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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier H
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  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2003-09-27, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 2 S SEPTEMBRE 2 0 0 3 LE DEVOIR Sciences et culture Stéphane Vachon À 30 ans, il était déjà un balzacien reconnu.Il va accepter le prix André-Laurendeau: «Ce prix de sciences humaines, il me semble, honore la littérature et la recherche littéraire, et puis Balzac, qui lui-même s'est adonné à la pluridisciplinarité puisqu'il définissait la littérature comme une connaissance de l'homme social.» Page 5 Les Prix de l'Acfas André-Marie Tremblay Il est un théoricien de renommée internationale dans le domaine de la physique de la matière condensée.Diplômé du MIT, «je voulais revenir travailler au Québec et la matière condensée m'apparaissait un domaine qui avait de l'avenir au Québec» Il reçoit cette année le prix Urgel-Archambault des sciences physiques, mathématiques et génie.Page 6 Porteurs de savoir «Créer de nouveaux rés ux» Q) 3 O a DESIGN TIFFET O O l/ï TJ «Il est primordial d’améliorer les réseaux à la fois des chercheurs, mais également des entreprises et du secteur public.» SA il est une image connue d'un scientifique, x c'est bien celle qui le met en relation avec des éprouvettes, ou tout autre milieu fermé qui permet l’isolement favorable à l’observation d'un simple phénomène.11 serait toutefois faux d’extrapoler pour déduire qu'il en va ainsi pour décrire la formation d’un futur chercheur ou le déroulement de sa carrière.Prenons pour étude le cas de Leon Glass.Premier fait: s’il travaille depuis plus de 30 ans à Montréal, il est d’origine américaine.Deuxième fait: ses études débutées à Brooklyn l’ont mené à Chicago avant qu’il ne se rende à Edimbourg pour revenir ensuite à Chicago.Troisième fait: il a un baccalauréat en chimie, un doctorat portant sur la théorie du mouvement atomique et il conduit des études posUloctorales tant sur l’intelligence artificielle qu’en biologie théorique.Quatrième fait: ses divers postes en université l’ont fait œuvrer dans des unités qui avaient pour disciplines la physique, l’astronomie, la physiologie et la cardiologie.Leon Glass reçoit cette année le prix Jacques-Rousseau de l’Atias.Normal, dira-t-on, quand on sait que ce prix souligne des réalisations interdisciplinaires qui débordent les seules spécialisations.Pourtant, il serait, semble-t-il, normal, selon un autre scientifique, d’avoir une telle attitude.Ainsi, le récipiendaire cette année du prix Marcel-Vincent en sciences sociales a repris le concept du réseau comme sujet de sa propre spécialisation, avec pour conséquence qu’il y va d’une recommandation qui touche le développement de toute recherche: «Il est primordial, bien que cela ne soit pas jucile, d’améliorer les réseaux à la fois des chercheurs, mais également des entreprises et du secteur public.Il faut saisir davantage toutes les occasions de contacts et d’échanges et également créer de nouveaux réseaux.» Sinon, c’est la sclérose, l’arrêt d’une mise en action des découvertes.Échanges Aussi, quand il y a quelques années un ministre québécois de l’Education a voulu imposer aux universités des «contrats de performance», cellesd ont répondu favorablement à sa demande parce qu’en retour, il leur garantissait des subsides accrus qui allaient leur permettre l’embauche de nouveaux professeurs.Combinée aux subventions données par les (fivers fonds de recherche, tant canadiens que québécois, la mesure ouvrait la porte au rapatriement de cerveaux — comme au débauchage de chercheurs déjà en poste.L’université a elle aussi depuis longtemps compris qu’eDe ne peut se développer si sa politique a pour mot clé l’incubation.Ainsi Marcel Fournier, récipiendaire du prix Adrien-Pouliot, souligne qu’il a pu, étudiant, travailler sous la direction d’un Pierre Bourdieu.Chez les jeunes, un tel mouvement d’échanges se poursuit aussi.Un Sylvain Jutras, s'il œuvrera à l’automne dans la région de Lotbinière, avait au préalable dans son dossier de chaudes recommandations venues de Finlande: comme quoi les études en sciences forestières, même si le Québec a son lot de forêts, ne se font pas en vase clos! Naturellement, quand vous étudiez l’époque carolingienne, comme c’est le cas pour Martin Gravel, il est possible que votre doctorat soit chapeauté par deux institutions: Montréal, d’où vous venez, et la Sorbonne, où vous allez vous rendre.L’université, lieu d’échanges?les prix que remet l’Ac-fas en témoignent.Ainsi Maher Boulos, prix J.-Armand-Bombardier, a reçu son premier diplôme de l’université du Caire, quand Chandra Madramootoo, prix Michel-Jurdant, est né en Guyane et que Mona Meyer a un profil de carrière complexe qui, à lui seul, justifie presque qu’elle obtienne le prix Léo-Pariseau attribué pour le secteur des sciences biologiques et de la santé.Si l’image du chercheur impose celle de l'éprouvette, sa carrière, par son développement, démontre qu’il fàit tout pour sortir loin du cadre des premières expériences.Normand Thériault Chercheurs Prix Michel-Jurdant Chandra A.Madramootoo Prix Adrien-Pouliot Marcel Fournier Page 2 Prix J.-Armand-Bombardier Maher Boulos Prix Marcel-Vincent Réjean Landry Page 4 Prix Jacques-Rousseau Leon Glass Page 5 Prix Léo-Pariseau Mona Nemer Page 6 Étudiants Prix Desjardins d'excellence Martin Gravel Émilie Guay Prix Bernard-Belleau Yohan Bossé Prix Ressources naturelles Sylvain Jutras Page 3 LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 SEPTEMBRE 2 0 0 3 H 2 ?AC FA S* PRIX MICHEL-JURDANT Des solutions aux problèmes de l’eau RÉGINALD HARVEY Le professeur Chandra A.Madraraootoo poursuit une carrière internationale dans le domaine de la gestion des ressources hydriques, de la qualité de l’eau et des bassins hydrographiques.Il occupe un poste de professeur titulaire au département de génie agricole et des biosystèmes de l’université McGill depuis 1995.Le prix Michel-Jurdant échoit à une personne dont les travaux et le rayonnement scientifique ont servi à mettre en valeur la protection de l’environnement dans la société.Durant un parcours professionnel de 18 ans à McGill, M.Madramootoo a élaboré un programme de recherche d’envergure nationale et internationale, qui porte sur l’étude en long et en large de plusieurs aspects de la gestion des ressources hybrides et de la conservation des sols et de l’eau; il poursuit aujourd’hui son analyse en profondeur de la qualité de l’eau des bassins hydrographiques ruraux et des systèmes de drainage.Ce prix vient s’ajouter aux nombreuses récompenses qu’il a déjà reçues et qui ont salué la qualité de son travail: «C’est un prix majeur et on ne m’avait jamais rendu un tel hommage auparavant.C’est très significatif et ça témoigne du respect que me portent mes collègues et mes pairs.C’est très important pour moi et c'est un grand honneur.» Le scientifique a vu le jour en Guyane et ce lieu d’origine l’a fortement inspiré dans son choix de carrière: «Il y a beaucoup de problèmes de gestion de l’eau dans ce pays en raison de nombreux facteurs en présence comme la crue et la sécheresse.Durant ma jeunesse, j’étais cultivateur de riz; c’était très important d’avoir une bonne connaissance de la gestion de l’eau à des fins d’irrigation et de drainage pour obtenir une récolte abondante.» Cette expérience de travail l’a marqué et il a choisi d’orienter ses études dans cette voie: «J’ai décidé d’étudier sur les questions de gestion de l’eau à l’université McGill.J’ai opté pour le Canada parce que mon père avait poursuivi ses études ici auparavant.J’ai vite apprécié la qualité des travaux effectués à McGill et je me suis aperçu à mon arrivée qu’il y avait beaucoup d’eau dans ce pays et au Québec; par conséquent, il existait beaucoup de problèmes dans la gestion de cette ressource.» À partir de là, il s’est attaqué à des sujets comme ceux des bassins versants, du contrôle de la pollution et de la crue des eaux.Enseignement M.Madramootoo a débuté sa carrière en 1984 en tant que chargé de cours au département de génie agricole et des biosystèmes.Il est devenu professeur adjoint en 1986, professeur agrégé en 1991 et titulaire en 1995; en 2001, l’université lui confiait la chaire d’enseignement James-McGill.D n’a pas perdu le feu sacré pour cet aspect de la tâche universitaire, malgré le cumul de toutes ces années passées dans les salles de cours: «C’est très, très important pour moi.Je donne trois à quatre cours chaque année.R y en a un d’introduction sur l’ensemble de la problématique pour les étudiants du baccalauréat, un autre pour les étudiants gradués de maîtrise et de doctorat et qui porte sur les mêmes sujets.Aussi, à chaque printemps, je présente un autre cours au collège MacDonald.» Il puise un enrichissement professionnel dans la transmission du savoir acquis au fil du temps: «De la sorte, je peux expliquer mes connaissances, mes solutions et mes projets de recherche aux étudiants.Pour moi, c’est absolument obligatoire, cet aspect du travail, et je cite à ce propos une phrase d’un recteur de McGill: “A good researcher is a good teacher”, m bon chercheur est également un bon professeur.» Recherche Fondamentalement, le scientifique fait porter ses travaux de recherche sur le sujet suivant «Ik [ses travaux] sont conduits dans le but d’obtenir premièrement une bonne vision des méthodes et des mécanismes de transport des pollutions sur les territoires agricoles.Ils portent sur les principes de physique qui s’appliquent à ce transport des pollutions dans les sous-sols, les nappes d’eau, les fossés, etc.Grâce aux connaissances accumulées, on développe des modèles pour évaluer et comprendre tout le processus; on se sert de celles-ci pour développer des solutions de contrôle de la pollution sur les territoires agricoles.» Sous l’angle de la recherche, le