Le devoir, 18 décembre 1999, Cahier B
L E DEVOIR.LE S S A M E D I 18 ET I) I M A N CHE I !l DÉCEMBRE I S) !» !» - LE DEVOIR » — k •;V c ^ & wl PHOTO: YVES DUBE Tsùrù de Anne-Marie Théroux CINÉMA 1st van Szabo et Vhistoire Page B 5 CHRONIQUE CULTURELLE Mille ans, c’est long Page B 14 Cinéma Page B 3 Musique Page B 8 Arts visuels Page B 10 Formes Page B 13 «J’inviterai l’enfance à s’attarder le temps qu’il faut Qu’elle empoche des images pour les soirées d’hiver Pour les longues longues heures de l’adulte Qui n’en finit pas de pousser sur l’ennui Deux clairons dans tes bagages un air de flûte Une botte de légumes du vin le sourire de quelqu’un mort Une trace qui mène à Hle perdue Un anneau d’or un masque drôle Quand absent est l’amour et que tes frères sont morts Quand présent est le vide et que la nuit demeure Les rêves sont bien nécessaires Et les enfants nouveaux poseront dans la main de l’homme seul Les leurs ouvertes chaudes et nues» Félix Leclerc À l’occasion de la période des Fêtes, plusieurs compagnies de théâtre présentent des spectacles élaborés à l’intention du jeune public.La plupart du temps, ces spectacles sont aussi conçus pour ne pas déplaire aux grands qui voudraient profiter des vacances pour retrouver la trace de «111e perdue», en se laissant guider par l’imaginaire et le merveilleux.Les Fêtes 1999-2000 offrent une gerbe particulièrement colorée de contes et de légendes où se mêlent la beauté, la fantaisie et la féerie.Parmi toutes les compagnies qui accueilleront les jeunes et leurs parents cette année, la plus inattendue est sans doute Carbone 14, qui présente Tsuru, grue de papier et samouraï de paille, en collaboration avec le Théâtre en l’Air, un spectacle destiné «aux enfants de 8 à 108 ans».Avant de devenir la compagnie au rayonnement international qu’elle est maintenant Carbone 14, fondée en 1977 sous le nom de Les Enfants du Paradis, a d’abord produit un théâtre de rue qui s’adressait aux entants autant qu’aux adultes.Tsuru, écrit et mis en scène par Anne-Marie Théroux, est donc, pour la compagnie fondée par Gilles Maheu, une façon de renouer avec ses premières amours.La pièce s inspire ¦f -r VOIR PAGE B 2: RÊVE V L E I) E V 0 I R .L E S S A M EDI IS E T I) I M A N (! Il E I !» I) Ê C E M B R E I D !) !) B 2 RÊVE SUITE DE LA PAGE B 1 d’une croyance japonaise qui associe la grue à la longévité [Larry Tremblay s’était déjà inspiré de ce symbolisme dans un spectacle gestuel intitulé Les Mille Grues créé en 1986 et le Théâtre du Gros Mécano également dans One Thousand Cranes en 1987].Tsuru raconte l’histoire de deux petits garçons de 9 ou 10 ans qui s’amusent à jouer au samouraï.Lorsque l’un des deux tombe malade, son copain lui offre un œuf de grue.Celui qui a reçu l’œuf va en prendre grand soin, puis faire subir un entrainement à la petite grue qui en éclôt afin qu’elle apprenne à voler, pour enfin s’envoler avec elle.«Ije spectacle comprend des marionnettes impressionnantes et le jeu des acteurs y est très physique, acrobatique par moments.L’histoire parle de transformation et de mémoire; il y est question de la perte d'un être cher mais elle se veut d’abord une fête de la vie», explique Anne-Marie Théroux.Conceptrice du spectacle, cette jeune femme possède un parcours impressionnant: en plus d’être orthophoniste et comédienne, elle prépare actuellement un doctorat en «Étude et pratique des arts» à l’UQAM.Elle a, entre autres choses, travaillé avec la compagnie Kecto/Verso avant de participer aux ateliers de Dynamo Théâtre.C’est elle qui a imaginé et monté Le silence qui parle, une création collective entièrement jouée par des aphasiques, permettant à des personnes aux prises avec ce traumatisme consécutif à un ACV de travailler à reconquérir le langage par le truchement de la scène.La pièce avait été reçue très favorablement jusqu’en France où elle avait tourné en 1995.Tsuru a été créé dans une première version à l’Usine C en mai 1999, et tous ceux qui l’ont vu ont trouvé le spectacle très émouvant.On peut voir Tsuru à l’Usine C à partir de ce soir jusqu’au 9 janvier, à 15 h.Tél.: 521-4493,790-1245 ou 1 800 361-4595.Autre événement d’une rare qualité, autre spectacle qui présente autant d’intérêt pour les adultes que pour les enfants: Ravel, par le Théâtre Sans Fil, en collaboration avec l’équipe Spectra, qui met à profit l’art des marionnettes géantes qu’il a développé pour donner cinq reprises en version bande sonore de L’Enfant et les sortilèges, sur le livret de Colette et pour associer au fameux Bolero rien de moins que la fable de la création et du développement de l’univers.Créé le 22 octobre au Centre Molson avec l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction de Charles Du-toit, l’événement avait été qualifié A'«aventure étourdissante» et de «merveille des merveilles» par François Tousignant, critique musical au Devoir.L’histoire de L’Enfant et les Sortilèges se prête admirablement aux marionnettes géantes du Théâtre Sans Fil, avec ses nombreux personnages et son développement féerique.Présenté au Monument-National les 26 décembre à 15h et 19h30; 27 décembre à 19h30 et 2 janvier à 15h et 19h30.Tél.: 273-2286.Le musée McCord d’histoire canadienne organise plusieurs activités destinées aux jeunes pour la période des Fêtes: chants, danse, contes et théâtre.En collaboration avec le Théâtre de l'Illusion, il présente deux spectacles de marionnettes à l’occasion de Noël.Im Crèche de Bethléem, spectacle destiné aux 4 â 8 ans, sera racontée cet après-midi à 13h30.Les 6 à 12 ans pourront découvrir l’histoire de Celui qui comptait les flocons le 28 décembre à 13h30.Tél.: 398-7100, poste 234.Autre spectacle mettant en scène des marionnettes, Le Violoniste, présenté par Le Théâtre de Sable.Le texte et la mise en scène sont de Gérard Bibeau; la conception visuelle de Josée Campanale.Ce conte poétique destiné aux 4 à 9 ans invite les enfants à s’inventer des histoires et à s’exprimer avec des formes et des couleurs.Chloé, une petite tille qui a perdu son oiseau Tireli, part à la recherche de son grand-père le Violoniste, qui a disparu.Mais il se trouve que son petit frère Benjamin a perdu son lapin.Cela fait bien des disparus! Où sont-ils donc allés?Chloé rencontrera bien d’autres personnages, dont Pinceau et Tortillon qui l’aideront dans sa recherche.Le spectacle avait été présenté dans sa version actuelle à Québec au printemps 1998.Jean Saint-Hilaire, critique de théâtre au Soleil, le décrivait alors comme «une ode colorée pleine de fantaisie, d’invention et de mouvement sur le pouvoir que petits et grands ont de poétiser et de transformer la vie en exerçant leur imagination».Plus récemment, Michel Bélair, critique en théâtre jeunesse au Devoir, n’hésitait pas à qualifier de «purs petits bijoux scéniques» les divers aspects du spectacle, et soulignait que la mise en scène de Bibeau donnait aux enfants «accès à une dimension tout autre fondée sur l’émotion».Présenté à la Maison Théâtre jusqu’au 19 décembre.Tél,: 288-7211 poste 1.Égalemer,, destiné aux 4 à 9 ans, Un Noël de carton, de Martin Gou-geon, sera repris à l’Université de Montréal jusqu’au 19 décembre.Mise en scène par Louis-François Grenier, la pièce mise sur l’imagination des enfants et sollicite leur participation.Présentée l’an dernier au même endroit, cette histoire avait remporté un gros succès auprès des jeunes spectateurs.Une seule représentation reste à venir: le 19 décembre à l,4h30 au Studio A-6300 (2332, boul.Edouard-Montpetit, 6' étage.) Informations: 343-6111, poste 4691.Dans le cadre de Montréal s’émerveille, au Vieux-Port, le musée Pointe-à-Callière reprend lui aussi une activité qui captive les enfants d’année en année: Qui est le vrai père Noël?Sous la forme de capsules théâtrales, cette animation entraîne les enfants à travers le musée, à la recherche du véritable personnage qui apporte les jouets: ils rencontrent tour à tour saint Basile de Grèce, la quelque peu sorcière Béfana d’Italie, la vieille Babouchka de Russie, et Santa Star d’Amérique, qui racontent chacun une histoire fabuleuse en Elisant connaître aux jeunes participants différentes façons de voir Noël selon d’autres traditions culturelles.Au musée Poinle-à-Calliè-re du 4 décembre au 2 janvier, de 12h30 à 16h30.Tél.: 872-9150.Pour les 5 à 9 ans, la Maison des arts de Laval, dans le cadre de ses Grandes Sorties jeune public, invite tous les enfants à venir assister à la pièce À la conquête du soleil!, de François Tardif, auteur et cofondateur du Théâtre du p’tit loup.Pour impressionner la petite fille qu’il aime, Icare, un petit garçon de huit ans, grand inventeur (entre autres, de la machine à lacer les souliers et des lunettes à lire dans les pensées des autres!), va tenter de dérober un rayon de soleil à l’aide d’ailes de sa fabrication.La pièce est présentée les 27, 28 et 29 décembre à 15h.Tél.: (450) 6624343.Enfin, les 2 à 7 ans ne sont pas en reste: pour la première fois, Patou devient une grande fête théâtrale.Le sympathique gros ours blanc qu’ils connais- sent peut-être déjà par les livres, les vidéocassettes ou les CD, les attend en compagnie de Madame Pétunia, du Professeur Octave, de Monsieur Aéro- bie, de papa Patou et de maman Patou pour leur raconter toutes les aventures d’une journée dans sa vie d’ours.Patou les recevra avec leurs parents à l’Olym- pia aujourd’hui 18 décembre à 13h.Tél.: 875-1680, poste 229.De quoi passer de joyeuses Fêtes! Les marionnettes géantes de Ravel, par le Théâtre Sans Fil SOUKCK THEATRE SANS I M.Maman, quand tu es là.CASSE-NOISETTE Les Grands Ballets canadiens Spectacle présenté du 18 au 30 décembre À la salle Wilffid-Pelletier de la Place des arts JULIE BOUCHARD Elle est là quand ça fait mal, quand l’urgence apparaît, quand l’excitation ne se contient plus, quand les larmes coulent.Elle est là aussi quand tout va bien et que les chants succèdent aux longues heures de travail et de répétitions.Mary Kinal est coordonnatrice des enfants lors de la production de Casse-Noisette par les Grands Ballets canadiens.Sous ses soins: 80 enfants âgés de 6 à 16 ans.Elle est la gardienne des plus jeunes, l’amie de ceux qui frôlent l’âge adulte, la dame de compagnie de celles qui interprètent Clara, véritables vedettes.De tous, elle est la maman de remplacement.Et elle semble avoir le cœur assez large pour que chaque année depuis 1967, 80 enfants y trouvent place.Mary Kinal aura 67 ans le jour de Noël.Coïncidence ou destinée?Le jour de Noël est aussi celui où, depuis 1967, Clara reçoit sur la scène de la Place des Arts le casse-noisette qui l’entraînera dans une suite d’aventures indissociables du rêve.Elle est là depuis les tout débuts, mais elle ne sait pas encore «combien de temps ils [les GBC] voudront bien [la] garder».Introduite par Ludmilla Chi-riaeff dans la compagnie, elle se sent chez elle aujourd’hui quand elle entre dans la Maison de la danse, rue Marie-Anne.Et Casse-Noisette, qu’elle connaît par cœur, c’est un peu l’histoire de sa vie.D’Ottawa à Montréal Mary Kinal a d’abord été ballerine.Dans les années 50, elle dansait avec la Compagnie de ballet d’Ottawa.Ludmilla Chiriaeff, décidée à fonder sa propre compagnie, alla y enseigner, et ramena avec elle à Montréal plusieurs danseurs.Dont Mme Kinal, qui, venant de se marier, préféra toutefois troquer à son arrivée à Montréal la scène contre les coulisses.La compagnie de Mme Chiriaeff, Mary Kinal l’a vue naître et grandir en même temps que ses quatre enfants, dont une fille qui fait aujourd’hui carrière comme danseuse à New York.