Le devoir, 25 septembre 1999, Cahier A
FONDE EN 19 10 $ 5guôfH?5 1999 -09- 2 7 ÊÜdilÉE V (IL.X (’ X " 2 ODILE TREMBLAY ZONE DE TURBULENCE PAGE B 12 Clé ni e il I Tru del PERSPECTIVES Nécessaire culture Au cours de ce week-end, et pour la troisième année, se tiennent au Québec les Journées de la culture.Des centaines d’activités sont proposées par différents organismes qui y recruteront peut-être un futur public de fidèles.Le pari est de rendre la culture aussi nécessaire que le pain et le beurre.Le Devoir publie aujourd’hui un cahier spécial sur ce thème dont traitent quelques publications récentes.Le débat a toujours cours entre les tenants de la culture et ceux qui prennent parti pour les cultures.Matthew Arnold disait que la culture était une familiarisation avec «ce qui s’est dit et pensé de meilleur dans le monde.[et] avec l’histoire de l’esprit humain».C’était là sans doute la toile de fond des débats à la réunion convoquée par l’UNES-CO à Oaxaca, en début de semaine; 18 pays ont tenté d’harmoniser leurs politiques culturelles.La revue Possibles consacre son tout dernier numéro (vol.23, n° 4) aux «nouvelles stratégies culturelles», prenant comme postulat que, «si jadis les pouvoirs publics établissaient les principales avenues en matière culturelle, ce n’est plus le cas aujourd’hui».On y rend compte de 60 centres ?d’artistes autogérés et de la dichotomie entre Montréal et les régions quant à la diffusion de la chanson d’expression française.Par ailleurs, dans le quartier de Pointe-Saint-Charles, des citoyens ont pris part à la renaissance de Muse-Art (1990-95), un organisme sans but lucratif qui aura permis la création d’œuvres collectives et d’événements comme Le Voyage immobile.Malgré son succès, Muse-Art, sous-financée mais porteuse de «fécondes potentialités», dut fermer boutique.Ce numéro de Possibles sonne l'alarme pour l’arrondissement VÜleray-Saint-Michel-Parc-Extension et d'autres secteurs de Montréal où «l’accroissement de la pauvreté met en question l'accessibilité aux arts».On se prend à douter, malgré l’existence d’un comité culturel dynamique (L'Enfant et les arts), que l’on pourra satisfaire le jeune public si le bras de l’Etat, ou l’école, n’est pas présent.Les tenants d’un retrait annoncé de l’Etat en matière culturelle ont de quoi se conforter en lisant le livre récent d’EstherTrépanier, professeure titulaire à l’UQAM.Il porte sur les artistes engagés de 1919 à 1939 (Peinture et modernité au Québec, éditions Nota Bene).Mme Trépanier évoque le souvenir de Norman Bethune, qui fut peintre amateur, et du Children’s Creative Arts Centre (CCAC) que Bethune avait établi dans sa maison du Beaver Hall avant son départ pour l’Espagne en 1936.Fritz Brandtner et Marian Dale-Scott prirent le relais de ce centre modeste qui entendait amener à l’art des enfants de quartiers défavorisés.En 1937, à l'Exposition universelle de Paris, trois des six prix attribués à des dessins d’enfants allèrent à ces jeunes Montréalais travaillant sous la guidance de Brandtner.Le CCAC fut de fait encouragé par le critique et peintre montréalais John Lyman, fondateur de la Contemporary Arts Society à laquelle participèrent notamment Borduas et Pellan, av;uit l’éclosion du mouvement automatiste, en rupture avec l’art figuratif et bourgeois.Le clivage n’est pas nouveau entre les tenants d’un art teinté d’élitisme et ceux qui plaident pour la ••démocratisation» de l’art.Léon Bernier, dans une communication à l’ACFAS (mai 1996) que reproduit le numéro de Possibles évoqué plus haut, attire l’attention sur l’ambiguïté qui entoure la «désacralisation» de l’art et de l’artiste; cela peut obliger l’artiste à «reconquérir et reconstruire chaque fois son public».Dans une entrevue au Devoir (12 décembre 1998), le compositeur Mikis Theodorakis souhaitait garantir au peuple du temps libre; le prolifique compositeur grec VOIR PAGE A 14: CULTURE M E T E 0 Montréal Québec Ensoleillé avec Eclaircies, passages nuageux.Max: 12 Min: 7 Max: 14 Min: 8 Détails, page A !> 1 N 1) E X Annonces.Ai) Livres .I) 1 Bourse .C 8 lx* monde.Ail Ix'S Arts .B 1 U's sports.C 13 Avis publics.C 4 Montréal .A 5 Économie.C 1 Mots croisés C 14 Éditorial .A 12 Politique .A 0 www.ledevoir.com DEVOIR *\ïl\ Exigez votre Agenda ! ** rîi -«s.•V STL * 1.!•: s S A M K I) I 2 r> Y.T 1) I M A X C II K 2 (i S K I’ T E M 15 I! K I !l !» 1» ¦e .-r s1 s i HABITAT VIEUX-MONTRÉAL: QUAND LES PIERRES BOUGENT PAGES C 9 À C 12 lli S 1.9 5 $ + T A X K s = 2 .2 5 S DANIEL PINARD DES NOUILLES, ENCORE DES NOUILLES PAGE C 14 Un besoin irrépressible STEPHEN JAFFE AGENCE FRANCE-PRESSE BRIAN KEANE, un enfant adopté âgé de onze ans, réprime avec une certaine difficulté un bâillement alors qu’il assiste en compagnie du président Bill Clinton à l’annonce de mesures incitatives pour favoriser l’adoption.M.Clinton a distribué, hier à Washington, des bonis de 20 millions de dollars américains à 35 États dont le système d'adoption a fait le plus de progrès.Voie d’esquive vers l’école anglaise Pour 5000 $, l’enseignement public en anglais est accessible aux francophones JEAN PIC METTE LE DEVOIR Il est possible pour tous les petits Québécois francophones de fréquenter l’école publique anglaise dès la deuxième année.La seule condition: avoir les moyens de fréquenter une école privée non subventionnée pendant une année, quitte à amortir le coût de cet enseignement sur toute la période pendant laquelle l’enfant fréquentera par la suite l’école publique anglaise.Une proposition émanant du comté de La Pinière sera présentée au conseil national du Parti québécois, qui se tient aujourd’hui et demain à Drummondville, afin de mettre fin à une telle pratique.Elle recommande «au gouvernement que les élèves qui font le choix de recevoir leur enseignement en anglais dans une école privée non subventionnée, échappant à la loi 101, auront l'obligation de fréquenter l’école française s'ils réintègrent le réseau public ou le réseau privé subventionné».Au ministère de l’Éducation (MEQ), on reconnaît que le deuxième alinéa de l’article 73 de la loi 101 (Charte de la langue française) permet à un enfant ayant complété sa première année en anglais dans une école subventionnée d’obtenir un cer- VOIR PAGE A 14: ESQUIVE Le conseil national du Parti québécois Promouvoir la souveraineté à l’aide des fonds publics?PIERRE O’NEIL L LE DEVOIR Les angoisses de la ferveur souverainiste reviendront hanter le premier ministre Bouchard lors des assises du conseil national du Parti québécois, en fin de semaine à Drununondville.En principe, il ne devait pas être ques- tion de souveraineté à cette réunion.De la trentaine de résolutions émanant des comtés et régions, aucune ne traite de l’option ou de sa promotion.Mais en apprenant que l’exécutif national voulait faire amender le programme du parti pour prévenir que c’est seulement à VOIR PAGE A 14: PQ Lire aussi ¦ Il faut accélérer la francisation des entreprises, affirme le spécialiste Michel Grant, page A 8 ¦ Robert Perreault veut hausser de 65 % l’immigration en provenance des pays francophones, page A 10 Une malchance transformée en bénédiction II ne photo pii mi I Io 11101 s Le Devoir commence aujourd’hui la publication d’une série d’articles racontant l’histoire de huit photos.Huit photos qui ont été choisies sur la base d’un seul critère, celui d’être connues par la grande majorité des Québécois soit à cause de leur qualité propre, soit parce qu’elles ont été associées à des moments historiques, soit parce qu’elles ont fini par symboliser quelque chose d’important.Ces histoires, racontées par les photographes eux-mêmes, leurs sujets et d’autres observateurs, vous permettront peut-être de comprendre autrement ces images que vous aviez toujours cru connaître.ÉRIC D E S R O SIER S LE DEVOIR LM image de cette étreinte aérienne entre deux * joueurs du Canadien demeure l’une des plus connues non seulement du hockey, mais du sport en général.Malheureusement, elle apparaît aussi aujourd’hui comme le témoin d’une époque largement révolue où la passion du hockey habitait encore les joueurs comme les amateurs.Toutes les circonstances étaient réunies ce soir du 16 La célèbre photo de Roger St-Jean croquée le 16 avril 1953: «Je me suis retourné pour voir Richard qui regardait comme s’il cherchait quelque chose ou quelqu’un.» avril 1953 au Forum de Montréal pour faire l’événement.Le Canadien, qui n’avait pas gagné la coupe Stanley depuis 1946, menait les séries finales trois matchs à un contre Boston.Après trois périodes de jeu, le score est toujours de 04).Il ne faut toutefois qu’un peu plus d’une minute de prolongation au vétéran Elmer Each pour rompre l’égalité et donner la coupe convoitée à son équipe.Tous les photographes de presse attendent évidemment le but gagnant.