C, n’avait confiné les gens à la terrasse?Bilan de la 19" édition, et autres petites nouvelles que le monde littéraire a à revendre ces jours-ci.MAKI E-AN DRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Les effluves printaniers de la dernière fin de semaine ont réjoui un grand nombre, mais à Hull, où se déroulait la 19e édition du Salon du livre de l’Outaouais, ils ont sans doute convaincu quelques milliers de lecteurs de folâtrer sur une terrasse plutôt que d’aller bouquiner.Au total, 30 000 visiteurs ont fréquenté le SLO, qui se déroulait au Palais des congrès de Hull du 25 au 29 mars dernier.Une situation «satisfaisante», affirme l’attaché de presse du Salon, Marie-Hélène Beaupré, puisque les objectifs de fréquentation se situent bon an, mal an entre 29 000 et 34 000.«A cause du bassin de population de l'Ou-taouais, nous ne pouvons jamais vraiment aller au delà de ça, et c’est tout à fait satisfaisant.Nous sommes très contents.» L’an dernier, 33 000 personnes s’étaient montrées le bout du nez au SLO.Dictature de la température?Réflexion d’autant plus à propos que le Salon du livre de Québec, que l’on s’active présentement à ressusciter, s’est éteint—sous la direction de la Corporation du SLQ en tout cas — à cause d’une question de bourgeons et de feuilles qui tombent, ne l'oublions pas.Le printemps n’est pas la case horaire idéale, clamaient les organisateurs de l’événement.Non seulement à cause de possibles tempêtes de neige confinant les citoyens au salon, mais aussi en raison des vagues de beau temps invitant la population davantage à une terrasse qu'au Centre des congrès! Jouant de malchance et affrontant de nouveau les volontés de dame Nature, les organisateurs du Salon de l’Ou-taouais ont vu quelque 500 étudiants du secondaire annuler leur passage au Salon.La raison?Le rattrapage de certaines journées scolaires manquées au plus fort de la crise du verglas.Parmi les nouveautés fort appréciées du public, notons le Café philosophique, où les quelque 150 participants ont pris goût à cette tribune dédiée à la pensée.Etant donné le succès de l’initiative — «visiblement, les gens cherchent ces endroits où iis ont la possibilité d’exprimer leurs visions» —, les organisateurs du Salon songent à d’autres façons, pour les années à venir, de favoriser les échanges et la participation active du public.Salon du livre de Québec Le sauvetage du Salon du livre de Québec s’organise: la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) a annoncé en début de semaine dernière que le volet international de l’événement sera en quelque sorte protégé et que déjà, à l’appel à la relève lancé il y a quelques semaines, cinq ou six candidats se sont montrés intéressés.Lundi dernier, le président de la SODEC, Pierre Lam-pron — à qui on a en quelque sorte remis la charge de trouver le candidat idéal pour la tenue d’un salon du livre à Québec au printemps 1999 — a affirmé que le volet international du SLQ sera exclusif; ce qui revient à dire, somme toute, qu’une formule lui assurant une dimension internationale, autre que celle de certains salons (celui de Montréal, ou de l’Outaouais, qui invite des auteurs étrangers dont le livre vient de paraître), lui sera décernée en toute exclusivité.Il pourrait s’agir d’inviter des auteurs, ou des intellectuels, à participer à des débats.Doit-on comprendre là que le volet foire, mis de l’avant par la Corporation du SLQ, sera préservé?Tant et aussi longtemps que les candidats désignés n’auront pas dévoilé leurs intentions, nul ne le sait.Le cahier des charges destiné aux soumissionnaires intéressés sera disponible au cours de cette semaine, et les candidats ont jusqu’au 31 mai pour déposer leurs propositions.Au cours de la semaine suivant cette date limite, on connaîtra le nom des membres du jury chargé de la sélection du groupe idéal.C’est à la fin juin qu’on connaîtra, après étude des dossiers, l'organisateur retenu.Prix Québec-Wallonie-Bruxelles C’est à l’occasion du Salon du livre de l’Outaouais qu’a été remis le prix Québec-Wallonie-Bruxelles du livre de jeunesse 1997 attribué ex æquo à deux artistes de la communauté française de Belgique, l’auteur Rascal et l’illustrateur Louis Joos pour leur livre Le Voyage d’Orégon, paru aux Editions Pastel.L’auteur-illustrateur Kitty Crowther a également reçu une mention Conférence Dans le cadre du cours Classiques du roman québécois, l’écrivain et critique littéraire Gilles Marcotte donne une conférence mercredi, à l’Université de Montréal.Le 8 avril, à 13h, au pavillon 3200 Jean- Brillant, à la salle B-3345.Daniel Poliquin L’Homme de paille Danielle Suzanne Jacob Parlez-moi d’amour Muckle Le Bout de la terre CJiaperon Emma et le dieu-qui-rit nouvelles roman roman roman « Mettez la main sur cet étonnant roman qui vous réconciliera certainement avec l’histoire, mais surtout avec la littérature.» Pascale Navarro, Voir A •• Parlez-moi d'amour Wr s’impose d'ores et déjà comme l'un des livres importants de cette I saison.I.I Teintées | d'humour, de nostalgie ou de tristesse, cette douzaine de tranches de vie amusent, intriguent et émeuvent tour à tour.» Stanley Péan, Ici Yan Muckle allie magnifiquement écriture classique et préoccupations contemporaines.Un souffle exceptionnel « Danielle Chaperon décrit avec justesse et humour le passage difficile de l’enfance à l’âge adulte.» Lise Lachance, Le Soleil « Une nouvelle voix originale.Pascale Navarro, Voir DANIBI.U-: CHAPKHON YAN MUCKLE Suzanne jacob ¦SSB2S33IS3 i2o pages • 17,95 "256 pages • 19795 $ 160 pages • 17,95 $ 288 pages • 24,95 *jtr' Dam 11 L'HOMME DE PAILLE EMMA ET LE DIEU-QUI-RIT LE BOUT DE LA TERRE I.K l> K V () I It , I.K S S A M K I) I I K T I) I M A X ( Il K .1 A V I! I I.I II il S I) -m 1.I T T É R A T U K K Q U É B É COIS E Livres LA CHRONIQUE Portrait de l’auteur en enseignant Une seule craie pour rivaliser avec Spielberg VINGT ET UN TABLEAUX (ET QUELQUES CRAIES) François Gravel Québec Amérique, Montréal, 1998,168 pages BLANDINE CAMPION Nul n’est besoin d’être soi-même passé un jour de l’autre côté du bureau dans une salle de classe pour apprécier le dernier roman de François Gravel, dans lequel l’auteur évoque en Vingt et un tableaux (et quelques craies) ces mille et une petites expériences qui font l’essence même du métier d’enseignant.Pourtant, ceux qui ont eu ou ont encore, comme moi, ce plaisir et cette chance (air cela reste l’un des plus beaux métiers du monde) se reconnaîtront sans peine dans le portrait attendri mais sans complaisance que François Gravel dresse de ce métier, de ses galères et de ses bonheurs.Il faut dire que le romancier parle en connaissance de cause: depuis plus de 25 ans, il est lui-même professeur de sciences économiques au cégep Saint-Jean-sur-Riche-lieu.Son œuvre romanesque a d’ailleurs amplement profité de cette expérience particulière, et les lecteurs qui suivent François Gravel depuis ses débuts littéraires en 1985 se souviendront sans doute, entre autres, du narrateur des Black Stones vous reviendront dans quelques instants (1991), qui avait enseigné dans un collège de banlieue jusqu'à la quarantaine pour ensuite se consacrer à ses activités de «nègre» pour artistes en mal de biographie, ou de la scène initiale du sixième roman de l’auteur, Ostende (1994), qui prenait place à l’école Sainte-Claire, en banlieue de Montréal, en un certain 22 novembre 1963, jour fatal de l’assassinat de J.F.K.Le personnage principal et narrateur de Vingt et un tableaux (et quelques craies) appartient, une fois de plus, au corps professoral et partage avec l’auteur un certain nombre de points communs qu’il est impossible de ne pas relever.Comme lui, il enseigne depuis plus de vingt ans dans un cégep de province.Comme lui, il tente de faire saisir les complexités des sciences économique à des étudiants tantôt fascinés, tantôt dépassés.Comme lui, enfin, il aime les histoires, en invente pour son propre usage et pour notre plus grand plaisir, mélangeant fiction et réalité tel qu’expliqué dans le tableau intitulé Fiction 101.Cette complicité entre l’auteur et le narrateur contribue à créer une atmosphère particulièrement vivante, et le récit profite avec bonheur de toutes les petites observations pénétrantes basées sur une expérience authentique que l’auteur sait rendre tantôt sous la forme d’une réflexion piquante, tantôt sous la forme d’une anecdote bouffonne.Une année scolaire Le «roman» (on reviendra sur cette étiquette donnée à l’ouvrage) suit donc la chronologie de l’année scolaire, avec ses étapes obligées: le jour de la rentrée et son inévitable