professeur est très impliqué ailleurs dans le monde puisqu’il est vice-président de la Commission internationale des irrigations et du drainage (CIID) et membre du Conseil mondial de l’eau: «Un des objets de mes recherches est d’utiliser les connaissances acquises, les technologies développées et les résultats obtenus au Québec comme une plateforme pour identifier les solutions possibles à appliquer dans d’autres pays.» Le Québec possède une très vaste expertise en matière d’eau et des équipes interuniversitaires de chercheurs chevronnés ont contribué à son rayonnement à l’extérieur du pays: «Nous avons plusieurs organisations — comme Hydro-Québec, INRS-Eau, McGill, l’École polytechnique — et beaucoup de professeurs et de spécialistes qui travaillent dans le domaine de l’eau.Nous avons aussi tout un éventail de problèmes relatifs à l’eau.Nous avons investi les budgets pour trouver ici des solutions.Je pense que nous possédons un laboratoire pour découvrir au Québec des solutions appropriées à d’autres endroits à travers le monde.» Des professeurs des universités Laval, McGill, de Montréal, Sherbrooke et d’autres instances universitaires sont impliqués dans des projets de recherche sur l’eau.Chandra A.Madramootoo se tourne maintenant vers l’avenir et souhaite incessamment se lancer dans une autre aventure: «Je me tourne vers une recherche qui servirait à comprendre les mécanismes de changement de climat sur la qualité et les quantités de l’eau au Québec.C’est un sujet qui m’intéresse vivement et j’espère lancer un grand projet sur cette problématique avec des partenaires comme le gouvernement du Québec, Hydro-Québec et Alcan.» Chandra A.Madramootoo UQAM Université du Québec a Montreal UOTR Université du Quebec à Trois Rivières J i -w UQAC Université du Quebec a Chicouioiu UQAR Université du Quebec a Ruuuuski M UQO Université du Quebec en Outaouais UOAT Université du Quebec en Abu du Tèit)iscamin(|ue ' , i % ‘¦'[ii 1 1 ' 1 0 I 'I ; il- || ill i I flill INRS Institut national de In recherche scientifique i ENAP École nationale d administration publique ETS Ecnle de technologie supérieure PM» TELUQ Tele université FELICITATIONS L'Université du Quebec félicité tous les chercheurs et étudiants ayant participe au 59,! Gala de la science de l'Acfas.La recherche scientifique est le fer de lance du développement du Quebec moderne.Grace à son reseau de 10 etablissements teiartis à la qrandeur du ^titoire, l'Universite du Québec contribue pleinement a l'avancement du savoir.f«| L'intelligence est partout Université du Québec PRIX ADRIEN-POULIOT L’engagement sans la « partisannerie » ROBERT CHARTRAND On peut dire que la carrière de sociologue de Marcel Fournier a démarré sous le signe de la coopération entre le Québec et la France puisqu’au début des années 1970, il a fait sa thèse de doctorat à Paris.sur les sciences sociales au Québec! «J’ai été l’un des rares Québécois à travailler sous la direction de Pierre Bourdieu, ce sociologue franc-tireur, décédé au début de 2002.Il dirigeait à l’époque le Centre de recherche sur l’éducation et la culture, ce qui a influencé l’orientation de certaines de mes recherches.Assez tôt, je me suis intéressé à l’art et à la culture d’ici, en collaboration avec les chercheurs de l’IQRC (Institut québécois de recherche sur la culture); j’ai étudié la pratique de cette culture, sa diffusion, sa réception.» «Plus précisément, j’ai abordé le milieu artistique québécois un peu dans la même perspective que celle de Bourdieu: comme un champ structuré, traversé par ses oppositions, ses alliances, ses débats.J’ai également étudié cette grande révolution culturelle qu’avait été le Refus global, de même que le malentendu dont Borduas avait été l’objet.» Le prix Adrien-Pouliot, qui souligne la contribution exceptionnelle d’un Québécois aux liens entre la France et le Québec, réjouit Marcel Fournier.«Je me serais attendu à ce qu’on l’offre à un gestionnaire des relations Québec-France plutôt qu’à un chercheur.» Durkheim et Mauss Mais le chercheur a également organisé des colloques, des échanges francoquébécois de professeurs.Et il est l’auteur d’une trilogie remarquable sur l’école française de sociologie: l’édition de la correspondance d’Emile Durkheim et de Marcel Mauss (aux Presses universitaires de France) et, chez Fayard, celle des écrits po-litiques de Marcel Mauss de même que de l’auteur de la monumentale biographie, très documentée, de ce dernier.Marcel Fournier, ce n’est pas exagéré de le dire, a permis aux Français eux-mêmes et au monde entier de mieux connaître cette école.«Mon travail sur Mauss a été une des belles aventures professionnelles et intellectuelles de ma carrière.J’ai été le premier à avoir accès à ses archives personnelles.Mauss, qui était le neveu de Durkheim, a été un intellectuel atypique.Il a laissé peu d’écrits, mais n’en a pas moins exercé une influence considérable sur son entourage, fai coutume de dire que je roule encore en partie sur ce capital.» Marcel Fournier achève actuellement un travail ambitieux: Durkheim, Mauss et compagnie sera l’histoire de l’ensemble de l’école sociologique française.«J’ai voulu montrer là comment une entreprise est marquée par une dynamique collective et des personnalités individuelles.» Cette école de pensée — que d’aucuns qualifieraient de chapelle — n’est pas la seule, loin s’en faut, en sociologie, comme dans d’autres sciences humaines.Et il ne s’agit pas d’un particularisme français.«Les écoles existent partout, y compris aux États-Unis.Mais chez eux, on échange plus volontiers des informations, on collabore au-delà des différences d’approches et des divergences théoriques.» En France où les clivages sont plus tranchés, Marcel Fournier a sans doute été servi par ses origines québécoises, qui lui ont permis de naviguer dans les eaux parfois troubles des écoles et des chapelles.«Le fait d’avoir été un étranger m’a sûrement été profitable.J’ai suivi les cours d’Alain Touraine, j’ai été l’élève de Bourdieu et j’ai pu tout à la fois travailler avec Raymond Boudon sans qu’on me soupçonne d’être un hérétique.Foncièrement, je suis resté fidèle à la perspective de Bourdieu, mais en conservant une certaine distance, une ouverture.C’est sans doute pourquoi on m’a proposé récemment de travailler à l’histoire de la sociologie française.On ne me soupçonne pas, là-bas, de “partisannerie”.» Rocher ou Rioux La sociologie québécoise a eu elle aussi ses écoles, que Marcel Fournier a bien connues.«Au cours des années 1960, par exemple, il y avait la tendance américaine, structuro-fonctionnaliste, que défendait Guy Rocher.Marcel Rioux, qui a dirigé mon mémoire de maîtrise, était plutôt structuro-marxiste.On trouvait ici des défenseurs de Touraine ou de Bourdieu.De fait, le milieu des sociologues québécois était traversé par toutes ces oppositions.La sociologie québécoise de l’époque rêvait même d’être le carrefour entre l’Amérique et l’Europe.Ça été une belle illusion, puisque les États-Unis et l’Europe ont souvent communiqué entre eux sans notre intervention.Mais il reste que nous avons été influencés par les débats et les enjeux qui ont eu cours des deux côtés de l’Atlantique.» Marcel Fournier, disciple de Pierre Bourdieu et de Marcel Rioux, Québécois et Français par ses recherches et ses affinités intellectuelles, cherche encore le modèle de l’intellec-tuel-citoyen sur lequel il pourrait s’aligner.«Je me méfie des engagements absolus.On aime, dans les médias, les intellectuels à l’emporte-pièce, qui tranchent vite, alors que je serais plutôt porté à faire une large place à l’incertitude, à dire: je ne sais pas.J’aime les indécis.» Marcel Fourmer est un partisan du recul critique et de la nuance.Ainsi, à propos des rapports des Québécois à la culture: «On aurait cru qu’avec la scolarisation plus importante des Québécois, il y aurait une consommation plus grande de la culture.Or, ce n’est pas forcément le cas.Je ne vais pas déplorer l’inculture des jeunes gens instruits, comme le faisait en son temps Victor Barbeau, mais force m’est de constater qu’on assiste aujourd’hui à un éclatement, à une dispersion.Les intellectuels et les professeurs d’aujourd’hui sont surtout des spécialistes d’une discipline donnée, qui peuvent avoir des loisirs très éclectiques, aimer tout à la fois le rock et l’opéra.Ils sont moins porteurs que leurs aînés d’une culture savante que ceux-ci diffusaient tant bien que mal à leurs étudiants.Si bien que, de nos jours, on peut difficilement établir une corrélation entre scolarisation et culture.Nous en sommes à l’éclatement, à l’éclectisme.» Marcel Fournier, lui, critique sans juger, et il garde le cap qu’il s’est fixé: celui d’être un intellectuel engagé sans «partisannerie», et un franco-québécois convaincu.Marcel Fournier 125 Félicitations à nos lauréats Des étudiants et des professeurs de l'Université de Montréal se distinguent par la qualité de leurs recherches.Marcel Fournier Prix Adrien-Pouliot Professeur titulaire Département de sociologie Faculté des arts et des sciences Mona Nemer Prix Léo-Pariseau Chercheure titulaire Département de pharmacologie Faculté de médecine www.umontreal.ca Martin Gravel Prix Desjardins d'excellence pour étudiants-chercheurs Étudiant au doctorat Faculté des arts et des sciences Stéphane Vachon Prix André-Laurendeau Professeur titulaire Département d'études françaises Faculté des arts et des sciences Université de Montréal \ f f LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 ET DIMANCHE 28 SEPTEMBRE 2 0 0 3 H 3: A CFA S Étudiants-chercheurs Déjà la reconnaissance Ils sont toujours étudiants.Ils déposent des dossiers scolaires, obtenant souvent la notation maximale.Leurs recherches les mettent en relation directe avec les spécialistes de leur domaine d’études.Chaque année, quatre prix de l’Ac-fas soulignent de telles réalisations.Les prix Desjardins d’excellence La vie a parfois de ces facéties.Las de la vie de musicien, avec son cortège de tournées, de spectacles dans les bars et les mariages, Martin Gravel était retourné aux études le temps de deux sessions.Un genre d'année sabbatique pour «éviter la psychiatrie», se rappelle-t-il.Et le voilà aujourd’hui sur le point de partir n France pour y compléter un doctorat en histoire, lui qui s’intéresse à l’histoire depuis l’adolescence, avec un yttrait particulier pour le Moyen Âge.