Équipés de caméra Speed Graphie à plaques, ils ne disposent par match que d’une réserve d’une vingtaine de photos.Autre contrainte, les flashs, que chaque journal a installés au plafond et le long des bandes de l’amphithéâtre mal éclairé, nécessitent une douzaine de secondes pour se rechargée.Pour le plus grand malheur du photographe du quotidien Im Presse Roger St-Jean, il tourne le dos au jeu au moment où est compté le but tant attendu.VOIR PAGE A 14: PHOTO GÉSU RETARD ¦ENTIER mm.a ROMAN • 2ç6 PAGES • 22,95 ’.se > 778313000696 jt»9eS les aspiratî»"5 et les espoirs des Québécois mmmi « ' 7 Dès samedi prochain ! Ij.^1 o^’"U „.jS^\, S»£9 â®w#rJ ïl'B 2 I M A X ( Il E 2 (i S E I’ T E M B R E I » !» !» EDITOR, I A L Questions sans réponses Le rapport Arpin portant sur la complémentarité du secteur privé en matière de soins de santé a le mérite de faire le point sur les réformes en cours tout en proposant des correctifs susceptibles d’améliorer la qualité des soins.En revanche, attribuons à la modestie des moyens mis à la disposition du groupe de travail une certaine confusion quant aux méthodes suggérées pour faire face à la musique.e rapport, commandé par le gouvernement pour étudier les liens qui existent et qui devraient se développer entre le réseau public et le secteur privé en matière de soins de santé, dresse un portrait révélateur des changements survenus récemment.Plutôt en accord avec les réformes des dernières années, le groupe de travail avoue cependant que les compressions ont poussé le système à ses limites.On y apprend des choses étonnantes, notamment que si le secteur privé accapare une plus grande partie des fonds consacrés à la santé qu’il y a dix ;uis, ce n’est pas parce que les gouvernements se sont désengagés en laissant la place au secteur privé, mais parce qu’ils ont davantage réduit leurs dépenses en santé que les individus qui, eux aussi, ont ralenti la cadence depuis la récession de 1991.Résultat: les dépenses publiques ont perdu des points au bilan (de 75 % à 70 % du total) au prolit des dépenses privées (de 25 à 50 %) en santé.Quant au contenu des services privés, encore là l’étude révèle qu’il y a eu très peu de substitution.Evi-demment, tout le monde à en tète les soins à domicile, la désassurance des soins dentaires pour les enfants et des examens de la vue, mais dans l’ensemble, nous ap-prend l’étude, cela ne compte que pour une minime fraction des dépenses et ne permet toujours pas d’affirmer que les gouvernements se sont désengagés.En fait, la croissance des dépenses privées est surtout reliée aux coûts d’hébergement pour les personnes âgées désormais plus nombreuses et au recours plus fréquent aux médicaments connue thérapie, ce à quoi le régime public d'assurance-médicaments est récemment venu apporter une réponse à long terme.Pour l’avenir, le rapport observe que malgré une gestion toujours aussi serrée de la part des gouvernements, les dépenses en matière de santé sont appelées à croître en moyenne plus rapidement que la richesse collective (3 à 4 % par rapport à 2 % pour le PIB), ce qui nous oblige à réagir dès aujourd'hui pour éviter que la santé n’accapare une partie sans cesse croissante du budget des gens actifs qui financent le système public.?De ces constatations découle donc la recherche de nouvelles façons de faire, tant à l'intérieur du système public que dans ses rapports avec le secteur privé.Une meilleure collaboration de la main-d'œuvre pour réduire les coûts des services de soutien du réseau, une place plus importante pour le privé si nécessaire, diverses mesures pour une utilisation optimale des équipements, une reconnaissance de l’apport du secteur communautaire, etc.Mais jamais ne sont remis en cause les objectifs fondamentaux du système public.A tel point qu'il se trouve des acteurs importants du système public pour se demander si le groupe de travail n'a pas poussé le zèle un peu loin en proposant à plusieurs reprises dans le rapport que l’on resserre la réglementation pour ceci, que l’on uniformise cela, y compris dans le cas des services rendus par le secteur communautaire qui n’a pourtant pas les moyens financiers de répondre à toutes les exigences et contraintes du secteur public.Cela dit, les recommandations du groupe de travail ne sont malheureusement pas toutes aussi claires quelles y paraissent à première vue.Le meilleur exemple est cette suggestion dont on a beaucoup parlé de créer des mégacliniques privées qui seraient non seulement «affiliées» au réseau public, ce qui est fort bien, mais aussi placées sous la responsabilité directe du conseil des professionnels et médecins de l'hôpital du secteur, comme si elles faisaient partie de l’hôpital.Au Devoir, nous avons depuis longtemps montré du doigt l’absence de cliniques intermédiaires, entre la petite clinique privée (ou le CLSC) et l’urgence de l’hôpital.Un lieu bien équipé pour recevoir des cas variés plus sérieux mais qui n’exigent pas une hospitalisation.Des cas de fractures, par exemple, ou d’interventions chirurgicales mineures.S'agit-il de ce type d'environnement que l’on propose de créer?Si oui, la proposition mérite d’ètre étudiée de près.Par contre, s'il s’agit de substituer des mégacliniques privées aux futurs centres ambulatoires des hôpitaux qui sont toujours sur les planches à dessin des régies régionales, alors c'est tout le rapport Arpin qui prend une teinte différente.Ce qui nous amène a poser le problème, c'est que nulle part dans le rapport il n'est fait mention des futurs centres ambulatoires qui doivent être construits bientôt pour faire partie intégrale de l'hôpital de demain.C'est dans ces centres idtramodernes, annexés à l'hôpital, que se feront les interventions d’un jour d'une certaine complexité.Or, entre ces centres et les mégacliniques, le rapprochement est à ce point troublant sur papier qu’on se demande si l’idée du groupe de travail n’est pas de remplacer les uns par les autres.Auquel cas, on ne voit pas comment de telles cliniques privées, placées sous la responsabilité des professionnels de nos hôpitaux et répondant aux mêmes normes de service, seraient moins coûteuses ou plus efficaces que les centres ambulatoires hospitaliers.Au cours des prochaines semaines, ce sera au tour de la ministre de la Santé, Pauline Marois, de nous dire comment elle interprète les recommandations du rapport Arpin.Peut-être en saurons-nous alors un peu plus des intentions réelles du gouvernement?jrsansfacon « lcdevoir.ca N.: ^ m K ¦ Jean-Robert Sansfaçon ?Le devoir FONDÉ PAR HKNR1 BOl'RASSA I.K 10 JANVIER 1910 FAIS CF QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAl \ Réducteur ni chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-presidenle finances et administration CATHERINE 1ABERGE Directeur de l'information Cl AI DE BEAl'RECîARD Rédacteur en chef adjoint MICHE1 VENNE Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAU1 IEC.MARIE ANDREE 1 .AVION PAGNE Directeur artistique CHRISTIAN 1 IEEE P Directrice, ventes et marketiuK MARTINE: Dl BE L'auToiwnC t>€ TouTfS iti P/\nCART£S.aftyiMUM fawjj-é Anniversaires et patrimoine Les anniversaires se multiplient.Il n'y a pas que l'an 2000.Bien d’autres sont en route.Faut-il s'en plaindre?Mais non! Au contraire: les anniversaires encouragent la mémoire, et la mémoire, -sentinelle de l’esprit», demeure un ferment de vie.Qui ne se souvient pas meurt d'asphyxie! Pays sans mémoire, place sans garnison! aurait dit nul autre que Napoléon.