trac (Le rendez-vous) -, les angoisses ressenties devant 35 paires d’yeux à séduire et à convaincre du bien-fondé de la matière enseignée (Spielberg et moi), passage qui donne François Gravel Vingt et un tableaux (et quelques craies) 4 l’occasion à l'auteur de résumer l’ampleur de la tâche assignée aux professeurs et la fragilité de leurs armes: «Une craie.Un pauvre petit morceau de chaud, un pauvre petit moignon de rien du tout.Et c'est avec cela que, deux heures durant, vous devez rivaliser avec Spielberg.» Seront aussi passées au crible les affres de la correction (Us étoiles), les rencontres avec les étudiants (L’imprimante, Lydia) ou la surveillance des examens (Examen final), qui permet au narrateur de contempler à loisir ces individus mystérieux qui lui font face pendant une session et qu’il ne reverra probablement jamais.En 21 «tableaux» qui sont autant de petits récits autonomes (le communiqué de presse souligne d’ailleurs «qu’on peut [les] lire dans l'ordre ou dans le désordre», ce qui laisse perplexe quant à l'appellation «roman» inscrite sur la couverture du livre.), François Gravel croque le portrait de tous les acteurs de la scène scolaire, sans jamais tomber dans la caricature ou le stéréotype.Sont ainsi évoqués les collègues qui se tuent à la tâche en tentant d’innover sans cesse (La brûlure), les obligations parascolaires dont l’utilité reste plus que douteuse (Journée pédagogique), les élèves, bien sûr, tantôt en groupe (Répétition générale), tantôt individuellement (Yannick, Lydia, Jeune fille au bout du fil).Dans un style parfois lapidaire mais qui ne manque jamais d’humour, François Gravel relève les |>etits travers des professeurs, comme «leur fâcheuse tendance à l’acharnement pédagogique».aussi bien que les manies et les habitudes des adolescents cégépiens (le passage sur les conversations entre adolescentes est particulièrement drôle et plein de finesse), et se permet quelques remarques acerbes et bien senties contre les pédagogues et, bien sûr, les universitaires: «Ce qui leur importe, outre une participation éventuelle à des colloques internationaux, est d’être publiés, pas d’être lus.Pourquoi leur de-manderait-on, en plus, d’être pertinents?» En 168 pages, François Gravel parvient ainsi à brosser un portrait complet du métier d’enseignant qui tient compte à la fois des moments d'émerveillement que peut procurer cette profession et des dangers, des zones d’ombres liées à son exercice.Accumulant les remarques, les notations, les souvenirs, l’auteur campe un personnage de prof tout à fait convaincant, assez individualisé pour échapper au stéréotype, mais assez universel pour que tous les profs (et les élèves) puissent s’y retrouver.L’enthousiasme que l’auteur et le narrateur partagent pour ce métier est largement insufflé au récit et communiqué au lecteur, qui devrait découvrir ou redécouvrir avec un œil neuf et beaucoup de plaisir cet aperçu du monde de l’enseignement vu de l’intérieur.Notons toutefois que, malgré l’inscription portée sur la couverture, le livre de François Gravel n’est pas un roman (quelle est cette manie de vouloir étiqueter roman tout récit en prose de plus de cent pages?).Pourtant, cela ne lui enlève rien et l’auteur a par ailleurs amplement prouvé ses talents pour le genre romanesque.Quoi qu'il en soit.Vingt et un tableaux (et quelques craies) est sans conteste un texte incisif, plein d’esprit, qui sait dépeindre avec justesse et fantaisie, avec tendresse aussi parfois, un métier que l’on a beaucoup (trop) décrié ces derniers temps.Sortir de la mort ous prenons le café sur la galerie, au gros soleil.Partout, autour de nous, ça fond, ça ruisselle, ça chante, ça siffle.Le merle est arrivé, en même temps que ce soleil du mois de juin.Perché sur une ramure cassée de l’érable, il semble dépaysé: bonne chance, mon cher, si tu cherches ton nid de l’été dernier! Les mouches, brusquement réveillées, nous tournent autour, et le chien ouvre grand la gueule pour les attraper: peine perdue, il ne mord que l’air, en gémissant comme un enfant injustement puni.La semaine dernière, à pareille heure, c’était la tempête, la poudrerie à plein ciel, les poêles ne dérougissaient pas dans la maison, nous n’avions plus le cœur à rien.Ce matin, voici que l’été me semble plus une chimère abandonnée dans notre souvenir par le diable lui-même, et que «les bourgeons sortent de la mort».On aperçoit même un papillon, qui virevolte, incertain et comme soûl, au-dessus du bassin, dont la surface, à demi fondue, est du bleu turquoise des ciels de cahiers à colorier.Où donc était accroché son cocon, à celui-là?Sous le petit pont de bois, que le soleil chauffe depuis deux jours?Sous la corniche du hangar?Sous une planche de la galerie?La métamorphose était-elle commencée, en octobre dernier, et ne restait-il qu’une heure de gestation, dont le coup de soleil d’aujourd’hui est facilement venu à bout?Mystère, encore un autre: la mort, un sommeil, un endormissement passager, un engourdissement dont on finit par se réveiller, le cœur hébété mais battant.«J’interprète toujours la mort par la vie», écrit Montaigne, que je retrouve tout naturellement, ce matin, et qui chante l’attention, l'avidité de connaître, la singularité inouïe du vivant.«Ce serait faire tort à la bonté divine, si l'univers ne consentait à notre créance.Le ciel, la terre, les éléments, notre corps et notre âme, toutes choses y conspirent.Il n ’est que de trouver le moyen de s’en servir.Elles nous instruisent, si nous sommes capables d’entendre.» Il faudrait être sourd, à l’heure qu’il est, pour ne pas entendre: le cri des oies, au-dessus de nous, les cascades du ruisseau, à deux pas, les Robert L a l o ii il e ?1sl§ • / Prix Eraile-Nelligan Les éditions du Noroît félicitent Martin Gagnon Emploi-Avenir 1997-1998 nouvelle édition Document de référence en deux partie* sur la planification de carrière CD-ROM.Cet ouvrage vous renseigne sur l'emploi et sur les tendances qui animent le marché du travail d'aujourd'hui.Cette mise à jour du CD-ROM comprend deux sections intitulées Perspectives professionnelles et Perspectives de carrière pour les diplômés.Celle-ci examinent les endroits où les gens se trouvent du travail, les études requises, la rémunération, le travail indépendant, l'emploi à temps partiel, etc.N de cat.MP43-181/I998-MRC Prix: 24,95 $ Total incluant 7%TPS - 26,70 î =_Av«n1 r Poste/ «À: Les Éditions du Gouvernement du Canada-TPSGC-Ottawa, ON-K1A 0S9 Tel.: 1-800-605-79*13 Fax.: (819) 994-H98 Visa ou Mastercard: I-800-665-7757 Internet: http://puldications.tpsgc.gc.ca p DISPONIBLE DANS LES LIBRAIRIES Martin Gagnon INITIALES DE L'ECLAIR ET DH LA DISPERSION du N Finaliste du prix Émile-Nelligan 1998 pour son recueil Initiales de 1 eclair et de la dispersion sifflements du merle, le vent dans les pins étêtés, le cognement de ce sang neuf qui houspille notre vieille carcasse.Mystère et miracle Je sors cinq minutes, sur le balcon, appelé par un cri qui vient du jardin.Ginette et Jean-Guy ont réussi à remettre debout, à l’aide d’un levier très astucieux, notre sumac, couché par le verglas.Un autre mystère, un autre miracle.Ce bel arbre, nous étions presque résignés à en faire du bois de chauffage, et le voilà fier et droit, élancé, altier, triomphant, ressuscité! (Son ombre dentelée, son allure de cocotier des Caraïbes, à la mi-juillet, sont merveilles à voir!) «Pour juger des choses grandes et hautes, il faut une âme de même, autrement nous leur attribuons le vice qui est le nôtre.» Une âme de sumac redressé, une âme d’outarde migratrice, une âme de merle haut perché, une âme de chute blanche, une âme de vent fou.«// n'est mouvement qui ne parle, et un langage intelligible, sans discipline, et un langage public.Les alphabets des doigts, grammaires en gestes.» Montaigne célèbre cette extraordinaire sagacité de la nature, qui n’obéit qu’à elle-même, dépourvue de cette présomption de l’homme, «notre maladie naturelle et originelle».