Le devoir, 8 avril 1998, Cahier A
?FONDÉ EN 1 9 1 O ?I.-X X \ I X I $ / Toi I.K M K li (' R K I) I 8 A V R II I !» il 8 M O X T I! K A I.I A X K S il \ I O PERSPECTIVES Quel gâchis ! Deux groupes caressant autant de projets veulent occuper le château Dufresne.11 y a celui de la Fondation de l’art thérapeutique et de l’art brut du Québec, auquel s’oppose celui de l’Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve.Il y en a un qui s’appuie sur la mémoire, l’autre sur le singulier, le très particulier.L’un comme l’autre révèlent d’autres choses.LJ| Atelier d’histoire d’Hochelaga-Maisonneuve a posé ici et là dans ce vaste quartier des interventions jugées remarquables par des experts en matière patrimoniale comme le sont les membres d’Héritage Montréal.On doit à ses animateurs la restauration, par exemple, d’orgues d’église.On leur doit également d’avoir sensibilisé les gens cju quartier comme des autres quartiers à leur passé.A leur mémoire.La démarche, le but ou plutôt la raison d’être de l’Atelier d’histoire d’Hochelagà-Maisonneuve, comme de tous les organismes du genre, est une réappropriation du passé d’abord, une mise en lumière de celui-ci ensuite; cela accomplit l’impression de son influence sur tout ce qui est jugé ou qualifié de patrimoine urbain.Dans le cas du château Dufresne, les animateurs de cet atelier entendent définir la mission de cet édifice ainsi: «Im conservation, la diffusion, l’animation et la promotion du patrimoine urbain, particulièrement celui de l’est de Montréal, la diffusion des arts visuels dans le territoire de l’est de Montréal; la présentation d'expositions ou d'activités d'intérêt national, dans le domaine patrimonial ou dans celui des arts visuels:» Ainsi donc, on entend faire notamment «la conservation, la diffusion, l'animation et la promotion du patrimoine urbain».Et alors?Le bât blesse quelque peu.Qu’on y songe, entre le,Centre canadien d’architecture, L'Eco-musée du fier monde et le Musée de Pointe-à-Callière, mettons que l’animation et la promotion du patrimoine urbain sont passablement bien servies.Quoi qu’encore la, le simple fait de souligner que l’on souhaite protéger et conserver le patrimoine urbain révèle, rappelle et souligne qu’en la matière, Montréal est une des villes où les règles afférentes aux beautés architecturales sont parmi les plus.lâches en Amérique du Nord.Voilà, le topo est tout simple.Partout à Montréal, il y a des bâtiments qui témoignent d’une foule de styles aux origines diverses.Il y a du Nouvelle-France, de l’Art déco, du victorien, du Soho, et d’autres qu’on oublie.Bref, il existe un sacré inventaire d'édifices offrant à l’œil des styles divers qu’on pourrait apprécier à leur juste valeur si.Si on interdisait aux commerçants et promoteurs, comme cela se fait par exemple La promotion dans le ?en.tr(™lle d! ^T’ de r rpemivrir rlo mlp onrlulpe hrmip du patrimoine urbain est bien servie à Montréal fesseur d’urbanisme à l’Université de Montréal et président d’Héritage Montréal, a mentionné que la pression des entreprises et promoteurs sur la Ville était d’autant plus forte que chacun d’entre eux veut se démarquer de l’autre en faisant toujours plus gros, toujours plus clinquant.Et ce, évidemment, sans le moindre souci, voire l’ombre de celui-ci, pour les beautés patrimoniales.