Le devoir, 12 avril 2003, Cahier B
Sous les bombes: le sort des blessés en Irak ne tient qu’à un fil Page B 8 LE DEVOIR * PERSPECTIVES Le Québec aux urnes Changement de décor Le débat des chefs aura été un tournant dans la campagne Michel David Le résultat des élections de 1998 avait tout simplement cristallisé la situation issue à la fois des élections de 1994 et du référendum de 1995.Les Québécois avaient alors choisi de maintenir le PQ au pouvoir tout en s’assurant qu’il ne puisse en faire plus qu’offrir un «bon gouvernement» provincial.Si Jacques Parizeau était resté en poste après le référendum, il y a fort à parier que les libéraux l’auraient emporté, mais les Québécois avaient trop aimé Lucien Bouchard pour ne pas vouloir voter pour lui au moins une fois, malgré les très dures compressions budgétaires qu’il leur a imposées pour atteindre le déficit zéro.La victoire de 1998 était une sorte de prix de consolation, comme celui qu’ils avaient offert à René Lévesque en 1981.De toute manière, Jean Charest ne faisait pas le poids devant Bouchard.Pas plus que Claude Ryan face à René Lévesque.Une victoire péquiste, lundi soir, ne ferait que perpétuer le cukle-sac des dernières années.Jusqu'au débat télévisé du 31 mars, la population semblait résignée à s’en accommoder dans la mesure où la méfiance à l’endroit de Jean Charest l’emportait sur son désir de changement et où l’ADQ démontrait un peu plus chaque jour son inaptitude à gouverner.Les Québécois ne sont pas disposés à bazarder l’héritage de la Révolution tranquille.Ils souhaitent simplement un changement de décor.Si M.Charest devient premier ministre, comme le laissent prévoir les derniers sondages, il faudra ajouter ce débat à la courte liste de ceux qui ont bouleversé le cours d’une campagne électorale.11 est vrai que les sondages se sont souvent trompés au cours des dernières années, mais ce serait bien la première fois qu’ils sous-estiment le vote péquiste.Il reste à voir l’effet qu’ils auront sur l’électorat L’effet bandwagon, qui en pousse plusieurs à se ranger dans le camp du vainqueur présumé, est bien connu, mais la perspective d’un gouvernement libéral mènera peut-être certains souverainistes à surmonter leur scepticisme à l’endroit de l’union confédérale de Bernard Landry.D’autres, au contraire, pourraient décider qu’ils n’ont plus rien à perdre à laisser libre cours à leurs sympathies de gauche et voter UFR Dans Mercier, par exemple.Un excès de confiance de la part des électeurs libéraux paraît moins probable dans la mesure où l’organisation du PLQ a toujours réussi à «faire sortir le vote», même quand la victoire semblait plus assurée qu’elle l’est à lheure actuelle.La preuve par l’absurde Après avoir vu la mort de près à la suite des élections partielles du 17 juin 2002, les militants péquistes ont été littéralement transportés au cours des derniers mois par la perspective d’un véritable miracle.Une défaite serait d'autant plus amère, mais plusieurs avaient déjà commencé à se faire à l’idée qu’un retour dans l’opposition pouvait aussi comporter des avantages.Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir indique que 65 % des partisans péquistes ne croient pas à la tenue d’un référendum sur la souveraineté au cours d’un éventuel prochain mandat, et la possibilité que le PQ en obtienne un quatrième de suite est pour le moins incertaine.M.Landry aurait beau présenter le plus beau «plan de transition vers la souveraineté», plusieurs estiment que Jean Charest, comme Robert Bourassa avant lui, demeure le plus apte à refaire la preuve par l’absurde qu’il est impossible de renouveler le fédéralisme canadien dans le sens des aspirations du Québec.Le professeur que M.Landry s’est toujours flatté d’être ne nierait sûremetjt pas les vertus pédagogiques de la répétition.A ceux qui lui reprochaient de répéter continuellement à quel point son bilan était bon, il expliquait que la population finirait bien par le croire.Il aura d’ailleurs eu raison, même si ça ne suffisait pas à le faire réélire.Déjà, le modeste bureau sur le déséquilibre fiscal, dont M.Charest a proposé la création, suscite des réserves dans les autres provinces.Qu'est-ce que ce sera quand il s’agira de mettre sur pied un conseil de la fédération, comme le recommande le rapport Pelletier?Le chef du PLQ croit sincèrement que sa connaissance intime du Canada anglais et les relations étroites qu’il a pu établir avec ses dirigeants lui confèrent un avantage que ses prédécesseurs n’avaient pas.L’arrivée de Paul Martin contribuera sans doute à améliorer le ton des discussions, mais elle ne résoudra pas le problème de fond, auquel M.Charest devra faire face tôt ou tard, peu importe les arrangements de nature administrative qu’il pourrait conclure: le reste du pays n'accep-tera jamais de reconnaître au Québec un statut de nation associée, sans lequel la souveraineté demeurera une tentation permanente.A Les leçons du passé S’il peut éviter de s’enliser dans les défusions, M.Charest jouira néanmoins d’un certain répit.Après les élections de 1985, les chicanes au PQ, qui ont culminé dans le putsch contre Pierre Marc Johnson, ont valu deux années de relative tranquillité aux libéraux de Robert Bourassa.Il semble douteux que la paix signée au conseil national de Gatineau, en septembre dernier, puisse être maintenue.Les péquistes se sont serré les coudes à l’approche des élections, mais plusieurs estiment urgent de stopper la dérive vers l’union confédérale, dont parle continuellement M.Landry, sans jamais en préciser les contours.Immanquablement, un retour dans l’opposition ranimerait le vieux débat entre radicaux et modérés, lointains héritiers du RIN et du MSA, qui rythme la vie du PQ depuis sa fondation.Aucun des aspirants officieux à la succession de M.Landry, que ce soit Pauline Marois, François Legault ou André Boisclair, ne fait partie de l’école des «impatients», mais ils devront composer avec eux.Il ne faudrait surtout pas croire que la récente mésaventure de Jacques Parizeau, dont l’irruption dans la campagne a peut-être été le point tournant, va le rendre plus discret Aux yeux de plusieurs, il demeure le chef spirituel du PQ.C’est la résurgence du débat linguistique, centré à l’époque sur la question de l'affichage, qui a permis au PQ de reprendre l’offensive après la défaite de 1985.Depuis plus de 30 ans, le phénomène est cyclique: quand le PQ se retrouve dans l’opposition, une application politique du principe des vases communicants fait en sorte que la langue sert d’exutoire au trop plein d’énergie qui ne peut être consacré à la promotion de la souveraineté.La question linguistique a été totalement absente de la campagne qui s’achève, mais les défusions offriraient au PQ une occasion en or de la remettre à l’ordre du jour.Au suivant.Partir sur une défaite n’est jamais très réjouis-sant, mais il y a tout de même des degrés dans la tristesse.La semaine dernière, M.Charest confiait n’avoir aucune difficulté à entrevoir un avenir heureux, en dehors de la politique, mais il n’a jamais prévu la quitter à 44 ans, sans avoir jamais rien gagné.En 1998, plusieurs étaient d’avis qu’il devait partir, mais personne n’était en mesure de lui forcer la main.Et pour le remplacer par qui?Si, contre toute attente, le PQ l’emportait lundi, M.Charest ne traînera pas longtemps dans le paysage.Une défaite dans son comté lui faciliterait même les choses, comme ce fut le cas de Robert Bourassa en 1976.M.Landry a déjà une carrière exceptionnelle derrière lui.A défaut de faire la souveraineté, il a réalisé son ambition de devenir premier ministre.Il pourra partir avec la satisfaction d’avoir sauvé son parti d’un naufrage qui risquait de Bernard Landry JACQUES N AD F.AU LE DEVOIR Jean Charest JACQUES NADEAU LE DEVOIR l’emporter corps et biens, sachant surtout que le mouvement souverainiste demeure bien vivant.Contrairement à M.Charest, on le laissera choisir son