•Je me souviens» qu'il y a dix ans décédait à Quebec Luc Lacourcière (1910-1989); il y a 30 ans mourait Marius Barbeau (1883-1969).Deux géants de la tradition orale.Deux Beaucerons, ce qui n'est pas sans ajouter à leur noblesse! Chacun à sa manière, l’un le maître, l’autre le disciple, n'a cessé de diffuser son savoir ethnologique.Plus verbal, plus international, appuyé par diverses institutions gouvernementales, Marius Barbeau multiplie les interventions orales et écrites.Son disciple ne cesse de rendre hommage à son maître.Mais Lacourcière est plus secret, plus confidentiel; il cherche avant tout la formation des jeunes chercheurs; l’enquête sur le terrain à laquelle il participe demeure toujours sa préférence.11 est en outre collectionneur, bibliographe; finalement, il s'intéresse au conte.Il voudrait tout verifier, tout savoir, mais est-ce possible?Il meurt sans aller au bout de sa recherche.Marius Barbeau, plus démocrate, a com-! pris qu'il fallait à mesure livrer son savoir, quitte à laisser à d'autres le champ ouvert avec le risque de la repetition.Ainsi fonctionne souvent la mémoire scientifique: à coups de citations reçues.Aujourd’hui que la culture populaire visuelle semble prendre la relève sur la culture orale, l'écrit demeurant malgré tout d’une évidente nécessité, il est bon de nous rappeler l’héritage oral si soigneusement conservé à l'I Jniversité Laval de Québec, à Ottawa, à Moncton, au Centre de folklore à l'Université de Sudbury (Ontario), et ailleurs sûrement.La mémoire de ces deux géants du savoir populaire que furent Barbeau et Lacourcière nous invite à remercier ceux et celles qui.encore sur le terrain, s’efforcent d’en perpétuer le souvenir.Grâce aux nouvelles techniques, un bel avenir est promis au savoir populaire et à ses diverses expressions.Eh oui, il est possible, toujours possible, de 1, K T T R K S —?— ressusciter, et en peu de temps, cette richesse merveilleuse d’une culture populaire qui inspire encore, et à bon droit, les tenants de notre patrimoine oral.Benoît Lacroix Montréal, septembre 1999 Le message des jeunes dans la rue Je sors tout juste d’une rencontre avec la direction de mon ecole, qui me menace de sanctions disciplinaires pour avoir pris la parole et un certain leadership au cours d'une des récentes manifestations des jeunes du secondaire.Cependant, le sentiment d’injustice que j’ai personnellement s’efface devant ma grande déception de ce que certains fauteurs de troubles aient profité de l'anonymat de la foule pour poser des gestes de vandalisme.Et je suis indignée bien plus encore par le fait que les médias n’aient parlé que d'eux, au lieu de faire echo au message que des centaines d’autres étudiants tentaient de transmettre pacifiquement à la société.Oui, une bonne partie des jeunes sont descendus dans la rue pour protester contre l'annulation d’activités parascolaires et l'abandon appréhendé du bal des finissants.Maladroite parce que spontanée, cette démonstration de colère des étudiants doit toutefois se comprendre comme une demande de réinvestissement dans l'éducation au secondaire.Il est intolérable, à mes yeux, comme à ceux de centaines de mes congénères, que le manque d’argent affecte les activités parascolaires, qui sont une partie importante de la formation au secondaire.Au delà des fenêtres et vitrines cassées, des jets de pierre et des arrestations de manifestants, il y a un message à capter.Personne ne peut refuser de l’entendre parce que les jeunes du secondaire sont jeunes, justement.Et surtout, personne n'a le droit de présumer que leurs motifs sont futiles.Marie-Claude Charbonneau Étudiante au secondaire Montréal, septembre 1999 Bell flexibilité Li présente est pour signaler un incident avec Bell Canada.C'est un peu cocasse, et en parfait conflit avec sa publicité.Après avoir fait une demande /-»• I ' n'b llfD pour avoir une ligne téléphonique, on m a répondu; que la seule possibilité, c'était une ligne téléphq-, .; nique partagée à quatre personnes, party line, les;.j;, restrictions étant les suivantes: l liKI ¦ obligation d'utiliser un appareil de Bell Canada; ., ,,.¦ aucun télécopieur ne pourra être branché; ¦ aucun modem ou autre équipement de communia ; cation, donc pas question de se brancher à Internet^,, ¦ aucune boîte vocale n’est permis.Bref, on m'a informe que la ligne téléphonique, sera limitée à de simples conversations.Puisque j'ai une compagnie incorporée, j'ai appej;“ , le le service commercial et lui ai demande une ligne, commerciale, ce qui est beaucoup plus dispendieux, mais je n'ai pas le choix si je veux avoir une ligne téléphonique viable.On m'a répondu que c'était la même chose: ligne partagée pour mon commerce, seule option disponible.Je leur ai répondu: » Voulez-vous me taire croire que ce que vous m'offrez est une ligne où tous et chacun pourront écouter lorsqu 'un fournisseur ou un client appelle?Pas le droit de télécopieur?Pas le droit de boite vocale?Pas de connexion Internet possible pour mon commerce?» Réponse: oui monsieur.Pouvez-vous imaginer qu'une entreprise puisse fonctionner sans télécopieur, sans boite vocale, sans connexion Internet et puisse être espionnée par le premier venu?Et cela, à l’entrée de 1ère 2(XX).André Bérubé Rédacteur technique chez Teknor Montréal, 20 septembre 1999 Le courrier de nos lecteurs Nous publions dans cette section de la page édito; riale une sélection de lettres des lecteurs.Led lettres sont envoyées à l’adresse suivante: Courrieij des lecteurs, I^e Devoir, 2050, rue De Bleuryj 9e étage, Montréal H3A 3M9, ou encore, si par courriel, à: lettres@Iedevoir.ca.T 7 7 Toutes les lettres doivent être signées et compor» ( ; ter l'adresse et le numéro de téléphone où le signa-, ; taire peut être joint.Elles doivent éviter les attaques personnelles.Nous retenons en priorité les lettres courtes et dactylographiées.;., r I f I i • 1 R E V r E D E P R E S S E La bouffe Frankenstein?Bonne pour nous.A N TO 1 N E KO Ht TA I 1.1.K La -bouffe Frankenstein», vous connaissez?L'expression a été inventée dans une Europe en proie aux grandes peurs alimentaires fin de siècle («vache folle», poulet à la dioxine, boeuf aux hormones) pour désigner les aliments faits d'organismes génétiquement modifiés (OGM).Dans les deux principaux journaux du ROC (rest of Canada).l’expression est utilisée avec dérision.Pas une occasion n'échappe au Globe and Mail et au National Post de prendre la défense du «progrès scientifique» contre les »pcurs irrationnelles».Le Post a sa brigade «anti-junk science» menée par Terence Corcoran.Ce dernier dénonçait au mois de mai les études du chercheur anglais Arpad Pusztai selon qui les pommes de terre transgéniques affaiblissent le système immunitaire des rats.Par un éditorial au titre français, "Chacun a son goût» (sic), le Post revenait sur le sujet cette semaine.-De notre côté de l’Atlantique, nous acceptons facilement l'idée d'utiliser la technologie pour accroître l'efficacité agricole», écrit le Post.D'où viennent les reticences européennes?Li culture nuit à l’agriculture, faut croire: «Ixi-bas.la nourriture et les rites de production sont considérés comme des éléments essentiels de la culture nationale.» Devant ce fossé, «il n'est donc pas surprenant que le sommet sur les échanges internationaux des OGM.organi- sé par les Nations unies, se soit terminé dimanche sur une impasse».Pour le Post, la position nord-américaine était la bonne: éviter les «émotions» et se limiter aux questions scientifiques.«Us représentants de notre continent ont soutenu avec raison que les OGM permettent des gains de productivité, qu'ils réduisent l'utilisation d'herbicide et endommagent moins les terres que les organismes non modifiés.De plus, aucune preuve n'a été faite qu'ils causent quelque tort que ce soit à la santé humaine (malgré les grands efforts déployés par les Européens pour aboutir à cette conclusion).» Bref, «on se reverra devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC)!», lance en substance le Post.Inevitable conflit puisque «les Européens et plusieurs pays en voie de développement ne font vraiment pas confiance aux avancées scientifiques».Mais le Post ne s'inquiète pas: «Comme dans le cas du bœuf aux hormones, les Nord-Américiains vont l'emporter.» Cette position s’apparente a l’opinion du Globe exprimée dans de longs éditoriaux a la fin d'août, le lfi.il disait craindre que la poursuite d'un fermier de la Saskatchewan contre Monsanto (la grande multinationale des semences modifiées) contribue à faire grandir la suspicion a l'endroit des OGM au Canada.«L'opposition à la nourriture génétiquement modifiée est si forte en Europe que les consommateurs forcent les supermarchés à certifier qu'aucun OGM ne trouve place dans leur magasin.[.1 Les grands avantages de la nourriture génétiquement modifiée en matière de productivité agricole pourraient être menacés par une opinion publique aux peurs non fondées.» Le Globe allait toutefois pins loin que le Post dans la mesure où, selon lui.les Européens cachent leur vraies motivations: sous le couvert de ¦ préoccupations pour la santé», ils voudraient tout simplement protéger leur production agricole moins efficace.Mais les gens des «vieux pays» ne seraient pas les seuls à adopter cette stratégie.le Globe déplorait, le 23 août, que le Canada lui-même, pour protéger son marché du lait, ait usé des mêmes stratégies.Il a interdit la somatotrophine, une hormone qui jîennettait d'augmenter de façon importante la production de lait «sous prétexte que cette dernière nuisait à la santé des vaches».