«Si ce que nous n'avons pas vu n’est pas, notre science est merveilleusement raccourcie!» Les mystères se cachent dans la lumière, quand ils sont très malins («L’ombre, écrivait Giono, n’est qu'un attrape-nigaud!») «Les arondelles, que nous voyons au retour du printemps fureter tous les coins de nos maisons, cherchent-elles sans jugement et choisissent-elles sans discrétion, de mille places, elle qui leur est la plus commode à se loger?Les oiseaux peuvent-ils de servir plutôt d’une figure carrée que de la ronde, d'un angle obtus que d’un angle droit, sans en savoir les conditions et les effets?.Pourquoi épaissit l'araignée sa toile en un endroit et relâche en un autre?se sert à cette heure de cette sorte de nœud, tantôt de celle-là, si elle n’a délibération et pensement, et conclusion?Nous reconnaissons assez, en la plupart de leurs ouvrages, combien les animaux ont d'excellence au-dessus de nous et combien notre art est faible à les imiter.» Oui, notre présomption, nos doutes, notre courte vue.Notre sommeil, notre constante léthargie, nos aveuglements, notre façon de nous surestimer et de nous haïr en même temps.Notre misérable condition d’ange déchu, notre orgueil de maîtres après Dieu, à la place de Dieu, notre stupidité brutale.«Nous ne sommes ni au-dessus, ni au-dessous du reste: tout ce qui est sous le ciel, dit le sage, court une loi et fortune pareille.» «C'est le déjeuner d'un petit ver que le cœur et la vie d’un grand et triomphant empereur.» Le progressiste acharné, «ce furieux monstre à tant de bras et tant de têtes, c’est toujours l ’homme faible, calamiteux et misérable.Un souffle de vent contraire, le croassement d’un vol de corbeau, le faux pas d’un cheval [d’un tracteur, d’une grue.] le pas- Faire le tour de ce sous-bois que nous avons à la place de l’âme £ Plus de gorq Serge Patrice Tt es sèches brûlées à la chaux.hibodeau, Pacifica, l'Hexagone, 1997 66 pages Encres de Christiane Gaulh ter U PtytVrel dvt W la la MfiAôvtr dvL PMDÀC.rtjctrd, ctUu de Seiye Patrice TU/fcdem L'Union des écrivaines et écrivains québécois, en collaboration avec la Maison de la culture Frontenac, vous invite à rencontrer : f-ercy-e FntrLce TTkoirtreLeniA.ÉDITIONS OU NOROÎT le MARDI 7 avril 1998, à 19h30 à la Maison de la culture Frontenac ( métro Frontenac ) - Entrée libre Les mardis Fugère sont animés par Jean Fugère UNEQ Ville rie Montréal ( ontril de* Am du ( «udl fhc Canada ( ounul sage fortuit d'un aigle, un songe, une voix, un signe suffisent à le renverser et porter par terre.».Un même moyen âj»e Le grand philosophe-jaseur ne pérore pas en l’air ni à travers son chapeau.Il a des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, un nez fouineur, des mains expérimentées et une jugeote pas mal dégrossie.Et notre moyen âge vaut bien le sien: pareilles pseudo-vérités contradictoires, pareilles interrogations adressées à cet être opaque qu’est l’homme-dieu-démon, pareille vision de l’humain en monstrueux animal qui se fait horreur à soi-même, pareille impossibilité de rien annuler de nous, espérances et terreurs, pareil inachèvement, pareilles «opinions supercélestes» et pareilles «mœurs souterraines».Mais «un parler ouvert ouvre un autre parler et le tire hors, comme fait le vin et l'amour».Dire, nommer, circonscrire le réel, faire le tour de ce sous-bois que nous avons à la place de l’âme, trouver dans les choses, «avec une menace un viatique», ne jamais oublier «qu’il n’est rien de plus certain, résolu, dédaigneux, contemplatif, grave, sérieux comme l’âme».Et, peut-être, dans ce soi ambigu, offert à tout, et que nous n’aurons jamais fini d’explorer, finira-t-on par trouver le lieu de toutes les obscurités, «le mystère de tous les mystères, quelque chose comme une vérité dernière».J’entends crier la scie: Jean-Guy débarrasse les merisiers de leurs branches mortes.J’achève mes phrases et cours l’aider.Il y a tant à faire, et tout de suite.Un coup la saison bien prise, il sera trop tard pour tailler, redresser, élaguer, émonder.Je chausse mes botte,s et le chien tourne autour de moi.Enervé, il se lamente, me presse: un peu plus et il trouvera moyen de nouer mes lacets de ses crocs.Je prends la voix pointue qu’il redoute pour tenter de modérer ses transports: — Veux-tu ben prendre patience, soutadit de sans-dessein! Il couine, piétine et me bouscule du fessier.Je tombe sur lui, et nous nous battons férocement sur le plancher.«En combien de sortes de langages parlons-nous à nos çhiens, et ils nous répondent.» A bout de souffle, nous restons un moment allongés côte à côte, vainqueurs, perdants, brusquement dépris de nos fureurs.J’avise mon manteau sur le crochet et aussitôt me rappelle que je n’en ai pas besoin: c’est quasiment l’été, dehors.Je fais sortir le chien avant qu’il ne grimpe sur le sofa pour m’aboyer sa désespérance à me voir si lent, si minutieux, maniaque, méticuleux à me lasser et me boutonner.Et puis je reviens à mes pages pour noter ce dernier passage de Montaigne, fustigeant «ces plaintes vulgaires de l’homme, cette licence de leurs opinions qui les élève tantôt au-dessus des nues, et puis les ravale aux Antipodes».Qu’il est agréable — et vite fait! — de sermonner, chapitrer, quereller, morigéner avec les mots d'un autre, et pas n’importe lesquels: «Serions-nous le seul animal abandonné nu sur la terre nue, lié, garrotté, n'ayant de quoi s’armer et couvrir que la dépouille d'autrui?Là où toutes les autres créatures, nature les a revêtues de coquilles, de gousses, d’écorce, de poil, de laine, de pointes, de cuir, de bourre, de plume, d’écaille, de toison et de soie, selon le besoin de leur être les a armées de griffes, de dents, de cornes, pour assaillir et pour défendre?Les a elle-même instruites à ce qui leur est propre, à nager, à courir, à voler, à chanter, là où l’homme ne sait ni cheminer, ni parler, ni manger, ni rien faire que pleurer sans apprentissage?.De quelle vanité nous peut-il partir de loger au-dessous de vous et d'interpréter dédaigneusement les effets que nous ne pouvons ni imiter ni comprendre?» J'ouvre la porte et ça sent la sève et la terre mouillée.Elle me fait un grand signe, du fond du champ, le sécateur au bout du bras.—J’arrive! Et je cours, le chien sur les talons.ESSAIS II Montaigne Gallimard, Folio n° 290, Paris Journée % Viper ?3$) UlaSSIC (15:30) |avec william oaiuwiii, umuy uidwiuiu News NY Wired H ED Financial.| An Enchantment of Butterflies Eyev/itness Attenborough [Birdwatch [Naturescene I Nature / Victims of Venom | Mobil Masterpiece Theatre / Prime Suspect: Errors of Judgment (1/2) Mystery! Inspector Morse (2/2) 357 Mollie Katzen s Healthweek Travels Europe ITN Wrld Focus Religion, Ethics Ballykissangel Pavlova | Snow Queen Cinéma/THE CAPTIVE HEART ¦MM; Fax I R.S.V.P.| MuchMegaHits Combat des clips [Rock & Roll: Renegades | Fax | MuchMusic Countdown MuchEast fl® Auto Racing / Grand Prix de Long Beach de série Cart (16 00) Sportsdesk Be a Player! Baseball / Giants - Diamondbacks Curling / Championnat du Monde CINEMA AU PETIT ÉCRAN LE SANG DU FRERE (4) (My Brother’s Keeper) E.-U.1995.Drame social de G.Jordan avec John Lithgow, Ellen Burstyn et Annette OToole.Un jumeau séropositif reçoit l’aide de son entourage lorsque sa compagnie d’assurances refuse de payer pour une opération qui le sauverait.TQS 131i QIU-JU: UNE FEMME CHINOISE (3) Chin.1992.Comédie dramatique de Z.Yimou avec Gong Li, Lei Lao Sheng et Liu Pei Qi.Une jeune femme enceinte multiplie les recours en justice afin d’obtenir réparation de la part du chef du village qui a blessé son mari.TQ 211i LE ROUGE EST MIS (4) Fr.1957.Drame policier de G.Grangier avec Jean Gabin, Annie Girardot et Paul Frankeur.À la veille de prendre leur retraite, quatre gangsters tentent un dernier vol à main armée.Canal D minuit J’AI ENGAGÉ UN TUEUR (3) (I Hired a Contract Killer) Fin.1990.Comédie dramatique d’A.Kau-rismaki avec Jean-Pierre Léaud, Mar-gi Clarke et Kenneth Colley.Un chômeur malheureux engage un tueur à gages pour mettre fin à ses jours.SRC 23lt50 JL 1 P1 Classification des films: (1) Chef-d'œuvre — (2) Excellent — (3) Très / (4) Bon — (5) Passable — (6) Médiocre — (7) Minable 1 RENCONTRES I) K Y II I I! I K S S A M K II I T I) I M A X I K A A V K I I.I II !l S "!»