Le devoir, 17 décembre 2003, Cahier A
QUÉBEC Un manque à gagner de un milliard, estime Séguin Page A 3 A ?www.ledevoir.com ?CINÉMA Le Retour du roi clôt le triptyque du Seigneur des anneaux Page B 8 LE DEVOIR Martin met un holà aux dépenses Le nouveau premier ministre souhaite une marge de manœuvre moins «étroite» HÉLÈNE BUZZETTI DE NOTRE BUREAU D’OTTAWA Pour marquer son arrivée au pouvoir, Paul Martin emprunte les manières de Jean Charest à Québec.Le gouvernement Martin a annoncé hier un gel immédiat de certains grands projets d’investissement, une révision de toutes les dépenses de même qu’un gel de la taille de la fonction publique fédérale.L’objectif avoué?Retrouver une marge de manœuvre budgétaire moins •'étroite».Ainsi, l’équipe de Paul Martin propose de revoir toutes les dépenses courantes du gouvernement à la lumière de sept critères, qui ne sont pas sans rappeler les «cinq grandes questions» que doivent désormais se poser les gestionnaires à Québec dans le cadre de la «réingénierie».Outre les critères d’efficacité, du rapport qualité/prix et de pertinence figure celui du «rôle du gouvernement».Les ministres fédéraux devront se dçmander s’il y a un «rôle légitime et nécessaire» pour l’Etat et si cette intervention crée un chevauchement.D y a aussi le critère du «fédéralisme» qui consistera à se demander s’il ne vaudrait pas mieux transférer le programme ou l’activité aux provinces.La similitude avec Québec est encore plus frappante quand on considère le critère du «partenariat».Le gouverne- ment devra se demander s’il ne pourrait pas «transférer en tout ou en partie au secteur privé ou au secteur bénévole» les activités visées.À Québec, on justifie la démarche par un besoin de «réingénierie» de l’Etat.À Ottawa, le mot clé semble être la «bonne gouvernance».ôt et placement du Québec dans le même secteur l’an dernier et l’année précédente, a rappelé M.Roy.•üou/cne Gâmbard Vente et service technique de Roiex 6»-A RUE CATHCART.MONTRÉAL CENTRï VOIE • TÉL XoMK'o Collision entre Séguin et Bellemare au sujet du no fault ROBERT DUTRISAC DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC Le ministre des Finances, Yves Séguin, a affirmé, hier, que le gouvernement Charest n’avait plus pour projet de modifier le régime de responsabilité sans égard à la faute (no fault) de la Société d’assurance automobile du Québec (SAAQ).«Nous n avons aucun projet de modifier le no fouit», a indiqué M.Séguin lors dime conférence de presse au cours de laquelle il a dévoilé la synthèse des opérations financières du gouvernement tout en confirmant que la SAAQ sera retirée du périmètre comptable du gouvernement.«Est-ce que le ministre de la Justice |Marc Bellemare] est au courant?» a-t-on demandé à M.Séguin.«Oui», a-t-il assuré.Sous l’impulsion de M.Bellemare, le Parti libéral s’était engagé à modifier le régime de responsabilité sans égard à la faute de la SAAQ pour exclure les conducteurs responsables d’accidents criminels.En vertu de ces changements, les criminels de la route perdaient leurs indemnités de la SAAQ pour lésions corporelles et s’exposaient à des poursuites au civil de la part des victimes ou de leurs proches.Renseignements pris, M.Bellemare n’est pas au courant que ce projet de loi est abandonné par le gouvernement.Au contraire, a-t-il indiqué, hier, au Devoir, l’abolition du no fault pour les criminels de la route faisait partie des engagements électoraux du Parti libéral.Qui plus est, dans une lettre datée du 23 avril, le premier ministre Jean Charest confiait à M.Bellemare le mandat d’élaborer un projet de loi en collaboration avec le ministre des Transports, Yvon Marcoux, a précisé le ministre de la Justice.Un projet de loi devait être présenté à l’automne mais l’absence pour raison de maladie de M.Marcoux a retardé ce dépôt Au cabinet de M.Charest, on indique que rien n’est changé en ce qui a trait à cet engagement et que le gouvernement a toujours l’intention de présenter un tel projet de loi.Quant à l’avenir de la SAAQ, M.Séguin a révélé qu’il déposera au cours des prochains mois un projet de loi pour séparer la mission d’assurance de la société de ses autres mandats, comme l’immatriculation et les permis de conduire, le contrôle routier et le transport ambulancier.Le ministre a dit qu’il n’y aura pas d’augmentation des tarifs d’assurance de la SAAQ.Le déficit de 300 millions de la SAAQ, imputable aux mauvais rendements affichés par la Caisse de dépôt et placement du Québec ces deux dernières années, sera étalé dans le temps.La SAAQ obtiendra aussi un pouvoir d’emprunt.Huit projets de loi adoptés en quelques heures Le projet de loi sur la sous-traitance ne subit que des retouches sans importance malgré la grogne syndicale Sylvie LA BELLE Sylvie PATENAUDE Isabelle PILOTTE Directrice de la collection Christine TOUZIN CLAC-SOHS manuel G Musique 2* cycle eu primaire.TOMMY CHOUINARD DE NOTRE BUREAU DE QUÉBEC /''V uébec n’a apporté aucun amendement vV significatif au projet de loi 31 visant à faciliter le recours à la sous-traitance, en dépit de la grogne syndicale et des avis émis par de nombreux intervenants lors de la commission parlementaire.Le gouvernement Charest est finalement parvenu à imposer le bâillon hier matin, afin d’adopter à toute vapeur, et à la suite de débats restreints à l’Assemblée nationale, huit projets de loi qui suscitent la controverse.Ces projets de loi sur les défosions municipales et le recours à la sous-traitance notamment, devaient être adoptés cette nuit ou le seront ce matin.Le ministre du Travail, Michel Després, a apporté seulement trois amendements de concordance au projet de loi 31.Pourtant, plusieurs intervenants qui se sont présentés le mois dernier devant la commission parlementaire ont critiqué le libeDé du projet de loi, qui, selon eux, pourrait entraîner des «débats Juridiques fastidieux».En vertu du projet de loi 31, l’accréditation syndicale n’est protégée que dans le seul cas où l’entreprise ou la municipalité cède à la sous-traitance, «en plus de fonctions ou d’un droit d’exploitation, la plupart des autres éléments caractéristiques de la partie d’entreprise visée».Le Barreau du Québec, les centrales syndicales, la Commission des droits de la personne, Noël Mallette, professeur en relations de travail à l’Ecole de sciences de la gestion de rUQAM, et Fernand Morin, professeur de droit du travail à l’Université Laval sont tous d’avis que cet article du projet de loi fera naître une multitude de contestations.Michel Després n’a pourtant pas cru bon d’apporter des précisions.Le critique pé-quiste en matière de travail, Maxime Arae-neau, a déploré que le ministre ne propose aucun amendement, en précisant que le projet de loi «mettra la hache dans 40 ans de Jurisprudence en matière de travail».Les centrales syndicales et les professeurs en relations de travail souhaitaient également que le gouvernement Charest ajoute au projet de loi une déclaration d’employeur unique, comme le recommandait le rapport Mireault de 1997.Le ministre, qui dit s’être inspiré de ce rapport, n’a pas déposé d’amendement afin d’inclure une telle déclaration.Alors qui prétend vouloir mettre le Québec au diapason des autres provinces cana- JACQUES NADEAU, ARCHIVES LE DEVOIR Michel Després diennes, il a écarté cette déclaration qui, pourtant, existe dans huit provinces.L’absence d’amendements et l’adoption du projet de loi risquent d’alimenter la grogne syndicale.Une manifestation d’une centaine de syndiqués de la CSN a d’ailleurs empêché, hier, le président du Conseil du patronat, Gilles Taillon, de prendre la parole devant des membres de l’Association des gens d’affaires de la Rive-Sud, dans l’arrondissement de Saint-Hubert, à Longueuil.En après-midi hier, la ministre déléguée à la famille, Carole Théberge, a pour sa part déposé quatre amendements mineurs au projet de loi 32, qui foit passer les frais de garde de 5 à 7 $ par jour.L’AQCPE a présenté de son côté le mémoire qu’eDe aurait déposé si une commission parlementaire avait eu Heu pour étudier le projet de loi 32.Elle estime que le gouvernement ne peut justifier le recours au bâillon en prétextant que ses projets de loi font partie du programme électoral du Parti Kbéral, puisque celui-ci prévoyait le maintien des services de garde à 5 $.Le premier ministre Jean Charest a justifié le recours au bâillon en soulignant que son gouvernement ne fait que remplir son mandai qui découle d’un programme élaboré «après cinq ans de consultations».Le leader de l’opposition officielle, André Boisdair, estime que le bâillon aura un «impact négatif sur l’économie et le climat social du Québec».Une vigile organisée par des syndiaués se tenait également hier devant le parlement afin de dénoncer le recours au bâillon.GUERIN (514) 042-34B1 