«Prenez par exemple Réno-Dépôt.Dans son cas, c’est tout le bâtiment qui devient le signalement corporatif dans le paysage.Peindre tout un pan de mur d’un jaune criard tient de la logique commerciale et strictement de celle-ci.» L’ahurissant dans ce pataquès architecture-commercial, c’est que plus on laisse couvrir, plus on donne libre cours au maquillage, plus il y a de gens qui, comme ceux de l’Atelier d’histoire, veulent investir en toute logique des lieux pour exposer le patrimoine.Du coup, le cochon de payeur débourse pour voir quelque chose présent partout mais que, partout, on camoufle.11 n’est d’ailleurs pas étonnant que l’on en soit rendu au localisine.Dans le cas qui nous occupe, on notera qu’il s’agit de protéger le patrimoine de.Hochelaga-Maisonneuve.On ne veut même plus dépasser les frontières du quartier.On est frontalier et passéiste par-dessus le marché.Bref, on a la totale.Cela dit, s’il est vrai que la Fondation de l’art brut pourrait s’installer ailleurs, s'il est également vrai que la collection des arts décoratifs du château Dufresne est d’une grande richesse, s’il est tout aussi vrai qu'il y aurait matière à ce que le patrimoine du coin soit mis en valeur, comment se fait-il qu’on en soit arrivé, après le dossier de la gare Jean-Talon, à une telle polémique?Une telle compartimentation entre les uns et les autres?Selon M.Beaudet, si la discussion entre les promoteurs des deux projets avait été plus nettement encouragée, peut-être que les uns et les autres auraient trouvé un terrain d’entente.Peut-être, surtout, qu’on aurait débouché sur quelque chose de totalement neuf et original.En attendant, il faut recommencer le tout sur des bases qui déplaisent à tous.Quel gâchis! t cur'vi ii ut iuiv uuuuitt ut uuv «facile d’entretien et qui fait propre» des pans entiers de murs, si on limitait les enseignes commerciales — on pense aux pharmacies — à une superficie mettons moins impérialiste.En tout cas, une superficie qui ne coloniserait pas le bâti comme c’est trop souvent le cas ici et là à Montréal.A ce propos, Gérard Beaudet, pro- Serge T r il f f a ii I ?M É T E 0 Montréal Ensoleillé.Ciel voilé en après-midi.Max: 9 Min: 1 Québec Ciel variable Max: 9 Min: Détails, page I Agenda.B 10 Annonces.B 4 Avis publics.B 10 Culture.B 12 Économie.B 1 INDEX Le monde.B 8 Les sports.B 7 Montréal.A 3 Mots croisés B 10 Politique.A 8 Editorial.A 10 Télévision.B 11 www.ledevoir.com LES ACTUALITÉS Alliance Québec espère trouver un allié en Charest, page A 6 ?ÉCONOMIE Québec inscrit 521 millions de surplus de la CSST à son budget, page B 1 ?LE MONDE Tony Blair porte sa croix en Irlande du Nord, page B 8 Plus de 80 millions pour Montréal Chaque année, Québec contribuera au financement d’équipements comme le Biodôme, l’Insectarium, le Planétarium et le Jardin botanique KATHLEEN LÉVESQUE LE DEVOIR Après des années de tergiversations, le gouvernement du Québec s’apprête à régler les problèmes financiers de Montréal en contribuant annuellement pour plus de 80 millions de dollars au financement d’équipements dont profite l’ensemble de la province, comme le Biodôme, l’Insectarium, le Planétarium et le Jardin botanique.Comme l’a appris Le Devoir, une entente verbale est intervenue entre Québec et Montréal au sujet des responsa- bilités assumées par la seule Ville de Montréal et identifiées jusqu’à présent comme étant d’ordre régional, maintenant considérées d'ordre national.Ce plan de redressement doit être soumis à la prochaine réunion du conseil des ministres, soit le 22 avril.Le mois dernier, le ministre d’Etat à la métropole, Robert Perreault, affirmait au Devoir que Québec interviendrait en ce qui a trait aux responsabilités pour lesquelles les Montréalais sont les seuls à payer mais qui profitent à un bassin de population beaucoup plus vaste.Il était alors hors de question pour le ministre Perreault de régler la si- tuation en réformant les institutions régionales, ce qui comporte un haut degré de difficulté politique.M.Perreault disait préférer agir en modifiant «certains éléments de la fiscalité».Ainsi, Montréal a soumis une liste d’équipements qui