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Le devoir
Quotidien montréalais indépendant et influent, qui informe rigoureusement et prend part aux grands débats de la société québécoise [...]

Fondé à Montréal par l'homme politique québécois Henri Bourassa, le quotidien Le Devoir paraît pour la première fois le 10 janvier 1910. Bourassa rassemble autour de lui une équipe de rédaction fort compétente. En font partie Olivar Asselin, Omer Héroux, Georges Pelletier, Louis Dupire et Jules Fournier.

Dès ses débuts, Le Devoir se veut patriotique et indépendant. Résolument catholique, il est partisan de la doctrine sociale de l'Église et appuie un encadrement catholique des mouvements associatif, syndical et coopératif. De tout temps, il défendra la place de la langue française et sera des débats sur la position constitutionnelle du Québec.

Au cours des années 1920, le catholicisme du directeur se dogmatise, ce qui rend plusieurs journalistes inconfortables, mais l'orateur demeure une figure très en vue qui permet au journal d'amasser des fonds. Grâce à lui, Le Devoir pourra toujours s'appuyer sur des donateurs privés, dont certains siègent à son CA. Des journalistes tels Fadette, Jeanne Métivier et Paul Sauriol y font leur marque à la fin de la décennie.

Proche des cercles intellectuels influents, Le Devoir a une vocation nationale. Une grande part de son tirage est tout de même acheminée dans les milieux ruraux. Le journal offrira d'ailleurs un vif appui à l'organisation de l'agriculture québécoise. Il ne pénétrera que tardivement, mais sûrement, le lectorat de la zone métropolitaine.

Au départ de Bourassa en 1932, Georges Pelletier prend la direction du journal. Un regard d'aujourd'hui sur l'époque des décennies 1930 et 1940 révèle une phase plutôt sombre, empreinte d'antisémitisme, le Juif représentant à la fois la cupidité du capitalisme et le péril athéiste lié au communisme.

Durant la Seconde Guerre mondiale, Le Devoir lutte contre la conscription et rapporte les injustices faites aux Canadiens français dans les corps militaires. Sur le plan politique, bien qu'indépendant, le quotidien appuie la fondation du Bloc populaire, parti nationaliste, et se rapproche parfois de l'Union nationale.

Gérard Filion prend la direction du journal en avril 1947. Il en modernise la formule et attire de solides jeunes collaborateurs, dont André Laurendeau, Gérard Pelletier et Pierre Laporte. Le journal prend alors définitivement ses distances de l'Union nationale, critiquant l'absence de politiques sociales, l'anti-syndicalisme et la corruption du gouvernement québécois, et dénonçant la spoliation des ressources naturelles.

À partir de 1964, le journal est dirigé par Claude Ryan, qui en base l'influence sur la recherche de consensus politique, entre autres sur les sujets constitutionnels. Sous sa gouverne, Le Devoir sera fédéraliste pendant la plus grande partie des années 1970.

Bien qu'il soit indépendant des milieux de la finance, Le Devoir est le quotidien montréalais qui accorde la plus grande place dans ses pages à l'économie, surtout à partir des années 1980. En 1990, l'arrivée de Lise Bissonnette à la direction redynamise la ligne éditoriale et le prestige du journal. Le Devoir appuie résolument la cause souverainiste.

Au XXIe siècle, sous la gouverne de Bernard Descôteaux, puis de Brian Myles, Le Devoir continue à informer les Québécois, à donner l'ordre du jour médiatique, à appuyer l'émergence des idées et à alimenter le débat social. C'est pourquoi il faut regarder ailleurs que dans ses données de tirage, relativement plus basses que celles des autres quotidiens montréalais, pour mesurer la force de son influence.

Sources :

BEAULIEU, André et Jean HAMELIN, La presse québécoise des origines à nos jours, Sainte-Foy, Presses de l'Université Laval, 1979, vol. 4, p. 328-333.

BONVILLE DE, Jean, Les quotidiens montréalais de 1945-1985 : morphologie et contenu, Québec, Institut québécois de recherche sur la culture, 1995.

LAHAISE, Robert (dir.), Le Devoir : reflet du Québec au 20e siècle, Lasalle, Hurtubise HMH, 1994.


Éditeur :
  • Montréal :Le devoir,1910-
Contenu spécifique :
Cahier F
Genre spécifique :
  • Journaux
Fréquence :
quotidien
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Le devoir, 2008-05-31, Collections de BAnQ.