heure.Un choix lourd de conséquences: un départ plus hâtif donnerait à Pauline Marois, qui a déjà une longueur d’avance, une sérieuse option sur sa succession.Plus M.Landry s'attarderait, plus les chances de François Legault augmenteraient Quand il a lui-même succédé à Lucien Bouchard, il a clairement laissé entendre qu'il favoriserait Mme Marois quand viendrait son tour de partir.En lui confiant la direction de l’organisation, il lui a permis d’accroître son emprise sur le parti.Dans les semaines qui ont précédé le déclenchement des élections, elle a multiplié les rencontres avec les dirigeants locaux et régionaux.Même des partisans de François legault ont reconnu avoir été impressionnés par le dynamisme de Mme Marois.Si le PQ est battu, la course au leadership commencera dès mardi matin, et elle sera sans merci.On a fait une trêve pour la durée de la campagne, mais il n’y a aucune amitié entre la vice-première ministre et son collègue de l’Education.la campagne n’était pas encore commencée que les partisans de Mme Marois reprochaient déjà à M.Legault de ne pas assumer pleinement les responsabilités qui lui incombaient à titre de responsable du financement L’avenir de Mario Mario Dumont n’oubliera jamais le calvaire qu'il a vécu au cours des dernières semaines.Après les espoirs qu’avaient fait naître les élections partielles du 17 juin, la déception sera immense, mais il aura beaucoup appris.Selon les résultats de lundi, il aura tout le loisir de décider s’il a envie de continuer ou s’il ne serait pas mieux de s'absenter quelque temps.De toute manière, son poste ne sera pas très convoité.Il se peut toujours qu’un extraordinaire concours de circonstances lui confère la balance du pouvoir, mais c'est à se demander si ce serait un bon service à lui rendre.Au delà de son programme et des ratés de son organisation, la campagne a révélé des lacunes intellectuelles que le chef de l’ADQ aurait intérêt à combler.Trop occupé à faire de la politique, presque depuis l’adolescence, il n’a peut-être pas suffisamment pris le temps de réfléchir, préférant emprunter des idées toutes faites à ceux qui font métier de penser.Se ressourcer n’a d’ailleurs rien de déshonorant C’est ce qu’ont fait tour à tour Robert Bourassa et Bernard Landry, ce qui leur a permis de connaître une deuxième carrière encore plus brillante que la première.Les Québécois n’ont pas rejeté celui qu'ils continuent affectueusement d’appeler Mario, Ils ont simplement jugé qu’il n’était pas prêt A 32 ans, il a tout le temps d’attendre et de préparer des jours meilleurs.mdavidfa ledevoir.com « LE DEVOIR, LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2003 B 2 PERSPECTIVES La campagne du PLQ Le chef devenu star Le débat a complètement changé la perception qu’ont les militants libéraux de Jean Charest ROBERT DUTRISAC LE DEVOIR Tout juste avant le déclenchement des élections, Jean-Luc Benoît, l’attaché de presse de Mario Dumont, faisait cette prédiction: Jean Charest en arrachera durant la campagne électorale parce qu’il est nettement moins populaire que son parti et qu’il représente un boulet dans les circonscriptions francophones pour les candidats libéraux, qui préféreront se montrer avec lui le moins souvent possible.Or, s’il y a une chose qui a changé avec le débat des chefs, c’est bien la perception que les militants libéraux ont de Jean Charest.Il est devenu une star au sein de son propre parti, ce que cinq ans de travail inlassable depuis 1998, pour reprendre un thème que le chef libéral martèle depuis le 11 mars, ne lui avait pas permis de faire.«Le magnifique Jean Charest», a lancé cette semaine la candidate libérale Carole Majeau dans Berthier devant une centaine de partisans enthousiastes lors du passage du chef libéral dans ses locaux électoraux.«Jean Charest le Magnifique», qui eût cru il y a quelques semaines à peine qu’on puisse un jour accoler cet épithète à ce mal-aimé de la politique québécoise.A la permanence libérale de Montréal, les demandes pour obtenir des affiches de Jean Charest affluent de tous les coins du Québec, un signe indéniable qu’il est devenu un atout pour son parti.«Le lendemain du débat, il est devenu la locomotive du parti», souligne son chef de cabinet, Ronald Poupart.S’il est vrai que la guerre en Irak a presque totalement éclipsé la campagne électorale, il s’ést tout de même produit une accalmie sur le front irakien dans les jours entourant le débat alors que les troupes anglo-américaines progressaient à pas de tortue.Deux millions de Québécois ont regardé le débat — Star Académie et la dernière de Un gars, une fille ont servi de locomotives, entraînant avec elles leurs cotes d’écoute.C’est alors que les électeurs ont pris la mesure, en accéléré, des enjeux de la campagne.Les défusions D’entrée de jeu, en se déclarant en faveur des nouvelles villes, Jean Charest a réussi à désamorcer en partie la bombe que représente la position libérale sur les défusions.Non sans habileté d’ailleurs puisque cette position n’a pas changé d’un iota.Le chef libéral a dû admettre cette semaine, dans une entrevue accordée à Paul Arcand, que, oui, Hampstead pourrait redevenir une enclave au cœur de Montréal et que Saint-Bruno pourrait se détacher de Longueuil.Mais il fut aidé aussi par Bernard Landry, qui a omis de soulever la question des défusions durant le débat.Il était «une heure plus tard dans les Maritimes» quand le chef péquiste a tenté, deux jours après, de raviver cette controverse.Plus important encore, c’est un véritable coup de Jarnac que Jean Charest a donné à Bernard Landry en utilisant — non sans malice mais n’est-ce pas de bonne guerre?— les propos de Jacques Parizeau sur l’argent et le vote ethnique.Un quitte ou double risqué puisqu’il ne se fiait qu’à une dépêche imprécise de Cyberpresse qui ne citait pas l'ancien -, .¦ -A1 ; '% , ' ¦ Les demandes d’affiches de Jean Charest affluent.chef péquiste dans le texte.Mais il a remporté son pari en déstabilisant son adversaire péquiste.Dès le lendemain de cette joute oratoire où il s’est montré nettement le plus efficace des trois chefs, Jean Charest fut accueilli en héros par ses troupes.Pas une assemblée qui ne commençait par la mention spontanée de son «extraordinaire performance» au débat.Devant ses militants, la seule évocation de Jacques Parizeau par le chef libéral soulevait rires, huées et applaudissements.Tel un bonhomme sept heures devenu risible parce qu’il ne fait plus peur, l’ancien premier ministre était devenu un objet de raillerie dont Jean Charest faisait ses choux gras.Au grand rassemblement à l’ancienne gare Windsor de Montréal le lendemain du débat, Jean Charest n’en revenait pas de l’accueil qui Rien n’a réussi à entamer l’irrésistible remontée du PLQ lui était réservé, a-t-il confié à ceux qui l’entouraient sur la scène.On attendait 2000 personnes, il en est venu 3000, autant de militants entassés et gonflés à bloc.ATrois-Rivières cette semaine, la salle qui pouvait accueillir 300 personnes n’a pas suffi et les organisateurs ont dû installer un écran dans une salle attenante pour qu’on puisse suivre le discours du chef.Ni les attaques tardives de Bernard Landry sur les défusions, ni l’imperfection de son cadre financier, qu’il a lui-même reconnue et qu’un économiste du Conference Board a fait ressortir, ni la popularité de la semaine de quatre jours que le chef libéral a tenté de récupérer n’ont entamé la lente et irrésistible remontée du PLQ.Cette remontée s’explique d’ailleurs en grande partie par la déconfiture de l’ADQ, qui a perdu six points depuis le début de la campagne tandis que le PLQ progressait d’autant, fait valoir le sondeur Jean-Marc Léger.Si le Parti québécois avait fait le plein des électeurs qui désertaient l’ADQ dans les mois qui ont précédé la campagne, c’est le PLQ qui en a profité par la suite.Jeudi, à 17h40, dans les bureaux de la permanence du PLQ à Montréal, c’est «un tonnerre d’applaudissements» qui