«Mes enfants ont appris à vivre avec Casse-Noisette.Ça fait partie de leur vie presque autant que de la mienne», dit aujourd’hui celle qui depuis 1967 consacre son automne et le mois de décembre aux répétitions et aux représentations de Casse-Noisette.Un ballet qu’elle a vu se transformer au fil des ans.«Les premières productions de Casse-Noisette étaient beaucoup plus petites que celles d'aujourd’hui.De 1964 à 1967, Casse-Noisette était présenté à l’aréna Maurice-Richard.En 1967, lorsque Casse-Noisette a fait l’ouverture de la Place des Arts, nous avons joué quatre soirs seulement!» De la Clara qui foula pour la première fois la scène de la Place des Arts, Mme Kinal ne se souvient pas du nom, «mais [elle sait] qu’elle est au- t 245, rue Ontario Est Métro Berri-UQAM Métro Sherbrooke ¦ I ¦ POUR AIMER LE THEATRE DES L’ENFANCE ^Zc\ la Maison Théâtre présente U.à 9 ans Wm Un spectacle de marionnettes du Théâtre de Sable Texte et mise en scène : Gérard Bibeau Conception visuelle : Josée Campanale Comédiens-manipulateurs : Martin Genest et Agnes Du 1er au 19 ^S3^b re 1999 Supplémentaire dimanche 19 décembre • Certificats-cadeaux «g À Noël, offrez à vos enfants un certificat-cadeau de la Maison Théâtre.Donnez leur l’occasion de vous inviter au théâtre ! Disponibles â la billetterie (de midi à 17 h en semaine et de 10 h à 16 h la fin de semaine) Tél.: (514) 288-7211 poste 1 A ALCAN Æ DEVOIR Billets en vente (514) 288-7211 postel 514 790-1245 1 800 361-4595 I jourd'hui hôtesse de l’air à Los Angeles».Une Clara qui devait être bien différente de celles qui aujourd’hui peuvent prétendre endosser le rôle.«Les écoles de danse étaient moins exigeantes autrefois.Aujourd’hui, les enfants sont plus forts sur le plan technique et ils peuvent donc faire plus de choses.» Habiletés dont Fernand Nault a pris note, lui qui a depuis transformé le rôle de Clara et haussé les exigences posées à l’interprète.Mais compétences techniques mises à part, le choix du chorégraphe, qui assiste encore aux auditions et aux répétitions, s’arrêtera toujours de préférence sur.une blonde aux longs cheveux.Comme Alice au pays des merveilles.Comme la Vénus de Botticelli.(On dira encore que les apparences ne comptent pas.) Entre toutes, depuis les débuts de Casse-Noisette, y a-t-il eu des Clara plus marquantes que d’autres?«Oui [sans nommer de nom], certaines font plus féeriques, angéliques ou rêveuses que d’autres.Et sur scène, ça parait!» En nonne maman, Mary Kinal parle avec plaisir des enfants de Casse-Noisette, vante leur sérieux, leurs .talents, et on sent, derrière le sdita qu’elle prend à défendre tous Ids gains qu’ils peuvent retirer de leur participation à Casse-Noisette, la fiflç-Ie alliée des Grands Ballets caôâ-diens.Sa famille, dit-elle.Et si ori la laissait aller, Mary Kinal pourrait évoquer ses souvenirs pendant des heures.Pipi, rougeole, soupe renversée, tout y passerait.Mais tout cela, on peut facilement l’imaginer.Ce qui se devine plus difficilement, ce sont ses réactions le soir de la première de Casse-Noisette.Après tant d’années passées à veiller les enfants, ;à assister aux répétitions ou à suivre les enfants de Montréal à Québec .ou à St.Louis, au Missouri, assiste-t-elle encore au spectacle?La bonne dame rit: «Oui, et c’est chaque fois nouveau, je ris encore quand je vois les souris\ battre!» Décidément bonne vivanjte, la Mme Kinal.Qui se plaindrait d’être sous ses soins?fi 7 wJft* JACQUES GRENIER I.K DIîVpjK Mary Kinal est coordonnatrice des enfants lors de la production de Casse-Noisette par les Grands Ballets canadiens.1 4 * — ' —+ I ^ 1 I w — Fascinante machine à sentiments BICENTENNIAL MAN De Chris Columbus.Avec Robin Williams, Embeth Davidtz, Sam Neill, Oliver Platt Scénario: Nicholas Kazan.Image: Phil Meheux.Montage: Neil Travis.Musique: James Horner.Etats-Unis, 1999, 135 minutes.MARTIN BILODEAU Le cinéma familial du temps des Fêtes auquel nous avait habitués jusqu’ici le réalisateur Chris Columbus CHome Alone) et le comédien Robin Williams (Flubber) ne laissait pas imaginer l’intelligence et la finesse de Bicentennial Man, qui les réunit à nouveau, huit ans après le succès de Mrs.Doubtfire.Inspiré d’une nouvelle qu’Isaac Azimov avait écrite en 1975 en prévision du bicentenaire de l’Indépendance.américaine, Bicentennial Man nous plonge au cœur d’une question qui a hanté l’écrivain toute sa vie: qu’est-ce qui fait la nature humaine?Cette question, l’androïde Andrew (Robin Williams, sous la charpente) ne se la pose pas immédiatement lorsqu’il débarque dans une famille fortunée de la banlieue de San Francisco où, à travers ses responsabilités domestiques, il montre bien vite des qualités humaines (un sens artistique, par exemple) qui intriguent le paternel (Sam Neill), lequel entreprend de faire son éducation.Celle-ci le conduira, des années plus tard, à réclamer son indépendance.Ce qui n’empêchera pas Andrew, attaché aux «siens», de traverser deux siècles auprès des membres (et descendants) de cette famille, qu’il quittera parfois, à la manière d’un Forrest Gump, pour chercher sa voie, son destin, mais aussi quelque qualité susceptible de le rendre plus humain, ou du moins accepté pour tel parmi ceux qui en ont le genre mais pas l’attitude.Le scénario délicat de Nicholas Kazan (Reversal of Fortune) intègre à un contexte souvent turbulent et bêtifiant, celui du cinéma pour toute la famille, une parabole sur l’homme et ce 3ui le caractérise: le désir d’indépen-ance et d’autodétermination, le besoin d’aimer et d’être aimé, le rêve d’appartenir à un groupe de semblables et finalement, la nécessité d'être mortel.Sur 200 ans d’histoire, que Columbus nous fait traverser comme sur un coussin d’air, Andrew vivra une véritable odyssée, qu’il terminera en duo, avec la petite-fille (Embeth Davidtz) de celle qu’il aimait jadis et qui lui avait fait prendre conscience de son potentiel humain.Bien que la réflexion qui parcourt le film ne soit pas vraiment matière à plaisanterie — même qu’elle nourrit un drame prenant portant sur l’exclusion d’Andrew, tant par les humains que par ses semblables, dont le modèle sera discontinué au fil du temps —, Columbus, dont la vraie nature ne saurait être tue, recouvre son canevas de base d’une acétate bédéesque, qui met en relief la gaucherie et la franchise de cet androïde décidément attachant Dessinée à la ligne claire, pour laisser deviner en peu de gestes les expressions et la personnalité du héros, la carapace du robot (habitée par Robin Williams, puisqu’il ne s’agit pas ici d’images de synthèse) forme ici le dénominateur technologique d’un futur immédiat cohérent et modeste, que Colombus et son directeur artistique, Norman Reynolds (Raiders of the Lost Ark, Mission: Impossible), ont voulu légèrement décalé du présent Dommage cependant que le film prenne un virage classique, dans la dernière partie du film, alors que le personnage de Williams*gagne un visage fie sien), grâce à la technologie développée par le petit-fils de son créateur (Oliver Platt).Dommage aussi que la musique de James Horner accroisse la tangente sentimentale prise par le cinéaste (on ne change pas la nature des humains) plutôt que de la décanter.Car à trop vouloir les faire pleurnicher, on réduit le champ de réflexion des spectateurs.D’autant que cette histoire intelligente et rondement menée donne à croire que le cinéma, même de divertissement, même d’Hollywood, peut encore servir de lieu de réflexion sur nous-mêmes, pauvres humains.Vie et mort d’une passion LES ENFANTS DU SIÈCLE Réalisation: Diane Kurys.Scénario: Diane Kurys, François-Olivier Rousseau, Murray Head.Avec Juliette Binoche, Benoît Magimel, Stefano Dionisi, Robin Renucci, Karin Viard, Isabelle Carré.Image: Vilku Filac.Musique: Louis Bacalov.ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Un peu excessive, cette volée de bois vert qui fut réservée en France au film de Diane Kurys.Moins commercial que le voulait la rumeur, moins susceptible aussi de récolter à travers le monde la manne des entrées grand public, Les Enfants du siècle ne méritait, comme on dit, ni cet excès d’honneur ni cette indignité.Cette histoire d’amour entre un Musset infantile et une Sand passionnée, faute d’émouvoir en profondeur, possède ces vertus: une atmosphère, de belles images, des éclairages tremblants et magiques, des costumes superbes (signés Christian Lacroix).Techniquement au point, il s’égare ailleurs, en des zones plus subtiles où entrent le jeu des acteurs, le rythme, la pulsation.Kurys n’a pas réussi (elle dit n’avoir pas essayé) à traduire la furie créatrice de ses héros.Il devient presque accessoire que Sand et Musset aient été des étoiles des lettres françaises, déjà reconnus en leur temps.Quant à l’histoire d’amour au centre de tout, on n’y croit guère, ce qui apparaît nettement plus grave.Nous sommes en 1832 à Paris.Sand arrive des provinces auréolée d’un, aura sulfureux.Elle s’affiche dans sa vie comme dans ses écrits en femme sujet plutôt qu’objet.Musset est un poète déjà reconnu et un jeune homme qui pose au libertin.Il a 22 ans; elle, 28.Place à l’amour et au scandale qui l’entoure parfois.Le film sera le récit de leur liaison à Paris puis à Venise, où le couple ira se réfugier jusqu’à ce que tout se morpion- SOURCE ALLIANCE VIVAEILM Juliette Binoche et Benoît Magimel dans Les Enfants du siècle, de Diane Kurys.ne.Il court les jupons, elle est délaissée, s’entichera bientôt du beau médecin Pagello (Stefano Dionisi) qui soigne Musset d’un mal étrange.Vie et mort d’une passion, Les Enfants du siècle s’enlise dans l’anecdote de la romance, souvent suffoquant en des lieux clos.Sent-on l’époque?Un peu parfois, au détour d’une soirée dans un salon littéraire, puis tout se brouille.Physiquement, la romancière française a légué à la postérité l’ima- ge d’une femme assez lourde et hommasse.On connaissait mai ses premières années.La retrouver