comprenait, outre les quatre installations scientifiques montréalaises citées plus haut, des bâtiments et des infrastructures comme le centre Claude-Robillard, le parc des Iles, le parc du mont Royal et la voirie pour les artères des- VOIR PAGE A 12: MONTRÉAL SÈlW Alerte rouge JACQUES NADEAU LE DEVOIR LES POMPIERS de Montréal ne voient pas tous les jours un gros incendie comme celui qui a fait rage, hier, à l’angle des rues Sainte-Catherine et Saint-Hubert.Quelque 125 pompiers ont combattu les flammes qui ont rasé deux commerces et en ont endommagé au moins quatre autres.Une étincelle provoquée par l’utilisation d’une torche par des travailleurs qui s’affairaient à enlever les enseignes d’un ancien magasin serait à l’origine du sinistre.Nos informations en page A 3.LES ACTUALITÉS Les omnipraticiens demandent 188 millions en trois ans ¦ À lire, page A 5 Jeux de la Francophonie Boudria tend la main au Québec MARIO CLOUTIER DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Le ciel continue de s’éclaircir au-dessus des relations Ottawa-Québec, probablement grâce au front chaud nommé Jean Charest.Remplaçant Sheila Copps dans le dossier des Jeux de la Francophonie, Don Boudria a bien l’intention de travailler en étroite collaboration avec le Québec pour l’organisation des Jeux.Le nouveau ministre responsable tend donc la main au gouvernement Bouchard dans l’espoir de le voir abandonner sa menace de boycottage et participer à cet événement international qui aura lieu en l’an 2001 dans la région d’Ottawa-Hull.«Ce n ’est pas une chicane que je veux avec eux.Moi, je veux que les Jeta marchent.Mon job, c’est de faire fonctionner les Jeux, et j’espère qu’ils penseront que c’est aussi leur job et qu’ils s'inspireront de cette façon de penser plutôt que de trouver de nouvelles façons de trébucher dans les fleurs du tapis.Je souhaite qu’on travaille ensemble», a expliqué le ministre Boudria en entrevue au Devoir.Le leader du gouvernement à la Chambre des communes doit rencontrer aujourd’hui le VOIR PAGE A 12: FRANCOPHONIE f ^ fl *$) ^ Don Boudria Lire aussi en page A 8 ¦ Beaudoin «réfléchit» à l’invitation de Copps La traque au bogue fait le tour du monde Pour éviter Californie.22h temps universel.350 informaticiens se mettent au travail.À Costa Mesa en Californie comme à Herzlia Pituah en Israël ou à Madras en Inde, Tan 2000, c’est tout de suite.Des milliers d’informaticiens s’activent les neurones pour éviter la catastrophe aux entreprises le soir du 31 décembre 1999, où les ordinateurs pourraient confondre les zéros de 2000 avec ceux de 1900.Le quotidien français Libération raconte en trois temps la journée des programmeurs qui, dispersés sur trois points du globe, se relaient jour et nuit pour que le fameux soir en soit un de fête, pas de retour en arrière.LUC LAMPRI ÈRE LIBÉRATION 1 Cosla Mesa — L’an 2000 commence ici, à Costa Mesa, au coin du «boulevard des Tournesols», Sunflower Boqlevard, à une heure de route de Dis Angeles.A l’intérieur du petit bâ-• timent blanc qui, précise la plaque, abrite le Centre de conversion accélérée de la firme de conseil Ernst & Young, les ordinateurs ont été réglés sur les premiers jours de Tan 2000.Objectif de cette simulation: véri- fier que, au tournant du siècle, les ordinateurs ne prennent pas Tan 2000 pour Tannée 1900 et comprennent, au passage, que le nouveau millénaire commencera bien un samedi.Le compte à rebours est commencé pour les entreprises qui ont confié à Ernst & Young le check-up de leurs programmes informatiques.Dans la gigantesque partie de chasse au bogue, Costa Mesa n'est qu’une base avancée d’un travail en réseau, réalisé simultanément dans trois pays sans que les dis- VOIR PAGE A 12: BOGUE _l'rr/l)4 in ¦> —] Hjprat JO iQ itur.'uniumtr.mT'Knii jBgÛfllllüiQOU ËfiÜÿyfrnr • I.lUUlTJitfj n mtr* sr- • imrr:fflT,n la panne géante liée au passage à l’an 2000, la société américaine Ernst & Young travaille en réseau avec des entreprises basées en Inde et en Israël.Jour et nuit.Les informaticiens convertissent à tour de bras Israël.9h TU.230 programmeurs prennent le relais.FRANÇOIS MUSSEAU LIBÉRATION 2 Madras — Quand il est 8h du .soir en Californie, il est 7h du matin en Israël.A Herzlia Pituah, les informaticiens de Crystal Systems Solutions se mettent au boulot.Dans cette banlieue chic et high-tech de Tel-Aviv, les villas cossues voisinent avec les entreprises de pointe.Nous ne sommes qu'à quelques dizaines de kilomètres de Jérusalem ou d'Hébron.Pourtant, le conflit israélo-palestinien semble à des années-lumière.Aux terrasses des cafés, dans les conversations, la sortie d'un nouveau logiciel a plus d'importance que le futur retrait israélien de Cisjordanie.C'est là que, depuis plusieurs années, fleurissent avec succès les entreprises israéliennes de haute technologie qui font la fierté du pays.Parmi elles, Crystal Systems Solutions, filiale du groupe Formula, numéro 1 israélien du développement de logiciels.Deux cent trente salariés travaillent dans cet immeuble de marbre VOIR PAGE A 12: ISRAËL 778313000665 Souriez ! C’est l’événement « on fait vot’ bonheur » de Nissan.rc,H >f naV(»"0o^ '-‘i «k;:.v !¦ V WM L.V £4 >.¦¦ u ' &K ¦CF. Devoir est distribué par Messageries Dynamiques, division du Groupe Québécor Inc.900, boulevard Saint-Martin Ouest.lüval.Envoi de publication — Enregistrement n 0858.Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec.SUITE DE LA PAGE 1 servant toute la région.Au total, Montréal évaluait ce fardeau à plus de 200 millions par année et espérait à l’origine qu’il soit partagé avec les municipalités voisines.Dans l'entente à faire entériner, on a réduit la liste à des équipements dont la portée est nationale.Ces équipements demeureraient la propriété de Montréal mais Québec participerait financièrement à leur fonctionnement.Le Biodôme, l’Insectarium, le Planétarium et le Jardin botanique, bien que regroupés dans un fonds de gestion distinct des autres activités municipales, ne font pas leurs frais.En 1997, le fonds s’est retrouvé avec un déficit technique de 23,8 millions, comblé à même le fonds général.L’année précédente, ces difficultés étaient encore plus grandes, soit 27,5 millions.Tous les Québécois ont déjà participé au cours des trois dernières années, par leurs impôts, au soutien ponctuel accordé à Montréal.L’année dernière, cette aide s’élevait à 50 millions.Mais la métropole a des problèmes de structures financières beaucoup plus importants: un versement gouvernemental, accordé dans la précipitation de la présentation budgétaire de chaque automne, ne vient que les apaiser.Les états financiers de Montréal pour 1997, déposés la semaine dernière, le démontrent de façon claire.Un déficit technique de 42,4 millions a été enregistré, ce qui pourrait bien se reproduire cette année puisque le budget est une réplique de celui de l’année précédente.La situation a été exacerbée par une somme de 125 millions escomptée dans le budget de 1998 et qui constitue ni plus ni moins une impasse puisqu’elle ne corres- pondait à aucune dépense ou recette réelles.Un règlement avec les fonctionnaires municipaux a permis de combler 70 millions de ce trou.Il reste donc un peu plus de 55 millions à trouver.