«La science est en marche.Elle avance de façon cohérente et logique, mais au même moment, le politique fait deux pas en avant puis un pas en arrière, usant d'hypocrisie pour masquer ses traces.Il n'y a pas de quoi être fiers.» ?Défaite des conservateurs manitobains de Gary lril-inon, «doyen des premiers ministres provinciaux», cette semaine.Ils étaient nombreux à avoir des reproches à lui faire.U* National Posé.«Il a succombé au mythe coûteux selon lequel la médecine socialisée peut fournir des soins de santé de qualité.» Le Ottawa Citizen, lui, a trouvé Filmon mauvais perdant: «Il est légitime que M.Filmon soit déçu des résultats.Mais son imitation de Jacques Parizeau était injustifiée et déplacée.[.] “Je ne pouvais croire que les Manitobains^ choisissent le non-programme du NPI) d'où transpire /$;; manque d'ambition", s'est plaint M.Filmon.|.| En remedy, tant en question le jugement de ses concitoyens.M.Eilmoltli a terminé sa carrière sur une note bien amère», conclut l(j j* Citizen.’.Ç.L'impatience a cédé le pas à la colère devant la lenteur ; du premier ministre Chrétien à rappeler le Parlement fédéral.L' Post s’indignait, hier: «Dans les dernières année!:, le gouvernement du Canada a été réduit, dans les faits, au cabinet restreint de M.Chrétien et à une poignée de conseillers non élus.En conséquence, le Parlement est devenu [.] une chambre d'enregistrement pour les politiques libérales.» Le Ottawa Sun, cette semaine, affirmait être surpris que : «Chrétien n'aille pas au bout de sa logique en se faisant sacrer empereur».Le Post (et le Sun d’ailleurs) déplore le fait suivant: «Tous les enjeux pressants, comme la fusion des compagnies aériennes et l'immigration chinoise illégale, sont ge-, .rés sans que les législateurs du pays ne soient mis à contribution.» Le Post profite de l'occasion pour déplorer la de»' » pendance des élus face aux chefs de parti et exiger detvr’ réformes.Même la mère de tous les Parlements, celnL ' d’Angleterre, a su évoler en ce sens, note le Post, «pour quoi pas le Canada?».u,:,'./M La presse du Canada \ L K DEVOIR.LES SA M E D I 2 5 ET DI M A \ (UE 2 »> S E I’ T E M R R E I !l il il IDEES Nominations à l’Académie des lettres du Québec Tout reste à écrire Nous publions des extraits des discours que deux auteurs, qui viennent d’être élus membres de l’Académie des lettres du Québec, prononceront aujourd'hui devant les membres de l’académie.L’institution, présidée par Jean Royer, réunit des écrivains et intellectuels qui se sont illustrés par leur défense de la langue française.Louise Dupré est poète, romancière et essayiste.Elle a publié de nombreux recueils, dont La Peau familière et Chambres, ainsi que le roman La Memoria.Elle enseigne à l’UQAM.Pierre Nepveu est poète, romancier et codirecteur de la revue Spirale.Il est l’auteur du recueil de poésies Romans-fleuves et de l’essai Intérieurs du Nouveau Monde - Essai sur les littératures du Québec et des Amériques.Il enseigne à l’Université de Montréal.LOUISE OU P RÉ crire, c’est foire le pari que tout n’a pas encore été saisi de l’âme humaine.Qu'il reste un espace où de l'inédit peut prendre forme.Espace qu’on cherchera à construire résolument, de texte en texte, de livre en livre.Tout n’a pas encore été écrit, non.Et en cette fin de millénaire où nous rivons de profonds changements, où l'individu, la famille, la société sont bousculés, tout reste à écrire de la psyché et des rapports humains.Tout reste à écrire encore aujourd'hui, au Québec, où la moindre question soulevée risque d’ètre interprétée comme une trahison à la Cause, quelle quelle soit.Tout reste à écrire aussi pour les femmes, qui com-j mencent seulement à être ! un peu plus près d'une parole à elles.Encore aujour-: d'hui, «écrire “je suis une ; femme" est plein de conséquences», selon l'affirmation de Nicole Brossard.Il me semble en effet que l'époque actuelle ouvre une place de plus en plus importante au désir de briser les modèles.On ne peut plus - aborder de la même façon l'amour, l'érotisme, la folie, la ! maladie, la mort ou la spiritualité, dans une civilisation de plus en plus complexe où la grande liberté dont on bénéficie, du moins en Occident, se paie par ce que Julia Kristeva appelle «les nouvelles maladies de l’âme», c'est-à- dire ce profond malaise venant d'une déshumanisation des rapports, sous le signe de la consommation immédiate, du paraître, des lieux communs, des clichés.Une civilisation où l’exacerbation de l'individualité se fait paradoxalement par,une perte de la subjectivité.Écrire, plus que jamais, nécessite de se placer contre.L’écrivain, l’artiste, l’intellectuel sont des résistants.Tant mieux si, le temps d’un livre, nous avons du succès.Mais nous savons que nous naviguons à contre-courant et que notre voix est fragile et précaire, enterrée qu’elle est par les chansons préfabriquées, les animateurs tout sourire qui défilent à la télévision, les bruits des reportages de guerre qui semblent postsynchronisés tant ils ressemblent à ceux que nous entendons dans les films.Aujourd’hui, il ne nous viendrait plus à l’esprit d'affirmer qu'écrire, c’est foire la révolution.Mais il n’en demeure pas moins que l’écrivain vit à l'écart, il fait entendre une voL\ discordante qui s’inscrit contre le plus grand nombre, c'est-à-dire la multitude qui fait la loi des cotes d’écoute et des sondages.Et qui justifie les décisions autant politiques que culturelles.L’écriture est un geste d’engagement.Même si l'écrivain est sans cause.Car au moment où l'on prend la plume, on essaie de voir le plus clairement possible, sur l’échiquier social, l'espace qu'il nous reste pour bouger.L’écriture ne peut pas être innocente.[.] L’écrivain fait entendre une voix discordante qui s’inscrit contre la multitude qui fait la loi des cotes d’écoute et des sondages IM ER RE NEPVEll r- e m'étonne que ces petites observa- J fions sur l'écriture et la lecture me viennent de Michel Strogoff, un livre que je n'avais pas rouvert depuis 40 ans.Mais puisque l’académie qui me reçoit avec tant de bienveillance aujourd’hui se rattache et s’identifie à cette réalité culturelle, historique, nationale qu’est le Québec, une realite à laquelle je dois beaucoup et suis profondément attaché, je ne peux manquer de m’interroger, peut-être un peu paradoxalement, sur la Russie de Michel Strogoff En effet, s’il est vrai que j’allais assez rapidement par la suite faire la découverte de la poésie québécoise, ce qui devait avoir des conséquences décisives pour mon avenir, il reste que les plus grandes émotions littéraires que j’ai vécues dans mon adolescence et ma première jeunesse ont été des émotions russes.Est-ce à cause de Michel Strogoff?Peut-être.Mais chose certaine, je ne peux nommer de livres qui m'aient autant marqué et bouleversé, à cette époque, que Crime et châtiment de Dostoïevski, Anna Karénine de Tolstoï ou Le Nez de Gogol.Je ne peux décrire l’exaltation que j'ai eue à la découverte du plus russe des poèmes jamais écrits par un poète français, la Prose du transsibérien et de la petite Jeanne de France de Biaise Cendrars: «En ce temps-là j'étais en mon adolescence / fa vais à peine seize ans et je ne me souvenais déjà plus de mon enfance / J'étais à 16 000 lieues du lieu de ma naissance / J’étais à Moscou, dans la ville des mille et trois clochers et des sept gares.», premiers vers toujours magiques pour moi, début d'un long voyage, d'un persistant dépaysement.Ainsi donc, la Russie fut mon premier exotisme, avant les Caraïbes et les Saintes-Maries-de-la-Mer, avant l’Espagne andalouse et la Toscane italienne, avant Marrakech et Paris-Texas, et bien avant Vancouver, San Francisco et Sào Paulo.Mais le tenue d'exotisme est loin de me satisfaire, car il ne s'agit pas seulement de voyages, réels ou imaginaires.Je préfère parler de dépaysement et détrangeté parce qu'il y a d;uis ces tenues une référence au pays et à l’identité.Peut-être d’ailleurs ai-je découvert les poètes québécois eux-mèmes, par la suite, avec des yeux un peu russes, avec des yeux quelque peu égarés et dépaysés.Peut-être ma Russie imaginaire