- 1» O É S I E ESSAIS ÉTRANGERS Errances LE RESTE DU VOYAGE Bernard Noël POL éditeur, Paris, 1997, 111 pages LA PAROLE AU NOIR Laurent Trépanier Triptyque, Montréal, 1998, 56 pages La liberté selon une promeneuse solitaire DAVID CANTIN Depuis quelques années, le récit poétique joue un rôle déterminant dans l’œuvre de Bernard Noël.Bien sur, je pense à ces très beaux livres que sont Le Syndrome de Gramsci (POL, 1994) et La Maladie de la chair (éditions Ombres, 1995).En quelque sorte, cette prose envoûtante mène la poésie de Noël vers un souflle nouveau dans Le Reste du voyage.Aux antipodes de la voix retenue et elliptique de L’Ombre du double (POL, 1993), ce nouveau recueil s’inspire de la résonance spirituelle de différents lieux visités.En commençant par l’éclat lumineux que propage le mont Athos, on traverse ces chemins de pèlerinage où se condensent les mystères enfouis de l’âme humaine.De manière anecdotique, la «clarté sauvage» du poème tente de rétablir l’éblouissement profond du sens.C’est d’ailleurs grâce à ce vers long aux accents prosaïques que l’on découvre un tel vertige contemplatif de la mémoire.Parfois, il arrive même que l’enchaînement rapide des descriptions suggère une errance discontinue de la pensée: «A quoi bon ça / tous ces murs ces monceaux de pierres taillées / de par le monde en forme de vérité / sinon pour détourner la venue du rien / bâtir contre elle un tout massif un grand ordre / à l'abri desquels chacun peut ignorer/ le vide ne se faisant occuper par la chose / l’occupante céleste et philosophique / le mal le péché valent mieux que l'angoisse/d’être devant le rien l'impensable rien / qui stupéfait à tel point tête et langage / que voilà leur activité suspendue / la pensée ne peut en faire une pensée / cette incapacité l’anéantit.» Dans les deux parties suivantes du livre, plusieurs villes achèvent cette réflexion entre le corps sensible et l’espace sacré qui l’entoure.A partir de quelques détails, le poème s’éloigne de l’essentiel pour mieux entendre l’inquiétude silencieuse du temps.Pour Bernard Noël, il ne s’agit pas de savoir comment s’ordonnent les choses, mais plutôt de reconnaître l’empreinte brûlante quelles laissent en nous.On comprend alors que la parole poétique devienne le germe unificateur qui anime cette tension des contraires, où l’on passe de la foi au doute, de la lumière à l’obscurité: «Le corps est un présent toujours incomplet/sa propre unité s'égare au fond de lui / dans l'amas viandeux de sa continuité / tout lieu organique est un lieu de passage / jlux et reflux battements pulsions mouvements / la vie n’est jamais la même au même endroit / c’est un coup de vent qui traverse la chair/ les os font signe battus par cette haleine / une phrase en nous blanche et indéchiffrée.» Avec Le Reste du voyage, Bernard Noël ouvre de nouvelles frontières dans son incessante quête d’un avènement de l’être au monde.En lisant le premier recueil de Laurent Trépanier, on se demande d’où peut bien venir ce besoin indispensable de transgresser l’écriture poétique, sous toutes ses formes.Dans La Parole au noir, il est question de «vocabulaire dévasté», de «mots broyés».D’ailleurs, on y trouve même cette déclaration foudroyante: «je ne veux pas connaître / les bornes de la parole.» En cherchant l’originalité à tout prix, cette nouvelle voix de la poésie québécoise n’arrive qu’à se débattre aux limites d’une certaine folie imaginaire.Sous l’angle de la tragédie, on s’isole autour d’une solitude qui résiste à la blessure amoureuse, l’injustice sociale, tout comme cette crise existentielle en jeu.Avant tout ludique, la «parole au noir» de Trépanier ne se tient pas à la hauteur de ses prétentions.11 me semble qu’il y a beaucoup plus de promesses que de réussites dans ce recueil, surtout lorsque l’éditeur annonce déjà l’avènement «d’un poète majeur».Loin de la provocation, on découvre plutôt une certaine complaisance dans ce discours poétique: «j'existe / en état de siège / fers aux chevilles / pièges et pain sec / de cette langue déchue en crise de foi / langue musclée de jambon vicieux / langue de chemins tordus / où monte et descend / la semence antique du verbe / etgnangnangnan /je ne sais plus ce qui se dit».Entre l’incantation et la revendication, Laurent Trépanier ne possède pas encore la subtilité lyrique d’un Marc Vaillancourt ou d’un Joël Des Rosiers (deux poètes importants chez Triptyque).Il faudra donc attendre pour connaître ce que cet auteur est véritablement capable d’offrir.Auto i il e P o li Haiti e ?Scalper le productivisme ambiant COMMENT SUPPORTER SA LIBERTE Chantal Thomas Payot, 1998,148 pages on, la liberté «n’est pas une marque de yogourt».Ni de serviettes sanitaires.Elle ne s’acquiert pas grâce à un téléphone cellulaire et encore moins grâce à l’achat d’une paire de jeans.Liberté, que de crimes publicitaires commet-on en ton nom! Mais sommes-nous totalement déterminés par la publicité?Ou est-ce notre classe sociale qui nous prive de liberté, ou notre inconscient?A ces interrogations philosophiques éternelles, quelle évoque plus qu’elle ne formule, Chantal Thomas, spécialiste de Sade et de Casanova, a des réponses personnelles.Certes, elle nous amène avec elle dans ces merveilleux lieux d’errance que sont les plages, les chambres d’hôtel, les livres, les cafés, les voyages.Elle a opté pour le ton de la confidence.Moins seule qu’elle ne le revendique, elle nous raconte la liberté — plus qu’elle ne la pense — en compagnie de grands morts «libres», tels Rousseau le promeneur, Casanova le fugitif errant.Des femmes aussi: Marguerite Duras, Virginia Woolf.Mais avec cet aréopage, nulle surprise de voir se déployer, au lil des liages — et j’insiste — d’un pur délice, une anthropologie strictement individualiste.La liberté ne jouxte pas ici l’égalité et encore moins la «fraternité».Présentée par Chantal Thomas, la liberté s’apparente surtout au «droit de ne pas être dérangé» (right not to be bothered) de certains tribunaux américains.«Vous êtes libre, ce soir?, lui demande un dragueur — Oui, mais permettez-moi de le rester», répond-elle.Superbe insolence de l’esprit d’indépendance.Liberté comprise aussi, comme Baudelaire l’exprime en exergue du livre de Thomas, comme le droit «de se contredire» et «de s'en aller».Deux articles manquants, prétend l’auteur des Fleurs du mal, dans «l’énumération nombreuse des droits de l’Iwmme que la sagesse du XIX siècle recommence si souvent et si complaisamment».Certains contesteront cette conception de la liberté.Ils déploreront son aspect «apolitique», farouchement individualiste.Ils ne s’étonneront pas, à la toute fin du livre, que Chantal Thomas débouche sur ce que Camus a présenté comme la question philosophique fondamentale des modernes: le suicide.Se référant aux cas de Pa-vese et de Primo Lévi, elle prétend que le suicide peut être «un recours suprême, inaliénable, qui nous délivre de notre destin, nous en rend maître».Paradoxale fin de vie qui affirme la souveraineté du vivant, suggère Thomas.Certes, le suicide n’est pas ici une prescription, mais une option.Qui doit, écrit-elle, demeurer «une protestation de vie».Si l’on est déjà «mort avant la mort», à quoi bon?Primp Lévi a attendu à 1987 avant de mettre fin à ses jours.A Auschwitz, quelque quarante ans auparavant, il n’était «plus assez vivant pour être capable de (se) supprimer».La souveraineté de l’individu Apolitique, ai-je écrit plus tôt?«Acollectif» serait plus juste.Car il est assurément politique, cet anarchisme prônant la souveraineté de l’individu, qui revendique son droit de «manquer à l’appel».Politique, il l’est comme celui de Brassens, quand il rétorque doucement à un Ferré, communiste enflammé, dans cette fameuse entrevue parisienne (en compagnie de Brel): Moi, je ne sais pas trop ce qui est bon pour la société, je n’ai pas de plan (je cite de mémoire).Pas de projet de société ici.Refus franc de «mourir pour des idées»., «les copains d'abord».(Est-ce là la philosophie de la — ma — génération X?Mais c’est un autre débat.) Chez Brassens, au moins, il y a de l’amitié, c’est-à- dire la liberté et le bonheur avec un autre.Chantal Thomas, elle, n’a pratiquement que des bonheurs solitaires.La liberté, chez elle, passe-t-elle par une forme de misanthropie?Qu’elle cite au long une piquante apologie de la masturbation de Jean Genet — «[.