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LE DEVOIR.LES SA M E 1) 1 3 l M A I E T l) I M A X l' tl E 1 "¦ .1 I' I N J (Ml S iï il?LIVRES «C’était un pari un peu fou; je ne savais absolument pas s’il pouvait y avoir un lecteur ou une lectrice pour ce genre de livre » .Annie Kmaux ARCHIVES LE DEVOIR Louis Fréchette à l’époque où il est greffier au Conseil législatif.Centenaire de Louis Fréchette Conteur du pays sans nom MICHEL LA PIERRE Les traîtres! s’ils gardaient pour eux seuls leurs souillures./ Mais ils ont souffleté nos gloires les plus pures./ O Papineau, Viger, patriotes sublimes! / Lorimier, Cardinal, Chénier, nobles victimes!» Ces vers ampoulés mais déchirants, un avocat lévisien de 26 ans, exilé à Chicago, les adresse à son peuple en 1866 pour dénoncer la Confédération qui se prépare.Par ce coup de foudre.Louis Fréchette se fait un nom.Celui dont nous célébrons aujourd’hui le centenaire de la mort, survenue à Montréal le 31 mai 1908, se voulait par son romantisme, son esprit « Point de rois ventrus ! libéral et républicain, le Victor Hugo du Canada français.Plaquette de huit pages, écrite en octobre 1866, point de noblesses ijnpnmee aux Etats-Unis pendant l’hiver et reproduite dans le journal montréalais Le Pays nées!» le 27 mars 1867, La Voix d’un ex,ilé est une diatribe contre George-Etienne Cartier et les autres conservateurs qui, pour Fréchette, trahissaient l’œuvre des Patriotes.Il s’agit de la plus vibrante protestation d’un témoin de l’époque contre l’Acte de l’Amérique du Nord britannique qui.adopté par le Parlement de Londres et promulgue par la reine Victoria, allait prendre effet le 1" juillet 1867, date que l’on considérera plus tard comme celle de la naissance d'un pays.Rajeunir le nom de Canada de quelques siècles, voilà un tour de force que l’on peut se permettre lorsqu’on prononce le mot avec l’intonation anglaise.Fréchette n’aurait pas été surpris d’un tel rétrécissement de l’histoire, même si, après son retour chez nous, l’écrivain, résigné ou assagi, perdra un peu de la fougue politique de sa jeunesse.Dans le poème de 1866 La Voix d'un exilé (deux autres parties s’y ajouteront en 1868 et en 1869), il voit la Confédération non seulement comme une insulte à la pensée de Papineau mais aussi comme une trahison de l’Amérique.VOIR PAGE F 2: FRÉCHETTE Hun III S Ml Us 'G! H lu • V 0|l|, m I l S xwu.s i «Y 8 ,vÿv SJV WW 'Ml* ytoV »>V.V yJJV MmV iVmV .vv.v • Mit V.V.V »MM« MMI MMII /•*M»s IMMI IMtMi IMMI /••Mil IMMI, IMMI IMMI MMM h I i** MJ *• AVY.V/iV •V, •/i u\\ !*»4 \v3 JVJ fa ;V/».V.VAV mV \\\\ >••« • lit Ml* MM MMJHM&'ft '•Mf-* ^ IMS '•••I • ••• !••«( • •*• IMM ••«•• ____ MMMMMMI MMMMM IMMIttl M*MM IMMM 'MMM' MMM (•••M • Ml" Mil ,7# ***• i •K / MARIL HI I I NI I RI MMI.AY I.K DKVOIR La marche du monde et du temps à la façon d’Annie Ernaux CAROLINE MONTPETIT On la dit impudique.Elle est grande et pâle, une longue chevelure blonde tombant sur ses épaules.D’abord invitée à Toronto, où un colloque se tenait sur son œuvre, Annie Emaux était de passage à Montréal cette semaine pour parler de son dernier livre, Les Aimées.Les Années est un récit collectif qui est aussi une chronique des quelque 60 dernières années de l'histoire de la France.Annie Ernaux y fait défiler les grands événements politiques qui ont marqué sa vie et celle des millions d’autres Français, de sa naissance durant la guerre et de celle de ses enfants à l'avènement de la pilule, de la révolte de Mai 68 à la chute du mur de Berlin, sur fond de consommation de plus en plus effrénée au fur et à mesure que passe le temps.Un bijou de synthèse et de précision littéraire, qui dit magnifiquement la marche du monde en même temps que celle d’une femme.En fait, ce qu'Annie Ernaux a voulu graver sur le papier, c’est le passage du temps.Un temps qui s’écoule et se perd à jamais.Un temps qui n’existera pas dans la tète des générations futures, à moins précisément qu’il ne soit transmis par l’écriture.L’intime et le collectif Ecrit au «elle», au «on», et au «nous», ce récit a une forme exceptionnelle.Annie Ernaux réussit avec une aisance remarquable, à y allier l’expérience intime à l’expérience collective, puisque, comme le voulait la révolte de Mai 68, «tout est politique».Reste que Les Années demeure le récit d'une femme de gauche, pour qui le «on» ou le «nous» utilisé désignent successivement le quartier, un groupe de gens aux mêmes affinités politiques, les femmes, à l’occasion, ou la génération de ceux qui sont nés durant la guerre mais qui ne se souviennent pas vraiment de ses méfaits, portés qu’ils ont été par la promesse du «plus jamais» et du progrès imminent, mais au fond jamais vraiment réalisé, qu'annonçait l’après-guerre.«Le statut du “nous ” et du “on ” est très variable dans le texte», recon-nait-elle en entrevue, ajoutant que la suppression du «je» ne lui a pas du tout été pénible au moment de la rédaction de cette histoire.A ce chapitre, Annie Ernaux se souvient d’une phrase prononcée par le sociologue Derek Partit, qui l'a accompagnée tout au long des A«-nées: «On pourrait raconter une vie de façon impersonnelle.» D faut dire que c’est la forme littéraire qui passionne par-dessus tout Annie Ernaux, qui a vraiment connu le succès à partir de 1984 avec son quatrième livre, La Place, un récit autobiographique relatant l’histoire de son père.Elle dit qu’il faut écrire pour «charger la littérature», ou, tout au moins, «pour ne pas la laisser dans l’état où on l’a trouvée».Bien qu'elle soit souvent, à tort, associée au courant de l’autofiction, Annie Ernaux martèle qu’il n’y a pas de fiction dans son œuvre, qu’elle n’utilise que la réalité pure et simple.L’idée des Années a pour sa part germé dans sa tête au milieu des années 80, et elle y fait souvent référence dans son livre.«Elle voudrait réunir ces multiples images d'elle, séparées, désaccordées, par le fil d’un récit, celui de son existence, depuis sa naissance pendant la Seconde Guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui.Une existence singulière donc mais fondue aussi dans le mou- « Le statut du “nous” et du “on” est très variable dans le texte » vement d’une génération.Au moment de commencer, elle achoppe toujours sur les mêmes problèmes: comment représenter à la fois le passage du temps historique, le changement des choses, des idées, des mœurs et l’intime de cette femme, faire coïncider la fresque de quarante-cinq années et la recherche d’un moi hors de l’Histoire, celui des moments suspendus dont elle faisait des poemes a vingt ans, Solitude, etc.Son souci principal est le choix entre “je” et “elle”», écrit-elle.Voilà, tout est là.Un projet et un défi qu’Annie Ernaux a résolus d’une main de maître, même si elle a craint, jusqu’au dernier moment avant de le porter a son éditeur, qu’il ne soit pure folie.«C’était un pari un peu fou; je ne savais absolument pas s’il pouvait y avoir un lecteur ou une lectrice pour ce genre de livre», dit-elle.Pourtant, la critique a été unanimement positive.Et Annie Ernaux croit que la France a trouvé quelque chose d’unificateur dans ce récit d'une intellectuelle de gauche, une sorte de lien fait entre les choses, à une époque où chacun cherche, sans succès, son identité de façon individuelle.Et c’est pour cette raison aussi que Les Années est un livre nécessaire, important En cours d’écriture, Annie Ernaux a décidé d'intégrer une description de photos la décrivant à différents âges.Et ces photos servent, tout au long du récit, de points de référence dans l’histoire qui passe.Car c’est vraiment dans cette fusion entre le parcours individuel et l’histoire collective que ce livre réussit un tour de force.Cela permet notamment d'associer deux univers omniprésents dans la vie quotidienne, bien qu’ils y figurent le plus souvent de façon dissociée: l’univers de la consommation et l’univers politique, donnant enfin une vision juste de la réalité.Alors qu’elle décrit les années 2000, Annie Ernaux écrit «Le monde des marchandises, des spots publicitaires, et celui des discours politiques coexistaient à la télé, ils ne se rencontraient pas.» En entrevue, Annie Ernaux ajoute qu’elle ne voit pas comment ce récit collectif aurait pu être autre chose que politique.«Je ne vois pas comment il aurait pu être autrement.C’est un point de vue sur VOIR PAGE F 2: ERNAUX t i 11 L E l> E V 0 I B .L E S S A M E I) I :> I SI Al ET l> I M A X C H E I J r I X ?0 0 S LIVRES EN APARTÉ L’intime grand public o Jean-François Nadeau Elisabetta a 25 ans.Blonde, les yeux bleus et une anatomie renfprcée propre a soulever bien des passions.A en croire la couverture de son livre, Journal d'une lofteuse, elle loge tout entière dans son seul prénom: Elisabetta.Un prénom, rien de plus, à l’exemple de ces vedettes éphémères de la chanson qui passent et ne reviennent pas, portée^ I)ar le seul souffle d’un été.En Egypte, chez les anciens, deux noms étaient donnés.Le premier, le petit nom, était celui connu de tous.\â‘ grand nom, le vrai, était soigneusement caché.C’est là, dans ce grand nom, que se réfugiait l'identité véritable.Ici, c’est exactement le contraire.Fantone, le nom de famille italo-québécois de la belle, relève de la simple anecdote, comme l’ensemble du contenu télévisuel de L)ft Story dont elle tire sa gloriole.En cette époque où fleurissent ces supermarchés des sentiments, les limites du prénom suffisent largement à la manifestation du moi.ILins l’espace de Lojt Story, il faut noter que rien ne se passe.Ou ;dors si peu.Tout tient dans le commentaire.Exactement comme dans ce Journal d'une lojteu-se, et dans bien d’autres livres du genre, des livres que les lecteurs soutiennent toujours moins que le sens du commerce qui en motive la publication au nom de la force de la télévision.la télévision s’est transformée en un vivier ou circulent toutes les bétes de nos propres vies, y compris les plus étranges.On y parle indistinctement de viol autant que d’amour.les larmes de joie et celles du malheur s’y confondent à qui mieux mieux.L’intime se justifie de plus en plus par sa représentation télévisuelle.les émissions de la télé-réalité expriment peut-être mieux encore que les autres l’expression de ce vide moderne de l’identité qui cherche à tout prix à être comblé par des images.Bien sûr, chacun sait que ce qui se passe a l’écran dans le cadre de pareilles émissions n’appartient pas a la vraie vie.Les participants sont choisis parmi des milliers de jeunes candidats, tant pour leur apparence physique que pour un caractère particulier susceptible de nourrir des jeux de rôle plus ou moins prédéterminés.Dans le choix de ces jeunes et beaux figurants, on exprime une déclinaison politiquement acceptable d’un monde social soigneusement découpé: un bon, un naïf, une chipie, une vamp, un menteur, un hypocrite, etc.Quel rôle Elisabetta tenait-elle dans Loft Story?Peu