«Ça m’a toujours semblé une époque mystérieuse, dit-il, qui me permettait de voyager loin.Étudier le Moyen Age, c’est aller d la rencontre d'une société complètement différente, un peu comme si on voyageait en Mongolie aujourd’hui.» •Après un formation en sciences pures au cégep, le médiéviste a complété un baccalauréat en musique à l’Université de Montréal, institution où il a également acquis un certificat en études médiévales et une maîtrise en histoire.M.Gravel pratique le latin et l’allemand.Ses recherches ont été couronnées de nombreuses bourses et distinctions, parmi lesquelles une bourse du Fonds Ro-bert-Bourassa et le prix Disputa-tio de la Société d’études médiévales du Québec.Lettres de l’Empire Le doctorat de Martin Gravel élargit de manière géographique, temporelle et thématique le thème de sa maîtrise, qui portait sur La lettre comme outil de l'administration abbatiale et épiscopale dans le nord de la Gaule carolingienne (800-875)».Succédant aux Mérovingiens, la dynastie des Carolingiens va de Pépin le Bref à Louis V, atteignant son apogée sous le règne de Charlemagne, qui fut sacré empereur à Rome.«A cette époque, précise Martin Gravel, l’Empire d’Occident comprenait, grosso modo, la France actuelle sauf la Bretagne, la Belgique, la Suisse et la Hollande, des parties de l’Italie, de l’Allemagne et de l’Espagne.Dans ce monde, comparé à aujourd’hui, les mouvements étaient difficiles, lents et dangereux.Comment faisait-on pour "conserver une unité”, maintenir une structure sociale malgré les distances?Ça posait des problèmes administratifs.À cette époque [on parle ici, approximativement, de l’an 500 à l’an 1000], la lettre se veut un simulacre de rencontre directe, elle a pour but de créer une discussion virtuelle, avec salutations, mise en scène.Elle ne sert pas qu’à étudier l’administration mais aussi les structures sociales de l’époque, la façon dont elle aidait à tisser les liens sociaux, leur donner forme et continuité.» Dans le cadre de son doctorat, Martin Gravel travaille sur trois plans: la correspondance entre personnages égaux, témoignant de faveurs, d’échanges, d’amitié; les rapports administratifs des évêques aux personnages cen-:raux, leur correspondance servant à obtenir ce dont ils ont besoin (vin, services, etc.), à savoir comment régler des conflits, etc.Enfin, M.Gravel se penche sur l’épistolographie entre les seigneurs et leurs subalternes.«Par exemple, l’abbaye gérée par Loup de Ferrière, dans la Loire, possédait en Normandie — ce qui à l’époque était loin — une terre importante pour son approvisionnement.C’était important pour lui de garder le contrôle, donc de rester en contact avec ses délégués de pouvoir.» Il n'y a pas que les lettres, mais aussi les hagiographies, le corpus liturgique, etc.Environ 8000 manuscrits de cette époque ont subsisté jusqu’à aujourd’hui.Très peu de lettres administra-ives de l’époque — gestion d’une terre, nomination d'un fonctionnaire, etc.— ont été conservées.On a davantage préservé une partie plus savante et mieux écrite de la correspondance, par exemple des lettres entre personnages importants.Après deux années de recherche, l'historien demeure fort étonné de la grande rareté des études faites sur l’épistolographie de l’ère carolingienne, qui propose un précédent de la communauté économique européenne avec une volonté de centralisation économique, communicationnelle et culturelle.Les documents sont essentiellement en latin, mais la connaissance de l’allemand s’avère importante pour les médiévistes étudiant cette période, l’Allemagne étant issue du démembrement de l’Empire carolingien.Martin Gravel devrait achever son doctorat en 2006, sous la cotutelle de l’Université de Montréal et de l’Université de Paris 1.Il partira donc pour l’Europe, vers Gottingen, ville universitaire de très haute notoriété où se trouve la Mission historique française, ou Leyde et fille.Quantas et intuition Emilie Guay avoue avec une relative candeur qu’il lui serait difficile d’expliquer comment exactement elle en est venue à la physique.N’empêche, cette étudiante en maîtrise de ITJQTR a reçu une bourse pour vérifier la compatibilité entre la théorie des paramètres cachés, proposée par David Bohm en 1952, et l’interprétation standard en mécanique quantique.En fait, les origines de la passion de Mlle Guay ne sont pas aussi nébuleuses qu’elle l’affirme.«Depuis l’enfance, dit-elle,/ai toujours voulu savoir comment fonctionne l’univers.La physique sert un peu à répondre à ça.C’est un beau défi car ce n’est pas une matière facile; on se rend vite compte si c’est notre branche.Quand on en fait, on souffre, mais quand on n’en fait pas, on est mécontent!» Selon Mlle Guay, qui ne se verrait pas faire autre chose, la mécanique quantique compte peu d’adeptes au Québec, comme dans le reste du monde.Originaire du Lac-Saint-Jean, Emilie Guay a choisi l’Université du Québec à Trois-Rivières parce qu'on y offrait, sur quatre ans, un double baccalauréat physique/informatique.Mais après avoir appris la programmation, elle a décide de se consacrer uniquement à la physique.En mécanique quantique, on ne peut prédire que des probabilités d’obtenir une valeur precise lors d’une mesure de quantité.Certains physiciens croient qu’on ne peut plus aller plus loin; d'autres croient qu’on peut apporter davantage de précision dans la description des phénomènes.C’est le cas de David Bohm, qui a proposé une autre façon de concevoir la théorie, notanunent en associant à chaque particule une probabilité de trajectoire.Mais en 2001.un article signé par M.Volshani et O.Akhavan dans le Journal of Physics A: Mathematical and General affirmait que la thèse de Bohm était incompatible avec l’interprétation standard.Associée avec son directeur de mémoire de maîtrise, le professeur Louis Marchildon, Emilie Guay a calculé les trajectoires «boh-miennes» dans le cas de l'interférence à deux particules, ce qui a nécessité la création d’un programme spécifique.«Dans le cas que nous avons étudié, la propagation dans le temps de la fonction d’onde (c’est l’expression mathématique qui permet les prédictions statistiques sur les résultats d’éventuelles mesures; chez Bohm, elle contient l’information nécessaire pour calculer les trajectoires, lorsque l’on connaît sa propagation dans le temps!] était connue.Cela facilitait la tâche.Nous nous sommes ensuite penchés sur le cas où l’on n’avait pas de description de la propagation.Heureusement, grâce à certaines techniques utilisées ailleurs en physique, nous pouvons obtenir à la fois la propagation dans le temps et les trajectoires.» Les savants calculs de Mlle Guay et de M.Marchildon ont prouvé que la proposition de Volshani et Akhavan n’était pas fondée.Mlle Guay et M.Marchildon ont d’ailleurs publié un article sur leurs recherches dans la même revue que ceux-ci en mai dernier, fait des communications sur le sujet au dernier congrès de l’Acfas et à la conférence Wi-gner, à New York.Des applications pratiques de cette recherche sont-elles envisageables?«Nous sommes dans le domaine de la recherche fondamentale et non dans le “money business”, précise la chercheure.Mais nos techniques de calcul numérique pourraient être utilisées dans le domaine des semi-conducteurs, ainsi que dans d’autres applications touchant à la mécanique quantique.» Mlle Guay terminera sa maîtrise en mai prochain pour amorcer, sans pause, un doctorat en cosma-crophysique à l’Université Laval.Denis Lord Prix Bernard-Belleau 11 a été prouvé et répété que le cholestérol plasmatique était un facteur de risque irréfutable de la maladie cardiovasculaire (MCV).La littérature scientifique a démontre que la majeure partie du cholestérol plasmatique était contenue dans les lipoprotéines de faible densité (LDL) — particules hétérogènes variant en taille, en densite et en composition chimique.De plus, des études américaines et québécoises ont mis en evidence le risque accru de MCV chez les individus ayant de petites et denses LDL, en comparaison de ceux possédant des particules de grandes tailles.Divers facteurs environnementaux tels que le manque d’activité physique, une diète particulière ou encore certains agents pharmaceutiques (les fibrates, notamment) seraient des facteurs pouvant entraîner mie variation dans la taille des LDL — phénotype.Mais qu’en est-il de la contribution génétique à ce phénotype?L’objectif du projet de recherche de Yohan Bossé consiste à identifier ultimement les gènes responsables des variations dans la taille des LDL «Dans son ensemble, ma recherche se déroule bien; c’est exceptionnel parce que tout va comme prévu, f en suis rendu à la séquence des gènes en cause, mais je n’ai toujours pas trouvé le gène ou les gènes responsables», confie l’étudiant inscrit au programme Génétique des traits complexes à l’Université laval.Pour atteindre son objectif, Yohan Bossé emploie une stratégie qui repose notamment sur la quantification de la contribution génétique au phénotype en question ainsi que sur l’identification des mutations des gènes intéressés.Pour ce faire, ce dernier a pui- se à même une banque de données de quelque 700, sujets provenant de \Etude des.timMes du Québec (QFS), laquelle sert entre autres à déterminer les causes gé-, netiques de l’obésité et de ses comorbidités.Ainsi, l’utilisation d'échantillons de sang de même famille comme unité experimentale a permis au généticien d'établir les ressemblances familiales en examinant Théritabüité du trait, soit la taille des LDL dans ce casd.Notons que fa mesure de fa taille des l J)L s'effec-, tue par un procédé appelé électrophorèse siu gradient de gel polyacrifamide.les génotypes de chacun des sujets de la cohorte de fa QFS ont par ailleurs été déterminés par l'utilisation d’ime multitude de marqueurs génétiques distribués dans les chromosomes, à l’intérieur desquels se trouveraient les gènes susceptibles.Une approche à fa fois statistique et génétique appelé criblage génomique.Résultat?