IBOpaafls 19,75$ En uenln nam mules ms iiDrnnes i ffii / Æ "ÏÏSSSS" _ BREITLING 1884 CHRONOMAT BLACKBIRD f^EVE REST CHBIMKA •*I0, BOULEVARD LAJEUNESSE, MONTREAL (514)388-5358 4 LE DEVOIR.LE MERCREDI 17 DÉCEMBRE 2003 ?LES ACTUALITES* Des cochons «politically correct» Les farines animales sont soustraites de leur alimentation pour satisfaire le marché d’exportation Les amateurs de bio sont bien servis à Montréal FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Les amateurs d’aliments bio se font-ils parfois flouer en jetant leur dévolu sur des produits œrti-fiés vendus généralement plus cher?Moins qu’ailleurs en Amérique du Nord, répond aujourd'hui le Conseil d’accréditation du Québec (CAQ), sorte de police provinciale de l’univers biologique, qui vient de rendre publics les résultats de sa première tournée d’inspection des points de vente de la région montréalaise.Une ronde de contrôle aux résultats surprenants, indique le CAQ: 87 % des produits bio mis sur les tablettes des épiceries le sont dans le respect des réglementations en vigueur au Québec.Au total, près de 2100 produits ont été passés au crible par les limiers du CAQ lors d’un projet-pilote «mis en place pour tester nos procédures de contrôle», dit Denis-Paul Bouffard, président de l’organisme chargé d’encadrer la certification des aliments biologiques au Québec.«Tous provenaient d’une centaine de commerces visités en juillet dernier et choisis de mar nière aléatoire», ajoute-t-il.Bilan: 278 produits à peine, soit 13 %, se sont révélés non conformes aux règles de certification du bio.Ces règles contraignent les transformateurs à utiliser des matières premières issues de l’agriculture biologique, bien sûr, mais également à détenir une certification dûment délivrée par un organisme reconnu par le CAQ pour avoir le droit de vanter les caractéristiques bio d’un produit sur l’emballage.«Nous nous attendions à pire que ça, confie M.Bouffard.C’est un bon résultat, qui prouve qu’ici, les gens sont mieux servis qu’à Toronto ou ailleurs au Canada.Mais il ne faut pas s’endormir sur nos lauriers pour autant.Il reste encore beaucoup de travail pour s’assurer que le bio poursuive son développement dans le respect des consommateurs.» Pour cause.Car plusieurs pans de la distribution alimentaire bio restent encore à discipliner, estime le CAQ.A commencer par le secteur des fruits et légumes et autres aliments en vrac où la présence, pourtant obligatoire, du logo ou nom des certificateurs sur les produits est encore dans bien des épiceries de la métropole chose hasardeuse.«C’est une catégorie de produits, poursuit M.Bouffard, où nous avons relevé un grand nombre d’anomalies», comme d’ailleurs pour les produits transformés et les produits de boulangerie, deux autres secteurs à risque, révèle l’enquête, où en grande majorité les aliments, bien que bio, omettent encore de l’afficher correctement Par ailleurs, 5 % des aliments inspectés et arborant des lettres de noblesse étaient finalement loin d’avoir été produits dans le respect de la nature et de l’environnement ont également constaté les enquêteurs du CAQ.FABIEN DEGLISE LE DEVOIR Les cochons risquent de faire la tête.Pour cause.Depuis le 1" décembre dernier, ils sont devenus collectivement végétariens.Ainsi en a décidé la Fédération des producteurs de porcs du Québec (FPPQ) qui vient de demander à ses membres — sans tambour, ni trompette — de ne plus utiliser de farines animales dans l’alimentation de leurs gorets.Un geste dicté «par les marchés d’exportation», reconnaît la fédération mais également souhaité par la commission Boucher sur la production porcine en novembre dernier qui devrait «faire du bien à l’image de l’industrie même si, scientifiquement, cela est complètement inutile», a commenté hier Sylvain Quessy, titulaire de la chaire en salubrité des aliments à la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal «On est en train de gérer un risque virtuel, a-t-il expliqué.Le porc est omnivore.Il a même un système digestif très proche du nôtre et, contrairement aux ruminants, une alimentation à base de protéines de viande ne peut pas être à la source de maladies [de type encéphalopathie spongiforme ou autre] chez lui.» La FPPQ le sait aussi.Mais sous la pression de sût des neuf abattoirs du Québec, elle a préféré mettre les cochons du Québec au régime sans viande dès à présent Histoire de pouvoir transformer dans six mois en côtes levées, rôtis et bacons des animaux élevés uniquement à la moulée végétale.«C'est une demande des transformateurs, a expliqué le président de la fédération, Claude Corbeil.Depuis juillet dernier, les farines ont été retirées de l’alimentation MARIE-ANDRÉE CHOUINARD LE DEVOIR Malgré des demandes répétées de certains groupes d’augmenter le temps alloqé à l’éducation physique à l’école, le ministère de l’Éducation a toujours l’intention de laisser aux établissements eux-mêmes le loisir de disposer comme bon leur semble des 90 minutes supplémentaires qui atterriront dans l’horaire en 2004.Le Comité d’action EPS revenait à la charge hier pour sensibiliser le ministre de l’Éducation, Pierre Reid, à l’importance pour la santé des jeunes d’une augmentation du temps d’éducation physique dans les écoles du Québec.Le porte-parole du comité, l'éducateur physique Yves Potvin, a lancé hier une campagne de mobilisation pour convaincre le ministre Reid des porcs en Ontario, à la suite de la crise de la vache.Pour conserver notre compétitivité et notre accès aux marchés internationaux, nous devions emboîter le pas.» Dans une lettre datée du 8 octobre dernier et adressée à fa fédération, les principaux abatteurs de porcs au Québec estiment en effet que fa mesure est désormais incontournable pour ne pas s’aliéner le marché japonais «qui assure le meilleur retour à l’industrie québécoise et canadienne», peut-on lire.Une simple question de farts de marché, avoue timidement M.Corbeil, «mais qui, au passage, répond à la demande de la commission Boucher tout en rassurant les consommateurs qui s’interrogent sur leur alimentation», ajoute-t-il ActueDement, entre 50 et 70 % des éleveurs de cochons intègrent des farines carnées dans la nourriture de leurs bêtes afin de réduire leurs coûts de production — cette source de protéines issues de carcasses d’animaux morts étant bon marché comparée à son pendant végétal.«Nous allons, dans les prochains mois, évaluer l’impact financier de cette interdiction dans les élevages, dit le président de la FPPQ.C’est sûr, il va y avoir des coûts supplémentaires pour les éleveurs.Mais comme l’exigence vient des abattoirs, nous espérons que c’est eux qui vont payer la facture.» Côté environnemental, la décision de fa fédération risque aussi de se faire ressentir.«Normal, lance M.Quessy.U va falloir accroître la production de protéines végétales, que l’on retrouve dans les céréales, pour désormais s'adapter aux nouveaux besoins de porcs et parallèlement, se débarrasser autrement des stocks de farines animales qui jusqu’à maintenant trouvaient un usage dans l’industrie porcine.C’est du gaspillage de protéines important sur le plan nutritif.» «d’imposer un minimum de temps décent alloué à l’enseignement de l’éducation physique et à la santé».Ce rappel survient alors que le gouvernement Charest a promis l’ajout de 90 minutes de temps de classe supplémentaires à compter de septembre 2004.Toutefois, au cabinet du ministre Reid, on réitérait hier l’intention ferme de s’en remettre exclusivement aux conseils d’établissements des écoles pour le choix de la discipline liée à ces 90 minutes de plus.«L’école devra choisir parmi les trois spécialités que sont les arts, la langue seconde ou l’éducation physique, mais le choix revient au conseil d’établissement», a expliqué hier Caroline Richard, attachée de presse du ministre.Le Comité d’action EPS a demandé en vain une rencontre avec le ministre, et s’en remet à cette campagne de mobilisation pour interpeller le ministre.Le comité suggère aux citoyens d’expédier une lettre au Par ailleurs, bien que condamnés au végétarisme, les porcs du Québec devraient toujours conserver Hans leur ration alimentaire quotidienne les antibiotiques utilisés comme facteurs de croissance.En novembre, fa Commission sur la production porcine a toutefois recommandé à Québec d’en interdire l’usage «dans un délai raisonnable».Dans fa lettre envoyée à fa fédération, les abattoirs ne semblent toutefois pas encore en faire une exigence pour permettre aux charcuteries en devenir d’accéder à leurs installations.ARCHIVES LE DEVOIR le choix de Uécole ministre en «investissant 55 sous dans un REER-san-té, ce qui correspond au simple achat d’un timbre-poste».La lettre demande au ministre d’expliquer «pourquoi [il n’a] pas l’intention de garantir un minimum décent d’éducation physique dans les écoles».Les revendications du groupe, qui s’est élargi à un nombre de représentants de milieux de la santé et de l’éducation, sont liées aux décisions du gouvernement Charest d’éliminer le programme «Ça bouge après l’école» et de remettre en question la promesse du précédent gouvernement de garantir deux heures d’éducation physique par semaine.