a accueilli les résultats du dernier sondage diffusé par TVA, confie-t-on.Pour la première fois, les libéraux entrevoient une nette victoire plutôt qu’un résultat serré le 14 avril.Pour la première fois de la campagne, aussi, le chef libéral est choisi, dans le dernier sondage Crop d’hier, comme celui à qui la population fait le plus confiance pour diriger le Québec.C’est tout un revirement.Depuis le débat, nombre d’électeurs trouvent désormais que Jean Charest ne ferait pas un si mauvais premier ministre du Québec après tout En cas de victoire.Le comité de transition prépare Vaprès-élection JACQUES NADEAU LE DEVOIR ROBERT DUTRISAC LE DEVOIR Tandis que Jean Charest se lance dans un blitz qui lui fera visiter 16 comtés pendant les deux derniers jours de la campagne, le comité de transition du Parti libéral à Montréal s'affaire à préparer l’accession au pouvoir des libéraux.Cela fait longtemps que le PLQ se prépare au pouvoir.Présidé par Raymond Garneau, l’ancien ministre des Finances du gouvernement Bourassa dans les années 70, ce comité a été formé il y a un an.Quand Jean Charest dit que lui et son parti sont prêts, il faut le croire.En fait, c’est à une défaite qu’ils ne sont pas préparés.Outre Raymond Garneau, on retrouve dans ce comité de transition Ronald Poupart, chef de cabinet de Jean Charest, Mario Lavoie, di- Jean Charest en campagne.JACQUES NADEAU LE DEVOIR recteur de la recherche de l’aile parlementaire du parti, et Luc Bastien, président de la firme d'affaires publiques Contrefort.M.Bastien est un proche de Raymond Garneau, dont il a été le conseiller politique dans les années 70.Ce week-end, le comité de transition planche sur le discours que prononcera Jean Charest à Sherbrooke si son parti remporte la victoire lundi.Comme c’est l’usage, ce discours se voudra rassembleur.Déjà, à la fin de la campagne électorale, le chef libéral proposait «un gouvernement rassembleur» et invitait même les souverainistes à voter libéral s’ils souhaitaient un changement de gouvernement.Si les libéraux sont appelés à former le gouvernement, la passation des pouvoirs se fera dans les huit à dix jours suivant la soirée électorale dans le meilleur des cas et dans 16 à 17 jours au plus tard, signale Ronald Poupart.D'ici là, le comité de transition, toujours dans l'hypothèse où les libéraux remporteraient la victoire, a du pain sur la planche.Il doit établir une liste du personnel politique qui sera embauché.Le comité travaille déjà sur la structure d’un nouveau gouvernement libéral.Jean Charest a promis de réduirç le nombre de ministres et de secrétaires d'Etat, qui étaient au nombre de 36 dans le dernier gouvernement Landry.L'hypothèse étudiée veut qu’on réduise le nombre de ministres à une petite vingtaine.Le comité fournira des recommandations sur la pertinence de conserver les pqstes de ministre délégué et de secrétaire d'État.Le chef libéral veut aussi diminuer le nombre de ministères et recentrer les missions de l’Etat autour de quatre axes principaux: la santé, l’éducation, la prospérité et la sécurité.Tout de suite après la passation des pouvoirs, Jean Charest dévoilera la composition de son cabinet et prononcera son message inaugural, qui donnera le coup d’envoi à la session parlementaire.Un gouvernement libéral jettera à la poubelle le dernier budget Ma-rois, déposé le 11 mars mais qui n'a pas été adopté, afin de présenter immédiatement un nouveau budget dans lequel certaines mesures promises par les libéraux, parmi les moins coûteuses, trouveront place.Les nouvelles dépenses en santé annoncées par Mme Le comité travaille déjà sur la structure d’un nouveau gouvernement libéral Marois et par le président du Conseil du trésor, Joseph Facal, seront reconduites sans modifications significatives.Ce nouveau budget devra se conformer aux paramètres financiers établis dans le budget Marois; ce n’est qu’en mars 2004 que les libéraux pourront présenter un budget qui portera leur marque.D’entrée de jeu, Jean Charest nommera la personne qui sera chargée de procéder à la révision du fonctionnement de l’Etat, à l’exemple de Jean Chrétien, qui avait confié à Marcel Massé, un haut fonctionnaire devenu ministre, la responsabilité de réformer la fonction publique fédérale au début des années 90.Le plan de révision du fonctionnement et des structures étatiques sera prêt au cours de la première année du mandat d’un nouveau gouvernement Charest.Rappelons que dès 2004, le budget global de tous les ministères, hormis les ministères de la Santé et de l’Education, sera gelé à son niveau actuel de 16 milliards de dollars.Dans les semaines qui suivront la prise de pouvoir, Jean Charest a promis de créer un bureau de négociations sur le déséquilibre fiscal.Il sera basé à Québec, a précisé le chef libéral pendant la campagne.Ce bureau tentera de rallier toutes les autres provinces en vue d’une offensive concertée visant à convaincre le gouvernement fédéral de revoir tous les arrangements financiers avec les provinces.L'idée de ce bureau a déjà été reçue froidement par le gouvernement de l’Ontario.«Je pense que la dernière chose que les premiers ministres veulent, c’est créer un autre niveau de bureaucratie» pour négocier avec Ottawa alors que les conférences fédérales-pro-vinciales des premiers ministres existent déjà, a livré au Toronto Star cette semaine Paul Deniers, conseiller du premier ministre Ernie Eves en matière d'affaires intergouvemementales.Une telle position augure mal pour le conseil de la fédération que Jean Charest veut instaurer.À quand la loi-cadre sur les défusions?Question sensible à laquelle Jean Charest, s’il devient premier ministre, devra répondre dans son message inaugural.Parions que cette loi-cadre attendra.En effet, pourquoi gâcher la fête?4 4 I I mÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊÊm LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE A V R I L 2 0 0 A S P E C TIV E S V \ \ v I'- ' JACQUES NADEAU I.K DEVOIR La première moitié de la campagne a consisté à révéler les idées du Parti québécois.La seconde a pris la forme d’une attaque en règle contre les engagements du Parti libéral.La campagne du PQ Bernard Landry est inquiet Le nouveau mantra du Parti québécois : faire sortir le vote TOMMY LE CHOUINARD DEVOIR Le Parti québécois a lancé hier l’opération «Fierté».Le principe est simple: lancer un défi aux militants pour gagner des points.Un message audiophonique, enregistré hier matin par le premier ministre Bernard Landry — au moment même où ont été publiés des sondages qui lui sont défavorables — et envoyé aux 125 comités électoraux du Parti québécois, invite chaque militant à convaincre au moins trois indécis de se convertir au PQ ou alors, à tout le moins, de se rendre aux urnes lundi.Aucun prix n'est attribué au militant le plus assidu, sauf, bien entendu, une victoire de son parti.Si, et seulement si cet appel au vote porte fruits.Faire sortir le vote, voilà le nouveau mantra du Parti québécois, l’élément déterminant identifié par le parti pour remporter le scrutin du 14 avril.Jamais ce cliché de la politique n’aura d’ailleurs été aussi vrai pour les stratèges du Parti québécois.Dans l’entourage du premier ministre Bernard Landry, c’est même devenu le mot d’ordre.Et depuis une semaine, le chef pé-quiste lance d’ailleurs lui-même des appels de plus en plus pressants aux militants afin qu’ils influencent le choix de leur entourage et les incitent à se rendre aux urnes.Même si Bernard Landry ne les commente pas, il constate depuis quelques jours des sondages qui placent le Parti québécois en deuxième place, entre 5 et 8 % derrière le Parti libéral avant la répartition des indécis.Ces résultats pourraient justement aider le Parti québécois à faire sortir le vote, dit-on dans son entourage, puisque des électeurs péquistes qui ne seraient pas allés voter devant des résultats plus favorables au PQ seront sûrement plus prompts à faire