«fai découvert que la contribution génétique de la variation dans la taille des LDL était de 50 %.Cest une première au Canada.• Autre résultat notable dans le cadre de sa re-, cherche, Yohan Bossé a procédé à l’identification des régions chromosomiques.«C'est une étape importante parce que mim équipe et nun avons démtmtré qu il y au-, rait un gène en cause dans les regions chromosomiques' du chromosome 17, et ça c’est nouveau!» La carrière scientifique du Néo-Brunswickois semble donc prometteuse, lui qui voit fa remise du prix de l'Acfas comme une récompense pour toutes ces aie nées passées entre quatre murs à fa quête d'un monde invisible à l’œil nu.Thierry Haroun Prix Ressources naturelles Les résultats obtenus à la suite de la mise en application de méthodes d'aménagement du territoire en milieu forestier humide après coupe ont valu à Sylvain Ju-tras le prix Ressources naturelles.Le site étudié par le chercheur de 26 ans, localisé au sud de la ville de Chapais, en forêt boréale, a ceci de particulier qu’il possède le plus ancien dispositif de recherche permettant d'évaluer l’effet du drainage forestier comme méthode de préparation en terrain humide (hy-dromorphe) après récolte.Notons que les sites hydro-morphes sont sensibles aux opérations de récolte du couvert forestier, où on observe une remontée de la nappe phréatique entraînant par le fait même des problèmes d’installation et de croissance de 1a régénération.Une situation qui prévaudra jusqu’au rétablissement de l’interception et de l’évaporation de l’eau concordant avec fa fenneture du couvert forestier. moins que des mesures correctrices ne soient mises en place immédiatement après 1a récolte.À cet effet, le drainage semble être tout indiqué.Le dispositif de recherche du site en question, drainé en 1983, prévoyait plusieurs hypothèses de recherche, mais aucune analyse n’y a été effectuée depuis son établissement en raison de son abandon en 1992.En 2001, Sylvain Jutras entame donc son projet de recherche sur le site en analysant des me- sures effectuées en 71 points — indiquant la profondeur de fa nappe phréatique — enregistrées sur une base hebdomadaire durant les cinq saisons de croissance (de 1983 à 1988) suivant le drainage.Drainage Les observations recueillies ont permis à Sylvain Jutras de déterminer le rôle de l’espacement entre les fossés de drainage sur la nappe phréatique et d'émettre ainsi des recommandations quant à l’espacement préférable à utiliser de manière à favoriser la croissance de l’épinette noire en forêt boréale.«Ce que j’ai découvert, note-t-il, c’est que l’espacement le plus efficace entre les fossés doit être de 30 à 40 mètres, ce qui permet de rabattre la nappe phréatique et ainsi de favoriser la croissance des arbres.» D’autre part, dit-il, un rabattement de 30 à 40 centimètres de fa nappe phréatique est également recommandé pour atteindre un rendement optimal de l’épinette noire.«Ce n ’est rien de nouveau, mais j’ai fait la preuve que ce genre de traitementfimestier est efficace,» De plus, en mesurant la hauteur et le diamètre actuels de 1080 épi-nettes noires et de 720 mélèzes larcins plantés en 1985 en sol organique aux abords des fossés de, drainage, U sera possible d’illustrer sous peu, selon lui, le rôle du drainage forestier sur la croissance de ces espèces en comparant leur productivité à celle d’arbres croisr sant ailleurs au Québec.«C'est difi ficile pour l’instant d’en arriver à des conclusions parce que ça prend, 25 ans de croissance, mais les résultats que j’ai pu recueillir jusqu'à présent sont très intéressants.» \, Sylvain Jutras entend poursuivre, son programme de recherche dès, le mois prochain sur un site localisé cette fois à Saint-Gilles de Lotbinj^, re, où il examinera l’effet du traitje*-; ment d’éclaircies précommerrialèi ! — le dégagement des tiges — sur, ITiydrologie en milieu huimide.** T.H.L’Acfas — LAURÉATS DES PRIX DE L’UNIVERSITÉ DE MONTRÉAL David Martel psychologie félicite Université de Montréal Xavier Zwingmann génie mécanique Université Laval les lauréates et lauréats des meilleures — LAURÉATES DES PRIX DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC communications Métissa Thériault Geneviève Therriault philosophie - UQAM didactique - UQAR étudiantes présentées lors de son 7te Congrès, — LAURÉATES DES PRIX DE L’UNIVERSITÉ LAVAL à rilQAR, en mai 2003 Najwa Ouhoummane santé publique et épidémiologie Université Laval Karyne Benjamin architecture, aménagement et urbanisme Université de Montréal a — LAURÉATS DES PRIX MCGILL ¦¦ Association francophone pour le savoir Youssef Belhamadia mathématiques et statistiques CT 3 Acfes Université Laval 9 9 www.acfas.ca Francis Joud géographie humaine Université Laval Félicitations à André-Marie Tremblay Prix Urgel-Archambault pour sa contribution à l'avancement de la recherche en physique m 50 ans L’audace porte fruit L’Université de Sherbrooke est fière de compter parmi ses professeurs cet éminent chercheur.Par ses théories novatrices dans le domaine de la physique de la matière condensée, il a acquis une renommée internationale, notamment dans l’étude du comportement des électrons dans les matériaux désordonnés et dans les supraconducteurs à haute température critique.UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE www.USherbrooke.ca if.PRIX D’EXCELLENCE DE L'ASSOCIATION DES DOYENS DES ÉTUDES SUPÉRIEURES AU QUÉBEC (ADESAQ) EN COLLABORATION AVEC LES TROIS FONDS QUÉBÉCOIS DE RECHERCHE Les Fonds québécois de recherche offrent leurs félicitations aux lauréats de l’édition 2003 pour la meilleure thèse de doctorat dans leur secteur de recherche respectif T SCIENCES DE LA SANTÉ Monsieur Pascal N.Bernatchez Université de Montréal SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES, ARTS ET LETTRES Monsieur Marc Alan Fournier Université McGill SCIENCES NATURELLES ET GÉNIE Monsieur Darrel Desveaux Université de Montréal Québec! Fonds de la recherche en santé Fonds de la recherche sur la nature et les technologies Fonds de la recherche sur la société et la culture t r H 4 LE DEVOIR LES SAMEDI 2 ET DIMANCHE 28 EPTEMBRE 2003 ACFAS PRIX MARCEL-VINCENT Au service de l’innovation Des travaux qui visent à faciliter la prise de décisions fondées sur les données probantes de la science ESTELLE ZEHLER Désormais professeur au département de management de l’Université Laval, après avoir enseigné de longues années au département de science politique, Réjean Landry est également titulaire de la Chaire sur le « transfert de connaissances et l’innovation de la Fondation canadienne de recherches sur les services de santé.Dès le début de sa carrière, il place la recherche au cœur de ses préoccupations: «J’ai toujours été préoccupé par l’application et la pertinence des résultats de la recherche.» Ainsi ne suffit-il pas que l’objet des chercheurs soit en adéquation avec les besoins de la société.Les connaissances mises à jour doivent également faire l’objet d’un transfert du monde • scientifique vers les différentes .sphères sociales susceptibles de les utiliser.Ce mouvement permet alors aux entreprises, aux organisations publiques et privées — et ce, qu’il s’agisse du secteur manufacturier ou de celui des services — d’innover.L’innovation s’entend comme l’amélioration ou le développement de produits ou de services, ou encore de leurs procédés de fabrication ou leurs procédures., Transfert des connaissances Le questionnement de Réjean Landry porte précisément sur les facteurs qui sont à la base du transfert de connaissances et de l’innovation.Jusqu’à récemment, l’innovation était généralement l’apanage des ingénieurs.La recherche-développement, l’utilisation de technologies de pointe, la qualification du personnel, le secteur d’activité sont autant de variables qui alimentent les explications traditionnelles.Or, si celles-ci conservent leur pertinence explicative, elles ne sont toutefois pas suffisantes pour obtenir une perception éclairée de l’ensemble du phénomène.Réjean Landry SOURCE ACFAS «Nous avons démontré que ces facteurs restaient importants, mais que d’autres facteurs, dont certains en marge, devaient être considérés.Cette combinaison de variables correspond à un processus social.» Le moteur de l’innovation ne réside pas dans des agents isolés, mais résulte bien plus des interactions instaurées par les différents agents.Le recours aux sciences sociales, tant au niveau de la théorie que de la pratique, s’explique dans cette perspective.Le modèle d’interaction comporte des variables sociales et institutionnelles, présentées sous forme de capitaux.Ainsi, précise Réjean Landry: «I^e capital social est constitué de deux ingrédients.Il prend consistance d’abord dans l’ensemble des relations qu’une entreprise ou un gestionnaire d’organisme public entretient avec les acteurs autour de lui, proches ou lointains.Le second ingrédient est indispensable au premier puisqu’il réside en une confiance mutuelle.» Le potentiel de transfert de connaissances et d’innovation de toute organisation est décuplé par la qualité du réseautage construit, par le biais de réseaux formels et informels.Les liens externes sont sources d’information, de questionnement Dans le domaine de la santé, par exemple, les réseaux diversifiant les acteurs, tels des universitaires, des chercheurs, des intervenants de terrain, c’est-à-dire des personnes qui travaillent dans les hôpitaux, les CLSC ou toute autre organisation, auront une