n'a-t-elle été que le premier d'une série de longs détours vers ma condition de Québécois et d’écrivain québécois, mais ces détours, je m’empresse de le dire, ils ne sont pas terminés et ne le seront sans doute jamais.En fait, je n'ai jamais pu me dire Québécois sans de-tours, sans revendiquer intérieurement une part d'incertitude et d’éloignement Je sais bien qu'il est presque trop facile, aujourd'hui, de revendiquer l’étrangeté et le dépaysement, que ce soit du point de vue d’iui écrivain ou même, plus largement, d'un citoyen.Le danger est que ces tenues ne soient que des formules générales: vœux pieux, aspirations bien intentionnées à la pluralité, laissez-passer vers un cosmopolitisme coté bien haut à la Bourse des valeurs postmodemes.Mais comme l'a si bien dit le philo sophe Emmanuel Lévinas, »le pluralisme n'est pas une multiplicité numérique» ni «une relation générale» qui ne serait aucunement qualifiée par des sentiments precis, des rapports de force, des situations concrètes.Aussi ajoute-t-il une remarque que je trouve admirable de lucidité et d'exigence, même si elle peut étonner à première vue: «Iw pluralisme suppose (.) que j'affronte [l’autre] à partir de mon égoïsme.» Affrontement, égoïsme: on ne parle pas souvent du pluralisme et du rapport à l’autre de cette façon, et pourtant je suis convaincu qu’autrement, nous sombrons vite dans les bons sentiments, dans un illusoire mimétisme ou encore dans un pluralisme à la carte.Nous savons, aujourd’hui, que les Québécois n’ont pas été aussi replies sur eux-mêmes qu’on l'a dit.Seulement, notre rapport à l'autre, nous l’avons très souvent vécu en quittant notre propre espace, en nous déportant ailleurs.Depuis le premier peuplement.nous avons beaucoup voyagé, et nous avons beaucoup migré.Rarement en Russie ou en Sibérie, mais un peu partout ailleurs, de la Nouvelle-Angleterre à l’Asie.Par contre, des obstacles de divers ordres, dont nous ne sommes qu’en partie responsables (mais cette partie est réelle), ont fait en sorte que nous n'avons pas connu autant que nous aurions dû cette confrontation avec l'autre non pas ailleurs mais ici.sur notre propre terrain, à partir de cet égoïsme qu'ont les individus mais aussi les peuples, et à partir duquel peut se produire mi vrai décentrement, iule vr.de création.Je crois que nous sommes plus que jamais en train de nous recréer de l'intérieur, de découvrir l’étrangeté au cœur de nous-mêmes.Comme écrivain, je me sens la tâche de ne pas vivre cela passivement, mais comme une inspiration, une quête, une tension, un travail.Je savais que je devais tôt ou tard comme Québécois rencontrer l’Américain, ce qui veut dire aussi le Canadien en moi, et il se pourrait que je doive à présent rencontrer le petit Russe, Cosaque ou Tartare qui m’habite, bien qu’il y ait plus de chance que ce soit plutôt un juif russe, ou un Italien, un Irlandais, un Anglais, ou encore un homme des Caraïbes, ou même, ô surprise, le Français dont on m’a tant parlé et que j'ai, somme toute, si peu rencontré, si peu affronté et qui m'a si peu habite, je veux dire vraiment habite, dans mon for intérieur, là où je n'ai pas à crier sur tous les toits que j'existe parce que c'est là que j’existe, tout simplement.Comment ne penserais-je pas, en un tel instant, à ce beau vers inaugural de Gaston Miron: «Me voici en moi comme un homme dans une maison.» J’aime penser aujourd'hui que cette maison est habitée par plusieurs.L’indice synthétique de langue d’usage public (SLUP) Le recensement devrait poser la question de la langue de travail Néron jouait, dit-on, du violon.À Québec, dans leur tour d’ivoire, les penseurs de la langue jouent, eux, avec un logiciel CHARLES CASTONGUAY Professeur de mathématiques à l'Université d'Ottawa Dernier de deux textes .,1 ous avons vu, hier, que comparativement au N PLOP de Statistique Canada et au GLUP, l’indice synthétique de langue d’usage public (SLUP) du Conseil de la langue française parait faussé en faveur du français partout au Québec.iu=J Et que du point de vue du PLOP et d’une élémentaire rigueur scientifique, le GLUP et le SLUP sont tous les deux faussés en faveur du français quant à la situation dans 111e de Montréal.L’étude du CLF tombe malgré tout sur deux vérités qu'il est toujours bon de rappeler.Primo, la langue maternelle est, et de façon massive, un déterminant majeur de la langue utilisée en public en matière de comportements tant généraux que sectoriels.L’autre determinant majeur, encorç plus décisif, est la langue d’usage à la maison.Prodige! A force de tourner en rond autour de la langue, Québec a fini par redécouvrir la roue.Cela confirme le bien-fondé de la construction du PLOP mis au point à Statistique Canada.Et cela confirme que la position du français vis-à-vis l'anglais comme langue d’usage public, et donc comme langue d'intégration, ne peut que pâtir de la baisse sensible du poids des francophones, langue maternelle ou langue d’usage à la maison, dans l’île de Montréal.A ce propos, examinons l'évolution du PLOP depuis Tableau 1: Pourcentage de ia population SELON IA PREMIÈRE LANGUE OFFICIELLE.PARLEE (PLOP simplifié).Ile de Montreal Français Anglais Aitrk 1986 .30,8 1,9 1991 65,8 .31,7 2.6 1996 .32,1 3,0 Source: recensements de 1986 à 1996 1986 dans Pile.Pour mieux dégager la tendance, le tableau 1 présente le PLOP simplifié par la répartition égale du résidu français-anglais entre les segments français et anglais.La tendance est claire.Selon le PLOP, le français recule comme langue publique dans Pile.Et l'usage de l’anglais augmente, en même temps que celui des autres langues.Le score PLOP du français a pen du en tout un peu plus de deux points de pourcentage depuis 1986.S’il s’agissait du SLUP, cette tendance ne serait même pas significative, sa marge d’erreur étant justement de l'ordre de deux points de pourcentage, la variation ne serait pas perceptible.Le PLOP permet au contraire de conclure qu’il y a effectivement lieu de s’inquiéter pour la position du français en tant que langue commune dans Pile.Néron jouait, dit-on, du violon.A Québec, dans leur tour d’ivoire, les penseurs de la langue jouent, eux, avec un logiciel.L’étude SLUP a redécouvert une seconde vérité essentielle.De tous les comportements publics sectoriels, c'est la langue de travail qui a, et de très loin, la plus grande incidence sur la langue employée de façon générale en public.Cela aussi vaut la peine qu’on s'y attarde.Le tableau 2 compare les réponses à la question du sondage Léger et Léger utilisé pour établir le SLUP sur la langue de travail à celles recueillies sur le même sujet en 1971 par la commission Gendron, puis en 1979 et 1989 par le CLE L’étude SLUP nous avertit que cette comparaison serait douteuse parce que le questionnaire de mars 1997 diffère de ceux des sondages antérieurs.Qu’importe.Li mise à jour de cet indicateur primordial a trop tarde.Osons donc regarder cela sous toute réserve.Le tableau 2 suggère qu’à Montréal, le français aurait stagné comme langue de travail, sinon reculé quelque peu au cours des années 90.L’opération SLUP ne nous a pas fait perdre que trois ans et demi.Combien nous a-t-elle coûté?La facture du sondage n'est que la pointe de l’iceberg.Ces ressources auraient mieux servi à mener une enquête approfondie sur la langue de travail.Dans n’importe quelle société d'accueil, fa langue de l'avancement socioéconomique est l'instrument d'intégration lira guistique par excellence des immigrants.Le gouvernement Bourassa n'a pas eu besoin d'un logiciel dernier ai pour le savoir, comme en fait foi la loi 22.Le français y gagnerait si Ton ciblait mieux les objectifs de la politique linguistique au lieu de se taper des envolées lyriques sur une nébuleuse langue d’usage public synthétique, à grands coups de «le-français-a-fait-des-progrès-mais-U-reste-du-chemin-à-faire».Le français n'est pas une Langue de bois! C’est une evidence que Li situation actuelle n'est pas la même que celle du Montréal des années 50 ou 60.Mais quelles sont les tendances au cours des années 80 et 90?L'appareil gouvernemental semble tout faire pour en diflèrer Li prise de conscience.Comme indice de langue d’usage public général, le PLOP suffit.En outre, l'énorme échantillon qui le sous-tend permettrait de l’analyser selon l'âge, le sexe, la profession.voire de réaliser des études longitudinales en suivant des cohortes d’immigrés d’un recensement à l'autre.Et de suivre l'évolution du PLOP dans des endroits névralgiques