| possédant les autres intimement, qui servent ton plaisir sans qu’ils s’en doutent» — vient renforcer cette hypothèse.Même chose pour son refus — bien légitime — d’enfanter, qu’elle justifie en démontrant que l’enfer, c’est ces petits autres envers qui elle serait trop obligée: «J’ai observé de jeunes enfants avec des mères: ils n'arrêtent pas de les interrompre!» Mais l’on ferait erreur d’utiliser la distinction collec-tif-individualiste pour rejeter totalement cet aspect de la liberté.De toute façon, le texte charmant de Chantal Thomas sait nous faire prendre conscience qu’au delà des choix rationnels sur la liberté, c’est une expérience que l’on a tous déjà eue, de.se sentir flotter.Sentiment particulier de liberté quand on s’offre — en solitaire, comme Rousseau, insiste Thomas — une escapade rappelant l’école buissonnière.Sentiment que l’on a dans ce café, quand le temps s'étire, où l’on espionne tranquillement les conversations.Ces journées, aussi, où l’on choisit d’être irresponsable et sans horaire.Cet appartement où l’on reste des heures, seul, plongé dans un livre.Et l'on exulte en lisant Chantal Thomas scalper le productivisme ambiant, qui réduit de plus en plus la fréquence des moments de vagabondage considérés comme «inutiles».Ce productivisme dans lequel le surmenage se porte bien.Où les signes de richesse sont des outils de travail (les téléphones portables).Où les voyages sont conçus comme un simple intermède, du reste vidé par le «néant du tourisme», «impitoyable mise à plat».Productivisme (notez que c’est moi qui emploie ce mot), enfin, qui «produit» des retraités toujours plus jeunes, mais qui, suggère Thomas, narquoise, ont toujours moins de vie intérieure et ont du mal à converser avec eux-mêmes et les autres.En somme, aussi curieux que cela puisse paraître, ce livre risque, chez plusieurs, d’atteindre l’objectif contenu dans son titre malicieux et ironique, en forme de re- cette.arohitaille(a synipatico.ca CHANTAL THOMAS comment supporter sa liberté Monceis Payot L’opéra, entre fiction et réalité Pourquoi l’opéra est-il un tremplin privilégié pour l'imagination et la rêverie?Qu'en est-il de l'opéra aujourd’hui ?Le divertissement de la bourgeoisie d’hier est-il un genre obsolète ?Participants Réal La Rochelle, auteur de Callas.i'opéra du disque Christian Bourgois Editeur Jean-Jacques Nattiez, apteur de Opera.Editions Leméac Modérateur Georges Nicholson Le mardi 7 avril â 18 heures à la librairie Olivieri 5200 ave.Gatineau, métro Côte-des-Neiges éservation *514-739-3639 On ne trouve pas que du Gallimard à la Librairie Gallimard.fi 3700 bout.St-Laurent, tél : 499-2012 fax : 499-1535 www.gallimard-mtl.com les éditions du remue-ménage Des analyses Micheline Bonneau (sociologue, Université du Québec à Rimouski) Irène Deinczuk et Lynda Peers (sociologue et psychologue, toutes deux consultantes et formatrices au ministère de la Santé et des Services sociaux) Monique (îauvin (sociologue) Ann Robinson (professeure de droit, Université laval) Des témoignages Irène Deinczuk Céline Lenoir Christine Roy Colette Trudel Marie-André Vachon DES DROITS A RECONNAÎTRE LES LESBIENNES F«CE A LA DISCRIMINATION Des textes sur la discrimination vécue par les lesbiennes dans différents domaines tels que le droit, le marché du travail, les services de santé et les services sociaux, les relations avec l'entourage et le milieu.Chez votre libraire les éditions du remue-ménage 4428 boul.Saint-Laurent, bur.404 Montréal (Québec) H2W 1Z5 Tél.(514) 982-0730 26e Rencontre québécoise internationale des écrivains Écriture, identités et cultures Séance de lectures publiques animée par Jean Fugère avec MARIE-CLAIRE BLAIS (Québec) MARYSE CONDÉ (( îuadcloupe) PAULE CONSTANT (France) GIUSEPPE CONTE (Italie) LOUISE DUPRÉ (Québec) AULA FARHOUD (Québec) OLIVIER GERMAIN-THOMAS (France) ÉDOUARD GLISSANT (Martinique) HANNE MARIE SVENDSEN (Danemark) SERGE PATRICE THIBODEAU (Acadie/Québec) JEAN-BERNARD VUIl.LÉME (Suisse) le lundi 6 avril 1998 de 18 h à 19 h à la Bibliothèque nationale du Québec (Salle Saint-Sulpice) 1700, rue Saint-Denis, Montréal Entrée libre La Rencontre québécoise intern,itioiliilr des écrintins tient à remercier le Conseil des arts î du Canada, le Conseil des arts et des lettres du Québec, le ministère des Relations internationales et l'Union des écrivaines et écrivains québécois.Gl*»1' »W*Î _oG'oets Une école pour réussir William Classer 608 pages L’école et les changements sociaux M.Hardy, Y.Bouchard el (i.Fortier 352 pages Transformation des enjeux démocratiques en éducation Lise C'orriveau et Michel St-Germain \ PR '.BF 192 pages Être prof Caroline Morin, Patrick Bouvier et Geneviève Juneau Pédagogie et équité Claudie Solar I réussir ta® n -zÆ Les Editions LOGIQUES Préparer l'école du XXI1 siècle Les technologies et l’enseignement des langues Lise Desmarais Distribution exclusive LOGIDISQUE 1225, rue de Condé Montréal (Québec) H3K 2E4 Tél.: 933-2225 Fax : 933-2182 logique@cam.org http://www.logique.com I) 8 I) K V OIK.I.K S S A M K I) I I K T I) I M A N C II K 5 A V Kl I.I il il K K X I* O S I T 1 O N S Images d’un quotidien réinventé Bonnard, maître coloriste du XXe siècle BONNARD The Tate Gallery Londres Jusqu’au 17 niai 1998 Musée d'art moderne (MOMA) New York Du 17 juin au 13 octobre 1998 ANNIE ERASER Londres — \ja Tate Gallery présente une imposante rétrospective de l’œuvre de Bonnard, maître coloriste du XX'1 siècle, héritier de la tradition des Monet, Gaugin et Matisse.L’exposition, répartie sur dix salles, relate 1’évolution d’une carrière vive et éclairée, celle d’un artiste serein, investi du sentiment d’humilité propre aux hommes de vertu.Dans les couloirs du musée, les rumeurs courent, l’effet Bonnard se fait sentir.Les Britanniques sont conquis, ils aiment very much indeed.A l’intérieur, dans l’enceinte du trésor, rien ne vient rompre la solennité des lieux, pas même le chuchotement des visiteurs.Pas de décor façonné ni d’aménagement subtil.Les salles, conçues pour révéler l’essence de l’œuvre, respectent la souveraineté de l’ensemble pictural.Près d’une centaine de toiles meublent les cimaises couleur chair.L’œuvre s’anime d’elle-même dans une allégorie chatoyante.% ARCHIVES LE DEVOIR Pierre Bonnard Contemplation, réflexion, interprétation forment un cercle étroit d’interactions entre l’œuvre et le spectateur.Les toiles de Bonnard agissent comme un tonique vivifiant sur la grisaille du mois de mars.Le fils du ministre Pierre Bonnard est né à Fontenay-aux-Roses en 1867.Fils de ministre, il mène une enfance confortable dans la résidence familiale du Grand-Lemps à Isère.Ses premiers tableaux sont empreints du climat calme et rassurant qui règne sur ses premiers jours d’apprentissage.C’est dans cette ambiance feutrée de salons cossus qu’il viendra peindre, des années plus tard, son Déjeuner au Grand-Lemps.L’éveil à la peinture s’opère sans trop d’insistance alors que le jeune Bonnard est promu à un avenir tracé d’avance par le diktat de la bourgeoisie dont il est issu.Excellent élève, Bonnard obtient sa licence de droit tout en entreprenant des études d’arts plastiques.À l’Académie Jullian de Paris, il fait la connaissance de Maurice Denis.Ce dernier l’initie au mouvement nabi, qui se réclame des enseignements de Gustave Moreau, de l’école de Pont-Aven et de la peinture japonaise.On reconnaît l’influence du levant dans La Partie de croquet, vaste toile de 1892, où des silhouettes allongées se découpent d’un paysage feuillu aux aspects géométriques.C’est auprès des nabis que Bonnard explore ses premiers thèmes.Scènes de rues, intérieurs et natures mortes sont représentés avec une force de caractère alliant la simplicité des sujets à une forme de renouveau esthétique.Bonnard expose pour la première fois au Salon des indépendants en mars 1892, et met peu de temps à séduire les grands de son époque par l’adresse de son dessin.Il reçoit les éloges de Renoir, Toulouse-Lautrec le remarque.La facture multiple de son style, combinée à une imposante flexibilité technique, font de Bonnard un peintre difficilement installé dans une catégorie.Solitaire et indépendant, l’artiste se défend bien d’appartenir à une école, puisant ça et là les quelques concepts épars propres à son intuition.En ce sens, le passage chez les nabis compte davantage en sa qualité de prélude académique qu’en son rôle d’association stylistique.La rencontre avec Marthe de Mé-ligny en 1893 marque un important tournant dans la vie du peintre.Calme et pensive, Marthe porte en son Nu dans un bain, 1936, de Pierre Bonnard sein l’image du parfait modèle.Elle deviendra l’unique femme à partager sa vie.Bonnard en fera à la fois son modèle fétiche et sa muse, puisant en elle l’élan sans cesse renouvelé de son inspiration.Tantôt Eve, tantôt Hermaphrodite, Marthe se joue de tous les rôles avec une candeur déconcertante tandis que l’artiste lui prête les vertus plastiques de la statuaire antique.La Sieste, toile pour laquelle èlle pose en 1900, demeure un des chefs-d’œuvre postimpressionniste.Les gestes les plus simples Fin scrutateur, Bonnard réussit à animer d’une aura singulière les gestes les plus simples de ces jours qui passent et repassent.C’est en effet la nature même de l’œuvre de Bonnard qui se révèle dans cette quête de l’essentiel qu’il puise au quotidien.Pourvu d’une nature contemplative, l’artiste affine son regard, déployant une énergie sensible à peindre le fruit des heures et des jours.Depuis son studio rue de Douai à Paris, Bonnard esquisse des nus, des femmes s’habillant dans l’intimité de la chambre.Cette époque correspond à un assombrissement de sa palette, ses formes sont fluides, voire évanes- centes.La Femme aux bas noirs révèle toute la grâce du geste alors que Marthe est