Le devoir, 4 juin 1999, Cahier A
V 0 L .X C 1\ ¦ ! 2 3 LE DEVOIR PERSPECTIVES Guy Taillefer La « paix » des milliards Dans les Balkans, la guerre aura été l’affaire des États-Unis, la reconstruction sera celle de l’Europe.Après la pluie des bombes, il y aura la «paix» des milliards.ix semaines de guerre calibrée et 981 000 réfugiés plus tard, Slobodan Milosevic paraît donc plier.L’OTAN dans son ensemble pourra donc bientôt s’en féliciter en se gargarisant de sa mission «humanitaire» malgré les fautes graves de sa stratégie.Les États-Unis surtout voudront bomber le torse, dont la machine militaire a fourni les trois quarts du millier d’avions qui ont bombardé la Yougoslavie.C’est une Amérique qui, une fois la dernière bombe larguée, considérera avoir rempli sa part du contrat.Aux Européens reviendra ensuite la sale besogne de recoller les pots et de «reconstruire» la Yougoslavie et les Balkans.Coût estimé de l’opération: 30 milliards de dollars — américains.C’est déjà entendu.La guerre «propre» que l’opinion publique américaine lui réclamait, Washington la lui a servie sur un plateau.Le président Bill Clinton l’a clairement redit lundi dernier, à l’occasion du Memorial Day, en affirmant que les Européens allaient devoir payer la partie majeure de la facture de reconstruction de la Yougoslavie, remédier financièrement à l’impact de la guerre sur les économies régionales (celles de l’Albanie et de la Macédoine, évidemment, mais celles aussi de la Bulgarie, de la Roumanie, de la Croatie et de la Bosnie) et fournir l’immense majorité des 50 000 militaires qui iront, au sol, aider les réfugiés kosovars à rentrer chez eux.Depuis plusieurs semaines, du reste, l’Europe prépare les plans de ce gigantesque chantier qui durera au moins dix ans.En attendant qu’il * * * ne soit ouvert, certains pays, c’est à pleurer de rage, ont déjà leur carnet de commande en main: des entreprises allemandes seraient sur place, dans les pays voisins du Kosovo, pour «évaluer» le marché et repérer les occasions.Au grand dam des Français, qui craignent de se faire doubler dans la course aux retombées commerciales, comme ils le furent en Bosnie.Sur les ruines de la Yougoslavie, l’Occident sort sa calculatrice.Ça coûte combien, une paix?Pour Milosevic, le pari paraît cyniquement simple: «Son objectif principal dans ces pourparlers de paix consiste à conserver le pouvoir après la fin de la guerre», disait cette semaine un analyste politique belgradois.Lire donc qu’à moins que le Tribunal pénal international parvienne à l’épingler ou qu’il soit renversé, il y a de fortes chances qu’il pourra à moyen terme demeurer président d’un pays qui s’apprête à recevoir des milliards pour sa reconstruction.Mladjan Dinkic, membre du G17, un groupe d’économistes yougoslaves réformateurs, juge que les dommages causés à la Yougoslavie par les bombardements de l’OTAN sont supérieurs à ceux qui lui avaient été infligés pendant la Deuxième Guerre mondiale.Il estime qu’en un seul mois de frappes, le pays a perdu dix ans de développement économique.Si tant est que l’on puisse parler de développement économique.Les Balkans, dans leur ensemble, étaient déjà au bord de la faillite avant le début des bombardements.La tâche s’annonce énorme.Il faudra, dans un tout premier temps, reconstituer les infrastructures yougoslaves, en Serbie comme au Kosovo.L’OTAN Affirme avoir anéanti 70 % des ponts, 100 % des capacités de raffinage, 50 % des réserves de carburant.Trente-cinq usines, dont le complexe pétrochimique de Pancevo, vital pour l’industrie serbe, auraient été détruites.La navigation sur le Danube est bloquée par la destruction des ponts; la circulation routière et ferroviaire est paralysée.On estime que les dégâts ont fait perdre leur emploi à 100 000 Yougoslaves.Dur à avaler pour un pays sous le coup d’embargos internationaux et où le taux de chômage était évalué à 35 % en octobre dernier.Ainsi, face à l’effort attendu de la part de l’Europe, est-on agacé dans certains milieux européens d’entendre parler d’un «plan Marshall» pour les Balkans alors que le gouvernement américain n’y participera qu’en portion congrue.La référence paraît d’autant moins adéquate que, dans le dessein d’une intégration à terme des pays balkaniques à l’Union européenne, souhaitée pour 2010, l’après-guerre de la Serbie sera beaucoup plus complexe à façonner, analysait récemment Le Monde, que ne le fut l’Europe occidentale après 1945.Car fait défaut dans les Balkans une volonté de réconciliation que la guerre de l’OTAN n’aura certainement pas contribué à créer.A ce titre, la Bosnie, qui a bénéficié d’un plan de reconstruction de 5,2 milliards après le conflit de 1992-95, constitue une leçon dont il faudra tenir compte.Quatre ans après les accords de Dayton, le tiers à peine des 1,8 million de déplacés sont rentrés chez eux en Bosnie.