leur devoir de citoyen alors que leur parti se retrouve deuxième.Bernard Landry, fort de ses sondages in- Bernard Landry veut montrer une assurance débordante ternes qui montrent plutôt une lutte très serrée qui pourrait mener au scénario de 1998, veut montrer une assurance débordante et conserve donc une sérénité qui détonne avec son caractère généralement bouillant.Avant le déclenchement des élections, il répétait sans cesse aux militants péquistes qu’ils ne devaient pas pécher par excès de confiance.Il leur a même demandé de laisser de côté le slogan «On va gagner» pour adopter le plus humble «Il faut gagner».Aujourd’hui, c’est le chef péquiste lui-même qui aborde le scrutin de lundi avec une assurance qui traduit mal la réalité.Cri du cœur Des signes laissent toutefois deviner une certaine inquiétude chez le premier ministre.D’abord, alors qu’il prétend mener une «campagne la plus positive possible», Bernard Landry traite depuis peu des engagements du Parti libéral, notamment la loi-cadre sur les défusions, avec un vocabulaire qui se rapporte davantage à la réalité de la guerre en Irak: catastrophe, horizon atroce, désastre.Ensuite, il implore les militants de se rendre aux urnes et d'influencer le vote de leur entourage avec une insistance qui ressemble plus à un immense cri du cœur qu’à un appel au vote généralement lancé par un chef de parti en fin de campagne.Enfin, le premier ministre invite ses «compatriotes» à «bien réfléchir» avant de voter, à penser à ce que le Parti québécois a réalisé et aux «absurdités» proposées par le Parti libéral.Entre affirmer cela et intimider les électeurs, il n’y a qu'un pas que Bernard Landry n'a pas osé franchir.«Quand on a un bon gouvernement, on le garde», préfère répéter le chef péquiste à qui veut bien l’entendre.Si le Parti québécois est élu.Bernard Un-dry promet une «continuité dynamique».Malgré neuf années au pouvoir, il y a toujours des idées au PQ, tente-t-il de démontrer.Le chef péquiste prend pour exemple le thème de la conciliation famille-travail, qu’il a d’ailleurs su imposer durant la campagne électorale.Or, ombre au tableau, il a dû surtout se défendre de ne pas avoir versé dans l’improvisation en proposant la semaine de quatre jours pour les parents ayant des enfants de moins de 12 ans.Un mandat d’un gouvernement péquiste se déroulerait en trois temps: consolidation des services publics (en particulier la santé), atteinte d’une fiscalité compétitive (des baisses d’impôts seraient envisagées à compter de la deuxième année, si possible), effort accru pour le remboursement de la dette.Si le PQ perd lundi, Bernard Landry pourrait bien ne pas se satisfaire du rôle de chef de l’opposition, surtout qu’il vient d’avoir 66 ans.La vice-première ministre Pauline Ma-rois occupe un rôle de premier plan, non seulement au sein du gouvernement mais aussi au sein du Parti québécois.C’est la prétendante numéro un au trône.Bernard Landry a toutefois suivi à la lettre sa stratégie de campagne pour n’avoir jamais à remettre en question son avenir politique.La première moitié de la campagne a consisté à révéler les idées du Parti québécois, particulièrement la conciliation famille-travail.La seconde a pris la forme d'une attaque en règle contre les engagements du Parti libéral, affirmant même quelles disqualifient Jean Charest du pouvoir.C’est en mi-campagne que le vent a semblé tourner.Le débat des chefs n'a pas été une réussite pour Bernard Landry, et l’après-débat ne l’a pas été davantage.Les déclarations de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau sont venues rappeler les mauvais souvenirs du référendum de 1995.Et la souveraineté?Bernard landry aborde peu le sujet, se limitant à conclure ses discours sur ce thème pour soulever les militants.Le premier ministre cultive toujours l'ambivalence sur la tenue d’un référendum au cours d’un éventuel troisième mandat.Pourtant, l’ambivalence, c’est tout ce que le Parti québécois ne veut pas qu’un électeur exprime lundi.1 / à Le premier ministre n’a cessé de mettre en garde les militants contre un excès de confiance.JACQUES NADEAU LE DEVOIR Jean Dion ?Dans votre secteur Votre secteur.Peut-être ne le savez-vous pas encore, heureuses gens, parce que personne ne vous a encore téléphoné pour vous dire que votre nom avait été spécialement retenu ivu mi des milliards d’autres, mais vous n'habitez pis sur une rue, dans un quartier, dans un arrondissement ou dans ime ville.Vous résidez d;uis un secteur'.— «Bonsoir, faimerais parlera M.Pion.— Pour vous servir, mais je vous préviens, le pourboire n ’est pas compris.—Je m'appelle Jim Tartempüm, de lu compagnie de téléphonie Super Communications bixtra Hus 2000 O-Rama Cool B nIouRucES Pf .LETTRES Le PQ est clairement pour Tindépendance: le RIQ l’appuie Le samedi 15 mars 2003, le PQ a précisé le type de souveraineté dont il entend doter le Québec.À la page 100 de sa plate-forme électorale, il a annoncé qu’il entreprendra «des démarches en vue d'une participation du Québec à une éventuelle union de type confédéral avec le Canada et aux grandes organisations internationales».Le conseil d'administration du RIQ a réagi en invitant les indépendantistes à interpeller les candidats de toutes les formations politiques dans les circonscriptions pour que ceux-ci disent publiquement s’ils prônent l’indépendance du Québec et a ne voter que pour ceux qui répondent OUI.Le 7 avril, le président du Parti québécois a affirmé, (levant 400 gens d'affaires de la Chambre de commerce de Québec, que s’il a la «moindre chance de gagner un référendum sur notre indépendance nationale d’ici 2005, le Québec sera assis au concert des nations» (Le Soleil).Peu après, il a repris cette idée devant quelques centaines d’étudiants de l’Université Laval, ajoutant «Moi, je voudrais que le Québec soit une république» et que «c’est une des premières choses que nous ferons à la souveraineté» (Le Soleil).Voilà des propos clairs qui diffèrent du projet d’union confédérale.En conséquence, le Rassemblement pour Tindépendance du Québec (RIQ) invite tous les indépendantistes à voter pour les candidats du Parti québécois puisque le président de ce parti s’est engagé publi-uement à promouvoir l’indépendance u Québec et à mettre sur pied un régime républicain.Les membres du conseil d'administration du Rassemblement pour l’indépendance du Québec (RIQ) U 11 avril 2003 La guerre en Irak Quatre-vingt pourcent des Québécois sont contre la guerre en Irak.Grâce au ciel pour le Québec! Je ne comprends pas bien la langue de chez vous, mais votre choix a résonné pour tous.Vous demandez-vous si le Québec fait partie du Canada?Vous représentez sa voie humaine.Vous êtes le cœur de notre pays.D y a longtemps, vos aïeux ont perdu une bataille: aujourd’hui, vos principes prévalent La plus grande victoire vous revient Un Canada anglpphone deviendrait en effet un État des États-Unis.Les États-Unis, sous un gouvernement dominateur et barbare, ne peuvent pas avaler le Canada avec le Québec.Je ne sais pas si vous avez besoin du Canada, mais n’en doutez pas, le Canada a besoin de vous.Québec est le rempart pour un Canada indépendant paisible et fort Ne nous laissez pas.Geoffrey Pounder Rocky Mountain House, Alberta Le 31 mars 2003 LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l'information JULES RICHER Directeurs adjoints de l'information PIERRE BEAULIEU, JEAN-FRANÇOIS NADEAU.LOUIS LAPIERRE Directeur artistique CHRISTIAN TIFFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE ? LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2 0 0 3 1 ' I IDEES ARCHIVES LE DEVOIR L’élection de 1944, qui opposait principalement le Parti libéral d’Adélard Godbout à l’Union nationale de Maurice Duplessis (au centre de la photo, à côté de Msr Charbonneau), ressemble à la présente élection par la présence de plusieurs partis dont un, le Bloc populaire, avait autant d’importance dans le paysage politique du temps