comme l’ouest de Tile de Montréal et TOutaouais, qui paraissent décidément bien éloignés du perchoir du CÉF.L’avantage des données de recensement sur les résultats de sondage soulève une question d’actualité.Depuis 1971, le recensement nous informe sur la langue d'usage à la maison.Tous savent quelle richesse de renseignements on a pu en tirer.Québec devrait exiger que Statistique Canada pose enfin une question sur la langue de travail.Le contenu du recensement de 2001 se décide dans les prochaines semaines.Quelles recherches ne pourrait-on faire avec cette information renouvelée à tous les cinq ans, sans dépendre d’organismes par trop inféodés au pouvoir comme Test devenu le CLF?La pitoyable opération SLUP ne fait que reconfirmer à quel point notre connaissance de la situation linguistique profiterait de pareille démocratisation du savoir.Tableau 2: Pourcentage DE LA MAIN-D’ŒUVRE SELON LE TEMPS DE TRAVAIL EN FRANÇAIS, RÉGION MÉTROTOUTA1NE DE MONTREAL, 1971-97 TF.MI>S DE TRAVAIL EN FRANÇAIS 1971 1979 1989 1997 90 % ou plus .42 .51 .56 ,.54 50 % - 89 % .27 .26 .29 .26 49 % ou moins ,.31 .23 .15 .20 Jean L a r o s e L’humanité de Duplessis Eglise1, fille aînée de Duplessis, ne veut pas fai-re d’excuses.On devine qu'elle se1 braque aux > récits de certains «orphelins», dont l’enfance " fut si atroce que les institutions religieuses qui les ont recueillis paraissent, à les entendre, des repaires sadiens où • Ton n’aurait fait que les battre, les abrutir de médicaments, les violer.L'État, qui a pourtant donné 75 millions aux Japonais internés pendant la dernière guerre, fait son Séraphin, .n'offre que trois petits millions.Ah, s’ils s’appelaient «victimes du sang contamine», ou «Indiens», ou «femmes auxquelles on a refusé le droit de vote», si ces victimes ne nous obligeaient pas à regarder derrière, dans les glauques années, et surtout à nous demander ce qu’il en reste aujourd’hui, nous aurions sans doute à leur sujet suivi le Protecteur du citoyen.Alors qu'au contraire son rapport généreux s'est attire, au gouvernement et dans l'opinion.une rebuffade crispée.N’en doutons pas, c’est au nom de Duplessis que le Québec se cabre.Ces orphelins sont mauvaises victimes, leurs gémissements irritent parce qu'en exigeant des excuses, elles font lever un spectre.Duplessis ressemble à ces dieux d'une religion vaincue ' qui deviennent demons dans la nouvelle.Qui parlera au nom du mort-vivant?Le PQ n’a aucune envie de savoir qu'il est en train de perdre son auréole pour des cornes.Quant aux évêques, en présentant des excuses pour complicité de duplessisme, ils craindraient d'entériner leur propre transformation en demons par l'anticatholicisme, lequel est en effet devenu si constant et obligatoire (et si lassant) qu'il est l’exact envers diabolisé de la vénération constante et obligatoire (et lassante) d’autrefois.Les sœurs aussi?Si les évêques étaient moins prudents et plus justes, après des excuses aux orphelins de Duplessis, ils auraient ajouté: aux sœurs aussi, il faut présenter des excuses.Combien de femmes ont été fauchées par la redoutable machine à recrutement clérical, qui réussissait, à force de harcèlement moral et de chantage au sacrifice, à attirer dans les ordres des jeunes filles sans vocation?Je suis allé à l'école chez les Sœurs de la Providence, je les ai aimées et en garde un souvenir ému et reconnaissant.Pourtant, conune tous ceux qui ont appris l'arithmétique en additionnait des chapelets et en multipliant des médailles, je ne peux sans un frisson d'effroi m’imaginer ne sortait janais de là, sais défenseur dehors, entièrement livré au dévouement des religieuses, c’est-à-dire à liminalité de Duplessis.Certaines religieuses, victimes elle-mêmes, detenues elles-mêmes du système caritatif, ont pu vouloir venger leur rie perdue sur les orphelins.Confier à des femmes qui ont dû renoncer à l’amour les enfants de l’amour illégitime! On sait que c’est toujours aux femmes que le système patriarcal demande d’exciser les filles, et le zèle qu'elles mettent à trancher les parties dont elles-mêmes n’ont pu jouir! Horrible consolation de victime: en fabriquer une autre.Le duplessisme de concentration Un orphelin de Duplessis, c'est un enfant confié à ce qu’on pourrait appeler le duplessisme de concentration.Quel tiit le projet educatif du duplessisme de concentra- .tion?Evidemment, l’analphabétisme.Et la médecine du duplessisme de concentration?La psychiatrie de com-, plaisance, parodie de science au service d’une comédie de paternité, chargée de maquiller les enfants illégitimes en malades mentaux.A l’humanité duplessiste, il fallait un fou au lieu d’un enfant, parce qu’un enfant était encore une trace des sexes qui s’étaient unis en dehors du mariage.Tout pour châtier le sexe des mères amoureuses, tout pour mutiler une seconde fois celui des mères violées — à travers le fruit de leur «crime» (lire l'histoire bouleversante de Pauline L F.dans Le Devoir, -du 10 avril dernier)., Pour savoir ce que le Québec doit aux orphelins de Du- ' plessis, il faut rappeler ce qui offusque notre mémoire, descendre avec eux dans leur enfer en tant qu'il fut la réalisation concentrée de ce que le reste de la société n'a subi que dilué.Pour les comprendre, il faut prendre au sérieux les écrivains qui ont dit que la figure dominante de l’inconscient canadien-français sous Duplessis était la mère supérieure.Non une quelconque religieuse, mais la mère absolument supérieure, Yvette Première, épouse suave et castrante d’un homme en robe, l'infantilisante maman Plouffe qui interdit à ses fils la souveraineté qui les affranchirait d’elle.Pierre Maheu écrivait en 1964 que son omniprésence «est la conséquence normale de la conquête, l'état normal d'un peuple dépossédé de son avenir».Drôle de démolie.Qu’en avons-nous fait?Ces orphelins sont mauvaises victimes, leurs gémissements irritent + parce qu’en exigeant des excuses, elles font lever le spectre de Duplessis Écrivez-nous ! Le Devoir se fait un plaisir de publier dims cette page les commentaires et les analyses de ses lecteurs et lectrices.Étant donné l’abondance de courrier, nous vous demandons de limiter votre contribution à 7000 signes (v compris les espaces) ou 1000 mots.Inutile de nous téléphoner pour assurer le suivi de votre envoi: si le texte est retenu, nous communiquerons avec son auteur.Nous vous encourageons à utiliser le courriel (redaetion@ledewir.com) ou un autre support électronique, mais dans tous les cas, n’oubliez pas d'indiquer vos coordonnées complètes, y compris votre numéro de téléphone.ÉQUIPE n u I) E V O I K LA RÉDACTION Journalistes à l'information générale et métropolitaine U*duc Gre Louis Lapierre (adjoint au directeur de information).Sylvain Blanchard, Jean Chartier (vie urbaine).Yves d'Avignon (sports); Paule des Rivières (éducation).Jean Dion, louis-Gilles Francœur (environnement).Judith lachapelle.louise .(caricaturiste) : Diane Précourt {pages éditoriales, responsable des pagt's thématiques): Martin Duclos et Christine Dumazet (rclectcurs).Jacques (livres et politiques culturcllesK Brian Myles (cinéma), Jean-Pierre Legault, Clément Trudel (musique) : i\ 1 information econo-.Guy Taillefer (éditorialiste).Claude Lévesque ; à l’information politique : Pierre O’Neill.Manon nuque ^Québec) Rad^">chcffor,Mrmation).—.- .