«C’est là-dessus que l’on travaille avec Montréal, sur différentes hypothèses de solutions», s’est borné, à dire hier Alain Lecjerc, attaché de presse du ministre d’Etat à la métropole.A l’hôtel de ville de Montréal, on donnait le même son de cloche.Le ministre Perreault, son collègue des Affaires municipales Rémy Trudel et le maire Pierre Bourque poursuivent leurs discussions quotidiennement, a assuré M.Leclerc.La dernière rencontre des trois hommes remonte à jeudi dernier.Une autre est prévue d’ici la fin de la semaine.Hier après-midi, à l’Assemblée nationale, le ministre Trudel a toutefois semé une certaine, confusion sur l’éventuel règlement de ce délicat dossier.A une attaque virulente de la députée libérale Liza Frulla, le ministre des Affaires municipales a laissé croire que la solution choisie par le gouvernement pour effacer l’impasse budgétaire était le paiement supplémentaire de compensations pour les taxes foncières des édifices gouvernementaux, communément appelées des en-lieux de taxes.«Nous avons un certain nombre de pistes de travail qui s’accélèrent.J’ai parlé encore hier [lundi], et mon collègue également, avec le maire de la ville de Montréal, et ces solutions [.] vont nous permettre d’avoir une réponse récurrente aux besoins de la Ville de Montréal.[.] La somme que le gouvernement prévoit envoyer à la Ville de Montréal comme en-lieux de taxes, ça pourra permettre d'acquitter ces factures», a lancé Rémy Trudel.Mais voilà, ce dernier a plutôt tenté, selon les explica- BOGUE La tâche est bien payée: ici, les salaires dépassent 100 000 $ par an SUITE DE LA PAGE 1 tances géographiques soient un obstacle.Au contraire, en profitant des décalages horaires entre la Californie, Israël et l'Inde, le travail s’effectue non-stop.24 heures par jour.Mieux, en jouant sur les complémentarités de main-d’œuvre indienne et israélienne, on pallie la pénurie américaine d’informaticiens.Cas d’école de la nouvelle division du travail, l’opération est un prototype de l’entreprise virtuelle sur les réseaux électroniques.Les horloges qui dominent le hall renseignent d'emblée le visiteur sur la réalité de ce travail collectif: on est ici en retard de dix heures sur Herzliya, en Israël, e.t de treize heures trente sur Madras, en Inde.A chacun de ces fuseaux horaires correspond une série de tâches distinctes.Cent soixante-quinze personnes travaillent à Costa Mesa.Un bon quart sont des cadres chargés du pilotage de l’opération.A leurs côtés, une quinzaine d’ingénieurs système sont chargés d’assurer la fluidité des transferts de données à travers les réseaux téléphoniques et de reproduire, sur les ordinateurs d’E & Y, l’environnement technique d’une quinzaine de grandes entreprises de l’industrie et de services, multinationales pour la plupart, clientes de la firme.Chez ces dernières, E & Y a dépêché une nuée de consultants.Mission: désosser les systèmes et dénouer les enchevêtrements de programmes écrits au fil des ans par plusieurs générations.Une fois cet écheveau démêlé, des millions de codes informatiques sont envoyés en Californie par les réseaux.Les volumes d’informations à digérer sont énormes: à Costa Mesa, les machines ont déjà avalé 15 000 programmes informatiques, soit 12 à 15 millions de lignes de codes! C’est le domaine des soutiers de luxe que sont les programmeurs: âgés de 25 à plus de 60 ans, leur mémoire personnelle est celle des quarante dernières années de l’informatique.Autant dire la préhistoire! Travail fastidieux: ils doivent passer en revue des milliers de lignes de programmes et faire les modifications ad hoc.Mais la tâche est bien payée: ici, les salaires dépassent 100 000 $ par an pour un travail effectué parfois manuellement, une ligne de code à la fois! «Si nous voulons qu’ils restent avec nous jusqu'à l’an 2000, nous devons bien les traiter», souligne Terry Young, le responsable de Costa Mesa.Pour les garder, la firme leur a prorpis un emploi au delà