représentée enfilant délicatement un bas.Il peint également une série de femmes au bain, thème central de sa démarche artistique.On peut admirer au passage une Femme au peignoir, un Nu au tube ou encore Le Cabinet de toilette de 1908, charmante pièce de résistance, où l’intimité de la scène transcende les limites de l’illusion.A l’aube du XX* siècle, Bonnard quitte l’idéologie nabi pour professer un style naturaliste plus libre dérivé d’un impressionnisme qu’il cherche à surpasser.Casanier, l’artiste se cantonne chez lui, bien loin des agitations de la ville, et acquiert en 1912 une maisonnette sur les rives de la Seine.C’est à Vernonnet qu’il élabore La Salle à manger à la campagne, où la rigueur structurelle de l’intérieur faite de variations linéaires horizontales et verticales fournit le cadre d’un jardin florissant aux formes diluées.Cet imposant contraste de composition trouve sa source entre le caractère discipliné de l’artiste et ce que Bonnard nomme le désordre de la nature.Imbu de nature, Bonnard profite de cette retraite pour enrichir sa palette de couleurs claires et renouveler sa technique qui témoigne maintenant GALERIE DE BELLEFEUILLE Vernissage JENNIFER HORNYAK 0> Rencontre avec l’artiste les samedi et dimanche 4 et 5 avril de 13h à 17h • • • RENÉ PIERRE ALLAI N I.'exposition se poursuit jusqu ’nu 9 avril 1367, AVENUE GREENE, WESTMOUNT, TEL.: (514) 933-4406 lundi au samedi 10h00 - 18h00 dimanche 12h30 - 17h30 David Moore sculpture œuvres récentes du 2 avril au 16 mai 1998 DuGazon-Couture 1460, rue^herbrooke ouest, Montréal Tel.: (514) 286.4224 OCR AMMATION 1998 Le club (les colleclionneurs el amateurs (Pari Conférencier : Adam D.Weinberg, conservateur de la collection permanente, Whitney Museum of American Art, New York Date : mercredi 9 avril à 17 h 30 Lieu : 185, rue Sainte-Catherine Ouest Coût : 25 î non-membre - gratuit pour les membres Inscription sur place possible Des conférenciers reconnus pour leur expertise, des sujets variés, des échanges personnalisés et des conseils fort judicieux, marqueront la 2e année du Club.Au programme, quatre conférences et la visite d’une collection privée.Prochaine activité : Rencontre avec M.Marcel Brisebois, directeur du Musée d’art contemporain de Montréal Date : mercredi 13 mai à 17 h 30 Faites partie d’un Club dynamique pour être à la fine pointe de l’information en art! Adhésion annuelle : 200 S/personne; 300 î/couple Pour renseignements et inscription : Manon Blanchette (514) 847-6911 — MUSÉE D ART CONTEMPORAIN - ,, r , 0E MONTRÉAL c^ueuec .185, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal (Québec) H2X 3X5 © Place-des-Arts MUSÉE D’ART CONTEMPORAIN DE MONTRÉAL f- .i ' ^smofr kl /once -x'NO GARYHILL JUSQU’AU 26 AVRIL 1998 IMS.rw Sai GtH lu** IMS.rue Sainte La Galerie Liane et Danny Taran du Centre des arts Saidye Bronfman T-k“ MH 5170 Côte-Ste-Catherine, Montreal, Quebec m Tel: (514) 739-2301 Fax:(514)739-9340 yM"HA I L K I) K V IM H .I.K S S A M EDI I E T I) I M A X (' Il E A V II I I I !l !l M I) î) ARTS VISUELS Changements de direction Affaires d’humeurs Trahan étudie le rapport entre Tinforme et Inorganique OBJETS ABJECTS (et gestes grotesques) Carl Trahan Galerie Skol 460, rue Sainte-Catherine Ouest Jusqu’au 19 avril HERN A RI) LAMARCHE Il est étonnant de voir combien l’art contemporain, malgré toutes les rélicences qu’il peut soulever, est généralement friand d’une certaine propreté, d’une retenue sensible pour ce qui est du traitement des formes et de leur mise en vitrine.Toutefois, de l’informe et de ses perversités polymorphes, l’art n’a pas toujours été séparé.C’est en effet ce que tendent à démontrer certains travaux d’historiens de l’art qui commencent à s’intéresser à ce phénomène particulier (par exemple, le Centre Georges-Pompidou à Paris publiait l’ouvrage L'Informe: mode d’emploi en 1996).Un phénomène qui n’est pas que le seul revers de la bonne forme, et du formalisme, mais qui a tout à voir avec, bien sûr, le corps, mais plus précisément avec un aspect du corps souvent refoulé, à savoir son intérieur, d’autant plus qu’il est extériorisé, à savoir l’organisme, d’autant plus que ses mécanismes sont exposés au grand jour.En ce sens, la production de Cari Trahan, dont c’est la seconde appari-tion à la galerie Skol Oa première avait eu lieu en 1994), ne prendra pas de court.Le corps aux prises avec sa propre organicité était déjà une de ses préoccupations premières lors de son exposition précédente.Cette production ne sera pas totalement attendue non plus.En effet, Trahan, contrairement à cette précédente exposition, n’a produit que très peu d’objets.Ce sont essentiellement des matières en transformation, métamorphosées par le temps, qu’il expose.Parfois sous forme GUY L'HEUREUX Un des «objets abjects» de Cari Trahan de dégoulinures qui longent le mur et s’étendent au sol, les maculant au pasr sage, provenant de tablettes haut perchées sur lesquelles on devine la présence de plats de rangement pour la nourriture.Ailleurs sur des treillis suspendus au plafond, des matières organiques s’égouttent, des blocs de lait congelé fondent, de la graisse animale se déforme et s’affaisse, tout comme la gélatine sur une autre plateforme, et s’accumulent en dépôts dans un bassin prévu à cet effet Bien que Trahan rende un des murs de la galerie malléable en y enfonçant le devant du pied (on y «lit» ainsi une série d’empreintes), plutôt que de transformer la galerie en un organisme vivant, niant ainsi sa blanche neutralité, il inscrit à l’intérieur de cet espace des interventions qui, à différents degrés, explorent l’état de flaccidité de la matière.Une tache s’étend à la surface d’un tissu autrefois immacu- lé, qui recouvre une matière (suggérée par un renflement de l’étoffe absorbante) en liquéfaction.Ailleurs encore, un serpentin de gomme à mâcher rose, sorte de langue évincée de son corps, conserve la marque des dents qui l’ont pétrifiée.Ici et là, Trahan joue également des apparences: une forme maintenant figée s’est répandue sur le sol à un endroit, plus loin un bloc de graisse sculpté manuellement garde toute sa contenance.En plus de se rapprocher du genre de la vanité par la mise en œuvre de l’écoulement du temps (une voie pertinente qui nous a été suggérée), les interventions matérielles de Trahan (il fera également des performances pendant la durée de l’exposition) se rapprochent ironiquement de ce que l’ancienne médecine appelait des humeurs.Vous vous souvenez, tous ces liquides organiques (sang, lymphe, bile, etc.) qui, s’équilibrant, étaient censés déterminer la santé de l’organisme?C’est l’organicité comme repoussoir que Trahan s’affaire à exhiber.C’est en quelque sorte à notre propre rapport à l’informe, au visqueux et à l'organisme qu’il nous expose tant ces non-valeurs (ces «invaleurs», disait Sartre autrefois) témoignent d’une captivante dégradation du social.Le texte explicatif, disponible à la galerie, est très éloquent à cet effet, bien qu’exagéré quant à la prétendue sortie des règles admises de la civilité.Tout au plus, le jeu avec la nourriture défie sa valeur symbolique.Le travail sur l’abject n’est pas nouveau en art et a donné lieu à des «actions» beaucoup plus sensationnelles que celles de Trahan.Sa participation à ce créneau démontre toutefois une volonté de sortir à nouveau du poli généralement admis, sans toutefois s’épuiser dans des frasques infantiles.Sans être débordante, au contraire, son «esthétique» se démarque par son souci de s’extirper de la logique des catégories répandues (sans jeu de mots).RÉFRACTIONS Artextes, Montréal, 1998,486 pages BERNARD LAMARCHE Cet ouvrage lancé en début d’année est la traduction attendue du recueil de textes Sight Linçs, édité en 1994 à Montréal par les Editions Artextes.Inutile de revenir là-dessus, cet ouvrage, recueil de textes choisis en regard des principaux vecteurs autour desquels s’est forgé le discours critique dans le domaine des arts visuels au Canada au cours des années quatre-vingt, est indéniablement à verser au rang des outils indispensables pour quiconque s’intéresse de près au visage pluraliste des approches ayant trait à la culture canadienne, principalement dans le domaine des études visuelles.Il serait fastidieux de faire le relevé des 25 textes reproduits en ces pages.En général, le livre donne un aperçu de la vitalité de la pensée critique sur l’art au Canada durant cette décennie qui a succédé — le texte introductif des deux responsables d’édition est éloquent à cet égard — à des années déterminantes pour la structuration des réseaux nationaux