Le devoir, 2 juin 2007, Cahier E
LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2007 DANSE La tauromachie d’Israël Galvân Page E 4 CULTURE rendre les rêves vlilIIlÉS iMâÊmm En entrevue exclusive au Devoir, le chef de l'Orchestre symphonique de Montréal dresse le bilan de sa première saison \ CHRISTOPHE HUSS A la fin de la saison régulière de la première année de mandat de Kent Nagano, un constat s’impose: la salle Wilfrid-Pelletier a affiché complet à plusieurs reprises cette année, si bien que, lorsque l’OSM annonce une augmentation de 15 % des billets vendus, Kent Nagano a de quoi se réjouir de ce succès comme des retombées de sa première tournée pancanadienne avec son nouvel orchestre.Privilège consenti au Devoir, l’acceptation de la présence d’un journaliste à une répétition.Notre demande de septembre 2006 vient finalement d’être exaucée.En ce lundi de la fête des Patriotes, Nagano travaille les trois derniers mouvements de la 2 Symphonie de Mahler.L’équipe de télévision venue filmer le déploiement du chœur repartira bredouille, car Kent Nagano travaille d’abord le mouvement lent, Uriicht.Kent Nagano n’est pas du genre à brasser le monde.Tout ce qu’on a dit de lui est vrai: il sait ce qu’il veut, travaille avec minutie les dosages d’instruments.Il est à la fois poli, détendu mais ferme et sait trouver des images parlantes pour décrire le caractère musical souhaité.Comme nombre de chefs d’opéra — et à l’image de l’un de ses prédécesseurs à Munich, Wolfgang Sawallisch —, il chante lui-même, dans Uriicht, le solo de la mezzo-soprano (absente ce soir-là), aidant ainsi l’orchestre à mieux calquer son accompagnement En entrevue, aussi, Kent Nagano est posé.Il faut parfois laisser le temps au temps.Au sujet de la présence d’un nouveau premier violon pour les deux derniers concerts de la saison, le chef explique qu’il est le premier de «cinq ou six candidats» retenus pour occuper la chaise laissée vacante par Jonathan Crow.Des postes à l’OSM, il y en a dix à pourvoir.Sur douze auditions (d’abord nationales, puis internationales) tenues cette saison devant comité, seules deux ont abouti à une embauche.Beau sujet de réflexion pour nos édiles: à quoi cela sert-il de former des hordes de musiciens si, le moment venu, ils sont si loin du niveau suffisant pour intégrer l’OSM (notre phalange d’élite) que 80 % des auditions aboutissent à un constat d’échec?L’esprit d’équipe L’orchestre, par convention, doit comprendre 92 musiciens.Le but de l’OSM est d’en compter 95.Les postes vacants sont remplis pour l’heure par des surnuméraires.On ne fera pas se prononcer le chef sur l’effectif idéal d’un orchestre, ni sur le fait de savoir si cet effectif est le même dans une salle à forte déperdition sonore comme Wilfrid-Pelletier ou une salle à bon rendement sonore, profil espéré de la nouvelle «adresse symphonique».La salle, Kent Nagano en parle, évidemment.Le sujet figure au premier rang de ses déceptions: «J’ai maintenant une meilleure idée des salles à notre disposition à Montréal.Il y a des salles pires que Wilfrid-Pelletier dans le monde, mais, quand même, je sens une urgence à bien mettre l’accent sur ce projet de nouvelle salle.Pour faire grandir un orchestre, il faut que les musiciens puissent s’entendre.Il y a un vrai problème dont je me suis finalement rendu compte: pour les cuivres et les vents, selon leur position sur scène, la balance change radicalement.Comment travailler sur l’homogénéité du son si l’écoute est différente à un mètre près?Ce n’est pas impossible et je ne me plains pas.Ça fonctionne depuis des années comme cela.Mais en pensant au développement de l’orchestre en tant qu’ensemble, je ressens une certaine urgence à encourager l’évolution du projet en cours.» Parmi les satisfactions, le chef cite «l’orchestre, le public et la chaleur de la communauté montréalaise».Cela pourrait être un cliché, mais on le sent sincère: «La première impression n’est pas toujours la bonne dans la vie, mais là il n’y a pas de doute.Je connais maintenant plus de musiciens et noies parlons.Im tournée a renforcé l’esprit d’équipe.Au-delà des notes il y a l’esprit collectif, la respiration, le fait de sentir ensemble la liberté dans la musique.Sur tous ces points l’orchestre a fait de remarquables progrès.» La tournée a aussi encouragé les plus hautes ambitions: «Une tournée pousse à jouer de mieux en mieux chaque jour.C’est un bon moyen de voir le potentiel d’un orchestre et, là, on est loin d’entrevoir la fin de ce potentiel.» Rêver Kent Nagano travaille-t-il confortablement avec la convention collective signée juste avant sa venue?«Les règlements sont donnés, il faut les respecter.Le secret est de faire la planification le plus efficacement et le plus en avance possible.Un comité de musiciens travaille étroitement avec moi pour regarder le planning et, s’il y a une situation compliquée, trouver des solutions.Après huit mois, je peux dire que ce travail fonctionne remarquablement.» C’est une évidence que la première saison du chef a été menée sur un grand pied: Tristan et Isolde de Wagner, les Gurrelieder de Schoenberg, la 2 Symphonie de Mahler, la Symphonie alpestre de Strauss.Les rêves de grandeur seront couverts en partie par la subvention exceptionnelle du Conseil des arts du Canada, avec 1,7 million supplémentaire pour les deux saisons 200607 et 200708.Mais en supposant que le budget soit équilibré cette VOIR PAGE E 2: NAGANO PEDRO RUIZ LE DEVOIR S LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 J LI I N 2Ü07 K 2 CULTURE NAGANO SUITE DE LA PAGE E 1 saison, dans deux ans il manquera 850 000 $.Sur quoi faudra-t-il rogner?Wagner en fera-t-il les frais, alors qu’on prête à Kent Nagano le projet d’une tétralogie?Là-dessus, il se fait laconique: «Bien sûr üy a des projets, mais tellement plus de projets que de possibilités.Cela dépend des moyens.Un Ring, c'est toujours un rêve, mais il faut être responsable financièrement.Je ne reste pas passif.J’ai plein de rêves ici.Je dois être prêt à rendre possibles les rêves.Si nous n'en avons pas les moyens aujourd’hui, tout le monde, en équipe, doit déployer tous ses efforts pour faire du rêve une réalité.Et si ce n'est pas demain, alors ce sera après-demain.» Kent Nagano n’a pas l’intention de renégocier les clauses sur les enregistrements, point caduc et mort-né de l’entente collective, qui ne prend même pas en compte Internet «C’est un arrangement compliqué parce qu’il n’est pas très clair.C’est vrai, Internet n’est pas cité.Il y a pas mal de marges d’interprétation et il faut discuter chaque projet.Mais comme vous le savez, je pense qu’il est important de partager l’art avec un public qui s’étend au-delà des murs de la salle.J’ai des rêves.R y a des implications économiques majeures et il faut assurer la sécurité du financement avant de réaliser des projets.» Kent Nagano, encore une fois en gestionnaire scrupuleux et raisonnable, voilà un spectaculaire changement! Il ne confie pas encore s’il va vivre ou non à Montréal: «Officiellement, je vis à San Francisco.C’est là que je garde mes pianos et ma bibliothèque.En tant que parents, nous avons choisi Paris pour l'éducation de notre fille.Parfois ces décisions ne sont pas très “convenient’’.Ilya des projets, mais ce n’est pas encore clair et je ne