que l’Action démocratique aujourd’hui.Elections provinciales Charest surmontera-t-il le handicap historique des libéraux?PAUL CLICHE Membre de l'Union des forces progressistes 1 n’y a eu que trois élections sur les 36 tenues depuis 1867 où l’alignement des partis en lice a eu des ressemblances notables avec celles de 2003.Ce sont celles de 1935,1944 et 1970.Lors des premières de ces trois élections, celles de 1935, les deux partis traditionnels (libéral et conservateur) s’affrontaient de nouveau, mais la naissance de l’Action libérale nationale (ALN) a changé la donne en quelques mois, tout comme l’ADQ l’a fait l’an dernier.En début de campagne cependant, conservateurs et ALN ont conclu une alliance en décidant de ne pas présenter de candidats l’un contre l’autre.C’est ainsi que la coalition s’est rendue aux portes du pouvoir, que la fusion des deux partis a été consommée quelques mois plus tard au profit du chef conservateur, Maurice Duplessis, et qu’est née l’Union nationale, qui a renversé le régime libéral de façon décisive au scrutin de 1936.Cet épisode ne peut évidemment pas s’appliquer à la situation actuelle à cause de la coalition des deux partis d’opposition.Par ailleurs, les élections de 1970, qui ont amorcé le déclin définitif de l’Union nationale, ont aussi donné lieu à l’affrontement de trois partis ayant des assises nationales comme aujourd’hui.En plus de l’Union nationale, qui avait repris le pouvoir en 1966 sous le leadership de Daniel Johnson, il y avait le Parti libéral, sous la direction de son nouveau chef, Robert Bourassa, et le Parti québécois de René Lévesque, qui en étajt à son baptême de feu électoral.Etait aussi en lice le Ralliement créditiste qui, solidement implanté dans certaines régions rurales, voulait répéter à Québec l’exploit que son fondateur, Réal Caouette, avait accompli en faisant élire près d’une trentaine de députés sur la scène fédérale quelques années plus tôt Les libéraux se sont alors nettement distancés de leurs adversaires.Avec une récolte de 45,4 % des suffrages, ils se sont fait attribuer 66,7 % des sièges, suivis de loin par le Parti québécois qui, avec 23,1 % des voix, n'a obtenu que 6,5 % des sièges; l’Union nationale a eu 19,6 % des voix et 15,7 % des sièges; quant à eux, les créditistes.avec 11,2 % des voix, ont remporté 11,1 % des sièges.Ces résultats démontrent qu’il n’y a pas de similitude avec la situation actuelle.Mais ils constituent une parfaite illustration des distorsions aberrantes causées par le scrutin majoritaire.Les élections de 1944: un tiers parti fortement sous-représenté Les élections de 1944 ont opposé principalement le Parti libéral d'Adélard Godbout, qui avait exercé le pouvoir pendant la guerre, à l’Union nationale de Maurice Duplessis.La principale ressemblance avec la campagne en cours est la présence de plusieurs tiers partis, dont un, le Bloc populaire, avait autant d'importance dans le paysage politique du temps que l’Action démocratique aujourd’hui.Une deuxième ressemblance aurait pu s'appliquer si des résultats serrés avaient donné lieu à un renversement de la volonté populaire.Pour la première fois dans l'histoire des élections provinciales, quatre tiers partis étaient en lice.Le principal, qui a présenté des candidats dans 80 des 91 circonscriptions, était le Bloc populaire, formation nationaliste réformiste née lors de la crise de la conscription, qui était dirigée par André Laurendeau.C’était la première fois au Québec qu’on testait la capacité du scrutin majoritaire d’imposer pratiquement le bipartisme.Ce test devait être concluanL Le Bloc populaire, qui avait le vent dans les voiles pendant les mois précédant les élections, espérait même obtenir le tiers des votes.Comme c’est le cas en 2003, on prévoyait une lutte à trois.Mais la nouvelle formation, mal organisée dans plusieurs régions, a vu son étoile pâlir au fur et à mesure du déroulement de la campagne.Plusieurs de ses sympathisants résolument nationalistes se sont finalement repliés sur la position autonomiste de l’Union nationale, comme aujourd’hui bon nombre de souverainistes progressistes le font avec le PQ, de crainte que les libéraux ne se retrouvent au pouvoir.Ainsi, le Bloc populaire n’a finalement recueilli que 15,2 % des suffrages, ce qui ne lui a valu que quatre députés (4,4 % des sièges), tandis qu’un candidat socialiste (CCF) était élu dans Rouyn-Noranda.Le principal point saillant des élections de 1944 a toutefois été le renversement de la volonté populaire, car le Parti libéral, qui s’était classé premier dans les suffrages avec 40 % des votes contre 38,2 % pour l’Union nationale, s’est fait reléguer dans l’opposition avec 11 députés de moins.C'était la première fois qu’un tel phénomène se produisait au Québec.H s’est répété en 1966 et en 1998.A noter qu’il ne s’est jamais produit à Ottawa.Les libéraux en voie de surmonter le handicap qui les affecte depuis 1944 On sait que ce phénomène est attribuable au handicap dont le Parti libéral souffre parce que ses appuis les plus massifs sont concentrés dans les circonscriptions à forte composante anglophone et al-lophone de Montréal ainsi que dans l’Ou-taouais et certains secteurs des Cantons-de-l’Est et de l'ouest de la Montérégie.Selon les calculs effectuées par le politologue Louis Massicotte, de l’Université de Montréal, il aurait fallu, en 1998, quelque 300 000 vont (7,5 % des suffrages globaux) de plus au PLQ pour qu’il se fasse attribuer le même nombre de sièges que le Parti québécois.En 1966, par exemple, les libéraux de Jean Lesage, qui avaient obtenu 150 000 voix (6.5 % des suffrages globaux) de plus que l’Union nationale de Daniel Johnson, s’étaient fait attribuer six sièges de moins.Ce handicap libéral, qui remonte à 1944 — jusqu’en 1935, il affectait les conservateurs —, a joué un rôle important dans le résultat de plusieurs élections depuis, et encore une fois en 1998, alors qu'il a été responsable d’un troisième renversement de la volonté populaire en 15 scrutins généraux.Ainsi, les libéraux sont assurés, de scrutin en scrutin, d'un coussin appréciable de plus d’une trentaine de circonscriptions qu’ils remportent avec de fortes majorités.Mais ils tirent souvent de l'arrière de façon prononcée dans l'ensemble des 85 circonscriptions à forte prédominance francophone qui font et défont le gouvernement et où les majorités sont beaucoup moins substantielles.Les péquistes, au contraire, ne possèdent pratiquement plus de forteresses, comme l’ont démontré les dernières partielles.Leur position est fragile, comme l’a prouvé l’ascension inattendue de l'ADQ en 2002, qui a menacé de les faire presque disparaître de la scène parlementaire.Mais ils peuvent rebondir plus facilement, comme ils l’ont prouvé depuis décembre dernier.Toutefois, les sondages Léger Marketing et CROP publiés jeudi indiquent que la légère avance que les libéraux avaient prise sur le Parti québécois depuis le débat des chefs, remporté par Jean Charest, se serait amplifiée ces derniers jours.