«Nous n’exigeons pas du gouvernement du Québec des minutes d’éducation physique supplémentaires simplement pour faire bouger un peu plus les jeunes», a rappelé Yves Potvin.«Nous souhaitons contribuer à l'émergence d’une culture de la santé chez les jeunes.» Les 90 minutes d’enseignement de plus en septembre 2004 Plus d’éducation physique.si c’est * LE DEVOIR.LE MERCREDI 17 DÉCEMBRE 2 0 0 3 A 5 ?LE DEVOIR ?LE MONDE Allègement de la dette irakienne Paris et Berlin font un premier pas AGENCE FRANCE-PRESSE Berlin — Les États-Unis, l’Allemagne et la France, en s’accordant hier sur un allégement de la dette irakienne en 2004, ont fait un premier pas vers la réconciliation après plusieurs mois de relations conflictuelles entre Washington et deux des principaux opposants à la guerre en Irak.Washington, Berlin et Paris sont convenus qu’une «réduction substantielle» de la dette irakienne (120 milliards de dollars) devrait intervenir en 2004 au sein du Club de Paris, et üs «travailleront étroitement entre eux et avec d’autres pays pour atteindre cet objectif, est-il dit dans un communiqué commun rendu public par l’Elysée.Cette décision a été prise après que l’envoyé spécial américain sur la dette James Baker a rencontré hier le président Jacques Chirac à Paris et le chancelier allemand Gerhard Schroder à Berlin.M.Baker doit encore se rendre 4 Rome, à Moscou et à Londres avant de regagner les États-Unis ep fin de semaine.L’ancien secrétaire d’Etat a obtenu de la France un accord de principe pour «trouver les moyens d’alléger la dette irakienne en 2004».Même si côté français on esti- mait que le Club de Paris ne peut traiter la dette irakienne qu’avec un gouvernement souverain en Irak, ce qui n’est pas le cas aujourd'hui.Quelques heures plus tard.Berlin annonçait que •l’Allemagne et les Etats-Unis sont — comme la France — prêts non seulement à un réaménagement de la dette, mais aussi à un allégement substantiel de la dette de l’Irak», ajoutant que «résoudre la question de la dette est essentiel pour la reconstruction de l’Irak».La Maison-Blanche a «apprécié l'engagement de la France et de l’Allemagne à travailler pour restructurer et réduire le fardeau de la dette qui pèse sur le peuple irakien», selon un porte-parole.Cet accord sur la dette du régime de Saddam Hussein est le premier acte commun des trois pays depuis le déclenchement de la crise irakienne.Berlin et Paris, qui, avec Moscou, ont mené la fronde des opposants à la guerre en Irak, pourraient profiter de ce geste de bonne volonté pour revenir dans le jeu de la reconstruction irakienne.L’Allemagne et la France ont en effet vivement protesté contre la menace américaine d’exclusion des contrats de reconstruction financés par les États-Unis des pays qui se sont opposés au conflit Le chancelier a d’ailleurs «clairement exprimé la position de l’Allemagne sur l’attribution des contrats» au cours de l’entretien avec M.Baker, a ajouté la chancellerie.Un autre dossier, la passation des pouvoirs en Irak, trouble les relations transatlantiques.Pour Paris et Berlin, la stabilité de l’Irak passe par le retour au plus vite de sa souveraineté dans un processus légitimé par les Nations unies, alors que les États-Unis ne sont pas décidés à se retirer rapidement de l’Irak, qui reste stratégique dans leurs préoccupations de sécurité.La tournée de James Baker, nommé envoyé spécial pour la dette irakienne par le président américain George W.Bush, vise à obtenir un allégement de la dette accumulée par le régime de Saddam Hussein et qui pèse lourdement sur la reconstruction de l’Irak.L’Irak doit quelque 4,4 milliards de dollars à l’Alle-ipagne, trois milliards à la France et 2,2 milliards aux États-Unis, membres du Club de Paris qui concentre plus du tiers de la dette irakienne.Le Club de Paris réunit les principaux pays créanciers industrialisés.La réduction «substantieDe* demandée par Washing ton pourrait aller jusqu’à effacer les deux tiers de la dette irakienne, selon des sources proches du dossier.AFGHANISTAN Karzaï s’impose à la Loya Jirga SAVED SALAHUDDIN REUTERS Kaboul — Le président afghan Hamid Karzaï défend avec succès les pouvoirs étendus que lui confère le projet de constitution débattu à la Loya Jirga (Grande Assemblée) réunie cette semaine à Kaboul, ont rapporté des participants hier.Quelque 500 délégués de tout l’Afghanistan sont rassemblés depuis dimanche dans la capitale sous haute surveillance pour donner sa forme définitive à une constitution qui doit ouvrir la voie aux premières élections libres du pays au cours de 2004.Alors que la volonté de Karzaï' d’entériner dans la constitution un pouvoir présidentiel fort se heurtait dimanche à une large opposition, des délégués ont indiqué hier que le chef de l’État et ses alliés américains semblaient sortir victorieux de l’épreuve.«Les partisans de Karzaï ont pris le dessus», a déclaré un membre du gouvernement qui a requis l’anonymat Karzaï, en qui beaucoup voient encore le seul dirigeant capable de préserver l’unité du pays, avait menacé de ne pas se présenter aux élections de l’an prochain si de très larges pouvoirs ne lui étaient pas garantis.11 était contesté au sein de son gouvernement par les représentants de l’Alliance du Nord, qui voulaient soumettre la présidence au contrôle d’un Parlement et d’un premier ministre.Mais les arguments musclés du président et de ses alliés américains, conjugués peut-être à la promesse d’un rôle alléchant pour le gouvernement, semblent avoir convaincu des figures importantes.«A présent, plusieurs personnalités de l’Alliance du Nord, surtout des membres du cabinet, soutiennent les efforts de Karzaï pour faire ratifier un système présidentiel fort», a dit le ministre.REUTERS Sera-t-il titulaire d’une présidence forte, comme il le souhaite?Le président afghan s’est absenté une partie de la journée d’hier pour aller inaugurer une route reconstruite entre Kaboul et Kandahar (sud), ce qu’il a présenté comme un symbole de la réhabilitation du pays après des années de guerre.Sous le grand chapiteau de la Loya Jirga dressé dans la capitale, les événements semblaient aussi tourner en faveur de Karzaï'.«C’est décidé, a dit un délégué de l’Alliance du Nord.Plusieurs responsables de l’Alliance du Nord ont pris parti pour Karzaï.» Le président pashtoun peut aussi compter sur le soutien des représentants de son ethnie, la plus nombreuse d’Afghanistan.Beaucoup d’entre eux lui reprochent de ne pas s’être employé plus résolument à protéger leurs intérêts, mais peu d’autres personnalités sont capables de les unir, notent des délégués.Mosaïque d’ethnies Karzaï juge une présidence forte nécessaire dans un État en transition où l’autorité centrale est mise à mal par les alléjgeances et les divisions locales.La Loya Jirga réunit une mosaïque d’ethnies, des Pash-touns barbus et enturbannés aux Ouzbèks trapus ou aux Tadjiks à coiffes de laine.Les rescapés du régime des talibans, à la chute duquel Karzaï' a été porté au pouvoir fin 2001, ont juré de perturber la réunion en la qualifiant de «parodie américaine», mais ils n’ont rien pu contre le dispositif de sécurité entourant l’assemblée.Trois roquettes sont tombées hier matin dans la capitale à plusieurs kilomètres du lieu de la réunion, sans faire de victime.Abdul Hafiz Mansoor, représentant de l’Alliance du Nord connu pour son franc-parler, a accusé Kar-zaï d’acheter ses adversaires en leur promettant un rôle dans le gouvernement issu des élections à venir.Selon des sources politiques, Burhanuddin Rabbani, ex-président et dirigeant de l’Alliance, a aussi menacé de boycotter la réunion pour protester contre des ingérences et des manœuvres d’intimidation attribuées au camp de Karzaï.Les délégués se répartiront en duc groupes pour discuter des différents volets de la constitution avant de se rassembler sous la tente principale pour débattre des amendements proposés.Sharon est prêt à évacuer les colonies de Gaza REUTERS Jérusalem — Ariel Sharon a déclaré aux membres de son gouvernement qu’Israël devait être prêt à quitter les colonies de peuplement installées dans la bande de Gaza, a-t-on appris hier de sources politiques.Le premier ministre israélien, qui appuyait depuis des décennies le mouvement de colonisation, laisse depuis peu entendre avec insistance que l’État hébreu devra évacuer des secteurs de Cisjordanie et de Gaza quel que soit l’aboutissement de la «feuille de route» pour la paix avec les Palestiniens.Il a toutefois confirmé son scepticisme quant aux chances de succès de ce plan de paix international en prédisant que le gouvernement palestinien ne durerait que six mois et laissant entendre qu’Israël devrait alors agir seul Selon des sources politiques, Sharon a évoqué les colonies de Gaza en exposant lundi à ses ministres le contenu d’un discours très attendu qu’il doit prononcer demain lors d’une conférence sur la sécurité nationale.