peux en parler» Ce qui semble exciter le plus Kent Nagano en ce moment c’est la préparation de la retransmission télévisuelle du concert d’ouverture de la saison prochaine.Le chef jette un regard assez goguenard sur le traitement télévisuel de la 9 Symphonie de Beethoven l’automne dernier «Je n’ai jamais vécu quelque chose comme la Neuvième de Beethoven, mais qu’on aime ou qu’on n’aime pas, l’esprit du Québec était là.Je sais, c’est un lieu commun, mais il y a un caractère spécial ici.Le Cirque du Soleil, ce n’est pas Barnum.De même, l’esprit de cette fantaisie, de ce collage télévisuel résultait d’un éclat de créativité.Pour préparer l’ouverture de la saison prochaine, je me suis assis avec le producteur de CBC et il m’a bouleversé avec ses idées.Cela va être neuf, complètement différent de la Neuvième.Je suis très impressionné que quelqu’un puisse m’étonner autant que ça.Je suis très excité.» Alors, en route pour de nouvelles aventures.Collaborateur du Devoir Festival TransAmériques Premier arrêt pour Lipsynch Le plus récent opus de Robert Lepage prenait l’affiche hier soir, à la salle Pierre-Mercure Le buste de Beethoven à Bonn ARCHIVES LE DEVOIR ISABELLE PORTER Québec — Avec Lipsynch, Robert Lepage sollicite cinq heures et demie de notre temps pour nous parler de la perte de l’usage de la parole.Déraciné, versé dans la science, ce nouveau spectacle fleuve est sans contredit un des plus ambitieux proposés par Ex Machina ces dernières années.En entrevue à Thessalonique le mois dernier, où il recevait le Prix Europe, Robert Lepage allait jusqu’à parler d’un «virage» dans sa production.La facture et la méthode de travail restent les mêmes, mais les ambitions sont renouvelées.«J’ai comme l’impression qu'on touche à quelque chose de beaucoup plus profond.» Imprégné de son travail à l’opéra ces dernières années, l’homme de théâtre a voulu démêler les notions de voue, de parole et de langage.La troupe a sollicité des scientifiques intéressés par ce thème, un psychologue.Les leçons ont fait naître de belles ouvertures sur le plan dramatique.«L’une des prémisses du spectacle, c’est que tu peux perdre la parole mais pas la voix.Le personnage de Frédérike Bédard, qui devient aphasique après une opération, doit réapprendre à parler, mais il peut toujours chanter.» Cette pièce qui devrait durer neuf heures dans sa version aboutie est structurée autour d’autant de personnages dont les destins s’entrecroisent entre les années 1940 et 2010.On y retrouve notamment une chanteuse d’opéra (Rebecca Blankenship), une comédienne québécoise qui fait du doublage (Frédérike Bédard), un jeune cinéaste anglais (Rick Miller), un chirur- ERICK LABRE LE DEVOIR En perpétuel déplacement, les personnages de Lipsynch se retrouvent surtout à Londres.gien spécialiste du cerveau (Hans Piesbergen), une jeune Nicaraguayenne (Nuria Garcia) et une documentariste québécoise (Lise Castonguay).Contrairement aux deux autres pièces «fleuve» de la compagnie, La Trilogie des dragons et Les Sept Branches de la rivière Ota, Lepage ne s’incarne pas dans un personnage en particulier, explique Rick Miller, qui répète qu’il s’agit d’une première mouture.«Éventuellement, le but, c'est d’avoir neuf histoires qui peuvent se tenir seules ou ensemble.Pour le moment, il n’y a que sept sections.» Le comédien torontois en est à sa troisième collaboration avec Ex Machina (après Im Géométrie des miracles et Zulu Time), mais cette fois-ci, il a pu prendre part à tout le processus de création.«Robert va chercher des comédiens qui l'inspirent dans différentes cul- n OE ÉDITION ^28 JUIN AU 8 JUILLET 2007 PLUS DE ISO CONCERTS EN VENTE MAINTENANT! RIMA DEMONTRiEAL ¦ 1 1 ' HIS LES AU 1HLS CONCERTS DISPONILtLIZS AU MONTREALJAZZFEST.COM CONCERT D’OUVERTURE PREMIÈRE PARTIE: UffiA iTÔNIMÀRSALlS SQUARE I THE*JAZZ ATTjlNCOLN CENTER?ORCHESTRA,^YACUB ADDY et ODADAA! PREMIÈRE PARTIE: NORTH MISSISSIPPI AUSTARS T BÉLA FLECK & THEIFLECKT ONES mec VICTOR'WOOTEN; FUTURE MAN n JEFF COFFIN I .AVEC INVITE SPÉCIAL.ÿé HOWARD LEVY * 2 Juillet CONCERT 18h LES GRANDS CONCERTS E*™-™ Enregistré.p.r chc* THÉÂTRE MAISONNEUVE - PdA programme Doüëii m % '*%***» «Ü3Ü®!: ojsjC 2 Juillet on K on RYTHMES rrsn 20 il JU UVATT RFCFNrV MHNTRFAI tJlTvÜoN ssio ^ HYATT REGENCY MONTREAL tL'FvV-W METROPOLIS PREMIÈRE PARTIE : APOSTEE OF HOSTIE PROGRAMME DOUBLE 28 Juin PREMIÈRE PARTIE: GHISUIN POIRIER UVE I" juillet BILLETS BILLETTERIE CEMTIIAIE DU FESTIVAL place DES ARTS ©SPECTRUM DE MONTRÉAL u “"“.TVWriIt.K.qcx» 31 h.me Sainto-Ciitfwrinc Ouest su 79j-12ii5» admission corn ACHAT DANS LES SALLES OÙ METROPOLIS LES CONCERTS ONT LIEU n 9090 • HcKrtpro ca SPECTACLE DE CORNEILLE ANNULÉ REMBOORSf MFNT AU POINT D’ACHAT 5'4 908 9090 'lli Du théâtre à l’année dans une salle chaleureuse et accueillante conçue spécialement pour le jeune public ! LA MAISON QUÉBÉCOISE DU THÉÂTRE POUR L’ENFANCE EUA JEUNESSE 245, rue Ontario Est Montréal ElBerri, E3 Sherbrooke ABONNEZ-VOUS 514 288-7211 .www.maisontheatre.qc.ca w j BANQUE I LAURENT (INNE TÊLÉvîsîoN Télé-Québec turcs.Il nous isole dans une pièce et essaie de créer quelque chose.» Meat Loaf mis à contribution Les comédiens devaient apporter des objets personnels susceptibles de nourrir le thème.Marie Gignac, qui a dû abandonner le projet en cours de route, a choisi un film de famille dans lequel figurait son père, aujourd’hui décédé.Miller, lui, est allé fouiller dans son adolescence.«Ç’a commencé par une cassette que j’avais enregistrée à l'âge de 12 ans.C’était une chanson de Meat Loaf.Je n’avais pas encore mué et j’avais encore une voix d’enfant.Il y avait quelque chose de touchant d’imaginer le petit-cul qui s’enre- .gistre en train de chanter dans sa 1 chambre.» Qu’on se rassure: la musique de Meat Loaf ne s’est pas rendue jusqu’à la version actuelle même si elle a servi d’inspiration, assure le comédien.En perpétuel déplacement, les personnages de Lipsynch se retrouvent surtout à Londres, mais l’enracinement dans un lieu est moins fort que dans La Trilogie (la Chine et le Québec) ou dans Les Sept Branches (le Québec et le Japon).Témoin des nombreux voyages d’Ex Machina ces dernières années, la pièce renoue avec le cosmopolitisme de Zulu Time, poursuit Miller.«R y a beaucoup de changements de décor qui font penser aux différents modes de transport: le train, le bateau, le métro.» Une façon, poursuit-il, d’illustrer les passages.«Le passage de la voix, d’un lieu à un autre, d’une génération à une autre.» Or, autant Zulu Time avait glacé, autant ce Lipsynch mise sur l’émotion.Lepage a osé verser dans le mélodrame, ce qui est loin d’être à la mode dans le théâtre actuel.D’où ce fameux «virage dans le ton» évoqué ci-dessus.