forte incidence sur le développement et l’amélioration des services.Dans le secteur manufacturier, les connexions incluront, par exemple, des clients, des fournisseurs, des experts-conseils, des foires-expositions, des concurrents, des réunions professionnelles, des universités.Le capital institutionnel renvoie, quant à lui, aux institutions qui soutiennent les activités d’innovation, tels des ministères, des organismes régionaux de développement, des consultants.Prises de décisions Les problématiques retenues par Réjean Landry dans ses recherches peuvent sembler des plus théoriques.Elles n’en sont pas moins destinées à une finalité pratique: «Mes travaux visent à faciliter la prise de décisions fondées sur les données probantes de la science (’evidence-based de-cision-makingi.» Ainsi a-t-il opté pour l’instauration de partenariats avec des organisations susceptibles d’utiliser ses connaissances et ses résultats.Ce faisant, il pose les bases d’un transfert progressif des connaissances qui s’effectuera tout au long de l’avancée des travaux de recherche.Outre le partenariat de terrain privilégié par le chercheur, ses recherches se distinguent également par la taille colossale des enquêtes menées.En effet, les impacts des différents facteurs explicatifs sont testés empiriquement grâce à la méthode des sondages et des analyses statistiques.L’équipe de M.Landry mène actuellement une enquête visant à comprendre les facteurs qui itrttt tTtfciti t+LiCiTtiii 1 h||P iMfi lu.} u.• ¦ UTPT n~ P T1 : .1fi fait: E } n Lu.: t: : üi.,.C1H EtJfife.twlfei rj'S:.nrmp nmiHffifiîn nhir;: f Lit: H J tBilii :.« ; OUliSà as :, i: : 4i rrutui‘f tiïïîh;4::ii i tMII wpB" i i ( : ; :: H : ! : ninja trtttja i CONGRES DE L’ACFAS À L’UQAM i: e1 tiS itEht jîiilEîu-f qS î înë ¦ : :iHf rliiE .:# ; ] mm ¦ ;L- tirl .ffjh m iph lii pipife E.;: ; t; nu t : Era.n LÜliiLijEi fflia liPPISii lSttroTM4tOTgwShÆrLin.ia iw»*» LA SOCIÉTÉ DES SAVOIRS du 10 au 14 mai 2004 APPEL DE PROPOSITIONS Colloques, colloques/ateliers et forums DATE LIMITE : 3 NOVEMBRE 2003 Communications libres DATE LIMITE : 12 JANVIER 2004 RENSEIGNEMENTS: www.acfas.ca/congres congres@acfas.ca UQÀM Prenez position A Association francophone pour le savoir poussent les chercheurs des facultés de médecine canadiennes à transférer leurs résultats à l’extérieur.Outre les publications traditionnelles auxquelles il est tenu de se livrer, qu’est-ce qui pousse un chercheur à entreprendre des efforts supplémentaires pour diffuser ses résultats à des hôpitaux, des ministères, des entreprises privées?Les liens avec le milieu extra-universitaire, la participation à des réunions d’associations professionnelles prennent une place de choix dans ces mécanismes.La présence «d’étoiles de la recherche» est également requise, soit des chercheurs prolixes en matière de publications et aux réseaux externes bien fournis.Réjean Landry préconise plusieurs pistes pour soutenir l’innovation et le transfert de connaissances.«U est primordial, bien que cela ne soit pas facile, d’améliorer les réseaux à la fois des chercheurs, mais également des entreprises et du secteur public.Il faut saisir davantage toutes les occasions de contacts et d’échanges et également créer des nouveaux réseaux.» Faute d’y consacrer les énergies et les ressources nécessaires, les agents cantonnés dans leur bureau ou leur atelier se replieront sur eux-mêmes.Certes, les énergies à investir sont importantes.Elles le sont pour la petite entreprise qui doit assurer sa production, pour l’organisme de santé qui ne peut cesser de prodiguer des soins à la population, pour le chercheur dont les subventions dépendent de ses publications.Cela est difficile, sachant que la construction de ces ponts nécessite des années d’efforts.Cependant, sortir de son environnement est le meilleur biais pour optimiser son exposition à l’information.Des ponts entre le public et le privé Pour sa part.Réjean Landry a établi de nombreux ponts dans toutes les directions en développant des interactions dans les sphères publique et privée.«J’ai eu la chance d’être dans le milieu universitaire, un milieu de grande liberté, explique-t-il.Je suis entouré, plus que jamais, de personnes d’une qualité remarquable — doctorants, chercheurs postdoctoraux, etc.» Il accorde une grande importance à la formation des étudiants, en mettant l’accent sur la capacité d'utiliser les connaissances universitaires.Au-delà de l’obtention d’un diplôme, il les pousse autant à devenir des chercheurs compétents qu’à développer leurs réseaux.En dépassant les modèles économétriques auxquels était soumis le domaine du transfert de connaissances et de l’innovation et, singulièrement, en l’ouvrant aux sciences sociales et à l’analyse statistique, Réjean Landry entend concrètement intervenir dans ces processus.PRIX J.-ARMAND BOMBARDIER La quatrième phase de la matière Des avancées dans la technologie des plasmas thermiques PIERRE VALLÉE Né en Egypte, Maher Boulos r détient un baccalauréat en sciences de l’université du Caire.Il émigre ensuite au Canada.•Ce sont uniquement des raisons personnelles qui m’ont fait choisir de venir au Canada, explique-t-il, je trouvais le pays attrayant.» On le retrouve donc à l’université de Waterloo, où il obtient une maîtrise et un doctorat en génie chimique.En 1973, il est embauché comme professeur au département de génie chimique de la faculté de génie de l’Université de Sherbrooke.De 1980 à 1986, il en assume la direction.Depuis 1983, il est vice-président de l’International Thermal Plasma Engineering, située au Minnesota.En 1989, il devient le directeur du Centre de recherche en technologie des plasmas (CRTP), un groupe de recherche interuniversitaire réunissant des chercheurs de Sherbrooke et de McGill.En 1990, il fonde la compagnie Tek-na Plasma Systems inc.Les plasmas thermiques Le champ de recherche du professeur Boulos se trouve dans la technologie des plasmas thermiques et dans la dynamique des particules de fluides et du transfert de la chaleur.Un plasma thermique est un gaz fortement ionisé grâce à un courant électrique qui le traverse.«On appelle souvent le plasma la quatrième phase de la matière.En premier, il y a le solide.Si on chauffe un solide, il passe à l’état liquide, et si on chauffe un liquide, il devient de la vapeur.Si on chauffe encore cette vapeur, on obtient un plasma.» La principale caractéristique d’un gaz à l’état de plasma, c’est qu’il dégage énormément de chaleur, pouvant atteindre dans certaines conditions des températures de 10 000° Celsius.«Nos études sur les plasmas se sont concentrées sur deux aspects des plasmas.D’abord comment les générer et ensuite comment en maintenir les conditions.En d’autres mots, une fois parti, comment s’assurer qu’il ne s’éteigne pas?» Le type conventionnel de réacteur à plasma se nomme plasma à arc.Dans cet appareil, le courant électrique passe de l’anode à la cathode, qui sont en contact avec le gaz.Une méthode plus sophistiquée est celle du réacteur à plasma inductif.Une étincelle allume le plasma mais il est maintenu grâce à un courant électrique inductif.Il n’y a donc pas d’anode ou de cathode en contact avec le gaz, ce qui donne un plasma d’une très ?Félicitations à Maher Boulos Prix J.-Armand-Bombardier pour ses innovations technologiques et son succès économique 50 ans v» L'audace porte fruit L’Université de Sherbrooke est fière de compter parmi ses professeurs ce scientifique de renom.Fondateur de Tekna Plasma Systems, leader mondial dans la technologie des plasmas inductifs, il révolutionne les procédés industriels, tout en poursuivant une carrière universitaire captivante.UNIVERSITÉ DE SHERBROOKE www.USherbrooke.ca SOURCE ACFAS Maher Boulos grande pureté.C’est dans les réacteurs à plasma inductif qu’excelle M.Boulos.Applications «Les premières applications des plasmas datent des années 1960.C’est la NASA, lors du programme Apollo, qui a utilisé les plasmas pour vérifier et prédire la tenue des boucliers thermiques des capsules spatiales.» D’autres applications ont suivi.Par exemple, les chalumeaux à plasma servent à l’application de revêtements dans l’industrie aéronautique.Depuis une dizaine d’années, on a mis au point des réacteurs à plasma inductif dont deux des principales applications sont la sphériodisation des poudres et la production des nanopoudres.Dans le premier cas, on introduit une poudre, de métal par exemple, dans le réacteur.Cette poudre est composée de fragments inégaux.Sous l’effet de la chaleur, ces fragments atteignent la température de fusion, puis forment alors des gouttelettes sphériques, ce qui leur confère des propriétés chimiques particulières.Ces poudres sont utilisées, entre autres, dans le domaine des semi-conducteurs.Dans le cas de la production des nanopoudres, le procédé est semblable.«Nous chauffons un métal, par exemple le tantale, jusqu’au point d’obtenir une vapeur de tantale.Il en résulte ensuite une suie de tantale de taille nanométrique.» Maher Boulos croit que ces nanopoudres serviront bientôt dans une panoplie d’applications.«Ces nanopoudres ont beaucoup de potentiel.» Science et affaires En 1990, afin de valoriser les découvertes faites dans son laboratoire de l’Université de Sherbrooke, Maher Boulos fonde la société Tekna Plasma Systems inc., une entreprise dérivée ou spin-off.L’entreprise, qui compte aujourd’hui plus de 40 employés, détient plusieurs brevets dans le domaine des réacteurs à plasma.L’Université de Sherbrooke en tire des redevances.«Tekna a été fondée essentiellement pour développer des procédés et mettre au point des équipements à haute Performance.» La recherche fondamentale, telle que le diagnostic des plasmas et leur modélisation, se fait toujours au CRTP «Il y a une complémentarité entre les deux organismes.» En effet, des contrats de recherche lient le CRTP à Tekna.Un des premiers défis chez Tekna fut la mise au point du revêtement servant de paroi au réacteur inductif.