de diffusion de l’art.Vrai que les catégories qui ont servi à regrouper ces textes, dont 18 sont inédits en français, sont généreuses.La consultation de l’index à la fin de l’ouvrage, faussée par les visées claires du recueil de s’attarder au développement du discours sur l'art autant — sinon plus — qu’à l'art lui-même, révélera des lacunes à celui qui y cherchera un panorama de l’art canadien.L’ouvrage se réclame de la tradition américaine du «readers», se gardant bien de prétendre à l’exhaustivité, comme le font souvent ces «bluffer's guides».En ce sens, c’est à une cartographie des méthodologies que s’attache le recueil, en plus de s’intéresser à des pratiques autres que celles qui ont marqué la modernité canadienne, à savoir la peinture: installation, vidéo, perfor- mance, réseaux parallèles, galeries autogérées ou institutions muséales, féminisme, identité culturelle, question autochtone, spécificité québécoise, etc.Sorte de «coast to coast» méthodologique, l’éventail des questions et des sujets est largement couvert par un choix d'abord orienté en fonction de textes phares de la recherche critique à avoir émergé au pays pendant ces années.D’ailleurs, le sous-titre du livre en anglais en dit plus long à ce sujet qu’une fois traduit: «Reading Contemporary Canadian Art».En outre, la traduction tardive de l’ouvrage, quatre années après la première édition, suscite un intérêt non négligeable.Bien que le livre propose une nouvelle mouture de textes encore relativement disponibles (sauf l’exception de quelques textes issus de catalogues d'exposition, de conférences ou de publications moins diffusées, la plupart d’entre eux viennent de périodiques importants tels Parachute, C Magazine, Vanguard, pour ne nommer que ceux-là), la mise en circulation en traduction de travaux d’auteurs anglophones constitue en soi un événement d’édition appréciable, comme l’avait été en 1994 la traduction de textes français en langue anglaise.Surtout que la question de l’actualité des essais en fonction des avenues récentes de la PlÉFJ^e-ÉMILÉ LXPsOSé PLINTUKLS JUSQU'AU 29 AVFÜL (SPACf 524 372, Sie-CATHtFUINf O.DU MXLDI AU Vf ND B4 DI I2H-18H SXMfDI I2H-17H critique d’art et de l'histoire ne se pose pas puisque ces textes ont été retenus en raison de leur ancrage historique.La diffusion au delà de la barrière des langues de ce genre de masse critique, d’autant plus que la sélection des textes a été rigoureusement menée, est toujours souhaitable.Par ailleurs, l'association stratégique avec la maison d’édition lu Lettre volée, à Bruxelles, reconnue pour son travail pointu, rigoureux et sérieux, élargit radicalement le territoire de diffusion de ces textes, leur rendant potentiellement accessibles les réseaux de diffusion européens.Réfractions se révèle être un outil important de référence, spécialisé, certes pour lecteurs avertis, mais pas uniquement réservé à cette catégorie restreinte de lecteurs ou aux étudiants en sciences hu- : maines.Les essais qu'il contient ris- ; quent aussi d’intéresser les lecteurs qui • désirent lire une documentation fouillée sur la culture visuelle canadienne.r a EXPOSITION Vilallonga Exposition virtuelle sur Internet à compter du 4 avril 1998 Vernissage en présence de l’artiste le 19 avril 1998 à 14 h 1260 Notre-Dame, Trois-Rivières, (Québec) G9A 4W9 Téléphone: (819) 372-5557, Fax: (819) 372-1131 www.galanetc.net e-mail: galerie.gala@tr.cgocable.ca Heures d'ouverture : mercredi au dimanche 13h30 à 17h30, jeudi et vendredi 19h à 21 h 3 J I/) 4 I 45 * _J u Cl e •V) r La Maison d ' Art trA-Ànÿli co FRANCINEAUBIN GINETTEBLOHDEAU RENÉECLOUTIER NATHALIEDAIGLE CATHERINE DURAND YVESDURAND CLAUDETTEGAGNÉ DOMINIQUEGAUTHIER IEANGOBEILLE LILIANEGROS5MAN FRANCINELABEILE IACQUESIAMOTHE GUYLAINENADEAU GINETTERICHARD MARIE-CHRISTINERICHARD ODETTESABOURIN Édifice Belgo 372, Ste-Catherine Ouest Espace 516 Vernissage le 4 avril 1998 de 13I1 i 17(130 L’exposition se poursuivra Jusqu'au 26 avril du mercredi au dimanche de 13I1 à 17(130 sauf le dimanche de Pâques 12 avril, fermé NUS 1948 - 1961 DENIS JUNEAU VERNISSAGE AUJOURD’HUI 4 AVRIL DE 15H À 17H EN PRÉSENCE DE L'ARTISTE JUSQU’AU 25 AVRIL WADDINGTON & GORCE 1446, rue Sherbrooke Ouest Montréal H SG IK4 j Tel.: 847-1112 Fax : 847-1113 8 Du mercredi au samedi de 10 h à 17 h la galerie d’art Stewart Hall Centre culturel de Pointe-Claire 176, Bord du Lac, Pointe-Claire, 630-1254 Du 4 avril au 10 mai 1998 David Blackwood œuvres de 1980 à 1990 présenté par la galerie Blackwood et Allen Hessler «Le Quartier Hanté» sérigraphies Conférence et démonstration de techniques d'estampe par Allen Hessler lors du vernissage, le dimanche 5 avril de I4h à 16h.Entrée libre • Accessible aux fauteuils roulants Horaire de ea Galerie: du lundi au vendredi, de 14 h à 17 h, lundi et mercredi soirs de 19 h à 21 b, samedi et dimanche de 13 h b 17 h Exposition Samedi 11 avril à 14h Suivie d'un encan des œuvres de l'artiste Hubert Durocher (décédé en 1998) 2090, rue Joly, App.205 Montréal tcoin Saint-Denis et Ontario) Tél.: 681-1902 L J expose les œuvres sur papier d e Stanley COSGROVE vie UNE EXPOSITION DE LA CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE ET DE RADIO-CANADA DU 28 JANVIER AU 3 MAI 1998 liSki Radio-Canada wr Télévision Covtt*cgc|ljr Salle Norman-McLaren 335, boul.De Maisonneuve Est OBerri-UQAM CINÉMATHÈQUE canada LK DEVOIR (514)842-9768 liai»» ¦ sa ¦ * i » ¦héisü i > » A Ajr-r, MONTREAL METROPOLE i DU 18 MARS 10 24 Mil 1998 En complément de l'exposition : conférences, films, visites commentées, randonnées pédestres urbaines et activités éducatives.Renseignements : 514 939.7026 CCA Centre Canadien d'Architecture 1920, rue Baile, Montréal L'exposition est présentée avec l'appui de la Ville de Montréal.MONTRÉAL cesf toi ma Cdlei 9 lefl TEIEGLOBE LIBERTÉ Omni Photographie Studio S.J Hayward Archives de la Banque Royale Les programmes publics sont offerts avec le soutien de la Fondation de la famille J.W.McConnell.Banque de Montreal BANQUE ROYALE 1) 10 L K I) E V O I It .I.K S S A M EDI I E T I) I M A N (' Il E A V It I 1.I !» !» « hôtels Vancouver, Whistler — Les hôtels se mettent aussi au vert, en Colombie-Britannique cette fois.Les «Green Rooms» visent la réduction des déchets, de la consommation d’eau et d’énergie dans certains des plus grands hôtels tels que le Westin Bayshore à Vancouver ou le Château Whistler, un hôtel Canadien Pacifique dans la station de ski Whislter.Les «Green rooms» s’inscrivent dans le programme d’économie d’énergie de BC Hydro, PowerSmart.Les ampoules fluorescentes ont ainsi remplacé les ampoules incandescentes.Au Westin Bayshore, un hôtel «Green Plus», la presque totalité de l’hôtel brille de ses nouveaux feux.Les écolos aiment, et le portefeuille exulte.«Nous avons réalisé 130 000 $ d'économies [d’électricité] par an», explique Denis Forristal, le directeur du Westin Bayshore, soit la moitié de la facture totale de 275 000 $ pour remplacer toutes les ampoules.Côté déchets, même rengaine.Dans les chambres dites vertes, terminé les savonnettes et les flacons individuels.Des distributeurs fournissent dorénavant savons, shampoing et démêlant.«Le camion d’enlèvement des déchets venait ici tous les matins», explique Denis Forristal.«Nous téléphonons maintenant pour le faire venir.Nos dépenses sont passées de 30 000 $à 13 000 $ par an.» Par ailleurs, libre à chacun de conserver ses serviettes de toilette.Seules celles placées dans la baignoire partiront au lavage, pour de nouvelles économies d’énergie et d’eau.et de détergent Le personnel de service semble respecter la règle, à en juger d’après trois nuits passées au Château Whistler (sur invitation de l’hôtel).«Nous sommes une très grosse maison de 563 chambres ici à Whistler, rappelle la relationniste Sonya Hwang, et de plus de 11 300 chambres au pays», ce qui justifie le vaste programme écologique d’un océan à l’autre du Canadien Pacifique.Le Château Whistler (tout comme le Westin Bayshore) donne ainsi ses surplus alimentaires à une œuvre de charité.Un composteur industriel à vers de terre est annoncé, alimentant en engrais naturel le terrain de golf de l’hôtel.Des programmes «éco» pour conférences sont aussi ¦+disponibles.Enfin, l’hôtel tente d’offrir des excursions écologiques à ses clients.«Ces efforts [.] permettent aussi de sensibiliser les clients de l’hôtel, souligne Stéphane Perron, natif d’Abitibi et directeur de Whistler Nature Tours, car si un gros hôtel peut faire du compostage, pourquoi ne pourraient-ils [les clients] pas le faire chez eux?» Et finalement, le président de l’Association des habitants de Whistler pour l’environnement demeure modéré mais encourageant.