«Ça va de la comédie de premier niveau à la tragédie et au mélodrame, précise Miller.C’est un bateau qui navigue dans beaucoup de styles différents.En cinq heures et demie, vous allez vivre une expérience très unique!» Le Devoir UPSYNCH De Robert Lepage.Une production de Ex Machina présentée à 18h, jusqu’au 7 juin, à la salle Pierre-Mercure L'événement danse théâtre INFO JAZZ Bell Heineken CBC 4F Radio Canada Canada Montréal® L’AGENDA L’HORAIRE TÉLÉ, LE GUIDE DEVOS SOIRÉES Gratuit dans Le Devoir du samedi RENCONTRES AVEC LES ARTISTES > Entrée libre Aujourd'hui de 10h30 à midi : ROBERT LEPAGE Centre Pierre-Péladeau 300, bout, de Maisonneuve Est Lundi 4 juin : ISRAEL GALVÂN (12h à 13h3û) et ROMEO CASTELLUCCI (17h à 18h30) Agora du Coeur des sciences de l'UQAM 145, av.du Président-Kennedy INFO-FESTIVAL www.fta.qc.ca 514 842-2112 1-866-842-2112 3007 MAI -JJUIN _ »> PLUS DE VINGT CRÉATIONS Il INÉDITES DONT.KM A&fi * A Compania Israel Galvân (Séville) Place des Arts Québec n ARENA Le chorégraphe et danseur Israel Galvân a révolutionné le flamenco en créant une gestuelle parfaitement originale.Il sera enfin à Montréal pour deux représentations exceptionnelles! « Danseur pour danseurs, Israel Galvân est le plus grand des danseurs actuels » le monde « Le Nijinski du flamenco! » l humanité 5>6 juin à 20h THÉÂTRE MAISONNEUVE - PDA ¦¦¦¦ LE DEVOIR, LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2 007 CULTORE Festival TransAmériques Romeo Castellucci, l’alchimiste Le festival propose la toute récente création de Castellucci: Hey Girl!, un regard déjanté sur l’Ève nouvelle.MICHEL BÉLAIR Partout où il passe avec sa compagnie Societas Rafiaello San-zio, Romeo Castellucci suscite la controverse.C’est que l’homme de théâtre italien ne fait pas dans la dentelle ou le divertissement.Il aime provoquer, remettre brutalement en question les idées reçues sur tous les sujets — c’est lui, par exemple, qui fait souvent circuler des animaux vivants sur scène — en déconstruisant la narration théâtrale conventionnelle.En confrontant le spectateur — en l’agressant, disent certains —, Castellucci fait de la scène, et du théâtre, un «lieu du surgissement».Accueillis dans tous les grands festivals du monde, ses spectacles prennent forme sur des immenses plateaux et touchent souvent la mythologie, la religion et les grands rituels qui ont marqué l’histoire de l’humanité.Lors de son dernier passage au FTA en 2002, par exemple, il avait présenté un travail particulièrement échevelé, ou décoiffant selon le cas, sur la Genèse.Romeo Castellucci est une sorte d’alchimiste qui se permet de toucher tout aussi souvent au grandiose qu’au grotesque.Et l’on peut dire qu’avec les années, 2 est devenu aussi immense que ses spectacles sur la planète Théâtre.Petite forme Quand on parle de lui, habituellement, c’est en référence à un théâtre total qui met toujours en relief ses origines de plasticien.Profondément ancré dans la vie d’aujourd’hui, même quand il plonge aux racines de nos mythes communs, son théâtre inclut arts plastiques, musique contemporaine, philosophie, danse et fantasmagories technologiques.Castellucci est un artiste global, «un pèlerin de la matière», comme il le dit lui-même dans ses écrits théoriques sur le théâtre.Joint chez lui par téléphone, le «penseur praticien» s’est révélé être un homme aussi agréable et touchant que rigoureux.Quand je lui demande de nous situer d’abord le Hey Girl! qu’il présente cette année au festival par rapport à ce que nous connaissons déjà de son travail — le FTA a reçu Orestea en 1997 et Genesi,from the Museum of Sleep en 2002 —, Romeo Castellucci parie de profondes différences.«Genesi.était un travail sur l’influence d’un livre, la Genèse; un travail sur la forme et sur l’importance du rôle des mythologies et des religions [en deux gigantesques tableaux occupant toute la scène du TDP].Ici, c'est très différent puisque Hey Girl! est une “petite forme”.C’est un spectacle qui s’inspire de la matière du quotidien et qui raconte la journée d’une jeune fille, la transfiguration de cette journée à partir du moment du réveil.» Hey Girl! s’installe sur un plateau presque nu, poursuit-il.Avec une seule comédienne, qui se dédoublera plus tard, et quelques statues et ombres aussi.Mais c’est encore et toujours un travail sur le mouvement et sur les images dans lesquelles s’incarnent les symboles.Castellucci dira qu'il ne raconte pas vraiment d’histoire.Lui, il fait surgir.D fait voir.Si nous avons affaire à une jeune mrnm- Dans Hey Girl!, Romeo Castellucci fait des choix étonnants soulignés abondamment par les journaux européens.HERST MANNINGER SOURCE FESTtVALTRANSAMÉRIQUES Le metteur en scène Romeo Castellucci fille anonyme — on ne saura jamais son nom — qui semble naître d’une masse informe, elle est rapidement «traversée», «habitée» comme toutes les femmes, par une série de personnages presque mythologiques, comme Jeanne d’Arc, Juliette (celle de Roméo, évidemment) ou la Vierge.C’est une jeune fille ordinaire qui est aussi le symbole de toutes les femmes.Une sorte de nouvelle Eve.«C’est un travail sur b gestuelle féminine, reprend le metteur en scène, sur l’image même de la jeune fille.On voit les symboles qui surgissent à travers ses gestes les plus quotidiens.fai aussi voulu mettre en scène des objets tirés du passé mythologique de la femme.Comme des symboles de pouvoir, par exemple, sous b forme d’une grande épée qui sera trop lourde à porter, comme si c'était un symbole trop lourd à assumer.En fait, j’ai travaillé aussi sur b polarisation des signes.Sur l’ombre et b lumière.» D’accord.Mais une «petite forme»?C’est quand même étonnant non, de voir Romeo Castellucci donner dans le dépouillement.La trahison du langage «C’est d’abord une petite forme parce que le spectacle ne met en scène que deux comédiennes dans un décor minimaliste.Et ce l'est aussi par la durée, puisque Hey Girl! tient en une heure dix.J’avais le goût d'explorer une petite forme parce que cela appelle l’intimité, les petits mouvements intérieurs et les rapports intimes entre le spectateur et les éléments du spectacle.Explorer cela, c’est un peu mettre en lumière, en les faisant surgir, les petits liens ténus et souvent inconscients entre les choses et entre les gens.Pour vous donner un exemple, disons que, même si le spectacle est court, on aura tout le temps pour saisir différents niveaux de lecture dans chaque image.» Au téléphone, la voix de Castellucci a quelque chose de rauque.Surtout lorsqu’il s’enflamme en de longues phrases, précises, émaillées de petits détails plus pertinents les uns que les autres.Cet homme brûle.Il dira des choses fabuleuses que j’ai à peine le temps de noter.Entre autres que le spectateur doit s’impliquer dans le spectacle.«Le spectateur est regardé par le spectacle tout autant qu’il le regarde.Il y a un échange fondamental qui court entre les deux, dans les deux sens: sinon, le théâtre n’est plus qu’un objet de communication.Univoque.Moi, je pense que le théâtre est beaucoup plus global comme expérience.Quand il y a vraiment théâtre, il y a interruption de la communication et passage à un tout autre niveau.» Hey Girl! se situe donc aux antipodes de Genesi.«qui mettait en scène une mécanique tragique, une machine, et b machine était sur le plateau».«Ici, poursuit Castellucci, la mécanique du spectacle est presque invisible: le spectacle met en relief la gloire des petits gestes.Et pour marquer cela bien clairement, j’ai choisi de détourner les mots des textes auxquels je fais appel.» Rien de moins.Même à plus de 6000 km de distance et malgré les fluctuations de la ligne entre le centre-ville et la péninsule italienne, Romeo Cas-teUucci parvient à surprendre, il faut bien le constater.Avec son accent rugueux et dans ses constructions de phrases étonnantes pour quelqu’un qui ne parle français qu’occasionnellement, il m’explique que son spectacle se veut aussi «une critique radicale du langage à travers les mots de Shakespeare».Parce que «le langage est l’ennemi de l’amour et de la personne».Et que c’est cela qu’il a choisi d’inscrire sur scène.