de la fin du siècle.Aux Etats-Unis, où ces spécialistes sont considérés comme des perles rares, les entreprises rivalisent de largesses pour les séduire: Prudential Securities, par exemple, offrirait 30 000 $ à ceux qui promettent de ne pas démissionner avant le 31 janvier 2000.D’après certaines estimations, la tâche pourrait mobiliser de 300 000 à 500 000 personnes — le quart des effectifs actuels de l’industrie américaine du logiciel! «Face à une demande de plus en plus forte du côté des entreprises, les effectifs continueront de croire», confirme, de son bureau de Detroit, William Ruckle, responsable global du projet 2000 pour E & Y.Un centre similaire, prévu pour une centaine de salariés, vient d’ailleurs d’ouvrir à Chicago pour renforcer celui de Costa Mesa.Car résoudre le problème est vital et la date butoir impérative: «Il ne s'agit pas, explique Terry Young, d’un produit dont on peut retarder la sortie.Il ne reste pas beaucoup de place pour l'interprétation et les digressions.» Peu importe, (Jonc, l’éloignement des équipes.En Inde, aux Etats-Unis ou en Israël, on utilise les mêmes langages informatiques.«Aussi longtemps que nous avons un langage commun, il est possible de bâtir des ponts entre cultures.» ¦ ilUUUOOl àoooincrj ipnioico*: Wk ofc ’ iJüiû.-: ¦iau »."*(*»}rsi/fai ioqrj jpflOl Iftv n-vu-mupy rrKit/ÿ’jes1 miTiwutinn irrrffrwrnn ISRAËL «Nous avons été introduits à 7,5 $, et l’action vaut aujourd’hui 18,5 $» SUITE DE LA PAGE 1 et de vitres fumées.Depuis sa création, en 1987, Crystal a connu un essor ininterrompu.Ils étaient 35 salariés en 1996: «Nous devrions dépasser les 300 personnes d'ici a la fin de l'année», affirme Ben Lévy, le vice-président du groupe chargé du marketing et des ventes de cette société.Pour faire spécifiquement face au problème du passage au troisième millénaire, Crystal a modifié son outil de conversion, inventé il y a neuf ans.Ce logiciel permet de passer en revue les programmes afin d'effectuer la conversion des dates erronées.Ix- programme est flexible: il peut être utilisé avec des dizaines de langages informatiques.Mais pour s'adapter à la diversité des environnements informatiques étudiés, il nécessite une mise au point constante: à chaque fois qu'un nouveau problème émerge, il faut adapter l'outil, le modifier et rajouter des paramètres, afin de pouvoir l'utiliser avec une efficacité maximale.C'est ce a quoi les Israéliens travailleront pendant leur journée.«Le soir, quand ils auront fini, ils pourront contacter a nouveau Costa Mesa, où, dès potron-minet, l'outil révisé pourra désormais être utilisé.Une .trentaine de nos consultants sont installés aux États-Unis et jjeuvent à tout moment réclamer l'assistance de nos techniciens en Israël.» Parallèlement a son partenariat avec E & Y, Crystal mène ses propres activités.«Nous avons développé un logiciel qui permet aux entreprises de résoudre elles-mêmes leurs pro- blèmes de conversion.» Le marché semble d'autant plus porteur que, selon Ben Lévy, «dès cet été, il n'y aura pas assez de sociétés de services susceptibles de fournir une assistance sur la question du passage à l'an 2000.D'où l'importance de pouvoir disposer d'un logiciel utilisable soi-même».Crystal a ainsi passé contrat directement avec des entreprises comme Ford ou Pratt & Whitney.Euro Une fois passé le cap du prochain millénaire, les activités de Crystal ne cesseront pas pour autant.«Nos convertisseurs peuvent servir à des entreprises de télécommunications afin qu'elles étendent leur numérotation et augpien-ter le nombre de lignes en service.» Si les Etats-Unis restent le marché principal, l'Europe n'est pas oubliée.