- inblay.Marie-Claude Petit (commis) la» documentation Gilles Pare (directeur) ; Brigitte Arsenault.Manon Derotne, Serge Lipiante Cèle.Marlène Côté.Christiane Lcgault.Jacques A.Nadeau.Claire Paquet.Chanta! Rainville.Micheline Rueiland.retain-).LA PRODUCTION Christian Goulet (responsable de la production).Claudine Bedard.Philippe Borne.Johanne Brunet.Danielle Camara.Richard Des Cormiers, n (responsable à la clientèle).Hélène Gervais.Evelyne Libonté (responsable à la promotion des abonnements).Monique L’Heureux.Use Lachapelle.Rachelle Leclerc, i) ¦ Céline Furoy, Patrick Inkel (contrôleur).Ghislaine Lafleur.Claudette Béliveau (secrétaire administrative).Nathalie Perrier.Danielle Ponton.I A I I I.E I) K V OIK.LES S A M E l> I 2 5 K T 1) I M A X < Il E 2 (i S E I' T E M It It E I !» !» !» nuLo Le meilleur rie lu Chaîne culturelle chaîne culturelle iff Radio-Canada aujourd'hui, en page 8 de L’f^enda du Devoir LE DEVOIR ACTUALITES Pas de pitié sur les autoroutes Guide de survie aux moyens de pression de la SQ JAClJlTS C.KKNIKK I ! UKVOIR [ Chic, hein?Mais méfiez-vous de la pluie! Ces tenues de soirée de la belle époque, auxquelles apportait une dernière touche Julie Vallée-Léger hier, sont faites de papier.Réalisées par les élèves en scénographie de l’École nationale de théâtre à Montréal, elles sont exposées aux côtés d’autres travaux dans le cadre des Journées de la culture.CULTURE S CITE DK LA PAGE 1 plaide pour que «la culture soit traitée comme un phénomène principal pour l'expansion socioéconomique».Au Québec, on avait pris note en 1975 de l’histoire plutôt triste des quinze premières années du ministère des Affaires culturelles aux multiples titulaires (Jean-Paul L’Allier: Four l'évolution de la politique culturelle).Ministère «introverti», Conseil des arts anesthésié depuis 1968 et.coup de cravache assené par L'Allier au Québec de la souveraineté culturelle (page 98): «Sans jamais avoir à livrer de combat politique significatif, il ['e gouvernement fédéral] a occupé les champs laissés vacants par l'anémie chronique de l'action québécoise.» D’autres énoncés tel le Livre blanc sur le développement culturel (1978) tentèrent de rétablir la balance, mais malgré les progrès notés depuis, qui peut prétendre que cela suffit à exorciser, à alimenter l’espoir pour ceux qui, à l’instar de Theodorakis, rêvent d’une société oii -le vrai bonheur de l'homme, c'est la culture»?BRIAN MYLES LE DEVOIR Dure semaine pour les automobilistes.Après les étudiants, c’est au tour des policiers de jeter un grain de sable dans l’engrenage routier en ralentissant la circulation sur les autoroutes en guise de moyen de pression.Les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) font preuve d’une sévérité exacerbée depuis hier, roulant à 100 km/h sur les autoroutes et appliquant b la lettre le Code de la securité routière.Pas de pardon pour les conducteurs au pied pesant.La tactique vise à faire plier le gouvernement et à lui faire cracher un peu d’argent.Les négociations entre l’Association des policiers provinciaux du Quebec (APPQ) et le gouvernement ont été interrompues la semaine dernière.Les policiers provinciaux demandent le rattrapage salarial avec la police de la Communauté urbaine de Montréal (CUM) — l’écart est de 7 %.Fort d’une étude de l’Institut de recherche et d’information sur la rémunération, le gouvernement estime de son côté que les policiers de la SQ sont en avance de 8,3 % en moyenne sur ceux de la CUM si l'on tient compte du salaire, des avantages sociaux, de la caisse de retraite et des vacances.Les policiers exigent en outre une augmentation de 7,5 % pour les trois prochaines années.L’État leur offre 5 %.Devant l’impasse, l’APPQ a lancé un mot d’ordre aux patrouilleurs de la Sûreté du Québec: sévérité.Mais Québec refuse de bouger.Le ministre de la Sécurité publique, Serge Ménard, a été catégorique hier: les policiers de la SQ ^obtiendront pas davantage que les autres employés de l’État.«Il y a des limites à ce que le contribuable québécois peut payer.Maintenant, si les autres employés de la fonction publique ont une augmentation, les policiers vont comprendre que dans cette situation on ne peut accorder une augmentation plus grande aux policiers», a déclaré M.Ménard de passage à Montréal.lui «pédale douce» Sur les routes, les automobilistes ont circulé lentement hier.Sur les ondes des différentes stations de radio, les chroniqueurs affectés à la circulation ont d'ailleurs multiplié les appels à la prudence.Vous voulez votre liberté, vous voulez tasser les mo-noncles de la route, pour reprendre de mièvres slogans publicitaires des fabricants de voitures?Sachez qu'il pourrait vous en coûter cher de mettre les gaz, comme en témoigne ce petit tableau recensant les infractions au Code de la sécurité routière et les pénalités qui y sont rattachées.Vitesse (km/h) Amendes Points d'inaptitude 105-109 37$ 0 110 47$ 0 111-114 47$ 1 115-119 57$ 1 120 80$ 1 121-124 100$ 2 125-129 115$ 2 130 141 $ 2 131-134 171 $ 3 135-139 207 $ 3 140-144 227 $ 3 S’il faut ralentir, il faut également mettre plus de temps pour arriver à destination.Le Devoir a fouillé dans Distances routières, un ouvrage mystifiant des Publications du Québec qui recense les distances séparant une multitude de points sur le réseau de bitume québécois.Un ouvrage si précis qu’il indique, par exemple, la distance séparant Rivière-Bleue et La Tiinite-des-Monts, sur la route 232 (142,2 km).A partir de cet ouvrage, ij nous est possible de faire les calculs complexes suivants.A 1(X) km/h.en partant de Montréal, il vous faudra deux heiu'es trente et tuie minutes pour rallier Québec, deux heures deux minutes pour gagner Hull, une heure vingt-cinq minutes pour voir Trois-Rivières et quatre heures trente-six minutes pour arriver à Chicoutimi.Bien malgré eux, les policiers provinciaux ont réussi à relancer le débat sur la sécurité routière au Québec.La vitesse tue.C'est prouvé.Bon an mal an, 200 personnes meurent et 6000 autres sont blessées sur les routes du Québec à cause de conducteurs trop pressés.Cela revient à dire qu’un décès sur cinq est attribuable aux excès de vitesse sur les routes.C'est dans le but de secouer les conducteurs que la Société de l'assurance automobile a diffusé cette année une publicité choquante de réalisme dans laquelle une femme est frappée par une auto pour être projetée dans les airs, retomber et mourir dans un ultime sursaut.Mais la pub n’est pas un outil de changement social.Après qu'un camion lourd eut fauché des vies sur l’autoroute en juillet dernier, le ministre des Transports, Guy Chevrette, s’est demandé s'il ne fallait pas ramener à 90 km/h la vitesse maximale permise aux camions sur les autoroutes.Une hypothèse balayée sous le tapis après de nombreux coups de klaxon.Selon les données les plus récentes de Transport Québec, datant de 1989, 85 % des automobilistes roulent en moyenne à 117,2 km/h sur les routes du Québec (104,2 km/h pour les camions).Trois automobilistes sur quatre ne respectent pas la limite de 100 km/h, une mesure en vigueur depuis 1977.Et voilà maintenant que les policiers ramènent les automobilistes sur le droit chemin.De nombreux groupes de pression et même des policiers ont souhaité ce retour au respect absolu des limites.Le CAA-Québec en a même fait son cheval de bataille.«On se préoccupe de sécurité routière depuis 95 ans et on ne peut pas être contre la loi.résume Claire Roy, directrice des affaires publiques du club automobile.Im position du CAA a toujours été de faire respecter les limites actuelles.[.] Il y a moyen de diminuer les tragédies en réduisant la vitesse.|.| Mais on a un certain inconfort parce que, dans le cas présent, c’est un moyen de pression, une tactique.On ne parle pas de sécurité routière.Le but [des policiers] est tout à fait déplacé.» Avec la Presse canadienne ESQUIVE Contourner l'esprit de la loi 101 Une contribution «tout à fait légitime et justifiée» SUITE DE LA PAGE 1 certaines conditions qu'il y aurait un référendum au cours de ce mandat, les fusibles ont sauté et la méfiance a refait surface.La région de Montréal-Centre, qui regroupe 14 associations de comté, songe à présenter demain matin une motion d’urgence visant a intensifier la promotion de la sou-veraineté.Pour ce faire, le gouvernement Bouchard serait invité à contribuer au fonds que le parti a mis sur pied pour financer o t> pe d'activité.L‘ président de Mi ntiv.ù Centre, Mario Beaulieu, a fait valoir hier au Devoir que la contribution financière de l’Etat à la promoti 1 de last luveraineté est tout à fait légitime et justifiée.