«Peu importe la façon dont on considère la question, les Juifs ne vivront pas éternellement dans la bande de Gaza», a-t-Ü dit selon l’une de ces sources.Plusieurs journaux israéliens rapportent également ces propos.Selon des sondages récents, 60 % des Israéliens approuveraient l’évacuation de toutes les implantations de Gaza, mais une telle initiative provoquerait de vives dissensions au sein du Likoud, le parti de droite de Sharon.De source politique, on juge probable que Sharon esquisse dans son discours des initiatives israéliennes unilatérales pour le cas où la feuille de route échouerait, mais qu’il s’emploie aussi à ne pas inquiéter les États-Unis.BRÉSIL Lula recentre son parti AGENCE FRANCE-PRESSE Rio de Janeiro — La purge au sein du Parti des travailleurs (PT-gauche) décidée par son chef, le président brésilien, pendant le week-end, confirme l'orientation social-démocrate de sa politique gouvernementale et laisse peu d’espace à la formation d’une nouvelle force de gauche.Quatre parlementaires de l’aile radicale du PT (une sénatrice et trois députés) ont été exclus du parti pour avoir voté systématiquement contre les réformes des retraites et des finances jugées «indispensables à la relance de la croissance» par le gouvernement «Nous sommes en minorité au Parlement.La capacité de gouverner dépend de l’unité d’action du PT.Nous ne pouvons pas exiger les votes des partis alliés si nous n’avons pas de cohésion interne», a déclaré le leader du gouvernement au Sénat Aloizio Mercadante, pour justifier l’exclusion des rebelles.Ces parlementaires rebelles n’ont cessé depuis l’investiture du président Luiz Inacio Lula da Silva, le 1" janvier, de critiquer sa politique, «trop dépendante du FMI et de simple continuité» de celle de son prédécesseur, le social-démocrate Fernando Henrique Cardoso.Après ces exclusions et la défection il y a quelques mois du député Fernando Gabeira, qui s’opposait à la légalisation de la récolte 2004 de soja transgénique, le PT compte 91 députés (sur un total de 513) et 13 sénateurs (sur 81) au Parlement.La direction du PT a averti ses quelque 30 parlementaires de l’aile radicale qu’il «ne tolérerait plus» l’indiscipline et que les récalcitrants seraient punis.Le PT refuse désormais d’être un parti qui est au gouvernement et qui abrite en même temps des opposants, estimaient hier les analystes politiques.Selon eux, cette exclusion est «le résultat d’un processus d’institutionnalisation du parti», entamé vers l’an 2000 quand le PT a commencé à entrevoir de réelles chances d’arriver au pouvoir.Israël a préparé l’assassinat de Saddam en 1992 MARK LAV1E ASSOCIATED PRESS Tel Aviv — L'armée israélienne avait préparé une tentative d'assassinat audacieuse contre Saddam Hussein au cours de laquelle un commando aurait été parachuté en Irak avec des missiles sophistiqués pour éliminer le dictateur, a révélé hier un quotidien israélien, une information confirmée par un député.Selon le journal Maariv, cette tentative d’assassinat a été abandonnée après un accident au cours d'une répétition de cette mission qui s’est soldée par la mort de cinq soldats.Le député travailliste EphraJim Sneh, membre de la Conunission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset en 1992, a confirmé que l’armée préparait l’assassinat de Saddam Hussein mais a refusé de donner les détails de l’opération, fi a ajouté que c’était le premier ministre d’alors Yitzhak Rabin qui avait donné son feu vert.«Le crédit devrait en être donné au premier ministre [Rabin! parce qu'il a eu le courage d’ordonner cette opération», a indiqué M.Sneh, interviewé par l'agence Associated Press.«Comme à Entebbe et dans d’autres opérations à risque, c’est Rabin qui a pris cette décision», a ajouté le député travailliste en référence à l’opération israélienne lancée en Ouganda en 1976 pour libérer les otages d’un avion détourné.Le Maariv a pu publier son article dans son intégralité après que la censure militaire eut levé son veto.L’armée israélienne avait mis ce plan au point pour tuer Saddam Hussein en représailles $mx tirs de 39 missiles Scud sur l’État hébreu pendant la guerre du Golfe en 1991.Toutefois, ce projet n’avait jamais été soumis à l’approbation du cabinet israélien.Le quotidien souligne que ceux qui y étaient opposés avaient averti qu’en cas d’échec ou de réussite, cette action entraînerait une riposte irakienne sous la forme d’une attaque chimique ou bactériologique.Les renseignements militaires israéliens avaient réussi à découvrir que ce serait Saddam Hussein lui-même, et non pas un de ses sosies, qui participerait aux obsèques de son beau-père dans sa ville natale.Le commando se serait installé à quelques kilomètres du cimetière et aurait tiré deux missiles en direction de Saddam Hussein, qui portait un uniforme de couleur plus claire que ceux de ses subordonnés.Les missiles étaient baptisés «Obélisques», précise Maariv.Après l’assassinat, le commando aurait été rapatrié par avion à bord d’un avion israélien qui aurait décollé d’une piste de fortune aménagée pour l’opération.Le Maariv a pu publier son article après que la censure militaire eut levé son veto Accident dans le Néguev L’accident s’est produit lors d’une des dernières répétitions le 5 novembre 1992 dans le grand camp d’entraînement de Tzeelim dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël.Les cinq soldats jouaient les cibles — Saddam Hussein et ses gardes du corps — et le commando devait tirer un faux missile sur eux.Par erreur, c’est un vrai missile qui a été mis à feu tuant les cinq hommes et en blessant six autres.L’accident avait entraîné l’annulation de la mission.Maariv souligne que, comme prévu par les renseignements militaires israéliens, Saddam Hussein avait assisté en personne aux obsèques de son beau-père.Les plus hauts gradés de Tsahal étaient présents à Tzeelim pour assister à l’exercipe dont le chef d’état-major de l’époque, le général Éhoud Barak, qui deviendra premier ministre.Sa présence a été signalée quelques jours après l’accident faisant ainsi courir des rumeurs sur l’objectif exact de cette mission.La censure militaire israélienne avait alors jeté une chape de plomb sur le drame.Deux quotidiens étrangers qui avaient publié des articles assurant que la cible était le chef du Hezbollah libanais, Cheikh Nasrallah, avaient vu leur accréditation suspendue par le gouvernement israélien.Maariv affirme d’ailleurs que l’histoire sur Nasrallah avait été fabriquée par le gouvernement israélien pour détourner l’attention des journalistes de la cible réelle de cette opération avortée.Le pilonnage de Dubrovnik jugé au TPI La Haye (Reuters) — L’ancien général yougoslave Pavle Strugar a été accusé hier par le Tribunal pénal international de La Haye sur les crimes de guerre dans l’ex-Yougoslavie d’avoir pilonné le port croate de Dubrovnik pendant le siège de la ville par les Serbes, en 1991.Strugar est accusé de crimes de guerre et notamment de meurtre et de traitements cruels.Il plaide non coupable.Trois autres anciens officiers yougoslaves ont été inculpés pour le bombardement de la «perle de l’Adriatique».L’un a plaidé coupable, un autre s’est déclaré mentalement inapte à comparaître et les poursuites contre le troisième ont été abandonnées.Les forces serbes ont pilonné sans merci la vieille ville de Dubrovnik, joyau de l’architecture médiévale et de la Renaissance, a déclaré le procureur Philip Weiner.ASSEMBLEE HATIOHALE QUtBtC Consultation GÉNÉRALE ADAPTER LE RÉGIME DE RENTES AUX NOUVELLES RÉALITÉS DU QUÉBEC La Commission des affaires sociales est chargée de tenir des auditions publiques à compter du 24 février 2004 dans le cadre d'une consultation générale sur le document intitulé Adapter le Régime de rentes aux nouvelles réalités du Québec.Toute personne ou organisme qui désire exprimer son opinion sur ce sujet doit soumettre un mémoire au Secrétariat des commissions au plus tard le 6 février 2004 La Commission choisira, parmi les personnes et les organismes qui auront fait parvenir un mémoire, ceux qu elle entendra.Les mémoires doivent être transmis en 25 exemplaires de formai lettre Ils doivent être accompagnés d'autant d'exemplaires d'un résumé de leur contenu.Les personnes ou les organismes qui désirent que leur mémoire