«Il a fallu trouver une céramique capable de résister à la chaleur intense des plasmas.» L’approche d’affaires chez Tekna est la mise au point de procédés technologiques et non pas la recherche de nouvelles applications.«Ce sont nos partenaires industriels qui nous arrivent avec les applications.On les aide alors à mettre au point le procédé qui convient.» L'entreprise a grossi de façon graduelle mais stable et s’est taillé, sur les marchés internationaux, une position enviable dans certains créneaux précis.«Notre principal défi à l’avenir est de mettre au point des procédés qui augmentent la capacité de produire.Comme les plasmas sont gourmands en électricité, il faut être en mesure de produire davantage de nanopoudre, par exemple, dans un temps plus court.C’est alors que les réacteurs à plasma pourront atteindre tout leur potentiel industriel.» V. D 1 M A N C H P T E M B R AC FAS PRIX S S E A U Balzac avant et après ROBERT CHARTRAND Au début des aimées 1990, après un long séjour de formation et d’apprentissage à Paris où il avait côtoyé des dix-neuvièmistes, Stéphane Vachon a commencé à enseigner à la faculté des lettres de l’Université de Montréal.Il était déjà, à 30 ans, un balzacien reconnu.Depuis, ses pairs, ici et en France, ont vanté sa «carrière fulgurante», sa «maturité précoce» —- il a tout juste 45 ans — et son statut de sommité pour ce qui est de Balzac.Tous hommages qu’il accueille avec un joli sens de la litote: «Après avoir avoir consacré l’essentiel de mes travaux et de mes recherches depuis plus de 20 ans à Bakac, je peux dire que je le connais assez bien.» Très tôt Stéphane Vachon a saisi l’importance de la spécialisation.«Cest un choix stratégique et une affaire dégoût que de se consacrer à un auteur précis.Je suis convaincu qu’il n’y a pas de recherche véritable sans spécialité.Mais on ne peut être un bon spécialiste en n’étant pas un excellent généraliste.Avec Balzac, j’avais un sujet de choix puisque son œuvre est immense.Il avait l’ambition — il l’a dit lui-même — d’y représenter l’ensemble de la littérature.» Mais comment aborder un tel continent?«L’étude d’une œuvre d’une telle ampleur exige de conjuguer une pluralité de méthodes théoriques et critiques, au premier rang desquelles je place l’approche historique.Celle-ci me paraît le seul moyen de lier des approches qui, par leurs postulats propres, s’excluraient mutuellement.De ce point de vue, si on me demandait de me définir, je dirais que je suis avant tout un historien de la littérature, qui tente de la saisir depuis les processus de sa création jusqu’aux conditions de sa réception chez les lecteurs, dans la société.» Génétique tittéraire Plus précisément Stéphane Vachon a pratiqué Balzac dans la perspective de la génétique littéraire, une approche qui a à peine 25 ans.«La génétique a proposé un grand changement d’objet aux études littéraires.Au lieu de s’intéresser essentiellement au texte fini, publié d’un auteur, en refusant de le considérer comme un objet sacré, sans histoire, elle a réintroduit sa dimension historique — le temps long —, où sont pris en compte les brouillons, les manuscrits, le sujet biographique.La littérature est ainsi vue en tant qu’expérience existentielle de ce sujet.La génétique ne doit pas pour autant revenir aux vieilles approches de type lansonnien.Elle montre surtout que la création procède par hasards, par repentirs, par toute une série de manœuvres qui peuvent paraître aléatoires.Et suggèrent même que l’œuvre achevée aurait pu être autre chose.» Mais Balzac n’a-t-il pas eu, pour sa Comédie humaine, l'intuition d’une entreprise systématique, totalisante où il aurait dépeint la sodété de son époque?«C’est juste.Mais à examiner ses habitudes de composition, ses méthodes de travail, on constate qu’il s’est adonné à une véritable alchimie.H remaniait même ses œuvres à chacune de leurs rééditions: fai corrigé l’édition qui me sert de manuscrit”, a-t-il noté.On assiste donc, chez lui, à un renversement de perspective majeur, qui invite à une lecture génétique de son œuvre.Pour lui, la version imprimée, éditée, d’un livre était provisoire.Balzac m’a donc amené à amollir en quelque sorte l’opposition qu’on avait tendance à maintenir entre les textes et ce qu’on appelle les avant-textes.» Le monument la cathédrale littéraire de Balzac seront restés, à tous égards, un échafaudage, estime Stéphane Vachon.Modernité Par ailleurs, Balzac, contrairement à la croyance populaire, a été un moderne.«C’est lui qui a inventé le mot même de modernité pour désigner son époque, radicalement neuve, différente de celle de la Révolution, avec ses figures emblématiques: celles du jeune homme qui cherche sa voie dans la société, de la femme dont les droits ne sont pas reconnus.SCIENCE E T CULTURE LES PRIX DE L’A C F A S CE CAHIER SPÉCIAL EST PUBLIÉ PAR LE DEVOIR Responsable NORMAND THÉRIAULT nlherianllalfdevoir.ca 2050.me de Blfory.9' étage.Montréal (Qnébec) H3A 3M9.Tél.: (514) 985-3333 rfdaction«ledf voir.com FAIS CE QUE SOURCE ACFAS Stéphane Vachon Plus personnellement, il avait la conscience aiguë d’être de la première génération d’écrivains qui allaient pouvoir — et devoir — vivre de leur plume, se trouver dans une situation de marché.Cédait une formidable libération par rapport au mécénat obligé d'avant.Mais il y avait un revers: la soumission à des patrons de presse, à des éditeurs, à des commerçants qui imposaient aux écrivains un rythme de production indifférent aux affres de la création.» Moderne, Balzac, l’a surtout été en donnant ses lettres de noblesse au roman.«En 1820, quand il est tout jeune, un écrivain se fait estimer par la poésie et connaître par le théâtre.Après sa mort, 30 ans plus tard, le roman est devenu le premier des genres littéraires.Pour deux raisons majeures, à mon avis: Balzac a pris le roman au sérieux, soupçonnant qu’il pouvait être un instrument de connaissance de l’homme dans toutes ses dimensions; et il a eu cette intuition géniale de penser que la vie quotidienne des gens, toutes conditions confondues, était un sujet digne d’étude.U a donné une dimension héroïque aux drames intimes.» Stéphane Vachon a développé tout cela dans des articles et des ouvrages savants, notamment Les Travaux et les jours d’Honoré de Balzac (coédition des Presses du CNRS, des Presses universitaires de Vincennes et des Presses de l’Université de Montréal), mais il pratique également la vulgarisation intelligente: on en aura pour preuve les éditions récentes du Colonel Chabert et du Père Goriot, dans la collection du livre de poche classique, où Vachon offre une présentation générale de l’œuvre, des notes détaillées au fil du texte de même qu’une mise en contexte.«Ce qui me plaît dans ce travail, c’est le double défi: celui de satisfaire les spécialistes et, sans concessions sur la rigueur, de s’adresser au grand public.Aux jeunes, en particulier Et c’est une grande responsabilité que d’aider à la lecture en étant à la fois efficace et discret.Car je sais bien que les gens achètent Balzac, pas Vachon.» C’est avec la même modestie que Stéphane Vachon va accepter le prix André-Laurendeau de TAc-fas.«Ce prix de sciences humaines, il me semble, honore la littérature et la recherche littéraire, et puis Balzac, qui lui-même s’est adonné à la pluridisciplinarité puisqu’il définissait la littérature comme une connaissance de l’homme social.Pour lui, la littérature était un moyen complet de la connaissance de l’homme.» Le calcul des rythmes cachés du cœur Jeter des ponts entre les mathématiques avancées et les réalités concrètes de la médecine CLAUDE LAFLEUR Leon Glass est un curieux personnage: chimiste et physicien de formation, il applique des mathématiques avancées pour mettre en équation les anomalies cardiaques.Ce savant dirige la Chaire de cardiologie Isadore-Rosenfeld de l’université McGill, où il enseigne notamment le cours Biologie 309 sur les modèles mathématiques de la biologie.Il est également l’auteur de plusieurs ouvrages remarquables, dont From Clocks to Chaos: The Rythms of Life, qui a été traduit en russe, en chinois et en portugais.Par conséquent, ce savant jouit d’une renommée mondiale en tant que chercheur pluridisciplinaire grâce à ses contributions inédites dans les domaines de la chimie physique, des mathématiques non linéaires, de la biologie théorique, de la physiologie et de la cardiologie.Mais quel rapport entre ces disciplines?Tout bonnement la curiosité poussée d’un esprit scientifique.Des mathématiques de la perception du cerveau.«Quand j’avais une douzaine d’années, je me passionnais pour la biologie, se rappelle ce chercheur d’origme américaine qui a adopté Montréal il y a une trentaine d’années.J’observais beaucoup mes poissons tropicaux.Plus tard, au collège, j’ai entrepris une formation en médecine mais j’ai vite réalisé que je n’aimais pas mémoriser les notions de biologie.J’aimais plutôt les problèmes mathématiques et résoudre des équations.J’ai donc fait des études en chimie, mais toujours avec la pensée de mener un jour des recherches en biologie.» M.Glass a par conséquent réalisé un parcours scientifique étonnant.Il a d’abord obtenu un baccalauréat en chimie au Brooklyn College de New York, avec félicitations du jury.Il a ensuite complété des études de doctorat sur la théorie du mouvement atomique à l’université de Chicago, avant de réaliser des études post-doctorales sur l’intelligence artificielle à l’université d’Edimbourg et sur la biologie théorique à l’université de Chicago.Il a été nommé professeur adjoint au département de physique et d’astronomie de l’université de Rochester, avant d’entrer au département de physiologie de l’université McGill en 1975.Tout récemment, en 2001, il a été nommé premier titulaire de la Chaire Isadore-Rosenfeld de cardiologie.En tant que chercheur, Leon Glass a fait de nombreuses découvertes fondamentales dans divers domaines.En général, il LA RECHERCHE ET LA FORMATION BIOMÉDICALES PAR EXCELLENCE i) ois I PRIX LÉO-PARISEAU 2003 MONA NEMER 2001 Nabil Seidah 1992 Paul Jolicoeur 1990 Jacques de Champlain 1986 Marc Cantin 1980 André Barbeau En plein essor, l’IRCM compte sur une équipe hors pair.Pour vous y joindre comme chercheur ou comme étudiant, dans les domaines de la biologie moléculaire et cellulaire, de la biologie du développement, de la génomique fonctionnelle ou de la pharmacologie moléculaire, visitez le www.ircm.qc.ca.