À son avis, il n’y aurait rien de plus normal que de vouloir se battie à armes gales ciintri le front de promotion du fédéralisme, qui.nen.mne a mémo les millions que lui octroie le gouvernement Chrétien Mais on |X'iit tenir pour ac-qui que le premier ministre s’opposera avec vigueur à l’idée de ¦ aisacrerdes fonds publics aux activités du p;irti.Lout au long de la journée d'hier, Montréal-Centre a tente de s'assurer l’appui d’autres régions, et s'il ne devait pas y parvenir, il jxmrrait revoir sa decision et faire marche arriéré La région de Montreal-Ville-Marie, présidée par LF DEVOIR 1 es bureaux du Devoir sont situés eu 2»>50, rue De Bleurv.t» étage, Montréal (Québec).H3A3M9 Ê3 Place-des-Arts Ils sont ouverts du lundi au vendredi de 8h30à 17h.Renseignements et administration: (514) 985-3333 Le site Internet du Devon vwvvv.leclevoir.com Maxime Barakat, pourrait être tentée de se rallier à la mo-tion d’urgence de Montréal-Centre.A huis clos, demain matin, tout juste avant le débat sur les motions d’urgence, les délégués du conseil national entendront le ministre Bernard Landry leur livrer le bilan des activités du Comité de reflexion et d’actions stratégiques sur la souveraineté, dont il assume la présidence.L'on sait déjà que la sollicitation que le parti a lancée dans les 125 comtés pour enrichir le fonds de promotion de la souveraineté n’a pas donné les résultats escomptés.En plus du colloque «René Lévesque» qui sera consacré aujourd’hui à la situation du français, quelques resolutions des comtés traitent de la question linguistique.11 est même probable qu’une autre motion d'urgence presse le gouvernement de rejeter le concept de langue d’usage public pour mesurer la vitalité du français.Le président de Montréal-Centre croit que la langue maternelle et la langue d’usage à la maison sont des indicateurs nettement plus fiables.D'ailleurs, Mario Beaulieu s'offusque de voir que le Conseil de la langue française ait concocté cet instrument de mesure sans qu'il y ait préalablement eu de débat public sur la question.Mario Beaulieu déplore qu'au sein même du mouvement souverainiste, la question linguistique soit devenue un sujet potentiellement controversé qu'on hésite à aborder de front.«Ce qui entrave l'établissement d'un réel consensus, c'est la désinformation qui laisse croire que la langue française se porte bien et que l'encadrement et la législation linguistiques relèvent de l'intolérance.Il faut oser faire le vrai débat de fond, et il faut le faire avec tous les citoyens.» SUITE DE LA PAGE 1 tificat d’admissibilité à l’école anglaise, lui ouvrant toutes grandes les portes du système public, ainsi qu’à ses frères et sœurs.Cet article prévoit de la sorte que «peuvent recevoir l’enseignement en anglais, à la demande de l'un de leurs parents [.] les enfants dont le père ou la mère est citoyen canadien et qui ont reçu ou reçoivent un enseignement primaire ou secondaire en anglais au Canada, de même que leurs frères et sœurs, pourvu que cet enseignement constitue la majeure partie de l'enseignement primaire ou secondaire reçu au Canada».L’école privée Kinderville.à Brossard, a même fait paraître des publicités dans lesquelles elle précise «émettre des attestations d'études en anglais pour la première année, ce qui permet aux parents d'obtenir un certificat d’admissibilité à l'école anglaise pour leurs enfants».Cette école, ouverte en septembre 1998, accueille cette année 160 élèves, soit une centaine de plus que l’an dernier.Outre trois classes de maternelle, elle en compte deux autres en première année et une pour chacune des deux années suivantes.Au terme de la première année d’existence de l’école, les six élèves de première année ont demandé et obtenu leur certificat d’admissibilité à l’école anglaise.Ix directeur de l’école, Yvon Robert, explique que son établissement détient un permis l’autorisant à enseigner en français et en anglais.Én première année, la classe anglaise reçoit une heure par jour d’enseignement du français alors qu’une heure d'anglais est dispensée quotidiennement à la classe francophone.«Les élèves viennent tous de la Rive-Sud et à 95 % de familles francophones», ajoute-t-il, précisant qu’une autre école privée non subventionnée offre un enseignement bilingue, a Brossard, depuis quelques années.Cette école, selon le directeur, serait surtout fréquentée par des jeunes provenant des communautés culturelles.L’école Kinderville ne recevant aucune subvention du MEQ, les frais d'inscription y sont importants: entre 4650 et 5650 $ par année, frais de transport en sus (de 750 à 1350 $).«Ces frais sont moins élevés que certaines écoles de Montréal», note cependant M.Robert, qui mentionne en outre que les élèves sont en classe de 8h30 à 16h30 et qu'ils ont 190 jours de classe par an, au lieu des 180 prévus par le MEQ.C’est donc dire que des parents dont les enfants ne peuvent fréquenter l’école anglaise peuvent contourner l’esprit de la loi 101 en déboursant une somme avoisinant les 5000 $ pour la première année d’école de leur aîné, habilitant du même coup tous les enfants à fréquenter l’école publique anglaise, gratuitement bien sûr.Le Québec compte actuellement 24 établissements d’enseignement privés qui, pour au moins un niveau d’enseignement (primaire ou secondaire), ne reçoivent aucune subvention du MEQ.La presque totalité d’entre elles sont situées à Montréal et elles reçoivent en tout 3300 élèves.Ces écoles détiennent un permis en vertu de la Loi sur l'enseignement privé.Pour l’obtenir, elles doivent faire la démonstration qu’elles disposent des ressources humaines.matérielles et financières requises, qu’elles ont un personnel qualifié et quelles appliquent le régime pédagogique prévu par le ministère.Le MEQ a reçu 13 800 demandes de certificat d’admissibilité à l’école anglaise pour l'année scolaire 1998-99: 146 d’entre elles ont été refusées.En date du 1" septembre dernier, il avait reçu 11 284 demandes et en avait refusees 67.PHOTO «Je l’ai suivi avec ma caméra, et lorsque je l’ai vu bondir: “clic!”» Comment nous joindre?SUITE DE LA PAGE 1 lü rédaction Au téléphone Par télécopieur Par courrier L’agenda culturel 'ill telephone /ar télécopieur La publicité Au telephone 1 ar télécopieur 1 xterieur de Montreal (514) 985-3333 (514) 985-3360 redaction @ ledevoir.com (514) 985-3346 (514) 985-3390 (514) 985-3399 (514) 985-3390 1-800-363-0305 (sans frais) Les avis publics et appels d’offres Au telephone (514) 985-3344 Par télécopieur (514) 985-3340 Les petites annonces et la publicité par regroupement Au téléphone (514) 985-3322 Par télécopieur (514) 985-3340 ]jes abonnements Au téléphone (514) 985-3355 du lundi au vendredi de 7h30 a 16h30 l’ar télécopieur (514) 985-3390 Par courriel abonnements@ledevoir.com Extérieur de Montréal 1-800-463-7559 (sans frais) If Ot ' »-st publia 'Im l'iieli ,t : '.itütil; ; ir 1/ Drvoir Inr dont 1»* siejjr social est Mtm- au J"/" rm-o sition de la LNH qui a prévalu jusqu'en 1969 et qui lui ga nantissait d'office chaque année les deux premiers joueurs canadiens-français repêchés.«On se sentait beaucoup plus près des joueurs dans ce temps-là, dit Jean-Luc Duguay.Ils gagnaient cinq ou six fois le salaire d'un ouvrier, ce qui n'a rien à voir avec les cinq ou les dix millions que l’on peut accorder aujourd'hui à un joueur.» Le symbole du nationalisme canadien-français Mais il y a plus que cela.«Le nationalisme canadien-français se révélait fort et vibrant à l'époque, mais il était diffus aussi et ne s'exprimait pas par la voie politique.Four les amateurs.Maurice Richard, c'était le petit gais d'un quartier ouvrier qui s'imposait dans le monde des grands et faisait la barbe ata joueurs canadiens-anglais.» «Il était plus qu’une idole, poursuit Jean-Luc Duguay.Il était devenu une icône, une image sacrée qu'il ne fallait pas toucher:» «Il était notre drapeau», résume Camille Desroches.lxs émeutes qui ont éclaté à Montréal en 1955 après qu'il eut été suspendu pour le reste de la saison par la LNH ont été là pour le prouver.On peut facilement imaginer l’ambiance qui régnait au Forum à cette époque.Ix vieil amphithéâtre, construit en 1924 et agrandi en 1949, comptait 13 500 places assises mais 3000 personnes de plus arrivaient à s’y trouver une place debout les soirs de grand match.«C'était moins confortable que les nouvelles bâtisses d’aujourd'hui, explique Camille Desroches, mais il y avait beaucoup plus d'ambiance.Iss gens ne passaient pas leur temps à aller s'acheter de la bière et des hot-dogs.On n'en vendait même pas.» Lxs abonnements étaient jugés tellement précieux que l’on prenait soin de les léguer à ses proches par testament.Aujourd'hui, les Américains ont pris toute la place, déplore Elmer Lach.Ils ne connaissent rien au hockey Tout ce qu'ils veulent voir, c'est de la bataille, alors les joueurs ne respectent plus les règles sur la glace.» Et puis, ajoute-t-il nostalgique, «après chaque but, on est rendu à mettre de la musique tellement fort que l'on n'entend même plus les gens crier ou applaudir.» Tellement fort qu'il n’aurait pas entendu.ce fameux soir d’avril 1953, Maurice Richard et les 11 150 spectateurs du Forum lui apprendre qu’il venait de donner aux siens la victoire.
Ce document ne peut être affiché par le visualiseur. Vous devez le télécharger pour le voir.
Document disponible pour consultation sur les postes informatiques sécurisés dans les édifices de BAnQ. À la Grande Bibliothèque, présentez-vous dans l'espace de la Bibliothèque nationale, au niveau 1.