incarnée par Juliette Binoche choque a priori.Préjugés, sans doute.Elle fut jeune et belle, cette femme rebelle qui fumait la pipe, refusait les corsets de la féminité mais souffrait comme une autre lorsqu’elle donnait son cœur.Binoche, si douée, n’offre pas ici sa meilleure prestation et semble s’être mise sur le pilote automatique, à côté des pompes.Elle fait du Binoche, se pastiche, mais ne devient pas Sand.Quant à Benoît Magimel, il plonge davantage tout en irritant.L’ennui, c’est que le Musset qu’on lui donne à jouer s’avère profondément antipathique, irresponsable, égoïste.Du poète des Nuits, on ne découvre que la face sombre et le comédien le traduit de façon nerveuse et épidermique, convaincant mais haïssable.Avec mie action psychologique assez bien campée au départ dans un Paris où la vie des artistes et des aristocrates s’enlise dans la frivolité, les vices, mais s’offre des percées vers les mouvements artistiques d’avant-garde, Les Enfants du siècle, dans le volet vénitien, perd son pouls, s’étire en longueur et ne rattrapera guère son rythme, même après le retour à Paris où les amants se retrouvent et se déchirent à nouveau.On verra aussi surgir en figures secondaires de bonnes actrices comme Isabelle Carré, Karin Viard, placées là pour le prestige mais sans pièce de résistance à se mettre sous la dent.Je ne sais pas quelle carrière internationale connaîtra Les Enfants du siècle.S’il donne aux gens l’envie de mieux connaître Sand et Musset, tant mieux en somme, d’autant plus que des rééditions de livres et la publication de beaux albums dans la foulée du film de Diane Kurys ouvrent des portes littéraires.Sinon, Les Enfants du siècle se laisse regarder sans semer d'impressions fortes dans son sillage.Diane Kurys, l’anatopiiste des ressorts psychologiques (À la folie, Après l'amour), semble ici s’être laissée impressionner par les costumes, la reconstitution historique, l’envie de ratisser la large audience en y perdant de vue l’impalpable: l’émotion subtile, le génie créateur à rendre, des acteurs à diriger de l’intérieur.Quand la mécanique est trop imposante, les nuances s’effacent.Total échec?Non, mais œuvre en mal de souffle qui n’a pas accompli le vrai miracle: celui de convaincre.La grande histoire et la petite SUNSHINE Réalisation: Istvan Szabo.Scénario: Istvan Szabo et Israel Horowitz.Avec Ralph Fiennes, Rosemary Harris, Molly Parker, William Hurt, Rachel Weisz.Image: Lajos Koltai.Montage: Michel Arcand, Dominique Fortin.Musique: Maurice Jarre.Canada-Autriche-Hongrie-Allemagne, 1999,180 minutes.Cinéplex Odéon ANDRÉ LAVOIE Deux des meilleurs films d’Istvan Szabo, Méphisto et Colonel Redl, se résument bien simplement: la montée époustouflante et la chute vertigineuse d’un homme capable de vendre jusqu’à son âme pour réussir.Cette soif de pouvoir et de reconnaissance, tout en camouflant son homosexualité, ses racines juives, ses origines modestes et ses véritables convictions politiques, Szabo l’a filmée avec brio, servi par un acteur exceptionnel: Klaus Maria Brandauer.Dans Sunshine, ce personnage dont l’ambition cause sa propre perte se décompose en trois visages d’une même famille que le destin n’épargne pas, vivant une suite de malheurs et de tragi-comédies échelonnée sur plus de 150 ans d’histoire de la Hongrie.Trois hommes fie grand-père, le père et le fils, tous joués par Ralph Fiennes), •peu importe qu’ils subissent le règne de l’empereur François-Joseph, les assauts des nazis ou plus tard ceux des communistes, iront de compromis en mensonges et en petites trahisons pour améliorer leur sort.Ignatz Son-nenschein, afin de devenir un juge influent, changera son nom, qualifié de trop «juif»; Adam, lui, se convertira au catholicisme afin d’être intégré à l'équipe nationale d’escrime; le troisième de la génération, Ivan, après avoir vu son père Adam mourir sous la torture dans un camp de concentration, se laissera aveugler par le communisme et entreprendra une chasse aux sorcières pour éliminer les juifs de l’appareil politique.A tous ces événements d’ordre politique et social qui ne sont pas sans affecter la vie de cette famille plutôt aisée (le patriarche possédait la recette d’une boisson alcoolisée, le «Sunshine Tonie», et fit fortune), bon nombre d’histoires d’amour, plutôt alambiquées, viennent se greffer.En fait, d’une génération à l’autre, se répètent sensiblement les mêmes erreurs, chacun ayant la curieuse habitude d’être amoureux fou d’une fem- me inaccessible fia cousine, la belle-sœur ou l’épouse d’un membre influent du parti communiste).Il est difficile de ne pas s’incliner devant la propre ambition d’Istvan Szabo à vouloir couvrir plus d’un siècle d'histoire de la Hongrie, d’entrecroiser la grande histoire et la petite, en donnant assez de repères pour s’y retrouver sans que le .tout devienne purement didactique.À l’aide de quelques documents d’archives (où il insère parfois de «fausses» images d’actualités pour y intégrer les personnages du film) qui illustrent les deux guerres mondiales ou les manifestations de 1956 contre le régime communiste, il réussit à réconcilier ses idées de grandeur (de scénariste) et ses responsabilités (de cinéaste).Ce qui ne signifie pas qu’il filme ce récit surchargé dans le plus grand dénuement: production de qualité européenne où la direction artistique semble la véritable vedette du film, Sunshine se présente connue un pure ravissement pour l’œil.Mais devant cette succession ininterrompue d’événements tragiques entrecoupés de pauses romantiques, on a moins le sentiment d’être devant un film au souffle épique que celui de se trouver devant une télésérie prestigieuse au casting flamboyant (Ralph Fiennes au premier chef, William Hurt, mais aussi Rosemary Harris dans le rôle de Valerie, la cousine rebelle et la mère d’Adam).En fait, avec cette division presque systématique du scénario (à peu près une heure pour chacun des trois personnages dans un film d’une durée de 180 minutes.), on s’étonne que le projet n’ait pas directement été conçu pour la télévision.Le médium s’y serait d’ailleurs mieux prêté, Szabo voulant parler de tant de choses: on sent qu’il se fait pratiquement violence à force de multiplier les ellipses pour en montrer le plus possible.Même si tout y est parfaitement éclairé, avec un souci du détail à chaque image, que la distribution, malgré son éclectisme dû aux lois de la coproduction fies Canadiens y sont représentés par Molly Parker, qui a déjà brillé de plus d’éclat, et Deborah Kara Unger, lassante à force de jouer les allumeuses), reste dans la note, Sunshine ne brille finalement que très peu.Il est évident que Ralph Fiennes, lui, ne cesse d’en mettre plein la vue, présent du début à la fin, mais il est à l’image du film: toujours habile, d’une maîtrise irréprochable, mais ne faisant pratiquement jamais d’étincelles.La Compagnie de théâtre Pol Pelletier SOURCE DREAM QUEST Robin Williams dans le rôle de l’androïde du film Bicentennial Man recherche huit acteures' pour la formation d'une troupe permanente pluriethnique PRÉREQUIS • Être un ou une professionnel/le de la scène • Pouvoir s'exprimer et jouer en français • Avoir des aptitudes pour la danse et le chant • Se sentir attiré par un projet artistique collectif exigeant un investissement personnel et professionnel exceptionnel • Être domicilié sur l'île de Montréal ou Pile de Laval • Avoir la citoyenneté canadienne ou être immigrant reçu (S'appliqueront certaines conditions d'admissibilité du Fonds de lutte contre la pauvreté.) CONDITIONS DE TRAVAIL Emploi salarié de 35 heures / semaine ; contrat d'un an (renouvelable) Entraînement rigoureux visant des transformations psychiques et physiques profondes ÉTAPES DE SÉLECTION 4 janvier 2000 : date limite pour la réception d'une lettre d'intérêt au projet, accompagnée d'un curriculum vitæ to janvier 2000 annonce aux artistes sélectionnés pour les auditions 24 au 28 janvier 2000: auditions 14 au 18 février 2000: atelier de 5 jours d'initiation à la méthode D0J0 pour les personnes présélectionnées 25 février 2000 annonce de la sélection finale 6 mars 2000.embauche et début du travail MISE EN CANDIDATURE Envoi d'une lettre d'intérêt et d'un curriculum vitæ, par la poste, à : La Compagnie de théâtre Pol Pelletier, Troupe permanente, 791, avenue du Mont-Royal Est, Montréal (Québec) H2J 1W8 Si d'autres renseignements étaient nécessaires, téléphoner au (514) 525-2635.’ Pol Pelletier a inventé ce nouveau mot afin qu'il comprenne à la fois le féminin et ie masculin : elle est une acteure, il est un acteure.CARBONE 14 présente rsuRt/ de Anne-Marie Théroux sis m.du 18 déc.au 9 janv.un spectacle pour les enfants de 8 à 108 ans ! USINE O Enfants 10$ / Adultes 15$ / Tarif famille Lj M" Réservations 521.4493 / Admission 790.1245 DU 14 DECEMBRE 1999 AU 22 JANVIER 2000 Conception et mise en scène: Louise Forestier Direction musicale et arrangements: Jean-François Groulx.Avec Stéphane Brulotte, Louise Forestier, Kathleen Fortin, Louis Gagné, Gabriel Gascon, Lynda Johnson et Hélàne Major.theatre du rideau vert Assistance à la mise en scène et régie: Manon Bouchard.Musiciens: Jean-François Groulx, Jean-Bertrand (arbou.Concepteurs: Claude Goyette, François Barbeau, Michel Beaulieu et Eddy Freedman.(514)844*1793 www.rideauvert.qc.ca - 4664, rue Saint-Denis - Métra Laurier Service de garderie le samedi el le dimanche en matinée sur réservation seulement » TÏt TVR Omni SPIXtl I.E I) E V 0 11$.I, E S S A M E I) 1 S E T I) 1 M A N 0 II E 1 !) I) E C E M B 1$ E Romance et fabulations en tout genre ANNA AND THE KING 1 VAndy Tennant.Avec Jodie Foster, Chow Yun-Fat, Bai Ling, Mano Ma-nian.Scénario: Peter Krikes, Steve Meerson.Image: Caleb Deschanel.Montage: Roger Bpndelli.Musique: George Fenton.