À un point tel que ce parti serait en voie de sunnonter le fameux handicap, tout comme Robert Bourassa en 1970, 1973, 1985 et 1989 ainsi que Jean Lesage en 1960 et 1962.Le meilleur indice qu’une victoire libérale est possible — certains diront probable — est le fait que l'avance du PQ sur les libéraux, qui était de 14 points ces derniers jours, a été réduite entre cinq à dix points, selon les deux sondages.Une fois que les libéraux ont surmonté leur handicap, ils engrangent de généreux dividendes; on assiste alors à un transfert massif de sièges en leur faveur.C’est donc dire que si l’écart en faveur du Parti libéral dans les suffrages venait à dépasser 7 %, on verrait basculer plusieurs circonscriptions péquistes dans son giron à chaque nouveau point d’avance.Ainsi, en 1989, les libéraux, avec une majorité de 9,7 % sur le PQ dans les suffrages, s’étaient fait attribuer 73,6 % des sièges même s’ils en avaient perdu momentanément quatre aux mains du Parti Egalité dans leur forteresse de l’ouest de Montréal.L’effet de nuisance de l’ADQ jouera un rôle important Il ne faut pas non plus exclure la possibilité d’un gouvernement minoritaire où l’ADQ, malgré un nombre restreint de députés, détiendrait la balance du pouvoir.Il faut surtout tenir compte du fait que dans une campagne électorale où un tiers parti fort est en lice, un facteur revêt une importance presque aussi capitale que la proportion de votes obtenue par chaque parti au niveau national.C’est l’effet de nuisance que ce dernier peut avoir sur les deux principaux partis.En 1944, par exemple, le Bloc populaire avait joué un rôle important sous cet aspect, de même que le Rassemblement pour l’indépendance nationale en 1966.Dans les deux cas, le phénomène avait défavorisé le Parti libéral, qui avait été devancé par l’Union nationale en ce qui a trait au nombre de députés, même s’il avait recueilli plus de votes que son adversaire.Si les effets classiques du scrutin majoritaire à un tour sont bien connus, on oublie souvent qu'une autre caractéristique de notre système électoral peut jouer un rôle aussi crucial et rendre les résultats souvent imprévisibles, surtout lorsqu’il y a plusieurs partis en lice.C’est le découpage du territoire national en 125 circonscriptions locales où se déroulent autant d’élections distinctes dont l’issue dépend de multiples impondérables qui réservent souvent des surprises.On peut donc s’attendre à ce que cela se produise dans un certain nombre de circonscriptions lundi.C’est ainsi, par exemple, que le chef unioniste Daniel Johnson avait expliqué sa courte victoire en 1966.Les nombreux changements survenus depuis le 12 mars dernier démontrent une fois de plus que les campagnes électorales peuvent être déterminantes.Qu’on se rappelle notamment celle de 1984 sur la scène fédérale, où les libéraux de John Turner étaient partis vainqueurs mais où les conservateurs de Brian Mulroney avaient en bout de course remporté une victoire sans précédent.En 1944, pour la première fois dans l’histoire des élections provinciales, quatre partis étaient en lice B t Gil Courtemanche ?Choisir le meilleur député e toute cette campagne électorale, je me souviendrai d'un titre: •Mon pays n est Pas un hôpital», et d'une victoire de la société distincte québécoise: le renvoi aux oubliettes d’une aberration politique américaine et albertaine qu’est le néolibéralisme primaire proposé par l’ADQ.Je n’ai pas lu cette lettre adressée au Devoir, mais son titre résumait magiquement un malaise profond que je ressentais depuis longtemps.Cette fixation sur le système de santé, cette exploitation des listes d’attente, ces énumérations fastidieuses des erreurs du système dont les médias font leurs cotes d’écoute, toute cette crise qui n'en est pas une ne mérite pas qu'un parti dise, pour garantir sa grandeur d’âme, que les Québécois ont le choix entre un référendum et un système de santé.Nous possédons un système de santé parmi les meilleurs au monde et qui souffre de tous les maux provoqués pin le vieillissement de la population, la médecine de pointe de plus en plus coûteuse, le monopole des sociétés pharmaceutiques sur des médi caments pointus et onéreux, le mode de rémunération des médecins, etc.Nous serions bien la seule société occidentale à changer de gouvernement parce qu’un parti nous promet d’attendre 30 minutes de moins à l'urgence.Non, M.Charest, mon pays n’est pas une urgence, c’est un tout.Et sur le reste, vous nous parlez comme un comptable de PME frileuse qui ne possède même pas un petit rêve pour la compagnie.Vous allez probablement recueillir plus de voix que le PQ, comme lors des dernières élections, et vous retrouver encore deuxième.Je ne vous ai pas encore entendu faire un seul discours sur le scrutin proportionnel qui ferait probablement de vous un premier ministre.lo montée vertigineuse et la descente aux enfers de l’ADQ illustrent bien l'absurdité de l'information politique au Québec.Inventée par Lucien Bouchard et Jacques Parizeau lors du référendum de 1995, la crédibilité de l’ADQ, qui n’était qu’un mignon réfrac taire et qui ne comptait que quelques centaines de membres, a été relayée, amplifiée par des médias qui ne sont que le miroir des événements officiels qu’ils couvrent.Les victoires surprenantes pour certains de l’ADQ dans quelques élections partielles ont eu un effet d’ouragan.Qui sont-ils, d’où viennent-ils, que pensent-ils vraiment?Avant ces victoires, personne n’avait pris la peine d’écouter un seul discours de Mario Dumont ou de lire un seul article de son programme.C’eçt toute la société qui, tout à coup, s’est demandé, Ôy a à peine un an, ce que serait le Québec de Marfct Dumont.Les journalistes se sont mis à lire, les syndicats aussi, les groupes communautaires, les activistes régionalistes qui avaient été séduits pâr l’apparente souplesse de l’approche au développement de l'ADQ.Et on a découvert l’horreur.Ce n’est ni le changement ni le progrès que souhaitait ce sympathique père de famille, c’était la destruction de ce que le1 Québec moderne avait réussi à construire, libéraux et péquistes confondus: une société moins injuste que beaucoup d’autres.Le PQ, pour faire plaisir à ses membres, nous propose un autre référendum dont nous ne voulons pas, mais pour nous faire oublier cette pilule, il nous fait miroiter la semaine de quatre jours.Nous avons donc le choix entre un hôpital et une semaine de travail écourtée, ce qui nous donnera sûrement le temps d’attendre à l’urgence.La promesse est improvisée, tout comme le discours à nouveau social-démocrate.En perdition dans les sondages il y a sbc mois, le PQ a redécouvert que ses militants étaient souverainistes mais que sa majorité était progressiste.Depuis longtemps, parti de pouvoir et non pas de changement, vieux parti comme les deux autres, il lui fallait s’adapter pour être réélu.Il a pris le seul chemin que les deux autres refusaient, celui de la compassion, de l’équité.Comment faire confiance à ces gens qui vont selon le vent?Impossible.Durant cette campagne électorale, aucun des problèmes fondamentaux des sociétés occidentales n’a été abordé par ces partis.Pas un mot sur le déficit démocratique, silence absolu sur la pauvreté, impasse totale sur l’inégalité de la répartition des richesses.Ces partis sont des machines à paroles professionnelles.Ils ne nous proposent rien.Que faire?Ne pas voter?Aller vers Tl IFP?Pourquoi pas, même s’il n’existe pas d’union ni de forces populaires dans cette coalition de marxistes plus ou moins repentis.Mais à bien y penser, non.Aucun parti ne mérite notre appui enthousiaste.Il faut voter pour des hommes et des femmes qui se battent pour le logement social, pour la réforme du scrutin, pour un revenu citoyen, pour la participation des citoyens au pouvoir, pour le pouvoir régional.Et il faut aussi élire d’autres personnes qui ne partagent pas toutes ces idées mais dont la compétence et l’honnêteté les rendent indispensables.H faut absolument élire le seul candidat de gauche qui possède une mince chance, Amir Khadir, de lUEP, parce qu’il est un homme de parole et de courage, mais surtout parce que le Québec ne sera pas démocratique tant que la gauche sera absente de l’Assemblée nationale.Puis d'autres, comme Bernard I^indry, Yves Séguin, Jean-Paul Charbonneau, Louise Harel, Richard Legendre.Choisir le meilleur député et non pas le parti.Ce serait un premier pas dans l’appropriation de la démocratie.L'ÉQl UPE DU DEVOIR LA RÉDACTION Journalistes à l'information générale et métropolitaine : Génld Dallaire (oif/eiat a* dirrcttur dr l'information), Jeanne Corriveau(t’igilt).Marie-Andrée Chouinard (éducation) .Paule des Rivières ¦'tdttorialiilr), Jean Dion, Louis-Gillet Francoeur tenvironnement}, Benoit Munger (responsablt du site Internet).Josee Boileau.Julie Carpentier {sports).Brian Myle» (justice et faits divers), Isabelle Paré (santé), Pauline Gravel (science) ; MichH Garneau (caricaturiste) ; Diane Précourt (pages éditoriales, responsable des pages thématiques).Martin Dudoa et Christine Dumazet (relecteurs): Jacques Grenier et Jacques Nadeau (photographes) : A l'information culturelle Michel Bélair (responsable).Jean-Pierre Legault.Stéphane Baillargeon (théâtre), Paul ( auchon (médias), ( aroline Montpetit (livres).Odile Tremblay (cinéma).Bernard lamarche (arts visueit), à l’information économique : Gérard Bérubé (adjoint au directeur de l information).Dominique Reny.