«Juliette est seule.Et pour faire sentir encore plus intensément sa solitude, j’ai établi une sorte de correspondance détournée entre les mots et ce qui se passe dans la scène du balcon de Roméo et Juliette.Les mots du texte de Shakespeare n’ont plus aucun rapport avec ce que verra le spectateur.On verra une fem- me d’aujourd’hui.Une femme symbolisant la solitude liée à la condition humaine.» Ailleurs aussi, dans Hey Girl!, Castellucci fait des choix étonnants soulignés abondamment par les journaux européens qui, selon leur orientation, applaudissent, constatent ou marquent négativement le fait, par exemple, de voir «Jeanne d’Arc» asperger un sabre de Chanel n° 5.Ou encore le fait de voir surgir une presque Vénus de Botticelli de la grande masse gélatineuse du début de spectacle.Disons qu’on vous laisse vous faire votre propre idée là-dessus.en vous souhaitant de réussir à trouver des billets! Le Devoir HEY GIRL! Conception, scénographie et mise en scène: Romeo Castellucci.Avec Silvia Costa et Sonia Beltran Napoles.Musique originale: Scott Gibbons.Éclairages: Giacomo Gorini.Une production de Societas Rafiaello Sanzio présentée en français à l’Usine C les 3,4 et 5 juin à 20h.Le public est invité à rencontrer Castellucci de 17h à 18h30 à l’agora du foyer des sciences de l’UQAM, le lundi 4 juin.Rens.: 514 842-2112.j r _________;_________________j -j ,__ r n ;TJ //;L D y A 'Je i/lontréd Jd IJ J z J ?.22 juin au 1 juillet 2007 billetteries ARTICULÉE L'OBLIQUE L'ÉCHANGE 1182 St-Laurent 4333 Rivard 713 Mont-Royal E & S 1 * * /^1 1**1 MONTREAL Quebec * * ( anada Montréal @ ^ IJ;.DM! [jriNÉRAHK BonjourMontreal.com 22 JUIN Duo Steve Amirault, Jim Vivian 20 h - Lion d'Or Jean-Nicolas Trottier Big Band 21 h 30 - Lion d'Or 23 JUIN Classe de maître de piano Jean-Christophe Cholet (France) 13 h - 0 Patro Vys Jean René Trio à cordes 17 h - Pub Saint-Ciboire Trio Jean-Christophe Cholet (FR/Su isse) 20 h - 0 Patro Vys Frank Lozano Quintet 21 h 30-0 Patro Vys OFF JAM 23 h 30 - 0 Patro Vys 24 JUIN - Journée entrees libres NDE 17 h - Pub Saint-Ciboire Rémi Bolduc Quartet et Yannick Rieu 20 h - Lion d'or Jazz poésie et musique libre 21 h 30- Lion d'or Pierre-Yves Martel Quartetski Does Prokofiev 23 h - 0 Patro Vys 25 JUIN Gabriel Lambert Trio 17 h - Pub Saint-Ciboire Artie Roth Quintet (On) 20 h - Lion d’or Ivanhoe Jolicoeur - Bathyscaphe 21 h 30 - Lion d'Or Grogg - Lauzier - Gouband 23 h - 0 Patro Vys 26 JUIN Gaétan Daigneault Organ Quartet 17 h - Pub Saint-Ciboire Janis Steprans Quintet 20 h - Lion d'or Kris Davis Quartet (Etats-Unis) 21 h 30 - Lion d'or Geordie Haley's Every Time Band (On) 23 h - 0 Patro Vys 27 JUIN Classe de maître en chant improvisé avec Christine Duncan 13 h - 0 Patro Vys Lancement DVD Etymologie 17 h - Lion d'Or Damian Nisenson Trio 20 h - Lion d'Or Jean Derome et Les Dangereux Zhoms 21 h 30 - Lion d'Or Duo Soletti Besnard + N.Claveau (FR) 23 h - 0 Patro Vys 28 JUIN Ensemble Lent Prompt 17 h - Pub Saint-Ciboire Thom Gossage - Other voices 20 h - Lion d'or Joel Miller - Mandala Project 21 h 30 - Lion d’or Hiatus + l'Oeil de verre 23 h - 0 Patro Vys 29 JUIN Cari Naud 17 h -Pub Saint-Ciboire Joe Sullivan Sextet 20 h - Lion D'or André Leroux Quartet 21 h 30 - Lion d'or Pierre Labbé + Marie-Hélène Parant 23 h - 0 Patro Vys 30 JUIN Anna Webber - No Phone 17 h - Pub Saint-Ciboire New Dreams (FR) 20 h - 0 Patro vys Sage Reynolds Quartet 22 h - 0 Patro Vys OFF JAM 23 h 30-O Patro Vys 1er JUILLET Samuel Blais 17 h -Pub Saint-Ciboire Jean-François Groulx quintette 20 h - Lion d'Or Reiner Weins - Follow Follow Sextet 21 h 30 - Lion d'Or S QUIET STORM Discrètement, au cours des quatre dernières années, la compagnie Daniel Léveillé danse s'est produite sur des scènes et dans des festivals les plus prestigieux situés dans les villes de Paris, Avignon, New York, Londres, Glasgow, Cork, Salzbourg, Linz, Amsterdam, Francfort, Bonn, Vienne, Munich, Brême, Rome, Milan, Copenhague, Aarhus, Tel-Aviv, Helsinki, Zagreb, Ljubljana, Lausanne, Genève, Toronto, Vancouver, Edmonton et Montréal.De plus, Daniel Léveillé a été invité à présenter AMOUR, ACIDE ET NOIX et LA PUDEUR DES ICEBERGS au festival ImpulsTanz de Vienne, à guichet fermé et en supplémentaire, tout comme ce fut le cas à Montréal.Ces spectacles ont reçu un accueil enthousiaste et chaleureux du public .et voici ce que les critiques en ont dit : “.why is it that such recognizable emotions glint through the pure physicality of The Modesty of Icebergs." The New York Times (New York) «.libère une rage sèche et paradoxalement douce comme la peau.» Le Monde (Paris) « La rencontre avec le corps y est absolue.» Spirale (Montréal) “Only the next morning does the complex arrangement of feelings inside me clarify.I have felt this before and am able to name it.It is heartbreak." The Dance Insider (New York) “An evening of enigmatic and fascinating purity.” Die Presse (Vienna) “It is a most unsettling experience to watch because it is the human microcosm.” The Globe and Mail (Toronto) “One could not have connected the religious and the scientific interpretation of the origin of life more felicitous in one hour." General Anzeiger (Bonn) « La nudité fait planer sur le spectacle et ses gestes gymniques un mystère insoluble » Télérama (Paris) « Attention, Appelons ! » Le Courrier (Genève) Récemment, Daniel Léveillé présentait LA PUDEUR DES ICEBERGS au Théâtre de la Bastille à Paris où les six représentations ont fait salles combles.Le 29 avril dernier, une présentation de CRÉPUSCULE DES OCÉANS en avant-première à Salzbourg a gagné la faveur du public.Les montréalais auront l'occasion de voir la première mondiale de cette création au Festival TransAmériques, du 2 au 5 juin prochains, à l'Agora de la Danse.La compagnie sera de retour sur cette même scène du 12 au 22 septembre 2007, pour y présenter LE SACRE DU PRINTEMPS, une oeuvre majeure du parcours chorégraphique de Daniel Léveillé.25 années de création et toujours à contre-courant.www.fta.qc.ca 514 842 2112 www.agoradanse.com 514 525 1500 E 4___LE DEVOIR.LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2 0 0 7 DANSE La tauromachie d’Israël tialvân FRÉDÉRIQUE DOYON La rumeur prend des airs de prophétie à mesure qu’approche sa venue dans le cadre du Festival TransAmériques: Israel Galvàn, danseur des danseurs, incarnerait un flamenco nouveau, plus qu’une simple modernisation au goût du jour, tel qu’il en pullule depuis quelques années.Avec Arena, il vient pour la première fois à Montréal proposer sa lecture — ou plutôt son senti — de la tauromachie, autre pratique profondément ancrée dans l’inconscient hispanique, entouré d’une vingtaine de musiciens et chanteurs, tel un chœur antique.«Je voulais explorer le climat de la tauromachie, me confronter à un univers près du flamenco selon mon propre point de vue, explique-t-il en entrevue au Devoir avec une simplicité charmante.[Le litre] renvoie à plusieurs choses: à l’arène de la période antique et romaine et au lieu où il se passera quelque chose.» Il n’est pas là pour juger le rituel, ni pour le mettre en scène, mais pour le vivre physiquement et à travers la musique.