importe.Cela n’a aucune importance puisque seul le résultat de ce mensonge grand public compte au tribunal du commerce de l’intime.Devant Star Académie, Loft Story, Occupation double et autres Ile de la tentation, chaque téléspectateur est un même juré.Il fixe son œil contre le trou de la serrure et, voyeur d’un monde qui ne demande qu’à être vu, s’imagine libre.Le téléspectateur peut en effet tout penser et tout dire.Il jouit d’une liberté totale devant ce monde à fleur d’écran qui l’accompagne sans jamais l’embarrasser d’une présence réelle.La télé est devenue le miroir de ces vies qui avancent sans bouger, l’une se contentant d’observer l’autre qui la mime depuis le tribunal de son fauteuil.D’un seul clic, le spectateur peut changer de chaine ou encore éliminer pour des raisons diverses Marie-Her, Jade-Crystelle ou d’autres Kyle-Wylliapi.Appuyez seulement sur le 1 ou le 3.A la différence des anciens liens sociaux, le partage des expériences se fait désormais en sens unique.Au seul profit des médias.Le téléspectateur observe des vies de moustiques en pensant pouvoir compter sur les ailes d’un ange pour s’élever, lui, au-dessus de tout cela.Une des forces de la télé-réalité a justement été de laisser croire que la liberté du téléspectateur était garantie par l’apparente banalité de l’ordinaire mis en scène.Mais existe-t-il quelque chose de plus surveillé et de plus scruté aujourd’hui que la télévision?On épie sans cesse ce média pour savoir qui l’écoute, à quel moment et en fonction de quoi.Quel média est plus soigneusement contrôlé et contrôlant que la télévision, au point de pouvoir analyser finement le moindre rendement de chaque minute mise en ondes?Tout le livre est marqué par l’empreinte du vide.Le long bavardage d’Elisabetta au sujet de non-événements suffit à remplir des pages et des pages.C’est un vaste effort de surplace, médiatiquement profitable, dont elle rend ainsi compte malgré elle.Mais qu’importe ce vide souligné par l’encre des mots puisque l’essentiel est ailleurs.Elisabetta le perçoit du reste très bien: «Qu’on me prenne pour une Paris Hilton locale ou une starlette en mal de publicité, cela m importe peu, car très tôt dans la vie, j’ai décidé de faire valoir mon droit à la reconnaissance publique.» La «reconnaissance publique» est une manière gentille et commode pour parler désormais d’une part de marché, d’une industrie, bref d’un pouvoir, du Pouvoir.Elisabetta ne semble pas brillante, mais elle est futée.«Dès le départ, je savais que Loft Story serait un tremplin pour ma carrière si je travaillais encore plus fort à ma sortie du loft.Que j’y reste sept ou dix semaines, je serais gagnante.» Travailler plus fort, c’est faire mieux que d’autres, ce que le système nous coïn-mande.Donc savoir poser, être souriante et se mettre au service de ceci ou de cela, comme si tout était naturel, puisqu’il le faut «pour réussir».Tout cela conduit à la possibilité de transformer la célébrité-minute offerte par la télévision en une célébrité de carton-pâte capable de donner l’impression de la durée.Bref, il s’agit de jouer le jeu au mieux pour espérer en vivre ençore, mais plus tard.A jouer ainsi les esclaves d’un monde d’images, on s’initie aux règles plus larges de la liberté du marché, jusqu’à se donner l’impression d’en être aimé intimement, à la face du monde.jfnadeau@ledevoir.com JOURNAL D’UNE LOFTEUSE Elisabetta Editions La Semaine Montréal, 2008,160 pages Quel média est plus soigneusement contrôlé et contrôlant que la télévision ?ACTUALITE Quoi faire au Marché de la poésie ?Le Marché de la poésie bat son plein tout le week-end, place Gépald-Godin à Montréal.A partir d’aujourd’hui, les amateurs pourront notamment suivre la visite commentée de Gaétan Doslie intitulée «Le Plateau Mont-Royal et les poètes disparus, sur les pas de Nelligan, de Louis Fréchette, ou de Gaston Miron et de Gilbert Langevin».Le départ est à 101)30 au chapiteau de la place.A 13h, la poésie s’ouvre aux en-fpnts avec une présentation des Editions Les Heures bleues, qui publient de la poesie pour enfants et leur présentent pour l’occasion un spectacle de lecture, avec quçlques surprises.A 14h30, les deux invités d’honneur du marché, Hélène Dorion et Normand Baillargeon, tiendront une table ronde sur le thème de la transmission de la poésie, en compagnie de Jacques Boulerice.A21h débute la nuit des jeunes poètes, animée par Biz et Chatîk, de Loco Locass; on annonce une «défense et une illus-tration de la poésie francophone en Amérique, avec une vingtaine de jeunes poètes d’ici».Et dimanche, 1" juin, à 14h30, se tient une table ronde sur les réseaux hispanophone des Amériques.Tout au long du marché, on pourra écouter, sur des postes d’écoute prévus à cette fin, des poèmes de la francophonie lus par leurs auteurs.On pourra \ JEAN FRANÇOIS LEBLANC LE DEVOIR Des amateurs de poésie feuillettent des recueils de poèmes présentés sous un chapiteau de la place (iérald-Godin, à la sortie de la station de métro Mont-Royal.donc y entendre, de la Guadeloupe, Arlette Bogat-Miatchy et Suzanne Telchide, d’Haïti, Célie Agnant et Mimi Barthélémy, du K Depuis 1985, XYZ.La revue de la nouvelle est un lieu d’expression privilégié pour les nouvelliers reconnus et une rampe de lancement pour les jeunes auteur-e-s.Grâce à de Fréquents numéros thématiques, son contenu se renouvelle sans cesse.Abonnez-vous à XYZ.La revue de la nouvelle et recevez en prime [valeur24$) Pour ne pas rater ma dernière seconde (nouvelles traduites du coréen) deYoung-MoonJung rntviV m.a.l L_ 1 AN/4 NUMÉROS INDIVIDU Canada 25$ Étranger 35$ 2 ans / 8 numéros INDIVIDU lanada 45$ Étranger 65 $ INSTITUTION Canada 355 Étranger 40 $ INSTITUTION Canada 65 J Étranger 75$ N” 94 • Sorties Nom 3 ans /12 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 6S S Canada 9S$ Étranger 9 S S Étranger 110 S Ces prix sont toutes taxes comprises Visitez notre site Internet: www.xyzedit.qc.ca Adresse Ville Code postal Tél.Courriel ti-joint O Chèque O Visa O Mastercard N Expire le Signature Oats a RETOURNER À : XYZ.la revue de la nouvelle 1781.rue Saint-Hubert, Montréal |Québec| H2L 3Zt Téléphone: 514.525.21.70 • Télécopieur: 514,525.75.37 Courriel: info@XYredit.qc.ca • www.xyredit.qc.ca X Luxembourg, Anise Kelt, de la Martinique, Nicole Cage-Floren-tigny et Thérèse Léotin, et du Québec, Nicole Brossard, Hélène Dorion et Hélène Monette.Enfin, on peut visiter une exposition de poèmes écrits à partir de textes en prose et d’œuvres graphiques jusqu’au 8 juin dans le hall de la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal.Plus d’Info à www.maisondelapoesie.qc.ca.Le Devoir Ô11Î7A*1 cahiers DU 27 JUIN La revue Les Cahiers du 27 juin est une revue québécoise de réflexion éthique et politique indépendante et non partisane qui s'intéresse à des sujets qui touchent le vivre-ensemble au Québec.La revue tire son nom de la journée où, le 27 juin 1975, l'Assemblée nationale du Québec adopta la Charte québécoise des droits et libertés de la personne.La revue publie 2 numéros par année.ABONNEZ-VOUS À LA REVUE Pour un (Dan Pour \ '.deux \ ' (2) ans \ INDIVIDUEL POUR LE CANADA 19,00$ 36,00$ \ , INDIVIDUEL INTERNATIONAL 22.00$ 40.00$ \ INSTITUTIONNEL 28,00$ 52.00$ \ DE SOUTIEN 28,00$ 52,00$ \ LANCEMENT La revue Les Cahiers du 27 juin lance son prochain numéro le mardi 10 juin avec un dossier principal ayant pour titre La montée de la droite.Pour l'occasion, nous vous convions à un 5 à 7 au Pub du Quartier Latin, à Montréal, métro Berri.le numéro comprend des contributions de Caroline Allard, Martin Blanchard, Mélanie Bourque.Peter Dietsch, Tom Flanagan.Pierre Fortin, Joseph Heeth, Julie Lavrgne, Valérie-Anne Mahéo.Claude Montmarquetle, Martin Papillon, Michel Seymour et Jonathan Valois.POUR ABONNEMENT ET INFORMATION (514) 729-4933 ou 1-866-307-4933 cdec(u>citoyennete.qc.ca FRÉCHETTE SUITE DE LA PAGE F 1 La Constitution de 1867 ne sera-t-elle pas le produit d’une vieille Europe coloniale, monarchique, aristocratique?Dans un pays nord-américain indépendant comme les Etats-Unis, «point de rois ventrus! point de noblesses nées!», s’écrie le poète.«Là, juge-t-il, Washington jeta la semence féconde / Qui, principe puissant, fera du Nouveau Monde / Le vrai berceau du genre humain.» Affaiblis par la grandiloquence, les vers de Fréchette recèlent tout de même des accents presque whitmaniens lorsqu’ils chantent le continent de la démocratie et de la liberté.Dans Les Oiseaux de neige (1879), le poète s’élève vers une intense aventure verbale en osant saluer «des milliers d’aurores boréales» qui «battent de l’aile ainsi que d'étranges oiseaux».Sa Légende d’un peuple (1887 et 1890) contient des passages renversants, à côté de tant de pages à l’emphase pitoyable.En évoquant la découverte du Mississippi, cette artère de l’Amérique intérieure des autochtones et des coureurs des bois, Fréchette y discerne «l'Inconnu» qui «trônait» le long du fleuve, «comme un reptile immense» dans «la majesté des premiers jours».Mais c’est en tant que conteur, et non comme poète, qu’il occupe une des premières places dans l’histoire culturelle du Québec.Par leur verve, leur truculence, leur pittoresque, Originaux et détraqués, publiés en 1892, et les Contes de jos Violon, réunis pour la première fois en 1974, font de lui le prosateur qui, au XK' siècle, a tissé le lien indissoluble entre notre littérature et notre tradition orale.Les Mémoires intimes, de Fréchette (1900 et 1961), tiennent du conte.Né à la Pointe-Lévy (aujourd’hui Lévis) en 1839, l’écrivain y relate un souvenir d’enfance: «Un cri retentit d’un bout à l’autre du pays.— Papineau est revenu!» Tous les petits garçons se mettent à crier sans arrêt: «Hourrah pour Papineau!» Dans la ruerle sang des Anglais ne fait qu’un tour! On n’avait jamais cru que ces passants pouvaient comprendre le français et connaître notre histoire! «Hourrah pour Papineau!» C’est pire qu’un juron anglais! Les Britanniques rougissent, blêmissent, grimacent, rugissent de fureur.«Tiens, vlà un p’tit Anglais qui passe!» signale un adulte d’un air moqueur.Le cri s’élève, ce «défi de race contre race», cette «formule de revendication nationale».C’est une bagarre qui éclate! Voilà le petit Louis qui fait une bombe d'un grelot «Les ouvertures inutiles», il les bouche «avec du suif».Il lance la bombe dans la cour des voisins, les Houghton.Elle explose, brise une fenêtre.