soit transmis à la Tribune de la presse doivent en faire parvenir 20 exemplaires supplémentaires Les mémoires, la correspondance et les demandes de renseignements doivent être adressés à : Mme Denise Lamontagne, avocate, secrétaire de la Commission des affaires sociales, Édifice Pamphile-Le May, 1035, rue des Parlementaires, 3" étage, Québec (Québec), Gl A t A3.Téléphone : (418) 643-2722 Télécopieur : (418) 643-0248 Courriel : dlamontagne@assnat.qc.ca Budget 2004-2005 Consultations prébudgétaires Invitation à la population Le ministre des Finances procédera à des consultations prébudgétaires dans le cadre desquelles se tiendront des audiences publiques.Les modalités d’intervention Les personnes, groupes ou organisations qui souhaitent se faire entendre lors de ces audiences publiques peuvent le faire en déposant un mémoire formulant leur position.Ces mémoires devront être acheminés en deux (2) exemplaires, au plus tard le 16 janvier 2004, à l’adresse suivante: Consultations prébudgétaires, Cabinet du ministre des Finances, 12, rue Saint-Louis, 1" étage, Québec (Québec) GIR 5L3.Les mémoires peuvent également être transmis par courrier électronique à l’adresse suivante : consultation.ministre@finances gouv.qc.ca.Le document de consultation Toutes les personnes intéressées sont invitées à se procurer le document Consultations prébudgétaires sur le site Internet (www.finances.gouv.qcca) ou auprès de la Direction des communications : (418) 528-9323.Les audiences publiques Les audiences publiques se tiendront à partir du 26 janvier 2004.Les dates et les lieux des rencontres seront précisés ultérieurement.Finances Québecnn LE DEVOIR.LE MERCREDI 17 DÉCEMBRE 2003 ÉDITORIAL De plus en plus confus Plus l’année avance, plus le ministre des Finances, Yves Séguin, recule dans ses prévisions budgétaires.On parle toujours de déficit zéro pour l’année en cours, mais il faudra sortir la baguette magique pour résorber l’écart qui se creuse entre les besoins financiers du gouvernement et les revenus anticipés.Après huit mois au pouvoir, on ne sait toujours pas où loge le gouvernement en matière d’orientation budgétaire.D’ -à abord fixé à zéro au moment de la présentation du budget, en juin, puis à 137 millions après un trimestre, «l’écart budgétaire à résorber» par le gouvernement du Québec d’ici la fin mars atteindrait maintenant près d’un milliard si l’on se fie à la plus récente Synthèse des opérations financières rendue publique par le ministre des Finances.Ce milliard manquant, il provient de trois sources: 700 millions de baisse des revenus de péréquation fédéraux — dont on entend parler pour la première fois, 351 millions de revenus d’impôt en moins à cause du ralentissement économique, et 237 millions de pertes causées par la chute de valeur des investissements dans les sociétés Innovatech et dans la SGF.Dans ce dernier cas, c’est notamment la fermeture surprise de la grande usine Magnola qui oblige Québec à inscrire une perte extraordinaire dont on se fait fort de faire porter la responsabilité sur le dos du gouvernement précédent Pour l’aider à faire face à la situation, le ministre des Finances entend d’abord négocier avec Ottawa l’étalement sur cinq ans de la réduction des transferts, mais rien n’est encore fait.Pour le reste, on ne sait trop d’où viendra l’argent, ni qui supportera les compressions.Cela dit consolons-nous car le bilan pourrait être pire sans les jeux comptables, comme celui qui permet au ministre Séguin de reporter une partie des pertes de la même SGF au bilan de l’année dernière.À cause de cette manœuvre, l’année 2002-2003, dernière année de gouverne du Parti québécois, s’est donc terminée dans le rouge avec un déficit budgétaire de plus d’un demi-milliard de dollars.Toujours pour réduire son déficit appréhendé, le ministre Séguin a aussi exclu de ses prévisions pour l’année en cours le déficit de la SAAQ qui devrait atteindre 300 millions.Pour ce faire, il annonce que les opérations d’assurances de la SAAQ seront bientôt regroupées en une entité légale autonome qui devra équilibrer ses revenus et ses dépenses.Est-ce là le signe précurseur d’une augmentation des primes d'assurance l’an prochain?On n’en sait rien pour le moment, mais de toute façon, comme en bien d’autres dossiers dont celui des tarifs d’électricité, ce ne sera pas le gouvernement qui en portera l'odieux même s’il est seul responsable de ce qui se passe à la SAAQ.Par ailleurs, il ne faut pas oublier les 300 millions de déficit des hôpitaux qui sont exclus du périmètre comptable du gouvernement, mais qui n’en constituent pas moins un trou béant dans leurs opérations.Qui remboursera cet argent?Au total, le gouvernement fait donc face à un manque à gagner qu’on peut évaluer à beaucoup plus que le milliard auquel en arrive le ministre Séguin.L’ampleur de l’écart amène ce dernier à sonner l’alarme, mais grâce à une comptabilité de plus en plus créatrice, le ministre se permet de réitérer aussitôt la promesse de son gouvernement de terminer l’année en beauté, voire de réduire les impôts dès l’an prochain, année qui s’annonce pourtant encore plus difficile que 2003 sur le plan budgétaire.D devient impossible de suivre le gouvernement dans ses opérations budgétaires.La valse des millions reportés d’une année à l’autre ou d’une entité légale à l’autre brouille le paysage financier.Même les observateurs avertis en attrapent la berlue.Est-ce normal que seule la vérificatrice générale soit désormais en mesure de savoir ce qui se passe dans les finances publiques de l’État?jrsansfacon@ledevoir.ca Jean-Robert Sansfaçon ?Mythe et réalité e Québec peut souffler: il ne se vide pas de ses cerveaux, il continue même d’en attirer de l’étranger et il ne manque pas de diplômés de haut niveau pour assumer, avec satisfaction, les nombreux postes de professeurs d’université qui s’ouvriront d’ici cinq ans.Le constat, basé sur une recherche inédite, du Conseil supérieur de l’éducation met à mal les cris d’alarme lancés ces dernières années par les recteurs d’universités.D a l’immense mérite de dépasser les «diagnostics globaux» pour faire état de la situation telle qu’elle est vécue sur le terrain de chaque département Les contraintes s’en trouvent «mieux cernées», pour reprendre le titre du rapport du Conseil («Renouveler le corps professoral à l’université: des défis importants à mieux cerner»): c’est en administration qu’on manque de doctorants, en médecine qu’on réclame de meilleures infrastructures de recherches, en sciences appliquées qu’on se plaint des salaires trop bas, en droit que la carrière de professeur séduit le moins.Chaque situation exige un effort particulier — notamment dans les universités de régions, où leur effet est multiplié.Mais leur addition ne sert qu’à fausser les perceptions pour une situation par ailleurs conjoncturelle, les postes à pourvoir étant d’abord attribuables aux prochains départs à la retraite.C'est pourquoi le grand intérêt du rapport relève plutôt de son inquiétude face à une tendance, elle, très structurelle: l’obsession de la recherche, son immense valorisation, au détriment de l’enseignement Comment fait-on, dans la vraie vie, pour recruter, ou garder!, un professeur en demande?On le relève de l’enseignement au premier cycle pour qu’il se consacre à la recherche et à l’encadrement des étudiants de maîtrise ou de doctorat; on lui fait miroiter une chaire de recherche: on lui alloue des fonds pour ses travaux; on l’aide dans ses demandes de subvention.Et ces mesures sont d’une grande efficacité, selon l'évaluation des directeurs de département D’autant que les professeurs sont d’abord recrutés sur la base de leurs publications et de leur capacité à obtenir des subventions; bien peu sur leur intérêt pédagogique.Après tout n’y aura-t-il pas toujours des chargés de cours pour assumer le boulot d’enseigner aux nouveaux arrivants, la charge de cours étant par ailleurs perçue comme une voie de garage pour accéder au titre de professeur?Or l’enseignement n’a pas à être le parent pauvre du monde universitaire, insiste le Conseil.L’appel est juste et il répond à bien des complaintes de profs agacés par le publish or perish et le tâtillonnement toujours plus grand des demandes de subventions.Mais il se heurte.au réel.Qui osera le premier, dans un monde si ce n’est de pénurie tout au moins de concurrence, attirer une recrue de prestige en lui offrant de se consacrer un an strictement à l’enseignement?jboileanfitJedevoir.ca Josée Boileau ?LE DEVOIR FONDÉ PAR HENRI BOURASSA LE 10 JANVIER 1910 FAIS CE QUE DOIS Directeur BERNARD DESCÔTEAUX Rédacteur en chef JEAN-ROBERT SANSFAÇON Vice-présidente finances et administration CATHERINE LABERGE Directeur de l’information JULES RICHER Directeurs adjoints de l’information