£|RCM lnf®M te d«qu« tfc MoriW* associe des données sur les systèmes biologiques à des modèles mathématiques pour en tirer des principes fondamentaux.Ainsi, ses premiers travaux portaient sur la façon dont le cerveau traite les entrées visuelles.Il a créé des formes qu’on appelle désormais les «Glass patterns» qui ont fait la une du prestigieux magazine scientifique Nature en 1973.Il présentait de la sorte une percée très en avance sur son temps en appliquant des équations différentielles non linéaires pour illustrer la structure logique des réseaux génétiques.«La question [que permettent d’aborder les “patrons de Glass"] est: quels sont les processus du cerveau, explique le chercheur.En fait, personne ne connaît les processus du cerveau avec beaucoup de détails, et on peut utiliser ces patrons pour faire une dissection de l'activité des neurones, pour voir quels sont les stimuli qui peuvent générer l’activité nerveuse dans chaque cellule.» Ces dernières années, divers spécialistes utilisent ces patrons pour étudier notamment les mécanismes de la vision.aux rythmes cachés de l’arythmie cardiaque «Dans mes recherches, j’applique les mathématiques dans le domaine de la physiologie», précise le chercheur.Depuis son arrivée à McGill, Leon Glass s’emploie d’ailleurs à jeter des ponts entre les mathématiques avancées (applicables au chaos) et les réalités concrètes de la médecine.«J’ai toujours été intéressé par la dynamique des systèmes, dit-il, par les changements des systèmes dans le temps.» Dans le domaine de la biologie, il observe d’ailleurs quantité de rythmes fort intéressants SOURCE ACFAS Leon Glass mais qui ne sont pas compris par les médecins.«Alors que ces derniers s’intéressent avant tout au diagnostic et au traitement des maladies, je me passionne pour la théorie, pour la compréhension des mécanismes des rythmes.» 11 est d’ailleurs l’auteur de Dynamical Diseases: Mathematical Analysis of Human Illness, qui est devenu un manuel courant du cursus universitaire.Par exemple, il cherche à percer les mécanismes fondamentaux des dérèglements cardiaques comme l’arythmie.«Ce qui m’intéresse le plus, ce sont les rythmes du cœur quand il y a une maladie, dit-il, ces rythmes qui sont.arythmiques.» Or, étonnamment, le spécialiste observe que, dans les faits, il y a beaucoup de structures dans ces arythmies.«On peut avoir des rythmes qui sont très bizarres du point du point de vue de la médecine, mais qui s’expliquent très bien par nos mathématiques», dit-il.Ainsi, il a observé que, lors- qu’on compte les séries de battements normaux et anormaux d’un cœur arythmique, on trouve de temps à autre des propriétés pour le moins bizarres.Il arrive par exemple qu’on obtienne des séries de battements impairs.«Cest très curieux/», lance le chercheur en citant plusieurs autres cas de séries encore plus inattendues.«Or, nous pouvons développer des modèles mathématiques qui expliquent les mécanismes qui peuvent donner de tels résultats.» Ses équations permettent donc d’interpréter mathématiquement différents types d’arythmie.Notons que Leon Glass et ses collaborateurs réalisent par ailleurs quantité de travaux variés.Par exemple, en 1997, son équipe publiait les résultats d’une expérience durant laquelle on est parvenu à supprimer, pour la première fois, une arythmie cardiaque provoquée artificiellement dans les cellules d’un cœur de lapin.Cet exploit a été réalisé à l’aide d’un stimulateur cardiaque modifié qui pourrait éventuellement être commercialisé pour sauver des vies.Le chercheur se dit particulièrement heureux d’être honoré par l’Acfas «parce que cela indique que le Québec et Montréal m'ont adopté!».Il souligne que, lorsqu’il est venu s’installer ici, il était très rare (n’importe où dans le monde) qu’on finance des recherches portant sur les mathématiques et la biologie.«Il était difficile de trouver du travail, se rappelle-t-il, mais j’en ai trouvé au Québec! On m'a donné des fonds, les institutions québécoises et canadiennes ont soutenu mes recherches.qui n’étaient pourtant pas “main stream”./e ne suis pas né ici, mais j’ai trouvé que vous avez été très bons pour moi et pour mes recherches.» Hommage aux lauréates et lauréats des Prix de la recherche La recherche québécoise est riche et de qualité.Cette année encore, les réalisations exceptionnelles des lauréates et lauréats des Prix de la recherche de f ACFAS en témoignent et confirment la capacité de progresser et d'innover qui caractérise le Québec, que ce soit par la recherche en sciences de la santé, en sciences de l'environnement, en sciences humaines et sociales ou en sciences physiques, mathématiques ou génie.Je salue la contribution des lauréates et des lauréats à l'avancement des connaissances dans leurs champs d'expertise et leur engagement dans la diffusion de leurs travaux de recherche auprès du grand public.Les recherches et découvertes que la communauté scientifique lègue à la société sont un héritage inestimable qui contribue à ce que le Québec s'insère résolument dans le vaste mouvement mondial fondé sur le savoir, je les encourage fortement à poursuivre dans la même voie.Je tiens aussi à féliciter les étudiants-chercheurs qui sont honorés.Ils représentent la génération montante de chercheurs qui relèveront les défis à venir et continueront, par leurs actions, à enrichir notre qualité de vie à tous.J'espère qu'ils deviendront des sources d'inspiration incitant d'autres jeunes passionnés à s'investir dans les activités de recherche qui feront avancer la science et, avec elle, la société tout entière.Les Prix de la recherche permettent de mettre en lumière le travail remarquable que ces éminents hommes et femmes de science accomplissent ainsi que la persévérance et la détermination dont ils font preuve.Ils méritent toute notre admiration et c'est avec fierté que je leur rends hommage.Le ministre du Développement économique et régional, MICHEL AUDET Développement économique www.mder.gouv.qc.ca et régional , i C3 C3 Québec es es i LE DEVOIR.LES SAMEDI 27 D I M A X C H E H « E T ACFAS PRIX LÉO - PARI SEAU Pourquoi le cœur ne se répare-t-il pas?CLAUDE LAFLEUR Mona Nerner se pose une question fondamentale: pourquoi les cellules du cœur ne se régénèrent-eües pas, comme le font celles de tout autre muscle?Or, c’est là une carence qui entraîne souvent le décès des personnes victimes d’une crise cardiaque.Ainsi, lorsque des cellules constituant un muscle sont abîmées — par exonple à l’occasion d’une déchirure provoquée par un effort soudain —, de nouvelles cellules sont fabriquées pour les remplacer.Par contre, lorsque survient un infarctus, les cellules cardiaques détruites ne sont jamais remplacées, le cœur s’affaiblit donc d’autant Pourquoi est-ce ainsi?Mona Nemer n’est pourtant pas médecin, ni même une experte du cœur.C’est une chimiste spécialisée dans les structures cellulaires.C’est même un peu par hasard qu’elle en est venue à s’intéresser aux cellules cardiaques.«J’ai fait mon doctorat en chimie bio-organique, puis des études post-doctorales en génétique moléculaire, dit-elle./e me considère donc comme une biologiste qui est deformation chimique.» Pour expliquer son parcours inusité, elle se rappelle qu’à l’école, elle aimait beaucoup la biologie mais qu’elle trouvait difficile de mémoriser «tout le “par-coeur*qu’on nous imposait alors».Elle s’est plutôt tournée vers la chimie où elle a été captivée par les mystères de la structure de la matière.Elle s’est finalement passionnée pour la cellule, «l'ultime aboutissement de l’organisation de la matière».Conséquemment, en 1982, elle complète à l’université McGill un doctorat consacré à la chimie des nucléotides.«Cétait le début de la révolution de la biologie moléculaire, se rappelle-t-elle, fai vraiment été fascinée par la possibilité de synthétiser des gènes et d’en créer de nouveaux.» Dans le cadre de ses études post-doctorales, la cher-cheure met au point les techniques nécessaires pour automatiser la synthèse de l’ADN.«Avec mes compétences, je désirais contribuer à des recherches bio-organiques, pharmaceutiques ou autres.» De fait elle devient une scientifique accomplie.Depuis 1991, Mme Nemer dirige l’unité de recherche sur le développement et la différenciation cardiaques à l’Institut de recherches cliniques de Montréal.Elle est aussi chercheure titulaire au département de pharmacologie de l'Université de Montréal et membre du département de médecine (division médecine expérimentale) de l’université McGill.Percées thérapeutiques «Je me suis spécialisée dans l’étude des cellules du cœur à la suite d’un accident de parcours», relate-t-elle en ajoutant que «c’est souvent comme ça les carrières scientifiques!».La chercheure réalise alors des travaux post-doctoraux à l’Institut de recherches cliniques de Montréal portant sur l’étude d’un gène de l’hypophyse.«A l’époque [1983], le groupe de recherche en hypertension de l'IRCM venait de découvrir une nouvelle hormone, explique-t-elle, et il avait besoin de l’expertise d’un biologiste moléculaire.C’est comme ça que je me suis portée volontaire!» Mona Nemer Ce qui ne devait être qu’une collaboration occasionnelle s’est alors transformé en vocation «A l’époque, résume-t-elle, on pensait que le coeur n’était qu’une pompe.Or, les cellules cardiaques sont les seules qui, après la naissance, ne sont plus capables de se régénérer.» Ainsi, lorsque le cœur est soumis à un stress, ces cellules s’étirent (sliypertrophient) pour répondre à la demande accrue.C’est la réponse compensatoire qu’on associe à l’hypertension, à une sclérose ou à quantité de maladies cardiovasculaires, précise-t-elle.Toutefois, à force de s’étirer, les cellules perdent leur élasticité et finissent par produire des dysfonctions cardiaques.