«Misérable!», s’écrie son père.L’enfant réplique: «Mais, papa.c’est des Anglais!.» Pour le calmer, M.Fréchette décide de l'amener au parlement Il l’élève dans ses bras pour qu’enfln, de la galerie, il voie le tribun aux cheveux blancs.Mais, comble de l’horreur, «Papineau parlait anglais»! C'était l’Union, prélude déjà Confédération, deux mots français que les Britanniques prononçaient à l’anglaise, comme un autre nom français: celui de Canada.; Oui, nous sommes dans yn pays sans nom.Louis Fréchette l’avait deviné.Collaborateur du Devoir'.t À Lévis, le 1er juin, la maison natale de Louis ,.Fréchette, située au 485 dg la rue Saint-Laurent, organise des célébrations pour souligner le centenaire de la mort de l’écrivain.Pour plus d’informations: 1 418 837-4174 ou consultez www.maisonfrechette.com ERNAUX SUITE DE LA PAGE F 1 le monde.Il y a eu des événements [.]: la guerre d’Algérie, le 11-Sep-tembre, pour aller aux deux extrémités du temps.Ce n'est pas un point de vue unique.Il y a un point de vue général, puis je rétrécis sur le point du vue d’une intellectuelle de gauche.» Annie Ernaux s’est beaucoup appuyée sur ses journaux intimes pour effectuer cette reconstruction du monde.Elle tient d'ailleurs minutieusement un journal depuis 1957.Elle a aussi régulièrement pris des notes, sur l’histoire du monde comme sur la sienne, avant d'entamer officiellement la rédaction des Années.Ecrire EN B Nouveau regroupement d’auteurs gais Le regroupement L'Arc-en-ciel littéraire.qui reunit des écrivains gais du Québec, procédera à son lancement officiel le dimanche 1" juin, à 14h.à la terrasse du Citibar Pub-Cabaret, à Montréal, en présence d’une douzaine d'auteurs.donc, partout, tout le temps, sur tout.Mais c’est alors qu’elle combattait un cancer du sein qu'Annie Emaux a définitivement pris la décision d'écrire Les Années, coûte que coûte.Histoire peut-être de stopper un peu fa course du temps qui meurt mais qui parfois, aussi s’allonge de façon impromptue, porteur encore d'autres récits et d’autres romans, inespérés, inattendus.Le Devoir LES ANNÉES Annie Ernaux Gallimard Paris, 2008,257 pages R E F L'Arc-en-ciel littéraire est fondé par les écrivains Réjean Roy et Richard Bradley, ce dernier étant aussi actif aux Archives gaies dy Québec.L'organisme se donne pour mandat de regrouper les auteurs gais dans le but de mettre fin à leur isolement et de leur offrir une meilleure visibilité.Il mettra l’accent sur la reconnaissance des auteurs, la promotion des titres et la diffusion de la littérature gaie.- Le Devoir LE DEVOIR.LES SAMEDI Al MAI ET DIM A N (HE I ' .1 L I N > O O S LITTERATURE Vent de changement, voix du dedans Danielle Laurin Le livre s’ouvre sur un drame terrible.Un viol, suivi d’un meurtre.On voit un homme s’infiltrer dans une maison.Et agresser sauvagement une femme sous les yeux de son enfant Un garçon de 11 ans.Qui s’empare bientôt d’un couteau de cuisine et tue la bête immonde.Non, ce n’est pas un polar, un roman à suspense.C’est un livre introspectif, réflexif.D’une grande densité poétique.Mais fluide, en même temps.Accessible.C’est un livre de Madeleine Gagnon.Qui s’apprête à célébrer 40 années d’écriture.Et qui a été honorée à plusieurs reprises.Prix Athanase-David pour l’ensemble de son œuvre en 2002.Prix spécial international de poésie Ronald-Gasparic 2008, remis en Roumanie.Entre autres.Le titre du livre qu’elle publie aujourd’hui: Le Vent majeur.Il s’agit d’une réédition, en fait L’ouvrage a d’abord paru en 1995.A l’époque, Madeleine Gagnon avait encore cette étiquette d’une auteure difficile, élitiste, abstraite.Elle n’avait pas encore écrit Les Femmes et la Guerre, à partir de témoignages recueillis au Kosovo, en Bosnie, en Israël, en Palestine, au Pakistan, au Sri Lanka.Elle n’avait pas encore endossé la peau de la jeune fille dévastée par la guerre qui tente de se reconstruirè dans Je m’appelle Bosnia.Le nom de Madeleine Gagnon, à l’époque, était davantage associé à la théorie, aux essais.Aux ouvrages engagés, féministes.Et, bien sûr, à la poésie.Même quand elle publiait des romans, comme Lueur, le fil narratif apparaissait diftus.Peut-on parler d’un tournant?D’un prelude à la fluidité nouvelle qui allait s'emparer de sa plume?Voilà qu’avec Le Vent majeur, Madeleine Gagnon de^ barquait avec un roman-roman.Où l'on pouvait lire des choses du genre: «77 était mort et je l'avais tué.favais onze ans.» C’est l’enfant, devenu grand, qui raconte.Qui revient sur ce qu’il appelle la catastrophe.Et sur les stigmates restés en lui.«Moi, Joseph Sully, j'entendais tous les sons, tous les cris.Je me revoyais le couteau à la main.Je l'enfonçais et je tuais encore.» Joseph aura bientôt des «visions».Qu’il canalisera dans la création, qui lui serviront à nourrir son art.Car il deviendra peintre.Un des meilleurs peintres de sa génération.Ce qui ne l’empêchera pas de jongler avec la folie.De la côtoyer de près.D’assez près en tout cas pour en venir à cette réflexion: «il pensait qu’il ne faut pas tenter d’éviter la douleur, ni la tristesse, ni encore la bêtise et même pas la Jolie.Il fallait entrer dedans, la traverser tout à fait, de la source à l'embouchure pour espérer seulement en sortir».C’est à Amqui, dans la vallée de la Matapédia, où elle est née en 1938, que Madeleine Gagnon situe l'action de son roman.Là que ça commence, en tout cas.A la fin des années 1930.Le Vent majeur se termine dans les années 1980.Au fil du récit, nous aurons assisté aux grands changements de notre société.Vu disparaître l’emprise de la religion.Et vu apparaître l'union libre, le women’s lib, l’affirmation de l’homosexualité.Nous aurons vu aussi se produire ceci, au milieu des années 1970: «Même 'Testhétique du tableau” est vilipendée.On parle d'“art bourgeois ou petit-bourgeois" et on décrie l'individualisme egoeentrique des artistes qui vont jusqu à “signer une œuvre” pour en tirer profits et gloriole.Certains mots sont bannis du vocabulaire ambiant, Œuvre et Beauté sont les plus honnis.» Chemin faisant, nous serons passés du milieu nmd québécois à la grande ville.Nous aurons aussi visité l’Europe en partie.Pairs en particulier.Tout ça par les yeux de Joseph, mais pas seulement.Car en cours de route, la narration aura changé, sera passée du je au il, on aura vu le monde, et le héros lui-même, sous une autre perspective.Ce qu’on aura retenu par-dessus tout: cet homme, qui pourrait être vous, qui pourrait être moi, s’accroche à la vie.Grâce à la création, oui.Mais grâce à l'amour surtout.Journal d'un jeune homme amoureux.C’est le sous-titre de l’ouvrage.Joseph tombera amoureux plus d’une fois dans sa vie.Connaîtra l'amour tranquille et l’amour foudroyant de la passion.L’amour qui le révé lera à lui-même, aussi.Mais qui lui sera enlevé, lors d’un accident.Conunent accepter la mort de la femme de sa vie?Comment accepter la mort, point?«C'est quoi, la mort?»: la troisième partie du roman se nomme ainsi.C’est la partie la plus lyrique, la plus bouleversante, la plus forte.On retrouve là des lettres, essentiellement.Des lettres écrites pai'Joseph.Qui s’adresse à elle, l’Absente, la femme de sa vie.Dix années durant Dix années avant d’arriver à ceci: «C’est ça.au fond, le deuil de l'être aimé.Pour survivre, on en vient au deuil de la mort même.» Dix années avant de pouvoir recommencer à aimer.11 y a, dans Le Vent majeur, tous les thèmes chers à Madeleine Gagnon, le vertige, l’absence, les trous.le travail de la mémoire, la sédimentation.le voyage, le recueillement, la méditation.La mort, le deuil.L’imaginaire, le rêve.Et l’amour.Tout est là.mais agencé autrement si on compare ce livre aux ouvrages précédents.Tout est lit, sa voix surtout.L’une des plus grandes de notre littérature.Collaboratrice du Devoir LE VENT MAJEUR Madeleine Gagnon Typo Montréal, 2008,25b pages JACQUKS CKKNIHK U: DEVOIR L’écrivaine Madeleine Gagnon voit réédité Le Vent majeur en format de poche.LITTÉRATURE CANADIENNE LITTÉRATURE ÉTRANGÈRE Les îles-livres Thomas Wharton rend hommage au pouvoir de récriture et de la lecture SUZANNE GIGUÈRE Un jardin de papier nous avait révélé le don de fabuliste de Thomas Wharton, romancier originaire de Grande Prairie, en Alberta.Avec Logogryphe, il nous transporte de nouveau dans un état de demi-songe haDuciné.Livre inclassable à l’irrésistible magnétisme, petit recueil de savoir composé d’une trentaine de textes étranges en apparence — naviguant entre allégorie et fantaisie, thriller satirique et comédie noire —, mais étrangement cohérents grâce aux liens multiples qui se tissent entre les récits, Logogryphe rend hommage au pouvoir de l’écriture et de la lecture.Partant du principe que les livres ne sont pas faits que d’encre et de papier, mais aussi de folie et de démesure, les divers récits sont autant de portes ouvertes vers des mondes impossibles et enchanteurs.Thomas Wharton sème, suggère, entraîne.Dans chacune des histoires se trouvent les énigmes et les germes d’univers à naître.La clé n’est autre que l'imagination du lecteur, invité à rêver sa version de l’histoire.La réalité se courbe Nous suivons un jeune homme à qui, un jour, on a ouvert les portes d’une vaste demeure aux pièces tapissées de livres.On y croise des îles-livres (4rile, c’est le livre, et en le lisant, c’est vous qui en devenez l’habitant solitaire»), un personnage éjecté d’un roman, des pages migrant d’un livre à un autre.On est captivé par un exposé lumineux sur l'importance de la lecture chez les habitants de l’Atlantide et le récit de l'invention du papier par le Chinois Cài Lûn, à l’époque où on écrivait encore sur des tablettes de bambou et des rouleaux de soie.On y trouve d’autres merveilles séduisantes comme ce livre sans pages, dont la couverture s’ouvre comme les portes d'une armoire d’où il tombe des objets hétéroclites (un bâton de craie fraîche et des plumes de goéland qui sentent encore un peu l'eau de mer.du papier peint fleuri, à moitié décollé, dans le clair-obscur d'un après-midi de grand vent).On glisse entre les pages magiques de cette histoire où le bateau d'Ulysse revenant à Ithaque doit affronter une mer de livres flottants, ou de ce récit construit presque géométriquement à partir de la logique combinatoire et du hasard issu du tarot Des histoires plus classiques dans la forme revêtent instantanément des couleurs mythiques et culturelles.Nous voici au Mexique, au XVir siècle, dans le Yucatan.Des centaines de livres des Mayas sont détruits au temps de l'Inquisition.Il est aussi question dans cette nouvel- le d’un fragment de papier d’écorce avec des images peintes qui n'est pas tant fait pour être regardé que pour être mangé.«Pour connaître un peuple, apprends ses légendes.» L’auteur voyage dans le temps avec la grâce d’un écrivain immortel Nous partons pour la Grèce, sur Hie de Lesbos, à la fin du F siècle avant notre ère.Nous nous retrouvons devant un livre gigantesque construit en travers d’une colline dont il ne reste que les ruines.«Dès que les pages cessent d’être consultées, l’action corrosive du temps use la ponctuation puis, avec les années, les métaphores.» Dans la nouvelle la plus ambitieuse du livre — clin d'œil à la bibliothèque de Babel créée par Borges —, des visiteurs guidés par un vieillard atteignent les salles de lecture qui forment le cœur d’une bibliothèque aux immenses rayonnages de pierre.La réalité se courbe, la nouvelle prend un reflet mélancolique et mystérieux: les visiteurs découvrent des lecteurs momifiés avec des livres dans leurs mains.