«Nous avons développé un logiciel pour la conversion monétaire en euro», souligne Ben Lévy, qui profite de la présence d'un journaliste français pour préciser qu'il recherche des partenaires.Preuve du succès rencontré par l'entreprise, ses actions, cotées à la Bourse de New York depuis l'an dernier, ne cessent de grimper.«Nous avons été introduits à 7,5 $, et l'action vaut aujourd'hui 18,5 $.» Cette bonne santé financière permet d'offrir des conditions d'embauche particulièrement attrayantes.«Nos salaires sont équivalents à,ceux pratiqués dans le même domaine aux Etats-Unis.Et, pour rendre l'offre encore plus attrayante, nous proposons des stock-options à nos employés.» tions servies par la suite par son attachée de presse, Re-née-Claude Boivin, de donner des précisions sur un autre dossier épineux, soit la facture de 46 millions dont a hérité Montréal dans le cadre du transfert de 375 millions à l’ensemble des municipalités du Québec.En fait, le ministre Trudel a annoncé, sans en avoir averti au préalable le maire Pierre Bourque, que le gouvernement a décidé de devancer le paiement d’en-lieux de taxes (46,2 millions) pour permettre à Montréal d'assumer la portion de facture devant être assumée avant le 31 mars dernier.Québec verse normalement 92,8 millions par année à Montréal à titre d’en-lieux de taxes, et ce, en deux versements.La semaine dernière, la présidente du comité exécutif de la Ville de Montréal, Noushig Eloyan, avait signifié au ministre que Montréal ne pouvait payer la portion attendue de 29,7 millions sur la facture de 46 millions sans «accroître les difficultés financières et budgétaires de la Ville».Au cabinet du maire, on affirmait encore hier n’avoir pas reçu de réponse du ministre Trudel.Or le bureau de ce dernier a indiqué que tout était réglé puisque le gouvernement a versé, vendredi dernier, dans le compte de Montréal, la différence de la somme due, soit 16,7 millions.Bref, le dossier des finances montréalaises est si complexe que même le ministre responsable et la Ville de Montréal s’y perdent.Le ministre d’Etat à la métropole, Robert Perreault, a cherché à tempérer le tout.«J’ai indiqué que nous avions des pistes très concrètes qui permettront au gouvernement de prendre des décisions finales dans les prochaines semaines.Un peu de patience.lorsque le gouvernement sera prêt à annoncer ses décisions, il le fera», a tranché M.Perreault.Les motivateurs activent les troupes Inde.15h TU.Des milliers de salariés dans une course contre la montre.FRANCK WEIL-RABAUD LIBÉRATION 3 11 est 19h en Californie.Et 9h30 à Madras, au sud de • l'Inde.Dans une ancienne usine de confection, une autre vague d'informaticiens est entrée dans la danse.Bienvenue dans la Y2K Factory, une unité spéciale mise sur pied par Tata Consultancy Service (TCS), l'un des plus gros consultants de l'Inde.Situé dans la zone industrielle d'Ambattur, à quinze kilomètres de Madras, le bâtiment de béton ne se distingue en rien des usines de textile alentour, dont la décrépitude est à peine masquée par la luxuriance végétale du lieu.Sitôt le seuil franchi, le marbre règne et l'atmosphère alanguie (35 °C en moyenne) du dehors fait place à une intense activité: des grappes de jeunes diplômés au col blanc dévalent les escaliers de l'édifice; sur deux niveaux grands comme des demi-gymnases, l'espace a été quadrillé en postes de travail cloisonnés où ils sont un millier à pianoter fébrilement.En deux équipes.Celle du matin est là depuis 6h.L'autre prend la relève à 14h.Les «motivateurs» exhortent, rappellent l'urgence des délais.Sanjay, 29 ans, est l'un d'eux: «Notre rôle consiste à créer une atmosphère de course contre la montre et à interdire toute léthargie, d'autant plus à craindre que la plupart des tâches sont répétitives.» Les données