«Je trouvais cela absolument fascinant, lance la chercheure.Pourquoi les cellules cardiaques arrêtent-elles de proliférer?» L’équipe qu’eDe dirige à pèsent cherche donc à comprendre comment les cellules changent les «patrons d’expression» de leurs gènes, qui les font se comporter différemment des autres cellules de l’organisme.«Nous n’avons pas encore trouvé la réponse à cette question», répond-elle avant même qu’on le lui demande.Par contre, elle a trouvé autre chose: des gènes fort importants pour le développement cardiaque.«On a découvert que, d’une part, l’absence de ces gènes fait en sorte que les cellules cardiaques meurent.D’autre part, si on les surexprime, ces gènes donnent de meilleures cellules.» D’ailleurs, trois des gènes que l’équipe de Mme Nemer a isolés sont maintenant reconnus comme étant liés à des malformations congénitales.«Cela est important, relate la spécialiste, puisque les malformations cardiaques constituent pratiquement le quart de toutes les malformations congénitales chez l’humain; elles provoquent 20 % des décès durant la grossesse, en plus d’être la première cause de mortalité chez les enfants de moins d’un an.• Par conséquent, son équipe exploite deux avenues pour remédier à ce type de problèmes cardiaques.D’une part, elle tente de fabriquer de meilleures cellules cardiaques en faisant surexprimer les gènes appropriés.«Sera-t-on capable de reprogrammer la cellule pour un destin cardiaque et, donc, de faire ce qu’on appelle de la médecine régénératrice?, pose-t-elle.On n’est pas loin de pouvoir y parvenir.» D’autre part, son équipe tente de mettre au point des agents cardioprotecteurs, c’est-à-dire des cellules cardiaques plus résistantes.Les chercheurs ont ainsi observé qu’en surexprimant un gène en particulier, on rend les cellules cardiaques plus résistantes, fis ont même trouvé un médicament déjà existant qui a pour effet de stimuler le gène.«Il faut maintenant qu’on le teste en vue d’une nouvelle utilisation.» La chercheure précise que des cliniciens sont en train de concevoir des protocoles pour mener des essais cliniques.Et comme il s’agit d’un médicament qui existe déjà, il n’est nécessaire de le qualifier que pour un nouvel usage.Par conséquent, le processus d’approbation du nouveau traitement ne devrait prendre que quelques années.«E s’agit d’établir à quelle dose utiliser le médicament, durant combien de temps, et vérifier qu’il est vraiment efficace, dit-elle, ce qui devrait être fait d’ici trois ans maximum!» PRIX URGEL- ARCHAMBAULT Un pari physique PIERRE VALLÉE Il est né en 1953 à Montréal.André-Marie Tremblay est un théoricien de renommée internationale dans le domaine de la physique de la matière condensée.Rappelons que cette branche de la physique étudie les propriétés des phases solide et liquide de la matière.Bien que féconde en retombées technologiques — l’étude des semi-conducteurs et des supraconducteurs en est un sous-domaine —, la physique de la matière condensée demeure une science fondamentale dont le but est de comprendre les propriétés de la matière.«La physique m’a intéressé au secondaire, explique-t-il, et dès 14 ou 15 ans, je savais que c’est vers cette science que j'orienterais mes études.» Le premier pas est franchi en 1974 avec l’obtention d’un baccalauréat Bi en physique de l’Université de Montréal.Ensuite, grâce à une bourse d’études, M.Tremblay obtient un doctorat en physique du Massachusetts Institute of Technology en 1978.Lors de son stage postdoctoral à l’université Cornell, il choisit de se spécialiser en physique de la matière condensée.«Je voulais revenir travailler au Québec et la matière condensée m’apparaissait un domaine qui avait de l’avenir au Québec.» Se joignant en 1980 au département de physique de l’Université de Sherbrooke, il est nommé professeur titulaire en 1988.De 1991 à 1999, il y dirige le Centre de recherche en physique du solide et est, depuis janvier 2001, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en physique de la matière condensée.Du papier et un crayon Les travaux d’André-Marie Tremblay sont de nature théorique.Afin de comprendre les propriétés de la matière, il a recours à des modèles et à des méthodes de calcul qui sont analytiques ou numériques.«Mes outils de base sont très souvent le crayon et le papier.» Ses premiers travaux ont porté sur les fluctuations dans les systèmes physiques hors d’équilibre.«Un système hors d’équilibre est un système qui n’est pas fixe.Par exemple, l’élément chauffant d’une cuisinière devient un système hors d’équilibre dès qu’on y passe un courant.» Par la suite, il s’est intéressé au phénomène de la percolation dans les systèmes désordonnés.«La percolation peut se décrire comme l’apparition de trous dans le métal, un peu à la manière d’un fromage suisse.» Dans ces deux cas, le professeur Tremblay a cherché à mettre au point des théories qui pouvaient aider à mieux comprendre ces deux situations.Depuis une dizaine d’années, il étudie les supraconducteurs à haute température et aborde, en particulier, la théorie des électrons fortement corrélés.«Imaginez une table de billard complètement remplie de boules, les boules représentant les électrons.À première vue, chacune de ces boules dispose de peu d’es- ; **¦.- 7 %» André-Marie Tremblay pace de mouvement.Mais qu ’arrive-t-il si elles se mettent à se comporter et à bouger comme un ensemble?C’est ce qui se produit dans les systèmes à électrons fortement corrélés.» L’état de supraconductivité désigne la disparition complète de la résistance électrique observée dans un matériau lorsque la température de ce dernier est abaissée en dessous d’une certaine valeur, dite température critique.C’est en 1911 que la supraconductivité a été découverte par Gerd Host et Heike Kamerlingh-Onnes lorsqu’ils observèrent que le mercure devenait superconducteur lorsqu’on abaissait sa température à moins de 4,2° Kelvin ou -269° Celsius.Les chercheurs ont donc travaillé à découvrir des matériaux qui pourraient être des supraconducteurs à des températures plus élevées.Vers le milieu des années 1980 on a découvert les cuprates, qui sont des supraconducteurs dont la température critique s’élève à environ 90° Kelvin ou à 192° degrés Celsius.On espère être en mesure un jour de mettre au point des supraconducteurs qui fonctionnent à la température ambiante.Evidemment, les applications demeuraient impensables à cause des grandes températures de refroidissement requises.Les chercheurs ont donc travaillé à découvrir des matériaux qui pourraient être des supraconducteurs à des températures plus élevées.Si les théories étaient justes pour la classe des supraconducteurs dit «normaux», ces théories aujourd’hui ne sont plus adéquates quand il faut expliquer les comportements dans les supraconducteurs à haute température critique, comme les cuprates, qui sont des systèmes à électrons fortement corrélés.C’est justement sur ce sujet que portent les travaux de M.Tremblay.Il a mis au point une théorie originale, dite autocohérente à deux particules, qui s’est révélée fort généreuse dans la compréhension de certains phénomènes de la supraconductivité, tel le pseudo gap, et qui a eu un impact considérable dans la communauté des physiciens de la matière condensée.Un travail d’équipe André-Marie Tremblay est formel.Pareils résultats eurent été impossibles sans le concours de toute une équipe.«Il est presque impossible à un chercheur seul défaire des travaux à l’échelle internationale.E lui faut, comme moi, le concours de ses collègues.Ça fait déjà plus de 30 ans que nous montons cette équipe à IVniversité de Sherbrooke.Nos compétiteurs ont souvent une tradition centenaire.» De plus, André-Marie Tremblay fait partie de cette catégorie de théoriciens capables de s’intéresser aussi aux travaux plus expérimentaux.Selon lui, la théorie scientifique ne peut pas vivre uniquement en vase clos.«Les nouvelles théories appellent des nouvelles expériences qui appellent de nouvelles applications qui appellent de nouvelles théories.Nous sommes tous une partie d’une grande roue qui tourne.» L'UNIVERSITÉ LAVAL REND HOMMAGE AUX LAURÉATS DES PRIX DE L'ACFAS 2003 ! Réjean Landry Prix Marcel-Vincent pour son importante contribution au développement et à l'amélioration des politiques et des mesures de soutien au transfert des connaissances et à l’innovation.Yohan Bossé Prix Bernard-Belleau pour ses recherches sur l'identification des gènes responsables des variations de taille des lipoprotéines de faible densité à partir d'une approche génétique.Sylvain Jutras Prix Ressources naturelles pour son étude de l'aménagement des pessières noires en milieu humide et le développement des connaissances scientifiques portant sur le drainage forestier.UNIVERSITE LAVAL McGill //• • auæ/auréat& LEON GLASS Titulaire de la Chaire Isadore-Rosenfeld de cardiologic et professeur de physiologie fin» Jacques-Rousseau (Interdisciplinarité) Commandité par le Ministère de la Recherche, de la Science et de la Technologie du Québec CHANDRA MADRAMOOTOO Professeur James McGill (génie agricole et biosystèmes) et directeur fondateur du Centre Brace de gestion des ressources hydriques Prix Michel-Jurdant (Environnement) Commandité par Hydro-Québec Nous profitons aussi de l’occasion pour féliciter les récipiendaires des Prix McGill pour les meilleures communications étudiantes présentées au congrès 2003 de l’Acfas: Youssef Belhamadiâ, mathématiques et génie, Université Laval et Francis Joud, Centre de recherche en aménagement et développement, Université Laval r
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