«Je ne raconte pas une histoire.Si je choisis un thème, je le développe par le biais de mon corps et de la musique.» Un duel La pièce se déroule en six volets, dont trois doivent leur titre aux noms de taureaux qui ont tué des toréadors célèbres: Bailador, qui donna la mort à Joselito El Gallo en 1920; Granaino, qui tua Ignacio Sanchez Meijas en 1934; et Poca-pena, qui encorna Manuel Granero en 1922.Les autres tableaux sont DIEGO GARCIA Israel Galvàn dans Arena .A, consacrés à l’espace de l’arène (Burlero), au silence et à la respiration (Playero) et enfin au chant du cygne (Cantinero), interprété sur un paso doble.Ce duel crucial recèle un danger, une part de risque récurrente dans le travail d’Israël Galvàn qu’il transpose esthétiquement.En d’autres mots, il s’agit moins d’un duel entre lui et la bête qu’entre son œuvre et le public.«Le risque se trouve dans le fait que le public décide, il peut tuer spirituellement l’artiste, affirme le danseur et chorégraphe.Chaque décision qu’on prend est liée à un danger.Un peu comme dans une corrida, on ne sait jamais ce qui va se passer d’une seconde à l’autre.C’est ce que j’ai voulu créer avec mes danses.» Tombé dans la potion flamenco quand il était petit, Israel Galvàn porte en lui les racines de la tradition, celles transmises par ses parents, un père andalou et une mère gitane andalouse, danseurs tous les deux.Né à Séville en 1973, il a pourtant mis du temps à cueillir cette vocation, soit vers 1990.Il avait 17 ans.D cumule rapidement les prix et est sacré grand rénovateur du flamenco dès sa première création en 1998.«Je ne pensais pas que je deviendrais danseur», confie-t-il.Il l’était déjà si naturellement a-t-on envie d’ajouter.«A l’école, comme tous les autres enfants, j’adorais le football.» Ce qui fait écrire à son dramaturge, Pedro Romero, cpf «Israël apprend plus de la danse en assistant à une partie de football [.] que dans une académie moderne».A partir de ces racines a pourtant poussé une danse singulière, qui renverse les canons de l’art et fait naître des formes et postures in- ; édites: une danse exécutée pieds ¦ nus, une cambrure à la limite du déséquilibre, des gestes brutale^ ; ment interrompus, suspendus dans le silence et l’immobilité, traits qui lui ont valu le titre de «Nijinski du flamenco».«Je n’ai jamais eu l’intention de fusionner les styles, comme le flamenco et la danse contemporaine, insiste-t-il.Mais je veux une liberté de mouvements, même si elle repose assurément sur l’énergie flamenca.» D rite ses maîtres du début du siècle, les Carmen Amaya et Vincente Es-cudero, et se réclame aussi des ale-grias de Mario Maya, dont il a intégré en 1994 la Compania Andaluza de Danza, et la solea dTl Farrucco, autre figure mythique.Mais Galvàn, l’instinctif qui raffole de cinéma, est avant tout un artiste de son temps, et part donc d’une exploration de son propre coips.«Il faut donner à l’énergie flamenca toute sa liberté; il ne faut pas rester enfermé dans la forme.» Sur le site Web de sa compagnie, en exergue de sa biographie, il s’exprime avec justesse: «Un artiste flamenco, aujourd’hui, n’a plus l’occasion de se former dans les fiestas, les tablaos, les réunions privées.Je suis allé au lycée, j’ai Internet, je suis fou de cinéma, nous n’avons plus les mêmes références.» Le Devoir ARENA Les 5 et 6 juin au Théâtre Maisonneuve dans le cadre de TransAmériques Vagues de fond Prêt de studio, offre d’expertise, soutien organisationnel: une vague de parrainage entre compagnies mieux établies et chorégraphes en ascension déferle sur le milieu de la danse, histoire de se serrer les coudes quand le financement peine à se rendre jusqu’à la relève.Deux invités du Festival TransAmériques en témoignent: Antoni-ja Livingstone, parrainée par Daniel Léveillé Danse à l’instigation de sa directrice générale, Marie-Andrée Gougeon.«L’idée, c’est de le faire quand un artiste est prêt, de ne pas le faire attendre parce que tout [le financement] est bloqué», explique le chorégraphe Daniel Léveillé.Ce soutien (surtout d’ordre organisationnel) a tellement bien fonctionné que la principale intéressée rue dans les brancards chorégraphiques en Europe, alors qu'au Québec elle restait jusqu’ici confinée à la scène underground.«C’est le pendant féminin de Benoît iMchambre» (dont la notoriété s’est aussi bâtie principalement en Europe), lance Léveillé.Si bien que la créatrice est devenue nomade «pour faire circuler les idées» et se sent maintenant plus chez elle à l’étranger, à Berlin où elle œuvre comme dramaturge ou en France où elle entamera sous peu une résidence.«Même si les choses ont changé et continueront de le faire en France, on se sent à la maison là-bas à cause des relations avec nos producteurs et de l’esprit d'expérimentation autour de la création», rapporte, dans un français cassé, la jeune artiste originaire de Vancouver.Avec la New-Yorkaise Heather Kravas, amie de longue date, elle développe une «conversation chorégraphique» depuis plus de quatre ans.Le mot «corps» revient très souvent dans le discours des deux femmes — corps humain,.corps de la danse, corps politique —, qui se réclament des mouvements fémi- niste et queer, et de l’esprit d’expérimentation.Irur credo?«Protéger la vulnérabilité, l'écoute du corps et de l’autre», indiquent-elles.La comparaison entre Livingstone et Benoît Lachambre pourrait aussi s'étendre à la singularité du langage, très près de la performance, qu’ont en partage ces deux artistes, qui ont d’ailleurs travaillé ensemble.Présentée à compter de ce soir, xxx.- a situation for dancing se décline en quatre soirées, comme quatre volets d’une même œuvre en constante évolution, seul «format» qui convienne à cette fresque improvisée à partir de consignes préétablies, de la méditation et de jeux de hasard à la Cage-Cunningham.Les deux femmes, avec la contribution d’invités spéciaux, décons-fruisent les canons de la danse, déjouent les attentes du spectateur et dépassent les identités féminines ou masculines, le tout dans une perspective «pas tant cynique que LA SAISON 2007-2008 DE LA DANSE du Centre national des Arts fera scintiller au CNA les plus brillantes étoiles du monde.CENTRE NATIONAL DES ARTS NATIONAL ARTS CENTRE 07 108 DANCE NSE Unique au monde, la danse à Ottawa CATHY LEVY, PRODUCTRICE DE LA DANSE Choisissez parmi nos séries ou composez votre propre saison de danse.Pour recevoir gratuitement votre brochure de la programmation 2007-2008, composez le 613-947-7000, poste 620.r _____ 1 m Retour de la doyenne de la danse-théâtre et sa formation - Pina Bauach Tanztheater Wuppertal Une collaboration Interculturelle spectaculaire - Akram Khan et le Ballet national de Chine Les sensationnels Ballets de Monte-Carlo dans Le Songe Plus : • Rosas • Cloud Cate Dance Theatre of Taiwan • Jan Fabre • et quantité d'autres étoiles de la danse À voir absolument - abonnez-vous dès aujourd’hui! PAR Téléphone : 613-947-7000, poste 620 PAR internet : www.nac-cna.ca/abonnements en personne : Du lundi au samedi, de 10 h à 21 h sceptique et ludique».«C’est le contexte qui crée l’identité.Si on change le contexte, l’identité d’une femme, d’un homme, d’un héros ou d’un vilain peut changer, xxx.