«Nous repensions aux croyances des anciens, selon lesquelles chaque livre est doué d’une âme qui, avec le temps, devient indissociable de celle de ses lecteurs.» Plus on avance dans la lecture de ce livre aux insondables profondeurs, plus on rencontre des histoires condensées avec des images surprenantes.«Quand le lecteur lit, le livre rêve.» Et le rêve du lecteur, c’est de rencontrer le livre idéal à la fois universel et intime, où convergent imagination, émotion et connaissances.Imaginez ce livre.C’est peut-être celui qui se trouve devant vos yeux.Logogryphe («logogriphe» signifie jeu d’esprit) appartient aux esprits aventuriers et curieux qui croient comme Thomas Wharton que la fiction est un terrain de jeu, un labyrinthe où il fait bon se perdre.L’écrivain a le pouvoir d’ouvrir des brèches entre les mondes, de ralentir le temps et de capturer l'infini.C'est un illusionniste.La version originale de Logogryphe (2004) a remporté le Howard O'Hagan Award for Short Fiction (prix de l'Union des écrivains alber-tains).La traduction est signée Sophie Voülot, récipiendaire du prix du Gouverneur général pour la traduction d’[/« jardin de papier, paru également chez Alto.Collaboratrice du Devoir LOGOGRYPHE UNE BIBLIOGRAPHIE DE LIVRES IMAGINAIRES Thomas Wharton Traduit de l’anglais (Canada) par Sophie Voülot Editions Ako Québec, 2008,200 pages Ce livre inclassable est dédié aux esprits curieux qui croient que la fiction est un labyrinthe où il fait bon se perdre Comment se perdre dans la rangée des petits pois avec Svetislav Basara CHRISTIAN DESMEULES r Ecrivain serbe reconnu pour son irrévérence, Svetislav Basara déploie une fois de plus ses manières déjantées, mi-sérieuses, aux tonalités toujours un peu absurdes, dans une vingtaine de nouvelles apparemment sans queue ni tête.Avec Perdu dans un supermarché, un recueil d’une vingtaine de nouvelles toutes plus déroutantes les unes que les autres, il nous rappelle d’emblée que «lesfaits n’ont jamais aucune importance dans une histoire» et prend un malin plaisir à construire un univers déjanté auquel les lecteurs ont déjà pu goûter auparavant avec Le Miroir fêlé et Guide de Mongolie (Les Allusifs, 2004 et 2007).Et presque chaque fois les premières lignes de ses nouvelles donnent le la.Des exemples?«Tout s’est passé très vite.» Ou bien: «Tandis que je tombais du haut de la tour Eiffel [.]» Ou encore: «je suis mort peu avant l'aube, mais je n’ai pas cessé d’écrire».Sinon: «Tout a commencé ainsi: le septième jour du neuvième mois de je ne sais pas quelle année m’apparut en esprit la parole de Dieu qui disait: “Fin, va dans ta chambre, et sens toi affreusement mal.”» Chaque fois aussi un narrateur bavard et évasif nous livre une conversation qui pourra très souvent paraître déroutante, nous rappelant que rien n’est vraiment sé- rieux, que les identités sont floues, que la vérité s’invente en permanence.Et surtout que la première personne du singulier (entre le moi et le je) peut être la cause de «troubles respiratoires fatals».Tantôt c’est une critique pleine de mauvaise foi de l’une de ses propres nouvelles, tantôt il distribue les fausses citations de Barthes, prend appui sur Hegel, distribue ses personnages ici et là, se met en scène en train d’écrire, ou essayant — en vain, toujours — de ne pas écrire.Kaf-kaesque — et non pas kafkaien — , Basara est un artiste de la désorientation et du loufoque inquiétant.Des histoires impossibles à résumer, il faut bien l’avouer.Sinon dans leur manière.L’écrivain serbe, mieux que quiconque, connaît sa propre médecine: «Je joue dans le sable, je bâtis de sombres châteaux sans fenêtres, je les admire, ils finissent par m’ennuyer, je les démolis, puis les reconstruis.» C’est ici toute la manière de Basara.Chercher sans cesse à entraîner le lecteur dans ses délires verbaux, puis à le semer dans un grand rire.Accrochez-vous.Collaborateur du Devoir PERDU DANS UN SUPERMARCHÉ Svetislav Basara Traduit du serbe par Gojko Lukic Les Allusifs Montréal, 2008,180 pages éditions Liber Philosophie • Sciences humaines • Littérature Roger Cevey L'éthique avec Mafalda Introduction à l'éthique appliquée rr Mbifulda 192 pages, 24 dollars ARCHAMBAULT^! Une compagnie de Québécor Media PALMARÈS LIVRES ROMAN TOUTES US CHOSES «TON NE S'EST.Marc Levy (Robert Laftont) GIN TONIC ET CONCOMBRE Rafaële Germain (libre Expression) MUtNWMtl.tZETll Stieg Larsson (Actes Sud) I U CONSOLANTE Anna Gavalda {Dilettante) 1^1 L’MXSRO OU SHOPPING ATTEND UN BÉBÉ Sophie Kinsella (BeKond) JE REVIENS TE CHERCHER Guillaume Musso (X0) LE CHEMIN DES BRUMES Jacques CAté (Alire) LES VEUX JAUNES DES CROCODILES Katherine Pancol (livre de Poche) ! CHASMN D’ÉCOLE Daniel Pannac (Gallimard) DOCTEURE IRMA T.2 : L’INDOMPTABLE Pauline Gill (Québec Amérique) JEUNESSE yi I tin Linda Joy Singleton (ADA) IAN FUBUS T.1 : L’lLE AUX TREIZE OS Alain Ruiz (Boomerang) Stall : LE LIVRE DES DlEaX D.Mathrat / Cart Pelletier (Pierre Ttsseyre) LA FU1ETTE DISPARUE Doth Endede (ADA) OH NONIOVNH T.1 Unda Joy Singleton (ADA) LEOWST.11 : LE TEMPLE DES.Mario Francis (Intouchables) 11 I Roderick Gordon (Michel Latoni ¦ i 1 J LA MAGIE DU DIADÈME T.1 : U LIVRE.John Peel (ADA) J'1 NAfWr POTTER ET LES RELIQUES.J.K Rowling (GaHknard) L’APPRENTI ÉPOUVANTEUR T.4 Joseph Delaney (Bayard-Jeunesse) OUVRAGE GÉNÉRAL Elizabeth Gilbert (Calmann-Lévy) LE MONDE SELON MONSANTO Marie-Monique Robin (Stanké) JE N’AIMAI PAS LE TEMPS Hubert Reeves (Seuil) Mj LE SECRET U Rhonda Byrne (Un Monde Différent) L'ABC DES TRUCS DE MADAME.Louise RobHaHle (TVA Int.) l NOUVELLE TERRE Eckhart Toile (Ariane) LE POUVOIR DU MOMENT PRÉSENT Eckhart Tone (Ariane) NOS CHÈRES AMIES.Denise Bombardier (Albin Michel) LES ARBRES : MEMBUES DE LA.Collectif (Parragon) NOUS ÉTIONS INVINCIBLES Denis Morlsset (JCL) ANGLOPHONE A NEW EARTH Eckhart Toile (New American Library) EAT, PRAY, LOVE Elizabeth Gilbert (Penguin Books) THÉ BOURNE SETlUnL R.Ludlum/E V.Lustbader (Grand Centra) Pub.) D AUOmON Barbara Walters (Knopf) THE HOLLOW :THE MSN OP SEVEN., Nora Roberts (Jove) ¦ < ¦ B J THE HOST Stephenie Meyer (Little Brown & Company)! THE WOODS Hartan Coben (Signet Book) REMEMBER MET Sophie Kinsella (Bantam Dell) David Baldaccl (Vision) THE ROAD Cormac McCarthy (Vintage) Du plaisir à la ARCHAMBAULT-» / » S A M E I) I Y 1 LE DEVOIR.LE MAI ET DI M A \ l H E I ' J l I X 2 O O X TTERATURE Le Pérou d’après le boom Louis Hatnelin Pour moi, il y a un seul vrai Super-Mario ici-bas, et il ne dirige pas, solitaire deux de pique, une formation politique moribonde, n’est pas un grand joueur de hockey à la retraite doublé d’un artiste de la tautologie («c'est quelque chose»), ne sort pas d’un jeu vidéo, non.Mon Super-Mario à moi est romancier, auteur de Conversation dans la Cathédrale et de La Fête au bouc, ces deux sommets du roman politique.Le roman politique n’est ni un roman d’amour, ni un roman historique, ni un roman d’espionnage, mais tout ça en même temps.Le genre exige une sérieuse compréhension des enjeux d’une époque et du pouvoir en tant que tel, cette pierre d’achoppement de toutes les révolutions.Quand j’entends le mot «Pérou», je ne pense pas d’abord à Machu Picchu, à ces hordes de touristes dont les hausses successives du prix de l’essence vont peut-être finir par débarrasser la Terre, à son lac Titicaca, à ces sommets andins sur lesquels Shirley Maclaine a rencontré des soucoupes volantes et Paulo Coelho, des signes de piastre.Non, pour moi, le Pérou, c’est Vargas Dosa, un des plus grands romanciers vivants, jugement confirmé par sa malheureuse course à la présidence de son pays sous les couleurs d’un parti de centre droit.Mario Vargas Uosa a alors montré au monde qu’il n’était pas plus un homme politique que Balzac un homme d’affaires, que Flaubert un bienfaiteur de l’humanité.Son adversaire dans cette course était le fameux Fujimori, dit le Chinois, dont la présidence à poigne s’est trouvée à illustrer un paradoxe: en même temps qu’il faisait mine de vouloir se torcher avec la Constitution du pays et s’ériger en dictateur élu, le Chinois s’assurait de l’approbation populaire en frappant la guérilla maoïste en bas de la ceinture.Rouler les mécaniques pour impressionner le peuple.Au Québec, en d’autres temps, un premier ministre a avalisé la suspension des droits fondamentaux et l’envoi de la troupe pour mater une «insurrection nationale».une poignée de terroristes d’un amateurisme a faire pleurer et 3(XXJ crieurs de slogans.Aux élections suivantes, il fut élu avec 102 députés sur 108.Peu importe la maniéré, donc, du moment que les militaires font le travail.A distance, les choses semblaient plus claires avant: les bons gars d’un côté (sandinistes et de) et les fils de pute de l’autre.Et si les générations précédentes d’écrivains ibéro-améri-cains — les Asturias, Carpentier, Garcia Marquez — ont eu entre autres pour tâche historique de décrire les sanguinaires rois-nègres et pittoresques massacreurs d’une géopolitique révolue, leurs successeurs évoluent désormais a l’intérieur de frontières idéologiques plus floues, dans un clair-obscur moral.Avec Castro diminué, Marcos qu’on dit malade et les féroces Guzman (Sentier lumineux) et Marulanda (PARC) hors de combat le temps est au dénombrement des pertes.Voici donc la nouvelle génération.Daniel Alarcôn ressemble sur ses photos a un ado ébouriffé qu’on verrait bien porter un t-shirt de Metallica.Né en 1977 au Pérou, élevé en Alabama.Santiago Roncagliolo, son contemporain, né à Lima, a vécu une partie de son enfance au Mexique.Quant au Colombien James Canon, il habite New York.J’ai les livres des deux premiers sur ma table de travail.Si j’en juge uniquement par l’écho médiatique, c’est le petit gars de l’Alabama qui fait un tabac en ce moment.Le fait que, comme Canon, il écrive sur son pays d’origine, mais dans la «bonne langue», n’y est peut-être pas étranger.J’ouvre h>st City Radio et je lis quelques pages d’une prose que son éditeur français qualifie généreusement de «style minimaliste».J’y vois, quant à moi, une écriture sans aspérité avancer sagement sur l’autoroute des lettres américaines, une petite cylindrée sim le cruise control, comme il en sort à la tonne des chaînes de montage du creative writing à l’américaine, le genre de plume qui me fait bien vite m’ennuyer d’un Mailer ou d’un Updike.Avec .Roncagliolo, il se passe quelque chose de différent.A commencer par cette légère indication, dès le début d’une préoccupation pour la manière de dire, pour l’artisanat de la phrase (voyez comme je suis bien dressé: je fais tout pour éviter le mot «style», tellement vieux jeu), mais d’emblée enrobée, cette pré- occupation, de la souriante lumière de l’ironie: «Le substitut du procureur écrivit le dernier mot et eut une moue dubitative, fl relut la déclaration, effaça un accent et ajouta une virgule à l’encre noire.Maintenant, ça allait.» Et cet austère substitut qui tutoie la Muse ne craint même pas les contraintes formelles: un accent manque au clavier de son Olivetti?Quand on a du vocabulaire, sortir un synonyme est une affaire de rien.Apres tout, Georges Perec a bien écrit tout un roman sans la lettre «e», intitulé La Disparition.Sauf que, dans la vie de notre substitut du procureur, ce sont les êtres humains qui disparaissent, qui sont les disparus.Ce Chacaltana appartient de plein droit à une lignée de fonctionnaires épris d’exactitude dont la littérature a pris un malin plaisir à se moquer, non sans tendresse, elle qui ne peut pas ne pas entrer en collision avec les petits univers préfabriqués, cohérents en apparence, de ces modestes gratte-papier tous plus ou moins cousins de Joseph K et du Adrien Deume d’Albert Cohen.