sur lesquelles les informaticiens de TCS travaillent sont identiques à celles dont disposent leurs confrères californiens.Dans certains cas, ce sont des programmes entiers qui sont transmis par le réseau et installés sur leurs ordinateurs.Plus souvent, ils doivent se connecter aux ordinateurs californiens.Chaque jour, les plages horaires communes — la fin de journée en Californie ou très tôt le matin — sont mises à profit pour des échanges téléphoniques directs.Enfin, une fois par semaine, une conference call est organisée pour chaque projet, avec la participation des principaux responsables dans les trois zones et sur les sites des clients.Poule aux œufs d'or Chez TCS, qui dépend du groupe industriel Tata, numéro 1 des entreprises indiennes, on a très vite flairé la «poule aux œufs d'or» du bogue de l'an 2000 et on a vite consenti aux investissements nécessaires.Trois grosses bécanes IBM, un millier de terminaux, des climatiseurs géants, un relais-satellite permettant d'échanger en temps réel avec le reste du monde.«Nos journées indiennes sont des nuits californiennes, sourit Ramjel Narasimhan, directeur de la Y2K Factory.Le travail en réseau est essentiel.Mais de toute façon, ici, des équipes de nuit assurent une activité continue.A l'exception des deux fêtes nationales, l'usine ne s'arrête pas une seconde et ce sera ainsi jusqu'à la fin.On croule sous les commandes.» Objectif: traiter un milliard de lignes de codes avant l'échéance ultime: pour l'heure, la Y2K Factory en traite environ un million par jour.Des ouvriers travaillent jour et nuit pour mettre la touche finale à un espace supplémentaire de 500 consoles.Dans le joyeux brouhaha de la cantine, jamais fermée, où l'on se repaît d'idli (boulettes de riz) ou de dosa (crêpes de farine de lentilles), «c'est comme si une bande de copains avait décidé de résoudre un casse-tête.La plupart aiment cette adrénaline», commente le motivateur Sanjay.De fait, le décalage horaire n'est qu'un élément de ce puzzle mondial.Si .Crystal a mis au point un produit sans équivalent aux États-Unis, «Tata dispose d'une abondante main-d'œuvre», dit Torn Lieb, qui, de son bureau de Cleveland, est chargé pour E & Y de coordonner les trois équipes.«Notre abondante main-d'œuvre qualifiée est en effet un privilège impensable en Occident», explique Ramjel Narasimhan.TCS prévoit d'engager 1000 contractuels supplémentaires dans les trois mois à venir.Pour y parvenir, des bureaux d'embauche ont été ouverts dans les rues.Les candidats affluent, notamment de Bangalore, baptisée «deuxième Silicon Valley».Selon la direction de TCS, les salaires n'y seraient que de 20 à 30 % inférieurs à ceux pratiqués aux Etats-Unis ou en Europe.Si ces chiffres paraissent crédibles pour les cadres recrutés dans les meilleures institutions (en particulier le prestigieux Indian Institute of Technology), ils semblent surévalués pour les exécutants.Ravi, 24 ans, une maîtrise en science en poche, dit gagner 40 000 roupies par mois (environ 1500 $), salaire «dérisoire» en Occident mais très substantiel en Inde.«Pour moi, c'était inespéré.D'abord, c'est un bon emploi, bien payé, et puis ç'est aussi la porte d'entrée vers un emploi très lucratif aux États-Unis.» A moins qu'ils ne restent pour «réaliser la conversion de l'euro», comme l'espère son patron.Chaqqe soir, un camion quitte Costa Mesa jxmr la côte Est des EtatSrUnis, avec des disques sur lesquels sont sauvegardées les dernières modifications réalisées dans les sites indien et israélien.En cas de tremblement de terre ou de catastrophe en Californie, le travail [xiurrait reprendre là oii il aurait été interrompu la veille sur la côte Ouest.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.