- a situation for dancing, c'est pour tous les rôles possibles que les gens peuvent jouer dans leur propre vie.» D’autres horizons Une esthétique et une démarche bien différentes nourrissent Le Crépuscule des océans, création de Daniel Léveillé.Bien qu’en continuité avec ses deux pièces précédentes — et d’abord pour la poésie de leur titre: Amour, acide et noix et La Pudeur des icebergs —, la nouvelle œuvre pointe vers d’autres horizons chorégraphiques.«Elle [la création] va ailleurs, même si en partie elle recoupe les deux autres pièces, il y a vraiment une ouverture sur autre chose, confie le chorégraphe.Ça ne sera jamais le “free flow” chez Daniel Léveillé, mais on est plus dans un mouvement coulant.» Les œuvres précédentes nous aspiraient dans la mécanique de la danse, avec une rigueur telle qu’elle en dégageait une profonde beauté.Le nudité des danseurs mettait au jour l’anticipation, la préparation des mouvements, des sauts avec arrêts fréquents dans la danse brute.Cette fois, une certaine fluidité fait son chemin dans l’œuvre du chorégraphe, évoquant le mouvement de l’océan et appelant la musique romantique de certaines sonates de Beethoven.«[La métaphore de] l’océan, c’était pour le mouvement particulier d’une masse, cette espèce de vague qu’on peut imaginer, des vagues de fond.Il y a des sections de la chorégraphie — qu'on appelle les vagues d’ailleurs — où les interprètes viennent par deux ou trois nourrir une séquence, et on a l’impression de quelque chose qui, à la fin, nous submerge.» Cette nouvelle matière gestuelle a alimenté un changement de regard chez le chorégraphe, qui a soudain senti le besoin, dans quelques sections de son œuvre, de rhabiller ses danseurs, maintenus, depuis Amour, acide et noix, dans leur plus simple appareil.(Un costume que chérit d’ailleurs aussi Dave St-Pierre, danseur de la compagnie de Léveillé pendant longtemps.) Quant au choix musical, le chorégraphe a capté au vol le défi immense lancé par un monument de la danse du XX1' siècle.«Balanchine avait dit qu’on pouvait chorégraphier sur n’importe quel compositeur sauf Beethoven.» Aléa jacta esfi.F.D.LE CRÉPUSCULE DES OCÉANS Création de Daniel Léveillé Jusqu’au 5 juin à l’Agora de la danse, à 20h XXX.- A SITUATION > FOR DANCING D’Antonija Livingstone et Heather Kravas Jusqu’au 5 juin au Théâtre La Chapelle, à 22h 614 LE I) E Vr 0 I R , LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 J ü I N 2 0 0 7 CULTURE E 5 MÉDIAS Retour du cinéma 3D Pour Hollywood, le 3D est vu comme un outil pour relancer les projections en salle PIERRE CRÉPÔ Le 24 juin, au Lion d’or, Rémi Bolduc à l'alto va croiser ses gammes et harmonies avec celles de Yannick Rieu au ténor.JAZZ Un Off mieux ciblé SERGE TRUFFAUT La huitième édition de l’Off Festival de jazz débutera le 22 juin et se conclura le T juillet.Entre ces deux dates, plus de trente spectacles seront proposés au lion d’or, centre de gravité par excellence de l’événement, au Pub St-Ciboire ainsi qu’au Patro Vys.Et alors?L'affiche a de l’éclat Ce qu’elle a perdu en nombre de shows elle l’a gagné en équilibre.Comme si l’état-major chargé de la programmation avait choisi de s’appliquer au resserrement de la fête sans l’étrangler.C’est moins touffu, mieux ciblé, sans que l’éventail sonore en souffre.En clair, il y a de tout ce qu’il faut pour satisfaire l’amateur de jazz.Du «bibop» au big-band en passant par l’éclaté, l’ancien et le nouveau, le pesant et l’aéré, le déjanté et le lyrique, rien n’a été oublié.Déclinons.A tout seigneur tout honneur, dans le sens républicain du terme, commençons avec le TGI), soit le Train à Grande Détermination.De-que-cé?T comme dans Tanguay, Pierre de son prénom et surtout batteur aussi fin que dynamique; G comme dans Guil-beault, Normand de son first name et surtout contrebassiste aussi passionné que volontaire; D comme dans Derome baptisé Jean et surtout savant du jazz et saxophoniste sans concession.Et alors?Le 27 juin, ce trio immense, littéralement, va lancer un DVD enregistré lors de la 7" édition.On dira: bof, c’est juste un lancement.Sauf que Pacte en question sera précédé ou suivi d’un show au Lion d’or.Ensuite, le trio du saxophoniste Damian Nisenson, qui comprend Jean-Félix Mailloux à la contrebasse et.Pierre Tanguay, prendra le relais.Selon les indications contenues dans le programme, Nisenson a une inclination esthétique pour «les musiques juives et l’underground de Buenos Aires».On ne sait si le mélange est détonnant, mais reste qu’il pique la curiosité.Apres eux, retour de Derome sur la scène à la tète de ses Dangereux Zhoms avec Tom Walsh au trombone, Guillaume Dostaler au piano et Tanguay évidemment à la batterie.Le 24 juin, toujours au Lion d’or, Rémi Bolduc à l’alto va croiser ses gammes et harmonies avec celles de Yannick Rieu au ténor.Ce tandem, qui compte parmi les meilleurs souffleurs au pays, au sens géographiquement large du terme, sera soutenu par une rythmique hors pair: John Roney au piano, Zack Lober à la contrebasse et le vétéran, le très professionnel Dave Laing.Le 26 juin, la date est à retenir, Janis Steprans, saxophoniste alto très fin, très subtil, sera flanqué du digne représentant de la li- gnée Kenny Dorham, Lee Morgan et autres apôtres du «bibop», soit le trompettiste Kevin Dean, l’excellent Steve Amirault au piano, le sûr Alec Walkington à la contrebasse et l'admirable André Wahite à la batterie.Soit dit en passant, c’est au duo Amireault et Jim Vivian à la contrebasse que reviendra le mérite ou l’honneur, c’est au choix, de donner le coup d’envoi de cette édition.Précision importante: le show de Steprans sera enregistré par la CBC.Le 25 juin, également au Lion d’or, le trompettiste Ivanhoe Joli-cœur, qui n’a pas son pareil pour allier énergie et passion, va enfiler les compositions de son album baptisé du nom de son groupe Bathyscape.Ce compact excellent, qui en tout cas devrait ravir les sensibles au jazz des fameuses étiquettes Riverside ou Prestige, Blue Note ou Contemporary, a été réalisé avec trois fois rien mais avec des.grands moyens.Lesquels?Yves Adam au saxo, Gaétan Daigneault au piano, Marc Tremblay au trombone, Alain Picotte à la contrebasse et Daniel Lemay à la batterie.Précision importante (bis): le disque n’étant pas — hélas! — distribué dans les magasins, il sera certainement disponible sur place.A la rubrique «A ne pas manquer»: le quartet du ténor André Leroux, le 29 juin, toujours au Lion d’or, avec notamment Frédéric Alarie à la contrebasse.Ce spectacle sera aussi enregistré par la CBC.Espérons qu’il se traduira par la parution d'un compact.Soyons factuels.Les billets sont en vente dans trois magasins: Articulée, L’Oblique, L’Echange.On en reparlera.Ribot à la Casa Le présent trimestre a ceci de commun avec celui de l’an dernier et celui de l’an prochain qu’il se distingue par une inflation de l’offre musicale aux accents «jaz-zés».Car outre le FIJM et le Off, il y a aussi celui de la Casa del Po-polo.Financièrement dit, le dollar du «pôvre» consommateur est le sujet de toutes les envies, sans oublier évidemment les intemporelles subventions.Toujours est-il que le festival de la Casa se déroule tout au long du mois de juin.Alors, comme on aura l’occasion d’y revenir, on s’en tiendra aujourd’hui à l’essentiel: Marc Ribot.Oui, oui, le guitariste