PIERRE BEAULIEU.JEAN-FRANÇOIS NADEAU, LOUIS LAPIERRE Directeur artistique CHRISTIAN T1FFET Directeur, ventes publicitaires NICOLE CALESTAGNE LETTRES Solidarité et charité J’en ai un peu beaucoup ma claque de ceux qui considèrent la Guignolée comme un geste de solidarité.C’est un geste de charité.Point à la ligne.Aucun rapport avec la solidarité.On peut être un beau salaud qui vient de licencier la moitié de son personnel pour augmenter le taux de profit et quand même donner des sous aux pauvres.On peut travailler à l’Institut économique de Montréal et donner à la Guignolée! La solidarité inclut, sous-tend une affinité politique, sociale, fraternelle.Un engagement envers une certaine façon de concevoir la vie en société qui en appelle à la justice sociale.Alors, les nouveaux curés, faites-nous grâce de votre morale, les temps sont déjà assez durs comme ça.Martin Richard Montréal, le 9 décembre 2003 Un bricolage qui ne tiendra pas la route Lettre à Jean-Marc Fournier, ministre des Afi faires municipales, du Sport et du Loisir du Québec Tel qu’amendé, le projet de loi n° 9 n’atteindra probablement aucun de ses objectifs.Quiconque a fait du porte-à-porte chez les anglophones des quartiers ouest de Montréal et dans les villes du West Island lors de campagnes électorales montréalaises a compris que ces gens votaient à Montréal en fonction du jour où le Québec pourrait se séparer plutôt qu’en fonction des enjeux montréalais.De fait, ils cherchent à garder leur chez-soi et vont toujours voter pour ce qui se rapproche le plus de cette option.Hier, c’était Gérald Tremblay, au- jourd’hui, ce sont les défusionnistes.Pour cette raison, l’essentiel du West Island va probablement quitter la mégaville de Montréal au référendum de 2004, en dépit des menaces d’en faire des villes de seconde zone, menaces contenues dans le projet de loi n° 9.Le Montréal restant aurait néanmoins encore 70 % de la richesse collective et serait très viable si ce n’était de ce plan additionnel à courte vue d’en faire un amas disloqué de 20 villages-arrondissements dotés de maires.Et inutile de parler du conseil d’arrondissement, organisme stratégique conçu pour un maire-leader d’envergure et qui dépasse de loin les maires de gestion courante, majoritaires à Montréal depuis le départ de Jean Drapeau.En somme, le projet de loi n° 9 pourrait entraîner la chute du maire Tremblay et ramener au pouvoir un Pierre Bourque sans programme (ni marge de manœuvre réelle) pour gérer ce qui resterait Ce qu’il aurait fallu pour Montréal, c’est une commission «royale» d’enquête qui aurait déterminé un programme et une structure pertinente pour l’avenir.C’est ce qu’avaient fait la commission Sylvestre pour la ville de Laval en 1965 et la commission Golden pour la mégacité torontoise en 1995.Mais aujourd’hui, le sort de Montréal est plutôt décidé sur la base de chicanes de clôture et de projets déconnectés qui ne tiennent pas la route.[.] Michel Magnant Directeur exécutif, Montréal Stratégique Montréal, le 7 décembre 2003 Merci de la part des jeunes Je veux remercier Isabelle Paré de ses textes sur les enfants en détresse.Je la remercie d’avoir donné une voix à ces enfants et aux cliniciens, auxquels on a enlevé leurs lieux de soins en raison de compressions budgétaires qu’on a maquillées sous le nom de «virage milieu» en puisant à une idéologie simpliste du «milieu naturel» au mépris des connaissances actuelles sur le développement des enfants.D est vrai que le Dr Lemay a dénoncé cette situation avec éloquence mais sans avoir été entendu, sauf par les cliniciens, et nous sommes un certain nombre à avoir prédit la catastrophe pour les plus vulnérables de nos enfants et pour les plus compétents de nos cliniciens.Certains de ces derniers sont physiquement partis et d’autres ont mentalement déserté une tâche devenue impossible.Merci beaucoup.Louisiane Gauthier Psychologue aux Centres jeunesse de Montréal Le 7 décembre 2003 Des pistes cyclables l’hiver Avec la fermeture des pistes cyclables le 1" novembre et leur réouverture tardive le 1er mai, c’est de plusieurs mois de vélo que l’on prive les habitants de Montréal.En effet, il y a maintenant une partie grandissante de la population qui fait de la bicyclette pendant ces mois où il y a peu de neige et où la température est assez clémente pour sortir son vélo.À l’heure où on se préoccupe de changements climatiques, il me semble que prolonger l’ouverture des pistes cyclables serait une mesure simple à mettre en place pour réduire nos émissions de gaz à effet de serre.Ainsi, on aurait plus de gens à vélo et moins en auto! Renée-Ann Blais Montréal, le 10 décembre 2003 LIBRE OPINION -?- Une commission pour les centres d’hébergement MARIO DUMONT Chef de l’Action démocratique du Québec Au lendemain de la mise en tutelle de la résidence Saint-Charles-Borromée, Jean-Robert Sansfaçon y allait d’un éditorial qui nous semble on ne peut plus approprié en ce qui concerne la suite à donner à ce dossier: «Le ministre [de la Santé] doit élargir son intervention et envisager de revoir l’ensemble des conditions de vie et de travail dans les centres d’hébergement de longue durée.Des ressources seront nécessaires, mais aussi une nouvelle approche et des règles plus strictes afin de régir les rapports entre le personnel et les usagers.» L’Action démocratique du Québec souhaite justement que ce «vaste chantier» prenne une forme bien concrète et ouverte, soit une commission d’enquête publique.Nous réclamons cette commission afin de faire toute la lumière sur la qualité des soins dans les centres d’hébergement du Québec, de s’assurer du respect de la dignité des personnes âgées et handicapées et de préparer de manière responsable et lucide le vieillissement de notre population.Il ne s’agit donc pas de faire une chasse aux sorcières, ni de tenter d’identifier dc-s boucs émissaires, mais bien de réfléchir ensemble à l’approche souhaitée pour nos proches et nous-mêmes.Au cours des derniers jours, le Conseil pour la protection des malades a affamé dénombrer au moins une dizaine de cas à travers le Québec qui s’apparentent à celui de Saint-Charles-Borromée.Le ministre s’en est montré bien peu surpris.D a aussi reconnu que h «loi du silence» prévaut actuellement à l’intérieur des établissements et du réseau.N’est-ce pas suffisant pour réclamer que nous puissions nous donner un forum collectif où tous pourront s’exprimer sans peur de représailles [.]?D est impératif que nous ayons, comme société, une connaissance véritable et globale de l’ampleur des problèmes auxquels sont chaque jour confrontées les personnes les plus fragiles de notre société.La tenue d’une commission d’enquête publique permettrait d’amorcer une prise de conscience et, surtout, une véritable réflexion collective sur les conditions de vie de nos aînés.Ce dialogue social serait une occasion unique de repenser notre système d’hébergement à la lumière des valeurs fondamentales que sont la dignité, la compassion et le respect Nous refusons de penser que les Québécois doivent se contenter d’accepter sans rien dire les conditions actuelles d’hébergement de nos aînés.Nous ne croyons pas non plus que la solution réside dans des interventions ponctuelles menées à l’interne.Les différents rapports sur cette question, de même que les multiples cas alarmants rapportés par les médias, ont largement fait la preuve de l’incapacité du système bureaucratique à corriger définitivement cette situation inadmissible.[.] Établir une nouvelle culture Les Nations unies ont adopté, à l’égard des personnes âgées, des principes qui font réfléchir.Il est édicté en matière de soins que «les personnes âgées devraient bénéficier des soins et delà protection des familles et de la collectivité dans le respect du système de valeurs culturelles de chaque société».Dans cette veine, nous demandons au ministre de la Santé de relever le défi qui s'offre au Québec afin d’adapter l’intervention publique aux besoins d’id et d’aujourd’hui.