États-Unis, 1999, 135 minutes.MARTIN BILODEAU On ne peut imaginer héritage plus contesté que celui d’Anna Leono-wens.Aussi, on suppose qu’Andy Tennant, qui a récemment revisité le mythe de Cendrillon dans l’amusant Ever After, a fait le bon choix en privilégiant pour son Anna and the King une approche romanesque et mythologique.Une approche d'ailleurs semblable à celle privilégiée par ceux qui Près de 1 million de spectateurs après seulement 2 semaines en France ! SABINE EMMANUELLE CHARLOTTE AZÉMA BÉART GAINSBOURG «À METTRE À VOTRE AGENDA DE LA PROCHAINE QUINZAINE!» •Normand Provanchor, LE SOLEIL ••?Un brillant réchauffe-coeur.une savoureuse comédie du temps des fêtes!» - Paul-Henri Goulet.LE JOURNAL DE MONTRÉAL un film do Danièle Thompson [ f iBlackwatch MO I) I S T H I H l' T I O N M'AFFICHE! i-CINÉPLEX ODtON-i i-CINÊPLEX OOtON-i [COMPLEXE DESJARDINS 11 UVAL (Carrefour) I i-CiNÊPl£X ODCON-1 I BROSSARD I "ED WOOD rencontre LE PROJET BLAIR.x Avoir a tout prix!" - Pul Zlwerun, KTAILS MltUINf AMER! MOVIE [TlBlackwatch umm DISTRIBUTION SUNT riCTVRrs CLASSICS- cfom Klfm run* à l'affiche en v.o.anglaise 1 [CINEMA OU PARC] | | 3575 Du P.rc 281 -1000 « \ ?SOM OIGITAl 1 y, GRAND FAVORI CANNES 93 \».Si GRAND PRIX DU CINÉMA \V \f EUROPÉEN DÉCEMBRE 1999 ^ MEILLEURE ACTRICE \v/ GRAND PRIX Vf \ MEILLEUR RÉALISATEUR / «Un film maniant la couleur et l'humour.laisse le spectateur ravi, ému et apaisé.» — 08il« TimbU j.li DEVOIR TOUT SURMA MERE jJÎBIackwaith aiatmu ¦iitnux SONT riUL KES CLASSICS’ Hüf REPRÉSENTAI ION OffICIKItK DI l’ESPACNI AUN OSCARS - version française ~11 L’AEEICRE! Icôitfuîi'Dwwîin 1~a r'Ôss*'rd~I v.a avec sous-etits français e^C.ntili * v.o.avec sous-titres anglais Il-CKfPlfX OC* ON- I ÉGYPTIEN I s’étaient avant lui penchés sur l’histoire de cette gouvernante anglaise qui débarqua en 1862 à Bangkok pour y enseigner l’anglais aux épouses et aux 67 enfants du roi Mongut.Rapportée dans deux recueils de récits (The English Governess and the Siamese Court et The Romance of the Harem) publiés entre 1870 et 1872, résumés sous forme romanesque dans un ouvrage de Margaret Landon paru en 1943, l’histoire d’Anna Leonowens, dont on a appris par la suite qu’elle était le produit de son imagination, voire le récapitulatif mensonger et autoglori-fiant d’une domestique qui s’est inventé un passé noble, a donné lieu à deux adaptations cinématographiques.La première par John Cromwell, qui réalisa Anna and the King of Siam en 1946, puis, dix ans plus tard, par Walter Lang, lequel a transposé sur l’écran la comédie musicale de Rogers et Hammer-stein, The King and I, avec Yul Brynner dans le rôle du roi de Siam et Deborah Kerr dans celui de la vertueuse et influente Anna Leonowens, personnage qu’endosse aujourd’hui Jodie Foster.Comme le veut sa propre tradition, Foster se glisse de nouveau dans la peau d’une femme forte et frondeuse, égale des hommes qui essaient de la tenir en respect.«Egale d'un roi», affirmera amoureusement Mongut, joué (avec beaucoup d’humour) par la superstar hong-kongaise Chow Yun-Fat, surtout connu en Occident pour ses rôles dans les films de Jolip Woo (The Killer, Once a Thief, etc.).A l’heure où commence le récit, la rébellion gronde dans l’est du Siam.Occupé à construire des ponts commerciaux et diplomatiques avec l’Occident, et particulièrement avec les Britanniques qui occupent le pays voisin, Mongut y accorde peu d’importance.D’autant que la nouvelle gouvernante de ses enfants (Foster, excellente), obstinée et peu respectueuse du protocole, lui procure quelques maux de tête.Maux qu’un baiser pourrait faire disparaître n’eût été qu’il est déjà marié.à 27 femmes.Les rebelles ayant marqué des points et gagné du terrain, le roi, accompagné des habitants du p;dais, prendra le chemin de la montagne, où l’inlluence providentielle d’Anna, admise parmi les proches du roi, contribuera à sauver le trône.Avec sa mise en scène lourde mais étincelante, Andy Tennant a voulu laire de sa version A'Anna and the King une vignette de l’entre-deux mondes, le médiéval, le féodal et le barbare de l’un, le moderne, le démocratique et l’égalitaire de l’autre.H aura fallu pas moins de cinq versions du scénario pour satisfaire à ses exigences, et ce sont finalement les idéateurs de Star Trek IV (Peter Krikes et Steve Meerson) qui ont soutenu la dernière.Avec pour résultat un grand livre d’images un peu daté, une valse chancelante entre le cadre pittoresque, qui se réclame d’une certaine vérité historique, et le conte picaresque, la chorégraphie de Tennant (sur une belle musique de George Fenton, inspirée du folklore thai) se consacrant à souder l’ensemble des parties.Puis à faufiler en travers de sa trame un discours féministe, duquel l’une des épouses de Mongut, Tim Tup (Bai Ling), constitue le principal foyer.On peut à loisir, désonnais, remettre en cause les fabulations d’Anna Leonowens, décédée en 1915 à Montréal, dont la vision colonialiste offense encore aujourd’hui les autorités thaïlandaises, lesquelles s’opposent à la diffusion du film chez eux, comme elles ont fait l’impasse sur les versions précédentes.Car la romance et le consensus sont des affronts faits à l’Histoire.ANDREW COOPER Jodie Foster dans le rôle d’Anna Leonowens Une œuvre personnelle et digne THE CIDER HOUSE RULES De Lasse Hallstrôm.Avec Tobey Maguire, Charlize Theron, Michael Caine, Delroy Undo, Paul Rudd, Kate Nelligan, Erykah Badu.Scénario: John Irving, d’après son roman.Image: Oliver Stapelton.Montage: Lisa Zeno Churgin.Musique: Rachel Portman.Etats-Unis, 1999, 129 minutes.MARTIN BILODEAU Pour quiconque est doté de la moindre parcelle de bon sens, il paraît impossible de croire qu’un orphelinat planté en plein cœur de la Nouvelle-Angleterre des années 40 ait pu être un lieu rempli d’amour et de fraternité, qui plus est le théâtre d’une réflexion sur l’avortement, comme le décrit le Suédois Lasse Hallstrôm (Ma vie de chien.What’s eating Gilbert Grape?) dans 77/e Cider House Rules, son nouveau film d’exil tiré du roman du même nom de John Irving.Et pourtant, la simplicité du trait, l’éloquence du propos, la profondeur des liens qui unissent certains des personnages et la richesse de la toile de fond font qu’on ne demande qu’à accepter la convention.Et de porter notre attention sur les éléments les plus «réalistes» de ce récit axé sur le rapport de père, puis de mentor, qui unit le docteur Larch (Michael Caine), directeur d’un orphelinat où il délivre des filles-mères et interrompt des grossesses, à Homer Wells (Tobey Maguire), orphelin qui, malgré plusieurs épisodes d’adoption, s’est vu autant de fois retourné à la charge de Larch.Aussi, lorsque son protégé atteint l’âge de raison, celui-ci lui inculque les rudiments de son métier d’obstétricien mais se bute à l’obstination du garçon, qui refuse de pratiquer des avortements.Déterminé à partir, Homer suivra un jeune couple venu à Saint-Clouds par obligation (car personne n’y vient par plaisir) et ira travailler comme ouvrier dans un verger de la côte du Maine.Une aventure amoureuse avec une jeune femme (Charlize Theron) délaissée par son fiancé parti au front (Paul Rudd), puis un épisode tragique suscité par le leader des STEPHAN VAUOHAN Une scène du film The Cider House Rules de L/isse Hallstrôm avec Michael Caine et Tobey Maguire.cueilleurs de pommes (Delroy Undo) et sa fille Rose (Erykah Badu) feront cependant basculer ses certitudes.Le plus dickensien et le plus politiquement engagé des romans d’Irving, The Cider House Rules a dû subir une cure d’amaigrissement dans le processus d’adaptation.Malgré cela, le film d’Hallstrôm porte encore toutes les marques de ce qui faisait la richesse du roman: un regard quasi mystique sur le destin du héros, la force du rapport dualistique qui l’oppose au docteur Larch, la fêlure émotive de ce dernier, de même que la tendre naïveté du héros, qui croira, pour un temps, que l’avortement est répréhensible du seul fait qu’il est heureux d’être venu au monde, pour finalement comprendre qu’il est heureux pas tant parce qu’il est en vie mais parce qu’il aime et qu’il est aimé.En suggérant ce passage, sans jamais le verbaliser, Hallstrôm a relevé avec brio un difficile pari.Contre toute attente, et à travers les lignes écrites par un autre (Irving est l’unique auteur du scénario), le cinéaste a accouché d’une œuvre personnelle et digne.Celle-ci conjugue habilement des tons, des univers et des enjeux moraux qui faisaient la force du roman, le cinéaste privilégiant toutefois une approche décantée de l’univers autrement baroque et absurde de l’écrivain, voire une approche classique, fraîche et sans ratures, où les ficelles — provoquant rires et sanglots, parfois même les deux à la fois — sont délibérément tirées à vue.The Cider House Rules comporte par ailleurs quelques élans de cette mélancolie Scandinave, de ce mysticisme décanté, qui faisaient la qualité de Ma vie de chien.Le tout secondé, ici encore, par une partition musicale qui fait corps avec le film, en souligne les moments forts avec une infinie délicatesse, et une photographie qui ne sacrifie pas le réalisme à la beauté du petit monde d’Homer.Avec son visage d’enfant et sa voix I éraillée qui semble muer perpétuellement, Tobey Maguire, une star montante qui a donné à The Ice Storm et à Pleasantville ses meilleurs moments, [ campe un Homer Wells parfait, avec juste ce qu’il faut d’innocence et de dé I termination pour que les spectateurs le suivent dans son odyssée.Michael Caine se révèle quant à lui puissant et émouvant dans le rôle du docteur éthé-romane, homme fragile et gueulard, partagé entre la nécessité de sa mission et son affection paternelle pour celui qui refuse de marcher dans ses pas.D offre un intéressant contrepoids moral à Mr.Rose, personnage différemment tragique campé par l’excellent Delroy Lindo, dont le «malamour» pour sa fille finit par convaincre Homer de la place que le | destin lui a désignée.Souris, tu m’inquiètes STUART LITTLE Réalisation: Rob Minkoff.Scénario: M.Night Shyamalan, Gregory Booker.Avec Geena Davis, Hugh Laurie, Jonathan Lipnick et les voix de Michael J.Fox, Nathan Lane.Image: Guillermo Navarro.Montage: Tom Tlnam Musique: Alan Silvestri.