Éric Desrosiers.Valérie Dufour.Claude Turcotte; A l'information internationale Claude Lévesque.Guy Taillefer.Serge Truffaut (éditorialiste); A l'Information politique Hélène Buzzetb.Manon Cornellier (correspondantes parlementaires d Ottawa), Tommy Chouinard et Robert Dutnsac (correspondants parlementaires à Québec).Kathleen Lévesque Marie Héléne Alarie (secrétaire à la rédaction) ; Louise Maude Rioux Soucy.Geneviève Otis-Dionne (commis) la documentation Gilles Paré (directeur), Manon Derome.Serge Laplante (Québec).Rachel Rochefort (Ottawa) ÏA PIUUOTÉ ET LE MARKETING, Jacqueline Avril.Jean de Billy.Gyslaine C6té.Marlene Côté.Annie Duguay.Martin Fournier.Christiane Legault Amélie Maltais, Jacques A.Nadeau, Claire Paquet, Micheline Ruelland, (publicitaires).Laurence Thériault (directrice adjointe), Manon Blanchette, I^ylvie Laporte, Martine Bérubé (secrétaire) LA PRODUCTION Daniel Bazinet (responsable de la production).Claudine Bédard.Michel Bernatchez.Philippe Borne, Johanne Brunet, Danielle Cantara, Richard Des Cormiers, Donald Fîlion.Olivier Zuida.INFORMATIQlTE, Yanick Martel (responsable) PROMOTION, DISTRIBITION ET TIRAGE Linda Thériault (responsable service à Us clientèle, distribution et tirage), Marie Eve Santerre.(coordonnatrice d la promotion et d la sollicitation).MoniqueL’Heureux.Use Lachapelle, Rachelle Leclerc.Marie-France Dalcourt.L’ADMINISTRATION Nicole Carmel (responsable des services comptables), Céline Furoy.Germain Haeck (contrôleur).Ghislaine Lafleur, Claudette Béliveau (adjointe administrative), Claudine Chevrier, Chantal Rochon, Danielle Ross.LA FONDATION DU DEVOIR Roger Boisvert (vice-président exécutif et directeur général) B 8 LE DEVOIR.LES SAMEDI 12 ET DIMANCHE 13 AVRIL 2003 LE DEVOIR SANTE EN BREF Professeurs de dissection demandés (ASP) — Les cours de dissection humaine dans les écoles de médecine américaines sont de plus en plus boudés par les professeurs, au point où le recrutement de personnel qualifié au sein des départements d’anatomie devient difficile.Selon l’Association américaine des anatomistes, l’engouement des chercheurs pour les nouvelles spécialités, où l’on s’intéresse davantage aux cellules et aux gènes qu’aux organes, ne serait pas étranger à cette pénurie.Certes, des méthodes alternatives, telles que l’imagerie virtuelle, ont fait leur apparition dans les classes d’anatomie.Mais qui voudrait encore être opéré par un chirurgien qui n’a jamais touché à une vésicule biliaire ?Les « supergoûteurs » (ASP) — Êtes-vous un homme au goût très aiguisé ?Prenez garde, vous pourriez développer un cancer du côlon ! Une étude américaine menée auprès de 200 hommes de plus de 65 ans a démontré que les « supergoù-teurs», ces gens dont le sens du goût se révèle supérieur à la plupart des autres, présentent un nombre plus important de tumeurs au côlon.Leur malchance ne s’arrête pas là.En raison de leur grande sensibilité aux saveurs amères, ces « supergoûteurs» tendent à privilégier une diète pauvre en légumes et sont souvent plus gras que les autres — deux éléments qui favorisent le cancer du côlon.Enfin, les résultats d’une autre étude menée par les mêmes chercheurs des universités Yale et de Detroit démontrent que des infections répétées aux oreilles peuvent altérer les mécanismes nerveux entre le goût et la langue, ce qui entraîne une hypersensibilité de la langue aux matières grasses.Résultat : ils mangent plus et deviennent plus souvent obèses.Et là aussi, les « supergoûteurs » sont plus nombreux.Lèpre montréalaise (ASP) — Difficile de croire qu'on est au XXL siècle lorsqu’on apprend que la lèpre frappe encore 7(X)(XX) personnes par année, la plupart en Afrique et en Inde.Mais on apprenait récemment que quelques milliers de cas se retrouvent jusqu’aux Etats-Unis chaque année.Or une équipe de McGill vient d’annoncer avoir identifié un gène lié à cette terrible maladie.Celle-ci, à propos de laquelle on retrouve des témoignages jusque dans des écrits de l’Antiquité, il y a plus de 2(XX) ans, est causée par une bactérie.Mais ce que L’équipe montréalaise a découvert, en compagnie de collègues français et vietnamiens, c’est un gène qui nous rend susceptible d'accueillir à bras ouverts cette bactérie.L’étude était dirigée par le D' Thomas Hudson, du Centre de génomique de Montréal, et est parue dans une édition récente de l’édition en ligne de la revue britannique Nature Genetics.Il existe depuis longtemps des traitements contre la lèpre.Mais si ceux-ci sont pris trop tard, le mal peut avoir eu le temps de causer d’importants dommages à la peau, voire au système nerveux.Le virus du Nil occidental (ASP) — Le printemps est de retour et, avec lui, les conjectures sur le désormais célèbre virus du Nil occidental.Les biologistes savaient déjà que ce virus, outre les humains, se propageait chez les chevaux.Mais voici qu’on apprend qu’il peut aussi se propager chez les crocodiles : trois de ces bestioles de Floride auraient été infectées, selon un rapport déposé par les National Institutes of Health des Etats-Unis.Pour être encore plus rassurants, les chercheurs ajoutent que des centaines de décès survenus ces dernières années chez les alligators d’élevage, en Floride, pourraient être en partie attribuables au virus depuis qu’il a fait son entrée en Amérique du Nord, en 1999.Soigner sous les bombes - sm '/¦ÿ , Viï ipà t as *4 * y - S ^ " J Ht , A / Y Un jeune Irakien de six ans reçoit des soins après avoir été blessé lorsqu’une bombe a frappé la maison familiale, à Bagdad.JERRY LAMPEN REUTERS Le sort des blessés de la guerre en Irak ne tient qu’à un fil De tout temps, les civils ont fait les frais des conflits armés pendant que les médecins et les infirmières au front tentent de réparer les gênantes «bavures» causées par la guerre.Avec un bilan chiffrant à au moins 1200 le nombre de victimes civiles, la guerre en Irak ne fait pas exception.L’image terrifiante d’Ali Ismaël Abbas, ce garçon de 12 ans amputé des deux bras et brûlé à vif par une déflagration, a marqué le monde entier et illustre les conditions indicibles dans lesquelles sont aujourd'hui plongés les patients et le système de santé de ce pays en déroute.ISABELLE PARÉ LE DEVOIR imanche, l'hôpital a admis 19 victimes, _ ra dont plusieurs en- // I H fonts.L'un deux est “ ™ décédé dans le bloc opératoire et trois autres sont morts peu après leur arrivée.Les principaux traumatismes étaient dus à des éclats d'obus et à des projections de débris.Deux jours auparavant.nous étions présents lors d’opérations sur deux garçons souffrant de blessures abdominales par des éclats.Il ny avait pas de perforations de l'intestin mais de sérieuses lésions au joie et aux reins.Ces cas ont frustré et attristé l'équipe.» Ainsi témoignait le 31 mars dernier le D' Morten Rostrup, membre de l'équipe internationale de Médecins sans frontières (MSF) dépêchée à Bagdad, faisant le triste bilan de la journée alors que tombait une pluie de bombes sur la capitale irakienne et ses habitants.Souvent appelée médecine de brousse, la médecine de guerre rime nécessairement avec équipements de fortune, absence de médicaments, et tout cela pour soigner des patients parmi les plus grièvement blessés.Pour ajouter à l'horreur, plusieurs hôpitaux d’Irak, débordant de patients, sont aujourd’hui mis à sac, dépouillés de leurs ressources déjà rares, sans compter leur personnel qui est en fuite.Selon le D Amir Khadir, un médecin québécois qui a fait rapport sur l’état du système de santé irakien pour Médecins du monde (MDM) en décembre dernier, il est facile d’imaginer la situation qui règne dans les hôpitaux de Bagdad et d'autres grandes villes du pays.