[.] Quarante ans après la Commission royale d’enquête sur l’enseignement (commission Parent), qui a modernisé l’éducation québécoise, Q nous faut avoir le même courage et la même audace que ces hommes et ces femmes qui ont procédé à la démocratisation de notre système d’éducation.Nous voyons dans l’hébergement en institution un défi pour notre génération, soit de créer une culture, un milieu de vie et des institutions qui procurent à nos personnes âgées et handicapées un cadre de vie sécuritaire, stimulant et avant tout humain La commission devrait mettre en lumière les conditions de vie actuelles des personnes qui vivent dans les centres d’hébergement D nous faut donner la parole à ceux qui vivent quotidiennement la réalité des centres d’hébergement Les bénéficiaires, leurs proches, le personnel, les gestionnaires, les experts et tous ceux qui ont à cœur le sort réservé aux adultes les plus fragiles de notre société doivent avoir voix au chapitre.Mais il faut aller encore plus loin.La commission doit évaluer les pratiques et les valeurs qui habitent actuellement les acteurs du réseau pour ensuite proposer et implanter les changements organisationnels qui s’imposeront La commission aurait aussi mandat de revoir l’efficacité du processus de plainte mis à la disposition des bénéficiaires et des familles de ceux-ci.Revoir également les critères d'embauche et la formation des employés qui interviennent directement auprès des bénéficiaires.Finalement et c’est peut-être le plus grand défi, elle devra recommander des mesures et des correctifs afin de répondre à la demande croissante imminente de places en hébergement dans le contexte d’une société qui vieillit rapidement Une sage révolution doit s'amorcer en vue de préparer notre avenir.Nous devons mettre en place les conditions qui permettront d'assurer l’autonomie, le respect et en fin de compte, le bonheur de ceux et celles qui ont contribué à façonner le Québec. LE DEVOIR.LE MERCREDI 17 DECEMBRE 2003 IDÉES Au début des années 1960 Jean Lesage et sa « réingénierie » Le premier ministre avait déclenché des élections générales anticipées après 27 mois au pouvoir ou ARCHIVES LE DEVOIR MICHEL LÉVESQUE Politologue et historien Premier de deux textes epuis les élections du 14 avril dernier, la question de la «réingénierie» de l’État québécois est au cœur de l’actualité quotidienne.Et pour justifier cette remise en question fondamen-taje du rôle et des pratiques de l’État québécois, le premier ministre Jean Charest rappelle constamment qu’il en a reçu le mandat de la population et qu’il est de son intention d’appliquer le programme de son parti.En fait, la situation qui prévaut actuellement au Québec s’apparente à plusieurs égards, notamment dans la façon de faire les choses tout autant que par l’attitude du premier ministre, aux premières années de la Révolution tranquille.Au début des années 60, le nouveau gouvernement libéral, dirigé par Jean Lesage, entreprit rapidement la «réingénierie» de l’État québécois en présentant une «politique de grandeur» pour développer «l’État national des Canadiens français».Dès son entrée en fonction, Lesage affirme avec force et conviction sa volonté de changer les choses à la suite du mandat qu’il a reçu de la population le 22 juin 1960 ainsi que sa ferme intention de faire adopter les mesures contenues dans le programme de son parti, présenté lors de la campagne électorale.Pourtant, bien que le Parti libéral du Québec ait fait élire 51 candidats sur une possibilité de 95 et obtenu plus de 51 % des voix dans l’ensemble des circonscriptions et que, selon le journal du parti, La Réforme, le gouvernement, après seulement deux années au pouvoir, ait réalisé plus de 80 % de ses engagements électoraux, le 19 septembre 1962 — après 27 mois au pouvoir —, Lesage jugeait nécessaire de déclencher des élections générales anticipées.C’était la première fois dans l’histoire politique du Québec qu’un premier ministre en appelait au peuple bien avant la fin légale de son mandat et sans qu’aucun scandale politique n’en soit la cause principale.Que s’est-il passé pour que Lesage sente l’obligation d’en appeler précipitamment au peuple afin de faire renouveler son mandat?C’est ce que nous aidons tenter d’expliquer en nous appuyant essentiellement sur trois documents qui, à ma connaissance,-sont demeurés inédits à ce jour.Ces trois documents ont été centraux dans la décision de Lesage de déclencher des élections précipitées et contiennent matière à réflexion par les temps qui courent Pour mémoire, rappelons que la décision de dé- clencher des élections pour le 14 novembre 1962 fut prise lors de la célèbre rencontre réunissant les membres du cabinet Lesage et les dirigeants de la Fédération libérale du Québec au début du ipois de septembre dans un chalet situé au lac à l’Épaule, dans les Laurentides, au nord de Québec.Un sondage Le premier document dont dispose Lesage contient les retranscriptions de 16 entrevues faites auprès de citoyens de Granby au mois de juillet 1962.Elles furent expédiées au premier ministre qqelques jours seulement avant la rencontre du lac à l’Épaule, soit le 31 août 1962, par un de ses principaux conseillers, Claude Ducharme.Bien que soulignant le peu de validité de ce «prétest», celui-ci lui mentionne toutefois que les réponses données risquent de l’intéresser «beaucoup».À la lecture de ces entrevues, Lesage a pu noter l’impopularité des vieux partis, notamment à l’endroit du PLQ, et la popularité du Crédit social qui, le 10 juin précédent, avait fait élire, à la surprise générale, 26 députés à l’occasion des élections générales fédérales.C’était la première fois, sur la scène politique québécoise, qu’un tiers parti remportait un tel succès.Lesage apprenait également que le nouveau chef de l’Union nationale, Daniel Johnson, élu à l’occasion d’un congrès à la direction tenu en septembre 1961, jouissait également d’une certaine popularité.Bref, ces réponses n’auguraient rien de bon pour le chef libéral.Il ne s’agissait cependant pas là du seul document qui allait faire avancer la réflexion de Lesage dans le sens que l’on connaît aujourd’hui Un rapport de la FLQ , Quelques jours avant la réunion du lac à l’Epaule, soit le 27 août, le secrétaire général de la Fédération libérale du Québec, Gérard Brady, faisait parvenir à Lesage, à la demande du conseü exécutif de la fédération, un mémoire dont il allait être le seul à obtenir copie.Ce mémoire a été rédigé à la suite d’une enquête menée par questionnaire auprès des principaux dirigeants libéraux dans les circonscriptions.Le principal objectif visé par cette enquête consistait à «connaître les raisons qui ont amené un bon nombre de nos militants [.] à donner leur vote à un candidat créditiste» lors des élections fédérales.Selon Gérard Brady, environ un millier de militants ont répondu à cet appel Dans la lettre accompagnant ce mémoire, Brady écrit à Lesage: «R nous est agréable de constater que les réponses au questionnaire indiquent clairement que vous jouissez, personnellement, de la confiance et de l’admiration des militants; on ne peut malheureusement en dire autant de l’administration provinciale.Il est bien évident aussi que la grande législation du gou- Jean Lesage brandissant le programme libéral de vernement n’est pas comprise du public.[.) C’était peut-être surestimer la nature humaine que de vouloir faire un changement vers la politique de grandeur sans aucune transition.» La grogne des militants libéraux était alimentée principalement par le maintien des fonctionnaires unionistes en place et la fin du petit patronage (le gros patronage, lui, existait toujours, semble-t-il).De plus, les mesures législatives adoptées par le gouvernement étaient également loin de faire l’unanimité, comme en font foi les deux extraits suivants: «La grande législation du gouvernement n’est pas du tout comprise du peuple.[.] Pour qu’une législation soit l’élection du 22 juin 1960.rentable électoralement, il faut que ses bénéfices soient palpables.Lorsqu’on profite de l'assvrance4tospitalisa don, on a trop souvent l’impression que, seuls, les hôpitaux et les médecins ont profité de la loi.» «Dans la législation, on regrette, d’une façon générale, que les ruraux et les ouvriers, les gagne-petit, aient été oubliés.