«Affaire classée» est l’expression la plus orgueilleuse (presque un orgasme) qui puisse sortir de leur bouche.Mais toutes les affaires ne se laissent pas classer si facilement, et pour aborder le problème délicat et complexe des séquelles de l’impitoyable guerre contre-insurrectionnelle qui a ravagé le Pérou, Roncagliolo a imaginé une ingénieuse intrigue à mi-chemin entre le thriller à la sauce «tueur en série» et le roman politique.Avec, en prime, un fond de vieilles croyances indigènes sur lesquelles le christianisme du conquérant ne fut jamais que plaqué, et le retour appréhendé, dans toute sa gloire symbolique, en pleine semaine sainte et avec tous ses morceaux, du leader inca Tupac Amaru, jadis écartelé à Cuzco.De la compétition dans l’air pour le Christ ressuscité.Mais le très grave problème que ce roman attaque de front, les Américains l’ont rencontré au Vietnam et en Irak, et avant eux les chefs alliés qui ont ordonné le bombardement de Dresde et toutes les autres salope ries de l’histoire des peuples en guerre.Il se pose comme ceci: est-il une guerre dans laquelle on puisse vaincre sans être amené à recourir aux mêmes méthodes discutables que l’ennemi, et ainsi s’abaisser jusqu'à devenir son semblable?Au-delà des beaux principes, à la hauteur du terrain, c’est l’explication logique d’une spirale de violence dont on ne voit pas la Le roman politique n’est ni un roman d’amour, ni un roman historique, ni un roman d’espionnage mais tout ça en même temps © ÉRIC M.IGOLA Santiago Roncagliolo fin.«Les assassins finissent par changer de visage, ils se confondent les uns avec les autres, deviennent tous le même, se multiplient comme dans les miroirs déformants.» Sagace, le romancier a même saisi que, guérillero ou général, rébellion ou répression, sous l’empire du spectacle, l’impératif publicitaire est sensiblement le même: «Si cela les arrange pour telle ou telle raison, l’armée ira à Yawarmayo et massacrera les rebelles.L’opération sera montrée à la télévision.Les journalistes seront présents.» Uamelinloéfisympatico.ca AVRIL ROUGE Santiago Roncagliolo Traduit de l’espagnol (Pérou) par Gabriel laculli Le Seuil Paris, 2008,328 pages LA PETITE CHRONIQUE Aveux douloureux LITTÉRATURE QUÉBÉCOISE Histoires d’ombres et d’insolite DAVID DORAIS Qui vivrait dans un immeuble génétique» composé de chair et de muscles?Surtout si l’édifice ne possède pas de système d’hygiène et que les locataires doivent quotidiennement raser leurs appartements.Ou bien, accepteriez-vous de glisser la main dans votre garde-robe à minuit, après avoir proféré sept jours de suite la fonnule suivante: «Viens croquer mon âme, esprit du mal»1 Un homme en complet noir vous offre 5000 $ en échange de ce petit défi.Frédérick Durand, l’auteur de ces deux histoires étranger et de bien d’autres encore réunies dans le recueil À l’intention des ombres, possède toute l’imagination nécessaire pour précipiter le lecteur dans des univers surprenants.Ce n’est pas un hasard si quelques-unes de ces nouveDes ont déjà paru dans la revue Solaris, qui se consacre avec dévouement aux littératures de l’imaginaire.Frédérick Durand, en plus d’avoir du métier (il compte dix livres à son actif), a des lettres.Il possède un doctorat en littérature, et ses nouvelles font leur miel de nombreux auteurs.Certains titres peuvent rappeler le surréalisme, comme L’Enrôlement obligatoire du squelette amical, un «cadavre exquis» au sens propre.Une certaine his- toire, dans laquelle un homme doit chaque matin descendre de son phare et piquer la mer gélifiée pendant la nuit, pour permettre aux Noyés-Nageurs de survivre (Pique-la-mer), rappelle l’univers poétiquement marin de Jules Supervielle.Surtout, les quelques histoires mettant en scène des personnages raffinés et pervers évoluant dans des tableaux décadents où régnent la cruauté, la torture et le meurtre font penser, par leur côté onirique et macabre, au théâtre du Grand-Guignol, à André Pieyre de Mandiargues, voire à Sade.Cette variété d’influences assure à l’ensemble du volume une stimulante diversité.Le livre trouve néanmoins dans le thème de la possession, de la perte de liberté (à cause d’un article de journal postdaté qui annonce notre propre mort, par exemple), un point central auquel chaque nouvelle vient se rattacher.Collaborateur du Devoir À L’INTENTION DES OMBRES Frédérick Durand Vents d’Ouest, coll.«Rafales» Gatineau, 2008,207 pages POÉSIE Lieux de Denise Boucher et de Germaine Beaulieu Gilles A r ch a m b a u 11 Je ne suis pas fier de ma vie.Je ne m’aime pas.Je n'aime pas ma vie.» Cette confession, François Nourissier la faisait déjà en 1963 à la fin d’un livre autobiographique intitulé Un petit bourgeois.Eau-defeu, qui vient de paraître, tient aussi de l’autoflagellation.11 y est question d’un couple et de l'inexorable destruction par l’alcool de la compagne de l’auteur, ici prénommée Reine.On ne lirait probablement pas avec une telle attention le récit d’une descente aux enfers si son auteur n’était un écrivain dont la maestria est évidente.Nourissier n'a jamais reculé de vaut les aveux.11 semble même trouver dans l’acceptation d’une responsabilité une certaine satisfaction.Si Reine s'est réfugiée dans une solitude hargneuse, si elle se livre à tous les abus, même les plus humiliants, la faute en incombe au mari.Du moins le croit-il.11 se reproche ses absences, sa solitude d’écrivain.Il se demande si sa propre consommation de vin et d’al- cool n’a pas été pour l’autre une incitation.Bien sûr, il n’a jamais songé comme l’être aimé à se dissimuler pour étancher sa soif, il n’a pas à sa disposition des caches dispersées un peu piirtout, il a recours à des lotions, mais ne les boit pas.Ce récit pourrait être désolant.L’édition multiplie les publications qui ne sont que des tentatives de rentabiliser l'aveu de faiblesses de tous ordres.L'entreprise de Nourissier a d'autres ambitions.Dans un style qui ne recherche en rien l'apitoiement, sur un ton dont la vivacité n'est pas exclue, il décrit le désarroi de deux personnes aux prises avec ce qui est devenu une promiscuité.On guette et on se sent guetté.11 y a les silences accusateurs, les moues désapprobatrices, les éclats de voix.«Je pense avoir compris combien j’avais laissé Reine s’appauvrir», écrit Burgonde, c’estàdire Nourissier.C'est dans cette phrase que se résume une confession qui réussit malgré tout à être touchante, voire bouleversante.Jacques Chessex publie en même temps un court texte intitidé U' simple préserve l’énigme.Précédé par une préface de Nourissier, ce petit livre évoque l’amitié de l'auteur suisse pour notre homme.Il s’y inté- STÉPHANE DE SAKUTIN AFP François Nourissier resse également à des écrivains dans leur vieil âge.Les amateurs de littérature aimeront ces propos animés par un instinct littéraire sûr, une chaleur plus évidente peut-être que celle de son ami Nourissier.Italo Svevo a lui aussi souvent traité de la vieillesse.Son roman Senelità ne parle pas d'autre chose.De même, dans les trois nouvelles réunies sous le titre de Le bon vieux et la belle enfant, le célèbre auteur de La Conscience de Zeno ne s’attache-t-il pas, avec une ironie délicieusement douce-amère, au trouble que ressentent parfois les hommes vieillissants devant la beauté de jeunes personnes?Le bon vieux, c’est ainsi qu’on le connaît, est un bourgeois dans la soixantaine qui reçoit dans son bureau une gourgandine à la recherche d’emploi.Il lui alloue une place de conductrice de tramway.Jusqu’ici, tout va bien.Le jour où il l’aperçoit en fonction, tout bascule.H en devient amoureux, fl finit par l’entretenir, réussit à être jaloux, en tombe malade.On lit d'un trait cette nouvelle.Si c'est à la suite de la lecture d’Eau-defeu — c'est mon cas —, on estime qu'il s'agit d'une habile évocation de la terreur de vieillir et on se dit que l'univers des livres est varié et pour cela, entre autres attraits, passionnant Collaborateur du Deioir EAU-DE FEU François Nourissier Gallimard Paris, 2008,181 pages LE SIMPLE PRÉSERVE L’ÉNIGME Jacques Chessex Gallimard Paris, 2008,85 pages LE BON VIEUX ET LA BELLE ENFANT Italo Svevo Editions du Seuil, coll.«Points» Paris.2008,187 pages HUGUES CORRIVEAU Elle revendique l’amour et les choses du monde, Denise Boucher.Insatiable devant les devantures, devant les objets qui la convient, pleine d’une sollicitude qui la met au bord des larmes et de la joie.Elle cherche inlassable ment «un joint universel» qui la re tiendrait d’angoisser ou de trop cerner la précarité.«Parce que je vous ai vus / vous ne disparaîtrez pas», dit-elle en une saisissante formule.Il y a là du vrai, sans doute, dans le pouvoir du regard et la quête aventureuse des voyages au long cours.Et d’un pays à l’autre, d’une ville à l’autre, comme d’une sensation à une autre, Denise Boucher parcourt son univers personnel, ce qui d’elle touche à la réalité et la reflète.Elle le dit bien dans son poème Un jour que son «[.] tour viendra de ne plus [se] sauver».Car il n’y a pas d'âge pour quitter la mère, pour se refaire soi-même, pour accéder à un regard qui nous soit propre.Denise Boucher ne cesse de quérir ce lieu propice pour dire son incarnation.Et c’est toujours entre un présent fulgurant et un passé récurrent que l'auteure essaie de savoir la couleur des fleurs ou de sa peau, le goût des plats comme la vigueur d’un moment neuf.Mais il faut compter aussi avec une ironie subtile, cet œil en coin qui se pose sur les travers contemporains.Denise Boucher nous donne là un recueil dynamique et empreint d’une grande humanité.JACQUES GRENIER LE DEVOIR Denise Boucher C’est à tout autre chose que nous invite, d’entrée de jeu, Germaine Beaulieu dans Avant la fin le temps, car là se parlent la guerre, les femmes dans les lieux de la guerre, la crainte au ventre et l'obligation d’avancer «Médusée par l'horreur, tu négocies la survie».La poète nous entraîne ensuite dans des villes qui créent l’illusion de la richesse et du bonheur, le leurre n'ayant plus d'autre espace pour s’épanouir «des pas s’activent, cherchent le dernier centimètre libre.Les néons, pris aux gratte-ciel, clignent de l'œil».