États-Unis, 1999,90 minutes.Famous Players ANDRÉ LAVOIE Le maire de New York, Rudolph Giuliani, va tout simplement a-do-rer Stuart Little de Rob Minkoff.Bien avant de craquer pour cette charman-te petite souris ou se délecter des ré pliques de «star déchue» du chat Snowball («They go for a son and corne back with a mouse.I need a drink.»), c’est sans aucun doute cette vision plus qu’idyllique de sa ville qui le comblera de bonheur: entièrement reconstituée en studio, (presque) propre comme un sou neuf, fourmillant de gens bien habillés, d’enfants sages, le tout b/lignant dans une fantaisie de couleurs vives.Un New York vu par Hollywood et tourné sous le soleil de la Californie.11 s’agit de l’un des nombreux aspects du film qui dépassent l’entendement, mais peu importe.Seul compte ici le plaisir de se laisser séduire par la candeur du récit, avec ses personnages attendrissants et d’autres que l’on se plaît à détester.Tout comme la famille Little, composée d’une mère que le féminisme a oublié d’évangéliser (Geena Davis), d’un père qui pourrait bien être gérant de caisse populaire (Hugh Laurie) et de George, leur fils à la jolie frimousse Qonathan Lipnicki), comment résister au charme de Stuart (voix de Michael J.Fox), cette souris au verbe bien aiguisé qui dégage tant de bonté?Alors qu’il désirait un petit frère, George mettra un peu plus de temps à s’ajuster au nouveau contexte fami- ’ \ •S- ' ¦ ; SOURCE SONY PICTURES IMAC.EWORKS Comment résister au charme de Stuart (voix de Michael J.Fox), cette souris au verbe bien aiguisé qui dégage tant de bonté?liai, mais plus douloureuse sera l’adaptation pour Snowball (voix de Nathan Lane), ce chat qui ne supporte pas d’avoir perdu toute l’attention depuis l’arrivée de Stuart.Ayant quelques mauvaises fréquentations — des chats de gouttière appartenant à une sorte de mafia de ruelle! —, il s’en servira pour bouter la petite souris hors de la jolie maison des Iittle.Pour ce qui est des bons sentiments et de la psychologie féline, Minkoff s’y connaît mieux que personne, coréalisateur de l’un des plus grands succès du studio Disney, The Lion King.Dans Stuart Little, il applique la même recette, tout en y ajou-1 tant quelques ingrédients qui ont aus-1 si fait le succès de Babe: rien de plus attendrissant qu’un animal orphelin, j pas nécessairement joli au départ, qui ne souhaite que le bien de tous.Avec un degré qui ne frise pas la perfection mais qui s’y approche drôlement, la combinaison entre leà images numériques et les prises de vue réelles offre les situations les plus folles (la course en bateaux miniatures dans Central Park) ou les plus candides fies baisers et les caresses que la famille Little prodigue sans cesse à Stuart).Mais cette enfilade d’effets spéciaux, qui se veulent pratiqua ment «invisibles», ne détourne jamais | complètement notre attention du drame de la souris orpheline.Le scénariste, M.Night Shyamalan (à qui l’on doit l’énigmatique The Sixth Sense), s’est fait ici plus limpide, moins obscur, sachant qu’il s’adresse d’abord çt avant tout aux enfants et non aux amateurs de phénomènes paranormaux! Au milieu de tout cela, les acteùrk en chair et en os n’ont pas nécessairement le beau rôle (Geena Davis, juste, ne retrouvera pas ici son aura de star comme à l’époque de Thehna & Louise), sauf peut-être Jonathan Lipnick, à qui l’on réserve bien des j gros plans sur son visage si expressif.Mais Rob Minkoff n’en a visiblement que pour toutes les petites bêtes qui peuplent l’univers de Stuart Little, toutes spirituelles, à l’humour parfois corrosif (les meilleures répliques vont bien sûr à Snowball, que rend Nathan Lane avec un plaisir non dissimulé) pu pleines d’une sensiblerie diablement efficace.Après les dalmatiens et les petits cochons, ne soyez pas surpris si vos enfants veulent une fois de plus | agrandir leur ménagerie avec des clones de Stuart Uttle.C’est tout de même moins encombrant qu’un lion.À nos clients annonceurs La fin de l'année est un moment privilégié pour prendre le temps de remercier nos clients et amis.À cette occasion, Le Devoir vous offre la possibilité de publier vos vœux de la saison à l'intérieur de ses pages, le vendredi 31 décembre UNIQUE de 50 $ l'annonce (+ taxes) (format 1 po.1/2 X 4 po.1/4 large) OU de 100 $ (Format double) (format de 2 po.3/4 X 4 po.1/4 large) Contactez votre représentant(e) le plus tôt possible ou envoyez le tout par télécopieur au (514) 985-3390.Service de la publicité (514) 985-3399 Vous avez jusqu'au 29 décembre à midi pour faire votre réservation d'espace. I t’ DEVOIR, LES S A M E I) I IS E T I) 1 M A N C II E 1 9 I) É C E M B R E 199 9 B 5 CINÉMA j^PlPPIPPp^^-'5' JACQUES GRENIER LE DEVOIR Diane Kurys, réalisatrice des Enfants du siècle, «les gens se sont forgé une image fausse de George Alfred de, George S et Diane Kurys ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Rencontrer Diane Kurys à propos des Enfants du siècle, c’est plonger tête baissée dans le débat sur la critique qui secoue la France comme un prunier.Précisons que son film fut au coeur de cette tempête où cinéastes et journalistes se sont lancés leurs quatre vérités (et mensonges) par la tête.Les Enfants du siècle, qui aborde les amours d’Alfred de Musset et de George Sand, fut démoli par la critique fran- r’se avec une belle unanimité.Uhalla-'«Patrice Leconte a été scandalisé par la réception faite à mon film.C’est en partie pour prendre nia défense qu’il s’est lancé a ms cette campagne-là.» , Diane Kurys, qui donne habituellement dans les films à caractère fine ment psychologique (Après l’amour, À la folie, etc.), abordait soudain une œuvre à fort budget (plus de 21 millions de dollars).Juliette Binoche y fient la vedette dans la peau de George Sand et le grand couturier Christian Lacroix fit les costumes.Grosse distribution (Benoît Magimel, Isabelle Car-rçs Karin Viard, etc.), changement de pfeneau, visées vers le grand public.,Qn le lui fit bien voir.Du moins estime-t-elle avoir été injustement traitée.L’acteur et musicien Murray Head, coscé-pariste du film, se montre aussi révolté qpe la réalisatrice.«Nul ne nous a critiqués sur le fond mais sur l’ambition du projet, sur l’idée même de mettre en scène George Sand et Alfred de Musset», protestent-ils en chœur.Une histoire d’amour Éreinté par la presse donc.Six cent mille entrées dans l’Hexagone plutôt que le million escompté.Ce p,’est d’ailleurs pas si mal, tout comp- te fait.Le film est, vendu un peu partout, même aux États-Unis.«J'espère qu'à l’étranger on aura moins de tabous.En France, on nous demandait: de quel droit abordez-vous un sujet pareil?» Et la réalisatrice de préciser quelles intentions n’étaient pas les siennes.«Nous n’avons pas cherché à traduire l’intraduisible au cinéma: c’est-à-dire à rendre le génie de Musset et le talent de Sand, mais à raconter la passion qui les a liés.Le film est le récit d’une histoire d’amour en 1830 entre deux êtres hors du commun: un grand poète et une femme de lettres, ayant eux-mêmes écrit sur cette relation.» Basé sur l’autobiographie de Musset, La Confession d’un enfant du siècle, et sur les souvenirs de George Sand dans Elle et lui, abordant elle aussi l’époque de leurs amours, à partir aussi des épîtres passionnées que le couple s’envoyait, le scénario s’est ébauché.Diane Kurys s’est d’abord mise à l’écriture avec François-Olivier Rousseau, qui connaissait bien la littérature du XK' siècle, puis l’acteur et musicien Murray Head s’est joint au duo, créant des répliques, des scènes à son tour.Trois ans en compagnie de Sand et Musset, 17 versions de scénario.Les scénaristes ont l’impression d’être entrés au cœur d’une intimité de couple.«Leur amour fut un scandale, précise Diane Kurys.Sand comptait six ans de plus que Musset, une différence énorme pour l’époque.Elle avait des enfants, vivait séparée de son mari, quand son amant habitait chez sa mère.Scandale donc, d’où ce besoin qu’ils eurent de fuir à Venise, de s’exiler comme deux rock stars le feraient aujourd’hui.Musset était libertin, dissipé, irresponsable chro- nique, enfantin, cruel, suicidaire, fou même, mais moderne, très no future, très punk.Elle fut féministe avant la lettre et violemment prise à parti pour ses positions.Sand a tracé la voie pour nous toutes.» «Les Enfant du siècle, c’est leur histoire, mais aussi celle d’une époque, poursuit la cinéaste, celle de ces salons parisiens où se côtoyaient tant d’artistes: Hugo, Dumas, Sainte-Beuve, Stendhal, Delacroix.Les images sont sombres car tous s’éclairaient à la chandelle.On s’est beaucoup inspirés de tableaux de Delacroix pour l’esthétique du temps.» «Les gens se sont forgé une image fausse de George Sand.On se rappelle qu’elle fut la maîtresse de Chopin, mais l’amour de sa vie en fut un de jeunesse pour Musset.Sur sa photo par Nadar, elle apparaît lourde, dure, mais elle comptait 65 ans à l’époque.Il faut revenir en arrière.Les dessins de Musset font revivre une femme de 30 ans aux yeux profonds, jeune, belle.Donner le râle à Binoche n’était pas l’idéaliser.Et qui à part Juliette pouvait habiter le personm-ge, lui donner une âme?» N’empêche.l’oscarisée française a hésité neuf mois avant de dire oui.Effrayée et fascinée à la fois.«Juliette a apporté à Sand sa vérité.Elle ne triche pas.» Benoît Magimel (qu’on avait vu entre autres dans La Haine, Les Voleurs) s’est imposé rapidement à la distribution.«Il avait l’âge du rôle, 23 ans, ressemblait physiquement à Musset et il possède cette faculté d’exprimer une douleur, une fragilité.» Des projets pour Diane Kurys?Aucun pour le moment Elle accompagne la sortie de son film, médite sur la fonction de réalisatrice, se remet tant bien que mal de l’accueil parisien.C’est déjà beaucoup.•*S"x « ?! Percutant.» le Parisien UN FILM DE JACQUES DOILLON REM ,mk 2.fr/pctitsfi frères Juger la fureur du siècle Istvan Szabo donne à Ralph Fiennes un triple rôle dans son dernier film, Sunshine ODILE TREMBLAY LE DEVOIR Istvan Szabo vous dira qu’à travers cette saga qu’est Sunshine — l’histoire d’une famille juive hongroise sur quatre générations — il a voulu observer et juger le siècle de fureur qui s’achève.«Celui-ci a commencé dans l’espoir avant d’arriver au nazisme et au communisme.Il est né à Sarajevo et se termine à Sarajevo.Aujourd’hui, je ne peux faire que le constat terrible d’un siècle ayant massacré 50 millions de personnes.» Regard sur le siècle, mais aussi sur l’identité, celle des cultures en exil dans la honte ou dans l’acceptation d’elles-mêmes, Sunshine constitue une ambitieuse œuvre à thèse.«Cette question d’identité s'avère capitale en Europe, à l’heure où les frontières ont sauté», précise Istvan Szabo.En visite cette semaine à Montréal, le cinéaste, le comédien Ralph Fiennes (qui joue trois rôles: le grand-père, le père et le fils) ainsi que le producteur canadien Robert Lantos venaient accompagner et commenter la fresque qui sortait hier sur nos écrans.Le réalisateur est hongrois, la vedette d’origine anglaise, le film canadien, en nomination pour une pluie de prix Génie (14 en tout).Cent cinquante acteurs, 23 semaines de tournage: l’imposante production essaie de se placer dans le paysage des Oscars.Longue gestation La gestation de Sunshine fut longue et douloureuse: six années en tout, avec un scénario lentement élaboré; 450 pages de texte en hongrois réduites à 180, des fonds à accumuler (Sunshine a coûté 26 millions de dollars canadiens), un Ralph Fiennes à attendre, otage d’autres tournages.Le réalisateur a longtemps balancé.Faire une série télé?Un film?Robert Lantos, lui-même d’origine hongroise et captivé par l’histoire, a insisté: «Ce doit être un long métrage.» Précisons que Sunshine raconte au fil des générations le reniement du nom puis de la religion juive par une famille, bientôt récupérée par la tourmente nazie, puis la non moins grosse tourmente communiste, forcée par les circonstances, puis par simple fierté, à se réconcilier avec ses origines sémites.Istvan Szabo avoue que ce film est en partie autobiographique, que la famille Sonnenschein dont on suit le destin dans la tourmente de l’Histoire est un peu la sienne.L’intérieur de la maison utilisée au tournage est la demeure familiale du cinéaste de Mé-phisto et de Colonel Red à Budapest.