À ce sujet, on s’en prend surtout à l'impôt qui fut augmenté.» C’était là le cœur des récriminations adressées à l’administration Lesage par les mill tants et dont ce mémoire faisait écho.Demain: un appel au peuple pour occulter le mécontentement.Dès son entrée en fonction, Lesage affirme sa volonté de changer les choses à la suite du mandat qu’il a reçu Réplique à Christian Rioux Qui sème le vent.Les Québécois ne sont pas passés à côté du débat sur llrak.Ils ont au contraire fait preuve d’une belle maturité politique et d’une grande lucidité CLAUDE VAILLANCOURT Écrivain et professeur au Collège André-Grasset — our nous rassurer face aux actions belli- Pqueuses de l’empire américain, Christian Rioux nous donne l’exemple de Beethoven qui attendait les armées napoléoniennes en libératrices.Elles arrivaient, — prétend-U, «avec les immenses conquêtes démocratiques de la Révolution française».Il ne raconte pas la suite de l’histoire.Lorsque Beethoven apprend que Napoléon vient de se couronner empereur, il se sent trahi et devient furieux.Il déchire la dédicace de sa troisième symphonie à l’empereur et donne à son chef-d’œuvre le titre très approprié de Symphonie héroïque.Avec un pareil exemple, si peu convenable, on peut comprendre que le plaidoyer proempire de Christian Rioux sera soit d’une grande maladresse, soit d’une grande naïveté.Dans ce texte, Christian Rioux reprend une argumentation développée par certains intellectuels parisiens, abonnés des principaux médias français, tels Pascal Bruckner, Bernard Kouchner ou André Glucksmann, qui se sont dressés contre l’inquiétant consensus antiguerre en France et en Europe.Tant de gens ne peuvent avoir raison, laissent-ils entendre.Tant d’acharnement contre les États-Unis ne peut sentir que le souffre et l’intolérance.Au delà de la prétendue naïveté des antiguerre, de leur inconscience, de leur «refus subtil de la politique», se dressent les idéaux démocratiques et la volonté ferme de s’en prendre à tous les tyrans.Rien n’est plus inacceptable qu’une dictature.Alors, la fin justifie les moyens: l'action américaine, dans toute son imperfection, a tout au moins l’avantage de débarrasser la planète des ennemis de la démocratie.La récente capture de Saddam Hussein en est l’éclatante démonstration.Amis puis ennemis Seulement, pour croire à une pareille argumentation, il faut avoir la vue bien courte.D faut oublier à quel point l’Amérique, pour se protéger du communisme, a soutenu de puissants dictateurs et les a dressés comme des chiens.D faut ignorer l’implication de nos voisins dans le financement et la formation militaire des groupes islamistes en guerre en Af- ghanistan, chasser de nos esprits que l’ennemi public Ben Laden a profité d’un appui solide et constant des services secrets américains.Tout cela, c’était avant la chute du communisme, bien sûr.Le communisme enfin terrassé, éliminé avec la chute du mur de Berlin en 1989, il devient de plus en plus aisé de relancer les discours sur la liberté et la démocratie.D’autant plus que la conjoncture économique permet plus que jamais de renforcer le contrôle des pays du Nord sur le reste du monde.L’endettement exponentiel des pays du Sud les met à la merd de leurs créanders.Par les programmes d’ajustements structurels imposés par le FMI et la Banque mondiale — deux organisations sous le contrôle des États-Unis et des pays les plus riches —, on parvient à éliminer les réglementations contraignantes, à exiger de catastrophiques baisses d’impôt, à démanteler les services publics, à offrir les secteurs rentables de l’économie aux grandes entreprises multinationales, à accorder la priorité au remboursement de la dette.Et à porter ainsi d’indidbles atteintes à la démocratie.Dans ce monde sous contrôle, les dictateurs deviennent inutiles, anachroniques et encombrants.D’autant plus que certains oseront peut-être fermer leurs lucratifs marchés aux entreprises ocddentales.Il faut donc les laisser tomber.Et reprendre fièrement de beaux discours à la défense de la démocratie, que personne n’osera contredire.Aux lendemains du 11 septembre 2001, on se rend brutalement compte que le monde n’est pas aussi docile qu’on l’aurait cru.On constate que les chiens se sont dressés contre leurs maîtres, que certains dictateurs s’accrochent au pouvoir, que le beau modèle d’un monde entièrement libéralisé se heurte à des fanatismes, à la résurgence de la barbarie.On n’a plus le choix: à la guerre, il faut répondre par la guerre.Seulement, rarement les discours officiels entreront autant en contradiction avec ce que les citoyens peuvent mieux que jamais observer.On nous annonce que Saddam Hussein a braqué sur nous des armes de des- truction massive, qu’il a conclu des alliances avec al-Qaïda, que le pire est à venir.Tissu de mensonges que tout cela, bien sûr.Et monumental gâchis que la conséquence de ces bravades: l’Irak, désormais envahi, est plus désorganisé que jamais, et les terroristes d’aKJài-da, auparavant honnis dans ce pays, y entrent par les nouvelles frontières poreuses et y trouvent le meilleur des camps d’entraînement Tromperies Nous devrions donc croire à la parole du président américain, lui qui nous a allègrement trompés, lorsqu’il prétend apporter la paix et la démocratie dans le monde?Nous devrions nous émouvoir, avec Christian Rioux, lorsqu’il s’adonne à Londres à de nobles allocutions et nous ramène à de grands idéaux qu’il contribue à démanteler?Nous devrions nous fier à ce grand défenseur des valeurs universelles alors qu’il vient d’imposer à ses concitoyens le Pafriot Act, l’une des atteintes les plus directes et les plus radicales aux libertés civiles dans l’histoire des États-Unis?Alors que la police de Miami a réprimé avec une violence inouïe des protestations pacifiques contre la ZLEA?Alors qu’à New York, on limitait les possibilités de manifester contre la guerre?Alors qu’on a empêché les démocrates qui s’opposaient à la réforme de Medicare de prendre connaissance de la nouvelle législation?Comment peut-on oser voir en George W.Bush un défenseur de la démocratie?Comment peut-on encore se laisser bercer par ses discours?Certains voient dans l’empire américain un moindre mal.Face à la montée de l’extrémisme islamiste, disent-ils, il faut agir avec autorité.Cet extrémisme, bien sûr, ne vient ni de l’exploitation éhontée d’une population dépouillée de ses richesses, ni de la pauvreté, ni de l’injuste distribution des biens, ni d’une corruption encouragée par les puissants, ni du mépris marqué envers une population à laquelle il ne reste plus rien, sinon ses élans religieux.Cet extrémisme, tout simplement, est comme un mal inexplicable, et ce mal, il faut l’éradiquer.Pour faire face à l’insécurité perpétuelle qui nous menace, il nous faut un protecteur, une puissance, qui jouera le rôle ingrat et mal compris de gendarme.C’est ce que les gouvernements des pays d’Europe de l’Est ont si bien saisi en donnant sans hésiter leur appui à la guerre en Irak.Pourtant, il ne faut pas être naïf ni utopiste pour .< comprendre qu’on ne vient pas ainsi à bout des fanatismes.Rien de tel pour animer la flamme du fanatfa me que le jeu de l’invective, de la provocation, de la violence.La haine alimente la haine, la présence physique de l’ennemi nous le ramène constamment à l’esprit, la loi du talion entraîne inévitablement dans une spirale de violence.L’histoire nous a montré que les grands changements ne sont pas provoqués par la répression, par le mépris de l’adversaire, par l’implanta tion parachutée de modèles étrangers.L’installation massive d’entreprises américaines en Irak, la privatisa tion à tout crin, la dépossession des Irakiens de leur ressource naturelle la plus précieuse n’entraîneront certes pas la paix, avec ou sans démocratie.Pour convaincre les peuples d’adopter la démocratie, il faut surtout prêcher par l’exemple.Il faut renforcer les institutions démocratiques — en premier lieu l’ONU — plutôt que de les torpiller.Il faut se montrer patient, s’ouvrir au dialogue, arrêter de mépriser, d’invectiver, cesser de croire que les phénomènes apparaissent sans cause, cesser de se croire possesseurs absolus de la vérité.Ne pas oublier que l’histoire avare ce lentement, qu’on ne peut, ainsi que l’avait cru l’en> pereur Joseph IL planter des arbres adultes pour aller plus vite et espérer qu’ils tiendront le coup.Cesser de priver les peuples de ce qui leur appartient, mieux dis tribuer les richesses.Éxposer le fonctionnement d’une véritable démocratie et non pas celui d’une dé mocratie qui réprime, cache et ment Voilà ce qu’il faut faire pour combattre l'extrémisme islamiste, nourri plus que jamais de tout ce qui le fait croître.Tout cela demeure élémentaire mais échappe au gouvernement américain, ivre de pouvoir et de conquêtes.Les Québécois ne sont certes pas passés à côté du débat sur l’Irak.Ds ont au contraire, ainsi que bien des peuples du monde, fait preuve d’une belle maturité politique et d’une grande lucidité.On pourrait difficilement le leur reprocher.L’Amérique, pour se protéger du communisme, a soutenu de puissants dictateurs et les a dressés comme des chiens L’ÉQUIPE DU DEVOIR I .BÉTiAr-nnni A rhrftarmation fltaénk méfropoUtaine : G*tild DtUalre (aVoiiit a« àinrtnr di l'information), Jeannt CorrtveAu iaffaira municipaux).Fibien Degliâe.M»rle-André* Chouiiwrd (.tducation) Jo«é* BoUcau (Mumalixit.rcxpontaUt ilt la papt Ma).Brian Myle* (juxticxtl .Brnolt Mungw (rxxponxatU in xiU InUmci).Jwn-tVrr* Légault (pnpitr, Mo, idée.pmpxcHm « xporti).I^btll* Ptfé (xanli).PnuUne Gr«*l Cuioncm) -, Michel Gnrnwu rcarxcat.nu.J.DUoc Précourt (m^muathixx pagmlhénmlianfx).Martin îwin.' Mirfiél* MAlenini et Chrintine Dumtwt InUcinn).Jacques Grenier et Jacquet Nadeau (phototropktx) ; à l'information culturelle : Michel Bélair («tpoMoW»), Julie Carpentier.Paul Bennett rpupitn caklm xpiciam ti cnUnrtU).Stéphane Baillargeon ukiiirr), Paul Cauction (miiiaxl, vwM).k Ptaferm-lon économique : Gérard Bérubé
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