«L’amour, la guerre, partout frappe l’incohérence.» Et c’est à partir de cette confusion que l’auteure veut trouver le discours qui s’ouvrirait sur les possibles, et pourquoi pas sur le bonheur.Mais selon le balancier irrevocable, la parole heureuse disparait, puis re- vient, puis s’obscurcit.Le recueil va ainsi de l’ouverture à la fermeture, dans une crainte de manquer de temps, de manquer le temps qui nous est imparti.Elle se voudrait mutante, muse des possibles résurrections, alors qu «un code étrange mixe au hasard les destins».Or, justement «les codes se transforment.Étrange.Cette langue, jadis éclaireuse, dépouillait l'épiderme de ses brouilles.Les mots emballaient tout sur leur passage, f f Aujour-dhui.le texte est de pierre.Les lettres tombent d’aplomb sur la page».S’il n’y avait, à la toute fin du recueil, l’accord de deux femmes qui s’aiment on pourrait craindre le pire.Collaborateur du Devoir UN JOINT UNIVERSEL (Montréal New York Lodève Mexico Maman) HUMEANTE VlNCULO UNIVERSAL (Montreal Nueva York Lodève Mexico Mamâ) (traducciôn de Silvia Pratt) Denise Boucher Ecrits des Forges/ Mantis editores Trois-Rivières/México.2007, 132 pages AVANT LA FIN LE TEMPS Germaine Beaulieu Ecrits des Forges/ Editions Henry Trois-RKières/Montreûil-sur-Mer (France), 2008,90 pages ir *,1,1*1,,, Lire Québêç y C3e>ri«vi«vt» Lire Québec Spécial 400e Un dossier à ne pas manquer! En kiosqut dès maintenant! Bulletin d’abonnement Remplir et retourner à ; Les Mitions fnfrs les hunes Téléphone : 514.526.2620 2172.me Masson, bureau 411, Montreal Muébec) H2H 1B1 Télécopieur : 514,526.4111 J Oui.je m'abonne au magazine Entre tes lignes*.J Oui.j’abonne un(e) de mes ami(e)$ au magazine Entre les lignes*.Cadeau de :- Tél.?4 numéros /1 an : 20.00 * + tx = 22,57 $ (institutions : 22,00 $ + tx = 24,83 $) ?8 numéros 12 ans : 35.00 $ + tx = 39,51 S (institutions : 40,00 $ + tx = 45,15 $) Nom :_____ Adresse : Ville __ Tél.rés.:.Courriel : Prénom ; .Province : .Tél, bur.: .Code postal : Mode de paiement : ü Chèque ou mandat à l'ordre de : tes éditions Entre les lignes ?Visa J MasterCard hf carte de crédit :-—-—- Date d'expiration :- Signature : - Date : • L'ABONNEMENT DEBUTERA AVEC L ÉDITION VOl 5 N" I SEPTEMeRt ZOOS I , LE DEVOIR.LES SAMEDI 31 MAI ET DIMANCHE 1 .1 LIN 2 O O S LIVRES LITTÉRATURE FRANÇAISE Nommer l’innommable Fils d’un célèbre éditeur d’art, Pierre Skira publie un premier roman tandis que Mary line Desbiolles remet en question l’image de la peinture GUYLAIN E MASSOLTRE Peintures du monde, surfaces de figuration, le foisonnement des esthétiques ne cesse dlnspirer les romanciers.Depuis le romantisme allemand, quand il est question de représentation, on pense roman ou peinture.A égalité.Remise en jeu de l’image, la peinture touche la fiction du bout des doigts.Les grandes révolutions esthétiques du XX siècle ont manié de pair matières verbales et picturales, les unes puisant abondamment chez les autres.Les reflets altérés ont stimulé la fiction, tandis que les personnages de fiction glissaient naturellement entre les formes silencieuses de l’art.Et si l’image parait triompher, les romans demeurent généralement plus accessibles au sens.Alaryline Desbiolles, mariée au sculpteur Bernard Ptjgès, mène une écriture qui croise les arts.Issue de l'arrière-pays niçois, nourri d’Italie et de Savoie, sa terre porte les tremblements identitaires quelle prête à des voix imaginaires.Elle situe là sa famille d'écriture, faite de rencontres, d’entretiens et d’amitiés.La peinture y occupe une place remarquable.Dans Croisées de voix, qui rient de paraître aux Éditions du Cherche Midi, chaque livre, explique-t-elle, est le brouillon du suivant Le travail sur les voix qui se croisent à travers 21 entretiens, l’invite à refonder sa langue musicale et sensible du côté des émotions qui y habitent du côté de la littérature ouverte à l'insensé.L’indicible de Maryline Desbiolles Dans Les Draps du peintre, Desbiolles poursuit cette autobiographie originale, partiellement imaginaire, qui dit sa reconnaissance aux partenaires de création.Elle y fait le portrait d’un peintre, graveur et sculpteur français, dont elle tait le nom.Une seule identification, par la jaquette du livre: il s’agit de Jean-Rerre Rncemin, artiste de Yaction painting, membre du mouvement Supports/Surfaces, revenu ensuite à la figuration.Ce récit consacré entièrement à cet artiste risuel, prend un risque comparable à une danse impatiente, tremblante, où elle se met en danger de tomber.Cette danse de l’écriture enveloppe le lecteur d'un jeu de séduction, car elle n’est pas sûre d’aimer l’homme blessé qu’elle découvre.Elle doute d'abord d’ètre conviée à un rendez-vous: mais plus le livre avance, phis elle aime cet étrange artiste.Enveloppée par une grande toile de Rncemin, accrochée dans son bureau, Desbiolles retrace le parcours d’un ouvrier tourneur, élevé dans une misère d’orphelin et demeuré romanichel.Fasciné par le Musée du Louvre, il est devenu un artiste de l’avant-garde sans avqir fréquenté les écoles d’art A partir des années 80, Rncemin peint des animaux.L’écrivaine se rapproche de lui par cette sensibilité aux limites de l’humain.Son écriture descriptive s'épanche, empathique à sa démarche, merveilleusement comprise, poétique.Elle place ses mots sur la page comme un peintre, et ses couleurs sur la surface.Ainsi decouvre-t-on l’univers rebelle de Rncemin, sa clochardise d’homme blessé, sa peau violente et chaude, sa maison inextricable et une poupée d’épouvante, qu'il lui avait offerte.«Les toiles sont autant de fragiles écus», écrit-elle, familière de ses bizarreries humaines.Les œuvres de Rnc^ min, décédé en 2005, basculent dans un tableau littéraire nimbé de brumes et traversé de lignes fortes.Riissant.GALERIE ON IRIS / AGENCE FRANCE-PRESSE L'artiste français Jean-Pierre Pincemin, décédé en 2005 Les couleurs fortes de Pierre Skira Fils de l'éditeur et anthropologue Albert Skira, Rerre Skira, aquarelliste, né en 1938, donne un premier roman, d’une facture originale.D ouvre sur une escalade dans les Hautes Alpes vertigineuses.Trois antis adolescents, dont une femme et le narrateur, se battent contre la montagne, le glacier, leurs limites.Ce souvenir, revenu alors que le narrateur vit à Montréal, rient hanter la mauvaise conscience du secret Par un heureux hasard, la vérité à propos de la jeune fille, depuis longtemps perdue de vue, va resurgir et libérer son quotient de réalité, plus dure que celle du Grand Meaulnes.On retourne dans le passe, à l’époque de la guerre hitlérienne et de la persécution des Juifs.Le récit initiatique, d'abord fortement ému, sè transforme en envoûtement jusqu'à l’apaisement de la fin.la vie sculptée à grands coups de burin s’af fine en impressions sensorielles subtiles.L'orgue, dont la musique de requiem plane sur l’ouvrage, fait entendre ses sonorités graves et sacrées.Tout le roman bruit et casse, faisant apparaître et disparaître de grands tableaux, non sans faire surgir, comme sur l’écran d'un rêve, les mondes troublants de Bal-thus et de Klossowski.Sur le même rapport littérature et peinture, on si gnale également un petit bijou d’écriture artiste: L'Enlacement, du Belge François Emmanuel, au Seuil.Egon Schiele inspire ce rendez-vous viennois, devant cette toile admirable, de 80 pages d’une écriture véritablement parfaite.Collaboratrice dit Devoir LES DRAPS DU PEINTRE Maryline Desbiolles le Seuil Paris, 2008,152 pages LES ORGUES DE GLACE Rerre Skira Viviane Hamy Paris, 2008,134 pages Drôles de zèbres MICHEL B E LAI R Pour la majorité des gens, l’Afrique du Sud est encore le lieu où sévissait l’apartheid il n’y a pas si longtemps; la terre de l’arrogance et de l’injustice.Mais les événements récents viennent de nous montrer que c'est aujourd’hui devenu un pays étrange dans lequel se côtoient, comme partout ailleurs, le meilleur et le pire à travers l’ordinaire, l’exécrable et l’exceptionnel.Le romancier Deon Meyer nous le montrera cette fois à travers le destin croisé de trois personnages étonnants.Un justicier d’abord, Thobela Mpayipheli.Issu de la tradition autochtone locale comme de la lutte anti-apartheid, c’est un personnage que connaissent déjà ceux qui ont lu d’autres romans de .Meyer (Les Soldats de l’aube, L’Ame du chasseur)-, Mpayipheli est un être complexe, multiple, un tireur d’élite, un homme d’honneur aussi.Il passe brutalement à la coche supérieure lorsque le fils de sa femme décédée, qui est devenu le sien et qu’il adore, est abattu par les balles d’un duo de petits voleurs blancs à la sortie d’une station-service.Il se fera un point d'honneur dès lors de venger les enfants victimes innocentes en semant la panique chez tous les criminels accusés de pédophilie.L’histoire se compliquera lorsque «l’ami» Thobela sera attiré dans un piège dans lequel il n’a vraiment rien à voir par un policier alcoolique, l'inspecteur Benny Griessel, qui est en quelque sorte le pivot central de l’intrigue.Lui non plus n’est pas un personnage banal et si on le retrouve là plutôt qu’à démêler les luttes de pouvoir au sein de son escouade, c’est que la vraie rie s’est chargée de le rattraper, comme tout le monde.Il est là, à guetter l’arrivée du «tueur en série», à la suite des dénonciations d’une prostituée de luxe, Christine, le troisième personnage-clé, dont la fille a été enlevée par un baron de la drogue.Mais il trouvera dans cette rencontre bien plus que ce qu’il attendait.Comme toujours chez Meyer, l’histoire est magnifiquement construite autour de personnages auxquels on s’attache rapidement, touchés par leur profonde humanité et leur vérité de tous les instants.Griessen, Thobela et Christine sont de drôles de zèbres animés par la même recherche de la dignité malgré l’horreur qui les encercle et menace de les détruire.Ils nous donnent une sorte de leçon de rie qui passe un peu de travers au fond de la gorge, mais qui finit par trouver son chemin.Le Devoir LE PIC DU DIABLE Deon Meyer Traduit de l’anglais par Estelle Roudet Le Seuil Policiers Paris, 2007,482 pages U N K S S En attendant le retour du kmesome cow-boy CAROLE TREMBLAY Si le mythe du pirate se porte assez bien merci en littérature jeunesse, force est de constater que celui du cow-boy Urine un peu la patte.Bon, il est vrai qu’il n’est plus de très bon ton de valoriser la façon plutôt sauvage dont ce type de héros a traité les Peaux-Rouges.Mais, une fois ravalé le sanglot de l’homme blanc, de beaux filons de matière romanesque restent à explorer du côté de ces courageux cavaliers des Plaines.