«Côté personnages, des traits furent pris aux uns, aux autres, empruntés à ma famille mais pas uniquement.Cela dit, tous les éléments sont véridiques.Un champion olympique hongrois d’origine juive est mort dans un camp de concentration de la même façon que dans le film.» Pour Ralph Fiennes, qui fut un tor- tionnaire nazi dims La Liste de Schindler et un personnage au profil politique douteux dans Le Patient anglais, le temps était venu de compter un but dans l’autre camp, comme il aime le préciser lui-même.«Il en a compté trois», de préciser le producteur.Pourquoi avoir choisi le même acteur pour trois rôles?«Il fallait un visage qui soit un pont émotionnel», explique Szabo.Sunshine constitue un film chaîne où chaque personnage s’inscrit dans la filiation père-fils.«Le grand-père est un intellectuel en accord avec lui-même, le père un être très physique qui s’aime, le fils un émotif qui se déteste et se combat.» Ralph Fiennes avouera que le grand défi du filin, bien évidemment, à l’heure d’incarner trois personnages de la même souche (et dans un cas sur une période de trente ans), fut de se modifier psychologiquement de l’un à l’autre.«J’ai connu avec Istvan Szabo une relation de travail unique, précise le comédien.C’est lui qui m'a bien dirigé, lui quj m’a appris à prendre les virages intérieurs que commandait mon triple rôle.Je connaissais mal la situation des juifs assimilés d’Europe centrale.Istvan m’a dit: je serai comme un frère de l’autre côté de la caméra.Il m’a pris parla main.Et voilà!» Le réalisateur est hongrois, la vedette d’origine anglaise, le film canadien JACQUES NADEAU LE DEVOIR En visite cette semaine à Montréal, le comédien Ralph Fiennes et le cinéaste Istvan Szabo venaient accompagner et commenter la fresque qu’est Sunshine — l’histoire d’une famille juive hongroise sur quatre générations.eitX'iC e n t r i s 3530, boul.St-Lnurnnt Blllattarla: (514) 847-2205 SaU!$ml MA.A L’AFFICHE! « VN DES MEILLEURS FILMS DE L’dNNEE!» -Jtjjrty Lytiu, NBC-TV * Un magnifique film épique, digne d’un Oscar; composé de splendeur, d’aventure et d’un giand amour dont on sort grandi, A coup sûr, un candidat pour l’Oscar du meilleur film.< Anna et le Roi > est l’un des plus beaux films de l’année et de la décennie ! » •Sara Ehtrdt, .YBC'71’ < Chow Yun-Fat est un souverain absolu, pour notre époque post-féministe.* ¦MirtStHàit UMEMAGAZISE * Somptueux, colossal et tout à fait Un classique instantané.* ¦faRni, mxiwmoiSEm •Stupéfiant et profondément émouvant.Un spectacle grandiose.Jodie Foster est formidable.* ¦¦jnm la/ftU, THE MOITE MIME À L’AFFICHE! • vcnsioN rnANÇAisc < -LES CINEMAS QU7ZO irassnaa-Ti fiasisiB «yi i?oSr-vîÂuîra h^êrIau «ra pasaassgsTi fiagissaTi i»™ifôciü7i riawûNo ti lasss&'Bssa __riNtPLEX OOEON-1 I-ONÉPLtX OOÉON-1 I-QNÉPU* OOÉON-1 I—LU CINÉMA! ClUZZO—.f—LI» CINÉMAS QU770—1 fioUCHERviLLEVI fcARREFOUR DORIOhTI [piAZAPELSON ?| [TERREBONNE 8 ?11STE-THÉRÉSE 8 ?! r—CAPITOL -1 r QALOTB! •T-WVACW#TMI -i I-CINEMA DE PAWi-1 r-CAMUroUR OU NOOO —l I jf- JEAN IIST-HVACINTHE ?| [ VALLEVFIELP ?11 ST-JÉRÔME ?| ______ viniiON onniNALi anglaise .[Tauïoüss-ti [ucoŒjïa issaffisarea naaaaaTi icsasgasasap-^i ONE PIE* OOEON—I CNE PL EK OOEON 1 I CI* PLfX OOEON I I CStfPLEX OOEON—-, Ipôinte-claireTI Hâvai ioji«ri«»)71 [cwendish imuiiV\ Ibrossabd IST-EUSTACHE t/ 11 STE-ADÉLE ?I ?SOM DIGITAL LAISSEZ-PASSER REFUSÉS m ?SM DDITAL Du réalisateur de « Méphisto », récompensé aux Oscars et à Cannes Can ad« FthnFrmrkfonds latrni Benoît Magimel I Alfred de Musset 14 NOMINATIONS AUX GENIES MEILLEUR FILM Juliette Binoche est George Sand GAGNANT DI- T PUIX At) ITSTIVAl.DD FILM IUIHOIMT N I¦)¦)¦! MEILLEUR ACTEUR • RALPH HENNES "MEILLEUR SCÉNARIO • ISTVAN S/.AIK) LT¦•ISRAEL IIOROVITZ MEILLEURE CINEMATOGRAPHIE • I.AJOS KOI.TAI RALPH FIENNES Une production de Robert Lantos Un film de Istvan Szabo ^ SUNSHINE ALLIANCE ATLANTIS VTVAfAM (ISLKNDJPITY POINT FILMS U ccuAt'AMi* M c KNOWUT fUSmi wt ri ROBERT LANTOS Ui ftM K ISTVAN SZABO RALPH FIENNES .SUNSHINE.ROSEMARY HARRIS RACHEL VVTISZ JENNIFER EHlf DEBORAH KARA UNGER MOLLY PARKER JAMES fRAiN j JOHN NEVILLE M itAMMARGOOES FT ATIUAV HJRT ccsTAiiG»WGYiSZATi i i « j VI » » / r SOURCE RESEARCH MUSEUM OK ACADEMY OF ARTS OF RUSSIA Maquette du couvent Smolny à Saint-Pétersbourg (détail), modèle réalisé par Francesco Bartolomeo Rastrelli entre 1750 et 1756.Grassi de Venise, par les trois bonzes de la muséologie que sont Henry A.Millon, de la National Gallery of Art de Washington, Guy Co-geval, actuel directeur du MBAM, et Frédéric Dassas, spécialiste de la période baroque et directeur du Musée de la musique à Paris.La présentation, plutôt que de valoriser une approche monographique par auteur, ou encore chronologique, a préféré associer entre elles des œuvres allemandes, anglaises, russes et italiennes — toutes des maquettes de production ou de concours, non pas des reconstitutions — par type d’architectures, selon qu’elles soient royale, religieuse ou publique.L’exposition suscite la réflexion, en plus d’activer un regard ludique par le plaisir que SOURCE RESEARCH MUSEUM OF ACADEMY OF ARTS OF RUSSIA Détail de la maquette du couvent Smolny à Saint-Pétersbourg GALERIE DEBELLEFEUILLE MICHAEL SMITH ŒUVRES RÉCENTES Rencontre avec l’artiste les samedi 18 et dimanche 19 décembre 1367, av.Greene, Westmount Tel.: 933-4406 lun.- sam.: 10h - 18h • dim.: 12h- 17h30 nous avons De la médiation L’exposition est bien à scruter ces jouée en ce qu’elle réunit, en plus des maquettes, maquettes deux types de représentation plastique en deux dimensions de l’espace tridimensionnel.Elle fait place autant au dessin d’architecture, dont la plupart des échantillons viennent du CCA, et à la peinture qu’au rendu 3D des maquettes, qui évidemment volent la vedette.Cela permet à l’œil de se familiariser avec trois manières de rendre ces espaces, bref avec trois types de médiation servant à exprimer les volumes.En cela, l’exposition propose des choix clairs.Quant à la peinture sélectionnée pour cette exposition, qu’elle soit celle d’un Canaletto ou d’un Panini, c’est à la perspective, dans la plu- lZmU' L Æe) le minHtête Be to Culture et des (ommunitotions du Quebec lexposition M orçuiwf par jkf tenon federation nf Am et le )ale (enter for Bntidt Art [Ile beneîine dune subvention du federal Council on thr (rts and the Iluttianities et est connnaraiitee par le Benefactors Circle de I Af\ [a present «ion de I exposition a Quelcc esi rendue possible çrace a une mntnbution du fonds de diversification de I économie de la capitale Une invitation de la Québec fond» I M A X (' Il E !» I> E (' E M R R E I !» !» !» LE DEVOIR i; Plus qu’une semaine avant Noël.En dépit des Pokémons, des jeux vidéo et je ne sais quoi encore — qui semblent avoir pris le dessus des Fêtes —, certaines traditions se perpétuent toujours.Parmi les plus emblématiques de cette période de l’année, il y a bien sûr les crèches qui, d’une génération à l’autre, nous reviennent, fidèle rappel de la véritable raison d’être du 25 décembre.En ces pioments de réjouissances (et jiieut-être même de vacances), èlést l’occasion d’en admirer l 1 I quelques-unes et de renouer avec cette coutume dont l’âge vénérable a permis, au fil du temps, le foisonnement de savoir-faire de tous genres.CLAUDINE DÉ DM Depuis plus de quinze ans, l’oratoire Saint-Joseph de Montréal propose une exposition de crèches à l’occasion du temps des Fêtes.L’exposition (présentée jusqu’en février) offre aux visiteurs plus de 300 spécimens, dont certains proviennent de pays aussi éloignés que la Tanzanie et le Laos.On ne peut que s’étonner de la diversité des crèches du musée: les couleurs et les textures que procure la variété des matériaux utilisés sont autant de particularités qui distinguent une Nativité de l’autre tout en les rattachant, du coup, à leur pays d’origine.Si le bois, le plâtre et la résine sont les matières traditionnelles qui entrent dans la fabrication des personnages, les grains de maïs, les coquillages et les feuilles de bananiers en surprendront sans doute certains! Le procédé donne lieu à des personnages à l’allure parfois cocasse tels que des Vierges Marie vêtues d’un sarong (pour certaines crèches provenant d’Asie) ou un saint Joseph portant une ceinture rouge fléchée (et là, je vous laisse le soin d’en deviner l’origine!).De tels anachronismes importent peu.Dans la liturgie chrétienne, la crèche ne vise pas une reconstitution à l’identique de la naissance de Jésus mais plutôt la commémoration d’un événement passé.Malgré toute cette diversité, le thème de la Nativité n’est nullement transformé: au contraire, notre imaginaire s’en trouve complètement ravivé.Un tour du monde par les crèches Au fil des aimées, l’oratoire est devenu le fiduciaire d’une riche collection qui compterait à ce jour près de 750 crèches: «L’oratoire a toujours encouragé l’art d'ici et de differents pays.Au moment où les Pères [de Sainte-Croix] ont commencé à collectionner crèches de Noël au début des années 1950, une de leur premières acquisitions en fut une réalisée en plâtre par l'artiste québécoise Sylvia Daoust.Elle fut alors exposée au collège Saint-Laurent», explique le père André Berge-rbn, responsable du Musée de l’oratoire depuis 1983.«Nos crèches proviennent non seulement d’ici mais des quatre coins du monde.Certaines nous sont léguées par testament et d’autres simplement données.Il nous arrive aussi parfois d’acquérir certaines pièces.» Toutes les crèches ne sont toutefois pas d’égale valeur et ne présentent pas le même intérêt.«Nous en avons parfois qui ne comptent que les trois personnages principaux — saint Joseph, la Vierge et l'Enfant Jésus — alors que d’autres incluent plus d’une vingtaine de personnages, voire un petit village complet.» Banni les joyaux de la collection présentés cette année, on compte une crèche de bois du Portugal datant du milieu du XVHL siècle (toujours dans un remarquable état de conservation) ainsi que plusieurs enfants jésus en cire fabriqués au XIX' siècle.