Ét la pane — ainsi qu’une bonne partie de l’activité économique — n’y existe encore que grâce à la présence d’une force multinationale de 30 000 soldats.La Bosnie est un microcosme des difficultés qui attendent la communauté internationale à l’échelle balkanique, au moment où celle-ci s’apprête à faire pleuvoir des milliards sur les plaies de la guerre.M E T E 0 Montréal Ensoleillé.Max: 24 Min: 7 Québec Ciel variable.Max: 20 Min: 9 Détails, page B 3 Annonces.B 6 Avis publics.A4 Culture.B 8 Economie.A 6 Editorial.A 8 Le monde.B 7 1) E X Les sports.B 6 Montréal.A 3 Mots croisés .A4 Plaisirs.B 1 Politique.A 5 Télévision.B 8 www.ledevoir.com M O N T R É A L .L E V E N 1) R E 1) I 4 .) U I X 1 il !) !) LES SPORTS Roland-Garros: Steffi Graf redevient souveraine, page B 6 LES ACTUALITÉS Médicaments: Marois jette du lest, page A 4 8 7c + T A X E S = 1 $ / /O l! o\ t () 1 $ PLAISIRS La chronique de Daniel Pinard: Quand on manque d’oseille, page B 1 REUTERS LE PRESIDENT yougoslave Slobodan Milosevic (au centre) a vraisemblablement cédé sous les bombes de l’OTAN.Milosevic dit oui à la paix ¦ Le Parlement yougoslave entérine le plan de paix ¦ La communauté internationale se montre méfiante D’APRÈS L’AGENCE FRANCE-PRESSE Belgrade — Slobodan Milosevic a cédé sous les bombes des Occidentaux, acceptant hier un plan de paix sur le Kosovo après 71 jours de frappes aériennes qui ont dévasté la Yougoslavie, mais l’OTAN a exigé des résultats concrets avant de mettre fin aux bombardements.Le président yougoslave a en particulier accepté, comme l’avait exigé l’OTAN, de retirer les forces serbes du Kosovo dans les sept jours et le déploiement d’une force internationale dans la province.Dans un communiqué, la présidence yougoslave a annoncé que la République fédérale de Yougoslavie (RFY) acceptait le «document pour la paix» présenté au président Milosevic par les émissaires européen et russe, le Finlandais Martti Ahtisaari et Viktor Tchernomyrdine.Selon le texte du plan de paix, obtenu par l’AFP dans sa version serbe, «la suspension des activités militaires interviendra après le début d’un retrait vérifiable» des forces serbes du Kosovo.Un peu plus tôt, le Parlement serbe avait approuvé le plan de paix.Celui-ci prévoit notamment «un arrêt immédiat et vérifiable de la violence et de la répression au Kosovo», le «retrait vérifiable du Kosovo de toutes les forces militaires, policières et paramilitaires, selon un calendrier rapide».Le texte donne un ordre de grandeur de «sept jours pour l’achèvement du retrait».Il prévoit également le déploiement d’une force de paix avec une «participation substan- tielle de l'OTAN».Autre point important le plan accepté par Milosevic prévoit la mise en place à’«une administration provisoire pour le Kosovo, comme partie de la présence internationale civile [.] et sous laquelle le peuple du Kosovo pourra jouir d’une autonomie substantielle à l'intérieur de la RFY».L’acceptation par Belgrade du plan de pane est «bienvenue» mais ne suffit pas car il faut aussi un «retrait vérifiable» des troupes serbes, a déclaré hier le président Bill Clinton.«Jusqu'à ce que les forces serbes entament un retrait vérifiable du Kosovo, nous continuerons les efforts diplomatiques mais nous poursuivrons aussi l’effort militaire», a-t-il déclaré.VOIR PAGE A 1Ü: MILOSEVIC Élections en Ontario Harris réélu Les conservateurs formeront un gouvernement majoritaire MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Les Ontariens se sont rendus aux urnes hier mais ont dû patienter, non seulement pour apprendre que les conservateurs formeront de nouveau le gouvernement mais pour voter.Un appel à la bombe, des électeurs non inscrits sur la liste électorale, du matériel manquant et des scrutateurs absents à la suite de menaces ont perturbé le vote et retardé l’ouverture de certains bureaux de scrutin.Le directeur général des élections de la province, Warren Bailie, a dû les garder ouverts plus longtemps que prévu.Des bureaux dans neuf circonscriptions étaient touchés, dont cinq dans la région du Grand Toronto.M.Bailie a dit qu’il n’avait jamais rien vu de semblable.Des candidats engagés dans des luttes très serrées craignaient, eux, avoir perdu de précieux votes.La divulgation des résultats des autres comtés a quand même pu + commencer à temps et les premières minutes du dévoilement ont causé des surprises, laissant croire à une lutte au coude à coude entre libéraux et conservateurs.Mais il a fallu à peine 40 minutes à Radio-Canada pour prédire un gouvernement conservateur majoritaire, le premier gouvernement à gagner deux