(Peut-être Paul Rché saurait-il nous calculer dans combien de temps la figure emblématique de la conquête de l’Ouest reviendra à la mode les soirs dUalloween?) En attendant la réhabilitation du lonesome cow-boy, les jeunes lecteurs peuvent consulter deux ouvrages parus spécialement pour eux afin de leur faire connaître les fiers garçons vacher et leurs compatriotes hors la loi et chercheurs d’or.La Conquête du Far West brosse, par de courts chapitres, un tableau sommaire, mais bien présenté, des diverses réalités de l’Ouest américain au XIX' siècle: la découverte de ces immenses territoires, l’aventure périlleuse de l’émigration des colons en quête d’une terre prontise, la folie de la ruée vers l’or, les relations avec les Indiens, les difficultés de faire régner l’ordre et la loi et, bien sûr, le quotidien de la rie de cow-boy.Rutôt que le portrait du desperado qui trinque au saloon, c’est son côté berger, si on peut dire, qui est privilégié.Avant d’être un pourfendeur d’indiens, le cow-boy est un solide homme de ferme, habitué des grands espaces et des conditions de rie difficiles.L’ouvrage nous rappelle aussi un fait complètement occulté par le mythe western: de nombreux cow-boys noirs ont fait tournoyer leurs lassos dans les plaines de l’Ouest Entre chaque chapitre thématique, on présente en quelques pages une personnalité marquante de l’époque: Calamity Jane, Buffalo Bill ou Billy the Kid.C’est justement ce personnage mythique que Tai-Marc Le Thanh et Jacques de Loustal ont choisi UEIUill Pifuirom nu uAuttbi t mmm de faire revivre dans leur très joli ouvrage La Ballade de Pat Garrett & Billy the Kid.Cet album grand format propose une version romancée de l’histoire des deux célèbres hors-la-loi.Sur la première page, l’auteur établit très clairement ce qu’est le Far West et ce que sont les cow-boys, comme s’il se doutait que les jeunes enfants d’aujourd’hui ne disposaient pas des données de base sur l’époque.L’histoire est ensuite joyeusement racontée par un texte agrémenté d’un rien de poésie et d’une pointe d’humour.Les coloris terreux des illustrations pleines pages donnent un aspect vieillot à l’ensemble, tout à fait seyant pour faire découvrir aux petits les fabuleux paysages de cactus et de poussière du Far West Collaboratrice du Devoir LA CONQUÊTE DU FAR WEST Françoise Perriot La Martinière jeunesse, «La rie des enfants» l’afis, 2(X)8,46 pages (A partir de 9 ans) IA BALLADE DE PAT GARRETT & BILLY THE KID Texte de Tai-Marc lœ Thanh Illustrations de Jacques de I-oustal Ije Seuil jeunesse Pafis, 2(X)8,32 pages (A partir de 5 ans) LITTERATURE JEUNESSE lan Flibus, pirate québécois ANNE MICHAUD Né à Québec d’un père franco-catalan et d’une mère irlandaise, lan Flibus a passé son adolescence sur des navires français et américains avant de devenir pirate aux côtés du capitaine Kutter, un ancien de la Royal Navy britannique.Nommé quartier-maître malgré son jeune âge (à peine 19 ans), lan parcourt les mers avec l’équipage disparate de La Heur de lys, qui comprend entre autres un médecin africain, un cuisinier italien et deux savants, l’un chinois et l’autre japonais.L’ingéniosité de maître Chow et de maître Fujisan est bien utile pour faciliter la rie en mer: grâce à eux, l’équipage peut compter sur des réserves inépuisables d’eau douce et sur un distributeur de rhum! Au moment même où les lecteurs font la connaissance de lan Flibus et de ses compagnons, ceux-ci tombent sous le coup d’un charme, échappé d’un grimoire caché dans la cabine des deux savants.Sous l’effet de ce charme, les animaux et l’emblème du navire (une tète de mort bien sûr!) acquièrent l’usage de la parole.Malheureusement ce charme a aussi pour effet de faire apparaître une armada de monstres, de squelettes, de démons et d’autres créatures surnaturelles qui s’en prennent à Zn Fïewr de ()5 et à ses oc- cupants.On se croirait tombés en plein dans l’univers de Jack Sparrow et des Pirates des Caraïbes.L’auteur Alain Ruiz a donc misé sur la fantasy et l’humour pour raconter les aventures de lan Flibus et de La Fleur de lys.Trois tomes sont déjà disponibles en librairie et un autre devrait suivre cet automne.On pourra aussi éventuellement suivre ces péripéties au petit écran puisque les Reductions Sardines — qui produisent déjà les séries Léon et Mon PoiSon rouge — en ont acquis les droits et prévoient en tirer 26 épisodes.C’est donc une histoire à suivre, tant sur papier qu’à la télévision.Collaboratrice du Devoir LAN FLIBUS, L’ÉCUMEUR DES MERS Tome 1: L’ÎLE AUX TREIZE OS Tome 2: LES JOYAUX DE PÉKIN Tome 3: LA LIGUE DES PIRATES Alain Ruiz Editions Boomerang Montréal, 2008,304 pages chacun (9 ans et plus) Vous voulez être au courant de l’actualité littéraire ?K- Abonnez-vous à Lettres québécoises et recevez en prime (valeuri8$> Le facteur émotif (roman) de Denis Thériault Entrevues, portraits d’auteurs, critiques et comptes rendus de romans, de recueils de nouvelles et de poésie, d’essais et plus encore ! G liKIl nr rmnlrf .y f ï m-f iSm -f ' ¦ wm/m W , *«é ta : i ffiü 1 L : xKÆ i yy fbiMÈÊ jailli WÈÊmM' i ( - wfpgi , ' H faim ‘JSJ I % lan/4 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 25 $ Canada 35 $ Étranger 35$ Étranger 40$ 2 ans / 8 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 45 $ Canada 65 $ Étranger 65$ Étranger 75$ 3 ans /12 numéros INDIVIDU INSTITUTION Canada 65 $ Canada 95 $ Étranger 95 $ Étranger 110 $ les prix sont toutes taxes comprises ENTREVUE : JEAN-MARC DESCENT Nom Adresse Ville Code postal Tél.Courriel Ci-joint O Chèque O Visa O Mastercard N‘ Expire le Signature Date d Louise Warren LA FORME ET LE DEUIL ARCHIVES DU LAC ¦t- J y Retourner à : Lettres québécoises ^ 1781, rue Saint-Hubert.Montréal (Québec) H2t.3Z1 Téléphone: 514.525.95.18 Télécopieur: 514525.75J7 • Courriel : info@lettresguebecoiies.Qcca • www.letlresqoebecoises4c.ca « Le deuil n’est pas seulement un état, mats une substance Avec cela, j écris II m’apparaît ( expression de création la plus inspirée et la plus profonde qui soit, car il sollicite chaque fois une grande part de notre engagement dans la vie, dans la reconnaissance de l’autre, son prolongement, rayonnement même de I essence du souvenir.« Le deuil crée une autre vie autour de la mort et cette transfiguration est un mouvement dont les artistes possèdent les matériaux, car il ne s'agit pas de résister à la mort, mais de raccompagner.La résistance est dans la forme De ceq os.de ces cendres, de cette poussière, je ferai une matière solide » • l'HEXAGOME J U i \ 2 II 0 K I- E I1 t V F PASSAGE H «S- Dimanche, 1erjuin, 12h30 sur la scène du chapiteau de la Place Gérald-Godin (métro Mont-Royal) Stéphanie Bolster et Daniel Canty P/erre Blanche.Poèmes d'Alice Robyn Sarah Le tamis des jours Normand Baillargeon Les oiseaux de passage de Rabindranath Tagore Le nationalisme mène-t-il au génocide ?DAVID DORAIS Dans son livre précédent, Apm le colonialisme, Ar-jun Appadurai montrait les conséquences culturelles de la mondialisation économique.Le professeur d’anthropologie de l’Université de Chiçago soulevait notamment des doutes sur l’avenir de TEtal-uation, un concept dépassé, selon lui, dans le contexte global qui est le nôtre.Géographie de la colère se penche sur la violence à grande échelle, l’un des effets les plus sombres de la «globalisation».L’auteur cherche à répondre à la question suivante: comment se fait-il que les vingt dernières années ont vu apparaître simultanément une libéralisation des marchés et des «formes extrêmes de violence politique contre des populations civiles» (Rwanda, Balkans, Inde, islamisme)?Y a-t-il un lien entre les deux?Appadurai croit,que oui.D’après lui, tout part de l’État-nation, une idée dangereuse dans son essence puisque le nationalisme se fonde nécessairement sur une ethnie.Or qui dit ethnie dit coupure entre un «nous» et un «eux».Cet-t,e distinction existe grâce aux instruments que les Etats modernes eux-mêmes ont mis en place depuis le XVIIL siècle (recensement, cens électoral, carte des populations), menant à la création des catégories de majorité et de minorité.Mais dans un contexte de mondialisation, de migrations et d’échanges virtuels, l’identité du groupe majoritaire est mise à mal.«La rencontre entre des frontières financières poreuses, des identités mobiles et les autoroutes de l’information et de la transaction suscite des débats, à l’intérieur comme à l’extérieur des frontières nationales.» C’est ce qu’il nomme «l’incertitude identitaire»-, elle se double d’une «angoisse d’incomplétude» qui est le désir de la majorité d’éliminer la minorité qui la sépare d’une pureté ethnique.Ces deux principes concourent parfois à produire ce qu’Appadurai appelle une «identité prédatrice», c’est-à-dire un groupe majoritaire qui exige, pour se consolider, l’élimination d’une minorité.Bref, l’État-nation étant dépassé, rendu caduc par la mondialisation, il peut chercher désespérément à réaffirmer son identité en éliminant «eux», ceux qui gênent l’image d’une pureté nationale.Ce serait particulièrement le cas dans les États victimes de la mondialisation, marginalisés par elle, qui déplaceraient alors leurs angoisses sur leurs propres minorités intraétatiques.Finalement, les «nous» qui se conçoivent comme des majorités menacées, en voie de devenir elles-mêmes des minorités, recourent à la violence purificatrice, à la fureur gé-nocidaire entretenue par la propagande, dans le but d’écraser la mince frange qui les sépare d’une totalité ethnique réconfortante.D’un point de vue québécois, ces idées rendent perplexe.Car les Québécois de souche ne sont-ils pas justement cc «nous» (réaffirmé récemment par Pauline Marois) qui est minorisé dans un contexte mondial et qui craint qu’«eux» (les anglophones, les immigrants, les autochtones), à l’intérieur de ses frontières, ne menace son identité et ne finisse par le supplanter?I^e nationalisme ethnique mènerait alors tout droit au génocide.Mais ne peut-on imaginer à l’inverse une majorité assez sûre d’elle pour s’adapter aux nouvelles règles mondiales et en même temps être inclusive envers ses minorités?Difficile de trancher.Il ne fait pas de doute toutefois que, pour Appadurai, le souve-rainisme québécois serait un concept à la fois obsolète et dangereux.Collaborateur du Devoir GÉOGRAPHIE DE LA COLÈRE La violence à l’Age de la globalisation Arjun Appadurai Traduction de Françoise Bouillot Payot Paris, 2007,205 pages Pour Appadurai, le souverainisme québécois serait un concept à la fois obsolète et dangereux .sodep C Société de développement ^ des périodiques culturels québécois Dans le cadre du Marché de la poésie de Montréal, les revues de poésie EXIT et MŒBIUS vous invitent à célébrer les 30 ans de la SODEP.Pour souligner cet anniversaire, un vin d’honneur sera servi sous le chapiteau de la place Gérald-Godin (métro Mont-Royal) le dimanche 1" juin, à partir de 15 h 30.?I
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