matois sera en solo le lundi 4 juin.Coût du billet: 18 ou 20 $.Mercredi, les amateurs aimant les risques musicaux devraient se régaler avec le duo William Parker, figure emblématique de l’avant-garde new-yorkaise, et Hamid Drake.Le Devoir PAUL CAUCHON Pour plusieurs cinéphiles, le cinéma en trois dimensions s’apparente à une curiosité psy-chotronique, même si un réalisateur «sérieux» comme Hitchcock avait proposé une version 3D de son classique Dial M for Murder.Mais de façon générale, le 3D est associé aux films d’horreur et à la série B, avec ces fameuses lunettes de carton qui nous obligeaient à bouger la tète pour bien voir '«l’effet».Entre autres chefs- d’œuvre impérissables, le signataire de ces lignes se souvient de la projection dans un cinéma de répertoire de Creature of the Black Lagoon, un classique du 3D et du film nul, projection qui se déroulait dans l'hilarité générale à travers les effluves de l’herbe interdite.Surprise: le 3D se prépare à un retour en force, et ce n'est pas un gag.Pour Hollywood, le 3D est même vu comme un outil pour relancer les projections en salle et faire du cinéma une expérience exceptionnelle, alors que le marché du DVD et que le téléchargement de films sur Internet ne cessent d’affamer les salles de cinéma.Il y a deux semaines, le p.-d.g.de Dreamworks, Jeffrey Katzen-berg, a sonné la charge: en 2009, tous les films d’animation de son studio seront en trois dimensions, dont Shrek 4.Le 3D est la plus grande avancée technologique depuis l’arrivée de la couleur il y a 60 ans, clame-t-il.Il prédit même que les spectateurs prendront l’habitude de se promener avec leurs propres lunettes 3D, de la même façon qu’ils possèdent leurs1 propres lunettes de soleil! Lorsqu’on ajoute que Steven Spielberg, James Cameron, George Lucas, Peter Jackson et Robert Zemeckis travaillent tous sur des projets de films 3D, on commence à prendre la chose au sérieux.Le projet de Spielberg et de Jackson de tourner les aventures de Tintin pourrait d’ailleurs être en trois dimensions.Pour sa part, le réalisateur de Titanic, Janes Caneron, est actuellement plongé dans le tournage à'Avatar, mégaproduction de 200 millions de dollars qui raconte la lutte entre humains et extraterrestres et qui pourrait être l’événe- ment de 2009 au cinéma.Selon des magazines américains, Cameron visionne tous les soirs les scènes tournées dans la journée en arborant des lunettes spéciales! Nouvelles lunettes Le renouvellement du 3D est lié à la puissance des outils informatiques, à la multiplication des salles de cinéma équipées en numérique et au développement de nouvelles lunettes, qui sont maintenant noires.Il y a deux semaines, le Festival de Cannes a proposé un film en 3D d’une heure tourné lors d’un spectacle de U2, film qui a fait sensation, semble-t-il, avec un nouveau type de lunettes.De nouvelles lunettes sont également utilisées pour voir Meet the Robinsons, film des studios Disney actuellement distribué aux Etats-Unis, qui serait le premier à véritablement exploiter la diffusion numérique.Les studios veulent accélérer le passage au numérique chez les exploitants de salle.Actuellement, quelque 2300 salles de cinéma sur 37 000 peuvent offrir aux Etats-Unis une véritable projection numérique; de ce nombre, seulement 700 sont équipées en 3D.Les spécialistes de l’industrie soutiennent qu’il faut atteindre un niveau de 1000 salles bien équipées en numérique 3D pour rêver à une nouvelle exploitation commerciale du 3D.Non seulement les studios américains planifient-ils une déferlante 3D dans deux ans, mais plusieurs entreprises travaillent à des possibilités encore plus étonnantes.Ainsi, des fabricants comme Sanyo, Phillips ou Toshiba travaillent depuis des années sur des logiciels et des équipements qui permettront un jour de regarder le petit écran en 3D, et ce sans lunettes spéciales.George Incas est même en train de développer un projet d’émission de télévision en trois dimensions.L’industrie du divertissement commence à évoquer la possibilité de jeux vidéo 3D, où on enverrait son avatar combattre les méchants.Serez-vous surpris d’apprendre que l’industrie du porno, elle, salive déjà devant les possibilités financières de ces nouvelles technologies?Le Devoir George Lucas est même en train de développer un projet d’émission de télévision en trois dimensions YANNICK NEZET-SEGUIN, CHEF MAHLER: SYMPHONIE N° 6, «TRAGIQUE » LE LUND111 JUIN 2007,19 H 30 CONFÉRENCE PRÉCONCERT GRATUITE À 18 H 30 514 8 4 2.21 12 1 866 8 4 2.2112 www.pda.qe.ca Réseau Admission su 790.1246 LAISSEZ PARLER VOTRE COTE CLASSIQUE ! 514.598.0870 POSTE 21 ORCHESTREMETROPOLITAIN.COM Orchestre Métropolitain du Grand Montréal Yannick Nézet-Séguin SYMPHONIE 1 UNE PRÉSENTATION DE a* Hydro Québec Québec* DtMON’ 10 cE> duù LE DEVOIR Orchestre Métropolitain du Grand Montréal Yannick Nézet-Séguin SAISON 2007/2008 SYMPHONIES INACHEVÉES | SCHUBERT, BRUCKNER HOMMAGE À GLENN GOULD | ANTON KUERTI, WONNY SONG DE HAYDN À HÉTU | MARIO BERNARD!, NICOLÔ EUGELMI TCHAÏKOVSKI, LA PATHÉTIQUE LES MILLE ET UNE NUITS | SCHÉHÉRAZADE AVEC ANIK BISSONNETTE LE REQUIEM DE FAURÉ ET LE SYMPHONISME FRANÇAIS | SUZIE LEBLANC, MARC BOUCHER ET ANNE-JULIE CARON MAHLER, LE CHANT DE LA NUIT LAISSEZ PARLER VOTRE CÔTÉ CLASSIQUE ! ABONNEZ-VOUS! 514.598.0870 POSTE 21 orchestremetropolitaincom ""Québec s:: M ^ srsr" LE DEVOIR k * LE I) E V 0 I K .LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 3 JUIN 2 0 0 7 La saga du streamline UN DESIGN AMERICAIN : LE STREAMUNE DE 1930 À NOS JOURS Musée des beaux-arts de Montréal Jusqu’au 28 octobre Le 31 octobre 1949, Time Magazine consacrait sa une au designer Raymond Loewy.Un dessin le représente auréolé de ses créations sous ce titre: «He streamlines the sales curve.» Et pour cause.«La laideur se vend mal», clame l'autobiographie de l'un des pères de la ligne «courant d’air».«Fasciné adolescent par les biplans de l’aviateur Santos Dumont, à la fin de sa vie Loewy conçoit l’aménagement intérieur du Skylab de la NASA», souligne David A Hanks, co-commissaire de l’exposition.Français émigré aux Etats-Unis en 1919, Loewy (1893-1986) abandonne l’illustration de mode pour imaginer en 1929, en plein crash de Wall Street, une machine à dupliquer.«J’ai été le premier à employer de l’argile pour modeler une forme industrielle.» Le résultat est la première Gestener qui n’ait pas l’air d'un monstre tonitruant de l’ère du premier âge industriel.«Raymond Loewy a lancé le design industriel et le mouvement du streamline», écrit de lui l’architecte Philipp Johnson.Lancé par un «Frenchy», ce style si typiquement yankee consacre jusque dans les années 50 \’American way of life.Après «des débuts difficiles», les commandes suivront: frigo Cold-spot pour Sears, autobus Grey- hound relooké à la façon des locomotives, telle la SI, véritable torpille sur rail, pour la Pennsylvanie Railroad; ferry féerique, le Princess Ann-, écrémeuse sexy et hygiénique pour McCormick-Deering, aspirateur mi-luge et mi-fusée; tracteurs; voitures, dont la Studebaker 1947 à la calandre en nez d’obus; machine à coudre; coupe-jambon et, digne de Radio Days, le poste TSF, comme on lisait dans Tintin, Emerson en bakélite moulée et son demi-arc où swinguait Benny Goodman.Avec Loewy, d'autres designers, tels Norman Bel Geddes, Henry Dreyfuss, Walter Dorwin Teague et même Buckminster Fuller ou Noguchi, ont façonné le décor quotidien américain.Tandis qu’auparavant Ford proclamait à la cantonade que ses voitures pouvaient être vendues dans n’importe quelle couleur pourvu Que cela soit du noir, le streamline allait transformer le modèle A d’Eliot Ness ou le rustique V8 de Bonnie & Clyde de l’état de caisse à savon proche du chariot de Ben Hur en des objets policés, séduisants et distinctifs.Une arme de « création massive » 1933.Un nouveau président secoue la nation.