«Le Château est l’un des éléments les plus pro-actifs dans ce domaine.Mais ce n ’est pas suffisant.» La facture, d'un magasineCOlô La rentabilité commerciale aura aussi présidé à ce projet: «Le surcoût de 20 % occasionné par les mesures écologiques sera amorti en huit ou neuf ans, grâce aux économies d’énergie réalisées», explique Corin Flood.Un rappel que la Mountain Equipment Coop (MEC), une coopérative d’équipement et de vêtements de plein air, est avant tout une entreprise.«S’il n’y a plus de nature, nous ne pourrons plus vendre nos produits», résume Corin Flood.Fondée à Vancouver en 1971, la MEC compte aujourd’hui près d’un million de membres et aura enregistré 115 millions de dollars de ventes en 1997 dans ses magasins de Toronto, de Vancouver, de Calgary, d’Edmonton et par correspondance.Mais l’objectif principal de ce magasin demeure sans doute la volonté de donner l’exemple.«Le message écologique est souvent lugubre», reconnaît Corin Flood.«Mais le message écologique, c’est aussi de montrer que l'on peut faire les choses différemment.Que l’on peut changer les choses à l'échelle individuelle.» Et à l’échelle de l’entreprise privée, insiste-t-il, sans pour autant grignoter la rentabilité, bien au contraire.«Cela me semble s’inscrire dans une logique commerciale en plus d'être la bonne chose à faire.Le nouveau magasin n’apporte pas la réponse à tous nos problèmes, mais c'est un pas dans la bonne direction.» ¦yv g as-,.LE DEVOIR FORM tage de lumière implique moins d'éclairage électrique», souligne le responsable du projet sous la direction de Heinz Volgt, l’un des associés du cabinet d’architecte torontois qui a dessiné le magasin.Le j a r d i n naturel Il aura fallu tout de même trouver un compromis entre isolation et lumière naturelle.Les 24 baies vitrées du toit du chapiteau central ne seront pas équipées de persiennes automatisées, trop coûteuses.Far contre, l’avancée du toit du chapiteau sur les côtés procurera de l’ombre aux fenêtres à claire-voie disposées sur le pourtour.Le jardin sur le toit emmagasinera aussi une partie de la chaleur du soleil.Mais vu la hauteur du bâtiment, l’équivalent de quatre étages au centre, Corin Flood ne semble pas trop préoccupé, car la chaleur monte par convection, dit-il, et il faut seulement refroidir au ras du plancher.D’autre part, la température pourra grimper jusqu’à 26 degrés.«Nous maintiendrons toujours un différentiel de 10 degrés avec l’extérieur, assure Corin Flood.Il fera donc plus frais à l’intérieur.» Une autre source d’économie proviendra de la gestion informatisée de l’éclairage, du chauffage-climatisation ainsi que des fenêtres à claire-voie.L’autre volet des efforts d’économies énergétiques a porté sur les matériaux employés dans la construction, avec une dominante, les «3 R» classiques, soit réutilisation, recyclage et réduction.«Trouver des fournisseurs aura sans doute constitué le principal défi de ce projet», confie Corin Flood, soulignant d’ailleurs être disposé à partager de bon cœur le fruit de ses recherches.Du bois de récupération Le bois du chapiteau central aura été récupéré au Québec, après la démolition de l’édifice Marconi à Montréal, sauf les poutres, qui servaient à retenir la drave dans le canal de Lachine et la rivière Ottawa.Le plancher, lui, est en érable neuf.Mais le bois provient d’une exploitation certifiée durable.«La production et toute la chaîne de transformation remplissent des critères sociaux et écologiques durables», insiste Corin Flood.Quant aux murs, la moitié du béton provient de scories de hauts fourneaux, des résidus de la production de l’acier.«Les scories permettent de réduire l’énergie nécessaire à la production du ciment de Portland et cela évite qu’elles finissent dans des décharges», souligne Corin Flood.Même démarche pour le placoplâtre, qui provient des résidus de la désulphura-tion des émanations de centrales thermiques au charbon (du soufre qui provoque les pluies acides).Du DSG (disul-phurgypsum) remplace ainsi le gyproc traditionnel.Enfin, le moins de matériaux décoratifs possible auront été employés.Résultat: aucun faux plafond, des conduites d’aération apparentes, aucune peinture mais du béton à nu.Et pour couronner le tout, Corin Flood rappelle un autre atout écologique du bâtiment, au registre de l’urbanisme cette fois: le magasin est accessible par métro ou tramway.Qui plus est, la MEC fournira des garages à vélo sous surveillance vidéo ainsi que des douches pour ses employés cyclistes.Un stationnement souterrain offrira tout de même 70 places aux automobiles, «impératif commercial oblige, concède Corin Flood, mais il ne sera pas chauffé en hiver».PETER CARR-LOCKE MOUNTAIN EQUIPMENT COOP Un nouvel édifice to/ontois de 4600 jnètres carrés truffé de mesures écologiques veut montrer qu' econ je rime avec rentabilité .Avec en prime un jardin de 1000 mètres carrés sur le toit.CHARLES-ANTOINE ROUYER Toronto — Le nouveau magasin de la Mountain Equipment Coop (MEC), qui ouvrait ses portes mardi dernier, veut montrer qu’écolo-gie rime avec économie.C’est un bâtiment «vert», de 4600 mètres carrés et de 6,8 millions de dollars, en plein centre-ville de Toronto.Mais c’est surtout un bâtiment où la réduction des dépenses énergétiques aura été le maitre-mot.«Nous avons calculé que les dépenses supplémentaires au départ pouvaient faire réaliser des économies par la suite, depuis le plancher jusqu’à l’isolation ou l’éclairage», résume Corin Flood, le responsable des bâtiments de la MEC, qui aura orchestré construction et recherches pour ce nouvel édifice.Et les économies ne devraient pas manquer.Des économies d’énergie à deux niveaux d’ailleurs: pendant la construction du bâtiment et ensuite, au quotidien, une fois l’édifice en fonctionnement.Isoler contre la chaleur Côté consommation courante, l’isolation thermique constitue la priorité.Mais le but est de réduire les besoins de climatisation en été et non de chauffage en hiver.«Refroidir un bâtiment consomme beaucoup plus d’électricité», souligne Corin Flood.«La demande d’électricité est plus forte en été», rappelle-t-il.Les murs contiennent donc deux fois plus d’isolant (en partie recyclé).«Dix centimètres au lieu de cinq habituellement», précise Corin Flood.«Cela peut paraître ésotérique, ajoute-t-il, mais c’est là que l’on peut réaliser de petits gains.» Le vitrage bien sûr joue aussi un rôle important, en tant qu’isolant mais aussi en Oui! un jardin sur le toit! Lavande, thym, iris, tournesols, fleurs sauvages et même buissons embelliront le toit du magasin de la MEC.Et pourtant, le jardin sur le toit ne sera ouvert ni au public ni aux employés, mais aura coûté la bagatelle somme de 120 000 $.La moitié de la toiture plate, soit 930 mètres carrés, sera recouverte de 12 centimètres de terre selon le procédé Sopranature.D’origine française, cette technologie a été adaptée aux climats rigoureux à l’Université Laval pour le compte de la société Soprema de Québec depuis près de trois ans.«L’objectif principal [du jardin] est de retenir les eaux de pluie pour éviter de saturer les égouts en cas d’averse», explique Corin Flood.Marie-Anne Boivin, agronome responsable du développement de Sopranature au Canada, précise que le bâtiment profite aussi de sa couverture végétale: «La végétalisation protège les matériaux d’étanchéité du toit.» Mais Colin Flood insiste sur les bienfaits pour la collectivité.«C'est comme le pot d’échappement catalytique sur les automobiles.Si une voiture en a un, cela ne fait aucune différence.Mais si tout le monde avait un toit de verdure, cela ferait une énorme différence.Les coûts d’infrastructure souterraine serait considérablement réduits.» Sans compter que les plantes produisent aussi de l’oxygène et retiennent une partie des poussières en suspension, ajoute Corin Flood.réfléchissant les rayons du soleil vers l’extérieur.D’autant plus que la deuxième contrainte des architectes était de maximiser l’éclairage naturel.«C’est un magasin de produits de plein air», explique l’architecte Dan Cowling.«Et la lumière naturelle fait entrer le plein air à l’intérieur.Du côté écologique, davan- Le bâtiment esLle Galerie de l’Institut de Design Montréal 390, rue Saint-Paul Est Marché Bonsecours Montréal (Québec) Canada H2Y 1H2 Téléphone (514)866-1255 OBJETS DESIGN.POUR Pour acheter, collectionner ou, simplement, regarder.VOUS! Heures d’ouverture Du lundi au samedi : 11h à 1 Bh Dimanche : 11 h à 17h
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