À la mode de chez nous Bien entendu, le Québec n’est pas en reste au chapitre de la fabrication de crèches.Tout bon foyer et chaque paroisse se devaient de posséder la leur.Au fil des siècles, des artistes et des artisans en ont fabriqué de nombreuses (et en fabriquent encore) en utilisant des matériaux (bois et plâtre surtout) et des formes variés, selon 'le'goût du moment.Mais pourrait-on vraiment aborder le sujet des crèches sans mentionner, si ce n’est que pour quelques moments, les en- *r, j** “Or & Enfant jésus en cire, XIX1 siècle, coll.: oratoire Saint-Joseph de Montreal •ü - • PHOTOS: JACQUES GRENIER LE DEVOIR r «3 • ; WÊÊÊÊÊU Crèche du Portugal, circa 1750, coll.: oratoire Saint-Joseph de Montréal.fants jésus fabriqués en cire?Qui n’a pas, à un moment ou à un autre, vu ou entendu parler du petit Jésus à tète blonde, couché dims la mangeoire et emmailloté dans ses langes?Ces petites créatures, qui prenaient jadis place dims les crèches des églises paroissiales, des chapelles de couvents, des hôpitaux ou même dans celles de certains foyers plus privilégiés, sont depuis toujours associées à la tradition des Noëls québécois.Il semblerait que les enfants jésus aient été présents au Québec dès l’époque de Champlain.Peu après leur arrivée en Nouvelle-France, les Augustines — parmi les premières religieuses à fouler le sol de la colonie — collectionnent précieusement les jésus de cire venus d’abord de France, puis ceux quelles fabriquent elles-mêmes dès le XV1IF siècle.Au musée des Augustines de l’Hô-tel-Dieu de Québec, une toute petite salle d’exposition, ouverte en 1958, qui abrite des objets anciens témoignant de la vie des sœurs au fil des siècles — en vertu d’une existence consacrée en grande partie aux soins des malades —, il nous est possible de voir ces reliques du passé à l’occasion de Noël (et ce, aussi jusqu’en février).Comme plusieurs autres congrégations de l’époque, les Augustines consacraient de nombreuses heures à confectionner les enfants jésus en prévision des célébrations du temps des Fêtes, si bien qu’aujourd’hui, le musée en possède environ 90 de tailles et d’époques variées.En fait, ces femmes de Dieu sont rapidement devenues celles qui mettaient littéralement au monde les jésus en cire, processus qui nécessitait beaucoup de temps et de minutie: «Les religieuses travaillaient d'abord à la confection du moule de plâtre dans lequel elles coulaient la cire.On préparait celle-ci en suivant une recette précise.Il fallait ensuite laisser sécher le jésus avant de l'habiller des vêtements qu'elles fabriquaient.Pour la chevelure, on utilisait les cheveux d'enfants, blonds et bouclés de préférence», explique sœur Nicole Perron, responsable du musée.Même si certains jésus arborent une expression moins angélique que d’autres, on ne peut rester insensible aux longues heures consacrées à la confection et à la finition de chaque pièce.Les enfants jésus diffèrent tous les uns des autres, soit par leur taille — certains mesurent à peine quelques centimètres alors que d’autres ont la forme d’un nou-veau-né —, soit par la couleur de la cire, qui va du blanc au rose clair.Temps modernes obligent, il va sans dire qu’aujourd’hui, la production est à la baisse.De plus, l’âge avancé des religieuses fait aussi en sorte que très peu d’entre elles s'adonnent à ce travail d’artisanat de longue haleine.Après toutes ces années d’existence, on pourrait croire que le glas a sonné pour les petits jésus de cire.Tant de savoir-faire traditionnels n’ont-ils pas ainsi disparu au fil du temps?«Au cours des dernières années, on sent que les crèches redeviennent populaires.Une certaine douceur est associée à la Nativité, qui semble gagner la sympathie des gens durant le temps des Fêtes.Plusieurs artisans viennent au musée afin de voir les enfants jésus.Ils se renseignent sur les moules et les recettes anciennes afin de continuer à en fabriquer».poursuit sœur Perron.On se le souhaite, ma sœur.Entre-temps, il est certain que nous devons une fière chandelle (en cire!) aux religieuses d’avoir si bien conservé les témoins de leur passé qui, d'ailleurs, est aussi en grande partie le nôtre.La crèche vivante Avant de conclure, on s’en voudrait d'oublier que le récit de la Nativité est disponible — version animée cette fois — au Vieux-Port de Montréal.Cette année encore, le quai Jacques-Cartier accueille le spectacle de la crèche pour le plaisir de ses spectateurs, petits et grands.Personnages costumés et animaux vivants (Tannée dernière, il y avait même un dromadaire) prennent place dims un décor recréant l’étable de Bethléem.Les représentations, d’une durée d'environ 25 minutes, se déroulent en plein air (oui, oui, il faut s’habiller chaudement).Variation divertissante et réussie du thème de Noël, ce récit de la Nativité, ainsi animé, permet un petit temps de pause du tourbillon usuel du temps des Fêtes.Les représentations ont lieu tous les jours, une fois l'heure, entre 13h et 17h, du 18 au 31 décembre.L’entrée est de 3 $ (et gratuite pour les enfants âgés de moins de cinq ans).Joyeux Noël! cdeom@supemet.ca Crèche de Tanzanie Des origines lointaines C'est à saint François d’Assise que Ton attribue l’idée de la crèche.On raconte en effet que le fondateur de Tordre des Franciscains avait imaginé de reconstituer l'épisode de la Nativité de Bethléem autour de 1223.dans la petite ville de Greccio, non loin de Rome, et cela, afin de susciter une nouvelle ferveur chrétienne en ce temps de Tannée.Une grotte, une mangeoire remplie de paille et des animaux de l'étable auraient fait partie de cette toute première crèche vivante.Manifestement, cette tradition s’est maintenue au fil des siècles et a donné lieu à des représentations de tous genres de la Nativité.Comme on le sait, certains personnages décrits dans les Evangiles se sont peu à peu ajoutés, notamment les rois mages et les bergers.Aussi, il arrive parfois que les figures saintes prennent place au sein d’un village et de ses habitants.La tradition des santons — c’est ainsi que Ton appelle les personnages miniatures qui se joignent parfois à la crèche — date du XIX' siècle et est originaire du sud de la France, en Provence.Rappel : Les Prix de l’IDM 2000, 55 000 $ en prix aux lauréats ID Institut de Design Montréal 390.tue Saint-Paul Est Marché Bonsecours (niveau 3) Montréal (Ouébecl Canada H2Y1 HZ Téléphone : (5141866-2436 Télécopieur : (514) 866-0881 Courriel.idmOidm qc.ca Site Web .Irttp //www idm qc.ca La date limite pour soumettre votre candidature aux Prix de IÏDM approche rapidement N'oubliez pas de retourner votre formulaire dûment rempli avant le 14 janvier 2000,15 h Le concours Les Prix de l’Institut de Design Montréal 2000.organisé en collaboration avec les associations professionnelles, les associations d'affaires et le magazine intérieurs, a pour but de souligner l'excellence en design, son intégration en entreprise et de ce fait, la reconnaissance de sa valeur économique Est admissible tout produit ou projet de design réalisé et complété au Québec depuis décembre 1997 par un designer, un partenariat entre un designer et une entreprise ou une entreprise possédant un service intégré de design Les candidatures reçues seront évaluées par un jury composé de membres reconnus dans le monde du design et des affaires Un total de 55 000 S en prix est offert aux lauréats, dont un Grand Prix attribué au meilleur protêt, toutes catégories confondues.et des sommes de 5 000 $, décernées au lauréat de chacune des six catégories suivantes : -produits de consommation, industriel et commerciaux, incluant le transport: -produits spécialisés (produits médicaux et scientifiques, équipements professionnels, jeux, etc ): -ameublement (mobilier commercial, résidentiel, urbain: projets d'ameublement, produits d'eclairage et d'aménagement intérieur et extérieur); -design d'intérieur (commercial, corporatif, résidentiel.institutionnel, hôtellerie, etc ).-design graphique (image de marque, emballage, signalisation.exposition, etc T.•design et nouvelles technologies (multimédia.etc ) Les formulaires de mise en candidature sont disponibles du lundi au vendredi, entre 9 h et 17 h, à l'Institut de Design Montréal.390, rue Saint-Paul Est.(514) 866-2436, poste 28.On peut également se les procurer auprès des associations suivantes : -Association des designers industriels du Québec (514) 284-6531 : -Société des designers d'intérieur du Québec (514 284-6263 oui 888 247-2790, -Société des designers graphiques du Québec (418) 525-9800 ou 1 800 525-8325.OBJETS DESIGN.POUR VOUS! Heures d'ouverture de la Galerie de l'IDM .du samedi au mercredi, de 10 h à 18 h.jeudi 23 décembre 10.de 10 h à 21 h.vendredi 24 décembre.10 h à 17 h samedi 25 décembre, iermé B 1 4 LE DEVOIR.LES SAMEDI 18 ET DIMANCHE 19 DÉCEMBRE 1999 Je jetais un œil estomaqué la semaine dernière sur le délire de rétrospectives, bilans et remises de médailles qui s’amoncellent au portillon du millénaire.Comme vous tous inondée jusqu’à plus soif par les palmarès de tous poils, j’en suis venue à envier cet ami qui m’envoie des courriels de Chine et évoque benoîtement l’arrivée en avril de l’année du dragon.Heureux homme.Mais trêve de grommellement: sous nos hémisphères occidentaux, mieux vaut sans doute se résigner à l’inéluctable regard en arrière précédant le bond en avant, si ce n'est le saut dans le vide.Tirons donc parti de l’exercice, méditons sur ce que l’humanité féroce, souffrante et parfois créatrice nous a légué en guise d’héritage plus ou moins empoisonné.Mille ans, c’est long, sans se plaindre, comme dirait l’autre.Tellement long qu’il faut quelque témérité pour plonger clans ces abysses.Après tout, seuls les preux chevaliers affrontent l'hydre aux mille têtes, héroïques même s’ils échouent.Entrons dans le bal.De mon côté, je promets d'essayer.Millénaire, me voici! Dimanche dernier donc, avec la meilleure volonté du monde de m’instruire et la curiosité de découvrir ce qu’une équipe de reporters avait bien pu tirer des quatre chiffres en question, calée devant mon téléviseur à 20h30, j’ai mis le cap sur la Chronique d'une fin de millénaire.Le premier volet de cette série de trois heurçs était présenté aux Bcaia Dimanches de Radio-Canada.A suivre, les segments 2 et 3 au programme dominical des semaines subséquentes.Même heure, même poste.Bien assise donc, bien disposée même, j’ai regardé ces Odile Trent b lay Chroniques défiler avec un trouble croissant, à la fois impressionnée par la taille du projet, par le mégadésir d’embrasser large, et presque sonnée par le résultat II y a des ratages plus intéressants que certaines réussites, ne serait-ce qu’à cause des questionnements qu’ils soulèvent Comment peut-on mordre la poussière avec de tellçs conditions gagnantes?me suis-je demandé, sotto voce.A croire que celles-ci ne suffisent pas toujours pour emporter le morceau.Faudrait songer à prévenir Lucien Bouchard.Jean Barbe et Jocelyn Barnabé, les maîtres d’œuvre des Chroniques du millénaire, ont pourtant de toute évidence travaillé d’arrache-pied.Réunir sous la bannière d’une même émission triptyque Arrabal, Robert Lepage, Charles Taylor, Françoise Giroud, Jeremy Rifkin, Laurie Anderson, Edgar Morin, Jacques Attali, sans compter tous les autres (quarante en tout), relève en soi du tour de force.Comment l’équipe de la Vie d’artiste a-t-elle pu convaincre tous ces gros bonnets à l’agenda surchargé de participer à leur aventure?Mystère! On s’épate et on s’interroge, imaginant le nombre de coups de fil, de ronds de jambe, le lobbying éperdu que de telles captures médiatiques réclament.Ai-je dit que les entrevues furent effectuées, en Suisse, en France, en Allemagne, en Angleterre, aux Etats et ailleurs?Beau coup de filet.Rien à redire là-dessus.Au tableau télévisuel se greffent force comédiens campant d’illustres maîtres du passé: Vinci, Einstein, Hildegar-de von Blingen, Averroès et compagnie, venus livrer des fragments de réflexions à saveur philosophique.Loin du banal survol documentaire, l’émission, en une folle ambition visant sans doute l’inaccessible étoile de Brel, s’est faite creuset de méditations.Fusent une à une les voix des bonzes morts ou vivants nous bombardant de leurs réflexions «songées».Côté facture, surgissent des images nouvel âge dominées par le visage de Céline Bonnier en sorte de prêtresse de l’ère du verseau, glissant, évanescente, d’une époque à l’autre.Ajoutez une musique ésotérique, beaucoup d’effets spéciaux qui ondoient en une galaxie indéterminée.Soudain le malaise s’épaissit comme un brouillard sur notre esprit.