mandats majoritaires successifs en Ontario depuis 1967.Les sondages de la dernière semaine de campagne donnaient Mike Harris largement gagnant.Au moment de mettre sous presse, le conservateur Mike Harris, au pouvoir depuis 1995, menait dans 53 comtés alors que les libéraux étaient en avance dans 30 circonscriptions, et les néodémocrates, dans neuf.La soirée électorale s’annonçait donc longue et pleine de rebondissements.M.Harris a passé cette courte campagne de 28 jours à esquiver les manifestants outrés par ses réformes dans les secteurs de la santé et de l’éducation, son inaction face au problème des sans-abri, sa ligne dure à l’endroit des assistés sociaux et des syndicats ainsi que l’abolition du contrôle des loyers et de diverses lois à caractère social.Mais Mike Harris a respecté sa promesse de réduire les taxes de 30 % en moyenne et d’imposer une cure minceur au gouvernement.Un bilan économique favorable, un leadership ferme, une campagne efficace et une opposition divisée lui ont permis de reprendre l’avance dans les sondages.Les libéraux, qui paraissaient menaçants lors du déclenchement des élections, n’ont pas pu, comme en 1995, maintenir leur élan et prendre les devants en capitalisant sur l’aversion que la moitié de l’électorat ressent envers Mike Harris et ses Chrétien se réjouit mais demeure prudent Espoir de paix , Srobodran r?Cibles OTAN ^ du 3 juin MANON CORNELLIER DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA acceptation du plan de paix du G8 r par le gouvernement yougoslave constitue «une percée» qui doit toutefois être traitée avec prudence, estime le premier ministre Jean Chrétien.«Il s’agit maintenant de savoir si [le président Slobodan] Milosevic est complètement d’accord et, ensuite, de déterminer la mise en œuvre [du plan de paix], mais je pense que c’est un progrès très intéressant», a-t-il déclaré à la presse hier.Le premier ministre Chrétien a toutefois rejeté aux Communes la demande des chefs bloquiste et néo-dé- mocrate, Gilles Duceppe et Alexa McDonough, de mettre fin immédiatement aux bombardements de l’OTAN sur la Yougoslavie.Ces frappes, amorcées le 24 mars dernier, se sont encore poursuivies hier.M.Chrétien juge qu'il serait prématuré d’agir de la sorte.«Il ne faut pas aller plus vite que nécessaire.Il faut s’assurer que tout se fasse dans l’ordre afin que les Kosovars puissent retourner chez eux très rapidement et de façon sécuritaire», a-t-il répondu.Il a rappelé à la presse qu’il est déjà arrivé que le président Slobodan Milosevic trahisse des engagements qu’il avait pris, et ce, dans le seul but VOIR PAGE A 10: CHRÉTIEN 'Principaux points; du plan de paix \ :cepté par Belgrade «îsr.— Sduneto-ceinternawale il j .d’une adminisUalron 7.] provisoire j «Retour rte tous Ipiis rètugiès -i| et personnes fl déplacées : «Retrait véritable l'ries forces serbes rBELGRADE Banska MONTENEGRO ^ $ •ÇjL Novi Sad ’ ^VCuni visionnement de trois ans visant des I services et de l'équipement d’infra-, fA structure de réseau.Ce contrat est estimé à 60 millions $ US.«Cette expan- \ sion aidera Microcell à poursuivre sa croissance en vue de l’Internet sans fil»,, a précisé l’entreprise dans son communiqué.Nortel Networks, Microcell, et d'autres membres de l’alliance GSM ont déployé un réseau d'essai à Montréal et mettent présentement à: l’essai des services de données sans fil haute vitesse et des services de transmission de la voix de la prochaine génération.«Les participants pourront mettre à l’essai divers services sans fil évolués, notamment la voix-sur-lP, le transfert de fichiers, la vidéo-conference et la navigation Internet à grande largeur de bande.Les essais se feront au moyen de prototypes de téléphones personnels, de modems sans fil, de caméras numériques et d'autres appareils grand public», a ajouté Microcell.ADM accueille un nouveau transporteur (Le Devoir) — Aéroports de Montréal (ADM) a accueilli un nouveau transporteur à Dorval.Tarom Romanian Air Transport a débuté, mercredi, sa liaison Bucarest-Montréal.i u Les Gates donnent cinq milliards Washington (AFP) — Le président de Microsoft, Bill Gates, et son épouse ont fait un don de cinq milliards de dollars supplémentaires à leurs fondations caritatives, a-t-on appris hier auprès des fondations Bill and Melinda Gates.Ce don a pris la forme d’actions Microsoft, qui ont été vendues au profit des fondations, a indiqué leur porte-parole Trevor Neilson.Le couple Gates avait déjà déboursé 3,3 milliards de dollars en février au profit de la fondation William H.Gates, centrée sur les problèmes de santé dans le monde, et de la fondation Gates pour l'enseignement (Gates Learning Foundation). 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