«La seule chose .qu’il nous faut craindre, c’est la crainte elle-même», proclame Roosevelt dans son discours inaugural.L’année d’après, son administration adopte le mot «streamlining» pour remédier à la sops-consommation.Aux yeux des Etats-Unis en crise, ce style optimiste, fluide et si rutilant est assimilé à la vitesse, à l’efficacité et à la séduction.En ces temps difficiles, pour relancer la consom- ¦.I Lucy Blanchette Du 6 juin au 15 juillet «Monument de souvenir : l’Hymne des carillons continue» (Des églises de Montréal) Bas-reliefs en aluminium de récupération Œuvre uniques Vernissage : mercredi 6 juin de 17h à 20h GALERIE BERNARD 3926 rue Saint-Denis, Montréal (Québec) H2W 2M2, Tél.: (614) 277-0770 mercredi llh-1 Th jeudi-vendredi llh-19h samedi 12h-17hwvrw.galeriebemard.ca Unique au pluriel Exposition des finissants 2007 : Vincent Chagnon, Marie-Michelle Clavet, Sophie Cloutier, Pascal Leclerc, Myriam Legault Monty, Jinny Lévesque, Éliane Paul-Hus, Marylène Samson, Laura Sasseville, TANI.Du 31 mai au 7 septembre, du lundi au vendredi de 9 h à 17 h * B-ü $ | S il-?& ^ U Ewace VERRE 1200, rue Mill, Montréal (près du pont Victoria) www.espateverre.qc.ca 514-933-6849 MUSEE D’ART DE JOLIETTE Lisette Mode! 20 mai - 6 août Marie-Claude Pratte {histoire, de l'artiste contemporain) 13 mai - 2 septembre Eric Simon Eadweard Muybridge Portraits séquentiels L’intuition du photographe 2(1 mai - 2 septembre 20 mai - 2 septembre MUStf D ART DB JOLIBTTE | UM7 145, rue Wilfrid-Corbeil Juliette (Québec) CANADA (450) 756-0311 www.mutee.joliette.org Sept, à juin : merer, au dim.12 h à 17 h Juill.et août : mardi au dim.11 h è 17 h SOURCE MB AM Ventilateur modèle n"22-TIZephyr, 1937.Design: Robert Davol Budlong.mation chez les classes moyennes, le streamline devient une arme de création massive.Se projetant tel un train ou un dirigeable vers l’avenir, le streamline, par son aura futuriste et ses formes aérodynamiques ou bio-morphiques à la Mirô, se présente comme un antidote à la déprime.Coïncidant avec la mise en place de la Work Progress Administration (WPA) qui vise à encourager l’emploi en injectant massivement dans les fonds publics, il se fait promesse d’un monde meilleur.Ses carénages dynamiques dissimulent la laideur de la machine et l’agressivité du capitalisme sauvage.Neutralisant toutes les connotations menaçantes, le streamline veut amadouer les Américains réticents à la dépense tandis que le chômage accable 26,7 % de la population en 1934.Ainsi labellisé, tout se vend mieux: jouets ou soutien-gorge, juxe-box ou, ici exposée, une caravane Airstream profilée comme un zeppelin.Aérodynamique, le phénomène s’impose tout autant pour les plans du Lockheed Electra de l’aviatrice Amelia Earhart que, plus curieusement, pour un duo de salière et poivrière aux formes d'aéronefs sorties d’une bande dessinée de science-fiction de Buck Marvel.Supplantant l’Art déco plus européen, le streamline s’inspire davantage des archi- tectures de Frank Lloyd Wright et de l’Allemand Erich Mendel-shon, avec leurs bandes horizontales déclinées autour de formes en goutte d’eau.Au bureau, malgré les perspectives économiques incertaines pour ces nouveaux cols blancs décrits par le romancier Upton Sinclair ou le peintre Edward Hopper, la moindre agrafeuse aux angles arrondis véhicule la productivité et le progrès.A la maison, la crise favorise le bricolage.Le corps des ponceuses et des perceuses est fuselé.Du mélangeur à la centrifugeuse, le modernisme s’empare de la cuisine et, n’en déplaise à Duchamp et à son urinoir, de la salle de bains.Avec l’avènement de la semaine de 40 heures, shakers à cocktails, jeux de cartes, vaisselle Fiesta, radios d’acajou ou de bakélite et phonographe empilant les 78 tours participent de la naissance de la double société des loisirs et de la consommation.Dans les salles de cinéma, néon, alu et chrome rivalisent avec le monde de rêve des comédies musicales pour éblouir le spectateur de clinquant et lui apporter, avant même que le film ne commence, un peu du glamour d'Hollywood.Une esthétique enfin réhabilitée A la fascination rétro s’ajoute, devant l’expo, la nostalgie des plus vieux pour ces objets leur rappelant leur jeunesse.Pourtant, tandis que les délires du streamline se sont bien calmés, il aura toutefois fallu attendre cette exposition — constituée à partir d’une collection de 900 pièces, la collection Brill cédée au MBAM par l’entremise du programme Lilian et David Stewart — pour que cette esthétique, donnant à tous ces objets de la vie quotidienne une même apparence de bonbons sucés longtemps, soit enfin réhabilitée.Si éloigné des tenants d’un design anguleux, pur et abstrait, cher au Bauhaus, le streamline, en son temps, a été excommunié pour cause de frivolité et de non-fonctionnalisme.Non conforme avec le dogme moderniste présidant durant des décennies au choix des objets du MoMA de New York — où la forme doit suivre la fonction —,1e fait, en plus, que le stylisme ici «fesse vendre» le rendait d’autant plus suspect.L’exemple le plus décrié est le taille-crayons imitant un réacteur d’avion dessiné par Raymond Loewy en 1944.Selon un observateur de l’époque, «la métaphore du mouvement s'applique à quelque chose qui ne bougera jamais».Aujourd’hui, en dehors de son charme rétro, cette stylistique boursouflée et ces angles arrondis nous communiquent autre chose.En 2007, le design de pointe opère à travers des objets, miniaturisés et quasi virtuels.Par i-Pod et Nike interposés, il devient une extension du corps.Dans la mode sport et les loisirs, l’évocation de la vitesse est devenue, non plus celle de la machine, mais celle du corps de l’athlète.Personnalisé mais délocalisé, sans prise et sans racines, ostentatoire mais effacé et miniaturisé, l’objet contemporain, à la limite de la dématérialisation, exprime une nouvelle mutation des repères.Il n’est donc pas-étonnant que le streamline, une fois de plus, nous rassure en feignant de nous transporter en un étrange surplace.Emerge ainsi de cette exposition une insolite non-concordance des temps où l’idée que se faisait le passé du futur n’est plus tout à fait celle du présent.Collaborateur du Devoir 3 EXPOS A L'ESPACE SHAWINIGAN 2 JUIN - 30 SEPTEMBRE 2007 Mur de tumtùrv ( clôt ail), 200 f EXPOSITION SOLO EN GRANDE PREMIERE AU CANADA Organisée par le Musee des beaux-arts du Canada et présentée par la Cité de l'énergie lïîîl 1882, rue Cascade, Shawinigan (Québec) SHAWINIGAN 819 537.5300 1 866 900.2483 musee.beaux-arts.ca [Espace Shawinigan accueille les expositions du Musée des beaux-arts du Canada.LA CITÉ DE L’ÉNERGIE SS Musée des beaux-arts National Gallery * y SHAWINIGAN ¦ du Canada of Canada V
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