* Quand j'ai visité l'Irak, il manquait 40000 infirmières dans le pays.Il manquait aussi 980 ambulances.Ce qu'on doit craindre le plus pour les malades, c’est l'absence de soins préhospitaliers et posthospitaliers », croit Amir Khadir.Or les soins d’urgence, administrés avant l’arrivée à l'hôpital pour stabiliser les malades, constituent à son avis le chaînon crucial pour sauver la vie des civils blessés par des bombardements.* Chez les civils, ce sont surtout des perforations aux organes creux que l'on observe quand des éclats traversent la paroi abdominale.Il y a aussi les poumons qui brûlent à cause de la chaleur des explosions.Je suis certain que les chirurgiens sont capables d'opérer, mais réussit-on à stabiliser les gens avant leur transport à l’hôpital ?On peut mourir de saignements avant meme d’avoir pu se rendre à l'hôpital ».insiste le I) Khadir.Le chaînon manquant Les militaires américains, eux, en savent quelque chose.Les soins préhospitaliers sont le talon d’Achille de la médecine de guerre.Au cours du conflit au Vietnam, on estime que plus de 2500 soldats américains, blessés aux jambes et aux bras, sont morts au bout de leur sang, faute d'avoir pu recevoir à temps les soins d'urgence.Un simple garrot aurait pu leur sauver la vie.Aujourd’hui, chaque soldat est équipé d'une sangle de tissu munie d’une pince à une extrémité leur permettant d'« autogar-rotter » d'une seule main un membre sanguinolent, en attendant l'arrivée des premiers secours.L'armée dispose aussi de nouveaux bandages hémostatiques sophistiqués, sortes d’éponges à 90 8 pièce, qui collent à la plaie et la scellent littéralement pour empêcher l'hémorragie.Mais à Bagdad, à défaut de ce genre de gadgets sophistiqués, on peut s’attendre à ce que plusieurs civils meurent au bout de leur sang.« Pour stabiliser les blessés, il faut non seulement faire un garrot mais installer un soluté pour éviter la déshydratation.Si on n a rien de cela et que le malade est transporté dans le coffre d'une voiture, les chances de s en sortir sont moins bonnes», affirme le l) Khadir, infectiologue à l'hôpital de Le Gardeur.Avec un flot de blessés abondants — certains médias font état de quelque 100 nouveaux blessés graves chaque jour —, le D’ Khadir craint aussi que plusieurs patients rescapés sur la table d’opération ne décè dent de complications qui seront favorisées par le manque de soins postopératoires adéquats et des infections galopantes.En effet.l'Irak est pourvu de clürurgiens et d’orthopédistes parmi les mieux formés mais affiche un criant manque de personnel infinnier et de personnel médical pour soigner les malades.Dans certains hôpitaux, on comptait deux infirmières pour 60 patients avant le début de la guerre, affirme le Dr Khadir.Qui sait ce qu’il en reste aujourd'hui.La tâche des chirurgiens Selon le D’ Dave Green, un médecin de Vancouver qui est allé prêter main-forte lors de la guerre en Afghanistan pour Médecins sans frontières (MSF), l’absence de certains analgésiques et d’une foule de médicaments va compliquer passablement la tâche des chirurgiens irakiens, même les plus compétents.«Le manque d'anesthésiques ou d'oxygène peut empêcher les médecins de faire certains types d'opérations, notamment celles au cerveau.Or, dans ce genre de conflit, il y a souvent des blessures à la tête dues aux éclats et aux débris projetés par les bombes», dit-il.Ce dernier anticipe encore davantage le sort des patients qui s’entasseront dans les hôpitaux dans les semaines qui viennent.Lui aussi s'inquiète du risque d’infections et craint que le manque de soins postopératoires n’entraîne un bien plus grand nombre de pertes de vie.Le D’ Bruce Lampard, médecin urgentologue du Sunnybroo-ke Hospital de Toronto qui a servi lors de récentes missions de MSF au Nigeria et en Afghanistan, croit aussi que la principale difficulté du système de santé sera de faire face à un flot aussi important de patients.« Très rapidement, le personnel sera épuisé et les mesures d'hygiène de base pour éviter les injections seront tris difficiles à maintenir», pense-t-il.Chez les victimes brûlées par des bombardements, qui nécessitent des soins complexes, le risque d'infection est démultiplié.«Même dans nos systèmes hospitaliers modernes, ce sont des cas complexes à traiter», juge le D' Lampard.Les fractures « ouvertes », qui sont des nids propices à l'infection, sont aussi les plus mortelles.• Pour guérir ce type de fractures, il faut intervenir sur les os, ce qui nécessite des conditions d'hygiène idéales.Ces conditions sont sûrement peu présentes en Irak à l'heure actuelle», dit-il.Pour lutter contre l’infection, on sait que les hôpitaux irakiens sont totalement démunis.Même avant la guerre, la plupart disposaient tout juste des antibiotiques de base.• Il y a beaucoup de médicaments vendus sur le marché noir, à fort prix, donc surtout accessibles à l'élite.Dans le système de soins public, les pharmacies sont vides.Ils n'ont pas accès aux antibiotiques intramneux très effl- La médecine de guerre rime avec équipements de fortune, absence de médicaments, et cela, pour soigner des patients parmi les plus grièvement blessés.caces pour combattre l’infection», explique le D' Khadir.Pour ajouter au désastre, on sait que plusieurs hôpitaux du sud du pays sont aujourd’hui privés d’eau et d’électricité et peinent à stériliser leur matériel.A l’Hôpital général de Bassora, sans électricité, les médecins en sont réduits à regarder, impuissants, dépérir leurs malades.•Nous n’avons aucun médicament.Nous avons une banque de sang mais pas de sang, plus de courant et plus d’espoir.Ce malade est maintenu en vie grâce à des perfusions mais il ne pourra tenir plus de deux ou trois jours», expliquait hier à l’Agence France Presse l’un des responsables de cet hôpital.On espère toujours, à Bagdad et ailleurs, que des convois en partance d’Iran ou du Koweït, transportant les équipements médicaux de base et de l’eau stérilisée, puissent atteindre les principaux hôpitaux au cours des prochains jours.Ironiquement, sur le territoire irakien, seules les forces armées coalisées disposent actuellement des ressources médicales nécessaires pour venir en aide aux blessés civils.Selon The New York Times, au cours des 18 derniers mois, en prévision de cette opération militaire en Irak, des centaines de soldats américains ont reçu un entraînement médical hors du commun — similaire à celui reçu par le personnel para-médical des services ambulanciers —, histoire de minimiser le nombre de pertes en vies humaines dans leurs troupes.L’équipement médical militaire a aussi été complètement revu et modernisé, et l’armée terrestre est désormais dotée d’ambu-lances blindées, équipées d’unités de soins intensifs à la fine pointe de la technologie et capables d’évacuer des blessés graves en plein champ de bataille.Au cours de la dernière année, dans un camp spécialisé de San Antonio, au moins 200 soldats par semaine ont ainsi été entraînés à administrer les soins de survie à des mannequins hypersophistiqués reliés à des ordinateurs.À 37000 $ pièce, ces poupées-soldats ultraréalistes non seulement disposent d’un pouls artificiel mais peuvent même saigner si une balle les atteint, et simuler un arrêt cardiaque ou un affaissement du poumon.Les apprentis médecins de la US Army y ont aussi appris à garrotter des plaies ouvertes.à inhiber des patients, à injecter des solutions intraveineuses pour assurer la survie d'un blessé jusqu’à son évacuation vers l'hôpital de campagne.Bref, à tout ce dont les civils irakiens pourraient avoir bien besoin à l’heure actuelle.
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