«Donnez-moi de l’oxygène», crie-t-on dans le sillage de Diane Dufresne.Ironie du sort, cette quête de profondeur aboutit en jeu de surface.Trop de ténors et pas assez de solos.Si bien que les voix s’égarent et se neutralisent l’une l’autre.Nous voilà noyés, criant grâce.Tant de travail, de recherches, de temps, d’argent sans doute, tant de grosses prises pour aboutir au bout du compte à.des clips «nouvelâgistes» (très soignés, mais.) enfilés à la queue leu leu.Chacun, d’Arrabal à Taylor, de faire son tour de piste, énonçant quelques sentences sur La civilisation occidentale, sa représentation, ses enjeux philoso- phiques, artistiques, littéraires tissés à même la trame du temps.Trois petits tours et puis s’en vont.Au suivant! Réduire le nombre de grosses légumes, leur allouer un vrai temps d’antenne, aborder le morceau à travers un angle aigu aurait peut-être permis de condenser le millénaire en une surface accessible à l’esprit humain.Hélas! les concepteurs de l’émission ont voulu tout mettre: la science, les arts, la philosophie, collectionner les têtes pensantes en prenant bien garde de n’oublier personne, multiplier les bouches parlantes.Vaste exercice de «name dropping», florilège de noms, citations en mitraille.En arts plastiques, on nomme «ail over», cette technique qui consiste à peindre une toile sans lui donner une perspective.On soupire, ballottés jusqu’au mal de mer.Et si les avis d’une brochette de sages, perdus dans la masse, ne valaient pas le point de vue d’un seul, ou du petit nombre?Si ça plongeait bien mal en groupe compact?.C’est si vaste, un millénaire, si casse-gueule de vouloir capter son essence.Les dés étaient sans doute pipés, la partie perdue d’avance, les moulins à vent déjà dressés devant les don Quichotte.Que retient-on au juste de ce premier volet d’un millénaire en survol?Que de la quête d’amour divin à la curiosité scientifique, du temps des cathédrales à celui des images virtuelles, la civilisation occidentale a changé sans que les mentalités aient évolué en conséquence.Aussi cruels, bêtes, égoïstes qu’hier et sans doute que demain, les humains d’aujourd’hui.Quant au reste.Bien des belles phrases proférées par de grands esprits, coupées en clips, se sont évanouies dans les vapeurs trop lourdes d’iui parfum nouvel âge.otrem blayfiledevoir.corn MUSIQUE CLASSIQUE L’étonnant parcours de Cristache Zorzor Retraité, passionné de musique, autodidacte et compositeur à ses heures, il se dit maintenant musicien à plein temps.A 71 ans.Curieux itinéraire que celui de Cristache Zorzor! Économiste né en Roumanie, il émigre au Québec en 1974 et fait carrière chez SNC-Lavalin jusqu’à sa retraite, il y a cinq ans.Il fut même prêté deux ans à la Banque mondiale pour un projet touchant le réseau routier du Cameroun.Mais quel quinquennat depuis! Cristache Zorzor aime, à 71 ans, se dire musicien à plein temps.Les partitions d’une vingtaine de compositions de son cru en font foi, dont sa Petite Rhapsodie roumaine que l’orchestre de la CAMMAC (Musiciens amateurs du Canada), sous la direction de Sébastien Lauriault, a reprise dimanche dernier à l’église du Très-Saint-Nom-de-Jésus.Profil d’un aîné qui se voue entièrement à la musique, cette passion ne l’ayant jamais quitté depuis les quelques leçons de violon prises dans sa jeunesse et du rêve (inassouvi) d’égaler la virtuosité des musiciens gitans.CLÉMENT TRUDEL LE DEVOIR Parmi les partitions que me montre Cristache Zorzor, l’une porte ce commentaire du chef Joseph Resci-gno (Orchestre métropolitain) qui se trouvait au camp d’été de la CAMMAC, l’été dernier, pour une session destinée aux amateurs intéressés à la direction d’orchestre: «pièce charmante, bien écrite et facile à exécuter».Plutôt flatteur pour un autodidacte qui avait soumis à l’attention du maestro l’une de ses compositions.L’inspiration sourd soit de berceuses qu’il dédie à sa petite-fille Emmanuelle, soit d’élégies, de menuets, de Nocturnes, dont l’un est dédié à sa femme Lya, ainsi que de chansons sans paroles (à la Mendelssohn) et d'arrangements d’airs de Noël (Cantece de Craciun, disent les Roumains), etc.Sa pièce À la campagne frit jouée par ce même orchestre de la CAMMAC, fin 1996, sous la direction de Monique Martin.Figurer au même programme que Mozart, Brahms, Hàndel et Tchaikovski, quelle soudaine promotion! De plus, le compositeur se glisse parmi les instrumentistes chargés de rendre justice à sa muse et ne dédaigne pas les applaudissements qui suivent l’interprétation d’une de ses créations.Mais pour bien mettre à profit sa vocation tardive — il s’est inscrit à 70 ans comme auditeur libre à des coins d’harmonie, de contrepoint et d’orchestration à l’Université de Montréal —, le violoniste Cristache Zorzor a formé un trio qui porte son nom et pour lequel il transpose un répertoire qui n’est que très rarement pensé pour piano et deux violons.Les deux autres membres du Trio Zorzor sont de cinquante ans ses cadets: le pianiste Yannick Provencher, étudiant à l’Université de Montréal, et le violoniste François Vallières, du Conservatoire de musique.Le circuit Ce trio fait le circuit des maisons pour personnes âgées et compte à ce jour près d’une cinquantaine de concerts à son actif.Pour l’occasion, la narratrice est nulle autre que Lya Zorzor, dont le père musicien dut, en raison d’une blessure de guerre, se résigner à faire une carrière de droit Là encore, les lettres de remerciements des direction de maisons pour soins gériatriques ou pour personnes âgées autonomes s’accumulent dans un spicilège que le couple Zorzor tient minutieusement: «on nous dit parfois de ne pas attendre d’applaudissements, mais d’examiner le visage de ces personnes qui revivent leur époque» avec émotion (car le plus souvent, le récital est établi sur demande des pensionnaires).On n’hésite pas à leur faire revivre les beaux airs de Léo Delibes, de Tchaikovki, de Brahms, Grieg et Schubert, mais aussi, régulièrement, se glisse quelque «nouveauté» signée Zorzor: une danse roumaine, un Caprice venu bousculer la boulimie du compositeur-interprète dont l’ordre du jour pourrait incommoder ceux qui pensent à la retraite comme à un dolce farniente.Destin peu commun, on en convient Cristache Zorzor tient à préciser qu’il étonne le plus souvent les curieux en leur avouant qu’il a une retraite heureuse, à son goût: «C’est ce que j’ai toujours rêvé de faire, de la musique.» Un secret derrière cette option?Il avance placidement une hypothèse qui trahit le désert de stress dans cet univers zorzorien: «Je ne pense pas à l’argent».L’économiste a carrément tourné la page professionnelle (il contrôlait les coûts pour les travaux d’ingénierie de SNC-Lavalin) et paie le plus souvent de sa poche les frais reliés à ses déplacements comme instrumentiste (à l'orchestre CAMMAC et avec le trio).A d’autres les études de rentabilité et de rendement pécuniaire.Il dit ne pas lésiner sur les abonnements aux concerts.Le couple est ravi de recevoir souvent à sa table d’autres musiciens autodi-cactes qui ne se contentent pas d’écouter les autres déchiffrer des partitions et s’attaquer à de belles mélodies.«Du bénévolat», résume-t-il.Dans sa production hétéroclite, il y a bien quelques réminiscences du pays natal, Zorzor ne s’en cache pas.Son admiration est sans borne pour Georges Enesco — dont il se sent lointain émule par sa propre Rhapsodie roumaine — et il rappelle qu’Enes-co sut puiser abondamment dans le folklore de son pays et dans certaines mélodies endiablées des gitans.Pourtant, la famille Zorzor, vivant à la campagne, n’avait pas comme telle une tradition musicale — et le père aurait sans doute mal vu que son fils se dirigeât vers les arts ou suivît la trace de ces romanichels aux performances «bonnes pour les restaurants ou les foires».Mais il y avait ce régime autoritaire (qui s’effondra à Noël 1989) pour lequel la culture même officielle et contrôlée — du pain et des divertissements, glisse Zorzor — pouvait tout de même favoriser la fréquentation de trésors artistiques qui, eux, ne connaissent pas les frontières.Quelle joie pour un compositeur que d’être joué autrement que dans sa tète! Et, pour un retraité, de ne pas avoir à subir le sort que lui dessine l’autre.D’autres musiciens avec lesquels Zorzor apprend à serrer les coudes — ils étaient plus de 60 «amateurs» dans l’orchestre dimanche dernier — rendent les airs qu’il a concoctés à Longview (Texas) chez son fils, ou encore, dans des moments de calme, dans son modeste condo.«On vit dans la musique», lance Lya Zorzor qui se soucie de peaufiner la présentation des compositions de son mari (dont quelques-unes se savourent c»mme l’on goûte, jeune, une comptine) ou des arrangements pour trio (2 violons, 1 piano) qu’il réalise à partir de compositions déjà répandues comme le Tamborin chinois (Kreisler) ou Moment musical (Schubert).Je n’hésiterais pas à lancer l’hypothèse que Cristache Zorzor n’est que l’un des nombreux rejetons de l’esprit développé depuis un demi-siècle par la CAMMAC: à chacun de se livrer à une activité musicale dans une «atmosphère détendue, inspirante et non compétitive», la primauté étant donnée à l'amour de la musique, non pas MALGRE, mais AVEC la gaucherie que cet amour peut parfois contenir.Pour bien mettre à profit sa vocation tardive, le violoniste Cristache Zorzor a formé un trio qui porte son nom JACQUES NADEAU LE DEVOIR (ZI> TOMBÉE PUBLICITAIRE: 14 JANVIER 2000
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